Humanisme : le Contrat social

10 juin 2019

Histoires de l'an 2000

 

ldp3817-1985

Depuis la fin du XIXe siècle, l'an 2000 apparaît comme le seuil d'un monde différent et en même temps comme un avenir assez proche. Il abrite des horreurs ou des merveilles qui ne sont pas encore réalisées mais dont on croit pouvoir dire qu'elles seront presque certainement réalisées. L'an 2000 était perçu de façon optimiste au XIXe siècle et véhiculait des images imprégnées de progressisme puis la vision de l'an 2000 est devenue de plus en plus pessimiste avec le temps. Dès le XVIIIe siècle, Restif de la Bretonne intitula l'une de ses oeuvres « L'An 2000 ou la régénération ». En 1815, Jules Verne décrit une ville idéale : Amiens en l'an 2000. Vers 1900, une marque de chocolat émet une série de 78 vignettes différentes portant toute l'inscription en l'an 2000 et une illustration de la vie en cette année mécanique.

Le premier rapport du Club de Rome envisageait l'an 2000 de façon inquiète en mettant l'accent sur les demandes croissantes imposées à l'environnement et sur les graves risques de rupture qui en découlaient. Avec la crise pétrolière de 1973, la confiance excessive dans les possibilités de l'avenir proche se mua tout aussi excessivement en une méfiance à l'endroit de toute réflexion sur l'avenir.

Il y a une contradiction évidente entre l'inertie considérable avec laquelle évoluent les sociétés développées et les comportements sociaux d'une part, et d'autre part la portée purement conjoncturelle, de l'ordre de l'année, de la plupart des politiques économiques et sociales et en particulier de celles de la France.

Il y a trois raisons pour que la futurologie soit impraticable et qui ne parviennent pas à dépasser le niveau d'un simple exercice idéologique. La première est l'extrême complexité de la situation initiale (présent et tendances passées) qui exclut sa description complète et suffisante. De plus, les mathématiques de l'aléatoire qui se consacrent notamment à la météorologie indiquent que des phénomènes très petits peuvent avoir très rapidement des effets tout à fait considérables. On voit mal comment détecter ces phénomènes eux-mêmes et les prévenir.

La deuxième raison est qu'une prévision certaine est destinée à servir un projet, celui du renforcement ou de l'évitement de ce futur. Alors, la prévision change les conditions initiales et s'annule d'elle-même.

La troisième tient à ce que, même s'il était possible de donner du futur un tableau raisonnablement validé par l'événement, les éclairages retenus dans le présent ne seraient pas forcément pertinents. Les anticipations venues du passé étonnent souvent plus par leur manque de pertinence que par leurs inexactitudes.

A contrario de la futurologie, la prospective renonce à donner de l'avenir un tableau empirique et global. Elle ne considère pas le futur comme un pays déjà formé que l'on puisse visiter et décrire. Elle se veut au contraire problématique. La prospective tente donc de repérer dans l'histoire et dans le présent, des lignes de force, de grandes tendances explicatives, dans la foulée de géants comme Tocqueville ou comme Marx. Et parce qu’elle permet précisément l'accent sur la pluralité des possibles, elle s'efforce d'explorer des éventualités dont quelques-unes apparaissent très probables mais dont d'autres, si improbables qu'elles semblent, sont importantes ou graves.

La prospective est une absolue nécessité. Les décideurs doivent se persuader que l'avenir sera radicalement différent du présent, que ce ne sera pas nécessairement pour le pire et que l'adaptation et la maîtrise sont les conditions de la survie. Les conséquences des innovations doivent être estimées au moyen d'expériences conceptuelles avant d'être subies, sous peine d'incommensurables catastrophes. L'histoire ne nous laisse plus le temps de l'essai et de l'erreur.

Jules Verne qui extrapole les techniques de son présent et considèrent leurs effets sociaux, est bien un des ancêtres de la futurologie. Une bonne partie de l'oeuvre de HG Welles revêt la forme de l'essai prospectif.

Une partie impressionnante de la littérature de science-fiction convoie une réflexion authentique, souvent inquiète, parfois fine, constructive et originale sur l'avenir proche.

Le souci d'une description riche et problématique de l'avenir proche culmine probablement avec l'étonnante trilogie de John Brunner qui vaut mieux que bien des rapports pédants. Son premier volet, Tous à Zanzibar, décrit une terre surpeuplée. Le second, Le Troupeau aveugle, dresse un tableau dramatique des conséquences de la pollution. Le troisième, Sur l'onde de choc, expose les effets de l'informatisation.

Ce volume de la Grande anthologie de la science-fiction est sans doute le plus pessimiste de toute la série. L'avenir y est carrément noir. Mais plus qu'un espoir sans appel, il faut y lire l'appel au sursaut.

Meurtre au jeu de boules par William Harrison.

Le narrateur est devenu célèbre grâce au jeu de boules. Il fait partie d'une équipe. Le jeu consiste à patiner sur un anneau ovale de bois sur laquelle des canons tirent de terrifiantes sphères de 10 kg. Il y a 10 patineurs, cinq motards, cinq coureurs (ou cinq matraqueurs). 80 000 spectateurs les observent tandis que deux milliards de gens sont devant leur poste de multivision. Les coureurs enfilent leurs gros gants de cuir et empoignent leur battes en forme de crosse dont ils se servent pour détourner les balles ou pour essayer de frapper les patineurs. Les motards roulent tout en haut de la piste et piquent vers le bas pour aider les coureurs aux moments cruciaux. Le rôle des patineurs est de bloquer le passage, de tenter d'empêcher les coureurs de les dépasser et de marquer des points. Les patineurs sont de la véritable chair à canon. Il y a deux équipes de 40 joueurs au total. Le principe du jeu consiste pour les coureurs à dépasser tous les patineurs de l'équipe adverse, à s'emparer d'une balle et à la passer à un motard pour marquer un point. Le narrateur s'appelle Jonathan E. Il est le pivot de l'équipe de Houston et pendant les 2 heures  de la partie il n'y a plus ni règles, ni sanctions, une fois la première premier tir de balle lancé. Une moto de l'équipe adverse, celle de Londres, reçoit une balle de plein fouet et explose dans un jet de flammes. Les spectateurs hurlent de joie.

La partie se termine sur le score de 7 à 2 en faveur de Houston.

Les années passent et les règles changent, toujours dans le sens de la satisfaction du public, donc d'un carnage accru. Jonathan joue depuis plus de 15 ans et par miracle, il n'a jamais souffert que de fractures aux bras et aux clavicules. Les règles seront modifiées jusqu'à ce que les joueurs finissent par patiner sur des mares de sang. Ils le savent tous.

Avant la Grande guerre asiatique des années 90, avant que les sociétés privées ne remplacent les nations et que les forces de police des sociétés ne supplantent les armées, au dernier jour du football américain et de la cour du monde en Europe, Jonathan était un jeunot.

Il a eu toutes les femmes qu'il voulait et l'argent ensuite. Sa photo s'étalait en première page des magazines. Il était le survivant du sport le plus sanglant du monde. Au début, il portait les couleurs des sociétés pétrolières. Ensuite, elles sont devenues tout simplement l'Energie. Bartholomew est le grand patron d'Energie, l'un des hommes les plus puissants de la terre. Il parle à Jonathan comme si c'était son propre fils. Il lui apprend que la multuvision voudrait lui consacrer une émission spéciale retraçant toute sa carrière avec des extraits de ses plus beaux matchs. Mais Jonathan se sent fatigué, il se sent seul et sa femme lui manque. Il y a comme une cassure dans son esprit. Jonathan reçoit chez lui un vieux copain, Jim Cletus. Cletus est juge. Il enregistre les points marqués dans le jeu de boules et il appartient au comité international de ce sport. Il apprend à Jonathan que de nouveaux changements sont envisagés dans les règles du jeu. Un joueur qui prendrait un tour de retard sur son équipe serait sanctionné. On lui ôterait son casque. Les primes seraient augmentées pour les meilleures attaques. Le comité envisageait aussi de supprimer la limitation de temps de chaque partie. Jim était partisan de conserver la limitation de temps mais il avait le sentiment d'être complètement dépassé par les exigences du comité.

Le 4 décembre 2012, la partie entre l'équipe de Rome et l'équipe de Chicago connut le plus grand nombre de morts : 9. Les spectateurs étaient fascinés par les statistiques du jeu de boules. Des millions de supporters ne regardaient jamais directement l'action mais se contentaient d'étudier les panneaux de statistiques.

Jonathan partit pour Paris, il se promena sur les bords de la Seine. Des admirateurs français intercalaires. Jonathan prit conscience de sa taille, de ses vêtements, de la façon dont il marchait. Il avait 34 ans et croyait qu'en vieillissant il ressemblerait beaucoup au poète Robert Graves.

Les hommes les plus puissants de la terre étaient les cadres. Il dirigeait les grandes sociétés qui fixaient les prix, les salaires et qui régissaient l'économie générale. C'étaient des escrocs qui avaient des pouvoirs pratiquement illimités et de l'argent à volonté. Jonathan avait lui aussi du pouvoir et de l'argent, pourtant il se sentait inquiet.

Il manquait un peu de culture. Mais les gens avaient peu de connaissances historiques. La seule histoire dont les gens se souvenaient étaient la façon dont les guerres de sociétés s'étaient terminées pour parvenir au regroupement des Six grandes : Energie, Transport, Alimentation, Logement, Services et Luxe. Les universités étaient administrées par les grandes et formaient les joueurs du jeu de boules. Jonathan voulait se cultiver auprès de M. Bartolomew. Lors du match de Mexico apparut une nouveauté ne. On avait changé la forme de la balle. Elle n'était plus tout à fait ronde de sorte que sa trajectoire sur la piste devenait irrégulière et imprévisible.

Jonathan a quitté Mackie et l’a remplacée par une nouvelle, Daphné, une Anglaise. Mais la seule femme qu'il a aimée, c'était Ella. Jonathan donne des cours de jeu de boules à des jeunes. Il leur dit qu'ils ne pourront vraiment commencer à comprendre qu'après avoir reçu quelques bonnes raclées sur la piste.

Quand Jonathan revit Bartholomew, celui-ci avait été démis de ses fonctions de responsable d'Energie. Jonathan décida de lui parler de ses problèmes. Il voulait se cultiver. Alors Bartholomew lui demanda ce qui l'intéressait. Jonathan avait commencé à étudier à l'université 17 ans plus tôt. À cette époque, il y avait encore des livres et il en avait lu beaucoup. Il pensait alors pouvoir devenir cadre. À présent, tous les livres étaient sur bandes. Seules les spécialistes en informatique pouvaient déchiffrer ces bandes. Jonathan savait que Bartholomew comprenait ce qu'il cherchait. Bartholomew était un homme de 60 ans, extrêmement riche, un puissant parmi les puissants. Bartholomew dit à Jonathan que le savoir conduisait soit au pouvoir, soit à la mélancolie. Jonathan avait déjà le pouvoir grâce à sa célébrité. Et au jeu de boules, il n'y avait pas place pour la mélancolie.

Mais Bartolomew accepta quand même de procurer à Jonathan quelques autorisations pour voir des films et apprendre un peu à déchiffrer les bandes.

Jonathan avait une nouvelle compagne après le départ de Daphné. Mais les images d'Ella hantaient toujours ses rêves. Jonathan pensait être le bâtard de quelque cadre. Il avait été élevé dans le quartier Galveston de la ville. Il avait été un gosse grand et fort. Il tenait pour acquis qu'un corps sain donne un esprit sain.

Il s'était marié à l'âge de 15 ans alors qu'il travaillait sur les docks pour les Sociétés pétrolières. Ella était secrétaire. Elle était mince, avec de longs cheveux bruns. Ils avaient obtenu le permis pour se marier et entrer ensemble à l'université. Elle suivait des cours d'électronique générale pendant que Jonathan suivait une préparation à la carrière de cadre et des cours de jeu de boules.

Elle l'avait quitté pour un cadre et était partie avec ce cadre en Europe.

Jonathan pensait être intelligent mais il avait l'impression de ne rien savoir.

C'était parce qu'il n'y avait plus de livres que Jonathan se sentait si creux. Il se rendait compte que s'il n'avait pas le souvenir de sa femme, il ne chercherait même pas à se rappeler parce que c'était l'amour seulement dont il se rappelait. Il avait lu beaucoup de livres pendant sa vie avec sa femme et après aussi avant de devenir joueur de boules. Il avait lu tous les volumes concernant le monde des affaires, l'histoire des rois d'Angleterre, tous les romans oubliés, un peu de Jean-Jacques Rousseau, une biographie de Thomas Jefferson. Tout cela était maintenant sur bandes, en train de s'effacer dans quelque sous-sol humide.

Les règles du jeu de boules avaient encore changé. Trois balles ovales seraient en jeu en même temps. Même les joueurs les plus expérimentés avaient peur d'entrer sur la piste. Alors ils feignaient de blessures et détalaient sur la pelouse du stade comme des lapins. Jonathan jouait avec encore plus de désinvolture et il en donnait au public pour son argent.

La mort était présente à chaque partie. Jonathan n'avait aucun scrupule à tuer des joueurs. Son ami Moonpie fut tué devant lui. Un joueur adverse ôta le casque de Moonpie et un patineur lui ouvrit la bouche du bout de sa botte. Ensuite plusieurs joueurs le frappèrent à mort. Les caméras ne manquèrent pas d'enregistrer son dernier soupir.

Avant la partie qui devait désigner le champion du monde, Cletus apprit à Jonathan que ce match devait se dérouler à New York devant toutes les caméras de la multivision et sans limitation de temps. Les motos seraient plus puissantes et il y aurait quatre balles simultanément en jeu et les arbitres sanctionneraient les joueurs trop timorés en leur ôtant leurs casques.

Jonathan pensait qu'il ne survivrait pas à ce match alors il demanda à Cletus de le faire incinérer et que ses cendres soient éparpillées dans son ranch de Houston. Il voulait aussi qu'Ella soit présente quand ses cendres seraient dispersées.

Jonathan put revoir Ella dans sa villa près de Lyon, une semaine avant le match de New York.

Ils se racontèrent leur vie. Puis au bout de quelques jours elle s'en alla et toute trace de douceur avait disparu de sa voix.

Le soir du match, la foule essayait de toucher Jonathan comme s'il était une ancienne figure religieuse. Avant que le match commence, Jonathan avait une trace de doute. Il chanta l’hymne de son équipe.

Dis-moi tout de toi (F. M. Busby).

 

Charlie, Vance et Dale avaient ramené un gros cargo sain et sauf à Hong Kong après avoir traversé un petit typhon. Ils fêtèrent cela avec de l'alcool et de la drogue. Ils passèrent devant un bordel nécro. Ils y entrèrent. Charlie avait l'habitude de fréquenter les necs. À Marseille, il avait dégoté une nana sourde-muette et salut avait plus. Au Nec, c'était encore mieux parce que les femmes ne bougeaient plus. Une Eurasienne les accueillit et leur proposa la catégorie A. Elle leur montra une série de photos de femmes mortes. Certaines étaient maintenues à la température normale du corps et d'autres étaient réfrigérées afin de pouvoir servir plus longtemps.

Un homme entra, c'était M. Hollstrom qui venait chercher un chèque pour avoir laissé le corps de sa femme morte dans le Nec. Charlie choisit la femme de Hollstrom. L'Eurasienne proposa à Dale le cadavre d'une petite fille tuée dans un accident malheureux. L'Eurasienne prétendit que la morte était encore vierge. Dale accepta la proposition. Il pénétra corps de la jeune fille morte et lui demanda si elle aimait ça. Il y avait un sourire sur le visage de la morte. Cela perturbait Dale. Il était désolé qu'elle ne parle pas. Il lui dit au revoir. Mais il ne pouvait pas partir. Il savait qu'à présent elle ferait partie de la catégorie A. Il ne voulait pas que Charlie, Vance ou n'importe qui puisse profiter d'elle. Il ne pouvait pas supporter cette pensée. Certains hommes la brutalisaient. Alors il vêtit le cadavre et l'emporta jusqu'à la chambre de son hôtel et lui fit l'amour encore une fois. Le lendemain, l'effet de la drogue avait cessé et Dale comprit ce qu'allait devenir le corps qu'il avait ramené. Alors il l'emmena sur un radeau et la brûla. Il n'en parla pas à ses amis. Il aurait tellement aimé que la jeune fille lui réponde mais elle n'avait pas voulu.

Le syndrome de la Marie-Céleste (Frank Herbert).

 

L'automobile de Martin Fisk, une Buick 1997 fila comme une flèche et s'engouffra sur la première des huit files de droite, juste à temps pour prendre la bretelle marquée « nouveau pentagone seulement-vitesse maximale autorisée : 120 km/h ».

Arrivé à destination il descendit de sa voiture qui fit un bond en avant et plongea dans une cage d'ascenseur qui la descendrait au sous-sol où elle serait rangée dans un casier programmé.

Fisk avait rendez-vous avec William Merill, l'officier de liaison du Président du Bureau de Contrôle Intérieur, patron de Fisk. Il fut accueilli par une secrétaire du Corps Auxiliaire des Femmes. Elle lui dit qu'il avait une minute d'avance et qu'ainsi il pourrait avoir neuf minutes pour parler à Merill. Elle lui demanda si ce ne serait pas merveilleux si on pouvait inventer des journées de 48 heures.

Fisk venait présenter un rapport à Merill. Il avait voyagé pendant 10 jours. Il avait effectué 65 000 km pour entreprendre 18 entretiens particuliers et 51 entrevues. Les gens se déplaçaient hardiment d'un bout du pays à l'autre, en quantité plus importante que la normale, depuis des points de départ auxquels les autorités n'auraient jamais pensé, pour rallier les destinations auxquelles les pouvoirs publics s'attendaient le moins. Et ces gens se révélaient être les individus les plus timides qui soient.

Fisk avait découvert que certains de ces gens avaient vendu à perte des affaires florissantes pour s'adonner à des carrières différentes sur les lieux de leur nouveau domicile. D'autres avaient accepté un nouvel emploi à un salaire inférieur. Il avait aussi découvert une chute vertigineuse du nombre de propriétaires de voitures. Les gens s'en allaient dans des zones où la construction des autoroutes ralentissait la circulation. Notamment à New York, San Francisco, Seattle, Los Angeles.

fisk avait constaté que les gens qui partaient étaient tous d'un âge certain il conduisait des voitures anciennes. Ils avaient peur de prendre l'avion, ils étaient conservateurs et timides.

Merill avait peur que cette situation entraîne des répercussions politiques. La représentation au Congrès changerait dans ces régions pour se conformer au nouvel état de fait.

Tous les gens qui partaient étaient des conducteurs à faible risque et comme ils sortaient du marché, les charges supportées par les autres conducteurs augmentaient d'autant. Fisk avait également remarqué que les femmes avaient refusé de rejoindre leur mari lors de ses déplacements. Il était arrivé quelquefois que ce soit la femme qui s'en aille et refuse de revenir. Les gens qui partaient abandonnaient leurs animaux dans leurs anciennes maisons et parfois les déménageurs trouvaient des dîners qu'on avait laissé mijoter. Il y avait un nom pour ça dans l'industrie du déménagement : ils appelaient ça les déménagements à la Marie Céleste, d'après l'histoire du bateau à voile.

Merill pensait que ces gens-là s'en allaient pour la promenade du samedi ou du dimanche et se trompaient de chemin, prenaient par erreur une bretelle d'accès à sens unique et se retrouvaient coincés sur une voie express à grande vitesse. Ils n'avaient jamais roulé à plus de 240 de toute leur vie et le rayon porteur de la voie express les forçait à rouler à plus de 450, alors ils paniquaient, ils passaient sur automatique et ils n'osaient plus toucher à rien jusqu'à ce que les automatismes les fassent ralentir pour bifurquer. Alors ils vendaient leur voiture et s'en tenaient au métro local et aux moyens de transport de surface.

En sortant du bureau de Merill, Fisk se fit bousculer par un homme. Il n'avait pas envie de s'engager dans le couloir envahi par les multitudes grouillantes qui passaient dans un sifflement.

Alors il se demanda si lui aussi déménagerait et si sa femme le suivrait..

Masque à gaz (James D. Houston).

Charlie Bates n'attachait pas une grande importance aux autoroutes. Il les classait parmi ces commodités à obstacles dont le monde était si inévitablement encombré. Il ne fut donc pas surpris lorsqu'un après-midi d'été, sur les huit voies autour de lui, la circulation se mit à ralentir puis finalement s'arrêta complètement. Il ne commença à s'inquiéter que lorsque le mouvement reprit une demi-heure plus tard. Son moteur était arrêté portant la voiture se mit à avancer lentement comme si une autre voiture la poussait. Un hélicoptère survola les conducteurs et un haut-parleur annonça que l'embouteillage serait résorbé mais qu'il faudrait au moins 24 heures pour cela. Les automobilistes pouvaient laisser leur voiture sur l'autoroute car la municipalité assurerait la protection par la police des véhicules. Charlie ne voulait abandonner sa voiture et il se mit à discuter avec un autre automobiliste Arvin Brainbridge. Charlie voulait téléphoner à sa femme alors Arvin lui prêta une corde de remorquage et Charlie l'utilisa pour passer par-dessus la barrière et ainsi descendre jusqu'au second niveau. Il entra dans un bar et apprit que chaque sortie, chaque entrée, chaque voie dans le complexe autoroutier étaient embouteillées. Il fallut 2 heures à Charlie pour rentrer chez lui à pied. Quand il arriva, sa femme, Fay, elle était au bord de la crise de nerfs. Alors il lui raconta toute l'histoire. Alors elle lui demanda ce qu'il allait faire pour la voiture. Charlie comptait retourner la chercher dans l'embouteillage serait terminé.

Le lendemain matin, Charlie emprunta le tandem de ses amis Don et Louise et il partit avec sa femme. L'embouteillage n'était toujours pas résorbé. Alors Charlie et sa femme décidèrent de monter tout en haut d'un immeuble qui dominait l'autoroute pour surveiller le long serpent de voitures silencieuses. Ils virent qu'un hélicoptère de la Croix-Rouge lançait des sandwiches aux automobilistes immobilisés. Les prédictions de la police pour résorber l'embouteillage étaient dorénavant de trois jours de plus

Charlie et sa femme décidèrent de louer un appartement dans l'immeuble au-dessus d’eux. Ils convinrent que Charlie pédalerait jusqu'à la maison, le lendemain, pour prendre quelques objets de première nécessité pendant que Fay garderait un oeil sur la voiture.

Charlie et sa femme surveillèrent donc l'autoroute tous les jours. Charlie retourna sur l'autoroute pour mettre le moteur de sa voiture en marche pendant quelques minutes. Il proposa à Arvin de lui présenter Fay. Mais Arvin ne voulait pas abandonner sa voiture car il n'avait pas fini de la payer. Au bout du sixième jour, la circulation pouvait reprendre, d'après le bruit des moteurs. Charlie voulut retourner vers sa voiture mais il avançait à l'aveuglette en titubant, assourdi par le tonnerre des cylindres longtemps refroidis, secoué de nausée par les fumées. Il retrouva Arvin qui lui dit qu'aucun signal n'avait été donné par la police mais tout le monde dans la file d'attente avait mis son moteur en route alors Charlie fit de même.

Mais à cause de la fumée, du lundi connaissance. Lorsqu'il revint à lui, il se rendit compte que la jauge à essence de sa voiture était presque vide. La police ordonna aux automobilistes d'arrêter les moteurs. L'embouteillage ne serait pas terminé avant au moins trois jours. Alors Charlie proposa à Arvin son appartement pour qu'il se repose mais Arvin refusa. Charlie voyait des gens étalés, accroupis, allongés sur le terre-plein central, pliés en deux par-dessus la rambarde, pliés en deux sur les portières, vitre baissée, haletants, sonnés. Charlie décida d'acheter un masque à gaz pour Arvin et un autre pour lui-même.

Banlieue rouge (Richard E. Peck).

Jack Brens était conducteur de train occasionnel et ce jour-là il en était responsable. S'il ne corrigeait pas les défauts qu'il remarquait, il risquait d'en souffrir. Les voyageurs le saluèrent. Seul Karras vint s'asseoir au premier rang. Les vitres du train étaient à l'épreuve des balles. Le train appartenait à la Coop. Brens remarqua deux places vides à l'avant. Il fallait un motif grave pour ne pas prendre le train qui vous était assigné et encourir l'amende un jour entier de salaire. Alors il pensa que les deux hommes absents étaient malades. Brens devait s'assurer que le train dépasse sain et sauf le troisième cercle, la Limite-de-la-Ville, Air-Libre, la zone industrielle. Et après cela, ce serait un parcours facile d'une cinquantaine de kilomètres pour arriver chez lui. La ville s'étendait sur 30 pâtés de maisons depuis le centre et s'arrêtait au mur de défenses la séparant d'Air-libre. Le cercle d'Air-libre avec ses incroyables multitudes d'habitants s'étendait tout autour de la ville qu'il tenait sous sa menace perpétuelle. 20 ans auparavant, Brens il avait été un des derniers heureux que la direction de la Sécurité Sociale avait jugés « récupérables ». Maintenant, personne ne quittait Air-libre. Et personne ayant un grain de bon sens n'y entrait.

Brens se souvenait y avoir vu des maisons réservées à une seule famille et des premiers colporteurs d'oxygène qui venaient vendre de l'air pur à des asthmatiques. Cela se passait avant que chaque famille ait son ballon personnel branché directement sur le distributeur de la ville.

Brens ne connaissait d’Air-libre que ce qu'il pouvait en déduire à partir des statistiques qui transitaient par son bureau à la direction de la Sécurité Sociale.

La direction de la Sécurité Sociale avait récemment dissous toutes les brigades antiémeutes et avait affecté les hommes à la garde du mur ; l'objectif désormais n'était plus de réprimer mais de contenir. Ce qui se passait dans l'Air-libre ne regardait que les Aérés, pour autant qu'ils n'essayaient pas d'entrer dans la ville.

Les Aérés maintenaient ronflants les hauts-fourneaux et vivante l'industrie de la ville.

Chaque année, la Sécurité Sociale installait un nombre croissant de centres de loisirs et les écoles publiques étaient ouvertes à n'importe qui au-dessous de 50 ans à condition de ne pas avoir un casier judiciaire trop chargé.

Au-delà de la zone industrielle commençait le quartier résidentiel. Brens renvoyait la ligne de banlieue comme un baromètre de la valeur sociale : plus on était précieux pour la vie, plus on avait les moyens d'en vivre éloigner. brens et sa femme vivaient à une cinquantaine de kilomètres de la ville.

Par trois fois le mois dernier des Aérés avaient tenté de faire une percée à travers les protections de la ville en passant par le tunnel. Brens fit jouer la manette d'armement des mitrailleuses montées sur le toit du train et s'assurera du bon fonctionnement de l'inverseur de courant pour alimenter les lasers placés à l'avant.

Brens aperçut une masse indécise de corps qui se précipitaient à l'intérieur du tunnel en direction de la ville. Alors il mit en marche les aérofreinssur les trois dernières voitures pour éjecter les Aérés.

La Coop avait déposé son bilan et les dirigeants de l'État aussi bien que la municipalité avaient refusé de se substituer à elle. Pourtant sans la Coop, la ville serait morte.

Des aérés attaquèrent le train. Les passagers eurent peur. Karras dit à Brens qu'un train avait été attaqué cinq mois plus tôt. Des aérés avaient attaché des fils de fer pendus à un arbre. Quand le train avait heurté les fils, le pare-brise du train explosa.

À l'extrémité du pont, un groupe d'enfants dégagea précipitamment la voie et se suspendit à la paroi. Brens vit une barricade devant lui et freina. Il fit tirer une rafale par les mitrailleuses mais les silhouettes aux aguets demeuraient figées comme des statuts.

Un Aéré fut abattu. Mais les autres guetteurs ne bronchèrent pas. C'était les Aérés de la zone industrielle en tablier de cuir. Quand les secours arrivèrent, les Aérés s'enfuirent. L'équipe de secours enleva les pièces de fonte qui encombrait la voie.

Brens était quitte pour 20 nouvelles semaines avant de reprendre la responsabilité du train. Il fut content de rentrer chez lui pour rejoindre sa femme.

Une journée en banlieue (Évelyn E.Smith).

Margie Skinner et sa mère furent attaquées alors qu'elles roulaient en voiture. Heureusement pour elles, les vitres étaient à l'épreuve des balles. Margie avait vu qui avait tiré. C'était Helen Kempf. Margie voulait la tuer. Mais sa mère lui rappela que l'école était un terrain neutre.

Il y avait plusieurs communautés dans la ville. Il y avait les Toits-Plats et aussi les Résidents du Manoir du Vieux Moulin à vent.

Mrs Pascal attaqua elle aussi Margie et sa mère. Elle leur envoya un énorme caillou. Maggie demanda à sa mère si elle comptait coincer Mrs Pascal à la prochaine réunion des parents d'élèves.

Margie et sa mère se rendirent au marché central. Les Toits-plats et les Toits-Pointus fréquentaient la partie du supermarché réservée aux détenteurs de revenus allant de 15 990 à 17 990 $. Le supermarché était un terrain neutre et le directeur demanda aux Skinner de déposer leurs armes à l'entrée. Les Skinner faisaient partie de la communauté des toits pointus. Au supermarché, elles furent mises au courant des derniers potins par les Toits-Pointus qu'elles rencontrèrent.

Un hélicoptère qui rodait au-dessus du supermarché les arrosa de balles tandis qu'elles gagnaient en courant le parking.

Puis quand elles reprirent la voiture elles furent attaquées par des Toits-Plats. Elles se retrouvèrent dans un fossé. Après avoir ramené la voiture sur la route, les Skinner découvrirent que le pont devant elle avait sauté. Les Toits-Plats qui les avaient attaquées avaient été tués.

Elles s'arrêtèrent devant le petit Cap Cod. Cela se trouvait roc, le frère aîné de Margie. Quand il vit l'état de la voiture il dit que son père ne serait pas content. Mais Mrs Skinner lui ordonna de cacher les traces de balles avec de la peinture à séchage immédiat. Il voulut désobéir à sa mère mais elle avait des arguments pour le contraindre. Elle savait qu'il avait une relation secrète. Son rêve était de partir habiter une maison à toit plat dans la banlieue. Margie savait que son frère quitterait bientôt le foyer.

Mr Skinner rentra tout joyeux chez lui car son patron était content de lui et allait lui donner une prime. Il n'avait aucune idée de ce que sa femme et sa fille vivaient au quotidien. Il pensait que leur vie devait être bien monotone et les encouragea à aller en ville le lendemain. Mais pour aller en ville qu'il fallait traverser beaucoup de zones dangereuses alors Mrs Skinner répondit que cela ne l'enchantait pas de conduire dans tous ces encombrements.

