Humanisme : le Contrat social

28 août 2019

22/11/63 II

22/11/63 (Stephen King)

 

Jake Epping n'avait jamais eu « la larme facile ». Son ex-épouse pensait que son « gradient d'émotion était inexistant ». C'est la raison principale pour laquelle elle l’avait quitté. Il n'avait pas versé de larmes à l'enterrement de ses deux parents, tous les deux morts à deux ans d'intervalle. Son ex-épouse ne l'avait jamais vu pleurer. C'est ce qu'elle lui avait reproché avant de le quitter. Il n'avait pas pleuré pour lui dire au revoir. Il avait pleuré seulement une fois seul. En fait, il avait pleuré sans larmes. Il n'avait pas de blocage émotionnel. Il avait pleuré quand sa mère lui avait annoncé la mort de son petit colley. Il avait aussi pleuré quand le médecin de sa mère l'avait appelé pour lui expliquer ce qui s'était passé sur la plage quand sa mère avait eu une crise cardiaque. Il ne croyait pas que la capacité de se répandre en sanglots pratiquement sur commande soit un prérequis pour un mariage réussi.

Il n'avait jamais vu son père verser une larme et la plupart du temps sa mère était comme son père. Alors peut-être que cette histoire de ne pas avoir la larme facile était un truc génétique. Pourtant, il ne croyait pas avoir de blocage émotionnel.

Il se souvenait avoir pleuré une autre fois. C'était en lisant l'histoire du concierge du lycée de Lisbon Falls. Professeur, il avait donné comme sujet à ses élèves adultes « le jour qui a changé ma vie ». À cette époque-là, Christy, sa femme, était sortie depuis peu de sa cure de désintoxication. Quand il prit le devoir du concierge sur le dessus de la pile, il n'avait aucun pressentiment que sa petite vie allait en être changée. L'histoire était tellement horrible que Jake avait pleuré une fois arrivé au passage où le concierge avait rampé sous le lit avec le sang qui lui ruisselait dans les yeux.

Le concierge était peut-être un cran au-dessus de ce qu'on appelait autrefois les « attardés éducables ». Mais il avait une bonne raison de l'être. Une raison qui expliquait aussi sa boiterie. C'était déjà un miracle qu'il soit en vie. Le concierge était un homme vraiment gentil qui avait toujours le sourire aux lèvres et n'élevait jamais la voix avec les gamins. C'était un homme bon qui avec vécu l'enfer et travaillait maintenant avec humilité pour obtenir un diplôme d'études secondaires. Jake traça un grand A rouge en haut de la première page. Il avait tellement ému qu'il avait rajouté un + à côté du A.

Jake aurait préféré faire un blocage émotionnel, en fin de compte. Parce que tout ce qui avait suivi-toutes les choses terribles qui avaient suivi-avaient découlé de ces larmes.

 

Première partie : ligne de partage des eaux.

Chapitre 1.

1

Harry Dunnin avait été reçu avec mention. Il était vraiment seul alors Jake était heureux d'assister à la remise des diplômes dans le gymnase du lycée de Lisbon. Jake alla lui serrer la main. Harry lui sourit.

Harry n'avait jamais compté avoir un A+ de toute sa vie mais Jake lui dit qu'il avait mérité. Jake lui demanda ce qu'il comptait faire en tant que diplômés du second degré. Harry lui répondit qu'il comptait encadrer son diplôme et l'accrocher au mur de sa maison. Puis il se verserait un verre de vin en admirant son diplôme jusqu'à l'heure d'aller se coucher.

Jake lui proposa de manger un hamburger et des frites. Harry en fut enchanté et accepta. Ils allèrent chez Al qui leur offrit le repas en voyant la toge de diplômé repliée d'Harry. Al avait également pris une photo de Jake avec Harry. Il accrocha cette photo à ce qu'il appelait son mur des célébrités. C'étaient des célébrités locales.

2

Deux ans plus tard, le dernier jour de l'année scolaire, Jake lisait les dissertations de fin d'année de ses élèves du cours de poésie américaine. Harry était venu lui serrer la main. Harry prenait sa retraite et il voulait remercier encore une fois Jake. Harry espérait que Jake allait prendre soin de lui. Il lui avoua avoir encadré le A+ pour l'accrocher juste à côté de son diplôme. Jake pensait que la prose d'Harry était de l'art primitif mais supérieure à celle de ses élèves dont l'écriture était anémique. Jake pensait qu'Harry avait écrit en héros au moins une fois dans sa vie.

Jake reçut un appel d'Al. Al voulait le voir, c'était important. Jake avait envie d'embrasser Gloria, la secrétaire avant de partir. S'il avait su ce que l'avenir lui réservait, il serait certainement monté la voir. Mais évidemment, il l'ignorait. La vie prend des virages à 180°.

3

 

Sur sa caravane de fast-food, Al avait laissé une pancarte sur laquelle était écrit « fermé définitivement pour cause de maladie. Merci pour votre fidélité au fil des années et que Dieu vous bénisse ». Jake sentait les premières volutes de l'irréalité qui n'allait pas tarder à l’avaler.. Jake vit dès le premier coup d'oeil qu'Al était mortellement malade. Ses cheveux avaient blanchi en une nuit. Il avait perdu au moins 15 kg en une journée. Personne ne perd 15 ou 20 kg en moins d'une journée. C'est à ce moment-là que le brouillard d'irréalité avait avalé Jake tout entier.

Al ferma sa caravane après avoir fait entrer Jake.

4

Al avait un cancer du poumon. Même s'il avait fumé pendant 50 ans, personne n'attrape un cancer du poumon en une nuit. En réalité, Al avait commencé à tousser sept mois plus tôt. Mais on était en juin et Al prétendait qu'il avait commencé à tousser en mai. Al prétendit avoir été obligé de rentrer de vacances alors que Jake l'avait encore vu  la veille. Al lui demanda de regarder ce qui avait changé en lui. Jake remarqua qu'Al avait des rides qui n'étaient pas présentes la veille. Jake se souvenait avoir été présent au 57e anniversaire d'Al. Pourtant Al prétendait avoir maintenant 62 ans. De plus, Jake remarqua que les mains d'Al étaient constellées de taches brunes. Al prétendit avoir pris pas mal au cours des quatre dernières années mais Jake l'avait vu passer la majeure partie de ces quatre dernières années envoyer des hamburgers sous un éclairage fluorescent. Alors, Al emmena Jake dans sa réserve. Il voulait lui montrer quelque chose.

5

Dans la réserve d'Al, ça sentait le soufre. Al prétendit que cela venait de l'usine Worumbo mais elle était fermée depuis les années 80. Al demanda à Jake de lui donner son téléphone portable, son porte-monnaie et l'argent qu'il avait dans ses poches. Al ne voulut pas des clés car selon lui elles ne comptaient pas. Al ajouta une liasse de billets. Jake remarqua que dans la liasse il y avait un billet de cinq dollars qui avait l'air ancien. Puis, Al donna une pièce de 50 cents à Jake. Jake n'en avait pas vu depuis son enfance. Al annonça à Jake qu'il allait voir des gens : Carton Jaune, un poivrot inoffensif, le Front-Vert à qui il devrait parler. Il devrait donner la pièce de 50 cents à Front-Vert. Al conseilla à Jake de ne pas répondre aux questions de Front-Vert. Alors, Jake n'aurait plus qu'à traverser la voie ferrée il se retrouverait au carrefour de Main et Lisbon street. Après ça, le monde appartiendrait à Jake.

Al demanda à Jake de faire un pas en avant en baissant la tête et il obéit.

Chapitre 2.

1

Jake se retrouve immédiatement en haut d'un escalier. Il en fut très surpris mais le descendit. Derrière lui, Al lui conseilla de fermer les yeux. Jake obéit. Il sentit de la chaleur sur sa peau. Il sentit également le soufre. Il ouvrit les yeux. Il n'était plus dans la réserve d'Al. Il se retrouva dans une cour. Il se retourna mais le resto d'Al avait disparu.

2

Jake vit l'usine Worumbo à la place de la caravane d'Al. Il paniqua mais Al lui dit qu'il pourrait retourner sur ses pas grâce à l'escalier. L'escalier était devenu invisible mais on pouvait encore le toucher. Jake se demanda à quelle époque qu'il était.

3

Jake prit un papier dans sa poche évolue le poser sur la dernière marche de l'escalier mais le papier tomba. Il servirait toutefois à marquer l'emplacement de l'escalier. Jake ramassa un petit fragment de béton pour s'en servir de presse-papiers. Jake avança. Il rencontra un homme vêtu d'un vieux manteau noir. L'homme était d'une maigreur squelettique. C'était un ivrogne de la plus belle espèce. L'ivrogne portait un chapeau de feutre avec un ruban d'où dépassait une carton jaune. L'ivrogne demanda à Jake qui il était et ce qu'il faisait là. Jake l'envoya promener. Jake prit la direction du portail qui ouvrait sur une voie de chemin de fer. Il y avait un parking rempli de voitures cabossées et anciennes. L'ivrogne dit qu'il avait un carton jaune pour le Front-Vert et demanda un dollar à Jake. Jake lui donna la pièce de 50 cents. Jake franchit le portail.

4

La voiture la plus récente sur le parking datait de la fin des années 50. Jake se trouva devant la Kennebec Fruit Company qui semblait être une entreprise florissante et à la boîte jaune et vert décolorée avec une vitrine sale que Jake connaissait. Il fut surpris de découvrir que cette entreprise avait un jour vendu de vrais fruits. Jakevit un bus passer et les passagers fumaient à l'intérieur. Il entra et vit des journaux qui étaient datés du 9 septembre 1958.

5

Jake acheta le Globe et une bière. La bière était savoureuse. Ce monde révolu des années 50 dégageait une odeur pire que ce que Jake aurait imaginé mais il avait une saveur incomparable. Celui qui lui servit la bière était le père de Frank Anicetti, futur gérant de la boutique. Jake lutta contre l'envie de dire au patron que grâce au soda Moxie, son enseigne allait rester ouverte à l'angle de Main Street et de l'ancienne route de Lewiston longtemps après lui. Jake demanda à Anicetti ce qu'était un Front-Vert. Le fils d’Anicetti lui répondit que c'était le magasin d'alcool et spiritueux juste en face.

6

Jake était paniqué à cause de tout ce qu'il voyait. Les femmes portaient des robes à mi-mollet et des chapeaux à voilette, le goût de la bière était très différent de ce qu'il connaissait. Jake vit que le poivrot était dans le Front-Vert probablement pour dépenser la pièce de 50 cents qu'il lui avait donnée.

Jake retourna à l'escalier et Al saisit son bras.

7

Al demanda à Jake ce qu'il avait retiré de son expérience. Jake était ébranlé jusqu'au tréfonds de lui-même. Al avait découvert ce passage totalement par hasard moins d'un mois après s'être installé avec sa caravane. La première fois, il était carrément tombé dans l'escalier, comme Alice dans le terrier. Jake voulut savoir combien de temps son expérience avait duré. Al lui répondit que ça n'avait duré que deux minutes, c'était toujours deux minutes. Et quand on arrivait en bas de l'escalier, il était toujours 11:58 le matin du 9 septembre 1958. Al demanda à Jake où il était allé. Jake lui répondit qu'il avait bu une bière à la Kennebec. Al avait vécu la même chose, à chaque fois. C'était comme retourner voir sans arrêt le même film. Chaque fois, c'était la première fois. Et chaque personne rencontrée, vous rencontrait pour la première fois quel que soit le nombre de fois où vous étiez rencontrés avant.

Le seul qui semblait soupçonner qu'un truc était décalé, c'était Carton Jaune. Mais il était trop démoli par l'alcool pour comprendre ce qu'il ressentait. Al pensait pouvoir fixer Jake complètement cet après-midi mais il ne pouvait pas à cause de la maladie. Alors lui proposa de passer chez lui le soir. Jake compris pourquoi les remparts gardent Albert n'étaient pas chers. Il y avait une rumeur sur la provenance de sa viande. Les gens disaient que c'était de la viande de chat. En réalité, Al se fournissait en 1958 avec les tarifs de cette époque. Al achetait la même viande, à la même heure, au même boucher qui lui disait toujours la même chose. Al trouvait que la plupart des gens qu'il avait rencontrés à cette époque étaient vraiment gentils et il avait eu l'air un peu nostalgique.

8

Jake rentra chez lui. Il pensait faire une sieste mais il ne réussit pas à dormir. Il voulut corriger des copies mais en fut incapable. Alors il regarde à la télé et tomba sur un vieux film mais cela lui donna mal à la tête et il éteignit. Il ne réussit pas à manger non plus. Il repensa à Al servant année après année des hamburgers faits avec la même douzaine de livres de viande hachée. Ça ressemblait vraiment au miracle des pains et des poissons. Il prit sa voiture pour aller en face de la Kennebec et contempla la relique à la peinture écaillée qui avait été autrefois un commerce florissant. Là où se trouvait le magasin d'alcools en 1958, il y avait à présent un joli bâtiment en briques qui abritait une succursale de la Key Bank. Pourtant le passé lui semblait très proche en cet instant. C'était comme si 1958 était encore là, à peine dissimulé sous une mince pellicule d'années intermédiaires. Il devinait qu’Al voulait lui faire faire quelque chose que lui-même ne pouvait plus faire empêché par sa maladie. Albert avait dit qu'il y était resté pendant quatre ans mais que quatre ans, c'était pas suffisant.

Jake se demanda s'il était prêt à passer quatre ans là-bas pour revenir deux minutes plus tard… Quatre ans de sa vie, c'était trop lui demander.

Il rentra chez lui et écouta une radio spécialisée dans les musiques des années 60. Il trouva que ça avait un son neuf. Il n'avait pas envie de vivre plusieurs années dans le passé mais il avait envie d'y retourner. Et il avait envie d'une autre bière racinette.

Chapitre 3

1

Jake alla chez Al. Le sommeil et les médicaments lui avaient fait du bien. Les médecins ne lui avaient laissé aucun espoir. Il apprit à Jake que son restaurant disparaîtrait car il ne faisait que louer l'emplacement et son bail arrivait à échéance.

2

Jake demanda à Albert ce qui arriverait à la brèche vers le passé si sa caravane était enlevée et qu'on construisait un magasin la place. Al pensait que la brèche disparaîtrait. Jake pensait qu'Albert avait probablement raison. Il pensa au gouvernement fédéral découvrant qu'il pouvait envoyer des troupes d'opérations spéciales dans le passé pour y changer ce que bon lui semblerait. Les allumés qui nous procuraient tous ces gadgets amusants tels qu'armes biologiques et bombes téléguidées étaient les derniers que Jake voulait voir exporter leurs programmes variés dans l'histoire vivante, sans défense.

À cet instant, Jake comprit ce qu'Al attendait de lui. Et il refusa. Alors Al lui confia la seule raison qu'il avait de ne pas prendre tout son stock de petites pilules roses en une seule fois.

3

Al employait une métaphore pour convaincre Jake de son projet. Il parla de ligne de partage des eaux. La ligne de partage des eaux, c'est une zone, généralement en montagne ou en forêt, à partir de laquelle les eaux de source se déversent dans différents fleuves qui coulent sur des versants différents. Pour Al, l'histoire aussi était un fleuve. Parfois, les événements qui changent l'histoire s'étendent sur une longue période-comme de longues pluies soutenues sur un bassin hydrographique qui peuvent faire sortir un fleuve de son lit. Dans l'histoire aussi, il y a des crues soudaines. Comme le 11 septembre 2001 ou la victoire de George Bush sur Al Gore en 2000. Jake pensait qu’Al ne pouvait pas comparer une élection nationale avec une crue soudaine. Al répondit que c'était l'élection était un phénomène unique et qu'en retournant à l'automne 2000 pour dépenser 200 000 $ en faveur d'Al Gore, on pouvait changer l'ordre des choses. Avoir une connaissance anticipée de l'issue des événements était un atout pour se dépatouiller de n'importe quelle difficulté. L'argent n'était donc pas un problème.

L'écart des votes avait été de 600 voix en Floride. Avec 200 000 $, on pouvait acheter les gens pour faire pencher la balance. Quand il s'agit du fleuve de l'histoire, les lignes de partage des eaux les plus susceptibles d'entraîner des changements sont les assassinats. Al évoqua l'exemple de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche assassiné par Gavrilo Princip. Il parla également de Claus von Stauffenberg qui échoua dans son projet d'assassinat d'Hitler en 1944. Alors, Al dit que pour l'archiduc ou Adolf Hitler, on ne pouvait rien faire. Ils étaient hors de notre portée. Car la brèche s'ouvrait en 1958. Pour le 11 septembre 2001, si Jake voulait empêcher cette ligne de partage des eaux, il devrait attendre 43 ans. Il aurait alors pas loin de 80 ans. Jake devina qu'Al projetait d'aller à Dallas en 1963. Al le lui confirma. Alors, Al dit à Jake qu'il n'était pas malade, lui, et qu'il pouvait empêcher l'assassinat de Kennedy.

Ainsi, Jake pouvait changer le cours de l'histoire et John Kennedy pourrait vivre.

4

Jake en divorçant était devenu un homme libre. Il n'avait pas d'enfant. Il ne trouvait pas son boulot excitant. Faire le tour du Canada en stop avec un copain après sa dernière année d'université était ce qui avait le plus ressembler à une aventure pour lui. Et là, tout d'un coup, on lui offrait la chance de devenir un acteur majeur non seulement de l'histoire américaine mais de l'histoire du monde. Il voulait être convaincu mais il avait peur aussi.

Al lui dit que s'il échouait il pourrait toujours revenir au 9 septembre 1958 pour tout annuler. Puisque chaque voyage était le premier voyage. Jake voulut savoir ce qui se passerait si les changements étaient si radicaux que son petit resto ne serait même plus là pour l'accueillir. Al répondit qu'alors Jake serait coincé dans le passé. Mais en tant que professeur d'anglais, il disposerait toujours d'une compétence monnayable. De plus, en connaissant l'avenir il pourrait gagner de l'argent avec les paris sportifs. C'est ce qu'avait fait Al tout en restant prudent pour ne pas attirer l'attention des bookmakers. De plus, Al ne pensait pas que le resto disparaîtrait car il avait toujours été là pour lui alors qu'il avait changé beaucoup de choses. Al mentionna l'effet papillon. L'idée que de petits événements pouvaient avoir de grandes ramifications. Si Jake sauvait la vie de John Kennedy, il y avait peu de chances que Robert Kennedy se présente à la présidence en 1968. Le pays n'était pas prêt à remplacer un Kennedy par un autre. De plus, si Jake sauvait la vie de John Kennedy, il y avait peu de chances que Robert Kennedy soit toujours à l'hôtel Ambassador le 5 juin 1968. De même, Martin Luther King serait-il toujours à Memphis en avril 1968 ? Dès lors les émeutes raciales qui avaient suivi sa mort n'auraient pas lieu.

Al savait que Jake savait peu de choses sur la guerre civile qui avait déchiré les États-Unis après l'assassinat de Kennedy à Dallas. Il se doutait que son ami ne saurait pas répondre à la question qui Lee Oswald avait tenté d'assassiner quelques mois seulement avant de prendre Kennedy pour cible. Parce que d'une façon ou d'une autre, tout ça était tombé dans l'oubli.

La guerre du Vietnam avait Lyndon Johnson pour origine. Kennedy aurait peut-être changé d'avis sur le Vietnam. Johnson et Nixon en avaient été incapables. Mais Jake avait peur de ne pas pouvoir revenir s'il partait. Et dans ce cas il ne saurait jamais ce qui avait été changé. Al le rassura en lui disant qu'il était jeune et que du moment qu'il ne se faisait pas écraser par un taxi ou terrasser par une crise cardiaque, Jake devrait vivre assez longtemps pour savoir quelle tournure aurait pris les choses. Jake demanda à Al s'il avait beaucoup lu sur l'assassinat de Kennedy et sur Oswald. Al le lui confirma.

Pourtant, Jake lui demanda comment il pouvait être aussi sûr que c'était bien Oswald qui avait assassiné Kennedy. Mais Al était catégorique. Pour lui tout était l'oeuvre d'Oswald. Al avoua à Jake qu'il avait déjà rencontré Oswald. Il l’avait vu à Fort Worth. Il savait qu'Oswald détestait son frère Bobby.

Al avait vu Oswald de près et il suffisait de regarder son visage pour savoir qu'il se prenait pour un champion. Al s'était retenu de l'étrangler. Mais il n'aurait pas pu faire ça devant sa femme et son enfant. De plus, c'était en pleine rue et Al avec une aversion pour la prison d'État et pour la chaise électrique. Oswald l'avait dévisagé et lui avait demandé ce qu'il regardait. Quand Al lui avait répondu qu'il ne regardait rien du tout, Oswald lui avait demandé de s'occuper de ses fesses. Pour Al, Oswald n'était rien qu'un petit avorton qui brutalisait son épouse et attendait de se faire une place dans l'histoire.

Al n'avait jamais cru aux théories du complot sur l'assassinat de Kennedy. Elles avaient été inventées pour trouver du sens à cet assassinat. Jake lui demanda pourquoi il n'avait pas assassiné Oswald quand il avait su qu'il était malade. Al lui répondit que pour cela il aurait dû être sûr à 100 % de le tuer. Et à ce moment-là, comme Oswald avait dit qu'il était un bouc émissaire, Al voulait être sûr que c'était un mensonge. Al avait pris des notes et les donna à Jake. Il voulait qu'il les bûche comme une bête. Ses notes se trouvaient sur un gros carnet bleu. Dedans, il y avait l'emploi du temps d'Oswald ainsi que toutes les preuves accumulées contre lui. Al voulait que Jake arrête ce petit salaud en avril 1963, plus de six mois avant la venue de Kennedy à Dallas. Parce que c'est en avril que quelqu'un avait tenté d'assassiner le général Edwin Walker. Général qui avait été déposé en 1961 par Kennedy en personne. Ce général distribuait de la littérature ségrégationniste à ses troupes et leur ordonnait de lire ces saloperies. Al pensait qu’Oswald avait essayé de tuer Walker. Al aurait volontiers échangé Walker contre Kennedy. Jake lui demanda si en confirmant la responsabilité d'Oswald dans la tentative d'assassinat contre le général Walker, il aurait éliminé les doutes qui lui restaient. Al le lui confirma.

5

Jake demanda à Al combien de temps il avait pour se décider. Il devait donner sa réponse avant le 1er juillet car après cette date le bail serait terminé. Al donna une clé à Jake. C'était celle de la caravane. Au cas où il aurait passé l'arme à gauche. Il dit à Jake que si un jour il avait désiré changer le monde, c'était sa chance. De sauver Kennedy. Son frère. Martin Luther King. D'empêcher les émeutes raciales. Empêcher le Vietnam, peut-être.

Albert avait encore choses à dire à Jake. Il devait lui parler de Carolyn Poulin et d’Andy Cullum.

6

Albert raconta à Jake qu'après avoir découvert l'entrée du terrier, il s'était contenté dans un premier temps de l'utiliser pour aller acheter des provisions, faire quelques paris chez un bookmaker et se constituer sa cagnotte de billets de 50 d'époque. Il prenait aussi les mardis et mercredis pour s'échapper vers le lac Sebago qui regorgeait de poissons savoureux. Le plus hallucinant dans tout ça, c'était de descendre cet escalier en pleine tempête de nord-est au mois de janvier et d'émerger en plein soleil de septembre. Quand le choc avait commencé à s'atténuer, Al s'était mis à réfléchir. Alors elle s'était demandée si on pouvait changer le passé. Il avait gravé avec son canif «Al T. 2007 » sur un arbre près de la cabane où il logeait. En revenant dans le présent, l'arbre était toujours là et les mots qu'il avait sculptés aussi.

À ce moment-là, il avait commencé à penser à l'effet papillon.

Le 15 novembre 1958, une fillette de 12 ans, Carolyn Poulin était allée à la chasse avec son père. Un chasseur, la confondant avec un cerf, lui tira dessus.

Carolyn avait pu terminer ses études. Elle était devenue expert-comptable. Malgré son handicap, elle était complètement autonome et en bonne forme physique. Alors, Al avait décidé de la sauver. En guise de test. Il était resté deux mois dans sa cabine du lac Sebago en disant au propriétaire qu'il venait de toucher un peu d'argent suite à la mort de son oncle. Le 15 novembre 1958, il s'occupa de  Cullum, le chasseur qui avait tiré sur Carolyn. Il était parti de sa cabane avec beaucoup d'avance mais malgré cela il eut affaire à une suite de malchances. Sa Chevrolet de location avait un pneu à plat et la roue de secours creva elle aussi. De plus, il fut obligé de donner un pourboire de 20 $ au mécano de service pour qu'il accepte de le dépanner. Après cela le pont qu'il devait traverser s'était effondré. Il dut emprunter un détour. Mais à ce moment-là, un arbre barrait la route et il dut s'arrêter pour le déplacer. Un homme s'arrêta et lui donna un coup de main. C'était Andy Cullum. Compte tenu de tous les ennuis qu’Al avait eus pour arriver à Durham, il pouvait à peine le croire. Après avoir déplacé l'arbre, Al fit semblant d'avoir une crise cardiaque et Cullum l'emmena à l'hôpital plutôt que d'aller chasser. Voilà pourquoi Carolyn n'avait jamais été blessée. Al avait donc réussi. Dès qu'il fut revenu de ce voyage, Al alla vérifier à la bibliothèque municipale pour rechercher l'article sur la remise des diplômes de l'année 1965. Avant, il y avait une photo de Carolyn  pour l'illustrer. Après, il y avait toujours un article sur la remise des diplômes mais cette fois la photo qui l'illustrait était celle d'un garçon car Carolyn avait eu son diplôme en 1964, l'année où elle aurait dû l'obtenir si elle n'avait pas été occupée à se remettre d'une blessure à la colonne vertébrale. Après quoi, Carolyn avait obtenu un doctorat. Il était donc possible de changer le passé mais ce n'était pas aussi facile qu'on pouvait le penser.

Al pensait que quelque chose ne voulait pas que le passé soit changé. Il fallait donc prendre en compte la résistance. Il demanda à Jake de regarder dans le carnet bleu. Dedans, il y avait l'article de 1965 avec le passé inchangé de Carolyn. Jake ne comprenait pas pourquoi. Albert lui expliqua que chaque nouveau passage dans la brèche était une remise à zéro. Tout ce qu'Albert avait fait pour sauver Carolyn avait effacé quand il était retourné voir Oswald. Alors Albert était revenu sauver Carolyn. Mais quand Jake était allé dans le passé, tout avait été effacé. Quand Jake était allé s'offrir une bière racinette, il avait aussi remis Carolyn Poulin en fauteuil roulant.

Chapitre 4.

Jake laissa Al se coucher. Al lui conseilla de lire le carnet bleu et de revenir le lendemain pour en parler. En regardant le drapeau du Texas qu'Al arborait devant sa maison, Jake pensait que c'est le Texas qui allait lui chercher des crosses, vu les difficultés qu'Al avait connues en voulant sauver la vie de Carolyn.

2

En rentrant chez lui, Jake pensa à nouveau à Carolyn. Il avait paralysé cette fille. Il l'avait remise dans un fauteuil roulant. Il se demanda si sauver la vie de Kennedy pouvait vraiment améliorer les choses. Il n'y avait aucune garantie.

3

Jake était en vacances mais il se sentait triste. Et pas seulement parce qu'il avait une décision difficile à prendre. Il avait révélé qu'il était dans la salle des profs en train de lire les devoirs de sa classe d'adultes. Sa femme venait juste de sortir de cure de désintoxication. Il espérait quelle serait la maison quand il se rentrerait. Dans son rêve, il avait placé le devoir d’Harry au sommet de la pile et commencée à le lire.

Jake avait pris l'habitude de photocopier les meilleurs devoirs de ses élèves. Alors il chercha le devoir d’Harry. Il commença à le lire.

4

Jake relut le devoir d'Harry. Il racontait une histoire horrible qui était arrivée à sa famille. Son père alcoolique avait tué sa mère, sa soeur et son frère, le soir d'Halloween 1958. Harry avait survécu parce que pendant que son père commettait ses crimes, Harry était aux toilettes.

5

Jake appela Al à 6:00 du matin. Al était déjà réveillé. Jake voulait lui montrer le devoir d'Harry. Al lui demanda s'il avait pris sa décision. Jake répondit qu'il devait encore une fois faire un voyage dans le passé avant de se décider.

6

Al lut devoir d'Harry deux fois. Il en fut estomaqué. Jake lui avoua qu'il avait pleuré quand il l'avait lu la première fois. Quand Harry était sorti des toilettes, il avait menacé son père avec une carabine à air comprimé, une carabine qui ne pouvait pas-de balles. Mais son père continua d'avancer vers lui avec son marteau. Alors Harry se réfugia dans sa chambre. Son père le rattrapa et lui donna un coup de marteau sur la tête. Harry fut grièvement blessé mais survécut. Un voisin arriva et découvrit le carnage. Il eut la présence d'esprit de se saisir de la pelle à cendres à côté de la cuisinière et assomma le père d'Harry. Al remarqua la date de ce drame. Il ne pouvait pas croire que c'était une coïncidence. Pour Jake ils avaient affaire à une autre ligne de partage des eaux.

Harry n'avait pas pu réussir ses études car il avait mis du temps à se remettre du drame. Pour Al c'était vraiment un gâchis.

Jake savait maintenant qu'il pouvait améliorer la vie d'Harry. Mais pour lui ce n'était pas vraiment la question. Carolyn n'avait jamais été un très bon sujet de test car Al lui avait seulement sauvé les jambes. Ce qu'Al avait fait avec Carolyn c'était un peu comme si un chirurgien guérissait un appendice infecté au lieu de le retirer. Super pour l'appendice, mais même sain, il n'aurait jamais aucune fonction vitale. Pour Jake la famille d'Harry semblait faire un meilleur sujet de test parce qu'au lieu d'une seule fillette paralysée, ils avaient ici quatre personnes assassinées et une cinquième mutilée à vie. Quelqu'un qu'ils connaissaient en plus.

Jake voulait se procurer un meilleur exemple de ce qui peut arriver quand on intervient sur une ligne de partage des eaux. Il avait besoin de vérifier ça avant d'aller interférer avec un événement aussi important que l'assassinat de Kennedy.

Al comprenait.

7

Albert de fer-blanc

Jake. Il l’ouvrit avec une clé qu'il portait autour du cou. Dedans, il y avait une grosse enveloppe en papier kraft. Elle contenait un gros tas de billets. Jake remarqua un billet de 20 $ avec le visage de Grover Cleveland. C'était l'argent qu’Al avait gagné avec ses paris. Il y avait aussi une partie de ses économies. Il avait travaillé comme cuisinier entre les années 1958 et 1962 exactement comme au temps présent. Dans la boîte, il y avait 9000 $. Ça équivalait à 60 000 $ d'aujourd'hui. Dans la boîte, il y avait une carte de sécurité sociale au nom de Georges T. Amberson. Al demanda à Jake de signer cette carte. Dans la boîte il y avait aussi un permis de conduire de l'État du Maine toujours au nom d'Amberson. Ce serait donc l'identité de Jake dans le passé. Il serait né le 22 avril 1923. Albert donna à Jake une carte de fidélité de chez Hertz, une carte d'abonné au gaz de ville, une carte du Diners club et une carte American Express. Al suggéra à Jake d'ouvrir un compte mais de ne pas y déposer plus que 1000 $. Il fallait qu'il garde le plus possible d'argent en espèces et à portée de main. Au cas où il devrait revenir en toute hâte. Les cartes de crédit, c'était seulement des preuves d'identité supplémentaire. En effet, lors du voyage de Jake en 1958, les comptes réels liés à ces cartes avaient été effacés. Al offrit à Jake une feuille de papier sur laquelle se trouvait les résultats sportifs 1958-1963 il fallait que Jake fasse très attention à cette feuille pour qu'elle ne tombe pas en de mauvaises mains. Enfin, Albert offrit à Jake une sacoche car en 1963, les sacs à dos n'étaient utilisés que par les boy-scouts.

Jake demanda ce qu'il devrait faire si on lui demandait comment il gagnait sa vie. Albert lui conseilla de répondre qu'il avait hérité de son vieil oncle, le temps pour lui d'écrire un livre. Mais Jake avait peur et il demanda à Al de l'accompagner jusqu'à la caravane pour son deuxième voyage.

8

Al accompagna Jake jusqu'à la caravane. Il lui promit de lui offrir un café à son retour si ça avait marché. Jake descendit l'escalier.

Deuxième partie : le père du concierge.

Jake emprunta le même chemin que lors de son premier voyage. Carton Jaune le renversa presque en hurlant. Jake le repoussa. Il regretta son geste il lui dit qu'il ne voulait pas le pousser mais qu'il avait eu peur. Alors Carton Jaune lui demanda qui il était. Jake répondit qu'il n'était personne d'important mais que son prénom était George. Carton Jaune le traita d'enculé et lui dit qu'il n'était pas censé être ici. Jake s'apprêtait à aller prendre une bière à la Kennebec quand Carton Jaune lui demanda un dollar. Alors Jake lui donna la pièce de 50 cents. Carton Jaune lui demanda ce qu'il venait faire ici. Jake répondit qu'il avait un travail et lui conseilla d'aller voir les alcooliques anonymes. Mais Carton Jaune lui dit de se casser. Jake remarqua que le carton dans le chapeau de l'ivrogne n'était plus jaune mais orange.

2

Jake traversa la voie ferrée et le même autobus interurbain que la première fois passa en grondant. Le James Dean rockabilly était à son poste devant la porte de la Kennebec et lui balança encore un : «Hé-ho, Daddy-O ! ».

La première fois, Jake avait pris un journal et Frank Anicetti lui avait demandé s'il voulait un soldat à la fontaine. Cette fois, Jake n'avait pas pris de journal et Anicetti lui demanda simplement ce qu'il pouvait faire pour lui. Alors Jake réalisa que si chaque voyage remettait tous les compteurs à zéro, dès qu'on modifiait quelque chose, alors tout devenait possible.

L'idée était à la fois libératrice et effrayante.

Jake commanda une bière et à nouveau Anicetti junior arriva. Mais cette fois Jake se présenta sous le nom de George Amberson en provenance du Wisconsin et Anicetti lui demanda s'il voyageait pour affaires ou pour son plaisir.

Jake était surpris car cette scène ne cessait de s'éloigner du script original et d'y revenir.

Cette fois, Jake eut envie d'aller aux toilettes après avoir bu sa bière. Mais il dut aller chez Titus pour cela. Anicetti ne lui parla pas de la nouvelle « les gens de l'été » cette fois-ci. Jake pensa avec un certain malaise à ce fameux effet papillon. Jake demanda s'il y avait un bon motel dans le coin et Anicetti senior le reprit en disant qu'il y avait un relais automobile à 10 km, le Tamarack. Au loin, il vit Carton Jaune en train de discuter avec le vendeur du Front- Vert., Il était revenu au script d'origine. Jake prit ça pour un bon signe.

3

Jake passa devant le Jolly White Elephant, un magasin de meubles d'occasion et salua son propriétaire, probablement le beatnik du coin, en levant deux doigts. Le beatnik lui répondit en hochant la tête.

Jake alla chez le garagiste Titus pour soulager son ventre. Il fut surpris par le prix peu élevé des Cadillacs. Après quoi, il sache à une valise dans l'entrepôt de meubles d'occasion.

4

Jake se promena dans la rue commerçante et alla chez le barbier pour se faire couper les cheveux. Devant la boutique du coiffeur, il y avait une affiche électorale pour le démocrate Edmund Muskie. Jake entra en disant qu'il avait toujours voté pour les démocrates ce qui fit rire le propriétaire du magasin Harold qui se présenta comme républicain.

Harold lui coupa les cheveux pour 40 cents.

5

Jake déposa 1000 $ à la Hometown Trust. Le directeur adjoint lui proposa d'ouvrir un compte d'épargne. Jake refusa poliment. La caissière lui fournit une cinquantaine de chèques avec un porte-chèques. Jake vit que les employés enregistraient les transactions à la plume et l'huile de coude. Il se dit que vivre dans le passé, c'était un peu comme vivre sous l'eau et respirer avec un tuba.

6

Jake fit l'acquisition des vêtements recommandés par Al chez Mason’s Menswear. Jake retourna au Jolly White Elephant pour récupérer sa valise. Le vendeur lui dit qu'il avait une drôle de façon de faire ses courses. Et Jake lui répondit que c'était un drôle de vieux monde. Cela fit sourire le vendeur qui lui proposa de glisser sa paume sur la sienne.

7

Jake entra dans une cabine téléphonique pour appeler un taxi. Au moment de chercher de la monnaie dans sa poche, il se rendit compte qu'il y avait laissé son téléphone portable. Si quelqu'un le voyait, on lui poserait une centaine de questions auxquelles il ne pourrait pas prendre. Alors il rangea son téléphone dans la sacoche.

La pièce qu'il glissa dans la fente de l'appareil retomba car c'était une pièce de 2002. Alors il fouilla sa monnaie et trouva une pièce de 1953. Une pensée lui fit froid dans le dos. Si sa pièce de 2002 était restée coincée dans la gorge du téléphone au lieu de tomber directement dans le retour de pièces, un employé d'AT & T. aurait pu le trouver. Il l'aurait montrée autour de lui et il y aurait peut-être même eu un entrefilet dans le journal à ce sujet.

Jake se promit d'être prudent.

8

en attendant son taxi, Jake regarda les voitures d'occasion de Titus. Il était particulièrement séduit par une Ford décapotable de 1954. Titus lui fit l'article. Alors Jake se présenta sous le nom de George Amberson du Wisconsin. Titus en demandait 350 $. Jake répondit qu'il allait réfléchir. Titus lui conseilla de ne pas traîner car la Ford ne resterait pas longtemps sans bouger. Cette réponse rassura Jake qui se dit que certaines choses ne changeaient pas.

9

Le chauffeur de taxi étaient un gros type coiffé d'une casquette usée assortie d'un badge chauffeur assermenté. Il fumait des Lucky Strike et écoutait la radio.

Jake regarda le paysage défiler. La zone urbaine tentaculaire entre Lisbon Falls et Lewinston n'existait pas encore. Jake vit plus de vaches que d'habitants. Jake arriva au relais automobile qui était bordé d’ormes immenses et majestueux.

10

Jake paya sa chambre en liquide. Il y avait une télé dans sa chambre avec seulement trois chaînes mais seule ABC avait une image claire. Il alluma son portable et bien sûr l'écran afficha « pas de réseau ».

Il se dit que si on le surprenait avec ce téléphone, il pourrait être arrêté par les flics locaux et gardé à vue le temps que quelques-uns des gars de J Edgar Hoover rappliquent de Washington pour le cuisiner.

Jake glissa toutes ses pièces du futur dans une enveloppe. Il sortit pour se promener dans le champ. C'était calme et silencieux. Jake alla jusqu'à l'étang pour y plonger son téléphone portable ainsi que l'enveloppe contenant les pièces du futur.

Chapitre 6

1

Le lendemain, Jake prit un taxi pour retourner chez Titus pour acheter la Ford. Titus prétendit ne pas pouvoir vendre la Ford à moins de 350 $. Alors Jake lui proposa de choisir entre un chèque de 350 $ ou 300 $ en liquide. Titus choisit les billets. Avec 15 $ de plus, il rajouta une vignette autocollante et une plaque valable 14 jours.

Jake partit pour Derry avec sa Ford. Il se sentait bien jusqu'à ce qu'il voit Derry.

2

Quelque chose allait mal dans cette ville et Jake le sut dès le début. Ou vous il trouvait que les habitants de Derry ressemblaient plus aux péquenauds consanguins de Délivrance qu'à des agriculteurs du Maine. C'était la ville où Harry avait grandi et Jake la détesta au premier regard.

L'écriteau du drugstore résumait l'impression que Derry causa à Jake. L'écriteau disait : « le vol à l'étalage n'est ni « extra » ni «bath » ni « chouette » ! Voler à l'étalage est un crime passible de poursuites ! Et je poursuivrai en justice ! Norbert Keene. Propriétaire ».

Malgré cela, Jake entra et salua Norbert Keene qui ne répondit pas à son salut. Un employé avec 1 m ruban autour du cou s'approcha. Jake acheta un chapeau en paille. L'employé lui demanda d'où il venait. Alors Jake répondit qu'il s'appelait Amberson et qu'il travaillait dans l'immobilier, de passage à Derry pour retrouver un ancien copain d'armée. Le copain en question s'appelait Dunning (le père d'Harry). L'employé ne lui donna aucune information et paru distant. Alors Jake lui demanda quel était le meilleur hôtel de la ville. L'employé répondit que c'était le Derry Town House. À Derry, le soir semblait toujours tomber de bonne heure.

Jake entra dans un bar et demanda aux ouvriers ce qu'il y avait comme bière à la pression. Pendant un moment, aucun d’eux ne lui répondit. Puis, un des ouvriers qui ne portaient pas de bretelles lui conseilla une Bud et Mick. Jake prétendit encore venir du Wisconsin de passage à Derry pour chercher un ancien copain de l'armée. L'ouvrier sans bretelles lui dit que Derry était remplie de Dunning. Il lui conseilla de prendre sa Ford pour monter en haut de la côte pour trouver des bons troquets car le bar où il était été réservé aux prolos.

Jake était dégoûté par la froideur des habitants de Derry et il avait envie de renoncer mais il était la dernière cartouche de trappeurs pour Al.

Jake prit une chambre d'hôtel. Son séjour à Derry avait commencé.

3

Jake consulta l'annuaire du téléphone. Il y avait en effet beaucoup de Dunning à Derry. Après avoir mangé, Jake prit une bière au comptoir de l'hôtel. Il discuta avec le barman dans l'espoir d'avoir des informations. Le jeune homme n'avait pas la froideur des habitants de Derry. Le barman lui demanda d'où il venait et Jake sortit le refrain habituel. Le barman comptait se tirer de Derry à la fin du mois dans un endroit un peu plus ouvert. Jake offrit une bière au barman pour lui prouver que les gens du Wisconsin étaient plus chaleureux que ceux de Derry. Mais le barman ne buvait jamais d'alcools en travaillant alors il accepta volontiers un coca. Le barman venait de Fork Kent, une petite ville sympathique. Il était descendu vers le sud pour chercher fortune. Mais il trouvait que ça puait à Derry. Il n'y avait pas grand monde dans cet hôtel. Les gens huppés se sifflaient leur alcool à la maison. Il baissa la voix pour dire à Jake qu'il y avait eu des meurtres, une dizaine. Des enfants. Jake pensa que la présence d'un tueur d'enfants pouvait expliquer en grande partie l'ombre qu'il sentait planer depuis son arrivée à Derry. Un petit garçon nommé George avait été tué près d'une bouche d'égout par un type déguisé en clown. Il y avait un client dans le bar qui paya sa consommation et s'en alla. Le barman pensait que si ça continuait, ce bled allait devenir une ville fantôme.

Le barman évoqua l'assassinat du petit Dorsey Corcoran par son père à coups de masse. Jake voulut savoir si Corcoran n'avait pas tué d'autres gosses. Il y avait un frère aîné dans cette famille de tordus, Eddie. Il avait disparu en juin dernier. Le barman s'appelait Fred Toomey. Il conseilla à Jake d'éviter de parler aux enfants.

4

Jake entra dans sa chambre en supposant qu'il pourrait changer juste assez les choses, au cours de ces sept prochaines semaines, pour que le père d'Harry tue son fils au lieu de le laisser boîteux et un peu demeuré. Il se dit que ça n'arriverait pas et qu'il ferait en sorte que ça n'arrive pas.

5

Le lendemain matin, Jake prit le petit déjeuner au restaurant. Un client avait abandonné sur la table un quotidien local. Jake y chercha des informations sur les enfants Dunning. Il n’en trouva pas.

Il compta 96 Dunning dans l'annuaire. Il se rendit compte qu'il avait été conditionné par une société où l'Internet était omniprésent. Il en était devenu dépendant. Alors il repensa à un de ses professeurs de sociologie qui disait : « quand tout le reste a échoué, laissez tomber et aller à la bibliothèque ». C'est ce que fit Jake.

6

Dans l'après-midi, Jake alla regarder la bouche d'égout où George Denbrough avait perdu son bras et sa vie. Jake était désespéré et commençait à ressentir ce qu'Al avait senti : quelque chose s'acharnait contre lui.

Il alla à la bibliothèque dans l'espoir de consulter le registre de recensement. Le dernier recensement remontait à huit ans et trois des quatre aux enfants Dunning devait y figurer. Mais il ne trouva pas le registre de recensement. Mirs Starrett, la sympathique bibliothécaire, lui avait dit que ces documents avaient leur place à la bibliothèque mais que le conseil municipal avait décidé de les garder à l'hôtel de ville.

Jake se rendit à la mairie. Il demanda à Marcia Gay, la secrétaire, lui annonça que le registre avait disparu à cause des pluies diluviennes. Alors Jake ressentit ce qu'Albert avait dû ressentir en essayant de sauver Carolyn : il était dans une sorte de prison aux parois flexibles. Pour ne pas se faire remarquer, Jake quitta l'hôtel et décida de louer une chambre. Il entendit un air de Glenn Miller «In the mood ».

7

La musique provenait d'une aire de pique-nique. Un couple dansait près d'un tourne-disques. Jake les regarda, à la fois impressionné émerveillé. Il avait l'impression d'avoir brièvement aperçu la véritable mécanique de l'univers.

Il avait rencontré son excellent femme Christy dans un cours de swing à Lewiston et « In the mood » était un des airs sur lesquels ils avaient appris à danser. Ils avaient obtenu le quatrième prix du concours de danse de Nouvelle-Angleterre. Pour lui, ce qu'il était en train de voir n'était pas une coïncidence. Quand le couple d'adolescents remarqua la présence de Jake, il ne s'était pas refermé. Au contraire, leurs visages avaient gardé une expression avenante, pleines de curiosité et d'intérêt. Le garçon s'appelait Richie et la fille Beverly. Jake se présenta sous le nom de George Amberson. Ils remarquèrent que Jake n'était pas de Derry. Ils lui dirent que les gens d'ici étaient inquiets pour les gosses. Mais quand les meurtres s'enchaînaient, il n'y en avait pas un qui avait moufté. Beverly demanda à Jake s'ils le connaissaient. Richie lui demanda s'il cherchait quelque chose. Jake acquiesça et leur demanda comment ils savaient qu'il n'était pas dangereux. Ils ne semblaient pas effrayés par l'étrangeté de Jake. Au contraire, ça les fascinait. Richie lui répondit que ça se voyait qu'il n'était pas dangereux. Alors Jake évoqua la mort de Dorsey et ils grimacèrent. Beverly chuchota à l'oreille de Richie. Alors Jake se jeta à lots. C'étaient eux qu'il attendait. Il le savait.

Il leur demanda s'ils connaissaient des enfants du nom de Dunning. Beverly lui répondit qu'ils les connaissaient puisqu'ils allaient au lycée avec eux. Ils s'entraînaient à danser avec eux.

Ils savaient où ils habitaient mais ils ne voulurent pas le dire à Jake. Alors Jake leur dit qu'il y avait de fortes chances que Tugga ne monte jamais sur scène sauf si quelqu'un veillait sur lui. Et sur ses frères et sa soeur aussi. Alors ils lui dirent ou habitaient les Dunning. Jake se demanda ce que ces enfants allaient colporter de leur curieuse conversation.

Beverly connaissait le père d'Harry et elle prétendait qu'il était gentil et faisait des blagues. Mais Jake lui dit que les clowns aussi faisaient des blagues. Cela fit sursauter les enfants. Beverly lui demanda s'il connaissait la tortue. Et comme il ne savait pas elle lui dit que M. Duning était un homme vraiment gentil. Jake leur dit qu'il serait à Derry pendant quelque temps et qu'il valait mieux qu'il n'attire pas trop l'attention. Il leur demanda de rester discret sur ce qui venait de se passer. Ils savaient garder un secret. Richie lui dit que ça avait été chouette de lui parler. Il lui conseilla de faire attention à Derry. Même si c'était mieux que ça avait été, pour Richie ce ne serait jamais vraiment impec.

Avant de partir, Jake leur montra comment ils pouvaient améliorer leur danse. Le platine 78 tours pouvait être ralenti à 45-tours, ce qui permettait de ralentir la musique et d'avoir plus de temps pour apprendre les pas. En les regardant danser, Jake se sentit heureux pour la première fois depuis son arrivée à Derry.

8

Jake se rendit à Kossuth Street, l'adresse de la famille Duning. Il se rendit dans une station-service pour trouver une carte et s'acheter le Daily News. Kossuth Street ressemblait à une scène extérieure dans une vieille sitcom un peu floue. Jake regarda une femme qui lavait sa voiture tandis que ses filles jouaient à la corde à sauter. Jake évita les filles soigneusement des qu'il vit la femme interrompre sa tâche en le regardant. Plus loin, il y avait un centre aéré à vendre. À côté, se trouvait la maison des Dunning. La petite Ellen remontait l'allée goudronnée de sa maison sur un petit vélo à roulettes. Elle chantait. Sa mère l'appela pour lui proposer de manger un cookie. Harry suivi sa soeur. Maintenant que Jake les avait vus, des gens réels vivant leur vie réelle, il semblait n'y avoir aucun autre choix possible que de changer le cours des choses.

Chapitre 7

1

Jake passa sept semaines à Derry. Il en était venu à haïr et à craindre cette ville. Il en était venu à croire que l'ombre ne quittait jamais complètement cette ville avec ses étranges bas-fonds en guise de centre.

C'était un sentiment d'échec imminent qui lui faisait le détester. Malgré l'oppression qu'il ressentait, il ne voulait pas partir maintenant qu'il avait vu le Harry d'avant la patte folle avec son sourire d'innocent.

Si Jake laissait le drame se produire, il ne voyait pas comment il pourrait se supporter ensuite. Il resta donc même si ce ne fut pas facile. Et chaque fois qu'il pensait qu'il lui faudrait en repasser par là, à Dallas, son esprit menaçait de se figer.

2

Pour son deuxième jour à Derry, Jake descendit au marché central. Cela lui permit de passer inaperçu parmi la foule. Il alla dans un magasin pour s'acheter des chemises et des pantalons ainsi que des bottes de chantier. Il acheta aussi des fruits et des légumes. Il se demanda quel métier pouvait bien faire le père d'Harry. Il vit que le père d'Harry était boucher. Parfois, la vie nous sert des coïncidences qu'aucun écrivain de fiction n'oserait copier.

Frank Duning faisait rire les clientes. La ressemblance avec Harry était frappante au point d'en être troublante. Il avait un charme ravageur. Rien d'étonnant à ce que ces dames soient tout émoustillées.

Rien d'étonnant à ce que Beverly trouve que ce type était le mec le plus ultra. Frank Dunning était un charmeur et il le savait.

Il y avait un magasin légèrement moins cher que celui de Frank Dunning mais la gent féminine de Derry préférait dépenser la paye du mari au marché central, maintenant Jake savait pourquoi. Dunning était beau.

Jake le vice faire son numéro de charme devant les clientes. Malgré cela, Jake trouva qu'il avait un regard froid. Lorsque Dunning s'était entretenu avec son harem fasciné, ses yeux avaient été bleus. Mais quand il avait tourné son regard sur un Jake, ce dernier aurait juré qu'ils étaient devenus gris.

3

Jake sortit du marché à 17:20 et se rendit dans un café restaurant pour déjeuner. Après quoi, il s'assit sur un banc en attendant la fermeture du marché central. Il vit sortir Dunning qui marcha jusqu'à l'arrêt de bus. Dunning monta dans le bus. Jake se rendit à la station suivante pour monter dans le bus. Jake vit que Frank Dunning avait troqué son uniforme de boucher contre un pantalon gris sur mesure, une chemise blanche et une cravate bleue. Il était ultra chic. Jake vit Dunning descendre du bus. Il remarqua sa démarche souple et sa musculature. Il comprit que la femme de Dunning et ses enfants n'avaient aucune chance de se défendre contre lui.

Jake vit que Dunning habitait dans une pension de famille. L'homme gentil n'habite plus à la maison avait dit Richie. Jake se demanda ce que Dunning avait pu raconter aux habitants de la pension pour justifier sa séparation d'avec sa famille. Mais en Amérique, où l'apparence passe toujours pour la substance, les gens croient toujours des types comme Frank Dunning.

4

Le mardi suivant, Jake loua un appartement et emménagea dès le lendemain. Il était à Derry depuis une semaine. Jake trouva le loyer un peu cher car l'appartement était situé juste en dessous de la trajectoire de vol des avions atterrissant à l'aéroport de Derry mais sa logeuse Mrs Joplin était disposée à fermer les yeux sur le manque de référence de George Amberson. Il avait payé trois mois de loyer en liquide par avance. Jake était reconnaissant à Al de lui avoir remis beaucoup d'argent liquide car le liquide rassurait les inconnus.

Il compléta son mobilier et acheta une télé. Il s'était acheté un carnet. Il prit quelques notes pour préparer ce qu'il comptait faire contre le Dunning. Comme ses notes se terminaient par la volonté d'assassiner Dunning, il arracha la feuille du carnet pour la brûler.

5

Jake se disait qu'il serait inutile d'appeler la police pour dénoncer la violence de Dunning. Dunning était une figure appréciée et respectée dans son milieu. Jake pensait aussi qu'il pouvait donner un appel anonyme à Dunning mais cela risquait de précipiter le drame. Au lieu de prévenir les meurtres, peut-être que Jake ne ferait que les précipiter. En le renversant avec sa voiture, Jake risquait de se faire arrêter et incarcérer. De plus, si Dunning n'était que blessé il pourrait tenter de recommencer. Le seul moyen sûr était de le suivre, d'attendre qu'il soit seul puis de le tuer. Mais si Jake se faisait prendre il serait envoyé en prison ou il croupirait le jour où Kennedy serait assassiné à Dallas.

De plus, Jake devait sur à 100 % que Dunning était bien l'assassin. Même si Harry n'était pas le genre de personnes a essayé de faire passer des fantasmes, comme le meurtre d'une famille entière, pour la réalité, Jake devait vérifier l'histoire d'Harry. Harry avait peut-être oublié de mentionner des détails cruciaux, autant d'éléments qui pouvaient conduire Jake à l'erreur. Il pensa qu'il pouvait observer la situation, le soir d'Halloween mais s'il laissait le drame s'accomplir il serait obligé de retourner à Derry une deuxième fois et ce serait pire.

Le lendemain, au réveil, Jake pensait savoir ce qu'il avait à faire. Faire simple.

6

Il alla au magasin chasse et pêche Macken pour s'acheter un revolver en prétendant qu'il était dans l'immobilier et qu'il lui arrivait de transporter de grosses sommes d'argent en liquide.

Jake put acheter cette arme sans montrer ses papiers ni même donner son adresse courante, on était en 1958.

En sortant du magasin, Jake remarqua qu'un ouvrier semblait le surveiller, c'était celui qui n'avait pas de bretelles.

7

Ce soir-là, Jake se remit en faction pour surveiller la sortie de Dunning. Mais cette fois-là, il ne le suivit pas jusqu'à chez lui. Pas-de-bretelles n'était pas dans les parages à le surveiller. C'était peut-être une coïncidence.

Le lendemain soir, Jake retourna au Strand (le cinéma local) qui affichait Thunder Road avec Robert Mitchum. Halloween était encore à six semaines de là et Jake essayait de tuer le temps. Cette fois, Frank Dunning ne prit pas le bus. Il s'éloignait en direction de Canal Street en sifflotant. Jake le suivit. Il vit entrer au Lamplighter, un bistrot moins populo que ceux de Canal Street. Dans toutes les petites villes, il y avait un ou deux bistrots-frontières ou cols bleus et cols blancs pouvaient frayer en égaux.

Dunning traversa la salle en saluant les uns et les autres. Jake entra dans le bistrot.

8

Jake commanda deux bières et une portion de miettes de homard frit. Charles Frati se présenta à lui. Jake accepta sa poignée de main en se présentant sous le nom de George Amberson. Charles lui dit qu'il n'avait personne comme Frank Dunning pour mettre de l'ambiance. C'était le gars qui racontait les blagues. Tout le monde l'adorait. Charles essaya de faire parler Jake qui avait encore sorti son couplet sur l'immobilier. Charles prétendit avoir une assez bonne idée de ce que Jake manigançait. Charles croyait savoir que Jake préparait l'implantation d'un centre commercial. Alors Charles lui donna sa carte car il possédait un terrain à vendre. Charles possédait la moitié des relais automobiles de cette ville ainsi que le ciné-parc et deux salles de cinéma, une banque et tous les monts-de-piété de l'Est et du centre du Maine. Jake voulut savoir pourquoi personne ne lui proposait à boire. Charles répondit que c'était parce qu'il était juif. Jake répondit qu'il ne voyait pas la différence. Cela fit rire Charles.

Charles parla de Frank Dunning. Il dit qu'autrefois Dunning buvait avec les autres jusqu'à la fermeture du bistrot et après ils allaient jouer au poker jusqu'à l'aube. Mais ces jours-ci, Dunning ne s'accordait qu'une bière ou deux.

Charles pensait que les comiques avaient un côté diabolique. Charles avait connu Dunning au lycée. À cette époque, Dunning piquait des colères et recevait des avertissements. C'était déjà un bagarreur. Il aurait dû aller à l'université du Maine mais il avait mis une fille enceinte et avait obligé de se marier. Mais au bout d'un an ou deux, la fille avait pris son bébé sous le bras et elle était partie.

Jake était tombé sur une mine d'or. Charles lui fournit d'autres informations sur Dunning. Après le départ de sa femme, Dunning étudia pour obtenir un diplôme de Boucher. Mais à cause de l'alcool, il commença à avoir des problèmes. M. Vollander, le propriétaire du marché central, lui fit un bon serment. Jake offrit une bière à Charles. Vollander disait que Frank était le meilleur apprenti boucher qui l'ait jamais eu mais menaça de le virer s'il continuait à déclencher la bagarre et à s'attirer les ennuis avec les flics.

Dunning avait divorcé de sa première femme pour abandon du foyer conjugal et il se remaria vite fait.

Vous vous vous vous Doris, sa deuxième femme, l'avait quitté parce que Dunning la frappait.

Dunning quitta ses amis et dits à Charles avant de sortir de ne pas se salir le blair car il était trop long pour ça.

9

Jake passa la majeure partie du week-end à prendre des notes sur ce qu'il avait vu et prévu de faire à Derry. Le lundi, il s'acheta une machine à écrire portative chez Charles.

Le monts-de-piété de Charles arboraient le même sirène de Charles avaient tatoué sur l'épaule. Jake demanda au vendeur de faire savoir à Charles qu'il était passé.

Jake put étoffer ses notes grâce à la machine à écrire.

10

Jake prit ses dispositions pour se faire livrer le journal et le lait. Il lut les notes d'Al sur Oswald. Il finit par en connaître de long passage par coeur. Il se rendit à la bibliothèque pour s'informer sur les meurtres et les disparitions qui avaient empoisonné Derry dans les années 1957 et 1958. Il trouva aucun article sur les sautes du beurre de Dunning. En revanche, il trouva un article sur lui daté de 1955. Dunning avait offert 10 % des bénéfices de son magasin à la Croix-Rouge pour l'aide aux populations sinistrées après le passage sur la côte est des ouragans Connie et Diane qui avaient tué 200 personnes et causé de vastes inondations en Nouvelle-Angleterre.

L'article était illustré d'une photo où l'on voyait Harry remettant un chèque géant au responsable régional de la Croix-Rouge.

Jake continuera de suivre Dunning. Il loua une Chevrolet pour ce faire.

Le premier samedi après-midi, Dunning s'était rendu à un marché aux puces à bord d'une Pontiac. Le dimanche suivant, il était passé dans son ancienne maison pour emmener ses enfants à une double séance Disney. Le samedi suivant, Dunning emmena ses enfants assister au match de football à l'université du Maine. Après quoi, il emmena ses enfants manger dans un restaurant et les raccompagna chez eux au crépuscule.

Dunning semblait vouloir reconquérir sa femme, en vain. Tout ça était intéressant et révélateur de leurs relations mais sans grande utilité pour Jake.

Pour ne pas se faire repérer, Jake avait décidé de se limiter à deux passages de reconnaissance le dimanche. Lors du second passage, il vit Dunning qui se dirigeait à pied vers le centre-ville.

Jake vit que Dunning se rendait au cimetière de Longview. Dunning acheta des fleurs. Jake vit que Dunning déposait les fleurs sur deux tombes contiguës. Jake supposa que c'était les tombes de ses parents. Jake avait ce qu'il voulait.

Chapitre 8

1

Dans les semaines précédant Halloween, Georges Amberson inspecta pratiquement tous les terrains situés en zone commerciale de Derry et des environs. Jake voulait habituer les habitants à la vue de sa voiture. Quand les gens lui demandaient ce qu'il cherchait, il leur répondait d'un clin d'oeil et d'un sourire. Il commença à s'habituer à la géographie verbale de 1958. « La guerre » signifiait la seconde guerre mondiale et « le conflit » signifiait la guerre de Corée. Les gens s'inquiétaient de la Russie mais pas trop. Ils s'inquiétaient de la délinquance juvénile, mais pas trop.

À cette époque, lorsqu'on marchandait avec quelqu'un, ça ne pose absolument qu'un problème de lui dire qu'il « faisait le juif » (s'il essayait de vous entuber). Les confiseries pour enfants comprenaient des roudoudous, des biberons de bonbons et des bébés noirs en gélatine. Dans le sud, le régime ségrégationniste sévissait. Jake visita la défunte aciérie peu de temps après avoir parlé avec Charles. À force de sillonner Derry, Jake prit l'habitude que les gens se montraient aimables mais jamais amicaux à l'exception de Charles. Il pensait que c'était une coïncidence de rencontrer un type sympathique. Assurément, il n'avait pas la moindre idée qu'un certain Bill Turcotte avait mis Charles dans le coup. Bill, alias Pas-de-bretelles.

2

Jake pensait que Derry avait quelque chose d'anormal. Il avait même commencé à mettre en doute la certitude de Beverly selon laquelle les mauvais jours et étaient révolus pour Derry. Un jour, il vit un Jésus grossièrement sculpté descendre le canal au fil de l'eau et disparaître dans le tunnel passant sous Canal Street. Il mesurait 1 m de long. On distinguait ses dents entre ses lèvres écartées en un rictus hargneux. Une couronne d'épines, posé de traviole de façon désinvolte, lui ceignait le front ; des larmes de sang avaient été peintes sous les yeux blancs bizarres de cette chose.

Un après-midi, il vit un homme frapper avec un bâton sur un chien jusqu'à le tuer. Jake était persuadé qu'il y avait quelque chose à l'intérieur de la cheminée d'usine effondrée. Quelque chose qui bougeait et s'affairait.

En voyant cette cheminée, Jacques s'enfuit en toute hâte et ne revint jamais plus dans cette partie de Derry.

3

 

Au cours de la deuxième semaine d'octobre, Jake retourna au centre aéré désaffecté et questionna plusieurs personnes dans la rue pour savoir à quoi ça ressemblait à l'intérieur. L'une de ces personnes était Doris Dunning qui était jolie comme un coeur. Elle se montra polie mais distante. Doris prétendait que le centre avait été fermé pour des raisons budgétaire mais Jake pensait que c'était en rapport avec la série de disparitions d'enfants. Jake la remercia et lui remit une de ses cartes commerciales toutes neuves. Jake envisageait de se cacher dans le centre aéré pour surveiller l'arrivée de Frank Dunning le soir d'Halloween.

4

Jake se rendit dans la rue Wyemore Lane situé immédiatement au sud de Kossuth Street. Jake vit une maison qui permettait de surveiller l'arrière-cour des Dunning.

5

Jake pensait que sa préparation pour Halloween ressemblait aux répétitions d'une pièce de théâtre. Au début, il y avait de l'improvisation, des plaisanteries, du chahut et à la fin quand le grand soir arrivait un des acteurs se précipitait aux toilettes pour vomir ou chier sa trouille. Ça ne ratait jamais.

6

A l'aube du matin d'Halloween, Jake se retrouva sur l'océan. Jake venait de rêver, les mains toujours crispées dans leur effort pour se cramponner au bastingage qu'il avait imaginé.

Il vomit son dîner, son déjeuner et son petit déjeuner de la veille. Cela continua comme ça pendant toute la matinée. Jake pensait que le passé était tenace et qu'il ne voulait pas être changé.

Mais quand Frank Dunning débarquerait ce soir-là, Jake serait présent même si ça devait le tuer.

7

Jake alla au drugstore pour acheter des médicaments contre ces vomissements et des protections contre l'incontinence. Le pharmacien souriait et cela agaça le Jake. Il lui demanda pourquoi il souriait alors qu'il voyait qu'il avait quelqu'un de malade en face de lui. Le pharmacien prétendit ne pas avoir souri mais il sourit encore quand Jake demanda à utiliser les toilettes du drugstore. Le pharmacien refusa. Jake lui dit qu’il l'était le parfait salaud. Le foutu citoyen type de Derry.

Jake se rendit dans un bar pour soulager son ventre. Dans le bar il y avait Pas-de-bretelles. Mais il avait disparu qu'en Jake sortit des toilettes Jake demanda au barman quel était le nom de son client. Mais le barman prétendit qu'il n'y avait personne. Alors Jake donna cinq dollars au barman. Le barman dit que le client s'appelait Bill Turcotte.

Jake donna encore cinq dollars pour savoir si Bill l'espionnait mais le barman repoussa le billet en prétextant que Bill venait en général pour boire copieusement. En sortant du bar, Jake vit le pharmacien derrière sa vitrine de drugstore, son sourire avait disparu.

8

à 17:20, Jake gara sa voiture sur le terrain de stationnement jouxtant l'église baptiste de Witcham Street. L'estomac et les intestins de Jake semblaient s'être calmés et ses mains ne tremblaient plus. Il emporta son revolver, ses médicaments, ses garnitures pour l'incontinence, des barres chocolatées et un programme télé. Il partit pour Wyemore Lane. Il se posta en faction dans le coin droit du jardin. Son estomac se contracta parce que la prise de conscience brutale venait de débarquer dans toute sa majestueuse gloire. La représentation avait commencé.

Bill Turcotte arriva et menaça Jake d'une baïonnette. Il avait probablement tout de suite sut de quelle Dunning Jake parlait la première fois qu'il l'avait vu au bistrot. Bill prit le sac de Jake. Il en retira le revolver. Jake lui demanda depuis quand il le suivait et pour qu'elle raison. Bill répondit qu'il avait deviné ce que Jake comptait faire. Il n'avait jamais cru que Jake était un agent immobilier. Jake lui répondit que Dunning avait dû le rendre un fameux service pour que Bill devienne son ange gardien. Alors Bill lui dit que Dunning avait tué sa petite soeur et que si quelqu'un devait lui coller une balle ce serait lui.

9

Jake en resta bouche bée. Jake se rappela ce que Charles lui avait dit. Dunning avait mis une fille enceinte. Au bout d'un an, la fille avait pris son bébé sous le bras et était partie. La première femme de Dunning était la soeur de Bill. Mais c'est ce que croyaient la plupart des gens en vie. Mais Bill ne croyait pas que sa soeur était partie parce qu'il était très proche d'elle et elle ne lui avait jamais écrit depuis son soi-disant départ de chez son ex-mari. Jake vit que Bill avait lui aussi attrapé le virus local. Bill grimaçait. Il savait que Dunning frappait sa soeur et son neveu. Jake pensait que le dîner était servi dans la maison Dunning. Il demanda à Bill s'il pensait que Dunning avait tué sa soeur et son neveu. Bill acquiesça. Alors Jake lui dit que Dunning avait probablement tué sa femme et son enfant et les avait enterrés dans un bois. Après quoi il avait dû aller à la police pour dire que sa femme et son fils avait disparu. Jake compatissait à la perte de Bill. Mais Bill a parlé d'un crime ancien alors que Jake voulait empêcher de se produire un crime dans moins de 2 heures.

Bill lui raconta qu'un jour il avait vu Charles Frati se faire courser par Dunning avec d'autres types. Ils avaient mis le pauvre Charles dans un ravin. Ils l'avaient frappé. Alors Bill avait prévenu l'équipe de football du lycée pour laquelle il travaillait. L'équipe de football avait joliment rossé quelques-uns de ces types mais pas Frank Dunning, lequel s'était sauvé dans les bois. Mais alors l'équipe de football réalisa qu'elle venait de sauver la vie d'un juif. Un membre de l'équipe balança une blague antisémite et les autres s'esclaffèrent. Charles avait remercié Bill. Charles n'oublia jamais la dette qu'il avait envers lui. Voilà pourquoi Bill avait demandé à Charles ce qu'il savait sur Jake. Mais Bill ne voulait pas que quelqu'un d'autre que lui se frotte à Frank Dunning.

Bill demanda à Jake ce qu'il voulait faire avec Dunning. Alors Jake lui répondit qu'il savait que Dunning allait recommencer. Il expliqua que Dunning comptait tuer toute sa famille. Bill lui demanda comment il pouvait savoir ça. Jake lui répondit qu'il n'avait pas le temps de lui expliquer et qu'il était là pour arrêter Dunning. Il demanda à Bill son revolver. Mais Bill refusa. Il voulait que Dunning aille en prison et pour cela il devait empêcher Jake de l'arrêter.

10

Jake regarda avec horreur les aiguilles de sa montre avancer. Il essaya de raisonner Bill mais en vain. Il était 19:50. Alors, Jake dit à Bill qu'il était un lâche. Il lui dit que si pour lui la meilleure des vengeances était de voir Dunning en prison alors c'est qu'il n'avait pas de couilles. Il ajouta que si sa soeur était la, elle lui cracherait à la gueule. Alors Bill se jeta en avant pour amener le canon du revolver contre la poitrine de Jake mais il trébucha sur sa baïonnette. Jake eut le temps d'écarter le revolver mais le coût parti. La balle s'enfonça dans le sol. Jake put récupérer le revolver et il le retourna contre Bill. Quelqu'un dans la rue cria que si les gosses continuaient de faire éclater des pétards il appellerait les flics. Il s'effondra et demanda à Jake d'appeler une ambulance. Mais Jake n'avait plus le temps de s'occuper de lui et il s'en alla.

11

Jake se précipita dans le jardin des Dunning mais il s'étala de tout son long. Il perdit son revolver. C'était le dernier tour joué par le passé tenace. C'était petit, comparé à une grippe intestinale carabinée et à un Bill Turcotte déterminé. Il entendit une voiture approcher. Il savait que c'était celle de Dunning. À ce moment-là, Jake retrouva son revolver et s'en empara. Le revolver glissa car Jake avait les mains moites. Pendant ce temps, Dunning descendait de sa voiture. Jake referma la main sur la crosse et courut vers la porte de derrière. Il entra dans la maison. Il se trouvait dans la cuisine. Il entendit Doris crier.

12

Jake tomba nez à nez avec Harry qui sortait des cabinets. Doris hurla encore. Alors Jake se précipita dans le salon et il vit Frank Dunning qui tenait un énorme marteau servant à abattre les boeufs de boucherie. Il venait de casser le bras de Doris. Ellen tournait autour de son père en tentant de le repousser. Dunning l'empoigna par les cheveux et la jeta loin de lui. Jake hurla à Dunning de s'arrêter. Dunning pleurait. Il se rua sur Jake. Jake S et la balle atteignit l'épaule de Dunning. Dunning se tordit sur lui-même sous l'impact mais il revint à la charge. Jake tira une deuxième fois mais quelqu'un le bouscula au même moment et il rata son coup. Harry venait de pousser Jake. Il tenait sa carabine jouet. L'enfant ordonna à son père d'arrêter ou il le tuerait.

Dunning a bâti sa masse sur la tête d'Arthur. Jake tira pour la troisième fois. La balle déchira la joue droite de Dunning. Dunning s'élança sur lui et Jake perdit son revolver. Jake hurla aux enfants de s'en aller. Dunning enfonça sa masse dans le mur. Harry frappa son père avec sa carabine jouet. Troy et Ellen voulurent sortirent de la maison mais leur père les en empêcha.

Jake ordonna Harry de s'en aller lui aussi. À ce moment-là, Bill entra et enfonça sa baïonnette dans la poitrine de Dunning.

13

Dunning s'effondra. Tout le monde criait. Jake promit à Doris de faire mieux la prochaine fois mais s'il devait y avoir une prochaine fois, il lui fallait filer d'ici au plus vite, incognito.

Jake serra la main de Bill qui lui dit : « qui c'est le lâche, maintenant, Anmberson ? ».

Jake lui répondit qu'il était devenu un héros et que sa soeur serait fiée de lui.

14

Jake attrapa une serviette dans les toilettes et nettoya son visage. Harry lui demanda qui il était. Jake répondit qu'il n'était personne. Puis il se ravisa et il dit à l'enfant qu'il était son ange gardien.

Jake s'en alla par la porte de derrière.

15

dans la rue, quelqu'un lui demanda ce qui se passait. Jake répondit qu'il avait entendu des enfants-des fusées et des pétards. Arrivé dans une rue tranquille, Jake s'arrêta pour s'asseoir et se reposer.

Il se murmura à lui-même : « je l'ai fait, Al ». Il se demanda ce qu'il venait de transformer et comment serait l'année 2011.

Jake prit l'autoroute et s'arrêta sur l'aire de repos d'Augusta. Il s'acheta à manger et son mal de tête se calma un peu. Il arriva à Lisbon Falls à minuit passé. Puis il abandonna sa voiture et une partie de ses affaires pour rejoindre l'escalier invisible. Un camion passa sans s'arrêter. Le chauffeur se contenta de lever la main pour saluer Jake. Il n'arriva pas à trouver l'escalier invisible tout de suite. Il commença à se dire que sa vie en tant que Jake Epping ne pourrait être qu'une folle hallucination et qu'il avait toujours été George Amberson.

Mais il ne paniqua pas. Il pensait qu'il pourrait vivre ici assez facilement et peut-être même y être heureux. Sa période de sevrage informatique lui avait permis de prendre suffisamment de recul pour mesurer à quel point il était devenu accro à son foutu ordinateur. Le fait que son téléphone portable ne sonne plus lui avait procuré un grand soulagement.

Il savait qu'il pouvait encore arrêter Oswald même s'il devait en ignorer l'issue finale, il pensait pouvoir vivre avec ça. Alors il entendit la voix d'Al. Et tout d'un coup, Jake se souvint de l'importante part de sa vie qu'Al avait investie dans ce projet. Jake était maintenant tout ce qui lui restait d'espoir. Jake demanda à Al de continuer à lui parler et il se repéra à savoir pour retrouver l'escalier. Jake retrouva Al et l'année 2011.

Troisième partie : vivre dans le passé.

Chapitre 9

1

Jake vit qu’Al avait repris la cigarette. Il en fut stupéfait. Il lui demanda pourquoi il avait recommencé à fumer. Al lui répondit que c'est parce qu'il était nerveux et parce que ce n'avait plus d'importance pour lui maintenant. Al vit la blessure de Jake et lui demanda ce qui s'était passé. Jake le lui expliqua.

2

Al soigna la blessure de Jake. Jake se rendit compte que son voyage n'avait duré que deux minutes alors qu'il était resté 42 jours en 1958. Jake vit que la photo de lui avec Harry lors de la remise des diplômes avait disparu

 

3

A la place, il y avait maintenant une photo d'Al serrant la main de Mike Michaud, député de la deuxième circonscription du Maine. Al dit à Jake qu'il avait décroché la photo d'Harry mais qu'il ne se souvenait pas avoir vu cette photo du député qui n'avait jamais mis les pieds dans sa roulotte. Cette photo était la preuve que l'effet papillon existait. Jake demanda si Al se souvenait d'Harry. Al ne l'avait pas oublié et se souvenait de la raison du départ de Jake en 1958. Il lui demanda s'il avait réussi à sauver toute la famille Dunning. Et Jake répondit qu'il n'avait pas pu sauver Tugga. Jake lui raconterait toute l'histoire mais il avait besoin de se reposer. Il voulut quand même savoir comment Al pouvait se souvenir d'Harry. Al répondit que Jake n'avait pas la certitude qu'Harry n'habitait plus ici et qu'il n'était plus concierge du lycée. Pourtant Jake lui expliqua qu'il avait changé le passé avec l'aide d'un certain Bill Turcotte. Harry ne devait plus être forcé d'aller vivre chez son oncle et sa tante puisque sa mère n'était pas morte. Alors si Harry vivait encore à Lisbon après tout ça, Jake serait le mec le plus surpris de la terre.

Alors Al utilisa Internet pour vérifier. Il consulta le site Internet du lycée. Harry ne faisait pas partie du personnel d'entretien du lycée.

4

Albert expliqua à Jake qu'il y avait le souvenir d'Harry entend que son élève et en tant que concierge du lycée parce qu'il était descendu dans le terrier. Quant à lui, il se souvenait d'Harry soit parce qu'il était descendu dans le terrier lui-même, soit parce qu'il se trouvait à proximité du terrier. Un peu comme Carton Jaune. Jake lui expliqua que Carton Jaune était devenu Carton Orange. Al voulut savoir ce qui s'était passé mais Jake voulait se coucher.

5

Quand Jake démarra sa voiture, son premier réflexe avait été de chercher de la main le petit levier de vitesse coure de la Ford et d'enfoncer du pied son embrayage souple. Lorsque sa main s'était refermée sur le vide et que son pied avait rencontré le tapis de sol, il se mit à rire. Al ne comprenait pas pourquoi et Jake lui dit que ce n'était rien.

Jake était à l'affût du moindre changement dans Main Street mais chaque maison était à sa place. Jake demanda à Al s'il se souvenait de la pancarte signalant une panne d'égout près de l'usine en 1958. Al s’en souvenait. Jake lui demanda si après être revenu de son voyage à Dallas la pancarte y était toujours. Et c'était le cas. Alors Jake se demanda qui mettait quatre ans à réparer une canalisation pétée. Dans une cour d'usine ou des camions allaient et venaient jour et nuit ça semblait impossible. Tous deux se demandèrent qui avaient bien pu mettre la pancarte.

Jake savait que le passé était tenace et qu'il ne voulait pas être changé. Mais il pensait également que la résistance au changement était proportionnelle aux répercussions que tel ou tel acte risquait d'avoir sur le futur.

Al ne comprenait pas ce que Jake voulait dire. Alors il lui expliqua que changer l'avenir de la famille Dunning avait été plus dur que de changer l'avenir de Carolyn Poulin. Parce qu'il y avait plus de personnes impliquées mais surtout parce que dans un cas comme dans l'autre, la petite Poulin aurait vécu. Doris Dunning et ses enfants étaient morts. D'ailleurs, malgré tous ses efforts, Jake n'avait pas réussi à sauver Tugga.

Cela signifiait que Jake n'arriverait peut-être pas à arrêter Oswald. Du moins, pas la première fois. Albert lui expliqua que s’il merdait et qu'il devait tout recommencer, il aurait 45 ans au prochain tour de manège. Il pouvait arriver beaucoup de choses en dix ans, surtout si le passé était contre lui. Jake le savait parce qu'Al avait un cancer du poumon. Albert répondit que c'est parce qu'il avait beaucoup fumé. Jake raccompagna Albert chez lui. Une infirmière attendait Albert et sermonna Jake d'avoir trimbalé son ami comme ça en pleine nuit. L'infirmière s'appelait Doris. Comme Doris Dunning.

6

Jake rentra chez lui. Son chat l'attendait. Après s'être déshabillé, il trouva le sommeil rapidement.

7

Jake avait complètement oublié de mettre le réveil et c'est son chat qui le réveilla à 16 heures 15 pour réclamer à manger. Après avoir mangé, Jake alluma son ordinateur. Il consulta la bibliothèque numérique de Lisbon. Jake s'acquitta des 10 $ pour pouvoir consulter le Lisbon Weekly Enterprise. Il chercha le numéro du 7 novembre 1958. Il apprit que la police était à la recherche d'un mystérieux inconnu. En l'occurrence lui-même. Sa Ford décapotable avait été retrouvée avec les taches de sang. Titus avait identifié la Ford comme celle qu'il avait vendue à un certain George Amberson. Le ton de l'article ému Jake. Il s'agissait simplement d'inquiétude autour de la disparition d'un homme probablement blessé. Le banquier que Jake avait connu en 1958 le décrivait comme un type poli et bien éduqué. Le barbier disait globalement à la même chose. Albert avait gravé son nom dans un arbre. Jake avait gravé le sien dans les pages d'un vieux journal. Il trouva cela impressionnant.

Jake consulta les archives du Daily News de Derry. Cela lui coûta 34,50 $.

L'affaire était mentionnée avec une photo de Bill Turcotte. Turcotte était décrit comme le héros ayant sauvé la famille Dunning. Turcotte était mort peu de temps après d'une crise cardiaque. Jake se demanda comment les flics avaient-ils pu passer à côté de détails aussi flagrants que ceux laissés par Jake. Et aucune allusion à un mystérieux inconnu présent sur les lieux du crime. C'était du Derry tout craché. Jake décrocha son téléphone et composa le numéro des renseignements.

8

Il n'y avait pas de Doris ni de Troy ni de Harold Dunning parmi les abonnés au téléphone de Derry. Mais il y avait une Ellen Dunning et Jake appuya sur la touche 1 pour être mis en relation. Ellen répondit. Elle avait une voix de fumeuse. Jake pensait que c'était une femme dont la voix était l'outil de travail. Jake se présenta sous le nom de George Amberson il lui dit qu'il avait connu son frère Harry et qu'il voulait reprendre contact avec lui. Elle lui demanda s'il l'avait connu à l'armée. Mais Jake prétendit qu'il l’avait connu quand il était enfant. Ellen fut désolée de lui apprendre qu'Harry était mort. Il s'était fait tuer pendant la guerre du Vietnam. Jake s'assit. Il avait comme une envie de vomir. Il avait sauvé Harry d'une boiterie et d'un léger déficit mental pour mieux raccourcir sa vie d'une quarantaine d'années. Jake voulut savoir ce que la famille Dunning était devenue. Ellen répondit qu'elle était devenue animatrice d'une radio FM à Bangor. Troy avait la belle vie à Palm Springs. Il s'était fait un max. de fric dans l'informatique. Puis elle arrêta de parler de sa famille pour demander à Jake qui il était vraiment. Les voix n'avaient pas de secret pour elle. Elle avait donc deviné que si Jake avait vraiment été ami avec Harry à l'époque du centre aéré, il aurait aujourd'hui 60 ans et elle sentait que ce n'était pas le cas.

Mais Jake affirma que les gens lui disaient souvent qu'à la voix, il faisait bien plus jeune et il pariait que pour Ellen c'était la même chose. Il avait bien joué. Elle lui dit que ça lui avait pris des années pour mettre ce rayon de soleil dans sa voix. Mais elle savait que personne ne prenait son téléphone pour démanteler des nouvelles d'un vieux copain 50 ans après. Jake avait envie de raccrocher mais le téléphone était comme collé à son oreille. Tout à coup, Ellen devina à qui elle avait à faire. Elle comprit que c'était Georges, le monsieur. Qui lui avait sauvé la vie, qui l'appelait. Elle se mit à pleurer. Elle dit à Jake que c'était elle qui avait emmené son frère à l'aéroport quand il était parti pour le Vietnam. Elle lui avait demandé de faire gaffe à ses fesses et lui avait dit : « t’inquiète, sereine, j'ai mon ange gardien pour prendre soin de moi, tu te rappelles ? ». Alors, Ellen redemanda à Jake si c'était bien l’ Ange gardien d'Harry qu'il appelait et ou il se trouvait le 6 février 1968 quand son frère s'était fait descendre à Khe Sanh. À ce moment-là, Jake raccrocha. Il alla dans ses toilettes pour hurler. Il en venait à souhaiter la mort d'Al.

9

Jake se rendit chez Al. Il est un mauvais pressentiment en arrivant chez lui car la maison était plongée dans l'obscurité. La porte n'avait pas été verrouillée. Jake découvrit Al dans sa chambre, couché dans son lit. Il avait l'air relativement paisible. Il s'était suicidé en prenant tous les médicaments. Il avait laissé un amour à Jake. Il était désolé mais il ne pouvait plus attendre car la douleur était trop forte. Il lui laissait la clé de son restaurant. Il lui demandait de ne pas imaginer qu'il avait droit à un coup d'essai. Il lui demandait de faire bien du premier coup. Il se doutait que Jake lui en voulait à mort de l'avoir embarqué là-dedans. Il le priait de ne pas reculer. Il lui laissait encore 500 $ d'économie dans une boîte en métal. Doris le trouverait probablement le lendemain matin et dans les deux heures qui suivraient, le proprio poserait un cadenas sur la porte du restaurant, donc c'était ce soir ou jamais. Al demandait à Jake de sauver Kennedy pour que tout change. Il l'en priait.

Jake pensait qu’Al s'était suicidé express sentant que Jake hésitait. Pour le moment, c'était à la famille Dunning que Jake pensait. Il voulait encore sauver Tugga ainsi que Harry. Albert avait dit que Kennedy aurait peut-être changé d'avis par rapport au Vietnam. Et même si Kennedy n'avait pas changé d'avis, est-ce qu'Harry se trouverait exactement au même endroit au même moment le 6 février 1968 ? C'était peu probable. Alors, Jake posa un baiser d'adieu sur la joue d'Albert.

10

Jake rentra chez lui et fit l'inventaire de sa sacoche et de son portefeuille. Il emporta également les notes exhaustives d'Al sur les faits et gestes d'Oswald après sa démobilisation des Marines le 11 septembre 1959. Il avait 5000 $ d'économie. Il se demanda si son chat et sa maison seraient encore seulement là quand il reviendrait, s'il arrivait à réussir son coup. Même les gens capables de vivre dans le passé n'ont aucune idée de ce que l'avenir leur réserve.

11

C'était bizarre d'être dans le resto d'Al sans Al parce qu'on aurait dit qu'il était toujours présent. Jake s'engagea dans l'escalier invisible. Il se retrouva à nouveau le 9 septembre 1958. Avant de retrouver sa Ford chez Titus et la famille Dunning, il fallait en passer d'abord par ex-Carton Jaune. Cette fois il aurait droit à un dollar car Jake avait oublié de mettre une pièce de 50  cents dans sa poche. Jake découvrit que Carton Jaune gisait sur le sol en béton, les yeux ouverts, une mare de sang s'élargissant sous sa tête. Sa gorge avait été tranchée. Il s'était suicidé avec un tesson de bouteille. Le carton, qui naguère avait été jaune, puis Orange, était maintenant noir comme la mort.

Chapitre 10

 

1

Jake traversa le parking des employés pour la troisième fois en tapotant encore le coffre de la Plymouth Fury pour se porter chance. Parce que de la chance, il allait en avoir bien besoin durant les semaines, les mois et les années à venir.

Mais cette fois-ci, il ne passa pas par la Kennebec Fruit Company. Il ne voulait pas traîner dans les parages car incessamment sous peu, quelqu'un allait découvrir un cadavre dans la cour de l'usine et un étranger risquait d'être interrogé.

Il prit le bus des ouvriers. Il s'assit à côté de deux marins et regarda la route 196 défiler sans vraiment la voir. Il n'arrêtait pas de penser aux morts. Il avait touché le carton du poivrot. En fait ce n'était pas du carton comme il se l'était toujours imaginé. C'était peut-être du celluloïde. Al pensait que Carton Jaune devait sa folie à l'association malheureuse du pinard et de la proximité du terrier.

Jake continua sa route en marchant jusqu'au Tamarack. Il était content d'être de retour.

2

Il passa le reste de la journée dans sa chambre à éplucher les notes d'Al sur Oswald.

Il se concentra sur les deux dernières pages intitulées « conclusions sur la marche à suivre ». Après quoi, il alla au cinéma et regarda Les feux de l'été.

Le lendemain matin, Jake repris le bus pour Lisbon Falls. Il se rendit au Jolly White Elephant pour s'acheter une valise. Il traversa la rue pour aller s'achetait la même Ford Sunliner. Cette fois, il réussit à l'avoir pour 300 $.

Il entonna encore son couplet sur les affaires dans l'immobilier et sur son origine prétendue, le Wisconsin. La fille de Titus lui demanda s'il n'était pas dans le coin la veille car on avait retrouvé un vieil ivrogne zigouillé. Jake répondit que non.

Jake demanda si c'était quelqu'un d'ici. La fille répondit que non et qu'il n'avait pas de papier sur lui. Jake alla s'acheter des vêtements chez Mason’s wear mais il se fit l'impasse sur la banque sur le coiffeur.

3

Le jeudi après-midi, Jake prit l'autoroute. Il n'eut pas besoin de s'acheter un chapeau de paille à Derry car il en avait déjà acheté un la veille. Il prit une chambre d'hôtel au Town House et retourna prendre un verre chez Fred Toomey. Mais cette fois-ci, il ne fit aucun effort pour engager la conversation.

Le lendemain, il louait son ancien appartement de Harris Avenue. Le surlendemain, il poussait la porte de chez Macken pour s'acheter un revolver. Il aurait voulu revoir Beverly et son copain mais il s'aperçut qu'il les avait loupés.

Jake prit l'habitude de passer prendre une bière au Lamplighter en début de soirée avant que l'endroit ne commence à se remplir. Il n'y aperçut jamais Frank Dunning et ça tombait bien car il n'en avait aucune envie. Avant de partir pour le Texas, il comptait se renflouer un peu. Il sympathisa avec Jeff, le barman. Un jour, Jeff lança la discussion sur le base-ball. Jake paria cinq dollars sur les Yankees. Jake demanda à Jeff ou il pouvait parier gros dans cette ville. Jeff lui répondit qu'il fallait voir Charles Frati. Mais Jeff conseilla à Jake de ne pas chercher des noises à Charles car ce dernier connaissait des gens.

4

Le lendemain, Jake alla à La Sirène, le monts-de-piété de Charles Frattini. Une employée l'accueillit et alla chercher Charles pour lui. Jake se présenta sous le nom de George Amberson, du Wisconsin. Jake paria 500 $ sur les Yankees gagnants. Charles accepta son pari à quatre contre un. Jake essaya de marchander le Paris à huit contre un. Charles accepta de monter jusqu'à six contre un..

5

Les habitants de Derry regardaient les matchs de base-ball devant chez Benton électroménager, un magasin de télés.

Jake s'acheta un médicament contre la grippe intestinale au drugstore, par prévention. Keene, le pharmacien, et eut l'air déçu quand Jake lui dit qu'il n'était pas malade. Puis, il entra dans la station Texaco pour trouver un mécano du nom de Randy Baker à qui il donna à 20 $. Baker lui donna le numéro de la station et son numéro personnel. Jake repartit avec l'esprit léger. Jake alla prendre une bière au Lamplighter. Au bar, Charles lui recommanda de prier s'il voulait récupérer ses 500 $. Charles lui demanda ce qui l'amenait à Derry. Jake répondit que c'était l'immobilier. Alors Charles lui demanda si une galerie marchande allait bientôt s'implanter à Derry.

6

Jake savait où se trouverait Frank Dunning le 5 octobre 1958 et il ne voulait pas risquer de changer d'un iota le cours de sa journée. Ne serait-ce que croiser son regard au Lamplighter pouvait avoir cet effet. Le passé était aussi fragile qu'un château de cartes. Jake était revenu à Derry pour démolir le château de cartes de Frank Dunning mais jusque-là, il devait le protéger.

7

Jake cacha son revolver dans un coussin-souvenirs avec le château d'eau de Derry broder dessus qu'il y avait acheter au drugstore. Tout ce qui lui restait à faire maintenant, c'était de se reposer en espérant que tout irait pour le mieux.

8

Le lendemain, Jake ne se réveilla pas avec une grippe intestinale mais avec une migraine. Il avala cinq aspirines. En descendant l'escalier il faillit tomber car la rampe céda. Heureusement il réussit à s'agripper à l'une des vieilles appliques murales. Il eut envie de mourir, là, sur les escaliers, et d'en avoir fini avec tout ça.

Pour se motiver, il visualisa le visage de Tugga assassiné par Dunning. Quand il voulut prendre sa voiture, il s'aperçut que ses clefs avaient disparu de son pantalon à cause d'un trou dans sa poche. Ce trou n'y était pas à la veille. Il retrouva ses clefs sur le perron. Mais quand il voulut mettre le contact, sa fidèle Ford refusa de démarrer.

Malgré sa migraine, il fut obligé de remonter les escaliers pour téléphoner à la station-service mais il n'y avait personne. Alors il téléphona à Baker. Baker répondit. Jake lui promit un petit extra s'il arrivait à faire redémarrer sa voiture. Le mécano lui demanda comment il avait prévu que sa voiture allait tomber en panne, question logique.

9

Baker replaça le câble de la batterie qui s'était mystérieusement détachée pendant la nuit et vérifia les bougies. La Ford revint à la vie. Le mécano conseilla à Jake d'aller se coucher car il avait une mine de fantôme. Jake vérifia la roue de secours et constata qu'elle était à plat. Alors ils allèrent à la station-service pour en trouver une autre. Le mécano refusa l'argent que lui proposait Jake car il lui en avait déjà donné assez selon lui. Il lui conseilla encore de rentrer chez lui pour se reposer.

10

Jake sortit de la ville en ralentissant à chaque intersection pour bien vérifier des deux côtés si la voie était libre. Sage précaution : un camion chargé de gravats grilla un feu rouge au croisement de la 7 et de l'ancienne route de Derry. Jake aurait pu être ratatiné. Jake se dit que s'il n'était pas capable d'arrêter Frank Dunning, ce ne serait même pas la peine d'espérer arrêter Oswald :

pour s'encourager, il pensa aux 4 enfants de Dunning. S'il ne les sauvait pas une nouvelle fois, comment pourrait-il échapper à la certitude d'avoir été complice de leur meurtre simplement en déclenchement une nouvelle remise à zéro.

Au niveau du ciné-parc de Derry, Jake voulut sortir de sa voiture mais c'était impossible car la portière refusait de s'ouvrir. Le loquet avait été blessé mais pas par Jake. Alors Jake baissa sa vitre et en se penchant au-dehors, il réussit à introduire la clé dans le petit bouton-poussoir chromé de la poignée. Jake se dit que la résistance au changement était proportionnelle aux répercussions que tel ou tel acte risquait d'avoir sur le futur. Maintenant il savait le prix personnel qu'il aurait à payer pour réussir sa mission.

Jake se rendit au cimetière de Longview. C'est à ce moment-là que sa migraine reflua. Il pensa avoir forcé le barrage au point d'être passé de l'autre côté. Il entra dans un mausolée portant le nom de Tracker. Il s'endormit sur le banc de méditation. Il se leva pour aller attendre Dunning. Sa migraine avait disparu.

11

Dunning arriva au cimetière et descendit la pente vers la tombe de ses parents, un panier de fleurs dans chaque main. Maintenant que l'heure était venue, Jake se sentait plutôt bien.

Il avait réussi à surmonter tout ce qui s'était mis en travers de son chemin. Il appela Dunning qui se retourna. Dunning lui demanda qu'est-ce que c'était quand il vit le coussin-souvenir de Jake. Jake répondit en donnant son véritable nom et en disant qu'il était venu lui demander quelque chose. Il lui demanda ce qu'il y avait de plus précieux dans la vie. Dunning répondit que c'était la famille. C'est ce que Jake pensait aussi et il tira deux fois. Dunning s'effondra. Jake lui tira une balle dans la tempe au cas où.

12

Jake traîna le corps de Dunning à l'intérieur du mausolée et laissa le coussin brûlé posé sur son visage. Les quelques visiteurs qui étaient dans le cimetière ne prêtèrent pas attention à Jake.

Il enterra son arme sous 30 cm de terre. Après quoi, il retourna à son appartement en écoutant la fin du match. Il versa des larmes de soulagement. À présent, la famille Dunning était saine et sauve. Cette nuit-là, il dormit comme un bébé.

13

Le lundi, dans le Daily News de Derry, on parlait de la victoire des Yankees. Mais dès le mardi, Frank Dunning faisait là une du journal avec photo à l'appui. On relatait son assassinat. Doris Dunning se déclarait « sous le choc est effondrée ». Amis et collègues du Marché central faisaient également part de leur tristesse.

Tout le monde semblait s'accorder pour dire que Frank Dunning était un type formidable et absolument personne ne voyait qui aurait pu lui en vouloir.

Tony Tracker était scandalisé parce que le corps avait été retrouvé dans son caveau de famille.

Le mercredi 8 octobre, les Yankees l'emportaient face aux Braves et le jeudi suivant, ils gagnaient encore. Le vendredi, Jake retourna donc chez Frati pour empocher ses 3000 $. Charles n'avait pas l'air mécontent. La femme de Charles avait laissé le journal sur la vitrine remplie de bagues. Jake Montra le journal avec la photo de Dunning en couverture et demanda à Charles ce qu'il en pensait. Charles n'en pensait pas grand-chose sauf que Dunning n'était pas un saint.

14

 Jake voulut retourner à Kossuth Street pour voir la petite soeur d'Harry. Il voulait la consoler de la mort de son papa mais surtout lui dire qu'un jour son frère Harry allait vouloir prendre l'uniforme et partir à la guerre et qu'elle devrait faire tout son possible pour l'en dissuader.

Sauf que les enfants oublient. Tout enseignant savait ça. Et ils se croient immortels.

15

Jake attendit jusqu'au mardi suivant avant de partir. Il griffonna un petit mot qu'il glissa dans une enveloppe libellée au nom du destinataire. Il entra dans un pub dessert. Il discuta avec le barman, Pete. Il lui demanda un service. Pour cinq dollars, Jake lui demanda de donner l'enveloppe au type dont le nom était inscrit sur ces six quand le type se pointerait.

L'enveloppe était destinée à Bill Turcotte. Le barman était un peu inquiet. Il avait peur que ce soit un sale coup et il appréciait Bill. Mais Jake le rassura en disant que ça pourrait faire le plus grand bien à Bill.

Dans l'enveloppe, Jake avait laissé une lettre demandant habile d'aller consulter un médecin sans tarder car il avait un problème cardiaque. Il avait ajouté qu'au cas où Bill pensait qu'il n'avait aucun moyen de savoir ça, l'auteur de la lettre savait aussi que Frank Dunning avait assassiné la soeur de Bill et son neveu.

16

Avant de partir définitivement de Derry, Jake fit un doigt d'honneur à Keene.

Chapitre 11

En roulant vers le sud, Jake chercha à se convaincre qu'il n'avait pas à se mêler de l'affaire Carolyn Poulin. C'était le terrain d'expérimentation d'Al. Et ses expériences, tout comme sa vie, étaient finies. Il aurait fallu qu'il soit fou pour risquer sa véritable mission en allant narguer le passé tenace qui ne demandait qu'à ouvrir sa gueule pour ne faire de Jake qu'une bouchée.

Mais l'image de Dunning écroulé sur la tombe de ses parents obsédait Jake. Même si Dunning était un meurtrier, Jake avait l'impression d'avoir accompli un mauvais acte et il voulait le compenser par un acte qu'il estimait bon.

Alors il se rendit aux chalets où Al avait séjourné. Il y passa cinq semaines qui avaient peut-être été les meilleures de sa vie. Il ne vit presque personne à part le couple qui tenait le magasin ou il faisait des emplettes très simples deux fois par semaine et M. Winchell, le propriétaire des chalets. Winchell passait voir Jake tous les dimanches pour prendre de ses nouvelles. Jake prenait un canoë et allait pagayer pour admirer la nature. Il prit le temps de lire une trentaine de livres : des polars ; des mélodrames ; des westerns et un roman de science-fiction intitulé A la poursuite de Lincoln, sur des chercheurs temporels chargés d'aller enregistrer un discours « oublié » d'Abraham Lincoln.

Fin octobre, Jake résolut de se rendre à Durham pour s'imprégner de la configuration des lieux autour de Bowie Hill. Il s'attacha à localiser la maison de Cullum et reconnaître son trajet probable de chez lui jusqu'à Bowie Hill.