À présent, elle pouvait se détendre. La rue était sans danger. De 5:30 de l'après-midi à 8:30 du matin, de même que les week-ends et jours fériés, il n'y avait aucun risque. Mr Skinner espérait obtenir d'autres primes et envisageait même d'aller habiter au Manoir du Vieux Moulin à Vent. Cela fit frémir sa femme car elle savait que cela signifiait changer de statut et abandonner toutes ses amies. Mais elle reconnut que ça sera beaucoup mieux pour les enfants et plus sûr. Elle pensait pouvoir s'adapter.

Compagnons de chambre (Harry Harrison).

L’été

 

Lundi 9 août 1999, Andrew Rusch se réveilla à 7:00 du matin et c'était déjà la fournaise à New York. Il avait 30 ans et déjà des rides autour des yeux. Il alla voir son voisin Solomon Kahn. Celui-ci était en train de pédaler sur un vélo d'appartement. Il avait 75 ans et voulait s'entretenir. Andrew lui demanda des glaçons et Solomon accepta. Ils mangèrent ensemble. Des biscuits rouges. Solomon avait entendu le bulletin d'information. Il avait appris que les Anciens organisaient une marche de protestation contre le Bureau de l'Assistance.

Solomon se plaignait de la mauvaise qualité de la margarine. Andrew lui expliqua que toutes les graisses synthétisées à partir des pétrochimiques n'avaient quasiment pas de goût. Un messager vint apporter à Andrew un ordre du lieutenant de police. Les Anciens encombraient déjà Union Square et le commissariat avait besoin de renforts. Andrew était inspecteur et il devrait se rendre sur place pour repérer les provocateurs connus. Andrew voulut aller chercher de l'eau dehors mais la police avait donné l'ordre de boucher toutes les prises pour 24 heures car le niveau des réservoirs avait baissé en raison de la sécheresse et il fallait économiser le l’eau. C'est un policier qui apprit cela à Andrew mais comme c'était un collègue de son propre commissariat, il accepta de remplir un des bidons qu'Andrew avait amenés. À New York il y avait 35 millions de personnes qui crevaient de soif. Andrew retourna voir Solomon et ensemble ils purent boire.

Andrew put se laver avec l'eau qu'il avait apportée et il se rasa avec son rasoir ébréché. Il espérait pouvoir se procurer une nouvelle lame de rasoir d'ici l'automne. Avant de partir il prit des menottes et un tube de plastique souple bourré de plombs de chasse.

Andrew se rendit compte qu'une fois de plus il n'avait pas réussi à parler de Shirl à Solomon.

L'automne.

C'était le mois d'octobre le plus froid qu'on ait jamais connu. Shirl faisait la queue pour aller chercher de l'eau. Elle discuta avec une femme qui faisait aussi la queue. Shirl présenta à l'agent les trois cartes de l'Assistance : la sienne, celle d'Andrew et celle de Solomon. Ainsi, elle put recevoir 6 l d'eau. Elle rentra chez elle accompagnée par la femme qu'elle avait rencontrée dans la file d'attente. Cette femme avait réussi à obtenir 15 l d'eau. Elles furent attaquées par de jeunes garçons. Mais la femme se servit de son gros bidon d'eau pour frapper le garçon qui était armé d'un couteau. Alors les deux garçons s'enfuirent. La femme réussit à récupérer le couteau du garçon. Ensuite elle raccompagna Shirl  jusqu'à sa porte. Elle put dîner avec Andrew et Solomon. Elle leur avait fait une surprise. Elle leur avait acheté des hamburgers fabriqués avec du soja et des lentilles. Mais Andrew lui reprocha cette dépense car l'impôt municipal sur le revenu avait été porté à 80 %, à cause des versements plus élevés à la Sécurité Sociale. Shirl demanda à Solomon ce que était l'un kwash car l'enfant de la femme qu'elle avait rencontrée dans la file d'attente souffrait de cette maladie. Solomon lui répondit que c'était l'abréviation de kwashiorkor. Ce n'était pas contagieux. C'était une maladie de sous-alimentation. Ça provenait d'une insuffisance de protéines. En un temps, on me la trouvait qu'en Afrique, mais maintenant cette maladie était répandue dans tous les États-Unis.

Le repas leur avait fait du bien et ils bavardèrent un moment. Après quoi, Andrew dut utiliser une langue de poche pour rédiger un rapport car il n'y avait plus d'électricité le soir depuis une semaine. Shirl pleurait. Elle repensait à sa vie d'avant. Avant qu'elle vienne s'installer chez Andrew, elle avait eu la vie facile, une bonne nourriture, une chambre chaude et, quand elle sortait, son garde du corps personnel, Tab. Tout ce qu'elle avait à faire, c'était de coucher avec lui deux fois par semaine. Elle avait eu la chose en horreur mais au moins cela ne durait pas trop longtemps. Avec Andrew auprès d'elle, c'était tout autre, c'était bon.

L'hiver.

La ville de New York vacillait au bord du désastre. Chacun des entrepôts fermés était un noyau de discorde, encerclé de foules affamées et apeurées qui cherchaient un bouc émissaire. La colère les poussait à l'émeute. La police luttait mais elle n'était plus qu'une mince barrière entre les protestations furieuses et le chaos sanglant.

Le peu d'eau disponible était plus qu'indispensable pour combattre les incendies qui se déclenchaient dans toute la ville. Le 21 décembre, un garde de l'Assistance sociale tua un homme qui avait brisé une fenêtre du dépôt alimentaire pour tenter de s'y introduire. Ce fut la première balle mais pas la dernière. Andrew dut affronter la violence et l'appliquer pour rétablir la loi et l'ordre dans une cité déchirée par les combats. Il n’eut de repos qu'après avoir été victime de son propre gaz et s'être fait emmener à l'ambulance du service des hôpitaux pour y recevoir des soins. Quand il reprit le travail, c'était pour découvrir des cadavres dans les rues. Les premiers troglodytes sortaient d'une bouche de métro. Durant l'été, tout le monde s'était moqué des troglodytes qui avaient été logés dans les stations silencieuses de chemin de fer souterrain par l'Assistance. Mais quand l'hiver était venu, l'envie avait remplacé les rires car sous la surface il y avait tout de même quelques réchauds électriques. Quand il rentra chez lui, Andrew apprit les dernières nouvelles par Solomon. Shirl était partie la veille et n'était toujours pas rentrée. Andrew voulut partir la chercher mais Solomon voulut le persuader que ça ne servait à rien. Shirl était sortie avec une robe et elle s'était maquillée. Elle était sortie comme si elle allait voir quelqu'un. Elle s'était disputée avec Andrew peu de temps avant de partir. Andrew avait peur que ce soit la raison de son départ. Solomon apprit à Andrew que le Sénat avait fait passer un décret de crise. Pour Solomon ne le vrai problème était la surpopulation. Les cliniques d'avortement n'avaient été rendues légales que depuis peu de temps.

Shirl rentra. Elle était partie dans un restaurant clandestin où il y avait de la viande. Elle y avait rencontré des gens de connaissance avec qui elle avait bavardé. Andrew lui en voulait et ils se couchèrent comme deux étrangers dans la chambre minuscule.

Le printemps.

Solomon mourut d'une pneumonie. Andrew et Shirl avaient oublié leurs griefs pendant la maladie de Solomon. L'enterrement les rapprocha comme rien n'avait pu le faire dans les froides profondeurs de l'hiver.

Tab vint voir Shirl. Elle le présenta à Andrew. Il était toujours en garde du corps et des hommes se cachaient derrière lui. Mais il entra chez Andrew et Shirl seul. Tab était venu leur annoncer que le tribunal avait donné un commandement d'occupation, c'était comme un mandat de perquisition. Tab avait été engagé par un type qui s'appelait Belicher et avait obtenu gain de cause de la part du tribunal pour trouver un logement. Il voulait occuper la chambre de Solomon. Andrew fut obligé d’accepet que Belicher vienne avec sa femme et ses sept enfants. C'étaient les allocations familiales qui les faisaient vivre. Les gosses semèrent la pagaille dans l'appartement. Andrew ne put rien faire pour empêcher cela.

Thérapie 2000 (Keith Roberts).

 

C'étaient les boules Quies ou plutôt leur absence qui avait déclenché le problème. Travers avait rencontré des difficultés pour acheter un de ces objets désuets et potentiellement antisocial. Alors il cultiva l'habitude répréhensible de se bourrer les oreilles de bouts de papier. Puis il essaya de la cire chaude mais ce fut un échec poisseux. Il essaya la céramique et le bois taillé à la main et bien graissé. C'était la vie de Travers. À l'aube, obéissant, il se levait au son de l'émission de Dicky Dobson et 2 heures plus tard il écoutait «Keeling Cocos Walker » que le métro inter-bloc déversait à l'endroit de son travail. Son plaisir consistait à monter un flot interminable de petites annonces et à jongler avec des objets aussi disparates que la crème aux hormones et les harmonicas et à les harmoniser soit avec des mots en caractères gras, soit avec une étoile, soit encore avec le symbole du dollar, signes qui depuis des temps immémoriaux servaient à proclamer leur excellence.

Il devait subir le vacarme des haut-parleurs qui diffusaient des slogans et les mini transistors de ses collègues qui écoutaient du jazz ou du Puccini.

Travers rentrait chez lui à 18:00. Les wagons étaient maintenant tous pourvus de Trivid. C'était l'avis de Travers, le soir. Le métro le laissait au pied de son propre bloc d'habitation. Il traversait des étages pleins de hurlements. Les murs de son appartement étaient souples et translucides de plastique bouton de rose derrière lesquels des ombres électroniques brillaient et se pavanaient toute la sainte journée et toute la sainte nuit, excepté un court moment. Mais comme ce moment de silence était précieux ! Travers se sentait encerclé par les appareils de Trivid. Travers vivait ce qui faisait sa vie pendant les 3 heures de silence entre l'émission « La fin des fins » et le choeur de l'aube de l'inimitable Dicky Dobson. Naguère, l'interruption des émissions durait 4 heures. Travers avait observé son rétrécissement impitoyable avec terreur et consternation. Une fois, Travers avait entendu l'annonce de la secte Marche dans la lumière. Le président de cette secte annonçait fièrement que sa corporation avait acheté 1 heure de silence par jour destinée à la méditation et à la prière. Par gratitude et par curiosité, Travers leur avait demandé une brochure. En lisant cette brochure, Travers fut intrigué par les chapelles insonorisées de l'ordre où on pouvait acheter du temps pour méditer mais l'entrée et l'inscription étaient trop chères pour lui qui ne gagnait que 200 $ par semaine.

Travers avait un autre rêve qui s'appelait Deidre. Elle était souriante et dorée, secouait ses cheveux d'or. Elle était son seul vice, son seul espoir, sa seule évasion.

Il ne se souvenait pas de quelle manière elle s'était mise à exister. Elle était réelle et vivante autant que n'importe quelle femme. Elle avait ses moments de calme et ses moments de réflexion. Parfois elle l'énervait même s'il savait qu'elle ne voulait pas être méchante mais dans ces moments-là ils se querellaient. Et alors, le lendemain, c'était l'enfer. L'enfer, au bureau, l'enfer dans le projecteur ou des images de Deidre flottaient, tâches insupportables devant ses yeux. L'enfer le jour et la nuit qui suivait, jusqu'à l'arrêt de de la dernière Trivid. Les dernières images de la Trivid, dans ces moments-là, c'était une petite fille surgie de l'aube ou du crépuscule qui lui disait que ça avait été long, tellement long.

Deidre lui demandait de raconter sa journée et elle le consolait en le prenant dans ses bras et elle lui faisait tout oublier en chantonnant et en riant. L'idée que Deidre était réelle était la conclusion personnelle de Travers. Mais les choses que Deidre lui montrait, les endroits dans lesquels ils flânaient ne pouvaient exister, pas maintenant, plus maintenant.

Travers pensait que Deidre inventait ces endroits pour lui faire plaisir. Elle parlait avec sérénité et assurance, on ne pouvait douter d'elle. Elle lui avait dit que Dieu existait vraiment.

Travers lui offrit des cadeaux pendant des mois. L'accepter tout avec le même plaisir naïf. Malgré tout, il avait peur de la perdre. Ils allaient sur une plage. Ils faisaient l'amour dans une villa. Quand elle disparaissait, Travers ne savait pas comment. Les murs couleurs de crème de sa cellule s'animaient soudain, pleins de lumière, et derrière eux résonnaient les voix familières si haïes.

Et alors commençaient les journées insipides et remplies de Son.

Il lui semblait que les heures s'étiraient interminablement avant qu'il puisse la retrouver. Il ne pouvait pas dormir dans ce vacarme et les tranquillisants lui étaient interdis eux aussi.

Une fois drogué, il avait essayé de faire venir Deidre et elle n'avait pas pu ou pas voulu se montrer. Elle était restée une ombre qui pleurait dans l'obscurité. Depuis ce jour-là, il n'avait plus touché à la drogue.

Alors il avait voulu se procurer des boules Quies mais Deidre était contre. Elle n'avait pas voulu lui car pourquoi. Travers comprit sa blessure et son inquiétude. Après cela, il ne lui dit plus rien. Mais trois jours plus tard, il comprit partiellement pourquoi elle avait été blessée et il en fit un abcès. Il fut obligé d'aller voir un médecin. Le docteur Rees était ennuyé car il avait trouvé des corps étrangers dans les oreilles de Travers. Il pensait que c'était la cause des souffrances de Travers. Le docteur avait une Trivid fixée à son bureau et pendant qu'il examinait Travers et donnait son diagnostic des rayons de lumière de couleur jouaient sur le dessus du bureau il y avait du bruit. Travers fut envoyé vers des spécialistes qui le guérirent.

Il avait peur d'avoir des problèmes. Il en parla à Deidre, cette nuit-là. Elle lui posa des questions sur le docteur sur ce qu'il avait dit et ce qu'il avait fait.

Travers avait entendu parler d'un nouveau travail chez Mascler. Un meilleur poste. Il en avait parlé à son chef de studio qui n'avait pas dit non. Travers aurait pu gagner 50 $ de plus par semaine et la possibilité d'une chambre donnant sur l'extérieur. Tout un côté de son existence serait libéré du vacarme !

On lui avait interdit d'exercer son vice secret. Et il resta chez lui à ruminer dans la lumière et le brouhaha. Il se demanda s'il y avait eu une époque où il y avait eu du silence et s'il existait encore un endroit où la tranquillité régnait.

À sa grande surprise, il se vit en train d'utiliser contre sa volonté et sa raison, son vidéophone. Il décrocha son téléphone et déposa sa plainte contre la Poste. L'homme qui lui répondit lui assura que tout citoyen était contrôlé de manière très stricte, chacun avait droit à une certaine quantité de décibels en fonction de son statut exact. L'employé lui annonça qu'une action serait entreprise. Travers s'imagina le patriarche d'une nouvelle religion qui répandrait comme nouvelle foi, le silence.

Deux techniciens arrivèrent chez lui avec des appareils et des compteurs, des détecteurs et un micro. Les techniciens avaient découvert une cause de réclamation. Un voisin de Travers ne respectait pas la législation et reçut une amende de 80 $. Le voisin s'appelait Lupchech et conduisait une grue au supermarché local. Un jour, il avait frappé un consommateur qui lui avait crié quelque chose. Travers avait vu cela et il avait pris peur. Maintenant Lupcheck devait payer une amende à cause de lui. Travers passa une nuit agitée et ne put invoquer Deidre. Le lendemain Lupchech attrapa Travers dans l'ascenseur. Il le frappa et Travers ne se défendit pas. Il se fit hospitaliser. Dans son bloc, le vacarme était pire qu'ailleurs. Il fut admis mécaniquement dans une antichambre sans caractère mais avec de la moquette. Une Trivid solitaire fonctionnait, le Son coupé. On le fit attendre. Alors Travers pria pour Deidre. En d'autres crises de sa vie, cette technique avait marché.

Un spécialiste le reçu. Il lui dit qu’il devait comprendre le problème considérable que lui et ses semblables posaient à une société moderne organisée en fonction de grands principes historiques pour le bien du plus grand nombre de ses membres. Le spécialiste lui posa des questions sur son enfance. Il lui proposa une solution. Travers acquiesça et signa des formulaires. Une infirmière conduisit Travers dans une nouvelle pièce. Elle avait un écouteur dans l'oreille.

Travers fut anesthésié et on le conduisit vers un siège et on fixa un tissu sur ses yeux. Le tissu fut enlevé et Travers regarda autour de lui hébété. Le cauchemar était terminé. Quand il sortit la ville était devenue silencieuse. Travers rentra chez lui. Il s'endormit presque instantanément. La plage surgit. Et dessus, Deidre courait comme elle n'avait jamais couru. Il essaya de l'enlacer mais elle le repoussa. Elle tomba à genoux, se tenant la gorge et se balançant, figure de la détresse. Elle pleurait. Travers comprit enfin. Deidre était muette.

 

Personne n'habite Burton street (Grégory Benford).

 

Joe Murphy et le narrateur étaient agents de la Force. Ils assistèrent au premier acte des Troubles Domestiques. Scott arriva en renfort avec le diagnostic du QG. La foule fonçait sur eux. Elle était constituée de Troubles Psy et de Préjugés Raciaux sans compter un bon nombre de Chômeurs. La foule attaquait des magasins alors Murphy lança les premiers Polauts, une sorte de robot muni d'un fusil. La majeure partie de Burton street était maintenant en feu. Les pompiers arrivèrent en courant. Ils amenaient une simple lance d'incendie. La foule n'était pas assez importante pour que ça vaille la peine d'engager une voiture et tout le reste mais ils portaient l'uniforme rouge réglementaire. De loin, on a pu les prendre pour des vrais pompiers. Un gars arriva en brandissant une cognée et il l'abattit sur les pompiers Scott commanda de nouveaux policiers et pompiers pour l'équipe de l'après-midi. Un camion s'arrêta au milieu de la rue. Deux hommes en combinaison de travail en descendirent et commencèrent à charger les androïdes, tout en éteignant les foyers d'incendie au passage. D'ici une heure, tout allait être remis en place. Les policiers et les pompiers étaient des androïdes. Ils servaient à calmer la foule. Pendant des semaines, les gens qui avaient démoli Burton street et cru avoir tué des policiers et des pompiers allaient se tenir tranquilles en racontant à leurs amis comment il avait mis le feu à la rue ou descendu un flic.

Le narrateur écoutait son collègue Joe se plaindre sans cesse de manquer d'argent et d'espérer une promotion. Mais un gars comme Joe qui n'avait pas fait d'études n'avait guère de débouchés dans l'informatique et donc aucune chance de promotion. Le narrateur était censé veiller à l'état mental de ses hommes et il avait compris que le problème n'était pas du côté de Joe. Joe était marié et le narrateur pris note de faire examiner la femme de Joe par un psycho. Le narrateur se demandait pourquoi on avait installé une boîte aux lettres à Burton street car personne n'habitait cette rue.

L'homme qui avait disparu (Katherine MacLean).

Les gens vivaient dans leur micro-société régie par ses propres lois. Ils pratiquaient les rites du culte sadique aztèques ou bien la simple pauvreté et l'amitié des communes de la Fraternité d'Amour. Ils n'étaient pas seuls.

Les non-conformistes qui ne parvenaient pas à trouver de cellules pour les accueillir vivaient dans les zones publiques libres et se rendaient à des réunions libres pour rencontrer leurs semblables. Partout dans les rues on voyait des enseignes qui brillaient : « vous n'êtes pas seuls. Trouvez vos âmes soeurs. Trouvez votre distraction favorite. Trouvez votre compagnon, votre compagne. Utilisez les services d'« Harmonie », diagnostics de la personnalité et conseils en union ».

Carl Hodges était seul. Il errait dans un quartier en ruine de New York. Il savait ce que proclamaient les néons « vous n'êtes pas seul ».

Il ferma les yeux et pleura. Maudit soit le jour où il avait appris à parcourir le temps. Il avait la faculté de se souvenir de Suzanne. Il savait comment, pour son plaisir, revenir aux événements passés. Mais il n'arrivait pas à s'empêcher de penser à la fin de Suzanne. Quelqu'un lui offrit des pilules du bonheur et Carl les accepta. Il les avala. Autour de lui, se tenaient des enfants fugitifs vêtus d'étranges costumes provenant de nombreuses communes éparpillées sur tout le territoire des États-Unis. Ils avaient fui les royaumes et les coutumes bizarres de leurs parents car ils haïssaient la Fraternité, le conformisme des adultes. La loi obligeait les villages-sociétés à éduquer les enfants à l'intérieur de leurs murs.

Carl pensait que ce n'était que des enfants traversant une phase momentanée de révolte. Les pilules commencèrent à produire leur effet et Carl se rappela des trucs drôles. Il raconta aux enfants une partie de futurologie qu'il avait faite avec un ami. Cette partie avait terminé par un massacre. Heureusement que Carl et Ronnie ne jouaient pas pour de vrai car à la fin d'une bonne partie il ne restait plus personne.

Un gamin blond qui semble être le chef de la bande demanda à Carl des précisions sur ce jeu. Il avait envie d'étudier la prédiction de maintenance pour en faire son métier.

Carl Hodges était l'homme qui avait disparu et qui en savait trop. Il savait que le simple fait d'intervertir les fils d'un appareil à air conditionné pouvait détruire tout un îlot d'habitation.

Depuis le 3 juin, toutes les forces de police disponible recherchaient un informaticien qui racontait comment détruire la ville de New York.

Judd Oslow, chef de la brigade de secours était à la recherche de Carl. Hodges été assistant coordinateur de l'automation informatisée des services municipaux de New York. Son travail consistait à éviter les ennuis graves. D'après son dossier il ne faisait pas partie d'une commune et avait peu d'amis. Sa fiancée était morte dans un accident pendant qu'ils étaient en voyage amoureux le mois dernier.

Oslow envoya George, un de ses hommes, à la recherche de Carl. George se rendit au club de rencontre pour étrangers ou Carl avait été vu quelques jours plus tôt. Il fut attaqué par une bande d'adolescents. George éprouvait une impression bizarre ; il était seul. Les adolescents l'avaient abandonné sur le trottoir, les mains et les pieds attachés ensemble mais il avait réussi à se libérer et avait marché jusqu'à la commune de Fraternité d'Amour de sa petite amie pour y dormir. Mais les frères l'avaient mis dehors avec son sac de couchage car ils estimaient qu'il dégageait de mauvaises vibrations.

Il avait dormi dehors. Le lendemain il se réveillait en se sentant triste. Il n'avait pas trouvé Carl. Il téléphona à Oslow qui lui recommanda de faire son rapport à la brigade de secours du centre où il pourrait rencontrer une fille qui lui plairait.

Ahmed Kosavakats, le supérieur de George et son ami d'enfance, était prêt à admettre sa défaite. Sa raison l'avait poussé à essayer de retrouver Carl. Il pensait pouvoir retrouver Carl en utilisant la logique. Il estimait que ceux qui avaient pu faire prisonnier Carl avaient exploité ses capacités. Mais Ahmed n'avait pas trouvé le moindre signe d'une brillante manipulation destinée à détourner les services urbains. Alors Ahmed avait pensé que George Sanford pourrait probablement se brancher sur les ravisseurs de Carl si ceux-ci pensaient sur un plan émotionnel.

Les intuitions de George étaient dignes de confiance.

George était très costaud et ne se souciait apparemment pas de manger, de boire ou de dormir. Son seul but dans l'existence était d'avoir des amis et de les aider. Sous son modeste de Q.I. se dissimulaient des facultés inexploitées n'apparaissant qu'au moment où l'on demandait le maximum de George et qu'on l'appelait au secours. Ahmed pensait qu'il fallait garder George sous pression et le noyer de travail. Ahmed vit que George avait des ecchymoses et il lui demanda pourquoi mais George ne voulait pas répondre. Ahmed comprit que George avait été attaqué et n'avait pas eu le dessus. Ils assistèrent à l'effondrement du Brooklyn dôme. George perçut l'interruption des émissions de milliers d'esprits. George percevait les pensées d'un homme qui avait ressenti le choc de la lointaine explosion et avait su immédiatement ce que cela signifiait pas.

Carl était encore prisonnier de la bande de jeunes. C'étaient les jeunes qui avaient fait exploser Brooklyn dôme. Ils voulaient anéantir les techs car c'étaient les techs qui avaient décidé de stériliser les femmes. Seuls les hommes disposant de 500 $ pouvaient faire opérer les femmes pour qu'elles deviennent à nouveau fertiles. C'était une façon d'éliminer les pauvres de la société. Alors les jeunes avaient l'impression de se défendre en détruisant les techs à leur tour. La bande de jeunes avait exploité les talents de Carl.

L'explosion du Brooklyn dôme avait été diffusée à la télévision. Les gens regardaient ce spectacle avec fascination. Tout autour de George, les voyageurs des sièges-métro, visages inexpressifs, scrutaient l'écran avec l'espoir de plus d'horreur encore. Les amoureux de la vie sont également des amoureux de la mort. George et Ahmed arrivait à Jersey dôme. Il y avait 10 000 habitants. Des fonctionnaires et leurs familles.

Ils allèrent voir le maire. Ahmed lui expliqua que lui et George étaient de la Brigade de secours métropolitaine et qu'ils étaient spécialisés dans la recherche des gens par prédiction du comportement. Ils étaient à la recherche d'un éventuel psychopathe qui aurait pu saboter Brooklyn dôme et qui aurait l'intention de faire de même avec Jersey dôme. Mais le maire ne se montra pas coopératif. Au contraire il les menaça d'un pistolet. Il ne supportait pas qu'on puisse évoquer la possible explosion de Jersey dôme. Ahmed réussit à le rassurer. Il lui expliqua que lui et George voulaient simplement visiter Jersey dôme.

Ils croisèrent un technicien qui vérifiait des cables. Ils lui demandèrent ses papiers et il obtempéra. Ahmed et George étaient à la recherche d'un plastiqueur et le technicien avait compris. George sentait la pression de l'eau qui, loin au-dessus de la ville, semblait comprimer l'atmosphère et lui conférer une certaine densité.

Ils entrèrent dans la salle des compresseurs. Elle n'était pas fermée à clé. Ça aurait dû être fermé remarqua Ahmed. Un intérieur, il y avait deux ingénieurs. George leur demanda leurs papiers. Un des deux ingénieurs expliqua à George le fonctionnement des compresseurs qui servaient à pomper l'air et à refouler l'eau.

George avait peur et voulait quitter le dôme. Ahmed lui demanda de se ressaisir car George Sanford n’avait jamais peur.

Ahmed demande à George de localiser ce sentiment de défaite. George pensait qu'ils allaient mourir. Ils prirent l'ascenseur. Mais l'impression de malheur persistait et ne faisait qu'empirer. George sentait qu'on allait faire sauter le dôme depuis la plate-forme d'observation. George demanda à Ahmed qu'il fasse venir un hélicoptère et des patrouilleurs. Ahmed et George montèrent dans l'hélicoptère. George sut enfin qui étaient les saboteurs. Tous les gosses avec des tournevis, les individus serviables doués de talents de techniciens et qui faisaient accélérer les ascenseurs, tous ceux qui ne comprenaient rien à la mécanique et laissaient ouvertes les portes des toilettes payantes pour ceux qui suivaient. Ils voulaient se montrer serviables. Ils passaient les sas en bloquant grandes ouvertes les portes derrière eux. Plus rien pour retenir l'énorme pression atmosphérique qui pesait sur la cité pressurisée et s'engouffrait derrière l'ascenseur quand il montait. George ne savait pas comment il pourrait expliquer aux policiers qu'il n'y avait pas de plastiqueur mais que c'étaient les habitants de la ville qui, dans leur désir de fuir, détruisaient leur propre système protégé par des sas.

Le Jersey dôme explosa.

Le maire avait survécu et diffusait des informations. Il dit que la voûte du dôme n'avait pas craqué et qu'elle s'était juste affaissée. Les survivants enfilaient des scaphandres et cherchaient à se mettre à l'abri au cas où la conduite serait à nouveau débloquée. Il voulait qu'on colmate le puits d'aérations par en haut. George et Ahmed recherchèrent les survivants. Ils tirèrent de l'eau une jeune femme nue. Mais elle était morte. Le commandant des garde-côtes ordonna à George et Ahmed de quitter la zone sinistrée.

La bande de jeunes diffusa un message pour annoncer sa responsabilité dans la destruction de Brooklyn dôme et la détention de Carl. Ils exigeaient 15 000 $ pour les services qu'ils proposaient. Si une commune avait des ennemis, elle pourrait en toute logique poser la question de savoir qui ou quoi pouvait détruire la commune et comment prévenir cette attaque.

Les jeunes avaient envoyé une copie de ce message à chaque commune située dans les limites de la ville et deux seulement avaient fait parvenir l'enregistrement à la police.

Oslow ordonna à George de lui trouver Carl dans les plus brefs délais. George était censé aider les gens. Chaque fois qu'il essayait d'aider Carl, il arrivait quelque chose de mal.

Mais il arriva à capter l'esprit de Carl. Ahmed se dit qu'il y avait de fortes probabilités pour que ce fut Carl qui s'exprimait par la bouche de George quand celui-ci était pessimiste. Le vocabulaire utilisé par George ces derniers temps n'était pas le sien mais celui de Carl. Ahmed avait compris cela. Alors il parla à George comme s'il parlait à Carl. Et Carl lui répondit. Carl demanda à Ahmed de le détruire avant qu'il ne le fasse lui-même. Ahmed demanda à Carl où il se trouvait. Carl répondit qu'il était entre East avenue et la 5è rue. George et Ahmed partirent chercher Carl.

George atteignit le milieu d'une cour et fut rapidement rattrapé par la bande de jeunes. Il leur raconta avoir perdu une montre le soir où il avait déjà été tabassé par la bande de jeunes. Le chef de la bande lui dit qu'il devait être complètement idiot. George s'approcha près d'une porte et la bande de jeunes l'en empêcha. George se dit que Carl devait être derrière cette porte. Alors George dit aux jeunes que s’ils trouvaient sa montre et qu'ils la lui rendaient, il leur apprendrait quelque chose qui devait les intéresser. Mais les jeunes le frappèrent avec une chaîne. Ils ne voulaient pas que quiconque entrent dans leur territoire. George savait que le pilote de l'hélicoptère était à l'écoute mais celui-ci ne pouvait pas savoir que Georges était en danger. Alors George leur dit qu'il savait qui il cachait, l'informaticien qui avait disparu. L'homme qui avait fait sauter Brooklyn dôme. George leur dit qu'il y avait une récompense pour celui qui le retrouverait. Puis, George s'empara de la chaîne d'un des jeunes et s'en servit contre eux. Alors ils s'enfuirent. George hurla à Carl de sortir maintenant qu'il avait libéré le chemin.

Carl se libéra en défonçant la porte de la cave où il avait été enfermé. George lui tendit une matraque qu'il avait ramassée. Carl pensait que George était aussi informaticien. Il avait le sentiment de contempler son image dans un miroir en regardant George. Mais George lui répondit qu'il n'était pas comme lui. George lui dit qu'ils avaient simplement une certaine communion d'idées. George ne faisait que sentir ce que Carl sentait. Les jeunes attaquèrent George et Carl. Ils se défendirent puis l'hélicoptère arriva et envoya du gaz sur le groupe. George inspira une profonde bouffée d'air pur avant que le nuage ne fut sur lui. Carl fut surpris et respira du gaz. Il s'écroula. George continua de retenir sa respiration et il vit quelque chose bougeait dans le brouillard blanc alors il se lance à la poursuite de cette silhouette. La silhouette alla se réfugier dans un placard et George la suivit. C'était un des adolescents qui était armé d'un pistolet. George leva les mains en l'air. Il vit que l'adolescent avait un masque à gaz. George se demanda quelle était la signification de cette journée. Pourquoi de tels événements survenaient-ils. George échappe à son corps et survolait la ville. Il aperçut une vaste entité spirituelle d'une logique froide et complexe qui menaçait l'agglomération et qui existait également dans son futur. L'entité parla et se présenta comme le Destin. Elle prétendait qu'il n'y avait pas de place pour le changement dans la logique. Mais George lui objecta que le passé pouvait changer donc tout ce qui venait du passé pouvait changer.

Alors l'entité disparut. George se retrouva allongé sur le sol d'une petite pièce. L'adolescent était assis sur un lit et braquait une arme sur lui. Il lui apprit que Carl avait été repris par la police. George lui répondit qu'il avait fait un rêve étrange. Il avait parlé au destin de New York jusqu'à ce que celui-ci disparaisse. L'adolescent lui demanda ce que cela signifiait. George répondit que nous ne savons pas ce qui est exactement arrivé dans le passé et que de toute façon le passé n'est plus réel. Nous pouvons par conséquent affirmer qu'il est arrivé tout ce que nous souhaitons qu'il soit arrivé. Si un passé doit amener des ennuis, on peut le changer simplement en se taisant et tout rentrera dans l'ordre. L'adolescent fut surpris et ravi. Il se présenta, il s'appelait Larry. Ils eurent une longue discussion philosophique pendant que Larry attendait que la police ait fini de fouiller les environs et s'en aille. Larry s'efforça de convaincre George que le monde possédait trop de techniciens. Larry pensait que les techniciens étaient en train de supprimer les gens véritables.

George essaya de réfuter les convictions de Larry en expliquant qu'un type qui voulait vraiment des enfants pouvait gagner suffisamment d'argent afin d'obtenir un permis d'accouplement pour lui et une opération pour sa femme. Mais Larry pensait que les techniciens voulaient stériliser tout le monde sauf les pousseurs de boutons. Alors George lui dit qu'il n'était pas stérilisé et pourtant il se considérait comme un véritable crétin. Pour toucher des allocations il fallait accepter d'être stérilisé. Larry ne se laisserait jamais stériliser. George était en colère contre Larry parce qu'il avait vu les victimes de Jersey dôme. Alors Larry reprit son revolver et le pointa sur George. Puis il mit son masque à gaz et il s'en alla. À ce moment-là, Ahmed arriva. Il signala à ses collègues la fuite de l'adolescent armé. George demanda à Ahmed comment se faisait-il que tout ce que Larry avait dit semblait logique. Ahmed répondit que les techs ne tuaient pas les gens qu'ils stérilisaient alors que les adolescents tuaient leurs ennemis. Larry fut tué. Ahmed avait entendu le discours philosophique de George et il pensait que celui-ci avait inventé une nouvelle métaphysique. Peut-être que George venait tout simplement d'abolir le Destin. Ahmed regarda partir George. Il se sentait trahi. Où était tout le respect que George avait l'habitude de lui témoigner. George n'était plus le petit gamin grassouillet qui traitait Ahmed comme son patron.

Nulle part chez soi (Norman Spinrad).

Richardson et Goldberg discutaient de drogues. Goldberg regrettait de n'avoir pas breveté une drogue qu'il avait inventée avec Richardson. Il existait des entreprises comme American Marijuana & Psychedelic Inc. qui pouvaient payer les avocats et graisser la patte à l'administration pour breveter des drogues. Richardson pensait avoir une mission sacrée. Il pensait que lui et son collègue étaient les serviteurs du processus de l'évolution. Chaque fois qu'ils sortaient un nouveau psychédélique, ils faisaient progresser la conscience humaine. Ils créaient un produit et pouvaient en vivre un certain temps puis l'industrie de la drogue réussissait la synthèse de leur produit et en lancer la production à grande échelle. Alors ils étaient obligés de sortir une nouvelle drogue s'ils voulaient continuer à vivre avec un minimum de style. S'il n'y avait pas l'industrie et les lois sur la drogue, Richardson et son ami pourraient devenir des ploutocrates pourris de fric rien qu'en vendant la même vieille drogue pendant des années.

Le docteur Taller discutait avec le général Carlyle à propos des effets secondaires imprévus de l’eucomorfamine. Le général estimait qu'un soldat devait avoir au moins un vice mineur dangereux. L’eucomorfamine était censée aider les hommes dans les conditions claustrophobiques de la base lunaire Marmotte. Mais cette nouvelle drogue avait pour effet secondaire d'augmenter les pulsions sexuelles. Cela provoquait des comportements homosexuels violents chez les hommes de la base lunaire. La seule solution était de donner une drogue aux hommes de la base Marmotte pour empêcher les effets secondaires de l’eucomorfamine. Cela tombait bien, Psychedelic Inc avait effectivement travaillé sur un calmant sexuel. Le nouveau produit s'appelait nadabrine et transformait les pulsions sexuelles en état de fugue mystique. Le général venait de finir sa pipe imbibée de drogue alors il prit 5 mg de lébémil. Il ne voulait pas d'une drogue qui rendrait ses hommes psychotiques. Taller le rassura en lui expliquant que la nadabrine ne produisait une expérience mythique ne durant que quatre  heures et leur niveau de pulsions sexuelles resterait très bas pendant une semaine environ. Taller avait essayé cette nouvelle drogue sur lui. Il prétendait qu'on ne gardait aucun souvenir de ce qui se passait pendant les 4 heures de fugue mystique. Le général allait donner un avis favorable pour un essai.

1:30 avant son rendez-vous avec le cardinal Rillo, le cardinal McGavin prit un combi de peyotadrène-mescamil et 5 mg de metadrène. Il avait décidé de traiter avec Rome à un niveau mystique plutôt que politique et il se sentait plus profondément chrétien lorsqu'il prenait ce mélange. Et Dieu savait combien il était difficile de se sentir profondément chrétien lorsqu'on négociait avec un représentant du pape. Le cardinal Rillo était au premier rang de l'opposition qui avait conduit le pape à retarder, depuis un nombre ridicule d'années, la publication de son encyclique sur la marijuana. Le souverain pontife avait envoyé le cardinal Rillo rapporter au cardinal McGavin son inquiétude devant l'addition de psychédéliques à l'hostie dans l'archidiocèse de New York.

McGavin demanda au cardinal Rillo de supprimer le peyotadrène de ses hosties. Il y allait du salut de son âme immortelle. McGavin comprit l'abîme théologique qui le séparait du Cardinal Rillo. Rillo lui dit qu'il n'était pas exclu qu'une encyclique contre la position de l'archidiocèse de New York soit envoyée aux évêques. Et alors McGavin risquait l'excommunication. Mais McGavin lui rétorqua que dans la communion psychédélique, on faisait l'expérience directe de l'amour divin.

Pour McGavin, partager la position du pape sur la communion « chimique », c'était accepter la notion que le souverain pontife avait le pouvoir de priver un homme de la grâce divine. Alors qu'accepter le caractère sacré et la validité de la communion psychédélique, c'était nier la validité de l'excommunication. Alors il répondit à Rillo que si le pape l'excommuniait, cela ne nuirait en rien à son âme.  Rillo était outré, pour lui c'était un blasphème. McGavin lui expliqua que l'excommunication ne pouvait plus avoir de signification puisque Dieu avait jugé bon, par le biais de la science psychédélique, d’accorder une expérience directe de sa nature. Mais pour Rillo, la communion psychédélique était un coup de maître de Satan. Il dit à McGavin qu'ils ne pouvaient avoir raison tous les deux. Alors McGavin eut l'intuition que cela pouvait signifier que rien ne s'opposait à ce qu'ils eussent tous les deux tort.

Le docteur Braden offrit une sucette à la mangue à Johnny. Le docteur pensait que pendant les quatre premières années de sa vie, la sphère sensorielle d'un enfant devait s'habituer à accepter un spectre de stimulations sensuelles aussi large que possible. La mère de Johnny s'inquiétait pour son enfant car son spectre sensuel excédait légèrement la norme. La mère de Johnny avait été effrayée par le médecin scolaire de son enfant. Celui-ci avait dit que le traitement que suivait Johnny donnait à la personnalité du garçon une structure ne convenant pas à un enfant d'âge scolaire. Braden aller changer le traitement de Johnny pour qu'il soit prêt pour l'école. Il fallait diminuer l'intensité sensorielle de l'enfant et augmenter son intérêt pour les abstractions. La mère de Johnny avait peur que le médecin supprime le paxum dans le traitement de son enfant. Ce médicament permettait de sentir l'amour universel. Braden lui répondit que non seulement il ne le supprimerait pas mais au contraire il augmenterait légèrement la dose. Ainsi Johnny se soumettrait à la nécessaire autorité de ses professeurs dans un esprit de confiance et d'amour, et non par peur. Braden avait réussi à rassurer la mère de Johnny. Elle avait confiance en lui. Elle remettait la conscience de son enfant entre ses mains. Il était fier et reconnaissant d'être un pédiatre psychédélique. Cela lui permettait d'accroître le bonheur humain.

Bill Watney était designer psychédélique mais cela lui donnait parfois la nausée et il voulait abandonner ce métier. Leonard Spiegelman pensait que son ami perdait la tête. Bill enviait son ami car celui-ci croyait en ce qu'il faisait et il prenait plaisir. Bill lui expliqua qu'il avait de profonds éclairs de conscience. Dans ces moments il avait honte de ce qu'il faisait. Leonard devinait ce qui dérangeait-il. Il pensait que son ami estimait moralement condamnable de concevoir de nouveaux styles de conscience à l'intention d'autrui et qu'il jouait au bon Dieu. Alors Bill lui demanda comment il pouvait continuer à aimer le design psychédélique alors qu'il comprenait tout cela. Mais pour Leonard, la mauvaise conscience était une connerie. Pour lui les designers psychédéliques étaient des artistes. Il préférait que ce soit eux les concepteurs de styles de conscience plutôt que les politiciens assoiffés de pouvoir.

En tant qu'artistes, leur but n'était pas de contrôler les gens. Ils créaient la beauté à partir du vide. Ils cherchaient à enrichir la vie des hommes. Mais pour Bill, les designers ne pouvaient pas s'accrocher à une certitude puisqu'ils modifiaient leur propre réalité grâce à un vaste spectre de drogues avant de concevoir des psychédéliques destinés à modifier la réalité des autres. Pour Leonard, il n'y avait pas de réalité fondamentale. Mais pour Bill la réalité existait car le style de conscience s'était formé naturellement au fil des millénaires avant l'existence du design psychédélique. Mais pour son ami cette conscience pré-psychédélique évoluait au hasard sans le contrôle de l'esprit. Leonard avait été comme Bill dans sa jeunesse. Mais il s'était repris en mains grâce à la méthaline et à la peyotadrène.

Kip ne regrettait pas que Jonesy n'ait pas essayé de le convaincre de tripper avec lui. Jonesy avait vraiment une sale mine. Il flottait à coup sûr aux abords de l'abîme. Jonesy voyait la réalité telle qu'elle était vraiment et pour lui c'était horrible. Il comprenait qu'il n'existerait jamais dans l'espace et le temps autre chose que des mécanismes d'horlogerie s'épuisant rapidement pour retourner au vide froid et au noir. Jonesy n'avait rien pris depuis 12 heures et c'était ça son trip. Il découvrait l'état naturel, la réalité toute nue et il trouvait cela horrible. Alors il accepta les drogues que lui donna son ami. Après quoi il se demanda comment faisaient les gens pour supporter le monde avant les psychédéliques. Kip lui répondit que les gens avaient peut-être trouvé un moyen de ne pas y penser.

Le test (Richard Matheson).

 

La veille du test, Leslie aida son père à étudier dans la salle à manger. Tom Parker avait 81 ans et il en était à son quatrième test. Leslie lui fit répéter des séries de nombres. Leslie savait que son père échouerait mais il n'avait pas le courage de lui dire car il ne voulait pas lui briser le coeur. Ensuite Leslie prit un crayon auquel était attaché une ficelle et traça un cercle d'un peu plus d'un cm de diamètre sur une feuille de papier blanc et tendit le crayon à son père.

Tom devait tenir la pointe du crayon suspendue au-dessus du cercle pendant trois minutes. Mais la main de Tom tremblait tandis que son crayon passait nettement en dehors du cercle. Leslie se rendait parfaitement compte de la vanité de cette comédie et songeait avec amertume qu'aucun effort de leur part ne pourrait sauver la vie de son père.

Encore heureux se disait Leslie que les examinateurs ne fussent pas les fils et les filles qui avaient voté la loi.

Après cela, Leslie demanda à son père de lui lire l'heure mais Tom se trompa. Tom ouvrit sa montre gousset et regarda le portrait de sa femme quand elle avait 30 ans. Elle était morte à 57 ans, avant l'introduction des tests. Tom n'aurait jamais cru qu'il pourrait en arriver à considérer un jour comme heureuse la mort accidentelle de Mary.

Ce qui est horrible c'était que la vie poursuivait son cours habituel. Personne ne parlait de mourir. Le gouvernement adressait aux vieillards des convocations aux tests et ceux qui échouaient étaient invités à se présenter au Centre médical officiel pour y subir l'injection réglementaire.

La loi fonctionnait, le taux de mortalité était stable, la population maintenue dans les limites fixées, le tout officiellement, impersonnellement, sans un cri ni une protestation. Mais c'étaient ceux qu'on aimait que l'État supprimait. Leslie avait encore des questions à poser, des questions psychologiques mais il ne pouvait pas les poser car elles étaient sur le problème sexuel et son père était rigoriste. Alors il dit à son père qu'il ne ne paraissait plus rien y avoir dans la brochure. Tom devait aussi passer des tests physiques mais il espérait que le docteur Trask lui délivrerait un bulletin de santé comme il l'avait fait pour les trois tests précédents.

La nuit, Leslie discuta avec sa femme Terry. Il lui dit que dorénavant il n'y avait plus qu'à attendre. Elle lui répondit que Tom avait peut-être une chance mais Leslie il ne le croyait pas. Soudain, Tom regretta de n'avoir pas signé la demande de Séparation des années auparavant. Ils avaient absolument besoin d'être débarrassés de Tom pour le bien de leurs enfants et pour le leur propre. Mais Tom ne voulait avoir le sentiment d'être un assassin. Tom se rappela que la loi avait été votée par référendum parce que les gens voulaient être tranquilles et vivre à leur guise. Terry avait peur que Tom réussisse car cela signifierait qu'ils devraient encore le supporter pendant cinq ans.

Tom éprouva de la haine pour lui-même car il se forçait à convaincre sa femme que Tom était condamné d'avance. Il lui était difficile d'oublier combien il avait aimé et respecté son père et d'oublier les randonnées dans la campagne, les parties de pêche, les longues conversations le soir et toutes les choses que son père et lui avaient partagées.

C'était pour cela qu'il n'avait jamais eu le courage de signer la demande. Malgré les principes chrétiens qui leur avaient été inculqués toute leur vie, Leslie et sa femme avait une crainte terrible que le vieux Tom fut admis à son test et vive encore cinq ans avec eux.

Le lendemain matin Leslie se leva à 6:00 en entendant le réveil de son père. Terry se réveilla aussi et elle voulut préparer le petit déjeuner mais Leslie refusa. Elle pleura sans comprendre pourquoi. Leslie voulut prendre le petit déjeuner avec son père mais celui-ci lui dit que ce n'était pas nécessaire. La veille, Tom avait brisé le verre de la montre de son fils et il lui demanda de la lui apporter pour qu'il la fasse réparer. Leslie regretta de s'être levé si tôt car son père était désagréable avec lui pendant le petit déjeuner. Tom refusa que son fils l’accompagne jusqu'au test. Il préférait y aller seul en métro.

Leslie savait que même si son père échouait au test il y aurait encore de longues semaines avant son exécution. Ce serait l'horrible et longue attente pendant laquelle on emballerait les affaires dont on voulait se débarrasser. Ce serait la longue suite de repas pris ensemble et de conversations gênées. Quand Tom décida de partir, Leslie voulut lui dire qu'il l'aimait et voulut l'embrasser mais il en fut incapable. Il resta assis, paralysée par la peur, quand la porte se referma, l'air effleura les joues de Leslie et le glaça jusqu'au coeur.

Alors il sortit pour aller voir son père et lui souhaiter bonne chance. Dès qu'il fut rentré chez lui, il pleura.

Il se sentit incapable d'aller travailler et resta chez lui. Il passa la journée à bricoler dans son atelier mais sans trouver d'intérêt à ce qu'il faisait. Le soir, Leslie remarqua que Terry avait mis un couvert pour Tom. Il se demanda si elle l'avait mis par habitude.

Son fils Jim lui demanda si on donnerait un mois à son grand-père au cas où il ne réussirait pas le test. Et Tommy, le frère de Jim dit que la grand-mère d'un de ses copains avait reçu une lettre au bout de deux semaines seulement. Leslie leur interdit de parler de ce sujet. Leslie pensait que la mort de leur grand-père ne les affectait pas. Tom rentra à 18:10. Leslie se leva de table brusquement alors Terry l'empêcha de se précipiter à la rencontre de son père pour le presser de questions.

Leslie ne voulut pas attendre la fin du repas pour aller voir son père mais sa femme l'en empêcha. Elle pensait qu'il fallait laisser Tom tranquille. Mais Leslie n'écouta pas sa femme et monta voir son père dans sa chambre. Tom dit à son fils qu'il n'était pas allé faire le test. Alors Leslie lui demanda ce qu'il comptait faire. Tom lui répondit qu'il ne devait pas se tourmenter pour son père car il était assez grand pour s'occuper de lui. Tom prit la main de son fils pour le rassurer et il lui souhaita une bonne nuit. Leslie remarqua un sac de drugstore dans le coin de la chambre où il paraissait avoir été jeté. Terry attendait Leslie au bas de l'escalier pour lui demander comment Tom allait. Leslie lui dit que Tom n'était pas allé faire le test mais qu'il était allé en drugstore probablement pour s'acheter des médicaments. Terry voulut savoir ce qu'ils devaient faire et Leslie répondit qu'il n'y avait rien à faire.

Toute la soirée, Leslie et sa femme restèrent dans la cuisine à boire du café et à parler tristement à voix basse. Leslie remarqua que son père avait laissé sur la table de la salle à manger la montre de son fils qu'il avait fait réparer. Leslie et sa femme parvinrent à s'endormir. Toute la nuit ce fut le silence dans la chambre du vieillard. Et le lendemain, toujours le silence.

La mort de Socrate (Thomas M. Disch).

1

Le professeur Ohrengold donnait un cours sur Dante. Birdie Ludd s'ennuyait durant ce cours. Il pensait à Milly, la fille dont il était amoureux. Il aurait voulu dire au professeur que la vie de Dante ne le concernait pas. Mais le professeur n'était pas vraiment présent. Son cours était diffusé sur un écran de télé. L'appariteur avait même dit que le professeur était mort depuis longtemps.

Birdie était seul et sans emploi. Pocahontas, un élève, posa une question sur le cours et plus précisément sur les juifs. Il demanda si, d'après Dante, les gens qui n'étaient pas baptisés devaient aller en enfer et l'appariteur répondit oui. Alors Pocahontas répondit que si c'était la faute de quelqu'un que ces gens soient nés d'une certaine façon et pas d'une autre, c'était bien à Dieu. Et l'appariteur trouva la remarque judicieuse.

L'appariteur annonça une interrogation écrite. Birdie ressentit un malaise. Comme c'était mon questionnaire à choix multiples, Birdie cocha sur C à chaque question.

Birdie habitait le numéro 334 de la 11è rue une unité qui avait été construite dans le cadre du premier projet fédéral Modicum pendant le boom des années 80, juste avant les restrictions. Il était un temporaire installé sur le palier du 16e étage. Avant de rencontrer Milly, Birdie n'avait jamais soupçonné que l'amour pouvait être quelque chose de plus compliqué ou de plus redoutable que faire joujou à deux. Mais maintenant, il lui suffisait d'entendre la moindre chanson cucul à la radio pour se trouver au bord des larmes.

Dans l'escalier de son immeuble il croisa une vieille qui se plaignait de la panne d'ascenseur. Birdie détestait les vieillards. C'était parce que les vieillards étaient tellement nombreux que Birdie ne pouvait pas épouser la fille qu'il aimait et avoir une famille à lui.

Il pleura. Il avait la certitude que Milly le trompait. C'était la première fois qu'il pleurait de toute sa vie d'adulte.

2

Birdie n'avait pas toujours été un raseur, loin de là. Il y avait eu un temps où son caractère amical, décontracté, où sa joie de vivre faisaient plaisir à voir. Son esprit compétitif avait reçu une note médiocre à l'école communale 141 et une note encore moins bonne au centre où il avait été transféré après le divorce de ses parents.

Et puis un jour, pendant l'été qui avait suivi son examen de fin d'études secondaires, au moment où ça commençait à devenir vraiment sérieux avec Milly, il avait été convoqué dans le bureau de M. Mack et en l'espace de quelques minutes sa vie avait été réduite en miettes. Birdie pensait que Mack était juif. Il avait la sensation désagréable que Mack jouait avec lui et que tous ses conseils si raisonnables étaient un piège. Mack avait reçu une lettre d'Albany, des services centraux de la Sélection génétique qui disait que Birdie avait été recalé. Le père de Birdie était diabétique et cela comptait dans la sélection. Mack dit à Birdie qu'il n'y avait pas de quoi avoir honte. 2,5 % de la population totalisaient moins de 25 points, Le score nécessaire pour être sélectionné. Birdie n'aurait donc pas le droit d'avoir des enfants.

La loi révisée sur l'évaluation génétique avait finalement été votée par le Sénat en 2011 à la suite de ce qu'on avait appelé le Compromis Jim Crow. Ce compromis avait pratiquement volé à la rescousse de Birdie puisque ces cinq points qu'il avait perdus à cause de la tendance au chômage qui se manifestait chez son père, il les avait avait regagnés du seul fait qu'il était noir. M. Mack encouragea Birdie à repasser les tests mentaux de la Sélection mais pas le test physique. Mais, hormis les facteurs héréditaires et les tests du Centre de sélection génétique qui mesuraient tous deux les potentialités, il existait un autre groupe d'éléments déterminant la performance individuelle. Tout service exceptionnel rendu au pays ou à où l'économie donnait automatiquement 25 points. De même, une manifestation d'aptitudes physique, intellectuelle ou créative nettement au-dessus de la moyenne indiquée. M. Mack était vraiment désolé et il espérait que Birdie apprendrait à considérer sa reclassification comme un accident de parcours plutôt qu'un échec définitif. M. Mack invita Birdie  à envisager la question de la contraception et de la génétique avec une ouverture d'esprit aussi large que possible. Déjà les ressources disponibles ne suffisaient plus à nourrir la population de la planète. M. Mack espérait que Birdie ren viendrait un jour ou l'autre à voir que la sélection génétique était souhaitable et nécessaire. Birdie promit de considérer la chose sous cet angle moyennant quoi il put partir.

Birdie avait reçu une enveloppe grise dans laquelle il trouva un livret intitulé «  votre test d'aptitude génétique » publiée par le Conseil National de l'Education. Dans ce livret, il était expliqué que la seule façon efficace de se préparer à son examen était de l'aborder avec un esprit ouvert et confiant. Un mois plus tard, Birdie se rendit à Center street dans un état d'esprit ouvert et confiant. Mais il s'aperçut qu'on était un vendredi 13. Il n'avait pas besoin d'attendre la lettre recommandée pour savoir que sa note allait être gratinée.

Pourtant quand il reçut les résultats, ce fut comme un coup de massue : son QI avait baissé d'un point ; sur l'échelle de créativité de Skinner-Waxman il était tombé à 4, une note de débile mental. Son nouveau total était 21.

Ce ne fut qu'après avoir été recalé à ses tests que Birdie annonça son reclassement à Milly. Elle se montra héroïque et déploya des trésors de tendresse, de sollicitude et de ferme résolution. Elle prétendit l'aimer davantage maintenant. Elle jura de rester à ses côtés pour l'aider à traverser cette épreuve. Si Birdie acceptait de suivre les cours à la SENS de Barnard, Milly se déclarait prête à l'attendre aussi longtemps qu'il le faudrait.

Cela prendrait quatre ans à Birdie pour gagner les quatre points que représentait le diplôme.

3

Le matin du jour où il devait passer son examen d'histoire de l'art, Birdie se prélassait au lit dans le dortoir vide du SENS. Il se leva, fit des pompes et se masturba en pensant à Milly. Il s'habilla tout en blanc et alla manger dans l'immeuble du ferry où il y avait un restaurant Pan Am où les serveuses portaient le même uniforme que Milly. La semaine précédente, Milly lui avait dit qu'elle l’aimerait toujours. Brusquement, Birdie réalisa qu'il avait un quart d'heure de retard pour son test. Pourtant il poussa un soupir de soulagement et s'assit pour regarder l'océan.

M. Mack mts au point un projet d'article pour Birdie, ce serait la dernière chance de Birdie. Au mois de juin, il en parla à son père. M. Mack avait offert à Birdie un exemplaire de « A la force des poignets ». Ce livre avait été écrit par Lucille Mortimer Randolph Clapp, l'architecte du système de sélection génétique. Birdie lut à son père des articles qui avaient été acceptés par la Sélection. Le père de Birdie conseilla à son fils d'utiliser un peu de l'argent que la Sélection lui avait donné pour payer une grosse tête qui lui écrirait son article.

Mais Birdie lui répondit que c'était impossible car la Sélection avait des ordinateurs qui repéraient ce genre de trucs.

Le lendemain, Birdie fit sa première visite seul à la Bibliothèque nationale. À l'intérieur, il y avait un véritable nid d'abeilles d'alvéoles destinées à recevoir les chercheurs. Un appariteur qui ne devait pas être beaucoup plus âgé que Birdie lui montra comment taper ses questions sur le clavier à touches. Il demanda à consulter les cinq meilleurs livres écrits sur Socrate à un niveau de fin d'études secondaires et commença à y piocher au hasard. Tard dans la nuit, Birdie finit de lire le passage de la République de Platon qui contient le célèbre mythe de la caverne. Après quoi, il déambula dans la féerie de Wall Street. Il se demanda si, parmi la foule, il y avait quelqu'un qui soupçonnait la vérité. Où étaient-ils, comme les pauvres prisonniers de la caverne, tournés vers la paroi rocheuse à regarder des ombres sans se douter que dehors il y avait un soleil, un ciel, tout un monde d'une éclatante beauté.

Il comprit que la beauté était dans les choses mêmes dans les stupides distributeurs automatiques. Il se souvint que Socrate avait été condamné par le Sénat athénien pour corruption de la jeunesse. Il y avait quelque chose de plus que la simple beauté derrière tout ça. Quelque chose qui, inexplicablement, lui faisait froid dans le dos. Il comprit que la créativité était la clé de tous ses problèmes. Il poursuivit ses recherches à la bibliothèque. L'avenir était chargé d'ineffables promesses.

4

Birdie intitula son article « Problèmes de créativité ».

Birdie y écrivait que toute beauté doit respecter trois conditions : 1° le sujet sera de format littéraire ; 2° toutes les parties seront comprises dans le tout ; 3° la signification sera libre de toute équivoque. La véritable créativité n'est présente que dans l'oeuvre d'art. C'est aussi la philosophie d'Aristote qui est valable de nos jours. Un autre critère de créativité fut avancé par Socrate : « ne rien savoir est la condition première de tout savoir ». La créativité est l'aptitude à voir des rapports là où il n'y en a pas.

5

Birdie avait des rapports amicaux avec sa voisine Frances qui était prostituée. La note génétique de Frances était de 20. C'était la première fois que Birdie rencontrait quelqu'un ayant une note inférieure à la sienne. Frances avait écouté religieusement chaque version successive de l'article de Birdie. Sans ses applaudissements, Birdie n'aurait jamais été jusqu'au bout de son essai. Frances lui avait dit que l'aider avait été sa façon à elle de lutter contre le système.

Frances avait acheté des pilules anti-contraceptives et elle voulait avoir un enfant avec Birdie. Mais il lui dit que ce n'était pas possible car la Sélection la ferait avorter. Alors elle lui répondit qu'ils pourraient partir au Mexique. Il lui demanda, indigné, si elle ne lisait que des bandes dessinées. Birdie comprit que la lettre qu'il attendait était arrivée. Mais Frances l'avait lue et l'avait jetée. La lettre disait que Birdie avait gagné trois points. Frances sortit la lettre de la poubelle et la montra à Birdie. Pour que Birdie obtienne le point qui lui manquait-il devait s'engager dans l'armée. Alors Frances lui proposa à nouveau d'avoir un enfant avec lui. Il la traita de débile. Mais elle lui répondit qu'elle l'aimait. Il voulut la frapper et la déshabilla. Il vit que son corps était couvert de bleus et d'ecchymoses. C'était pour ça qu'on la payait. Pas pour la baiser. Il la cogna jusqu'à ce qu’il se soit vidé de tout sentiment. L'après-midi, il se rendit à Times Square et s'engagea comme volontaire dans les marines pour aller défendre la démocratie en Birmanie.

Les possédants (John Brunner).

Ils possédaient la richesse absolue. Ils pouvaient s'offrir une existence totalement discrète.

Ils ont gagné le gros lot du simple fait de leur naissance. Si par un hasard rarissime les projecteurs viennent à être braqués sur eux, ils achètent celui qui les manie et lui ordonnent de les éteindre. Dereck pensait que les possédants étaient une centaine. Il en avait rencontré un. Dans l'ensemble, les possédants avaient des habitudes nocturnes. Les lieux où les possédants vivaient devenaient des espaces blancs dans les atlas. Ils ne figuraient pas dans le Who's Who ni dans le Bottin mondain. Leurs noms ne figuraient nulle part. Mais ce n'était pas des monarques absolus. Ils ne gouvernaient rien qui ne les concernait directement.