Son plan consistait à suivre la piste qu’Al avait tracée. Il se rendrait à Durham le matin et se rangerait près de l'arbre abattu et feindrait une crise cardiaque lorsque Cullum arriverait. Chez Brownie, Jake vit dans une vitrine une affiche qui lui donna une idée. L'affiche était intitulée Comté d'Androscoggin ; résultats du tournoi de Crib. Andy Cullum était arrivé troisième de ce tournoi. Le lendemain, Jake se présenta chez Andrew. Une femme au visage agréable lui ouvrit la porte. Jake comprit que Carolyn Poulin ne serait pas la seule victime de l'accident de chasse du 15 novembre, même si elle serait la seule à finir en fauteuil roulant. Il se présenta sous le nom de George Amberson. Il demanda à parler à son mari. Andrew lui serra la main. Jake lui montra sa planche de crib. Mais la femme de Cullum parut à l'armée car ils étaient méthodistes et son mari ne jouerait jamais pour de l'argent.

Jake les rassura en leur disant qu'il était venu pour apprendre à jouer. Andrew accepta alors Jake avoua qu'il était la pour davantage que ça. Il voulait acheter une journée entière du temps d'Andrew. Il voulait passer la journée du 15 novembre avec lui. La femme d'Andrew parut vraiment effrayée. Jake proposa de 100 $. Andrew demanda à quel il jouait. Jake n'essaya pas de leur faire croire qu'il n’avait pas de motif caché mais il ne voulut pas leur dire la vérité pour ne pas être pris pour un fou. Andrew lui demanda d'où il venait. Jake répondit qu'il venait du nord de l'État. Il prétendit qu'il travaillait dans l'immobilier commercial. Il affirmait qu'il pouvait donner des noms de personnes qui pourraient attester qu'il n'était pas fou.

Andrew demanda à Jake de le laisser un instant pour qu'il discute avec sa femme. Jake proposa d'aller leur acheter une boisson fraîche en attendant. Ils refusèrent poliment.

Il pensait que les Cullum allaient l'envoyer paître mais ils acceptèrent. Il est l'invitèrent même à rester pour dîner mais Jake refusa. Il offrit un billet de 50 $ pour acompte à Andrew.

Il était sur un petit nuage mais le matin du 15 novembre il avait peur que les Cullum aient appelé la police pour essayer de savoir quel genre de cinglés il pouvait être. Rien de cela n'arriva. Andrew l'accueillit gentiment. Il lui apprit les règles du crib et ils jouèrent. Après quoi, ils déjeunèrent et Mrs Cullum décida que Jake n'était pas dangereux. Jake pensait que les Cullum se situaient à une extrémité de la bascule et Oswald et sa femme, à l'autre. Ainsi le passé s'harmonisait.

Jake se voyait au centre de gravité, au point où la bascule s'articulait. À la fin de la journée, Jake avait gagné deux parties. Jake voulut donner 150 $ à Andrew mais il refusa car il s'était trop bien amusé avec lui pour accepter son argent.

Alors Jake lui donna à Mrs Cullum qui les accepta. Jake accepta de rester pour dîner avec eux. Ils regardèrent les actualités et Jake fut ravis d'apprendre qu'il n'y avait eu aucun accident de chasse dans le Maine. Au moment où il s'apprêtait à partir, Jake fut rattrapé par Mme Cullum qui lui demanda de quoi il avait sauvé son mari. Elle avait prié Dieu de lui envoyer une réponse pendant qu'ils étaient dehors à jouer. Alors Jake lui répondit que si Dieu avait voulu qu'elle le sache, il lui aurait dit.

Alors elle jeta ses bras autour de lui et l'étreignit.

Elle était persuadée que Dieu leur avait envoyé un ange gardien qu'elle conserverait précieusement dans son coeur.

C'était la deuxième fois que Jake entendait ces mots et lui aussi il les médita dans son coeur.

Jake s'en alla le 17 novembre. Il remit les clés de son chalet à M. Winchell en lui disant qu'il avait passé des merveilleuses vacances régénérant. Le soir, il descendit au Parker House à Boston. L'ambiance y était beaucoup moins pacifique. Il passa la nuit suivante à Washington et trois jours plus tard sur la côte ouest de la Floride.

Chapitre 12

1

A chacune de ses pauses déjeuner, Jake ne vit pas une seule franchise de fast-food sur sa route. Il vit des gens s'entraider et lui porter assistance quand le radiateur de sa voiture fut percé. L'un d'eux lui demanda même s'il avait besoin d'un endroit où dormir. Jake supposait que cette scène pourrait se produire en 2011 mais il en doutait.

En Caroline du Nord, dans une station-service, il vit qu'il avait trois écriteaux différents, une pour les femmes, une pour les hommes et un dernier pour les « gens de couleur ». Curieux, Jake voulut savoir à quoi ressemblaient les toilettes pour les gens de couleur et il vit qu'il fallait descendre un sentier entouré de sumac vénéneux et qu’il n'y avait pas de cabinets mais un tout petit ruisseau avec une planche posée en travers sur deux blocs de béton effrités.

2

Jake s'installa dans la ville de Sunset Point en Floride. Il loua un cabanon sur une plage. Il laissa tomber sa couverture d'agent immobilier car en 1959, une période de récession touchait les États-Unis. Tout le monde vendait et personne n'achetait. Alors Jake se fit passer pour un aspirant écrivain à qui un oncle suffisamment riche avait laissé de quoi vivre.

Il commença effectivement à travailler sur un roman intitulé La Ville assassine, la ville en question étant Derry. Et il fit le récit de ses aventures temporelles dans un deuxième livre.

Le matin il travailla sur son récit temporel et le soir sur son roman. Il passa de longues heures dans les bibliothèques et il lut encore les notes d'Albert sur Oswald.

Jake eut la conviction qu'Al avait coupé court à la pire des faiblesses pour un chercheur : qualifier son hésitation de recherche.

3 Jake se rendit chez un bookmaker du nom d’Eduardo Gutierrez. Il paria d'abord sur les Lakers parce qu'il savait que cette équipe perdrait et il voulait établir sa réputation de gogo. Puis il paria 400 $ sur les Canadians et il gagna. Son plus gros coup, il joua au printemps 1960 quand il paria sur la victoire de Venetan Way devant Bally Ache, le grand favori dans le derby du Kentucky. Il gagna 10 000 $. Gutierrez qui était cubain était également un expatrié de la mafia de la Nouvelle-Orléans. Jake devait se montrer prudent.

4

Au printemps 1959, Jake avait réservé un exemplaire de Désenchanté, le nouveau roman de Budd Schulberg. À cette époque, Oswald alait quitter les marines et ensuite il s'embarquerait pour la Russie. Il tenterait de renoncer à sa citoyenneté américaine mais il échouerait. Après une tentative de suicide tapageuse (et sans doute factice) dans un hôtel de Moscou, les Soviétiques l'autoriseraient à rester dans leur pays. Il y travaillerait deux ans et demis à Minsk dans usine. Il y rencontrerait une jeune fille nommée Marina Prusakova.

Jake écrivit au United College pour obtenir des informations. On pouvait obtenir une licence d'anglais en ne répondant qu'à une cinquantaine de questions à choix multiples. Il suffisait de payer 300 $. Jake posa sa candidature. Il répondit au questionnaire. Il réussit son examen. Mais il lui fallait encore débourser 50 $ de frais de dossier. Le diplôme arriva et il permit à Jake d'enseigner de nouveau un ou deux jours par semaine pendant l'année scolaire 1959-1960. Il adorait enseigner. Son plus beau jour de remplaçant, il le vécut au lycée de Ouest Sarasota, après avoir raconté à ses élèves de littérature l'argument de base de l'Attrape coeur de Salinger (livre qui, bien sûr, n'était pas autorisé à la bibliothèque de l'école et aurait été confisqué à tout élève qui l'aurait introduit dans ce sanctuaire). Un de ses élèves lui dit que c'était lui le professeur qu'il aimait le plus.

Plus tard, le proviseur le convoqua pour lui demander s'il était un élément subversif. Jake le rassura en lui disant qu'il avait voté pour Eisenhower. Le proviseur lui conseilla de s'en tenir à l'avenir à la liste de lecture généralement admise.

5

Un professeur de psychologie de l'université du Maine avait affirmé un jour que les humains possédaient effectivement un sixième sens. Le professeur appelait cela le « signal d'alarme ». D'après ce professeur, ce sixième sens était plus développé chez les mystiques et les hors-la-loi.

Jake se considérait comme un hors-la-loi puisqu'il avait tué Dunning.

Le professeur leur avait conseillé d'écouter leur signal d'alarme.

C'est ce que fit Jake en juillet 1960. Il fait exprès de perdre des paris pour passer pour un idiot auprès de Gutierrez. Le signal d'alarme de Jake l'avait averti que la comédie n'était pas très bien passée. Jake ne tenait pas à ce que ces manuscrits tombant aux mains de la pègre. Ils avaient placé dans un coffre-fort mais Gutierrez avaient les moyens d'envoyer ses hommes chez Jake. Donc, après une nuit de juillet Jake partit vers le nord.

6

Jake se rendit à la Nouvelle-Orléans. Il voulut voir la maison ou habiteraient Lee Oswald et sa femme Marina au cours du dernier printemps et du dernier était de la vie de John Kennedy. C'était une bicoque délabrée. Un jeune homme noir proposa à Jake de l'herbe. Jake refusa mais il lui demanda où il pourrait trouver un bon hôtel. Le jeune homme lui indiqua l'hôtel Monteleone. Le jeune homme voulut savoir pourquoi Jake regardait la maison délabrée. Jake lui demanda si c'était une bonne affaire et le jeune homme répondit que cette maison avait l'air hanté.

Jake lui dit qu'elle ne l'était pas encore et il s'en alla en laissant le jeune homme perplexe.

7

Jake remporta son coffre-fort dans sa chambre d'hôtel. Il se rendit compte qu'il avait oublié un livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque de Nokomis alors il téléphona car il se sentait minable. Il prévint à la bibliothécaire qu'il avait oublié un livre et qu'il allait le renvoyer par la poste. La bibliothécaire lui apprit que la maison où il avait habité avait été incendiée. Quelqu'un avait lancé une bouteille d'essence enflammée par la fenêtre. Désormais, Jake serait doublement sur ses gardes avec le passé car celui-ci flairait les agents de changement et il mordait.

Il partit pour Dallas.

8

Trois jours plus tard, Jake regardait la Texas Book Depositary, endroit d'où serait posté Oswald pour tirer sur Kennedy.

L'immeuble lui rappelait l’aciérie Kitchener de Derry même s'il n'était pas en ruine. Il dégageait la même impression de menace vivante. Jake se sentit appelé par la fenêtre du cinquième étage du dépôt de livres. Jake ne voulait pas attendre qu'Oswald décroche son emploi de manutentionnaire dans ce dépôt. Il voulait suivre le plan qu'Al avait ébauché dans la dernière partie de ses notes, celle intitulée « conclusions sur la marche à suivre ».

Al n'avait pas négligé la possibilité, faible mais significative sur le plan statistique qu'Oswald ne soit pas l’assassin de Kennedy.

Il avait appelé cette possibilité la « fenêtre d'incertitude. Il s'était fixé pour but de fermer cette fenêtre pour de bon le 10 avril 1963, soit plus de six mois avant le voyage de Kennedy à Dallas.

9

Jake avait son propre plan pour les années 60 entre août 1960 et avril 1963.

Il garderait Oswald à l'oeil quand il rentrerait de Russie mais sans interférer. Il ne pouvait pas se le permettre à cause de l'effet papillon. En 1962, Kennedy se rendrait à Houston, à l'université Rice, ou il prononcerait un discours dans lequel il parlerait d'aller sur la lune. Jake imaginait que s'il poussait Oswald à fuir Dallas pour retourner à la Nouvelle-Orléans et que Kennedy mourait quand même, victime de quelque complot fou de la mafia ou de la CIA, alors il n'aurait pas le courage de repasser par le terrier pour tout recommencer de zéro.

Il avait déjà consacré près de deux ans à sauver Carolyn Poulin et la famille Dunning. Il valait mieux être sûr de son coup. Il avait donc décidé que la meilleure façon de surveiller Oswald sans se mettre dans ses jambes serait de s'installer à Dallas pendant qu'Oswald vivrait dans la ville de Fort Worth, puis d'emménager à Fort Worth quand Oswald déménagerait avec sa famille à Dallas. Mais en regardant le dépôt de livres, Jake avait changé d'avis. Il avait commencé à chercher un appartement à louer mais il avait compris au bout de huit semaines de recherche qu'il n'aimait pas cette ville. Il n'avait pas les journaux de Dallas qui ignoraient totalement les quartiers où la fracture raciale commençait tout juste à se réduire un peu. Il n'aimait pas le racisme des classes moyennes. Il ne supportait pas le quartier des affaires fréquentés par des gens habillés de manteau sport à carreaux, cravate étroite retenue par une pince tape-à-l'oeil, pantalon blanc et bottes m'as-tu-vu. Ils arboraient des armes de  poing glissés dans des étuis de cuir.

Jake avait même vu des croix gammées peintes sur des vitrines de commerces dont les noms suggéraient des propriétaires juifs.

Pourtant Jake pensait que c'était ici que sa mission l'appelait et que c'était à Dallas qu'il devait rester. C'est ce qu'il pensait alors.

10

Le 22 septembre 1960, Jake trouva enfin un appartement qui lui paraissait viable. Il était situé au nord de Dallas. Mais le propriétaire, Ray Mack Johnson était raciste. Johnson pensait que Dieu avait maudit les Noirs. Jake pensait qu'il avait dû rater cette partie de la Bible. Johnson voulut savoir de quelle religion était Jake. Pour avoir la paix, il répondit qu'il était méthodiste alors qu'en fait il n'avait aucune confession. Johnson lui proposa de l'accompagner à l'église Baptiste. Johnson lui conseilla de lire le chapitre neuf de la genèse dans lequel il était question de Cham. Jake pensait qu'il pourrait supporter un peu de racisme parce que c'était dans l'air du temps sauf qu'il ne n'y croyait pas vraiment.

11

Comme Johnson lui avait déconseillé Greenville Avenue, Jake eut envie d'y aller pour boire une bière. Musique et odeur de bière filtraient par les portes ouvertes. Jake fut accosté par quatre prostituées. Il avait la sensation que les choses allaient de travers ici aussi. Brusquement, il décida qu'il ne voulait pas de bière et qu'il ne voulait pas non plus louer l'appartement de Johnson.

Jake vit un homme tirer dans le ventre d'une prostituée et se suicider après. Tout ça n'avait duré que quelques secondes, plus qu'il n'en faudrait à Oswald pour assassiner Kennedy.

12

Jake compresseur la blessure de la prostituée avec un mouchoir et demanda à une autre prostituée de prendre le relais car il ne voulait pas rester dans le quartier.

13

Jake n'arriverait pas à dormir la nuit suivante. Il repensait à ce qu'il avait vu à Greenville Avenue et à ce que Gutierrez avait fait de sa maison. Il ne pourrait pas vivre deux ans et demis à Dallas. Au risque de devenir fou. Il voulait trouver une petite ville qui ne dégagerait pas autant de violence et de haine.

Il lui suffirait de faire la navette pour alimenter son livre.

14

Jake décida d'habiter à Jodie. Il trouva un petit restaurant dont le propriétaire s'appelait aussi Al. Al Stevens dit à Jake qu'il trouverait sans problème un appartement à louer et lui demanda quel était son métier. Jake répondit qu'il était écrivain. Il y avait un lycée de 700 élèves avec des jeunes bien élevés. Jake dit à Al qu'il ferait bien quelques remplacements pour prolonger ses économies. Al lui conseilla d'en parler avec Deke Simmons, le proviseur. D'après Al, c'était un chic type comme la plupart des gens dans la région. Jake se présenta sous le nom de George Amberson. Al lui conseilla de revenir à 18:00 car c'était l'heure à laquelle venait le proviseur avec sa bonne amie, Mimi Corcoran, la bibliothécaire. C'était la vraie patronne du lycée. Jake n'aurait qu'à l'impressionner.

15

Jake n'eut besoin que de trois heures pour trouver un logement à Jodie. C'était une chouette maison typique du Sud. Freddy Quinlan, agent immobilier, manifesta envers Jake une curiosité pleine de tact. Il espérait que Jake serait des leurs.

16

le soir, il retourna chez l'autre Al pour se présenter au proviseur et à son amie bibliothécaire. Deke Simmons était grand et chauve. Mimi Corcoran portait des lunettes et avait les yeux bleus. Elle regarda attentivement Jake à la recherche d'indices. Elle marchait à l'aide d'une canne. Simmons lui demanda comment il avait trouvé la ville. Il voulut savoir aussi ce qu'il aimait le football lycéen et enfin s'il était confiant dans sa capacité à mobiliser l'attention des jeunes. La bibliothécaire voulut savoir quelles étaie les références de Jake. Il parla du remplacement qu'il avait effectué dans le comté de Sarasota. Il prétendit avoir enseigné pendant trois ans dans le Wisconsin. Il s'était fabriqué un certificat de travail du lycée Saint-Vincent de Madison. Il espérait que personne ne vérifierait la source.

Elle voulut savoir de quoi traiter son roman. Il décida d'être honnête en évoquant vaguement le sujet : une série de meurtres et leur impact sur la communauté où ils se produisent.

Dallas était le lieu qu'il avait choisi pour son roman. Elle avait deviné qu'il n'avait pas envie d'y vivre. Elle voulut savoir ce qu'il aimait lire. Il parla de L'Attrape coeur Jake pensait que ce roman en disait long sur le côté détestable des années 50 et sur l'amélioration que pourraient apporter les années 60. Si les Holden Caufield d'Amérique ne perdaient pas la rage et le courage. Elle lui demanda s'il pensait que ce livre devait être présent à la bibliothèque de l'école. Jake répondit honnêtement en disant qu'effectivement il y était favorable. Mais réservé à certains élèves, à la discrétion de la bibliothécaire. Alors elle lui demanda si ce livre devait être à la discrétion de la bibliothécaire et pas des parents. Il était d'accord avec ça. Mimi voulait l'engager immédiatement. Jake pouvait s'engager à travailler deux ou trois jours par semaine maximum.

Simmons voulut ajouter que L'Attrape-chose ne figurerait jamais dans sa bibliothèque car le conseil d'administration de l'accepterait pas. Mais Mimi pensait que les temps changeraient.

17

La semaine suivante, Jake commit une erreur. Il avait placé un pari élevé parce qu'il avait peur de manquer d'argent. Il devait renouveler sa garde-robe et il devait encore passer deux ans et demis avant de pouvoir terminer sa mission. Les 14 000 $ qu'il avait ne lui suffiraient pas.

Son salaire de remplaçant serait peut-être de 15,50 $ par jour. Il retourna à Greenville Avenue en espérant n’attirer l'attention de personne.

18

le 28 septembre, une semaine avant le début des séries, Jake entra chez Faith Financial et parias 600 $ sur les Pirates de Pittsburgh contre les Yankees de New York. Il accepta une cote de deux contre un. Le lendemain, une file d'attente de parieurs attendait d'empocher les gains. Jake donna son nom et son permis de conduire et empocha 1200 $. Une fois dans sa voiture, il se détendit. Idiot qu'il était.

19

Le 16 novembre 1960, se rendit à Dallas pour voir le frère aîné de Lee Oswald et sa mère. Elle vitupérait contre son fils. Oswald fouilla sa poche pour en extraire son portefeuille et il tendit un billet à sa mère. Elle lui demanda de l'appeler dès qu'il ferait des nouvelles de Lee.

Mais pour le frère de Lee, ce dernier était un foutu coco il ne rentrerait pas. En voyant cette femme colérique, Jake eut plus de compassion pour Lee Oswald qu'il n'en avait jamais éprouvé pour Frank Dunning.

Chapitre 13

1

Le 18 mai 1961, Jake s'employait à la révision des 150 premières pages de son roman, La Ville assassinée, principalement parce que Mimi ne cessait de lui demander qu'elle voulait le lire. Dans son premier jet, il avait remplacé Derry par la ville fictive de Dawson. Puis il avait changé Dawson en Dallas. Il semblait que son livre avait voulu Dallas pour cadre depuis le début.

Il y eu un coup de sonnette. C'est à ce moment-là que Jake cessa de vivre dans le passé pour commencer à vivre tout court. Il ouvrit la porte et Michael Coslaw entra en pleurant.

2

Jake n'était pas surpris de le voir. Jake s'était déjà occupé du petit club de théâtre du lycée de Lisbon. Mais jamais il n'avait eu un élève de la trempe de Michael Coslaw.

Mimi avait demandé à Jake d'assurer la mise en scène de la pièce des premières et terminales.

Elle avait insisté pour qu'il accepte. Jake avait choisi d'adapter en pièce le roman de John Steinbeck Des Souris et des hommes.

3

Michael était terrorisé à l'idée de jouer en public. Ses amis se moquaient de lui depuis qu'il avait commencé le théâtre. Ils l'appelaient Clark Gable. Mike mesurait deux mètres et il jouait dans l'équipe de football du lycée. Le quaterback Jim LaDue était le héros de l'équipe mais Jake pensait que Mike était le plus susceptible des deux de passer pro. La copine de Mike, Bobbi Jill le soutenait à fond. Elle l'encourageait à arrêter de se laisser marcher sur les pieds.

Mais Mike avait peur de se ridiculiser sur scène. Il n'avait pas confiance en lui parce qu'il n'avait que la moyenne dans ses notes.

Tous les jours de l'équipe de football du lycée s'étaient présentés pour essayer de jouer le rôle de Lennie. C'était une blague pour se moquer gentiment de Jake. Mais Jake avait trouvé la lecture de Mike remarquable et pas du tout burlesque. Mike savait que ses coéquipiers se montraient de lui mais il avait quand même pris le rôle. Ça n'avait pas plu à l'entraîneur Borman. Mais comme cet entraîneur n'y pouvait rien il en était réduit à se moquer de son meilleur attaquant en l'appelant Clark Gable. Borman était venu se plaindre auprès de Jake. Il ne voulait pas que Jake farcisse Mike de trop d'idées. Jake lui avait répondu qu'il était absolument libre de son opinion car l'opinion, c'est comme le trou du cul, tout le monde en a une.

Jake avait voulu rassurer Mike en lui disant que c'était peut-être une blague pour ses coéquipiers mais pas pour lui. Mike avait pour lui d'être conscient de son talent. Jake fit comprendre à Mike que s'il laissait tomber la pièce alors il laissait tomber toute sa troupe de théâtre. Jake promit à Mike qu'il allait épater tout le monde.

4

La  pièce fut une réussite totale. Le public était en larmes grâce à l'intensité du jeu de Mike, intensité qu'il avait transmise à toute la troupe. Même Borman pleurait. Sous les bravos, Mike s'inclina et quand il se redressa son visage était transfiguré par un bonheur réservé à ceux qui sont parvenus à se hisser au sommet.

Il demanda à Jake de monter sur scène et il l'étreignit.

Alors qu'il écoutait les applaudissements, Jake eut une pensée qui lui assombrit le coeur. À Minsk, au même moment, Oswald était avec Marina. Ils étaient mari et femme depuis 19 jours.

5

trois semaines plus tard, Jake partit pour Dallas pour prendre quelques photos et trois appartements où vivrait Oswald et Marina.

À son retour, il eut une discussion avec Mimi. Elle venait de finir son roman, La Ville assassine. Elle avait bien aimé cette histoire de tueur déguisé en clown. Elle était sûre que Jake trouverait un éditeur.

Mais Mimi pensait que Jake n'était pas fait pour ça. Il était fait pour enseigner. Si son livre était publié, aucune administration scolaire ne voudrait plus l'embaucher.

Mimi lui dit que le talent artistique était plus largement répandu que celui de le faire fructifier. Jake possédait ce talent et en bien plus grande quantité que celui d'écrivain. Il y avait un poste à pourvoir au lycée et Mimi voulait que ce soit Jake qui est le prenne. Elle le pria d'accepter le poste. Quitte à publier son livre sous un pseudonyme. Elle était persuadée qu'il était fait pour enseigner.

Jodie était l'anti-Dallas et voici maintenant que l'une de ses plus éminentes citoyennes lui demandait d'en être un résident permanent. Mais la ligne de partage des eaux approchait. À la prochaine rentrée scolaire en septembre, Oswald serait toujours en Russie mais la famille Oswald ne reviendrait pas aux États-Unis avant le milieu de l'année suivante. Oswald arriverait le 14 juin 1962 au Texas. Alors Jake accepta de prendre le poste pour un an à l'essai

Mimi embrassa Jake. Elle lui annonça qu'elle allait se marier avec Simmons.. Elle invita Jake. Ce serait le 21 juillet. Elle lui annonça enfin qu'elle était malade. Après son mariage, elle partirait au Mexique avec Simmons pour tenter une thérapie qui n'existait pas aux États-Unis.

Elle n'avait peut-être pour huit mois ou un an. Elle avait prendre sa retraite et engager une jeune bibliothécaire. La nouvelle lui était clair s'appelait Sadie Clayton. Mimi voulait que Jake soit particulièrement attentionné envers Sadie, le 21 juillet, car elle ne connaissait personne.

Mimi dite à Jake qu'elle voulait connaître son histoire car elle savait qu'il ne venait pas du Wisconsin. Il avait un accent de la Nouvelle-Angleterre à couper au couteau. Elle s'imaginait qu'il était un extraterrestre en repérage sur la terre. Elle lui demanda si George Amberson était son vrai nom. Il répondit que non. Il en avait changé pour des raisons importantes pour lui mais qui ne serait compréhensible pour personne.

En rentrant chez lui, Jake pensait à Mimi et à sa situation actuelle, il avait des quantités de regrets.

6

Le 21 juillet, Jake fit connaissance avec Sadie. Mimi la lui présenta. Sadie mesurait 1 m 80 et elle était superbement roulée. Ce ne fait pas l'amour au premier regard. Sadie tomba en avant car quelqu'un avait négligé de repousser une chaise pliante sous l'une des tables. Alors, Jake lâcha son gobelet de bière et bondit en avant pour la retenir. Son bras gauche s'enroula autour de sa taille et sa main droite se referma sur le sein gauche de la jeune femme. C'était une entrée en matière pour le moins intime. Jake failli se présentait sous son vrai prénom mais il se retint in extremis. Sadie avait rougi jusqu'à la racine des cheveux. Sadie n'était pas maladroite, elle était sujette aux accidents. Elle s'était retrouvée trois fois coincée dans un ascenseur et une fois dans un grand magasin l'escalator avait avalé une de ses chaussures. Jake lui offrit une bière. Jake avait la conviction qu'ils seraient juste amis et jamais plus que cela quelles que soient les espérances de Mimi.

En se couchant, Jake repensa à Sadie. Plus que le contact de son sein, c'était le poids de son corps dans ses bras qui l'avait ému.

7

Le 27 août, Jake travailla à son roman quand l'entraîneur Bormann et Ellen Doherty, proviseur par intérim du lycée sonnèrent à sa porte. Ils étaient venus voir Jake pour lui apprendre la mort de Mimi. Jake proposa d'organiser une soirée d'hommage au lycée à la rentrée. Ellen lui demanda de s'en charger. Jake repensa à tout ce que Mimi lui avait dit pour le convaincre d'enseigner à temps plein. Elle était de ces membres du corps enseignant dont les jeunes se souviennent longtemps après avoir obtenu leur diplôme, de ces éducateurs qui surgissent parfois à un moment crucial dans la vie d'un lycéen en difficulté et changent les choses pour lui d'une façon décisive. Jake était triste mais il ne pleura pas car il n'avait jamais eu la larme facile.

8

Sadie accepta aussitôt de l'est d'organiser la soirée dommage de la rentrée. Ils cherchèrent des intervenants. Mike accepta de lire le proverbe qui parle de la femme vertueuse et Al Stevens se porta volontaire pour raconter comment Mimi avait donné son nom à sa spécialité maison, le Prongburger. Ils rassemblèrent plus de 200 photos. Sadie ne parla pas de l'échec de son mariage à Jake ni des raisons qui l'avaient poussée à déménager de la Géorgie au Texas. Jake ne lui parla pas de son roman. Ils discutèrent de plusieurs sujets : les livres, Kennedy et sa politique étrangère, le mouvement des droits civiques.

Sadie pensait que l'intégration scolaire des Noirs se ferait dans les années 70. Jake lui dit que ça arriverait plutôt sous l'impulsion de Kennedy et de son jeune frère ministre de la Justice. Ils ne devinrent pas amants mais ils furent amis.

Jake lui dit qu'un jour il serait interdit de fumer au lycée. Sadie lui répondit qu'il avait beaucoup d'imagination en parlant des enfants noirs et blancs scolarisés ensemble et d'une société sans tabac.

Elle lui demanda ce qu'il voyait dans sa boule de cristal. Il lui parla du voyage sur la lune qui arriverait avant l'intégration des Noirs.

Mimi avait dit à Sadie que Jake écrivait un roman.

Pour le diaporama qu'ils préparaient, Sadie et Jake avaient prévu de diffuser la chanson de West Side Story.

Jake proposa à Sadie de l'accompagner au match de football du vendredi. Elle accepta à condition qu'il ne se fasse pas des idées. Elle n'était pas prête pour l'instant.

9

Au match, tout le monde les regarda avec admiration. Jake commençait à tomber amoureux de Sadie. Sans ce qui arriverait au cours de la mi-temps, les choses entre eux auraient pu progresser plus vite qu'elles ne l'avaient fait.

Quand les pom-pom girls incitèrent les supporters à crier le prénom du leader de l'équipe avec la première syllabe de son nom : « Jimla », Jake eut une frayeur. En effet, « Jimla », c'était comme cela que Carton Jaune devenu Carton Orange avait apostrophé Jake.

Sadie se rendit compte que ça n'allait pas et elle eut peur alors pour la rassurer il lui dit qu'il était peut-être en hypoglycémie. Avant de partir chercher deux coca, il embrassa Sadie sur le bout du nez. Jake pensait encore que le passé s'harmonisait avec lui-même.

Il entendait encore la foule crier « Jimla, Jimla, Jimla ! » et il eut envie de plaquer ses mains sur ses oreilles.

Quatrième partie : Sadie et le général.

1

 

Vous vous vous vous la soirée dommage à Mimi eut lieu le jour de la rentrée scolaire. Vous vous vous vous le diaporama sifflerait tout le monde. Ce fut la récitation de Mike qui les émut le plus. Et la chanson de West Side Story finit par les achever. Même l'entraîneur Borman se distingua avec des sanglots déchirants.

Jake choisit 12 hommes en colère comme pièce de théâtre pour cette année. Il eut l'idée d'y intégrer des filles. Il voulait réserver le rôle du juré numéro trois à Mike car il considérait que c'était le meilleur de la pièce.

Il commença également ses préparatifs pour un autre drame, celui de Jake et Lee à Dallas.

2

Le 6 octobre, les Lions remportèrent leur cinquième match d'une saison sans défaite.

Il partit pour Dallas le lundi suivant. Il acheta une alliance chez un prêteur sur gages après quoi, il se rendit chez Silent Mike à la recherche d'un petit appareil d'écoute sans fil prétendant vouloir espionner sa femme infidèle.

Silent lui proposa un gadget électronique ressemblant à un godemiché. Al intérieur, il y avait un micro qui pouvait se brancher sur une lampe. Après quoi, Silent lui proposa un magnétophone japonais à peine plus grand qu'un paquet de cigarettes. Le magnétophone pouvait se brancher au micro.

Jake demanda à Silent de l'aider à installer le dispositif. Il demanda à 180 $ pour le tout. Jake lui conseilla de ne parler de cela à personne. Jake voulut savoir pourquoi on le surnommait Silent Mike. Il répondit que c'était à cause du chant de Noël Silent Night.

3

Selon les notes d'Al, Lee et Marina habiteraient dans deux appartements qui méritaient l'attention de Jake. Le 214 West Neely Street à Dallas et celui de Fort Worth. Jake se rendit à Fort Worth, c'était un entrepôt en parpaings. C'était un endroit crasseux et misérable. Jake offrit cinq dollars à une habitante du quartier pour qu'elle lui donne des informations sur les lieux. Elle payait 50 $ de loyer par mois Jake pensait que cette femme était prisonnière de son temps et de cette rue empuantie par la merde. Jake lui donna encore cinq dollars et lui demanda de l'appeler dès qu’elle serait près de partir. Il lui demanda son nom. Elle s'appelait Ivy Templeton.

En rentrant chez lui, Jake découvrit un message de Sadie. Elle avait besoin de son aide.

4

Sadie voulait que Jake l'aide à surveiller un bal d'adolescents. Borman devait être présent mais il avait dû se décommander au dernier moment parce que sa mère s'était fracturée la hanche.

Il accepta.

5

Le bal avait lieu dans le gymnase du lycée. C'était une soirée Sadie Hawkins, une mode lancée quelques années plus tôt. Le maître de cérémonie de la soirée était Donald Bellingham, un lycéen en classe de première. Il avait emporté deux valises de disques.

Sadie se détendit constatant qu'il n'y avait aucune horde d'envahisseurs venus de Hendreson pour chercher la bagarre. Jake inspecta les alentours du gymnase. Il sépara un couple en train de se peloter et jeta une bouteille d'alcool que Mike, Jim et Vince buvaient. Mike avait honte. Jake leur conseilla de ne pas foutre leur avenir en l'air.

Sentant ses responsabilités d'enseignants monter en puissance, Jake comprit que jamais l'année 2011 ne lui avait paru plus éloignée. C'est à ce moment-là qu'il décida qu'il ne rentrerait jamais.

6

Sadie invita Jake à danser le Madison avec elle. Jake était heureux de danser. Cela faisait tellement longtemps.

Sadie dit à Jake qu'il était chouette. Quand Donald diffusa “ In the mood », Sadie invita Jake à danser le lindy-hop. Les jeunes avaient fait cercle autour d'eux et battaient des mains au centre du plancher verni. Ils dansaient sous les lumières. Jake pensait que la danse, c'était la vie.

7

Jake raccompagna Sadie chez elle. Ils s'étreignirent dans la voiture. Mais elle ne voulait pas aller plus loin avec lui. Elle lui avoua qu'elle n'avait jamais fait l'amour. Alors qu'elle avait été mariée. Elle bondit de la voiture en courant vers sa maison.

8

Jake rentra chez lui. Sadie lui téléphona. Elle avait pleuré. Elle lui parla de son mariage. Elle avait été mariée pendant quatre ans avec un homme étrange John Clayton. Elle n'était pas encore divorcée mais séparée. Elle comptait divorcer à Reno à la fin de l'année scolaire. Elle serait obligée d'y passer six semaines. Jake lui répondit qu'il pouvait attendre. Mais il savait que sa mission allait bientôt commencer. En juin 1962, Lee Oswald rentrerait aux États-Unis. Il vivrait d'abord chez Robert et sa famille puis chez sa mère. En août, il serait à Fort Worth et travaillerait à la Leslie Welding Company à rassembler des fenêtres en aluminium. Sadie lui dit qu'elle n'était pas sûre de pouvoir attendre car elle était vierge à 28 ans.

Elle n'en avait jamais parlé à personne. Jake promit que cela resterait entre eux. Elle ne voulait pas en dire davantage au téléphone et elle proposa à Jake de venir chez elle le lendemain.

Jake resta longtemps éveillé. Il pensait au temps, à l'amour, à la mort.

Chapitre 15

1

Sadie avait demandé à Jake d'aller s'acheter des préservatifs en dehors de Jodie. Il alla jusqu'à Kileen. Le pharmacien ressemblait à M. Keene. C'était probablement une coïncidence. Puis il se rendit chez Sadie avec une nuée de papillons dans l'estomac.

Sadie avait les yeux dilatés, sombres et apeurés. Elle avait peur d'être mauvaise. Ils commencèrent à s'embrasser et a se caresser.

2

Ils firent l'amour. Au bout de quelques minutes elle demanda si c'était fini ou s'il avait encore. Il répondit que ça allait durer encore un peu. Sur la fin, elle se mit à haleter. Ils eurent un orgasme. Elle avait les yeux dilatés, avec une expression de stupeur un peu effrayante. Elle lui demanda combien de temps il fallait compter avant de pouvoir recommencer.

3

Sadie demanda à Jake si c'était un problème pour lui de mettre des préservatifs. Il mentit en répondant que ça ne le gênait pas. Pour lui c'était un corset dans lequel on sanglait sa bite. Sadie lui dit que sa mère lui avait donné un diaphragme pour qu'elle n'ait pas d'enfant ce qui pourrait lui permettre de vivre sur le salaire de son mari et d'économiser un peu elle parla de son mari qui était prof de sciences. Elle l'avait choisi parce qu'il était grand et parce qu'elle le trouvait beau. Elle n'avait jamais eu besoin de son diaphragme. Son mari voulait seulement qu'elle le masturbe et qu'elle utilise un balai.

4

Jake dut partir avant 23:00 pour ne pas éveiller les soupçons des voisins. Ils devraient rester discrets jusqu'au divorce de Sadie. Jake pensait que certaines lycéennes allaient rapidement deviner qu'ils étaient ensemble. Alors Sadie proposa qu'ils aillent dîner à Round Hill pour que les gens s'habituent à les voir ensemble.

 

5

Jake pensait utiliser les préservatifs pour que ce type ne conçoive pas d'enfant. Il trouva sa plutôt amusant en réfléchissant que lui-même ne serait pas conçu avant 15 ans. Penser au futur pouvait être troublant de bien des façons.

6

Le soir suivant, Jake se rendit pour la deuxième fois chez Silent Mike. Mike lui apporta deux lampes ainsi que les deux enregistreurs et des fils. Jake demanda à Mike ce qu'il pensait de Kennedy. Mike répondit que le pays avait besoin de quelqu'un de jeune et que s'il venait à Dallas on ne pouvait être sûr de rien. À sa place, il ne sortirait pas des Etats du Nord.

7

Jake trouva une lettre dans son casier. C'était une invitation de Sadie. Elle faisait référence au fondant au chocolat qu'il avait apporté la première fois où ils avaient fait l'amour. Cela le fit sourire.

8

Il y eut quelques potins sur la liaison de Sadie et de Jake. Mais il n'y eut pas de ragots. Ils ne restèrent jamais chez l'un ou chez l'autre au-delà de 22:00. Ils allaient manger chez Al et Jake l’emmena danser à La Grange. Leur cour amoureuse rappelait à Sadie le film Ariane avec Audrey Hepburn et Gary Cooper.

9

Début novembre, Simmons vint voir Jake chez lui. Il était resté au Mexique plus longtemps qu'on ne l'aurait imaginé. Il avait beaucoup maigri. Il était venu à la demande d'Ellen Dockerty pour parler de la relation qu'il entretenait avec Sadie. Ellen connaissait leur situation l'avait envoyé Simmons pour leur proposer de se rendre aux Bungalows Candlewood, un établissement tenu par un couple de profs homosexuels à la retraite. C'étaient des gens très discrets sur les relations de leurs clients. Simmons y était allé avec Mimi. Simmons lui avoua que Mimi n'avait jamais bien su quoi penser de Jake. Elle l'avait trouvé intelligent un brillant mais elle pensait qu'il n'était pas complètement ici. Simmons avait fini par se renseigner sur les références de Jake. Il avait trouvé l'origine de son diplôme. Mais cela ne changeait rien pour Simmons car il pensait que Jake était un sacré bon prof. Mais Simmons conseilla à Jake de dire la vérité sur ses origines à Sadie.

10

Grâce à Simmons, Sadie découvrit ce que c'était que faire l'amour après le coucher du soleil. Elle avait trouvé ça merveilleux. Ils s’avouèrent tous les deux qu’ils s’aimaient.

11

Lors de leur deuxième visite aux Bungallows Candlewood, Sadie par-là à Jake de son ancien mari. Le seul fait troublant avant leur mariage, c'était le besoin compulsif de son mari d'ordre et de propreté. Il se lavait tout le temps les mains. Jake lui expliqua ce que c'était, du trouble obsessionnel compulsif. John n'avait jamais frappé Sadie mais il lui avait infligé de la violence par d'autres moyens. Il l'obligeait à le masturber et à se laver les mains à l'eau très chaude juste après. Après quoi, il mettait un balai au milieu du lit en guise de séparation entre eux deux. Sadie n'avait pas de droit de transgresser le ballet, c'est-à-dire dépassé la limite. Il ne voulait pas faire l'amour avec elle par peur des microbes et parce qu'il ne voulait pas avoir des enfants dans un monde qu'il trouvait immonde. Il était persuadé que le monde allait exploser à cause de la bombe atomique..

Quand Sadie quitta son mari, ses parents lui en voulurent. Son père finit par comprendre mais pas sa mère. Sadie pensait que son mari ne savait pas où elle vivait à présent et qu'il s'en moquait.

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Jake s'endormir rapidement et fit un cauchemar. Dans ce cauchemar, il était nu avec Sadie. Tous deux se trouvaient dans une maison vide. Sur un mur quelqu'un avait écrit au charbon : « je vais bientôt assassiner le président ». Au-dessus de leur tête, ils entendaient du bruit. Jake pensait que c'était Frank Dunning ou John Clayton. Sadie pensait que c'était Carton Jaune et qu'il avait amené le Jimla.

13

Sadie réveilla Jake. Il avait parlé dans son sommeil. Il avait dit que Dallas, c'était Derry. Il était 23:45, quelqu'un frappa à la porte. C'était Bud Yorrity, l'un des deux propriétaires. Il était venu lui transmettre un message d'Ellen Dockerty, elle lui apprenait que Vince avait fait un tonneau avec sa bétaillère. Mike Coslaw et Bobbi Jill étaient avec lui. Vince était mort et ses passagers blessés.

14

Jake fut obligé d'annuler sa version de 12 hommes en colère. Tout le lycée assiste à la cérémonie funèbre et à l'enterrement de Vince. La mère de Vince dit à Jake qu'il avait changé sa vie car grâce à lui son fils avait enfin eu la moyenne parce qu'il voulait devenir acteur.

Jake se sentait chez lui chez Al Jodie. L'enterrement de Vince, la saison de football, la vie du lycée, les gens qui lui disaient bonjour dans la rue, Al Stevens qui conduisait Sadie et lui a « leur table », tout cela lui donna nne l'impression d'avoir enfin trouvé un endroit où vivre. Jake pensait qu'on était chez soi quand on dansait avec les autres. Et quand la vie était une danse.

15

Un jour, deux semaines avant Noël, Ivy Templeton téléphona à Jake. Son mari avait été blessé sur un chantier et il ne pourrait plus jamais marcher. Elle proposa à Jake de venir la sauter car elle avait besoin d'argent. Alors, Jake lui proposa de payer ses arriérés de loyer et de rajouter 100 $. Tout ce qu'elle aurait à faire c'était de le retrouver sur le parking au bout de sa rue et de lui apporter quelque chose.

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Ivy donna une clé à Jake. C'était un double de clé de chez elle. Jake lui offrit sa veste en mouton car elle avait froid. Ivy lui dit que sa fille Rosette avait rêvé de lui dans son cauchemar, la fille voyait Jake dans sa voiture avec un monstre assis sur la banquette arrière le monstre s'appelait Jimla.

Jake ne revit jamais Ivy.

17

Jake rentra chez lui. Le téléphone sonna. C'était Sadie. Elle lui proposait d'aller à la bringue de Noël chez l'entraîneur Borman. Elle voulut savoir où il était passé. Il répondit qu'il était allé à Fort Worth mais il ne pouvait pas lui dire pourquoi.

Elle voulut savoir s'il avait une autre femme et il lui répondit que non. Elle se rendit compte qu'elle ne savait presque rien de lui. Jake accepta l'invitation de Borman. Mais ils ne resteraient qu'une heure, après quoi ils iraient dîner ensemble au Saddle.

Jake sentait que Sadie avait besoin d'être rassurée mais il se sentait également incapable de lui dire toute la vérité.

Chapitre 16

1

La fête de Noël chez l'entraîneur Borman fut un bide. Tout le monde pensait encore à la mort de Vince et Bobbi avait fait une tentative de suicide car elle ne supportait plus la cicatrice sur sa joue, vestiges de l'accident.

Le dîner au Saddle ne fait pas génial non plus. Sadie avait voulu rentrer tôt. Elle disait avoir mal à la tête. Jake ne l'avait pas crue.

Le bal de la Saint-Sylvestre à La Grange fut un peu mieux. Jake put danser avec Sadie. Vous Sadie avait montré de la gaieté toute la soirée mais pourtant Jake n'avait pas senti de sourire sur ses lèvres. Puis, à un moment, Sadie disparut. Jake la trouva dans sa voiture. Elle fumait et pleurait. Elle prétendit que c'était à cause de ses règles. Il la ramena chez elle.

Elle lui demanda s'il avait quelque chose à lui dire. Il lui dit qu'il l'aimait et qu'il n'avait rien fait dont elle puisse avoir honte. Elle lui dit qu'elle ne laisserait jamais un autre homme mettre un balai dans son lit. Voilà comment commença l'année 1962 pour l'homme qui se faisait appeler George Amberson.

2

Jake embarqua dans sa voiture une des deux langues trafiquées et roula jusqu'à Fort Worth. Il se rendit dans l'appartement d'Ivy. Il y avait quatre pièces. Il y avait deux chambres. Dans la plus petite, Rosette avait dessiné des petites filles au crayola sur les murs. L'une d'elles portait un diadème de Miss Amérique. Ivy était partie vivre chez sa mère avec sa fille et son infirme de Marie.

Ce serait dans cet appartement que Lee et Marina entameraient la phase américaine de leur vie commune. C'était là qu'Oswald rencontrerait l'homme que Jake était censé avoir l'oeil. Celui qui avait fait douter Al sur l'entière responsabilité d'Oswald. Cet homme s'appelait George Mohrenschildt et Jake tenait beaucoup à entendre ce que lui et Oswald avaient à se dire.

Jake brancha la lampe sur un vieux bureau dans la salle de séjour. Jake savait que des gens pourraient vivre ici un certain temps avant que les Oswald n'emménagent. Au cas où ils auraient emporté la lampe déglinguée, Jake en avait acheté une deuxième. Jake prit soin de verrouiller la porte et rentra chez lui.

Sadie l’invita à chez elle. Mais les choses avaient changé. Il y avait un balai dans le lit. Un balai invisible mais qui projetait une ombre.

 

3

Parfois, un homme et une femme arrivent à un carrefour et s'y attardent, hésitant à choisir une voie plutôt qu'une autre, sachant qu'un mauvais choix les mènera à la fin… Alors que tant de choses méritent d'être sauvées. Sadie aimait le sexe et c'était une des choses qui contribuèrent à sauver leur couple. Ils dansèrent encore au bal du lycée mais ils ne furent jamais aussi bons que la première fois. La grâce de Sadie s'altérait.

La crise était dans l'air et elle aurait éclaté plutôt sans le Jodie Jamboree. Ce fut leur période de répit, leur chance de prolonger un peu l'aventure et de bien réfléchir à tout avant de se laisser embarquer dans une décision qu'aucun d'eux ne voulait prendre.

4

En février, Ellen Dockerty demanda deux choses à Jake : tout d'abord signer un nouveau contrat pour l'année scolaire 62-63 et mettre en scène la nouvelle pièce des premières et terminales. Jake déclina les deux propositions, non sans un pincement au coeur.

Elle pensait que la raison était le roman que Jake était en train d'écrire. Mais Sadie lui avait dit que Jake se fichait de ce roman. C'était une intuition dont Sadie avait négligé de lui faire part et cela le secoure. Ellen insista pour la pièce que Jake pourrait les dire à Vince.

Jake ne céda pas.

Mike envisageait de prendre le théâtre comme spécialité à l'université. Alors il demanda à Jake de prendre en charge la pièce. Jake lui servit également l'excuse de son roman et Mike n'insista pas. Jake lui conseilla de ne pas faire le con et de se concentrer sur le football et sur ses notes.

Une partie de lui voulait monter cette pièce mais il ne voulait pas devenir plus accro à la vie à Jodie qu'il ne l'était déjà.

De même que toute éventualité d'un avenir durable avec Sadie, sa relation avec la ville devait être mise en suspens.

Même s'il réussissait, il serait peut-être contraint de s'enfuir et dans le cas contraire il risquait fort d'être récompensé de sa bonne action pour le monde par la prison à vie. Ou la chaise électrique.

5

Simmons finit par piéger Jake et le poussa à accepter la mise en scène de la pièce. Un samedi après-midi, Simmons prenait le café chez Jake. Il lui conseilla de terminer son livre et en faire un best-seller puis sur la Belgique à New York. Et puis il avait fait un tel tabac avec Des souris et des hommes que tout ce qu'il pourrait faire ensuite serait probablement une déception par comparaison. L'idée que la deuxième mise en scène de Jake pourrait faire un flop l'avait vexé d'une façon irraisonnée. Cela lui avait rappelé comment Sadie et lui, malgré tous leurs efforts, l'avaient jamais vraiment pu égaler leur première performance sur la piste de danse.

Simmons lui raconta que Ratty Sylvester, le professeur de sciences voulait mettre en scène Arsenic et vieille dentelles. Jake n'avait jamais aimé ce petit enfoiré obséquieux. Il avait envie de le laisser se planter. Mais quand Simmons parla du Jodie Jamboree cela fit rire Jake c'était une sorte de fête où tous les cow-boys et ouvriers agricoles du coin se tartinaient la figure de cirage, chantaient et dansaient et racontaient des blagues en imitant le dialecte des Noirs du Sud. Cela donna envie à Jake. Mais sans qu'on ait besoin de caricaturer des Noirs pittoresques. Il avait envie de voir ce que Mike pourrait faire avec un sketch comique. Alors, il demanda à Simmons de négocier avec Ellen sur une condition. Après quoi, Jake partit voir Sadie.

6

Sadie accueillit la nouvelle avec joie. Elle trouvait que c'était sensationnel. Elle demanda à Jake s'il allait écrire le scénario du Jamboree. Jake répondit qu'il sent occuperait et que cela ne lui prendrait pas longtemps. Il proposa à Sadie d'être la productrice. Elle accepta. Ils étaient tous les deux exaltés. Jake proposa à Sadie de partir à Dallas avec lui pour faire quelques investigations.

7

Ils allèrent à Dallas le lundi. Ils posèrent une montagne de questions et les réponses qu'ils reçurent leur parurent plus que satisfaisantes.

8

Les sketches du Jamboree étaient du style farces avec deux ou trois athlètes sportifs pour exécuter les acrobaties. Ellen Dockerty joie des solos d'enfer de banjo.

Mike et Jim avait convaincu le reste de l'équipe de football de danser un french-cancan fougueux, en jupons et culottes bouffantes. Ils avaient des perruques et ils furent le clou du spectacle.

Le spectacle termina par « In the mood » et l'ensemble de la troupe se dispersa pour danser sur toute la scène du gymnase. Après quoi, il y eut une bataille de tartes à la crème. Les jeunes se rangèrent en ligne de chaque côté du gymnase en appelant Jake et Sadie pour qu'ils effectuent leur fameuse danse et ils acceptèrent. Ils avaient été parfaits pour la première fois depuis la soirée Sadie Hawkins.

Après quoi, les jeunes avaient caché quelques tartes à la crème qu'ils envoyèrent sur Sadie et Jake. Sadie demanda à Jake comment il pouvait quitter tout cela.

9

Ellen Dockerty annonça que le Jodie Jamboree ferait l'objet de trois autres représentations. L'annonce déclencha une vague d'applaudissements. Les bénéfices de ce jamboree seraient versés à Bobbi pour qu'elle puisse se faire opérer à Dallas. Tout le monde applaudit et Bobbi pleurera dans ses mains. Ses parents l'enlaçaient.

Jake ne s'était jamais senti aussi vivant ni aussi heureux d'être entier. La déflagration se produisit deux semaines plus tard.

10

C'était un samedi, le jour des courses. Sadie et Jake avaient pris l'habitude de les faire ensemble au Weingarten. Jake était retourné trois fois dans Mercedes Street prétendant chercher un loyer bon marché parce qu'il venait d'être embauché comme veilleur de nuit. Il avait repéré Mr Hazard avec ses deux enfants et sa mère. Jake pensait à tout cela tout en faisant les courses. C'est ce qui précipita sa chute. Il n'avait pas remarqué que la période d'embellie avec Sadie était terminée. Il était en train de préparer mentalement sa mission à Mercedes Street quand Sadie lui parla et très vite après, la vie de Jodie s'écroula.

14

Sadie demanda à Jake qu'elle était la chanson qu'il avait chantée en conduisant. Il prétendit que c'était une chanson qu'il avait entendue à la radio. Mais Jake avait chanté Honky tonk Women, une chanson qui ne serait pas enregistré avant six ou sept ans et par un groupe qui ne connaîtraient pas le succès aux États-Unis avant encore trois ans. Jake ne savait pas comment il avait pu être aussi stupide. Sadie savait que Jake mentait. Pris sur le fait, Jake se mit en colère. Sadie avait repéré tout un tas d'expression que Jake employait et qui ne correspondaient pas à cette époque. Elle voulut savoir aussi pourquoi Jake avait eu tellement peur de ce stupide chant Jimla au point d'en parler dans son sommeil. Elle voulait savoir aussi pourquoi à Derry était comme Dallas. Elle voulait savoir quand Jake avait été marié, avec qui, pendant combien de temps. Elle voulait savoir où Jake se trouvait avant la Floride parce qu'elle avait su que ses références avaient été fabriquées. Sadie avait l'impression que Jake venait d'un autre univers.

Jake retrouva son calme et en regardant des papiers que Sadie avait laissés sur son bureau relatif à divorce, Jake lui demanda si son ex-mari savait où elle était. C'est à ce moment-là qu'elle décida qu'il était inutile de continuer.

Malgré cela, Jake lui dit que son ex-mari était capable de charmer les gens et qu'il avait certainement su la charmer. Elle lui répondit que ce qu'il y avait eu entre eux était très bien et que ne comprenait pas son attitude. Alors Jake s'en alla. C'est à ce moment-là qu'il se rendit compte de la ressemblance entre Doris Dunning et Sadie. En partant, Jake conseilla à Sadie de se méfier de son ex-mari. Il demanda de lui promettre de faire attention et elle promit. Dans sa voiture, il maudit les Rolling Stones.

Chapitre 17

1

Ellen Dockerty convoqua Jake car l'infirmière du district avait signalé qu'il n'avait aucun carnet de vaccination et aucun dossier médical. Ellen avait donc écrit dans les universités dans lesquelles Jake avait prétendu travailler mais à part celle de Floride les autres répondirent qu'elles n'avaient aucune connaissance de Jake.

Elle lui dit que le conseil d'administration du lycée serait choqué d'apprendre qu'ils avaient engagé un imposteur. Personnellement, elle ne l'était pas. Le travail de Jake avait été exemplaire. Comme Jake n'avait plus de contrats avec le lycée, il valait mieux ne rien dire. Toutefois Ellen pensait que Sadie avait le droit de savoir qui il était vraiment. Jake répondit que Sadie est en danger à cause de son ex-mari. Il demanda à Ellen de chercher une photo de John Clayton pour qu'elle sache à quoi il ressemblait au cas ou il débarquerait et commencerait à poser des questions. Ellen lui dit qu'il avait brisé le coeur de Sadie. Il le savait.

2

fin mai 1962, Jake était à Mercedes Street. Avec le propriétaire des lieux, Jay Baker. Jake se présenta comme veilleur de nuit.

Jake ne pouvait pas croire qu'il allait habiter dans une vieille bicoque au milieu de cette rue désolée. Il ressentait déjà la nostalgie de Jodie.

3

le dernier jour de classe, Jake discuta avec Danny Laverty. Danny avait fait la guerre. Envie dans son casier, Jake découvrit une lettre de Sadie. Dans cette lettre, elle le remerciait de lui avoir montré combien les choses pouvaient être bonnes. Elle lui demandait de ne pas passer lui dire au revoir.

Jake se rendit quand même à la bibliothèque. Elle était fermée.

4

Jake était sur le point de s'en aller définitivement quand Mike et Bobbi lui offrirent un cadeau. Bobbi l’embrassa et le remercia. Ils lui dirent qu'ils ne l'oublieraient jamais. Jake trouvait ça bien même si ça ne compensait pas la bibliothèque fermée. Le cadeau était un écrin en bois. C'était pour le livre que Jake était en train d'écrire. Il y avait aussi un stylo plume Waterman avec les initiales de George Amberson.

Jake et les remercia. Bobbi lui avoua qu'elle trouvait cela triste qu'il se soit séparé de Sadie. Jake avait été très touché du cadeau et du fait que Mike et Bobbi l'aient attendu pour lui dire au revoir. Il avait une boule dans la gorge mais les yeux secs.

5

Jake avait du mal à supporter les cris des enfants et les lamentations de leurs mères à Mercedes Strret ainsi que le bruit des voitures et le beuglement des radios. Bien souvent, Jake voyait les flics débarquer. Une fois, Jake vit une femme au visage ensanglanté. Elle lui fit un doigt d'honneur. Jodie l'avait comblé spirituellement. À présent, il avait du temps pour déplorer l'état de sa voiture naguère si classe. Mais il avait surtout du temps pour penser à Sadie. Jake avait envie d'aller tout lui raconter mais comment pourrait-il la convaincre qu'il venait du futur. Comment pourrait-il la convaincre que le président Kennedy allait être assassiné. Il en savait pas mal sur Oswald, mais c'était tout. Il n'avait pas eu le temps de potasser l'histoire des États-Unis pour cette période. Et même s'il réussissait à la convaincre qu'il n'avait pas envie de l'entraîner avec lui dans la gueule du loup. Un matin, Jake vit qu'un gosse en mal d'amusement avait lardé de coups de couteau les pneus de sa voiture.

6

Le 14 juin, Jake écouta la radio. Kennedy préparé un voyage officiel au Mexique pour la fin du mois. Il partit pour l'aéroport. Il attendit l'avion d'Oswald. Jake vit Sadie. Elle quittait le Texas pour entamer ses six semaines de résidence à Reno. Jake ne fut pas surpris. C'était encore ce phénomène de convergence. Il avait envie d'aller lui parler mais la couverture du Time qu'il avait acheté le ramena à sa mission. Il y avait Jacqueline Kennedy en couverture. Alors Jake se rassit et regarda Sadie se diriger vers le comptoir Frontier Airlines puis s'en aller.

7

L'avion d'Oswald venait d'atterrir. Le frère d'Oswald l'attendait. Il était venu avec sa femme et ses enfants. Jake aperçut Oswald et Marina. Marina portait son bébé, June. En regardant Oswald, Jake avait l'impression que c'était le parfait « marine » dans sa chemise blanche repassée, son pantalon kaki et ses chaussures cirées.

Il avait tout juste 22 ans et paraissait plus jeune.

Marina était très belle. Elle avait une expression vaguement mélancolique.

Jake remarqua qu'il lui manquait une dent. Oswald était énervé contre sa femme. Son frère, Robert, essayer de le calmer. À ce moment-là, Oswald dit à Marina qu'elle était arrivée aux États-Unis d'Amérique, terre de la liberté et pays des couillons.

8

Rentré chez lui, Jake n'arriva pas à dormir. Depuis qu'il était seul, il devisait avec Al Templeton. Pour un homme mort, Al avait toujours beaucoup à lui dire. Jake avait peur de brancher le magnétophone au micro au risque de se faire prendre par Oswald. Alors Jake se répondait lui-même par l'intermédiaire d'Al et il se conseillait de se renseigner sur George de Mohrenschildt. Si ce dernier n'était pas impliqué dans l'attentat contre le général Walker, la fenêtre d'incertitude se refermerait. Mohrenschildt était la clé de toute l'affaire. C'était un géologue pétrolier qui menait une vie de playboy grâce à l'argent de sa femme. C'était un exilé russe. C'était l'homme qui allait devenir le seul ami de Lee Oswald. Il avait conseillé à Oswald de tuer le général Walker. Al avait écrit dans son carnet que si Oswald était seul le soir où il avait essayé de tuer Walker, les chances qu'il y ait eu un autre tireur impliqué dans l'assassinat de Kennedy sept mois plus tard chutaient quasiment à zéro.

Au-dessous de cette remarque, en lettres capitales, Al avait ajouté son verdict définitif : suffisant pour liquider ce fils de pute.

9

Jake avait mis des doubles rideaux à ses fenêtres pour pouvoir espionner sans être vu. Cela lui rappelait le film Fenêtre sur cour. Il acheta des jumelles ce qui lui permit d'observer le séjour cuisine d'en face comme s'il s'y trouvait.

Il lui fallait maintenant brancher le magnétophone à la lampe.

10

Le 4 juillet dans Mercedes Street fut animé. Les hommes, en congé, écoutaient la radio en buvant de la bière. Des enfants lançaient des pétards sur les chiens errants. À 22:00, un gamin mit le feu à une vieille voiture. Les pompiers débarquèrent pour éteindre le début d'incendie et tout le monde sortit pour voir ça.

Jake souffrait de solitude et de nostalgie alors il téléphona à Ellen Dockert pour avoir des nouvelles de Sadie. Sadie travaille comme serveuse et avait demandé des nouvelles de Jake. Ellen lui avait dit que Jake était parti et qu'il était très occupé avec son livre. Sadie avait décidé de passer les vacances à Reno Pasquet était bien payé avec les pourboires. Ellen avait demandé à Sadie une photo de John Clayton. Mais Sadie avait répondu qu'elle n'en avait pas. Elle avait refusé d'en demander une à ses parents pour ne pas leur donner de faux espoirs car ils n'avaient jamais tiré un trait sur son mariage.

Sadie avait dit à Ellen que les craintes de Jake étaient disproportionnées.

Ellen pensait que Sadie avait encore des sentiments pour Jake et qu'il n’était peut-être pas trop tard pour réparer ce gâchis.

Ellen proposa à Jake et de revenir à Jodie et il accepta.

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22/11/63

221163

22/11/63 (Stephen King)

 

Jake Epping n'avait jamais eu « la larme facile ». Son ex-épouse pensait que son « gradient d'émotion était inexistant ». C'est la raison principale pour laquelle elle l’avait quitté. Il n'avait pas versé de larmes à l'enterrement de ses deux parents, tous les deux morts à deux ans d'intervalle. Son ex-épouse ne l'avait jamais vu pleurer. C'est ce qu'elle lui avait reproché avant de le quitter. Il n'avait pas pleuré pour lui dire au revoir. Il avait pleuré seulement une fois seul. En fait, il avait pleuré sans larmes. Il n'avait pas de blocage émotionnel. Il avait pleuré quand sa mère lui avait annoncé la mort de son petit colley. Il avait aussi pleuré quand le médecin de sa mère l'avait appelé pour lui expliquer ce qui s'était passé sur la plage quand sa mère avait eu une crise cardiaque. Il ne croyait pas que la capacité de se répandre en sanglots pratiquement sur commande soit un prérequis pour un mariage réussi.

Il n'avait jamais vu son père verser une larme et la plupart du temps sa mère était comme son père. Alors peut-être que cette histoire de ne pas avoir la larme facile était un truc génétique. Pourtant, il ne croyait pas avoir de blocage émotionnel.

Il se souvenait avoir pleuré une autre fois. C'était en lisant l'histoire du concierge du lycée de Lisbon Falls. Professeur, il avait donné comme sujet à ses élèves adultes « le jour qui a changé ma vie ». À cette époque-là, Christy, sa femme, était sortie depuis peu de sa cure de désintoxication. Quand il prit le devoir du concierge sur le dessus de la pile, il n'avait aucun pressentiment que sa petite vie allait en être changée. L'histoire était tellement horrible que Jake avait pleuré une fois arrivé au passage où le concierge avait rampé sous le lit avec le sang qui lui ruisselait dans les yeux.

Le concierge était peut-être un cran au-dessus de ce qu'on appelait autrefois les « attardés éducables ». Mais il avait une bonne raison de l'être. Une raison qui expliquait aussi sa boiterie. C'était déjà un miracle qu'il soit en vie. Le concierge était un homme vraiment gentil qui avait toujours le sourire aux lèvres et n'élevait jamais la voix avec les gamins. C'était un homme bon qui avec vécu l'enfer et travaillait maintenant avec humilité pour obtenir un diplôme d'études secondaires. Jake traça un grand A rouge en haut de la première page. Il avait tellement ému qu'il avait rajouté un + à côté du A.

Jake aurait préféré faire un blocage émotionnel, en fin de compte. Parce que tout ce qui avait suivi-toutes les choses terribles qui avaient suivi-avaient découlé de ces larmes.

 

Première partie : ligne de partage des eaux.

Chapitre 1.

1

Harry Dunnin avait été reçu avec mention. Il était vraiment seul alors Jake était heureux d'assister à la remise des diplômes dans le gymnase du lycée de Lisbon. Jake alla lui serrer la main. Harry lui sourit.

Harry n'avait jamais compté avoir un A+ de toute sa vie mais Jake lui dit qu'il avait mérité. Jake lui demanda ce qu'il comptait faire en tant que diplômés du second degré. Harry lui répondit qu'il comptait encadrer son diplôme et l'accrocher au mur de sa maison. Puis il se verserait un verre de vin en admirant son diplôme jusqu'à l'heure d'aller se coucher.

Jake lui proposa de manger un hamburger et des frites. Harry en fut enchanté et accepta. Ils allèrent chez Al qui leur offrit le repas en voyant la toge de diplômé repliée d'Harry. Al avait également pris une photo de Jake avec Harry. Il accrocha cette photo à ce qu'il appelait son mur des célébrités. C'étaient des célébrités locales.

2

Deux ans plus tard, le dernier jour de l'année scolaire, Jake lisait les dissertations de fin d'année de ses élèves du cours de poésie américaine. Harry était venu lui serrer la main. Harry prenait sa retraite et il voulait remercier encore une fois Jake. Harry espérait que Jake allait prendre soin de lui. Il lui avoua avoir encadré le A+ pour l'accrocher juste à côté de son diplôme. Jake pensait que la prose d'Harry était de l'art primitif mais supérieure à celle de ses élèves dont l'écriture était anémique. Jake pensait qu'Harry avait écrit en héros au moins une fois dans sa vie.

Jake reçut un appel d'Al. Al voulait le voir, c'était important. Jake avait envie d'embrasser Gloria, la secrétaire avant de partir. S'il avait su ce que l'avenir lui réservait, il serait certainement monté la voir. Mais évidemment, il l'ignorait. La vie prend des virages à 180°.

3

 

Sur sa caravane de fast-food, Al avait laissé une pancarte sur laquelle était écrit « fermé définitivement pour cause de maladie. Merci pour votre fidélité au fil des années et que Dieu vous bénisse ». Jake sentait les premières volutes de l'irréalité qui n'allait pas tarder à l’avaler.. Jake vit dès le premier coup d'oeil qu'Al était mortellement malade. Ses cheveux avaient blanchi en une nuit. Il avait perdu au moins 15 kg en une journée. Personne ne perd 15 ou 20 kg en moins d'une journée. C'est à ce moment-là que le brouillard d'irréalité avait avalé Jake tout entier.

Al ferma sa caravane après avoir fait entrer Jake.

4

Al avait un cancer du poumon. Même s'il avait fumé pendant 50 ans, personne n'attrape un cancer du poumon en une nuit. En réalité, Al avait commencé à tousser sept mois plus tôt. Mais on était en juin et Al prétendait qu'il avait commencé à tousser en mai. Al prétendit avoir été obligé de rentrer de vacances alors que Jake l'avait encore vu  la veille. Al lui demanda de regarder ce qui avait changé en lui. Jake remarqua qu'Al avait des rides qui n'étaient pas présentes la veille. Jake se souvenait avoir été présent au 57e anniversaire d'Al. Pourtant Al prétendait avoir maintenant 62 ans. De plus, Jake remarqua que les mains d'Al étaient constellées de taches brunes. Al prétendit avoir pris pas mal au cours des quatre dernières années mais Jake l'avait vu passer la majeure partie de ces quatre dernières années envoyer des hamburgers sous un éclairage fluorescent. Alors, Al emmena Jake dans sa réserve. Il voulait lui montrer quelque chose.

5

Dans la réserve d'Al, ça sentait le soufre. Al prétendit que cela venait de l'usine Worumbo mais elle était fermée depuis les années 80. Al demanda à Jake de lui donner son téléphone portable, son porte-monnaie et l'argent qu'il avait dans ses poches. Al ne voulut pas des clés car selon lui elles ne comptaient pas. Al ajouta une liasse de billets. Jake remarqua que dans la liasse il y avait un billet de cinq dollars qui avait l'air ancien. Puis, Al donna une pièce de 50 cents à Jake. Jake n'en avait pas vu depuis son enfance. Al annonça à Jake qu'il allait voir des gens : Carton Jaune, un poivrot inoffensif, le Front-Vert à qui il devrait parler. Il devrait donner la pièce de 50 cents à Front-Vert. Al conseilla à Jake de ne pas répondre aux questions de Front-Vert. Alors, Jake n'aurait plus qu'à traverser la voie ferrée il se retrouverait au carrefour de Main et Lisbon street. Après ça, le monde appartiendrait à Jake.

Al demanda à Jake de faire un pas en avant en baissant la tête et il obéit.

Chapitre 2.

1

Jake se retrouve immédiatement en haut d'un escalier. Il en fut très surpris mais le descendit. Derrière lui, Al lui conseilla de fermer les yeux. Jake obéit. Il sentit de la chaleur sur sa peau. Il sentit également le soufre. Il ouvrit les yeux. Il n'était plus dans la réserve d'Al. Il se retrouva dans une cour. Il se retourna mais le resto d'Al avait disparu.

2

Jake vit l'usine Worumbo à la place de la caravane d'Al. Il paniqua mais Al lui dit qu'il pourrait retourner sur ses pas grâce à l'escalier. L'escalier était devenu invisible mais on pouvait encore le toucher. Jake se demanda à quelle époque qu'il était.

3

Jake prit un papier dans sa poche évolue le poser sur la dernière marche de l'escalier mais le papier tomba. Il servirait toutefois à marquer l'emplacement de l'escalier. Jake ramassa un petit fragment de béton pour s'en servir de presse-papiers. Jake avança. Il rencontra un homme vêtu d'un vieux manteau noir. L'homme était d'une maigreur squelettique. C'était un ivrogne de la plus belle espèce. L'ivrogne portait un chapeau de feutre avec un ruban d'où dépassait une carton jaune. L'ivrogne demanda à Jake qui il était et ce qu'il faisait là. Jake l'envoya promener. Jake prit la direction du portail qui ouvrait sur une voie de chemin de fer. Il y avait un parking rempli de voitures cabossées et anciennes. L'ivrogne dit qu'il avait un carton jaune pour le Front-Vert et demanda un dollar à Jake. Jake lui donna la pièce de 50 cents. Jake franchit le portail.

4

La voiture la plus récente sur le parking datait de la fin des années 50. Jake se trouva devant la Kennebec Fruit Company qui semblait être une entreprise florissante et à la boîte jaune et vert décolorée avec une vitrine sale que Jake connaissait. Il fut surpris de découvrir que cette entreprise avait un jour vendu de vrais fruits. Jakevit un bus passer et les passagers fumaient à l'intérieur. Il entra et vit des journaux qui étaient datés du 9 septembre 1958.

5

Jake acheta le Globe et une bière. La bière était savoureuse. Ce monde révolu des années 50 dégageait une odeur pire que ce que Jake aurait imaginé mais il avait une saveur incomparable. Celui qui lui servit la bière était le père de Frank Anicetti, futur gérant de la boutique. Jake lutta contre l'envie de dire au patron que grâce au soda Moxie, son enseigne allait rester ouverte à l'angle de Main Street et de l'ancienne route de Lewiston longtemps après lui. Jake demanda à Anicetti ce qu'était un Front-Vert. Le fils d’Anicetti lui répondit que c'était le magasin d'alcool et spiritueux juste en face.

6

Jake était paniqué à cause de tout ce qu'il voyait. Les femmes portaient des robes à mi-mollet et des chapeaux à voilette, le goût de la bière était très différent de ce qu'il connaissait. Jake vit que le poivrot était dans le Front-Vert probablement pour dépenser la pièce de 50 cents qu'il lui avait donnée.

Jake retourna à l'escalier et Al saisit son bras.

7

Al demanda à Jake ce qu'il avait retiré de son expérience. Jake était ébranlé jusqu'au tréfonds de lui-même. Al avait découvert ce passage totalement par hasard moins d'un mois après s'être installé avec sa caravane. La première fois, il était carrément tombé dans l'escalier, comme Alice dans le terrier. Jake voulut savoir combien de temps son expérience avait duré. Al lui répondit que ça n'avait duré que deux minutes, c'était toujours deux minutes. Et quand on arrivait en bas de l'escalier, il était toujours 11:58 le matin du 9 septembre 1958. Al demanda à Jake où il était allé. Jake lui répondit qu'il avait bu une bière à la Kennebec. Al avait vécu la même chose, à chaque fois. C'était comme retourner voir sans arrêt le même film. Chaque fois, c'était la première fois. Et chaque personne rencontrée, vous rencontrait pour la première fois quel que soit le nombre de fois où vous étiez rencontrés avant.

Le seul qui semblait soupçonner qu'un truc était décalé, c'était Carton Jaune. Mais il était trop démoli par l'alcool pour comprendre ce qu'il ressentait. Al pensait pouvoir fixer Jake complètement cet après-midi mais il ne pouvait pas à cause de la maladie. Alors lui proposa de passer chez lui le soir. Jake compris pourquoi les remparts gardent Albert n'étaient pas chers. Il y avait une rumeur sur la provenance de sa viande. Les gens disaient que c'était de la viande de chat. En réalité, Al se fournissait en 1958 avec les tarifs de cette époque. Al achetait la même viande, à la même heure, au même boucher qui lui disait toujours la même chose. Al trouvait que la plupart des gens qu'il avait rencontrés à cette époque étaient vraiment gentils et il avait eu l'air un peu nostalgique.

8

Jake rentra chez lui. Il pensait faire une sieste mais il ne réussit pas à dormir. Il voulut corriger des copies mais en fut incapable. Alors il regarde à la télé et tomba sur un vieux film mais cela lui donna mal à la tête et il éteignit. Il ne réussit pas à manger non plus. Il repensa à Al servant année après année des hamburgers faits avec la même douzaine de livres de viande hachée. Ça ressemblait vraiment au miracle des pains et des poissons. Il prit sa voiture pour aller en face de la Kennebec et contempla la relique à la peinture écaillée qui avait été autrefois un commerce florissant. Là où se trouvait le magasin d'alcools en 1958, il y avait à présent un joli bâtiment en briques qui abritait une succursale de la Key Bank. Pourtant le passé lui semblait très proche en cet instant. C'était comme si 1958 était encore là, à peine dissimulé sous une mince pellicule d'années intermédiaires. Il devinait qu’Al voulait lui faire faire quelque chose que lui-même ne pouvait plus faire empêché par sa maladie. Albert avait dit qu'il y était resté pendant quatre ans mais que quatre ans, c'était pas suffisant.

Jake se demanda s'il était prêt à passer quatre ans là-bas pour revenir deux minutes plus tard… Quatre ans de sa vie, c'était trop lui demander.

Il rentra chez lui et écouta une radio spécialisée dans les musiques des années 60. Il trouva que ça avait un son neuf. Il n'avait pas envie de vivre plusieurs années dans le passé mais il avait envie d'y retourner. Et il avait envie d'une autre bière racinette.

Chapitre 3

1

Jake alla chez Al. Le sommeil et les médicaments lui avaient fait du bien. Les médecins ne lui avaient laissé aucun espoir. Il apprit à Jake que son restaurant disparaîtrait car il ne faisait que louer l'emplacement et son bail arrivait à échéance.

2

Jake demanda à Albert ce qui arriverait à la brèche vers le passé si sa caravane était enlevée et qu'on construisait un magasin la place. Al pensait que la brèche disparaîtrait. Jake pensait qu'Albert avait probablement raison. Il pensa au gouvernement fédéral découvrant qu'il pouvait envoyer des troupes d'opérations spéciales dans le passé pour y changer ce que bon lui semblerait. Les allumés qui nous procuraient tous ces gadgets amusants tels qu'armes biologiques et bombes téléguidées étaient les derniers que Jake voulait voir exporter leurs programmes variés dans l'histoire vivante, sans défense.

À cet instant, Jake comprit ce qu'Al attendait de lui. Et il refusa. Alors Al lui confia la seule raison qu'il avait de ne pas prendre tout son stock de petites pilules roses en une seule fois.

3

Al employait une métaphore pour convaincre Jake de son projet. Il parla de ligne de partage des eaux. La ligne de partage des eaux, c'est une zone, généralement en montagne ou en forêt, à partir de laquelle les eaux de source se déversent dans différents fleuves qui coulent sur des versants différents. Pour Al, l'histoire aussi était un fleuve. Parfois, les événements qui changent l'histoire s'étendent sur une longue période-comme de longues pluies soutenues sur un bassin hydrographique qui peuvent faire sortir un fleuve de son lit. Dans l'histoire aussi, il y a des crues soudaines. Comme le 11 septembre 2001 ou la victoire de George Bush sur Al Gore en 2000. Jake pensait qu’Al ne pouvait pas comparer une élection nationale avec une crue soudaine. Al répondit que c'était l'élection était un phénomène unique et qu'en retournant à l'automne 2000 pour dépenser 200 000 $ en faveur d'Al Gore, on pouvait changer l'ordre des choses. Avoir une connaissance anticipée de l'issue des événements était un atout pour se dépatouiller de n'importe quelle difficulté. L'argent n'était donc pas un problème.

L'écart des votes avait été de 600 voix en Floride. Avec 200 000 $, on pouvait acheter les gens pour faire pencher la balance. Quand il s'agit du fleuve de l'histoire, les lignes de partage des eaux les plus susceptibles d'entraîner des changements sont les assassinats. Al évoqua l'exemple de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche assassiné par Gavrilo Princip. Il parla également de Claus von Stauffenberg qui échoua dans son projet d'assassinat d'Hitler en 1944. Alors, Al dit que pour l'archiduc ou Adolf Hitler, on ne pouvait rien faire. Ils étaient hors de notre portée. Car la brèche s'ouvrait en 1958. Pour le 11 septembre 2001, si Jake voulait empêcher cette ligne de partage des eaux, il devrait attendre 43 ans. Il aurait alors pas loin de 80 ans. Jake devina qu'Al projetait d'aller à Dallas en 1963. Al le lui confirma. Alors, Al dit à Jake qu'il n'était pas malade, lui, et qu'il pouvait empêcher l'assassinat de Kennedy.

Ainsi, Jake pouvait changer le cours de l'histoire et John Kennedy pourrait vivre.

4

Jake en divorçant était devenu un homme libre. Il n'avait pas d'enfant. Il ne trouvait pas son boulot excitant. Faire le tour du Canada en stop avec un copain après sa dernière année d'université était ce qui avait le plus ressembler à une aventure pour lui. Et là, tout d'un coup, on lui offrait la chance de devenir un acteur majeur non seulement de l'histoire américaine mais de l'histoire du monde. Il voulait être convaincu mais il avait peur aussi.

Al lui dit que s'il échouait il pourrait toujours revenir au 9 septembre 1958 pour tout annuler. Puisque chaque voyage était le premier voyage. Jake voulut savoir ce qui se passerait si les changements étaient si radicaux que son petit resto ne serait même plus là pour l'accueillir. Al répondit qu'alors Jake serait coincé dans le passé. Mais en tant que professeur d'anglais, il disposerait toujours d'une compétence monnayable. De plus, en connaissant l'avenir il pourrait gagner de l'argent avec les paris sportifs. C'est ce qu'avait fait Al tout en restant prudent pour ne pas attirer l'attention des bookmakers. De plus, Al ne pensait pas que le resto disparaîtrait car il avait toujours été là pour lui alors qu'il avait changé beaucoup de choses. Al mentionna l'effet papillon. L'idée que de petits événements pouvaient avoir de grandes ramifications. Si Jake sauvait la vie de John Kennedy, il y avait peu de chances que Robert Kennedy se présente à la présidence en 1968. Le pays n'était pas prêt à remplacer un Kennedy par un autre. De plus, si Jake sauvait la vie de John Kennedy, il y avait peu de chances que Robert Kennedy soit toujours à l'hôtel Ambassador le 5 juin 1968. De même, Martin Luther King serait-il toujours à Memphis en avril 1968 ? Dès lors les émeutes raciales qui avaient suivi sa mort n'auraient pas lieu.

Al savait que Jake savait peu de choses sur la guerre civile qui avait déchiré les États-Unis après l'assassinat de Kennedy à Dallas. Il se doutait que son ami ne saurait pas répondre à la question qui Lee Oswald avait tenté d'assassiner quelques mois seulement avant de prendre Kennedy pour cible. Parce que d'une façon ou d'une autre, tout ça était tombé dans l'oubli.

La guerre du Vietnam avait Lyndon Johnson pour origine. Kennedy aurait peut-être changé d'avis sur le Vietnam. Johnson et Nixon en avaient été incapables. Mais Jake avait peur de ne pas pouvoir revenir s'il partait. Et dans ce cas il ne saurait jamais ce qui avait été changé. Al le rassura en lui disant qu'il était jeune et que du moment qu'il ne se faisait pas écraser par un taxi ou terrasser par une crise cardiaque, Jake devrait vivre assez longtemps pour savoir quelle tournure aurait pris les choses. Jake demanda à Al s'il avait beaucoup lu sur l'assassinat de Kennedy et sur Oswald. Al le lui confirma.

Pourtant, Jake lui demanda comment il pouvait être aussi sûr que c'était bien Oswald qui avait assassiné Kennedy. Mais Al était catégorique. Pour lui tout était l'oeuvre d'Oswald. Al avoua à Jake qu'il avait déjà rencontré Oswald. Il l’avait vu à Fort Worth. Il savait qu'Oswald détestait son frère Bobby.

Al avait vu Oswald de près et il suffisait de regarder son visage pour savoir qu'il se prenait pour un champion. Al s'était retenu de l'étrangler. Mais il n'aurait pas pu faire ça devant sa femme et son enfant. De plus, c'était en pleine rue et Al avec une aversion pour la prison d'État et pour la chaise électrique. Oswald l'avait dévisagé et lui avait demandé ce qu'il regardait. Quand Al lui avait répondu qu'il ne regardait rien du tout, Oswald lui avait demandé de s'occuper de ses fesses. Pour Al, Oswald n'était rien qu'un petit avorton qui brutalisait son épouse et attendait de se faire une place dans l'histoire.

Al n'avait jamais cru aux théories du complot sur l'assassinat de Kennedy. Elles avaient été inventées pour trouver du sens à cet assassinat. Jake lui demanda pourquoi il n'avait pas assassiné Oswald quand il avait su qu'il était malade. Al lui répondit que pour cela il aurait dû être sûr à 100 % de le tuer. Et à ce moment-là, comme Oswald avait dit qu'il était un bouc émissaire, Al voulait être sûr que c'était un mensonge. Al avait pris des notes et les donna à Jake. Il voulait qu'il les bûche comme une bête. Ses notes se trouvaient sur un gros carnet bleu. Dedans, il y avait l'emploi du temps d'Oswald ainsi que toutes les preuves accumulées contre lui. Al voulait que Jake arrête ce petit salaud en avril 1963, plus de six mois avant la venue de Kennedy à Dallas. Parce que c'est en avril que quelqu'un avait tenté d'assassiner le général Edwin Walker. Général qui avait été déposé en 1961 par Kennedy en personne. Ce général distribuait de la littérature ségrégationniste à ses troupes et leur ordonnait de lire ces saloperies. Al pensait qu’Oswald avait essayé de tuer Walker. Al aurait volontiers échangé Walker contre Kennedy. Jake lui demanda si en confirmant la responsabilité d'Oswald dans la tentative d'assassinat contre le général Walker, il aurait éliminé les doutes qui lui restaient. Al le lui confirma.

5

Jake demanda à Al combien de temps il avait pour se décider. Il devait donner sa réponse avant le 1er juillet car après cette date le bail serait terminé. Al donna une clé à Jake. C'était celle de la caravane. Au cas où il aurait passé l'arme à gauche. Il dit à Jake que si un jour il avait désiré changer le monde, c'était sa chance. De sauver Kennedy. Son frère. Martin Luther King. D'empêcher les émeutes raciales. Empêcher le Vietnam, peut-être.

Albert avait encore choses à dire à Jake. Il devait lui parler de Carolyn Poulin et d’Andy Cullum.

6

Albert raconta à Jake qu'après avoir découvert l'entrée du terrier, il s'était contenté dans un premier temps de l'utiliser pour aller acheter des provisions, faire quelques paris chez un bookmaker et se constituer sa cagnotte de billets de 50 d'époque. Il prenait aussi les mardis et mercredis pour s'échapper vers le lac Sebago qui regorgeait de poissons savoureux. Le plus hallucinant dans tout ça, c'était de descendre cet escalier en pleine tempête de nord-est au mois de janvier et d'émerger en plein soleil de septembre. Quand le choc avait commencé à s'atténuer, Al s'était mis à réfléchir. Alors elle s'était demandée si on pouvait changer le passé. Il avait gravé avec son canif «Al T. 2007 » sur un arbre près de la cabane où il logeait. En revenant dans le présent, l'arbre était toujours là et les mots qu'il avait sculptés aussi.

À ce moment-là, il avait commencé à penser à l'effet papillon.

Le 15 novembre 1958, une fillette de 12 ans, Carolyn Poulin était allée à la chasse avec son père. Un chasseur, la confondant avec un cerf, lui tira dessus.

Carolyn avait pu terminer ses études. Elle était devenue expert-comptable. Malgré son handicap, elle était complètement autonome et en bonne forme physique. Alors, Al avait décidé de la sauver. En guise de test. Il était resté deux mois dans sa cabine du lac Sebago en disant au propriétaire qu'il venait de toucher un peu d'argent suite à la mort de son oncle. Le 15 novembre 1958, il s'occupa de  Cullum, le chasseur qui avait tiré sur Carolyn. Il était parti de sa cabane avec beaucoup d'avance mais malgré cela il eut affaire à une suite de malchances. Sa Chevrolet de location avait un pneu à plat et la roue de secours creva elle aussi. De plus, il fut obligé de donner un pourboire de 20 $ au mécano de service pour qu'il accepte de le dépanner. Après cela le pont qu'il devait traverser s'était effondré. Il dut emprunter un détour. Mais à ce moment-là, un arbre barrait la route et il dut s'arrêter pour le déplacer. Un homme s'arrêta et lui donna un coup de main. C'était Andy Cullum. Compte tenu de tous les ennuis qu’Al avait eus pour arriver à Durham, il pouvait à peine le croire. Après avoir déplacé l'arbre, Al fit semblant d'avoir une crise cardiaque et Cullum l'emmena à l'hôpital plutôt que d'aller chasser. Voilà pourquoi Carolyn n'avait jamais été blessée. Al avait donc réussi. Dès qu'il fut revenu de ce voyage, Al alla vérifier à la bibliothèque municipale pour rechercher l'article sur la remise des diplômes de l'année 1965. Avant, il y avait une photo de Carolyn  pour l'illustrer. Après, il y avait toujours un article sur la remise des diplômes mais cette fois la photo qui l'illustrait était celle d'un garçon car Carolyn avait eu son diplôme en 1964, l'année où elle aurait dû l'obtenir si elle n'avait pas été occupée à se remettre d'une blessure à la colonne vertébrale. Après quoi, Carolyn avait obtenu un doctorat. Il était donc possible de changer le passé mais ce n'était pas aussi facile qu'on pouvait le penser.

Al pensait que quelque chose ne voulait pas que le passé soit changé. Il fallait donc prendre en compte la résistance. Il demanda à Jake de regarder dans le carnet bleu. Dedans, il y avait l'article de 1965 avec le passé inchangé de Carolyn. Jake ne comprenait pas pourquoi. Albert lui expliqua que chaque nouveau passage dans la brèche était une remise à zéro. Tout ce qu'Albert avait fait pour sauver Carolyn avait effacé quand il était retourné voir Oswald. Alors Albert était revenu sauver Carolyn. Mais quand Jake était allé dans le passé, tout avait été effacé. Quand Jake était allé s'offrir une bière racinette, il avait aussi remis Carolyn Poulin en fauteuil roulant.

Chapitre 4.

Jake laissa Al se coucher. Al lui conseilla de lire le carnet bleu et de revenir le lendemain pour en parler. En regardant le drapeau du Texas qu'Al arborait devant sa maison, Jake pensait que c'est le Texas qui allait lui chercher des crosses, vu les difficultés qu'Al avait connues en voulant sauver la vie de Carolyn.

2

En rentrant chez lui, Jake pensa à nouveau à Carolyn. Il avait paralysé cette fille. Il l'avait remise dans un fauteuil roulant. Il se demanda si sauver la vie de Kennedy pouvait vraiment améliorer les choses. Il n'y avait aucune garantie.

3

Jake était en vacances mais il se sentait triste. Et pas seulement parce qu'il avait une décision difficile à prendre. Il avait révélé qu'il était dans la salle des profs en train de lire les devoirs de sa classe d'adultes. Sa femme venait juste de sortir de cure de désintoxication. Il espérait quelle serait la maison quand il se rentrerait. Dans son rêve, il avait placé le devoir d’Harry au sommet de la pile et commencée à le lire.

Jake avait pris l'habitude de photocopier les meilleurs devoirs de ses élèves. Alors il chercha le devoir d’Harry. Il commença à le lire.

4

Jake relut le devoir d'Harry. Il racontait une histoire horrible qui était arrivée à sa famille. Son père alcoolique avait tué sa mère, sa soeur et son frère, le soir d'Halloween 1958. Harry avait survécu parce que pendant que son père commettait ses crimes, Harry était aux toilettes.

5

Jake appela Al à 6:00 du matin. Al était déjà réveillé. Jake voulait lui montrer le devoir d'Harry. Al lui demanda s'il avait pris sa décision. Jake répondit qu'il devait encore une fois faire un voyage dans le passé avant de se décider.

6

Al lut devoir d'Harry deux fois. Il en fut estomaqué. Jake lui avoua qu'il avait pleuré quand il l'avait lu la première fois. Quand Harry était sorti des toilettes, il avait menacé son père avec une carabine à air comprimé, une carabine qui ne pouvait pas-de balles. Mais son père continua d'avancer vers lui avec son marteau. Alors Harry se réfugia dans sa chambre. Son père le rattrapa et lui donna un coup de marteau sur la tête. Harry fut grièvement blessé mais survécut. Un voisin arriva et découvrit le carnage. Il eut la présence d'esprit de se saisir de la pelle à cendres à côté de la cuisinière et assomma le père d'Harry. Al remarqua la date de ce drame. Il ne pouvait pas croire que c'était une coïncidence. Pour Jake ils avaient affaire à une autre ligne de partage des eaux.

Harry n'avait pas pu réussir ses études car il avait mis du temps à se remettre du drame. Pour Al c'était vraiment un gâchis.

Jake savait maintenant qu'il pouvait améliorer la vie d'Harry. Mais pour lui ce n'était pas vraiment la question. Carolyn n'avait jamais été un très bon sujet de test car Al lui avait seulement sauvé les jambes. Ce qu'Al avait fait avec Carolyn c'était un peu comme si un chirurgien guérissait un appendice infecté au lieu de le retirer. Super pour l'appendice, mais même sain, il n'aurait jamais aucune fonction vitale. Pour Jake la famille d'Harry semblait faire un meilleur sujet de test parce qu'au lieu d'une seule fillette paralysée, ils avaient ici quatre personnes assassinées et une cinquième mutilée à vie. Quelqu'un qu'ils connaissaient en plus.

Jake voulait se procurer un meilleur exemple de ce qui peut arriver quand on intervient sur une ligne de partage des eaux. Il avait besoin de vérifier ça avant d'aller interférer avec un événement aussi important que l'assassinat de Kennedy.

Al comprenait.

7

Albert de fer-blanc

Jake. Il l’ouvrit avec une clé qu'il portait autour du cou. Dedans, il y avait une grosse enveloppe en papier kraft. Elle contenait un gros tas de billets. Jake remarqua un billet de 20 $ avec le visage de Grover Cleveland. C'était l'argent qu’Al avait gagné avec ses paris. Il y avait aussi une partie de ses économies. Il avait travaillé comme cuisinier entre les années 1958 et 1962 exactement comme au temps présent. Dans la boîte, il y avait 9000 $. Ça équivalait à 60 000 $ d'aujourd'hui. Dans la boîte, il y avait une carte de sécurité sociale au nom de Georges T. Amberson. Al demanda à Jake de signer cette carte. Dans la boîte il y avait aussi un permis de conduire de l'État du Maine toujours au nom d'Amberson. Ce serait donc l'identité de Jake dans le passé. Il serait né le 22 avril 1923. Albert donna à Jake une carte de fidélité de chez Hertz, une carte d'abonné au gaz de ville, une carte du Diners club et une carte American Express. Al suggéra à Jake d'ouvrir un compte mais de ne pas y déposer plus que 1000 $. Il fallait qu'il garde le plus possible d'argent en espèces et à portée de main. Au cas où il devrait revenir en toute hâte. Les cartes de crédit, c'était seulement des preuves d'identité supplémentaire. En effet, lors du voyage de Jake en 1958, les comptes réels liés à ces cartes avaient été effacés. Al offrit à Jake une feuille de papier sur laquelle se trouvait les résultats sportifs 1958-1963 il fallait que Jake fasse très attention à cette feuille pour qu'elle ne tombe pas en de mauvaises mains. Enfin, Albert offrit à Jake une sacoche car en 1963, les sacs à dos n'étaient utilisés que par les boy-scouts.

Jake demanda ce qu'il devrait faire si on lui demandait comment il gagnait sa vie. Albert lui conseilla de répondre qu'il avait hérité de son vieil oncle, le temps pour lui d'écrire un livre. Mais Jake avait peur et il demanda à Al de l'accompagner jusqu'à la caravane pour son deuxième voyage.

8

Al accompagna Jake jusqu'à la caravane. Il lui promit de lui offrir un café à son retour si ça avait marché. Jake descendit l'escalier.

Deuxième partie : le père du concierge.

Jake emprunta le même chemin que lors de son premier voyage. Carton Jaune le renversa presque en hurlant. Jake le repoussa. Il regretta son geste il lui dit qu'il ne voulait pas le pousser mais qu'il avait eu peur. Alors Carton Jaune lui demanda qui il était. Jake répondit qu'il n'était personne d'important mais que son prénom était George. Carton Jaune le traita d'enculé et lui dit qu'il n'était pas censé être ici. Jake s'apprêtait à aller prendre une bière à la Kennebec quand Carton Jaune lui demanda un dollar. Alors Jake lui donna la pièce de 50 cents. Carton Jaune lui demanda ce qu'il venait faire ici. Jake répondit qu'il avait un travail et lui conseilla d'aller voir les alcooliques anonymes. Mais Carton Jaune lui dit de se casser. Jake remarqua que le carton dans le chapeau de l'ivrogne n'était plus jaune mais orange.

2

Jake traversa la voie ferrée et le même autobus interurbain que la première fois passa en grondant. Le James Dean rockabilly était à son poste devant la porte de la Kennebec et lui balança encore un : «Hé-ho, Daddy-O ! ».

La première fois, Jake avait pris un journal et Frank Anicetti lui avait demandé s'il voulait un soldat à la fontaine. Cette fois, Jake n'avait pas pris de journal et Anicetti lui demanda simplement ce qu'il pouvait faire pour lui. Alors Jake réalisa que si chaque voyage remettait tous les compteurs à zéro, dès qu'on modifiait quelque chose, alors tout devenait possible.

L'idée était à la fois libératrice et effrayante.

Jake commanda une bière et à nouveau Anicetti junior arriva. Mais cette fois Jake se présenta sous le nom de George Amberson en provenance du Wisconsin et Anicetti lui demanda s'il voyageait pour affaires ou pour son plaisir.

Jake était surpris car cette scène ne cessait de s'éloigner du script original et d'y revenir.

Cette fois, Jake eut envie d'aller aux toilettes après avoir bu sa bière. Mais il dut aller chez Titus pour cela. Anicetti ne lui parla pas de la nouvelle « les gens de l'été » cette fois-ci. Jake pensa avec un certain malaise à ce fameux effet papillon. Jake demanda s'il y avait un bon motel dans le coin et Anicetti senior le reprit en disant qu'il y avait un relais automobile à 10 km, le Tamarack. Au loin, il vit Carton Jaune en train de discuter avec le vendeur du Front- Vert., Il était revenu au script d'origine. Jake prit ça pour un bon signe.

3

Jake passa devant le Jolly White Elephant, un magasin de meubles d'occasion et salua son propriétaire, probablement le beatnik du coin, en levant deux doigts. Le beatnik lui répondit en hochant la tête.

Jake alla chez le garagiste Titus pour soulager son ventre. Il fut surpris par le prix peu élevé des Cadillacs. Après quoi, il sache à une valise dans l'entrepôt de meubles d'occasion.

4

Jake se promena dans la rue commerçante et alla chez le barbier pour se faire couper les cheveux. Devant la boutique du coiffeur, il y avait une affiche électorale pour le démocrate Edmund Muskie. Jake entra en disant qu'il avait toujours voté pour les démocrates ce qui fit rire le propriétaire du magasin Harold qui se présenta comme républicain.

Harold lui coupa les cheveux pour 40 cents.

5

Jake déposa 1000 $ à la Hometown Trust. Le directeur adjoint lui proposa d'ouvrir un compte d'épargne. Jake refusa poliment. La caissière lui fournit une cinquantaine de chèques avec un porte-chèques. Jake vit que les employés enregistraient les transactions à la plume et l'huile de coude. Il se dit que vivre dans le passé, c'était un peu comme vivre sous l'eau et respirer avec un tuba.

6

Jake fit l'acquisition des vêtements recommandés par Al chez Mason’s Menswear. Jake retourna au Jolly White Elephant pour récupérer sa valise. Le vendeur lui dit qu'il avait une drôle de façon de faire ses courses. Et Jake lui répondit que c'était un drôle de vieux monde. Cela fit sourire le vendeur qui lui proposa de glisser sa paume sur la sienne.

7

Jake entra dans une cabine téléphonique pour appeler un taxi. Au moment de chercher de la monnaie dans sa poche, il se rendit compte qu'il y avait laissé son téléphone portable. Si quelqu'un le voyait, on lui poserait une centaine de questions auxquelles il ne pourrait pas prendre. Alors il rangea son téléphone dans la sacoche.

La pièce qu'il glissa dans la fente de l'appareil retomba car c'était une pièce de 2002. Alors il fouilla sa monnaie et trouva une pièce de 1953. Une pensée lui fit froid dans le dos. Si sa pièce de 2002 était restée coincée dans la gorge du téléphone au lieu de tomber directement dans le retour de pièces, un employé d'AT & T. aurait pu le trouver. Il l'aurait montrée autour de lui et il y aurait peut-être même eu un entrefilet dans le journal à ce sujet.

Jake se promit d'être prudent.

8

en attendant son taxi, Jake regarda les voitures d'occasion de Titus. Il était particulièrement séduit par une Ford décapotable de 1954. Titus lui fit l'article. Alors Jake se présenta sous le nom de George Amberson du Wisconsin. Titus en demandait 350 $. Jake répondit qu'il allait réfléchir. Titus lui conseilla de ne pas traîner car la Ford ne resterait pas longtemps sans bouger. Cette réponse rassura Jake qui se dit que certaines choses ne changeaient pas.

9

Le chauffeur de taxi étaient un gros type coiffé d'une casquette usée assortie d'un badge chauffeur assermenté. Il fumait des Lucky Strike et écoutait la radio.

Jake regarda le paysage défiler. La zone urbaine tentaculaire entre Lisbon Falls et Lewinston n'existait pas encore. Jake vit plus de vaches que d'habitants. Jake arriva au relais automobile qui était bordé d’ormes immenses et majestueux.

10

Jake paya sa chambre en liquide. Il y avait une télé dans sa chambre avec seulement trois chaînes mais seule ABC avait une image claire. Il alluma son portable et bien sûr l'écran afficha « pas de réseau ».