Dereck venait de finir un travail commencé un an et un mois plus tôt. Il leva sa bière à Santadora, le plus bel endroit sur terre, sans lequel une telle concentration eût été impossible. Naomi se trouvait pour la première fois seule avec Dereck. Elle lui offrit du champagne. Elle lui apprit que tout le monde était parti et avait quitté le village depuis 1 heure.

Elle n'était pas certaine que Dereck réussirait mais elle voulait essayer. Elle apprit à Dereck que Santadora avait été construit un an et demi plus tôt et serait rasé le mois prochain. Les gens ne quittaient donc pas leur village natal.

Dereck apprit que les pêcheurs n'étaient donc pas des pêcheurs et le père Francisco n'était pas un vrai prêtre. Naomi n'était pas non plus son vrai nom. Naomi demanda à Dereck de se rappeler de Roger Gurney. Dereck s'était dit que la rencontre avec cet homme avait été l'un des deux événements cruciaux qui avaient transformé sa vie.

Dereck l'avait emmené à Londres par une assez vilaine nuit de novembre car la voiture de Roger était en panne. Il avait passé la nuit avec lui à discuter. Il est l'avait trouvé très sympathique. Ils avaient parlé de l'effet Cooper. Dereck avait dit à Gurney qu'il voyait un seul moyen de parvenir à faire les expériences nécessaires : trouver un village sans distractions, sans journaux ni téléphone, sans même un poste de radio et où la vie serait si bon marché qu'il pourrait se consacrer à son travail pendant deux ou trois ans sans avoir à se soucier de gagner sa vie.

Dereck avait revu Gurney une dernière fois le jour où il célébrait son petit gain au tiercé de 2104 livres. À cette occasion, Gurney lui parla d'un petit village espagnol nommé Santadora où toutes les conditions nécessaires à ses recherches seraient réunies. Il lui raconta qu'il avait été y voir des amis, Conrad et Ella Williams. Direct voulut savoir qui était Naomi et à quel jeu elle jouait avec lui. Naomi était la seule personne au monde qui voulait obtenir et utiliser l'effet Cooper. Même pas lui, Dereck Cooper. Naomi voulait louer l'effet Cooper après quoi il serait à Dereck à jamais. Naomi proposa à Dereck de le payer suffisamment pour que pendant tout le reste de sa vie il puisse obtenir tout ce dont il aurait envie. Elle lui donna un portefeuille avec des cartes de crédit et un chéquier à son nom. Chaque carte possédait un détail que Dereck n'avait encore jamais vu, un seul mot imprimé en travers, en rouge : illimité. Naomi ne voulait pas dire à Dereck qui elle était. Pourtant Dereck était la seule personne au monde qui pouvait comprendre pourquoi Naomi voulait obtenir l'effet Cooper. Naomi voulait que la machine (l'effet Cooper) lui rende un homme qui était mort depuis trois ans. Pour Dereck, il était évident que Naomi ne savait pas ce qu'elle venait d'obtenir.

Il lui expliqua que l'argent n'était pas la solution à tous les problèmes car il y avait aussi une notion qui comptait : le temps. Naomi pleura. Dereck regretta sa légèreté. Elle lui demanda ce que son prototype pouvait faire. Dereck dit à Naomi que s’il avait une dette de reconnaissance envers elle ce n'était pas parce qu'elle l’avait aidé matériellement mais parce qu'elle lui avait envoyé le charmant et persuasif Roger Gurney. Dereck n'avait jamais rencontré une personne prête à prendre ses idées au sérieux. La théorie de Dereck était qu'il devait exister une relation mutuelle intégrale entre l'organisme et son environnement, tout particulièrement avec les autres organismes de la même espèce.

Naomi voulut essayer la machine. Elle insèra un disque à l'intérieur. À partir de l'empreinte digitale laissée sur le disque, la machine put décrire physiquement et psychologiquement Naomi. Mais Dereck pensait que la machine s'était trompée sur l'âge de Naomi. Parce que la machine avait signalé que Naomi avait entre 48 et 50 ans. Mais Naomi avoua qu'elle avait 50 ans. Elle s'était entretenue pour avoir à donner à celui qu'elle aimait la seule chose qu'elle pouvait donner à quelqu'un : sa beauté. Dereck voulut savoir ce qui était arrivé à l'homme qu'elle aimait mais elle ne voulut pas lui répondre.

Le but final de la recherche de Dereck était de reconstituer l'individu à partir des traces qu'il avait laissées. À partir de la machine que Dereck avait fabriquée, Naomi pourrait reconstituer l'homme qu'elle avait aimé. Dereck avait travaillé sur la personnalité globale. Mais d'autres scientifiques travaillaient sur la possibilité de fabriquer artificiellement un homme. Naomi demanda à Dereck combien de temps il faudrait pour qu'elle puisse avoir ce qu'elle voulait.

Dereck ne pouvait pas répondre avec précision. Cela prendra du temps d'analyser tout ce que le compagnon de Naomi avait touché. Alors Naomi avoua à Dereck qu'elle possédait encore le corps de son compagnon. Malgré cela Dereck ne voulait pas se montrer malhonnête en lui donnant un délai. Naomi fut désolée de se montrer aussi égoïste. C'était à cause de l'amour qu'elle avait éprouvé pour son compagnon décédé. Dereck voulut en savoir plus sur Naomi alors elle lui dit qu'il y avait deux femmes qui lui ressemblaient parfaitement et qui existaient pour elle et lorsqu'elle en avait envie elle prenait leur place en Suisse, en Suède ou en Amérique du Sud.

Dereck regrettait que le village de Santadora soit démonté mais Naomi lui montra qu'il partait en miettes à cause de l'usure du temps. Le tic-tac d'une horloge dans une maison obsédait Naomi. Cela lui faisait mal comme si elle était enterrée vivante alors Dereck défonça la porte de la maison dans laquelle se trouve l'horloge et arrêta le tic-tac. À ce moment-là, Dereck réalisa qu'il n'avait jamais vu Naomi porter une montre à son poignet.

Dereck démonta le mouvement de l'horloge et le donna à Naomi qui le balança dans la mer. Dereck jeta le corps de l'horloge également dans la mer. Dereck eut l’impression que c'était un cercueil qui flottait.

Il eut la certitude qu'il venait d'accomplir un acte d'une signification symbolique impossible à traduire en mots. Ensuite Naomi se déshabilla. Elle demanda à Dereck s’il la trouvait belle et il répondit oui. Alors elle lui demanda de le lui prouver. Alors ils firent l'amour et à ce moment-là l'esprit de Dereck s'éveilla à un état de conscience suraigu et il dit à Naomi que de sa première machine en naîtrait une deuxième puis une troisième et que cette dernière suffirait à la tâche. Il pensait à des gens qu'il connaissait et qui pourraient créer dans leur domaine respectif des techniques nouvelles.

Alors il sut combien de temps il faudrait pour réussir ce que Naomi lui demandait. Il ne lui faudrait pas plus de trois ans. Mais il réalisa qu'elle n'était plus dans le lit. En sortant de la maison, Dereck vit Roger Gurney qui lui fit signe de venir. Gurney lui annonça que Naomi s'était jetée dans la mer alors qu'elle ne savait pas nager. Dereck comprit que Naomi voulait que son compagnon revienne de la mort pendant qu'elle était encore belle et personne au monde ne pouvait lui promettre que ce serait avant plus de trois ans. Après cela, disaient les docteurs, elle se serait effritée. Alors elle s'était suicidée. Dereck décida de recréer Naomi. Mais Gurney lui dit que l'argent n'était plus à Naomi. Il appartenait à quelqu'un d'autre. Maintenant que Naomi était morte, elle ne contrôlait plus les ressources qui auraient pu la ramener à la vie. Dereck détruisit les cartes de crédit et le chéquier. Gurney lui dit qu'il était stupide car cet argent aurait pu lui servir à réaliser ses rêves. Gurney pensait aimer Naomi mais il réalisa que Dereck l'aimait encore plus alors il souhaita que le diable l'emporte. Des hommes aidèrent Dereck à prendre ses affaires et à partir. Arrivé à Barcelone, Dereck vit qu'il restait 35 000 pesetas dans le portefeuille. Dereck comprit que ce n'était pas le temps qui avait vaincu Naomi. Elle voulait que son compagnon revienne parce qu'il l'aimait. Et sans lui, elle avait peur. Il ne fallait pas trois ans pour la recréer. Ni même 3 heures. Il suffisait de trois mots. Et ce salaud de Gurney aurait pu les prononcer. Il aurait pu dire : « je vous aime ».

Ils possèdent la richesse absolue. Pourtant, petit à petit, ils se muent en une espèce différente parce qu'il n'y a plus d'humain en eux. Ils mènent une existence à part. Cela ne vous soulage-t-il pas ?

 

 

 

 

 

 

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05 mai 2019

Consolation de la philosophie (Boèce).

 

boece

La Consolation de la philosophie pourrait aussi s'intituler les derniers jours d'un condamné à mort comme le livre de Victor Hugo. La consolation a été composée dans sa prison par un condamné à mort. Dante, qui place Boèce au Paradis, dans le Ciel du Soleil avec les théologiens, évoque ainsi le « bienheureux » et son tombeau : « Si de lumière en lumière, tu portes maintenant, en suivant mes louanges, le regard de ton esprit, tu dois déjà avoir soif de connaître la huitième/la vision de tout bien y ravit cette âme sainte qui montre, à qui sait bien l'entendre, que le monde est trompeur/le corps dont elle fut chassée gît sur la terre à Cielo d’Oro, et elle, du martyre et de l'exil, est venue en cette paix ».

La Consolation ne doit rien à la religion chrétienne mais tout à la philosophie païenne. Socrate de l'Antiquité tardive, Anicius Manlius Severinus Boethius, fils d'une des plus nobles familles sénatoriales romaines, a recouru dans la suprême épreuve, non à la foi récente que lui-même et les siens avait embrassée, mais à la raison plus ancienne et plus savante que ses propres oeuvres avec tant fait pour greffer sur le christianisme : la doctrine de Platon et d'Aristote.

Ce Romain  hellénisé de vieille souche a préféré mourir dans un temple de style attique que dans une église moderne. Mais c'était un temple construit par la pensée dans une geôle.

La Consolation commence comme le récit d'un songe, ou la philosophie apparaît en souveraine, écartant dédaigneusement ses rivages, les Muses, ces « comédiennes », du prisonnier affligé et qui recherchait leur secours.

Boèce a été un grand aristocrate romain tenant tête à l'époque barbare. Théodoric gouvernait l'Italie depuis Ravenne. Il n'y avait plus d'Empire romain qu'en Orient, sous l'autorité des Césars grecs de Constantinople. Mais la cour de Ravenne ne pouvait pas se passer des services de la vieille aristocratie romaine. Elle avait besoin d'elle pour faire bonne figure face à la cour de Byzance mais aussi pour administrer l'Italie. Théodoric s'entoura de hauts fonctionnaires et ministres romains, rompus aux disciplines du droit et propres à faire tourner la machine de l'État. En 522, Boèce devient ainsi à Ravenne le « Maître des Offices » de Théodoric, l'équivalent d'un ministre de l'Intérieur. Jusqu'à sa disgrâce en 524, il aura joui, sous un roi barbare et arien, d'un « bonheur » beaucoup plus entier et ininterrompu que n'en avait connu, sous les empereurs romains du premier siècle, Sénèque.

Au devoir de servir Rome par l'action politique et administrative, Boèce a de beaucoup préféré un autre devoir, celui de maintenir et illustrer la langue et la culture de l'Empire occupé par les Goths.

Boèce s'employa à pourvoir la langue latine de traités qui y acclimateraient la métaphysique platonico-pythagoricienne, la logique d'Aristote et des stoïciens grecs. Il est ainsi devenu un médiateur capital entre les écoles grecques de l'Antiquité tardive, héritières d'un millénaire d'hellénisme, et le Moyen Âge latin.

Boèce était un grand expert de la théologie de son temps. C'était un catholique romain en communion avec l'autorité doctrinale universelle postulée par le siège de saint Pierre.

En 523, le pape Jean I était monté sur le siège de Saint-Pierre grâce au soutien de Boèce. Ce pape était partisan de la conciliation avec le patriarcat de Byzance. Théodoric eut donc tout lieu de croire que l'aristocratie romaine commençait à le trahir. Il fit arrêter Boèce qui fut jugé et condamné à mort. En prison, Boèce fut torturé. Dans les intervalles de ses souffrances, ou dans les moments où ses gardiens purent être soudoyés par son beau-père Symmaque, Boèce réussit à écrire la Consolation de la philosophie.

Ce que nous apprend Boèce, avec autant d'autorité aujourd'hui qu'au VI siècle, c'est que la seule culture fertile, orale ou écrite, c'est celle que l'on porte intimement en soi, ce sont les textes classiques inépuisables ensemencés dans la mémoire, et dont les mots deviennent sources vives à l'épreuve du malheur, de la souffrance, de la mort.

Quand Dame Philosophie apparaît dans la cellule de Boèce, elle porte une robe tissée de ses propres mains sur laquelle sont brodées, l'une au-dessous de l'autre, les deux lettres grecques Pi et Thêta, reliées par les marches d'un escalier. Le Thêta était alors la marque infamante imprimée sur la chaire des condamnés à mort pour les distinguer des autres prisonniers. Boèce avait subi cette brûlure. Le secours qu'elle est venue lui apporter c'est celui de la conversion qui anticipe, prépare la mort et lui donne un sens libérateur. En prison, à la veille de son exécution, Boèce par la voix de la Philosophie entend se réveiller en lui tout cet enchaînement oublié de raisons, et celles-ci deviennent cette fois efficaces, elles déclenchent enfin ce retournement du regard intérieur et de tout l'être qu'elle postulait dès le départ mais en théorie seulement. Pour Boèce, les ressources de la philosophie lui accordent le même pouvoir d'illumination que la grâce théologique.

Le livre II et le début du livre III de la Consolation décrivent comment un coeur peut se vider de tout ce qui l'occupait indûment, et qui lui tenait lieu de « ce bonheur assuré, sans mesure et sans fin/au-dessus de l'envie, au-dessus du destin ».

Dame Philosophie s'emploie à guérir, recourant à une stratégie spirituelle d'origine stoïcienne, le sentiment du malheur qui alourdissait, avant qu'elle apparût, le coeur de Boèce.

Boèce tient à ne pas laisser sa raison insatisfaite et à lever toutes les ombres qui l'empêchent encore de s'abandonner à son désir de Dieu. Le prisonnier, redevenu philosophe, s'est déjà libéré de l'oppression subjective du malheur, qui pesait sur ses sens et son coeur. Il lui faut maintenant se libérer du poids d'un doute, autrement grave, qui tourmente sa raison : le problème du malheur immérité. C'est alors que la Philosophie va aider Boèce à le déprendre de l'emmêlement des apparences et du réel qui confond la raison elle-même dans ce monde sublunaire, à lui apprendre à reconnaître la vérité de Dieu. La Philosophie lui explique que le malheur terrestre des innocents est en réalité l'épreuve de leur innocence et de leur appartenance à l'ordre éternel qui préside à l'univers. Le triomphe des méchants est à l'image de ceux-ci, « taillé dans l'étoffe des songes », du non-être ; consécration illusoire de l'erreur où les engagés le choix du mal, en d'autres termes, dur rien. Plus les méchants exercent victorieusement le mal, plus ce pouvoir dont ils croient jouir les enfonce dans leur misère et ravale leur âme à l'horreur des bêtes fauves. L'impunité même, à vue humaine, dont ils s'imaginent se prévaloir, est le pire des châtiments qui leur soient réservés : leur ruine et leur perte les soulageraient d'une partie de leurs crimes et leur offriraient une chance de s'éveiller à leur condition véritable. Pour voir ainsi, au rebours des apparences et l'interprétation que l'humanité abusée en donne, il faut s'être élevé fermement au point de vue sous lequel il n'y a d'être, il n'y a de réalité que dans le Bien qui fait de l'univers un cosmos. Il faut avoir quitté le point de vue borné qui n'aperçoit que l'empire de la Fortune lequel fait écran à la Justice éternelle qui ordonne l'univers entier.

Livre premier.

 

1

 

Boèce, en prison, console sa triste vieillesse par le souvenir de la gloire d'une jeunesse heureuse et riche de promesses. Mais la souffrance a décidé que son heure avait sonné et les cheveux blancs l'envahissent bien avant l'âge. Il attend la mort car elle répond à l'appel incessant de la détresse. Autrefois, ses amis clamaient si souvent sa chance mais s'il est tombé c'est qu'il ne tenait pas sur ses jambes !

2

Tandis que le Boèce méditait silencieusement en lui-même, il vit apparaître au-dessus de sa tête une femme. Tour dans son aspect inspirait le respect. Ses yeux jetaient des flammes et révélaient une clairvoyance surhumaine. Ses habits avaient été réalisés dans une étoffe très fine qu'elle avait elle-même tissée. En bas de sa robe elle avait brodé un Pi (pratique) et tout en haut, un Thêta (théorie). Entre les deux lettres, on distinguait une sorte d'échelle. Mais des brutes avaient déchiré ce vêtement et chacun avait emporté le lambeau qu'il avait pu s'approprier. Elle tenait à la main droite des opuscules et à la main gauche, un sceptre.

Quand elle vit au chevet de Boèce les Muses de la poésie suggérer des mots à ses pleurs, elle se mit en colère contre ces petites putes de scène qui voulaient approcher ce malade. Pour la dame, c'étaient les muses qui sous les ronces stériles des passions étouffaient la moisson féconde de la raison. Elles accoutumaient l'âme humaine à la maladie, au lieu de l'en délivrer !

Alors les muses s'en allèrent. Alors la dame s'approcha et s'assit au pied du lit de Boèce. Elle examina sa mine défaite et abattue puis elle déplora le trouble extrême de son âme.

3

La dame déplorait que Boèce soit prostré et l'intelligence en sommeil, la nuque ployant sous le poids des chaînes et qu'il ne distingue hélas ! que la terre inerte.

4

Mais l'heure dit elle était aux remèdes et non aux lamentations.

Elle vit qu'il souffrait de léthargie, une maladie qui atteint fréquemment les esprits abusés. Pour que Boèce retrouve facilement la mémoire il fallait d'abord qu'il reconnaisse la dame.

5

Alors la nuit se dissipa et Boèce recouvra son acuité première.

6

Ainsi se dissipèrent les brumes de son affliction et Boèce reprit ses esprits afin de faire la connaissance de celle qui le soignait. Il reconnut sa mère nourricière : la Philosophie. Il lui demanda pourquoi elle était descendue de ses cimes célestes. Elle lui répondit qu'elle ne pouvait pas abandonner son enfant. La Philosophie n'avait pas le droit de refuser d'accompagner un innocent sur sa route. Philosophie dit a Boèce qu'il ne devait pas s'étonner si sur cet océan qu'est la vie, les ouragans nous assaillent et nous malmènent, à partir du moment où nous nous proposons principalement de déplaire aux scélérats.

L'armée de scélérats a beau faire nombre, elle n'en est pas moins méprisable car elle n'a pas de chef et elle s'abandonne à l'ignorance, qui la livre aux caprices du hasard.

7

Tout homme serein et à la vie bien ordonnée peut rester en apparence imperturbable. N'espère rien, n’aie peur de rien et tu désarmeras ton adversaire. Quand on est agité par la crainte ou l'espoir, faute d'être calme et de se contrôler, on lâche son bouclier, on abandonne son poste et en resserre le lien qui sert à nous traîner.

8

Philosophie  dit à Boèce que s'il attend d'un médecin qu'il le soigne, il doit montrer sa blessure.

Alors Boèce répond qu'il a suivi les conseils de Philosophie en appliquant les principes de la sagesse quand il devait s'occuper de l'administration publique. Seule la motivation commune à tous les gens de bien l’avait poussé vers la magistrature. Alors il avait affronté des gens sans scrupules dans des conflits importants mais il avait toujours défendu le bon droit au risque de déplaire à plus puissant que lui.

Boèce regrette que ses délateurs soient des médiocres. Il a été accusé d'avoir empêché un délateur de faire des révélations susceptibles d'entraîner une accusation de haute trahison à l'encontre du Sénat.

Boèce pense que vouloir le mal peut être le fait de la faiblesse inhérente à notre nature mais que tous les criminels puissent diriger contre l'innocence des plans tramés sous les yeux de Dieu, cela tient du prodige. Il en coûtait à Boèce de penser aux bruits qui couraient sur son compte et aux jugements contradictoires et divers dont il faisait l'objet.

Il croyait voir les honnêtes gens démoralisés et terrifiés par sa situation et tous les scélérats incités par leur impunité à toutes les audaces et par leurs récompenses, à tous les méfaits.

9

Boèce implore le créateur de la voûte étoilée. Il lui demande pourquoi la Fortune capricieuse produit-elle de tels retournements. Pourquoi l'éclat du mérite est recouvert d'obscures ténèbres et le juste subit l’accusation de l'injuste.

Boèce lui demande d'imposer des règles stables à la Terre.

10

Philosophie dite à Boèce que s'il est loin de sa patrie, c'est qu'il s'en est égaré et non qu’on l’en a banni. Et s'il préfère qu'on le considère comme un banni, c'est lui qui s'est en réalité banni lui-même. Alors puisque Boèce est en proie à de multiples émotions désordonnées et que le ressentiment, la colère et le désespoir le tiraillent dans tous les sens, il n'est pas encore temps de le traiter au moyen d'une médecine énergique. Philosophie aura donc recours quelque temps à des soins progressifs.

11

Dieu distingue les saisons et les adapte chacune à sa fonction. Il ne tolère pas la moindre entrave à une alternance qu'il a maîtrisée. Ainsi ce qui par précipitation fait fi de l'ordre établi, jamais ne réussit.

12

Pour comprendre de quelle manière Philosophie doit soigner Boèce, elle lui pose quelques questions. Elle lui demande si ce monde est, à son avis, conduit par des faits accidentels et purement fortuits ou s'il le croit gouverné par la raison. Boèce sait que Dieu préside en créateur aux destinées de son oeuvre. Alors Philosophie demande à Boèce avec quel gouvernail est dirigé le monde. Boèce ne comprend pas la signification de la question. Alors Philosophie comprend pourquoi la maladie occasionnée par le désordre émotionnel de Boèce s'est infiltrée en lui. Elle lui demande quelle est la finalité de l'univers et vers où tend la nature tout entière. Boèce ne sait pas répondre car son découragement a affaibli sa mémoire. Elle lui demande s'il se rappelle qu'il est un homme. Boèce ne voit pas comment il ne pourrait pas se le rappeler. Philosophie lui demande donc qu'est-ce qu'un homme. Pour Boèce un homme est un animal raisonnable et mortel.

Philosophie comprend que l'oubli de ce que Boèce est l'égare et c'est la raison pour laquelle il se plaint d'être exilé et d'avoir été spolié de ses propres biens. C'est parce que Boèce ignore quelle est la finalité de l'univers qu'il s'imagine puissants et heureux les vauriens et les criminels. C'est parce qu'il a oublié avec quel gouvernail le monde est dirigé qu'il pense que la Fortune suit un cours arbitraire et qu'elle est livrée à elle-même. Les esprits sont ainsi faits que chaque fois qu'ils abandonnent des idées vraies, ils en revêtent de fausses, ce qui provoque l'apparition d'une nuée d'émotions désordonnées qui brouillent cette perception vraie.

13

Si Boèce veut sous une lumière limpide discerner le vrai il faut qu'il coupe au plus court. Il faut qu'il se défie de l'espoir et qu'il éloigne la douleur. L'esprit est embrumé et bridé quand il est sous leur emprise.

Livre deuxième.

1

C'est  parce que Boèce regrette profondément sa Fortune intérieure qu'il dépérit.

Boèce se trompe s'il pense que la Fortune a changé à son égard. Elle a toujours les mêmes pratiques. Elle est restée à son égard constante, à vrai dire, dans son inconstance même. Elle était la même quand elle flattait Boèce, quand elle s'était jouée de lui en lui faisant miroiter un faux bonheur. Mais si la duplicité de la Fortune fait horreur à Boèce alors il faut qu'il la repousse. Il ne suffit pas de regarder la situation qu'on a sous les yeux ; la sagesse consiste à évaluer la finalité de toutes choses et c'est précisément cette faculté de passer d'un extrême à l'autre qui ne rend pas redoutables les menaces de la Fortune.

2

La fortune n'entend pas les pleurs des malheureux ou n'en a cure.

Elle rit des gémissements qu'elle provoque. Elle offre à ses sujets un grand spectacle : celui d'un homme en une heure  tour à tour terrassé et heureux.

3

Philosophie  veut prendre la place de la Fortune pour questionner Boèce. Elle lui demande alors de discuter avec elle devant n'importe quel arbitre la propriété des biens et des honneurs et s'il parvient à démontrer qu'il y en avait qui appartenaient en propre à un mortel, Philosophie/Fortune admettra sans difficultés que ce que Boèce revendique est bien à lui.

La richesse, les honneurs et autres biens de la sorte sont sous le contrôle de la Fortune. Ils sont sous ses ordres et la reconnaissent comme leur maîtresse. Ils arrivent en même temps qu'elle et quand elle s'en va, ils partent.

Celui qui fait tourner la roue de la Fortune ne doit surtout pas considérer comme injuste de descendre lorsque la règle du jeu l'exige. Philosophie/Fortune demande à Boèce s'il n'a pas trop généreusement puisé dans son lot de biens et que cette inconstance qui précisément caractérise Fortune n'est pas pour lui une juste raison d'espérer des jours meilleurs.

Philosophie/Fortune recommande à Boèce de ne pas souhaiter vivre sous une juridiction qui lui serait propre.

4

Si l'Abondance, de sa corne pleine, déverser à l'infini autant de richesses que le ciel voit briller d'astres, le genre humain ne cesserait pas pour autant de se lamenter sur ses malheurs.

 

5

Philosophie prend la défense de Fortune en expliquant à Boèce que s'il prenait en considération la quantité et l'étendue de ses joies et de ses peines, il ne pourrait pas dire ne pas avoir eu de chance jusqu'à maintenant. Si Boèce pense ne pas avoir de chance parce que ses prétendues joies passées s'en sont allées, il n'a pas de raison de s'estimer malheureux, étant donné que ses prétendus peines présentes ne font que passer.

De toute façon, le dernier jour de la vie est une mort même pour une Fortune restée fidèle.

6

La beauté sur terre rarement demeure, souvent elle varie.

Rien de ce qui voit le jour n'est définitif.

7

Boèce ne peut nier la rapidité de son ascension. Mais c'est se souvenir qu'il le cuit tout particulièrement. En effet, dans tout revers de Fortune, il n'y a pire malchance que d'avoir eu de la chance.

Mais Philosophie lui rappelle que la Fortune n'a pas encore pris en aversion toute sa famille et la tempête qui s'est abattue sur lui n'est pas trop violente puisque que ses ancres tiennent bon et qu'elles ne laissent pas partir à la dérive ce qui le console du présent et lui permet d'espérer dans le futur.

Boèce regrette pourtant ses distinctions honorifiques. Alors Philosophie lui explique que s'il parvient à être maître de lui-même, il possédera ce que jamais il ne consentirait à perdre et que la Fortune ne pourrait pas lui enlever. Le bonheur ne peut résider dans une situation régie par la Fortune. Le bonheur est le souverain bien d'une nature guidée par la raison. Le souverain bien n'est pas quelque chose qu'on peut nous arracher de quelque façon puisqu'il n'y a rien au-dessus de ce qui ne peut nous être enlevé. Alors l'instabilité de la Fortune ne peut prétendre à la connaissance du bonheur.

8

N'oublie pas de caler ta demeure sur de la pierre solide.

Le vent pourra bien gronder et agiter la surface de la mer. Heureux d'être à l'abri de tes quatre murs, tu couleras des jours paisibles et riras des colères célestes.

9

L'argent ne prend de valeur que lorsqu'il passe dans d'autres mains et qu'il cesse d'être possédé par l'effet de la générosité. Les richesses sont limitées et misérables car elles ne peuvent être possédées dans leur totalité par plusieurs personnes à la fois et elles deviennent la propriété de quelqu'un en appauvrissant tous les autres. On peut être ravi par la beauté de la Nature mais jamais la Fortune ne fera nôtre les biens que la Nature a voulu étrangers à nous-mêmes.

Philosophie explique à Boèce que ce n'est pas parce qu'il a ajouté des biens à ses richesses qu'ils ont de la valeur, c'est parce qu'il lui paraissait avoir de la valeur qu'il a préféré les ajouter au nombre de ses richesses. Les hommes cherchent à bannir le besoin par l'abondance. Cela les mène au résultat inverse. Si ce sont des choses accessoires qui nous font remarquer, ce sont bel et bien ces choses accessoires qui attirent les éloges mais cela n'empêche pas ce qu'elles recouvrent et dissimulent de garder toute sa laideur. Les richesses nuisaient fréquemment à ceux qui les possèdent, du fait que tous les gens les plus méprisables, qui, de par leur nature, convoitent d'autant plus le bien d'autrui, pensent être absolument les seuls à mériter de posséder tout ce qu'on peut trouver d'or et des pierreries.

10

Les hommes du temps jadis ne perdaient pas leur âme dans un luxe inutile et ils tardaient à calmer leur appétit de glands dont la Nature était prodigue.

Les hommes ne fendaient pas encore les flots profonds et ils ne traquaient pas partout les marchandises. La trompette guerrière se taisait et nul haine tenace ne répandait le sang. Maudit soit le premier qui déterra des trésors cachés.

11

On n’éprouve pas de la considération pour les mérites en raison d'une charge honorifique mais pour les charges honorifiques en raison du mérite. Peut-on parler de puissance pour un être incapable d'empêcher autrui de lui retourner les traitements qu'il peut infliger aux autres ? En outre, si les honneurs et le pouvoir comportaient quelque bien qui leur soit inné et qui leur soit propre, jamais ils ne seraient exercés par des crapules.

La nature répugne à toute jonction des contraires. Les richesses ne peuvent apaiser une convoitise insatiable, le pouvoir ne peut rendre maître de soi quelqu'un que ses passions coupables retiennent assujetti à d'indestructibles chaînes et quand on confère une charge honorifique à de malhonnêtes gens, ils n'en deviennent pas dignes pour autant.

Il n'y a manifestement rien dans la Fortune qui mérite d'être convoité, rien qui soit bon par nature puisque la Fortune ne s'associe pas toujours à des gens de bien et qu'elle ne rend pas bons ceux auxquels elle s'est associée.