Il se dit que si on le surprenait avec ce téléphone, il pourrait être arrêté par les flics locaux et gardé à vue le temps que quelques-uns des gars de J Edgar Hoover rappliquent de Washington pour le cuisiner.

Jake glissa toutes ses pièces du futur dans une enveloppe. Il sortit pour se promener dans le champ. C'était calme et silencieux. Jake alla jusqu'à l'étang pour y plonger son téléphone portable ainsi que l'enveloppe contenant les pièces du futur.

Chapitre 6

1

Le lendemain, Jake prit un taxi pour retourner chez Titus pour acheter la Ford. Titus prétendit ne pas pouvoir vendre la Ford à moins de 350 $. Alors Jake lui proposa de choisir entre un chèque de 350 $ ou 300 $ en liquide. Titus choisit les billets. Avec 15 $ de plus, il rajouta une vignette autocollante et une plaque valable 14 jours.

Jake partit pour Derry avec sa Ford. Il se sentait bien jusqu'à ce qu'il voit Derry.

2

Quelque chose allait mal dans cette ville et Jake le sut dès le début. Ou vous il trouvait que les habitants de Derry ressemblaient plus aux péquenauds consanguins de Délivrance qu'à des agriculteurs du Maine. C'était la ville où Harry avait grandi et Jake la détesta au premier regard.

L'écriteau du drugstore résumait l'impression que Derry causa à Jake. L'écriteau disait : « le vol à l'étalage n'est ni « extra » ni «bath » ni « chouette » ! Voler à l'étalage est un crime passible de poursuites ! Et je poursuivrai en justice ! Norbert Keene. Propriétaire ».

Malgré cela, Jake entra et salua Norbert Keene qui ne répondit pas à son salut. Un employé avec 1 m ruban autour du cou s'approcha. Jake acheta un chapeau en paille. L'employé lui demanda d'où il venait. Alors Jake répondit qu'il s'appelait Amberson et qu'il travaillait dans l'immobilier, de passage à Derry pour retrouver un ancien copain d'armée. Le copain en question s'appelait Dunning (le père d'Harry). L'employé ne lui donna aucune information et paru distant. Alors Jake lui demanda quel était le meilleur hôtel de la ville. L'employé répondit que c'était le Derry Town House. À Derry, le soir semblait toujours tomber de bonne heure.

Jake entra dans un bar et demanda aux ouvriers ce qu'il y avait comme bière à la pression. Pendant un moment, aucun d’eux ne lui répondit. Puis, un des ouvriers qui ne portaient pas de bretelles lui conseilla une Bud et Mick. Jake prétendit encore venir du Wisconsin de passage à Derry pour chercher un ancien copain de l'armée. L'ouvrier sans bretelles lui dit que Derry était remplie de Dunning. Il lui conseilla de prendre sa Ford pour monter en haut de la côte pour trouver des bons troquets car le bar où il était été réservé aux prolos.

Jake était dégoûté par la froideur des habitants de Derry et il avait envie de renoncer mais il était la dernière cartouche de trappeurs pour Al.

Jake prit une chambre d'hôtel. Son séjour à Derry avait commencé.

3

Jake consulta l'annuaire du téléphone. Il y avait en effet beaucoup de Dunning à Derry. Après avoir mangé, Jake prit une bière au comptoir de l'hôtel. Il discuta avec le barman dans l'espoir d'avoir des informations. Le jeune homme n'avait pas la froideur des habitants de Derry. Le barman lui demanda d'où il venait et Jake sortit le refrain habituel. Le barman comptait se tirer de Derry à la fin du mois dans un endroit un peu plus ouvert. Jake offrit une bière au barman pour lui prouver que les gens du Wisconsin étaient plus chaleureux que ceux de Derry. Mais le barman ne buvait jamais d'alcools en travaillant alors il accepta volontiers un coca. Le barman venait de Fork Kent, une petite ville sympathique. Il était descendu vers le sud pour chercher fortune. Mais il trouvait que ça puait à Derry. Il n'y avait pas grand monde dans cet hôtel. Les gens huppés se sifflaient leur alcool à la maison. Il baissa la voix pour dire à Jake qu'il y avait eu des meurtres, une dizaine. Des enfants. Jake pensa que la présence d'un tueur d'enfants pouvait expliquer en grande partie l'ombre qu'il sentait planer depuis son arrivée à Derry. Un petit garçon nommé George avait été tué près d'une bouche d'égout par un type déguisé en clown. Il y avait un client dans le bar qui paya sa consommation et s'en alla. Le barman pensait que si ça continuait, ce bled allait devenir une ville fantôme.

Le barman évoqua l'assassinat du petit Dorsey Corcoran par son père à coups de masse. Jake voulut savoir si Corcoran n'avait pas tué d'autres gosses. Il y avait un frère aîné dans cette famille de tordus, Eddie. Il avait disparu en juin dernier. Le barman s'appelait Fred Toomey. Il conseilla à Jake d'éviter de parler aux enfants.

4

Jake entra dans sa chambre en supposant qu'il pourrait changer juste assez les choses, au cours de ces sept prochaines semaines, pour que le père d'Harry tue son fils au lieu de le laisser boîteux et un peu demeuré. Il se dit que ça n'arriverait pas et qu'il ferait en sorte que ça n'arrive pas.

5

Le lendemain matin, Jake prit le petit déjeuner au restaurant. Un client avait abandonné sur la table un quotidien local. Jake y chercha des informations sur les enfants Dunning. Il n’en trouva pas.

Il compta 96 Dunning dans l'annuaire. Il se rendit compte qu'il avait été conditionné par une société où l'Internet était omniprésent. Il en était devenu dépendant. Alors il repensa à un de ses professeurs de sociologie qui disait : « quand tout le reste a échoué, laissez tomber et aller à la bibliothèque ». C'est ce que fit Jake.

6

Dans l'après-midi, Jake alla regarder la bouche d'égout où George Denbrough avait perdu son bras et sa vie. Jake était désespéré et commençait à ressentir ce qu'Al avait senti : quelque chose s'acharnait contre lui.

Il alla à la bibliothèque dans l'espoir de consulter le registre de recensement. Le dernier recensement remontait à huit ans et trois des quatre aux enfants Dunning devait y figurer. Mais il ne trouva pas le registre de recensement. Mirs Starrett, la sympathique bibliothécaire, lui avait dit que ces documents avaient leur place à la bibliothèque mais que le conseil municipal avait décidé de les garder à l'hôtel de ville.

Jake se rendit à la mairie. Il demanda à Marcia Gay, la secrétaire, lui annonça que le registre avait disparu à cause des pluies diluviennes. Alors Jake ressentit ce qu'Albert avait dû ressentir en essayant de sauver Carolyn : il était dans une sorte de prison aux parois flexibles. Pour ne pas se faire remarquer, Jake quitta l'hôtel et décida de louer une chambre. Il entendit un air de Glenn Miller «In the mood ».

7

La musique provenait d'une aire de pique-nique. Un couple dansait près d'un tourne-disques. Jake les regarda, à la fois impressionné émerveillé. Il avait l'impression d'avoir brièvement aperçu la véritable mécanique de l'univers.

Il avait rencontré son excellent femme Christy dans un cours de swing à Lewiston et « In the mood » était un des airs sur lesquels ils avaient appris à danser. Ils avaient obtenu le quatrième prix du concours de danse de Nouvelle-Angleterre. Pour lui, ce qu'il était en train de voir n'était pas une coïncidence. Quand le couple d'adolescents remarqua la présence de Jake, il ne s'était pas refermé. Au contraire, leurs visages avaient gardé une expression avenante, pleines de curiosité et d'intérêt. Le garçon s'appelait Richie et la fille Beverly. Jake se présenta sous le nom de George Amberson. Ils remarquèrent que Jake n'était pas de Derry. Ils lui dirent que les gens d'ici étaient inquiets pour les gosses. Mais quand les meurtres s'enchaînaient, il n'y en avait pas un qui avait moufté. Beverly demanda à Jake s'ils le connaissaient. Richie lui demanda s'il cherchait quelque chose. Jake acquiesça et leur demanda comment ils savaient qu'il n'était pas dangereux. Ils ne semblaient pas effrayés par l'étrangeté de Jake. Au contraire, ça les fascinait. Richie lui répondit que ça se voyait qu'il n'était pas dangereux. Alors Jake évoqua la mort de Dorsey et ils grimacèrent. Beverly chuchota à l'oreille de Richie. Alors Jake se jeta à lots. C'étaient eux qu'il attendait. Il le savait.

Il leur demanda s'ils connaissaient des enfants du nom de Dunning. Beverly lui répondit qu'ils les connaissaient puisqu'ils allaient au lycée avec eux. Ils s'entraînaient à danser avec eux.

Ils savaient où ils habitaient mais ils ne voulurent pas le dire à Jake. Alors Jake leur dit qu'il y avait de fortes chances que Tugga ne monte jamais sur scène sauf si quelqu'un veillait sur lui. Et sur ses frères et sa soeur aussi. Alors ils lui dirent ou habitaient les Dunning. Jake se demanda ce que ces enfants allaient colporter de leur curieuse conversation.

Beverly connaissait le père d'Harry et elle prétendait qu'il était gentil et faisait des blagues. Mais Jake lui dit que les clowns aussi faisaient des blagues. Cela fit sursauter les enfants. Beverly lui demanda s'il connaissait la tortue. Et comme il ne savait pas elle lui dit que M. Duning était un homme vraiment gentil. Jake leur dit qu'il serait à Derry pendant quelque temps et qu'il valait mieux qu'il n'attire pas trop l'attention. Il leur demanda de rester discret sur ce qui venait de se passer. Ils savaient garder un secret. Richie lui dit que ça avait été chouette de lui parler. Il lui conseilla de faire attention à Derry. Même si c'était mieux que ça avait été, pour Richie ce ne serait jamais vraiment impec.

Avant de partir, Jake leur montra comment ils pouvaient améliorer leur danse. Le platine 78 tours pouvait être ralenti à 45-tours, ce qui permettait de ralentir la musique et d'avoir plus de temps pour apprendre les pas. En les regardant danser, Jake se sentit heureux pour la première fois depuis son arrivée à Derry.

8

Jake se rendit à Kossuth Street, l'adresse de la famille Duning. Il se rendit dans une station-service pour trouver une carte et s'acheter le Daily News. Kossuth Street ressemblait à une scène extérieure dans une vieille sitcom un peu floue. Jake regarda une femme qui lavait sa voiture tandis que ses filles jouaient à la corde à sauter. Jake évita les filles soigneusement des qu'il vit la femme interrompre sa tâche en le regardant. Plus loin, il y avait un centre aéré à vendre. À côté, se trouvait la maison des Dunning. La petite Ellen remontait l'allée goudronnée de sa maison sur un petit vélo à roulettes. Elle chantait. Sa mère l'appela pour lui proposer de manger un cookie. Harry suivi sa soeur. Maintenant que Jake les avait vus, des gens réels vivant leur vie réelle, il semblait n'y avoir aucun autre choix possible que de changer le cours des choses.

Chapitre 7

1

Jake passa sept semaines à Derry. Il en était venu à haïr et à craindre cette ville. Il en était venu à croire que l'ombre ne quittait jamais complètement cette ville avec ses étranges bas-fonds en guise de centre.

C'était un sentiment d'échec imminent qui lui faisait le détester. Malgré l'oppression qu'il ressentait, il ne voulait pas partir maintenant qu'il avait vu le Harry d'avant la patte folle avec son sourire d'innocent.

Si Jake laissait le drame se produire, il ne voyait pas comment il pourrait se supporter ensuite. Il resta donc même si ce ne fut pas facile. Et chaque fois qu'il pensait qu'il lui faudrait en repasser par là, à Dallas, son esprit menaçait de se figer.

2

Pour son deuxième jour à Derry, Jake descendit au marché central. Cela lui permit de passer inaperçu parmi la foule. Il alla dans un magasin pour s'acheter des chemises et des pantalons ainsi que des bottes de chantier. Il acheta aussi des fruits et des légumes. Il se demanda quel métier pouvait bien faire le père d'Harry. Il vit que le père d'Harry était boucher. Parfois, la vie nous sert des coïncidences qu'aucun écrivain de fiction n'oserait copier.

Frank Duning faisait rire les clientes. La ressemblance avec Harry était frappante au point d'en être troublante. Il avait un charme ravageur. Rien d'étonnant à ce que ces dames soient tout émoustillées.

Rien d'étonnant à ce que Beverly trouve que ce type était le mec le plus ultra. Frank Dunning était un charmeur et il le savait.

Il y avait un magasin légèrement moins cher que celui de Frank Dunning mais la gent féminine de Derry préférait dépenser la paye du mari au marché central, maintenant Jake savait pourquoi. Dunning était beau.

Jake le vice faire son numéro de charme devant les clientes. Malgré cela, Jake trouva qu'il avait un regard froid. Lorsque Dunning s'était entretenu avec son harem fasciné, ses yeux avaient été bleus. Mais quand il avait tourné son regard sur un Jake, ce dernier aurait juré qu'ils étaient devenus gris.

3

Jake sortit du marché à 17:20 et se rendit dans un café restaurant pour déjeuner. Après quoi, il s'assit sur un banc en attendant la fermeture du marché central. Il vit sortir Dunning qui marcha jusqu'à l'arrêt de bus. Dunning monta dans le bus. Jake se rendit à la station suivante pour monter dans le bus. Jake vit que Frank Dunning avait troqué son uniforme de boucher contre un pantalon gris sur mesure, une chemise blanche et une cravate bleue. Il était ultra chic. Jake vit Dunning descendre du bus. Il remarqua sa démarche souple et sa musculature. Il comprit que la femme de Dunning et ses enfants n'avaient aucune chance de se défendre contre lui.

Jake vit que Dunning habitait dans une pension de famille. L'homme gentil n'habite plus à la maison avait dit Richie. Jake se demanda ce que Dunning avait pu raconter aux habitants de la pension pour justifier sa séparation d'avec sa famille. Mais en Amérique, où l'apparence passe toujours pour la substance, les gens croient toujours des types comme Frank Dunning.

4

Le mardi suivant, Jake loua un appartement et emménagea dès le lendemain. Il était à Derry depuis une semaine. Jake trouva le loyer un peu cher car l'appartement était situé juste en dessous de la trajectoire de vol des avions atterrissant à l'aéroport de Derry mais sa logeuse Mrs Joplin était disposée à fermer les yeux sur le manque de référence de George Amberson. Il avait payé trois mois de loyer en liquide par avance. Jake était reconnaissant à Al de lui avoir remis beaucoup d'argent liquide car le liquide rassurait les inconnus.

Il compléta son mobilier et acheta une télé. Il s'était acheté un carnet. Il prit quelques notes pour préparer ce qu'il comptait faire contre le Dunning. Comme ses notes se terminaient par la volonté d'assassiner Dunning, il arracha la feuille du carnet pour la brûler.

5

Jake se disait qu'il serait inutile d'appeler la police pour dénoncer la violence de Dunning. Dunning était une figure appréciée et respectée dans son milieu. Jake pensait aussi qu'il pouvait donner un appel anonyme à Dunning mais cela risquait de précipiter le drame. Au lieu de prévenir les meurtres, peut-être que Jake ne ferait que les précipiter. En le renversant avec sa voiture, Jake risquait de se faire arrêter et incarcérer. De plus, si Dunning n'était que blessé il pourrait tenter de recommencer. Le seul moyen sûr était de le suivre, d'attendre qu'il soit seul puis de le tuer. Mais si Jake se faisait prendre il serait envoyé en prison ou il croupirait le jour où Kennedy serait assassiné à Dallas.

De plus, Jake devait sur à 100 % que Dunning était bien l'assassin. Même si Harry n'était pas le genre de personnes a essayé de faire passer des fantasmes, comme le meurtre d'une famille entière, pour la réalité, Jake devait vérifier l'histoire d'Harry. Harry avait peut-être oublié de mentionner des détails cruciaux, autant d'éléments qui pouvaient conduire Jake à l'erreur. Il pensa qu'il pouvait observer la situation, le soir d'Halloween mais s'il laissait le drame s'accomplir il serait obligé de retourner à Derry une deuxième fois et ce serait pire.

Le lendemain, au réveil, Jake pensait savoir ce qu'il avait à faire. Faire simple.

6

Il alla au magasin chasse et pêche Macken pour s'acheter un revolver en prétendant qu'il était dans l'immobilier et qu'il lui arrivait de transporter de grosses sommes d'argent en liquide.

Jake put acheter cette arme sans montrer ses papiers ni même donner son adresse courante, on était en 1958.

En sortant du magasin, Jake remarqua qu'un ouvrier semblait le surveiller, c'était celui qui n'avait pas de bretelles.

7

Ce soir-là, Jake se remit en faction pour surveiller la sortie de Dunning. Mais cette fois-là, il ne le suivit pas jusqu'à chez lui. Pas-de-bretelles n'était pas dans les parages à le surveiller. C'était peut-être une coïncidence.

Le lendemain soir, Jake retourna au Strand (le cinéma local) qui affichait Thunder Road avec Robert Mitchum. Halloween était encore à six semaines de là et Jake essayait de tuer le temps. Cette fois, Frank Dunning ne prit pas le bus. Il s'éloignait en direction de Canal Street en sifflotant. Jake le suivit. Il vit entrer au Lamplighter, un bistrot moins populo que ceux de Canal Street. Dans toutes les petites villes, il y avait un ou deux bistrots-frontières ou cols bleus et cols blancs pouvaient frayer en égaux.

Dunning traversa la salle en saluant les uns et les autres. Jake entra dans le bistrot.

8

Jake commanda deux bières et une portion de miettes de homard frit. Charles Frati se présenta à lui. Jake accepta sa poignée de main en se présentant sous le nom de George Amberson. Charles lui dit qu'il n'avait personne comme Frank Dunning pour mettre de l'ambiance. C'était le gars qui racontait les blagues. Tout le monde l'adorait. Charles essaya de faire parler Jake qui avait encore sorti son couplet sur l'immobilier. Charles prétendit avoir une assez bonne idée de ce que Jake manigançait. Charles croyait savoir que Jake préparait l'implantation d'un centre commercial. Alors Charles lui donna sa carte car il possédait un terrain à vendre. Charles possédait la moitié des relais automobiles de cette ville ainsi que le ciné-parc et deux salles de cinéma, une banque et tous les monts-de-piété de l'Est et du centre du Maine. Jake voulut savoir pourquoi personne ne lui proposait à boire. Charles répondit que c'était parce qu'il était juif. Jake répondit qu'il ne voyait pas la différence. Cela fit rire Charles.

Charles parla de Frank Dunning. Il dit qu'autrefois Dunning buvait avec les autres jusqu'à la fermeture du bistrot et après ils allaient jouer au poker jusqu'à l'aube. Mais ces jours-ci, Dunning ne s'accordait qu'une bière ou deux.

Charles pensait que les comiques avaient un côté diabolique. Charles avait connu Dunning au lycée. À cette époque, Dunning piquait des colères et recevait des avertissements. C'était déjà un bagarreur. Il aurait dû aller à l'université du Maine mais il avait mis une fille enceinte et avait obligé de se marier. Mais au bout d'un an ou deux, la fille avait pris son bébé sous le bras et elle était partie.

Jake était tombé sur une mine d'or. Charles lui fournit d'autres informations sur Dunning. Après le départ de sa femme, Dunning étudia pour obtenir un diplôme de Boucher. Mais à cause de l'alcool, il commença à avoir des problèmes. M. Vollander, le propriétaire du marché central, lui fit un bon serment. Jake offrit une bière à Charles. Vollander disait que Frank était le meilleur apprenti boucher qui l'ait jamais eu mais menaça de le virer s'il continuait à déclencher la bagarre et à s'attirer les ennuis avec les flics.

Dunning avait divorcé de sa première femme pour abandon du foyer conjugal et il se remaria vite fait.

Vous vous vous vous Doris, sa deuxième femme, l'avait quitté parce que Dunning la frappait.

Dunning quitta ses amis et dits à Charles avant de sortir de ne pas se salir le blair car il était trop long pour ça.

9

Jake passa la majeure partie du week-end à prendre des notes sur ce qu'il avait vu et prévu de faire à Derry. Le lundi, il s'acheta une machine à écrire portative chez Charles.

Le monts-de-piété de Charles arboraient le même sirène de Charles avaient tatoué sur l'épaule. Jake demanda au vendeur de faire savoir à Charles qu'il était passé.

Jake put étoffer ses notes grâce à la machine à écrire.

10

Jake prit ses dispositions pour se faire livrer le journal et le lait. Il lut les notes d'Al sur Oswald. Il finit par en connaître de long passage par coeur. Il se rendit à la bibliothèque pour s'informer sur les meurtres et les disparitions qui avaient empoisonné Derry dans les années 1957 et 1958. Il trouva aucun article sur les sautes du beurre de Dunning. En revanche, il trouva un article sur lui daté de 1955. Dunning avait offert 10 % des bénéfices de son magasin à la Croix-Rouge pour l'aide aux populations sinistrées après le passage sur la côte est des ouragans Connie et Diane qui avaient tué 200 personnes et causé de vastes inondations en Nouvelle-Angleterre.

L'article était illustré d'une photo où l'on voyait Harry remettant un chèque géant au responsable régional de la Croix-Rouge.

Jake continuera de suivre Dunning. Il loua une Chevrolet pour ce faire.

Le premier samedi après-midi, Dunning s'était rendu à un marché aux puces à bord d'une Pontiac. Le dimanche suivant, il était passé dans son ancienne maison pour emmener ses enfants à une double séance Disney. Le samedi suivant, Dunning emmena ses enfants assister au match de football à l'université du Maine. Après quoi, il emmena ses enfants manger dans un restaurant et les raccompagna chez eux au crépuscule.

Dunning semblait vouloir reconquérir sa femme, en vain. Tout ça était intéressant et révélateur de leurs relations mais sans grande utilité pour Jake.

Pour ne pas se faire repérer, Jake avait décidé de se limiter à deux passages de reconnaissance le dimanche. Lors du second passage, il vit Dunning qui se dirigeait à pied vers le centre-ville.

Jake vit que Dunning se rendait au cimetière de Longview. Dunning acheta des fleurs. Jake vit que Dunning déposait les fleurs sur deux tombes contiguës. Jake supposa que c'était les tombes de ses parents. Jake avait ce qu'il voulait.

Chapitre 8

1

Dans les semaines précédant Halloween, Georges Amberson inspecta pratiquement tous les terrains situés en zone commerciale de Derry et des environs. Jake voulait habituer les habitants à la vue de sa voiture. Quand les gens lui demandaient ce qu'il cherchait, il leur répondait d'un clin d'oeil et d'un sourire. Il commença à s'habituer à la géographie verbale de 1958. « La guerre » signifiait la seconde guerre mondiale et « le conflit » signifiait la guerre de Corée. Les gens s'inquiétaient de la Russie mais pas trop. Ils s'inquiétaient de la délinquance juvénile, mais pas trop.

À cette époque, lorsqu'on marchandait avec quelqu'un, ça ne pose absolument qu'un problème de lui dire qu'il « faisait le juif » (s'il essayait de vous entuber). Les confiseries pour enfants comprenaient des roudoudous, des biberons de bonbons et des bébés noirs en gélatine. Dans le sud, le régime ségrégationniste sévissait. Jake visita la défunte aciérie peu de temps après avoir parlé avec Charles. À force de sillonner Derry, Jake prit l'habitude que les gens se montraient aimables mais jamais amicaux à l'exception de Charles. Il pensait que c'était une coïncidence de rencontrer un type sympathique. Assurément, il n'avait pas la moindre idée qu'un certain Bill Turcotte avait mis Charles dans le coup. Bill, alias Pas-de-bretelles.

2

Jake pensait que Derry avait quelque chose d'anormal. Il avait même commencé à mettre en doute la certitude de Beverly selon laquelle les mauvais jours et étaient révolus pour Derry. Un jour, il vit un Jésus grossièrement sculpté descendre le canal au fil de l'eau et disparaître dans le tunnel passant sous Canal Street. Il mesurait 1 m de long. On distinguait ses dents entre ses lèvres écartées en un rictus hargneux. Une couronne d'épines, posé de traviole de façon désinvolte, lui ceignait le front ; des larmes de sang avaient été peintes sous les yeux blancs bizarres de cette chose.

Un après-midi, il vit un homme frapper avec un bâton sur un chien jusqu'à le tuer. Jake était persuadé qu'il y avait quelque chose à l'intérieur de la cheminée d'usine effondrée. Quelque chose qui bougeait et s'affairait.

En voyant cette cheminée, Jacques s'enfuit en toute hâte et ne revint jamais plus dans cette partie de Derry.

3

 

Au cours de la deuxième semaine d'octobre, Jake retourna au centre aéré désaffecté et questionna plusieurs personnes dans la rue pour savoir à quoi ça ressemblait à l'intérieur. L'une de ces personnes était Doris Dunning qui était jolie comme un coeur. Elle se montra polie mais distante. Doris prétendait que le centre avait été fermé pour des raisons budgétaire mais Jake pensait que c'était en rapport avec la série de disparitions d'enfants. Jake la remercia et lui remit une de ses cartes commerciales toutes neuves. Jake envisageait de se cacher dans le centre aéré pour surveiller l'arrivée de Frank Dunning le soir d'Halloween.

4

Jake se rendit dans la rue Wyemore Lane situé immédiatement au sud de Kossuth Street. Jake vit une maison qui permettait de surveiller l'arrière-cour des Dunning.

5

Jake pensait que sa préparation pour Halloween ressemblait aux répétitions d'une pièce de théâtre. Au début, il y avait de l'improvisation, des plaisanteries, du chahut et à la fin quand le grand soir arrivait un des acteurs se précipitait aux toilettes pour vomir ou chier sa trouille. Ça ne ratait jamais.

6

A l'aube du matin d'Halloween, Jake se retrouva sur l'océan. Jake venait de rêver, les mains toujours crispées dans leur effort pour se cramponner au bastingage qu'il avait imaginé.

Il vomit son dîner, son déjeuner et son petit déjeuner de la veille. Cela continua comme ça pendant toute la matinée. Jake pensait que le passé était tenace et qu'il ne voulait pas être changé.

Mais quand Frank Dunning débarquerait ce soir-là, Jake serait présent même si ça devait le tuer.

7

Jake alla au drugstore pour acheter des médicaments contre ces vomissements et des protections contre l'incontinence. Le pharmacien souriait et cela agaça le Jake. Il lui demanda pourquoi il souriait alors qu'il voyait qu'il avait quelqu'un de malade en face de lui. Le pharmacien prétendit ne pas avoir souri mais il sourit encore quand Jake demanda à utiliser les toilettes du drugstore. Le pharmacien refusa. Jake lui dit qu’il l'était le parfait salaud. Le foutu citoyen type de Derry.

Jake se rendit dans un bar pour soulager son ventre. Dans le bar il y avait Pas-de-bretelles. Mais il avait disparu qu'en Jake sortit des toilettes Jake demanda au barman quel était le nom de son client. Mais le barman prétendit qu'il n'y avait personne. Alors Jake donna cinq dollars au barman. Le barman dit que le client s'appelait Bill Turcotte.

Jake donna encore cinq dollars pour savoir si Bill l'espionnait mais le barman repoussa le billet en prétextant que Bill venait en général pour boire copieusement. En sortant du bar, Jake vit le pharmacien derrière sa vitrine de drugstore, son sourire avait disparu.

8

à 17:20, Jake gara sa voiture sur le terrain de stationnement jouxtant l'église baptiste de Witcham Street. L'estomac et les intestins de Jake semblaient s'être calmés et ses mains ne tremblaient plus. Il emporta son revolver, ses médicaments, ses garnitures pour l'incontinence, des barres chocolatées et un programme télé. Il partit pour Wyemore Lane. Il se posta en faction dans le coin droit du jardin. Son estomac se contracta parce que la prise de conscience brutale venait de débarquer dans toute sa majestueuse gloire. La représentation avait commencé.

Bill Turcotte arriva et menaça Jake d'une baïonnette. Il avait probablement tout de suite sut de quelle Dunning Jake parlait la première fois qu'il l'avait vu au bistrot. Bill prit le sac de Jake. Il en retira le revolver. Jake lui demanda depuis quand il le suivait et pour qu'elle raison. Bill répondit qu'il avait deviné ce que Jake comptait faire. Il n'avait jamais cru que Jake était un agent immobilier. Jake lui répondit que Dunning avait dû le rendre un fameux service pour que Bill devienne son ange gardien. Alors Bill lui dit que Dunning avait tué sa petite soeur et que si quelqu'un devait lui coller une balle ce serait lui.

9

Jake en resta bouche bée. Jake se rappela ce que Charles lui avait dit. Dunning avait mis une fille enceinte. Au bout d'un an, la fille avait pris son bébé sous le bras et était partie. La première femme de Dunning était la soeur de Bill. Mais c'est ce que croyaient la plupart des gens en vie. Mais Bill ne croyait pas que sa soeur était partie parce qu'il était très proche d'elle et elle ne lui avait jamais écrit depuis son soi-disant départ de chez son ex-mari. Jake vit que Bill avait lui aussi attrapé le virus local. Bill grimaçait. Il savait que Dunning frappait sa soeur et son neveu. Jake pensait que le dîner était servi dans la maison Dunning. Il demanda à Bill s'il pensait que Dunning avait tué sa soeur et son neveu. Bill acquiesça. Alors Jake lui dit que Dunning avait probablement tué sa femme et son enfant et les avait enterrés dans un bois. Après quoi il avait dû aller à la police pour dire que sa femme et son fils avait disparu. Jake compatissait à la perte de Bill. Mais Bill a parlé d'un crime ancien alors que Jake voulait empêcher de se produire un crime dans moins de 2 heures.

Bill lui raconta qu'un jour il avait vu Charles Frati se faire courser par Dunning avec d'autres types. Ils avaient mis le pauvre Charles dans un ravin. Ils l'avaient frappé. Alors Bill avait prévenu l'équipe de football du lycée pour laquelle il travaillait. L'équipe de football avait joliment rossé quelques-uns de ces types mais pas Frank Dunning, lequel s'était sauvé dans les bois. Mais alors l'équipe de football réalisa qu'elle venait de sauver la vie d'un juif. Un membre de l'équipe balança une blague antisémite et les autres s'esclaffèrent. Charles avait remercié Bill. Charles n'oublia jamais la dette qu'il avait envers lui. Voilà pourquoi Bill avait demandé à Charles ce qu'il savait sur Jake. Mais Bill ne voulait pas que quelqu'un d'autre que lui se frotte à Frank Dunning.

Bill demanda à Jake ce qu'il voulait faire avec Dunning. Alors Jake lui répondit qu'il savait que Dunning allait recommencer. Il expliqua que Dunning comptait tuer toute sa famille. Bill lui demanda comment il pouvait savoir ça. Jake lui répondit qu'il n'avait pas le temps de lui expliquer et qu'il était là pour arrêter Dunning. Il demanda à Bill son revolver. Mais Bill refusa. Il voulait que Dunning aille en prison et pour cela il devait empêcher Jake de l'arrêter.

10

Jake regarda avec horreur les aiguilles de sa montre avancer. Il essaya de raisonner Bill mais en vain. Il était 19:50. Alors, Jake dit à Bill qu'il était un lâche. Il lui dit que si pour lui la meilleure des vengeances était de voir Dunning en prison alors c'est qu'il n'avait pas de couilles. Il ajouta que si sa soeur était la, elle lui cracherait à la gueule. Alors Bill se jeta en avant pour amener le canon du revolver contre la poitrine de Jake mais il trébucha sur sa baïonnette. Jake eut le temps d'écarter le revolver mais le coût parti. La balle s'enfonça dans le sol. Jake put récupérer le revolver et il le retourna contre Bill. Quelqu'un dans la rue cria que si les gosses continuaient de faire éclater des pétards il appellerait les flics. Il s'effondra et demanda à Jake d'appeler une ambulance. Mais Jake n'avait plus le temps de s'occuper de lui et il s'en alla.

11

Jake se précipita dans le jardin des Dunning mais il s'étala de tout son long. Il perdit son revolver. C'était le dernier tour joué par le passé tenace. C'était petit, comparé à une grippe intestinale carabinée et à un Bill Turcotte déterminé. Il entendit une voiture approcher. Il savait que c'était celle de Dunning. À ce moment-là, Jake retrouva son revolver et s'en empara. Le revolver glissa car Jake avait les mains moites. Pendant ce temps, Dunning descendait de sa voiture. Jake referma la main sur la crosse et courut vers la porte de derrière. Il entra dans la maison. Il se trouvait dans la cuisine. Il entendit Doris crier.

12

Jake tomba nez à nez avec Harry qui sortait des cabinets. Doris hurla encore. Alors Jake se précipita dans le salon et il vit Frank Dunning qui tenait un énorme marteau servant à abattre les boeufs de boucherie. Il venait de casser le bras de Doris. Ellen tournait autour de son père en tentant de le repousser. Dunning l'empoigna par les cheveux et la jeta loin de lui. Jake hurla à Dunning de s'arrêter. Dunning pleurait. Il se rua sur Jake. Jake S et la balle atteignit l'épaule de Dunning. Dunning se tordit sur lui-même sous l'impact mais il revint à la charge. Jake tira une deuxième fois mais quelqu'un le bouscula au même moment et il rata son coup. Harry venait de pousser Jake. Il tenait sa carabine jouet. L'enfant ordonna à son père d'arrêter ou il le tuerait.

Dunning a bâti sa masse sur la tête d'Arthur. Jake tira pour la troisième fois. La balle déchira la joue droite de Dunning. Dunning s'élança sur lui et Jake perdit son revolver. Jake hurla aux enfants de s'en aller. Dunning enfonça sa masse dans le mur. Harry frappa son père avec sa carabine jouet. Troy et Ellen voulurent sortirent de la maison mais leur père les en empêcha.

Jake ordonna Harry de s'en aller lui aussi. À ce moment-là, Bill entra et enfonça sa baïonnette dans la poitrine de Dunning.

13

Dunning s'effondra. Tout le monde criait. Jake promit à Doris de faire mieux la prochaine fois mais s'il devait y avoir une prochaine fois, il lui fallait filer d'ici au plus vite, incognito.

Jake serra la main de Bill qui lui dit : « qui c'est le lâche, maintenant, Anmberson ? ».

Jake lui répondit qu'il était devenu un héros et que sa soeur serait fiée de lui.

14

Jake attrapa une serviette dans les toilettes et nettoya son visage. Harry lui demanda qui il était. Jake répondit qu'il n'était personne. Puis il se ravisa et il dit à l'enfant qu'il était son ange gardien.

Jake s'en alla par la porte de derrière.

15

dans la rue, quelqu'un lui demanda ce qui se passait. Jake répondit qu'il avait entendu des enfants-des fusées et des pétards. Arrivé dans une rue tranquille, Jake s'arrêta pour s'asseoir et se reposer.

Il se murmura à lui-même : « je l'ai fait, Al ». Il se demanda ce qu'il venait de transformer et comment serait l'année 2011.

Jake prit l'autoroute et s'arrêta sur l'aire de repos d'Augusta. Il s'acheta à manger et son mal de tête se calma un peu. Il arriva à Lisbon Falls à minuit passé. Puis il abandonna sa voiture et une partie de ses affaires pour rejoindre l'escalier invisible. Un camion passa sans s'arrêter. Le chauffeur se contenta de lever la main pour saluer Jake. Il n'arriva pas à trouver l'escalier invisible tout de suite. Il commença à se dire que sa vie en tant que Jake Epping ne pourrait être qu'une folle hallucination et qu'il avait toujours été George Amberson.

Mais il ne paniqua pas. Il pensait qu'il pourrait vivre ici assez facilement et peut-être même y être heureux. Sa période de sevrage informatique lui avait permis de prendre suffisamment de recul pour mesurer à quel point il était devenu accro à son foutu ordinateur. Le fait que son téléphone portable ne sonne plus lui avait procuré un grand soulagement.

Il savait qu'il pouvait encore arrêter Oswald même s'il devait en ignorer l'issue finale, il pensait pouvoir vivre avec ça. Alors il entendit la voix d'Al. Et tout d'un coup, Jake se souvint de l'importante part de sa vie qu'Al avait investie dans ce projet. Jake était maintenant tout ce qui lui restait d'espoir. Jake demanda à Al de continuer à lui parler et il se repéra à savoir pour retrouver l'escalier. Jake retrouva Al et l'année 2011.

Troisième partie : vivre dans le passé.

Chapitre 9

1

Jake vit qu’Al avait repris la cigarette. Il en fut stupéfait. Il lui demanda pourquoi il avait recommencé à fumer. Al lui répondit que c'est parce qu'il était nerveux et parce que ce n'avait plus d'importance pour lui maintenant. Al vit la blessure de Jake et lui demanda ce qui s'était passé. Jake le lui expliqua.

2

Al soigna la blessure de Jake. Jake se rendit compte que son voyage n'avait duré que deux minutes alors qu'il était resté 42 jours en 1958. Jake vit que la photo de lui avec Harry lors de la remise des diplômes avait disparu

 

3

A la place, il y avait maintenant une photo d'Al serrant la main de Mike Michaud, député de la deuxième circonscription du Maine. Al dit à Jake qu'il avait décroché la photo d'Harry mais qu'il ne se souvenait pas avoir vu cette photo du député qui n'avait jamais mis les pieds dans sa roulotte. Cette photo était la preuve que l'effet papillon existait. Jake demanda si Al se souvenait d'Harry. Al ne l'avait pas oublié et se souvenait de la raison du départ de Jake en 1958. Il lui demanda s'il avait réussi à sauver toute la famille Dunning. Et Jake répondit qu'il n'avait pas pu sauver Tugga. Jake lui raconterait toute l'histoire mais il avait besoin de se reposer. Il voulut quand même savoir comment Al pouvait se souvenir d'Harry. Al répondit que Jake n'avait pas la certitude qu'Harry n'habitait plus ici et qu'il n'était plus concierge du lycée. Pourtant Jake lui expliqua qu'il avait changé le passé avec l'aide d'un certain Bill Turcotte. Harry ne devait plus être forcé d'aller vivre chez son oncle et sa tante puisque sa mère n'était pas morte. Alors si Harry vivait encore à Lisbon après tout ça, Jake serait le mec le plus surpris de la terre.

Alors Al utilisa Internet pour vérifier. Il consulta le site Internet du lycée. Harry ne faisait pas partie du personnel d'entretien du lycée.

4

Albert expliqua à Jake qu'il y avait le souvenir d'Harry entend que son élève et en tant que concierge du lycée parce qu'il était descendu dans le terrier. Quant à lui, il se souvenait d'Harry soit parce qu'il était descendu dans le terrier lui-même, soit parce qu'il se trouvait à proximité du terrier. Un peu comme Carton Jaune. Jake lui expliqua que Carton Jaune était devenu Carton Orange. Al voulut savoir ce qui s'était passé mais Jake voulait se coucher.

5

Quand Jake démarra sa voiture, son premier réflexe avait été de chercher de la main le petit levier de vitesse coure de la Ford et d'enfoncer du pied son embrayage souple. Lorsque sa main s'était refermée sur le vide et que son pied avait rencontré le tapis de sol, il se mit à rire. Al ne comprenait pas pourquoi et Jake lui dit que ce n'était rien.

Jake était à l'affût du moindre changement dans Main Street mais chaque maison était à sa place. Jake demanda à Al s'il se souvenait de la pancarte signalant une panne d'égout près de l'usine en 1958. Al s’en souvenait. Jake lui demanda si après être revenu de son voyage à Dallas la pancarte y était toujours. Et c'était le cas. Alors Jake se demanda qui mettait quatre ans à réparer une canalisation pétée. Dans une cour d'usine ou des camions allaient et venaient jour et nuit ça semblait impossible. Tous deux se demandèrent qui avaient bien pu mettre la pancarte.

Jake savait que le passé était tenace et qu'il ne voulait pas être changé. Mais il pensait également que la résistance au changement était proportionnelle aux répercussions que tel ou tel acte risquait d'avoir sur le futur.

Al ne comprenait pas ce que Jake voulait dire. Alors il lui expliqua que changer l'avenir de la famille Dunning avait été plus dur que de changer l'avenir de Carolyn Poulin. Parce qu'il y avait plus de personnes impliquées mais surtout parce que dans un cas comme dans l'autre, la petite Poulin aurait vécu. Doris Dunning et ses enfants étaient morts. D'ailleurs, malgré tous ses efforts, Jake n'avait pas réussi à sauver Tugga.

Cela signifiait que Jake n'arriverait peut-être pas à arrêter Oswald. Du moins, pas la première fois. Albert lui expliqua que s’il merdait et qu'il devait tout recommencer, il aurait 45 ans au prochain tour de manège. Il pouvait arriver beaucoup de choses en dix ans, surtout si le passé était contre lui. Jake le savait parce qu'Al avait un cancer du poumon. Albert répondit que c'est parce qu'il avait beaucoup fumé. Jake raccompagna Albert chez lui. Une infirmière attendait Albert et sermonna Jake d'avoir trimbalé son ami comme ça en pleine nuit. L'infirmière s'appelait Doris. Comme Doris Dunning.

6

Jake rentra chez lui. Son chat l'attendait. Après s'être déshabillé, il trouva le sommeil rapidement.

7

Jake avait complètement oublié de mettre le réveil et c'est son chat qui le réveilla à 16 heures 15 pour réclamer à manger. Après avoir mangé, Jake alluma son ordinateur. Il consulta la bibliothèque numérique de Lisbon. Jake s'acquitta des 10 $ pour pouvoir consulter le Lisbon Weekly Enterprise. Il chercha le numéro du 7 novembre 1958. Il apprit que la police était à la recherche d'un mystérieux inconnu. En l'occurrence lui-même. Sa Ford décapotable avait été retrouvée avec les taches de sang. Titus avait identifié la Ford comme celle qu'il avait vendue à un certain George Amberson. Le ton de l'article ému Jake. Il s'agissait simplement d'inquiétude autour de la disparition d'un homme probablement blessé. Le banquier que Jake avait connu en 1958 le décrivait comme un type poli et bien éduqué. Le barbier disait globalement à la même chose. Albert avait gravé son nom dans un arbre. Jake avait gravé le sien dans les pages d'un vieux journal. Il trouva cela impressionnant.

Jake consulta les archives du Daily News de Derry. Cela lui coûta 34,50 $.

L'affaire était mentionnée avec une photo de Bill Turcotte. Turcotte était décrit comme le héros ayant sauvé la famille Dunning. Turcotte était mort peu de temps après d'une crise cardiaque. Jake se demanda comment les flics avaient-ils pu passer à côté de détails aussi flagrants que ceux laissés par Jake. Et aucune allusion à un mystérieux inconnu présent sur les lieux du crime. C'était du Derry tout craché. Jake décrocha son téléphone et composa le numéro des renseignements.

8

Il n'y avait pas de Doris ni de Troy ni de Harold Dunning parmi les abonnés au téléphone de Derry. Mais il y avait une Ellen Dunning et Jake appuya sur la touche 1 pour être mis en relation. Ellen répondit. Elle avait une voix de fumeuse. Jake pensait que c'était une femme dont la voix était l'outil de travail. Jake se présenta sous le nom de George Amberson il lui dit qu'il avait connu son frère Harry et qu'il voulait reprendre contact avec lui. Elle lui demanda s'il l'avait connu à l'armée. Mais Jake prétendit qu'il l’avait connu quand il était enfant. Ellen fut désolée de lui apprendre qu'Harry était mort. Il s'était fait tuer pendant la guerre du Vietnam. Jake s'assit. Il avait comme une envie de vomir. Il avait sauvé Harry d'une boiterie et d'un léger déficit mental pour mieux raccourcir sa vie d'une quarantaine d'années. Jake voulut savoir ce que la famille Dunning était devenue. Ellen répondit qu'elle était devenue animatrice d'une radio FM à Bangor. Troy avait la belle vie à Palm Springs. Il s'était fait un max. de fric dans l'informatique. Puis elle arrêta de parler de sa famille pour demander à Jake qui il était vraiment. Les voix n'avaient pas de secret pour elle. Elle avait donc deviné que si Jake avait vraiment été ami avec Harry à l'époque du centre aéré, il aurait aujourd'hui 60 ans et elle sentait que ce n'était pas le cas.

Mais Jake affirma que les gens lui disaient souvent qu'à la voix, il faisait bien plus jeune et il pariait que pour Ellen c'était la même chose. Il avait bien joué. Elle lui dit que ça lui avait pris des années pour mettre ce rayon de soleil dans sa voix. Mais elle savait que personne ne prenait son téléphone pour démanteler des nouvelles d'un vieux copain 50 ans après. Jake avait envie de raccrocher mais le téléphone était comme collé à son oreille. Tout à coup, Ellen devina à qui elle avait à faire. Elle comprit que c'était Georges, le monsieur. Qui lui avait sauvé la vie, qui l'appelait. Elle se mit à pleurer. Elle dit à Jake que c'était elle qui avait emmené son frère à l'aéroport quand il était parti pour le Vietnam. Elle lui avait demandé de faire gaffe à ses fesses et lui avait dit : « t’inquiète, sereine, j'ai mon ange gardien pour prendre soin de moi, tu te rappelles ? ». Alors, Ellen redemanda à Jake si c'était bien l’ Ange gardien d'Harry qu'il appelait et ou il se trouvait le 6 février 1968 quand son frère s'était fait descendre à Khe Sanh. À ce moment-là, Jake raccrocha. Il alla dans ses toilettes pour hurler. Il en venait à souhaiter la mort d'Al.

9

Jake se rendit chez Al. Il est un mauvais pressentiment en arrivant chez lui car la maison était plongée dans l'obscurité. La porte n'avait pas été verrouillée. Jake découvrit Al dans sa chambre, couché dans son lit. Il avait l'air relativement paisible. Il s'était suicidé en prenant tous les médicaments. Il avait laissé un amour à Jake. Il était désolé mais il ne pouvait plus attendre car la douleur était trop forte. Il lui laissait la clé de son restaurant. Il lui demandait de ne pas imaginer qu'il avait droit à un coup d'essai. Il lui demandait de faire bien du premier coup. Il se doutait que Jake lui en voulait à mort de l'avoir embarqué là-dedans. Il le priait de ne pas reculer. Il lui laissait encore 500 $ d'économie dans une boîte en métal. Doris le trouverait probablement le lendemain matin et dans les deux heures qui suivraient, le proprio poserait un cadenas sur la porte du restaurant, donc c'était ce soir ou jamais. Al demandait à Jake de sauver Kennedy pour que tout change. Il l'en priait.

Jake pensait qu’Al s'était suicidé express sentant que Jake hésitait. Pour le moment, c'était à la famille Dunning que Jake pensait. Il voulait encore sauver Tugga ainsi que Harry. Albert avait dit que Kennedy aurait peut-être changé d'avis par rapport au Vietnam. Et même si Kennedy n'avait pas changé d'avis, est-ce qu'Harry se trouverait exactement au même endroit au même moment le 6 février 1968 ? C'était peu probable. Alors, Jake posa un baiser d'adieu sur la joue d'Albert.

10

Jake rentra chez lui et fit l'inventaire de sa sacoche et de son portefeuille. Il emporta également les notes exhaustives d'Al sur les faits et gestes d'Oswald après sa démobilisation des Marines le 11 septembre 1959. Il avait 5000 $ d'économie. Il se demanda si son chat et sa maison seraient encore seulement là quand il reviendrait, s'il arrivait à réussir son coup. Même les gens capables de vivre dans le passé n'ont aucune idée de ce que l'avenir leur réserve.

11

C'était bizarre d'être dans le resto d'Al sans Al parce qu'on aurait dit qu'il était toujours présent. Jake s'engagea dans l'escalier invisible. Il se retrouva à nouveau le 9 septembre 1958. Avant de retrouver sa Ford chez Titus et la famille Dunning, il fallait en passer d'abord par ex-Carton Jaune. Cette fois il aurait droit à un dollar car Jake avait oublié de mettre une pièce de 50  cents dans sa poche. Jake découvrit que Carton Jaune gisait sur le sol en béton, les yeux ouverts, une mare de sang s'élargissant sous sa tête. Sa gorge avait été tranchée. Il s'était suicidé avec un tesson de bouteille. Le carton, qui naguère avait été jaune, puis Orange, était maintenant noir comme la mort.

Chapitre 10

 

1

Jake traversa le parking des employés pour la troisième fois en tapotant encore le coffre de la Plymouth Fury pour se porter chance. Parce que de la chance, il allait en avoir bien besoin durant les semaines, les mois et les années à venir.

Mais cette fois-ci, il ne passa pas par la Kennebec Fruit Company. Il ne voulait pas traîner dans les parages car incessamment sous peu, quelqu'un allait découvrir un cadavre dans la cour de l'usine et un étranger risquait d'être interrogé.

Il prit le bus des ouvriers. Il s'assit à côté de deux marins et regarda la route 196 défiler sans vraiment la voir. Il n'arrêtait pas de penser aux morts. Il avait touché le carton du poivrot. En fait ce n'était pas du carton comme il se l'était toujours imaginé. C'était peut-être du celluloïde. Al pensait que Carton Jaune devait sa folie à l'association malheureuse du pinard et de la proximité du terrier.

Jake continua sa route en marchant jusqu'au Tamarack. Il était content d'être de retour.

2

Il passa le reste de la journée dans sa chambre à éplucher les notes d'Al sur Oswald.

Il se concentra sur les deux dernières pages intitulées « conclusions sur la marche à suivre ». Après quoi, il alla au cinéma et regarda Les feux de l'été.

Le lendemain matin, Jake repris le bus pour Lisbon Falls. Il se rendit au Jolly White Elephant pour s'acheter une valise. Il traversa la rue pour aller s'achetait la même Ford Sunliner. Cette fois, il réussit à l'avoir pour 300 $.

Il entonna encore son couplet sur les affaires dans l'immobilier et sur son origine prétendue, le Wisconsin. La fille de Titus lui demanda s'il n'était pas dans le coin la veille car on avait retrouvé un vieil ivrogne zigouillé. Jake répondit que non.

Jake demanda si c'était quelqu'un d'ici. La fille répondit que non et qu'il n'avait pas de papier sur lui. Jake alla s'acheter des vêtements chez Mason’s wear mais il se fit l'impasse sur la banque sur le coiffeur.

3

Le jeudi après-midi, Jake prit l'autoroute. Il n'eut pas besoin de s'acheter un chapeau de paille à Derry car il en avait déjà acheté un la veille. Il prit une chambre d'hôtel au Town House et retourna prendre un verre chez Fred Toomey. Mais cette fois-ci, il ne fit aucun effort pour engager la conversation.

Le lendemain, il louait son ancien appartement de Harris Avenue. Le surlendemain, il poussait la porte de chez Macken pour s'acheter un revolver. Il aurait voulu revoir Beverly et son copain mais il s'aperçut qu'il les avait loupés.

Jake prit l'habitude de passer prendre une bière au Lamplighter en début de soirée avant que l'endroit ne commence à se remplir. Il n'y aperçut jamais Frank Dunning et ça tombait bien car il n'en avait aucune envie. Avant de partir pour le Texas, il comptait se renflouer un peu. Il sympathisa avec Jeff, le barman. Un jour, Jeff lança la discussion sur le base-ball. Jake paria cinq dollars sur les Yankees. Jake demanda à Jeff ou il pouvait parier gros dans cette ville. Jeff lui répondit qu'il fallait voir Charles Frati. Mais Jeff conseilla à Jake de ne pas chercher des noises à Charles car ce dernier connaissait des gens.

4

Le lendemain, Jake alla à La Sirène, le monts-de-piété de Charles Frattini. Une employée l'accueillit et alla chercher Charles pour lui. Jake se présenta sous le nom de George Amberson, du Wisconsin. Jake paria 500 $ sur les Yankees gagnants. Charles accepta son pari à quatre contre un. Jake essaya de marchander le Paris à huit contre un. Charles accepta de monter jusqu'à six contre un..

5

Les habitants de Derry regardaient les matchs de base-ball devant chez Benton électroménager, un magasin de télés.

Jake s'acheta un médicament contre la grippe intestinale au drugstore, par prévention. Keene, le pharmacien, et eut l'air déçu quand Jake lui dit qu'il n'était pas malade. Puis, il entra dans la station Texaco pour trouver un mécano du nom de Randy Baker à qui il donna à 20 $. Baker lui donna le numéro de la station et son numéro personnel. Jake repartit avec l'esprit léger. Jake alla prendre une bière au Lamplighter. Au bar, Charles lui recommanda de prier s'il voulait récupérer ses 500 $. Charles lui demanda ce qui l'amenait à Derry. Jake répondit que c'était l'immobilier. Alors Charles lui demanda si une galerie marchande allait bientôt s'implanter à Derry.

6

Jake savait où se trouverait Frank Dunning le 5 octobre 1958 et il ne voulait pas risquer de changer d'un iota le cours de sa journée. Ne serait-ce que croiser son regard au Lamplighter pouvait avoir cet effet. Le passé était aussi fragile qu'un château de cartes. Jake était revenu à Derry pour démolir le château de cartes de Frank Dunning mais jusque-là, il devait le protéger.

7

Jake cacha son revolver dans un coussin-souvenirs avec le château d'eau de Derry broder dessus qu'il y avait acheter au drugstore. Tout ce qui lui restait à faire maintenant, c'était de se reposer en espérant que tout irait pour le mieux.

8

Le lendemain, Jake ne se réveilla pas avec une grippe intestinale mais avec une migraine. Il avala cinq aspirines. En descendant l'escalier il faillit tomber car la rampe céda. Heureusement il réussit à s'agripper à l'une des vieilles appliques murales. Il eut envie de mourir, là, sur les escaliers, et d'en avoir fini avec tout ça.

Pour se motiver, il visualisa le visage de Tugga assassiné par Dunning. Quand il voulut prendre sa voiture, il s'aperçut que ses clefs avaient disparu de son pantalon à cause d'un trou dans sa poche. Ce trou n'y était pas à la veille. Il retrouva ses clefs sur le perron. Mais quand il voulut mettre le contact, sa fidèle Ford refusa de démarrer.

Malgré sa migraine, il fut obligé de remonter les escaliers pour téléphoner à la station-service mais il n'y avait personne. Alors il téléphona à Baker. Baker répondit. Jake lui promit un petit extra s'il arrivait à faire redémarrer sa voiture. Le mécano lui demanda comment il avait prévu que sa voiture allait tomber en panne, question logique.

9

Baker replaça le câble de la batterie qui s'était mystérieusement détachée pendant la nuit et vérifia les bougies. La Ford revint à la vie. Le mécano conseilla à Jake d'aller se coucher car il avait une mine de fantôme. Jake vérifia la roue de secours et constata qu'elle était à plat. Alors ils allèrent à la station-service pour en trouver une autre. Le mécano refusa l'argent que lui proposait Jake car il lui en avait déjà donné assez selon lui. Il lui conseilla encore de rentrer chez lui pour se reposer.

10

Jake sortit de la ville en ralentissant à chaque intersection pour bien vérifier des deux côtés si la voie était libre. Sage précaution : un camion chargé de gravats grilla un feu rouge au croisement de la 7 et de l'ancienne route de Derry. Jake aurait pu être ratatiné. Jake se dit que s'il n'était pas capable d'arrêter Frank Dunning, ce ne serait même pas la peine d'espérer arrêter Oswald :

pour s'encourager, il pensa aux 4 enfants de Dunning. S'il ne les sauvait pas une nouvelle fois, comment pourrait-il échapper à la certitude d'avoir été complice de leur meurtre simplement en déclenchement une nouvelle remise à zéro.

Au niveau du ciné-parc de Derry, Jake voulut sortir de sa voiture mais c'était impossible car la portière refusait de s'ouvrir. Le loquet avait été blessé mais pas par Jake. Alors Jake baissa sa vitre et en se penchant au-dehors, il réussit à introduire la clé dans le petit bouton-poussoir chromé de la poignée. Jake se dit que la résistance au changement était proportionnelle aux répercussions que tel ou tel acte risquait d'avoir sur le futur. Maintenant il savait le prix personnel qu'il aurait à payer pour réussir sa mission.

Jake se rendit au cimetière de Longview. C'est à ce moment-là que sa migraine reflua. Il pensa avoir forcé le barrage au point d'être passé de l'autre côté. Il entra dans un mausolée portant le nom de Tracker. Il s'endormit sur le banc de méditation. Il se leva pour aller attendre Dunning. Sa migraine avait disparu.

11

Dunning arriva au cimetière et descendit la pente vers la tombe de ses parents, un panier de fleurs dans chaque main. Maintenant que l'heure était venue, Jake se sentait plutôt bien.

Il avait réussi à surmonter tout ce qui s'était mis en travers de son chemin. Il appela Dunning qui se retourna. Dunning lui demanda qu'est-ce que c'était quand il vit le coussin-souvenir de Jake. Jake répondit en donnant son véritable nom et en disant qu'il était venu lui demander quelque chose. Il lui demanda ce qu'il y avait de plus précieux dans la vie. Dunning répondit que c'était la famille. C'est ce que Jake pensait aussi et il tira deux fois. Dunning s'effondra. Jake lui tira une balle dans la tempe au cas où.

12

Jake traîna le corps de Dunning à l'intérieur du mausolée et laissa le coussin brûlé posé sur son visage. Les quelques visiteurs qui étaient dans le cimetière ne prêtèrent pas attention à Jake.

Il enterra son arme sous 30 cm de terre. Après quoi, il retourna à son appartement en écoutant la fin du match. Il versa des larmes de soulagement. À présent, la famille Dunning était saine et sauve. Cette nuit-là, il dormit comme un bébé.

13

Le lundi, dans le Daily News de Derry, on parlait de la victoire des Yankees. Mais dès le mardi, Frank Dunning faisait là une du journal avec photo à l'appui. On relatait son assassinat. Doris Dunning se déclarait « sous le choc est effondrée ». Amis et collègues du Marché central faisaient également part de leur tristesse.

Tout le monde semblait s'accorder pour dire que Frank Dunning était un type formidable et absolument personne ne voyait qui aurait pu lui en vouloir.

Tony Tracker était scandalisé parce que le corps avait été retrouvé dans son caveau de famille.

Le mercredi 8 octobre, les Yankees l'emportaient face aux Braves et le jeudi suivant, ils gagnaient encore. Le vendredi, Jake retourna donc chez Frati pour empocher ses 3000 $. Charles n'avait pas l'air mécontent. La femme de Charles avait laissé le journal sur la vitrine remplie de bagues. Jake Montra le journal avec la photo de Dunning en couverture et demanda à Charles ce qu'il en pensait. Charles n'en pensait pas grand-chose sauf que Dunning n'était pas un saint.

14

 Jake voulut retourner à Kossuth Street pour voir la petite soeur d'Harry. Il voulait la consoler de la mort de son papa mais surtout lui dire qu'un jour son frère Harry allait vouloir prendre l'uniforme et partir à la guerre et qu'elle devrait faire tout son possible pour l'en dissuader.

Sauf que les enfants oublient. Tout enseignant savait ça. Et ils se croient immortels.

15

Jake attendit jusqu'au mardi suivant avant de partir. Il griffonna un petit mot qu'il glissa dans une enveloppe libellée au nom du destinataire. Il entra dans un pub dessert. Il discuta avec le barman, Pete. Il lui demanda un service. Pour cinq dollars, Jake lui demanda de donner l'enveloppe au type dont le nom était inscrit sur ces six quand le type se pointerait.

L'enveloppe était destinée à Bill Turcotte. Le barman était un peu inquiet. Il avait peur que ce soit un sale coup et il appréciait Bill. Mais Jake le rassura en disant que ça pourrait faire le plus grand bien à Bill.

Dans l'enveloppe, Jake avait laissé une lettre demandant habile d'aller consulter un médecin sans tarder car il avait un problème cardiaque. Il avait ajouté qu'au cas où Bill pensait qu'il n'avait aucun moyen de savoir ça, l'auteur de la lettre savait aussi que Frank Dunning avait assassiné la soeur de Bill et son neveu.

16

Avant de partir définitivement de Derry, Jake fit un doigt d'honneur à Keene.

Chapitre 11

En roulant vers le sud, Jake chercha à se convaincre qu'il n'avait pas à se mêler de l'affaire Carolyn Poulin. C'était le terrain d'expérimentation d'Al. Et ses expériences, tout comme sa vie, étaient finies. Il aurait fallu qu'il soit fou pour risquer sa véritable mission en allant narguer le passé tenace qui ne demandait qu'à ouvrir sa gueule pour ne faire de Jake qu'une bouchée.

Mais l'image de Dunning écroulé sur la tombe de ses parents obsédait Jake. Même si Dunning était un meurtrier, Jake avait l'impression d'avoir accompli un mauvais acte et il voulait le compenser par un acte qu'il estimait bon.

Alors il se rendit aux chalets où Al avait séjourné. Il y passa cinq semaines qui avaient peut-être été les meilleures de sa vie. Il ne vit presque personne à part le couple qui tenait le magasin ou il faisait des emplettes très simples deux fois par semaine et M. Winchell, le propriétaire des chalets. Winchell passait voir Jake tous les dimanches pour prendre de ses nouvelles. Jake prenait un canoë et allait pagayer pour admirer la nature. Il prit le temps de lire une trentaine de livres : des polars ; des mélodrames ; des westerns et un roman de science-fiction intitulé A la poursuite de Lincoln, sur des chercheurs temporels chargés d'aller enregistrer un discours « oublié » d'Abraham Lincoln.

Fin octobre, Jake résolut de se rendre à Durham pour s'imprégner de la configuration des lieux autour de Bowie Hill. Il s'attacha à localiser la maison de Cullum et reconnaître son trajet probable de chez lui jusqu'à Bowie Hill.

Son plan consistait à suivre la piste qu’Al avait tracée. Il se rendrait à Durham le matin et se rangerait près de l'arbre abattu et feindrait une crise cardiaque lorsque Cullum arriverait. Chez Brownie, Jake vit dans une vitrine une affiche qui lui donna une idée. L'affiche était intitulée Comté d'Androscoggin ; résultats du tournoi de Crib. Andy Cullum était arrivé troisième de ce tournoi. Le lendemain, Jake se présenta chez Andrew. Une femme au visage agréable lui ouvrit la porte. Jake comprit que Carolyn Poulin ne serait pas la seule victime de l'accident de chasse du 15 novembre, même si elle serait la seule à finir en fauteuil roulant. Il se présenta sous le nom de George Amberson. Il demanda à parler à son mari. Andrew lui serra la main. Jake lui montra sa planche de crib. Mais la femme de Cullum parut à l'armée car ils étaient méthodistes et son mari ne jouerait jamais pour de l'argent.

Jake les rassura en leur disant qu'il était venu pour apprendre à jouer. Andrew accepta alors Jake avoua qu'il était la pour davantage que ça. Il voulait acheter une journée entière du temps d'Andrew. Il voulait passer la journée du 15 novembre avec lui. La femme d'Andrew parut vraiment effrayée. Jake proposa de 100 $. Andrew demanda à quel il jouait. Jake n'essaya pas de leur faire croire qu'il n’avait pas de motif caché mais il ne voulut pas leur dire la vérité pour ne pas être pris pour un fou. Andrew lui demanda d'où il venait. Jake répondit qu'il venait du nord de l'État. Il prétendit qu'il travaillait dans l'immobilier commercial. Il affirmait qu'il pouvait donner des noms de personnes qui pourraient attester qu'il n'était pas fou.

Andrew demanda à Jake de le laisser un instant pour qu'il discute avec sa femme. Jake proposa d'aller leur acheter une boisson fraîche en attendant. Ils refusèrent poliment.

Il pensait que les Cullum allaient l'envoyer paître mais ils acceptèrent. Il est l'invitèrent même à rester pour dîner mais Jake refusa. Il offrit un billet de 50 $ pour acompte à Andrew.

Il était sur un petit nuage mais le matin du 15 novembre il avait peur que les Cullum aient appelé la police pour essayer de savoir quel genre de cinglés il pouvait être. Rien de cela n'arriva. Andrew l'accueillit gentiment. Il lui apprit les règles du crib et ils jouèrent. Après quoi, ils déjeunèrent et Mrs Cullum décida que Jake n'était pas dangereux. Jake pensait que les Cullum se situaient à une extrémité de la bascule et Oswald et sa femme, à l'autre. Ainsi le passé s'harmonisait.

Jake se voyait au centre de gravité, au point où la bascule s'articulait. À la fin de la journée, Jake avait gagné deux parties. Jake voulut donner 150 $ à Andrew mais il refusa car il s'était trop bien amusé avec lui pour accepter son argent.

Alors Jake lui donna à Mrs Cullum qui les accepta. Jake accepta de rester pour dîner avec eux. Ils regardèrent les actualités et Jake fut ravis d'apprendre qu'il n'y avait eu aucun accident de chasse dans le Maine. Au moment où il s'apprêtait à partir, Jake fut rattrapé par Mme Cullum qui lui demanda de quoi il avait sauvé son mari. Elle avait prié Dieu de lui envoyer une réponse pendant qu'ils étaient dehors à jouer. Alors Jake lui répondit que si Dieu avait voulu qu'elle le sache, il lui aurait dit.

Alors elle jeta ses bras autour de lui et l'étreignit.

Elle était persuadée que Dieu leur avait envoyé un ange gardien qu'elle conserverait précieusement dans son coeur.

C'était la deuxième fois que Jake entendait ces mots et lui aussi il les médita dans son coeur.

Jake s'en alla le 17 novembre. Il remit les clés de son chalet à M. Winchell en lui disant qu'il avait passé des merveilleuses vacances régénérant. Le soir, il descendit au Parker House à Boston. L'ambiance y était beaucoup moins pacifique. Il passa la nuit suivante à Washington et trois jours plus tard sur la côte ouest de la Floride.

Chapitre 12

1

A chacune de ses pauses déjeuner, Jake ne vit pas une seule franchise de fast-food sur sa route. Il vit des gens s'entraider et lui porter assistance quand le radiateur de sa voiture fut percé. L'un d'eux lui demanda même s'il avait besoin d'un endroit où dormir. Jake supposait que cette scène pourrait se produire en 2011 mais il en doutait.

En Caroline du Nord, dans une station-service, il vit qu'il avait trois écriteaux différents, une pour les femmes, une pour les hommes et un dernier pour les « gens de couleur ». Curieux, Jake voulut savoir à quoi ressemblaient les toilettes pour les gens de couleur et il vit qu'il fallait descendre un sentier entouré de sumac vénéneux et qu’il n'y avait pas de cabinets mais un tout petit ruisseau avec une planche posée en travers sur deux blocs de béton effrités.

2

Jake s'installa dans la ville de Sunset Point en Floride. Il loua un cabanon sur une plage. Il laissa tomber sa couverture d'agent immobilier car en 1959, une période de récession touchait les États-Unis. Tout le monde vendait et personne n'achetait. Alors Jake se fit passer pour un aspirant écrivain à qui un oncle suffisamment riche avait laissé de quoi vivre.

Il commença effectivement à travailler sur un roman intitulé La Ville assassine, la ville en question étant Derry. Et il fit le récit de ses aventures temporelles dans un deuxième livre.

Le matin il travailla sur son récit temporel et le soir sur son roman. Il passa de longues heures dans les bibliothèques et il lut encore les notes d'Albert sur Oswald.

Jake eut la conviction qu'Al avait coupé court à la pire des faiblesses pour un chercheur : qualifier son hésitation de recherche.

3 Jake se rendit chez un bookmaker du nom d’Eduardo Gutierrez. Il paria d'abord sur les Lakers parce qu'il savait que cette équipe perdrait et il voulait établir sa réputation de gogo. Puis il paria 400 $ sur les Canadians et il gagna. Son plus gros coup, il joua au printemps 1960 quand il paria sur la victoire de Venetan Way devant Bally Ache, le grand favori dans le derby du Kentucky. Il gagna 10 000 $. Gutierrez qui était cubain était également un expatrié de la mafia de la Nouvelle-Orléans. Jake devait se montrer prudent.

4

Au printemps 1959, Jake avait réservé un exemplaire de Désenchanté, le nouveau roman de Budd Schulberg. À cette époque, Oswald alait quitter les marines et ensuite il s'embarquerait pour la Russie. Il tenterait de renoncer à sa citoyenneté américaine mais il échouerait. Après une tentative de suicide tapageuse (et sans doute factice) dans un hôtel de Moscou, les Soviétiques l'autoriseraient à rester dans leur pays. Il y travaillerait deux ans et demis à Minsk dans usine. Il y rencontrerait une jeune fille nommée Marina Prusakova.

Jake écrivit au United College pour obtenir des informations. On pouvait obtenir une licence d'anglais en ne répondant qu'à une cinquantaine de questions à choix multiples. Il suffisait de payer 300 $. Jake posa sa candidature. Il répondit au questionnaire. Il réussit son examen. Mais il lui fallait encore débourser 50 $ de frais de dossier. Le diplôme arriva et il permit à Jake d'enseigner de nouveau un ou deux jours par semaine pendant l'année scolaire 1959-1960. Il adorait enseigner. Son plus beau jour de remplaçant, il le vécut au lycée de Ouest Sarasota, après avoir raconté à ses élèves de littérature l'argument de base de l'Attrape coeur de Salinger (livre qui, bien sûr, n'était pas autorisé à la bibliothèque de l'école et aurait été confisqué à tout élève qui l'aurait introduit dans ce sanctuaire). Un de ses élèves lui dit que c'était lui le professeur qu'il aimait le plus.

Plus tard, le proviseur le convoqua pour lui demander s'il était un élément subversif. Jake le rassura en lui disant qu'il avait voté pour Eisenhower. Le proviseur lui conseilla de s'en tenir à l'avenir à la liste de lecture généralement admise.

5

Un professeur de psychologie de l'université du Maine avait affirmé un jour que les humains possédaient effectivement un sixième sens. Le professeur appelait cela le « signal d'alarme ». D'après ce professeur, ce sixième sens était plus développé chez les mystiques et les hors-la-loi.

Jake se considérait comme un hors-la-loi puisqu'il avait tué Dunning.

Le professeur leur avait conseillé d'écouter leur signal d'alarme.

C'est ce que fit Jake en juillet 1960. Il fait exprès de perdre des paris pour passer pour un idiot auprès de Gutierrez. Le signal d'alarme de Jake l'avait averti que la comédie n'était pas très bien passée. Jake ne tenait pas à ce que ces manuscrits tombant aux mains de la pègre. Ils avaient placé dans un coffre-fort mais Gutierrez avaient les moyens d'envoyer ses hommes chez Jake. Donc, après une nuit de juillet Jake partit vers le nord.

6

Jake se rendit à la Nouvelle-Orléans. Il voulut voir la maison ou habiteraient Lee Oswald et sa femme Marina au cours du dernier printemps et du dernier était de la vie de John Kennedy. C'était une bicoque délabrée. Un jeune homme noir proposa à Jake de l'herbe. Jake refusa mais il lui demanda où il pourrait trouver un bon hôtel. Le jeune homme lui indiqua l'hôtel Monteleone. Le jeune homme voulut savoir pourquoi Jake regardait la maison délabrée. Jake lui demanda si c'était une bonne affaire et le jeune homme répondit que cette maison avait l'air hanté.

Jake lui dit qu'elle ne l'était pas encore et il s'en alla en laissant le jeune homme perplexe.

7

Jake remporta son coffre-fort dans sa chambre d'hôtel. Il se rendit compte qu'il avait oublié un livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque de Nokomis alors il téléphona car il se sentait minable. Il prévint à la bibliothécaire qu'il avait oublié un livre et qu'il allait le renvoyer par la poste. La bibliothécaire lui apprit que la maison où il avait habité avait été incendiée. Quelqu'un avait lancé une bouteille d'essence enflammée par la fenêtre. Désormais, Jake serait doublement sur ses gardes avec le passé car celui-ci flairait les agents de changement et il mordait.

Il partit pour Dallas.

8

Trois jours plus tard, Jake regardait la Texas Book Depositary, endroit d'où serait posté Oswald pour tirer sur Kennedy.

L'immeuble lui rappelait l’aciérie Kitchener de Derry même s'il n'était pas en ruine. Il dégageait la même impression de menace vivante. Jake se sentit appelé par la fenêtre du cinquième étage du dépôt de livres. Jake ne voulait pas attendre qu'Oswald décroche son emploi de manutentionnaire dans ce dépôt. Il voulait suivre le plan qu'Al avait ébauché dans la dernière partie de ses notes, celle intitulée « conclusions sur la marche à suivre ».

Al n'avait pas négligé la possibilité, faible mais significative sur le plan statistique qu'Oswald ne soit pas l’assassin de Kennedy.

Il avait appelé cette possibilité la « fenêtre d'incertitude. Il s'était fixé pour but de fermer cette fenêtre pour de bon le 10 avril 1963, soit plus de six mois avant le voyage de Kennedy à Dallas.

9

Jake avait son propre plan pour les années 60 entre août 1960 et avril 1963.

Il garderait Oswald à l'oeil quand il rentrerait de Russie mais sans interférer. Il ne pouvait pas se le permettre à cause de l'effet papillon. En 1962, Kennedy se rendrait à Houston, à l'université Rice, ou il prononcerait un discours dans lequel il parlerait d'aller sur la lune. Jake imaginait que s'il poussait Oswald à fuir Dallas pour retourner à la Nouvelle-Orléans et que Kennedy mourait quand même, victime de quelque complot fou de la mafia ou de la CIA, alors il n'aurait pas le courage de repasser par le terrier pour tout recommencer de zéro.

Il avait déjà consacré près de deux ans à sauver Carolyn Poulin et la famille Dunning. Il valait mieux être sûr de son coup. Il avait donc décidé que la meilleure façon de surveiller Oswald sans se mettre dans ses jambes serait de s'installer à Dallas pendant qu'Oswald vivrait dans la ville de Fort Worth, puis d'emménager à Fort Worth quand Oswald déménagerait avec sa famille à Dallas. Mais en regardant le dépôt de livres, Jake avait changé d'avis. Il avait commencé à chercher un appartement à louer mais il avait compris au bout de huit semaines de recherche qu'il n'aimait pas cette ville. Il n'avait pas les journaux de Dallas qui ignoraient totalement les quartiers où la fracture raciale commençait tout juste à se réduire un peu. Il n'aimait pas le racisme des classes moyennes. Il ne supportait pas le quartier des affaires fréquentés par des gens habillés de manteau sport à carreaux, cravate étroite retenue par une pince tape-à-l'oeil, pantalon blanc et bottes m'as-tu-vu. Ils arboraient des armes de  poing glissés dans des étuis de cuir.

Jake avait même vu des croix gammées peintes sur des vitrines de commerces dont les noms suggéraient des propriétaires juifs.

Pourtant Jake pensait que c'était ici que sa mission l'appelait et que c'était à Dallas qu'il devait rester. C'est ce qu'il pensait alors.

10

Le 22 septembre 1960, Jake trouva enfin un appartement qui lui paraissait viable. Il était situé au nord de Dallas. Mais le propriétaire, Ray Mack Johnson était raciste. Johnson pensait que Dieu avait maudit les Noirs. Jake pensait qu'il avait dû rater cette partie de la Bible. Johnson voulut savoir de quelle religion était Jake. Pour avoir la paix, il répondit qu'il était méthodiste alors qu'en fait il n'avait aucune confession. Johnson lui proposa de l'accompagner à l'église Baptiste. Johnson lui conseilla de lire le chapitre neuf de la genèse dans lequel il était question de Cham. Jake pensait qu'il pourrait supporter un peu de racisme parce que c'était dans l'air du temps sauf qu'il ne n'y croyait pas vraiment.

11

Comme Johnson lui avait déconseillé Greenville Avenue, Jake eut envie d'y aller pour boire une bière. Musique et odeur de bière filtraient par les portes ouvertes. Jake fut accosté par quatre prostituées. Il avait la sensation que les choses allaient de travers ici aussi. Brusquement, il décida qu'il ne voulait pas de bière et qu'il ne voulait pas non plus louer l'appartement de Johnson.

Jake vit un homme tirer dans le ventre d'une prostituée et se suicider après. Tout ça n'avait duré que quelques secondes, plus qu'il n'en faudrait à Oswald pour assassiner Kennedy.

12

Jake compresseur la blessure de la prostituée avec un mouchoir et demanda à une autre prostituée de prendre le relais car il ne voulait pas rester dans le quartier.

13

Jake n'arriverait pas à dormir la nuit suivante. Il repensait à ce qu'il avait vu à Greenville Avenue et à ce que Gutierrez avait fait de sa maison. Il ne pourrait pas vivre deux ans et demis à Dallas. Au risque de devenir fou. Il voulait trouver une petite ville qui ne dégagerait pas autant de violence et de haine.

Il lui suffirait de faire la navette pour alimenter son livre.

14

Jake décida d'habiter à Jodie. Il trouva un petit restaurant dont le propriétaire s'appelait aussi Al. Al Stevens dit à Jake qu'il trouverait sans problème un appartement à louer et lui demanda quel était son métier. Jake répondit qu'il était écrivain. Il y avait un lycée de 700 élèves avec des jeunes bien élevés. Jake dit à Al qu'il ferait bien quelques remplacements pour prolonger ses économies. Al lui conseilla d'en parler avec Deke Simmons, le proviseur. D'après Al, c'était un chic type comme la plupart des gens dans la région. Jake se présenta sous le nom de George Amberson. Al lui conseilla de revenir à 18:00 car c'était l'heure à laquelle venait le proviseur avec sa bonne amie, Mimi Corcoran, la bibliothécaire. C'était la vraie patronne du lycée. Jake n'aurait qu'à l'impressionner.

15

Jake n'eut besoin que de trois heures pour trouver un logement à Jodie. C'était une chouette maison typique du Sud. Freddy Quinlan, agent immobilier, manifesta envers Jake une curiosité pleine de tact. Il espérait que Jake serait des leurs.

16

le soir, il retourna chez l'autre Al pour se présenter au proviseur et à son amie bibliothécaire. Deke Simmons était grand et chauve. Mimi Corcoran portait des lunettes et avait les yeux bleus. Elle regarda attentivement Jake à la recherche d'indices. Elle marchait à l'aide d'une canne. Simmons lui demanda comment il avait trouvé la ville. Il voulut savoir aussi ce qu'il aimait le football lycéen et enfin s'il était confiant dans sa capacité à mobiliser l'attention des jeunes. La bibliothécaire voulut savoir quelles étaie les références de Jake. Il parla du remplacement qu'il avait effectué dans le comté de Sarasota. Il prétendit avoir enseigné pendant trois ans dans le Wisconsin. Il s'était fabriqué un certificat de travail du lycée Saint-Vincent de Madison. Il espérait que personne ne vérifierait la source.

Elle voulut savoir de quoi traiter son roman. Il décida d'être honnête en évoquant vaguement le sujet : une série de meurtres et leur impact sur la communauté où ils se produisent.

Dallas était le lieu qu'il avait choisi pour son roman. Elle avait deviné qu'il n'avait pas envie d'y vivre. Elle voulut savoir ce qu'il aimait lire. Il parla de L'Attrape coeur Jake pensait que ce roman en disait long sur le côté détestable des années 50 et sur l'amélioration que pourraient apporter les années 60. Si les Holden Caufield d'Amérique ne perdaient pas la rage et le courage. Elle lui demanda s'il pensait que ce livre devait être présent à la bibliothèque de l'école. Jake répondit honnêtement en disant qu'effectivement il y était favorable. Mais réservé à certains élèves, à la discrétion de la bibliothécaire. Alors elle lui demanda si ce livre devait être à la discrétion de la bibliothécaire et pas des parents. Il était d'accord avec ça. Mimi voulait l'engager immédiatement. Jake pouvait s'engager à travailler deux ou trois jours par semaine maximum.

Simmons voulut ajouter que L'Attrape-chose ne figurerait jamais dans sa bibliothèque car le conseil d'administration de l'accepterait pas. Mais Mimi pensait que les temps changeraient.

17

La semaine suivante, Jake commit une erreur. Il avait placé un pari élevé parce qu'il avait peur de manquer d'argent. Il devait renouveler sa garde-robe et il devait encore passer deux ans et demis avant de pouvoir terminer sa mission. Les 14 000 $ qu'il avait ne lui suffiraient pas.

Son salaire de remplaçant serait peut-être de 15,50 $ par jour. Il retourna à Greenville Avenue en espérant n’attirer l'attention de personne.

18

le 28 septembre, une semaine avant le début des séries, Jake entra chez Faith Financial et parias 600 $ sur les Pirates de Pittsburgh contre les Yankees de New York. Il accepta une cote de deux contre un. Le lendemain, une file d'attente de parieurs attendait d'empocher les gains. Jake donna son nom et son permis de conduire et empocha 1200 $. Une fois dans sa voiture, il se détendit. Idiot qu'il était.

19

Le 16 novembre 1960, se rendit à Dallas pour voir le frère aîné de Lee Oswald et sa mère. Elle vitupérait contre son fils. Oswald fouilla sa poche pour en extraire son portefeuille et il tendit un billet à sa mère. Elle lui demanda de l'appeler dès qu'il ferait des nouvelles de Lee.

Mais pour le frère de Lee, ce dernier était un foutu coco il ne rentrerait pas. En voyant cette femme colérique, Jake eut plus de compassion pour Lee Oswald qu'il n'en avait jamais éprouvé pour Frank Dunning.

Chapitre 13

1

Le 18 mai 1961, Jake s'employait à la révision des 150 premières pages de son roman, La Ville assassinée, principalement parce que Mimi ne cessait de lui demander qu'elle voulait le lire. Dans son premier jet, il avait remplacé Derry par la ville fictive de Dawson. Puis il avait changé Dawson en Dallas. Il semblait que son livre avait voulu Dallas pour cadre depuis le début.

Il y eu un coup de sonnette. C'est à ce moment-là que Jake cessa de vivre dans le passé pour commencer à vivre tout court. Il ouvrit la porte et Michael Coslaw entra en pleurant.

2

Jake n'était pas surpris de le voir. Jake s'était déjà occupé du petit club de théâtre du lycée de Lisbon. Mais jamais il n'avait eu un élève de la trempe de Michael Coslaw.

Mimi avait demandé à Jake d'assurer la mise en scène de la pièce des premières et terminales.

Elle avait insisté pour qu'il accepte. Jake avait choisi d'adapter en pièce le roman de John Steinbeck Des Souris et des hommes.

3

Michael était terrorisé à l'idée de jouer en public. Ses amis se moquaient de lui depuis qu'il avait commencé le théâtre. Ils l'appelaient Clark Gable. Mike mesurait deux mètres et il jouait dans l'équipe de football du lycée. Le quaterback Jim LaDue était le héros de l'équipe mais Jake pensait que Mike était le plus susceptible des deux de passer pro. La copine de Mike, Bobbi Jill le soutenait à fond. Elle l'encourageait à arrêter de se laisser marcher sur les pieds.

Mais Mike avait peur de se ridiculiser sur scène. Il n'avait pas confiance en lui parce qu'il n'avait que la moyenne dans ses notes.

Tous les jours de l'équipe de football du lycée s'étaient présentés pour essayer de jouer le rôle de Lennie. C'était une blague pour se moquer gentiment de Jake. Mais Jake avait trouvé la lecture de Mike remarquable et pas du tout burlesque. Mike savait que ses coéquipiers se montraient de lui mais il avait quand même pris le rôle. Ça n'avait pas plu à l'entraîneur Borman. Mais comme cet entraîneur n'y pouvait rien il en était réduit à se moquer de son meilleur attaquant en l'appelant Clark Gable. Borman était venu se plaindre auprès de Jake. Il ne voulait pas que Jake farcisse Mike de trop d'idées. Jake lui avait répondu qu'il était absolument libre de son opinion car l'opinion, c'est comme le trou du cul, tout le monde en a une.

Jake avait voulu rassurer Mike en lui disant que c'était peut-être une blague pour ses coéquipiers mais pas pour lui. Mike avait pour lui d'être conscient de son talent. Jake fit comprendre à Mike que s'il laissait tomber la pièce alors il laissait tomber toute sa troupe de théâtre. Jake promit à Mike qu'il allait épater tout le monde.

4

La  pièce fut une réussite totale. Le public était en larmes grâce à l'intensité du jeu de Mike, intensité qu'il avait transmise à toute la troupe. Même Borman pleurait. Sous les bravos, Mike s'inclina et quand il se redressa son visage était transfiguré par un bonheur réservé à ceux qui sont parvenus à se hisser au sommet.

Il demanda à Jake de monter sur scène et il l'étreignit.

Alors qu'il écoutait les applaudissements, Jake eut une pensée qui lui assombrit le coeur. À Minsk, au même moment, Oswald était avec Marina. Ils étaient mari et femme depuis 19 jours.

5

trois semaines plus tard, Jake partit pour Dallas pour prendre quelques photos et trois appartements où vivrait Oswald et Marina.

À son retour, il eut une discussion avec Mimi. Elle venait de finir son roman, La Ville assassine. Elle avait bien aimé cette histoire de tueur déguisé en clown. Elle était sûre que Jake trouverait un éditeur.

Mais Mimi pensait que Jake n'était pas fait pour ça. Il était fait pour enseigner. Si son livre était publié, aucune administration scolaire ne voudrait plus l'embaucher.

Mimi lui dit que le talent artistique était plus largement répandu que celui de le faire fructifier. Jake possédait ce talent et en bien plus grande quantité que celui d'écrivain. Il y avait un poste à pourvoir au lycée et Mimi voulait que ce soit Jake qui est le prenne. Elle le pria d'accepter le poste. Quitte à publier son livre sous un pseudonyme. Elle était persuadée qu'il était fait pour enseigner.

Jodie était l'anti-Dallas et voici maintenant que l'une de ses plus éminentes citoyennes lui demandait d'en être un résident permanent. Mais la ligne de partage des eaux approchait. À la prochaine rentrée scolaire en septembre, Oswald serait toujours en Russie mais la famille Oswald ne reviendrait pas aux États-Unis avant le milieu de l'année suivante. Oswald arriverait le 14 juin 1962 au Texas. Alors Jake accepta de prendre le poste pour un an à l'essai

Mimi embrassa Jake. Elle lui annonça qu'elle allait se marier avec Simmons.. Elle invita Jake. Ce serait le 21 juillet. Elle lui annonça enfin qu'elle était malade. Après son mariage, elle partirait au Mexique avec Simmons pour tenter une thérapie qui n'existait pas aux États-Unis.

Elle n'avait peut-être pour huit mois ou un an. Elle avait prendre sa retraite et engager une jeune bibliothécaire. La nouvelle lui était clair s'appelait Sadie Clayton. Mimi voulait que Jake soit particulièrement attentionné envers Sadie, le 21 juillet, car elle ne connaissait personne.

Mimi dite à Jake qu'elle voulait connaître son histoire car elle savait qu'il ne venait pas du Wisconsin. Il avait un accent de la Nouvelle-Angleterre à couper au couteau. Elle s'imaginait qu'il était un extraterrestre en repérage sur la terre. Elle lui demanda si George Amberson était son vrai nom. Il répondit que non. Il en avait changé pour des raisons importantes pour lui mais qui ne serait compréhensible pour personne.

En rentrant chez lui, Jake pensait à Mimi et à sa situation actuelle, il avait des quantités de regrets.

6

Le 21 juillet, Jake fit connaissance avec Sadie. Mimi la lui présenta. Sadie mesurait 1 m 80 et elle était superbement roulée. Ce ne fait pas l'amour au premier regard. Sadie tomba en avant car quelqu'un avait négligé de repousser une chaise pliante sous l'une des tables. Alors, Jake lâcha son gobelet de bière et bondit en avant pour la retenir. Son bras gauche s'enroula autour de sa taille et sa main droite se referma sur le sein gauche de la jeune femme. C'était une entrée en matière pour le moins intime. Jake failli se présentait sous son vrai prénom mais il se retint in extremis. Sadie avait rougi jusqu'à la racine des cheveux. Sadie n'était pas maladroite, elle était sujette aux accidents. Elle s'était retrouvée trois fois coincée dans un ascenseur et une fois dans un grand magasin l'escalator avait avalé une de ses chaussures. Jake lui offrit une bière. Jake avait la conviction qu'ils seraient juste amis et jamais plus que cela quelles que soient les espérances de Mimi.

En se couchant, Jake repensa à Sadie. Plus que le contact de son sein, c'était le poids de son corps dans ses bras qui l'avait ému.

7

Le 27 août, Jake travailla à son roman quand l'entraîneur Bormann et Ellen Doherty, proviseur par intérim du lycée sonnèrent à sa porte. Ils étaient venus voir Jake pour lui apprendre la mort de Mimi. Jake proposa d'organiser une soirée d'hommage au lycée à la rentrée. Ellen lui demanda de s'en charger. Jake repensa à tout ce que Mimi lui avait dit pour le convaincre d'enseigner à temps plein. Elle était de ces membres du corps enseignant dont les jeunes se souviennent longtemps après avoir obtenu leur diplôme, de ces éducateurs qui surgissent parfois à un moment crucial dans la vie d'un lycéen en difficulté et changent les choses pour lui d'une façon décisive. Jake était triste mais il ne pleura pas car il n'avait jamais eu la larme facile.

8

Sadie accepta aussitôt de l'est d'organiser la soirée dommage de la rentrée. Ils cherchèrent des intervenants. Mike accepta de lire le proverbe qui parle de la femme vertueuse et Al Stevens se porta volontaire pour raconter comment Mimi avait donné son nom à sa spécialité maison, le Prongburger. Ils rassemblèrent plus de 200 photos. Sadie ne parla pas de l'échec de son mariage à Jake ni des raisons qui l'avaient poussée à déménager de la Géorgie au Texas. Jake ne lui parla pas de son roman. Ils discutèrent de plusieurs sujets : les livres, Kennedy et sa politique étrangère, le mouvement des droits civiques.

Sadie pensait que l'intégration scolaire des Noirs se ferait dans les années 70. Jake lui dit que ça arriverait plutôt sous l'impulsion de Kennedy et de son jeune frère ministre de la Justice. Ils ne devinrent pas amants mais ils furent amis.

Jake lui dit qu'un jour il serait interdit de fumer au lycée. Sadie lui répondit qu'il avait beaucoup d'imagination en parlant des enfants noirs et blancs scolarisés ensemble et d'une société sans tabac.

Elle lui demanda ce qu'il voyait dans sa boule de cristal. Il lui parla du voyage sur la lune qui arriverait avant l'intégration des Noirs.

Mimi avait dit à Sadie que Jake écrivait un roman.

Pour le diaporama qu'ils préparaient, Sadie et Jake avaient prévu de diffuser la chanson de West Side Story.

Jake proposa à Sadie de l'accompagner au match de football du vendredi. Elle accepta à condition qu'il ne se fasse pas des idées. Elle n'était pas prête pour l'instant.

9

Au match, tout le monde les regarda avec admiration. Jake commençait à tomber amoureux de Sadie. Sans ce qui arriverait au cours de la mi-temps, les choses entre eux auraient pu progresser plus vite qu'elles ne l'avaient fait.

Quand les pom-pom girls incitèrent les supporters à crier le prénom du leader de l'équipe avec la première syllabe de son nom : « Jimla », Jake eut une frayeur. En effet, « Jimla », c'était comme cela que Carton Jaune devenu Carton Orange avait apostrophé Jake.

Sadie se rendit compte que ça n'allait pas et elle eut peur alors pour la rassurer il lui dit qu'il était peut-être en hypoglycémie. Avant de partir chercher deux coca, il embrassa Sadie sur le bout du nez. Jake pensait encore que le passé s'harmonisait avec lui-même.

Il entendait encore la foule crier « Jimla, Jimla, Jimla ! » et il eut envie de plaquer ses mains sur ses oreilles.

Quatrième partie : Sadie et le général.

1

 

Vous vous vous vous la soirée dommage à Mimi eut lieu le jour de la rentrée scolaire. Vous vous vous vous le diaporama sifflerait tout le monde. Ce fut la récitation de Mike qui les émut le plus. Et la chanson de West Side Story finit par les achever. Même l'entraîneur Borman se distingua avec des sanglots déchirants.

Jake choisit 12 hommes en colère comme pièce de théâtre pour cette année. Il eut l'idée d'y intégrer des filles. Il voulait réserver le rôle du juré numéro trois à Mike car il considérait que c'était le meilleur de la pièce.

Il commença également ses préparatifs pour un autre drame, celui de Jake et Lee à Dallas.

2

Le 6 octobre, les Lions remportèrent leur cinquième match d'une saison sans défaite.

Il partit pour Dallas le lundi suivant. Il acheta une alliance chez un prêteur sur gages après quoi, il se rendit chez Silent Mike à la recherche d'un petit appareil d'écoute sans fil prétendant vouloir espionner sa femme infidèle.

Silent lui proposa un gadget électronique ressemblant à un godemiché. Al intérieur, il y avait un micro qui pouvait se brancher sur une lampe. Après quoi, Silent lui proposa un magnétophone japonais à peine plus grand qu'un paquet de cigarettes. Le magnétophone pouvait se brancher au micro.

Jake demanda à Silent de l'aider à installer le dispositif. Il demanda à 180 $ pour le tout. Jake lui conseilla de ne parler de cela à personne. Jake voulut savoir pourquoi on le surnommait Silent Mike. Il répondit que c'était à cause du chant de Noël Silent Night.

3

Selon les notes d'Al, Lee et Marina habiteraient dans deux appartements qui méritaient l'attention de Jake. Le 214 West Neely Street à Dallas et celui de Fort Worth. Jake se rendit à Fort Worth, c'était un entrepôt en parpaings. C'était un endroit crasseux et misérable. Jake offrit cinq dollars à une habitante du quartier pour qu'elle lui donne des informations sur les lieux. Elle payait 50 $ de loyer par mois Jake pensait que cette femme était prisonnière de son temps et de cette rue empuantie par la merde. Jake lui donna encore cinq dollars et lui demanda de l'appeler dès qu’elle serait près de partir. Il lui demanda son nom. Elle s'appelait Ivy Templeton.

En rentrant chez lui, Jake découvrit un message de Sadie. Elle avait besoin de son aide.

4

Sadie voulait que Jake l'aide à surveiller un bal d'adolescents. Borman devait être présent mais il avait dû se décommander au dernier moment parce que sa mère s'était fracturée la hanche.

Il accepta.

5

Le bal avait lieu dans le gymnase du lycée. C'était une soirée Sadie Hawkins, une mode lancée quelques années plus tôt. Le maître de cérémonie de la soirée était Donald Bellingham, un lycéen en classe de première. Il avait emporté deux valises de disques.

Sadie se détendit constatant qu'il n'y avait aucune horde d'envahisseurs venus de Hendreson pour chercher la bagarre. Jake inspecta les alentours du gymnase. Il sépara un couple en train de se peloter et jeta une bouteille d'alcool que Mike, Jim et Vince buvaient. Mike avait honte. Jake leur conseilla de ne pas foutre leur avenir en l'air.

Sentant ses responsabilités d'enseignants monter en puissance, Jake comprit que jamais l'année 2011 ne lui avait paru plus éloignée. C'est à ce moment-là qu'il décida qu'il ne rentrerait jamais.

6

Sadie invita Jake à danser le Madison avec elle. Jake était heureux de danser. Cela faisait tellement longtemps.

Sadie dit à Jake qu'il était chouette. Quand Donald diffusa “ In the mood », Sadie invita Jake à danser le lindy-hop. Les jeunes avaient fait cercle autour d'eux et battaient des mains au centre du plancher verni. Ils dansaient sous les lumières. Jake pensait que la danse, c'était la vie.

7

Jake raccompagna Sadie chez elle. Ils s'étreignirent dans la voiture. Mais elle ne voulait pas aller plus loin avec lui. Elle lui avoua qu'elle n'avait jamais fait l'amour. Alors qu'elle avait été mariée. Elle bondit de la voiture en courant vers sa maison.

8

Jake rentra chez lui. Sadie lui téléphona. Elle avait pleuré. Elle lui parla de son mariage. Elle avait été mariée pendant quatre ans avec un homme étrange John Clayton. Elle n'était pas encore divorcée mais séparée. Elle comptait divorcer à Reno à la fin de l'année scolaire. Elle serait obligée d'y passer six semaines. Jake lui répondit qu'il pouvait attendre. Mais il savait que sa mission allait bientôt commencer. En juin 1962, Lee Oswald rentrerait aux États-Unis. Il vivrait d'abord chez Robert et sa famille puis chez sa mère. En août, il serait à Fort Worth et travaillerait à la Leslie Welding Company à rassembler des fenêtres en aluminium. Sadie lui dit qu'elle n'était pas sûre de pouvoir attendre car elle était vierge à 28 ans.

Elle n'en avait jamais parlé à personne. Jake promit que cela resterait entre eux. Elle ne voulait pas en dire davantage au téléphone et elle proposa à Jake de venir chez elle le lendemain.

Jake resta longtemps éveillé. Il pensait au temps, à l'amour, à la mort.

Chapitre 15

1

Sadie avait demandé à Jake d'aller s'acheter des préservatifs en dehors de Jodie. Il alla jusqu'à Kileen. Le pharmacien ressemblait à M. Keene. C'était probablement une coïncidence. Puis il se rendit chez Sadie avec une nuée de papillons dans l'estomac.

Sadie avait les yeux dilatés, sombres et apeurés. Elle avait peur d'être mauvaise. Ils commencèrent à s'embrasser et a se caresser.

2

Ils firent l'amour. Au bout de quelques minutes elle demanda si c'était fini ou s'il avait encore. Il répondit que ça allait durer encore un peu. Sur la fin, elle se mit à haleter. Ils eurent un orgasme. Elle avait les yeux dilatés, avec une expression de stupeur un peu effrayante. Elle lui demanda combien de temps il fallait compter avant de pouvoir recommencer.

3

Sadie demanda à Jake si c'était un problème pour lui de mettre des préservatifs. Il mentit en répondant que ça ne le gênait pas. Pour lui c'était un corset dans lequel on sanglait sa bite. Sadie lui dit que sa mère lui avait donné un diaphragme pour qu'elle n'ait pas d'enfant ce qui pourrait lui permettre de vivre sur le salaire de son mari et d'économiser un peu elle parla de son mari qui était prof de sciences. Elle l'avait choisi parce qu'il était grand et parce qu'elle le trouvait beau. Elle n'avait jamais eu besoin de son diaphragme. Son mari voulait seulement qu'elle le masturbe et qu'elle utilise un balai.

4

Jake dut partir avant 23:00 pour ne pas éveiller les soupçons des voisins. Ils devraient rester discrets jusqu'au divorce de Sadie. Jake pensait que certaines lycéennes allaient rapidement deviner qu'ils étaient ensemble. Alors Sadie proposa qu'ils aillent dîner à Round Hill pour que les gens s'habituent à les voir ensemble.

 

5

Jake pensait utiliser les préservatifs pour que ce type ne conçoive pas d'enfant. Il trouva sa plutôt amusant en réfléchissant que lui-même ne serait pas conçu avant 15 ans. Penser au futur pouvait être troublant de bien des façons.

6

Le soir suivant, Jake se rendit pour la deuxième fois chez Silent Mike. Mike lui apporta deux lampes ainsi que les deux enregistreurs et des fils. Jake demanda à Mike ce qu'il pensait de Kennedy. Mike répondit que le pays avait besoin de quelqu'un de jeune et que s'il venait à Dallas on ne pouvait être sûr de rien. À sa place, il ne sortirait pas des Etats du Nord.

7

Jake trouva une lettre dans son casier. C'était une invitation de Sadie. Elle faisait référence au fondant au chocolat qu'il avait apporté la première fois où ils avaient fait l'amour. Cela le fit sourire.

8

Il y eut quelques potins sur la liaison de Sadie et de Jake. Mais il n'y eut pas de ragots. Ils ne restèrent jamais chez l'un ou chez l'autre au-delà de 22:00. Ils allaient manger chez Al et Jake l’emmena danser à La Grange. Leur cour amoureuse rappelait à Sadie le film Ariane avec Audrey Hepburn et Gary Cooper.

9

Début novembre, Simmons vint voir Jake chez lui. Il était resté au Mexique plus longtemps qu'on ne l'aurait imaginé. Il avait beaucoup maigri. Il était venu à la demande d'Ellen Dockerty pour parler de la relation qu'il entretenait avec Sadie. Ellen connaissait leur situation l'avait envoyé Simmons pour leur proposer de se rendre aux Bungalows Candlewood, un établissement tenu par un couple de profs homosexuels à la retraite. C'étaient des gens très discrets sur les relations de leurs clients. Simmons y était allé avec Mimi. Simmons lui avoua que Mimi n'avait jamais bien su quoi penser de Jake. Elle l'avait trouvé intelligent un brillant mais elle pensait qu'il n'était pas complètement ici. Simmons avait fini par se renseigner sur les références de Jake. Il avait trouvé l'origine de son diplôme. Mais cela ne changeait rien pour Simmons car il pensait que Jake était un sacré bon prof. Mais Simmons conseilla à Jake de dire la vérité sur ses origines à Sadie.

10

Grâce à Simmons, Sadie découvrit ce que c'était que faire l'amour après le coucher du soleil. Elle avait trouvé ça merveilleux. Ils s’avouèrent tous les deux qu’ils s’aimaient.

11

Lors de leur deuxième visite aux Bungallows Candlewood, Sadie par-là à Jake de son ancien mari. Le seul fait troublant avant leur mariage, c'était le besoin compulsif de son mari d'ordre et de propreté. Il se lavait tout le temps les mains. Jake lui expliqua ce que c'était, du trouble obsessionnel compulsif. John n'avait jamais frappé Sadie mais il lui avait infligé de la violence par d'autres moyens. Il l'obligeait à le masturber et à se laver les mains à l'eau très chaude juste après. Après quoi, il mettait un balai au milieu du lit en guise de séparation entre eux deux. Sadie n'avait pas de droit de transgresser le ballet, c'est-à-dire dépassé la limite. Il ne voulait pas faire l'amour avec elle par peur des microbes et parce qu'il ne voulait pas avoir des enfants dans un monde qu'il trouvait immonde. Il était persuadé que le monde allait exploser à cause de la bombe atomique..

Quand Sadie quitta son mari, ses parents lui en voulurent. Son père finit par comprendre mais pas sa mère. Sadie pensait que son mari ne savait pas où elle vivait à présent et qu'il s'en moquait.

12

Jake s'endormir rapidement et fit un cauchemar. Dans ce cauchemar, il était nu avec Sadie. Tous deux se trouvaient dans une maison vide. Sur un mur quelqu'un avait écrit au charbon : « je vais bientôt assassiner le président ». Au-dessus de leur tête, ils entendaient du bruit. Jake pensait que c'était Frank Dunning ou John Clayton. Sadie pensait que c'était Carton Jaune et qu'il avait amené le Jimla.

13

Sadie réveilla Jake. Il avait parlé dans son sommeil. Il avait dit que Dallas, c'était Derry. Il était 23:45, quelqu'un frappa à la porte. C'était Bud Yorrity, l'un des deux propriétaires. Il était venu lui transmettre un message d'Ellen Dockerty, elle lui apprenait que Vince avait fait un tonneau avec sa bétaillère. Mike Coslaw et Bobbi Jill étaient avec lui. Vince était mort et ses passagers blessés.

14

Jake fut obligé d'annuler sa version de 12 hommes en colère. Tout le lycée assiste à la cérémonie funèbre et à l'enterrement de Vince. La mère de Vince dit à Jake qu'il avait changé sa vie car grâce à lui son fils avait enfin eu la moyenne parce qu'il voulait devenir acteur.

Jake se sentait chez lui chez Al Jodie. L'enterrement de Vince, la saison de football, la vie du lycée, les gens qui lui disaient bonjour dans la rue, Al Stevens qui conduisait Sadie et lui a « leur table », tout cela lui donna nne l'impression d'avoir enfin trouvé un endroit où vivre. Jake pensait qu'on était chez soi quand on dansait avec les autres. Et quand la vie était une danse.

15

Un jour, deux semaines avant Noël, Ivy Templeton téléphona à Jake. Son mari avait été blessé sur un chantier et il ne pourrait plus jamais marcher. Elle proposa à Jake de venir la sauter car elle avait besoin d'argent. Alors, Jake lui proposa de payer ses arriérés de loyer et de rajouter 100 $. Tout ce qu'elle aurait à faire c'était de le retrouver sur le parking au bout de sa rue et de lui apporter quelque chose.

16

Ivy donna une clé à Jake. C'était un double de clé de chez elle. Jake lui offrit sa veste en mouton car elle avait froid. Ivy lui dit que sa fille Rosette avait rêvé de lui dans son cauchemar, la fille voyait Jake dans sa voiture avec un monstre assis sur la banquette arrière le monstre s'appelait Jimla.

Jake ne revit jamais Ivy.

17

Jake rentra chez lui. Le téléphone sonna. C'était Sadie. Elle lui proposait d'aller à la bringue de Noël chez l'entraîneur Borman. Elle voulut savoir où il était passé. Il répondit qu'il était allé à Fort Worth mais il ne pouvait pas lui dire pourquoi.

Elle voulut savoir s'il avait une autre femme et il lui répondit que non. Elle se rendit compte qu'elle ne savait presque rien de lui. Jake accepta l'invitation de Borman. Mais ils ne resteraient qu'une heure, après quoi ils iraient dîner ensemble au Saddle.

Jake sentait que Sadie avait besoin d'être rassurée mais il se sentait également incapable de lui dire toute la vérité.

Chapitre 16

1

La fête de Noël chez l'entraîneur Borman fut un bide. Tout le monde pensait encore à la mort de Vince et Bobbi avait fait une tentative de suicide car elle ne supportait plus la cicatrice sur sa joue, vestiges de l'accident.

Le dîner au Saddle ne fait pas génial non plus. Sadie avait voulu rentrer tôt. Elle disait avoir mal à la tête. Jake ne l'avait pas crue.

Le bal de la Saint-Sylvestre à La Grange fut un peu mieux. Jake put danser avec Sadie. Vous Sadie avait montré de la gaieté toute la soirée mais pourtant Jake n'avait pas senti de sourire sur ses lèvres. Puis, à un moment, Sadie disparut. Jake la trouva dans sa voiture. Elle fumait et pleurait. Elle prétendit que c'était à cause de ses règles. Il la ramena chez elle.

Elle lui demanda s'il avait quelque chose à lui dire. Il lui dit qu'il l'aimait et qu'il n'avait rien fait dont elle puisse avoir honte. Elle lui dit qu'elle ne laisserait jamais un autre homme mettre un balai dans son lit. Voilà comment commença l'année 1962 pour l'homme qui se faisait appeler George Amberson.

2

Jake embarqua dans sa voiture une des deux langues trafiquées et roula jusqu'à Fort Worth. Il se rendit dans l'appartement d'Ivy. Il y avait quatre pièces. Il y avait deux chambres. Dans la plus petite, Rosette avait dessiné des petites filles au crayola sur les murs. L'une d'elles portait un diadème de Miss Amérique. Ivy était partie vivre chez sa mère avec sa fille et son infirme de Marie.

Ce serait dans cet appartement que Lee et Marina entameraient la phase américaine de leur vie commune. C'était là qu'Oswald rencontrerait l'homme que Jake était censé avoir l'oeil. Celui qui avait fait douter Al sur l'entière responsabilité d'Oswald. Cet homme s'appelait George Mohrenschildt et Jake tenait beaucoup à entendre ce que lui et Oswald avaient à se dire.

Jake brancha la lampe sur un vieux bureau dans la salle de séjour. Jake savait que des gens pourraient vivre ici un certain temps avant que les Oswald n'emménagent. Au cas où ils auraient emporté la lampe déglinguée, Jake en avait acheté une deuxième. Jake prit soin de verrouiller la porte et rentra chez lui.

Sadie l’invita à chez elle. Mais les choses avaient changé. Il y avait un balai dans le lit. Un balai invisible mais qui projetait une ombre.

 

3

Parfois, un homme et une femme arrivent à un carrefour et s'y attardent, hésitant à choisir une voie plutôt qu'une autre, sachant qu'un mauvais choix les mènera à la fin… Alors que tant de choses méritent d'être sauvées. Sadie aimait le sexe et c'était une des choses qui contribuèrent à sauver leur couple. Ils dansèrent encore au bal du lycée mais ils ne furent jamais aussi bons que la première fois. La grâce de Sadie s'altérait.

La crise était dans l'air et elle aurait éclaté plutôt sans le Jodie Jamboree. Ce fut leur période de répit, leur chance de prolonger un peu l'aventure et de bien réfléchir à tout avant de se laisser embarquer dans une décision qu'aucun d'eux ne voulait prendre.

4

En février, Ellen Dockerty demanda deux choses à Jake : tout d'abord signer un nouveau contrat pour l'année scolaire 62-63 et mettre en scène la nouvelle pièce des premières et terminales. Jake déclina les deux propositions, non sans un pincement au coeur.

Elle pensait que la raison était le roman que Jake était en train d'écrire. Mais Sadie lui avait dit que Jake se fichait de ce roman. C'était une intuition dont Sadie avait négligé de lui faire part et cela le secoure. Ellen insista pour la pièce que Jake pourrait les dire à Vince.

Jake ne céda pas.

Mike envisageait de prendre le théâtre comme spécialité à l'université. Alors il demanda à Jake de prendre en charge la pièce. Jake lui servit également l'excuse de son roman et Mike n'insista pas. Jake lui conseilla de ne pas faire le con et de se concentrer sur le football et sur ses notes.

Une partie de lui voulait monter cette pièce mais il ne voulait pas devenir plus accro à la vie à Jodie qu'il ne l'était déjà.

De même que toute éventualité d'un avenir durable avec Sadie, sa relation avec la ville devait être mise en suspens.

Même s'il réussissait, il serait peut-être contraint de s'enfuir et dans le cas contraire il risquait fort d'être récompensé de sa bonne action pour le monde par la prison à vie. Ou la chaise électrique.

5

Simmons finit par piéger Jake et le poussa à accepter la mise en scène de la pièce. Un samedi après-midi, Simmons prenait le café chez Jake. Il lui conseilla de terminer son livre et en faire un best-seller puis sur la Belgique à New York. Et puis il avait fait un tel tabac avec Des souris et des hommes que tout ce qu'il pourrait faire ensuite serait probablement une déception par comparaison. L'idée que la deuxième mise en scène de Jake pourrait faire un flop l'avait vexé d'une façon irraisonnée. Cela lui avait rappelé comment Sadie et lui, malgré tous leurs efforts, l'avaient jamais vraiment pu égaler leur première performance sur la piste de danse.

Simmons lui raconta que Ratty Sylvester, le professeur de sciences voulait mettre en scène Arsenic et vieille dentelles. Jake n'avait jamais aimé ce petit enfoiré obséquieux. Il avait envie de le laisser se planter. Mais quand Simmons parla du Jodie Jamboree cela fit rire Jake c'était une sorte de fête où tous les cow-boys et ouvriers agricoles du coin se tartinaient la figure de cirage, chantaient et dansaient et racontaient des blagues en imitant le dialecte des Noirs du Sud. Cela donna envie à Jake. Mais sans qu'on ait besoin de caricaturer des Noirs pittoresques. Il avait envie de voir ce que Mike pourrait faire avec un sketch comique. Alors, il demanda à Simmons de négocier avec Ellen sur une condition. Après quoi, Jake partit voir Sadie.

6

Sadie accueillit la nouvelle avec joie. Elle trouvait que c'était sensationnel. Elle demanda à Jake s'il allait écrire le scénario du Jamboree. Jake répondit qu'il sent occuperait et que cela ne lui prendrait pas longtemps. Il proposa à Sadie d'être la productrice. Elle accepta. Ils étaient tous les deux exaltés. Jake proposa à Sadie de partir à Dallas avec lui pour faire quelques investigations.

7

Ils allèrent à Dallas le lundi. Ils posèrent une montagne de questions et les réponses qu'ils reçurent leur parurent plus que satisfaisantes.

8

Les sketches du Jamboree étaient du style farces avec deux ou trois athlètes sportifs pour exécuter les acrobaties. Ellen Dockerty joie des solos d'enfer de banjo.

Mike et Jim avait convaincu le reste de l'équipe de football de danser un french-cancan fougueux, en jupons et culottes bouffantes. Ils avaient des perruques et ils furent le clou du spectacle.

Le spectacle termina par « In the mood » et l'ensemble de la troupe se dispersa pour danser sur toute la scène du gymnase. Après quoi, il y eut une bataille de tartes à la crème. Les jeunes se rangèrent en ligne de chaque côté du gymnase en appelant Jake et Sadie pour qu'ils effectuent leur fameuse danse et ils acceptèrent. Ils avaient été parfaits pour la première fois depuis la soirée Sadie Hawkins.

Après quoi, les jeunes avaient caché quelques tartes à la crème qu'ils envoyèrent sur Sadie et Jake. Sadie demanda à Jake comment il pouvait quitter tout cela.

9

Ellen Dockerty annonça que le Jodie Jamboree ferait l'objet de trois autres représentations. L'annonce déclencha une vague d'applaudissements. Les bénéfices de ce jamboree seraient versés à Bobbi pour qu'elle puisse se faire opérer à Dallas. Tout le monde applaudit et Bobbi pleurera dans ses mains. Ses parents l'enlaçaient.

Jake ne s'était jamais senti aussi vivant ni aussi heureux d'être entier. La déflagration se produisit deux semaines plus tard.

10

C'était un samedi, le jour des courses. Sadie et Jake avaient pris l'habitude de les faire ensemble au Weingarten. Jake était retourné trois fois dans Mercedes Street prétendant chercher un loyer bon marché parce qu'il venait d'être embauché comme veilleur de nuit. Il avait repéré Mr Hazard avec ses deux enfants et sa mère. Jake pensait à tout cela tout en faisant les courses. C'est ce qui précipita sa chute. Il n'avait pas remarqué que la période d'embellie avec Sadie était terminée. Il était en train de préparer mentalement sa mission à Mercedes Street quand Sadie lui parla et très vite après, la vie de Jodie s'écroula.

14

Sadie demanda à Jake qu'elle était la chanson qu'il avait chantée en conduisant. Il prétendit que c'était une chanson qu'il avait entendue à la radio. Mais Jake avait chanté Honky tonk Women, une chanson qui ne serait pas enregistré avant six ou sept ans et par un groupe qui ne connaîtraient pas le succès aux États-Unis avant encore trois ans. Jake ne savait pas comment il avait pu être aussi stupide. Sadie savait que Jake mentait. Pris sur le fait, Jake se mit en colère. Sadie avait repéré tout un tas d'expression que Jake employait et qui ne correspondaient pas à cette époque. Elle voulut savoir aussi pourquoi Jake avait eu tellement peur de ce stupide chant Jimla au point d'en parler dans son sommeil. Elle voulait savoir aussi pourquoi à Derry était comme Dallas. Elle voulait savoir quand Jake avait été marié, avec qui, pendant combien de temps. Elle voulait savoir où Jake se trouvait avant la Floride parce qu'elle avait su que ses références avaient été fabriquées. Sadie avait l'impression que Jake venait d'un autre univers.

Jake retrouva son calme et en regardant des papiers que Sadie avait laissés sur son bureau relatif à divorce, Jake lui demanda si son ex-mari savait où elle était. C'est à ce moment-là qu'elle décida qu'il était inutile de continuer.

Malgré cela, Jake lui dit que son ex-mari était capable de charmer les gens et qu'il avait certainement su la charmer. Elle lui répondit que ce qu'il y avait eu entre eux était très bien et que ne comprenait pas son attitude. Alors Jake s'en alla. C'est à ce moment-là qu'il se rendit compte de la ressemblance entre Doris Dunning et Sadie. En partant, Jake conseilla à Sadie de se méfier de son ex-mari. Il demanda de lui promettre de faire attention et elle promit. Dans sa voiture, il maudit les Rolling Stones.

Chapitre 17

1

Ellen Dockerty convoqua Jake car l'infirmière du district avait signalé qu'il n'avait aucun carnet de vaccination et aucun dossier médical. Ellen avait donc écrit dans les universités dans lesquelles Jake avait prétendu travailler mais à part celle de Floride les autres répondirent qu'elles n'avaient aucune connaissance de Jake.

Elle lui dit que le conseil d'administration du lycée serait choqué d'apprendre qu'ils avaient engagé un imposteur. Personnellement, elle ne l'était pas. Le travail de Jake avait été exemplaire. Comme Jake n'avait plus de contrats avec le lycée, il valait mieux ne rien dire. Toutefois Ellen pensait que Sadie avait le droit de savoir qui il était vraiment. Jake répondit que Sadie est en danger à cause de son ex-mari. Il demanda à Ellen de chercher une photo de John Clayton pour qu'elle sache à quoi il ressemblait au cas ou il débarquerait et commencerait à poser des questions. Ellen lui dit qu'il avait brisé le coeur de Sadie. Il le savait.

2

fin mai 1962, Jake était à Mercedes Street. Avec le propriétaire des lieux, Jay Baker. Jake se présenta comme veilleur de nuit.

Jake ne pouvait pas croire qu'il allait habiter dans une vieille bicoque au milieu de cette rue désolée. Il ressentait déjà la nostalgie de Jodie.

3

le dernier jour de classe, Jake discuta avec Danny Laverty. Danny avait fait la guerre. Envie dans son casier, Jake découvrit une lettre de Sadie. Dans cette lettre, elle le remerciait de lui avoir montré combien les choses pouvaient être bonnes. Elle lui demandait de ne pas passer lui dire au revoir.

Jake se rendit quand même à la bibliothèque. Elle était fermée.

4

Jake était sur le point de s'en aller définitivement quand Mike et Bobbi lui offrirent un cadeau. Bobbi l’embrassa et le remercia. Ils lui dirent qu'ils ne l'oublieraient jamais. Jake trouvait ça bien même si ça ne compensait pas la bibliothèque fermée. Le cadeau était un écrin en bois. C'était pour le livre que Jake était en train d'écrire. Il y avait aussi un stylo plume Waterman avec les initiales de George Amberson.

Jake et les remercia. Bobbi lui avoua qu'elle trouvait cela triste qu'il se soit séparé de Sadie. Jake avait été très touché du cadeau et du fait que Mike et Bobbi l'aient attendu pour lui dire au revoir. Il avait une boule dans la gorge mais les yeux secs.

5

Jake avait du mal à supporter les cris des enfants et les lamentations de leurs mères à Mercedes Strret ainsi que le bruit des voitures et le beuglement des radios. Bien souvent, Jake voyait les flics débarquer. Une fois, Jake vit une femme au visage ensanglanté. Elle lui fit un doigt d'honneur. Jodie l'avait comblé spirituellement. À présent, il avait du temps pour déplorer l'état de sa voiture naguère si classe. Mais il avait surtout du temps pour penser à Sadie. Jake avait envie d'aller tout lui raconter mais comment pourrait-il la convaincre qu'il venait du futur. Comment pourrait-il la convaincre que le président Kennedy allait être assassiné. Il en savait pas mal sur Oswald, mais c'était tout. Il n'avait pas eu le temps de potasser l'histoire des États-Unis pour cette période. Et même s'il réussissait à la convaincre qu'il n'avait pas envie de l'entraîner avec lui dans la gueule du loup. Un matin, Jake vit qu'un gosse en mal d'amusement avait lardé de coups de couteau les pneus de sa voiture.

6

Le 14 juin, Jake écouta la radio. Kennedy préparé un voyage officiel au Mexique pour la fin du mois. Il partit pour l'aéroport. Il attendit l'avion d'Oswald. Jake vit Sadie. Elle quittait le Texas pour entamer ses six semaines de résidence à Reno. Jake ne fut pas surpris. C'était encore ce phénomène de convergence. Il avait envie d'aller lui parler mais la couverture du Time qu'il avait acheté le ramena à sa mission. Il y avait Jacqueline Kennedy en couverture. Alors Jake se rassit et regarda Sadie se diriger vers le comptoir Frontier Airlines puis s'en aller.

7

L'avion d'Oswald venait d'atterrir. Le frère d'Oswald l'attendait. Il était venu avec sa femme et ses enfants. Jake aperçut Oswald et Marina. Marina portait son bébé, June. En regardant Oswald, Jake avait l'impression que c'était le parfait « marine » dans sa chemise blanche repassée, son pantalon kaki et ses chaussures cirées.

Il avait tout juste 22 ans et paraissait plus jeune.

Marina était très belle. Elle avait une expression vaguement mélancolique.

Jake remarqua qu'il lui manquait une dent. Oswald était énervé contre sa femme. Son frère, Robert, essayer de le calmer. À ce moment-là, Oswald dit à Marina qu'elle était arrivée aux États-Unis d'Amérique, terre de la liberté et pays des couillons.

8

Rentré chez lui, Jake n'arriva pas à dormir. Depuis qu'il était seul, il devisait avec Al Templeton. Pour un homme mort, Al avait toujours beaucoup à lui dire. Jake avait peur de brancher le magnétophone au micro au risque de se faire prendre par Oswald. Alors Jake se répondait lui-même par l'intermédiaire d'Al et il se conseillait de se renseigner sur George de Mohrenschildt. Si ce dernier n'était pas impliqué dans l'attentat contre le général Walker, la fenêtre d'incertitude se refermerait. Mohrenschildt était la clé de toute l'affaire. C'était un géologue pétrolier qui menait une vie de playboy grâce à l'argent de sa femme. C'était un exilé russe. C'était l'homme qui allait devenir le seul ami de Lee Oswald. Il avait conseillé à Oswald de tuer le général Walker. Al avait écrit dans son carnet que si Oswald était seul le soir où il avait essayé de tuer Walker, les chances qu'il y ait eu un autre tireur impliqué dans l'assassinat de Kennedy sept mois plus tard chutaient quasiment à zéro.

Au-dessous de cette remarque, en lettres capitales, Al avait ajouté son verdict définitif : suffisant pour liquider ce fils de pute.

9

Jake avait mis des doubles rideaux à ses fenêtres pour pouvoir espionner sans être vu. Cela lui rappelait le film Fenêtre sur cour. Il acheta des jumelles ce qui lui permit d'observer le séjour cuisine d'en face comme s'il s'y trouvait.

Il lui fallait maintenant brancher le magnétophone à la lampe.

10

Le 4 juillet dans Mercedes Street fut animé. Les hommes, en congé, écoutaient la radio en buvant de la bière. Des enfants lançaient des pétards sur les chiens errants. À 22:00, un gamin mit le feu à une vieille voiture. Les pompiers débarquèrent pour éteindre le début d'incendie et tout le monde sortit pour voir ça.

Jake souffrait de solitude et de nostalgie alors il téléphona à Ellen Dockert pour avoir des nouvelles de Sadie. Sadie travaille comme serveuse et avait demandé des nouvelles de Jake. Ellen lui avait dit que Jake était parti et qu'il était très occupé avec son livre. Sadie avait décidé de passer les vacances à Reno Pasquet était bien payé avec les pourboires. Ellen avait demandé à Sadie une photo de John Clayton. Mais Sadie avait répondu qu'elle n'en avait pas. Elle avait refusé d'en demander une à ses parents pour ne pas leur donner de faux espoirs car ils n'avaient jamais tiré un trait sur son mariage.

Sadie avait dit à Ellen que les craintes de Jake étaient disproportionnées.

Ellen pensait que Sadie avait encore des sentiments pour Jake et qu'il n’était peut-être pas trop tard pour réparer ce gâchis.

Ellen proposa à Jake et de revenir à Jodie et il accepta.

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23 juillet 2019

Le confident

confident

Le confident (Hélène Grémillon).

Paris, 1975.

Camille Werner venait de perdre sa mère. Dans sa vie, elle n'avait jamais reçu beaucoup de courrier. Sa mère lui avait épargné la lecture des lettres de condoléances qu'elle avait reçues suite à la mort de son mari. Le père du Camille s'était illustré pendant la guerre d'Indochine.

Camille avait un frère. Après la mort de leur mère, ils voulurent se débarrasser de la maison familiale. Camille était persuadée que son père s'était suicidé et l'avait dit à sa mère. Camille avait reçu la médaille militaire de son père. Sa mère tenait à lui donner.

Camille lut les lettres de condoléances reçues après la mort de sa mère. Elle ne répondit pas à tout le monde et personne ne lui en tenu rigueur. La mort accepte tous les écarts de politesse.

Parmi toutes ces lettres, Camille remarqua en particulier une lettre beaucoup plus épaisse et plus lourde que les autres. Elle avait été envoyée par Louis. Elle la lue.

Annie avait toujours fait partie de la vie de Louis. Ils avaient deux ans d'écart.

Louis voyait Annie à l'école, pendant les promenades et à la messe. Pour Louis le meilleur terreau de l'ennui, c'était la messe. Mais un dimanche, Louis eut peur de mourir alors il pria Saint Roch. Le dimanche qui suivit, Louis ne voulait pas aller à la messe. Il pensait que cette fois la mort ne le raterait pas.

Mais il y alla quand même et comprit quelle avait été l'origine de son trouble une semaine plus tôt. C'était l'absence d'Annie à la messe. Louis était amoureux d’Annie depuis ses 12 ans.

La mère de Louis tenait la mercerie du village. La mère d'Annie y passait la moitié de sa vie car elle passait son temps à coudre. Un jour, Louis réalisa qu'il ne connaissait de la peau d'Annie que ce que son visage ses mains et ses pieds pouvaient lui en offrir. Exactement comme pour les poupées de porcelaine. Annie était asthmatique et venait se faire soigner par le père de Louis qui était médecin.

Elle venait toujours toute seule en consultation. Toute ressemblance étant réciproques, les poupées de porcelaine que Louis voyait lui faisait penser à Annie. Alors, il les volait. Mais il se rendait bien compte qu'elles ne ressemblaient pas du tout à Annie alors il allait à l'étang et faisait couler les poupées en leur attachant des pierres aux pieds.

Louis se croyait à l'abri de l'histoire alors que pendant son enfance il se passait plein de choses dont il se fichait éperdument. En Allemagne, Hitler devenait chancelier et Brecht et Einstein s'enfuyaient pendant que Dachau se construisait.

Camille mit plusieurs jours à lire la lettre de Louis. Elle pensa que c'était une erreur car elle ne connaissait pas de Louis ni d'Annie. Mais pourtant la lettre avait bien été adressée à son nom. Peut-être s'agissait-il d'un homonyme. Le dénommé Louis se rendrait bien compte qu'il s'était trompé. Mme Merleau, la concierge, s'était rendue compte que la déferlante de courrier que Camille avait reçue était signe d'un deuil.. Elle lui avait glissé un petit mot, en cas de besoin, elle serait là. La concierge allait lui manquer. Camille allait déménager. Sa mère aurait été heureuse de savoir que Camille déménageait car elle n'aimait pas cet appartement. Camille allait avoir la concierge pour le remercier de son petit mot. Avant d'être conservé, Mme Merleau avait été locataire de l'immeuble. Elle était arrivée très peu de temps après Camille. Elle donnait des leçons de piano. Et puis un jour, Mme Merleau ne donna plus de leçons et devint la concierge de l'immeuble. Elle avait des rhumatismes articulaires aigus. Elle finirait par perdre le contrôle et la mobilité de ses doigts et ne pourrait plus s'en servir pour jouer du piano. En quelques semaines, elle allait perdre la précieuse maîtrise que ses mains avaient mis tant d'années à acquérir.

Cette nouvelle l’avait complètement anéantie.

Mme Merleau avait renversé du café sur l'épaule de Camille et s'excusa. Camille avait complètement oublié de lui dire qu'elle déménageait mais au moins écouter Mme Merlea parler de ses problèmes de rhumatismes lui avait évité de parler de sa mère.

En rentrant chez elle, Camille fut surprise de ne pas trouver de lettres dans sa boîte, s'en était déjà fini des condoléances. Mme Merleau-Ponty avait tout rangé et du plus avait lavé et repassé le linge de Camille. Elle avait pris le courrier de Camille et l'avait déposé sur la table. Camille fut prise d'émotion mais en découvrant une nouvelle lettre de Louis son attention fut détournée.

Louis reprenait son histoire là où il s'était arrêté.

Louis et Annie étaient dans la même école. En bas, c'était l'étage des filles, et en haut celui des garçons. Louis haïssait ces étages. D'autant plus qu'avant les filles étaient en haut. Son cousin Georges lui avait dit qu'il voyait les petites culottes des filles qui descendaient l'escalier quatre à quatre et qu'il admirait cet arc-en-ciel de culottes déferlant miraculeusement par tous les temps. Leur reluquage  graveleux n'avait pas échappé à la directrice et les garçons finirent par atterrir en haut.

Un jour béni, Louis se brisa le tibia. Le lendemain soir, Annie se présentait à la porte de sa chambre. Elle s'était portée volontaire pour lui faire suivre ses devoirs. Elle avait affronté les sarcasmes de ses camarades qui l'avaient désignée comme l'amoureuse de Louis.

Louis savait qu’Annie était passionnée par la peinture alors il demanda à sa mère d'emprunter des livres sur ce sujet à la bibliothèque. Il les lus pour impressionner Annie. En lui parlant de sa passion, Annie l'écoutait attentivement sans jamais s'étonner que Louis sache tout cela. Pendant ce temps-là, Hitler rejetait la suprême clause militaire du traité de Versailles et un Noir américain fut couronné aux jeux olympiques de Berlin.

Camille était persuadée que Louis se trompait de destinataire. Mais elle n'avait aucun moyen de remonter jusqu'à lui pour lui renvoyer ses lettres. Il n'avait pas noté d'adresse au dos de l'enveloppe.

Les lettres de Louis ne commençaient jamais par « Mademoiselle » ou « chère Camille ». De plus, il n'y avait pas d'indication de lieu ni de date en entête. Le Louis en question ne s'adressait semble-t-il à personne.

Camille reçut un appel téléphonique en pleine nuit. C'était Pierre.

Pierre était le frère de Camille. Il lui demanda si elle se rendait compte qu'à présent ils étaient orphelins. Cela l'empêchait de dormir. Alors elle accepta qu'il vienne la voir.

Selon Louis, ce ne sont pas les autres qui nous infligent les pires déceptions, mais le choc entre la réalité et les emballements de notre imagination.

Annie et lui faisaient toujours la route ensemble de l'école à la mercerie. Ils ne partaient pas en même temps mais la distance qui les séparait se réduisait au cours du chemin. Des années plus tard, le jour de leurs retrouvailles, le 4 octobre 1943, à Paris, Annie avait ri en lui faisant remarquer que c'était toujours lui qui tenait les deux rôles, soit il la rattrapait, soit il la laissait le rattraper. En tout cas elle n'avait jamais modulé son pas, elle le jurait.

Louis appelait ces trajets leurs « promenades en amoureux ». Il avait eu très longtemps l'espoir être avec Annie. Mais quand il l’avait retrouvée, elle était mariée. Il lui demanda si elle était heureuse. Elle lui répondit qu'il avait toujours été le premier. Le premier à l'avoir embrassée, premier à lui avoir caressé la joue, les seins, le premier qui sut que sous ses jupes, parfois, elle ne portait rien.

Peut-être qu'Annie espérait que Louis lui pardonnerait tout ce qui ne s'était jamais passé entre eux. En fait, Annie avait commencé à changer quand elle s'était mise à fréquenter cette Mme M.

Louis n'avait pas vu Annie pendant trois ans. À aucun moment il n'avait imaginé qu'elle puisse habiter Paris, comme lui. Ces retrouvailles lui semblaient trop belles pour être vraies.

Il eut envie d'elle. Elle lui demanda s'il se souvenait des M. Comment pouvait-elle lui poser cette question.

Camille appela à la poste dès le lendemain matin pour savoir s'il y avait un moyen de savoir d'où venait les lettres qu'elle recevait. Mais la réponse avait été claire : il n'y avait aucun moyen de le savoir.

Elle pensait qu'il devait exister une autre Camille Werner qui attendait ces lettres. C'était elle qu'elle devait retrouver. Alors elle se lança dans une grande chasse aux homonymes.

Elle téléphona à tous les Werner de l'annuaire mais aucun ne connaissait une certaine Annie et aucun n’avait une Camille dans sa famille..

Le mardi suivant, une nouvelle lettre de Louis arriva. L'odeur du papier rappelait quelque chose ou quelqu'un à Camille. Mais elle n'arrivait pas à savoir quoi.

Les M. étaient un jeune couple très fortuné. Ils avaient hérité très jeune. Ils avaient choisi de s'installer à L'Escalier pour le plus grand malheur de Louis. L'Escalier, c'était le nom donné à une belle demeure qui se dressait au milieu du petit village où habitait Louis. Cette maison appartenait davantage à l'inconscient collectif qu'un quelconque propriétaire. Quand le couple M. s'y installa, ce fut comme un viol, tout le monde se sentit spolié par l'intrusion de ces étrangers.

Tout le monde, sauf Annie qui se réjouit de l'occasion de peindre de nouvelles toiles.

Annie peignit l'emménagement du couple. Elle montra ses toiles à Louis qui les trouva réussies. Mais elle trouva qu'elle avait raté l'homme. Il boitait et ça ne se voyait pas sur sa toile.

Elle n'avait pas vu qu'elle avait peint un landau et un berceau. Alors Louis lui fit remarquer que c'était une famille qui allait s'installer. Louis remarqua que le pinceau d'Annie courait déjà autour d'un enfant pris dans les jupes de sa mère.

Quand Louis cherchait le pourquoi de ce drame, il en arrivait toujours à la même conclusion, si Annie n'avait pas eu le goût de la peinture, rien de tout cela ne serait arrivé.

Mme M. avait été attirée par une jeune fille qui peignait et c'était pour cela qu'elle l'avait invitée à entrer quelques minutes chez elle. Le village entier  essaya de trouver des raisons à cette amitié contre nature entre cette bourgeoise et leur petite Annie. Les riches aiment les artistes fut l'explication finalement retenue par le bon sens populaire.

Tout le monde finit par tirer une certaine fierté de cette relation. Tout le monde, sauf Louis. Annie perdit toutes ses autres habitudes, dont Louis. Elle lui donna aucune explication de son détachement.

En 1943, Annie avoua quelque chose à Louis. Elle raconta ce qui s'était vraiment passé chez les M. Louis était le seul à qui elle pouvait le dire.

Camille était éditrice. Il y avait quelque chose de littéraire dans la lettre de Louis. Elle pensait que les lettres de Louis lui étaient bien destinées mais que c'était tout simplement un auteur qui lui envoyait son manuscrit par ce biais. C'étaient les morceaux d'un livre qu'elle recevait semaine après semaine. C'était culotté mais pas bête. Camille se demanda si c'était quelqu'un qu'elle connaissait qui lui envoyait ces lettres. Ça ne pouvait pas être mal Annie, la petite stagiaire de la maison d'édition. Elle était trop jeune et en plus elle était trop jolie pour écrire comme ça. Son correspondant avait les manies d'un tueur en série. Il envoyait toujours ses lettres le même jour. À cette période, Camille trouvait encore les lettres distrayantes, presque amicales. Elle avait envie de connaître la suite. Elle n'imaginait pas un seul instant ce qui l'attendait.

Annie se sentait bien chez les M. Mme M. lisait, à voix haute. Elle faisait tous les personnages. Annie se sentait bien en sa compagnie. Ça ne lui était jamais arrivé avec personne. Elle était généreuse avec Annie. Elle avait mis une pièce entière à la disposition d'Annie. Elle avait même demandé à un ami de donner des cours à Annie. Alberto était un peintre formidable et un formidable sculpteur. Annie remarquait que Mme M. n'était pas heureuse mais sans savoir pourquoi. Un jour, Annie vit les M. se disputer. M. M. ne reconnaissait plus sa femme et ne comprenait pas pourquoi elle se coupait du reste du monde.

Il reprocha d'être en train de devenir pire que celle qu'elle fuyait. Quand Mme M. réalisa qu’Annie avait tout entendu elle lui reprocha d'écouter aux portes. Alors Annie s'enfuit mais Mme M la rattrapa et s'excusa. Annie accepta ses excuses mais le regretta par la suite.

Après cette dispute, elles se mirent à se parler davantage. Elles avaient presque 10 ans d'écart mais ça ne les séparait pas vraiment. Elles se mirent à lire les journaux. Elles finissaient toujours par le courrier des lecteurs. Elles ne comprenaient pas comment ces femmes pouvaient raconter leurs problèmes à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.

Mme M. ne supportait pas les réponses de la journaliste. Annie était surprise car d'habitude le courrier des lectrices les faisait plutôt rire.

Annie pensait que Mme M n'était pas malheureuse par nature mais pour quelque chose de précis.

Annie proposa à Mme M d'écrire une lettre à la journaliste qui signait « Marie-Madeleine » pour lui dire tout le mal qu'elles pensaient de ses conseils.

Alors elles écrivirent à « Pourrie-Baleine » comme elles la surnommèrent.

Mais elles n'envoyèrent jamais les lettres. Le simple fait de les écrire les amusait.

Un jour, Annie arriva à l'escalier en pleine crise d'asthme. Elle pensait qu'elle allait mourir car elle saignait. Mme M sourit car elle aussi n'avait rien osé dire à ses parents le jour où ça lui était arrivé. Pour calmer la douleur, elle avait demandé à Sophie (sa servante) de lui faire couler un bain chaud. Annie était surprise par ce qui sortait de son ventre. Mme M entra dans la baignoire souillée de sang dès qu'Annie en sortit. Annie en fut gênée. C'est à ce moment-là qu'elle sut que Mme M avait tout lui raconter.

Tout avait commencé juste après leur mariage. La mort brutale de leurs parents les avait terrassés. Ils étaient malheureux et noyés sous de lourdes responsabilités. Son mari ne voulait pas reprendre les affaires familiales. Il avait décidé de tout vendre. Et puis leurs réflexes d'héritier s'étaient déclenchés, à quoi leur servait leur fortune s'ils n'avaient personne à qui la léguer ?

Mais au bout de deux ans il n'avait toujours pas d'enfant. Mme M était désespérée. Elle avait fini par s'infliger une véritable torture mais elle ne tomba jamais enceinte. Elle s'était installée à L'Escalier pour s'éloigner de ces atroces souvenirs.

Annie avait voulu rassurer Mme M en lui disant qu'un jour, ça pouvait marcher, que ses parents, eux aussi, avaient attendu très longtemps avant de l'avoir.

Mais Mme M n'avait pas répondu.

Alors Annie trouva enfin le moyen de remercier Mme M pour tout ce qu'elle avait fait pour elle. Elle écrivit à haute voix à Pourrie-Baleine : « une femme que j'aime de tout mon coeur ne peut pas avoir d'enfants. Moi je n'en veux pas. La seule chose qui compte dans ma vie, c'est la peinture. Alors j'aimerais porter le sien. Comme ça, à mon tour, je pourrais lui offrir ce qui lui manque ».

Mme M se mit à pleurer. Elle répondit que la jeune fille qui écrivait cette lettre était d'une extrême gentillesse mais qu'elle ne savait pas ce qu'elle disait et que Pourrie-Baleine n'allait pas manquer de la ramener à la réalité.

Deux mois plus tard, Mme M dit à Annie qu'elle était d'accord. Mais à présent, cette idée lui semblait un peu folle. Elle se dit que le mari de Mme M n'accepterait jamais. Mais le mari était d'accord. Annie n'en revenait pas qu'il soit d'accord. Elle voulut remettre au lendemain. Elle ne voulait pas faire l'amour avec quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Mais Annie tomba enceinte avec l'efficacité d'une vierge.

Annie dut quitter le village le temps de sa grossesse. Elle pensait qu'elle pourrait revenir après avoir accouché. Elle ne pouvait pas croire que les choses ne seraient pas aussi simples.

En 1943, Annie venait de raconter cette histoire à Louis. Elle avait écrit cette histoire dans une lettre à ses parents mais il ne l'avait jamais reçue.

Sophie n'avait jamais posté la lettre. Louis était jaloux et il agressa Annie. Il lui dit que M. M n'avait pas eu plus de chance que lui. Décidément, une seule fois, c'était leur lot à tous avec elle.

Annie pleura. Et pour une fois, Louis s'en fichait. Il ne pensait qu'à lui et il voulait lui faire payer son dépit amoureux.

Annie ignorait que Sophie avait bel et bien tenu parole et que sa mère avait bel et bien reçu la lettre. Alors, Louis connaissait déjà l'histoire. La mère d'Annie lui avait montré la lettre. Louis recopia un les feuilles dans un cahier. Il avait décidé de ne pas lire la lettre en intégralité à la mère d'Annie. Eugénie était trop fragile pour subir un tel choc. Annie était enceinte du bébé d'une autre. Eugénie ne le supporterait pas. Louis pensait sincèrement agir pour le bien de tout le monde. Il avait laissé la lettre sous la pluie et avait menti en disant à Eugénie qu'il avait oublié la lettre sur son bureau avec la fenêtre ouverte. Alors il avait inventé un autre contenu et Eugénie le crut.

Eugénie ne savait pas lire et avait toujours réussi à le cacher. Mais quand son mari avait été arrêté, elle n'avait plus d'autre choix que de demander à Louis de lire les cartes qu'elle recevait d'Annie.

Camille eut une impression désagréable, l'auteur de ces lettres s'adressait donc vraiment à quelqu'un. Elle comprit qu’elle avait peur.

Louis s'en voulut avoir voulu changer le cours des choses. Mais il venait à peine de retrouver Annie et il n'aurait pas supporté de la perdre à nouveau en lui avouant la vérité.

Et puis il aurait été obligé de trahir Eugénie en avouant que la mère d'Annie ne savait pas lire.

Louis se rappela de la fois où il avait fait l'amour avec Annie. Cela avait été rapide. Elle avait vite rabaissé sa jupe et lui relevé son pantalon. Une fois rhabillés, il s'était senti mieux l'un et l'autre et surtout l'un avec l'autre.

Il regretta de n'avoir pas pu l'empêcher de se rendre à ce rendez-vous avec Monsieur M.

Rien de tout cela ne serait arrivé. Il comprit que si elle avait été enceinte avec l'efficacité vierge, c'est qu'en réalité elle était déjà enceinte avant et qu'il était donc le père de l'enfant qu'elle avait eu. Il en était sûr en se rappelant à quel moment elle était partie avec Mme M. C'était au lendemain de Noël.

Annie revint avec un cadeau d’Alberto qu'elle voulait montrer à Louis. C'était une statuette de femme tout en longueur assise sur une sorte de chaise, les mains écartées autour du vide comme si elle tenait un objet invisible devant son ventre.

Puis elle lui proposa d'aller aux bains municipaux. Elle poursuivit son récit.

Mme M avait tout prévu. Elle s'installa avec Annie le temps de sa grossesse dans leur maison de Paris. Elle avait fait croire au village qu'elles partaient à Collioure. Mme M proposa à Annie d'avertir ses parents. La mère d'Annie était trop triste pour donner le change. Mais son père avait demandé à Annie si elle avait vraiment envie de partir là-bas et Annie avait répondu oui alors le père d'Annie avait demandé à Mme M de quitter sa maison sur-le-champ.

Le père d'Annie accusa sa fille de les abandonner pour une bourgeoise enceinte d'un capitaliste. Annie n'arrive pas à les rassurer. Les dernières semaines avant son départ avaient été délicates. Son père lui avait offert un chevalet à Noël et il n'avait pas voulu qu'elle l'embrasse pour lui dire merci. Elle partit le lendemain de Noël. Pendant le trajet Mme M lui expliqua que personne ne devait se douter de sa présence. Elle devrait rester tous les jours dans sa chambre. Annie pensait découvrir Paris. Mme M était pleine d'une joie de vivre qu'Annie ne lui connaissait pas. Elle sortait beaucoup et racontait à Annie ce qu'elle faisait. Annie la trouvait attentionnée.

Annie avait des idées noires et ne savait plus quoi peindre. Mme M avait accroché un plan de Paris dans la chambre d'Annie pour qu'elle ne se sente pas trop loin de tout. Mme M a rapporté également à Annie des cartes postales de Paris et lui avait promis qu'elle se promènerait dans la ville après l'accouchement. Elle faisait des tas de projets pour l'avenir, « pour après », comme elle disait. Annie aurait dû essayer d'y voir plus clair dans son jeu mais ne pouvait pas se douter un seul instant de ce que Mme M préparait. Elle était vraiment très gentille avec Annie. Mme M avait apporté un chaton pour quelle se sente moins seule. Annie avait appelé le chat Alto.

Mme M avait aussi installé la TSF dans la chambre. Mais Annie remarqua que Mme M n'arrêtait pas de lui donner des conseils. Ce qui était bon ou pas bon pour son bébé, c'était tout ce qui l'intéressait.

Mme M copiait tous les gestes d'Annie. Annie détestait ça. On aurait vraiment dit qu'elle était enceinte. En tout cas, dans son entourage, tout le monde le croyait. Plus Annie répondait à toutes les questions de Mme M plus elle s'éloignait de sa promesse. Peut-être que cette idée de faire un enfant pour une autre n'était qu'une illusion depuis le début.

Annie avait proposé des prénoms pour l'enfant à Mme M qui était d'accord. Elle voulait un enfant. Pas un prénom. Annie aurait voulu reprendre sa parole mais elle savait que c'était impossible. Elle avait envie de s'enfuir. Mais elle savait ce que l'on pensait des filles-mères.

Le véritable malheur, c'est qu'au fond d'elle, Annie était persuadée que son enfant aurait plus de chances d'être heureux dans le monde de Mme M que dans le sien.

Mme M rassurer Annie en lui expliquant qu'elle pourrait rester avec elle jusqu'au retour de son mari et peut-être même après. Elle serait la nourrice de l'enfant et plus tard, quand l'enfant serait en âge de comprendre, on tacherait de lui expliquer. Annie avait besoin de croire ce que lui disait Mme M car elle ne pouvait plus supporter l'idée de perdre son enfant.

Pendant tout son séjour à Paris, Annie ne reçut aucune lettre de ses parents. Son père voulait la punir d'être partie.

Mme M disait à Annie que ses parents allaient bien. Annie écrivait à ses parents mêmes s'il lui était difficile de trouver un sujet de conversation car il fallait qu'elle fasse comme si elle était à Collioure et surtout comme si elle n'était pas enceinte.

Ses parents croyaient que ces lettres faisaient partie d'un colis que Mme M envoyait à Jacques. Tout ça pour éviter que le cachet de la poste les trahisse.

Mme M avait réussi à se procurer une vingtaine de cartes postales de Collioure. Elle lisait les lettres d'Annie avant de les donner à Jacques. Annie l'appelait la Giraudoux de son courrier car elle censurée tout ce qu'elle pouvait écrire comme Jean Giraudoux censurait les médias français à cette époque.

Souvent Mme M scrutait le ventre d'Annie. Cela la troublait. Annie finit par répondre aux questions de Mme M en mentant. Elle prétendait ne pas sentir l'enfant ce qui était très faux. Elle s'imaginait alors Mme M répondre aux interrogations sur sa prétendue grossesse en disant qu'elle ne ressentait rien et ainsi provoquer le regard méfiant que les femmes pouvaient lui lancer.

La seule chose qu'Annie pouvait peindre c'était son corps. Mais elle savait que Mme M ne supporterait pas ça. Alors elle se dépêchait de recouvrir ses peintures par autre chose. Cette sinistre comédie durera 174 jours. Pendant cette période elle fut quasiment en prison sauf une période de 16 jours au cours de laquelle Mme M avait emmené Annie dans un moulin. Annie avait retrouvé un peu d'inspiration pour sa peinture. Mme M restait à l'intérieur et sursautait au moindre bruit comme si elle avait peur d'être découverte.

Annie dormait avec Mme M. Mme M était agitée et parlait pendant son sommeil. Annie avait envie de l'étouffer avec son faux ventre, de lui arracher tous ses linges menteurs et lui enfoncer dans la bouche jusqu'à ce qu'elle meure.

Annie se confiait à Sophie. Elle se plaignait de la puanteur de Mme M qui transpirait pendant son sommeil. La nuit suivante, Mme M ne dormit pas avec Annie. C'est Sophie qui prit sa place. Deux mois plus tard, Annie accoucha. Mme M était entré dans sa chambre en tenant une poupée qui disait maman. Une violente contraction avait alors saisi Annie.

Camille avait de nouveau pris un peu de recul par rapport à cette correspondance. Elle était persuadée qu'il s'agissait d'un roman, certainement des mémoires. Camille avait souvent remarqué qu'une naissance appelle une mort comme s'il y avait un numerus clausus des âmes sur terre. Sa mère était morte quatre jours après qu'elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte. Sa mère s'était tuée sur une route de campagne. Camille était enceinte de Nicolas mais elle lui avait caché sa grossesse. Elle savait qu'il ne voulait pas d'un enfant. Elle avait 35 ans et la nature n'allait pas l'attendre. Alors elle avait décidé de garder l'enfant. La mère de Camille avait compris même si elle avait dit à sa fille que c'était mieux d'avoir un enfant à deux.

Alors Camille s'était promis d'en parler à Nicolas.

Pendant son accouchement, Annie eut la pire crise d'asthme de toute sa vie. C'est Sophie qui l'accoucha. Mme M n'avait pas voulu chercher un médecin. Elle aurait préféré voir Annie et son bébé crever plutôt que de voir son secret découvert.

Le bébé était une petite fille prénommée Louise. Annie avait compris jusqu'où Mme M était capable d'aller. Si elle était capable de laisser Annie mourir, elle était aussi capable de la tuer.

Elle en parla à Sophie qui veillerait à ce que Mme M n'approche plus des repas d'Annie.

Louise était née le 16 mai 1940.

Annie avait alors écrit une lettre pour ses parents qu'elle avait confiée à Sophie. Sophie avait juré de le faire. Plus tard, Annie crut que Sophie n'avait jamais posté la lettre. Parce qu'elle naimait bien ses patrons qui avaient même réussi à la faire naturaliser, elle était juive.

Annie et Mme M étaient devenus des ennemies silencieuses. Quand Annie allaitait son bébé, elle sentait le regard jaloux de Mme M. Annie était obligée de laisser Mme M s'occuper du bébé. Quand Annie commença à se remettre de l'accouchement, Louise avait presque un mois. Mme M avait noyé Alto, le chat d'Annie. Annie l'avait retrouvé dans la baignoire pleine de sang. Mme M en était venu à penser qu'Annie était folle à lier, qu'elle n'avait jamais eu du bébé et qu'elle voulait lui voler le sien. Annie comprit que Mme M tuerait Louise plutôt que de la perdre. Annie découvrit que les Allemands venaient d'arriver à Paris. Mme M ne lui avait pas dit.

Avis que les Allemands clouaient déjà leurs pancartes en allemand pour indiquer les directions. Des soldats accrochaient les drapeaux nazis. Les croix gammées commençaient à flotter partout. Annie voulut trouver Alberto. Elle se souvenait que Mme M lui avait montré ou il habitait sur le plan de Paris. Mais Annie ne le trouva pas. Alors elle attendit devant la porte de son appartement. Trois jours plus tard il arriva. Il était trop bouleversé par ce qu'il venait de vivre pour poser à Annie la moindre question. Il avait quitté Paris au dernier moment avec son frère Diego. Tous les deux voulaient rejoindre Bordeaux et s'embarquer pour l'Amérique. Mais sur les routes, c'était la débâcle. Alberto était sur les routes avec son frère Diego. Ils avaient vu l'affolement des gens. Ils étaient arrivés à Moulins mais le lendemain les Allemands occupaient la ville. Ils comprirent que la fuite n'était plus possible alors Alberto avait décidé de repartir tout de suite vers Paris. Annie avait voulu dire à Alberto tout ce qu'elle venait de vivre pendant six mois. Mais le décalage entre ses sensations et les sensations du reste du monde était si terrible qu’elle se mit à douter de ce qu'elle avait vécu.

Alors elle demanda à Alberto de lui prêter son vélo mais il ne voulait pas qu'elle parte seule. Alors elle attendit qu'il s'endorme pour s'enfuir.

Camille avait peur que les lettres parlent d'elle. Louise était née le 16 mai 1940. Camille était née le 28 juin 1940. Et puis son père n'était pas journaliste, après la guerre il avait repris une imprimerie. Et surtout, Camille avait un frère, Pierre, la plus belle preuve que sa mère n'était pas stérile.

Le soir, Camille dîna avec Nicolas et elle lui raconta l'histoire des lettres qu'elle recevait. Il se moqua de sa propension à se faire des romans.

Annie rentra chez elle. Son père était assis dans la cuisine. Sa mère avait disparu. Il était désespéré. Le père d'Annie n'était revenu que le 3 juin 1940. Le gouvernement ne voulait pas que les journalistes communistes tombent entre les mains des Allemands. Depuis le pacte germano-soviétique, les Boches avaient les communistes à la bonne.

Alors le père du Camille avait été arrêté mais un surveillant l'avait poussé hors du groupe et lui avait dit de foutre le camp vite fait bien fait. Annie en voulait à Mme M qui lui avait menti et à Jacques qui veillait soi-disant sur ses parents.

Si Mme M avait dit que son père était en prison, Annie serait revenue à la maison sur-le-champ et Mme M le savait. Annie croyait que son père était rancunier parce qu'il ne lui répondait pas mais en fait il était prisonnier. Sa mère avait dû se défendre d'écrire pour ne pas gâcher le séjour « à Collioure » de sa fille.

Le mal que s'était donné Mme M pour avoir Louise laisser imaginer le mal qu'elle se donnerait pour la garder. Le père d'Annie avait menti à sa fille quand il avait juré qu'il avait quitté le parti communiste après le pacte germansoviétique. Alors Annie lui cria dessus parce qu'à cause de lui les nouveaux copains de Staline avaient peut-être tué sa mère. Le père d'Annie la gifla et lui montra sa carte du parti communiste déchirée en morceaux.

Les gendarmes l'avaient arrêté. Il serait condamné pour propos défaitistes. Le père d'Annie avait dit que les mecs sur la ligne Maginot étaient des bons à rien qui préféraient taper le carton plutôt que de travailler.

Et puis il reprocha à Annie d'être partie avec sa grande bourgeoise car alors sa mère ne se serait jamais retrouvée toute seule. Et il pleura. La première fois qu’Annie avait vu son père pleurer c'était pour le pacte germanosoviétique. Et puis après un long moment, le père d'Annie avait posé la main sur l'épaule de sa fille et lui demanda si au moins elle avait bien peint pendant tout ce temps mais elle n'avait pas eu la force de lui répondre.

Annie fouilla dans les affaires de sa mère et découvrit toutes les lettres qu'elle avait envoyées. Toutes sauf la dernière. La seule qui avait de l'importance. Celle où elle racontait toute l'histoire.

C'est là qu'elle comprit que Sophie ne l'avait pas postée.

Si sa mère avait su pour le bébé, elle ne serait pas partie. Annie en était persuadée. En un certain temps, Annie et son père avait fait comme tout le monde, ils avaient mis des petites annonces dans les journaux. Mais il n'avait pas beaucoup d'informations. Le père d'Annie ne savait pas où sa femme était partie. Ni même comment elle était habillée. Alors ils avaient mis son nom et son âge, ses cheveux blancs, le grain de beauté sur sa nuque.. Ils continuèrent d'attendre jusqu'au 30 novembre 1940. Ils apprirent par un télégramme qu'Eugénie Gallois était morte durant le bombardement.

Ils reçurent un colis contenant ses affaires. Annie avait tendu l'alliance de sa mère à son père et il lui avait lancée au visage.

Annie et son père étaient devenus des étrangers se retrouvant au repas.

Le père Daniel avait recueilli un chien errant est élu lancer des petits morceaux en lui disant quelques mots. C'étaient les seuls mots qui sortaient de sa bouche. Ils considéraient celle-ci comme responsable de la mort de sa femme. Alors Annie partie. Elle demanda pardon à Louis d'avoir quitté le village sans lui dire au revoir mais si elle était venue le voir, elle lui aurait tout raconté.

Camille se sentait exsangue, assommée après avoir lu cette dernière lettre. Elle faisait et refaisait sans cesse le même geste, passant et repassant son doigt dans le creux de sa nuque, sur son grain de beauté.

Louis attendit Annie dans le café situé en face des bains municipaux.

Il se demanda ce qu'elle avait bien pu faire à Sophie pour lui faire payer de ne pas avoir envoyé la lettre. Ce qu'il imaginait était en dessous de la vérité et il s'en voudrait toute sa vie d'en être le responsable. Annie revint. Elle s'était mis un peu de rouge à lèvres. Louis se rendit compte que c'était vraiment une femme maintenant. Il enviait le mari d'Annie. Louis apprit à Annie que c'était lui l'auteur du télégramme annonçant la mort de sa mère. Il avait vu la mère d'Annie mourir sous ses yeux. La mère de Louis avait insisté pour qu'il quitte le village. Elle ne voulait pas qu'il tombe entre les mains des Allemands. La mère de Louis avait laissé tomber la mercerie pour reprendre la classe des petits car l'institutrice s'était évanouie dans la nature. La mère de Louis voulait qu'il parte pour les défendre si ça dégénérait. Lui avait promis à la mère d'Annie de passer lui dire au revoir. La mère d'Annie lui proposa de partir à Collioure pour rejoindre l'endroit où elle croyait retrouver Annie. Lui et la mère d'Annie arrivèrent sur la route au milieu d'un groupe de villageois. Ils avancèrent lentement. Des stukas foncent vers sur les civils pour les mitrailler. Un cheval qui était devenu fou à cause des avions fonça sur la mère d'Annie qui eut le temps de protéger une petite fille et reçut le coup de sabot du cheval. Elle mourut sur le coup. Louis avait lu l'annonce dans la gazette et avait fini par y répondre. Il demanda à Annie de lui pardonner le fait qu'il n'ait pas été capable de protéger sa mère.

Mais Annie ne lui en voulait pas. Ce n'était pas sa faute. Elle voulut savoir quel jour il était parti avec sa mère. Louis répondit que c'était le 23 mai. Alors Annie comprit que si Sophie avait posté la lettre le lendemain de son accouchement, comme elle l'avait promis, sa mère l’aurait reçue et elle ne serait jamais partie. Louis se sentit encore plus coupable.

Ils ne virent pas le temps passé et ils durent rentrer à cause du couvre-feu. Annie voulut aller chez Louis.

Ils prirent le métro mais il leur restait encore 500 m pour arriver chez Louis. Il ne fallait pas se faire prendre. Alors il demanda à Annie de monter sur son dos car elle avait des semelles de bois qui a auraient pu les faire repérer.

Camille essaya de ne pas céder à la panique. Celui qui écrivait ces lettres souhaitait visiblement lui faire croire qu'il parlait d'elle.

À part les hommes qu'elle avait connus, personne ne savait pour son grain de beauté. Elle avait les cheveux longs et ne les attachait jamais. Son dîner avec Nicolas avait été un véritable fiasco. Nicolas lui accusa de lui avoir fait un bébé dans le dos. Elle s'était alors levée en lui disant que Cendrillon devait rentrer, qu'elle ne perdrait pas sa chaussure et qu'elle l’emmerdait, profondément.

Camille se posait des questions sur Mme M. Peut-être que le M était en fait à l'envers donc un W. Ce serait donc une Mme W comme Élisabeth Werner, la mère de Camille. Camille voulait trouver un indice lui permettant de savoir qui lui envoyai ces lettres. Elle attendit le mardi suivant avec l'espoir que l'auteur anonyme allait lui donner le mot de la fin.

Louis éprouvait de désir pour Annie qu'il portait sur son dos. Il avait les mains sous les fesses d'Annie. Il se souvenait du jour où il pensait l'avoir perdue pour toujours.

Annie n'avait pas pu être présente lors de la cérémonie en hommage à sa mère. Elle avait quitté son village le jour où s'était tenue la messe en mémoire de sa mère. Louis n'avait aucun mal à trouver l'adresse de Mme M à Paris. Un type de la poste l'avait renseigné en lui souriant bizarrement.

Louis s'il y rendit et c'est Mme M qui lui ouvrit. Elle tenait le bébé dans les bras. Louis n'arrivait pas à y croire. Mme M prétendit qu'Annie n'était pas là. Elle dit qu'elle n'avait pu aucune nouvelle d'elle. Elle lui raconta une histoire. Elle prétendait qu'Annie était tombée amoureuse d'un homme appelé Henri. Elle avait accepté d'être la marraine de guerre d'Henri  et avait fini par en tomber amoureuse.

Louis regarda le bébé une dernière fois et il lui dit au revoir comme s'il disait au revoir à Annie.

Il pensait que si Annie avait décidé d'abandonner son enfant à cette femme, il ne pouvait pas s'y opposer. Il était arrivé chez Mme M avec l'aplomb d'un sauveur et en était reparti avec la fébrilité d'un éconduit.

Il avait honte de ne pas avoir pensé qu'Annie pouvait tomber amoureuse d'un soldat. Il la connaissait suffisamment pour savoir que si un homme avait réussi à lui plaire, elle ne vivrait plus que pour lui.

Louis comprit pourquoi le postier lui avait souri bizarrement en évoquant le nom de la rue de Mme M. Mme M habitait à côté d'un bordel.

Louis trouva un emploi dans un bureau de poste. Un jour, Annie se présenta dans ce bureau. Elle fut surprise de tomber sur son ancien ami. Il ne fut pas capable de se lancer dans une conversation avec elle comme s'il l’avait quittée la veille. Alors elle s'en alla. Il était bouleversé. Il croyait avoir pu enterrer son souvenir au bout de trois ans sans la voir. Il la haït de revenir dans sa vie comme ça, sans crier gare. Comme elle n'avait pas donné signe de vie pendant trois ans, Louis devait continuer la sienne.

Le soir, Louis rompit avec Joëlle, ce petit ami de l'époque. Après quoi, il se mit à attendre Annie. Il se mit à sa recherche. Et elle revint dans sa vie au moment où il s'y attendait le moins.

Une semaine plus tard, elle l'attendait à la sortie, sur le trottoir.

Ils se firent arrêter par les Allemands dans la rue. Annie avait eu une crise d'asthme ce qui les avait fait repérer. Annie dit à Louis qu'ils ne risquaient rien. C'était déjà arrivé à des amis à elle et ils avaient été relâchés. Elle lui dit qu'elle n'était pas entrée dans son bureau de poste par hasard. Elle savait qu'il y travaillait. C'est la mère de Louis qui lui avait dit. Annie lui proposa le mariage et Louis lui promit de l'aider à récupérer Louise. Il pensait qu'elle s'était mariée mais il n'en était rien. Il en fut surpris. L'alliance qu’Annie portait était celle de sa mère. Elle avait aimé quelqu'un mais c'était fini. Louis accepta de se marier avec Annie.

Camille calcula l'âge de Louis par rapport aux lettres qu'elle avait reçues. S'il avait 12 ans en 1933, cela voulait dire qu'aujourd'hui il avait 54 ans, peu ou prou l'âge de Mme Merleau.

Camille devait maintenant retrouver le visage de Louis. Dans les lettres de Louis, le village était mentionné par son initiale N. Camille avait déduit des lettres que le village était situé à moins de deux heures de Paris. Dans une lettre il était mentionné que Jacques montait une fois par semaine donner des nouvelles des parents d'Annie. Camille en déduisit que le village était situé au sud de Paris. Camille s'était acheté une carte routière sur laquelle elle avait tracé un demi-cercle au compas : 2 heures de Paris, au sud. Son faisceau de recherche demeurait encore très vaste.

Elle cherchait les villages commençant par la lettre N. Il en avait beaucoup. Les amis de Camille arrivèrent chez elle. Elle leur parla de sa grossesse et de Nicolas qui ne voulait pas de l'enfant. Charlotte, une des amis de Camille évoqua les églises de Champagne qu'elle aimait parce qu'elles étaient en bois. Alors, Camille repensa à une des lettres dans laquelle il était question de l'odeur de bois si particulière de l'église du village. Le village de N devait donc se trouver en Champagne. Louis ne pouvait plus échapper à Camille maintenant. Pourtant aucun village de cette région comportant une église en bois ne commençait par la lettre N. Le passé révélé par les lettres demeurait encore verrouillé.

Annie et Louis furent libérés le lendemain matin par les Allemands. Louis emmena Annie chez lui. Il voulut lui faire l'amour mais elle refusa car elle voulait le faire avec son « mari » et pas avec un homme comme les autres. Elle lui proposa de l'épouser le soir même, s'il voulait. Elle voulait se marier à l'église. Louis ne le savait pas si pieuse. Moustique, l’ami de Louis, arriva. Il n'était pas surpris de voir Annie. Louis découvrit qu'Annie s'était renseignée auprès de Moustique pour avoir des renseignements sur lui. Louis habitait avec Moustique depuis trois ans. Moustique c'était le postier au sourire grivois. C'est toujours par lui que Louis avait rencontré ses petites amies.

Annie avait donné rendez-vous à Louis à 14:00. Mais quand il sortit de son travail, Louis ne la trouva pas. Il attendit en vain. Elle lui avait laissé un message chez lui. L'avait écrit « ici, enfin, je repose… ». C'était l'épitaphe qu'Élisabeth Vigée-Lebrun avait fait graver sur sa tombe à la fin de cette triste existence. Louis retourna la feuille et lut ce qu'il y avait écrit : « c'est pas beau les cachotteries. Qui va dire à votre nouveau petit ami qu'il couche avec une putain». Annie avait dû recevoir cette lettre anonyme le jour même. D'un seul coup, Louis se rappela des détails qui firent sens. Sa précipitation à aller se laver à peine rentrée. Annie était donc une prostituée. La chambre ou Annie avait fait venir Louis n'était donc pas sa chambre mais une chambre où elle recevait ses clients. Annie avait dessiné quelque chose sur la feuille. C'était un petit garçon qui jouait avec une poupée au bord d'un lac. Louis comprit que c'était le lac où il plongeait les poupées de porcelaine. Annie était donc au courant de son secret. Il comprit aussi qu'Annie avait l'intention de se suicider en se jetant dans ce lac. Alors il prit son vélo et roula le plus vite possible vers le lac. Mais il n'arriva trop tard. Il trouva le vélo d'Annie au bord du lac. Le corps d'Annie ne remonta jamais.

Louis avait 20 ans quand Annie mourut.

Camille ne reçut plus de lettres pendant deux semaines. Le type qui lui envoyait ces lettres avait déboulé dans sa vie en lui balançant que sa mère n'était pas sa mère. Il lui annonçait également qu'Annie était sa prétendue mère et qu'elle s'était suicidée. Après quoi, il l'avait laissée se débrouiller avec ça.

Rien dans les souvenirs de Camille ne correspondait aux descriptions des lettres reçues. Elle ne s'appelait pas Louise, ses parents ne lui avaient jamais parlé d'une maison appelée L'Escalier. Était mentionnée également dans les lettres l'adresse de l'atelier d'un certain Alberto. Camille s'y était rendue. C'était l'atelier d'Alberto Giacometti. Rien que ça !

Cela semblait trop gros à Camille pour être vrai. Ses parents lui auraient parlé de lui.

Un jour, au bureau, Camille reçut l'appel du professeur Winnicott. Il savait que Camille faisait des recherches sur les églises à pans de bois. Winnicott était un universitaire installé à Paris depuis bientôt 15 ans. Il avait été dépêché par un musée américain au moment de l'affaire de l'église de Nuisement-aux-Bois. Ce village avait disparu suite aux inondations subies par Paris de 1910 à 1955. La Ville de Paris avait été obligée de construire plusieurs barrages-réservoirs sur la Seine et ses affluents. Mais l'implantation du lac du Der- Chantecoq avait engendré une véritable tragédie faisant disparaître du jour au lendemain trois villages. Ces trois villages avaient été rasés pour que Paris ne soit plus inondée. Mais une église avait pu être sauvée, une église et son cimetière. Celle de Nuisement.

L'église en question était d'une construction à pans de bois. L'église avait été sauvée parce qu'elle intéressait un conservateur aux États-Unis. L'église avait donc été démontée et remonter pièce par pièce dans un petit village juste à côté, Sainte-Marie du lac. Le cimetière avait été également déplacé derrière l'église.

Camille se rendit à Nuisement. Juste avant Mme Merleau lui remis un paquet qui n'entrait pas dans la boîte aux lettres. L'enveloppe contenait un paquet entouré d'un papier marron et une petite lettre très courte.

Louis lui écrivait qu'il lui avait fallu des années pour comprendre ce qui s'était réellement passé. Dès que Camille lut le début de l'être « cher Camille », elle sut que Louise c’était elle-même. Le papier marron recouvrait un cahier d'écolier. Il contenait l'écriture de Louis, plus serrée, plus nerveuse, mais surtout les mots d'une autre.

Louis avait su toute l’histoire par Mme M. Elle lui avait expliqué qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfants avec son mari journaliste. Ils avaient perdu leurs parents respectifs dans un accident de voiture alors qu'ils fêtaient leur nuit de noces. Ils avaient pleuré ensemble pendant des semaines.

En n’arrivant pas à avoir d'enfants, Mme M avait le sentiment que le destin s'acharnait de plus belle. Trois années avaient passé sans que rien ne vienne. Elle n'avait personne à qui se confier. Son mari Paul n'abordait jamais le sujet. Alors elle s'était accrochée aux livres pour trouver une réponse à son problème. Elle était allée dans une librairie parisienne. Mais elle trouva aucun ouvrage contemporain sur le sujet. Le livre de référence avait été écrit en 1885 par Auguste Debay.

Annie se jeta sur ce livre à corps perdu. En croire Debay, ce n'était pas difficile de faire des enfants, ce n'était qu'une question d'hygiène. Annie suivit tous ses conseils. Elle dut s'astreindre à une alimentation « excitante » : roquette, céleri, artichauts, asperges, truffes… Elle suivit toutes les recommandations en vain. Annie était devenue son propre cobaye et seul le fait de tomber enceinte aurait pu l'arrêter. Elle avait honte de sa stérilité quand elle devait affronter sa famille. Elle ne pouvait plus tenir de conversation.

Pour fuir cette honte, Paul et Mme M avaient déménagé à Nuisement.

Personne ne venait leur rendre visite. Sauf Alberto Giacometti qui était un des amis de Mme M qui avait accepté de donner des cours de peinture à Annie. Annie était la première personne, depuis longtemps, à ne pas considérer Mme M comme une mère ratée. Elle se fit une joie de lui procurer tout ce dont elle avait besoin pour peindre. Son instinct maternel frustré avait enfin trouvé sur qui s'apaiser. Quand Mme M parla de sa stérilité à Annie, c'était avec beaucoup d'émotion et elle le regretta tout de suite. Elle avait tout gâché, elle le savait.

Annie était trop jeune pour entendre ce genre de confidences. Mme M se dégoûta elle-même. Annie confia qu'elle ne voulait pas d'enfant et Mme M comprit mieux pourquoi sa stérilité, à ses côtés, lui avait semblé si légère.

Annie lui avait parlé de Louis. Elle avait proposé à Mme M de faire un enfant à sa place, c'était le 7 février 1939. Mme M accepta et en parla à son mari le jour de l'anniversaire de leur mariage. Paul prit sa femme pour une folle. Il ne voulait pas coucher avec la première venue. Il dit à Mme M qu'elle était tombée enceinte une fois et qu'elle tomberait à nouveau enceinte un jour. C'est alors que Mme M lui révéla qu'elle avait menti le jour elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte. En fait elle souffrait d'aménorrhée et son médecin avait couvert son mensonge.

Quand Paul accepta la proposition de Mme M ce fut à condition de ne faire l'amour avec Annie qu'une seule fois. Si Paul avait refusé, Mme M aurait pensé qu'il ne l'aimait pas. Mais même en lui disant oui, elle continua de penser qu'il ne l'aimait pas. Elle fixa les conditions. L'accouplement ne devrait pas durer plus de trois minutes, dans un lit, et dans l'obscurité. Mme M, pour compenser sa jalousie fit comme tout ce qui venait de se passer continuait d'accomplir sa volonté.

Mme M pensait à son avenir. Elle allait rentrer à Paris et quitter le statut de paria auquel on l'avait reléguée.

Elle allait pouvoir reprendre ses ébats avec son mari dans la légèreté de leurs actes. Mais le 9 mai, Paul lui apprit qu'Annie n'était pas enceinte. Il est l'avait su par Annie. Ils avaient convenu d'un code entre eux. Elle devait coincer le rideau de sa chambre dans la fenêtre si elle n'était pas enceinte. Alors Mme M lui demanda de recommencer. Il refusa. Mais Annie était d'accord pour recommencer jusqu'à tomber enceinte.

Mme M se dit que Paul devait faire cet enfant par n'importe quel moyen et prit la pire décision de sa vie, celle de refuser son lit à son mari. Elle voulait l'acculer d'une manière ou d'une autre à coucher avec Annie. Elle voulait le pousser dans ses retranchements avec le sadisme d'un ennemi tout en oubliant qu'elle l'aimait.

Un matin, Paul rentra après avoir assisté à l'exécution d'un condamné à mort. Il avait été dégoûté par le comportement des femmes qui avaient débordé le service d'ordre et s'étaient précipitées sur le sol pour tremper leurs mouchoirs dans les flaques de sang.

C'est Eugène, un collègue de Paul, qui lui expliqua que les femmes pensaient que le sang d'un condamné à mort les rendrait fertile. Paul avait pris peur. Il pensait qu'un jour sa femme serait capable de faire la même chose. Alors il accepta de coucher à nouveau avec Annie. Tous les samedis, ils firent l'amour. Pendant ce temps, Mme M allait au cinéma.

Pour se rapprocher de son mari, Mme M qui refusait toutes les invitations depuis qu'ils étaient installés à L'Escalier lui proposa de l'accompagner à la réception de l'ambassade de Pologne et au mariage de Sacha Guitry. À l'ambassade, le 4 juillet 1939, Paul était inquiet à cause de la situation politique alors que sa femme ne pensait qu'à leur futur enfant.

Un jour Sophie avait dit à Mme M qu'Annie allait faire tourner bien des têtes. Alors Mme M avait voulu espionner Annie et son mari un samedi. Ils ne s'étaient pas allongés, ils étaient assis. Tous les deux sur le rebord du lit. Ils s'embrassaient sur la bouche. Annie avait peint le portrait de Paul. Mme M les regardait faire l'amour. Après quoi elle vomit. Elle les avait vus se donner du plaisir mais sans que son mari ne pénètre Annie. Ils faisaient l'amour pour ne pas faire d'enfant. Mme M avait vomi de savoir qu'elle ne pourrait jamais lutter contre ça. Elle venait de découvrir que son mari aimait Annie.

Cette année-là, ils ne partirent pas en vacances. Paul prétendait que c'était à cause de la situation politique mais Mme M savait que c'était une excuse. En réalité, il ne voulait pas partir loin d'Annie. Mais à la mi-août, Paul se ravisa et proposa à Mme M de passer quelques jours à Deauville. Dans son malheur, Mme M appelait la guerre de tous ses voeux. Son salut pouvait seul venir d'une séparation d'avec son mari. Paul avait deviné que si la France entrait en guerre contre l'Allemagne, elle la perdrait. Il avait enquêté pour son journal sur la réalité de la préparation militaire de la France : l'armée de terre était déficiente, les canons obsolètes et les troupes manquaient d'instruments d'observation et de mesure.

Mais Mme M préférait que la guerre lui prenne son mari plutôt que ce soit à Annie.

Elle préférait même que ce soit la mort qui lui prenne son mari plutôt qu'Annie.

Le 1er septembre 1939, Paul réveilla sa femme et lui annonça que la guerre était déclarée. Il était mobilisé. Elle n'avait trouvé aucun mot de réconfort.

Mme M demanda à Jacques de la conduire à l'escalier. Était obligé d'y retourner sinon Annie aurait compris que Mme M savait quelque chose. La veille de son départ au front, Paul s'était effondré. Il avait fait promettre à sa femme de rester à Paris. Il lui dit qu'il l'aimait et il lui fit l'amour pour la première fois depuis des mois. Au mois d'octobre, Annie annonça à Mme M qu'elle était enceinte. Mme M pensait que c'était impossible car elle avait vu la nature de ses rapports avec son mari. Mais elle comprit que ce n'était pas un mensonge à cause du ton solennel employé par Annie.

Mme M embrassa Annie car elle était heureuse. Elle redevenait soudain la maîtresse des événements et elle décida de retourner à L'Escalier.

Mme M avait d'abord pensé à emmener Annie à Collioure mais elle trouva plus prudent de retourner à Paris. Elle écrivit à son mari pour le lui annoncer. Elle lui annonçait également qu'elle était enceinte et qu'elle emmenait Annie avec elle. Quand elle avait proposé à Annie d'aller s'installer à Paris, elle avait tout de suite accepté. D'ailleurs, Annie avait tout accepté pendant ces cinq mois, même de ne pas sortir de la maison. Mme M lui faisait croire que toutes ces décisions étaient prises de concert avec son mari. Mme M profitait sans aucun scrupule de l'état amoureux d'Annie pour Paul pour la gagner à sa cause.

Mme M sortait beaucoup avec son faux ventre pour exhiber sa fausse grossesse. Il lui était plus facile de faire semblant d'attendre un enfant que de faire semblant d'aimer Annie.

Par exemple, elle lui annonça la prime de 3000 fr. allouée à la première naissance créée par Daladier. Mme M savait qu’Annie n'avait pas fait cet enfant pour de l'argent, mais cette somme lui revenait de plein droit. Elle lui faisait miroiter le nombre de toiles, de pinceaux et de fusains qu'elle pourrait s'offrir avec cet argent.

Mme M avait demandé à Sophie de ne jamais s'éloigner d'Annie et de la surveiller. Mais au fond d'elle-même, Mme M savait qu'Annie allait rester. Son meilleur allié pour qu'Annie ne parte pas, c'était Paul, Annie l'attendait. Quand Mme M recevait une lettre de Paul, elle prenait un malin plaisir à l'annoncer à Annie et à lui donner de ses nouvelles brièvement.

Invariablement, les lettres de Paul terminaient par : « dis bonjour à Annie pour moi ». Cette femme n'était donc pas sortie de son esprit. Mais au mois de mars, Paul reçut six jours de permission. Mme M était complètement paniquée. Alors elle ordonna à Sophie de faire les valises et elles partirent la nuit même. Annie ne s'en formalisa pas. Mme M lui avait présenté cette brusque escapade comme une idée de son mari pour faire « prendre l'air au bébé ».

Pendant leur séjour au moulin, Mme M était angoissée. Comme elle parlait pendant la nuit, elle avait peur de se trahir et avait fini par s'installer dans la cuisine sur le matelas de Sophie.

Mme M retourna seule à Paris pour vérifier que son mari était bien retourné sur le front. Dans leur appartement de Paris, Paul avait laissé une lettre. Il lui demandait où elle était partie. Il ne comprenait pas qu'elle n'ait pas reçu son télégramme. Il était accablé du fait qu'ils ne se soient pas vus. Il aurait aimé sentir le bébé sous ses doigts et voir le ventre de sa femme bouger.

Paul lui apprenait qu'il les avait cherchées partout. Mme M aurait peut-être trouvé sa lettre belle s'il n'avait pas écrit « cherchées ». Mais il n'avait pas terminé sa lettre par un bonjour à Annie. Mme M pensait que cela signifiait qu'il en avait caché une pour Annie. Mme M trouva en effet une lettre cachée dans les draps du lit d'Annie dans l'appartement de Paris. Il pensait à Annie jour et nuit. Il avait tellement attendu cette permission pour la voir. Pour rien. Il espérait que Mme M lisait toutes les lettres qu'il envoyait à Annie car c'était aussi pour elle qu'il racontait ses journées.

Paul terminait sa lettre en disant à Annie qu'il l'aimait et qu'il l'embrassait de tout son corps.

Sur l'enveloppe réservée à sa femme était écrit « Élisabeth » mais sur la lettre que Paul avait réservée à Annie était écrit « mon amour ».

Les choses ne pouvaient pas être plus claires.

Alors Mme M décida que l'enfant serait le sien. C'était tout ce qui lui restait. Une femme trompée est une mère en puissance.

Quand Annie eue contraction, Mme M décida de ne plus rien lui dire qui serait susceptible de la bouleverser, ni même de l'inquiéter. Elle savait qu'Annie appréhendait que la guerre s'engage dans de véritables combats où la vie de Paul serait alors vraiment en danger.

Et surtout Annie n'aurait plus personne pour l'empêcher de lui prendre son bébé si elle apprenait que Paul était mort à la guerre. Mme M rêvait de faire du mal Annie mais elle voulait qu'elle demeure un ventre heureux pour son enfant.

Elle lui mentait en lui disant que rien ne changerait après la naissance, qu'Annie resterait avec eux et qu'elle pourrait voir son bébé et s'en occuper plus tard quand il serait en âge de comprendre. Malgré l'affolement des Français quand les Allemands attaquèrent le 10 mai, Mme M n'avait pas envisagé de partir car Annie pouvait accoucher à tout moment. Le 15 mai, Annie eut les premières contractions et Sophie inquiète demanda à Mme M d'aller chercher le médecin. Mais Mme M ne voulait pas que son secret soit révélé alors elle fit semblant d'aller chercher un médecin. Elle prit sa voiture et tourne en rond dans Paris. Elle espérait que Sophie meurt en couches. Cela aurait tout simplifié.

Mme M était sortie de sa torpeur en voyant qu'on avait mis le feu à de la paperasse dans le jardin du Palais-Royal. C'étaient probablement des archives qui ne devaient pas tomber entre les mains des Allemands.

Mme M rentra chez elle et Sophie lui remit le bébé entre les bras, Annie était endormie. Elle regarda le bébé, Camille, elle ne ressemblait pas à Annie.

Annie demanda à Mme M si elle avait envoyé les chaussons à Paul. Elle n'avait tricoté deux paires-une bleue et une rose-et elles étaient convenues que Mme M enverrait à Paul la couleur qui serait née.

Mme M avait acquiescé alors que l’on venait d'annoncer l'arrêt de l'envoi de colis aux soldats sur le front. Le 3 juin, quand les Allemands avaient commencé à bombarder Paris, Mme M avait dû annoncer à Annie que la guerre avait éclaté.

Le 10 juin, le gouvernement quitta Paris. Mme M trouvait les Parisiens lâches. Mme M offrit 200 fr. à un gardien pour qu'il libère un prisonnier qu'il était chargé de transférer vers une autre prison. Le gardien avait accepté et Mme M avait le sentiment de s'être rachetée.

Mme M savait que le père d'Annie avait été arrêté mais elle ne put l'annoncer à Annie. Annie aurait alors voulu rejoindre sa mère et Mme M aurait pu dire adieu à son bébé.

Soir, le 12 juin, une coupure d'électricité plonge à Mme M dans le noir complet. À la recherche de bougies, elle tomba sur le revolver de Paul. Il l'avait laissé à Annie. C'était la promesse qu'il lui reviendrait. Il offrait à la femme qui comptait le plus pour lui l'objet qui comptait le plus pour lui. Sophie annonça l'arrivée des Allemands à Paris. Paniquée, Mme M s'empara du revolver et tua Alto. Mme M pensait que le revolver n'était pas chargé. Paul n'avait pas l'habitude de charger ses armes de collection. Mme M était persuadée que c'était Annie qui avait trouvé les balles et chargé le revolver.

Annie avait donc songé à tuer Mme M. Alors Mme M s'empara de Camille et quand Annie et lui demanda où elle avait mis son bébé, Mme M lui répondit qu'elle ne savait pas de quoi elle parlait. C'est à ce moment que Mme M dit à Annie qu'elle savait tout sur sa liaison avec Paul. Elle lui fit croire que c'était Paul qui lui avait tout raconté pour salir leur intimité et salir le plaisir qu'Annie avait pris avec Paul.

Mme M sentit encore en disant à Annie que jamais Paul ne l'avait embrassée dans ses lettres. Elle voulut lui faire croire que pour les hommes la famille était plus forte que le sexe. Après quoi, Mme M congédia Annie.

Annie était retournée à Nuisement et Mme M avait demandé à Jacques de la surveiller. Mme M se réjouit de la mort de la mère d'Annie. Elle pensait qu'elle ne bougerait plus de Nuisement pour s'occuper de son père.

Sophie avait fait la morale à Mme M. Mme M lui avait conseillé de partir car elle était juive et cela devenait trop risqué pour elle. Mais Sophie ne voulut à partir tant que Paul ne serait pas rentré. Elle avait promis à Paul de veiller sur Mme M. Alors Mme M se laissa convaincre et Garonne à Sophie avec elle.

Sophie fut arrêtée par les Allemands, un matin. Plusieurs mois plus tard, Mme M reçut la visite de Louis et elle eut peur qu'il vienne chercher Camille. Mais ce n'était pas un piège, Louis était vraiment à la recherche d'Annie. Alors Mme M inventa un mensonger et prétendit qu'Annie était tombée amoureuse d'un soldat et qu'elle s'était mariée.

Quand Louis dit au revoir au bébé en l'appelant Louise, Mme M comprit qu'il était au courant. En effet, Annie avait proposé d'appeler le bébé « Louise ».

Mme M avait triché sur la date de naissance de Camille prend la déclarant née le 28 juin. Mme M ne voulait pas qu'Annie détienne aucune vérité officielle sur Camille. Mais Louis représentait un danger pour Mme M alors elle décida de le surveiller. Quand Camille eut un an, Annie réapparut. Mme M avait emmené Camille voir un spectacle de Guignol. Mme M devina que Camille se cachait pour voir sa fille. Alors Mme M décida de la suivre et découvrit qu'Annie logeait dans un bordel.

Mme M comprit qu'Annie se prostituait. Elle ne voulait pas en être responsable. Pour elle c'est Annie qui en avait fait le choix. Elle comprit qu'Annie s'était mise hors d'état de lui nuire en se prostituant. Elle ne pourrait plus jamais lui reprendre Camille. En monnayant son orgueil de femme, elle avait perdu son orgueil de mère. De plus, si Paul avait pu partir avec une fille d'ouvrier, il ne serait jamais parti avec une traînée.

Mme M finit par s'habituer à voir la silhouette d'Annie hanter l'espace de sa vie. Après avoir découvert qu'Annie se prostituait, Mme M avait accepté de se rendre aux fêtes organisées par les Allemands. Elle avait peur qu'Annie profite de ses charmes pour s'attacher un officier et lui reprendre ainsi Camille. Mme M chercha donc elle aussi des protecteurs, des connaissances. Paul n'avait jamais compris pourquoi sa femme avait collaboré pendant qu'il était prisonnier. Il était revenu le 20 août 1942. Il avait accusé sa femme d'avoir couché avec les Allemands. Elle l'avait giflé. Camille ne se laissa jamais approcher par son père. Elle se précipitait dans les bras de Mme M dès qu'elle le voyait s'approcher.

Un jour, Paul lui demanda des nouvelles d'Annie. Mme M mentit en répondant elle était mariée. Elle avait resservi son histoire de marraine de guerre. Elle avait découragé en amoureux, il fallait qu'elle décourage Paul. Elle prétendit qu'Annie l'avait chargée de lui remettre le pistolet qu’il lui avait offert. Paul en fut gêné. Il devait se justifier. Il prétendit l'avoir perdu.

Quelques jours plus tard, Mme M reçut un appel du type qu'elle payait pour surveiller Louis. Un certain Maurice, le collègue de Louis. Il avait annoncé qu'Annie était réapparue au bureau de poste et que Louis avait l'air déstabilisé. Louis allait découvrir que Mme M lui avait menti. Mme M avait peur que lui et Annie viennent reprendre Camille.

Maurice lui apprit que Louis avait quitté sa petite amie pour Annie. Mme M se dit que dès que cette fille réapparaissait quelque part, toutes les autres étaient balayées.

Alors elle eut peur que Paul la retrouve.

Maurice apprit à Mme M qu'Annie et Louis avaient été arrêtés par les Allemands pendant le couvre-feu mais qu'ils avaient été relâchés. D'après Maurice, Annie habitait au 17 rue de Turenne. Mme M voulait en avoir le coeur net. Elle alla au bordel et la maquerelle lui confirma qu'Annie avait bien travaillé dans ce lieu mais elle venait de le quitter la veille. Mme M se rendit au 17 rue de Turenne. Elle envoya un petit crieur de journaux frapper à chacune des portes de l'immeuble. Le petit crieur lui avait rapporté qui il avait vu. D'après sa description, Mme M comprit qu'Annie se trouvait bien à cette adresse. Mme M guetta le départ d'Annie. Après quoi, elle glissa une feuille sous la porte de l'appartement d'Annie. Elle se rendit dans un parc et savait qu'Annie viendrait lui parler car Mme M était venue sans Camille et s'était habillée en noir. Quand Annie arriva, Mme M lui raconta un nouveau mensonge. Elle prétendit que Camille avait trouvé le pistolet de son père et avait joué avec. Elle dit à Annie que la petite était morte en se tirant une balle dans le ventre. Annie hurla. Et elle partit en courant.

En rentrant chez elle, Annie avait découvert la feuille que Mme M avait laissée sous la porte. Mme M avait écrit : « c'est pas beau les cachotteries. Qui va dire à votre nouveau petit ami qu'il couche avec une putain ».

Mme M était convaincue qu’Annie n'avait pas avoué à Louis qu'elle se prostituait. Il n'aurait pas compris pas qu'elle se soit ainsi compromise ces deux dernières années.

Mme M savait qu’Annie ne penserait pas à elle comme auteur de la lettre anonyme. Elle pensa peut-être que c'était un ancien client. Une simple explication avec Louis aurait suffi mais il venait de vivre un drame en apprenant la mort supposée de sa fille. Si Louis apprenait qu'elle se prostituait elle pensait qu'il voudrait plus jamais entendre parler d’elle.

Mme M ne sut que le lendemain qu'Annie s'était suicidée en se jetant dans l'étang.

Mme M n'avait pas vraiment prémédité ce meurtre mais il lui fallait trouver le moyen d'éloigner Annie définitivement. Elle voulait simplement l'accabler pour qu'elle n'entrevoit d'autre issue que la mort. Mme M n'eut jamais ni remords ni culpabilité. Elle pensait que c'était Paul et Annie qui l'avait poussée à commettre ce qu'elle avait commis.

Paul n'avait jamais rien soupçonné de la vérité.

Puis il y avait eu la naissance de Pierre, éclaircie dans la vie de Paul et Mme M. Paul buvait. Il n'avait jamais oublié Annie. Il s'était fait tuer pendant la guerre d'Indochine. Mme M n'avait jamais envisagé que son mensonge lui survive.

Mme M demanda à Louis de tout raconter à Camille. C'était sa dernière volonté.

Louis retranscrit fidèlement tout ce que Mme M lui avait confié.

Camille se rendit à Nuisement. Elle alla à l'église. Le prêtre, c'était Louis. Louis avait pris beaucoup de soin pour qu'elle ne le retrouve pas alors elle ne lui parla pas. Elle s'en alla. En lui infligeant sa confession, Mme M l'avait forcé à replonger dans ses souvenirs. Camille ne voulait pas les raviver en se présentant à lui. Elle ne voulait pas lui imposer une quelconque ressemblance avec cette femme qu'il avait tant aimée.

Camille se rendit compte que sa mère avait tué pour elle et qu'elle s'était tuée pour Louis. Mme M s'était suicidée en accélérant dans un virage, sûrement le virage où ses parents étaient morts. Camille monta dans un avion pour survoler Nuisement.

Il ne s'était rien passé entre Paul et Annie le premier soir.

Annie n'était pas morte. Jacques avait vu Annie remplir ses poches de cailloux et se jeter dans l'étang. Jacques avait couru et avait réussi à sortir Annie de l'eau. Il l'avait transportée à l'Escalier.

Élisabeth avait soudain découvert un jour qu’Annie avait survécu. Annie avait cédé sa place de mère et réclamerait un jour celle de grand-mère. Élisabeth le savait. Elle n'avait plus la force de se battre. Pour cette raison Élisabeth se suicida. Annie était devenue la concierge de l'immeuble de Camille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 juin 2019

Histoires de l'an 2000

 

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Depuis la fin du XIXe siècle, l'an 2000 apparaît comme le seuil d'un monde différent et en même temps comme un avenir assez proche. Il abrite des horreurs ou des merveilles qui ne sont pas encore réalisées mais dont on croit pouvoir dire qu'elles seront presque certainement réalisées. L'an 2000 était perçu de façon optimiste au XIXe siècle et véhiculait des images imprégnées de progressisme puis la vision de l'an 2000 est devenue de plus en plus pessimiste avec le temps. Dès le XVIIIe siècle, Restif de la Bretonne intitula l'une de ses oeuvres « L'An 2000 ou la régénération ». En 1815, Jules Verne décrit une ville idéale : Amiens en l'an 2000. Vers 1900, une marque de chocolat émet une série de 78 vignettes différentes portant toute l'inscription en l'an 2000 et une illustration de la vie en cette année mécanique.

Le premier rapport du Club de Rome envisageait l'an 2000 de façon inquiète en mettant l'accent sur les demandes croissantes imposées à l'environnement et sur les graves risques de rupture qui en découlaient. Avec la crise pétrolière de 1973, la confiance excessive dans les possibilités de l'avenir proche se mua tout aussi excessivement en une méfiance à l'endroit de toute réflexion sur l'avenir.

Il y a une contradiction évidente entre l'inertie considérable avec laquelle évoluent les sociétés développées et les comportements sociaux d'une part, et d'autre part la portée purement conjoncturelle, de l'ordre de l'année, de la plupart des politiques économiques et sociales et en particulier de celles de la France.

Il y a trois raisons pour que la futurologie soit impraticable et qui ne parviennent pas à dépasser le niveau d'un simple exercice idéologique. La première est l'extrême complexité de la situation initiale (présent et tendances passées) qui exclut sa description complète et suffisante. De plus, les mathématiques de l'aléatoire qui se consacrent notamment à la météorologie indiquent que des phénomènes très petits peuvent avoir très rapidement des effets tout à fait considérables. On voit mal comment détecter ces phénomènes eux-mêmes et les prévenir.

La deuxième raison est qu'une prévision certaine est destinée à servir un projet, celui du renforcement ou de l'évitement de ce futur. Alors, la prévision change les conditions initiales et s'annule d'elle-même.

La troisième tient à ce que, même s'il était possible de donner du futur un tableau raisonnablement validé par l'événement, les éclairages retenus dans le présent ne seraient pas forcément pertinents. Les anticipations venues du passé étonnent souvent plus par leur manque de pertinence que par leurs inexactitudes.

A contrario de la futurologie, la prospective renonce à donner de l'avenir un tableau empirique et global. Elle ne considère pas le futur comme un pays déjà formé que l'on puisse visiter et décrire. Elle se veut au contraire problématique. La prospective tente donc de repérer dans l'histoire et dans le présent, des lignes de force, de grandes tendances explicatives, dans la foulée de géants comme Tocqueville ou comme Marx. Et parce qu’elle permet précisément l'accent sur la pluralité des possibles, elle s'efforce d'explorer des éventualités dont quelques-unes apparaissent très probables mais dont d'autres, si improbables qu'elles semblent, sont importantes ou graves.

La prospective est une absolue nécessité. Les décideurs doivent se persuader que l'avenir sera radicalement différent du présent, que ce ne sera pas nécessairement pour le pire et que l'adaptation et la maîtrise sont les conditions de la survie. Les conséquences des innovations doivent être estimées au moyen d'expériences conceptuelles avant d'être subies, sous peine d'incommensurables catastrophes. L'histoire ne nous laisse plus le temps de l'essai et de l'erreur.

Jules Verne qui extrapole les techniques de son présent et considèrent leurs effets sociaux, est bien un des ancêtres de la futurologie. Une bonne partie de l'oeuvre de HG Welles revêt la forme de l'essai prospectif.

Une partie impressionnante de la littérature de science-fiction convoie une réflexion authentique, souvent inquiète, parfois fine, constructive et originale sur l'avenir proche.

Le souci d'une description riche et problématique de l'avenir proche culmine probablement avec l'étonnante trilogie de John Brunner qui vaut mieux que bien des rapports pédants. Son premier volet, Tous à Zanzibar, décrit une terre surpeuplée. Le second, Le Troupeau aveugle, dresse un tableau dramatique des conséquences de la pollution. Le troisième, Sur l'onde de choc, expose les effets de l'informatisation.

Ce volume de la Grande anthologie de la science-fiction est sans doute le plus pessimiste de toute la série. L'avenir y est carrément noir. Mais plus qu'un espoir sans appel, il faut y lire l'appel au sursaut.

Meurtre au jeu de boules par William Harrison.

Le narrateur est devenu célèbre grâce au jeu de boules. Il fait partie d'une équipe. Le jeu consiste à patiner sur un anneau ovale de bois sur laquelle des canons tirent de terrifiantes sphères de 10 kg. Il y a 10 patineurs, cinq motards, cinq coureurs (ou cinq matraqueurs). 80 000 spectateurs les observent tandis que deux milliards de gens sont devant leur poste de multivision. Les coureurs enfilent leurs gros gants de cuir et empoignent leur battes en forme de crosse dont ils se servent pour détourner les balles ou pour essayer de frapper les patineurs. Les motards roulent tout en haut de la piste et piquent vers le bas pour aider les coureurs aux moments cruciaux. Le rôle des patineurs est de bloquer le passage, de tenter d'empêcher les coureurs de les dépasser et de marquer des points. Les patineurs sont de la véritable chair à canon. Il y a deux équipes de 40 joueurs au total. Le principe du jeu consiste pour les coureurs à dépasser tous les patineurs de l'équipe adverse, à s'emparer d'une balle et à la passer à un motard pour marquer un point. Le narrateur s'appelle Jonathan E. Il est le pivot de l'équipe de Houston et pendant les 2 heures  de la partie il n'y a plus ni règles, ni sanctions, une fois la première premier tir de balle lancé. Une moto de l'équipe adverse, celle de Londres, reçoit une balle de plein fouet et explose dans un jet de flammes. Les spectateurs hurlent de joie.

La partie se termine sur le score de 7 à 2 en faveur de Houston.

Les années passent et les règles changent, toujours dans le sens de la satisfaction du public, donc d'un carnage accru. Jonathan joue depuis plus de 15 ans et par miracle, il n'a jamais souffert que de fractures aux bras et aux clavicules. Les règles seront modifiées jusqu'à ce que les joueurs finissent par patiner sur des mares de sang. Ils le savent tous.

Avant la Grande guerre asiatique des années 90, avant que les sociétés privées ne remplacent les nations et que les forces de police des sociétés ne supplantent les armées, au dernier jour du football américain et de la cour du monde en Europe, Jonathan était un jeunot.

Il a eu toutes les femmes qu'il voulait et l'argent ensuite. Sa photo s'étalait en première page des magazines. Il était le survivant du sport le plus sanglant du monde. Au début, il portait les couleurs des sociétés pétrolières. Ensuite, elles sont devenues tout simplement l'Energie. Bartholomew est le grand patron d'Energie, l'un des hommes les plus puissants de la terre. Il parle à Jonathan comme si c'était son propre fils. Il lui apprend que la multuvision voudrait lui consacrer une émission spéciale retraçant toute sa carrière avec des extraits de ses plus beaux matchs. Mais Jonathan se sent fatigué, il se sent seul et sa femme lui manque. Il y a comme une cassure dans son esprit. Jonathan reçoit chez lui un vieux copain, Jim Cletus. Cletus est juge. Il enregistre les points marqués dans le jeu de boules et il appartient au comité international de ce sport. Il apprend à Jonathan que de nouveaux changements sont envisagés dans les règles du jeu. Un joueur qui prendrait un tour de retard sur son équipe serait sanctionné. On lui ôterait son casque. Les primes seraient augmentées pour les meilleures attaques. Le comité envisageait aussi de supprimer la limitation de temps de chaque partie. Jim était partisan de conserver la limitation de temps mais il avait le sentiment d'être complètement dépassé par les exigences du comité.