12

Rome incendiée, les sénateurs décimés, son frère sauvagement assassiné. Néron fit couler le sang de sa mère, s’en imprégna puis effleurant du regard son cadavre froid, sans verser la moindre larme, il osa s'ériger en juge de sa beauté éteinte. Malheur aux hommes quand le glaive injuste s'associe au cruel poison !

13

Boèce dit à Philosophie que l'ambition d'une réussite en ce monde n'a jamais exercé sur lui la moindre emprise. Il a souhaité faire de la politique pour éviter à son mérite de dépérir s'il ne l'avait pas employé. Philosophie lui répond que l'amour de la gloire et de la renommée procurée par l'excellence des services rendus à l'État attire les esprits aux qualités naturelles remarquables. Mais cette motivation est mince et futile. La renommée est étroitement restreinte à l'intérieur de cet infime point d'un point qu'est la Terre comparée à l'univers.

De plus la gloire de Rome à son apogée n'avait pas franchi le Caucase. Les hommes croient assurer leur immortalité quand ils pensent à leur réputation future. Une réputation, quelle que soit sa longévité, si on la pense par rapport à l'éternité, apparaît totalement inexistante. Si les hommes meurent complètement, la gloire est totalement inexistante puisque celui à qui on l’attribue cesse totalement d'exister. Si, au contraire l'âme, gagne librement le ciel après s'être libérée de sa prison terrestre, elle méprisera toute préoccupation d'ordre terrestre.

14

La mort méprise les cimes de la gloire. Elle enveloppe pareillement l'humble et le fier et aplanit toute différence. Quiconque recherche à tout prix la seule gloire et pense prolonger sa vie par l'éclat de son nom de mortel, quand un jour tardif lui enlèvera aussi, il mourra alors une seconde fois.

15

La Fortune est plus bénéfique aux êtres humains quand elle est mauvaise que quand elle est bonne. Quand la Fortune se montre séduisante elle est toujours en train de mentir avec son apparence de bonheur. Quand la Fortune est mauvaise, elle est toujours sincère car alors elle révèle, par ses volte-face, son instabilité. L'une trompe, l'autre instruit. L'une en faisant croire à un faux bonheur ligote l'âme de ceux qui y trouvent leur jouissance, l'autre la libère en lui faisant prendre conscience de la précarité de la chance. La bonne Fortune use de ses charmes pour égarer les gens loin du bien véritable, tandis que la mauvaise Fortune les accroche au passage pour les ramener vers les véritables valeurs.

La mauvaise Fortune révèle qui sont nos vrais amis et les amis sont la richesse la plus précieuse.

16

Si l'amour relâche les rênes, là où il règne aujourd'hui, la guerre aura tôt fait de s'installer. C'est aussi l'amour qui maintient les peuples unis par un pacte inviolable. C'est l'amour qui dicte sa loi aux compagnons fidèles.

Livre troisième

1

Boèce a repris des forces grâce à Philosophie. Il ne se croit plus incapable de parer aux coups de la Fortune. Philosophie lui annonce que les médicaments qui lui restent à prendre vont commencer par lui piquer la langue mais une fois qu'il les aura avalés, les effets s'atténueront. Philosophie annonce à Boèce qu'elle va le conduire au bonheur véritable.

2

Nous savourons mieux la production des abeilles si elle succède à l'amertume sur nos lèvres.

Philosophie demande à Boèce de soustraire sa nuque à son joug en examinant les faux biens. Et ensuite son esprit s'ouvrira aux vrais biens.

3

Philosophie affirme à Boèce que les mortels ont tous une préoccupation pour laquelle ils ne ménagent pas leurs efforts : quelle que soit la voie qu'ils empruntent, ils s'efforcent de toute façon d'atteindre un seul et même but : le bonheur. Or c'est un bien qui, une fois obtenu, ne laisse plus place à aucun autre désir. Le bonheur est un état de perfection, du fait qu'il rassemble en lui-même tous les biens. Tous les hommes ont en eux un désir inné du bien véritable mais les égarements de leur ignorance les détournent vers de prétendus bien. Certains d'entre eux croient que le bien suprême consiste à ne manquer de rien et travaillent à regorger de richesses. D'autres estiment que le bien consiste à attirer sur soi essentiellement le respect d'autrui et ils s'efforcent de se faire respecter de leurs concitoyens par l'exercice de charges honorifiques. Il y a des gens qui sont persuadés que le bien suprême réside dans le pouvoir suprême et ils veulent le pouvoir pour eux. Quant à ceux qui croient qu'il n'y a rien de mieux que la célébrité, ils n'ont de cesse de se faire connaître en mettant à profit la guerre ou la paix pour mettre leurs talents en valeur.

Ce que veulent obtenir les hommes, ce sont les richesses, les honneurs, le pouvoir, la gloire et les plaisirs, et s'ils les désirent, c'est parce qu'ils croient ainsi parvenir à se suffire à eux-mêmes, se faire respecter, exercer le pouvoir, connaître la célébrité et une vie agréable. Le bonheur est donc ce que les gens recherchent à travers des démarches aussi diverses.

4

Toute chose cherche à retrouver ses origines et d'y revenir toujours elle se réjouit. Elle n'admet de parcours durable que celui qui relie à la fin l'origine à l'intérieur d'un cycle inébranlable.

5

Les créatures terrestres entrevoient cette véritable fin qu'est le bonheur à travers une perception dénuée de clairvoyance mais qui a au moins le mérite d'exister ; c'est la raison pour laquelle, d'un côté, leur penchant naturel les entraîne vers le véritable bien et que d'un autre côté, leur aveuglement aux innombrables aspects les en détourne.

Philosophie demande à Boèce si, quand il vivait au milieu de toutes ses richesses, son esprit n'avait jamais été troublé par un inquiétude provenant d'un quelconque préjudice qu'il aurait subi. Boèce ne peut se rappeler avoir eu l'esprit assez tranquille pour ne pas avoir sans cesse quelque angoisse qui lui serrait la gorge.

Par conséquent, les richesses ne peuvent garantir à quiconque de ne manquer de rien et de se suffire à soi-même. Les richesses qui étaient censées procurées l'indépendance, rendent en réalité dépendant d'une aide extérieure. Car on a toujours besoin d'une aide extérieure pour protéger son argent.

6

Même si en un interminable tourbillon d'or, le riche rassemble des biens incapables d'apaiser sa convoitise, l'angoisse ne cessera de le dévorer tant qu'il vivra et à sa mort, inconstants, ses biens l'abandonnent.

 

7

Il nous est impossible d'estimer, en raison de leurs fonctions honorifiques dignes de respect des gens que nous estimons précisément indignes de les exercer.

Si la bassesse d'un individu se mesure au nombre de gens qui le méprisent, étant donné qu'une fonction honorifique ne peut pas rendre respectable des gens qu'elle expose au regard du plus grand nombre, elle a plutôt pour effet d'augmenter le mépris qui s'exerce à l'encontre des malhonnêtes gens. À leur tour, ces malhonnêtes gens déteignent sur les fonctions honorifiques qu'ils contaminent. Les honneurs n'ont donc pas de valeur en eux-mêmes car ils ne peuvent procurer un véritable respect. Ce qui n'a par soi-même aucun éclat, selon l'opinion qu'on se fait de ceux qui l'assument, reçoit ou perd alternativement son brillant.

8

Tous détestaient violemment Néron et ses excès dévastateurs. Parfois cet effronté offrait aux vénérables sénateurs des sièges sans prestige. Qui donc estimerait une chance de se voir conférer des honneurs de la main d'un misérable ?

9

Le fait d'être roi peut-il conférer la puissance ? Les exemples ne manquent pas de rois qui ont vu leur chance se métamorphoser en catastrophe. Là où s'arrête le pouvoir qui rend heureux, commence l'impuissance qui rend malheureux ; aussi les rois connaissent-ils obligatoirement plus de malheur que de bonheur. Qu'est-ce donc que ce pouvoir qui fait peur à ses détenteurs, qui met en danger ceux qui veulent l’exercer et dont on ne peut se défaire quand on veut y renoncer ?

10

Désires- tu le pouvoir ? Maîtrise tes impulsions et ne t'abandonne pas au plaisir. Chasse tes noirs soucis, cesse de te complaindre, sinon, tu es sans pouvoir.

11

Beaucoup de gens doivent souvent leur renom aux opinions erronées de la multitude. La faveur populaire ne procède pas d'un jugement motivé et elle ne dure jamais. S'il y a un rapport entre la naissance et la célébrité, celle-ci est le fait d'autrui. Si c'est de faire parler de soi qui fait la célébrité, ce sont nécessairement ceux qui font parler d’eux qui sont célèbres. Ainsi la célébrité qui est le fait de quelqu'un d'autre que toi, ne te confère aucun éclat puisqu'elle ne t'appartient pas en propre.

12

Tous les mortels sont issus d'une semence noble et toute l'espèce humaine sur terre relève d'une même origine. Nul n'est bâtard à moins de se complaire dans le mal et de renier sa naissance.

13

Les plaisirs finissent toujours dans l'amertume, il suffit de se remémorer ses passions pour en avoir conscience.

14

Tel  est toujours le plaisir : il excite ceux qui en jouissent et comme un essaim d'abeilles, une fois répandu son doux miel, il disparaît et blesse les coeurs d'une piqûre sans douceur.

15

argent, honneurs, gloire, pouvoir, plaisirs ne peuvent pas garantir les biens qu'ils promettent et qui ne rassembent pas en eux la totalité des biens existants, sont des sortes de chemins qui ne conduisent pas au bonheur et ne suffisent pas à rendre parfaitement heureux.

16

Les gens qui sollicitent richesses et honneurs ; quand ils auront peiné pour acquérir les faux biens, qu'ils apprennent alors à distinguer les vrais.

17

Philosophie va maintenant montrer à Boèce ce qu'est le vrai bonheur.

Ce qui est par nature est un est simple, la déraison humaine le divise et en s'efforçant d'obtenir une partie d'un tout qui n'a pas de parties, elle en obtient ni une portion, puisqu'il n'y en a pas, ni la totalité puisqu'elle n'y aspire pas le moins du monde. Celui qui cherche à s'enrichir pour éviter d'être dans le besoin, ne se préoccupe pas de puissance, préfère rester dans l'ombre et l'anonymat et se refuse également de nombreux plaisirs, même naturels, de peur de perdre l'argent qu'il a amassé. Mais de cette façon, il ne parvient même pas à se suffire à soi-même, puisque la puissance lui fait défaut, le moindre désagrément l'affecte profondément, son anonymat le rabaisse et sa vie dans l'ombre le situe loin des regards. Quant à celui qui ne désire que le pouvoir, il gaspille sa fortune, dédaigne les plaisirs et ne fait aucun cas d'une considération sociale sans pouvoir, ni même de la gloire. Il arrive alors qu'il manque parfois du nécessaire et il perd tout simplement ce qu'il désirait plus que tout : la puissance. On peut appliquer le même raisonnement aux honneurs, à la gloire et au plaisir. Car étant donné que chacun de ces biens est identique à tous les autres, si l'on recherche l'un d'eux à l'exclusion de tous les autres, on ne s'approprie même pas ce que l'on désire. Donc, il ne faut pas du tout rechercher le bonheur dans les choses dont on croit qu'individuellement elles procurent certains biens désirables.

Philosophie implore l'assistance divine pour que Boèce apprenne à chercher le vrai bonheur.

18

Philosophie demande à Dieu de lui accorder de visiter la source du bien et de trouver sa lumière.

19

Philosophie demande à Boèce d'admettre que le Dieu souverain contient le parfait et souverain bien. Comme le bien parfait est le véritable bonheur : le véritable bonheur réside donc nécessairement dans le Dieu souverain. Il faut admettre à Boèce que Dieu est le bonheur même.

La substance de Dieu réside dans le bien lui-même et nulle part ailleurs.

20

Tout ce qui  qui suscite plaisirs et excitations agrandies dans l'obscurité des antres de la Terre.

L'éclat qui régit et donne vie au ciel évite l'obscure déchéance de l'âme.

21

Philosophie demande à Boèce d'admettre que ce qui est un et ce qui est bien sont une seule et même chose. Les choses qui n'ont pas, par nature, des effets différents, ont la même substance. Tout ce qui est, subsiste tel quel aussi longtemps qu'il est un et qu'il meurt et se désagrège dès qu'il cesse d'être un. Chez les êtres vivants, quand l'âme et le corps ne font qu'un et restent unis, on parle d'être vivant ; mais quand cette unité se désagrège du fait de leur désunion, il est clair qu'il meurt et qu'il n'est plus un être vivant. Il en est de même du corps : quand il garde un même aspect grâce à l'union entre les parties qui le constituent, on voit en lui une apparence humaine ; mais si les parties du corps se divisent, se séparent et détruisent leur unité, le corps cesse d'être ce qu'il était. Tout être vivant s'efforce de de se garder en vie et cherche sans cesse à éviter la mort et la destruction.

La Nature donne à chacun ce qui lui convient et fait tout pour éviter qu'il meure, dans le temps qui lui est imparti. Tout ce qui est en accord avec une chose, la préserve et inversement, tout ce qui lui est hostile, la détruit.

Chez les êtres vivants, le désir de rester en vie ne procède pas d'une activité intentionnelle de l'âme mais d'impulsions provoquées par la Nature.

La Providence a donné à ses propres créatures ce qui est peut-être la principale raison pour laquelle elles demeurent : le désir naturel de demeurer aussi longtemps que possible.

Tout ce qui cherche à subsister et à se perpétuer désire être un et ce qui est un, c'est précisément le bien. Donc toutes choses recherchent le bien. Il nous faut reconnaître que la fin de toutes choses, c'est le bien.

22

Si on cherche profondément le vrai et qu'on désire ne pas se fourvoyer, on doit réfléchir sur soi et sur sa lumière intérieure. Ainsi, quand on apprend, on se souvient sans s'en rendre compte.

23

Philosophie dit à Boèce que cet univers, composé de parties aussi différentes et opposées entre elles, ne se serait pas constitué en une forme unique sans l'existence d'un être unique, capable d'assembler des éléments aussi différents. D'autre part, cet assemblage se déferait et disparaîtrait du fait de la diversité même de ces natures en contradiction les unes avec les autres, sans l'existence d'un être unique, capable de maintenir une cohésion entre les éléments qu'il a reliés les uns aux autres. Quel que soit ce par quoi subsistent et se meuvent les êtres créés, Philosophie l'appellera du nom utilisé par tous : Dieu. Dieu gouverne toutes choses avec le bien pour timon et toutes ces mêmes choses sont poussées par leur instinct naturel vers le bien. Il n'y a donc que rien qui, tout en préservant sa nature, s'efforce de contrecarrer la volonté de Dieu. Il n'y a donc que rien qui veuille ou puisse faire obstacle à ce bien suprême.

C'est donc le bien suprême qui dirige énergiquement toutes choses et les dispose avec douceur.

24

Comme Orphée et Eurydice, si on laisse son regard se tourner vers l'antre du Tartare, ce qu'on a de précieux avec soi on le perd en regardant en dessous de soi.

Livre quatrième.

1

Boèce ne comprend pas que malgré l'existence d'un être bon aux commandes de l'univers, le mal puisque simplement exister et même demeurer impuni.

Alors Philosophie va lui montrer le chemin qui pourra le ramener chez lui.

2

Philosophie veut ramener Boèce sur le chemin qu'il cherche et a oublié, là où le maître des rois tient son sceptre et maîtrise les rênes de l'univers.

3

Philosophie affirme que la puissance est toujours du côté des bons tandis que les méchants sont privés de toute espèce de forces. Le bien et le mal sont des contraires. Le bien est puissant donc la faiblesse du mal apparaît clairement. Il est deux conditions nécessaires à l'accomplissement des actions humaines : la volonté et la capacité. C'est en fonction de sa capacité qu'on doit être jugé fort et de son incapacité qu'on doit être jugé faible.

Les bons ou les méchants cherchent avec la même application à parvenir au bien. Le bien suprême qui l'objectif que se fixent pareillement méchants et bon, les bons le recherchent par l'exercice naturel de leurs mérites tandis que les méchants s'efforcent d'obtenir ce même bien par l'intermédiaire de leurs désir fluctuant, ce qui n'est pas le moyen naturel d'obtenir le bien.

Il en résulte que les bons sont puissants et les méchants sont faibles.

C'est leur incapacité à se contrôler qui fragilise ceux qui ne peuvent lutter contre le mal. Selon Platon seuls les sages ont le pouvoir de réaliser leurs désirs tandis que les malhonnêtes gens effectuent ce qui leur fait plaisir mais n'ont pas le pouvoir de satisfaire leurs désirs. En effet, ils font tout ce qui leur plaît, en pensant qu'ils vont obtenir le bien qu'ils désirent grâce à ce qui leur procure du plaisir ; mais ils ne l'obtiennent pas le moins du monde puisque l'infamie ne débouche pas sur le bonheur.

4

Les poisons dévorants de la passion rongent le coeur des rois orgueilleux. La colère vient les fouetter comme le vent fouette les vagues, l'épreuve du chagrin les mine ou l'espoir incertain les torture.

5

C'est le bien qui est proposé en guise de récompense à toutes les actions humaines. Par conséquent les méchants auront beau s'acharner autant qu'ils le voudront, la couronne ne tombera pas pour autant de la tête du sage ni ne se flétrira. En effet, la méchanceté d'autrui ne prive pas les êtres intègres de la victoire qui leur appartient en propre. Puisque le bien lui-même est le bonheur, il est clair que tous les gens de biens deviennent heureux précisément parce qu'ils sont bons. Mais il va de soi que ceux qui sont heureux sont des dieux. Dans ces conditions, le sage ne saurait douter que les méchants, de leur côté, ne puissent échapper à leur châtiment. Étant donné, en effet, que le bien et le mal, tout comme le châtiment et la récompense, sont à l'opposé l'un de l'autre, ce que nous voyons se produire dans le cas de la récompense du bon, trouve nécessairement sa contrepartie dans le châtiment du méchant.

Pour les gens intègres, c'est leur intégrité qui devient leur récompense. De même pour les malhonnêtes gens, c'est justement leur bassesse qui est leur châtiment. Ainsi, il se fait que si on cesse d'être un homme pour avoir faussé compagnie au bien, incapable d'accéder à la condition divine, on se change en bête. Parce que les méchants en sombrant dans la méchanceté ont en même temps perdu leur nature d'être humains.

6

A l'intérieur de l'homme est sa nature, retranchée en une citadelle secrète. Il est des poisons plus violents qui détournent l'homme de lui-même : ils l'atteignent en profondeur et sans nuire à son corps, ils le blessent à l'âme.

7

Boèce reconnaît que les gens corrompus, bien qu'ils conservent une apparence physique d'êtres humains, sont transformés en bêtes du fait de leur état intérieur. Il aurait voulu que leur cruauté et leur infamie ne se donnent pas libre cours. Philosophie va lui démontrer que cela ne leur est pas permis. Si c'est un malheur de vouloir faire le mal, c'est un plus grand malheur encore d'en être capable, ce sans quoi l'effet de cette volonté malheureuse serait quasi inexistant. Philosophie pense que les malhonnêtes gens bénéficient, quand ils sont punis, d'une part de bien qui leur est adjointe (il s'agit précisément de leur punition qui est bonne du fait qu'elle est juste) et ces mêmes gens, quand ils échappent au châtiment, acquiert une part de mal supplémentaire (il s'agit de leur impunité qui est un mal du fait de son iniquité). Les malhonnêtes gens sont donc beaucoup plus malheureux s'ils sont gratifiés d'une injuste impunité que s'ils subissent une juste punition. Il en résulte que les malhonnêtes gens ne sont jamais si sévèrement punis que lorsqu'on les croit impunis.

Philosophie pense que de même que l'asthénie et une maladie du corps, la méchanceté est une sorte de maladie de l'âme, étant donné qu'à nos yeux, les gens malades dans leur corps ne méritent absolument pas d'être haïs mais plutôt d'être pris en pitié, raison de plus de prendre en pitié plutôt que de les harceler, ceux dont l'âme est accablée par un mal plus impitoyable que n'importe quelle forme d'asthénie : la méchanceté.

8

Le serpent, le lion, le tigre, l'ours ni le sanglier ne dissuadent pas les gens de se menacer par les armes. Est-ce pour leurs différences et désaccords qu'ils engagent batailles injustes et guerres cruelles et veulent se porter mutuellement le coup fatal ? Rien ne saurait justifier telle sauvagerie. Veux-tu retourner à autrui ce qu'il mérite ? Aime les bons et prends pitié des méchants.

9

Boèce pense que cette Fortune si chère aux profanes n'est pas sans comporter une part de bien ou de mal. Et de fait, on ne trouverait pas parmi les sages un seul homme pour préférer l'exil, la pauvreté et l'infamie plutôt que de prospérer sans quitter sa ville, fort de ses richesses, du respect d'autrui et de son pouvoir. La sagesse remplit sa fonction d'une façon plus éclatante et manifeste quand le bonheur des gouvernants rejaillit d'une manière ou d'une autre sur les peuples qui ont affaire à eux. Boèce serait moins surpris s'il imputait au hasard tout le désordre provoqué par les méchants qui accaparent les récompenses dues aux mérites. Mais en réalité, ce qui met un comble à sa stupéfaction, c'est que Dieu gouverne l'univers. Philosophie lui répond qu'il ne doit pas douter que tous accomplisse en bonne règle.

10

Puisse se disloquer le nuage de l'erreur et les phénomènes naturels cesseront dès lors de faire peur.

11

Philosophie prétend que tout ce qui vient au monde, tous les êtres sujets au changement qui évoluent et tout ce qui se meut de quelque manière, trouvent leur cause, leur ordre et leur forme dans la stabilité de l'intelligence divine. Et celle-ci est établie dans la citadelle de son indivisibilité, fixe une règle multiforme au gouvernement de l'univers. La Providence est la raison divine qui réside dans le principe suprême de toutes choses et qui ordonne l'univers ; quant au destin, c'est la disposition inhérente à tout ce qui peut se mouvoir, par laquelle la Providence réunit toutes choses, chacune à la place qui lui est assignée.

La Providence embrasse toutes les choses à la fois, malgré leur diversité et malgré leur nombre infini. Le destin répartit chaque chose individuellement en la situant dans l'espace et dans le temps et en lui attribuant une forme en vue de son mouvement, si bien que ce déroulement de l'ordre temporel qui trouve son unité dans la perspective de l'intelligence divine, c'est la Providence tandis que cette même unité, une fois distribuée et déployée dans le temps, s'appelle le destin. L'enchaînement de la Providence et du destin est la loi qui oriente vers le bien. Par conséquent, tout ce que Boèce peut voir ici se faire de contraire à son attente, est en réalité l'expression de l'ordre qui convient à l'univers même si à ses yeux il s'agit d'un désordre où régnerait la confusion.

Les épreuves surviennent comme il convient, en bon ordre et dans l'intérêt de ceux auxquels on les voit survenir. Ainsi, un homme s'attendant à ce que sa conscience soit souillée par le déshonneur et se comparant à sa Fortune peut redouter plus que tout le désoeuvrement de perdre ce dont l'usage lui est agréable. De ce fait, il modifiera son comportement et en craignant de perdre sa bonne Fortune, il renonce définitivement à sa malfaisance. D'autres sombrent dans un désastre mérité pour avoir mésusé de leur prospérité. Fréquemment, la Providence suprême offre un spectacle particulièrement surprenant : celui de méchants qui rendent dans d'autres méchants. Certains, en effet, à force de se voir maltraités par les pires crapules, se prennent de haine pour ceux qui ils leur nuisent et retrouvent la jouissance de la vertu en s'appliquant à ne pas ressembler à ceux qui les ont détestés. Un certain ordre embrasse toutes choses si bien que si une chose s'écarte de la place qui lui a été assignée, elle réintègre un ordre différent certes mais un ordre tout de même, afin que dans le royaume de la Providence, rien ne soit abandonné au hasard.

 

12

La  concorde harmonise les éléments de manière équilibrée : l'humidité agressive laisse son tour à la sécheresse. Le froid conclut un pacte avec les flammes. Cet équilibre nourrit et produit ce qui respire la vie sur terre.

13

Philosophie affirme qu'il n'y a pas de Fortune qui ne soit tout à fait bonne. Il dépend de chaque personne de donner à la Fortune la forme qu'elle souhaite. En effet chaque fois que la Fortune semble adverse, si elle ne met pas à l'épreuve ou si elle ne corrige pas, c'est qu'elle punit.

14

Le dernier des travaux d'Hercule fut de porter le ciel sans courber la nuque et en récompense il mérita le ciel. S'élever au-dessus de la terre c'est mériter les étoiles.

 

Livre cinquième.

1

Boèce demande à Philosophie ce qu'est le hasard.

Philosophie répond que si vraiment on définit le hasard comme un événement produit par un mouvement accidentel et non par un enchaînement de causes, alors le hasard n'est rien du tout et le mot est absolument vide de sens.

Pour Philosophie le hasard peut se définir comme un événement inattendu, résultant d'un concours de circonstances et qui survient au milieu d'actions accomplies dans un but précis.

Le concours de circonstances procède d'un enchaînement inévitable qui prend sa source dans la Providence.

2

Bien qu'il semble s'écouler en toute liberté, le hasard subit une règle et son cours obéit à des lois.

3

Boèce demande à Philosophie si dans cet enchaînement de causes solidaires les unes des autres il nous reste un libre arbitre ou si la chaîne du destin enferme aussi les mouvements de l'âme humaine. Philosophie répond que le libre arbitre existe et qu'aucun être doué de raison ne pourrait exister s'il ne possédait la liberté de jugement. L'être humain fait donc tout seul la différence entre ce qui est à éviter et ce qui est à souhaiter. C'est ainsi que les êtres pourvus de raison sont également pourvus d'une liberté de dire oui ou de dire non.

4

Le créateur du vaste monde pose son regard sur toutes choses. C'est lui qu'on peut appeler le vrai soleil.

5

Que Dieu connaisse toutes choses par avance et qu'il existe un libre arbitre, voilà deux affirmations complètement contradictoires et incompatibles. Si pour Dieu il ne peut rien y avoir d'incertain, les événements dont il a lu la prescience qu'ils seraient, se produiront selon toute certitude. Et ainsi nulle liberté n'accompagne les décisions et les actes des êtres humains. Si on admet un tel raisonnement, on voit clairement l'effondrement des valeurs humaines qui en résultent. Il est vain en effet de proposer aux bons et aux méchants des récompenses ou des punitions que n'a méritées aucun mouvement libre et volontaire de l'âme. Si tout l'univers procède de la providence et que rien n'est laissé à l'initiative des hommes, il en résulte que nos méfaits, eux aussi, sont en relation avec l'Auteur de tout ce qui est bien. À quoi bon, dans ces conditions, espérer ou prier ? Que pourrait-on en effet espérer ou chercher à détourner par des prières si un enchaînement inéluctable relie toutes les choses souhaitables ?

6

Un homme qui cherche le vrai vit une situation intermédiaire : il ne sait pas et pourtant il n'ignore pas complètement tout. Il retient et se rappelle l'essentiel. Il y réfléchit et repense à ce qu'il avait vu de là-haut afin de pouvoir ajouter les parties oubliées à celles qu'il a conservées.

7

De même que la connaissance du présent ne confère aucun caractère de nécessité à ce qui est en train de se produire, de même la prescience du futur n'en confère pas non plus à ce qui est à venir.

8

Vient dans le corps vivant la sensation, quand la lumière frappe les yeux ou qu'un cri résonne aux oreilles. Alors la vigueur de l'âme se ranime, incite les images qu'elle possède à l'intérieur à de semblables mouvements et les adapte aux marques reçues de l'extérieur et associe ces images aux formes dissimulées à l'intérieur.

9

Philosophie explique à Boèce comment il raisonne. Il pense que si la réalisation de certains événements ne semble pas certaines et nécessaire, ils ne peuvent pas être connus d'avance comme allant se produire de façon certaine. Par conséquent, il n'y a aucune prescience de tels événements et si nous croyons qu'il y a prescience en ce qui concerne ces événements, il n'y aura rien qui ne provienne de la nécessité.

10

Quelle diversité dans l'apparence des êtres vivants qui passent sur terre ! Seule l'espèce humaine lève bien haut une tête fière et légère, se tient droit et regarde la terre de haut.

11

Tout ce qui est connu l'est non pas à partir de sa propre nature mais à partir de la nature de ceux qui cherchent à comprendre. La nature de Dieu c'est d'être éternel. L'éternité est la possession aussi entière que parfaite d'une vie illimitée. Ce qui appréhende et possède en une seule fois la totalité de la plénitude d'une vie sans limite, à quoi rien de futur ne manque et n'a échappé rien de passé, c'est cela qui est considéré comme éternel et il est nécessaire qu'il soit toujours présent à soi-même en étant en possession de soi-même et qu'il tienne pour présent le temps illimité qui passe. Le savoir de Dieu qui va au-delà de tout mouvement du temps demeure permanent dans la simplicité de son présent et, embrassant les espaces infinis de passé et de futur, les considère tous, du fait de son mode de connaissance simple, comme s'ils étaient dès lors en train de s'accomplir. Ainsi la prescience divine est plutôt la science d'une imminence qui jamais ne passe aussi préfère-t-on l'appeler Providence et non pré-voyance.

C'est la raison pour laquelle cette prescience divine ne modifie pas la nature des choses ni leur propriété et elle les voit présentes à ses côtés tels qu'elles s'accompliront un jour dans le temps. Dieu distingue aussi bien ce qui arrivera de façon nécessaire que ce qui arrivera de façon non nécessaire.

Dieu voit comme étant présents les événements futurs qui résultent du libre arbitre. Par conséquent, ces événements, sous l'angle du regard divin, deviennent une nécessité soumise à une condition qui est la connaissance divine. Mais considéré en eux-mêmes, ils ne perdent pas l'absolue liberté de leur nature. Donc, tous les événements que Dieu connaît d'avance comme allant se produire, se produiront sans aucun doute mais certains d'entre eux procèdent du libre arbitre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 avril 2019

Psychanalyse de l'initiation maçonnique (Éliane Brault)

 

brault

-le profane.

Pour Éliane Brault, la franc-maçonnerie est régie par une méthode initiatique : le symbolisme. Elle définit le symbolisme comme la voie qui permet de relier, à travers le temps et l'espace, les émotions vécues par les humains, leurs angoisses et leurs espérances. C'est un moyen de voyager du sensible à l'intelligible, de l'abstrait au concret.

C'est l'apprentissage jamais achevé de la fraternité et de la tolérance car il exige d'être permanent et renouvelé.

Le symbole maçonnique, par son adogmatisme, permet de se comprendre au-delà des mots.

L'action du symbole s'exerce autant sur les facultés intellectuelles que sensorielles et affectives.

Le secret est l'essentiel de la méthode initiatique. La mission de la franc-maçonnerie et de révéler à chacun de ses initiés un secret. Celui de sa personnalité vraie.