Le 4 décembre 2012, la partie entre l'équipe de Rome et l'équipe de Chicago connut le plus grand nombre de morts : 9. Les spectateurs étaient fascinés par les statistiques du jeu de boules. Des millions de supporters ne regardaient jamais directement l'action mais se contentaient d'étudier les panneaux de statistiques.

Jonathan partit pour Paris, il se promena sur les bords de la Seine. Des admirateurs français intercalaires. Jonathan prit conscience de sa taille, de ses vêtements, de la façon dont il marchait. Il avait 34 ans et croyait qu'en vieillissant il ressemblerait beaucoup au poète Robert Graves.

Les hommes les plus puissants de la terre étaient les cadres. Il dirigeait les grandes sociétés qui fixaient les prix, les salaires et qui régissaient l'économie générale. C'étaient des escrocs qui avaient des pouvoirs pratiquement illimités et de l'argent à volonté. Jonathan avait lui aussi du pouvoir et de l'argent, pourtant il se sentait inquiet.

Il manquait un peu de culture. Mais les gens avaient peu de connaissances historiques. La seule histoire dont les gens se souvenaient étaient la façon dont les guerres de sociétés s'étaient terminées pour parvenir au regroupement des Six grandes : Energie, Transport, Alimentation, Logement, Services et Luxe. Les universités étaient administrées par les grandes et formaient les joueurs du jeu de boules. Jonathan voulait se cultiver auprès de M. Bartolomew. Lors du match de Mexico apparut une nouveauté ne. On avait changé la forme de la balle. Elle n'était plus tout à fait ronde de sorte que sa trajectoire sur la piste devenait irrégulière et imprévisible.

Jonathan a quitté Mackie et l’a remplacée par une nouvelle, Daphné, une Anglaise. Mais la seule femme qu'il a aimée, c'était Ella. Jonathan donne des cours de jeu de boules à des jeunes. Il leur dit qu'ils ne pourront vraiment commencer à comprendre qu'après avoir reçu quelques bonnes raclées sur la piste.

Quand Jonathan revit Bartholomew, celui-ci avait été démis de ses fonctions de responsable d'Energie. Jonathan décida de lui parler de ses problèmes. Il voulait se cultiver. Alors Bartholomew lui demanda ce qui l'intéressait. Jonathan avait commencé à étudier à l'université 17 ans plus tôt. À cette époque, il y avait encore des livres et il en avait lu beaucoup. Il pensait alors pouvoir devenir cadre. À présent, tous les livres étaient sur bandes. Seules les spécialistes en informatique pouvaient déchiffrer ces bandes. Jonathan savait que Bartholomew comprenait ce qu'il cherchait. Bartholomew était un homme de 60 ans, extrêmement riche, un puissant parmi les puissants. Bartholomew dit à Jonathan que le savoir conduisait soit au pouvoir, soit à la mélancolie. Jonathan avait déjà le pouvoir grâce à sa célébrité. Et au jeu de boules, il n'y avait pas place pour la mélancolie.

Mais Bartolomew accepta quand même de procurer à Jonathan quelques autorisations pour voir des films et apprendre un peu à déchiffrer les bandes.

Jonathan avait une nouvelle compagne après le départ de Daphné. Mais les images d'Ella hantaient toujours ses rêves. Jonathan pensait être le bâtard de quelque cadre. Il avait été élevé dans le quartier Galveston de la ville. Il avait été un gosse grand et fort. Il tenait pour acquis qu'un corps sain donne un esprit sain.

Il s'était marié à l'âge de 15 ans alors qu'il travaillait sur les docks pour les Sociétés pétrolières. Ella était secrétaire. Elle était mince, avec de longs cheveux bruns. Ils avaient obtenu le permis pour se marier et entrer ensemble à l'université. Elle suivait des cours d'électronique générale pendant que Jonathan suivait une préparation à la carrière de cadre et des cours de jeu de boules.

Elle l'avait quitté pour un cadre et était partie avec ce cadre en Europe.

Jonathan pensait être intelligent mais il avait l'impression de ne rien savoir.

C'était parce qu'il n'y avait plus de livres que Jonathan se sentait si creux. Il se rendait compte que s'il n'avait pas le souvenir de sa femme, il ne chercherait même pas à se rappeler parce que c'était l'amour seulement dont il se rappelait. Il avait lu beaucoup de livres pendant sa vie avec sa femme et après aussi avant de devenir joueur de boules. Il avait lu tous les volumes concernant le monde des affaires, l'histoire des rois d'Angleterre, tous les romans oubliés, un peu de Jean-Jacques Rousseau, une biographie de Thomas Jefferson. Tout cela était maintenant sur bandes, en train de s'effacer dans quelque sous-sol humide.

Les règles du jeu de boules avaient encore changé. Trois balles ovales seraient en jeu en même temps. Même les joueurs les plus expérimentés avaient peur d'entrer sur la piste. Alors ils feignaient de blessures et détalaient sur la pelouse du stade comme des lapins. Jonathan jouait avec encore plus de désinvolture et il en donnait au public pour son argent.

La mort était présente à chaque partie. Jonathan n'avait aucun scrupule à tuer des joueurs. Son ami Moonpie fut tué devant lui. Un joueur adverse ôta le casque de Moonpie et un patineur lui ouvrit la bouche du bout de sa botte. Ensuite plusieurs joueurs le frappèrent à mort. Les caméras ne manquèrent pas d'enregistrer son dernier soupir.

Avant la partie qui devait désigner le champion du monde, Cletus apprit à Jonathan que ce match devait se dérouler à New York devant toutes les caméras de la multivision et sans limitation de temps. Les motos seraient plus puissantes et il y aurait quatre balles simultanément en jeu et les arbitres sanctionneraient les joueurs trop timorés en leur ôtant leurs casques.

Jonathan pensait qu'il ne survivrait pas à ce match alors il demanda à Cletus de le faire incinérer et que ses cendres soient éparpillées dans son ranch de Houston. Il voulait aussi qu'Ella soit présente quand ses cendres seraient dispersées.

Jonathan put revoir Ella dans sa villa près de Lyon, une semaine avant le match de New York.

Ils se racontèrent leur vie. Puis au bout de quelques jours elle s'en alla et toute trace de douceur avait disparu de sa voix.

Le soir du match, la foule essayait de toucher Jonathan comme s'il était une ancienne figure religieuse. Avant que le match commence, Jonathan avait une trace de doute. Il chanta l’hymne de son équipe.

Dis-moi tout de toi (F. M. Busby).

 

Charlie, Vance et Dale avaient ramené un gros cargo sain et sauf à Hong Kong après avoir traversé un petit typhon. Ils fêtèrent cela avec de l'alcool et de la drogue. Ils passèrent devant un bordel nécro. Ils y entrèrent. Charlie avait l'habitude de fréquenter les necs. À Marseille, il avait dégoté une nana sourde-muette et salut avait plus. Au Nec, c'était encore mieux parce que les femmes ne bougeaient plus. Une Eurasienne les accueillit et leur proposa la catégorie A. Elle leur montra une série de photos de femmes mortes. Certaines étaient maintenues à la température normale du corps et d'autres étaient réfrigérées afin de pouvoir servir plus longtemps.

Un homme entra, c'était M. Hollstrom qui venait chercher un chèque pour avoir laissé le corps de sa femme morte dans le Nec. Charlie choisit la femme de Hollstrom. L'Eurasienne proposa à Dale le cadavre d'une petite fille tuée dans un accident malheureux. L'Eurasienne prétendit que la morte était encore vierge. Dale accepta la proposition. Il pénétra corps de la jeune fille morte et lui demanda si elle aimait ça. Il y avait un sourire sur le visage de la morte. Cela perturbait Dale. Il était désolé qu'elle ne parle pas. Il lui dit au revoir. Mais il ne pouvait pas partir. Il savait qu'à présent elle ferait partie de la catégorie A. Il ne voulait pas que Charlie, Vance ou n'importe qui puisse profiter d'elle. Il ne pouvait pas supporter cette pensée. Certains hommes la brutalisaient. Alors il vêtit le cadavre et l'emporta jusqu'à la chambre de son hôtel et lui fit l'amour encore une fois. Le lendemain, l'effet de la drogue avait cessé et Dale comprit ce qu'allait devenir le corps qu'il avait ramené. Alors il l'emmena sur un radeau et la brûla. Il n'en parla pas à ses amis. Il aurait tellement aimé que la jeune fille lui réponde mais elle n'avait pas voulu.

Le syndrome de la Marie-Céleste (Frank Herbert).

 

L'automobile de Martin Fisk, une Buick 1997 fila comme une flèche et s'engouffra sur la première des huit files de droite, juste à temps pour prendre la bretelle marquée « nouveau pentagone seulement-vitesse maximale autorisée : 120 km/h ».

Arrivé à destination il descendit de sa voiture qui fit un bond en avant et plongea dans une cage d'ascenseur qui la descendrait au sous-sol où elle serait rangée dans un casier programmé.

Fisk avait rendez-vous avec William Merill, l'officier de liaison du Président du Bureau de Contrôle Intérieur, patron de Fisk. Il fut accueilli par une secrétaire du Corps Auxiliaire des Femmes. Elle lui dit qu'il avait une minute d'avance et qu'ainsi il pourrait avoir neuf minutes pour parler à Merill. Elle lui demanda si ce ne serait pas merveilleux si on pouvait inventer des journées de 48 heures.

Fisk venait présenter un rapport à Merill. Il avait voyagé pendant 10 jours. Il avait effectué 65 000 km pour entreprendre 18 entretiens particuliers et 51 entrevues. Les gens se déplaçaient hardiment d'un bout du pays à l'autre, en quantité plus importante que la normale, depuis des points de départ auxquels les autorités n'auraient jamais pensé, pour rallier les destinations auxquelles les pouvoirs publics s'attendaient le moins. Et ces gens se révélaient être les individus les plus timides qui soient.

Fisk avait découvert que certains de ces gens avaient vendu à perte des affaires florissantes pour s'adonner à des carrières différentes sur les lieux de leur nouveau domicile. D'autres avaient accepté un nouvel emploi à un salaire inférieur. Il avait aussi découvert une chute vertigineuse du nombre de propriétaires de voitures. Les gens s'en allaient dans des zones où la construction des autoroutes ralentissait la circulation. Notamment à New York, San Francisco, Seattle, Los Angeles.

fisk avait constaté que les gens qui partaient étaient tous d'un âge certain il conduisait des voitures anciennes. Ils avaient peur de prendre l'avion, ils étaient conservateurs et timides.

Merill avait peur que cette situation entraîne des répercussions politiques. La représentation au Congrès changerait dans ces régions pour se conformer au nouvel état de fait.

Tous les gens qui partaient étaient des conducteurs à faible risque et comme ils sortaient du marché, les charges supportées par les autres conducteurs augmentaient d'autant. Fisk avait également remarqué que les femmes avaient refusé de rejoindre leur mari lors de ses déplacements. Il était arrivé quelquefois que ce soit la femme qui s'en aille et refuse de revenir. Les gens qui partaient abandonnaient leurs animaux dans leurs anciennes maisons et parfois les déménageurs trouvaient des dîners qu'on avait laissé mijoter. Il y avait un nom pour ça dans l'industrie du déménagement : ils appelaient ça les déménagements à la Marie Céleste, d'après l'histoire du bateau à voile.

Merill pensait que ces gens-là s'en allaient pour la promenade du samedi ou du dimanche et se trompaient de chemin, prenaient par erreur une bretelle d'accès à sens unique et se retrouvaient coincés sur une voie express à grande vitesse. Ils n'avaient jamais roulé à plus de 240 de toute leur vie et le rayon porteur de la voie express les forçait à rouler à plus de 450, alors ils paniquaient, ils passaient sur automatique et ils n'osaient plus toucher à rien jusqu'à ce que les automatismes les fassent ralentir pour bifurquer. Alors ils vendaient leur voiture et s'en tenaient au métro local et aux moyens de transport de surface.

En sortant du bureau de Merill, Fisk se fit bousculer par un homme. Il n'avait pas envie de s'engager dans le couloir envahi par les multitudes grouillantes qui passaient dans un sifflement.

Alors il se demanda si lui aussi déménagerait et si sa femme le suivrait..

Masque à gaz (James D. Houston).

Charlie Bates n'attachait pas une grande importance aux autoroutes. Il les classait parmi ces commodités à obstacles dont le monde était si inévitablement encombré. Il ne fut donc pas surpris lorsqu'un après-midi d'été, sur les huit voies autour de lui, la circulation se mit à ralentir puis finalement s'arrêta complètement. Il ne commença à s'inquiéter que lorsque le mouvement reprit une demi-heure plus tard. Son moteur était arrêté portant la voiture se mit à avancer lentement comme si une autre voiture la poussait. Un hélicoptère survola les conducteurs et un haut-parleur annonça que l'embouteillage serait résorbé mais qu'il faudrait au moins 24 heures pour cela. Les automobilistes pouvaient laisser leur voiture sur l'autoroute car la municipalité assurerait la protection par la police des véhicules. Charlie ne voulait abandonner sa voiture et il se mit à discuter avec un autre automobiliste Arvin Brainbridge. Charlie voulait téléphoner à sa femme alors Arvin lui prêta une corde de remorquage et Charlie l'utilisa pour passer par-dessus la barrière et ainsi descendre jusqu'au second niveau. Il entra dans un bar et apprit que chaque sortie, chaque entrée, chaque voie dans le complexe autoroutier étaient embouteillées. Il fallut 2 heures à Charlie pour rentrer chez lui à pied. Quand il arriva, sa femme, Fay, elle était au bord de la crise de nerfs. Alors il lui raconta toute l'histoire. Alors elle lui demanda ce qu'il allait faire pour la voiture. Charlie comptait retourner la chercher dans l'embouteillage serait terminé.

Le lendemain matin, Charlie emprunta le tandem de ses amis Don et Louise et il partit avec sa femme. L'embouteillage n'était toujours pas résorbé. Alors Charlie et sa femme décidèrent de monter tout en haut d'un immeuble qui dominait l'autoroute pour surveiller le long serpent de voitures silencieuses. Ils virent qu'un hélicoptère de la Croix-Rouge lançait des sandwiches aux automobilistes immobilisés. Les prédictions de la police pour résorber l'embouteillage étaient dorénavant de trois jours de plus

Charlie et sa femme décidèrent de louer un appartement dans l'immeuble au-dessus d’eux. Ils convinrent que Charlie pédalerait jusqu'à la maison, le lendemain, pour prendre quelques objets de première nécessité pendant que Fay garderait un oeil sur la voiture.

Charlie et sa femme surveillèrent donc l'autoroute tous les jours. Charlie retourna sur l'autoroute pour mettre le moteur de sa voiture en marche pendant quelques minutes. Il proposa à Arvin de lui présenter Fay. Mais Arvin ne voulait pas abandonner sa voiture car il n'avait pas fini de la payer. Au bout du sixième jour, la circulation pouvait reprendre, d'après le bruit des moteurs. Charlie voulut retourner vers sa voiture mais il avançait à l'aveuglette en titubant, assourdi par le tonnerre des cylindres longtemps refroidis, secoué de nausée par les fumées. Il retrouva Arvin qui lui dit qu'aucun signal n'avait été donné par la police mais tout le monde dans la file d'attente avait mis son moteur en route alors Charlie fit de même.

Mais à cause de la fumée, du lundi connaissance. Lorsqu'il revint à lui, il se rendit compte que la jauge à essence de sa voiture était presque vide. La police ordonna aux automobilistes d'arrêter les moteurs. L'embouteillage ne serait pas terminé avant au moins trois jours. Alors Charlie proposa à Arvin son appartement pour qu'il se repose mais Arvin refusa. Charlie voyait des gens étalés, accroupis, allongés sur le terre-plein central, pliés en deux par-dessus la rambarde, pliés en deux sur les portières, vitre baissée, haletants, sonnés. Charlie décida d'acheter un masque à gaz pour Arvin et un autre pour lui-même.

Banlieue rouge (Richard E. Peck).

Jack Brens était conducteur de train occasionnel et ce jour-là il en était responsable. S'il ne corrigeait pas les défauts qu'il remarquait, il risquait d'en souffrir. Les voyageurs le saluèrent. Seul Karras vint s'asseoir au premier rang. Les vitres du train étaient à l'épreuve des balles. Le train appartenait à la Coop. Brens remarqua deux places vides à l'avant. Il fallait un motif grave pour ne pas prendre le train qui vous était assigné et encourir l'amende un jour entier de salaire. Alors il pensa que les deux hommes absents étaient malades. Brens devait s'assurer que le train dépasse sain et sauf le troisième cercle, la Limite-de-la-Ville, Air-Libre, la zone industrielle. Et après cela, ce serait un parcours facile d'une cinquantaine de kilomètres pour arriver chez lui. La ville s'étendait sur 30 pâtés de maisons depuis le centre et s'arrêtait au mur de défenses la séparant d'Air-libre. Le cercle d'Air-libre avec ses incroyables multitudes d'habitants s'étendait tout autour de la ville qu'il tenait sous sa menace perpétuelle. 20 ans auparavant, Brens il avait été un des derniers heureux que la direction de la Sécurité Sociale avait jugés « récupérables ». Maintenant, personne ne quittait Air-libre. Et personne ayant un grain de bon sens n'y entrait.

Brens se souvenait y avoir vu des maisons réservées à une seule famille et des premiers colporteurs d'oxygène qui venaient vendre de l'air pur à des asthmatiques. Cela se passait avant que chaque famille ait son ballon personnel branché directement sur le distributeur de la ville.

Brens ne connaissait d’Air-libre que ce qu'il pouvait en déduire à partir des statistiques qui transitaient par son bureau à la direction de la Sécurité Sociale.

La direction de la Sécurité Sociale avait récemment dissous toutes les brigades antiémeutes et avait affecté les hommes à la garde du mur ; l'objectif désormais n'était plus de réprimer mais de contenir. Ce qui se passait dans l'Air-libre ne regardait que les Aérés, pour autant qu'ils n'essayaient pas d'entrer dans la ville.

Les Aérés maintenaient ronflants les hauts-fourneaux et vivante l'industrie de la ville.

Chaque année, la Sécurité Sociale installait un nombre croissant de centres de loisirs et les écoles publiques étaient ouvertes à n'importe qui au-dessous de 50 ans à condition de ne pas avoir un casier judiciaire trop chargé.

Au-delà de la zone industrielle commençait le quartier résidentiel. Brens renvoyait la ligne de banlieue comme un baromètre de la valeur sociale : plus on était précieux pour la vie, plus on avait les moyens d'en vivre éloigner. brens et sa femme vivaient à une cinquantaine de kilomètres de la ville.

Par trois fois le mois dernier des Aérés avaient tenté de faire une percée à travers les protections de la ville en passant par le tunnel. Brens fit jouer la manette d'armement des mitrailleuses montées sur le toit du train et s'assurera du bon fonctionnement de l'inverseur de courant pour alimenter les lasers placés à l'avant.

Brens aperçut une masse indécise de corps qui se précipitaient à l'intérieur du tunnel en direction de la ville. Alors il mit en marche les aérofreinssur les trois dernières voitures pour éjecter les Aérés.

La Coop avait déposé son bilan et les dirigeants de l'État aussi bien que la municipalité avaient refusé de se substituer à elle. Pourtant sans la Coop, la ville serait morte.

Des aérés attaquèrent le train. Les passagers eurent peur. Karras dit à Brens qu'un train avait été attaqué cinq mois plus tôt. Des aérés avaient attaché des fils de fer pendus à un arbre. Quand le train avait heurté les fils, le pare-brise du train explosa.

À l'extrémité du pont, un groupe d'enfants dégagea précipitamment la voie et se suspendit à la paroi. Brens vit une barricade devant lui et freina. Il fit tirer une rafale par les mitrailleuses mais les silhouettes aux aguets demeuraient figées comme des statuts.

Un Aéré fut abattu. Mais les autres guetteurs ne bronchèrent pas. C'était les Aérés de la zone industrielle en tablier de cuir. Quand les secours arrivèrent, les Aérés s'enfuirent. L'équipe de secours enleva les pièces de fonte qui encombrait la voie.

Brens était quitte pour 20 nouvelles semaines avant de reprendre la responsabilité du train. Il fut content de rentrer chez lui pour rejoindre sa femme.

Une journée en banlieue (Évelyn E.Smith).

Margie Skinner et sa mère furent attaquées alors qu'elles roulaient en voiture. Heureusement pour elles, les vitres étaient à l'épreuve des balles. Margie avait vu qui avait tiré. C'était Helen Kempf. Margie voulait la tuer. Mais sa mère lui rappela que l'école était un terrain neutre.

Il y avait plusieurs communautés dans la ville. Il y avait les Toits-Plats et aussi les Résidents du Manoir du Vieux Moulin à vent.

Mrs Pascal attaqua elle aussi Margie et sa mère. Elle leur envoya un énorme caillou. Maggie demanda à sa mère si elle comptait coincer Mrs Pascal à la prochaine réunion des parents d'élèves.

Margie et sa mère se rendirent au marché central. Les Toits-plats et les Toits-Pointus fréquentaient la partie du supermarché réservée aux détenteurs de revenus allant de 15 990 à 17 990 $. Le supermarché était un terrain neutre et le directeur demanda aux Skinner de déposer leurs armes à l'entrée. Les Skinner faisaient partie de la communauté des toits pointus. Au supermarché, elles furent mises au courant des derniers potins par les Toits-Pointus qu'elles rencontrèrent.

Un hélicoptère qui rodait au-dessus du supermarché les arrosa de balles tandis qu'elles gagnaient en courant le parking.

Puis quand elles reprirent la voiture elles furent attaquées par des Toits-Plats. Elles se retrouvèrent dans un fossé. Après avoir ramené la voiture sur la route, les Skinner découvrirent que le pont devant elle avait sauté. Les Toits-Plats qui les avaient attaquées avaient été tués.

Elles s'arrêtèrent devant le petit Cap Cod. Cela se trouvait roc, le frère aîné de Margie. Quand il vit l'état de la voiture il dit que son père ne serait pas content. Mais Mrs Skinner lui ordonna de cacher les traces de balles avec de la peinture à séchage immédiat. Il voulut désobéir à sa mère mais elle avait des arguments pour le contraindre. Elle savait qu'il avait une relation secrète. Son rêve était de partir habiter une maison à toit plat dans la banlieue. Margie savait que son frère quitterait bientôt le foyer.

Mr Skinner rentra tout joyeux chez lui car son patron était content de lui et allait lui donner une prime. Il n'avait aucune idée de ce que sa femme et sa fille vivaient au quotidien. Il pensait que leur vie devait être bien monotone et les encouragea à aller en ville le lendemain. Mais pour aller en ville qu'il fallait traverser beaucoup de zones dangereuses alors Mrs Skinner répondit que cela ne l'enchantait pas de conduire dans tous ces encombrements.

À présent, elle pouvait se détendre. La rue était sans danger. De 5:30 de l'après-midi à 8:30 du matin, de même que les week-ends et jours fériés, il n'y avait aucun risque. Mr Skinner espérait obtenir d'autres primes et envisageait même d'aller habiter au Manoir du Vieux Moulin à Vent. Cela fit frémir sa femme car elle savait que cela signifiait changer de statut et abandonner toutes ses amies. Mais elle reconnut que ça sera beaucoup mieux pour les enfants et plus sûr. Elle pensait pouvoir s'adapter.

Compagnons de chambre (Harry Harrison).

L’été

 

Lundi 9 août 1999, Andrew Rusch se réveilla à 7:00 du matin et c'était déjà la fournaise à New York. Il avait 30 ans et déjà des rides autour des yeux. Il alla voir son voisin Solomon Kahn. Celui-ci était en train de pédaler sur un vélo d'appartement. Il avait 75 ans et voulait s'entretenir. Andrew lui demanda des glaçons et Solomon accepta. Ils mangèrent ensemble. Des biscuits rouges. Solomon avait entendu le bulletin d'information. Il avait appris que les Anciens organisaient une marche de protestation contre le Bureau de l'Assistance.

Solomon se plaignait de la mauvaise qualité de la margarine. Andrew lui expliqua que toutes les graisses synthétisées à partir des pétrochimiques n'avaient quasiment pas de goût. Un messager vint apporter à Andrew un ordre du lieutenant de police. Les Anciens encombraient déjà Union Square et le commissariat avait besoin de renforts. Andrew était inspecteur et il devrait se rendre sur place pour repérer les provocateurs connus. Andrew voulut aller chercher de l'eau dehors mais la police avait donné l'ordre de boucher toutes les prises pour 24 heures car le niveau des réservoirs avait baissé en raison de la sécheresse et il fallait économiser le l’eau. C'est un policier qui apprit cela à Andrew mais comme c'était un collègue de son propre commissariat, il accepta de remplir un des bidons qu'Andrew avait amenés. À New York il y avait 35 millions de personnes qui crevaient de soif. Andrew retourna voir Solomon et ensemble ils purent boire.

Andrew put se laver avec l'eau qu'il avait apportée et il se rasa avec son rasoir ébréché. Il espérait pouvoir se procurer une nouvelle lame de rasoir d'ici l'automne. Avant de partir il prit des menottes et un tube de plastique souple bourré de plombs de chasse.

Andrew se rendit compte qu'une fois de plus il n'avait pas réussi à parler de Shirl à Solomon.

L'automne.

C'était le mois d'octobre le plus froid qu'on ait jamais connu. Shirl faisait la queue pour aller chercher de l'eau. Elle discuta avec une femme qui faisait aussi la queue. Shirl présenta à l'agent les trois cartes de l'Assistance : la sienne, celle d'Andrew et celle de Solomon. Ainsi, elle put recevoir 6 l d'eau. Elle rentra chez elle accompagnée par la femme qu'elle avait rencontrée dans la file d'attente. Cette femme avait réussi à obtenir 15 l d'eau. Elles furent attaquées par de jeunes garçons. Mais la femme se servit de son gros bidon d'eau pour frapper le garçon qui était armé d'un couteau. Alors les deux garçons s'enfuirent. La femme réussit à récupérer le couteau du garçon. Ensuite elle raccompagna Shirl  jusqu'à sa porte. Elle put dîner avec Andrew et Solomon. Elle leur avait fait une surprise. Elle leur avait acheté des hamburgers fabriqués avec du soja et des lentilles. Mais Andrew lui reprocha cette dépense car l'impôt municipal sur le revenu avait été porté à 80 %, à cause des versements plus élevés à la Sécurité Sociale. Shirl demanda à Solomon ce que était l'un kwash car l'enfant de la femme qu'elle avait rencontrée dans la file d'attente souffrait de cette maladie. Solomon lui répondit que c'était l'abréviation de kwashiorkor. Ce n'était pas contagieux. C'était une maladie de sous-alimentation. Ça provenait d'une insuffisance de protéines. En un temps, on me la trouvait qu'en Afrique, mais maintenant cette maladie était répandue dans tous les États-Unis.

Le repas leur avait fait du bien et ils bavardèrent un moment. Après quoi, Andrew dut utiliser une langue de poche pour rédiger un rapport car il n'y avait plus d'électricité le soir depuis une semaine. Shirl pleurait. Elle repensait à sa vie d'avant. Avant qu'elle vienne s'installer chez Andrew, elle avait eu la vie facile, une bonne nourriture, une chambre chaude et, quand elle sortait, son garde du corps personnel, Tab. Tout ce qu'elle avait à faire, c'était de coucher avec lui deux fois par semaine. Elle avait eu la chose en horreur mais au moins cela ne durait pas trop longtemps. Avec Andrew auprès d'elle, c'était tout autre, c'était bon.

L'hiver.

La ville de New York vacillait au bord du désastre. Chacun des entrepôts fermés était un noyau de discorde, encerclé de foules affamées et apeurées qui cherchaient un bouc émissaire. La colère les poussait à l'émeute. La police luttait mais elle n'était plus qu'une mince barrière entre les protestations furieuses et le chaos sanglant.

Le peu d'eau disponible était plus qu'indispensable pour combattre les incendies qui se déclenchaient dans toute la ville. Le 21 décembre, un garde de l'Assistance sociale tua un homme qui avait brisé une fenêtre du dépôt alimentaire pour tenter de s'y introduire. Ce fut la première balle mais pas la dernière. Andrew dut affronter la violence et l'appliquer pour rétablir la loi et l'ordre dans une cité déchirée par les combats. Il n’eut de repos qu'après avoir été victime de son propre gaz et s'être fait emmener à l'ambulance du service des hôpitaux pour y recevoir des soins. Quand il reprit le travail, c'était pour découvrir des cadavres dans les rues. Les premiers troglodytes sortaient d'une bouche de métro. Durant l'été, tout le monde s'était moqué des troglodytes qui avaient été logés dans les stations silencieuses de chemin de fer souterrain par l'Assistance. Mais quand l'hiver était venu, l'envie avait remplacé les rires car sous la surface il y avait tout de même quelques réchauds électriques. Quand il rentra chez lui, Andrew apprit les dernières nouvelles par Solomon. Shirl était partie la veille et n'était toujours pas rentrée. Andrew voulut partir la chercher mais Solomon voulut le persuader que ça ne servait à rien. Shirl était sortie avec une robe et elle s'était maquillée. Elle était sortie comme si elle allait voir quelqu'un. Elle s'était disputée avec Andrew peu de temps avant de partir. Andrew avait peur que ce soit la raison de son départ. Solomon apprit à Andrew que le Sénat avait fait passer un décret de crise. Pour Solomon ne le vrai problème était la surpopulation. Les cliniques d'avortement n'avaient été rendues légales que depuis peu de temps.

Shirl rentra. Elle était partie dans un restaurant clandestin où il y avait de la viande. Elle y avait rencontré des gens de connaissance avec qui elle avait bavardé. Andrew lui en voulait et ils se couchèrent comme deux étrangers dans la chambre minuscule.

Le printemps.

Solomon mourut d'une pneumonie. Andrew et Shirl avaient oublié leurs griefs pendant la maladie de Solomon. L'enterrement les rapprocha comme rien n'avait pu le faire dans les froides profondeurs de l'hiver.

Tab vint voir Shirl. Elle le présenta à Andrew. Il était toujours en garde du corps et des hommes se cachaient derrière lui. Mais il entra chez Andrew et Shirl seul. Tab était venu leur annoncer que le tribunal avait donné un commandement d'occupation, c'était comme un mandat de perquisition. Tab avait été engagé par un type qui s'appelait Belicher et avait obtenu gain de cause de la part du tribunal pour trouver un logement. Il voulait occuper la chambre de Solomon. Andrew fut obligé d’accepet que Belicher vienne avec sa femme et ses sept enfants. C'étaient les allocations familiales qui les faisaient vivre. Les gosses semèrent la pagaille dans l'appartement. Andrew ne put rien faire pour empêcher cela.

Thérapie 2000 (Keith Roberts).

 

C'étaient les boules Quies ou plutôt leur absence qui avait déclenché le problème. Travers avait rencontré des difficultés pour acheter un de ces objets désuets et potentiellement antisocial. Alors il cultiva l'habitude répréhensible de se bourrer les oreilles de bouts de papier. Puis il essaya de la cire chaude mais ce fut un échec poisseux. Il essaya la céramique et le bois taillé à la main et bien graissé. C'était la vie de Travers. À l'aube, obéissant, il se levait au son de l'émission de Dicky Dobson et 2 heures plus tard il écoutait «Keeling Cocos Walker » que le métro inter-bloc déversait à l'endroit de son travail. Son plaisir consistait à monter un flot interminable de petites annonces et à jongler avec des objets aussi disparates que la crème aux hormones et les harmonicas et à les harmoniser soit avec des mots en caractères gras, soit avec une étoile, soit encore avec le symbole du dollar, signes qui depuis des temps immémoriaux servaient à proclamer leur excellence.

Il devait subir le vacarme des haut-parleurs qui diffusaient des slogans et les mini transistors de ses collègues qui écoutaient du jazz ou du Puccini.

Travers rentrait chez lui à 18:00. Les wagons étaient maintenant tous pourvus de Trivid. C'était l'avis de Travers, le soir. Le métro le laissait au pied de son propre bloc d'habitation. Il traversait des étages pleins de hurlements. Les murs de son appartement étaient souples et translucides de plastique bouton de rose derrière lesquels des ombres électroniques brillaient et se pavanaient toute la sainte journée et toute la sainte nuit, excepté un court moment. Mais comme ce moment de silence était précieux ! Travers se sentait encerclé par les appareils de Trivid. Travers vivait ce qui faisait sa vie pendant les 3 heures de silence entre l'émission « La fin des fins » et le choeur de l'aube de l'inimitable Dicky Dobson. Naguère, l'interruption des émissions durait 4 heures. Travers avait observé son rétrécissement impitoyable avec terreur et consternation. Une fois, Travers avait entendu l'annonce de la secte Marche dans la lumière. Le président de cette secte annonçait fièrement que sa corporation avait acheté 1 heure de silence par jour destinée à la méditation et à la prière. Par gratitude et par curiosité, Travers leur avait demandé une brochure. En lisant cette brochure, Travers fut intrigué par les chapelles insonorisées de l'ordre où on pouvait acheter du temps pour méditer mais l'entrée et l'inscription étaient trop chères pour lui qui ne gagnait que 200 $ par semaine.

Travers avait un autre rêve qui s'appelait Deidre. Elle était souriante et dorée, secouait ses cheveux d'or. Elle était son seul vice, son seul espoir, sa seule évasion.

Il ne se souvenait pas de quelle manière elle s'était mise à exister. Elle était réelle et vivante autant que n'importe quelle femme. Elle avait ses moments de calme et ses moments de réflexion. Parfois elle l'énervait même s'il savait qu'elle ne voulait pas être méchante mais dans ces moments-là ils se querellaient. Et alors, le lendemain, c'était l'enfer. L'enfer, au bureau, l'enfer dans le projecteur ou des images de Deidre flottaient, tâches insupportables devant ses yeux. L'enfer le jour et la nuit qui suivait, jusqu'à l'arrêt de de la dernière Trivid. Les dernières images de la Trivid, dans ces moments-là, c'était une petite fille surgie de l'aube ou du crépuscule qui lui disait que ça avait été long, tellement long.

Deidre lui demandait de raconter sa journée et elle le consolait en le prenant dans ses bras et elle lui faisait tout oublier en chantonnant et en riant. L'idée que Deidre était réelle était la conclusion personnelle de Travers. Mais les choses que Deidre lui montrait, les endroits dans lesquels ils flânaient ne pouvaient exister, pas maintenant, plus maintenant.

Travers pensait que Deidre inventait ces endroits pour lui faire plaisir. Elle parlait avec sérénité et assurance, on ne pouvait douter d'elle. Elle lui avait dit que Dieu existait vraiment.

Travers lui offrit des cadeaux pendant des mois. L'accepter tout avec le même plaisir naïf. Malgré tout, il avait peur de la perdre. Ils allaient sur une plage. Ils faisaient l'amour dans une villa. Quand elle disparaissait, Travers ne savait pas comment. Les murs couleurs de crème de sa cellule s'animaient soudain, pleins de lumière, et derrière eux résonnaient les voix familières si haïes.

Et alors commençaient les journées insipides et remplies de Son.

Il lui semblait que les heures s'étiraient interminablement avant qu'il puisse la retrouver. Il ne pouvait pas dormir dans ce vacarme et les tranquillisants lui étaient interdis eux aussi.

Une fois drogué, il avait essayé de faire venir Deidre et elle n'avait pas pu ou pas voulu se montrer. Elle était restée une ombre qui pleurait dans l'obscurité. Depuis ce jour-là, il n'avait plus touché à la drogue.

Alors il avait voulu se procurer des boules Quies mais Deidre était contre. Elle n'avait pas voulu lui car pourquoi. Travers comprit sa blessure et son inquiétude. Après cela, il ne lui dit plus rien. Mais trois jours plus tard, il comprit partiellement pourquoi elle avait été blessée et il en fit un abcès. Il fut obligé d'aller voir un médecin. Le docteur Rees était ennuyé car il avait trouvé des corps étrangers dans les oreilles de Travers. Il pensait que c'était la cause des souffrances de Travers. Le docteur avait une Trivid fixée à son bureau et pendant qu'il examinait Travers et donnait son diagnostic des rayons de lumière de couleur jouaient sur le dessus du bureau il y avait du bruit. Travers fut envoyé vers des spécialistes qui le guérirent.

Il avait peur d'avoir des problèmes. Il en parla à Deidre, cette nuit-là. Elle lui posa des questions sur le docteur sur ce qu'il avait dit et ce qu'il avait fait.

Travers avait entendu parler d'un nouveau travail chez Mascler. Un meilleur poste. Il en avait parlé à son chef de studio qui n'avait pas dit non. Travers aurait pu gagner 50 $ de plus par semaine et la possibilité d'une chambre donnant sur l'extérieur. Tout un côté de son existence serait libéré du vacarme !

On lui avait interdit d'exercer son vice secret. Et il resta chez lui à ruminer dans la lumière et le brouhaha. Il se demanda s'il y avait eu une époque où il y avait eu du silence et s'il existait encore un endroit où la tranquillité régnait.

À sa grande surprise, il se vit en train d'utiliser contre sa volonté et sa raison, son vidéophone. Il décrocha son téléphone et déposa sa plainte contre la Poste. L'homme qui lui répondit lui assura que tout citoyen était contrôlé de manière très stricte, chacun avait droit à une certaine quantité de décibels en fonction de son statut exact. L'employé lui annonça qu'une action serait entreprise. Travers s'imagina le patriarche d'une nouvelle religion qui répandrait comme nouvelle foi, le silence.

Deux techniciens arrivèrent chez lui avec des appareils et des compteurs, des détecteurs et un micro. Les techniciens avaient découvert une cause de réclamation. Un voisin de Travers ne respectait pas la législation et reçut une amende de 80 $. Le voisin s'appelait Lupchech et conduisait une grue au supermarché local. Un jour, il avait frappé un consommateur qui lui avait crié quelque chose. Travers avait vu cela et il avait pris peur. Maintenant Lupcheck devait payer une amende à cause de lui. Travers passa une nuit agitée et ne put invoquer Deidre. Le lendemain Lupchech attrapa Travers dans l'ascenseur. Il le frappa et Travers ne se défendit pas. Il se fit hospitaliser. Dans son bloc, le vacarme était pire qu'ailleurs. Il fut admis mécaniquement dans une antichambre sans caractère mais avec de la moquette. Une Trivid solitaire fonctionnait, le Son coupé. On le fit attendre. Alors Travers pria pour Deidre. En d'autres crises de sa vie, cette technique avait marché.

Un spécialiste le reçu. Il lui dit qu’il devait comprendre le problème considérable que lui et ses semblables posaient à une société moderne organisée en fonction de grands principes historiques pour le bien du plus grand nombre de ses membres. Le spécialiste lui posa des questions sur son enfance. Il lui proposa une solution. Travers acquiesça et signa des formulaires. Une infirmière conduisit Travers dans une nouvelle pièce. Elle avait un écouteur dans l'oreille.

Travers fut anesthésié et on le conduisit vers un siège et on fixa un tissu sur ses yeux. Le tissu fut enlevé et Travers regarda autour de lui hébété. Le cauchemar était terminé. Quand il sortit la ville était devenue silencieuse. Travers rentra chez lui. Il s'endormit presque instantanément. La plage surgit. Et dessus, Deidre courait comme elle n'avait jamais couru. Il essaya de l'enlacer mais elle le repoussa. Elle tomba à genoux, se tenant la gorge et se balançant, figure de la détresse. Elle pleurait. Travers comprit enfin. Deidre était muette.

 

Personne n'habite Burton street (Grégory Benford).

 

Joe Murphy et le narrateur étaient agents de la Force. Ils assistèrent au premier acte des Troubles Domestiques. Scott arriva en renfort avec le diagnostic du QG. La foule fonçait sur eux. Elle était constituée de Troubles Psy et de Préjugés Raciaux sans compter un bon nombre de Chômeurs. La foule attaquait des magasins alors Murphy lança les premiers Polauts, une sorte de robot muni d'un fusil. La majeure partie de Burton street était maintenant en feu. Les pompiers arrivèrent en courant. Ils amenaient une simple lance d'incendie. La foule n'était pas assez importante pour que ça vaille la peine d'engager une voiture et tout le reste mais ils portaient l'uniforme rouge réglementaire. De loin, on a pu les prendre pour des vrais pompiers. Un gars arriva en brandissant une cognée et il l'abattit sur les pompiers Scott commanda de nouveaux policiers et pompiers pour l'équipe de l'après-midi. Un camion s'arrêta au milieu de la rue. Deux hommes en combinaison de travail en descendirent et commencèrent à charger les androïdes, tout en éteignant les foyers d'incendie au passage. D'ici une heure, tout allait être remis en place. Les policiers et les pompiers étaient des androïdes. Ils servaient à calmer la foule. Pendant des semaines, les gens qui avaient démoli Burton street et cru avoir tué des policiers et des pompiers allaient se tenir tranquilles en racontant à leurs amis comment il avait mis le feu à la rue ou descendu un flic.

Le narrateur écoutait son collègue Joe se plaindre sans cesse de manquer d'argent et d'espérer une promotion. Mais un gars comme Joe qui n'avait pas fait d'études n'avait guère de débouchés dans l'informatique et donc aucune chance de promotion. Le narrateur était censé veiller à l'état mental de ses hommes et il avait compris que le problème n'était pas du côté de Joe. Joe était marié et le narrateur pris note de faire examiner la femme de Joe par un psycho. Le narrateur se demandait pourquoi on avait installé une boîte aux lettres à Burton street car personne n'habitait cette rue.

L'homme qui avait disparu (Katherine MacLean).

Les gens vivaient dans leur micro-société régie par ses propres lois. Ils pratiquaient les rites du culte sadique aztèques ou bien la simple pauvreté et l'amitié des communes de la Fraternité d'Amour. Ils n'étaient pas seuls.

Les non-conformistes qui ne parvenaient pas à trouver de cellules pour les accueillir vivaient dans les zones publiques libres et se rendaient à des réunions libres pour rencontrer leurs semblables. Partout dans les rues on voyait des enseignes qui brillaient : « vous n'êtes pas seuls. Trouvez vos âmes soeurs. Trouvez votre distraction favorite. Trouvez votre compagnon, votre compagne. Utilisez les services d'« Harmonie », diagnostics de la personnalité et conseils en union ».

Carl Hodges était seul. Il errait dans un quartier en ruine de New York. Il savait ce que proclamaient les néons « vous n'êtes pas seul ».

Il ferma les yeux et pleura. Maudit soit le jour où il avait appris à parcourir le temps. Il avait la faculté de se souvenir de Suzanne. Il savait comment, pour son plaisir, revenir aux événements passés. Mais il n'arrivait pas à s'empêcher de penser à la fin de Suzanne. Quelqu'un lui offrit des pilules du bonheur et Carl les accepta. Il les avala. Autour de lui, se tenaient des enfants fugitifs vêtus d'étranges costumes provenant de nombreuses communes éparpillées sur tout le territoire des États-Unis. Ils avaient fui les royaumes et les coutumes bizarres de leurs parents car ils haïssaient la Fraternité, le conformisme des adultes. La loi obligeait les villages-sociétés à éduquer les enfants à l'intérieur de leurs murs.

Carl pensait que ce n'était que des enfants traversant une phase momentanée de révolte. Les pilules commencèrent à produire leur effet et Carl se rappela des trucs drôles. Il raconta aux enfants une partie de futurologie qu'il avait faite avec un ami. Cette partie avait terminé par un massacre. Heureusement que Carl et Ronnie ne jouaient pas pour de vrai car à la fin d'une bonne partie il ne restait plus personne.

Un gamin blond qui semble être le chef de la bande demanda à Carl des précisions sur ce jeu. Il avait envie d'étudier la prédiction de maintenance pour en faire son métier.

Carl Hodges était l'homme qui avait disparu et qui en savait trop. Il savait que le simple fait d'intervertir les fils d'un appareil à air conditionné pouvait détruire tout un îlot d'habitation.

Depuis le 3 juin, toutes les forces de police disponible recherchaient un informaticien qui racontait comment détruire la ville de New York.

Judd Oslow, chef de la brigade de secours était à la recherche de Carl. Hodges été assistant coordinateur de l'automation informatisée des services municipaux de New York. Son travail consistait à éviter les ennuis graves. D'après son dossier il ne faisait pas partie d'une commune et avait peu d'amis. Sa fiancée était morte dans un accident pendant qu'ils étaient en voyage amoureux le mois dernier.

Oslow envoya George, un de ses hommes, à la recherche de Carl. George se rendit au club de rencontre pour étrangers ou Carl avait été vu quelques jours plus tôt. Il fut attaqué par une bande d'adolescents. George éprouvait une impression bizarre ; il était seul. Les adolescents l'avaient abandonné sur le trottoir, les mains et les pieds attachés ensemble mais il avait réussi à se libérer et avait marché jusqu'à la commune de Fraternité d'Amour de sa petite amie pour y dormir. Mais les frères l'avaient mis dehors avec son sac de couchage car ils estimaient qu'il dégageait de mauvaises vibrations.

Il avait dormi dehors. Le lendemain il se réveillait en se sentant triste. Il n'avait pas trouvé Carl. Il téléphona à Oslow qui lui recommanda de faire son rapport à la brigade de secours du centre où il pourrait rencontrer une fille qui lui plairait.

Ahmed Kosavakats, le supérieur de George et son ami d'enfance, était prêt à admettre sa défaite. Sa raison l'avait poussé à essayer de retrouver Carl. Il pensait pouvoir retrouver Carl en utilisant la logique. Il estimait que ceux qui avaient pu faire prisonnier Carl avaient exploité ses capacités. Mais Ahmed n'avait pas trouvé le moindre signe d'une brillante manipulation destinée à détourner les services urbains. Alors Ahmed avait pensé que George Sanford pourrait probablement se brancher sur les ravisseurs de Carl si ceux-ci pensaient sur un plan émotionnel.

Les intuitions de George étaient dignes de confiance.

George était très costaud et ne se souciait apparemment pas de manger, de boire ou de dormir. Son seul but dans l'existence était d'avoir des amis et de les aider. Sous son modeste de Q.I. se dissimulaient des facultés inexploitées n'apparaissant qu'au moment où l'on demandait le maximum de George et qu'on l'appelait au secours. Ahmed pensait qu'il fallait garder George sous pression et le noyer de travail. Ahmed vit que George avait des ecchymoses et il lui demanda pourquoi mais George ne voulait pas répondre. Ahmed comprit que George avait été attaqué et n'avait pas eu le dessus. Ils assistèrent à l'effondrement du Brooklyn dôme. George perçut l'interruption des émissions de milliers d'esprits. George percevait les pensées d'un homme qui avait ressenti le choc de la lointaine explosion et avait su immédiatement ce que cela signifiait pas.

Carl était encore prisonnier de la bande de jeunes. C'étaient les jeunes qui avaient fait exploser Brooklyn dôme. Ils voulaient anéantir les techs car c'étaient les techs qui avaient décidé de stériliser les femmes. Seuls les hommes disposant de 500 $ pouvaient faire opérer les femmes pour qu'elles deviennent à nouveau fertiles. C'était une façon d'éliminer les pauvres de la société. Alors les jeunes avaient l'impression de se défendre en détruisant les techs à leur tour. La bande de jeunes avait exploité les talents de Carl.

L'explosion du Brooklyn dôme avait été diffusée à la télévision. Les gens regardaient ce spectacle avec fascination. Tout autour de George, les voyageurs des sièges-métro, visages inexpressifs, scrutaient l'écran avec l'espoir de plus d'horreur encore. Les amoureux de la vie sont également des amoureux de la mort. George et Ahmed arrivait à Jersey dôme. Il y avait 10 000 habitants. Des fonctionnaires et leurs familles.

Ils allèrent voir le maire. Ahmed lui expliqua que lui et George étaient de la Brigade de secours métropolitaine et qu'ils étaient spécialisés dans la recherche des gens par prédiction du comportement. Ils étaient à la recherche d'un éventuel psychopathe qui aurait pu saboter Brooklyn dôme et qui aurait l'intention de faire de même avec Jersey dôme. Mais le maire ne se montra pas coopératif. Au contraire il les menaça d'un pistolet. Il ne supportait pas qu'on puisse évoquer la possible explosion de Jersey dôme. Ahmed réussit à le rassurer. Il lui expliqua que lui et George voulaient simplement visiter Jersey dôme.

Ils croisèrent un technicien qui vérifiait des cables. Ils lui demandèrent ses papiers et il obtempéra. Ahmed et George étaient à la recherche d'un plastiqueur et le technicien avait compris. George sentait la pression de l'eau qui, loin au-dessus de la ville, semblait comprimer l'atmosphère et lui conférer une certaine densité.

Ils entrèrent dans la salle des compresseurs. Elle n'était pas fermée à clé. Ça aurait dû être fermé remarqua Ahmed. Un intérieur, il y avait deux ingénieurs. George leur demanda leurs papiers. Un des deux ingénieurs expliqua à George le fonctionnement des compresseurs qui servaient à pomper l'air et à refouler l'eau.

George avait peur et voulait quitter le dôme. Ahmed lui demanda de se ressaisir car George Sanford n’avait jamais peur.

Ahmed demande à George de localiser ce sentiment de défaite. George pensait qu'ils allaient mourir. Ils prirent l'ascenseur. Mais l'impression de malheur persistait et ne faisait qu'empirer. George sentait qu'on allait faire sauter le dôme depuis la plate-forme d'observation. George demanda à Ahmed qu'il fasse venir un hélicoptère et des patrouilleurs. Ahmed et George montèrent dans l'hélicoptère. George sut enfin qui étaient les saboteurs. Tous les gosses avec des tournevis, les individus serviables doués de talents de techniciens et qui faisaient accélérer les ascenseurs, tous ceux qui ne comprenaient rien à la mécanique et laissaient ouvertes les portes des toilettes payantes pour ceux qui suivaient. Ils voulaient se montrer serviables. Ils passaient les sas en bloquant grandes ouvertes les portes derrière eux. Plus rien pour retenir l'énorme pression atmosphérique qui pesait sur la cité pressurisée et s'engouffrait derrière l'ascenseur quand il montait. George ne savait pas comment il pourrait expliquer aux policiers qu'il n'y avait pas de plastiqueur mais que c'étaient les habitants de la ville qui, dans leur désir de fuir, détruisaient leur propre système protégé par des sas.

Le Jersey dôme explosa.

Le maire avait survécu et diffusait des informations. Il dit que la voûte du dôme n'avait pas craqué et qu'elle s'était juste affaissée. Les survivants enfilaient des scaphandres et cherchaient à se mettre à l'abri au cas où la conduite serait à nouveau débloquée. Il voulait qu'on colmate le puits d'aérations par en haut. George et Ahmed recherchèrent les survivants. Ils tirèrent de l'eau une jeune femme nue. Mais elle était morte. Le commandant des garde-côtes ordonna à George et Ahmed de quitter la zone sinistrée.

La bande de jeunes diffusa un message pour annoncer sa responsabilité dans la destruction de Brooklyn dôme et la détention de Carl. Ils exigeaient 15 000 $ pour les services qu'ils proposaient. Si une commune avait des ennemis, elle pourrait en toute logique poser la question de savoir qui ou quoi pouvait détruire la commune et comment prévenir cette attaque.

Les jeunes avaient envoyé une copie de ce message à chaque commune située dans les limites de la ville et deux seulement avaient fait parvenir l'enregistrement à la police.

Oslow ordonna à George de lui trouver Carl dans les plus brefs délais. George était censé aider les gens. Chaque fois qu'il essayait d'aider Carl, il arrivait quelque chose de mal.

Mais il arriva à capter l'esprit de Carl. Ahmed se dit qu'il y avait de fortes probabilités pour que ce fut Carl qui s'exprimait par la bouche de George quand celui-ci était pessimiste. Le vocabulaire utilisé par George ces derniers temps n'était pas le sien mais celui de Carl. Ahmed avait compris cela. Alors il parla à George comme s'il parlait à Carl. Et Carl lui répondit. Carl demanda à Ahmed de le détruire avant qu'il ne le fasse lui-même. Ahmed demanda à Carl où il se trouvait. Carl répondit qu'il était entre East avenue et la 5è rue. George et Ahmed partirent chercher Carl.

George atteignit le milieu d'une cour et fut rapidement rattrapé par la bande de jeunes. Il leur raconta avoir perdu une montre le soir où il avait déjà été tabassé par la bande de jeunes. Le chef de la bande lui dit qu'il devait être complètement idiot. George s'approcha près d'une porte et la bande de jeunes l'en empêcha. George se dit que Carl devait être derrière cette porte. Alors George dit aux jeunes que s’ils trouvaient sa montre et qu'ils la lui rendaient, il leur apprendrait quelque chose qui devait les intéresser. Mais les jeunes le frappèrent avec une chaîne. Ils ne voulaient pas que quiconque entrent dans leur territoire. George savait que le pilote de l'hélicoptère était à l'écoute mais celui-ci ne pouvait pas savoir que Georges était en danger. Alors George leur dit qu'il savait qui il cachait, l'informaticien qui avait disparu. L'homme qui avait fait sauter Brooklyn dôme. George leur dit qu'il y avait une récompense pour celui qui le retrouverait. Puis, George s'empara de la chaîne d'un des jeunes et s'en servit contre eux. Alors ils s'enfuirent. George hurla à Carl de sortir maintenant qu'il avait libéré le chemin.

Carl se libéra en défonçant la porte de la cave où il avait été enfermé. George lui tendit une matraque qu'il avait ramassée. Carl pensait que George était aussi informaticien. Il avait le sentiment de contempler son image dans un miroir en regardant George. Mais George lui répondit qu'il n'était pas comme lui. George lui dit qu'ils avaient simplement une certaine communion d'idées. George ne faisait que sentir ce que Carl sentait. Les jeunes attaquèrent George et Carl. Ils se défendirent puis l'hélicoptère arriva et envoya du gaz sur le groupe. George inspira une profonde bouffée d'air pur avant que le nuage ne fut sur lui. Carl fut surpris et respira du gaz. Il s'écroula. George continua de retenir sa respiration et il vit quelque chose bougeait dans le brouillard blanc alors il se lance à la poursuite de cette silhouette. La silhouette alla se réfugier dans un placard et George la suivit. C'était un des adolescents qui était armé d'un pistolet. George leva les mains en l'air. Il vit que l'adolescent avait un masque à gaz. George se demanda quelle était la signification de cette journée. Pourquoi de tels événements survenaient-ils. George échappe à son corps et survolait la ville. Il aperçut une vaste entité spirituelle d'une logique froide et complexe qui menaçait l'agglomération et qui existait également dans son futur. L'entité parla et se présenta comme le Destin. Elle prétendait qu'il n'y avait pas de place pour le changement dans la logique. Mais George lui objecta que le passé pouvait changer donc tout ce qui venait du passé pouvait changer.

Alors l'entité disparut. George se retrouva allongé sur le sol d'une petite pièce. L'adolescent était assis sur un lit et braquait une arme sur lui. Il lui apprit que Carl avait été repris par la police. George lui répondit qu'il avait fait un rêve étrange. Il avait parlé au destin de New York jusqu'à ce que celui-ci disparaisse. L'adolescent lui demanda ce que cela signifiait. George répondit que nous ne savons pas ce qui est exactement arrivé dans le passé et que de toute façon le passé n'est plus réel. Nous pouvons par conséquent affirmer qu'il est arrivé tout ce que nous souhaitons qu'il soit arrivé. Si un passé doit amener des ennuis, on peut le changer simplement en se taisant et tout rentrera dans l'ordre. L'adolescent fut surpris et ravi. Il se présenta, il s'appelait Larry. Ils eurent une longue discussion philosophique pendant que Larry attendait que la police ait fini de fouiller les environs et s'en aille. Larry s'efforça de convaincre George que le monde possédait trop de techniciens. Larry pensait que les techniciens étaient en train de supprimer les gens véritables.

George essaya de réfuter les convictions de Larry en expliquant qu'un type qui voulait vraiment des enfants pouvait gagner suffisamment d'argent afin d'obtenir un permis d'accouplement pour lui et une opération pour sa femme. Mais Larry pensait que les techniciens voulaient stériliser tout le monde sauf les pousseurs de boutons. Alors George lui dit qu'il n'était pas stérilisé et pourtant il se considérait comme un véritable crétin. Pour toucher des allocations il fallait accepter d'être stérilisé. Larry ne se laisserait jamais stériliser. George était en colère contre Larry parce qu'il avait vu les victimes de Jersey dôme. Alors Larry reprit son revolver et le pointa sur George. Puis il mit son masque à gaz et il s'en alla. À ce moment-là, Ahmed arriva. Il signala à ses collègues la fuite de l'adolescent armé. George demanda à Ahmed comment se faisait-il que tout ce que Larry avait dit semblait logique. Ahmed répondit que les techs ne tuaient pas les gens qu'ils stérilisaient alors que les adolescents tuaient leurs ennemis. Larry fut tué. Ahmed avait entendu le discours philosophique de George et il pensait que celui-ci avait inventé une nouvelle métaphysique. Peut-être que George venait tout simplement d'abolir le Destin. Ahmed regarda partir George. Il se sentait trahi. Où était tout le respect que George avait l'habitude de lui témoigner. George n'était plus le petit gamin grassouillet qui traitait Ahmed comme son patron.

Nulle part chez soi (Norman Spinrad).

Richardson et Goldberg discutaient de drogues. Goldberg regrettait de n'avoir pas breveté une drogue qu'il avait inventée avec Richardson. Il existait des entreprises comme American Marijuana & Psychedelic Inc. qui pouvaient payer les avocats et graisser la patte à l'administration pour breveter des drogues. Richardson pensait avoir une mission sacrée. Il pensait que lui et son collègue étaient les serviteurs du processus de l'évolution. Chaque fois qu'ils sortaient un nouveau psychédélique, ils faisaient progresser la conscience humaine. Ils créaient un produit et pouvaient en vivre un certain temps puis l'industrie de la drogue réussissait la synthèse de leur produit et en lancer la production à grande échelle. Alors ils étaient obligés de sortir une nouvelle drogue s'ils voulaient continuer à vivre avec un minimum de style. S'il n'y avait pas l'industrie et les lois sur la drogue, Richardson et son ami pourraient devenir des ploutocrates pourris de fric rien qu'en vendant la même vieille drogue pendant des années.

Le docteur Taller discutait avec le général Carlyle à propos des effets secondaires imprévus de l’eucomorfamine. Le général estimait qu'un soldat devait avoir au moins un vice mineur dangereux. L’eucomorfamine était censée aider les hommes dans les conditions claustrophobiques de la base lunaire Marmotte. Mais cette nouvelle drogue avait pour effet secondaire d'augmenter les pulsions sexuelles. Cela provoquait des comportements homosexuels violents chez les hommes de la base lunaire. La seule solution était de donner une drogue aux hommes de la base Marmotte pour empêcher les effets secondaires de l’eucomorfamine. Cela tombait bien, Psychedelic Inc avait effectivement travaillé sur un calmant sexuel. Le nouveau produit s'appelait nadabrine et transformait les pulsions sexuelles en état de fugue mystique. Le général venait de finir sa pipe imbibée de drogue alors il prit 5 mg de lébémil. Il ne voulait pas d'une drogue qui rendrait ses hommes psychotiques. Taller le rassura en lui expliquant que la nadabrine ne produisait une expérience mythique ne durant que quatre  heures et leur niveau de pulsions sexuelles resterait très bas pendant une semaine environ. Taller avait essayé cette nouvelle drogue sur lui. Il prétendait qu'on ne gardait aucun souvenir de ce qui se passait pendant les 4 heures de fugue mystique. Le général allait donner un avis favorable pour un essai.

1:30 avant son rendez-vous avec le cardinal Rillo, le cardinal McGavin prit un combi de peyotadrène-mescamil et 5 mg de metadrène. Il avait décidé de traiter avec Rome à un niveau mystique plutôt que politique et il se sentait plus profondément chrétien lorsqu'il prenait ce mélange. Et Dieu savait combien il était difficile de se sentir profondément chrétien lorsqu'on négociait avec un représentant du pape. Le cardinal Rillo était au premier rang de l'opposition qui avait conduit le pape à retarder, depuis un nombre ridicule d'années, la publication de son encyclique sur la marijuana. Le souverain pontife avait envoyé le cardinal Rillo rapporter au cardinal McGavin son inquiétude devant l'addition de psychédéliques à l'hostie dans l'archidiocèse de New York.

McGavin demanda au cardinal Rillo de supprimer le peyotadrène de ses hosties. Il y allait du salut de son âme immortelle. McGavin comprit l'abîme théologique qui le séparait du Cardinal Rillo. Rillo lui dit qu'il n'était pas exclu qu'une encyclique contre la position de l'archidiocèse de New York soit envoyée aux évêques. Et alors McGavin risquait l'excommunication. Mais McGavin lui rétorqua que dans la communion psychédélique, on faisait l'expérience directe de l'amour divin.

Pour McGavin, partager la position du pape sur la communion « chimique », c'était accepter la notion que le souverain pontife avait le pouvoir de priver un homme de la grâce divine. Alors qu'accepter le caractère sacré et la validité de la communion psychédélique, c'était nier la validité de l'excommunication. Alors il répondit à Rillo que si le pape l'excommuniait, cela ne nuirait en rien à son âme.  Rillo était outré, pour lui c'était un blasphème. McGavin lui expliqua que l'excommunication ne pouvait plus avoir de signification puisque Dieu avait jugé bon, par le biais de la science psychédélique, d’accorder une expérience directe de sa nature. Mais pour Rillo, la communion psychédélique était un coup de maître de Satan. Il dit à McGavin qu'ils ne pouvaient avoir raison tous les deux. Alors McGavin eut l'intuition que cela pouvait signifier que rien ne s'opposait à ce qu'ils eussent tous les deux tort.

Le docteur Braden offrit une sucette à la mangue à Johnny. Le docteur pensait que pendant les quatre premières années de sa vie, la sphère sensorielle d'un enfant devait s'habituer à accepter un spectre de stimulations sensuelles aussi large que possible. La mère de Johnny s'inquiétait pour son enfant car son spectre sensuel excédait légèrement la norme. La mère de Johnny avait été effrayée par le médecin scolaire de son enfant. Celui-ci avait dit que le traitement que suivait Johnny donnait à la personnalité du garçon une structure ne convenant pas à un enfant d'âge scolaire. Braden aller changer le traitement de Johnny pour qu'il soit prêt pour l'école. Il fallait diminuer l'intensité sensorielle de l'enfant et augmenter son intérêt pour les abstractions. La mère de Johnny avait peur que le médecin supprime le paxum dans le traitement de son enfant. Ce médicament permettait de sentir l'amour universel. Braden lui répondit que non seulement il ne le supprimerait pas mais au contraire il augmenterait légèrement la dose. Ainsi Johnny se soumettrait à la nécessaire autorité de ses professeurs dans un esprit de confiance et d'amour, et non par peur. Braden avait réussi à rassurer la mère de Johnny. Elle avait confiance en lui. Elle remettait la conscience de son enfant entre ses mains. Il était fier et reconnaissant d'être un pédiatre psychédélique. Cela lui permettait d'accroître le bonheur humain.

Bill Watney était designer psychédélique mais cela lui donnait parfois la nausée et il voulait abandonner ce métier. Leonard Spiegelman pensait que son ami perdait la tête. Bill enviait son ami car celui-ci croyait en ce qu'il faisait et il prenait plaisir. Bill lui expliqua qu'il avait de profonds éclairs de conscience. Dans ces moments il avait honte de ce qu'il faisait. Leonard devinait ce qui dérangeait-il. Il pensait que son ami estimait moralement condamnable de concevoir de nouveaux styles de conscience à l'intention d'autrui et qu'il jouait au bon Dieu. Alors Bill lui demanda comment il pouvait continuer à aimer le design psychédélique alors qu'il comprenait tout cela. Mais pour Leonard, la mauvaise conscience était une connerie. Pour lui les designers psychédéliques étaient des artistes. Il préférait que ce soit eux les concepteurs de styles de conscience plutôt que les politiciens assoiffés de pouvoir.

En tant qu'artistes, leur but n'était pas de contrôler les gens. Ils créaient la beauté à partir du vide. Ils cherchaient à enrichir la vie des hommes. Mais pour Bill, les designers ne pouvaient pas s'accrocher à une certitude puisqu'ils modifiaient leur propre réalité grâce à un vaste spectre de drogues avant de concevoir des psychédéliques destinés à modifier la réalité des autres. Pour Leonard, il n'y avait pas de réalité fondamentale. Mais pour Bill la réalité existait car le style de conscience s'était formé naturellement au fil des millénaires avant l'existence du design psychédélique. Mais pour son ami cette conscience pré-psychédélique évoluait au hasard sans le contrôle de l'esprit. Leonard avait été comme Bill dans sa jeunesse. Mais il s'était repris en mains grâce à la méthaline et à la peyotadrène.

Kip ne regrettait pas que Jonesy n'ait pas essayé de le convaincre de tripper avec lui. Jonesy avait vraiment une sale mine. Il flottait à coup sûr aux abords de l'abîme. Jonesy voyait la réalité telle qu'elle était vraiment et pour lui c'était horrible. Il comprenait qu'il n'existerait jamais dans l'espace et le temps autre chose que des mécanismes d'horlogerie s'épuisant rapidement pour retourner au vide froid et au noir. Jonesy n'avait rien pris depuis 12 heures et c'était ça son trip. Il découvrait l'état naturel, la réalité toute nue et il trouvait cela horrible. Alors il accepta les drogues que lui donna son ami. Après quoi il se demanda comment faisaient les gens pour supporter le monde avant les psychédéliques. Kip lui répondit que les gens avaient peut-être trouvé un moyen de ne pas y penser.

Le test (Richard Matheson).

 

La veille du test, Leslie aida son père à étudier dans la salle à manger. Tom Parker avait 81 ans et il en était à son quatrième test. Leslie lui fit répéter des séries de nombres. Leslie savait que son père échouerait mais il n'avait pas le courage de lui dire car il ne voulait pas lui briser le coeur. Ensuite Leslie prit un crayon auquel était attaché une ficelle et traça un cercle d'un peu plus d'un cm de diamètre sur une feuille de papier blanc et tendit le crayon à son père.

Tom devait tenir la pointe du crayon suspendue au-dessus du cercle pendant trois minutes. Mais la main de Tom tremblait tandis que son crayon passait nettement en dehors du cercle. Leslie se rendait parfaitement compte de la vanité de cette comédie et songeait avec amertume qu'aucun effort de leur part ne pourrait sauver la vie de son père.

Encore heureux se disait Leslie que les examinateurs ne fussent pas les fils et les filles qui avaient voté la loi.

Après cela, Leslie demanda à son père de lui lire l'heure mais Tom se trompa. Tom ouvrit sa montre gousset et regarda le portrait de sa femme quand elle avait 30 ans. Elle était morte à 57 ans, avant l'introduction des tests. Tom n'aurait jamais cru qu'il pourrait en arriver à considérer un jour comme heureuse la mort accidentelle de Mary.

Ce qui est horrible c'était que la vie poursuivait son cours habituel. Personne ne parlait de mourir. Le gouvernement adressait aux vieillards des convocations aux tests et ceux qui échouaient étaient invités à se présenter au Centre médical officiel pour y subir l'injection réglementaire.

La loi fonctionnait, le taux de mortalité était stable, la population maintenue dans les limites fixées, le tout officiellement, impersonnellement, sans un cri ni une protestation. Mais c'étaient ceux qu'on aimait que l'État supprimait. Leslie avait encore des questions à poser, des questions psychologiques mais il ne pouvait pas les poser car elles étaient sur le problème sexuel et son père était rigoriste. Alors il dit à son père qu'il ne ne paraissait plus rien y avoir dans la brochure. Tom devait aussi passer des tests physiques mais il espérait que le docteur Trask lui délivrerait un bulletin de santé comme il l'avait fait pour les trois tests précédents.

La nuit, Leslie discuta avec sa femme Terry. Il lui dit que dorénavant il n'y avait plus qu'à attendre. Elle lui répondit que Tom avait peut-être une chance mais Leslie il ne le croyait pas. Soudain, Tom regretta de n'avoir pas signé la demande de Séparation des années auparavant. Ils avaient absolument besoin d'être débarrassés de Tom pour le bien de leurs enfants et pour le leur propre. Mais Tom ne voulait avoir le sentiment d'être un assassin. Tom se rappela que la loi avait été votée par référendum parce que les gens voulaient être tranquilles et vivre à leur guise. Terry avait peur que Tom réussisse car cela signifierait qu'ils devraient encore le supporter pendant cinq ans.

Tom éprouva de la haine pour lui-même car il se forçait à convaincre sa femme que Tom était condamné d'avance. Il lui était difficile d'oublier combien il avait aimé et respecté son père et d'oublier les randonnées dans la campagne, les parties de pêche, les longues conversations le soir et toutes les choses que son père et lui avaient partagées.

C'était pour cela qu'il n'avait jamais eu le courage de signer la demande. Malgré les principes chrétiens qui leur avaient été inculqués toute leur vie, Leslie et sa femme avait une crainte terrible que le vieux Tom fut admis à son test et vive encore cinq ans avec eux.

Le lendemain matin Leslie se leva à 6:00 en entendant le réveil de son père. Terry se réveilla aussi et elle voulut préparer le petit déjeuner mais Leslie refusa. Elle pleura sans comprendre pourquoi. Leslie voulut prendre le petit déjeuner avec son père mais celui-ci lui dit que ce n'était pas nécessaire. La veille, Tom avait brisé le verre de la montre de son fils et il lui demanda de la lui apporter pour qu'il la fasse réparer. Leslie regretta de s'être levé si tôt car son père était désagréable avec lui pendant le petit déjeuner. Tom refusa que son fils l’accompagne jusqu'au test. Il préférait y aller seul en métro.

Leslie savait que même si son père échouait au test il y aurait encore de longues semaines avant son exécution. Ce serait l'horrible et longue attente pendant laquelle on emballerait les affaires dont on voulait se débarrasser. Ce serait la longue suite de repas pris ensemble et de conversations gênées. Quand Tom décida de partir, Leslie voulut lui dire qu'il l'aimait et voulut l'embrasser mais il en fut incapable. Il resta assis, paralysée par la peur, quand la porte se referma, l'air effleura les joues de Leslie et le glaça jusqu'au coeur.

Alors il sortit pour aller voir son père et lui souhaiter bonne chance. Dès qu'il fut rentré chez lui, il pleura.

Il se sentit incapable d'aller travailler et resta chez lui. Il passa la journée à bricoler dans son atelier mais sans trouver d'intérêt à ce qu'il faisait. Le soir, Leslie remarqua que Terry avait mis un couvert pour Tom. Il se demanda si elle l'avait mis par habitude.

Son fils Jim lui demanda si on donnerait un mois à son grand-père au cas où il ne réussirait pas le test. Et Tommy, le frère de Jim dit que la grand-mère d'un de ses copains avait reçu une lettre au bout de deux semaines seulement. Leslie leur interdit de parler de ce sujet. Leslie pensait que la mort de leur grand-père ne les affectait pas. Tom rentra à 18:10. Leslie se leva de table brusquement alors Terry l'empêcha de se précipiter à la rencontre de son père pour le presser de questions.

Leslie ne voulut pas attendre la fin du repas pour aller voir son père mais sa femme l'en empêcha. Elle pensait qu'il fallait laisser Tom tranquille. Mais Leslie n'écouta pas sa femme et monta voir son père dans sa chambre. Tom dit à son fils qu'il n'était pas allé faire le test. Alors Leslie lui demanda ce qu'il comptait faire. Tom lui répondit qu'il ne devait pas se tourmenter pour son père car il était assez grand pour s'occuper de lui. Tom prit la main de son fils pour le rassurer et il lui souhaita une bonne nuit. Leslie remarqua un sac de drugstore dans le coin de la chambre où il paraissait avoir été jeté. Terry attendait Leslie au bas de l'escalier pour lui demander comment Tom allait. Leslie lui dit que Tom n'était pas allé faire le test mais qu'il était allé en drugstore probablement pour s'acheter des médicaments. Terry voulut savoir ce qu'ils devaient faire et Leslie répondit qu'il n'y avait rien à faire.

Toute la soirée, Leslie et sa femme restèrent dans la cuisine à boire du café et à parler tristement à voix basse. Leslie remarqua que son père avait laissé sur la table de la salle à manger la montre de son fils qu'il avait fait réparer. Leslie et sa femme parvinrent à s'endormir. Toute la nuit ce fut le silence dans la chambre du vieillard. Et le lendemain, toujours le silence.

La mort de Socrate (Thomas M. Disch).

1

Le professeur Ohrengold donnait un cours sur Dante. Birdie Ludd s'ennuyait durant ce cours. Il pensait à Milly, la fille dont il était amoureux. Il aurait voulu dire au professeur que la vie de Dante ne le concernait pas. Mais le professeur n'était pas vraiment présent. Son cours était diffusé sur un écran de télé. L'appariteur avait même dit que le professeur était mort depuis longtemps.

Birdie était seul et sans emploi. Pocahontas, un élève, posa une question sur le cours et plus précisément sur les juifs. Il demanda si, d'après Dante, les gens qui n'étaient pas baptisés devaient aller en enfer et l'appariteur répondit oui. Alors Pocahontas répondit que si c'était la faute de quelqu'un que ces gens soient nés d'une certaine façon et pas d'une autre, c'était bien à Dieu. Et l'appariteur trouva la remarque judicieuse.

L'appariteur annonça une interrogation écrite. Birdie ressentit un malaise. Comme c'était mon questionnaire à choix multiples, Birdie cocha sur C à chaque question.

Birdie habitait le numéro 334 de la 11è rue une unité qui avait été construite dans le cadre du premier projet fédéral Modicum pendant le boom des années 80, juste avant les restrictions. Il était un temporaire installé sur le palier du 16e étage. Avant de rencontrer Milly, Birdie n'avait jamais soupçonné que l'amour pouvait être quelque chose de plus compliqué ou de plus redoutable que faire joujou à deux. Mais maintenant, il lui suffisait d'entendre la moindre chanson cucul à la radio pour se trouver au bord des larmes.

Dans l'escalier de son immeuble il croisa une vieille qui se plaignait de la panne d'ascenseur. Birdie détestait les vieillards. C'était parce que les vieillards étaient tellement nombreux que Birdie ne pouvait pas épouser la fille qu'il aimait et avoir une famille à lui.

Il pleura. Il avait la certitude que Milly le trompait. C'était la première fois qu'il pleurait de toute sa vie d'adulte.

2

Birdie n'avait pas toujours été un raseur, loin de là. Il y avait eu un temps où son caractère amical, décontracté, où sa joie de vivre faisaient plaisir à voir. Son esprit compétitif avait reçu une note médiocre à l'école communale 141 et une note encore moins bonne au centre où il avait été transféré après le divorce de ses parents.

Et puis un jour, pendant l'été qui avait suivi son examen de fin d'études secondaires, au moment où ça commençait à devenir vraiment sérieux avec Milly, il avait été convoqué dans le bureau de M. Mack et en l'espace de quelques minutes sa vie avait été réduite en miettes. Birdie pensait que Mack était juif. Il avait la sensation désagréable que Mack jouait avec lui et que tous ses conseils si raisonnables étaient un piège. Mack avait reçu une lettre d'Albany, des services centraux de la Sélection génétique qui disait que Birdie avait été recalé. Le père de Birdie était diabétique et cela comptait dans la sélection. Mack dit à Birdie qu'il n'y avait pas de quoi avoir honte. 2,5 % de la population totalisaient moins de 25 points, Le score nécessaire pour être sélectionné. Birdie n'aurait donc pas le droit d'avoir des enfants.

La loi révisée sur l'évaluation génétique avait finalement été votée par le Sénat en 2011 à la suite de ce qu'on avait appelé le Compromis Jim Crow. Ce compromis avait pratiquement volé à la rescousse de Birdie puisque ces cinq points qu'il avait perdus à cause de la tendance au chômage qui se manifestait chez son père, il les avait avait regagnés du seul fait qu'il était noir. M. Mack encouragea Birdie à repasser les tests mentaux de la Sélection mais pas le test physique. Mais, hormis les facteurs héréditaires et les tests du Centre de sélection génétique qui mesuraient tous deux les potentialités, il existait un autre groupe d'éléments déterminant la performance individuelle. Tout service exceptionnel rendu au pays ou à où l'économie donnait automatiquement 25 points. De même, une manifestation d'aptitudes physique, intellectuelle ou créative nettement au-dessus de la moyenne indiquée. M. Mack était vraiment désolé et il espérait que Birdie apprendrait à considérer sa reclassification comme un accident de parcours plutôt qu'un échec définitif. M. Mack invita Birdie  à envisager la question de la contraception et de la génétique avec une ouverture d'esprit aussi large que possible. Déjà les ressources disponibles ne suffisaient plus à nourrir la population de la planète. M. Mack espérait que Birdie ren viendrait un jour ou l'autre à voir que la sélection génétique était souhaitable et nécessaire. Birdie promit de considérer la chose sous cet angle moyennant quoi il put partir.

Birdie avait reçu une enveloppe grise dans laquelle il trouva un livret intitulé «  votre test d'aptitude génétique » publiée par le Conseil National de l'Education. Dans ce livret, il était expliqué que la seule façon efficace de se préparer à son examen était de l'aborder avec un esprit ouvert et confiant. Un mois plus tard, Birdie se rendit à Center street dans un état d'esprit ouvert et confiant. Mais il s'aperçut qu'on était un vendredi 13. Il n'avait pas besoin d'attendre la lettre recommandée pour savoir que sa note allait être gratinée.

Pourtant quand il reçut les résultats, ce fut comme un coup de massue : son QI avait baissé d'un point ; sur l'échelle de créativité de Skinner-Waxman il était tombé à 4, une note de débile mental. Son nouveau total était 21.

Ce ne fut qu'après avoir été recalé à ses tests que Birdie annonça son reclassement à Milly. Elle se montra héroïque et déploya des trésors de tendresse, de sollicitude et de ferme résolution. Elle prétendit l'aimer davantage maintenant. Elle jura de rester à ses côtés pour l'aider à traverser cette épreuve. Si Birdie acceptait de suivre les cours à la SENS de Barnard, Milly se déclarait prête à l'attendre aussi longtemps qu'il le faudrait.

Cela prendrait quatre ans à Birdie pour gagner les quatre points que représentait le diplôme.

3

Le matin du jour où il devait passer son examen d'histoire de l'art, Birdie se prélassait au lit dans le dortoir vide du SENS. Il se leva, fit des pompes et se masturba en pensant à Milly. Il s'habilla tout en blanc et alla manger dans l'immeuble du ferry où il y avait un restaurant Pan Am où les serveuses portaient le même uniforme que Milly. La semaine précédente, Milly lui avait dit qu'elle l’aimerait toujours. Brusquement, Birdie réalisa qu'il avait un quart d'heure de retard pour son test. Pourtant il poussa un soupir de soulagement et s'assit pour regarder l'océan.

M. Mack mts au point un projet d'article pour Birdie, ce serait la dernière chance de Birdie. Au mois de juin, il en parla à son père. M. Mack avait offert à Birdie un exemplaire de « A la force des poignets ». Ce livre avait été écrit par Lucille Mortimer Randolph Clapp, l'architecte du système de sélection génétique. Birdie lut à son père des articles qui avaient été acceptés par la Sélection. Le père de Birdie conseilla à son fils d'utiliser un peu de l'argent que la Sélection lui avait donné pour payer une grosse tête qui lui écrirait son article.

Mais Birdie lui répondit que c'était impossible car la Sélection avait des ordinateurs qui repéraient ce genre de trucs.

Le lendemain, Birdie fit sa première visite seul à la Bibliothèque nationale. À l'intérieur, il y avait un véritable nid d'abeilles d'alvéoles destinées à recevoir les chercheurs. Un appariteur qui ne devait pas être beaucoup plus âgé que Birdie lui montra comment taper ses questions sur le clavier à touches. Il demanda à consulter les cinq meilleurs livres écrits sur Socrate à un niveau de fin d'études secondaires et commença à y piocher au hasard. Tard dans la nuit, Birdie finit de lire le passage de la République de Platon qui contient le célèbre mythe de la caverne. Après quoi, il déambula dans la féerie de Wall Street. Il se demanda si, parmi la foule, il y avait quelqu'un qui soupçonnait la vérité. Où étaient-ils, comme les pauvres prisonniers de la caverne, tournés vers la paroi rocheuse à regarder des ombres sans se douter que dehors il y avait un soleil, un ciel, tout un monde d'une éclatante beauté.

Il comprit que la beauté était dans les choses mêmes dans les stupides distributeurs automatiques. Il se souvint que Socrate avait été condamné par le Sénat athénien pour corruption de la jeunesse. Il y avait quelque chose de plus que la simple beauté derrière tout ça. Quelque chose qui, inexplicablement, lui faisait froid dans le dos. Il comprit que la créativité était la clé de tous ses problèmes. Il poursuivit ses recherches à la bibliothèque. L'avenir était chargé d'ineffables promesses.

4

Birdie intitula son article « Problèmes de créativité ».

Birdie y écrivait que toute beauté doit respecter trois conditions : 1° le sujet sera de format littéraire ; 2° toutes les parties seront comprises dans le tout ; 3° la signification sera libre de toute équivoque. La véritable créativité n'est présente que dans l'oeuvre d'art. C'est aussi la philosophie d'Aristote qui est valable de nos jours. Un autre critère de créativité fut avancé par Socrate : « ne rien savoir est la condition première de tout savoir ». La créativité est l'aptitude à voir des rapports là où il n'y en a pas.

5

Birdie avait des rapports amicaux avec sa voisine Frances qui était prostituée. La note génétique de Frances était de 20. C'était la première fois que Birdie rencontrait quelqu'un ayant une note inférieure à la sienne. Frances avait écouté religieusement chaque version successive de l'article de Birdie. Sans ses applaudissements, Birdie n'aurait jamais été jusqu'au bout de son essai. Frances lui avait dit que l'aider avait été sa façon à elle de lutter contre le système.

Frances avait acheté des pilules anti-contraceptives et elle voulait avoir un enfant avec Birdie. Mais il lui dit que ce n'était pas possible car la Sélection la ferait avorter. Alors elle lui répondit qu'ils pourraient partir au Mexique. Il lui demanda, indigné, si elle ne lisait que des bandes dessinées. Birdie comprit que la lettre qu'il attendait était arrivée. Mais Frances l'avait lue et l'avait jetée. La lettre disait que Birdie avait gagné trois points. Frances sortit la lettre de la poubelle et la montra à Birdie. Pour que Birdie obtienne le point qui lui manquait-il devait s'engager dans l'armée. Alors Frances lui proposa à nouveau d'avoir un enfant avec lui. Il la traita de débile. Mais elle lui répondit qu'elle l'aimait. Il voulut la frapper et la déshabilla. Il vit que son corps était couvert de bleus et d'ecchymoses. C'était pour ça qu'on la payait. Pas pour la baiser. Il la cogna jusqu'à ce qu’il se soit vidé de tout sentiment. L'après-midi, il se rendit à Times Square et s'engagea comme volontaire dans les marines pour aller défendre la démocratie en Birmanie.

Les possédants (John Brunner).

Ils possédaient la richesse absolue. Ils pouvaient s'offrir une existence totalement discrète.

Ils ont gagné le gros lot du simple fait de leur naissance. Si par un hasard rarissime les projecteurs viennent à être braqués sur eux, ils achètent celui qui les manie et lui ordonnent de les éteindre. Dereck pensait que les possédants étaient une centaine. Il en avait rencontré un. Dans l'ensemble, les possédants avaient des habitudes nocturnes. Les lieux où les possédants vivaient devenaient des espaces blancs dans les atlas. Ils ne figuraient pas dans le Who's Who ni dans le Bottin mondain. Leurs noms ne figuraient nulle part. Mais ce n'était pas des monarques absolus. Ils ne gouvernaient rien qui ne les concernait directement.

Dereck venait de finir un travail commencé un an et un mois plus tôt. Il leva sa bière à Santadora, le plus bel endroit sur terre, sans lequel une telle concentration eût été impossible. Naomi se trouvait pour la première fois seule avec Dereck. Elle lui offrit du champagne. Elle lui apprit que tout le monde était parti et avait quitté le village depuis 1 heure.

Elle n'était pas certaine que Dereck réussirait mais elle voulait essayer. Elle apprit à Dereck que Santadora avait été construit un an et demi plus tôt et serait rasé le mois prochain. Les gens ne quittaient donc pas leur village natal.

Dereck apprit que les pêcheurs n'étaient donc pas des pêcheurs et le père Francisco n'était pas un vrai prêtre. Naomi n'était pas non plus son vrai nom. Naomi demanda à Dereck de se rappeler de Roger Gurney. Dereck s'était dit que la rencontre avec cet homme avait été l'un des deux événements cruciaux qui avaient transformé sa vie.

Dereck l'avait emmené à Londres par une assez vilaine nuit de novembre car la voiture de Roger était en panne. Il avait passé la nuit avec lui à discuter. Il est l'avait trouvé très sympathique. Ils avaient parlé de l'effet Cooper. Dereck avait dit à Gurney qu'il voyait un seul moyen de parvenir à faire les expériences nécessaires : trouver un village sans distractions, sans journaux ni téléphone, sans même un poste de radio et où la vie serait si bon marché qu'il pourrait se consacrer à son travail pendant deux ou trois ans sans avoir à se soucier de gagner sa vie.

Dereck avait revu Gurney une dernière fois le jour où il célébrait son petit gain au tiercé de 2104 livres. À cette occasion, Gurney lui parla d'un petit village espagnol nommé Santadora où toutes les conditions nécessaires à ses recherches seraient réunies. Il lui raconta qu'il avait été y voir des amis, Conrad et Ella Williams. Direct voulut savoir qui était Naomi et à quel jeu elle jouait avec lui. Naomi était la seule personne au monde qui voulait obtenir et utiliser l'effet Cooper. Même pas lui, Dereck Cooper. Naomi voulait louer l'effet Cooper après quoi il serait à Dereck à jamais. Naomi proposa à Dereck de le payer suffisamment pour que pendant tout le reste de sa vie il puisse obtenir tout ce dont il aurait envie. Elle lui donna un portefeuille avec des cartes de crédit et un chéquier à son nom. Chaque carte possédait un détail que Dereck n'avait encore jamais vu, un seul mot imprimé en travers, en rouge : illimité. Naomi ne voulait pas dire à Dereck qui elle était. Pourtant Dereck était la seule personne au monde qui pouvait comprendre pourquoi Naomi voulait obtenir l'effet Cooper. Naomi voulait que la machine (l'effet Cooper) lui rende un homme qui était mort depuis trois ans. Pour Dereck, il était évident que Naomi ne savait pas ce qu'elle venait d'obtenir.

Il lui expliqua que l'argent n'était pas la solution à tous les problèmes car il y avait aussi une notion qui comptait : le temps. Naomi pleura. Dereck regretta sa légèreté. Elle lui demanda ce que son prototype pouvait faire. Dereck dit à Naomi que s’il avait une dette de reconnaissance envers elle ce n'était pas parce qu'elle l’avait aidé matériellement mais parce qu'elle lui avait envoyé le charmant et persuasif Roger Gurney. Dereck n'avait jamais rencontré une personne prête à prendre ses idées au sérieux. La théorie de Dereck était qu'il devait exister une relation mutuelle intégrale entre l'organisme et son environnement, tout particulièrement avec les autres organismes de la même espèce.

Naomi voulut essayer la machine. Elle insèra un disque à l'intérieur. À partir de l'empreinte digitale laissée sur le disque, la machine put décrire physiquement et psychologiquement Naomi. Mais Dereck pensait que la machine s'était trompée sur l'âge de Naomi. Parce que la machine avait signalé que Naomi avait entre 48 et 50 ans. Mais Naomi avoua qu'elle avait 50 ans. Elle s'était entretenue pour avoir à donner à celui qu'elle aimait la seule chose qu'elle pouvait donner à quelqu'un : sa beauté. Dereck voulut savoir ce qui était arrivé à l'homme qu'elle aimait mais elle ne voulut pas lui répondre.

Le but final de la recherche de Dereck était de reconstituer l'individu à partir des traces qu'il avait laissées. À partir de la machine que Dereck avait fabriquée, Naomi pourrait reconstituer l'homme qu'elle avait aimé. Dereck avait travaillé sur la personnalité globale. Mais d'autres scientifiques travaillaient sur la possibilité de fabriquer artificiellement un homme. Naomi demanda à Dereck combien de temps il faudrait pour qu'elle puisse avoir ce qu'elle voulait.

Dereck ne pouvait pas répondre avec précision. Cela prendra du temps d'analyser tout ce que le compagnon de Naomi avait touché. Alors Naomi avoua à Dereck qu'elle possédait encore le corps de son compagnon. Malgré cela Dereck ne voulait pas se montrer malhonnête en lui donnant un délai. Naomi fut désolée de se montrer aussi égoïste. C'était à cause de l'amour qu'elle avait éprouvé pour son compagnon décédé. Dereck voulut en savoir plus sur Naomi alors elle lui dit qu'il y avait deux femmes qui lui ressemblaient parfaitement et qui existaient pour elle et lorsqu'elle en avait envie elle prenait leur place en Suisse, en Suède ou en Amérique du Sud.

Dereck regrettait que le village de Santadora soit démonté mais Naomi lui montra qu'il partait en miettes à cause de l'usure du temps. Le tic-tac d'une horloge dans une maison obsédait Naomi. Cela lui faisait mal comme si elle était enterrée vivante alors Dereck défonça la porte de la maison dans laquelle se trouve l'horloge et arrêta le tic-tac. À ce moment-là, Dereck réalisa qu'il n'avait jamais vu Naomi porter une montre à son poignet.

Dereck démonta le mouvement de l'horloge et le donna à Naomi qui le balança dans la mer. Dereck jeta le corps de l'horloge également dans la mer. Dereck eut l’impression que c'était un cercueil qui flottait.

Il eut la certitude qu'il venait d'accomplir un acte d'une signification symbolique impossible à traduire en mots. Ensuite Naomi se déshabilla. Elle demanda à Dereck s’il la trouvait belle et il répondit oui. Alors elle lui demanda de le lui prouver. Alors ils firent l'amour et à ce moment-là l'esprit de Dereck s'éveilla à un état de conscience suraigu et il dit à Naomi que de sa première machine en naîtrait une deuxième puis une troisième et que cette dernière suffirait à la tâche. Il pensait à des gens qu'il connaissait et qui pourraient créer dans leur domaine respectif des techniques nouvelles.

Alors il sut combien de temps il faudrait pour réussir ce que Naomi lui demandait. Il ne lui faudrait pas plus de trois ans. Mais il réalisa qu'elle n'était plus dans le lit. En sortant de la maison, Dereck vit Roger Gurney qui lui fit signe de venir. Gurney lui annonça que Naomi s'était jetée dans la mer alors qu'elle ne savait pas nager. Dereck comprit que Naomi voulait que son compagnon revienne de la mort pendant qu'elle était encore belle et personne au monde ne pouvait lui promettre que ce serait avant plus de trois ans. Après cela, disaient les docteurs, elle se serait effritée. Alors elle s'était suicidée. Dereck décida de recréer Naomi. Mais Gurney lui dit que l'argent n'était plus à Naomi. Il appartenait à quelqu'un d'autre. Maintenant que Naomi était morte, elle ne contrôlait plus les ressources qui auraient pu la ramener à la vie. Dereck détruisit les cartes de crédit et le chéquier. Gurney lui dit qu'il était stupide car cet argent aurait pu lui servir à réaliser ses rêves. Gurney pensait aimer Naomi mais il réalisa que Dereck l'aimait encore plus alors il souhaita que le diable l'emporte. Des hommes aidèrent Dereck à prendre ses affaires et à partir. Arrivé à Barcelone, Dereck vit qu'il restait 35 000 pesetas dans le portefeuille. Dereck comprit que ce n'était pas le temps qui avait vaincu Naomi. Elle voulait que son compagnon revienne parce qu'il l'aimait. Et sans lui, elle avait peur. Il ne fallait pas trois ans pour la recréer. Ni même 3 heures. Il suffisait de trois mots. Et ce salaud de Gurney aurait pu les prononcer. Il aurait pu dire : « je vous aime ».

Ils possèdent la richesse absolue. Pourtant, petit à petit, ils se muent en une espèce différente parce qu'il n'y a plus d'humain en eux. Ils mènent une existence à part. Cela ne vous soulage-t-il pas ?

 

 

 

 

 

 

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05 mai 2019

Consolation de la philosophie (Boèce).

 

boece

La Consolation de la philosophie pourrait aussi s'intituler les derniers jours d'un condamné à mort comme le livre de Victor Hugo. La consolation a été composée dans sa prison par un condamné à mort. Dante, qui place Boèce au Paradis, dans le Ciel du Soleil avec les théologiens, évoque ainsi le « bienheureux » et son tombeau : « Si de lumière en lumière, tu portes maintenant, en suivant mes louanges, le regard de ton esprit, tu dois déjà avoir soif de connaître la huitième/la vision de tout bien y ravit cette âme sainte qui montre, à qui sait bien l'entendre, que le monde est trompeur/le corps dont elle fut chassée gît sur la terre à Cielo d’Oro, et elle, du martyre et de l'exil, est venue en cette paix ».

La Consolation ne doit rien à la religion chrétienne mais tout à la philosophie païenne. Socrate de l'Antiquité tardive, Anicius Manlius Severinus Boethius, fils d'une des plus nobles familles sénatoriales romaines, a recouru dans la suprême épreuve, non à la foi récente que lui-même et les siens avait embrassée, mais à la raison plus ancienne et plus savante que ses propres oeuvres avec tant fait pour greffer sur le christianisme : la doctrine de Platon et d'Aristote.

Ce Romain  hellénisé de vieille souche a préféré mourir dans un temple de style attique que dans une église moderne. Mais c'était un temple construit par la pensée dans une geôle.

La Consolation commence comme le récit d'un songe, ou la philosophie apparaît en souveraine, écartant dédaigneusement ses rivages, les Muses, ces « comédiennes », du prisonnier affligé et qui recherchait leur secours.

Boèce a été un grand aristocrate romain tenant tête à l'époque barbare. Théodoric gouvernait l'Italie depuis Ravenne. Il n'y avait plus d'Empire romain qu'en Orient, sous l'autorité des Césars grecs de Constantinople. Mais la cour de Ravenne ne pouvait pas se passer des services de la vieille aristocratie romaine. Elle avait besoin d'elle pour faire bonne figure face à la cour de Byzance mais aussi pour administrer l'Italie. Théodoric s'entoura de hauts fonctionnaires et ministres romains, rompus aux disciplines du droit et propres à faire tourner la machine de l'État. En 522, Boèce devient ainsi à Ravenne le « Maître des Offices » de Théodoric, l'équivalent d'un ministre de l'Intérieur. Jusqu'à sa disgrâce en 524, il aura joui, sous un roi barbare et arien, d'un « bonheur » beaucoup plus entier et ininterrompu que n'en avait connu, sous les empereurs romains du premier siècle, Sénèque.

Au devoir de servir Rome par l'action politique et administrative, Boèce a de beaucoup préféré un autre devoir, celui de maintenir et illustrer la langue et la culture de l'Empire occupé par les Goths.

Boèce s'employa à pourvoir la langue latine de traités qui y acclimateraient la métaphysique platonico-pythagoricienne, la logique d'Aristote et des stoïciens grecs. Il est ainsi devenu un médiateur capital entre les écoles grecques de l'Antiquité tardive, héritières d'un millénaire d'hellénisme, et le Moyen Âge latin.

Boèce était un grand expert de la théologie de son temps. C'était un catholique romain en communion avec l'autorité doctrinale universelle postulée par le siège de saint Pierre.

En 523, le pape Jean I était monté sur le siège de Saint-Pierre grâce au soutien de Boèce. Ce pape était partisan de la conciliation avec le patriarcat de Byzance. Théodoric eut donc tout lieu de croire que l'aristocratie romaine commençait à le trahir. Il fit arrêter Boèce qui fut jugé et condamné à mort. En prison, Boèce fut torturé. Dans les intervalles de ses souffrances, ou dans les moments où ses gardiens purent être soudoyés par son beau-père Symmaque, Boèce réussit à écrire la Consolation de la philosophie.

Ce que nous apprend Boèce, avec autant d'autorité aujourd'hui qu'au VI siècle, c'est que la seule culture fertile, orale ou écrite, c'est celle que l'on porte intimement en soi, ce sont les textes classiques inépuisables ensemencés dans la mémoire, et dont les mots deviennent sources vives à l'épreuve du malheur, de la souffrance, de la mort.

Quand Dame Philosophie apparaît dans la cellule de Boèce, elle porte une robe tissée de ses propres mains sur laquelle sont brodées, l'une au-dessous de l'autre, les deux lettres grecques Pi et Thêta, reliées par les marches d'un escalier. Le Thêta était alors la marque infamante imprimée sur la chaire des condamnés à mort pour les distinguer des autres prisonniers. Boèce avait subi cette brûlure. Le secours qu'elle est venue lui apporter c'est celui de la conversion qui anticipe, prépare la mort et lui donne un sens libérateur. En prison, à la veille de son exécution, Boèce par la voix de la Philosophie entend se réveiller en lui tout cet enchaînement oublié de raisons, et celles-ci deviennent cette fois efficaces, elles déclenchent enfin ce retournement du regard intérieur et de tout l'être qu'elle postulait dès le départ mais en théorie seulement. Pour Boèce, les ressources de la philosophie lui accordent le même pouvoir d'illumination que la grâce théologique.

Le livre II et le début du livre III de la Consolation décrivent comment un coeur peut se vider de tout ce qui l'occupait indûment, et qui lui tenait lieu de « ce bonheur assuré, sans mesure et sans fin/au-dessus de l'envie, au-dessus du destin ».

Dame Philosophie s'emploie à guérir, recourant à une stratégie spirituelle d'origine stoïcienne, le sentiment du malheur qui alourdissait, avant qu'elle apparût, le coeur de Boèce.

Boèce tient à ne pas laisser sa raison insatisfaite et à lever toutes les ombres qui l'empêchent encore de s'abandonner à son désir de Dieu. Le prisonnier, redevenu philosophe, s'est déjà libéré de l'oppression subjective du malheur, qui pesait sur ses sens et son coeur. Il lui faut maintenant se libérer du poids d'un doute, autrement grave, qui tourmente sa raison : le problème du malheur immérité. C'est alors que la Philosophie va aider Boèce à le déprendre de l'emmêlement des apparences et du réel qui confond la raison elle-même dans ce monde sublunaire, à lui apprendre à reconnaître la vérité de Dieu. La Philosophie lui explique que le malheur terrestre des innocents est en réalité l'épreuve de leur innocence et de leur appartenance à l'ordre éternel qui préside à l'univers. Le triomphe des méchants est à l'image de ceux-ci, « taillé dans l'étoffe des songes », du non-être ; consécration illusoire de l'erreur où les engagés le choix du mal, en d'autres termes, dur rien. Plus les méchants exercent victorieusement le mal, plus ce pouvoir dont ils croient jouir les enfonce dans leur misère et ravale leur âme à l'horreur des bêtes fauves. L'impunité même, à vue humaine, dont ils s'imaginent se prévaloir, est le pire des châtiments qui leur soient réservés : leur ruine et leur perte les soulageraient d'une partie de leurs crimes et leur offriraient une chance de s'éveiller à leur condition véritable. Pour voir ainsi, au rebours des apparences et l'interprétation que l'humanité abusée en donne, il faut s'être élevé fermement au point de vue sous lequel il n'y a d'être, il n'y a de réalité que dans le Bien qui fait de l'univers un cosmos. Il faut avoir quitté le point de vue borné qui n'aperçoit que l'empire de la Fortune lequel fait écran à la Justice éternelle qui ordonne l'univers entier.

Livre premier.