Dans ce but, elle emploie la méthode symbolique ; travail d'intériorisation ; et la confrontation des pensées, travail d'extériorisation qui est la compensation indispensable à l'équilibre mental et moral. Plus l'intellectualité et la sensibilité du néophyte sont aiguisées, plus l'initiation importe de richesse et d'intensité. L'initiation maçonnique est vécue sous forme de psychodrame et non apprise, aussi tous les renseignements livresques n'en révèlent rien. On peut même constater que ce sont les profanes les plus érudits, les mieux renseignés qui sont les plus surpris et les plus marqués par le cérémonial initiatique.

Le néophyte confie « sa vérité » à ceux qui le reçoivent et elle devient un secret partagé par les initiés. Ainsi le secret constitue l'atmosphère qui permet à la conscience humaine de se dévoiler sans risque de se dépouiller des artifices et des préjugés qui la contraignent. D'abandonner les moyens de défense indispensable, dans une société profane où la lutte est quotidienne. Le but de l'initiation est d'apporter en loge ce qu'il y a de plus valable en nous. La méthode maçonnique est une maïeutique, un véritable accouchement de l'âme, une révélation permanente de la vérité profonde de l'être à lui-même par lui-même.

On ne connaît que ce qu'on a découvert par soi-même et on ne progresse vers l'harmonie que lorsqu'on l'a réalisée en soi.

La franc-maçonnerie n'est qu'une tentative d'améliorer la condition humaine en essayant de perfectionner et d'harmoniser les divers éléments, les diverses facultés qui composent l'individu, et d'harmoniser les divers individus qui composent les sociétés humaines.

-Le néophyte.

-Le symbolisme.

La psychophysiologie est l'étude objective des rapports entre le corps et l'esprit.

Le médecin Cabanis a pu être considéré comme le fondateur de la psychophysiologie moderne. Il était franc-maçon et disciple de la Grande Encyclopédie.

Il pensait que le cerveau digère les impressions et fait organiquement la sécrétion de la pensée.

La franc-maçonnerie a tiré du symbolisme la possibilité d'améliorer la personnalité humaine. Le symbolisme et les sciences du comportement humain n'ont été étudiés par des méthodes scientifiques que vers le milieu du XIXe siècle.

L'observation du comportement appartenant à la philosophie et le symbolisme au domaine religieux et à l'alchimie.

Wilhelm Roentgen trouva la possibilité de voir à travers le corps humain par des rayons et Freud découvrit la possibilité de percevoir les manifestations inconscientes derrière les actes conscients.

Roentgen, c'était la proposition de l'organisme et Freud c'était la révolution psychologique dans les conventions bourgeoises, religieuses et dogmatiques.

Avec Freud, l'innocence ne préservait plus des besoins charnels. L'âme, cette « essence divine » dépendait des besoins de la chaire et des fonctions organiques.

C'est à Nancy, en 1889, au cours d'une séance d'hypnotisme pratiquée par Bernheim que Freud réalisa le processus du phénomène entre la pulsion inconsciente et l'attitude consciente.

Puis il remarqua la liaison qui s'opérait entre les pulsions profondes et le comportement et surtout l'amélioration qui se produisait lorsque le sujet pouvait se libérer, en comprenant ce qui se passait en lui-même.

Freud mit en pleine clarté la puissance de la conversation intérieure-extérieure de l'homme à lui-même ; ouvrant des horizons nouveaux sur les phénomènes inconscients et le langage : le symbole.

L'oeuvre de Jung fut une régression sur celle de son maître Freud. Il théorisa « l'inconscient collectif » selon lui dominé par les archétypes raciaux. Il justifia le racisme sous une forme soi-disant scientifique. Il prétendit que l'inconscient aryen disposait un potentiel plus élevé que celui du juif. Pour Jung, le problème juif était une plaie complexe, une plaie purulente. Jung avait affirmé que l'image de Dieu était héréditaire. Freud interpréta la valeur du symbole qui effectue ce lien entre l'imaginaire, l'émotion, l'intelligible, l'affectif, le sensible et le comportement.

Freud vivait à une époque où les humanités greco-latines formaient la base de toute éducation universitaire. Il appréciait la valeur psychologique des mythologies helléniques. Avec les philosophes Grecs, les sciences passaient du plan dogmatiques aux plans de l'observation, de la déduction intelligente et des lois scientifiques.

Freud employa le terme de « complexe » pour désigner les imbrications internes-externes et leur donna les dénominations de la mythologie grecque : complexes d'Oedipe, d’Antigone, de Narcisse.

Il ne faut jamais oublier que la franc-maçonnerie a été conçue et constituée aux XVIIe et XVIIIe siècles par des philosophes européens nourris de grec et de latin. Ainsi la franc-maçonnerie fut établie comme une démocratie antique, composant une aristocratie de pensée et d'attitude.

Selon Éliane Brault, la franc-maçonnerie est une école de perfectionnement dont les adeptes doivent agir avec bonté ; mais elle n'est pas une société de bienfaisance.

Le « miracle » du VIè siècle hellénique c'est d'avoir inventé la laïcité des sciences.

Les chiffres, base de toutes les sciences, ne sont que des symboles. Ils représentent des identités, des valeurs intelligibles hors de toute qualité sensible.

Le temple permet d'établir la liaison entre le sensible, l'affectif, l'imaginaire, l'émotivité et le réel, en faisant appel à toutes les facultés de l'individu. Le symbole est une liaison constante entre les facultés affectives et le filtre de la raison, entre l'abstrait et le concret.

Il serait impossible d'établir des relations interhumaines si les hommes n'usaient entre eux des liens symboliques. La franc-maçonnerie n'a donc fait qu'utiliser un symbolisme idéalisé pour créer des liens interurbains dans un climat idéal de fraternité. Et cela avant que les sciences du comportement n'aient défini et expliqué comment s'opérait la liaison entre l'idéal et la réalité.

-Le symbole.

Le symbolisme est un déclencheur d'émotions, un catalyseur de toutes les facultés de l'individu.

Le symbole est, pour le maçon, un moyen et non un but et a été choisi comme système initiatique.

Le symbole favorise l'expression de ce que l'individu ressent confusément sans pouvoir le discerner et l'extérioriser dans une formulation. Sans libre arbitre, le symbole perd ses qualités de stimulateur et devient convention, allégorie ou dogme.

Sans émotion, le symbole est une chose morte. Sans libre arbitre, sans le jeu entièrement libéré de toutes ses facultés, le symbole perd ses qualités de stimulateur et de catalyseur.

Chaque fois qu'un symbole est fixé dans une forme traditionnelle dogmatique ou théologique, il a perdu sa valeur initiatrice. Il n'est plus révélateur des profondeurs personnelles de l'individu.

Sans sa forme initiatique, le symbole, c'est le phénomène déclic qui atteint l'inépuisable réservoir des désirs inexprimés, des fonds d'agressivité ou d'affectivité qui n'ont pu être extériorisés.

C'est l'exutoire des confusions internes. C'est la possibilité de créer une synthèse des aspirations d'un être dans un moment donné et de le faire passer de l'inconscient au conscient.

Le mot « symbolisme » se rapporte au don de l'agneau, du miel ou du lait des fêtes pastorales bucoliques helléniques et égéennes. Le mot symbole évoque donc le don, l'offre désintéressée.

-Le psychodrame.

La franc-maçonnerie emploie dans sa méthode symbolique un psychodrame initial qui fait appel à toutes les facultés, conscientes ou inconscientes psychiques et organiques. Ce psychodrame est complété par une permanente confrontation des sensibilités et des consciences.

Pour Aristote, la tragédie était considérée comme une initiation à la vertu par les sentiments qu'elles suscitent comme une catharsis.

Le psychodrame est un essai qui s'effectue dans le cadre d'une cellule sociale. Le psychodrame a été inventé par le docteur Moreno, élève de Freud. Il fait ce qu'il appelle l'axiodrame en 1921. Il présente à Vienne comme un premier sociodrame officiel dont la prétention était de purger Vienne de l'anarchie dans laquelle elle se débattait. Puis, il créa le Théâtre impromptu où les acteurs improvisaient sur un thème donné. Moreno instaurait avant le jeu une obscurité initiale dans laquelle on n’entendait que la voix du meneur de jeu dramatique, ce qui établissait le contact.

Dans ce psychodrame, il n'y a pas d'assistants, que des participants. L'acteur ne peut tirer profit du psychodrame que si sa spontanéité est estimée et peut se développer par l'interaction. Enfin, l'illusion du monde réel est juste et aussi importante que la réalité d'un monde d'illusion.

Moreno fit jouer à une actrice professionnelle, Barbara des rôles de prostituées, de perverses car il avait appris qu'elle était infernale à la maison. Dès lors, la conduite de Barbara s'adoucit et Moreno en déduisit que l'extériorisation de certaines pulsions profondes pouvait remplir le rôle de catharsis et purger de certains comportements dans la vie courante. Moreno connut une suite d'échecs théâtraux, médicaux et journalistiques alors il partit aux États-Unis. Là, il connut le succès. Ses observations suscitèrent l'intérêt des psychiatres. En 1942, Moreno créa le Sociometric Institut et en 1947 l'Intergrup psychotherapy and Psychodram.

Moreno pensait que seule la parole spontanée était vivante. Il fallait donc que les participants du psychodrame puissent se voir, se toucher, se caresser ou se serrer la main. Le psychodrame était une cure d'action.

Le directeur du jeu avait pour charge de résoudre la première difficulté à faire démarrer le drame. Il devait transférer l'élan spontané et se retirer. Débarrassé des craintes et des angoisses de la vie réelle, le sujet retrouve sa personnalité originale, sa vie professionnelle, dans le rôle qu'il a choisi. Tout est évoqué, école, mariage, apprentissage, c'est un sociodrame (situations types qui  dénoncent les zones spécifiques de conflits : mère et fils ; mari et femme ; père et fils, etc.).

Lacan a parlé d'histoire mythique pour caractériser l'objet des psychodrames. L'interprétation symbolique peut s'identifier au drame personnel du néophyte par la communication symbolique et elle a un effet cathartique. Son irréalité rassure le sujet qui peut s'expliquer autrement que dans la vie quotidienne. La franc-maçonnerie, en plaçant l'histoire mythique sur le plan des archétypes, permet un thème universel où chacun peut chercher sa propre personnalité. La franc-maçonnerie considère que les hommes sont soumis à des lois communes mais qu'ils les vivent temporairement et individuellement.

Le psychodrame évoque une situation universelle et chacun le ressent selon son tempérament et l'impression du moment.

Moreno précise la condition essentielle : « il faut que l'élan vital soit la base fondamentale. Le psychodrame doit être un acte gratuit, spontané, pour avoir une efficacité bénéfique ». Il en est de même pour la franc-maçonnerie, qui exige de celui ou de celle qu'elle admet la probité morale et intellectuelle absolues.

Pour Moreno, l'angoisse de l'homme vient de tous les rôles inemployés qu'il porte en lui et qu'il ne peut extérioriser.

-L'apprenti.

Introspection-introversion et psychanalysette.

Le mérite de Freud et d'avoir réalisé un moyen de guider l'introspection et la psychanalyse.

Pour amorcer le dialogue entre les facultés conscientes et celles qui demeurent dans les profondeurs de la psyché, Freud a utilisé le langage qui pouvait le mieux se faire comprendre et servir de liaison ; celui des symboles.

Freud a employé les archétypes, images primordiales préconscientes. Mais Jung a dénaturé la théorie freudienne sur les archétypes en y ajoutant des sentiments mystiques non scientifiques.

Le mot « archétype » remontrait à l'école de Thalès de Milet.

Le mot «Arché » n'appartient pas au début au vocabulaire mythique.

L’Archée est le commandeur des Archontes, élus d'abord tous les ans, puis tous les 10 ans.

Il semble que ce soit Anaximandre, le disciple de Thalès qui adopte ce terme en lui conférant pour la première fois un sens philosophique de principe élémentaire.

Les deux archétypes les plus puissants comme symbolisme ; ceux employés par les psychanalystes et dans l'initiation sont la descente et la montée.

Ils sont universels et étendent leur signification à l'évocation des images qu'ils suscitent à tout ce qui est ressenti par l’être humain dans l'individu corps et psyché.

Éliane Brault évoque la « psychanalysette » méthode inventée par Robert Desoille et le docteur Calsant. La technique consiste à placer le sujet dans un état psychique qui est exactement celui du pré-endormissement au cours duquel le sujet n'est pas encore oublié, mais où la dissociation de l'imagination et de l'esprit critique est tel que celui-ci, ne contrôlant plus celle-là, elle peut jouer librement.

On peut alors pénétrer librement dans l'inconscient par la seule suggestion de monter et descendre.

Pour les inventeurs de la méthode du rêve éveillé ou psychanalysette, la psychanalyse appliquée à des sujets ayant dépassé la quarantaine place ceux-ci devant les ruines de leur passé sans leur ouvrir un horizon nouveau. Aussi, les psychanalystes renoncent-ils à entreprendre un traitement quand la vie n'offre plus à leurs malades des perspectives de réussite attrayante. Au contraire, le rêve éveillé est un enseignement de l'art de vivre qui est ouvert à tous les âges.

Il n'est jamais trop tard pour apprendre la sérénité.

Les méthodes de psychanalyse ou de psychanalysette, de rêve éveillé ou de psychodrames thérapeutiques ou initiatiques selon Éliane Brault ne sont ni morales, ni immorales ; elles sont amorales. La moralité est un autre problème.

-La descente-l'ascension.

Le symbolisme de la descente et de l'ascension est tellement puissant qu'il étend sa signification à tout ce qu'il entraîne dans l'imaginaire.

Il n'est pas nécessaire que le sujet en connaisse le processus pour en ressentir les effets. On sait que les réflexes conditionnés sont surtout activés par le renouvellement régulier du même traumatisme, si petit soit-il. Le sujet est tellement sensibilisé au rythme du jour et de la nuit, qu'il n'a pas besoin d'analyser ou d'être préparé, pour être immédiatement imprégné de l'archétype proposé. Le sujet a été séparé de l'actualité préoccupante en étant placé dans une pénombre propice à la méditation. Il est entré dans l'espacement semi mythique, semi réel de la descente. La sensation de coupure d'avec la réalité a favorisé le dépouillement de sa carapace sociale, de ses défenses caractérielles, nécessaires à la vie en société. Ce procédé d'examen et une préparation, une catharsis (épuration).

Le sujet découvre alors qu'il porte en lui une part d'inconscient dont il n'est pas le maître. Il pénètre dans son propre psychisme. Cette idée de descente dans la matière humaine a été assimilée à la descente dans la terre-mère. L'archétype cosmique de l'asservissement au destin, sans cesse renouvelé par la disparition du soleil, impose l'angoisse métaphysique de la période des ténèbres qui vont venir, sans en excepter la certitude consolante de la réapparition de la lumière qu'on peut appeler l'éternel retour, la perpétuelle remontée. Le symbolisme de la remontée a encore plus de prix que celui de la descente. L'ascension est la reprise de contact avec la lumière, la délivrance de la solitude. L'ascension vers la lumière apporte une euphorie de possibilités. Dans tous les langages, une terminologie associe les thèmes de la descente et de la mort hideuse.

On s'abîme dans le vice, on s'abaisse dans l'humiliation, on dégringole jusqu'au crime.

L'attraction ascensionnelle est aussi génératrice de symboles : on atteint un grade le plus élevé, on monte dans la hiérarchie professionnelle, on grimpe dans l'échelle sociale. Il était tout naturel que pour marquer leur supériorité, les empereurs, rois ou dictateurs aient adoptés les emblèmes qui représentent l'élévation comme les aigles impériaux, le soleil de Louis XIV.

Dans le vocabulaire courant, la charge affective l'emporte facilement sur le langage raisonné.

Cette faculté de la psyché de tricher avec le conscient fut la première remarque qui incita Freud à la psychanalyse et à conclure qu'une partie de nos actes sont conditionnés par l'inconscient.

Nous cherchons à rationaliser ceux-ci et à légitimer à nos propres yeux les actes que nous effectuons. Il semble qu'il s'établisse dans la psyché un va-et-vient entre l'archétype et le culturel, passant de l'un à l'autre. Depuis si longtemps que l'être humain a ressenti l'euphorie de la fin de la nuit et de la remontée solaire, il a conçu son origine comme provenant de cette bienfaisante lumière en son apogée, d'où l'idée d'une chute, et le consolationnisme inhérent aux instincts de la psyché, d'une probable remontée, avec cette certitude qu'allégé des contingences du sombre et du lourd, l'individu reprendra ses privilèges de lumière tel le soleil.

-Le symbolisme cosmique.

La pensée archaïque. L'évolution de la psyché.

On a dit souvent que les premiers cultes avaient été cosmiques. Les hommes ont toujours cherché à percer le mystère de l'origine du ciel et de la terre. L'homme s'est cherché lui-même dans le ciel, sur la terre et dans le temps.

On a vraiment tenté de rechercher une identité de croyances primordiales des cultes. Mais on observe des concordances dans les gestes rituels, le rôle des sorciers et la mise en état de réceptivité des initiables. Dans le choix des grottes et la sacralisation des cérémonies ; méthodes empiriques mais similaires où se cumulent le secret, l'affirmation de la personnalité et surtout le désir d'accroître les forces humaines. Avant de comprendre les phénomènes cosmiques et les lois atmosphériques qui les régissent, les hommes et les ont subis puis vus et enfin observés.

Puis, ils ont procédé par déduction et analysé.

Les rites cosmiques datent du mésolithique, c'est-à-dire environ 10 à 12 000 ans. La psyché moderne en est imprégnée.

Grâce à l'éducation parentale et à l'expérience des générations, l'enfant est guidé, éduqué.

Quels efforts n’a-t-il pas fallu aux premiers hommes pour distinguer les forces au milieu desquelles ils devaient subsister ?…

Les cérémonies rituelles de Lascaux et d'Altamira ont été des moyens d'établir un dialogue-monologue entre l'homme et les forces qu'il sentait confusément en lui mais qu'il était incapable de discerner et encore moins d'analyser. C'est lui-même que l'homme retrouve dans le symbole déclencheur et il est évident que plus le symbole est universel, mieux l'observateur ou le méditateur peut s'y intégrer. Plus il a placé de charges affectives dans le signal symbolique, plus il en ressent l'intensité.

Des religions cosmiques se sont établies dans les régions à climat tempéré. Elles ont été d'autant plus suivies que l'existence des cultivateurs dépend des conditions climatiques et météorologiques. Les éléments soleil, eau, feu et air prenaient des places de premier plan dans les préoccupations des habitants ; et elles devaient avoir une bien grande influence sur la mentalité humaine lorsque les industries de remplacement n’existaient pas encore.

Les dieux cosmiques ont les caractères des climats ou ils furent conçus. Il fallait la crainte des famines et du désert proche pour rendre si puissant le culte de l'eau. Isis règne sur les eaux alors que la Grande Mère, la Terre Rhéa, occupe une place de premier rang dans les contrées où la sécheresse n'était pas à craindre. En allant vers le nord, où les climats deviennent plus rudes avec les orages, le tonnerre et les guerres, les deux prépondérants sont Zeus et ses foudres, Thor, Wotan.

Éliane Brault évoque les quatre divisions cosmiques généralement acceptées :

la terre : le solide.

L'eau : le liquide.

L'air : le subtil.

Le feu : le chaud.

Les sensations du chaud, du froid, de l'humide et du solide sont communes à tous comme les sensations de la descente et de la montée. C'est pourquoi, elles sont demeurées les bases d'un symbolisme toujours valable à travers le temps.

On doit à Jacques Lacan l'épithète histoire mythique pour caractériser le scénario du psychodrame. Ce terme convient particulièrement à toutes les initiations qui ont pour but la prise de contact avec le cosmos.

De tous les symboles cosmiques, rites, initiations, les mystères et cultes concernant la Terre ont été davantage célébrés que ceux des autres éléments.

Tous les grands symboles archaïques ont au moins deux significations opposées. L'une bénéfique et l'autre maléfique. Le feu réchauffe et brûle. L'air calme et doux peut souffler en tempête, l'eau désaltère et engloutit, et la terre produit la nourriture et se nourrit de l'homme une fois inhumé.

La presque totalité des mystères antiques et des initiations ont été basés sur cette fécondité de la Terre. La mort pour la renaissance, qui correspond tellement dans l'affectivité et dans le psychisme ou don de soi pour que renaisse un germe nouveau a établi les associations d'idées : base du symbolisme cosmique.

De quelque façon que se fasse l'enfouissement, il est à la base de toute initiation, autant qu'il est à la base de toute introspection et psychanalyse.

Il y a donc dans ce contact avec la terre la puissance physique de la descente et de la remontée qui s'apparente aux méthodes d'induction et de déduction. Ce mécanisme est à la base de l'idée de péché originel.

-Le compagnon.

L'unité individuelle et la solidarité.

Le nouveau-né. Le primitif.

L'enfant n'est pas le résumé ou l'addition des facultés de ses parents et de ses ancêtres.

Il est une synthèse avec ses qualités propres, son individualité. De nombreux psychologues pensent que l'éducation et les conditions du milieu dans lequel l'enfant se développe jouent un rôle plus important que l'hérédité.

Dans l'individu, il y a la personnalité innée, héritage des lignées ancestrales, et la personnalité acquise par l'éducation, l'instruction et les conditions d'existence.

La psyché apparaît comme le coffre-fort des trésors acquis par l'humanité en même temps que la poubelle des erreurs accumulées et que chacun porte inconsciemment en soir quelque chose du malfaiteur et du génie.

Il semblerait que l'enfant bien accueilli lorsqu'il entre dans la vie ait un caractère plus heureux que celui qui est rejeté à la naissance.

Dès la rupture du cordon ombilical, chaque acquisition de la personnalité infantile sera une rupture avec la mère et un contact avec le monde.

Les parents sont une perception directe de l'enfant, ils sont vus comme l'autorité primitive et protectrice et le « sur moi » commence à se former, à devenir une puissance quand il faut être bien accueilli ou rejeté. Les notions du bien et du mal correspondent à la sanction et à la récompense. La première manifestation de personnalité de l'enfant sera le « non » d'opposition à ce qu'il le veut pas. Les oppositionnels seraient donc a priori des individus fixés dans une attitude de petite enfance. Il n'y a pas des comportements du corps et des comportements de l'esprit. C'est tout l'être qui intervient dans chaque phénomène vital ou mental.

L'éducation corporelle, autant que ses facultés affectives et celles de l'intelligence doivent être suivies, car tout entre en jeu pour l'équilibre rationnel de la personnalité.

-L'Homo faber : le symbolisme du travail.

L'homme dans la société est un mythe.

Il y a des hommes groupés dans des sociétés humaines diverses selon les temps et les régions. L'homme isolé n'existe pas.

L'instinct grégaire pousse les individus à se grouper, ne serait-ce que pour la reproduction de l'espèce.

Prétendre aimer l'humanité, et se vouer à une entité métaphysique l'Homme ; c'est tricher avec la vie et se dispenser d'aimer des êtres vivants dans leurs diversités.

Il est facile de s'attacher à une abstraction. Il est difficile de seulement tolérer ses voisins qui n'ont ni vos goûts ni vos opinions.

 

Le travail.

 

Les hommes appellent « travail » les douleurs de l'enfantement, marquant par là, la juste punition des joies de la chair, et de la connaissance ; avec une inexorable loi du talion : la femme devant être punie par où elle avait péché… Ainsi dès l'époque de la rédaction du second chapitre de la genèse le travail portait la marque infamante d'expiation et d'affliction, et si l'Eglise s'est résignée à admettre l'accouchement sans douleur c'est qu'il est avec le ciel des accommodements.

Étymologiquement le mot « travail » vient du bas latin du nom d'un instrument à trois piliers qui servait à ferrer les chevaux, à maintenir les animaux sous le joug et assujettir les condamnés à la torture. Assimilant l'action à l'instrument, on considéra le travail comme un maintien sous le joug en y ajoutant le contexte biblique de condamnation infamante à perpétuité…

En attribuant l'exploitation des hommes les uns par les autres à la volonté divine, les textes canoniques justifièrent théologiquement les injustices pratiquées par les humains, entérinant ainsi la suprématie des forts sur les faibles.

La servilité du travail et la notion d'avilissement qu'elle entraîne, est tellement dans les faits et dans les esprits que jusqu'au XIXe siècle l'exigence d'être libre, éliminait de certaines fonctions, de la noblesse et même de la franc-maçonnerie tout salarié, comme ayant aliéné sa liberté à l'employeur.

Pour effacer le cliché « travail avilissant » il fallait qu'il soit remplacé par un symbolisme qui l’ennoblierait, par un nouveau concept « travail libérateur » car on ne détruit un prototype de pensée qu’en le remplaçant par un autre. C'est le très grand honneur de la franc-maçonnerie d'avoir détruit le tabou d'expiation qui pesait sur le travail ; et de l'avoir remplacé par le symbolisme d'un effort, délivrant des servitudes humaines.

On avait jusqu'ici jamais cherché à exempter la femme de travail. Seulement son travail comme son corps appartenaient au foyer familial et on avait soigneusement veillé à ce qu'elle ne puisse acquérir ni l'instruction, ni l'esprit de jugement qui pouvaient l'affranchir de l'état de subordination dans lequel elle avait été enfermée.

La raison profonde qui a si longtemps prévalu pour empêcher la femme d'exercer une profession rémunérée en dehors du foyer, c'est l'identification du travail et du travailleur. Il était honteux pour une épouse ou une mère de recevoir une rémunération d'un employeur car c'était un peu se vendre elle-même.

Jusqu'au XIXe siècle les serviteurs n'avaient pas droit à une personnalité ; ils portaient le nom de leurs qualités ou de leur origine : Picard, Bourguignon…

Reconnaître que le travail est pénible, qu'il a fallu de longs efforts pour le rendre moins fatigant ; ce n'est pas oublier que l'homme a inventé des outils dans le but de poursuivre son évolution et parvenir à la dignité humaine. Le travail comme la maladie, la souffrance, l'accouchement et la mort font partie des lois actuelles de la condition humaine. L'intelligence persévérante, laborieuse de l'esprit humain doit tout mettre en oeuvre pour les rendre moins pénible, en reculer les limites. Le fatalisme, anathème jeté par la théologie sur les joies de la vie, voulant l'accouchement expiation et le travail malédiction doit être vaincu.

Il viendra un temps ou par le progrès de la science, une plus haute compréhension de l'existence sera venue. Les douleurs de l'accouchement, les efforts du travail seront dominés par la joie intense de créer de la vie ou de produire une oeuvre par l'effort humain.

Il a fallu des millénaires pour que la rémunération du travail ne soit pas l'achat du travailleur. Il a fallu des millénaires pour que l'entité « sexualité-reproduction » soit dissociée et que la sexualité devenue désir et amour puisse être indépendante de la fonction animale de la reproduction et du seul besoin sexuel.

C'est le très grand honneur de la franc-maçonnerie d'avoir détruit le tabou d'infamie qui pesait sur le travail et de l'avoir remplacé par le symbolisme d'un travail délivrant des servitudes humaines. Les francs-maçons portent le tablier symbolique du travail, assimilant d'ailleurs le travail manuel au travail intellectuel.

Les étapes de l'ethnologie peuvent se rapporter à trois âges symboliques principaux : l'âge de la pierre brute pendant lequel l'homme ne fut qu'un apprenti, l'âge de la pierre taillée pendant lequel l'Homo faber apprit avec ses compagnons à se servir des outils, enfin l'âge de la pierre polie où la technique permit à l'homme les associations d'idées et de développement de sa structure affective. L'étape où l'Homo sapiens vit se développer l'usage des outils.

La puissance qui dirige la main de l'ouvrier est la même que celle qui fait réfléchir le cerveau du philosophe mais pour qu'elle pût se développer, il fallait qu'elle prît possession d'elle-même par un long exercice et qu'elle fut servie par des instruments à la fois d'analyse et d'utilité.

Les outils sont une sorte de langage, un symbolisme de la puissance humaine, des actes et des idées des hommes.

Le maître.

 

 

L'Homo sapiens.

La longévité des hommes et des femmes de la Préhistoire étaient très limitées. Dans cette courte existence ou l'imagination était axée sur la conquête de la nourriture, existait ce phénomène commun aux petits-enfants et aux primitifs, la confusion entre l'imaginaire et le réel. Ce n'est qu'au cours des temps que l'homme a transposé les désirs irrationnels qui l'envahissaient sur le plan mystique.

L'adulte ressent toujours un confort mental, en retrouvant le jeu des confusions de son enfance. Il y a plus qu'une satisfaction de vanité à porter un cordon, une décoration, un uniforme de prêtre, de magistrat, d'officier ou de gardien de la paix.

Toutes les marques de prestige, décorations, titres sont des conforts mentaux accordés aux infantilismes qui persistent dans l'adulte. La décoration est un prestige de remplacement pour compenser les forces défaillantes ou déclinantes… Moins on a de titres réels, plus on recherche des marques de compensation. La modestie est un luxe des fortes personnalités.

Il semble que les initiations antiques s'effectuaient dans un secret relatif, les candidats étaient recrutés par cooptation après des épreuves probatoires pour s'assurer de leurs aptitudes et facultés. Que le néophyte après y avoir satisfait recevait communication des traditions.

En ce qui concerne la mythologie cosmique, les hommes ont imaginé les forces célestes en fonction des gouvernements qui les régissaient. Les pouvoirs des dieux égyptiens sont identiques à ceux des pharaons. Les religions sémites sont des théocraties où les dieux ont les pouvoirs des patriarches de chaque tribu.

La franc-maçonnerie en ce qu'elle ne suit aucun dogme est une maïeutique qui, par sa méthode, s'apparente à l'accouchement des âmes. Elle est la mise à jour dans la conscience du néophyte des facultés latentes des profondeurs de sa psyché. Pour le franc-maçon, aimer c'est aller vers la compréhension et parvenir à la solidarité humaine. Le franc-maçon part du sensible pour aller vers l'intelligible.

Tandis que les différentes religions du monde entier transposent les espérances des hommes sur le plan théologique, seule la Grèce dispense une philosophie, une science laïque. La franc-maçonnerie est fille de la laïcité hellénique. Il faudra longtemps pour que, de la Renaissance émerge l'idée philosophique laïque, malgré les bûchers, les prisons et les supplices, et pour que Jean de Meung ose glisser dans son Roman de la Rose : « rien n’à pouvoir contre raison ».

Le constructeur.

Pour la franc-maçonnerie, l'initiation est la prise de conscience de la participation à la vie avec ses devoirs et ses droits.

Par l'apprentissage ; le néophyte prend conscience qu'il est une unité autonome, mais non isolée dans l'unité universelle.