 

1

 

Boèce, en prison, console sa triste vieillesse par le souvenir de la gloire d'une jeunesse heureuse et riche de promesses. Mais la souffrance a décidé que son heure avait sonné et les cheveux blancs l'envahissent bien avant l'âge. Il attend la mort car elle répond à l'appel incessant de la détresse. Autrefois, ses amis clamaient si souvent sa chance mais s'il est tombé c'est qu'il ne tenait pas sur ses jambes !

2

Tandis que le Boèce méditait silencieusement en lui-même, il vit apparaître au-dessus de sa tête une femme. Tour dans son aspect inspirait le respect. Ses yeux jetaient des flammes et révélaient une clairvoyance surhumaine. Ses habits avaient été réalisés dans une étoffe très fine qu'elle avait elle-même tissée. En bas de sa robe elle avait brodé un Pi (pratique) et tout en haut, un Thêta (théorie). Entre les deux lettres, on distinguait une sorte d'échelle. Mais des brutes avaient déchiré ce vêtement et chacun avait emporté le lambeau qu'il avait pu s'approprier. Elle tenait à la main droite des opuscules et à la main gauche, un sceptre.

Quand elle vit au chevet de Boèce les Muses de la poésie suggérer des mots à ses pleurs, elle se mit en colère contre ces petites putes de scène qui voulaient approcher ce malade. Pour la dame, c'étaient les muses qui sous les ronces stériles des passions étouffaient la moisson féconde de la raison. Elles accoutumaient l'âme humaine à la maladie, au lieu de l'en délivrer !

Alors les muses s'en allèrent. Alors la dame s'approcha et s'assit au pied du lit de Boèce. Elle examina sa mine défaite et abattue puis elle déplora le trouble extrême de son âme.

3

La dame déplorait que Boèce soit prostré et l'intelligence en sommeil, la nuque ployant sous le poids des chaînes et qu'il ne distingue hélas ! que la terre inerte.

4

Mais l'heure dit elle était aux remèdes et non aux lamentations.

Elle vit qu'il souffrait de léthargie, une maladie qui atteint fréquemment les esprits abusés. Pour que Boèce retrouve facilement la mémoire il fallait d'abord qu'il reconnaisse la dame.

5

Alors la nuit se dissipa et Boèce recouvra son acuité première.

6

Ainsi se dissipèrent les brumes de son affliction et Boèce reprit ses esprits afin de faire la connaissance de celle qui le soignait. Il reconnut sa mère nourricière : la Philosophie. Il lui demanda pourquoi elle était descendue de ses cimes célestes. Elle lui répondit qu'elle ne pouvait pas abandonner son enfant. La Philosophie n'avait pas le droit de refuser d'accompagner un innocent sur sa route. Philosophie dit a Boèce qu'il ne devait pas s'étonner si sur cet océan qu'est la vie, les ouragans nous assaillent et nous malmènent, à partir du moment où nous nous proposons principalement de déplaire aux scélérats.

L'armée de scélérats a beau faire nombre, elle n'en est pas moins méprisable car elle n'a pas de chef et elle s'abandonne à l'ignorance, qui la livre aux caprices du hasard.

7

Tout homme serein et à la vie bien ordonnée peut rester en apparence imperturbable. N'espère rien, n’aie peur de rien et tu désarmeras ton adversaire. Quand on est agité par la crainte ou l'espoir, faute d'être calme et de se contrôler, on lâche son bouclier, on abandonne son poste et en resserre le lien qui sert à nous traîner.

8

Philosophie  dit à Boèce que s'il attend d'un médecin qu'il le soigne, il doit montrer sa blessure.

Alors Boèce répond qu'il a suivi les conseils de Philosophie en appliquant les principes de la sagesse quand il devait s'occuper de l'administration publique. Seule la motivation commune à tous les gens de bien l’avait poussé vers la magistrature. Alors il avait affronté des gens sans scrupules dans des conflits importants mais il avait toujours défendu le bon droit au risque de déplaire à plus puissant que lui.

Boèce regrette que ses délateurs soient des médiocres. Il a été accusé d'avoir empêché un délateur de faire des révélations susceptibles d'entraîner une accusation de haute trahison à l'encontre du Sénat.

Boèce pense que vouloir le mal peut être le fait de la faiblesse inhérente à notre nature mais que tous les criminels puissent diriger contre l'innocence des plans tramés sous les yeux de Dieu, cela tient du prodige. Il en coûtait à Boèce de penser aux bruits qui couraient sur son compte et aux jugements contradictoires et divers dont il faisait l'objet.

Il croyait voir les honnêtes gens démoralisés et terrifiés par sa situation et tous les scélérats incités par leur impunité à toutes les audaces et par leurs récompenses, à tous les méfaits.

9

Boèce implore le créateur de la voûte étoilée. Il lui demande pourquoi la Fortune capricieuse produit-elle de tels retournements. Pourquoi l'éclat du mérite est recouvert d'obscures ténèbres et le juste subit l’accusation de l'injuste.

Boèce lui demande d'imposer des règles stables à la Terre.

10

Philosophie dite à Boèce que s'il est loin de sa patrie, c'est qu'il s'en est égaré et non qu’on l’en a banni. Et s'il préfère qu'on le considère comme un banni, c'est lui qui s'est en réalité banni lui-même. Alors puisque Boèce est en proie à de multiples émotions désordonnées et que le ressentiment, la colère et le désespoir le tiraillent dans tous les sens, il n'est pas encore temps de le traiter au moyen d'une médecine énergique. Philosophie aura donc recours quelque temps à des soins progressifs.

11

Dieu distingue les saisons et les adapte chacune à sa fonction. Il ne tolère pas la moindre entrave à une alternance qu'il a maîtrisée. Ainsi ce qui par précipitation fait fi de l'ordre établi, jamais ne réussit.

12

Pour comprendre de quelle manière Philosophie doit soigner Boèce, elle lui pose quelques questions. Elle lui demande si ce monde est, à son avis, conduit par des faits accidentels et purement fortuits ou s'il le croit gouverné par la raison. Boèce sait que Dieu préside en créateur aux destinées de son oeuvre. Alors Philosophie demande à Boèce avec quel gouvernail est dirigé le monde. Boèce ne comprend pas la signification de la question. Alors Philosophie comprend pourquoi la maladie occasionnée par le désordre émotionnel de Boèce s'est infiltrée en lui. Elle lui demande quelle est la finalité de l'univers et vers où tend la nature tout entière. Boèce ne sait pas répondre car son découragement a affaibli sa mémoire. Elle lui demande s'il se rappelle qu'il est un homme. Boèce ne voit pas comment il ne pourrait pas se le rappeler. Philosophie lui demande donc qu'est-ce qu'un homme. Pour Boèce un homme est un animal raisonnable et mortel.

Philosophie comprend que l'oubli de ce que Boèce est l'égare et c'est la raison pour laquelle il se plaint d'être exilé et d'avoir été spolié de ses propres biens. C'est parce que Boèce ignore quelle est la finalité de l'univers qu'il s'imagine puissants et heureux les vauriens et les criminels. C'est parce qu'il a oublié avec quel gouvernail le monde est dirigé qu'il pense que la Fortune suit un cours arbitraire et qu'elle est livrée à elle-même. Les esprits sont ainsi faits que chaque fois qu'ils abandonnent des idées vraies, ils en revêtent de fausses, ce qui provoque l'apparition d'une nuée d'émotions désordonnées qui brouillent cette perception vraie.

13

Si Boèce veut sous une lumière limpide discerner le vrai il faut qu'il coupe au plus court. Il faut qu'il se défie de l'espoir et qu'il éloigne la douleur. L'esprit est embrumé et bridé quand il est sous leur emprise.

Livre deuxième.

1

C'est  parce que Boèce regrette profondément sa Fortune intérieure qu'il dépérit.

Boèce se trompe s'il pense que la Fortune a changé à son égard. Elle a toujours les mêmes pratiques. Elle est restée à son égard constante, à vrai dire, dans son inconstance même. Elle était la même quand elle flattait Boèce, quand elle s'était jouée de lui en lui faisant miroiter un faux bonheur. Mais si la duplicité de la Fortune fait horreur à Boèce alors il faut qu'il la repousse. Il ne suffit pas de regarder la situation qu'on a sous les yeux ; la sagesse consiste à évaluer la finalité de toutes choses et c'est précisément cette faculté de passer d'un extrême à l'autre qui ne rend pas redoutables les menaces de la Fortune.

2

La fortune n'entend pas les pleurs des malheureux ou n'en a cure.

Elle rit des gémissements qu'elle provoque. Elle offre à ses sujets un grand spectacle : celui d'un homme en une heure  tour à tour terrassé et heureux.

3

Philosophie  veut prendre la place de la Fortune pour questionner Boèce. Elle lui demande alors de discuter avec elle devant n'importe quel arbitre la propriété des biens et des honneurs et s'il parvient à démontrer qu'il y en avait qui appartenaient en propre à un mortel, Philosophie/Fortune admettra sans difficultés que ce que Boèce revendique est bien à lui.

La richesse, les honneurs et autres biens de la sorte sont sous le contrôle de la Fortune. Ils sont sous ses ordres et la reconnaissent comme leur maîtresse. Ils arrivent en même temps qu'elle et quand elle s'en va, ils partent.

Celui qui fait tourner la roue de la Fortune ne doit surtout pas considérer comme injuste de descendre lorsque la règle du jeu l'exige. Philosophie/Fortune demande à Boèce s'il n'a pas trop généreusement puisé dans son lot de biens et que cette inconstance qui précisément caractérise Fortune n'est pas pour lui une juste raison d'espérer des jours meilleurs.

Philosophie/Fortune recommande à Boèce de ne pas souhaiter vivre sous une juridiction qui lui serait propre.

4

Si l'Abondance, de sa corne pleine, déverser à l'infini autant de richesses que le ciel voit briller d'astres, le genre humain ne cesserait pas pour autant de se lamenter sur ses malheurs.

 

5

Philosophie prend la défense de Fortune en expliquant à Boèce que s'il prenait en considération la quantité et l'étendue de ses joies et de ses peines, il ne pourrait pas dire ne pas avoir eu de chance jusqu'à maintenant. Si Boèce pense ne pas avoir de chance parce que ses prétendues joies passées s'en sont allées, il n'a pas de raison de s'estimer malheureux, étant donné que ses prétendus peines présentes ne font que passer.

De toute façon, le dernier jour de la vie est une mort même pour une Fortune restée fidèle.

6

La beauté sur terre rarement demeure, souvent elle varie.

Rien de ce qui voit le jour n'est définitif.

7

Boèce ne peut nier la rapidité de son ascension. Mais c'est se souvenir qu'il le cuit tout particulièrement. En effet, dans tout revers de Fortune, il n'y a pire malchance que d'avoir eu de la chance.

Mais Philosophie lui rappelle que la Fortune n'a pas encore pris en aversion toute sa famille et la tempête qui s'est abattue sur lui n'est pas trop violente puisque que ses ancres tiennent bon et qu'elles ne laissent pas partir à la dérive ce qui le console du présent et lui permet d'espérer dans le futur.

Boèce regrette pourtant ses distinctions honorifiques. Alors Philosophie lui explique que s'il parvient à être maître de lui-même, il possédera ce que jamais il ne consentirait à perdre et que la Fortune ne pourrait pas lui enlever. Le bonheur ne peut résider dans une situation régie par la Fortune. Le bonheur est le souverain bien d'une nature guidée par la raison. Le souverain bien n'est pas quelque chose qu'on peut nous arracher de quelque façon puisqu'il n'y a rien au-dessus de ce qui ne peut nous être enlevé. Alors l'instabilité de la Fortune ne peut prétendre à la connaissance du bonheur.

8

N'oublie pas de caler ta demeure sur de la pierre solide.

Le vent pourra bien gronder et agiter la surface de la mer. Heureux d'être à l'abri de tes quatre murs, tu couleras des jours paisibles et riras des colères célestes.

9

L'argent ne prend de valeur que lorsqu'il passe dans d'autres mains et qu'il cesse d'être possédé par l'effet de la générosité. Les richesses sont limitées et misérables car elles ne peuvent être possédées dans leur totalité par plusieurs personnes à la fois et elles deviennent la propriété de quelqu'un en appauvrissant tous les autres. On peut être ravi par la beauté de la Nature mais jamais la Fortune ne fera nôtre les biens que la Nature a voulu étrangers à nous-mêmes.

Philosophie explique à Boèce que ce n'est pas parce qu'il a ajouté des biens à ses richesses qu'ils ont de la valeur, c'est parce qu'il lui paraissait avoir de la valeur qu'il a préféré les ajouter au nombre de ses richesses. Les hommes cherchent à bannir le besoin par l'abondance. Cela les mène au résultat inverse. Si ce sont des choses accessoires qui nous font remarquer, ce sont bel et bien ces choses accessoires qui attirent les éloges mais cela n'empêche pas ce qu'elles recouvrent et dissimulent de garder toute sa laideur. Les richesses nuisaient fréquemment à ceux qui les possèdent, du fait que tous les gens les plus méprisables, qui, de par leur nature, convoitent d'autant plus le bien d'autrui, pensent être absolument les seuls à mériter de posséder tout ce qu'on peut trouver d'or et des pierreries.

10

Les hommes du temps jadis ne perdaient pas leur âme dans un luxe inutile et ils tardaient à calmer leur appétit de glands dont la Nature était prodigue.

Les hommes ne fendaient pas encore les flots profonds et ils ne traquaient pas partout les marchandises. La trompette guerrière se taisait et nul haine tenace ne répandait le sang. Maudit soit le premier qui déterra des trésors cachés.

11

On n’éprouve pas de la considération pour les mérites en raison d'une charge honorifique mais pour les charges honorifiques en raison du mérite. Peut-on parler de puissance pour un être incapable d'empêcher autrui de lui retourner les traitements qu'il peut infliger aux autres ? En outre, si les honneurs et le pouvoir comportaient quelque bien qui leur soit inné et qui leur soit propre, jamais ils ne seraient exercés par des crapules.

La nature répugne à toute jonction des contraires. Les richesses ne peuvent apaiser une convoitise insatiable, le pouvoir ne peut rendre maître de soi quelqu'un que ses passions coupables retiennent assujetti à d'indestructibles chaînes et quand on confère une charge honorifique à de malhonnêtes gens, ils n'en deviennent pas dignes pour autant.

Il n'y a manifestement rien dans la Fortune qui mérite d'être convoité, rien qui soit bon par nature puisque la Fortune ne s'associe pas toujours à des gens de bien et qu'elle ne rend pas bons ceux auxquels elle s'est associée.

12

Rome incendiée, les sénateurs décimés, son frère sauvagement assassiné. Néron fit couler le sang de sa mère, s’en imprégna puis effleurant du regard son cadavre froid, sans verser la moindre larme, il osa s'ériger en juge de sa beauté éteinte. Malheur aux hommes quand le glaive injuste s'associe au cruel poison !

13

Boèce dit à Philosophie que l'ambition d'une réussite en ce monde n'a jamais exercé sur lui la moindre emprise. Il a souhaité faire de la politique pour éviter à son mérite de dépérir s'il ne l'avait pas employé. Philosophie lui répond que l'amour de la gloire et de la renommée procurée par l'excellence des services rendus à l'État attire les esprits aux qualités naturelles remarquables. Mais cette motivation est mince et futile. La renommée est étroitement restreinte à l'intérieur de cet infime point d'un point qu'est la Terre comparée à l'univers.

De plus la gloire de Rome à son apogée n'avait pas franchi le Caucase. Les hommes croient assurer leur immortalité quand ils pensent à leur réputation future. Une réputation, quelle que soit sa longévité, si on la pense par rapport à l'éternité, apparaît totalement inexistante. Si les hommes meurent complètement, la gloire est totalement inexistante puisque celui à qui on l’attribue cesse totalement d'exister. Si, au contraire l'âme, gagne librement le ciel après s'être libérée de sa prison terrestre, elle méprisera toute préoccupation d'ordre terrestre.

14

La mort méprise les cimes de la gloire. Elle enveloppe pareillement l'humble et le fier et aplanit toute différence. Quiconque recherche à tout prix la seule gloire et pense prolonger sa vie par l'éclat de son nom de mortel, quand un jour tardif lui enlèvera aussi, il mourra alors une seconde fois.

15

La Fortune est plus bénéfique aux êtres humains quand elle est mauvaise que quand elle est bonne. Quand la Fortune se montre séduisante elle est toujours en train de mentir avec son apparence de bonheur. Quand la Fortune est mauvaise, elle est toujours sincère car alors elle révèle, par ses volte-face, son instabilité. L'une trompe, l'autre instruit. L'une en faisant croire à un faux bonheur ligote l'âme de ceux qui y trouvent leur jouissance, l'autre la libère en lui faisant prendre conscience de la précarité de la chance. La bonne Fortune use de ses charmes pour égarer les gens loin du bien véritable, tandis que la mauvaise Fortune les accroche au passage pour les ramener vers les véritables valeurs.

La mauvaise Fortune révèle qui sont nos vrais amis et les amis sont la richesse la plus précieuse.

16

Si l'amour relâche les rênes, là où il règne aujourd'hui, la guerre aura tôt fait de s'installer. C'est aussi l'amour qui maintient les peuples unis par un pacte inviolable. C'est l'amour qui dicte sa loi aux compagnons fidèles.

Livre troisième

1

Boèce a repris des forces grâce à Philosophie. Il ne se croit plus incapable de parer aux coups de la Fortune. Philosophie lui annonce que les médicaments qui lui restent à prendre vont commencer par lui piquer la langue mais une fois qu'il les aura avalés, les effets s'atténueront. Philosophie annonce à Boèce qu'elle va le conduire au bonheur véritable.

2

Nous savourons mieux la production des abeilles si elle succède à l'amertume sur nos lèvres.

Philosophie demande à Boèce de soustraire sa nuque à son joug en examinant les faux biens. Et ensuite son esprit s'ouvrira aux vrais biens.

3

Philosophie affirme à Boèce que les mortels ont tous une préoccupation pour laquelle ils ne ménagent pas leurs efforts : quelle que soit la voie qu'ils empruntent, ils s'efforcent de toute façon d'atteindre un seul et même but : le bonheur. Or c'est un bien qui, une fois obtenu, ne laisse plus place à aucun autre désir. Le bonheur est un état de perfection, du fait qu'il rassemble en lui-même tous les biens. Tous les hommes ont en eux un désir inné du bien véritable mais les égarements de leur ignorance les détournent vers de prétendus bien. Certains d'entre eux croient que le bien suprême consiste à ne manquer de rien et travaillent à regorger de richesses. D'autres estiment que le bien consiste à attirer sur soi essentiellement le respect d'autrui et ils s'efforcent de se faire respecter de leurs concitoyens par l'exercice de charges honorifiques. Il y a des gens qui sont persuadés que le bien suprême réside dans le pouvoir suprême et ils veulent le pouvoir pour eux. Quant à ceux qui croient qu'il n'y a rien de mieux que la célébrité, ils n'ont de cesse de se faire connaître en mettant à profit la guerre ou la paix pour mettre leurs talents en valeur.

Ce que veulent obtenir les hommes, ce sont les richesses, les honneurs, le pouvoir, la gloire et les plaisirs, et s'ils les désirent, c'est parce qu'ils croient ainsi parvenir à se suffire à eux-mêmes, se faire respecter, exercer le pouvoir, connaître la célébrité et une vie agréable. Le bonheur est donc ce que les gens recherchent à travers des démarches aussi diverses.

4

Toute chose cherche à retrouver ses origines et d'y revenir toujours elle se réjouit. Elle n'admet de parcours durable que celui qui relie à la fin l'origine à l'intérieur d'un cycle inébranlable.

5

Les créatures terrestres entrevoient cette véritable fin qu'est le bonheur à travers une perception dénuée de clairvoyance mais qui a au moins le mérite d'exister ; c'est la raison pour laquelle, d'un côté, leur penchant naturel les entraîne vers le véritable bien et que d'un autre côté, leur aveuglement aux innombrables aspects les en détourne.

Philosophie demande à Boèce si, quand il vivait au milieu de toutes ses richesses, son esprit n'avait jamais été troublé par un inquiétude provenant d'un quelconque préjudice qu'il aurait subi. Boèce ne peut se rappeler avoir eu l'esprit assez tranquille pour ne pas avoir sans cesse quelque angoisse qui lui serrait la gorge.

Par conséquent, les richesses ne peuvent garantir à quiconque de ne manquer de rien et de se suffire à soi-même. Les richesses qui étaient censées procurées l'indépendance, rendent en réalité dépendant d'une aide extérieure. Car on a toujours besoin d'une aide extérieure pour protéger son argent.

6

Même si en un interminable tourbillon d'or, le riche rassemble des biens incapables d'apaiser sa convoitise, l'angoisse ne cessera de le dévorer tant qu'il vivra et à sa mort, inconstants, ses biens l'abandonnent.

 

7

Il nous est impossible d'estimer, en raison de leurs fonctions honorifiques dignes de respect des gens que nous estimons précisément indignes de les exercer.

Si la bassesse d'un individu se mesure au nombre de gens qui le méprisent, étant donné qu'une fonction honorifique ne peut pas rendre respectable des gens qu'elle expose au regard du plus grand nombre, elle a plutôt pour effet d'augmenter le mépris qui s'exerce à l'encontre des malhonnêtes gens. À leur tour, ces malhonnêtes gens déteignent sur les fonctions honorifiques qu'ils contaminent. Les honneurs n'ont donc pas de valeur en eux-mêmes car ils ne peuvent procurer un véritable respect. Ce qui n'a par soi-même aucun éclat, selon l'opinion qu'on se fait de ceux qui l'assument, reçoit ou perd alternativement son brillant.

8

Tous détestaient violemment Néron et ses excès dévastateurs. Parfois cet effronté offrait aux vénérables sénateurs des sièges sans prestige. Qui donc estimerait une chance de se voir conférer des honneurs de la main d'un misérable ?

9

Le fait d'être roi peut-il conférer la puissance ? Les exemples ne manquent pas de rois qui ont vu leur chance se métamorphoser en catastrophe. Là où s'arrête le pouvoir qui rend heureux, commence l'impuissance qui rend malheureux ; aussi les rois connaissent-ils obligatoirement plus de malheur que de bonheur. Qu'est-ce donc que ce pouvoir qui fait peur à ses détenteurs, qui met en danger ceux qui veulent l’exercer et dont on ne peut se défaire quand on veut y renoncer ?

10

Désires- tu le pouvoir ? Maîtrise tes impulsions et ne t'abandonne pas au plaisir. Chasse tes noirs soucis, cesse de te complaindre, sinon, tu es sans pouvoir.

11

Beaucoup de gens doivent souvent leur renom aux opinions erronées de la multitude. La faveur populaire ne procède pas d'un jugement motivé et elle ne dure jamais. S'il y a un rapport entre la naissance et la célébrité, celle-ci est le fait d'autrui. Si c'est de faire parler de soi qui fait la célébrité, ce sont nécessairement ceux qui font parler d’eux qui sont célèbres. Ainsi la célébrité qui est le fait de quelqu'un d'autre que toi, ne te confère aucun éclat puisqu'elle ne t'appartient pas en propre.

12

Tous les mortels sont issus d'une semence noble et toute l'espèce humaine sur terre relève d'une même origine. Nul n'est bâtard à moins de se complaire dans le mal et de renier sa naissance.

13

Les plaisirs finissent toujours dans l'amertume, il suffit de se remémorer ses passions pour en avoir conscience.

14

Tel  est toujours le plaisir : il excite ceux qui en jouissent et comme un essaim d'abeilles, une fois répandu son doux miel, il disparaît et blesse les coeurs d'une piqûre sans douceur.

15

argent, honneurs, gloire, pouvoir, plaisirs ne peuvent pas garantir les biens qu'ils promettent et qui ne rassembent pas en eux la totalité des biens existants, sont des sortes de chemins qui ne conduisent pas au bonheur et ne suffisent pas à rendre parfaitement heureux.

16

Les gens qui sollicitent richesses et honneurs ; quand ils auront peiné pour acquérir les faux biens, qu'ils apprennent alors à distinguer les vrais.

17

Philosophie va maintenant montrer à Boèce ce qu'est le vrai bonheur.

Ce qui est par nature est un est simple, la déraison humaine le divise et en s'efforçant d'obtenir une partie d'un tout qui n'a pas de parties, elle en obtient ni une portion, puisqu'il n'y en a pas, ni la totalité puisqu'elle n'y aspire pas le moins du monde. Celui qui cherche à s'enrichir pour éviter d'être dans le besoin, ne se préoccupe pas de puissance, préfère rester dans l'ombre et l'anonymat et se refuse également de nombreux plaisirs, même naturels, de peur de perdre l'argent qu'il a amassé. Mais de cette façon, il ne parvient même pas à se suffire à soi-même, puisque la puissance lui fait défaut, le moindre désagrément l'affecte profondément, son anonymat le rabaisse et sa vie dans l'ombre le situe loin des regards. Quant à celui qui ne désire que le pouvoir, il gaspille sa fortune, dédaigne les plaisirs et ne fait aucun cas d'une considération sociale sans pouvoir, ni même de la gloire. Il arrive alors qu'il manque parfois du nécessaire et il perd tout simplement ce qu'il désirait plus que tout : la puissance. On peut appliquer le même raisonnement aux honneurs, à la gloire et au plaisir. Car étant donné que chacun de ces biens est identique à tous les autres, si l'on recherche l'un d'eux à l'exclusion de tous les autres, on ne s'approprie même pas ce que l'on désire. Donc, il ne faut pas du tout rechercher le bonheur dans les choses dont on croit qu'individuellement elles procurent certains biens désirables.

Philosophie implore l'assistance divine pour que Boèce apprenne à chercher le vrai bonheur.

18

Philosophie demande à Dieu de lui accorder de visiter la source du bien et de trouver sa lumière.

19

Philosophie demande à Boèce d'admettre que le Dieu souverain contient le parfait et souverain bien. Comme le bien parfait est le véritable bonheur : le véritable bonheur réside donc nécessairement dans le Dieu souverain. Il faut admettre à Boèce que Dieu est le bonheur même.

La substance de Dieu réside dans le bien lui-même et nulle part ailleurs.

20

Tout ce qui  qui suscite plaisirs et excitations agrandies dans l'obscurité des antres de la Terre.

L'éclat qui régit et donne vie au ciel évite l'obscure déchéance de l'âme.

21

Philosophie demande à Boèce d'admettre que ce qui est un et ce qui est bien sont une seule et même chose. Les choses qui n'ont pas, par nature, des effets différents, ont la même substance. Tout ce qui est, subsiste tel quel aussi longtemps qu'il est un et qu'il meurt et se désagrège dès qu'il cesse d'être un. Chez les êtres vivants, quand l'âme et le corps ne font qu'un et restent unis, on parle d'être vivant ; mais quand cette unité se désagrège du fait de leur désunion, il est clair qu'il meurt et qu'il n'est plus un être vivant. Il en est de même du corps : quand il garde un même aspect grâce à l'union entre les parties qui le constituent, on voit en lui une apparence humaine ; mais si les parties du corps se divisent, se séparent et détruisent leur unité, le corps cesse d'être ce qu'il était. Tout être vivant s'efforce de de se garder en vie et cherche sans cesse à éviter la mort et la destruction.

La Nature donne à chacun ce qui lui convient et fait tout pour éviter qu'il meure, dans le temps qui lui est imparti. Tout ce qui est en accord avec une chose, la préserve et inversement, tout ce qui lui est hostile, la détruit.

Chez les êtres vivants, le désir de rester en vie ne procède pas d'une activité intentionnelle de l'âme mais d'impulsions provoquées par la Nature.

La Providence a donné à ses propres créatures ce qui est peut-être la principale raison pour laquelle elles demeurent : le désir naturel de demeurer aussi longtemps que possible.

Tout ce qui cherche à subsister et à se perpétuer désire être un et ce qui est un, c'est précisément le bien. Donc toutes choses recherchent le bien. Il nous faut reconnaître que la fin de toutes choses, c'est le bien.

22

Si on cherche profondément le vrai et qu'on désire ne pas se fourvoyer, on doit réfléchir sur soi et sur sa lumière intérieure. Ainsi, quand on apprend, on se souvient sans s'en rendre compte.

23

Philosophie dit à Boèce que cet univers, composé de parties aussi différentes et opposées entre elles, ne se serait pas constitué en une forme unique sans l'existence d'un être unique, capable d'assembler des éléments aussi différents. D'autre part, cet assemblage se déferait et disparaîtrait du fait de la diversité même de ces natures en contradiction les unes avec les autres, sans l'existence d'un être unique, capable de maintenir une cohésion entre les éléments qu'il a reliés les uns aux autres. Quel que soit ce par quoi subsistent et se meuvent les êtres créés, Philosophie l'appellera du nom utilisé par tous : Dieu. Dieu gouverne toutes choses avec le bien pour timon et toutes ces mêmes choses sont poussées par leur instinct naturel vers le bien. Il n'y a donc que rien qui, tout en préservant sa nature, s'efforce de contrecarrer la volonté de Dieu. Il n'y a donc que rien qui veuille ou puisse faire obstacle à ce bien suprême.

C'est donc le bien suprême qui dirige énergiquement toutes choses et les dispose avec douceur.

24

Comme Orphée et Eurydice, si on laisse son regard se tourner vers l'antre du Tartare, ce qu'on a de précieux avec soi on le perd en regardant en dessous de soi.

Livre quatrième.

1

Boèce ne comprend pas que malgré l'existence d'un être bon aux commandes de l'univers, le mal puisque simplement exister et même demeurer impuni.

Alors Philosophie va lui montrer le chemin qui pourra le ramener chez lui.

2

Philosophie veut ramener Boèce sur le chemin qu'il cherche et a oublié, là où le maître des rois tient son sceptre et maîtrise les rênes de l'univers.

3

Philosophie affirme que la puissance est toujours du côté des bons tandis que les méchants sont privés de toute espèce de forces. Le bien et le mal sont des contraires. Le bien est puissant donc la faiblesse du mal apparaît clairement. Il est deux conditions nécessaires à l'accomplissement des actions humaines : la volonté et la capacité. C'est en fonction de sa capacité qu'on doit être jugé fort et de son incapacité qu'on doit être jugé faible.

Les bons ou les méchants cherchent avec la même application à parvenir au bien. Le bien suprême qui l'objectif que se fixent pareillement méchants et bon, les bons le recherchent par l'exercice naturel de leurs mérites tandis que les méchants s'efforcent d'obtenir ce même bien par l'intermédiaire de leurs désir fluctuant, ce qui n'est pas le moyen naturel d'obtenir le bien.

Il en résulte que les bons sont puissants et les méchants sont faibles.

C'est leur incapacité à se contrôler qui fragilise ceux qui ne peuvent lutter contre le mal. Selon Platon seuls les sages ont le pouvoir de réaliser leurs désirs tandis que les malhonnêtes gens effectuent ce qui leur fait plaisir mais n'ont pas le pouvoir de satisfaire leurs désirs. En effet, ils font tout ce qui leur plaît, en pensant qu'ils vont obtenir le bien qu'ils désirent grâce à ce qui leur procure du plaisir ; mais ils ne l'obtiennent pas le moins du monde puisque l'infamie ne débouche pas sur le bonheur.

4

Les poisons dévorants de la passion rongent le coeur des rois orgueilleux. La colère vient les fouetter comme le vent fouette les vagues, l'épreuve du chagrin les mine ou l'espoir incertain les torture.

5

C'est le bien qui est proposé en guise de récompense à toutes les actions humaines. Par conséquent les méchants auront beau s'acharner autant qu'ils le voudront, la couronne ne tombera pas pour autant de la tête du sage ni ne se flétrira. En effet, la méchanceté d'autrui ne prive pas les êtres intègres de la victoire qui leur appartient en propre. Puisque le bien lui-même est le bonheur, il est clair que tous les gens de biens deviennent heureux précisément parce qu'ils sont bons. Mais il va de soi que ceux qui sont heureux sont des dieux. Dans ces conditions, le sage ne saurait douter que les méchants, de leur côté, ne puissent échapper à leur châtiment. Étant donné, en effet, que le bien et le mal, tout comme le châtiment et la récompense, sont à l'opposé l'un de l'autre, ce que nous voyons se produire dans le cas de la récompense du bon, trouve nécessairement sa contrepartie dans le châtiment du méchant.

Pour les gens intègres, c'est leur intégrité qui devient leur récompense. De même pour les malhonnêtes gens, c'est justement leur bassesse qui est leur châtiment. Ainsi, il se fait que si on cesse d'être un homme pour avoir faussé compagnie au bien, incapable d'accéder à la condition divine, on se change en bête. Parce que les méchants en sombrant dans la méchanceté ont en même temps perdu leur nature d'être humains.

6

A l'intérieur de l'homme est sa nature, retranchée en une citadelle secrète. Il est des poisons plus violents qui détournent l'homme de lui-même : ils l'atteignent en profondeur et sans nuire à son corps, ils le blessent à l'âme.

7

Boèce reconnaît que les gens corrompus, bien qu'ils conservent une apparence physique d'êtres humains, sont transformés en bêtes du fait de leur état intérieur. Il aurait voulu que leur cruauté et leur infamie ne se donnent pas libre cours. Philosophie va lui démontrer que cela ne leur est pas permis. Si c'est un malheur de vouloir faire le mal, c'est un plus grand malheur encore d'en être capable, ce sans quoi l'effet de cette volonté malheureuse serait quasi inexistant. Philosophie pense que les malhonnêtes gens bénéficient, quand ils sont punis, d'une part de bien qui leur est adjointe (il s'agit précisément de leur punition qui est bonne du fait qu'elle est juste) et ces mêmes gens, quand ils échappent au châtiment, acquiert une part de mal supplémentaire (il s'agit de leur impunité qui est un mal du fait de son iniquité). Les malhonnêtes gens sont donc beaucoup plus malheureux s'ils sont gratifiés d'une injuste impunité que s'ils subissent une juste punition. Il en résulte que les malhonnêtes gens ne sont jamais si sévèrement punis que lorsqu'on les croit impunis.

Philosophie pense que de même que l'asthénie et une maladie du corps, la méchanceté est une sorte de maladie de l'âme, étant donné qu'à nos yeux, les gens malades dans leur corps ne méritent absolument pas d'être haïs mais plutôt d'être pris en pitié, raison de plus de prendre en pitié plutôt que de les harceler, ceux dont l'âme est accablée par un mal plus impitoyable que n'importe quelle forme d'asthénie : la méchanceté.

8

Le serpent, le lion, le tigre, l'ours ni le sanglier ne dissuadent pas les gens de se menacer par les armes. Est-ce pour leurs différences et désaccords qu'ils engagent batailles injustes et guerres cruelles et veulent se porter mutuellement le coup fatal ? Rien ne saurait justifier telle sauvagerie. Veux-tu retourner à autrui ce qu'il mérite ? Aime les bons et prends pitié des méchants.

9

Boèce pense que cette Fortune si chère aux profanes n'est pas sans comporter une part de bien ou de mal. Et de fait, on ne trouverait pas parmi les sages un seul homme pour préférer l'exil, la pauvreté et l'infamie plutôt que de prospérer sans quitter sa ville, fort de ses richesses, du respect d'autrui et de son pouvoir. La sagesse remplit sa fonction d'une façon plus éclatante et manifeste quand le bonheur des gouvernants rejaillit d'une manière ou d'une autre sur les peuples qui ont affaire à eux. Boèce serait moins surpris s'il imputait au hasard tout le désordre provoqué par les méchants qui accaparent les récompenses dues aux mérites. Mais en réalité, ce qui met un comble à sa stupéfaction, c'est que Dieu gouverne l'univers. Philosophie lui répond qu'il ne doit pas douter que tous accomplisse en bonne règle.

10

Puisse se disloquer le nuage de l'erreur et les phénomènes naturels cesseront dès lors de faire peur.

11

Philosophie prétend que tout ce qui vient au monde, tous les êtres sujets au changement qui évoluent et tout ce qui se meut de quelque manière, trouvent leur cause, leur ordre et leur forme dans la stabilité de l'intelligence divine. Et celle-ci est établie dans la citadelle de son indivisibilité, fixe une règle multiforme au gouvernement de l'univers. La Providence est la raison divine qui réside dans le principe suprême de toutes choses et qui ordonne l'univers ; quant au destin, c'est la disposition inhérente à tout ce qui peut se mouvoir, par laquelle la Providence réunit toutes choses, chacune à la place qui lui est assignée.

La Providence embrasse toutes les choses à la fois, malgré leur diversité et malgré leur nombre infini. Le destin répartit chaque chose individuellement en la situant dans l'espace et dans le temps et en lui attribuant une forme en vue de son mouvement, si bien que ce déroulement de l'ordre temporel qui trouve son unité dans la perspective de l'intelligence divine, c'est la Providence tandis que cette même unité, une fois distribuée et déployée dans le temps, s'appelle le destin. L'enchaînement de la Providence et du destin est la loi qui oriente vers le bien. Par conséquent, tout ce que Boèce peut voir ici se faire de contraire à son attente, est en réalité l'expression de l'ordre qui convient à l'univers même si à ses yeux il s'agit d'un désordre où régnerait la confusion.

Les épreuves surviennent comme il convient, en bon ordre et dans l'intérêt de ceux auxquels on les voit survenir. Ainsi, un homme s'attendant à ce que sa conscience soit souillée par le déshonneur et se comparant à sa Fortune peut redouter plus que tout le désoeuvrement de perdre ce dont l'usage lui est agréable. De ce fait, il modifiera son comportement et en craignant de perdre sa bonne Fortune, il renonce définitivement à sa malfaisance. D'autres sombrent dans un désastre mérité pour avoir mésusé de leur prospérité. Fréquemment, la Providence suprême offre un spectacle particulièrement surprenant : celui de méchants qui rendent dans d'autres méchants. Certains, en effet, à force de se voir maltraités par les pires crapules, se prennent de haine pour ceux qui ils leur nuisent et retrouvent la jouissance de la vertu en s'appliquant à ne pas ressembler à ceux qui les ont détestés. Un certain ordre embrasse toutes choses si bien que si une chose s'écarte de la place qui lui a été assignée, elle réintègre un ordre différent certes mais un ordre tout de même, afin que dans le royaume de la Providence, rien ne soit abandonné au hasard.

 

12

La  concorde harmonise les éléments de manière équilibrée : l'humidité agressive laisse son tour à la sécheresse. Le froid conclut un pacte avec les flammes. Cet équilibre nourrit et produit ce qui respire la vie sur terre.

13

Philosophie affirme qu'il n'y a pas de Fortune qui ne soit tout à fait bonne. Il dépend de chaque personne de donner à la Fortune la forme qu'elle souhaite. En effet chaque fois que la Fortune semble adverse, si elle ne met pas à l'épreuve ou si elle ne corrige pas, c'est qu'elle punit.

14

Le dernier des travaux d'Hercule fut de porter le ciel sans courber la nuque et en récompense il mérita le ciel. S'élever au-dessus de la terre c'est mériter les étoiles.

 

Livre cinquième.

1

Boèce demande à Philosophie ce qu'est le hasard.

Philosophie répond que si vraiment on définit le hasard comme un événement produit par un mouvement accidentel et non par un enchaînement de causes, alors le hasard n'est rien du tout et le mot est absolument vide de sens.

Pour Philosophie le hasard peut se définir comme un événement inattendu, résultant d'un concours de circonstances et qui survient au milieu d'actions accomplies dans un but précis.

Le concours de circonstances procède d'un enchaînement inévitable qui prend sa source dans la Providence.

2

Bien qu'il semble s'écouler en toute liberté, le hasard subit une règle et son cours obéit à des lois.

3

Boèce demande à Philosophie si dans cet enchaînement de causes solidaires les unes des autres il nous reste un libre arbitre ou si la chaîne du destin enferme aussi les mouvements de l'âme humaine. Philosophie répond que le libre arbitre existe et qu'aucun être doué de raison ne pourrait exister s'il ne possédait la liberté de jugement. L'être humain fait donc tout seul la différence entre ce qui est à éviter et ce qui est à souhaiter. C'est ainsi que les êtres pourvus de raison sont également pourvus d'une liberté de dire oui ou de dire non.

4

Le créateur du vaste monde pose son regard sur toutes choses. C'est lui qu'on peut appeler le vrai soleil.

5

Que Dieu connaisse toutes choses par avance et qu'il existe un libre arbitre, voilà deux affirmations complètement contradictoires et incompatibles. Si pour Dieu il ne peut rien y avoir d'incertain, les événements dont il a lu la prescience qu'ils seraient, se produiront selon toute certitude. Et ainsi nulle liberté n'accompagne les décisions et les actes des êtres humains. Si on admet un tel raisonnement, on voit clairement l'effondrement des valeurs humaines qui en résultent. Il est vain en effet de proposer aux bons et aux méchants des récompenses ou des punitions que n'a méritées aucun mouvement libre et volontaire de l'âme. Si tout l'univers procède de la providence et que rien n'est laissé à l'initiative des hommes, il en résulte que nos méfaits, eux aussi, sont en relation avec l'Auteur de tout ce qui est bien. À quoi bon, dans ces conditions, espérer ou prier ? Que pourrait-on en effet espérer ou chercher à détourner par des prières si un enchaînement inéluctable relie toutes les choses souhaitables ?

6

Un homme qui cherche le vrai vit une situation intermédiaire : il ne sait pas et pourtant il n'ignore pas complètement tout. Il retient et se rappelle l'essentiel. Il y réfléchit et repense à ce qu'il avait vu de là-haut afin de pouvoir ajouter les parties oubliées à celles qu'il a conservées.

7

De même que la connaissance du présent ne confère aucun caractère de nécessité à ce qui est en train de se produire, de même la prescience du futur n'en confère pas non plus à ce qui est à venir.

8

Vient dans le corps vivant la sensation, quand la lumière frappe les yeux ou qu'un cri résonne aux oreilles. Alors la vigueur de l'âme se ranime, incite les images qu'elle possède à l'intérieur à de semblables mouvements et les adapte aux marques reçues de l'extérieur et associe ces images aux formes dissimulées à l'intérieur.

9

Philosophie explique à Boèce comment il raisonne. Il pense que si la réalisation de certains événements ne semble pas certaines et nécessaire, ils ne peuvent pas être connus d'avance comme allant se produire de façon certaine. Par conséquent, il n'y a aucune prescience de tels événements et si nous croyons qu'il y a prescience en ce qui concerne ces événements, il n'y aura rien qui ne provienne de la nécessité.

10

Quelle diversité dans l'apparence des êtres vivants qui passent sur terre ! Seule l'espèce humaine lève bien haut une tête fière et légère, se tient droit et regarde la terre de haut.

11

Tout ce qui est connu l'est non pas à partir de sa propre nature mais à partir de la nature de ceux qui cherchent à comprendre. La nature de Dieu c'est d'être éternel. L'éternité est la possession aussi entière que parfaite d'une vie illimitée. Ce qui appréhende et possède en une seule fois la totalité de la plénitude d'une vie sans limite, à quoi rien de futur ne manque et n'a échappé rien de passé, c'est cela qui est considéré comme éternel et il est nécessaire qu'il soit toujours présent à soi-même en étant en possession de soi-même et qu'il tienne pour présent le temps illimité qui passe. Le savoir de Dieu qui va au-delà de tout mouvement du temps demeure permanent dans la simplicité de son présent et, embrassant les espaces infinis de passé et de futur, les considère tous, du fait de son mode de connaissance simple, comme s'ils étaient dès lors en train de s'accomplir. Ainsi la prescience divine est plutôt la science d'une imminence qui jamais ne passe aussi préfère-t-on l'appeler Providence et non pré-voyance.

C'est la raison pour laquelle cette prescience divine ne modifie pas la nature des choses ni leur propriété et elle les voit présentes à ses côtés tels qu'elles s'accompliront un jour dans le temps. Dieu distingue aussi bien ce qui arrivera de façon nécessaire que ce qui arrivera de façon non nécessaire.

Dieu voit comme étant présents les événements futurs qui résultent du libre arbitre. Par conséquent, ces événements, sous l'angle du regard divin, deviennent une nécessité soumise à une condition qui est la connaissance divine. Mais considéré en eux-mêmes, ils ne perdent pas l'absolue liberté de leur nature. Donc, tous les événements que Dieu connaît d'avance comme allant se produire, se produiront sans aucun doute mais certains d'entre eux procèdent du libre arbitre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 avril 2019

Psychanalyse de l'initiation maçonnique (Éliane Brault)

 

brault

-le profane.

Pour Éliane Brault, la franc-maçonnerie est régie par une méthode initiatique : le symbolisme. Elle définit le symbolisme comme la voie qui permet de relier, à travers le temps et l'espace, les émotions vécues par les humains, leurs angoisses et leurs espérances. C'est un moyen de voyager du sensible à l'intelligible, de l'abstrait au concret.

C'est l'apprentissage jamais achevé de la fraternité et de la tolérance car il exige d'être permanent et renouvelé.

Le symbole maçonnique, par son adogmatisme, permet de se comprendre au-delà des mots.

L'action du symbole s'exerce autant sur les facultés intellectuelles que sensorielles et affectives.

Le secret est l'essentiel de la méthode initiatique. La mission de la franc-maçonnerie et de révéler à chacun de ses initiés un secret. Celui de sa personnalité vraie.

Dans ce but, elle emploie la méthode symbolique ; travail d'intériorisation ; et la confrontation des pensées, travail d'extériorisation qui est la compensation indispensable à l'équilibre mental et moral. Plus l'intellectualité et la sensibilité du néophyte sont aiguisées, plus l'initiation importe de richesse et d'intensité. L'initiation maçonnique est vécue sous forme de psychodrame et non apprise, aussi tous les renseignements livresques n'en révèlent rien. On peut même constater que ce sont les profanes les plus érudits, les mieux renseignés qui sont les plus surpris et les plus marqués par le cérémonial initiatique.

Le néophyte confie « sa vérité » à ceux qui le reçoivent et elle devient un secret partagé par les initiés. Ainsi le secret constitue l'atmosphère qui permet à la conscience humaine de se dévoiler sans risque de se dépouiller des artifices et des préjugés qui la contraignent. D'abandonner les moyens de défense indispensable, dans une société profane où la lutte est quotidienne. Le but de l'initiation est d'apporter en loge ce qu'il y a de plus valable en nous. La méthode maçonnique est une maïeutique, un véritable accouchement de l'âme, une révélation permanente de la vérité profonde de l'être à lui-même par lui-même.

On ne connaît que ce qu'on a découvert par soi-même et on ne progresse vers l'harmonie que lorsqu'on l'a réalisée en soi.

La franc-maçonnerie n'est qu'une tentative d'améliorer la condition humaine en essayant de perfectionner et d'harmoniser les divers éléments, les diverses facultés qui composent l'individu, et d'harmoniser les divers individus qui composent les sociétés humaines.

-Le néophyte.

-Le symbolisme.

La psychophysiologie est l'étude objective des rapports entre le corps et l'esprit.

Le médecin Cabanis a pu être considéré comme le fondateur de la psychophysiologie moderne. Il était franc-maçon et disciple de la Grande Encyclopédie.

Il pensait que le cerveau digère les impressions et fait organiquement la sécrétion de la pensée.

La franc-maçonnerie a tiré du symbolisme la possibilité d'améliorer la personnalité humaine. Le symbolisme et les sciences du comportement humain n'ont été étudiés par des méthodes scientifiques que vers le milieu du XIXe siècle.

L'observation du comportement appartenant à la philosophie et le symbolisme au domaine religieux et à l'alchimie.

Wilhelm Roentgen trouva la possibilité de voir à travers le corps humain par des rayons et Freud découvrit la possibilité de percevoir les manifestations inconscientes derrière les actes conscients.

Roentgen, c'était la proposition de l'organisme et Freud c'était la révolution psychologique dans les conventions bourgeoises, religieuses et dogmatiques.

Avec Freud, l'innocence ne préservait plus des besoins charnels. L'âme, cette « essence divine » dépendait des besoins de la chaire et des fonctions organiques.

C'est à Nancy, en 1889, au cours d'une séance d'hypnotisme pratiquée par Bernheim que Freud réalisa le processus du phénomène entre la pulsion inconsciente et l'attitude consciente.

Puis il remarqua la liaison qui s'opérait entre les pulsions profondes et le comportement et surtout l'amélioration qui se produisait lorsque le sujet pouvait se libérer, en comprenant ce qui se passait en lui-même.

Freud mit en pleine clarté la puissance de la conversation intérieure-extérieure de l'homme à lui-même ; ouvrant des horizons nouveaux sur les phénomènes inconscients et le langage : le symbole.

L'oeuvre de Jung fut une régression sur celle de son maître Freud. Il théorisa « l'inconscient collectif » selon lui dominé par les archétypes raciaux. Il justifia le racisme sous une forme soi-disant scientifique. Il prétendit que l'inconscient aryen disposait un potentiel plus élevé que celui du juif. Pour Jung, le problème juif était une plaie complexe, une plaie purulente. Jung avait affirmé que l'image de Dieu était héréditaire. Freud interpréta la valeur du symbole qui effectue ce lien entre l'imaginaire, l'émotion, l'intelligible, l'affectif, le sensible et le comportement.

Freud vivait à une époque où les humanités greco-latines formaient la base de toute éducation universitaire. Il appréciait la valeur psychologique des mythologies helléniques. Avec les philosophes Grecs, les sciences passaient du plan dogmatiques aux plans de l'observation, de la déduction intelligente et des lois scientifiques.

Freud employa le terme de « complexe » pour désigner les imbrications internes-externes et leur donna les dénominations de la mythologie grecque : complexes d'Oedipe, d’Antigone, de Narcisse.

Il ne faut jamais oublier que la franc-maçonnerie a été conçue et constituée aux XVIIe et XVIIIe siècles par des philosophes européens nourris de grec et de latin. Ainsi la franc-maçonnerie fut établie comme une démocratie antique, composant une aristocratie de pensée et d'attitude.

Selon Éliane Brault, la franc-maçonnerie est une école de perfectionnement dont les adeptes doivent agir avec bonté ; mais elle n'est pas une société de bienfaisance.

Le « miracle » du VIè siècle hellénique c'est d'avoir inventé la laïcité des sciences.

Les chiffres, base de toutes les sciences, ne sont que des symboles. Ils représentent des identités, des valeurs intelligibles hors de toute qualité sensible.

Le temple permet d'établir la liaison entre le sensible, l'affectif, l'imaginaire, l'émotivité et le réel, en faisant appel à toutes les facultés de l'individu. Le symbole est une liaison constante entre les facultés affectives et le filtre de la raison, entre l'abstrait et le concret.

Il serait impossible d'établir des relations interhumaines si les hommes n'usaient entre eux des liens symboliques. La franc-maçonnerie n'a donc fait qu'utiliser un symbolisme idéalisé pour créer des liens interurbains dans un climat idéal de fraternité. Et cela avant que les sciences du comportement n'aient défini et expliqué comment s'opérait la liaison entre l'idéal et la réalité.

-Le symbole.

Le symbolisme est un déclencheur d'émotions, un catalyseur de toutes les facultés de l'individu.

Le symbole est, pour le maçon, un moyen et non un but et a été choisi comme système initiatique.

Le symbole favorise l'expression de ce que l'individu ressent confusément sans pouvoir le discerner et l'extérioriser dans une formulation. Sans libre arbitre, le symbole perd ses qualités de stimulateur et devient convention, allégorie ou dogme.

Sans émotion, le symbole est une chose morte. Sans libre arbitre, sans le jeu entièrement libéré de toutes ses facultés, le symbole perd ses qualités de stimulateur et de catalyseur.

Chaque fois qu'un symbole est fixé dans une forme traditionnelle dogmatique ou théologique, il a perdu sa valeur initiatrice. Il n'est plus révélateur des profondeurs personnelles de l'individu.

Sans sa forme initiatique, le symbole, c'est le phénomène déclic qui atteint l'inépuisable réservoir des désirs inexprimés, des fonds d'agressivité ou d'affectivité qui n'ont pu être extériorisés.

C'est l'exutoire des confusions internes. C'est la possibilité de créer une synthèse des aspirations d'un être dans un moment donné et de le faire passer de l'inconscient au conscient.

Le mot « symbolisme » se rapporte au don de l'agneau, du miel ou du lait des fêtes pastorales bucoliques helléniques et égéennes. Le mot symbole évoque donc le don, l'offre désintéressée.

-Le psychodrame.

La franc-maçonnerie emploie dans sa méthode symbolique un psychodrame initial qui fait appel à toutes les facultés, conscientes ou inconscientes psychiques et organiques. Ce psychodrame est complété par une permanente confrontation des sensibilités et des consciences.

Pour Aristote, la tragédie était considérée comme une initiation à la vertu par les sentiments qu'elles suscitent comme une catharsis.

Le psychodrame est un essai qui s'effectue dans le cadre d'une cellule sociale. Le psychodrame a été inventé par le docteur Moreno, élève de Freud. Il fait ce qu'il appelle l'axiodrame en 1921. Il présente à Vienne comme un premier sociodrame officiel dont la prétention était de purger Vienne de l'anarchie dans laquelle elle se débattait. Puis, il créa le Théâtre impromptu où les acteurs improvisaient sur un thème donné. Moreno instaurait avant le jeu une obscurité initiale dans laquelle on n’entendait que la voix du meneur de jeu dramatique, ce qui établissait le contact.

Dans ce psychodrame, il n'y a pas d'assistants, que des participants. L'acteur ne peut tirer profit du psychodrame que si sa spontanéité est estimée et peut se développer par l'interaction. Enfin, l'illusion du monde réel est juste et aussi importante que la réalité d'un monde d'illusion.

Moreno fit jouer à une actrice professionnelle, Barbara des rôles de prostituées, de perverses car il avait appris qu'elle était infernale à la maison. Dès lors, la conduite de Barbara s'adoucit et Moreno en déduisit que l'extériorisation de certaines pulsions profondes pouvait remplir le rôle de catharsis et purger de certains comportements dans la vie courante. Moreno connut une suite d'échecs théâtraux, médicaux et journalistiques alors il partit aux États-Unis. Là, il connut le succès. Ses observations suscitèrent l'intérêt des psychiatres. En 1942, Moreno créa le Sociometric Institut et en 1947 l'Intergrup psychotherapy and Psychodram.

Moreno pensait que seule la parole spontanée était vivante. Il fallait donc que les participants du psychodrame puissent se voir, se toucher, se caresser ou se serrer la main. Le psychodrame était une cure d'action.

Le directeur du jeu avait pour charge de résoudre la première difficulté à faire démarrer le drame. Il devait transférer l'élan spontané et se retirer. Débarrassé des craintes et des angoisses de la vie réelle, le sujet retrouve sa personnalité originale, sa vie professionnelle, dans le rôle qu'il a choisi. Tout est évoqué, école, mariage, apprentissage, c'est un sociodrame (situations types qui  dénoncent les zones spécifiques de conflits : mère et fils ; mari et femme ; père et fils, etc.).

Lacan a parlé d'histoire mythique pour caractériser l'objet des psychodrames. L'interprétation symbolique peut s'identifier au drame personnel du néophyte par la communication symbolique et elle a un effet cathartique. Son irréalité rassure le sujet qui peut s'expliquer autrement que dans la vie quotidienne. La franc-maçonnerie, en plaçant l'histoire mythique sur le plan des archétypes, permet un thème universel où chacun peut chercher sa propre personnalité. La franc-maçonnerie considère que les hommes sont soumis à des lois communes mais qu'ils les vivent temporairement et individuellement.

Le psychodrame évoque une situation universelle et chacun le ressent selon son tempérament et l'impression du moment.

Moreno précise la condition essentielle : « il faut que l'élan vital soit la base fondamentale. Le psychodrame doit être un acte gratuit, spontané, pour avoir une efficacité bénéfique ». Il en est de même pour la franc-maçonnerie, qui exige de celui ou de celle qu'elle admet la probité morale et intellectuelle absolues.

Pour Moreno, l'angoisse de l'homme vient de tous les rôles inemployés qu'il porte en lui et qu'il ne peut extérioriser.

-L'apprenti.

Introspection-introversion et psychanalysette.

Le mérite de Freud et d'avoir réalisé un moyen de guider l'introspection et la psychanalyse.

Pour amorcer le dialogue entre les facultés conscientes et celles qui demeurent dans les profondeurs de la psyché, Freud a utilisé le langage qui pouvait le mieux se faire comprendre et servir de liaison ; celui des symboles.

Freud a employé les archétypes, images primordiales préconscientes. Mais Jung a dénaturé la théorie freudienne sur les archétypes en y ajoutant des sentiments mystiques non scientifiques.

Le mot « archétype » remontrait à l'école de Thalès de Milet.

Le mot «Arché » n'appartient pas au début au vocabulaire mythique.

L’Archée est le commandeur des Archontes, élus d'abord tous les ans, puis tous les 10 ans.

Il semble que ce soit Anaximandre, le disciple de Thalès qui adopte ce terme en lui conférant pour la première fois un sens philosophique de principe élémentaire.

Les deux archétypes les plus puissants comme symbolisme ; ceux employés par les psychanalystes et dans l'initiation sont la descente et la montée.

Ils sont universels et étendent leur signification à l'évocation des images qu'ils suscitent à tout ce qui est ressenti par l’être humain dans l'individu corps et psyché.

Éliane Brault évoque la « psychanalysette » méthode inventée par Robert Desoille et le docteur Calsant. La technique consiste à placer le sujet dans un état psychique qui est exactement celui du pré-endormissement au cours duquel le sujet n'est pas encore oublié, mais où la dissociation de l'imagination et de l'esprit critique est tel que celui-ci, ne contrôlant plus celle-là, elle peut jouer librement.

On peut alors pénétrer librement dans l'inconscient par la seule suggestion de monter et descendre.

Pour les inventeurs de la méthode du rêve éveillé ou psychanalysette, la psychanalyse appliquée à des sujets ayant dépassé la quarantaine place ceux-ci devant les ruines de leur passé sans leur ouvrir un horizon nouveau. Aussi, les psychanalystes renoncent-ils à entreprendre un traitement quand la vie n'offre plus à leurs malades des perspectives de réussite attrayante. Au contraire, le rêve éveillé est un enseignement de l'art de vivre qui est ouvert à tous les âges.

Il n'est jamais trop tard pour apprendre la sérénité.

Les méthodes de psychanalyse ou de psychanalysette, de rêve éveillé ou de psychodrames thérapeutiques ou initiatiques selon Éliane Brault ne sont ni morales, ni immorales ; elles sont amorales. La moralité est un autre problème.

-La descente-l'ascension.

Le symbolisme de la descente et de l'ascension est tellement puissant qu'il étend sa signification à tout ce qu'il entraîne dans l'imaginaire.

Il n'est pas nécessaire que le sujet en connaisse le processus pour en ressentir les effets. On sait que les réflexes conditionnés sont surtout activés par le renouvellement régulier du même traumatisme, si petit soit-il. Le sujet est tellement sensibilisé au rythme du jour et de la nuit, qu'il n'a pas besoin d'analyser ou d'être préparé, pour être immédiatement imprégné de l'archétype proposé. Le sujet a été séparé de l'actualité préoccupante en étant placé dans une pénombre propice à la méditation. Il est entré dans l'espacement semi mythique, semi réel de la descente. La sensation de coupure d'avec la réalité a favorisé le dépouillement de sa carapace sociale, de ses défenses caractérielles, nécessaires à la vie en société. Ce procédé d'examen et une préparation, une catharsis (épuration).

Le sujet découvre alors qu'il porte en lui une part d'inconscient dont il n'est pas le maître. Il pénètre dans son propre psychisme. Cette idée de descente dans la matière humaine a été assimilée à la descente dans la terre-mère. L'archétype cosmique de l'asservissement au destin, sans cesse renouvelé par la disparition du soleil, impose l'angoisse métaphysique de la période des ténèbres qui vont venir, sans en excepter la certitude consolante de la réapparition de la lumière qu'on peut appeler l'éternel retour, la perpétuelle remontée. Le symbolisme de la remontée a encore plus de prix que celui de la descente. L'ascension est la reprise de contact avec la lumière, la délivrance de la solitude. L'ascension vers la lumière apporte une euphorie de possibilités. Dans tous les langages, une terminologie associe les thèmes de la descente et de la mort hideuse.

On s'abîme dans le vice, on s'abaisse dans l'humiliation, on dégringole jusqu'au crime.

L'attraction ascensionnelle est aussi génératrice de symboles : on atteint un grade le plus élevé, on monte dans la hiérarchie professionnelle, on grimpe dans l'échelle sociale. Il était tout naturel que pour marquer leur supériorité, les empereurs, rois ou dictateurs aient adoptés les emblèmes qui représentent l'élévation comme les aigles impériaux, le soleil de Louis XIV.

Dans le vocabulaire courant, la charge affective l'emporte facilement sur le langage raisonné.

Cette faculté de la psyché de tricher avec le conscient fut la première remarque qui incita Freud à la psychanalyse et à conclure qu'une partie de nos actes sont conditionnés par l'inconscient.

Nous cherchons à rationaliser ceux-ci et à légitimer à nos propres yeux les actes que nous effectuons. Il semble qu'il s'établisse dans la psyché un va-et-vient entre l'archétype et le culturel, passant de l'un à l'autre. Depuis si longtemps que l'être humain a ressenti l'euphorie de la fin de la nuit et de la remontée solaire, il a conçu son origine comme provenant de cette bienfaisante lumière en son apogée, d'où l'idée d'une chute, et le consolationnisme inhérent aux instincts de la psyché, d'une probable remontée, avec cette certitude qu'allégé des contingences du sombre et du lourd, l'individu reprendra ses privilèges de lumière tel le soleil.

-Le symbolisme cosmique.

La pensée archaïque. L'évolution de la psyché.

On a dit souvent que les premiers cultes avaient été cosmiques. Les hommes ont toujours cherché à percer le mystère de l'origine du ciel et de la terre. L'homme s'est cherché lui-même dans le ciel, sur la terre et dans le temps.

On a vraiment tenté de rechercher une identité de croyances primordiales des cultes. Mais on observe des concordances dans les gestes rituels, le rôle des sorciers et la mise en état de réceptivité des initiables. Dans le choix des grottes et la sacralisation des cérémonies ; méthodes empiriques mais similaires où se cumulent le secret, l'affirmation de la personnalité et surtout le désir d'accroître les forces humaines. Avant de comprendre les phénomènes cosmiques et les lois atmosphériques qui les régissent, les hommes et les ont subis puis vus et enfin observés.

Puis, ils ont procédé par déduction et analysé.

Les rites cosmiques datent du mésolithique, c'est-à-dire environ 10 à 12 000 ans. La psyché moderne en est imprégnée.

Grâce à l'éducation parentale et à l'expérience des générations, l'enfant est guidé, éduqué.

Quels efforts n’a-t-il pas fallu aux premiers hommes pour distinguer les forces au milieu desquelles ils devaient subsister ?…

Les cérémonies rituelles de Lascaux et d'Altamira ont été des moyens d'établir un dialogue-monologue entre l'homme et les forces qu'il sentait confusément en lui mais qu'il était incapable de discerner et encore moins d'analyser. C'est lui-même que l'homme retrouve dans le symbole déclencheur et il est évident que plus le symbole est universel, mieux l'observateur ou le méditateur peut s'y intégrer. Plus il a placé de charges affectives dans le signal symbolique, plus il en ressent l'intensité.

Des religions cosmiques se sont établies dans les régions à climat tempéré. Elles ont été d'autant plus suivies que l'existence des cultivateurs dépend des conditions climatiques et météorologiques. Les éléments soleil, eau, feu et air prenaient des places de premier plan dans les préoccupations des habitants ; et elles devaient avoir une bien grande influence sur la mentalité humaine lorsque les industries de remplacement n’existaient pas encore.

Les dieux cosmiques ont les caractères des climats ou ils furent conçus. Il fallait la crainte des famines et du désert proche pour rendre si puissant le culte de l'eau. Isis règne sur les eaux alors que la Grande Mère, la Terre Rhéa, occupe une place de premier rang dans les contrées où la sécheresse n'était pas à craindre. En allant vers le nord, où les climats deviennent plus rudes avec les orages, le tonnerre et les guerres, les deux prépondérants sont Zeus et ses foudres, Thor, Wotan.

Éliane Brault évoque les quatre divisions cosmiques généralement acceptées :

la terre : le solide.

L'eau : le liquide.

L'air : le subtil.

Le feu : le chaud.

Les sensations du chaud, du froid, de l'humide et du solide sont communes à tous comme les sensations de la descente et de la montée. C'est pourquoi, elles sont demeurées les bases d'un symbolisme toujours valable à travers le temps.

On doit à Jacques Lacan l'épithète histoire mythique pour caractériser le scénario du psychodrame. Ce terme convient particulièrement à toutes les initiations qui ont pour but la prise de contact avec le cosmos.

De tous les symboles cosmiques, rites, initiations, les mystères et cultes concernant la Terre ont été davantage célébrés que ceux des autres éléments.

Tous les grands symboles archaïques ont au moins deux significations opposées. L'une bénéfique et l'autre maléfique. Le feu réchauffe et brûle. L'air calme et doux peut souffler en tempête, l'eau désaltère et engloutit, et la terre produit la nourriture et se nourrit de l'homme une fois inhumé.

La presque totalité des mystères antiques et des initiations ont été basés sur cette fécondité de la Terre. La mort pour la renaissance, qui correspond tellement dans l'affectivité et dans le psychisme ou don de soi pour que renaisse un germe nouveau a établi les associations d'idées : base du symbolisme cosmique.

De quelque façon que se fasse l'enfouissement, il est à la base de toute initiation, autant qu'il est à la base de toute introspection et psychanalyse.

Il y a donc dans ce contact avec la terre la puissance physique de la descente et de la remontée qui s'apparente aux méthodes d'induction et de déduction. Ce mécanisme est à la base de l'idée de péché originel.

-Le compagnon.

L'unité individuelle et la solidarité.

Le nouveau-né. Le primitif.

L'enfant n'est pas le résumé ou l'addition des facultés de ses parents et de ses ancêtres.

Il est une synthèse avec ses qualités propres, son individualité. De nombreux psychologues pensent que l'éducation et les conditions du milieu dans lequel l'enfant se développe jouent un rôle plus important que l'hérédité.

Dans l'individu, il y a la personnalité innée, héritage des lignées ancestrales, et la personnalité acquise par l'éducation, l'instruction et les conditions d'existence.

La psyché apparaît comme le coffre-fort des trésors acquis par l'humanité en même temps que la poubelle des erreurs accumulées et que chacun porte inconsciemment en soir quelque chose du malfaiteur et du génie.

Il semblerait que l'enfant bien accueilli lorsqu'il entre dans la vie ait un caractère plus heureux que celui qui est rejeté à la naissance.

Dès la rupture du cordon ombilical, chaque acquisition de la personnalité infantile sera une rupture avec la mère et un contact avec le monde.

Les parents sont une perception directe de l'enfant, ils sont vus comme l'autorité primitive et protectrice et le « sur moi » commence à se former, à devenir une puissance quand il faut être bien accueilli ou rejeté. Les notions du bien et du mal correspondent à la sanction et à la récompense. La première manifestation de personnalité de l'enfant sera le « non » d'opposition à ce qu'il le veut pas. Les oppositionnels seraient donc a priori des individus fixés dans une attitude de petite enfance. Il n'y a pas des comportements du corps et des comportements de l'esprit. C'est tout l'être qui intervient dans chaque phénomène vital ou mental.

L'éducation corporelle, autant que ses facultés affectives et celles de l'intelligence doivent être suivies, car tout entre en jeu pour l'équilibre rationnel de la personnalité.

-L'Homo faber : le symbolisme du travail.

L'homme dans la société est un mythe.

Il y a des hommes groupés dans des sociétés humaines diverses selon les temps et les régions. L'homme isolé n'existe pas.

L'instinct grégaire pousse les individus à se grouper, ne serait-ce que pour la reproduction de l'espèce.

Prétendre aimer l'humanité, et se vouer à une entité métaphysique l'Homme ; c'est tricher avec la vie et se dispenser d'aimer des êtres vivants dans leurs diversités.

Il est facile de s'attacher à une abstraction. Il est difficile de seulement tolérer ses voisins qui n'ont ni vos goûts ni vos opinions.

 

Le travail.

 

Les hommes appellent « travail » les douleurs de l'enfantement, marquant par là, la juste punition des joies de la chair, et de la connaissance ; avec une inexorable loi du talion : la femme devant être punie par où elle avait péché… Ainsi dès l'époque de la rédaction du second chapitre de la genèse le travail portait la marque infamante d'expiation et d'affliction, et si l'Eglise s'est résignée à admettre l'accouchement sans douleur c'est qu'il est avec le ciel des accommodements.

Étymologiquement le mot « travail » vient du bas latin du nom d'un instrument à trois piliers qui servait à ferrer les chevaux, à maintenir les animaux sous le joug et assujettir les condamnés à la torture. Assimilant l'action à l'instrument, on considéra le travail comme un maintien sous le joug en y ajoutant le contexte biblique de condamnation infamante à perpétuité…

En attribuant l'exploitation des hommes les uns par les autres à la volonté divine, les textes canoniques justifièrent théologiquement les injustices pratiquées par les humains, entérinant ainsi la suprématie des forts sur les faibles.

La servilité du travail et la notion d'avilissement qu'elle entraîne, est tellement dans les faits et dans les esprits que jusqu'au XIXe siècle l'exigence d'être libre, éliminait de certaines fonctions, de la noblesse et même de la franc-maçonnerie tout salarié, comme ayant aliéné sa liberté à l'employeur.

Pour effacer le cliché « travail avilissant » il fallait qu'il soit remplacé par un symbolisme qui l’ennoblierait, par un nouveau concept « travail libérateur » car on ne détruit un prototype de pensée qu’en le remplaçant par un autre. C'est le très grand honneur de la franc-maçonnerie d'avoir détruit le tabou d'expiation qui pesait sur le travail ; et de l'avoir remplacé par le symbolisme d'un effort, délivrant des servitudes humaines.

On avait jusqu'ici jamais cherché à exempter la femme de travail. Seulement son travail comme son corps appartenaient au foyer familial et on avait soigneusement veillé à ce qu'elle ne puisse acquérir ni l'instruction, ni l'esprit de jugement qui pouvaient l'affranchir de l'état de subordination dans lequel elle avait été enfermée.

La raison profonde qui a si longtemps prévalu pour empêcher la femme d'exercer une profession rémunérée en dehors du foyer, c'est l'identification du travail et du travailleur. Il était honteux pour une épouse ou une mère de recevoir une rémunération d'un employeur car c'était un peu se vendre elle-même.

Jusqu'au XIXe siècle les serviteurs n'avaient pas droit à une personnalité ; ils portaient le nom de leurs qualités ou de leur origine : Picard, Bourguignon…

Reconnaître que le travail est pénible, qu'il a fallu de longs efforts pour le rendre moins fatigant ; ce n'est pas oublier que l'homme a inventé des outils dans le but de poursuivre son évolution et parvenir à la dignité humaine. Le travail comme la maladie, la souffrance, l'accouchement et la mort font partie des lois actuelles de la condition humaine. L'intelligence persévérante, laborieuse de l'esprit humain doit tout mettre en oeuvre pour les rendre moins pénible, en reculer les limites. Le fatalisme, anathème jeté par la théologie sur les joies de la vie, voulant l'accouchement expiation et le travail malédiction doit être vaincu.

Il viendra un temps ou par le progrès de la science, une plus haute compréhension de l'existence sera venue. Les douleurs de l'accouchement, les efforts du travail seront dominés par la joie intense de créer de la vie ou de produire une oeuvre par l'effort humain.

Il a fallu des millénaires pour que la rémunération du travail ne soit pas l'achat du travailleur. Il a fallu des millénaires pour que l'entité « sexualité-reproduction » soit dissociée et que la sexualité devenue désir et amour puisse être indépendante de la fonction animale de la reproduction et du seul besoin sexuel.

C'est le très grand honneur de la franc-maçonnerie d'avoir détruit le tabou d'infamie qui pesait sur le travail et de l'avoir remplacé par le symbolisme d'un travail délivrant des servitudes humaines. Les francs-maçons portent le tablier symbolique du travail, assimilant d'ailleurs le travail manuel au travail intellectuel.

Les étapes de l'ethnologie peuvent se rapporter à trois âges symboliques principaux : l'âge de la pierre brute pendant lequel l'homme ne fut qu'un apprenti, l'âge de la pierre taillée pendant lequel l'Homo faber apprit avec ses compagnons à se servir des outils, enfin l'âge de la pierre polie où la technique permit à l'homme les associations d'idées et de développement de sa structure affective. L'étape où l'Homo sapiens vit se développer l'usage des outils.

La puissance qui dirige la main de l'ouvrier est la même que celle qui fait réfléchir le cerveau du philosophe mais pour qu'elle pût se développer, il fallait qu'elle prît possession d'elle-même par un long exercice et qu'elle fut servie par des instruments à la fois d'analyse et d'utilité.

Les outils sont une sorte de langage, un symbolisme de la puissance humaine, des actes et des idées des hommes.

Le maître.

 

 

L'Homo sapiens.

La longévité des hommes et des femmes de la Préhistoire étaient très limitées. Dans cette courte existence ou l'imagination était axée sur la conquête de la nourriture, existait ce phénomène commun aux petits-enfants et aux primitifs, la confusion entre l'imaginaire et le réel. Ce n'est qu'au cours des temps que l'homme a transposé les désirs irrationnels qui l'envahissaient sur le plan mystique.

L'adulte ressent toujours un confort mental, en retrouvant le jeu des confusions de son enfance. Il y a plus qu'une satisfaction de vanité à porter un cordon, une décoration, un uniforme de prêtre, de magistrat, d'officier ou de gardien de la paix.

Toutes les marques de prestige, décorations, titres sont des conforts mentaux accordés aux infantilismes qui persistent dans l'adulte. La décoration est un prestige de remplacement pour compenser les forces défaillantes ou déclinantes… Moins on a de titres réels, plus on recherche des marques de compensation. La modestie est un luxe des fortes personnalités.

Il semble que les initiations antiques s'effectuaient dans un secret relatif, les candidats étaient recrutés par cooptation après des épreuves probatoires pour s'assurer de leurs aptitudes et facultés. Que le néophyte après y avoir satisfait recevait communication des traditions.

En ce qui concerne la mythologie cosmique, les hommes ont imaginé les forces célestes en fonction des gouvernements qui les régissaient. Les pouvoirs des dieux égyptiens sont identiques à ceux des pharaons. Les religions sémites sont des théocraties où les dieux ont les pouvoirs des patriarches de chaque tribu.

La franc-maçonnerie en ce qu'elle ne suit aucun dogme est une maïeutique qui, par sa méthode, s'apparente à l'accouchement des âmes. Elle est la mise à jour dans la conscience du néophyte des facultés latentes des profondeurs de sa psyché. Pour le franc-maçon, aimer c'est aller vers la compréhension et parvenir à la solidarité humaine. Le franc-maçon part du sensible pour aller vers l'intelligible.

Tandis que les différentes religions du monde entier transposent les espérances des hommes sur le plan théologique, seule la Grèce dispense une philosophie, une science laïque. La franc-maçonnerie est fille de la laïcité hellénique. Il faudra longtemps pour que, de la Renaissance émerge l'idée philosophique laïque, malgré les bûchers, les prisons et les supplices, et pour que Jean de Meung ose glisser dans son Roman de la Rose : « rien n’à pouvoir contre raison ».

Le constructeur.

Pour la franc-maçonnerie, l'initiation est la prise de conscience de la participation à la vie avec ses devoirs et ses droits.

Par l'apprentissage ; le néophyte prend conscience qu'il est une unité autonome, mais non isolée dans l'unité universelle.

Par le compagnonnage, l'apprenti prend conscience qu'il est un homme dans la solidarité des autres hommes.

Le néophyte prendra conscience de la maîtrise lorsqu'il aura réalisé au plein sens du terme que le cercle de l'initiation sera fermé lorsqu'il aura vécu cette dernière initiation : la mort.

Il est plus facile à celui qui a vécu intensément d'accepter cette formalité « la mort » et ce n'est pas un paradoxe de penser que l'art de vivre et aussi celui de savoir mourir. Celui qui n'a pas peur de la mort est celui qui n'a pas peur de vivre.

L'initiation maçonnique depuis la cérémonie initiale jusqu'à l'évolution de l'initié ne donne pas comme un miracle une vue nouvelle de l'univers, mais elle éclaire peu à peu les facultés, les virtualités de la conscience et c'est la façon la plus efficace de lutter contre le fatalisme, comme la psychanalyse lutte contre les barrages inconscients pour les résoudre lorsqu'ils émergent à la conscience…

Ce que veut l'initiation maçonnique c'est, éveiller des facultés à la puissance d’aimer, à la compréhension mutuelle, car c'est en se comprenant mieux soi-même qu'on découvre les autres, et c'est dans le même temps en comprenant les autres, qu'on se révèle à soi-même.

Il n'a jamais été question dans l'initiation maçonnique de promettre une récompense aux néophytes. Ceux qui viendraient à la franc-maçonnerie pour y obtenir un avantage égoïste, personnel, seraient vraiment déçus. Ce que l'initiation dévoile au néophyte, c'est sa vraie personnalité, qu'elle s'efforce d'orienter dans le sens de son idéal, le bien de l'humanité. Par la révélation de ses qualités d'humains elle lui donne la possibilité des échanges affectifs, spirituels et intellectuels, elle lui apporte donc une des qualités caractéristiques de la vie, la communicabilité.

Acquérir la maîtrise, c'est avoir cette conscience de recevoir en soi toute l'hérédité du passé, les déconvenues et les déceptions, les erreurs, les mauvais sentiments ; mais aussi les bons, les richesses acquises depuis des milliards d'années, pouvoir discerner ce qui est mauvais et l'éviter ; et ce qui est bénéfique à conserver, perfectionner.

L'initiation maçonnique donne aux êtres cette conscience de la participation à la vie universelle. Elle s'adresse donc à tous, au plus riche comme au plus déshérité, pourvu qu'il soit libre et de bonnes moeurs, c'est-à-dire qu'il ne soit pas prisonnier d'un arbitraire, qu'il soit tolérant et de volonté bonne et constructive.

Le maçon qui par définition est avide de la science et de l'art de construire ne meurt pas. Selon l'antique expression : « il a vécu » et son oeuvre se poursuit dans ceux qui vivront.

 

 

 

 

 

 

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14 avril 2019

Le jeu d'Hermès, psychanalyse et franc-maçonnerie (Daniel Bersniak).

 

hermes

 

Les francs-maçons parlent d'initiation et les psychanalystes parlent d'analyse. Les uns et les autres partagent la même opinion sur le bien-être : être bien, c'est pouvoir agir au lieu de réagir, devenir libre. Ils partagent la même opinion sur le mal-être : il est l'effet d'un passage obligé sur le lit de Procuste (personnage imaginé par les Grecs qui attaquent les voyageurs et les contraints à se coucher sur un lit).

Les psychanalystes et les francs-maçons estiment qu'une bonne connaissance de soi permet de se libérer de la répétition et de devenir l'artiste de son propre destin sans nuire à autrui. Ils estiment que la connaissance de soi s'acquiert au cours d'un voyage intérieur. Ils aspirent à la lumière et, pour voir clair, mettent en oeuvre la parole.

I reproduire et produire, naître et renaître.

-Du commencement à l'apprentissage, analyse et initiation.

Les penseurs le disent depuis Platon : c'est la souffrance d'un manque qui met en marche le désir. Le plaisir est l'effet de l'accomplissement du désir.

C'est dans l'enfance que l'on apprend à écouter et à obéir. On apprend qu'il y a un « mais » et qu'il y a un « si ». L'enfant découvre avec ses parents qu'il peut prévoir, proposer et négocier. À l'école, l'enfant découvre le monde et l'histoire. L'école est parfois dure. Il y a des professeurs agréables à entendre et on a envie de bien travailler pour leur faire plaisir.

Mais, il y en a d'autres qui sont insupportables et c'est toujours ceux-là qui notent mal, disent du mal, méprisent ouvertement, sans se gêner.

Et il y a les copains avec lesquels on joue et discute. Il y a les ennemis avec qui on se bat.

L'enfant grandit et ses parents ne lui racontent d'histoires de fées. À la place, ils lui racontent leur vie et celle de leurs parents. Leurs aventures sont moins spectaculaires que celles des héros qu'on voit dans les livres mais elles méritent le respect et l'admiration parce qu'elles ne sont jamais ternies par de mauvaises actions.

À l'école et à la maison, l'enfant apprend qu'il doit se battre pour être le premier en classe, relever des défis, gagner des matchs. S'il devient un perdant, il sera méprisé, relégué en bas de l'échelle sociale, condamné à être pauvre. Mais on lui dit quand même que les pauvres sont des hommes comme nous, qu'il faut respecter et même aimer.

Ils sont des inférieurs, mais à part ça, ils sont comme tout le monde. Il faut que l'enfant jongle avec ces vérités qui s'entrechoquent.

Il ne faut pas commettre d'impair et adapter le discours à l'interlocuteur.

L'enfant découvre la religion. Il sait qu'il est mortel. Il sait qu'il doit décorer la vérité ou la taire. Encore bien plus s'il veut être un gagneur, un dominant.

S'adapter au milieu et agir sur le milieu sont les actes qui mettent en route l'histoire. Échanger et transmettre des informations sont les actes qui fondent le savoir.

L'instinct, le sentiment, l'observation et l'expérience développent l'imagination et le raisonnement.

Et puis la raison, la parole qui rend compte de la réalité (le logos des Grecs) se développe, cherche ses repères et ses limites en contestant l'imaginaire, ses dieux et ses démons.

Le mariage entre l'imaginaire et la raison engendre des créations des philosophes, les arts et les sciences.

L'évolution est le passage du simple au complexe. Qui s'initie change et apprend à regarder la réalité autrement, à être mieux dans la réalité, à penser autrement sa fonction dans son milieu et dans la cité. L'analyse est une initiation. La franc-maçonnerie est une initiation. Mais aucune n'a la panacée.

Aucune n'aboutit à un résultat à coup sûr. Toutes peuvent aussi faire du mal. Mais si nous disposions de la panacée alors l'histoire s'arrêterait, l'imprévisible serait aboli. Ce serait le présent perpétuel, la société sans classes, le paradis sur terre, le temple achevé. Les utopies sont indispensables pour rêver. Il faut les respecter et reconnaître qu'elles sont impossibles.

Le juste milieu, c'est l'harmonie.

« Harmonie » est la fille du dieu de la guerre Arès et de la déesse de l'amour Aphrodite. Les mythes sont des mensonges qui disent la vérité.

Chacun imagine le monde comme un grand théâtre sur la scène duquel un rôle gratifiant lui serait réservé. Ce rôle, toujours écrit par d'autres, chacun le choisit dans les grands magasins du prêt-à-penser afin d'être admis dans le cercle qu'il aime et en mériter de la considération. Il nous faut vivre l'aventure d'une nouvelle naissance, mourir et renaître, admettre que nous sommes parlés par d'autres et consentir à tout réexaminer afin de parler nous-mêmes, de produire du sens ou bien d'en reproduire.

-Franc-maçonnerie et psychanalyse. Les métaux et les résistances.

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux ». Cette sentence aurait été gravée sur le fronton du temple de Delphes. Socrate aurait prononcé ces paroles. Elles sont souvent rappelées chez les francs-maçons. Elles disent que la connaissance objective passe nécessairement par la connaissance subjective.

Ce que je dis de la réalité dit aussi ce que j'éprouve dans la réalité. Alors, si je veux aller plus loin, il me faut examiner pourquoi et comment je crois agir alors que je ne fais que réagir.

Le franc-maçon désire devenir un homme libre à même d'agir au lieu de réagir. L'analysant consulte parce qu'il admet qu'il reproduit les mêmes situations pénibles.

En analyse, il découvre que la répétition n'est pas inéluctable. La demande du franc-maçon est identique. Franc-maçonnerie et psychanalyse partagent le même lait : aider l'homme à devenir libre. Ces deux démarches s'adressent à des personnes qui demandent à travailler. Les candidats sont libres. Ils commencent un travail qu'ils peuvent abandonner quand ils veulent.

Le but est commun : construire sa liberté. Le but est proposé et jamais imposé. Francs-maçons et psychanalystes reconnaissent la puissance créatrice de la parole. Ce qui crée le désir de s'arrêter et de ne pas reprendre le travail sur soi est nommé par les psychanalystes « les résistances » et par les francs-maçons « les métaux ». Pour Freud, l'analyse consistait à traquer les idées reçues.

Au cours de l'initiation, le candidat franc-maçon est invité à laisser ses métaux à la porte du temple. Les métaux sont les clés, l'argent mais aussi les tics mentaux, les réflexes conditionnés, les idées reçues. Les résistances et les métaux manifestent la peur de s'écarter du chemin tracé par d'autres et de prendre le risque d'oser produire du sens au lieu d'en reproduire.

Les métaux-résistances sont réactivés par des institutions hiérarchisées (Eglise, parti, obédience, école). Qui n'a pas travaillé sur lui-même a besoin de nourrir l'estime de soi du mépris d'un autre nommé, repérer et reconnaissable, de se blottir parmi les siens, là où il fait chaud et où tout est clair, de se distinguer de la multitude en se conformant aux règles d'un groupe, en ajustant son comportement à celui d'une meute qui serait destinée à régner sur les autres.

-Psychanalyse et franc-maçonnerie-des voies qui se rejoignent.

L'analysant et le franc-maçon travaillent autrement. Tous deux reconnaissent le pouvoir créateur de la parole, mais le premier est seul face à un écoutant et le second participe à la vie d'un groupe. L'analysant achète un moment dans un espace où il n'est pas jugé. Le cabinet du psychanalyste est le seul lieu dans la cité où l'on peut parler sans avoir à se justifier, à convaincre, à plaire.

On apprend à se servir de la parole pour survivre. Il faut partager les idées et la représentation du monde des personnes dont on a besoin et dont on cherche la considération. Il faut se faire remarquer par le pouvoir d'imiter un modèle. Il faut apprendre des rôles qui suivent des modes et ces modes sont mises à jour. Comme on ne parvient jamais parfaitement à être attentif à ce qui se dit, on culpabilise alors on répète les mêmes scènes. Pour se libérer de la répétition, on commence une analyse.

Le franc-maçon ne cherche pas forcément à comprendre ses problèmes pour les résoudre. Il cherche l'approbation et la reconnaissance. Le franc-maçon veut élargir le cercle de ses relations et participer à la vie de la cité, construire une société plus juste et plus éclairée dans un milieu où l'on associe la réflexion à l'action.

Il trouve une écoute plus attentive et plus bienveillante que celle de sa famille et de ses collègues. Mais il n'est pas « tenu ». Il sait qu'il peut démissionner.

L'analysant aussi n'est pas tenu. Il peut interrompre l'analyse ou changer d'analyste.

L'analysant attend un mieux-être grâce à un éclaircissement de son comportement. L'analyse commence par une plainte. Ce qui n'est pas le cas de la vie maçonnique.

Le franc-maçon attend le plaisir de partager. Il prend connaissance d'un enseignement relevant d'une tradition. Le savoir traditionnel invite à voyager, à chercher, à expérimenter.

La psychanalyse a recours aux mythes. Le franc-maçon est invité à voyager en lui-même grâce à des outils. Les analysants et les francs-maçons savent qu'ils doivent produire l'effort de pensée et de chercher des réponses qui ne sont pas données par des maîtres à penser.

Ainsi, après avoir examiné les modèles, les mythes et les contes, ils dissolvent les préjugés qui les habitent et sont moins manipulables.

L'analyse et la franc-maçonnerie libèrent de la tentation de se griser de l'illusion d'appartenir à un groupe d'élus et de marcher au pas. C'est la raison pour laquelle les idéologies totalitaires condamnent la psychanalyse et la franc-maçonnerie. Là où le pouvoir fonde sa légitimité sur des propositions érigées en dogmes, les psychanalystes et les francs-maçons sont persécutés.

Les psychanalystes et les francs-maçons ont une tournure d'esprit qui les prémunit contre la tentation de s'installer dans une doctrine. Les doctrines conviennent à des hommes qui, pour tenir debout, ont besoin de croire en la panacée.

L'expérience de la psychanalyse et aussi celle de la franc-maçonnerie éclairent le pourquoi et le comment du fonctionnement des doctrinaires.

Ce qu'on reproche aux psychanalystes et aux francs-maçons est aussi ce qu'on peut reprocher à tous les groupes qui se forment autour d'un projet de mieux-être. Pour les psychanalystes et les francs-maçons, la lumière ne vient pas de la hiérarchie, mais d'eux-mêmes, à mesure qu'ils travaillent.

II expérimenter l'échange de la parole.

-Une réunion prometteuse : les états généraux de la psychanalyse.

Du 8 au 11 juillet 2000, environ 10 000 personnes (psychanalystes venant de 34 pays, psychiatres, psychologues, philosophes, travailleurs sociaux et artistes) se réunir à la Sorbonne pour faire le point.

Dans l'histoire de France, toujours convoqués par le roi, les états généraux proposaient mais ne décidaient rien.

Le souverain attendait d’eux un soutien et la certitude que l'opinion lui était favorable. Mais en 1789, les députés transformèrent les états généraux en assemblée constituante et créèrent la République. C'est de ces états généraux que se réclament les psychanalystes. Ils estiment qu'il convient d'imaginer et d'expérimenter des moyens de transmettre le savoir et de qualifier des praticiens sans reproduire le principe d'autorité. Les états généraux ont été organisés par les psychanalystes de 34 pays indépendamment de l'Association psychanalytique internationale qui a été hostile à cette réunion.

Si les états généraux de 1789 changèrent radicalement les institutions, ils ne transformèrent pas les hommes. Le citoyen responsable est encore à former.

Au cours des états généraux de la psychanalyse, Jacques Derrida fit un exposé sur la cruauté. Il souhaitait qu'il y ait un cahier de doléances pour les psychanalystes.

Au cours de ces états généraux, était arrivé ce qui paraissait impossible, la mise en cause du principe de pouvoir souverain qui se maintient dans la psychanalyse comme dans la démocratie et empêche l'analyse de la souffrance tenant à cet héritage.

-L'esprit du dissecteur.

La connaissance du corps humain est le fruit du travail des dissecteurs au cours du Moyen Âge. Sans eux, les progrès de la médecine n'auraient pas eu lieu. Les dissecteurs voulaient vérifier ce qui leur était enseigné et observer pour mieux comprendre. Au Moyen Âge, la faculté de médecine de Paris était hostile à toute innovation et soumise aux règles de la scolastique, ou dogmatisme d'un enseignement purement livresque qui se prétendait « traditionnel ».

Toutes modifications paraissaient aux clercs attentatoires à un ordre des choses figé dans un présent éternel. Les chirurgiens étaient méprisés par les docteurs de la faculté. La chirurgie fut reconnue grâce à Guy de Chauliac qui dressa un tableau exact de la peste noire de 1348 qui tua la moitié de la population européenne.

Son traité, connu sous le nom de «Guidon », restera entre les mains des étudiants jusqu'au XVIIIe siècle. En 1396, les chirurgiens purent quitter la corporation des barbiers, créer un enseignement en latin et prendre rang parmi les médecins. Guy de Chauliac, issu d'une famille paysanne, était entré dans l'Eglise pour accéder au savoir et à un statut social élevé.

Les dissecteurs n'eurent pas peur de déplaire et émirent une opinion utile. Freud avait l'esprit des dissecteurs. Étudiant à la Salpêtrière, il eut le courage de dire que les troubles du comportement (l'hystérie, la folie) pourraient ne pas être l'effet d'une lésion organique. Cette opinion était jugée irrecevable par les voix autorisées. Plus tard, Freud explora la sexualité infantile. Il fut lui-même choqué… Mais quand même !

Le « mais quand même ! » est l'appel de la vie. C'est par lui que l'analysé et l'initié avancent sur leur chemin. Ignac Semmelweis était étudiant en droit au XIXe siècle. Il apprit que les femmes qui venaient d'accoucher mouraient souvent de fièvre puerpérale. Il suggéra que les gynécologues se lavent les mains avant d'opérer. Il eut quelques ennuis et cela décida de sa vocation.

Il devint médecin et établit les règles de l'hygiène médico-chirurgicale.

Qui veut progresser transgresse.

-L'esprit de la géométrie et de la franc-maçonnerie.

La plus ancienne définition de la franc-maçonnerie figure dans les manuscrit Regius et Cooke, datés respectivement de 1390 et de 1425. La maçonnerie est associée à la géométrie, dans le contexte de l'énumération des sept sciences libérales selon la représentation scolastique : 1-la grammaire ; 2-la rhétorique ; 3-la logiques ; 4-l'arithmétique ; 5-la géométrie ; 6-la musique ; 7-l'astronomie.

Il est écrit : « la géométrie enseigne à l'homme à mesurer la terre et toutes les autres choses ». « Laquelle science est appelée maçonnerie » dit le texte original anglais. Il est écrit aussi que toutes les sciences sont contenues dans la géométrie parce qu'elle enseigne à mesurer la pondération et le poids de toutes choses et que ni la grammaire, ni la logique, ni aucune des sciences ne peut subsister sans la géométrie.

La géométrie est bien plus que l'art de tracer des figures. Elle est une manière d'être.

La géométrie est un savoir rétif au principe d'autorité. L'esprit de géométrie dissout le principe d'autorité et reconnaît chaque personne comme qualifiée pour produire du sens au lieu d'en reproduire. À mesure qu'il se sert de ses outils, l'individu devient une personne dont l'identité ne se réduit pas à appartenance familiale, ethnique ou religieuse. Il s'agit bien là d'un style de vie, d'une éthique, d'une méthode. Les géomètres savent résister à la pression des conformismes.

La sociabilité qu'ils établissent est fondée sur la recherche de l'union dans la diversité.

-La colombe et la vérité du père.

Jonas est la colombe qui intervient dans le récit biblique de l'arche de Noé. Il porte le rameau d'olivier, symbole de paix.

En Grèce, la colombe déterminait les présages favorables. Elle représentait Eros, la vie.

Dans la Bible, Jonas est associé à l'olivier pour annoncer la fin du déluge.

III le voyage initiatique et l'excursion organisée.

-Être autrement ou bien être un autre.

Les rites initiatiques sont à relier à un ordre social à conserver. La société qui se définit comme « traditionnelle » réduit l'identité à l'appartenance. Ce groupe occupe un espace limité.

L'identité du groupe est construite par une représentation des origines et du passé. Le groupe se voit comme un corps. Les membres du groupe se voient comme les membres d'un corps vivant. Chacun se situe dans un organe qui participe au fonctionnement du corps en remplissant une fonction particulière. Le corps social se structure en distinguant des catégories associées à des fonctions. Les rites ont une fonction essentielle : installer le membre du groupe dans une catégorie et une fonction. Les rites évoluent avec les croyances. L'enfant mâle est reconnu comme un adulte grâce à une cérémonie de passage qui, dans les sociétés traditionnelles, est une épreuve physique qui met en évidence les qualités d'un homme : le courage, la résistance à la douleur notamment.

Les mythes mettent en scène des personnages qui vivent en chacun de nous. Ils incarnent des désirs qui nous habitent et, pour cette raison, ils rendent compte du devenir. Ils veulent aussi expliquer le présent. Les traditions se nourrissent aussi de ce qui les dérange. L'invention d'outils nouveaux, une parole nouvelle s'intègrent dans une tradition par une autre histoire des origines qui s'ajoutent aux anciennes sans les anéantir. Nous savons bien, aujourd'hui, que nous n'habitons pas le centre du monde, que nous sommes une espèce animale, que nous ne nous maîtrisons pas nous-mêmes. Ce sont les trois blessures narcissiques relevées par Freud :

les francs-maçons aiment bien les mythes et les légendes. Ils composent des rites pour revivre de vieilles histoires et jouer des rôles de personnages historiques et légendaires. Ils font cela pour « réunir ce qui est épars », afin de mieux comprendre et de vivre mieux.

L'initiation est à relier à un ordre social à conserver. Le corps social demande à être relié au monde visible et invisible. Il demande l'explication de ses origines. L'initiation et ses rites de passage manifestent la demande d'un mieux-être.

Les mythes, les légendes, les comptes racontent origines de la souffrance exposent des moyens d'obtenir du bien-être, les conditions à remplir pour vivre le bonheur.

Initiation signifie apprentissage, d'où les rites de passage. Cet apprentissage est celui du bonheur. L'initiation est l'apprentissage de la vie.

-Le thème de la quête du Graal.

Tous les récits racontent une quête. Des personnages cherchent à combler un manque.

Dans les légendes, le héros cherche un objet qui représente tout ce que l'on peut souhaiter : le Graal, la Toison d'or, le secret, la révélation, la communion avec Dieu. Et modalités du voyage peuvent être la guerre, la poursuite, le combat avec une bête, ou encore la méditation. La quête de l'objet est celle de la connaissance et du pouvoir qu'elle procure. La quête est celle de la puissance. Le héros va réparer l'injustice subie par d'autres, sauver des enfants sacrifiés au Minotaure, réveiller la princesse endormie, rendre leurs biens à des spoliés, rétablir un ordre juste.

Chrétien de Troyes a popularisé la quête du Graal en 1180 avec « Perceval ou conte du Graal ». Le Graal apparaît mystérieusement à la Table ronde ; tous jurent qu'ils n'auront pas de repos que ne soit découvert le Graal. Les personnages sont des saints ou des pécheurs.

Dans le récit se développe une interprétation qui a pour objet d'éliminer les pécheurs et de reconnaître les héros vainqueurs. Le Graal a été conservé par Joseph d'Arismathie, le disciple secret du Christ et a été transporté en Bretagne. Le prophète Merlin en connaît l'histoire : il fait construire la Table ronde à l'image de celle sur laquelle a été célébré le Graal. Le héros principal est Lancelot. Lancelot devient amoureux de Guenièvre. Cet amour interdit le souille et il cède la place à son fils Galaad qui est pur et sans tache.

Dans les textes du XIIIe siècle sur le Graal, il s'agit de sauver, de retrouver pour l'installer, le message chrétien dont le Graal et sa lance sont les symboles et les témoins. Les récits sur le Graal intègrent des vieilles légendes dans une représentation chrétienne du monde. Il s'agit de donner à des récits traditionnels qui procurent à tous des repères, un sens chrétien. Le christianisme reprend à son compte les cultures des peuples et les habille à sa manière.

-Le voyage et le Tour, l'initiation artisanale, la franchise et le projet de réunir ce qui est épars.

Au Moyen Âge, les bâtisseurs voyageaient beaucoup. Chez les compagnons et chez les francs-maçons le voyage est associé à l'apprentissage du métier. Les sociétés compagnonniques pratiquent encore le Tour de France, au cours duquel l'ouvrier se déplace et travaille sur des chantiers divers.

Dans la franc-maçonnerie, le deuxième grade (après apprenti) est celui de compagnon. Le compagnon est invité à visiter d'autres loges, à quitter la loge « mère » (celle où il a été initié) le temps du voyage. La tradition compagnonnique désignait la « mère » la dame qui reçoit les voyageurs, leur assure le gîte et le couvert, veille à leur bien-être.

Des légendes compagnonniques font remonter le compagnonnage à la création du monde.

Le Regius et le Cooke font remonter la franc-maçonnerie à l'origine des temps telle qu'elle est présentée dans la Bible.

D'autres légendes compagnonniques et maçonniques associent les origines des métiers à la construction du temple de Salomon. Ces légendes disent que la tradition du métier est antérieure au christianisme.

Les francs-maçons datent en ajoutant 4000 ans à l'ère chrétienne. Aujourd'hui, les francs-maçons situent l'origine de leur institution à une période qui s'étend de la seconde moitié du XVIIe siècle à 1717.

En 1717,4 loges ont fondé à Londres à la Grande Loge d'Angleterre. Cette première obédience entérine le passage de la franc-maçonnerie opérative à la franc-maçonnerie spéculative. Les premiers francs-maçons spéculatifs étaient membres de la Royal Society et avaient intégré des legs opératifs. La charte de la Royal Society comme les constitutions d'Anderson (manifeste fondateur de la franc-maçonnerie) établissent que nul n'est qualifié ou disqualifié à cause de son appartenance religieuse ou nationale.