Par le compagnonnage, l'apprenti prend conscience qu'il est un homme dans la solidarité des autres hommes.

Le néophyte prendra conscience de la maîtrise lorsqu'il aura réalisé au plein sens du terme que le cercle de l'initiation sera fermé lorsqu'il aura vécu cette dernière initiation : la mort.

Il est plus facile à celui qui a vécu intensément d'accepter cette formalité « la mort » et ce n'est pas un paradoxe de penser que l'art de vivre et aussi celui de savoir mourir. Celui qui n'a pas peur de la mort est celui qui n'a pas peur de vivre.

L'initiation maçonnique depuis la cérémonie initiale jusqu'à l'évolution de l'initié ne donne pas comme un miracle une vue nouvelle de l'univers, mais elle éclaire peu à peu les facultés, les virtualités de la conscience et c'est la façon la plus efficace de lutter contre le fatalisme, comme la psychanalyse lutte contre les barrages inconscients pour les résoudre lorsqu'ils émergent à la conscience…

Ce que veut l'initiation maçonnique c'est, éveiller des facultés à la puissance d’aimer, à la compréhension mutuelle, car c'est en se comprenant mieux soi-même qu'on découvre les autres, et c'est dans le même temps en comprenant les autres, qu'on se révèle à soi-même.

Il n'a jamais été question dans l'initiation maçonnique de promettre une récompense aux néophytes. Ceux qui viendraient à la franc-maçonnerie pour y obtenir un avantage égoïste, personnel, seraient vraiment déçus. Ce que l'initiation dévoile au néophyte, c'est sa vraie personnalité, qu'elle s'efforce d'orienter dans le sens de son idéal, le bien de l'humanité. Par la révélation de ses qualités d'humains elle lui donne la possibilité des échanges affectifs, spirituels et intellectuels, elle lui apporte donc une des qualités caractéristiques de la vie, la communicabilité.

Acquérir la maîtrise, c'est avoir cette conscience de recevoir en soi toute l'hérédité du passé, les déconvenues et les déceptions, les erreurs, les mauvais sentiments ; mais aussi les bons, les richesses acquises depuis des milliards d'années, pouvoir discerner ce qui est mauvais et l'éviter ; et ce qui est bénéfique à conserver, perfectionner.

L'initiation maçonnique donne aux êtres cette conscience de la participation à la vie universelle. Elle s'adresse donc à tous, au plus riche comme au plus déshérité, pourvu qu'il soit libre et de bonnes moeurs, c'est-à-dire qu'il ne soit pas prisonnier d'un arbitraire, qu'il soit tolérant et de volonté bonne et constructive.

Le maçon qui par définition est avide de la science et de l'art de construire ne meurt pas. Selon l'antique expression : « il a vécu » et son oeuvre se poursuit dans ceux qui vivront.

 

 

 

 

 

 

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14 avril 2019

Le jeu d'Hermès, psychanalyse et franc-maçonnerie (Daniel Bersniak).

 

hermes

 

Les francs-maçons parlent d'initiation et les psychanalystes parlent d'analyse. Les uns et les autres partagent la même opinion sur le bien-être : être bien, c'est pouvoir agir au lieu de réagir, devenir libre. Ils partagent la même opinion sur le mal-être : il est l'effet d'un passage obligé sur le lit de Procuste (personnage imaginé par les Grecs qui attaquent les voyageurs et les contraints à se coucher sur un lit).

Les psychanalystes et les francs-maçons estiment qu'une bonne connaissance de soi permet de se libérer de la répétition et de devenir l'artiste de son propre destin sans nuire à autrui. Ils estiment que la connaissance de soi s'acquiert au cours d'un voyage intérieur. Ils aspirent à la lumière et, pour voir clair, mettent en oeuvre la parole.

I reproduire et produire, naître et renaître.

-Du commencement à l'apprentissage, analyse et initiation.

Les penseurs le disent depuis Platon : c'est la souffrance d'un manque qui met en marche le désir. Le plaisir est l'effet de l'accomplissement du désir.

C'est dans l'enfance que l'on apprend à écouter et à obéir. On apprend qu'il y a un « mais » et qu'il y a un « si ». L'enfant découvre avec ses parents qu'il peut prévoir, proposer et négocier. À l'école, l'enfant découvre le monde et l'histoire. L'école est parfois dure. Il y a des professeurs agréables à entendre et on a envie de bien travailler pour leur faire plaisir.

Mais, il y en a d'autres qui sont insupportables et c'est toujours ceux-là qui notent mal, disent du mal, méprisent ouvertement, sans se gêner.

Et il y a les copains avec lesquels on joue et discute. Il y a les ennemis avec qui on se bat.

L'enfant grandit et ses parents ne lui racontent d'histoires de fées. À la place, ils lui racontent leur vie et celle de leurs parents. Leurs aventures sont moins spectaculaires que celles des héros qu'on voit dans les livres mais elles méritent le respect et l'admiration parce qu'elles ne sont jamais ternies par de mauvaises actions.

À l'école et à la maison, l'enfant apprend qu'il doit se battre pour être le premier en classe, relever des défis, gagner des matchs. S'il devient un perdant, il sera méprisé, relégué en bas de l'échelle sociale, condamné à être pauvre. Mais on lui dit quand même que les pauvres sont des hommes comme nous, qu'il faut respecter et même aimer.

Ils sont des inférieurs, mais à part ça, ils sont comme tout le monde. Il faut que l'enfant jongle avec ces vérités qui s'entrechoquent.

Il ne faut pas commettre d'impair et adapter le discours à l'interlocuteur.

L'enfant découvre la religion. Il sait qu'il est mortel. Il sait qu'il doit décorer la vérité ou la taire. Encore bien plus s'il veut être un gagneur, un dominant.

S'adapter au milieu et agir sur le milieu sont les actes qui mettent en route l'histoire. Échanger et transmettre des informations sont les actes qui fondent le savoir.

L'instinct, le sentiment, l'observation et l'expérience développent l'imagination et le raisonnement.

Et puis la raison, la parole qui rend compte de la réalité (le logos des Grecs) se développe, cherche ses repères et ses limites en contestant l'imaginaire, ses dieux et ses démons.

Le mariage entre l'imaginaire et la raison engendre des créations des philosophes, les arts et les sciences.

L'évolution est le passage du simple au complexe. Qui s'initie change et apprend à regarder la réalité autrement, à être mieux dans la réalité, à penser autrement sa fonction dans son milieu et dans la cité. L'analyse est une initiation. La franc-maçonnerie est une initiation. Mais aucune n'a la panacée.

Aucune n'aboutit à un résultat à coup sûr. Toutes peuvent aussi faire du mal. Mais si nous disposions de la panacée alors l'histoire s'arrêterait, l'imprévisible serait aboli. Ce serait le présent perpétuel, la société sans classes, le paradis sur terre, le temple achevé. Les utopies sont indispensables pour rêver. Il faut les respecter et reconnaître qu'elles sont impossibles.

Le juste milieu, c'est l'harmonie.

« Harmonie » est la fille du dieu de la guerre Arès et de la déesse de l'amour Aphrodite. Les mythes sont des mensonges qui disent la vérité.

Chacun imagine le monde comme un grand théâtre sur la scène duquel un rôle gratifiant lui serait réservé. Ce rôle, toujours écrit par d'autres, chacun le choisit dans les grands magasins du prêt-à-penser afin d'être admis dans le cercle qu'il aime et en mériter de la considération. Il nous faut vivre l'aventure d'une nouvelle naissance, mourir et renaître, admettre que nous sommes parlés par d'autres et consentir à tout réexaminer afin de parler nous-mêmes, de produire du sens ou bien d'en reproduire.

-Franc-maçonnerie et psychanalyse. Les métaux et les résistances.

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux ». Cette sentence aurait été gravée sur le fronton du temple de Delphes. Socrate aurait prononcé ces paroles. Elles sont souvent rappelées chez les francs-maçons. Elles disent que la connaissance objective passe nécessairement par la connaissance subjective.

Ce que je dis de la réalité dit aussi ce que j'éprouve dans la réalité. Alors, si je veux aller plus loin, il me faut examiner pourquoi et comment je crois agir alors que je ne fais que réagir.

Le franc-maçon désire devenir un homme libre à même d'agir au lieu de réagir. L'analysant consulte parce qu'il admet qu'il reproduit les mêmes situations pénibles.

En analyse, il découvre que la répétition n'est pas inéluctable. La demande du franc-maçon est identique. Franc-maçonnerie et psychanalyse partagent le même lait : aider l'homme à devenir libre. Ces deux démarches s'adressent à des personnes qui demandent à travailler. Les candidats sont libres. Ils commencent un travail qu'ils peuvent abandonner quand ils veulent.

Le but est commun : construire sa liberté. Le but est proposé et jamais imposé. Francs-maçons et psychanalystes reconnaissent la puissance créatrice de la parole. Ce qui crée le désir de s'arrêter et de ne pas reprendre le travail sur soi est nommé par les psychanalystes « les résistances » et par les francs-maçons « les métaux ». Pour Freud, l'analyse consistait à traquer les idées reçues.

Au cours de l'initiation, le candidat franc-maçon est invité à laisser ses métaux à la porte du temple. Les métaux sont les clés, l'argent mais aussi les tics mentaux, les réflexes conditionnés, les idées reçues. Les résistances et les métaux manifestent la peur de s'écarter du chemin tracé par d'autres et de prendre le risque d'oser produire du sens au lieu d'en reproduire.

Les métaux-résistances sont réactivés par des institutions hiérarchisées (Eglise, parti, obédience, école). Qui n'a pas travaillé sur lui-même a besoin de nourrir l'estime de soi du mépris d'un autre nommé, repérer et reconnaissable, de se blottir parmi les siens, là où il fait chaud et où tout est clair, de se distinguer de la multitude en se conformant aux règles d'un groupe, en ajustant son comportement à celui d'une meute qui serait destinée à régner sur les autres.

-Psychanalyse et franc-maçonnerie-des voies qui se rejoignent.

L'analysant et le franc-maçon travaillent autrement. Tous deux reconnaissent le pouvoir créateur de la parole, mais le premier est seul face à un écoutant et le second participe à la vie d'un groupe. L'analysant achète un moment dans un espace où il n'est pas jugé. Le cabinet du psychanalyste est le seul lieu dans la cité où l'on peut parler sans avoir à se justifier, à convaincre, à plaire.

On apprend à se servir de la parole pour survivre. Il faut partager les idées et la représentation du monde des personnes dont on a besoin et dont on cherche la considération. Il faut se faire remarquer par le pouvoir d'imiter un modèle. Il faut apprendre des rôles qui suivent des modes et ces modes sont mises à jour. Comme on ne parvient jamais parfaitement à être attentif à ce qui se dit, on culpabilise alors on répète les mêmes scènes. Pour se libérer de la répétition, on commence une analyse.

Le franc-maçon ne cherche pas forcément à comprendre ses problèmes pour les résoudre. Il cherche l'approbation et la reconnaissance. Le franc-maçon veut élargir le cercle de ses relations et participer à la vie de la cité, construire une société plus juste et plus éclairée dans un milieu où l'on associe la réflexion à l'action.

Il trouve une écoute plus attentive et plus bienveillante que celle de sa famille et de ses collègues. Mais il n'est pas « tenu ». Il sait qu'il peut démissionner.

L'analysant aussi n'est pas tenu. Il peut interrompre l'analyse ou changer d'analyste.

L'analysant attend un mieux-être grâce à un éclaircissement de son comportement. L'analyse commence par une plainte. Ce qui n'est pas le cas de la vie maçonnique.

Le franc-maçon attend le plaisir de partager. Il prend connaissance d'un enseignement relevant d'une tradition. Le savoir traditionnel invite à voyager, à chercher, à expérimenter.

La psychanalyse a recours aux mythes. Le franc-maçon est invité à voyager en lui-même grâce à des outils. Les analysants et les francs-maçons savent qu'ils doivent produire l'effort de pensée et de chercher des réponses qui ne sont pas données par des maîtres à penser.

Ainsi, après avoir examiné les modèles, les mythes et les contes, ils dissolvent les préjugés qui les habitent et sont moins manipulables.

L'analyse et la franc-maçonnerie libèrent de la tentation de se griser de l'illusion d'appartenir à un groupe d'élus et de marcher au pas. C'est la raison pour laquelle les idéologies totalitaires condamnent la psychanalyse et la franc-maçonnerie. Là où le pouvoir fonde sa légitimité sur des propositions érigées en dogmes, les psychanalystes et les francs-maçons sont persécutés.

Les psychanalystes et les francs-maçons ont une tournure d'esprit qui les prémunit contre la tentation de s'installer dans une doctrine. Les doctrines conviennent à des hommes qui, pour tenir debout, ont besoin de croire en la panacée.

L'expérience de la psychanalyse et aussi celle de la franc-maçonnerie éclairent le pourquoi et le comment du fonctionnement des doctrinaires.

Ce qu'on reproche aux psychanalystes et aux francs-maçons est aussi ce qu'on peut reprocher à tous les groupes qui se forment autour d'un projet de mieux-être. Pour les psychanalystes et les francs-maçons, la lumière ne vient pas de la hiérarchie, mais d'eux-mêmes, à mesure qu'ils travaillent.

II expérimenter l'échange de la parole.

-Une réunion prometteuse : les états généraux de la psychanalyse.

Du 8 au 11 juillet 2000, environ 10 000 personnes (psychanalystes venant de 34 pays, psychiatres, psychologues, philosophes, travailleurs sociaux et artistes) se réunir à la Sorbonne pour faire le point.

Dans l'histoire de France, toujours convoqués par le roi, les états généraux proposaient mais ne décidaient rien.

Le souverain attendait d’eux un soutien et la certitude que l'opinion lui était favorable. Mais en 1789, les députés transformèrent les états généraux en assemblée constituante et créèrent la République. C'est de ces états généraux que se réclament les psychanalystes. Ils estiment qu'il convient d'imaginer et d'expérimenter des moyens de transmettre le savoir et de qualifier des praticiens sans reproduire le principe d'autorité. Les états généraux ont été organisés par les psychanalystes de 34 pays indépendamment de l'Association psychanalytique internationale qui a été hostile à cette réunion.

Si les états généraux de 1789 changèrent radicalement les institutions, ils ne transformèrent pas les hommes. Le citoyen responsable est encore à former.

Au cours des états généraux de la psychanalyse, Jacques Derrida fit un exposé sur la cruauté. Il souhaitait qu'il y ait un cahier de doléances pour les psychanalystes.

Au cours de ces états généraux, était arrivé ce qui paraissait impossible, la mise en cause du principe de pouvoir souverain qui se maintient dans la psychanalyse comme dans la démocratie et empêche l'analyse de la souffrance tenant à cet héritage.

-L'esprit du dissecteur.

La connaissance du corps humain est le fruit du travail des dissecteurs au cours du Moyen Âge. Sans eux, les progrès de la médecine n'auraient pas eu lieu. Les dissecteurs voulaient vérifier ce qui leur était enseigné et observer pour mieux comprendre. Au Moyen Âge, la faculté de médecine de Paris était hostile à toute innovation et soumise aux règles de la scolastique, ou dogmatisme d'un enseignement purement livresque qui se prétendait « traditionnel ».

Toutes modifications paraissaient aux clercs attentatoires à un ordre des choses figé dans un présent éternel. Les chirurgiens étaient méprisés par les docteurs de la faculté. La chirurgie fut reconnue grâce à Guy de Chauliac qui dressa un tableau exact de la peste noire de 1348 qui tua la moitié de la population européenne.

Son traité, connu sous le nom de «Guidon », restera entre les mains des étudiants jusqu'au XVIIIe siècle. En 1396, les chirurgiens purent quitter la corporation des barbiers, créer un enseignement en latin et prendre rang parmi les médecins. Guy de Chauliac, issu d'une famille paysanne, était entré dans l'Eglise pour accéder au savoir et à un statut social élevé.

Les dissecteurs n'eurent pas peur de déplaire et émirent une opinion utile. Freud avait l'esprit des dissecteurs. Étudiant à la Salpêtrière, il eut le courage de dire que les troubles du comportement (l'hystérie, la folie) pourraient ne pas être l'effet d'une lésion organique. Cette opinion était jugée irrecevable par les voix autorisées. Plus tard, Freud explora la sexualité infantile. Il fut lui-même choqué… Mais quand même !

Le « mais quand même ! » est l'appel de la vie. C'est par lui que l'analysé et l'initié avancent sur leur chemin. Ignac Semmelweis était étudiant en droit au XIXe siècle. Il apprit que les femmes qui venaient d'accoucher mouraient souvent de fièvre puerpérale. Il suggéra que les gynécologues se lavent les mains avant d'opérer. Il eut quelques ennuis et cela décida de sa vocation.

Il devint médecin et établit les règles de l'hygiène médico-chirurgicale.

Qui veut progresser transgresse.

-L'esprit de la géométrie et de la franc-maçonnerie.

La plus ancienne définition de la franc-maçonnerie figure dans les manuscrit Regius et Cooke, datés respectivement de 1390 et de 1425. La maçonnerie est associée à la géométrie, dans le contexte de l'énumération des sept sciences libérales selon la représentation scolastique : 1-la grammaire ; 2-la rhétorique ; 3-la logiques ; 4-l'arithmétique ; 5-la géométrie ; 6-la musique ; 7-l'astronomie.

Il est écrit : « la géométrie enseigne à l'homme à mesurer la terre et toutes les autres choses ». « Laquelle science est appelée maçonnerie » dit le texte original anglais. Il est écrit aussi que toutes les sciences sont contenues dans la géométrie parce qu'elle enseigne à mesurer la pondération et le poids de toutes choses et que ni la grammaire, ni la logique, ni aucune des sciences ne peut subsister sans la géométrie.

La géométrie est bien plus que l'art de tracer des figures. Elle est une manière d'être.

La géométrie est un savoir rétif au principe d'autorité. L'esprit de géométrie dissout le principe d'autorité et reconnaît chaque personne comme qualifiée pour produire du sens au lieu d'en reproduire. À mesure qu'il se sert de ses outils, l'individu devient une personne dont l'identité ne se réduit pas à appartenance familiale, ethnique ou religieuse. Il s'agit bien là d'un style de vie, d'une éthique, d'une méthode. Les géomètres savent résister à la pression des conformismes.

La sociabilité qu'ils établissent est fondée sur la recherche de l'union dans la diversité.

-La colombe et la vérité du père.

Jonas est la colombe qui intervient dans le récit biblique de l'arche de Noé. Il porte le rameau d'olivier, symbole de paix.

En Grèce, la colombe déterminait les présages favorables. Elle représentait Eros, la vie.

Dans la Bible, Jonas est associé à l'olivier pour annoncer la fin du déluge.

III le voyage initiatique et l'excursion organisée.

-Être autrement ou bien être un autre.

Les rites initiatiques sont à relier à un ordre social à conserver. La société qui se définit comme « traditionnelle » réduit l'identité à l'appartenance. Ce groupe occupe un espace limité.

L'identité du groupe est construite par une représentation des origines et du passé. Le groupe se voit comme un corps. Les membres du groupe se voient comme les membres d'un corps vivant. Chacun se situe dans un organe qui participe au fonctionnement du corps en remplissant une fonction particulière. Le corps social se structure en distinguant des catégories associées à des fonctions. Les rites ont une fonction essentielle : installer le membre du groupe dans une catégorie et une fonction. Les rites évoluent avec les croyances. L'enfant mâle est reconnu comme un adulte grâce à une cérémonie de passage qui, dans les sociétés traditionnelles, est une épreuve physique qui met en évidence les qualités d'un homme : le courage, la résistance à la douleur notamment.

Les mythes mettent en scène des personnages qui vivent en chacun de nous. Ils incarnent des désirs qui nous habitent et, pour cette raison, ils rendent compte du devenir. Ils veulent aussi expliquer le présent. Les traditions se nourrissent aussi de ce qui les dérange. L'invention d'outils nouveaux, une parole nouvelle s'intègrent dans une tradition par une autre histoire des origines qui s'ajoutent aux anciennes sans les anéantir. Nous savons bien, aujourd'hui, que nous n'habitons pas le centre du monde, que nous sommes une espèce animale, que nous ne nous maîtrisons pas nous-mêmes. Ce sont les trois blessures narcissiques relevées par Freud :

les francs-maçons aiment bien les mythes et les légendes. Ils composent des rites pour revivre de vieilles histoires et jouer des rôles de personnages historiques et légendaires. Ils font cela pour « réunir ce qui est épars », afin de mieux comprendre et de vivre mieux.

L'initiation est à relier à un ordre social à conserver. Le corps social demande à être relié au monde visible et invisible. Il demande l'explication de ses origines. L'initiation et ses rites de passage manifestent la demande d'un mieux-être.

Les mythes, les légendes, les comptes racontent origines de la souffrance exposent des moyens d'obtenir du bien-être, les conditions à remplir pour vivre le bonheur.

Initiation signifie apprentissage, d'où les rites de passage. Cet apprentissage est celui du bonheur. L'initiation est l'apprentissage de la vie.

-Le thème de la quête du Graal.

Tous les récits racontent une quête. Des personnages cherchent à combler un manque.

Dans les légendes, le héros cherche un objet qui représente tout ce que l'on peut souhaiter : le Graal, la Toison d'or, le secret, la révélation, la communion avec Dieu. Et modalités du voyage peuvent être la guerre, la poursuite, le combat avec une bête, ou encore la méditation. La quête de l'objet est celle de la connaissance et du pouvoir qu'elle procure. La quête est celle de la puissance. Le héros va réparer l'injustice subie par d'autres, sauver des enfants sacrifiés au Minotaure, réveiller la princesse endormie, rendre leurs biens à des spoliés, rétablir un ordre juste.

Chrétien de Troyes a popularisé la quête du Graal en 1180 avec « Perceval ou conte du Graal ». Le Graal apparaît mystérieusement à la Table ronde ; tous jurent qu'ils n'auront pas de repos que ne soit découvert le Graal. Les personnages sont des saints ou des pécheurs.

Dans le récit se développe une interprétation qui a pour objet d'éliminer les pécheurs et de reconnaître les héros vainqueurs. Le Graal a été conservé par Joseph d'Arismathie, le disciple secret du Christ et a été transporté en Bretagne. Le prophète Merlin en connaît l'histoire : il fait construire la Table ronde à l'image de celle sur laquelle a été célébré le Graal. Le héros principal est Lancelot. Lancelot devient amoureux de Guenièvre. Cet amour interdit le souille et il cède la place à son fils Galaad qui est pur et sans tache.

Dans les textes du XIIIe siècle sur le Graal, il s'agit de sauver, de retrouver pour l'installer, le message chrétien dont le Graal et sa lance sont les symboles et les témoins. Les récits sur le Graal intègrent des vieilles légendes dans une représentation chrétienne du monde. Il s'agit de donner à des récits traditionnels qui procurent à tous des repères, un sens chrétien. Le christianisme reprend à son compte les cultures des peuples et les habille à sa manière.

-Le voyage et le Tour, l'initiation artisanale, la franchise et le projet de réunir ce qui est épars.

Au Moyen Âge, les bâtisseurs voyageaient beaucoup. Chez les compagnons et chez les francs-maçons le voyage est associé à l'apprentissage du métier. Les sociétés compagnonniques pratiquent encore le Tour de France, au cours duquel l'ouvrier se déplace et travaille sur des chantiers divers.

Dans la franc-maçonnerie, le deuxième grade (après apprenti) est celui de compagnon. Le compagnon est invité à visiter d'autres loges, à quitter la loge « mère » (celle où il a été initié) le temps du voyage. La tradition compagnonnique désignait la « mère » la dame qui reçoit les voyageurs, leur assure le gîte et le couvert, veille à leur bien-être.

Des légendes compagnonniques font remonter le compagnonnage à la création du monde.

Le Regius et le Cooke font remonter la franc-maçonnerie à l'origine des temps telle qu'elle est présentée dans la Bible.

D'autres légendes compagnonniques et maçonniques associent les origines des métiers à la construction du temple de Salomon. Ces légendes disent que la tradition du métier est antérieure au christianisme.

Les francs-maçons datent en ajoutant 4000 ans à l'ère chrétienne. Aujourd'hui, les francs-maçons situent l'origine de leur institution à une période qui s'étend de la seconde moitié du XVIIe siècle à 1717.

En 1717,4 loges ont fondé à Londres à la Grande Loge d'Angleterre. Cette première obédience entérine le passage de la franc-maçonnerie opérative à la franc-maçonnerie spéculative. Les premiers francs-maçons spéculatifs étaient membres de la Royal Society et avaient intégré des legs opératifs. La charte de la Royal Society comme les constitutions d'Anderson (manifeste fondateur de la franc-maçonnerie) établissent que nul n'est qualifié ou disqualifié à cause de son appartenance religieuse ou nationale.

L'altérité cesse d'être diabolisée.

La rencontre n'est pas à craindre mais à souhaiter. Les maçons spéculatifs honorent l'artisan qui fabrique en travaillant une matière première. L'oeuvre est le fruit de la transformation d'une matière. La matière première sur laquelle travaillent les francs-maçons spéculatifs est la parole.

Une idée est le fruit du travail au cours desquelles s'échange de la parole. L'artisan, devenu spéculatif, conserve et cultive sa manière pour travailler sa matière.

Les compagnons et les francs-maçons ne vont pas n'importent où. Ils vont là où ils sont attendus. L'autre à rencontrer est un membre de la corporation, un semblable.

Ils seront surpris par les différences de paysage, de méthodes, de caractères, mais le voyage parmi ces différences leur apprendra ce qui réunit, le projet, l'oeuvre à faire, de ce qui distingue, les caractères, les apparences, les parlers. Le voyage améliorera leur savoir-faire et leur savoir-être. Mais les rencontres entre semblables confortent des préjugés, des tics mentaux, atrophient les facultés d'écoute et du regard au point d'être hostile et méprisant à l'égard de ce qui n'est pas familier.

Traquer les idées reçues ou laisser ses métaux à la porte du temple consiste à s'arracher à son milieu familier et s'enrichir de la rencontre avec ce qui est étrange. Le voyage initiatique est celui qui conduit à la rencontre de soi.

-Le voyage au centre de la terre. L'introspection. L'examen du surmoi.

Le voyage au centre de la terre symbolise l'introspection. L'histoire de chacun est à relier à l'histoire du vivant. Le « moi » est enraciné dans le « ça », le lieu des pulsions originelles.

Le « ça » est la terre qui nourrit la parole, nos idées, nos dieux.

Le cabinet de réflexion du candidat franc-maçon comporte l'inscription vitriol qui signifie « visite l'intérieur de la terre, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée ».

La visite est nécessaire mais insuffisante.

Il faut aussi rectifier le regard, c'est-à-dire admettre que les premières impressions ne rendent pas compte de la réalité.

Le surmoi désigne la structure située dans l'inconscient. Cette structure est édifiée par les premières expériences dans le milieu familial. Le surmoi fonctionne comme un genre de conscience. Il critique les actions et les pensées du Moi, causant des sentiments de culpabilité et d'angoisse quand le Moi tente de satisfaire ses pulsions primitives.

Le cabinet de réflexion est nommé « épreuve de la terre ». Regarder soi-même, c'est regarder comment soi-même s'installe dans une représentation du monde pour y être aussi à l'aise que possible. Nous constatons que l'image de la terre est associée à celle de la mère.

Elle est féconde, elle nourrit, elle procure l'abri. Le mot vitriol du cabinet de réflexion relie l'introspection au savoir alchimique. La finalité de ce savoir est de rendre compte de la métamorphose.

Le franc-maçon est invité à l'introspection et, en même temps, il est invité à explorer le symbolisme. Ces deux démarches sont à relier si l'on veut voir plus claire et se libérer des mensonges conventionnels et des idées reçues. Le symbolisme est le discours de l'imaginaire.

Le symbolisme permet de débusquer la part de subjectivité qui se manifeste dans tout discours qui prétend n'être qu'objectif. L'étude du symbolisme éclaire la raison des mythes, des dieux et des héros et par conséquent des modèles surmoïques qu'on a laissé s'installer en soi pour obtenir l'amour et la reconnaissance des siens.

-Le voyage au centre de la terre raconté par Jules Verne.

Jules Verne raconte l'histoire d'Otto Livenbrock, professeur de minéralogie à Hambourg qui arrache son neveu Axel à une vie douillette et sans histoire et l'intéresse au projet de visiter le centre de la terre.

Des indications sont procurées par le message qu'un alchimiste des temps passés à laisser sur un parchemin. Une fois le message décodé ; il est encore sibyllin. La voie qui mène au centre de la terre est un volcan éteint en Islande. Axel, Otto et leur guide Hans descendent dans les profondeurs. Là vivent encore des bêtes qui, à la surface de la terre, n'existent plus. Les trois explorateurs construisent un petit bateau pour traverser un lac. Deux monstres préhistoriques surgissent de l'eau et se battent.

Les monstres les ignorent mais font des vagues dangereuses. La rage de survie développe les facultés de résistance et les trois voyageurs dépassent leurs limites familières.

- La comédie de Dante Alighieri et certains « vers nouveaux ».

Le « deux style nouveau ».

Vers l'an 1300, Dante, citoyen de la République de Florence, rédige le récit d'un voyage en enfer, au purgatoire et au paradis.

Ce texte, il le nomme Commedia. Le purgatoire était alors une idée neuve. L'Eglise l’avait inventé vers 1230-1260. Ainsi, l'Eglise arrachait une partie des pécheurs à la désespérance.

De plus, le pape avait le pouvoir de réduire la peine du purgatoire alors qu'il ne pouvait rien pour les pécheurs condamnés à l'enfer. Le purgatoire était une source de profit pour l'Eglise. Elle vendait des indulgences. Les croyants payaient pour effacer des péchés commis ou à commettre.

Dans la Commedia, Dante prend Virgile pour guide et parcourt l'enfer, le purgatoire et le paradis avec lui. Le voyageur s'éprouve au cours des rencontres, et apprend à relier et à mesurer.

Il construit un regard neuf. Dans le 30e chant du paradis, Dante écrit : « comme le géomètre qui s'applique pour mesurer le cercle et ne retrouve pas ; en pensant, le principe d'où il vient ; tel j'étais, moi, à cette nouvelle vue ; je voulais voir comment s'adapte l'image au cercle, et comment elle y repose. Mais point n'auraient suffi mes propres ailes, si mon esprit n'avait été frappé d'un éclair où s'accomplit mon envie, ici faibli toute fantaisie ; mais déjà mon désir devenait un vouloir, comme une roue également est mue ; l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles ».

L'amour comme principe de mouvement est un discours nouveau à l'époque de Dante.

Cette curiosité ouverte à tout ce qui se fait permettra au XVe siècle la création de l'Académie platonicienne de Florence, un monastère laïque où les chercheurs et les artistes échangent leurs éclairages.