L'altérité cesse d'être diabolisée.

La rencontre n'est pas à craindre mais à souhaiter. Les maçons spéculatifs honorent l'artisan qui fabrique en travaillant une matière première. L'oeuvre est le fruit de la transformation d'une matière. La matière première sur laquelle travaillent les francs-maçons spéculatifs est la parole.

Une idée est le fruit du travail au cours desquelles s'échange de la parole. L'artisan, devenu spéculatif, conserve et cultive sa manière pour travailler sa matière.

Les compagnons et les francs-maçons ne vont pas n'importent où. Ils vont là où ils sont attendus. L'autre à rencontrer est un membre de la corporation, un semblable.

Ils seront surpris par les différences de paysage, de méthodes, de caractères, mais le voyage parmi ces différences leur apprendra ce qui réunit, le projet, l'oeuvre à faire, de ce qui distingue, les caractères, les apparences, les parlers. Le voyage améliorera leur savoir-faire et leur savoir-être. Mais les rencontres entre semblables confortent des préjugés, des tics mentaux, atrophient les facultés d'écoute et du regard au point d'être hostile et méprisant à l'égard de ce qui n'est pas familier.

Traquer les idées reçues ou laisser ses métaux à la porte du temple consiste à s'arracher à son milieu familier et s'enrichir de la rencontre avec ce qui est étrange. Le voyage initiatique est celui qui conduit à la rencontre de soi.

-Le voyage au centre de la terre. L'introspection. L'examen du surmoi.

Le voyage au centre de la terre symbolise l'introspection. L'histoire de chacun est à relier à l'histoire du vivant. Le « moi » est enraciné dans le « ça », le lieu des pulsions originelles.

Le « ça » est la terre qui nourrit la parole, nos idées, nos dieux.

Le cabinet de réflexion du candidat franc-maçon comporte l'inscription vitriol qui signifie « visite l'intérieur de la terre, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée ».

La visite est nécessaire mais insuffisante.

Il faut aussi rectifier le regard, c'est-à-dire admettre que les premières impressions ne rendent pas compte de la réalité.

Le surmoi désigne la structure située dans l'inconscient. Cette structure est édifiée par les premières expériences dans le milieu familial. Le surmoi fonctionne comme un genre de conscience. Il critique les actions et les pensées du Moi, causant des sentiments de culpabilité et d'angoisse quand le Moi tente de satisfaire ses pulsions primitives.

Le cabinet de réflexion est nommé « épreuve de la terre ». Regarder soi-même, c'est regarder comment soi-même s'installe dans une représentation du monde pour y être aussi à l'aise que possible. Nous constatons que l'image de la terre est associée à celle de la mère.

Elle est féconde, elle nourrit, elle procure l'abri. Le mot vitriol du cabinet de réflexion relie l'introspection au savoir alchimique. La finalité de ce savoir est de rendre compte de la métamorphose.

Le franc-maçon est invité à l'introspection et, en même temps, il est invité à explorer le symbolisme. Ces deux démarches sont à relier si l'on veut voir plus claire et se libérer des mensonges conventionnels et des idées reçues. Le symbolisme est le discours de l'imaginaire.

Le symbolisme permet de débusquer la part de subjectivité qui se manifeste dans tout discours qui prétend n'être qu'objectif. L'étude du symbolisme éclaire la raison des mythes, des dieux et des héros et par conséquent des modèles surmoïques qu'on a laissé s'installer en soi pour obtenir l'amour et la reconnaissance des siens.

-Le voyage au centre de la terre raconté par Jules Verne.

Jules Verne raconte l'histoire d'Otto Livenbrock, professeur de minéralogie à Hambourg qui arrache son neveu Axel à une vie douillette et sans histoire et l'intéresse au projet de visiter le centre de la terre.

Des indications sont procurées par le message qu'un alchimiste des temps passés à laisser sur un parchemin. Une fois le message décodé ; il est encore sibyllin. La voie qui mène au centre de la terre est un volcan éteint en Islande. Axel, Otto et leur guide Hans descendent dans les profondeurs. Là vivent encore des bêtes qui, à la surface de la terre, n'existent plus. Les trois explorateurs construisent un petit bateau pour traverser un lac. Deux monstres préhistoriques surgissent de l'eau et se battent.

Les monstres les ignorent mais font des vagues dangereuses. La rage de survie développe les facultés de résistance et les trois voyageurs dépassent leurs limites familières.

- La comédie de Dante Alighieri et certains « vers nouveaux ».

Le « deux style nouveau ».

Vers l'an 1300, Dante, citoyen de la République de Florence, rédige le récit d'un voyage en enfer, au purgatoire et au paradis.

Ce texte, il le nomme Commedia. Le purgatoire était alors une idée neuve. L'Eglise l’avait inventé vers 1230-1260. Ainsi, l'Eglise arrachait une partie des pécheurs à la désespérance.

De plus, le pape avait le pouvoir de réduire la peine du purgatoire alors qu'il ne pouvait rien pour les pécheurs condamnés à l'enfer. Le purgatoire était une source de profit pour l'Eglise. Elle vendait des indulgences. Les croyants payaient pour effacer des péchés commis ou à commettre.

Dans la Commedia, Dante prend Virgile pour guide et parcourt l'enfer, le purgatoire et le paradis avec lui. Le voyageur s'éprouve au cours des rencontres, et apprend à relier et à mesurer.

Il construit un regard neuf. Dans le 30e chant du paradis, Dante écrit : « comme le géomètre qui s'applique pour mesurer le cercle et ne retrouve pas ; en pensant, le principe d'où il vient ; tel j'étais, moi, à cette nouvelle vue ; je voulais voir comment s'adapte l'image au cercle, et comment elle y repose. Mais point n'auraient suffi mes propres ailes, si mon esprit n'avait été frappé d'un éclair où s'accomplit mon envie, ici faibli toute fantaisie ; mais déjà mon désir devenait un vouloir, comme une roue également est mue ; l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles ».

L'amour comme principe de mouvement est un discours nouveau à l'époque de Dante.

Cette curiosité ouverte à tout ce qui se fait permettra au XVe siècle la création de l'Académie platonicienne de Florence, un monastère laïque où les chercheurs et les artistes échangent leurs éclairages.

-Le nouveau style à revivifier.

Le nouveau style est le fruit du voyage.

Il est à revivifier à chaque génération.

L'Académie platonicienne de Florence, la Société Royale de Londres, la franc-maçonnerie s'inscrivent dans ce style. Malheureusement, elles deviennent des institutions hiérarchisées. Beaucoup de francs-maçons rêvent d'une abbaye de Thélème où le « fay ce que vouldras» libère de la justification et autorise l'échange de la parole vraie. Ils parviennent à vivre et à échanger lorsqu'ils sont eux-mêmes libérés au cours d'un voyage au centre de la terre.

La psychanalyse apporte un éclairage sur la réalité tout à fait approprié à une invitation au voyage. Depuis la découverte de l'inconscient, nous savons que nous ne sommes pas les maîtres de nous-mêmes. La « théorie » explique le pourquoi et le comment.

Mais pour être recevable, cette théorie doit être mortelle. Ceux qui attendent toutes les solutions à leurs problèmes d'une théorie ne peuvent échanger de la parole qu'avec des croyants.

La conversation est profitable quand les participants ne cherchent pas à convaincre, ni à se justifier, ni à briller, mais partagent la demande de voir plus clair et le plaisir d'être là. L'autodérision est profitable.

Elle permet de repérer les résistances du surmoi qui veut garder son trône. Dans une loge maçonnique, des personnes de milieux différents partagent une demande d'aller plus loin. Ils s'intéressent à toutes les modalités du savoir, aux problèmes de société. Ils explorent les mythes et les symboles.

Ils savent que les idées surgissent dans la conscience pour procurer de la légitimité à un désir. Dans le temple, ils apprennent qu'en réalité nous disons qu'une idée est bonne parce qu'on la choisit. Dans le temple, on s'interroge sur la névrose collective, sur les mensonges conventionnels, sur les comportements qui maintiennent la barbarie en état.

IV idées reçues, métaux, cruauté, mensonges conventionnels.

-Plus jamais ça. Et cela dure.

Plus jamais ça ! C'est ce que nous proclamions au lendemain de la seconde guerre mondiale. Et cela continu. La haine et le mépris d'un autre repéré et nommé partout au pouvoir des malades qui jouissent d'être adorés et craints.

Il s'agit bien d'une épidémie de peste émotionnelle bien plus mortelle encore que les épidémies de peste au Moyen Âge.

En ce temps-là, le pape excommuniait la peste pour la combattre, les croyants communiaient, se repentait et tuaient des juifs (ils les accusaient d'empoisonner les puits) des sorciers et des hérétiques. Les croyants expliquaient l'épidémie comme un châtiment divin.

Le châtiment divin est aujourd'hui encore une explication à la mode chez les religieux intégristes, notamment pour le sida. Mais des personnes cultivées se réclamant de l'humanisme se comportent aussi comme les croyants d'autrefois.

Ils excommunient le fascisme, le sectarisme plutôt que d'examiner les causes du mal.

Examiner les causes du mal est l'affaire des dissecteurs mais ceux-là sont des marginaux et dérangent. Au lieu de maudire les malades, ils veulent les comprendre sans excuser ni approuver.

Ceux qui arrivent à adorer un criminel, à hurler à la mort contre le bouc émissaire souffrent eux-mêmes d'être des exclus. L'examen des causes de la frustration conduit à critiquer la société, la compétition, l'économie de marché. Mais l'éducation, le conformisme, les idées reçues sur les valeurs, les modèles surmoïques hérités sont aussi à examiner attentivement. Mais les responsables politiques de nos démocraties civilisées préfèrent ne pas examiner la pathogénéité du milieu dans lequel ils sont des notables. La raison d'État et les jeux du commerce les contraignent à la discrétion et au mensonge.

Condamner les dictatures qui violent les droits de l'homme est suffisant pour le public.

Cela rassure les bien-pensants démocratiques.

Mais nos dirigeants commercent avec des tyrans dont ils condamnent le régime, ils vendent des armes à des bourreaux parce qu'ils sont généralement plus solvable que leurs victimes. Les relations humaines s'organisent selon une loi non reconnue mais universelle : la légitimité d'une demande est pesée à l'aune de la capacité de nuire de qui la profère. Ainsi, quand les plus faibles, les plus pauvres, obtiennent une amélioration des conditions de vie, c'est parce qu'ils se sont organisés et sont devenus ainsi assez forts pour exercer une pression.

La résistance à la recherche de la vérité est en chacun de nous. Nous diabolisons le maître et nous diabolisons l'esclave sans voir que le maître est le modèle envié de l'esclave. Avant de devenir un homme libre, l'esclave a des comptes à régler.

Il est aliéné par le désir de jouer, à son tour, le rôle du maître.

Les pires maîtres sont très souvent des anciens dominés qui ont été humiliés.

-La peste émotionnelle-Modju.

Modju est un terme créé par Wilhelm Reich, psychanalyste et penseur politique pour désigner la maladie psychique qui atteint souvent des frustrés. Il voit cette maladie comme un personnage qui nous habite, un modèle surmoïque.

Modju vient de Mocenigo (l'inquisiteur qui persécuta Giordano Bruno et le fit brûler vif), Djugachvili le vrai nom de Staline.

Modju est un concentré de ces deux personnages. Modju est contrarié par sa puissance qu'il trouve insuffisante.

Il s'éprouve même comme impuissant. Pour ne pas mourir, il doit tuer. Il veut être un héros admiré, craint et envié. C'est le rêve des « petits chefs », ceux qui ont un pouvoir et jouissent d'en abuser et de faire souffrir leurs subordonnés.

Mais le grand chef est un petit chef qui règne sur un grand nombre.

Quand Modju justifie le meurtre par la défense d'une cause, il est reconnu comme le champion de la cause et peut ainsi se débarrasser de ses amis, des témoins de son ascension qui pourraient avoir des droits sur lui.

Modju voit alors des traîtres partout et les élimine. Modju veut être le guide suprême et que tout le monde lui ressemble sinon son comportement serait repéré comme anormal. Il est fou mais pas idiot. Il sait que la normalité est une notion statistique. Il veut régner sur une masse de petits Modju et s'arrange pour que la famille et l'école fabriquent des petits Modju. La rage de détruire, la volonté de nuire, le plaisir de jouer le rôle de l'exécuteur des hautes oeuvres permettent à des frustrés de tenir debout. Ces frustrés Modju sont ceux qui ont du mal à jouir selon la psychanalyse.

-La cratophilie-prédateurs et novateurs.

Darwinisme récupéré par les battants.

L'amour du pouvoir est regardé comme un sentiment honorable. La compétition est valorisée. L'idéologie du « battant » s'invente une caution scientifique avec une théorie de la sélection naturelle dont Darwin aurait été l'initiateur.

On parle de « winners » et « losers » aux États-Unis, ce qui est une variation des termes « élus » et « réprouver » ou « Grecs » et « Barbares ».

Cette représentation pose le succès comme le critère de la qualité. L'avoir qualifierait l'être. Elle cautionne de nombreux mensonges conventionnels, notamment celui qui fait de Modju un grand homme. Les mensonges conventionnels s'appuient sur des confusions abusives.

La première confusion est entre le verbe « écouter » et le verbe « obéir » qui vienne d'autres confusions comme « grandeur » et « importance » ou « virilité » et « brutalité ». Le cratophile est atteint de la mythologie du battant et croit au darwinisme social.

Darwin a montré l'origine commune des espèces et la tendance des variétés à s'écarter indéfiniment du type originel. L'évolution est le passage du simple au complexe. « L'origine des espèces » paru en 1859 abolit le dogme créationniste. L'ascendance animal de l'homme s'inscrit dans une évolution guidée par la recherche d'une meilleure adaptation au milieu.

Darwin exprima le regret de n'avoir pas accordé une place suffisante à l'action du milieu.

Les connaissances de son temps ne lui permirent pas de comprendre l'origine des variations qu'il étudiait. La découverte par Mendel des lois de l'hérédité en 1865 ne fut admise qu'en 1900.

Darwin croyait en une hérédité des caractères acquis et n'admit jamais la réalité au mutations qui se produisaient de temps en temps. L'hérédité des caractères acquis est aujourd'hui réfutée. Mais la théorie darwinienne de la sélection naturelle occupe une place centrale dans la théorie de l'évolution.

Mais ni Darwin ni les scientifiques actuels ne cautionnent le darwinisme social.

Dès 1859, des partis politiques s'acharnèrent à récupérer la théorie de la sélection naturelle pour justifier leurs idées. C'est un réductionnisme simpliste qui sert les prédateurs et leur procure une bonne conscience et leur permet de convaincre leurs victimes qu'ils ont tort de se plaindre.

-Le cratophile et le suffrage universel.

La carrière d'un candidat en démocratie commence par la cooptation. La « culture » d'un parti politique est analogue à celle d'une entreprise. Le candidat doit ressembler au modèle qui hante l'imaginaire de sa famille idéologique, le sauveur, le gestionnaire compétent ou le père sévère.

Une fois coopté par un lobby, le candidat doit séduire l'électorat. Il doit aussi manipuler les groupes réunis dans des assemblées.

Le cratophile triomphant devient un clerc. Il partage avec son clergé le pouvoir exclusif de trancher en matière de vrai et de biens. Le cratophile entretient des mensonges qui font de la démocratie un milieu pathogène.

Sous la république de Weimar, les dirigeants du « Front d'airain » (les partis de gauche allemand) ont participé à la montée du nazisme parce qu'ils étaient incapables de répondre aux arguments irrationnels des nazis.

Le théoricien Tchakhotine invente le symbole des trois flèches adoptées par le Front d'airain. Au lieu de diffuser des affiches et des tracts avec des textes qui réfutent les arguments des nazis, il propose de répandre l'image d'un svastika brisé par une flèche. Ses procédés firent perdre 10 % aux nazis à Heidelberg. Mais Otto Hirsing revint pour travailler contre les nouvelles idées de Tchakhotine et fit suspendre le développement de la nouvelle propagande. Il refusait de rester sur le terrain de l'imaginaire et de s'adresser aux pulsions pour stopper la contagion du délire collectif.

-La demande affective et le conformisme.

La demande affective est à l'origine du conformisme.

La représentation du monde d'un groupe est souvent irrationnelle, dénie la réalité pour assurer la conservation des rites sociaux. Ainsi les paysans polonais refusèrent l'introduction de la faux dans les années 40 car cela risquait de bouleverser leurs habitudes religieuses et familiales grâce au temps gagné par rapport à l'utilisation de la faucille. L'argument ultime des paysans était que l'opinion générale était hostile à la faux. Ce que nous concerne tous. Partout, l'opinion partagée est regardée comme vraie. Comme si n'être pas seul à penser ceci ou cela était une garantie, une sorte de label de qualité pour une opinion.

Le souci de ne pas heurter l'opinion admise dans son milieu est légitime. Il y va de la survie. Mais de la peur de heurter au plaisir d'adhérer, il y a une marge pour la négociation. La puissance des idées à la mode est assurée par la demande affective de chaque membre du groupe.

Cette dépendance affective participe à la conservation des mensonges conventionnels. Elle diminue l'acuité du regard. Elle gère le comportement.

-L'honneur et son ombre, la respectabilité.

Il existe une confusion entre l'honneur et la respectabilité. Une société qui serait libérée des mensonges conventionnels serait aussi libérée de l'ostentation et de la justification. Alors, dans cette société plus éclairée, chacun aurait naturellement le sens de l'honneur. Le sens de l'honneur n'est pas compatible avec le souci d'avoir l'air convenable, autrement dit avec la respectabilité. L'homme d'honneur « fait ce qu'il doit, advienne que pourra ».

Il intervient pour rétablir le droit même si son intervention nuit à sa carrière.

Ou bien nous choisissons l'honneur, où nous lui préférons la respectabilité, c'est-à-dire la soumission au mensonge. Si nous ne choisissons pas la voie de l'honneur, nous entretenons la barbarie. Nul n'est contraint d'obéir à un ordre injuste. Qui a le sens de l'honneur ne rejette pas a priori l'obéissance et lui reconnaît son utilité, mais dans des limites à mesurer. L'obéissance n'excuse pas la barbarie. Qui exécute un ordre barbare partage l'entière responsabilité de sa hiérarchie. « Fais ce que dois, advienne que pourra » est un enseignement du 30e degré du rite écossais ancien et accepté. Pourtant, rares sont les francs-maçons de ce degré qui se comportent comme des justes.

La mode est l'illustration la plus effrayante de la demande affective qui génère le conformisme et le conduit à la limite, au mimétisme.

V le roman du bien-être et du mal-être.

-Tomber malade, tomber dans le péché. Le thérapeute sauveur.

Le mal-être est associé au mal agir.

L'histoire d'un malade commence par son entrée dans le péché. L'imaginaire le plus répandu oppose le haut et le bas et associe cette opposition à celle du bien et du mal. Le thérapeute commence par être le chamane. Guérir, c'est d'abord se réconcilier avec les esprits, avec les dieux. Le bien portant est celui qui vit en harmonie avec la nature. La société est imaginée à l'image du corps. Elle est le « corps » social. Le chef est le thérapeute du corps : il le protège contre « les agressions », il le soigne de ses « maux », il surveille sa tension (les tensions sociales). Lorsqu'il se porte mal, tout va mal.

C'est pourquoi, lorsqu'il s'affaiblit, on le tue rituellement pour que la nature se régénère.

Ainsi, l'exécution de Charles Ier d'Angleterre et celle de Louis XVI manifestent la permanence des rites de régénération. Chacun valorise la souffrance en la regardant comme régénératrice.

Le bizutage illustre clairement le sens : il faut souffrir pour mériter d'être reconnu parmi les élus. La souffrance qualifie.

-Être mal, avoir mal.

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître. Le mythe du péché originel conforte l'idée selon laquelle nous aurions commis une faute. La souffrance régénérerait.

La guérison serait une rédemption. La douleur peut être appelée par des personnes dépressives parce qu'elles s'estiment mal-aimées, méprisées, rejetées. La souffrance des dépressifs est une demande d'attention. Elle peut aussi être un reproche à l'entourage.

La souffrance physique peut être l'effet d'un mal-être émotionnel. Le malade s'interdit de dire ce qui pourrait être mal reçu.

Ce qui ne peut être exprimé par la bouche, le corps l'exprime. Désinhiber la parole est aussi important que rétablir le fonctionnement du corps. Parler permet de passer du corps que l'on a (le corps comme objet à réparer) au corps que l'on est (le sujet s'exprime à travers le corps).

-Occulter, refouler. Le principe de plaisir et le principe de réalité.

Freud et les psychanalystes développent le concept de refoulement en observant ce qui se passe lorsque les désirs sont en conflit avec des règles imposées de conduite. La recherche de la satisfaction obéit au principe de plaisir et les restrictions imposées par la société obéissent au principe de réalité. La demande affective invite à contrôler et à censurer le plaisir pour mériter la récompense, être reconnu et apprécié. La demande affective s'interdit parfois de critiquer les règles imposées. Est admis, reconnu et valorisé le membre du clan qui se soumet aux traditions. Est exclu celui qui critique et refuse la soumission.

Cette tradition justifie une relation dominant-dominé. Quelques-uns commandent un grand nombre. Qui aime son clan craint de lui déplaire. Alors il oublie les désirs susceptibles de déplaire. En réalité, il ne les fait pas disparaître, il les jette à la poubelle et referma le couvercle. On n'en parle plus.

L'instance de l'esprit qui fait le tri entre ce qui est à garder et ce qui est à jeter est nommé le conscient. Quant à la poubelle, elle est logée dans l'inconscient. Le surmoi est aussi logé dans l'inconscient. Il critique, angoisse et culpabilise le moi lorsque celui-ci s'abandonne au principe de plaisir jusqu'à transgresser la règle.

Selon Freud, le processus de refoulement serait automatique. Il est l'est presque toujours dans les milieux autoritaires où la moindre velléité individualiste peut être sévèrement sanctionnée. Dans ces milieux, l'enfant apprend très tôt que la soumission inconditionnelle lui permet de survivre. Par la suite, il oublie qu'il a appris et il refoule aussi se naturellement le fait qu'il respire. Dans les milieux plus libéraux où la quête du sens et la liberté de conscience sont reconnus, le comportement est moins automatique et peut être un acte volontaire.

Il peut même demander un effort. La différence entre société totalitaire et société libérale n'est pas d'ordre qualitatif mais d'ordre quantitatif. La société libérale est moins soumise au principe d'autorité, la relation dominant-dominé y est plus supportable, le conformisme idéologique est moins pesant. Il y a plus de liberté. La société totalitaire opprime et réprime les désirs légitimes, ceux que manifeste une demande de liberté dont la satisfaction ne nuit pas à autrui. Mais les règles qu'impose une société libérale peuvent ne pas être supportées par des personnes habitées par des pulsions sadiques. Les sociétés totalitaires recrutent leur meilleurs serviteurs parmi les pervers asociaux grâce à une idéologie qui valorise la haine et désigne des victimes.

Il existe une autre issue que le refoulement. C'est la sublimation, l'art de transformer une énergie destructrice en énergie créatrice.

Le conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité est à l'origine de la violence dans toutes ses modalités.

-Comment les francs-maçons explorent la violence.

Les francs-maçons s'efforcent de comprendre la violence en approchant des mythes et aussi en jouant des rôles ritualisés.

L'esprit du dissecteur et l'esprit de géométrie sont de mieux en mieux utilisés dans les loges.

Les loges deviennent des structures où la parole s'échange sans être inhibée par le souci de convenir et déménager les idées reçues.

La franc-maçonnerie se développe parce qu'elle répond précisément, grâce à ces rites, à une demande de parole et de quête du sens plus libres.

Le franc-maçon approche le thème de la violence à partir du langage. Ensuite, au grade de maître, il poursuit le questionnement à propos du meurtre de l'architecte Hiram, assassiné par trois compagnons parce qu'il leur a refusé la promotion à la maîtrise qu'ils estiment mériter. Les mythes racontent ce qui se passe dans la cité. Ces thèmes renvoient à des problèmes de société actuels et atemporels. Ils sont à l'origine de tous les conflits.

-La clé de voûte.

-Le rituel de la clé de voûte propose de vivre le conflit qui oppose le désir de créer à la nécessité de reproduire pour se justifier et se conformer.

Un impétrant frappe à la porte pour être admis dans la confrérie des bâtisseurs excellents. Il est demandé une preuve de sa qualification. L'impétrant montre son oeuvre que les gardiens de la porte examinent, jugent et critiquent. L'impétrant va être rejeté quand le maître architecte arrive. Alors les gardiens n'ont plus le temps de rejeter l'impétrant et ils le cachent.

Le maître architecte annonce que la construction touche à sa fin et demande si la clé de voûte a été taillée. Les bâtisseurs excellents sont embarrassés, aucune de leurs oeuvres pourtant irréprochables ne peut conclure le projet. Le maître se dirige vers le rebut et découvre la clé de voûte parmi les pierres rejetées. Il l'examine et la juge parfaite. Différentes des autres, c'est par elle qu'elles tiendront.

Les bâtisseurs en sont arrivés à ériger en normes absolues les pierres relatives aux phases transitoires et le maître se fâche.

Comment peut-on construire si l'on est incapable de concevoir autre chose que ce qui existe déjà ? Le maître ordonne que lui soit présenté l'auteur de cette pierre tant attendue. Les gardiens présentent alors l'impétrant au maître. Le maître lui remet le maillet, signe de l'autorité et le juge seul digne du titre de maître parmi les bâtisseurs.

Cette belle histoire enseigne qu'une oeuvre inattendue peut être justifiée dans un contexte inconnu de ceux qui le jugent.

-Oedipe et le complexe. Refouler pour ne pas savoir ou pour savoir autrement.

A l'origine, il y a des souvenirs d'une expérience réelle mais qui peut avoir été revu et corrigé par l'imaginaire. Le complexe est la conclusion de cette expérience.

Il se fabrique depuis la nécessité de vivre avec des souvenirs.

Freud estimait que les premières relations intimes de l'enfant le liant à sa mère, ou bien à la personne qui tient ce rôle au cours des premiers soins et de l'éducation, feront que la mère serait toujours le premier amour. Cet amour est à relier au développement de la sexualité chez l'espèce humaine. Les objets d'amour sont les gens ou les choses vers lesquels nous dirigeons une pulsion vers la satisfaction du désir. Cette pulsion, Freud la nomme « libido ». La libido est l'énergie mise en oeuvre pour obtenir la satisfaction du désir. La sexualité se développe grâce à la libido. Celle-ci de ne demande pas exclusivement l'accomplissement d'un coït mais aussi la satisfaction d'une demande affective. Elle est pathogène lorsqu'elle se réduit à la mécanique sexuelle, et aussi lorsque sous la pression d'un complexe, elle s'efforce de nier sa modalité sexuelle.

La demande de l'enfant de disposer de sa mère sans partage est réprimée.

Il devient alors jaloux de son père mais ne le sait pas. Il perçoit le père comme un rival, intuitivement, parce qu'il constate que la mère lui accorde une part de l'affection et de l'attention dont il demande à jouir seul.

À cette situation, Freud attribue le nom de complexe d'Oedipe. Le complexe d'Oedipe est conçu comme la peur véritable, mais refoulée, qu'éprouve l'enfant d'être châtré par son père en punition du désir de possession exclusive de la mère. De cinq ans à la puberté, les sensations sexuelles de l'enfant s'atténuent. C'est la période de latence selon Freud :

Freud émit l'hypothèse selon laquelle l'enfant aurait une conscience innée de la castration. Le plaisir procuré par le pénis, la honte et le refoulement qui s'ensuivent, lui font craindre de ressembler à une fille, même si la vie d'une femme nue survient plus tard. Quant à la petite fille, elle constate de bonne heure que son clitoris ressemble au pénis des garçons, mais qu'il est inférieur. Ce constat peut entraîner un sentiment d'infériorité.

Si l'on veut décrypter le langage de la violence, il convient de le relier aux peurs enfantines, à la peur d'être castré, au complexe d'Oedipe. Mais il convient aussi de résister à la tentation de tout expliquer par ce complexe et par les pulsions sexuelles réprimées et par les frustrations correspondantes.

Le refoulement pourrait être un procédé qui permettrait de satisfaire le désir de savoir autrement plutôt que celui de ne pas savoir.

Les francs-maçons cultivent l'écoute et l'attention bienveillante. Ils désirent aller toujours plus loin. Ainsi, ils se prémunissent contre la tentation de s'arrêter à une seule réponse, dans tous les domaines du savoir. En tout état de la cause à défendre, la psychanalyse apporte des éclairages utiles pour nourrir le questionnement, mais pas toute la lumière. Les francs-maçons savent, mieux encore que de nombreux psychanalystes, que la réponse est le moyen grâce auquel une question se reproduit et se diversifie. Une réponse stérile est celle qui ne génère aucune question.

-L'attrait des sectes.

La secte est le lieu où l'on reçoit toutes les réponses à toutes les questions. En outre, il suffit d'y adhérer pour être reconnu, approuvé, compris, réconforté. En échange, la secte ne demande que la soumission. La secte peut avoir une allure religieuse ou politique. Dans les deux cas, elle délivre un message millénariste. À l'issue d'une terrible et longue bataille, les bons triompheront des méchants et la paix régnera pour toujours.

Il y a secte partout où s'établit une connivence entre des personnes qui adhèrent aux mêmes réponses ultimes. Là, on peut s'y reposer et s'installer dans les certitudes.

La religion l'histoire d'une promesse. Qui croit en cette histoire espère.

Toutes les idéologies construites autour d'une promesse de lendemains qui chantent sont des religions. Elles répondent à la demande affective et à la demande de voir clairement les bonnes raisons d'espérer.

-L'engagement.

Chacun a le pouvoir de dire non à un destin imposé par des hommes et des dieux. Comprendre est le moyen et le but. La psychanalyse n'endort pas la souffrance, mais elle l'éveille à sa vérité. Cette vérité est celle du désir.

La psychanalyse est un voyage. On ne s'engage pas sur cette piste du sens pour se justifier, ni pour expier, ni pour être admis dans un cercle d'excellents. Au cours de ce voyage, on n'abolit pas le tribunal que l'on porte en soi mais on comprend ses juges. On sait pourquoi ils sont là et ce qu'ils font. Les juges, à leur tour, s'adaptent et deviennent bienveillants. Psychanalystes et francs-maçons sont à même d'expliquer pourquoi et comment les rêves de lendemains qui chantent deviennent les cauchemars des surlendemains qui déchantent. Parce qu'ils regardent comment les sombres et les lumières se nourrissent les unes des autres.

VI la structure binaire, la répétition, et la reconnaissance des interactions.

-Le monde achevé et le monde à faire.

Si on pense que le monde est achevé, nous avons à reconnaître la réalité afin de mieux nous y adapter mais nous la jugeons accomplie donc parfaite. Si elle nous fait souffrir, c'est que nous ne la comprenons pas ou qu'elle a été pervertie. Nous nous assignons la mission, alors, de repérer la faute et de combattre les coupables. Si nous adhérons à la représentation d'un monde à faire, nous nous assignons la mission de transformer la réalité, de manière à ce qu'elle devienne conforme à nos désirs.

-L'opposition et la demande de choisir.

Le pouvoir de choisir nous installe dans le rôle gratifiant du responsable, celui qui connaît les réponses et maîtrise son destin. La construction logique manifeste le désir d'abolir l'imprévisible, de réduire le possible au prévisible. Ainsi nous soignons l'angoisse existentielle, c'est-à-dire la peur de s'égarer.

Freud distingue l'opposition de la contradiction.

La contradiction, une fois repérée, commande l'exclusion de l'un des contradicteurs.

L'opposition est ce qui permet la coexistence des contraires.

-L'inversion des images et la reproduction du modèle clérical.

Le clergé et une caste établie dans la cité par des personnes qui s'arrogent le monopole du sens, c'est-à-dire le pouvoir exclusif de décrypter et de commenter la réalité, de décider ce qui est vrai, ce qui est bien, ce qui est beau. Avant le siècle des lumières, cette caste était parvenue à se faire considérer par la cité comme seule caste qualifiée pour commenter le monde. Mais une Eglise peut être remplacée par une autre Eglise.

La Trinité raison-science-progrès succède à la Trinité chrétienne. Le marxisme qui se prétendait scientifique et rationaliste, repris à son compte le mythe religieux du salut et devint la religion officielle d'un ordre établi sur le pouvoir d'un parti.

Aujourd'hui, la carrière des diplômés des grandes écoles dépend de leur soumission et de leur dévouement au dominant. La croyance selon laquelle plus on s'élève dans la hiérarchie, plus on s'approche de la lumière surveillée à toutes les croyances.

-Pour une approche neuve des oppositions et des contradictions.

Examiner la structure binaire oui-non permet de concevoir des outils performants.

La structure ternaire, thèse-antithèse-synthèse développe le binaire et permet d'élargir le champ du possible. Qui veut aller plus loin et réunir ce qui est épars critique les cloisons construites entre les modalités du savoir, par une pensée analytique.

La réalité est à regarder comme un réseau complexe. Chaque phénomène agit sur la nature et la manifestation des autres phénomènes.

VII Hermès et l'herméneutique. Le voyage.

Interpréter, traduire, expliquer, exposer, transcrire, transmettre, annoncer, avertir, noter, remarquer sont les actions de la parole. Elles renvoient à Hermès, le médiateur. Les Grecs disaient « Hermès intervient » quand le silence se faisait lourd entre des convives. Ensuite, l'amphitryon disait : « entraînons Hermès ». C'est l'invitation à boire une dernière coupe. Hermès est appelé pour faire durer l'euphorie, pour partager le plaisir de boire. Hermès et le Dieu du logos, de la parole et de l'éloquence, messager des dieux. Il conduit du sommeil à l'éveil et de l'éveil au sommeil. Mourir se dit « rejoindre le troupeau d'Hermès ».

-Au commencement est la pierre.

Les Ermaï (erma : la pierre en grec) sont les représentations d’Hermès avec la tête du Dieu, une colonne figurait le corps et les organes de la génération. Les Hermès sont posés sur des places et dans les rues. Ils sont des bornes, des repères.

Platon, dans le Cratyle, relie Hermès au discours. Il fait dériver son nom de Ermeneus (interprète) et de Eiremes (celui qui imagine la parole).

Pour Platon, Hermès représente et raconte la parole. Les Grecs croyaient que les hommes descendaient des pierres semées par Deucalion.

La pierre est ce qui relie au commencement et ce qui garantit les passages. La pierre est Hermès.

-Les hommes et les dieux négocient.

Hermès est le voyageur. Il est la parole. Hermès impose souvent les échanges. Il fabrique une lyre qu'il offre à Apollon en échange du troupeau qu'il lui a volé. Il guide et égare, dit la vérité et ment.

Hermès souffle à Pandora les mots ambigus qui feront de la femme un personnage redoutable pour les hommes qu'elle séduit.

Il met en circulation les biens, les mots et les rôles mais ne garantit pas la sécurité.

Le coup d'Hermès, c'est le coup du sort, le piège ou l'aubaine. Il intègre l'imprévisible dans l'ordre naturel des choses. Hermès veut partager les biens des dieux avec les hommes.

Il a volé la moitié du troupeau d'Apollon pour l'offrir aux hommes avec le taureau et les chiens. Il veut que le troupeau offert aux hommes puisse se reproduire. La scission initiale du troupeau suppose sa reconstitution au moyen d'un contrat.

Le sumbolon est une pratique de la Grèce antique. On regroupe deux morceaux de tessons pour attester l'existence d'un contrat entre deux commerçants.

-La lyre d'Hermès et Métis, l'intelligence rusée.

Zeus arbitre le différend qui oppose Apollon à Hermès. Hermès offre une lyre à sa victime. L'accord est conclu. Apollon connaît la joie de produire de la musique. Zeus reconnaît Hermès comme immortel. La transgression d'Hermès produit un bonheur partagé. Hermès est doué de métis, l'astuce, l'ingéniosité chez les Grecs.

Cette qualité est d'abord celle de Rheia, l'épouse de Kronos. À chaque fois qu'elle a un enfant, Kronos le dévore, parce qu'il est prudent.

Averti par la pythie que son destin est d'être renversé par son fils, il estime que dévorer ses enfants est une bonne manière de garder le pouvoir. Mais Rheia cache Zeus en Crète et camoufle dans les langes une pierre.

Elle l'offre à Kronos qui ne se doute de rien. Cette ruse permet à Zeus de vivre à l'insu de son père et de régner à sa place sur les immortels.

Métis habite l'esprit d'Hermès. Elle est la déesse de l'astuce. Le masculin est associé à la mémoire, à la tradition répétitive. La femme est associée à l'imagination créatrice, à la génération du possible.

L'originalité d'Hermès et d'avoir conçu un objet qui n'imite pas une chose vivante ou inerte qui existe (contrairement à Héphaïstos qui fabrique des servantes en or douées de vie). Par la lyre, Hermès procure du bonheur à Apollon et l'aliène. La parole est aussi de la matière à travailler pour l'artisan. Devant le tribunal de Zeus, Hermès déploie tous les trésors d'un maniement ambigu des mots. Il trompe et séduit.

Zeus n'est pas dupe et Hermès le sait. Alors une connivence s'établit. Zeus rit.

-Le rire de l'initié.

Les initiés savent que la vérité est admise lorsqu'elle sert le mensonge. Le mensonge passe mieux lorsqu'il se réfère à un détail vérifiable. Il y a une place dans l'Olympe pour le langage rusé et le mensonge. Ainsi Hermès devient immortel. Le club réservé aux immortels cesse de mentir parce qu'il reconnaît qu'il ment. Hermès sait que Zeus apprécie son savoir-faire.

-L'éthique contre l'ordre moral.

Mépriser les rêves et les Dieu, ne pas relier le mythos au logos, l'imaginaire à la raison, c'est renoncer à agir et continuer à réagir.

Si l'abbaye de Thélème est l'image de la société meilleure et plus éclairée que nous voulons établir, reconnaissons que sa devise « Fay ce que vouldras » ne demande pas seulement à être approuvée pour être pratiquée et être profitable à tous.

La liberté est la maîtrise de soi que chacun développe en explorant le « ça », l'instance de l'inconscient.

L'herméneute est le chercheur de lumière.

Son éthique est la finalité du travail. La morale et ses cadres confondent une relation dominant-dominé. L'ordre moral veut justifier un ordre social fondé sur la soumission d'un grand nombre de possédés à un petit nombre de possédants.

Le possédé était d'abord l'esclave.

Aujourd'hui, dans les nations qui garantissent des droits, le possédé et celui qui ne possède pas assez de biens matériels pour se dispenser de louer sa force de travail et ses compétences. Il peut exprimer une opinion mais ne dispose d'aucun moyen d'assurer sa subsistance sans dépendre de quelqu'un. Le possédé souffre mais rêve beaucoup et cela l'aide à tenir.

Il s'évade avec de l'alcool, des plantes hallucinogènes, des danses, des chants, des contes et des fêtes dont certaines inversent les rôles une journée. La loi qui régit les relations humaines en tout temps et dans toutes les nations est celle-ci : une demande est satisfaite quand celui qui la profère montre une capacité de nuire.

Les possédés ont pu améliorer leur situation grâce aux syndicats et au moyen de la grève. Les codes de l'ordre moral imposent la différence des droits et prétendent être dictés par une volonté divine. Les ouvriers et les paysans qui prétendent avoir des droits sur leurs usines et sur leurs terres sont accusés de vol. Mais quand ils se soumettent et se résignent pour ne pas mourir de faim, ils ne sont pas les victimes d'un chantage. Ils ne font que leur devoir. Cela est juste du point de vue de l'ordre moral.

Les possédés rêvent pour tenir alors les loteries les aident à survivre.

Ils achètent de l'espoir et sont contents d'être possédés et les rêves rapportent gros à ceux qui les vendent.

L'ordre moral parle d'honneur et ne connaît que la responsabilité. Il conforte le pouvoir des possédants sur les possédés.

Aujourd'hui, de plus en plus de pauvres nourrissent de moins en moins de riches qui deviennent de plus en plus riches.

L'idée selon laquelle le nanti est plus proche de Dieu que le démuni et mérite plus de respect a été lancée par des calvinistes au XVIIIe siècle dans le but désinhiber les pionniers de l'ère industrielle.

« Tu vaux ce que tu possèdes » es une formule acceptée comme une évidence.

Les possédés doivent contraindre les nantis à partager. Mais ils ont aussi à compenser les malheureux qui s'agrippent à leur avoir.

Comme Hermès offrait une lyre à Apollon après lui avoir volé la moitié de son troupeau.

Il s'agit de soigner les frustrés en leur procurant un plaisir qu'ils ne connaissent pas encore.

Il convient de distinguer l'éthique, une réflexion sur les codes de la morale, de la morale elle-même.

Cette distinction permet de consulter toutes les modalités du savoir.

Ce sont les biens immatériels qui sont les plus précieux et ceux qui en ont s'enrichissent en partageant.

VIII Hermès et l'hermétisme.

Le mot « hermétisme » est un néologisme de la seconde moitié du XIXe siècle.

Le mot occultisme (du latin occultus caché) a été inventé par l'abbé constant dit Elphas Lévi. L'ésotérisme est ancien est toujours employé en relation avec l'exoterisme, l'un étant la face inversée de l'autre.

Eliphas Lévi a créé le mot occultisme à partir du traité de H. C. Agrippa «De occulta philosophia ». Ce traité est une compilation d'enseignements différents : Pythagorisme, gnosticisme, kabbale, hermétisme, alchimie, astrologie et magie. Ces enseignements sont rassemblés dans un ensemble étiqueté « sciences secrètes ou sciences traditionnelles ».

Beaucoup de francs-maçons aiment ces sciences dites secrètes et en attendent des révélations. Au XVIIIe siècle, le courant illuministe s'oppose au courant éclairé et annonce le romantisme.

Le désir qui conduit certains vers les sciences traditionnelles est celui d'être un élu, de vouer un culte à une vérité déjà dite, de jouer le rôle d'un conducteur d'âmes et d'adhérer à une représentation du monde structurée par une idéologie.

L'amateur de science traditionnelle est mal à l'aise dans la société d'aujourd'hui.

Il voit un « hier » comme un paradis perdu.

-Les sciences traditionnelles et les francs-maçons.

La lumière est le thème central de la franc-maçonnerie et celui de ses frères ennemis les illuministes. Dans l'ensemble, la foi maçonnique exprime une pleine confiance dans la nature humaine, dans la raison, dans la perfectibilité de l'humanité. En 1776, Mirabeau rédige un mémoire dans laquelle il assigne à la franc-maçonnerie la mission d'introduire le bon sens, la raison dans l'éducation de tous les hommes et la charge de réformer les abus : milices, servages, corvées, lettres de cachet, intolérance et enfin la tâche de réformer le gouvernement et la législation.

La résistance à cet esprit nouveau vient des traditionalistes et des mystiques.

Dans une loge, des rationalistes qui ne veulent plus d'Eglise pratiquent des rites dont les mots évoquent des légendes bibliques.

La cohésion du groupe est assurée par le rituel. Le langage symbolique est une source de méditation et de rêve.

Le rosicrucianisme, l'Observance Templière, la théosophie se répandent dans toute l'Europe, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Au XVIIIe siècle, loin d'être antireligieuse la franc-maçonnerie est crypto-religieuse. Dans le loge, les éclairés, les mystiques et les hermétistes s'abreuvent aux mêmes sources : les constitutions d'Anderson. Les constitutions d'Anderson donnent l'impression que le franc-maçon est le dépositaire de connaissances cachées transmises par une tradition secrète.

Pour les éclairés, les constitutions d'Anderson n'offrent que des métaphores propres à stimuler la réflexion. Pour les mystiques, le symbole révèle et cache. Il s'agit de le décrypter. C'est la « parole perdue », la connaissance d'un âge d'or situé dans un passé lointain. Le temps présent est perçu comme décadent. L'homme d'aujourd'hui est jugé « dégénéré » et l'initiation consiste à le « restituer ». C'est la « réintégration » de Louis-Claude de Saint-Martin.

L'idée est que le passé est mieux que le présent et que la manière la plus sage d'envisager l'avenir et de revivre le commencement des temps.

Pour les éclairés, le passé annonce le présent et l'avenir qui conduira à l'âge d'or.

Illuminés et éclairés s'opposent à la conservation du présent, tel qu'il est.

Les uns le voient dans l'avenir et les autres dans le passé. Mais illuminés et éclairés affirment l'existence d'un âge d'or. Pour les mystiques, le monde meilleur préexiste à l'homme. Il suffit de le retrouver. Les éclairés et les illuminés se laissent facilement fascinés par le mythe de la parole perdue. C'est la recherche de la langue unique, parlée par les premiers hommes, où les mots correspondaient vraiment aux choses. Cette langue mythique est nommée hébraïque ou adamique.

Conséquence du mythe de la forme primitive unique, la différenciation et la diversification sont perçues négativement, tandis que l'unité est un mot perçu positivement.

Pour les illuminés, il ne saurait y avoir qu'une seule voie, une seule expression possible pour chaque chose. Chez les éclairés, le passage du simple au diversifié est nommé « évolution ». Chez les illuminés, la diversification est regardée comme un processus de décomposition. René Guénon est la référence la plus à la mode chez les ésotéristes francs-maçons. Selon lui, l'initiation peut opérer une délivrance spirituelle qui serait d'une autre nature que le salut religieux. Il inscrit l'histoire dans une succession des « âges » qui, après le pire, apporterait le meilleur, l'âge d'or.

-Hermès Trismégiste.

L'hermétisme désigne des textes qui, depuis le premier siècle avant Jésus-Christ furent attribués à Hermès Trismégiste. Trismégiste signifie trois fois le plus grand.

Hermès Trismégiste est associé au dieu égyptien Thot. Thot est le dieu de la parole et de la transmission du savoir. Il invente l'écriture, les sciences et les arts.

-Le corpus hermeticum et l'Académie platonicienne de Florence.

Giorgios Gémistos Pléthon était conseillé de Jean VIII, empereur de Byzance au XVe siècle. Platonicien enthousiaste, il trouva à Florence un milieu intellectuel formé à l'aristotélisme revu et corrigé par les théologiens scolastiques. Il ouvrit une école à Florence et divisa ses élèves en deux groupes : les exotériques et les ésotériques. Les exotériques étaient attachés à leur foi chrétienne et critiquaient les dogmes. Les ésotériques regardaient la vérité comme un projet. Ils étaient initiés à la doctrine des émanations : un Eon primordial, par son propre dynamisme, se diversifie et génère ce qui existe.

Pléthon professe que le monde s'enlise dans la décadence morale et spirituelle et que le christianisme a éclairé dans son projet d'améliorer l'homme et d'installer l'amour universel. Selon lui, l'hermétisme néoplatonicien est le levier de la renaissance spirituelle.

20 ans après le passage de Pléthon à Florence, Côme crée une académie platonicienne et dirigée par Marsile Ficin. Ficin décore cette académie de manière à en faire un temple de la philosophie. Le lieu est un monastère laïc ouvert aux savants et aux artistes, sans distinction de religion. Pic de la Mirandole fréquenta l'académie. Tous les académiciens s'appelaient « frères ». C'est l'abbaye de Thélème dont parlera Rabelais, I siècle plus tard.

Tel est le décor dans lequel se joue l'entrée des textes de référence de l'hermétisme. Ces textes sont des manuscrits grecs rédigés au cours des trois premiers siècles de l'ère chrétienne.

Beaucoup sont incomplets et en mauvais état.

Des moines grecs les ont apportés à Florence pour les vendre. Côme en est le principal acquéreur. C'est lui qui appelle ces textes «Hermetica ».

Ficin les traduits en latin avec ses frères en Platon. Le corpus hermeticum ne présente pas une doctrine cohérente. Il réunit une manière de penser à une manière de se comporter.

-La théologie platonicienne et l'hermétisme.

La théologie platonicienne est exposée par Marsile Ficin : l’homme a conscience de ses limites ce qui le distingue de l'animal. Il éprouve de l'anxiété (inquiétude de l'amant).

Les hommes conscients ont l'impression de vivre dans un monde inconstant, fait d'ombres et d'illusions (mythe de la caverne dans la République de Platon).

Alors, l'homme conscient est en face d'une alternative : ou bien il se résigne et construit une représentation du monde pour cautionner la résignation, ou bien il cherche la lumière, le sens de la vie. La recherche de la vérité est associée à la recherche d'une parole qui aurait été perdue.

Pour Pléthon, la parole perdue est le paganisme condamné par le christianisme triomphant.

-Le développement de l'hermétisme et la demande de réponses ultimes.

Les références à Hermès sont nombreuses dans la pensée médiévale. Elles accompagnent les traités d'alchimie et d'astrologie.

Au XVe siècle, avec la théologie platonicienne et l'oeuvre produite par l'Académie platonicienne de Florence, l'hermétisme s'installe dans la culture européenne. Il se réclame d'un passé occulté à revivifier.

Des écrits qui se présentent comme les réponses dernières investissent l'hermétisme.

«L’Ascepius » écrit avant le quatrième siècle, originellement le « discours parfait » prétend présenter une vue d'ensemble de la connaissance hermétique en traitant des « trois vivants », Dieu, le monde, l'homme. Cette oeuvre est une compilation de plusieurs auteurs qui se présentent eux-mêmes comme des compilateurs.

Dans la société islamique, Hermès devient un prophète. Il est assimilé à Idris et à Enoch et vivait en Égypte avant le déluge. Il est le bâtisseur des pyramides. L'hermétisme islamique est le fruit des échanges entre Grecs et Egyptiens islamisés. Le monothéisme islamique n'aurait pas toléré Hermès s'il s'était présenté comme un Dieu. Sous l'aspect d'un prophète nommé Hermès, il peut se montrer sans difficulté et inspirer les auteurs.

À la Renaissance, l'hermétisme exerce une influence importante chez les occultistes, les philosophes et les théologiens. L'alchimie et l'astrologie n'étaient pas reconnues mais pas tout à fait interdites.

La littérature hermétique de la Renaissance au XVIIIe siècle exprimait une demande de liberté au temps où la parole n'était pas libre. L'hermétisme est une herméneutique qui cherche le sens dans les symboles et les allégories de représentations du monde totalisantes et qui ne remettent pas en cause leurs prémices. Le désir qui s'accomplit au moyen de l'hermétisme est celui d'en finir avec le chaos et avec l'inquiétude.

IX l'image, la parole, le jeu.

-Le rêve, de l'approche de Freud à celle de Jung-l'image symbolique.

À la fin du XIXe siècle, les médecins disaient du rêve qu'il est un indice que le rêveur a mal dormi.

Freud constate rapidement que le rêve n'est pas toujours individuel. Il rencontre des images symboliques proches de celles des mythologies et il les désigne par le terme « résidus archaïques ».

Jung voit dans ces « résidus archaïques » des « images primordiales ». Selon Jung, c'est précisément parce que beaucoup de choses se situent au-delà des limites de l'entendement que « nous utilisons des symboles pour représenter les concepts que nous ne pouvons ni définir ni comprendre pleinement ».

Les « images primordiales », selon Jung surgiraient d'un inconscient collectif dans lequel s'enracinerait l'inconscient individuel. L'étude des mythes permet d'approcher des formes psychiques qui semblent innées. Ces formes, Jung les nomme « archétypes ». L'archétype elle a tendance à nous représenter un motif selon une représentation qui peut varier considérablement dans les détails sans perdre son schéma fondamental. Le motif des frères ennemis a diverses représentations (Abel et Caïn ou Romulus et Remus) mais le motif est identique dans son principe.

-Le rêve à lire comme un message.

Un rêve non interprété est une lettre non lue. Le rêve est un message de l'inconscient. Il raconte une histoire qui nous informe sur nous-mêmes. Le récit d'un rêve rend rarement compte de ce qui a été réellement rêvé. Au souvenir, il ajoute, retranche, corrige. La mémoire arrange le passé.

L'association libre et une méthode qui nous permet de nous expliquer avec nous-mêmes.

Jung refuse la méthode de la libre association pour l'interprétation des rêves. Il repère les archétypes dus à l'inconscient collectif. Les archétypes éclairent la signification d'un passage et nourrit la réflexion. Les rôles que l'on joue en rêve sont multiples et changent selon les circonstances. Quand le même rêve se reproduit longtemps, il parle d'un problème qui dure, bien plus que de l'identité du rêveur.

-Le sommeil, l'éveil et les images associées.

Selon Freud, le sommeil réactive la situation intra-utérine. Nous reconnaissons le sommeil comme une régression, le retour à un commencement. Le sommeil est nommé « la petite mort » et la mort « le repos éternel ». Les rites initiatiques préparent à une nouvelle naissance. Ils placent le candidat dans un lieu étroit et obscur pour lui faire revivre le commencement. C'est le cabinet de réflexion dans la franc-maçonnerie.

-La réalité et espérer-les idéologies et la Belle au bois dormant.

Les représentations du monde combinent des idées, des croyances et des mythes. Les idéologies politiques développent un discours sur les maux et le remède. Ceux qui souffrent de l'égoïsme et de la morgue des dominants choisissent des idéologies dites « de gauche ».

Ceux qui souffrent de l'insolence et des exigences des dominés rejoignent plutôt des idéologies dites « de droite ». Ceux qui préfèrent la justice, même au détriment de l'ordre, seraient à gauche et ceux qui estiment que l'ordre établi doit être protégé, même si la justice doit être ignorée, seraient à droite. Les idéologies politiques et religieuses se présentent comme des théories pour tous. La propagande est l'art d'attribuer toutes les modalités de la souffrance à une seule cause et de prescrire un régime. Les idéologies désignent leurs ennemis et prescrivent le combat. Et toutes nomment aussi le talisman grâce auquel la victoire est garantie. C’est « la foi qui sauve » ou « le patriotisme », « la conscience de classe ».

-Pour mieux se connaître, jouer des rôles.

En psychanalyse, l'analysant observe ses modèles surmoïques et découvre la raison de leurs présences et de leurs pouvoirs.

À mesure qu'il se connaît, il étend le champ de sa conscience au détriment de son inconscient.

Le comportement n'est que partiellement contrôlé par la conscience. Il obéit aussi à ce que Pierre Janet nommait le subconscient. Le subconscient de Janet est remplacé par l'inconscient de Freud : l'inconscient n'est pas une autre personnalité, il obéit à des lois différentes de celles qui gouvernent la conscience. Le « moi » se protège par divers moyens comme la projection où l'introjection. La projection consiste à attribuer à autrui les sentiments et les désirs insupportables.

L'introjection est le processus inverse de la projection. Le sujet fait entrer dans son moi des exigences du monde extérieur.

Jouer un rôle, à condition de ne pas s'identifier au personnage, permet de découvrir comment nous nous servons de ces moyens de défense, sous le regard des autres. Nous jouons un rôle dans toutes les situations que nous vivons, parmi des personnes qui, elles aussi, jouent un rôle.

Les francs-maçons remplissent des fonctions et jouent des rôles pour vivifier la loge.

Dans les cérémonies, ils jouent des rôles dans des scènes qui racontent une histoire.

-La famille d'Hermès.

Hymne homérique compare la naissance d'Hermès à celle de l'aube. Dans la caverne, le lieu de sa naissance, Hermès se glisse en passant par le trou de la serrure.

La série des Hermès commence au troisième siècle avant Jésus-Christ avec Thot, ce savant qui grave ce qu'il sait sur des stèles et les cache.

Le fils de Thot se nomme Agathodaïmon, la divinité bonne ou mauvaise. Il est le père d'Hermès Trismégiste dont le fils est Tat. Toutes ces images d'Hermès éclairent le sens de tous les rôles parce qu'elles représentent le communicateur.

-Le projet de l'homme libre.

-Traquer les idées reçues.

L'analysant traque les idées reçues pour tenter d'en finir avec la souffrance que lui procurent les mensonges conventionnels. Il sait que ces croyances sont les réponses à une demande affective bien plus qu'à une interrogation sur la vérité.

-Retour sur Chibboleth.

Nature, spécificité, personne, style, culture, image, des mots déjà très commentés et dont le sens est encore flou. Mais dire que le sens de ces mots est flou est une affirmation inacceptable pour des personnes confortablement installées sur un rocher de certitude. La demande d'opposition NOUS-EUX manifeste l'angoisse d'être seul. Elle est profitable parce qu'elle procure des repères mais elle est préjudiciable lorsque ces repères ne sont pas étudiés. Elle est préjudiciable quand elle comporte l'illusion de compter parmi les meilleures.

-Hermès et le Commandeur.

Le Commandeur est le modèle surmoïque de nombreux braves et honnêtes gens.

La justification investit sa conscience. Il est démuni d'autodérision. Les rites de passage et leurs épreuves sont, à ses yeux, des mises en conformité, des avancées sur un terrain déjà connu.

Le Commandeur est le psychorigide. Il est le traducteur qui se réfère à un seul dictionnaire. Le Commandeur aime pétrifier le sens dans une seule définition. Il se perçoit comme celui qui comprend et qui est qualifié pour juger.

Le Commandeur est remarqué chez les psychanalystes et chez les francs-maçons parce qu'il est plus difficilement supporté qu'ailleurs. Dans les groupes que l'on rejoint pour échanger de la parole, pour exprimer une sociabilité fondée sur l'union dans la diversité, on supporte moins la présence des gourous.

L'unité dans la conformité est le modèle totalitaire qui maintient en l'état la relation dominant-dominé et la curiosité.

Le projet d'une société meilleure et plus éclairée ne peut être tracé que dans un lieu où la parole, reconnue comme créatrice, se manifeste librement, pour le plaisir de brosser des éclairages.

Là, une société de pairs expérimente ses règles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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08 mars 2019

Iphigénie en Aulide (Euripide)

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Cette tragédie fut représentée pour la première fois en l'an 406 avant notre ère. Elle fut écrite après les Bacchantes; certains critiques estiment qu'Euripide ne la termina pas et que son fils l'acheva. La scène se passe à Aulis, devant la tente d'Agamemnon. La flotte qui doit appareiller pour Troie y est immobilisée, dans l'attente d'un vent favorable.

 

Agamemnon raconte à l'un de ses vieux esclaves les événements qui ont causé la guerre de Troie, et sa nomination comme chef de l'expédition.

II souhaite qu'un autre commandant soit choisi à sa place, car les vents favorables ne se lèveront jamais s'il ne sacrifie pas sa propre fille, Iphigénie, à la déesse Artémis. Calchas, le devin, a consulté l'oracle et révélé sa réponse. Ménélas et les autres chefs de guerre insistent pour que cet acte odieux soit accompli.

Cédant à leurs instances, Agamemnon a fait venir sa fille a Aulis sous prétexte de la donner en mariage à Achille. Seuls Calchas, Ulysse et Ménélas sont au courant de ce stratagème. Mais Agamemnon déclare qu'il a changé d'avis : il a écrit à Argos et averti la reine, Clytemnestre, de ne pas envoyer Iphigénie à Aulis. L'esclave doit porter cette lettre sans tarder, et faire revenir la reine si elle est déjà partie. Mais Ménélas surveille la route d' Argos. Il aperçoit le messager d'Agamemnon et intercepte la lettre.

Une discussion amère oppose ensuite Ménélas à Agamemnon. Agamemnon se refuse à contremander ses ordres. Ménélas lui fait remarquer d'un air sombre, qu'il a d'autres amis plus courageux, auxquels il pourra recourir. Il rappelle enfin à son frère que si cette guerre a éclaté, c'est en raison de l'outrage qui lui a été fait, à lui Ménélas. Les deux rois sont interrompus par un messager qui leur annonce l'arrivée de Clytemnestre, accompagnée d'Iphigénie et de son jeune frère Oreste.

 

Le désespoir d'Agamemnon émeut son frère. Ménélas admet qu'il a eu raison de prévenir Clytemnestre. Agamemnon répond qu'il est trop tard: sa famille est arrivée et s'il refuse de donner sa fille en sacrifice, Calchas fera connaître l'oracle à toute l'armée. Ménélas propose alors de tuer Calchas pour l'en empêcher.

Mais Agamemnon rétorque qu'UIysse est au courant de la ruse utilisée pour faire venir Iphigénie à Aulis. Et Ulysse est capable de tout...

Agamemnon ne peut se résoudre à avouer la vérité à Clytemnestre. II la laisse parler du mariage projeté et lui suggère de repartir pour Argos afin de s'occuper de ses autres enfants, en laissant Iphigénie auprès de lui. Clytemnestre refuse avec force: elle veut être présente au mariage de sa fille avec Achille.

 

Rencontrant Achille par hasard, Clytemnestre s'aperçoit qu'il ignore tout des projets matrimoniaux annoncés par Agamemnon. Enfin, dans l'espoir de sauver Iphigénie, l'esclave d'Agamemnon leur révèle la vérité. Achille est furieux, aussi bien de voir sacrifier la jeune fille que d'avoir servi de prétexte pour la faire venir à Aulis. Clytemnestre, considérant qu'Achille est son dernier espoir, accepte de se plier à sa décision.

 

Lorsqu' Agamemnon revient en scène, il rencontre sa femme et sa fille et les affronte dans un dialogue magistralement composé - où apparaissent déjà en germe les motifs de son futur assassinat. Clytemnestre et Iphigénie connaissent à présent la vérité. Agamemnon, pris au piège, révèle l'indécision de son caractère. II leur déclare qu'il ne sera plus maître de son armée si ses troupes découvrent qu'il a changé d'avis. Elles seront capables de le tuer, lui et toute  sa famille, et d'anéantir son royaume.

Il quitte sa femme et sa fille pour rejoindre ses hommes.

 

Achille revient. L'armée tout entière, y compris ses Myrmidons, se dresse contre lui. Il revêt en hâte son armure en voyant s'approcher une foule de soldats, conduits par Ulysse. Iphigénie prend alors une résolution. Elle dit à Achille qu'elle accepte de mourir, ayant mesuré les intérêts en jeu. Cette guerre est une juste guerre, elle ne veut pas mettre en danger tant de vies humaines. Achille lui répond qu'il l'attendra au pied de l'autel. Si son courage faiblit, qu'elle lui fasse signe et il la sauvera. Il part, tandis qu'Iphigénie fait ses adieux à sa mère, et la prie de se retirer sous la tente pour ne pas être témoin de son départ.

Plus tard, un messager vient trouver Clytemnestre. Il lui fait part de la scène étrange qui s'est déroulée sur l'autel du sacrifice. Iphigénie se tenait auprès de Calchas, devant l'armée assemblée. Tous baissaient les yeux. Le bruit de la hache retentit.

Puis ce fut le silence. Lorsqu'ils osèrent enfin regarder l'autel, Calchas et les guerriers n'en crurent pas leurs yeux. Iphigénie avant disparu. Une biche agonisait devant eux, car la déesse Artémis, saisie de pitié, avait enlevé la jeune fille.

 

Un vent favorable se lève, et la flotte appareille.

 

 

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01 mars 2019

L'Odyssée (Homère)

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Poème épique d'Homère décrivant les aventures d'Ulysse après la chute de Troie, son long retour vers Ithaque et la façon dont il rétablit l'ordre dans son royaume menacé par des usurpateurs. On attribue la division de l'Odyssée en vingt-quatre chants à Aristarque de Samothrace qui se livra au même travail pour l'Iliade.

 

On estime généralement que l'Odyssée est postérieure à l'Iliade, mais bien que le comportement des dieux y soit différent, il ne fait guère de doute que les deux poèmes sont dus au même auteur. Dans l'Odyssée, Ulysse, déjà protégé par Athéna dans l'Iliade, sera sans cesse favorisé parla déesse. Il sera cependant en butte à la colère de Poséidon qui, dans l’Iliade, soutenait l'ensemble du camp achéen. De la même façon, il méritera le courroux d'Hélios - mais, dans les deux cas, ce sera le résultat d'une offense précise pour laquelle Ulysse sera dûment puni.

 

L'action de l'Odyssée s'étend sur une période courte, ne dépassant pas six semaines - bien que les aventures des dix années précédentes soient rappelées dans ce temps limité.

Ulysse, lorsqu'il atteint enfin Ithâque, en aura été absent dix-neuf ans (chant II). Il est âgé d'une quarantaine d'années, ses cheveux sont châtain.

Chant I. Le poème s'ouvre par l'assemblée des dieux. réunis sur l'Olympe pour évoquer le sort des chefs achéens après la chute de Troie. Athéna saisit cette occasion pour rappeler à son père Zeus les tribulations d'Ulysse qui n'est pas encore revenu dans sa patrie. La guerre est pourtant terminée depuis dix ans, et après de nombreuses et dangereuses aventures, le roi d'Ithaque est retenu prisonnier dans l'île d'Ogygie par Calypso, la belle nymphe. Zeus lui répond que son frère, Poséidon, est offensé de la conduite d'Ulysse envers Polyphème, le Cyclope. Néanmoins, il enverra Hermès à Ogygie et Calypso sera obligée de laisser repartir Ulysse. Quant à Athéna, elle se rendra à Ithaque où elle incitera Télémaque à rechercher son père.

 

Déguisée en chef de clan, Athéna, sous le nom de Mentès, arrive dans la maison d'Ulysse. Les princes du voisinage, convoitant le royaume d'Ithaque, font la cour à la reine Pénélope, espérant gagner un trône en l'épousant. Mais Pénélope ne veut pas admettre qu'Ulysse soit mort. Télémaque accueille le nouvel arrivant et l'invite au palais. Il lui nomme les prétendants importuns qui appauvrissent le royaume avec leurs exigences et leur paresse.

 

Athéna pousse Télémaque à se mettre en quête de son père. Peut-être Nestor, roi de Pylos, et Ménélas, roi de Sparte, compagnons d'Ulysse dans les combats, sauront-ils quelque chose. Et si Ulysse est vraiment mort, il vaut mieux en avoir la certitude. Athéna (toujours sous l'apparence de Mentès) quitte Télémaque, décidé à agir. Pour la première fois, il se conduit en maître dans sa maison, à la grande surprise de sa mère, Pénélope, ce qui déplaît éminemment aux prétendants, mais fait la joie de la vieille nourrice, Euryclée.

 

Chant II. Télémaque convoque l'assemblée du peuple et reproche aux prétendants leur convoitise et leur ingérence dans les affaires du royaume. L'un d'entre eux, Antinoos, lui fait remarquer que Pénélope n'a jamais refusé positivement aucun de ses prétendants. Elle a simplement demandé le temps de terminer le linceul qu'elle tisse pour le vieux Laerte, père d'Ulysse. Voilà quatre ans qu'elle se consacre à cette tâche, et l’on vient de découvrir qu'elle défait chaque nuit l'ouvrage de la journée.

Si Pénélope était retournée auprès de son père, Icarios, elle aurait trouvé un nouvel époux et la question aurait été réglée. Mais ce n'est pas ainsi qu'elle a agi. C'est pourquoi tous les prétendants attendent qu'elle prenne enfin une décision puisque le trône est vacant. Télémaque les avertit: peut-être devront-ils payer un prix terrible pour leur avidité. Zeus choisit ce moment pour envoyer deux aigles planer au-dessus de l'assemblée.

Ils se battent l'un contre l'autre, puis s'enfuient. Haliserthès, le devin, informe les prétendants que ce combat est pour eux un mauvais présage. II leur rappelle qu'il a prédit à Ulysse, avant son départ pour Troie, qu'il ne reviendrait pas à Ithaque avant dix­neuf ans et qu'alors nul ne le reconnaîtrait. Les prétendants se rient du vieillard et le traitent avec grossièreté. Télémaque leur tourne le dos et demande à Euryclée de lui préparer des vivres et des vêtements pour son voyage à Pylos et à Sparte. Pendant ce temps, Athéna, ayant revêtu l'apparence de Télémaque, enrôle vingt fidèles compagnons, trouve un navire, et donne ensuite au jeune prince le conseil de se conduire en prince parmi les rois.

 

Chant III. Le navire aborde à Pylos, de l'autre côté de la mer Ionienne. Athéna (cette fois-ci sous l'apparence de Mentor, ami dévoué d'Ulysse et conseiller du jeune Télémaque) fait partie de l'équipage. Les passagers sont accueillis chaleureusement par Pisistratos, fils de Nestor.

Le roi de Pylos est très âgé mais n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit.

 

II évoque les longues années passées devant Troie, et loue le courage et le bon sens d'Ulysse en termes émouvants. II donne à Télémaque des détails sur le sort des autres chefs achéens: Agamemnon, Diomède, Philoctète et Ménélas. Et Nestor conclut en assurant le jeune homme qu'Athéna n'aura pas laissé périr un roi tel qu'Ulysse, à qui elle a si souvent témoigné sa bienveillance.

La déesse se manifeste d'ailleurs en cet instant précis, sous la forme d'un grand aigle des mers qui vole vers le navire de Télémaque. Nestor se réjouit pour le jeune homme et lui promet que tout se terminera bien. Il envoie chercher ses compagnons et leur offre à tous un festin dans son palais.

Télémaque partage le lit du jeune prince Pisistratos, qui, le lendemain, conduit le char qui mène Télémaque à Sparte.

 

Chant IV. A Sparte, le roi Ménélas célèbre le prochain mariage de sa fille Hermione et de Néoptolème, ainsi que celui de son fils Mégapenthès avec la fille d'Alector. Télémaque et Pisistratos sont émerveillés devant la magnificence du palais royal. Ménélas leur précise qu'il a accumulé toutes ces richesses au cours des sept années qu'a duré son retour de Troie vers sa patrie. Hélène, toujours aussi belle, se joint à eux. Elle est frappée de la ressemblance de Télémaque avec Ulysse. Elle lui raconte comment elle a reconnu son père, déguisé en mendiant, parcourant les rues de Troie afin d'épier ses habitants ; comment elle l'a aidé, et comment Ulysse a pu s'enfuir, muni de précieux renseignements, après avoir tué de nombreux Troyens.

 

Ménélas rappelle la conduite d'Ulysse lorsque le cheval de bois fut introduit dans la citadelle assiégée, il loue son courage et sa détermination.

Télémaque supplie Ménélas de lui donner des nouvelles de son père. Ménélas raconte alors une longue histoire. Tandis que le mauvais temps le retenait en Egypte, il demanda à Protée, le dieu marin, de lui enseigner à provoquer un vent favorable. Il dut pour cela lutter avec le dieu qui changeait sans cesse de forme, mais il en triompha. Protée lui apprit beaucoup de choses : le destin d'Ajax de Locres, le meurtre d' Agamemnon - et surtout la retraite d'Ulysse, retenu sur l'île de Calypso, sans moyen de prendre la mer et de s'enfuir.

 

Entendant ces nouvelles, Télémaque souhaite vivement repartir pour Ithaque. Ménélas lui offre comme cadeau de départ une magnifique coupe d'argent ciselé, rehaussée d'or, œuvre d'Héphaïstos lui-même.

Cependant les prétendants de Pénélope, réunis à Ithaque, projettent de tendre une embuscade à Télémaque afin de le tuer dès son retour.

Médon, le héraut, surprend leur conversation et se hâte d'avertir Pénélope du complot. La reine, désespérée, adresse une prière à Athéna qui lui promet que son fils reviendra sain' et sauf.

 

Chant V. Hermès, obéissant aux ordres de Zeus, son père, est arrivé à Ogygie. Il dit à Calypso qu'Ulysse doit être autorisé à quitter son île pour retourner à Ithaque. La belle nymphe est triste et furieuse en même temps: n'a-t-elle pas sauvé la vie d'Ulysse qu'elle a découvert, sans forces, agrippé à un mât ? et maintenant qu'elle l'aime, les Olympiens voudraient l'en séparer! Mais, toute déesse qu'elle est, il lui faut céder (elle est considérée dans l'œuvre d'Homère comme la divinité de Ile).

Calypso donne donc à Ulysse les moyens de se construire un navire et lui montre où trouver les arbre; les plus solides. Au bout de cinq jours, il est prêt à partir à bord d'un radeau. Calypso lui remet des vivres, et Ulysse la quitte d'un cœur léger, heureux de voguer vers Ithaque. Mais Poséidon l'aperçoit en train de naviguer. Le dieu de la mer, désireux de se venger d'Ulysse qui a aveuglé son fils, le Cyclope Polyphème, suscite une violente tempête. Le radeau est réduit en pièces. La déesse marine, Leucothée, vient en aide à Ulysse.

Elle lui donne son voile. En le portant autour de la taille, Ulysse sera sur de ne jamais se noyer. Mais il ne doit garder aucun autre vêtement et, une fois qu'il aura touché terre, il devra rejeter son voile à la mer. La tempête sévit avec une violence accrue:

 

Ulysse n'a que le temps d'enlever ses vêtements et de serrer le voile autour de sa taille avant qu'une rafale de vent ne le renverse au milieu des vagues.

 

Ulysse, tout meurtri, est rejeté sur une côte rocheuse et doit rassembler ce qui lui reste de forces pour éviter d'être broyé sur les récifs. Il atteint enfin l'embouchure d'une petite rivière, et s'endort, épuisé, à l'ombre d'un olivier.

 

Chant VI. Dans l'ile de Scheria, la princesse Nausicaa, la grâcieuse fille du roi Alcinoos, descend vers la plage avec ses servantes, conduisant un léger chariot rempli de linge venant du palais. Elles arrivent auprès d'une rivière aux eaux tourbillonnantes, y étalent le linge et le foulent aux pieds pour le nettoyer. Puis elles vont l'étendre sur la plage afin qu'il sèche au soleil. Le bruit de leurs pas réveille Ulysse. Elles prennent leur déjeuner, puis jouent au ballon. Ulysse, encore mal remis de ses émotions, croit voir un groupe de nymphes. Quelles qu'elles soient, estime-t-il, il faut qu'il les voie, et, se couvrant de feuillages, il s'avance.

 

Les jeunes filles, effrayées devant cet étranger à moitié nu, aux cheveux emmêlés et pleins de sel, prennent la fuite. Nausicaa est certes surprise, mais c'est une fille de roi: elle fait face à Ulysse. Celui-ci s'adresse à elle avec des flatteries excessives, comme s'il voyait la déesse Artémis elle-même. Nausicaa a pitié de lui et rappelle ses servantes. Elles lui donnent à manger et trouvent pour lui une tunique et un manteau, puis lui offrent de l'huile fine et un peigne. Ulysse va se baigner dans la rivière et lorsqu'il en émerge, propre, de frais vêtu, il a fort belle allure.

Nausicaa et ses suivantes empilent le linge dans le chariot et se préparent à revenir à la ville. Nausicaa demande à Ulysse de les suivre à quelque distance, car, étant la fille unique du roi, les gens pourraient jaser en les voyant ensemble. Ulysse est charmé de cette modestie - et de ce que Nausicaa parle de lui comme d'un bel étranger. Il arrive donc seul à Schéria, au palais du roi des Phéaciens, Alcinoos, et de son épouse la reine Arété.

 

Chant VII. Ulysse est reçu avec courtoisie et générosité par ses hôtes auxquels il ne dévoile pas son nom.

Il admire la richesse et la prospérité de leur île, et raconte ses aventures au roi et à la reine. Comment la belle Calypso l'a retenu captif, comment il a pu quitter l'île d'Ogygie, comment la tempête suscitée par Poséidon a fait sombrer son radeau, comment le voile de Leucothée l'a sauvé d'une mort certaine - et enfin comment leur fille, Nausicaa aux bras blancs, l'a recueilli avec bonté.

 

Alcinoos promet de donner à ce voyageur égaré un navire pour le ramener dans sa patrie, si lointaine soit-elle, car les Phéaciens sont d'habiles marins. La reine Arété lui fait préparer une chambre.

 

Chant VIII. Un navire est mis à la disposition d'Ulysse, ainsi qu'un équipage de volontaires. En effet, Athéna, déguisée en héraut, a parcouru la ville en annonçant que le nouvel ami du roi est si fort et si beau que l'on croirait voir un dieu.

 

Le soir, dans le palais, le barde aveugle, Démodocos, chante les exploits des héros devant Troie. Ulysse ne peut dissimuler son émotion et sa douleur. Alcinoos, voyant la détresse de son hôte, le prie de conter toutes ses aventures.

 

Chant lX. Ulysse révèle son identité aux Phéaciens qui comprennent alors pourquoi le chant de Démodocos a troublé le voyageur. Le récit d'Ulysse commence par le départ de ses douze navires. Quittant Troie, ils vont chercher des provisions pour leur voyage de retour dans le pays des Cicones (une tribu de la Thrace orientale). Ils ont mis à sac la ville d'Ismaros, dont les habitants se sont réfugiés dans la montagne.

Ulysse demande à ses hommes de se hâter .et de revenir dans la cité déserte, ils s'attardent à boire et à festoyer. Pendant ce temps, les Cicone se regroupent: leur armée fond sur les Achéens qui doivent s'enfuir en désordre vers leurs navires, laissant soixante-douze morts derrière eux.

Ils se dirigent vers le Sud, ayant l'intention d'obliquer au cap Malée et de remonter vers Ithaque.

Mais un violent vent du Nord les pousse au-delà du cap, jusqu'à l'île de Cythère. Ils restent sur mer encore neuf jours et abordent alors en Libye, au pays des Lotophages, dont les habitants se nourrissent uniquement du fruit du lotus. Quelques-uns des compagnons d'Ulysse mangent de ce fruit: ils perdent toute conscience de leur passé, de leur foyer, tout souci de leur avenir. Ils ne souhaitent plus que rester au pays des Lotophages, à se repaître de lotus. Alarmé devant cette attitude, Ulysse ordonne au reste de ses hommes de ramener de force leurs camarades. Ils sont mis aux fers à bord de leur navire, à demi fous de chagrin de se voir privés de leurs délicieux fruits.

Les navires atteignent ensuite un groupe d'îles fertiles. L'eau douce y abonde, des chèvres sauvages y gambadent, mais personne n'y demeure. Apercevant à quelque distance de là une île plus importante, Ulysse décide de s'y rendre. Il s'em­barque avec douze hommes, prenant avec lui une outre remplie de vin d'Ismaros, aussi puissant que doux. Ils trouvent cette île couverte de riches pâturages où paissent de gras troupeaux. Dans une caverne, ils découvrent des enclos parfaitement entretenus, abritant des brebis. Sur les murs s'alignent des étagères remplies de fromages. Les marins sont mal à l'aise, ils veulent prendre quelques fromages et repartir. Mais Ulysse est curieux de voir quel est le berger de ces troupeaux. Ils se dissimulent dans un coin de la caverne, se nourrissent d’un agneau trouvé dans un parc tout proche, et attendent.

Le soir venu, ils voient pénétrer dans la caverne un géant n'ayant qu'un œil unique au milieu du front, qui pousse devant lui un troupeau de brebis et porte sur ses épaules de lourds troncs de pin. C'est un Cyclope. Il ferme la caverne avec un énorme rocher, et allume un feu. Les flammes viennent éclairer Ulysse et ses compagnons. Ulysse essaye de répondre calmement aux questions du Cyclope, car il est conscient du danger couru. Il invoque Zeus, le dieu des voyageurs, le protecteur des étrangers, et rappelle au Cyclope les lois de l'hospitalité. Sans parler du reste de sa flotte, Ulysse dit au géant que leur navire a été brisé par Poséidon. Le Cyclope écoute Ulysse et lui déclare qu'il se moque bien de Zeus et des dieux - puis il saisit un marin dans chaque main, et, tandis que ses amis le regardent horrifiés, il leur broye la cervelle sur les murs de la caverne et les dévore l'un après l'autre.

 

Au cours de la nuit, Ulysse est tenté de tuer d'un coup d'épée le géant endormi. Mais alors, ses amis et lui se trouveraient emmurés à jamais dans sa caverne, puisqu'ils sont incapables d'en dégager l'entrée. Le matin suivant, le Cyclope dévore deux autres marins, puis sort de son antre pour mener paître son troupeau. II remet soigneusement en place le rocher qui servait de porte.

Pendant son absence, Ulysse imagine un audacieux plan d'évasion.

Le cyclope avait laissé dans sa caverne un énorme pieu en bois d'olivier. Ulysse et ses compagnons l'aiguisent, et lorsque sa pointe est bien tranchante, ils la durcissent dans les braises du feu qui couve. Au coucher du soleil, le Cyclope revient et dévore encore deux hommes. Ulysse s'approche de lui avec un bol de vin d'Ismaros. Le géant le goûte, puis l'avale goulûment et en réclame d'autre. Puis il demande à Ulysse quel est son nom afin de le remercier dignement pour ce vin délicieux. Tout en lui présentant un autre bol, Ulysse déclare au Cyclope que son nom est : Personne. Le Cyclope, l'esprit déjà obscurci par le vin, déclare qu'il récompensera Personne en le dévorant le dernier. Puis il tombe sur le dos, sans connaissance.

 

Ulysse et ses amis chauffent alors à blanc la pointe du pieu, puis l'enfoncent violemment dans l'œil unique du Cyclope. Les hurlements de douleur du géant ébranlent les murs de sa caverne. Ulysse et ses compagnons se réfugient, tremblants, loin du monstre aveuglé, se demandant ce qu'il va faire. Au bruit de ses cris, les autres Cyclopes du voisinage accourent et demandent à Polyphème - dont Ulysse apprit ainsi le nom - pourquoi il trouble la nuit paisible.

Polyphème leur répond d'une voix brisée que Personne voulait le tuer. Les Cyclopes répondent que si personne ne l'a blessé, ce sont certainement les Dieux qui le punissent et qu'ils n'ont aucun moyen de le secourir. Puis ils s'en vont.

 

A l'aube, Polyphème ouvre l'entrée de sa caverne pour mener paître ses troupeaux. Ulysse et ses amis réussissent à s'accrocher au ventre des béliers, si bien que les mains du géant aveugle, qui tâtent le dos de ses animaux, ne peuvent les déceler au passage lorsqu'ils franchissent le seuil.

Une fois en sécurité à bord de son navire, Ulysse appelle à grands cris le Cyclope et lui révèle son nom.

Polyphème, se guidant d'après sa voix, lui jette d'énormes rochers et manque de peu le navire. Il avertit alors Ulysse solennellement: les Cyclopes étant les fils de Poséidon, le dieu de la mer entendra la plainte de Polyphème. La mer sera éternellement l'ennemie d'Ulysse, et s'il par­vient à revenir à Ithaque, le danger et le désordre l'y accueilleront.

 

Chant X. Ulysse et ses amis pleurent leurs camarades morts, puis reprennent leur voyage. Ils arrivent à l'île flottante où demeure Eole, le maître des vents, qui aide de son mieux les voyageurs; il enferme dans une outre de cuir tous les vents turbulents, ne laissant libre qu'une brise favorable qui les poussera vers Ithaque. Ulysse embarque la précieuse outre, met à la voile et ne quitte le gouvernail de jour ni de nuit. Après dix jours de navigation, il aperçoit enfin le rivage d'Ithaque, et il s'endort, épuisé. Hélas, ses compagnons, imaginant que l'outre de cuir contient un trésor remis par Eole, décident de l'ouvrir pendant son sommeil. Et le drame se produit : les vents s'échappent hors de leur prison et retournent auprès de leur maître. La tempête balaye les navires et les chasse d'Ithaque jusqu'à l'île d'Eole. Là, le dieu des vents, furieux, repousse Ulysse et lui refuse son aide, en lui déclarant que les dieux l'ont certainement en horreur.

 

Abattus, démoralisés, Ulysse et ses compagnons reprirent la mer. Après six jours de navigation, ils abordent dans l'île des Lestrygons.

Onze des douze navires entrent dans le port, mais Ulysse, rendu circonspect par ses précédentes aventures, décide d'amarrer son embarcation dans une anse écartée. Cette méfiance lui sauve la vie, car les Lestrygons se nourrissent de chair humaine. Du haut des falaises ils jettent des quartiers de roche sur les navires ancrés dans le port, puis transpercent à coups de lance les marins avant de les dévorer. Ulysse parvient à trancher à temps l'amarre de son bateau et à fuir ces cannibales.

Sa flotte réduite à un seul navire dont l'équipage est plongé dans la douleur, Ulysse finit par toucher l'île d' Aea. Recouverte d'une forêt touffue elle semble inhabitée. Escaladant un rocher, Ulysse aperçoit une vallée au centre de laquelle s'élève un palais. La moitié de la petite troupe est envoyée en reconnaissance, les autres marins demeurant à bord avec Ulysse. Les éclaireurs aperçoivent d'étranges animaux errant autour de ce palais: des lions, des ours et des loups qui, loin d'attaquer les visiteurs, leur témoignent leur amitié, comme des chiens fêtant le retour de leur maître. A l'intérieur du palais, retentit une voix mélodieuse. Bientôt les marins voient venir vers eux la dame du palais, la belle Circé aux cheveux sombres, Circé la magicienne, fille d'Hélios.

Tous les marins entrent à sa suite dans le palais, tous sauf un, le chef de leur petit groupe, Euryloque, inquiet du comportement insolite des animaux sauvages qui les ont accueillis.

Euryloque voit Circé offrir à ses compagnons de la nourriture et du vin, et aussitôt, sous ses yeux horrifiés, ils sont métamorphosés en pourceaux. Circé les fait rapidement sortir du palais, les pousse vers une étable et leur jette dédaigneusement des glands et des faînes.

 

Euryloque revient en courant vers le navire pour prévenir Ulysse.

Négligeant les avertissements de ses amis, celui-ci se dirige vers le palais de Circé, armé de son épée. En chemin il rencontre Hermès. Le jeune dieu le met en garde contre les sortilèges de la magicienne, et lui donne une herbe enchantée qui annihilera les effets des maléfices de Circé.

Après avoir mangé de cette herbe, Ulysse entre au palais et accepte l'hospitalité de la sorcière. Il boit le vin qu'elle lui verse et sourit de sa stupeur lorsqu'elle le touche de sa baguette sans aucun résultat. Ulysse tire alors son épée et en menace la magicienne. Circé reconnaît avoir trouvé son maître. Elle rend à ses marins leur forme humaine, ainsi qu'aux autres prisonniers qu'elle avait changés en bêtes sauvages. Ulysse et tous ses compagnons, invités à festoyer au palais, prolongeront pendant un an ce séjour enchanteur, au cours duquel naîtra Télégonos, fils d'Ulysse et de Circé.

 

Cependant, cédant aux instances de ses amis, Ulysse décide de quitter l'île d' Aea et ses plaisirs exquis. Il demande à Circé de tenir sa promesse et de lui enseigner le meilleur chemin pour se rendre à Ithaque.

Il est désappointé lorsque la magicienne lui conseille de visiter d'abord les Enfers et d'y consulter l'ombre de Tirésias. Le devin lui indiquera ce qu'il doit faire.

Le navire solitaire et son équipage repartent une fois encore, laissant derrière eux un de leurs compagnons. En effet Elpénor, ayant bu plus que de raison, s'est endormi sur le toit du palais et, au moment du dé­part, il tombe du haut de la terrasse et se tue sur le coup. Un jeune bélier et une brebis noire, venant de l'île d'Aea, leur faciliteront I 'entrée de l'Hadès vers lequel un vent favorable, suscité par Circé, les conduit. ­

 

Chant XI. Obéissant aux instructions de Circé, Ulysse arrive aux contins du monde. au royaume des ombres. Tirésias lui annonce qu'il atteindra sa patrie sain et sauf, mais qu'il devra prendre garde de ne pas s'attirer la colère des dieux - en particulier dans l'île de Trinacie. Il lui faudra tôt ou tard apaiser Poséidon, selon des rites que lui indique le devin. Mais jusque-là Ulysse ne devra jamais oublier que Poséidon est son ennemi. Tirésias prédit en outre à Ulysse qu'il trouvera son palais en proie au désordre, mais qu'il ne mourra qu'à un âge avancé, sur la terre ferme. L'ombre d'Anticlée, la mère d'Ulysse, fait part au héros des malheurs qui accablent Pénélope et Télémaque.

 

D'autres ombres viennent converser avec Ulysse: celles d'Elpénor, d'Agamemnon et d'Achille, tandis que celle d'Ajax refuse de lui parler. Ulysse assiste à l'éternel châtiment de Tantale, de Sisyphe et du géant Tityos. Mais lorsque la foule des morts inconnus vient se presser autour de lui, Ulysse, terrorisé, quitte en hâte le séjour des ombres.

Chant XII. Le navire d'Ulysse retourne à l'île d'Aea, où Ulysse peut enfin, ainsi qu'il l'avait promis, donner à Elpénor une sépulture décente. Avant leur départ, Circé met en garde Ulysse contre les sortilèges des Sirènes, les dangers de Charybde et de Scylla, et ceux de l'île du Soleil. Pour leur éviter d'être attirés par le chant mélodieux des Sirènes, Ulysse fait boucher les oreilles de ses marins avec de la cire. Puis il se fait attacher solidement au mât de son navire et, malgré les prières qu'il leur adresse, ses compagnons rament sans s'arrêter dans ces parages menaçants. Ils perdent cependant six hommes dans le détroit qui sépare Charybde de Scylla, et il leur faut un courage surhumain pour échapper au monstre qui guette les navigateurs (voir Argonautiques, livre IV). Ils aperçoivent ensuite l'île de Thrinacie, où paissent les troupeaux du Soleil.

Suivant prudemment les conseils de Circé et du devin Tirésias, Ulysse ordonne à ses hommes

de poursuivre leur route et de ne pas aborder à Thrinacie où de nombreux dangers sont à redouter. Mais ils sont si las, si faibles, qu'Ulysse cède à leurs supplications et les autorise à

accoster sur l'île pour s'y abriter. Il leur fait cependant promettre d'obéir à ses ordres et de se contenter de la nourriture que Circé leur a donnée.

Enfin, épuisé, Ulysse s'endort. Lorsqu'il se réveille, il est frappé par une odeur de viande rôtie. Sous la Conduite d'Euryloque, les marins lui ont désobéi et ont tué pour les manger les bœufs blancs d'Hypérion, le dieu Soleil. Désespéré, Ulysse aperçoit les dépouilles des animaux égorgés, il entend leurs meuglements. Un vent violent s'élève, ils ne peuvent prendre la mer. Et pendant six jours Ulysse, impuissant, voit ses hommes se repaître des bœufs sacrés. Ils ignorent que leur destin est déjà scellé car Hypérion s'était plaint à Zeus de leur sacrilège.

 

Lorsque le vent se calme, Ulysse peut quitter l'île du Soleil. Le navire est déjà au large lorsque Zeus suscite un ouragan qui le réduit en pièces. Seul, Ulysse échappe au naufrage en s'agrippant à un tronçon de mât. Ballotté pendant neuf jours sur une mer démontée, il aborde enfin à l'île de Calypso.

 

Chant XIII. Le roi Alcinoos et sa cour demeurent silencieux. Le récit d'Ulysse les a tenus sous le charme. Enfin le roi prend la parole et promet à Ulysse que son navire pourra repartir le lendemain, les habiles Phéaciens sont prêts à le reconduire à Ithaque.

 

Le jour suivant, Ulysse prend congé de ses hôtes si généreux et, chargé de présents, s'embarque vers sa patrie. Les marins phéaciens font glisser le navire comme un cygne à la surface des eaux, et, pour la première fois depuis dix-neuf ans, Ulysse s'endort paisiblement. Le navire atteint Ithaque juste avant l'aurore. Les Phéaciens débarquent les cadeaux reçus par Ulysse dans une anse abritée, et laissent le héros se reposer à l'ombre d'un olivier.

 

Poséidon, ulcéré de voir que les Phéaciens ont reconduit Ulysse dans son pays, tourne sa colère contre ce peuple généreux. II change en pierre le navire au moment où il touche Schéria, et le fixe comme un rocher dans la mer. Alcinoos reçoit à regret l'avertissement de Poséidon. II renoncera à l'avenir à aider les voyageurs avec franchise, et, pour apaiser le dieu de la mer, il lui offre en sacrifice douze taureaux superbes.

 

Pendant ce temps, Ulysse s'est réveillé, mais il ignore où il se trouve. Prenant l'apparence d'un berger, Athéna lui explique qu'elle l'a entouré d'un nuage de brouillard afin qu'ils puissent convenir d'un plan sans être vus. Et la déesse le rassure: il est bien à Ithaque. Elle lui explique la situation qui règne au palais et le déguise en vieux mendiant pour que nul ne puisse le reconnaître. Quant à elle, elle va se rendre à Sparte pour en faire revenir Télémaque. Ulysse, de son côté, doit aller trouver Eumée, le chef de ses porchers, qui lui est resté fidèle.

 

Chant XIV. Eumée entend ses chiens aboyer furieusement après un étranger. II se précipite pour les faire taire. Apercevant un vieil homme épuisé par un long voyage, il l'invite à se reposer chez lui. Ulysse, qui s'est présenté comme un soldat crétois appartenant à l'armée qui accompagna Idoménée à Troie, est ému par la  bonté de ce loyal serviteur. II passe la l nuit avec les ouvriers de la ferme, couvert d'un large manteau que lui a prêté Eumée, parti surveiller ses troupeaux.

 

Chant XV. Athéna arrive à Sparte, où Télémaque et Pisistratos dorment dans le palais de Ménélas.

Elle enjoint à Télémaque de retourner immédiatement à Ithaque où la pression des prétendants à la main de sa mère, Pénélope, s'accentue dangereusement. En outre, les prétendants lui tendent une embuscade. Télémaque prend donc congé de Ménélas, son hôte si chaleureux, qui accompagne les deux jeunes gens jusqu'à leur char. Tout en marchant, ils aperçoivent un aigle, portant dans ses serres une oie blanche qu'il a saisie dans la cour d'une ferme, voler au-dessus du char avant de remonter dans le ciel avec sa proie. Ménélas interprète cela comme un heureux présage: Ulysse reviendra dans son royaume et fondra sur les prétendants comme un aigle. Avant de s'embarquer à Pylos, Télémaque accueille à son bord Théoclyménos, un fugitif originaire d' Argos.

 

Dans la cabane d'Eumée, Ulysse déclare son intention de se rendre à la ville pour y trouver un travail honnête. Eumée l'en dissuade, car il risquerait de se quereller avec les serviteurs des prétendants, qui se moqueront de ses cheveux blancs. Il lui conseille d'attendre le retour de Télémaque. Tout en préparant le repas, Eumée raconte son histoire à Ulysse. Tout enfant, il a été vendu comme esclave, mais il a eu la chance d'être acheté par le bon roi Laerte, le père de leur roi disparu, Ulysse.

Evitant l'embuscade tendue par les prétendants, Télémaque aborde à Ithaque. Son passager, Théoclyménos, est confié aux soins de ses compagnons. A ce moment, un faucon, tenant une colombe dans ses serres, s'approche du navire. Les plumes blanches de l'oiseau captif s'agitent au-dessus de Télémaque: le faucon est en effet le héraut d'Apollon venu encourager le fils d'Ulysse.

 

Chant XVI. Ulysse et Eumé sont en train de prendre un repas lorsque des pas se font entendre. Mais les chiens n'aboient pas, ce doit être un ami. Eumée sort en hâte: les chiens accueillent joyeusement Télémaque. Le vieux porcher est transporté de joie en le voyant sain et sauf.

Il s'empresse de lui donner de bonnes nouvelles de sa mère et le fait rentrer dans sa cabane. Télémaque y aperçoit un étranger qui se lève courtoisement à son approche et lui offre son siège. Eumée lui explique qu'il s'agit d'un soldat crétois qui s'est battu devant Troie. Télémaque avoue, qu'il est mortifié de ne pouvoir lui donner l'hospitalité, à cause du désordre qui règne dans sa maison. Mais tant qu'il demeurera chez Eumée, Télémaque lui offrira des vêtements neufs et de la nourriture.

 

Ulysse explique que son hôte généreux lui a appris qu'en effet la situation au palais est loin d'être satisfaisante. Eumée convainc Télémaque de le laisser aller rassurer Pénélope et Laerte sur son sort. Athéna déclare à Ulysse que le moment est venu de se faire reconnaître de son fils. Elle l'effleure de sa main et voici que le vieil homme en haillons redevient Ulysse vêtu de lin fin, et que les cheveux gris font place aux cheveux bruns. Télémaque le regarde stupéfait. Ulysse lui dit qu'il est son père. L'émotion qu'il ressent devant la bravoure de son fils lui laisse â peine la force de l'embrasser avant de fondre en larmes.

Ils mettent au point leur plan.

Depuis la mort présumée d'Ulysse, le nombre des prétendants s'est accru : ils sont plus d'une centaine, sans compter leurs serviteurs.

 

Télémaque retournera au palais sur l'heure et fera enlever toutes les armes qui s'y trouvent, à l'exception de deux épées, deux lances et deux boucliers qu'il mettra en lieu sûr.

Lorsque viendra le moment d'agir, Ulysse lui promet qu'Athéna en donnera le signal. De son côté, Ulysse se' rendra au palais déguisé en mendiant. Télémaque ne devra tenir aucun compte des grossièretés dont son père pourra être l'objet. Et nul ne doit savoir qu'Ulysse est de retour.

 

Apprenant que Télémaque a échappé à leur embuscade, les prétendants sont furieux.' Antinoos, le plus riche d'entre eux, est d'avis qu'il faut le mettre à mort. Amphinomos de Dulichium refuse de commettre ce crime. Les autres prétendants sont de son avis. Leur discussion est interrompue par l'arrivée de Pénélope. La reine les assure qu'elle connaît leur état d'esprit. Combien d'entre eux doivent la vie au roi dont ils dépouillent le royaume et dont ils voudraient déshonorer l'épouse! Pénélope et ses suivantes se retirent. Les prétendants n'osent pas lui répondre, mais leur conduite ne change pas.

 

Eumée vient faire son rapport à Télémaque. Il a vu aborder au port un navire d'où sont descendus des hommes en armes. Le vieil homme ignore qu'il s'agit du navire qui a ramené Télémaque, faisant son entrée officielle à Ithaque après avoir débarqué Télémaque en lieu sûr. Les hommes armés sont les vingt compagnons qui ont accompagné Télémaque depuis Pylos.

 

Chant XVII. Pendant ce temps, Athéna a redonné à Ulysse l'apparence d'un mendiant, afin qu'Eumée retrouve celui qu'il a quitté. Le lendemain matin, Télémaque se hâte d'aller voir sa mère pour se concerter avec elle. Vers midi, Eumée et Ulysse e rejoignent. Télémaque rassemble autour de lui les quelques rares amis qui lui sont restés fidèles: Mentor, Haliserthès et Antiphos. Peiraeos et Théoclymenos se joignent à eux. Pénélope, voyant ce dernier, est rassurée sur l'avenir par ses dons de prophétie.

 

Ulysse et Eumée arrivent au palais. Ils sont insultés en chemin par un chevrier, Mélanthios. Dans la cour, Ulysse est ému en retrouvant son vieux chien, Argos, couché sur un tas de fumier. Ce fidèle animal, reconnaissant son maître, n'a que la force de se redresser avant de retomber, mort.

 

Télémaque, qui guettait leur arrivée, se lève de table à leur approche et emplit un plat de nourriture qu'il leur fait porter. Puis il autorise Ulysse à demander l'aumône à ceux qui sont réunis dans la grande salle.

Tous les prétendants lui remettent quelque relief de leur festin, sauf Antinoos qui l'insulte et le frappe avec un tabouret. Ulysse ne bronche pas et maudit Antinoos, lui prédisant qu'il mourra avant le jour de son mariage.

Pénélope apprend qu'un hôte a été outragé; elle demande à Eumée de lui conduire le mendiant étranger.

Eumée lui recommande la prudence: les prétendants - et singulièrement le malveillant Antinoos - seront tentés de se venger s'ils apprennent que la reine a reçu cet étrange mendiant qu'ils méprisent tous. Mieux vaut attendre le coucher du soleil, ainsi les prétendants ignoreront tout. Eumée retourne à la ferme prendre soin des troupeaux de son maître.

 

Chant XVIII. Un nouveau venu fait son entrée dans le vestibule : un bravache nommé Arnaeos, commissionnaire des prétendants qui l'ont surnommé Iros (le masculin d'Iris, la messagère des dieux), le messager. Ils lui donnent, d'un signe de tête, l'ordre de chasser Ulysse de son siège dans l'angle du porche. Le brutal Iros crie à Ulysse de sortir, sinon il le chassera lui-même, bien qu'il prétende avoir honte de lever la main sur un si vieil homme. Antinoos et les autres prétendants, amusés de cette dispute, font cercle autour des deux hommes. A leur grande surprise, Ulysse accepte de se battre contre Iros. Antinoos propose au vainqueur un cuissot de chevreau en récompense. Ulysse demande simplement que nul ne s'interpose entre eux.

Télémaque le lui promet.

 

Ulysse se lève et rejette ses haillons. Iros comprend l'erreur qu'il a commise: ce « vieillard» a de larges épaules, des bras forts et des jambes nerveuses. Mais il est trop tard pour refuser la lutte. Ulysse le jette à terre sans effort, le traîne jusqu'à la porte et lui ordonne de rester assis sur le seuil pour en chasser les chien et les porcs, car tel est bien son emploi. Amphinomos - celui des prétendants qui a repoussé la suggestion de tuer Télémaque - s'avance alors et offre à Ulysse du pain et du vin, puis boit à sa santé. Cette courtoisie émeut Ulysse. II essaie d'avertir le jeune homme du danger qui le menace, mais le destin d'Amphinomos est scellé et, sans comprendre l'allusion d'Ulysse, il retourne à sa place dans la grande salle.

 

Pénélope tente alors une autre manœuvre auprès des prétendants. Elle paraît dans la grande salle, suivie de ses dames d'honneur, dans tout l'éclat de sa beauté. Elle déclare aux prétendants que, si leurs intentions sont sérieuses, ils doivent lui faire leur cour selon les usages et lui offrir des présents. Or, ils sont venus les mains vides. Comment pourrait­elle croire à leur sincérité?

 

Ulysse, assis dans son coin, est ravi de la présence d'esprit de Pénélope et en apprécie le résultat: les prétendants rivalisent de générosité et lui offrent de magnifiques cadeaux.

Au coucher du soleil, la grande salle est illuminée par des torches et quelques-unes des servantes du palais s'empressent autour des prétendants.

Ulysse, furieux de ce spectacle, ordonne à l'une des servantes - Mélantho - envers laquelle Pénélope s'est montrée particulièrement bonne, de servir sa maîtresse et non ceux qui la persécutent. Mélantho et les autres servantes disent à Ulysse de se taire, sinon il recevra un coup de poing sur le nez.

 

L'autorité naturelle d'Ulysse transparaît en dépit de son déguisement : sa voix de tonnerre et ses menaces terrorisent les jeunes filles qui s'enfuient en courant. Eurymaque, l'un des plus grossiers parmi les prétendants, propose à Ulysse une place d'ouvrier à son service. Ulysse lui répond qu'il n'est qu'un matamore et que, lorsque le roi reviendra, aucune porte ne sera assez large pour le laisser s'enfuir. Eurymaque jette un tabouret à Ulysse, qui l'esquive. Le tumulte gronde, mais Télémaque parvient à l'apaiser et les prétendants repartent chez eux, les uns surpris, les autres furieux.

Chant XIX. Ulysse est seul dans la grande salle. Pénélope entre et s'assied auprès de l'âtre. Les servantes s'apprêtent à desservir la table. A nouveau Mélantho se montre grossière envers Ulysse. La reine la réprimande vivement. Pénélope invite l'étranger à s'asseoir à ses côtés, devant le feu, et à lui raconter sa vie. Ulysse ne se dévoile pas, mais laisse clairement entendre à la reine que son mari est vivant et reviendra certainement à Ithaque. Pénélope lui promet une belle récompense si ses prédictions se réalisent. Puis elle envoie ses suivantes préparer un bain et une chambre pour son hôte. Tout en la remerciant de sa bienveillance, Ulysse lui demande si, plutôt que de déranger ses gracieuses suivantes, il ne se trouverait pas dans la maisonnée une personne de son âge qui s'occuperait de lui. Pénélope envoie alors les chercher Euryclée, la vieille nourrice toute dévouée à son fils. Celle-ci apporte une cruche d'eau chaude pour laver les pieds de l'étranger.

 

Soudain, Ulysse comprend que la nourrice va le reconnaître. Il porte en effet une cicatrice au pied, souvenir d'une chasse au sanglier. Euryclée la voit: assise devant son maître, la joie et la stupéfaction se lisent en même temps sur son visage. Heureusement, Ulysse tourne le dos à Pénélope et réussit à persuader la nourrice de se taire. Et tandis que Pénélope s'entretient avec ses suivantes, Ulysse confie ses plans à Euryclée.

Pénélope déclare à l'étranger que, si elle est obligée d'épouser l'un des prétendants, elle choisira celui qui montrera la même force et la même adresse que son mari disparu.

L'arc d'Ulysse est toujours au palais, celui-là même avec lequel il s'exerçait à lancer ses flèches à travers le cercle formé par douze fers de hache alignés.

 

Chant xx. Au cours de la nuit, Athéna vient rendre visite à Ulysse.

Elle lui dit d'avoir confiance dans les dieux et lui donne un sommeil paisible. Mais il s'éveille à l'aube et entend Pénélope pleurer. Ulysse adresse alors une prière à Zeus.

Deux signes favorables l'en récompensent. D'abord une pauvre servante, épuisée par le travail supplémentaire que lui donnent les prétendants, supplie Zeus d'en finir avec eux ce jour même; puis un roulement de tonnerre retentit à travers le ciel. Ulysse, plein d'espoir, se prépare à affronter cette journée.

 

Eumée arrive au palais, amenant trois beaux porcelets pour le festin du jour. Mélanthios, le chevrier, apporte des chèvres et insulte à nouveau le « mendiant». Philoetios, le bouvier, vient avec une génisse. Il est à la fois courtois et compatissant, et déclare que seul le retient à Ithaque l'espoir que son maître Ulysse y reviendra, car la vie y est insoutenable pour un homme honorable. Ulysse a le cœur réchauffé par la loyauté de son serviteur et lui promet que tout finira bien.

 

Les prétendants, quant à eux, sont revenus à leur idée de tuer Télémaque. Mais un présage les effraie : ils voient un aigle dans le ciel tenant une colombe dans ses serres. La colombe est toujours en vie. Ils entrent dans le palais et s'assoient à la table de la grande salle. Ulysse est auprès du foyer, et Télémaque précise avec force que son hôte ne doit en aucun cas être molesté. Il parle avec autorité et les prétendants en sont désagréablement surpris. L'un d'entre eux, Ctésiphos, lui répond insolemment que son hôte recevra l'hospitalité de tous, et ce disant, jette à la tête d'Ulysse un tabouret. Ulysse s'écarte, et le projectile se fracasse contre un mur. Réfrénant à grand-peine l'envie d'abattre Ctésiphos, Télémaque lui lance, ainsi qu'aux autres prétendants, un dernier avertissement. Tandis qu'il parle, la lumière s'affaiblit dans la grande salle. Théoclyménos, assis à côté de Télémaque, se lève et déclare aux prétendants que l'obscurité couvre leurs visages, que les murs sont éclaboussés de sang - et qu'une catastrophe à laquelle ils n'échapperont pas va fondre sur eux.

Et tandis que Théoclyménos quitte la salle, les prétendants se moquent des amis choisis par Télémaque : l'un est un vieux mendiant et l'autre un simple vagabond qui se prétend devin.

 

Chant XXI. Pénélope entre dans la grande salle, portant l'arc et les flèches d'Ulysse, présent d'Iphitos, qui les avait reçus de son père, le génial archer Eurytos. Ses dames d'honneur la suivent, chargées des haches dont Ulysse se servait.

La reine confie l'arc de son mari aux prétendants, afin qu'ils essaient leur force. Pendant ce temps, Ulysse se fait reconnaître d'Eumée et de Philoetios, auxquels il révèle ses projets.

 

Aucun des prétendants ne réussit à tendre l'arc. Pour dissimuler leur embarras, Antinoos déclare que le jour n'est pas propice au tir à l'arc, car il est consacré au divin archer, Apollon. Cependant Ulysse se lève, et demande la permission d'essayer l'arc à son tour. Les prétendants sont outrés. Télémaque prie sa mère de se retirer: surmontant sa surprise, Pénélope obéit. Les prétendants proclament leur colère devant l'audace de ce mendiant en haillons. Eumée aligne néanmoins les haches, puis il remet l'arc à Ulysse et sort en hâte.

Le vieil homme courageux demande à Euryclée de fermer à double tour les portes des appartements des femmes; la nourrice s'y emploie promptement. Puis Eumée fait signe à Philoetios de barricader les grilles qui donnent sur la cour.

Les prétendants sont stupéfaits : Ulysse vient de réussir à tendre le grand arc. Sa flèche, avec une sûreté infaillible, traverse le cercle formé par les haches. Ils l'entendent déclarer à Télémaque « le moment est venu », et Télémaque, armé de son épée et de son javelot, se place à ses côtés. Le tonnerre de Zeus retentit dans le ciel.

 

Chant XXII. Rejetant ses haillons, Ulysse ajuste une autre flèche à son arc et la décoche droit à la gorge d'Antinoos au cœur sauvage, qui meurt sur le coup. Les prétendants cherchent désespérément leurs armes, mais Télémaque les a fait enlever. Ulysse, d'une voix triomphante, leur annonce que leur destin est scellé.

N'étaient-ils pas persuadés que le roi ne reviendrait jamais à Ithaque ?

 

Les prétendants comprennent qu'ils sont en danger de mort. Mélanthios, le chevrier, réussit à s'emparer de quelques armes mais Ulysse et Télémaque l'aperçoivent : Eumée et Philoetios l'enferment dans l'armurerie et le pendent au plafond de la pièce.

Puis ils reviennent aux côtés d'Ulysse dont toutes les flèches sont mortelles.

 

Mais les munitions s'épuisent, et Ulysse craint que ses trois compagnons et lui-même ne soient écrasés sous le nombre des prétendants. Soudain, à la surprise générale, Mentor apparaît dans la grande salle. Mais ce n'est pas le précepteur de Télémaque, c'est Athéna qui a revêtu son apparence. Elle vient redonner du courage à Ulysse, et les quatre amis, réconfortés, se battent avec une ardeur renouvelée. Athéna se joint à eux, créant des diversions et détournant le cours des armes des prétendants, qui ne frappent que les portes ou les poutres. Bientôt la lutte s'achève. Philoeletios a la satisfaction d'abattre Ctésiphos, tandis qu'Eumée compte les prétendants dont il s'est débarrassé.

Seuls sont épargnés le barde, Phémios, et Médon, le héraut des prétendants, car ni l'un ni l'autre n'ont participé à la spoliation du royaume d'Ithaque, ou insulté Ulysse.

 

Euryclée a entendu le bruit de la bataille. Télémaque va chercher sa nourrice et la conduit devant son père, debout dans la grande salle, au milieu d'un carnage indescriptible, entouré de ses deux fidèles serviteurs Euryclée est tentée de crier sa joie devant le triomphe de son maître, mais Ulysse l'empêche de se réjouir ouvertement en présence de tous ces morts.

 

Il lui demande d'amener devant lui les servantes qui l'ont insulté : les trois hommes emporteront les cada-vres des prétendants, les jeunes filles nettoieront la salle. Puis elles mourront. Télémaque, rempli de haine envers celles qui ont déshonoré la demeure de ses parents, les pend. Mélanthios, lui aussi, est brutalement mis à mort. On lui arrache le nez et les oreilles, que l'on jette aux chiens ; puis on lui coupe les mains et les pieds et on le laisse mourir lentement devant les grilles du palais.

 

Sa maison remise en ordre, Ulysse, entouré des serviteurs qui lui sont demeurés fidèles et lui témoignent leur joie de son retour, ne peut retenir son émotion. Debout au milieu d'eux, il laisse couler ses larmes. 1

 

Chant XXIII. Euryclée se hâte de porter à Pénélope la joyeuse nouvelle. La reine n'en croit pas ses oreilles et descend dans la grande salle, vide et silencieuse à présent. Elle prend sa place auprès du feu et regarde Ulysse, muette. Malgré les adjurations de Télémaque, Pénélope demeure immobile, incrédule devant les guenilles que porte encore Ulysse.

 

Celui-ci se lève alors : il va prendre un bain et se changer. Mais lorsqu'il revient, vêtu comme un roi, la reine reste insensible. Ulysse demande donc qu'on lui dresse un lit quelque part, puisque son épouse ne veut pas le recevoir. Pénélope demande à Euryclée de sortir de la chambre le grand lit qu'Ulysse a fait de ses mains. Furieux, Ulysse répond qu'il est impossible de déplacer ce lit, puisque l'un des montants n'est autre qu'un olivier vivace autour duquel le lit a été construit. La reine s'écroule en pleurant, car elle sait maintenant qu'Ulysse est de retour : nul autre au monde ne connaît leur chambre nuptiale.

 

Chant XXIV. Le calme revenu dans son palais, ayant retrouvé l'amour de sa femme, il reste à Ulysse à remettre de l'ordre dans son royaume et à rendre visite à son père Laerte. Bien qu'il soit fort âgé, Laerte semble revivre en retrouvant son fils, qu'il identifie, comme Euryclée, grâce à la cicatrice qu'il porte au pied. Ensuite Ulysse et Télémaque, accompagnés d'Eumée et de Philoetios, cherchent le moyen d'éviter l'effusion de sang qui menace après la mort des prétendants, dont les familles demanderont certainement vengeance. En fait, une foule irritée est rassemblée en ce moment même dans la ville. Eupithès, le père d'Antinoos, levé accuse Ulysse qui, non content d'avoir emmené les plus braves jeunes gens à une guerre inutile contre Troie, à peine revenu à Ithaque, assassine les hommes de sa race. La foule est influençable et lui donne raison; nombreux parmi elle sont ceux qui viennent de perdre un membre de leur famille. Médon et Halithersès arrivent sur la place et expliquent à l'assemblée que c'était une folie d'autoriser leurs pères ou leurs fils à dépouiller la maison d'Ulysse.

 

Cependant, Eupithès l'emporte.  II marche, à la tête d'une foule en armes, jusqu'à la maison de Laerte où il sait que se trouve Ulysse. Laerte, ses gardes et les amis d'Ulysse ne sont que douze. Furieux de la façon dont Eupithès a excité la foule contre son propre roi, Laerte lui lance une javeline qui le tue sur le coup. Ulysse conduit la contre-attaque, tandis qu'Athéna pousse un cri terrible, qui provoque la panique des assaillants et les fait reculer d'effroi. Pour empêcher un nouveau carnage, combien inutile, Zeus intervient. II envoie un éclair au-devant de sa fille et lui ordonne de faire cesser les combats, car la paix doit être restaurée.

 

Athéna calme l'ardeur  belliqueuse des antagonistes; le massacre est évité. Enfin, reprenant la forme de Mentor, la déesse achève de  rendre la paix au royaume d'Ithaque.

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20 mai 2018

Histoire de sociétés futures.

socfutures

 

Pour l'amour de Grace par Suzette Hadden Elgin.

Le Khadich Ban-Harihn regarda un disque à un message lui apprenant que sa femme la khadicha Althea était anormale. Il devrait commander un rapport pour en savoir plus elle peut être rentrée chez lui ce qu'il lui demanderait neuf mois de voyage. Il appela une scribe pour obtenir un rapport sur sa femme. Il voulait savoir si c'était grave et urgent. La scribe répondit juste : « négatif ».

Le rapport arriva quatre jours plus tard.

Le rapport était écrit en symboles alors le khadich l'introduisit dans son transcripteur. Le rapport avait été écrit par la scribe de sa Maison.

Le khadich apprit que sa femme avait empêché sa fille de s'avancer pour parler à la poète Anne-Marie lors du festival des Pluies de Printemps. La poète avait été offensée. La famille du khadich empêcha la khadicha de participer aux heures de transes.

Il s'agissait donc d'insulte publique à un poète. Le khadich mesurer les répercussions.

Anne-Marie était le seul poète femelle de la planète. Il était fort probable qu'elle réagirait avec déplaisir à une insulte publique, venant qui plus est d'une femelle. Elle essayerait probablement de se venger sur les fils du khadich qui ne pouvait risquer qu'une femelle vindicative détruise ce qu'il avait conquis.

Il décida de quitter la terre pour rentrer sur sa planète.

Il avait ses cinq fils à l'université. Ils avaient été sélectionnés par concours pour l'État de poésie.

Son plus jeune fils avait été élu, déliant ainsi l'aîné de son voeu de célibat. Cela signifiait que son petit-fils serait le descendant direct d'un Poète, chose qui ne s'était pas produite de mémoire d'homme. Depuis 300 ans, les fils d'une même famille n'avaient jamais été admis à faire des études de poésie tous ensemble.

Lorsque le khadich arriva chez lui, ses fils l'attendaient dans la bibliothèque. Ils s'assirent et le khadich frappa trois coups selon le rituel ancien.

Michael, le fils aîné du khadich raconta ce qu'il s'était passé depuis le départ de son père qui avait mis 10 mois à rentrer chez lui.

Mickaël avait consigné la khadicha dans ses appartements après l'incident de la fête. Mais elle désobéit alors il fit mettre une médication dans le lait qu'on lui servait et elle devint docile.

Jacinthe, la fille du khadich écrivit au poète Anne-Marie lui annonçant son intention de se présenter au concours de poésie. Anne-Marie transmit sa lettre aux autorités de l'Unité de Poésie. Sur ordre du gouvernement, Jacinthe avait été cloîtrée pour éviter de contaminer les autres femelle.

Le khadich demanda à ses fils s'ils désiraient que leur mère soit placée sous médication permanente. Ils préféraient attendre.

Il y avait une fleur mobile chez le khadich. Il demanda à l'intendante de quel sexe était la fleur. C'était une fleur mâle. Alors le khadich la garde après de lui.

An-Ahda, l'avocat du khadich écouta son client. L'avocat dit qu'il ne pouvait rien faire. La loi autorisait les femelles à participer au concours de poésie, à condition qu'elles soient âgées de 12 ans et qu'elles soient citoyennes de la planète.

Si Jacinthe échouait, elle serait isolée à vie dans la résidence de sa famille.

Jacinthe serait cloîtrée tant que le concours n'aura pas lieu.

La punition, en cas d'échec était dure, pour éviter le chaos si toutes les jeunes femelles émotives faisaient valoir leurs droits à participer au concours.

La loi estimait que la profession de poésie était une charge religieuse, il fallait prévoir une ouverture pour les rares occasions où le Créateur jugerait bon d'appeler une femelle à son service.

Il n'y avait eu que trois poètes femelle en 9000 ans.

Le khadich pouvait interjeter un appel galactique mais l'avocat lui expliqua que cela créerait un incident international intergalactique. Le khadich renonça.

Le khadich savait ce que risquait Jacinthe car il avait une soeur qui avait échoué au concours de Poésie. Elle avait 46 ans et n'était pas mariée.

Elle s'appelait Grace. Elle était recluse chez le khadich. Elle n'avait droit qu'à quelques livres et papiers.

L'unité de discipline féminine était très stricte sur ce point. Elle était devenue folle. Le khadich alla voir sa femme.

Il lui donna une capsule et la lui fit avaler. Elle sortit de sa torpeur.

Elle expliqua à son mari que Jacinthe voulait être poète comme ses frères en disant que ce serait un grand honneur pour leur maison si tous les enfants du khadich étaient admis à servir la Foi.

Quand Anne-Marie lui fit l'honneur de la distinguer lors de la procession cela confirma Jacinthe dans sa volonté.

Elle avait acquis la certitude d'avoir été élue.

La khadicha l'avait emmenée voir Grace dans la cellule pour la dissuader mais Jacinthe n'avait pas renoncé. Le khadich avoua à sa femme qu'il avait l'intention de déposer une plainte à l'Unité de Discipline Féminine la concernant. Elle s'y attendait.

L'UDF était déjà intervenu pour forcer la khadicha à faire l'amour à son mari. Sachant tout du comportement de Jacinthe, le khadich renonça à sa plainte car il aurait agi comme sa femme pour empêcher Jacinthe de tenter le concours.

Le jour du concours, la famille du khadich resta à la maison se préparant à l'inévitable. Les servantes en pleurs avaient préparé une autre cellule proche de celle de Grace. Le khadich avait autorisé sa femme à quitter ses appartements pour la journée.

James demanda à son père si Jacinthe pouvait réussir. C'était son fils cadet. Michael lui fit comprendre que Jacinthe n'avait aucune chance. Mais James posa la question à son père qui lui aussi croyait à l'échec de sa fille. Lui-même avait échoué quand il avait 16 ans.

James trouvait la loi cruelle et se promit de devenir puissant et de la changer. Ses frères rirent mais le khadich leur ordonna de laisser James tranquille.

Le khadich devina que James avait joué un rôle dans cette affaire et James avoua s'est entraîné au concours avec Jacinthe car il ne voulait pas être le seul fils du khadich avoir échoué. Elle était bien meilleure que lui. Il eut honte de l'avouer.

Le concours de poésie avait sept niveaux. Mickaël avait été admis au quatrième niveau et ses frères n'avaient accédé qu'au premier.

Après le premier niveau, les ordinateurs jouaient un rôle. Le khadich demanda à Michael de lui raconter. Il fallait aller dans des petites cabines où se trouvait le tableau de l'ordinateur et en appuyer sur le bouton « prêt ». L'ordinateur donnait des thèmes de poésie.

Les candidats devaient répondre tout de suite sans écrire.

À chaque niveau, les ordinateurs donnaient des sujets plus difficiles.

Le khadich obtenait son titre de « coller » signifiant « administrateur de propriétés et de Maisons importantes » en passant un unique examen oral.

Jacinthe n'avait pas étudié la prosodie et n'avait pas suivi les ateliers d'été.

Elle serait sûrement terrifiée au point de ne pouvoir sortir un mot.

Anne-Marie avait réussi le deuxième niveau.

L'heure de la Méditation était arrivée et les fils du khadich se retirèrent dans leur chambre.

Le khadich était furieux contre Jacinthe et contre la loi.

Il regarda des émissions sur son com-system mais il les trouva nulles.

Il tomba sur les informations. Le speaker annonçait les résultats du concours de Poésie. Mais le khadich éteignit et appela l'Unité de Poésie. On lui annonça que des messagers étaient en chemin. Les messagers ramenèrent Jacinthe chez elle. Elle ne pourrait parler à sa famille qu'une minute pour lui dire adieu. Jacinthe avait réussi le septième niveau du concours. Elle devait recevoir un enseignement au temple de l'université. La planète allait fêter cet événement.

Jacinthe ne dit pas adieu à sa famille mais ordonna qu'on libère Grace le temps de lui annoncer que Jacinthe avait réussi le concours.

Les champs d'or par Kit Reed.

Hamish et Nelda était un vieux couple. Ils étaient dans une villégiature. Les chasseurs étaient plein de sollicitude mais cela agaçait Hamish. Le mobilier était rare et de type fonctionnel. Tout autour de la pièce, une main courante.

Ils avaient tout vendu pour acheter cette chambre de motel. Nelda ne voulait pas revenir d'où ils venaient à cause des voisins et d'Albert et Lorraine. Hamish avait peur d'Albert et Lorraine. C'étaient ses enfants. Mais un jeune homme entra et replia le cadre des photos de familles de Nelda et le rangea dans le tiroir de la table de toilette.

Le jeune homme s'appelait Richardson. C'était le directeur de l'établissement. Il leur présenta Cletus Ford, le doyen en second du Motel.

La résidence appelait les Champs d’Or et Richardson vérifiait qu'ils étaient bien installés.

Cletus essaya de parler mais Richardson l'obligea à se taire en le menaçant du règlement.

Richardson lista les avantages de la résidence : le soleil, la natation, la compagnie des gens de l'âge d'Hamish et Nelda. Il y avait un assistant à chaque terrasse.

Lever à 7:00 et coucher à 21:00, le règlement était strict.

Cletus parla des clubs, il y avait le groupe d'Adorateurs du soleil et une loge maçonnique de premier ordre. Il y avait le Lion’s club.

Cletus avait cherché les limites de la résidence et il avait marché pendant des kilomètres. Cletus leur montra la Tour de l'espoir de la fenêtre et l'hôpital.

Hamish se demanda comment il pourrait convaincre Nelda de partir mais elle lui montra le journal la Corne d'or.

Une vieille dame entra. Elle cherchait Cletus. Elle s'appelait Lucy Fortmain. Nelda lui offrir un bonbon. Nelda et Lucy parlèrent de leurs enfants. Ceux de Nelda avaient 39 et 43 ans.

Mais Lucy finit par avouer qu'il y avait un problème dans la résidence. Pour tout ce que le personnel donnait, il enlevait quelque chose aux résidents.

Lucy n'avait même plus de miroirs dans sa chambre. S'ils l'avaient laissée partir, Lucy se répartit dans la minute mais ces enfants ne voulaient pas d'elle.

Hamish pensait qu'ils étaient en prison. Même les chaises étaient vissées au sol.

Il voulait retourner chez ses enfants mais Nelda lui rappela combien ils étaient stricts.

Nelda avait besoin d'Hamish et lui fit promettre de rester avec elle dans la résidence.

Cletus revint et se terra dans leur douche. Lucy vint le chercher. Il pestait contre le personnel et voulait une piqûre.

Cletus et Lucy étaient là depuis 14 ans. Cletus fuyait le personnel car il ne voulait pas mourir.

Lucy lui demanda d'avoir du courage. Elle l'emmena à la charrette des morts qui les emmènerait à la Tour du Sommeil.

Hamish fit ses valises.

Nelda savait ce qui les attendait.

Elle avait lu sur la brochure de la résidence. C'était écrit à la fin, en petits caractères. Les vieux avaient tout ce qu'ils voulaient jusqu'au moment où ils avaient utilisé leur quota de médicaments. Après on les tuait.

Nelda ne voulait plus dépendre de ses enfants. Dans la résidence elle aurait droit à un peu de confort et de sécurité avant d'être tuée.

Hamish voulait rentrer chez ses enfants mais Nelda lui avoua que c'était leurs enfants qui avaient voulu les envoyer aux Champs d'or. Hamish voulut quand même partir. Et quand il sortit, il comprit qu'une rumeur sourde se dirigeait vers lui.

Un cimetière sur toute la terre par C. C. Mac App.

Tout a commencé par un incident technique survenu à la nouvelle machine comptabilisatrice d'une fabrique de cercueils. Cette erreur portant sur la deuxième décimale échappa à toutes les vérifications humaines et mécaniques.

Le budget consenti au chef de service publicité était 50 fois supérieur à ce que le chef attendait. Cette année-là, les affaires n'avaient pas été merveilleuses. Les acheteurs ne se pressaient pas aux portes des magasins.

La soudaine publicité pour les cercueils créa un choc.

Les journaux et tous les moyens d'information firent de la publicité pour les cercueils.

Jamais l'opinion publique n'avait essuyé assaut aussi violent. Les consommateurs se précipitèrent chez les marchands de cercueils. Les supermarchés ouvrirent un rayon de cercueils.

Les stations-service en vendirent aussi. Comme les instituts de beauté. La fièvre régnait en bourse. Des grèves éclatèrent.

Le Congrès fut convoqué et le Président fut autorisé à rationner le bois pour faire face à la pénurie. S'inclinant devant les pressions des groupes occultes, les États-Unis promulguèrent des lois interdisant l'incinération.

Le marché noir du cercueil apparut.

Le directeur de la publicité qui avait été à l'origine de ce bouleversement s'était battu en mettant en oeuvre les moyens formidables dont il disposait pour obliger les usines productrices à constituer des stocks.

Cela ne satisfaisait qu'une faible partie de la demande.

Les sociétés de pompes funèbres affrétèrent à prix d'or des avions à réaction, dépouillés de leurs sièges, sillonnant le monde pour acheter des cercueils dans le monde entier.

Le 23 décembre, la frénésie s'apaisa et les affaires marquèrent le pas.

Beaucoup d'États-Uniens possédaient plusieurs cercueils.

Quant aux habitants des autres pays, il valait mieux pour eux qu'ils ne mourussent pas dans l'immédiat.

Le chef de publicité avait été promu directeur des ventes et président-directeur général adjoint.

Fin janvier, il lança une nouvelle campagne. Il fallut se rendre à l'évidence : les modèles de Noël étaient démodés. Le cercueil était devenu le nouveau symbole de la respectabilité sociale.

C'était le marasme dans l'industrie automobile car les garages étaient remplis de cercueils. Le cours des valeurs pétrolières s'effondra.

Les cercueils les plus luxueux étaient de véritables maisons décorées.

Le plus vaste était de forme triangulaire, était baptisé « réunion de famille » et comportait une série de niches pour les parents, huit enfants plus deux petits camarades et le chat.

Les ventes reprirent de plus belle.

Le chef de la publicité pensait qu'il fallait faire en sorte que les gens se servent de leurs cercueils.

À présent, il disposait de tous les crédits qui lui étaient nécessaires.

Les choses commencèrent tout doucement et de manière si peu violente que rares furent ceux qui parlèrent de suicide.

Les adolescents organisèrent des « casse-pipe parties ». La mode de se répandit chez les adultes.

Les cercueils étaient vraiment confortables.

Il suffisait aux gens de fermer les yeux et ils mouraient, le sourire aux lèvres.

Le bloc communiste dénonça immédiatement ce mouvement comme un complot répugnant de l'impérialisme décadent.

La Chine expérimenta clandestinement la chose, se disant que c'était peut-être le moyen de pallier l'explosion démographique ; elle trouva que le système était bon.

Le bloc communiste lança son propre programme tout en expliquant qu'il était totalement différent de celui des États-Unis.

Au bout de deux ans, le monde se trouva débarrassé de la plupart de ses tourments.

Les États-Unis furent le dernier pays à succomber. Ils avaient mis au point un système de production de cercueils et d'inhumation presque entièrement automatique.

Enfin, un homme qui pensait être le dernier humain fit le tour de Denver à la recherche du cercueil qui lui convenait le mieux.

Il ne trouva et s'y installa.

Mais il restait Adams, un prospecteur et sa mule.

Il pensait que les Martiens étaient responsables de la disparition des hommes mais il lut un journal et comprit que tout était à recommencer.

Gagner la paix par Frederick Pohl.

1

Pendant la Grande Marche sur le Pentagone, Honest Jack Tighe, le père de la Seconde République, écrasa la plus puissante nation du monde avec un fusil de chasse.

Il s'enferma dans le bureau de Lincoln et rédigea la Déclaration des Torts.

Le premier tort était la vente forcée des biens. Le deuxième était la publicité, le troisième était la télévision commerciale.

Mrs Cossett fit remarquer à son mari Bill que dorénavant le toast du petit déjeuner n'était plus carbonisé et qu'on pouvait utiliser les mêmes instruments pendant six mois sans en racheter.

Bill dirigeait une concession Buick. Il avait 1841 voitures en stock car les usines souterraines continuaient de produire automatiquement.

Comme Tighe avait annoncé au pays que les gens n'avaient plus besoin d'acheter de voiture et que les cavernes continuaient d'en produire, Bill ne savait pas quoi en faire. Il décida d'aller à Washington.

2

Tout le pays était débordé de marchandises. Jack Tighe le savait. Les stocks s'accumulaient. C'était une affaire d'automation et d'écoulement.

Les usines étaient devenues automatiques pendant la guerre. C'était la publicité qui permettait l'écoulement mais c'était une oppression et Tighe la cessa. Tighe n'attachait aucune importance aux délégations de gens qui se plaignaient. Tighe reçut Bill Cossett, il fut impressionné par son discours il lui dit qu'il allait créer une commission d'action dans laquelle il placerait Bill. Il fut envoyé avec un groupe d'assaut devant l'usine souterraine de Farmingdale. Quand la guerre froide s'était réchauffée, l'Electromécanique nationale construisit des usines souterraines automatiques sur l'ordre du gouvernement pour fabriquer des armes sans que l'usine soit repérable par l'ennemi.

Les usines souterraines étaient capables, en l'absence de toute présence humaine, de produire, de transformer les articles, de modifier l'outillage et de fabriquer des modèles nouveaux. Les usines établiraient leurs prévisions de vente grâce à une liaison électronique avec l'ordinateur du Bureau de la Statistique et de la Démographie de Washington.

Les ordinateurs des usines souterraines indiquaient les endroits où se trouvaient les matières premières. Il y avait un bouton pour déclencher les usines mais il ne s'éteignait pas.

3

Bill était avec une troupe armée dirigée par le commandant Commaigne. Des camions sortaient des usines, ils étaient conduits électroniquement. Commaigne donna l'ordre de tirer sur les camions. Puis il fit entrer sa troupe dans l'usine. L'usine se défendit par des rafales de mitrailleuses.

Commaigne utilisa une arme créée par Churchill, le Winnie’s Pet, une sorte de taupe gigantesque, pour creuser une galerie dans l'usine. Ils purent avancer ainsi au centre de l'usine. Mais ils durent sortir car l'usine se défendit en détruisant le Winnie’s pet.

4

Tighe était surnommé l'invincible. Marlène Groshawk, la secrétaire de Tighe, suggéra de faire comme Sherlock Holmes, se déguiser pour tromper l'ennemi. Il fallait que la troupe de Commaigne se déguise en matières premières et l'usine la laisserait entrer.

Bill appela sa femme pour lui annoncer qu'il allait entrer dans la caverne. Il ne dit rien sur l'opération à venir car il se méfiait du téléphone.

Le capitaine Margate était le spécialiste de Tighe pour les matières premières. Il aida Commaigne à attaquer l'usine. Il décida de déguiser la troupe en morceaux de charbon.

Le risque, c'était que l'usine les utilise comme matières premières.

5

Commaigne, Bill et Marlène rentrèrent dans la caverne.

Ils s'enfermèrent dans une cavité de charbon. Le temps passa puis une machine vint attaquer le bloc de charbon dans lequel se trouvaient Commaigne et les autres. Ils bondirent sur un tapis roulant et se nichèrent au milieu des blocs de charbon qui glissaient vers l'usine. Il y avait une atroce lueur ocre car les machines voyaient par l'intermédiaire de cellules photoélectriques sensibles aux bandes extrêmes.

Il faisait chaud auprès des fours. Les trois envahisseurs étaient assourdis par le tumulte. Ils sautèrent du tapis roulant avant que la machine ne les attrape. Ils évitèrent des grille-pain qui se précipitaient dans leur direction. Marlène disparut. Elle était allée poser des bombes. Elle revint pour expliquer ce qu'elle avait fait. Les bombes firent exploser le tapis roulant. L'usine interrompit le travail et éjecta tout ce qui restait du tapis roulant avec Commaigne et ses amis.

L'usine se referma et abandonna ses activités.

Les jours suivants, les hommes de Tighe usèrent de la même tactique dans toutes les usines. C'était la victoire. Tighe ordonna une journée de fête nationale.

6

Tighe présenta les trois héros au peuple. Mais les usines se réveillèrent et envoyèrent des petits globes lumineux. C'étaient des cafetières d'un nouveau modèle inusable sans matières premières ! Les usines s'étaient adaptées.

Les ailes du chant par Lloyd Biggle jr.

Karl Brandon vit l'enseigne par hasard, « Antiquités » était écrit sur elle. Il poussa du coude son chauffeur et deux minutes plus tard, il était dans la boutique. Il était ému. Il demanda des briquets à l'antiquaire. Mais l'antiquaire lui en proposa des rouillés. Il fut intrigué par un objet et le saisit. C'était une boîte avec un long manche. C'était en bois. L'antiquaire lui demanda s'il avait déjà vu du bois. Brandon pensait avoir vu une table dans un musée. L'objet avec l'inscription « Jacob Rayman at ye Bell House, South Mark, London, 1688 ».

Presque 1000 ans d'âge.

Il n'y avait plus de larmes ailleurs que sur la terre. Mais ils avaient disparu après la Guerre. L'objet était un violon. L'antiquaire ne savait pas comment il fonctionnait. Brandon était surpris que le violon ne contienne pas de machinerie.

L'antiquaire en demandait 1000, Brandon refusa et partit. Il collectionnait les briquets mais voulait collectionner autre chose alors il retourna à la boutique pour acheter le violon. Brandon parla du violon à Morrison. Ils avaient trouvé un livre montrant un violoniste. Morrison pensait qu'il manquait des pièces au violon.

Il ne savait pas comment on en jouait.

Brandon dit que même le professeur Wettz n'en avait pas la moindre idée. Le violon avait un trou et Brandon voulait que Morrison l'aide à trouver quelqu'un qui serait le réparer.

Parker, le secrétaire de Brandon avait trouvé une formule pour la colle à bois grâce au directeur du Musée du Congrès. Mais Parker n'avait pas trouvé de bois.

Brandon appela Morrison sur son visiophone pour lui demander de l'aide. Morrison avait déjà cherché, en vain.

Brandon sourit car il vit que la découverte du violon avait piqué Morrison beaucoup plus qu'il ne l'avait imaginé.

Parker chercha du bois pendant une semaine, en vain. En revanche, il avait appris, par la salle de référence de la bibliothèque, qu'il y avait eu un sculpteur sur bois 100 ans plutôt sur Beloman. C'était écrit dans un livre intitulé « Métiers bizarres ».

Brandon avait des mines sur Beloman. Il allait y faire un tour. Ils arrivèrent un jour de pluie.

Charles Radzel, le directeur résident, les accueillit. Brandon demanda à Rodzel s'il avait déjà vu du bois mais Radzel ne savait pas ce que c'était.

Mais Radzel avait pourtant entendu parler du sculpteur sur bois.

C'était le vieux Thor Peterson. Il demandait des prix fantastiques et travaillait sur commande.

Il était encore vivant deux ans plus tôt. Radzel le retrouva et donna l'adresse à Brandon qui y alla avec Parker. Ils virent un arbre dans le jardin de Peterson et en furent très surpris. Le vieux les accueillit. Il ne pouvait plus marcher. Il venait de sculpter une tête de femme sur bois. Brandon en resta bouche bée.

Peterson était très vieux mais ce n'était pas lui qui était cité dans le livre trouvé par Parker, c'était son arrière-grand-père. Sa famille était une lignée de sculpteurs qui avait un secret pour cultiver les arbres. Mais Peterson était le dernier de sa lignée car ses fils avaient trouvé une bonne situation et ne voulaient pas suivre sa voie.

L'arbre qu'il possédait était le dernier car il n'aurait plus d'intérêt à en faire pousser un autre.

Brandon pensait que c'était peut-être le dernier arbre de toute la galaxie. Peterson avait livré le secret de la culture des arbres à beaucoup de gens mais personne ne s'y était intéressé. Brandon montra le violon à Peterson qui demanda ce que c'était. Brandon lui dit que c'était un instrument de musique. Peterson le trouva splendide. Brandon lui demanda de le réparer parce qu'il voulait en jouer. Peterson refusa car il avait une flûte léguée par son grand-père mais ne savait pas en jouer. Pour lui le secret de la musique était mort et il ordonna à Brandon d'enterrer le violon.

Brandon refusa et insista pour que Peterson répare le violon. Peterson était persuadé que l'ancienne musique était morte. Brandon partit.

Il acheta du bois. Il acheta les sculptures de Thor grâce à Parker qui les cherchait. En quelques jours, il avait réuni la plus grande collection de bois de toute la galaxie.

Il avait donné de l'argent à l'agent de Peterson pour acquérir sa production à venir. Brandon rentra avec Parker. Il sacrifia une boîte en bois à un technicien, Poliver qui apprit à travailler le bois. Poliver réussit à reboucher le trou du violon après plusieurs essais. Un chimiste de Brandon réussit à lustrer le violon sur la pièce rapportée.

Des techniciens sculptèrent le chevalet et les chevilles. La touche fut fabriquée en plastique. Un technicien comprit de quoi était faites les cordes et en fabriqua.

Le professeur Waltz montra comment les chevilles fonctionnaient et comment la position des doigts changeait le son.

Brandon réussit à faire de la musique en grattant les cordes mais refusa qu'on lui fabrique un archet.

Il reçut les dernières créations de Peterson. Il avait fabriqué un violon de mémoire. Brandon retourna le voir. L'arbre avait disparu. Peterson était mort.

Brandon eut la subite et fulgurante intuition d'une musique mais il fit tomber le violon dans l'eau et le violon flotta avant de s'écraser dans les tourbillons de la rivière.

… Et pour toujours Gomorrhe par Samuel R. Delany.

Bo, Lou, Muse, Kelly et le narrateur étaient au jardin du Luxembourg. Ils s'amusaient à frapper une pissotière avec un couvercle de poubelle et cinq hommes en sortirent. Puis ils allèrent à Houston puis à Galeston. C'étaient des spatiaux.

Ils allaient au Mexique. Ils cherchaient des Frelks.

Ils partirent à Istanbul. La dernière fois qu'ils y étaient allés, un homme et une femme étaient déguisés en spatiaux pour recoller les Frelks. Les spatiaux sortaient du centre d'entraînement à 16 ans.

Le narrateur fut abordé par une Turque qui cherchait son chemin. Elle vit qu'il était un spatial. Elle lui demanda de quel sexe il était avant de devenir un spatial. Il avait été masculin. Il avait 25 ans. Il espérait qu'elle lui donnerait de l'argent mais elle était pauvre. Les spatiaux étaient opérés car les voyages spatiaux rendaient stérile. Ils étaient sélectionnés parmi les enfants dont les réflexes sexuels étaient irrémédiablement retardés à la puberté. Les spatiaux fréquentaient les Frelks car ils étaient les seuls à être attirés par les spatiaux. La Turque était une Frelk.

Les Frelks aimait les spatiaux parce qu'ils ne pouvaient pas les désirer. Elle lui proposa d'aller chez elle.

Sur le palier, il y avait un portrait d'Atatürk et chez elle des paysages de Mars et de la lune. Elle collectionnait tout sur les spatiaux. Elle avait de nombreux livres de science-fiction. Elle l'invita à boire et à manger. Elle peignait et était solitaire. Elle lui demanda de partir en lui conseillant d'aller à l’allée des fleurs. Il y trouverait ce qu'il cherchait. C'était l'endroit des Frelks. Mais il ne voulait pas être payé par des Frelks et il lui dit. Elle répondit que l'allée des fleurs était le lieu des spatiaux elle pensait qu'il y rencontrerait des personnes qu'il connaissait.

Il partit et trouva des spatiaux à l'allée des fleurs. Il se saoula avec eux.

Payement d'avance par William Tenn.

Un vaisseau pénitentiaire atterrit à New York.

Les journalistes montèrent à bord. Ils allaient revoir les prisonniers. Les prisonniers étaient en costume de bure. Certains caressaient un petit paquet proprement enveloppé de papier brun.

Le gardien appela le Nicholas Crandall et Otto Henk, deux prisonniers. Ils étaient couverts de cicatrices. Ils allaient être libérés. Ils allaient être interviewés par les journalistes car ils avaient purgé la peine la plus sévère et ils avaient survécu. Crandall ordonna à Henk de ne pas dire ce qu'il comptait faire une fois libre. Henk ne devait pas dire non plus pour quel meurtre il avait été condamné.

Henk avait l'intention de tuer sa femme Elsa. Elsa était responsable de la condamnation de son mari. Anderson, le gardien chef leur ordonna de répondre aux questions des journalistes. Il dire qu'ils étaient contents d'être libres qu'ils allaient manger un bon repas. Henk voulait se saouler. Ils mentirent en disant qu'ils n'avaient pas été traités trop mal.

Les journalistes leur demandèrent qui ils allaient tuer une fois qu'il serait libre mais Crandall et Henk ne répondirent pas et cela provoqua l'hilarité des journalistes.

Le reporteur annonça aux téléspectateurs que Crandall et Henk avait purgé une peine pour condamnation volontaire pour meurtre et avait ainsi acquis au regard de la loi le droit de commettre un meurtre chacun.

Crandall et Henk avaient servi 7 ans sur les planètes pénitentiaires. Ils avaient le statut de pré-criminels. Un journaliste tarauda Henk pour lui faire avouer qui il allait tuer.

On lui demanda ce qui avait été le plus dur pendant les sept ans de captivité. Il raconta qu'il avait perdu un doigt en touchant un caillou. C'étaient des cailloux vivants et affamés. Henk avait perdu un deuxième doigt dans un accident. Il évoqua les guêpes géantes sur Antarès VIII.

Les journalistes demandèrent à Crandall s'il s'attendait à trouver la terre changée et Crandall avait vu que les journalistes avaient des caméras volantes. C'était un certain Stephanson qui les avaient inventées.

Crandall connaissait Stephanson et il se préparait à le tuer.

D'après les statistiques, il revenait en moyenne un seul pré-criminel ayant purgé la totalité de la peine pour meurtre tous les 11,7 ans.

Crandall et Henk étaient donc exceptionnels.

Les pré-criminels qui renonçaient à purger la totalité de leurs peines pouvaient demander à être libre mais ils ne recevaient rien en échange du temps passé sur les planètes pénitentiaires qu'ils avaient préparées pour la colonisation.

Si les pré-criminels tuaient avant d'avoir purgé leur peine, ils devaient retourner sur les planètes pénitentiaires et leur peine recommençait à zéro.

Les meurtres prémédités avaient baissé de 41 % sur Terre depuis l'instauration de ce système.

Crandall et Henk allèrent boire dans un bar. Crandall but à la mort de leurs ennemis.

Elsa avait profité de Henk pendant 12 ans. Elle l'avait envoyé en prison quand il s'était rebellé et il l'avait suppliée pour avoir le divorce.

Un homme entra dans le bar et envoya une boule sur Crandall mais Crandall réussit à l'esquiver et Henk la balança par la fenêtre.

C'était une boule de pissenlits vénusiens qui pouvait rendre infirme.

Crandall avait connu Stephenson au collège. Stephenson était un escroc. Il avait laissé Crandall inventer le système de caméras volantes puis il lui vola l'idée. Crandall alla dormir au Ritz et Henk chez son cousin.

Crandall avait peu d'attaches avec ce monde. Ce qu'il devait se procurer rapidement, c'était une femme. Il s'acheta une arme. Le vendeur l'avait reconnu et lui dit qu'il espérait que Crandall aurait sa victime.

Il se renseigna sur Stephenson par la télévision. Il était devenu riche grâce au Système Stephenson. La télé l'informa que Stephenson était parti au Tibet central. La télé informait tout le monde sur Crandall et où il habitait. Polly appela Crandall. Son visage apparut sur la télévision. Elle le supplia de ne pas la tuer car elle l'avait trompé et elle pensait qu'il était revenu pour la tuer. Il avait espéré se remettre avec elle.

Il se sentait comme s'il venait de découvrir que le Père Noël n'existait pas quand il apprit que Polly n'était pas la femme fidèle qu'il avait aimée.

Édward Ballaskia l'appela. Il proposa de l'argent à Crandall pour qu'il tue un de ses concurrents financiers. Crandall coupa la communication. Il voulait manger dehors.

Mais son frère vint le voir. Il était venu lui dire qu'il avait couché avec Polly, la femme de Crandall. Nick dit à son frère qu'il pourrait le tuer quand il voudrait et qu'il ne se défendrait pas.

Crandall alla au restaurant en pensant à Polly et son frère Dan. Tous les deux s'étaient complètement trompés en croyant que Crandall voulaient les tuer. Ils avaient été incapables de s'en rendre compte.

Une très belle femme l'aborda et s'assit près de lui. Elle savait qui il était.

Elle lui demanda si c'était vrai que la peine pour un meurtre et celle pour le viol le plus brutal qu'on puisse imaginer étaient les mêmes.

Crandall comprit ce qu'elle voulait et s'enfuit.

Rentrer à l'hôtel, il reçut un appel de son ancien ami Irv.

Irv avoua qu'il avait pioché dans la caisse pour faire croire à Crandall qu'il était en faillite et que Crandall revende ses parts et quitte l'entreprise.

Irv voulait l'entreprise pour lui seul et il avait récolté le succès. Il pensait que Crandall voulait le tuer alors il proposa de l'engager et de lui donner 45 % des bénéfices. Crandall coupa la communication.

Henk vint le voir. À ce moment-là, Stephenson apparu sur l'écran de la télé. Crandall lui fit croire qu'il n'avait aucune rancune contre lui et qu'il ne le tuerait pas.

Stephenson proposa de l'indemniser.

Henk dit à Crandall que sa femme était partie sur la lune et qu'elle était morte parce que son masque à oxygène était bouché juste un mois avant qu'il revienne pour la tuer. Stephenson avait été le seul à ne pas vouloir le supplier.

Crandall jeta ses armes contre les vitres de sa chambre qui explosèrent.

Un policier accourut et voulut arrêter mais Crandall lui montra son certificat de précriminel qui valait sept ans de peine contre les 30 jours dont le menaçait le policier.

La course des papillons de nuit par Richard Hill.

Le stade était plein. Les gens souffraient de la chaleur pour la première fois de leur vie. La course ne devait pas commencer avant une heure. John Van Dorn avait pris le trottoir roulant de la gare au stade. Il était étonné de son exploit. Un billet pour la course était, pour lui, l'unique moyen de voyager. Un seul homme avait gagné la course. John voyait les caméras du médium il savait que le monde entier regardait.

Personne ne savait pourquoi il avait eu un billet pour le stade. John avait eu le billet mais il devait renoncer au seul jour où il avait droit à son cachet de Trankilon car c'était interdit au stade. Le vin n'était autorisé que dans le stade. Tout le monde sautait sur l'occasion pour en boire.

C'était du vin synthétique. Seul le champion de la course pouvait boire du vrai vin. Toutes les sensations des spectateurs du stade étaient retransmises par le médium sauf celle procurée par le vin.

En dessous de John se trouvait la loge des dignitaires et il vit le champion.

John se souvenait du temps avant que la course n'existe. Il y avait eu un champion au bout de cinq ans. Le champion était suivi par le médium. On le voyait chasser le lion, pêcher le dauphin, escalader des montagnes dans les zones interdites. Les téléspectateurs avaient suivi son histoire d'amour avec Rita Landers. C'était elle la seule star du médium, l'unique cible du désir masculin.

Les gens avaient vu le champion faire l'amour avec d'autres femmes choisies dans le monde entier. Les gens avaient « vécu » les conquêtes du champion par l'intermédiaire du médium. Ils étaient impatients de « vivre » ses repas car le champion avait droit à autre chose que des algues et de la levure vitaminée.

Il mangeait de la viande et bien d'autres choses encore. C'était une des raisons qui faisaient courir les hommes. John ne courrait jamais même s'il en avait le droit commun membre du public. Le voisin de John lui parla. Il avait un accent malgré l'Unification Linguistique provoquée par le médium. L'homme voulut savoir si John allait participer à la course mais John répondit non car elle était sur la liste d'attente pour se marier. Mais il y avait autant de chances de se marier que de gagner la course. Le voisin trouvait le champion non démocratique car il ne parlait pas de ce qu'il ressentait en faisant l'amour.

Il y avait six coureurs sur la piste, un de plus que l'année dernière.

Un jeune garçon venait de descendre pour être coureur. Il aurait pu vivre 80 ou 90 ans avant d'échouer à la visite médicale. Il n'aurait jamais été malade, ni angoissé, ni affamé, ni sexuellement frustré. Il aurait pu se mettre sur la liste d'attente pour avoir un enfant. Il aurait pu être sélectionné pour entrer au gouvernement si ses tests de présenter une aptitude de ce type.

Mais la course était le seul moyen de devenir un héros même si on perdait. Les coureurs avaient leur photo dans le monde entier pendant un an. Il y avait quelque chose dans la course qui dérangeait John mais il ne aurait jamais avoué à personne.

Les six coureurs donnèrent leurs cassettes informatiques pour que leur CV soit enregistré par l'ordinateur. Ils montèrent dans des voitures en aluminium peintes de couleurs vives.

Les ingénieurs sociaux étaient inquiets au sujet du Trankilon. Ils n'étaient pas certains qu'un comportement indésirable ne pouvait pas refaire surface. La course servait donc à libérer la tension. La foule cria en voyant le champion et Rita dans le stade.

Les coureurs devaient rouler à 100 km/h pour faire un tour de piste en deux minutes. L'ordinateur levait des portes sur la piste sur lesquelles les pilotes s'écrasaient sans pouvoir les éviter sauf en ayant de la chance. Il y avait aucune possibilité de contrôler son sort. John comprit que c'était mieux de voir la course dans le stade. La foule formait un tout unissant la tristesse et la force de chacun.

Le stade débordait d'émotion. La course était terminée. Les six coureurs avaient été tués.

Les spectateurs avaient l'impression d'être libérés d'un poids.

Le champion décida de courir pour défendre son titre.

La foule n'en revenait pas. John avait croisé son regard et avait senti sa tristesse. Il s'écrasa contre une porte. John cria pour réclamer un champion et la foule l'imita. Puis le cri collectif devint : « je serai le champion » et la foule descendit sur la piste.

Les colporteurs de souffrance par Robert Silverberg.

Northrop fournissait des programmes pour les chaînes de télé. Il avait une voiture blindée car les producteurs de télé étaient exposés aux attaques des loufoques.

Il se rendit à l'hôpital. Il y avait encore des infirmières mais aussi des robots.

Northrop avait commencé à la télé en réalisant un documentaire sur les fossiles vivants des couloirs hospitaliers.

Il alla voir un malade entouré par sa famille.

Il voulait filmer l'amputation du malade sans anesthésie et proposa à 10 000 $ à la famille pour les soins du malade et en le regardant il savait qu'il ne survivrait pas. C'était un cas excellent pour la télé.

Les millions de téléspectateurs étaient friands des cas de souffrance. Northrop proposa 15 000 $ et tous les frais d'hôpital et la famille accepta. Northrop ne se sentait pas responsable de la souffrance du malade. Il ne faisait que donner au public ce que ce dernier réclamait.

Northrop voulut se débarrassait de Maurillo, son assistant, qui n'avait pas su négocier avec la famille du malade. Il appela Maurillo pour lui annoncer qu'il l'augmentait mais le transférerait aux programmes pour enfants.

Maurillo avait traduit. Cela signifiait qu'il était viré du programme ou il était numéro deux pour aller dans un programme ou il serait numéro trois.

L'augmentation de salaire ne comptait pas puisque les impôts allaient tout rafler.

Maurillo refusa et démissionna.

Northrop trouva un autre assistant, Barton.

Il alla voir la projection du film sur l'amputation du malade qui n'avait pas survécu.

Northrop capta les sensations du malade car il avait des électrodes diffusant les ondes cérébrales du malade enregistrées pendant l'opération.

Il trouva le spectacle réussi. Mais en sortant de la projection, Northrop fut interpellé par le fils du malade.

Henry Gardner traita Northrop d'assassin.

Gardner tira dans le ventre de Northrop avec un lance-feu. Maurillo arriva et vit son ancien patron blessé. Il appela une équipe de tournage.

Maurillo lui refusa des soins et l'anesthésie. Il voulait que Northrop souffre.

Maurillo travaillait pour des contrebandiers de la Transcontinentale qui distribuait des films chirurgicaux à l'étranger.

Northrop survécut une heure.

Largement assez pour enregistrer les affres de son agonie.

Sa dernière pensée fut que c'était une sacrée déveine de ne pouvoir tenir la vedette dans sa propre émission.

Les sculpteurs de nuages de Coraild par J. G. Ballard.

Durant tout l'été, les sculpteurs de nuages venus de Vermilion, Sands, lancèrent leurs planeurs multicolores au-dessus des tours de corail surplombant la route menant à Lagune Ouest.

Les gens de la route Corail D observaient les figures des nuages.

Les portraits les plus étranges sculptés sur les nuages étaient ceux de Leonore Chanel. Le narrateur avait été pilote mais infirme, il se mit à construire des cerfs-volants et des planeurs. Il rencontra Nolan et Petit Manuel qui utilisèrent ses planeurs pour aller sculpter les nuages avec de l'iodure d'argent. Ils engagèrent Charles Van Eyck.

Le pilote infirme tendait son casque pour recevoir l'obole des automobilistes tandis que ses amis sculptaient les nuages. Dans le ciel Van Eyck pastichait Léonard de Vinci.

Mais Nolan détruisit la Joconde de Van Eyck et cela entraînera un combat aérien. Van Eyck

fut touché par le pulvérisateur de Nolan et atterrit en catastrophe.

Une Rolls blanche s'était arrêtée. Un secrétaire en sortit. C'était le secrétaire de Leonore Chanel qui avait vu leurs nuages et qui leur proposait un confortable salaire s'ils acceptaient de sculpter les nuages à Lagune Ouest.

Leonore serait leur unique modèle. Leonore Chanel fournirait les nuages. Leonore était la fille d'un des financiers les plus riches du monde et veuve d'un timide aristocrate de Monaco, le comte Louis Chanel.

Leonore leur fournit de violents nimbus alors que Nolan et Van Eyck sculptaient des cumulus.

Béatrice Lafferty, la secrétaire de Leonore accueillit le commandant Parker (le narrateur) et ses amis en expliquant ce que Leonore voulait.

La villa de Leonore comportait des portraits d'elle peints par Dali et Francis Bacon.

Nolan avait peint Leonore avec un visage de cadavre.

Elle avait voulu qu'il le recommence mais dans les nuages.

Leonore traita les amis de Nolan avec mépris et lui demanda pourquoi il s'entourait d'éclopés.

Nolan et ses amis sculptèrent dans les nuages pour la soirée organisée par Leonore. Ses invités applaudirent en découvrant son portrait dans les nuages.

Nolan sculpta le portrait de Leonore avec la même intention qu'il l'avait reproduite dans la peinture cadavérique.

Le lendemain, Van Eyck et Petit Manuel donnèrent leur dernière représentation.

Nolan ne vola pas avec eux.

Il y avait des gros nuages d'orage. Mais Petit Manuel s'envola pour lutter contre un nuage noir qu'il sculpta en Leonore satanique. Il se tua quand son planeur fut détruit par l'orage.

Nolan s'envola pour diriger le cyclone sur la maison de Leonore. Leonore fut tuée par le cyclone. Van Eyck se suicida en se pendant et Nolan ne réapparut pas. Parker s'installa avec Béatrice, la secrétaire de Leonore, dans l'atelier de Nolan.

Un homme vint les voir pour leur dire qu'il avait vu un pilote sculpter les nuages. Il avait reproduit le visage d'un nain. Nolan n'était peut-être pas mort avec le cyclone.

Mécène par William Rostler.

Le narrateur évoque le portrait de Diana par Michael Cilento. C'est un portrait en trois dimensions. Ce portrait est universellement reconnu comme un chef-d'oeuvre.

L'artiste en était écoeuré. Il travaillait avec un cube de sensation. Il avait réalisé le portrait de Diana qui l'avait rendu célèbre. Diana était la gourgandine la plus mal famée et la plus riche de la Société.

Le narrateur était un mécène. Il rencontra Michael Cilento à Ostie.

Il discuta avec lui de Diana qui l'avait rendu célèbre. Michael demanda si la célébrité était l'objectif de l'art.

Michael voulait la liberté. Le mécène s'appelait Brian Thorne.

Thorne demanda à Michael de portraiturer une certaine Madelon.

Il ne pouvait pas à cause d'autres commandes.

Thorne savait que le chef-d'oeuvre de Diana ne venait pas du néant et il avait cherché les oeuvres précédentes de Cilento. Il les avait achetées.

Mickaël avait portraituré sa grand-mère et regrettait d'avoir été obligé de vendre ce portrait.

Michael et Brian évoquèrent les différentes façons dont les artistes avaient exprimé leurs représentations des femmes. Cilento voyait les femmes comme des illusions. Elles le fascinaient car il pensait qu'elles n'étaient jamais les mêmes d'un instant à l'autre.

Brian et Michael ne se virent plus pendant quelque temps. Mickaël avait fait un portrait pornographique de sa maîtresse que le jeune chah d'Iran acheta pour l'installer dans ses jardins de Babylone.

Brian revit Mike au vernissage de sa série « Système solaire ». Mike était agacé par les vernissages.

Brian lui demanda de portraiturer Madelon mais Michael refusa encore car il devait d'abord faire le cube d'une fille qu'il connaissait.

Mais Michael cherchait un endroit tranquille alors Brian lui proposa de venir chez lui. Mickaël accepta. Ils parlèrent d'art et Michael réalisa que Brian parlait comme un artiste plus que comme un homme d'affaires. Brian insista pour que Michael fasse un cube de son amie.

Ils ne se revirent que quatre mois plus tard. Michael avait fini le cube de Sophie. Il accepta de voir Brian à Athènes. Brian voulait que Michael fasse un portrait de son amie Madelon. Il l'avait rencontrée quand elle avait 19 ans. Elle lui avait semblé différente de toutes les femmes qu'il avait connues. Il l'emmena au « Terre, Feu, Air et Eau » à San Francisco.

Il reçut un rapport sur elle avant d'aller plus loin dans leur relation. Elle devina qu'il avait un rapport. Ce rapport disait qu'elle était la fille illégitime de Mme Tchang Kai-chek et de Johnny Cannabis.

Le « Terre, Feu, Air et Eau » était une boite de nuit. Chaque élément était un étage.

Puis il l'emmena chez lui et sa vie en fut changée. Il l'épousa. Ils étaient amis autant que le mari et femme. Elle avait des amants mais Brian la laissait libre. Brian vit le nouveau cube de Mike exposé dans la galerie Athéna. Madelon le regardait aussi. Mike fut fasciné en la rencontrant. Il accepta de la portraiturer dans un cube.

Brian voulu passait un peu de temps avec Madelon avant de faire son portrait. Brian aimait Michael car il le trouvait différent de la plupart des gens. C'était un original, en passe de devenir une légende.

Brian laissa Michael emmener Madelon à Madagascar, à Capri et à New York.

Ils devinrent amants.

Brian savait que les femmes de grande beauté préféraient Michael parmi tous les artistes.

C'est pour ça que Brian avait demandé à Michael de portraiturer sa femme.

Brian voulait un portrait de Madelon pour que tout le monde sache qu'elle était sienne. Il comprit que tout son mécénat était égocentrique.

Le pape contacta Brian pour qu'il l'aide à convaincre Michael de se charger des sculptures de son tombeau. Madelon ne l'appela pas. Elle ne lui envoya qu'une bande-vidéo. Brian fut triste de voir Madelon fascinée par Mike. Il en fut offensé. Brian parla à Madelon. Elle lui dit qu'elle ne s'était jamais sentie aussi heureuse. Brian coupa la communication.

Il éprouva de la haine pour Michael pendant un long moment.

Il chercha l'oubli dans ses occupations financières. Madelon l'appela pour lui dire que le cube était fini. Brian vit que le cube était le plus grand et le plus beau du monde. En le regardant, Brian oublia sa jalousie envers Michael. Il trouva l'oeuvre stupéfiante et félicita Mike.

Mais Mike déclara que Madelon partait avec lui. Madelon dit à Brian qu'elle était désolée.

C'était presque une transaction commerciale : la plus grande oeuvre d'art contre Madelon. Brian continua ses affaires mais se sentit seul le plus souvent. Il se demandait si l'échange en valait la peine en regardant le cube de Madelon. Car le réalisme de l'art n'est pas le réalisme de la réalité.

Monde en tranches le mardi seulement par Philip José Farmer.

Accéder à mercredi était presque impossible. Tom Pym avait rêvé de vivre un autre jour de la semaine. Il avait joué dans deux dramatiques à la télé où il accomplissait ce rêve.

Un jour sa maison avait été incendiée. Cela avait eu lieu le dernier des huit jours du printemps.

Il déposa une demande de logement auprès de Mrs Bellefield.

Le soir, il dormit dans un centre d'hébergement.

Il avait droit à 4 heures de sommeil réglementaires pendant que le champ d'induction accélérait son onirythme.

Puis il pénétra dans le cylindre vertical d'éternium elle perdit connaissance après avoir appuyé sur un bouton. Il devait passer encore trois nuits dans le pétrificateur public.

Trois jours de printemps s'étaient écoulés.

Le quatrième jour, il fut officiellement avisé qu'il pouvait s'installer dans la maison même qu'il avait choisie.

Il connaissait des personnes qui avaient dû attendre une année entière (48 jours) avant d'avoir une maison. Il emménagea avec trois jours de printemps à savourer devant lui.

Il lui faudrait s'acheter de nouveaux vêtements et faire des courses. Parfois, il regrettait d'être né comédien. Ceux qui faisaient de la télé travaillaient cinq jours, parfois six jours de suite alors qu'un plombier ne travaillait que trois jours sur sept.

Sa nouvelle maison logeait huit personnes par jour y compris lui-même. Mabel Curta lui montra à la salle des pétrificateurs. Elle avait 35 ans (temps de mardi). Elle en était à son troisième divorce. Tom était entre deux mariages. Il vit une fille qu'il trouva belle.

Elle s'appelait Jeannie Marlowe, avait 24 ans. Elle était née en 2031 et était comédienne.

C'était une enfant de Mercredi. Aussi, Tom savait que son désir ne serait jamais satisfait.

Après quelques verres, Tom trouva Mabel excitante.

Plus tard, Tom et Mabel descendirent la salle de télévision. Tout le monde regardait les infos du mardi précédent et du jour même. Le président de la Chambre prenait sa retraite à l'expiration de son mandat. Sa période d'utilité était terminée. La télé montrait la Pierre tombale qui lui était réservée. Lorsqu'un jour les scientifiques maîtriseraient la technique de la réjuvénation, il sortirait de pétrification.

Les informations annonçaient une enquête dans l'administration du comté. On reprochait aux employés de Lundi de ne pas programmer correctement les ordinateurs pour ceux de Mardi.

Les cinq dernières minutes des infos étaient consacrées aux événements marquants des autres jours que le mardi mais cela n'intéressait pas les voisins de Tom.

Tom alla dans la salle de pétrification pour voir Jeannie Marlowe. Ça lui fit mal car elle n'était pas pour lui. Tom aurait bien voulu sortir de son « cercueil » en même temps qu'elle. Mais il y avait le mur infranchissable du Mercredi. Il alla dormir puis en se réveillant il alla à la salle des pétrificateurs où toute la maisonnée était assemblée.

Tom n'avait connu que des mardis toute sa vie. Il pourrait rester dans sa chambre et à attendre le mercredi et ne pas redescendre avant l'émission du champ mais il enfreindrait la loi et serait jugé. Il aurait été condamné à la pétrification. Alors il enregistra un message pour Ms. Marlowe.

Il dit qui il était et qu'il la trouvait belle. Il lui demanda de lui prêter quelques copies des dramatiques dans lesquelles elle jouait.

Les policiers avaient droit à 10 minutes entre les deux jours pour agir en cas de cataclysme. À chaque fois que les gens se réveillaient pour vivre dans leur jour, leurs muscles réagissaient avec un très léger retard à la position verticale.

Ms. Marlowe avait enregistré un message pour lui. Elle disait que Tom n'était pas le premier à lui laisser un message d'un autre jour que le sien. Elle avait répondu pour ne pas le vexer mais lui demanda de ne plus laisser de message car elle était raisonnable.

Les jours de travail, Tom avait droit à une sieste de 14:40 à 14:45. Il rêva de Jeannie. Le soir il alla voir Jeannie dans son pétrificateur. Il alla à l'Administration centrale pour obtenir un formulaire. Il passa deux jours dans la queue. La première fois, on lui donna le mauvais formulaire. Quand il eut le bon formulaire, il fit la queue devant les machines à cocher. Il ne restait plus qu'à attendre. Il espérait qu'il pourrait vivre les mercredis avec Jeannie.

Il alla à une soirée offerte par le producteur Sol Voremwolf qui venait de franchir un grade dans l'administration. Il avait passé la soirée avec Mabel mais alla voir Jeannie dès son retour. Il lui laissa un autre message. Mabel le surprit et se moqua de lui. Il lui répondit quelque chose de blessant.

Trois jours plus tard, il reçut une lettre. Sa demande était refusée par l'administration. Il était en colère. Mais il décida de redemander à partir vivre le mercredi.

Il reçut une réponse à sa deuxième demande l'été suivant. On lui expliquait qu'il devrait voir un psychologue qui analyserait ce que son astrologue lui avait dit au cas où il avait décidé de vivre le mercredi à cause d'une prédiction astrologique. Il alla voir Jeannie pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il lui fallut un an pour trouver un psychologue et un an pour participer aux trois séances nécessaires. Le docteur Sigmund Traurig était ami de l'astrologue Stelheta ce qui facilita les choses.

Le psychologue voulut bien l'aider à partir du Mardi à condition qu'il s'engage à voir un psy le Mercredi. Son dossier fut transmis aux autorités du Mercredi. Il l'aimait Jeannie parce qu'elle ne pouvait pas refuser ses avances. Se plaindre. Pleurer. Le flanquer à la porte. L'insulter ou quoi que ce fût d'autre. Il l'aimait parce qu'elle était inaccessible et muette.

Le docteur Traurig intriguée par la passion de Tom voulut voir à quoi ressemblait Jeannie. Puis il donna le feu vert car il la trouvait belle mais pensait que Tom allait au-devant d'une grosse déception. Puisque Jeannie était si belle, pourquoi était-elle seule. Le docteur était méfiant. Un jour, Tom reçut la lettre d'acceptation et la marche à suivre pour partir le Mercredi.

Mabel pleura en apprenant son départ. Tom eut mauvaise conscience mais il ne fit pas un geste pour la consoler. Il y eu une fête avec ses voisins et Mabel lui souhaita bonne chance. Il arriva à Mercredi. Le décor était le même mais il avait l'impression d'être sur Mars.

Le cylindre de Jeannie avait disparu. Elle avait eu son transfert pour Mardi. C'était le docteur Traurig qui avait appuyé la demande de Jeannie qui elle aussi souffrait de ne pas vivre avec Tom.

Plus fort que la camisole par Wyman Guin.

Mary Walden avait effectué cette mutation de personnalité un peu plus tôt dans la journée. Carl Blair lui fit passer un mot grivois pendant la fin du cours. Mais le professeur Mrs Harris obligea Carl à lire son message à voix haute. Personne n'osa rire. Ensuite, elle obligea Mary à lire son exposé. Elle lut un exposé sur la schizophrénie depuis l'époque pré-pharmaceutique.

Au XXe siècle, les schizophrènes étaient enfermés et on les prenait pour des fous.

Aujourd'hui, on enfermerait ceux qui prennent les schizophrènes pour des fous.

Les drogues permirent aux schizophrènes de vivre avec leurs différentes personnalités dans le même corps. On se rendit compte qu'il y avait des schizophrènes surdoués.

Pendant les années 1990, eut lieu la Grande Emancipation. Les drogues furent si efficaces que les schizophrènes furent libérés par millions des asiles. Ils ne furent inquiétés que lorsqu'ils refusaient de prendre leurs drogues.

Il y a habituellement deux personnalités chez un schizophrène : l'hyperalter, au moi primordial, et l'hypoalter, le moi de remplacement. Il y en a souvent plus de deux mois. Médipol obligea les schizophrènes à prendre leurs drogues pour que cela ne risque plus d'arriver.

À la suite du Congrès Mondial de 1997, des lois rendirent les drogues obligatoires pour tout le monde.

Cela engendra des conflits car certains voulaient rester modernes et se faire la guerre. Le corps médical eut pour mission de tuer tous ceux qui refusaient de prendre leurs drogues.

Grâce à la permutation des personnalités, l'hyperalter et l'hypoalter avaient le droit de prendre possession du corps pendant cinq jours chacun.

Mary eut un malaise et Mrs Harris lui injecta une drogue. Mrs Harris lui expliqua qu'elle avait du mal à s'adapter aux drogues à cause de sa jeunesse mais que cela passerait. Mary pensait que son malaise venait de son hypoalter, Susan Shorrs.

Ce que Susan faisait parvenait à Mary sous forme de ce que les anciens appelaient des rêves.

Mary était énervée par Susan qui ne prenait jamais soin de son corps.

Mrs Harris emmena Mary au dispensaire. Le médiflic s'occupa d'elle. C'était le capitaine Thiel, l'un des plus gentils. On la radiographia et elle eut une prise de sang.

Mary voulut savoir comment était Susan.

Thiel lui apprit qu'elle était sympathique mais il la trouvait moins jolie que Mary.

Mary se plaignit que Susan mange de la choucroute car cela rendait Mary malade quand elle récupérait son corps.

Mary avait peur que son père la déteste à cause de Susan mais Thiel lui dit que c'était impossible car le père de Mary n'était jamais là quand Susan prenait son tour de permutation.

Thiel changea le traitement de Mary. Il lui dit que quand elle aurait 14 ans elle devrait observer les lois sur les drogues.

Mary demanda à Thiel comment un corps pouvait changer à ce point lors d'une permutation. Il l'obligea à réciter sa leçon de biologie. C'étaient les deux personnalités qui contrôlaient le même corps et les deux personnalités n'avaient pas le même rythme de consommation et de stockage de sucre par le foie.

Mary rentra chez elle. Ses parents n'étaient pas là. Elle chercha un livre qu'elle aimait quand elle était enfant. Elle ne le trouva pas et pleura.

Conrad Manz eut un choc à son réveil lorsqu'il s'aperçut que sa femme parlait dans son sommeil. Comme il s'était réveillé, son niveau de drogues était au plus bas. Il se leva pour prendre sa dose. Il se dit que Clara avait oublié son somnifère, ce qui la faisait rêver.

Il prit un livre dans sa bibliothèque « La Pharmacie familiale », édition 2831. Il ne trouva pas ce qu'il cherchait. Dans son sommeil, Clara avait prononcé le mot « Bill » mais il ne connaissait qu'un Bill, son propre hyperalter, Bill Walder. Clara s'était levée. Il lui demanda si elle avait oublié son somnifère. Il lui apprit qu'elle avait parlé d'un Bill en dormant et voulut savoir si c'était son ancien amant. Elle pleura.

Conrad n'avait jamais vu un adulte pleurer. Clara promit de prendre ses somnifères pour que ça ne recommence plus.

Le visiophone s'alluma. On avait besoin de Conrad au bureau. Clara dormait sans parler. Conrad put partir rassuré.

Dès 1950, l'ingénieur Norbert Wiener, pionnier dans le domaine des communications, avait fait observer qu'il existait peut-être un étroit parallèle entre le dédoublement de personnalité et les perturbations d'un système de communication.

L'un des problèmes majeurs de la société schizophrène du XXIXe siècle consistait à équilibrer les populations communicantes et non communicantes à l'intérieur des villes.

Conrad était contrôleur de circulation. Il alla à la conférence sur Santa Fe. Santa Fe avait 100 000 donc 200 000 personnalités.

Conrad était un hypoalter du groupe D.

La population de Santa Fe était constituée en majeure partie de retraités.

Trop de gens âgés étaient morts récemment dans les groupes D et E. Le problème d'équilibrage des groupes de permutation de Santa Fe fut résolu. Conrad restructura les programmes de circulation avec ses collègues.

Il lui restait deux   heures avant la fin de sa journée et Bill Walder allait lui imposer une permutation prématurée.

La permutation avait lieu tous les cinq jours.

Aucun hyperalter n'était censé usé de son pouvoir pour forcer la permutation mais ce pouvoir antisocial existait et servait à distinguer les hyperalters des hypoalters.

Depuis plusieurs périodes, Bill Walder volait à Conrad et de deux à quatre heures à chaque permutation. Mais comme Conrad abusait des sports violents et laissait Bill récupérer de la fatigue du corps, il ne pouvait pas se plaindre auprès de Médipol.

Bill avait réclamé l'arrêt du sport à Conrad mais Médipol avait laissé Conrad libre.

Bill devait commencer son tour par 12 heures de sommeil à cause de Conrad.

Conrad se rendit à une permutation et choisit une cabine. Son numéro de permutation fut transmis automatiquement à Médipol.

Puis il laissa un message à sa femme avant de laisser le corps à Bill.

Bill pensait à Clara. C'était bien lui son amant. Il avait peur que Médipol sache qu'il avait triché sur sa permutation avec Conrad. Bill se maquilla.

Puis il s'assit pour attendre que les effets de la permutation passent.

Bill commanda les dernières nouvelles sur les hyperalters du groupe D. Il était impossible aux hyperalters de lire les nouvelles réservées aux hypoalters et réciproquement.

Chaque hypoalter ou hyperalter devait lire le dernier bulletin avant de reprendre sa vie là où il l'avait laissée cinq jours plus tôt.

Si Bill oubliait cette règle, il risquait de se faire remarquer. Bill était dans l'univers de Conrad et n'en avait pas le droit.

Les rapports entre hyperalters et hypoalters de sexe opposé étaient passibles de sévères punitions.

Bill rentra chez lui et commanda un dîner pour sa fille Mary.

Il vivait dans la peur d'être découvert par Médipol et négligeait Mary.

Il mettait Clara en danger. S'il prenait ses drogues il n'éprouverait plus de culpabilité mais ce sentiment était important pour Bill. Bill ne prenait plus ses drogues et voyait que le spectre émotionnel était ainsi plus riche.

Bill se souvint que sa femme Helen avait eu honte quand elle apprit que son hypoalter Clara avait obtenu de Médipol une dispense spéciale pour épouser Conrad. Ce genre de mariage ou les mêmes corps vivaient ensemble les deux parties d'une permutation étaient rares et provoquaient des commentaires sournois.

Clara avait brisé les conventions et Bill eue envie de la connaître. Hélène avait attribué tous leurs ennuis au fait que Bill et Conrad vivaient avec elle et Clara.

Clara avait tout de suite accepté ses avances. Bill laissa un message à sa fille pour expliquer son absence par son travail.

Le visiophone s'alluma, c'était Mrs Harris. Bill était étonné que Mrs Harris appelle si tôt car Conrad aurait dû être à sa place à cette heure.

Mrs Harris se plaignit que Mary soit laissée à l'abandon. Bill coupa la communication qui était trop dangereuse pour lui. Il réalisait que ses plus grandes joies avaient été ses premières rencontres avec Clara. Elle aussi avait diminué ses drogues.

Bill alla au parc où il avait habituellement rendez-vous avec Clara. Elle n'était pas là.

Bill et Clara avaient arrêté les drogues et c'était la peur qui les séduisait plus que leur relation désormais. Médipol les punit plus pour l'arrêt des drogues que pour leur relation.

Dans le parc, il y avait une statue d'Alfred Morris qui avait imposé l'inhibiteur hypothalamique et donc la fin des guerres.

Les schizo s'accommodèrent en mieux que personne de cet univers drogué et le monde pris modèle sur eux.

Tout le monde avait oublié l'effet véritable de ces drogues : les émotions estompées et l'intuition isolée à un certain niveau de rationalité. Les drogues interdisaient toute émergence des sentiments véritables.

Pour Helen et la plupart des habitants de ce monde, il était inconcevable de vouloir vivre avec une dose de drogue réduite à l'extrême pour faire l'expérience de sentiments contradictoires.

En réduisant leurs drogues, Clara et Bill étaient capables de désirer ce fantastique attachement qui les liait. Clara arriva. Bill ne l'appela pas tout de suite pour libérer ses tensions en la voyant. Clara fut soudain dans ses bras contractée par la crainte d'être découverte. Elle dit à Bill que Conrad s'était inquiété pour elle et l'avait forcée à prendre des somnifères.

Bill avait rêvé de la guerre. Il avait été arrêté par Médipol avec Clara mais avait échappé à l'exécution en montrant aux médiflics sa dose de drogues.

Clara reçut un appel de Médipol qui avait repéré ses fréquents retards de permutation.

Médipol exigea des applications. Clara mentit en prétextant que c'était une mauvaise habitude et qu'Helen n'avait fait aucune réclamation.

Bill et Clara se regardèrent. Ils surent qu'ils se reverraient au moins une fois encore avant d'être pris.

Cinq jours plus tard, Mary écrivit au-dessus de son aisselle l'adresse de Conrad.

Le matin, ses parents s'étaient disputés au sujet des retards de permutation de Clara. Helen menaça de se plaindre à Médipol.

Mary écoutait leur querelle mais Helen demanda à Bill de se taire tant que Mary était là.

Mary fut blessée d'être rejetée ainsi.

Elle vit sa mère s'en aller. Mary se demanda pourquoi les enfants devaient-ils permuter une demi-journée avant les adultes ?

Elle alla voir Bill pour lui dire qu'elle pensait que lui et Clara étaient les seules personnes au monde à ne pas se soucier stupidement de permuter à la minute précise où on devait le faire.

Bill prit Mary dans ses bras. Il lui expliqua sa relation avec Clara. Il consola Mary comme s'il avait peur d'elle. Mary prit le dossier familial et nota l'adresse de Conrad sur son bras.

Elle pensait que Susan ne se lavait pas et donc que l'adresse serait toujours écrite sur son bras dans cinq jours.

La permutation se fit doublement effrayante à cause de ce qu'elle avait décidé de faire.

Elle découvrit le monde de Susan et en fut effrayée. Les enfants n'étaient pas pareils même si c'était les alters de ses compagnons habituels. Mary se retrouva dans la classe de Mrs Harris. Elle sortit pour ne pas être reconnue.

Elle alla voir Conrad. Il fut gentil avec elle. Mary vit Clara.

Elle leur dit qu'elle voulait vivre avec eux. Clara lui expliqua que c'était interdit. Elle-même allait être obligée de faire un enfant que l'État assignerait à un autre couple. Les enfants ne vivaient pas avec leurs parents naturels.

Ce n'était ni pratique, ni civilisé. Seule Médipol connaissait les parents biologiques de Mary.

Mais comme Conrad et Clara avaient eu une autorisation spéciale pour se marier, Mary pensait qu'ils avaient eu une autorisation de garder leur enfant biologique et que cette enfant était Mary.

Conrad était furieux car Mary lui avait jeté à la figure qu'il était marié à l'hypoalter de sa mère.

Mary s'enfuit.

Conrad était au Rocket club avec des gens qui parlaient de l'avenir des fusées.

Angela, la femme d'Alberts attira son attention. Elle vint vers lui et l'embrassa. Alberts accepta que Conrad l'emmène avec lui.

Puis Conrad balança aux membres du club qu'il préférait le ski-jet aux fusées et partit.

Angela demanda si tout allait bien entre Conrad et Clara. Il mentit en répondant oui.

Conrad prit une fusée pour faire la course.

Conrad n'aimait la course en fusée qu'à cause de la coordination qu'elle exigeait et sans doute parce qu'il savait que le fait de s'y livrer faisait à moitié mourir de frayeur ce pauvre Bill.

Conrad pensait que sa femme le trompait avec Bill et que Mary était venue le voir car elle savait.

Tout à coup Conrad réalisa que Bill le forçait à lui céder la place alors il mit le pilote automatique pour ne pas s'écraser.

Bill fut pétrifié en voyant qu'il avait permuté dans une fusée. Il perdit connaissance.

La fusée se posa. Bill se réveilla et sortit. Quelqu'un le prit pour Conrad alors il expliqua que la fusée avait un problème.

Bill savait que Conrad le dénoncerait mais il avait eu un besoin pressant de voir Clara.

Il enleva le maquillage de Conrad et réexpédia les vêtements de celui-ci chez lui.

Il vit Mary mais ne la toucha pas. Il alla chez Clara et l'embrassa. Clara était inquiète car elle avait peur de Conrad. La fin était proche. Mais il fit l'amour à Clara comme pour lui venir en aide. Mais tout à coup Helen pris la place de Clara. Alors Bill permuta. Il avait compris qu'Helen haïssait Clara comme sa rivale. Bill comprit à l'instant où il permutait qu'il allait être arrêté par un médiflic.

Le major Grey pénétra avec deux officiers de Médipol chez les Walden. Il se reprochait ce qui était arrivé à Mary. Il aurait dû faire surveiller Susan et Mary. Il savait que Bill et Helen s'étaient querellés parce que Clara trichait dans sa permutation.

Les choses n'auraient pas pris un tour si dramatique si le capitaine Thiel n'avait attribué la disparition de Susan à une mauvaise adaptation aux drogues.

Il comprit trop tard que Mary avait forcé la permutation avec Susan. Quand il prévint le major Grey celui-ci savait que Bill avait pris la place de Conrad. Il fit hospitaliser Mary.

Il questionna Helen. Elle avait honte de son mari car les relations entre hypo et hyperalters étaient illégales et répugnantes.

Le major vit Conrad changer son maquillage. Il commanda un costume de transition pour Helen. Le major annonça à Helen et Conrad que cette affaire serait portée devant un tribunal.

La responsabilité reposait sur eux du fait de leur mariage spécial. Le jugement aurait été plus équitable si les hyperalter de Clara et Conrad avaient été mariés à d'autres partenaires.

Helen était furieuse que Médipol prenne le parti de Bill.

Le major pensait qu'Helen serait obligée d'accepter une décision peu sévère à l'encontre de Clara afin de sauver Bill. Il leur rappela qu'il y avait peu d'avantages à faire éliminer son alter par oblitération mnémonique.

Une personne dont l'alter avait été supprimé devait se présenter à l'hôpital le jour de sa permutation pour y être placé durant cinq jours en hibernation.

Pour éviter l'aversion naturelle de chacun pour son alter et le désir compréhensible de passer deux fois plus de temps à vivre en faisant oblitérer son alter.

Bill avait été arrêté et on l'empêcha de permuter. Bill sourit en pensant qu'Helen avait été laissée avec Conrad. Il savait qu'il allait être décortiqué pour que Médipol découvre ce qui le faisait agir.

Le major Grey lui apprit que Mary serait confiée à d'autres parents. Bill pleura et abandonna toute résistance.

Il fut drogué et passa des tests. Il fut questionné. Bill expliqua qu'il avait arrêté les drogues pour jouir vraiment de la vie.

Mais le major lui rappela que les anciens vivaient sans drogue et tuaient. Bill savait que sans drogues les hommes vivaient vraiment alors qu'avec les drogues c'étaient devenus des machines sans heurts, jamais malheureuses parce qu'avec les drogues il n'existait pas de grand bonheur.

Le major lui fit comprendre que le désir de vivre sans drogue était incompatible avec la société.

Il lui apprit que Clara pouvait le voir. Quand il lui vit Clara, elle lui dit qu'elle avait accepté cette rencontre parce que Grey lui avait assuré que c'était nécessaire. Bill lui dit qu'il avait besoin d'elle. Elle pleura car elle avait honte de son passé.

On l'avait guérie de sa passion pour Bill et on la guérirait bientôt de sa honte. On l'avait amenée vers Bill pour qu'elle n'ait plus plus peur d'être amoureuse de lui. Il vit qu'elle ne l'aimait plus. Bill comprit qu'on guérissait tout le monde de lui car après Mary, c'était Clara.

Puis ce fut le procès de Bill . Helen ne parla pas à Bill pendant le procès. Le major Grey était présent avec trois autres officiers. Tout le monde avait une copie du dossier sauf Bill. C'était son dossier médical.

Le major fit l'apologie de la société schizo et elle parla du danger que représentait Bill.

Bill reçu une injection. On l'obligeait à permuter pour que Conrad put assister au procès et prendre part à la décision. Pendant la permutation, tout le monde détourna son regard sauf le major Grey. Le major rappela les faits incriminés devant Conrad et expliqua que Clara n'avait pas été jugée car son caractère aberrant avait pu être effacé médicalement avec l'accord de Conrad.

Le major Grey préconisa l'hospitalisation définitive de Bill mais le colonel Hart voulait l'oblitération de Bill.

Grey vit qu'Helen percevait mieux que lui l'effet qu'il produisait sur les autres assistants.

Grey défendit le cas de Bill en expliquant que la société pouvait évoluer grâce aux personnalités inadaptées. Conrad était d'accord avec Bill. Helen voulait l'oblitération de Bill pour sauver la société. Le colonel Hart se rangea l'opinion de Grey car il ne voulait pas respecter l'avis d'une femme.

Grey repensa à Bill qui lui avait expliqué son stupide jeu de cache-cache de la permutation qu'il avait ressenti en n'étant pas drogué. Grey aurait voulu examiner cette accusation. Bill l'avait influencé.

Il avait maintenant le sentiment de perdre la moitié de sa vie à cause de son hyperalter, Ralph Singer, un peintre médiocre. Grey ordonna la permutation de Conrad. Bill réapparut. Grey lui annonça qu'il allait être oblitéré. Bill répondit qu'il avait essayé de vivre une vie meilleure et qu'il ne voulait faire de mal à personne.

Grey répliqua qu'il en avait fait et qu'il recommencerait si on ne l'oblitérait pas.

Bill opposa aucune résistance. Grey lui annonça qu'il éprouverait quelques instants de terreur provoquée par la drogue puis il étreignit l'épaule de Bill et s'en alla.

Bill fut terrifié et sa personnalité fut oblitérée. Puis Conrad se réveilla. Grey lui annonça qu'il aurait droit à cinq jours de repos avec Clara et qu'il serait mis en hibernation durant ce qui aurait été normalement le tour de permutation de son hyperalter.

Conrad apprit que Bill était plus. Il fut bouleversé. Il voulut savoir si Bill avait souffert et Grey répondit que oui.

Conrad s'inquiéta pour Helen. Grey lui dit qu'elle recevrait l'assurance de Bill et trouverait un autre mari.

Grey pensa à Bill. Il pensait que Bill avait tort. Ce qu'on rattrapait en plaisir en ne prenant pas de drogues était plus que perdu dans la souffrance du conflit, de la frustration et de l'hostilité.

Et avoir un alter signifiait qu'on n'était pas seul.

Grey se dit qu'aucune personne douée de raison n'aurait pu souhaiter ce que voulait Bill.

Maintenant, c'est l'éternité par Thomas M. Disch.

Charles Archold préférait la façade au crépuscule. Il entra dans la banque et réalisa qu'elle avait été transformée en salle de bal.

La machine à air conditionné reprit vie en ronronnant. Les machines semblaient vivre leur vie propre. Il entra dans son bureau. Personne n'y était entrée. Il y avait de la poussière. Il essaya un reprostat. Il n'aimait pas cette machine. Elle fonctionnait encore et réclamait du carbone. Archold lui en fournit et le reprostat fabriqua le bloc-notes qu'Archold avait demandé.

Il demanda au reprostat un cigare et la machine en fabriqua un.

Archold avait passé 30 ans de sa vie à acquérir des choses pour lui-même et pour Nora. On pouvait avoir confiance en lui mais pas en celles qui s'offraient des choses qu'elles étaient incapables de payer avec leur travail. Les jeunes gens ne prenaient même plus la peine de se marier. Il s'était disputé avec Nora qui lui avait reproché son gros ventre. Mais s'il était gros c'est qu'il avait dû travailler des années à la banque pour qu'elle puisse s'offrir la maison, les vêtements et les choses hors de prix. Elle voulait le quitter et il l'avait giflée.

Lester Tinburley entra. C'était l'ancien gardien chef de l'Exchange Bank.

Lester se plaignait des jeunes qui avaient cassé des objets dans l'ancienne banque devenue salle de bal. Lester avait transféré tous les dossiers au sous-sol. Archold promit de lui faire verser ses arriérés de salaire. Quand tout redeviendrait normal. Archold lui demanda de réparer la sculpture de la façade qui avait été détruite. Archold était content de pouvoir à nouveau donner des ordres et Lester était content de le revoir. Archold avait été absent sept mois.

Lester lui dit que les choses avaient changé et qu'Archold devrait peut-être s'en aller car il ne serait pas en sécurité. Archold était furieux qu'un employé lui dise ce qu'il devait faire. Quand Lester fut parti, Archold commanda de l'alcool au collet.

À minuit, Jessy Holm allait mourir, mais pour le moment, elle était délirante de bonheur. Elle dansait avec Jude.

Ils savaient tous les deux qu'ils allaient mourir. Ils montèrent au troisième étage. Lester les vit et les avertit qu'il y avait un homme qui pouvait leur créer des ennuis. Il désigna le bureau d'Archold. Jude ouvrit la porte du bureau et regarda Archold. Archold lui hurla de partir. Jessy entra aussi et pouffa de rire en le voyant. Archold lui dit qu'il était président de la banque. Jude demanda à Lester si c'était vrai et Lester confirma.

Lester dit qu'Archold pouvait ouvrir le coffre-fort. Jude n'était pas intéressé par l'argent mais par l'épreuve de force.

Lester utilisa le reprostat d'Archold pour s'offrir des cigarettes de l'alcool ainsi qu'à Jude et à Jessy. Jude obligea Archold à décembre.

Jude présenta Archold aux jeunes qui dansaient et annonça que le coffre de la banque serait pillé pour redécorer de billets les murs. Une fille empoigna Archold pour le faire danser.

L'alarme fut déclenchée et les jeunes tirèrent des coups de feu.

Ils voulurent forcer Archold à ouvrir le coffre mais il mourut d'une crise cardiaque.

Nora partit avec son nouvel amant Dewey.

7 mois plus tôt Archold et Nora s'étaient dupliqués avec le reprostat. Nora demanda au reprostat de fabriquer une autre Nora et elle emmena son double sur le lit.

Jude et Jessy se suicidèrent en s'asseyant dans une machine à désintégrer.

Dans la chambre voisine, il y avait des copies de Jude et Jessy que les originaux avaient fabriqués avant de se suicider. À chaque fois, ils n'avaient qu'un jour à vivre et tout recommençait.

Lester était entré à la banque en 1953 et avait vu Archold grimper les grades jusqu'à devenir président de la banque.

La façon de vivre d'Archold n'avait été affectée par la nouvelle abondance offerte par le reprostat que par opposition.

Lester avait tiré fierté de la médiocrité de son état et ne voulait pas en changer.

Il fabriqua un nouvel Archold et l'installa dans le lit avec la nouvelle Nora.

Lester était convaincu qu'un jour Archold ouvrirait le coffre avant d'avoir une crise cardiaque. D'ici là, Lester éprouvait un certain plaisir à voir son ancien employeur venir tous les jours à la banque.

Le monde comme volonté et revêtement mural par R. A. Lafferty.

1

William Morris avait lu une définition du mot « ville » dans un vieux dictionnaire. « Concentration d'individus qui n'est pas économiquement indépend ». Ce n'était plus vrai. Morris était bouquineur. Il avait lu des bouts de plusieurs livres.

Son ancêtre avait écrit une utopie socialiste « Nouvelles de nulle part » et un monde écologique « La Forêt au-delà du monde ».

William se rendit au Bureau des permis de la ville. Il y avait qu'une ville. Il demanda un permis de traverser la ville. Le monsieur des permis lui dit que tout était permis et que William n'avait pas besoin de permis. William demanda pourquoi le monsieur était là. C'était sa niche et elle ne devait pas disparaître sinon la ville disparaîtrait aussi. L'employé dit qu'il était d'usage d'emmener une compagne lorsqu'on traversait la ville.

William en trouva une. Elle s'appelait Kandy Kalosh et ils traversèrent la ville qui était le monde. Ils partirent d'un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre « début du stencil numéro 35 352 ».

La ville s'appelait Volonté de la Ville-Monde.

Les montagnes avaient été retirées. La ville surnageait sur l'océan au moyen de flotteurs encastrés les uns dans les autres.

Tout était gratuit. Les choix et le mouvement étaient libres. La ville suffisait à l'hébergement et à l'alimentation.

« Le travail c'est la joie » clignotaient les signaux subliminaux. William et Kandy virent des gens fabriquer de l'étoffe.

Ils travaillèrent avec eux pendant 1 heure.

Leur reproduction fut estampillée d'un « Refusé ».

La ville flottait et donc était agitée perpétuellement. Kandy et William allèrent vers l'ouest.

Ils regardèrent les Nageurs au ballet aquatique. Ils s'arrêtèrent à une conférence pour manger des algues et du plancton. Puis ils allèrent à la Salle d'Exposition de Volonté du Monde. Ils écrivirent leur nom dans la cire ou plutôt William car Kandy ne savait pas écrire.

William était un nom mystique alors il reçut une carte avec un poème de Volonté du Monde.

Des gens disaient que la ville avait été édifiée par une réaction automatique. Kandy reçut une belle image car la machine savait qu'elle était illettrée.

Ils s'arrêtèrent au Complexe Troglodyte artificiel.

Des adolescents jouaient au base-ball et au ballon. Kandy moulut du faux et éprouva une saine passion pour le travail pendant un quart d'heure. Morris fit des gâteaux avec des algues et le faux maïs.

Le ciel de la ville diffusait toujours une sorte de lueur. Ils continuèrent leur chemin vers l'ouest.

William voulait voir la forêt au-delà du monde et se demandait ce qu'il se passerait alors. William vit un homme âgé avec un brassard « moniteur ». William lui parla. Il évoqua son ancêtre l'écrivain et dit qu'il voulait voir la forêt. Il dit qu'il ne savait pas ce qu'il y avait après. Le moniteur dit que c'était une énigme facile à résoudre pour un bouquineur.

Le moniteur lui donna un indice. L'ancêtre de William avait travaillé au dessin et au dessein d'une autre chose particulière, en dehors de la forêt. William et Kandy allèrent à la Place des Spectacles. Ils virent des immeubles d'époque et des cordes à linge d'époque.

C'était un ghetto reproduit du temps jadis.

Les acteurs étaient vêtus de jeans serrés et de chemises trouées.

Il y avait de la musique sans mélodie et forte. William et Kandy s'en allèrent les oreilles en sang. Ils allèrent au Mélo où on les maria et on leur donna à boire et à manger de la vraie chaire d'anciens hachée.

Puis ils allèrent au Grand palais de Pipes Noir.

2

Les Annales de la Volonté du Monde révélaient que 2 % d'êtres supérieurs dirigeaient le monde.

Les esprits faibles étaient assurés du confort et de l'alimentation. On les distrayait puis ils devenaient du hachis à manger.

Kandy voulut rentrer chez elle. William la regarda partir sans regrets. Il rencontra Blondie Farquhar. C'était une parleuse.

La Volonté du Monde avait assuré la subsistance pour tous, mais c'était une ville monde morte et collante qui la fournissait.

William demanda à Blondie ce qu'il y avait après la Forêt. Elle répondit qu'après la Forêt, il y avait la Forêt. Blondie savait que l'ancêtre de William avait dessiné autre chose que la Forêt.

William et Blondie travaillèrent 1 heure dans le Grand Hachoir. Ils hachèrent les anciens.

Ils virent un carnaval avec des aboyeurs, des dragueurs, des dupeurs. Il y avait une musique bruyante, des baraques de hamburger avec de la viande d'anciens.

Ils allèrent au centre d'ébats où Blondie travail à 1 heure. Elle avait l'air d'y être connue et populaire. Ils allèrent à la Bute de la Vie Nocturne où il y avait des cabarets.

William fut fatigué mais Blondie le releva et l'entraîna précipitamment vers la Forêt. Elle le porta jusqu'à la Forêt.

Il fut de nouveau sur ses pieds et de nouveau fort.

Il y avait de vrais arbres et de vraies plantes.

Il y avait l'effigie du vieux Robin des bois en chêne sculpté et la haute silhouette en bois de Paul Bunyan, le bûcheron géant. Il y avait l'Indien rouge nommé. Cerf-blanc et les garroteurs en papier mâché. William et Blondie s'allongèrent pour dormir.

3

Blondy se réveilla et se mit à courir. William se traîna à sa suite. Elle le laissa continuer seul. Il crut revoir Kandy mais c'était Candie calebasse. Elle accepta de voyager avec lui à condition de ne pas être obligé de parler. Ils partirent d'un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre « stencil numéro 35 353 ». Ils allèrent au Ballet aquatique, à la salle d'exposition de volonté, au Complexe troglodyte. Il y avait un moniteur et William lui demanda si c'était toujours les mêmes séquences qui se répétaient tout le temps. Le moniteur dit qu'il y avait des petites différences.

William parla de son ancêtre et voulut savoir si le moniteur connaissait l'autre dessin de l'écrivain William Morris. Le moniteur répondit que Morris avait dessiné un revêtement mural. William s'évanouit.

Kandy déposa William sur un hachoir et dit que c'était devenu un ancien à un assistant. Elle travailla une heure et découpa William.

 

 

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