-Le nouveau style à revivifier.

Le nouveau style est le fruit du voyage.

Il est à revivifier à chaque génération.

L'Académie platonicienne de Florence, la Société Royale de Londres, la franc-maçonnerie s'inscrivent dans ce style. Malheureusement, elles deviennent des institutions hiérarchisées. Beaucoup de francs-maçons rêvent d'une abbaye de Thélème où le « fay ce que vouldras» libère de la justification et autorise l'échange de la parole vraie. Ils parviennent à vivre et à échanger lorsqu'ils sont eux-mêmes libérés au cours d'un voyage au centre de la terre.

La psychanalyse apporte un éclairage sur la réalité tout à fait approprié à une invitation au voyage. Depuis la découverte de l'inconscient, nous savons que nous ne sommes pas les maîtres de nous-mêmes. La « théorie » explique le pourquoi et le comment.

Mais pour être recevable, cette théorie doit être mortelle. Ceux qui attendent toutes les solutions à leurs problèmes d'une théorie ne peuvent échanger de la parole qu'avec des croyants.

La conversation est profitable quand les participants ne cherchent pas à convaincre, ni à se justifier, ni à briller, mais partagent la demande de voir plus clair et le plaisir d'être là. L'autodérision est profitable.

Elle permet de repérer les résistances du surmoi qui veut garder son trône. Dans une loge maçonnique, des personnes de milieux différents partagent une demande d'aller plus loin. Ils s'intéressent à toutes les modalités du savoir, aux problèmes de société. Ils explorent les mythes et les symboles.

Ils savent que les idées surgissent dans la conscience pour procurer de la légitimité à un désir. Dans le temple, ils apprennent qu'en réalité nous disons qu'une idée est bonne parce qu'on la choisit. Dans le temple, on s'interroge sur la névrose collective, sur les mensonges conventionnels, sur les comportements qui maintiennent la barbarie en état.

IV idées reçues, métaux, cruauté, mensonges conventionnels.

-Plus jamais ça. Et cela dure.

Plus jamais ça ! C'est ce que nous proclamions au lendemain de la seconde guerre mondiale. Et cela continu. La haine et le mépris d'un autre repéré et nommé partout au pouvoir des malades qui jouissent d'être adorés et craints.

Il s'agit bien d'une épidémie de peste émotionnelle bien plus mortelle encore que les épidémies de peste au Moyen Âge.

En ce temps-là, le pape excommuniait la peste pour la combattre, les croyants communiaient, se repentait et tuaient des juifs (ils les accusaient d'empoisonner les puits) des sorciers et des hérétiques. Les croyants expliquaient l'épidémie comme un châtiment divin.

Le châtiment divin est aujourd'hui encore une explication à la mode chez les religieux intégristes, notamment pour le sida. Mais des personnes cultivées se réclamant de l'humanisme se comportent aussi comme les croyants d'autrefois.

Ils excommunient le fascisme, le sectarisme plutôt que d'examiner les causes du mal.

Examiner les causes du mal est l'affaire des dissecteurs mais ceux-là sont des marginaux et dérangent. Au lieu de maudire les malades, ils veulent les comprendre sans excuser ni approuver.

Ceux qui arrivent à adorer un criminel, à hurler à la mort contre le bouc émissaire souffrent eux-mêmes d'être des exclus. L'examen des causes de la frustration conduit à critiquer la société, la compétition, l'économie de marché. Mais l'éducation, le conformisme, les idées reçues sur les valeurs, les modèles surmoïques hérités sont aussi à examiner attentivement. Mais les responsables politiques de nos démocraties civilisées préfèrent ne pas examiner la pathogénéité du milieu dans lequel ils sont des notables. La raison d'État et les jeux du commerce les contraignent à la discrétion et au mensonge.

Condamner les dictatures qui violent les droits de l'homme est suffisant pour le public.

Cela rassure les bien-pensants démocratiques.

Mais nos dirigeants commercent avec des tyrans dont ils condamnent le régime, ils vendent des armes à des bourreaux parce qu'ils sont généralement plus solvable que leurs victimes. Les relations humaines s'organisent selon une loi non reconnue mais universelle : la légitimité d'une demande est pesée à l'aune de la capacité de nuire de qui la profère. Ainsi, quand les plus faibles, les plus pauvres, obtiennent une amélioration des conditions de vie, c'est parce qu'ils se sont organisés et sont devenus ainsi assez forts pour exercer une pression.

La résistance à la recherche de la vérité est en chacun de nous. Nous diabolisons le maître et nous diabolisons l'esclave sans voir que le maître est le modèle envié de l'esclave. Avant de devenir un homme libre, l'esclave a des comptes à régler.

Il est aliéné par le désir de jouer, à son tour, le rôle du maître.

Les pires maîtres sont très souvent des anciens dominés qui ont été humiliés.

-La peste émotionnelle-Modju.

Modju est un terme créé par Wilhelm Reich, psychanalyste et penseur politique pour désigner la maladie psychique qui atteint souvent des frustrés. Il voit cette maladie comme un personnage qui nous habite, un modèle surmoïque.

Modju vient de Mocenigo (l'inquisiteur qui persécuta Giordano Bruno et le fit brûler vif), Djugachvili le vrai nom de Staline.

Modju est un concentré de ces deux personnages. Modju est contrarié par sa puissance qu'il trouve insuffisante.

Il s'éprouve même comme impuissant. Pour ne pas mourir, il doit tuer. Il veut être un héros admiré, craint et envié. C'est le rêve des « petits chefs », ceux qui ont un pouvoir et jouissent d'en abuser et de faire souffrir leurs subordonnés.

Mais le grand chef est un petit chef qui règne sur un grand nombre.

Quand Modju justifie le meurtre par la défense d'une cause, il est reconnu comme le champion de la cause et peut ainsi se débarrasser de ses amis, des témoins de son ascension qui pourraient avoir des droits sur lui.

Modju voit alors des traîtres partout et les élimine. Modju veut être le guide suprême et que tout le monde lui ressemble sinon son comportement serait repéré comme anormal. Il est fou mais pas idiot. Il sait que la normalité est une notion statistique. Il veut régner sur une masse de petits Modju et s'arrange pour que la famille et l'école fabriquent des petits Modju. La rage de détruire, la volonté de nuire, le plaisir de jouer le rôle de l'exécuteur des hautes oeuvres permettent à des frustrés de tenir debout. Ces frustrés Modju sont ceux qui ont du mal à jouir selon la psychanalyse.

-La cratophilie-prédateurs et novateurs.

Darwinisme récupéré par les battants.

L'amour du pouvoir est regardé comme un sentiment honorable. La compétition est valorisée. L'idéologie du « battant » s'invente une caution scientifique avec une théorie de la sélection naturelle dont Darwin aurait été l'initiateur.

On parle de « winners » et « losers » aux États-Unis, ce qui est une variation des termes « élus » et « réprouver » ou « Grecs » et « Barbares ».

Cette représentation pose le succès comme le critère de la qualité. L'avoir qualifierait l'être. Elle cautionne de nombreux mensonges conventionnels, notamment celui qui fait de Modju un grand homme. Les mensonges conventionnels s'appuient sur des confusions abusives.

La première confusion est entre le verbe « écouter » et le verbe « obéir » qui vienne d'autres confusions comme « grandeur » et « importance » ou « virilité » et « brutalité ». Le cratophile est atteint de la mythologie du battant et croit au darwinisme social.

Darwin a montré l'origine commune des espèces et la tendance des variétés à s'écarter indéfiniment du type originel. L'évolution est le passage du simple au complexe. « L'origine des espèces » paru en 1859 abolit le dogme créationniste. L'ascendance animal de l'homme s'inscrit dans une évolution guidée par la recherche d'une meilleure adaptation au milieu.

Darwin exprima le regret de n'avoir pas accordé une place suffisante à l'action du milieu.

Les connaissances de son temps ne lui permirent pas de comprendre l'origine des variations qu'il étudiait. La découverte par Mendel des lois de l'hérédité en 1865 ne fut admise qu'en 1900.

Darwin croyait en une hérédité des caractères acquis et n'admit jamais la réalité au mutations qui se produisaient de temps en temps. L'hérédité des caractères acquis est aujourd'hui réfutée. Mais la théorie darwinienne de la sélection naturelle occupe une place centrale dans la théorie de l'évolution.

Mais ni Darwin ni les scientifiques actuels ne cautionnent le darwinisme social.

Dès 1859, des partis politiques s'acharnèrent à récupérer la théorie de la sélection naturelle pour justifier leurs idées. C'est un réductionnisme simpliste qui sert les prédateurs et leur procure une bonne conscience et leur permet de convaincre leurs victimes qu'ils ont tort de se plaindre.

-Le cratophile et le suffrage universel.

La carrière d'un candidat en démocratie commence par la cooptation. La « culture » d'un parti politique est analogue à celle d'une entreprise. Le candidat doit ressembler au modèle qui hante l'imaginaire de sa famille idéologique, le sauveur, le gestionnaire compétent ou le père sévère.

Une fois coopté par un lobby, le candidat doit séduire l'électorat. Il doit aussi manipuler les groupes réunis dans des assemblées.

Le cratophile triomphant devient un clerc. Il partage avec son clergé le pouvoir exclusif de trancher en matière de vrai et de biens. Le cratophile entretient des mensonges qui font de la démocratie un milieu pathogène.

Sous la république de Weimar, les dirigeants du « Front d'airain » (les partis de gauche allemand) ont participé à la montée du nazisme parce qu'ils étaient incapables de répondre aux arguments irrationnels des nazis.

Le théoricien Tchakhotine invente le symbole des trois flèches adoptées par le Front d'airain. Au lieu de diffuser des affiches et des tracts avec des textes qui réfutent les arguments des nazis, il propose de répandre l'image d'un svastika brisé par une flèche. Ses procédés firent perdre 10 % aux nazis à Heidelberg. Mais Otto Hirsing revint pour travailler contre les nouvelles idées de Tchakhotine et fit suspendre le développement de la nouvelle propagande. Il refusait de rester sur le terrain de l'imaginaire et de s'adresser aux pulsions pour stopper la contagion du délire collectif.

-La demande affective et le conformisme.

La demande affective est à l'origine du conformisme.

La représentation du monde d'un groupe est souvent irrationnelle, dénie la réalité pour assurer la conservation des rites sociaux. Ainsi les paysans polonais refusèrent l'introduction de la faux dans les années 40 car cela risquait de bouleverser leurs habitudes religieuses et familiales grâce au temps gagné par rapport à l'utilisation de la faucille. L'argument ultime des paysans était que l'opinion générale était hostile à la faux. Ce que nous concerne tous. Partout, l'opinion partagée est regardée comme vraie. Comme si n'être pas seul à penser ceci ou cela était une garantie, une sorte de label de qualité pour une opinion.

Le souci de ne pas heurter l'opinion admise dans son milieu est légitime. Il y va de la survie. Mais de la peur de heurter au plaisir d'adhérer, il y a une marge pour la négociation. La puissance des idées à la mode est assurée par la demande affective de chaque membre du groupe.

Cette dépendance affective participe à la conservation des mensonges conventionnels. Elle diminue l'acuité du regard. Elle gère le comportement.

-L'honneur et son ombre, la respectabilité.

Il existe une confusion entre l'honneur et la respectabilité. Une société qui serait libérée des mensonges conventionnels serait aussi libérée de l'ostentation et de la justification. Alors, dans cette société plus éclairée, chacun aurait naturellement le sens de l'honneur. Le sens de l'honneur n'est pas compatible avec le souci d'avoir l'air convenable, autrement dit avec la respectabilité. L'homme d'honneur « fait ce qu'il doit, advienne que pourra ».

Il intervient pour rétablir le droit même si son intervention nuit à sa carrière.

Ou bien nous choisissons l'honneur, où nous lui préférons la respectabilité, c'est-à-dire la soumission au mensonge. Si nous ne choisissons pas la voie de l'honneur, nous entretenons la barbarie. Nul n'est contraint d'obéir à un ordre injuste. Qui a le sens de l'honneur ne rejette pas a priori l'obéissance et lui reconnaît son utilité, mais dans des limites à mesurer. L'obéissance n'excuse pas la barbarie. Qui exécute un ordre barbare partage l'entière responsabilité de sa hiérarchie. « Fais ce que dois, advienne que pourra » est un enseignement du 30e degré du rite écossais ancien et accepté. Pourtant, rares sont les francs-maçons de ce degré qui se comportent comme des justes.

La mode est l'illustration la plus effrayante de la demande affective qui génère le conformisme et le conduit à la limite, au mimétisme.

V le roman du bien-être et du mal-être.

-Tomber malade, tomber dans le péché. Le thérapeute sauveur.

Le mal-être est associé au mal agir.

L'histoire d'un malade commence par son entrée dans le péché. L'imaginaire le plus répandu oppose le haut et le bas et associe cette opposition à celle du bien et du mal. Le thérapeute commence par être le chamane. Guérir, c'est d'abord se réconcilier avec les esprits, avec les dieux. Le bien portant est celui qui vit en harmonie avec la nature. La société est imaginée à l'image du corps. Elle est le « corps » social. Le chef est le thérapeute du corps : il le protège contre « les agressions », il le soigne de ses « maux », il surveille sa tension (les tensions sociales). Lorsqu'il se porte mal, tout va mal.

C'est pourquoi, lorsqu'il s'affaiblit, on le tue rituellement pour que la nature se régénère.

Ainsi, l'exécution de Charles Ier d'Angleterre et celle de Louis XVI manifestent la permanence des rites de régénération. Chacun valorise la souffrance en la regardant comme régénératrice.

Le bizutage illustre clairement le sens : il faut souffrir pour mériter d'être reconnu parmi les élus. La souffrance qualifie.

-Être mal, avoir mal.

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître. Le mythe du péché originel conforte l'idée selon laquelle nous aurions commis une faute. La souffrance régénérerait.

La guérison serait une rédemption. La douleur peut être appelée par des personnes dépressives parce qu'elles s'estiment mal-aimées, méprisées, rejetées. La souffrance des dépressifs est une demande d'attention. Elle peut aussi être un reproche à l'entourage.

La souffrance physique peut être l'effet d'un mal-être émotionnel. Le malade s'interdit de dire ce qui pourrait être mal reçu.

Ce qui ne peut être exprimé par la bouche, le corps l'exprime. Désinhiber la parole est aussi important que rétablir le fonctionnement du corps. Parler permet de passer du corps que l'on a (le corps comme objet à réparer) au corps que l'on est (le sujet s'exprime à travers le corps).

-Occulter, refouler. Le principe de plaisir et le principe de réalité.

Freud et les psychanalystes développent le concept de refoulement en observant ce qui se passe lorsque les désirs sont en conflit avec des règles imposées de conduite. La recherche de la satisfaction obéit au principe de plaisir et les restrictions imposées par la société obéissent au principe de réalité. La demande affective invite à contrôler et à censurer le plaisir pour mériter la récompense, être reconnu et apprécié. La demande affective s'interdit parfois de critiquer les règles imposées. Est admis, reconnu et valorisé le membre du clan qui se soumet aux traditions. Est exclu celui qui critique et refuse la soumission.

Cette tradition justifie une relation dominant-dominé. Quelques-uns commandent un grand nombre. Qui aime son clan craint de lui déplaire. Alors il oublie les désirs susceptibles de déplaire. En réalité, il ne les fait pas disparaître, il les jette à la poubelle et referma le couvercle. On n'en parle plus.

L'instance de l'esprit qui fait le tri entre ce qui est à garder et ce qui est à jeter est nommé le conscient. Quant à la poubelle, elle est logée dans l'inconscient. Le surmoi est aussi logé dans l'inconscient. Il critique, angoisse et culpabilise le moi lorsque celui-ci s'abandonne au principe de plaisir jusqu'à transgresser la règle.

Selon Freud, le processus de refoulement serait automatique. Il est l'est presque toujours dans les milieux autoritaires où la moindre velléité individualiste peut être sévèrement sanctionnée. Dans ces milieux, l'enfant apprend très tôt que la soumission inconditionnelle lui permet de survivre. Par la suite, il oublie qu'il a appris et il refoule aussi se naturellement le fait qu'il respire. Dans les milieux plus libéraux où la quête du sens et la liberté de conscience sont reconnus, le comportement est moins automatique et peut être un acte volontaire.

Il peut même demander un effort. La différence entre société totalitaire et société libérale n'est pas d'ordre qualitatif mais d'ordre quantitatif. La société libérale est moins soumise au principe d'autorité, la relation dominant-dominé y est plus supportable, le conformisme idéologique est moins pesant. Il y a plus de liberté. La société totalitaire opprime et réprime les désirs légitimes, ceux que manifeste une demande de liberté dont la satisfaction ne nuit pas à autrui. Mais les règles qu'impose une société libérale peuvent ne pas être supportées par des personnes habitées par des pulsions sadiques. Les sociétés totalitaires recrutent leur meilleurs serviteurs parmi les pervers asociaux grâce à une idéologie qui valorise la haine et désigne des victimes.

Il existe une autre issue que le refoulement. C'est la sublimation, l'art de transformer une énergie destructrice en énergie créatrice.

Le conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité est à l'origine de la violence dans toutes ses modalités.

-Comment les francs-maçons explorent la violence.

Les francs-maçons s'efforcent de comprendre la violence en approchant des mythes et aussi en jouant des rôles ritualisés.

L'esprit du dissecteur et l'esprit de géométrie sont de mieux en mieux utilisés dans les loges.

Les loges deviennent des structures où la parole s'échange sans être inhibée par le souci de convenir et déménager les idées reçues.

La franc-maçonnerie se développe parce qu'elle répond précisément, grâce à ces rites, à une demande de parole et de quête du sens plus libres.

Le franc-maçon approche le thème de la violence à partir du langage. Ensuite, au grade de maître, il poursuit le questionnement à propos du meurtre de l'architecte Hiram, assassiné par trois compagnons parce qu'il leur a refusé la promotion à la maîtrise qu'ils estiment mériter. Les mythes racontent ce qui se passe dans la cité. Ces thèmes renvoient à des problèmes de société actuels et atemporels. Ils sont à l'origine de tous les conflits.

-La clé de voûte.

-Le rituel de la clé de voûte propose de vivre le conflit qui oppose le désir de créer à la nécessité de reproduire pour se justifier et se conformer.

Un impétrant frappe à la porte pour être admis dans la confrérie des bâtisseurs excellents. Il est demandé une preuve de sa qualification. L'impétrant montre son oeuvre que les gardiens de la porte examinent, jugent et critiquent. L'impétrant va être rejeté quand le maître architecte arrive. Alors les gardiens n'ont plus le temps de rejeter l'impétrant et ils le cachent.

Le maître architecte annonce que la construction touche à sa fin et demande si la clé de voûte a été taillée. Les bâtisseurs excellents sont embarrassés, aucune de leurs oeuvres pourtant irréprochables ne peut conclure le projet. Le maître se dirige vers le rebut et découvre la clé de voûte parmi les pierres rejetées. Il l'examine et la juge parfaite. Différentes des autres, c'est par elle qu'elles tiendront.

Les bâtisseurs en sont arrivés à ériger en normes absolues les pierres relatives aux phases transitoires et le maître se fâche.

Comment peut-on construire si l'on est incapable de concevoir autre chose que ce qui existe déjà ? Le maître ordonne que lui soit présenté l'auteur de cette pierre tant attendue. Les gardiens présentent alors l'impétrant au maître. Le maître lui remet le maillet, signe de l'autorité et le juge seul digne du titre de maître parmi les bâtisseurs.

Cette belle histoire enseigne qu'une oeuvre inattendue peut être justifiée dans un contexte inconnu de ceux qui le jugent.

-Oedipe et le complexe. Refouler pour ne pas savoir ou pour savoir autrement.

A l'origine, il y a des souvenirs d'une expérience réelle mais qui peut avoir été revu et corrigé par l'imaginaire. Le complexe est la conclusion de cette expérience.

Il se fabrique depuis la nécessité de vivre avec des souvenirs.

Freud estimait que les premières relations intimes de l'enfant le liant à sa mère, ou bien à la personne qui tient ce rôle au cours des premiers soins et de l'éducation, feront que la mère serait toujours le premier amour. Cet amour est à relier au développement de la sexualité chez l'espèce humaine. Les objets d'amour sont les gens ou les choses vers lesquels nous dirigeons une pulsion vers la satisfaction du désir. Cette pulsion, Freud la nomme « libido ». La libido est l'énergie mise en oeuvre pour obtenir la satisfaction du désir. La sexualité se développe grâce à la libido. Celle-ci de ne demande pas exclusivement l'accomplissement d'un coït mais aussi la satisfaction d'une demande affective. Elle est pathogène lorsqu'elle se réduit à la mécanique sexuelle, et aussi lorsque sous la pression d'un complexe, elle s'efforce de nier sa modalité sexuelle.

La demande de l'enfant de disposer de sa mère sans partage est réprimée.

Il devient alors jaloux de son père mais ne le sait pas. Il perçoit le père comme un rival, intuitivement, parce qu'il constate que la mère lui accorde une part de l'affection et de l'attention dont il demande à jouir seul.

À cette situation, Freud attribue le nom de complexe d'Oedipe. Le complexe d'Oedipe est conçu comme la peur véritable, mais refoulée, qu'éprouve l'enfant d'être châtré par son père en punition du désir de possession exclusive de la mère. De cinq ans à la puberté, les sensations sexuelles de l'enfant s'atténuent. C'est la période de latence selon Freud :

Freud émit l'hypothèse selon laquelle l'enfant aurait une conscience innée de la castration. Le plaisir procuré par le pénis, la honte et le refoulement qui s'ensuivent, lui font craindre de ressembler à une fille, même si la vie d'une femme nue survient plus tard. Quant à la petite fille, elle constate de bonne heure que son clitoris ressemble au pénis des garçons, mais qu'il est inférieur. Ce constat peut entraîner un sentiment d'infériorité.

Si l'on veut décrypter le langage de la violence, il convient de le relier aux peurs enfantines, à la peur d'être castré, au complexe d'Oedipe. Mais il convient aussi de résister à la tentation de tout expliquer par ce complexe et par les pulsions sexuelles réprimées et par les frustrations correspondantes.

Le refoulement pourrait être un procédé qui permettrait de satisfaire le désir de savoir autrement plutôt que celui de ne pas savoir.

Les francs-maçons cultivent l'écoute et l'attention bienveillante. Ils désirent aller toujours plus loin. Ainsi, ils se prémunissent contre la tentation de s'arrêter à une seule réponse, dans tous les domaines du savoir. En tout état de la cause à défendre, la psychanalyse apporte des éclairages utiles pour nourrir le questionnement, mais pas toute la lumière. Les francs-maçons savent, mieux encore que de nombreux psychanalystes, que la réponse est le moyen grâce auquel une question se reproduit et se diversifie. Une réponse stérile est celle qui ne génère aucune question.

-L'attrait des sectes.

La secte est le lieu où l'on reçoit toutes les réponses à toutes les questions. En outre, il suffit d'y adhérer pour être reconnu, approuvé, compris, réconforté. En échange, la secte ne demande que la soumission. La secte peut avoir une allure religieuse ou politique. Dans les deux cas, elle délivre un message millénariste. À l'issue d'une terrible et longue bataille, les bons triompheront des méchants et la paix régnera pour toujours.

Il y a secte partout où s'établit une connivence entre des personnes qui adhèrent aux mêmes réponses ultimes. Là, on peut s'y reposer et s'installer dans les certitudes.

La religion l'histoire d'une promesse. Qui croit en cette histoire espère.

Toutes les idéologies construites autour d'une promesse de lendemains qui chantent sont des religions. Elles répondent à la demande affective et à la demande de voir clairement les bonnes raisons d'espérer.

-L'engagement.

Chacun a le pouvoir de dire non à un destin imposé par des hommes et des dieux. Comprendre est le moyen et le but. La psychanalyse n'endort pas la souffrance, mais elle l'éveille à sa vérité. Cette vérité est celle du désir.

La psychanalyse est un voyage. On ne s'engage pas sur cette piste du sens pour se justifier, ni pour expier, ni pour être admis dans un cercle d'excellents. Au cours de ce voyage, on n'abolit pas le tribunal que l'on porte en soi mais on comprend ses juges. On sait pourquoi ils sont là et ce qu'ils font. Les juges, à leur tour, s'adaptent et deviennent bienveillants. Psychanalystes et francs-maçons sont à même d'expliquer pourquoi et comment les rêves de lendemains qui chantent deviennent les cauchemars des surlendemains qui déchantent. Parce qu'ils regardent comment les sombres et les lumières se nourrissent les unes des autres.

VI la structure binaire, la répétition, et la reconnaissance des interactions.

-Le monde achevé et le monde à faire.

Si on pense que le monde est achevé, nous avons à reconnaître la réalité afin de mieux nous y adapter mais nous la jugeons accomplie donc parfaite. Si elle nous fait souffrir, c'est que nous ne la comprenons pas ou qu'elle a été pervertie. Nous nous assignons la mission, alors, de repérer la faute et de combattre les coupables. Si nous adhérons à la représentation d'un monde à faire, nous nous assignons la mission de transformer la réalité, de manière à ce qu'elle devienne conforme à nos désirs.

-L'opposition et la demande de choisir.

Le pouvoir de choisir nous installe dans le rôle gratifiant du responsable, celui qui connaît les réponses et maîtrise son destin. La construction logique manifeste le désir d'abolir l'imprévisible, de réduire le possible au prévisible. Ainsi nous soignons l'angoisse existentielle, c'est-à-dire la peur de s'égarer.

Freud distingue l'opposition de la contradiction.

La contradiction, une fois repérée, commande l'exclusion de l'un des contradicteurs.

L'opposition est ce qui permet la coexistence des contraires.

-L'inversion des images et la reproduction du modèle clérical.

Le clergé et une caste établie dans la cité par des personnes qui s'arrogent le monopole du sens, c'est-à-dire le pouvoir exclusif de décrypter et de commenter la réalité, de décider ce qui est vrai, ce qui est bien, ce qui est beau. Avant le siècle des lumières, cette caste était parvenue à se faire considérer par la cité comme seule caste qualifiée pour commenter le monde. Mais une Eglise peut être remplacée par une autre Eglise.

La Trinité raison-science-progrès succède à la Trinité chrétienne. Le marxisme qui se prétendait scientifique et rationaliste, repris à son compte le mythe religieux du salut et devint la religion officielle d'un ordre établi sur le pouvoir d'un parti.

Aujourd'hui, la carrière des diplômés des grandes écoles dépend de leur soumission et de leur dévouement au dominant. La croyance selon laquelle plus on s'élève dans la hiérarchie, plus on s'approche de la lumière surveillée à toutes les croyances.

-Pour une approche neuve des oppositions et des contradictions.

Examiner la structure binaire oui-non permet de concevoir des outils performants.

La structure ternaire, thèse-antithèse-synthèse développe le binaire et permet d'élargir le champ du possible. Qui veut aller plus loin et réunir ce qui est épars critique les cloisons construites entre les modalités du savoir, par une pensée analytique.

La réalité est à regarder comme un réseau complexe. Chaque phénomène agit sur la nature et la manifestation des autres phénomènes.

VII Hermès et l'herméneutique. Le voyage.

Interpréter, traduire, expliquer, exposer, transcrire, transmettre, annoncer, avertir, noter, remarquer sont les actions de la parole. Elles renvoient à Hermès, le médiateur. Les Grecs disaient « Hermès intervient » quand le silence se faisait lourd entre des convives. Ensuite, l'amphitryon disait : « entraînons Hermès ». C'est l'invitation à boire une dernière coupe. Hermès est appelé pour faire durer l'euphorie, pour partager le plaisir de boire. Hermès et le Dieu du logos, de la parole et de l'éloquence, messager des dieux. Il conduit du sommeil à l'éveil et de l'éveil au sommeil. Mourir se dit « rejoindre le troupeau d'Hermès ».

-Au commencement est la pierre.

Les Ermaï (erma : la pierre en grec) sont les représentations d’Hermès avec la tête du Dieu, une colonne figurait le corps et les organes de la génération. Les Hermès sont posés sur des places et dans les rues. Ils sont des bornes, des repères.

Platon, dans le Cratyle, relie Hermès au discours. Il fait dériver son nom de Ermeneus (interprète) et de Eiremes (celui qui imagine la parole).

Pour Platon, Hermès représente et raconte la parole. Les Grecs croyaient que les hommes descendaient des pierres semées par Deucalion.

La pierre est ce qui relie au commencement et ce qui garantit les passages. La pierre est Hermès.

-Les hommes et les dieux négocient.

Hermès est le voyageur. Il est la parole. Hermès impose souvent les échanges. Il fabrique une lyre qu'il offre à Apollon en échange du troupeau qu'il lui a volé. Il guide et égare, dit la vérité et ment.

Hermès souffle à Pandora les mots ambigus qui feront de la femme un personnage redoutable pour les hommes qu'elle séduit.

Il met en circulation les biens, les mots et les rôles mais ne garantit pas la sécurité.

Le coup d'Hermès, c'est le coup du sort, le piège ou l'aubaine. Il intègre l'imprévisible dans l'ordre naturel des choses. Hermès veut partager les biens des dieux avec les hommes.

Il a volé la moitié du troupeau d'Apollon pour l'offrir aux hommes avec le taureau et les chiens. Il veut que le troupeau offert aux hommes puisse se reproduire. La scission initiale du troupeau suppose sa reconstitution au moyen d'un contrat.

Le sumbolon est une pratique de la Grèce antique. On regroupe deux morceaux de tessons pour attester l'existence d'un contrat entre deux commerçants.

-La lyre d'Hermès et Métis, l'intelligence rusée.

Zeus arbitre le différend qui oppose Apollon à Hermès. Hermès offre une lyre à sa victime. L'accord est conclu. Apollon connaît la joie de produire de la musique. Zeus reconnaît Hermès comme immortel. La transgression d'Hermès produit un bonheur partagé. Hermès est doué de métis, l'astuce, l'ingéniosité chez les Grecs.

Cette qualité est d'abord celle de Rheia, l'épouse de Kronos. À chaque fois qu'elle a un enfant, Kronos le dévore, parce qu'il est prudent.

Averti par la pythie que son destin est d'être renversé par son fils, il estime que dévorer ses enfants est une bonne manière de garder le pouvoir. Mais Rheia cache Zeus en Crète et camoufle dans les langes une pierre.

Elle l'offre à Kronos qui ne se doute de rien. Cette ruse permet à Zeus de vivre à l'insu de son père et de régner à sa place sur les immortels.

Métis habite l'esprit d'Hermès. Elle est la déesse de l'astuce. Le masculin est associé à la mémoire, à la tradition répétitive. La femme est associée à l'imagination créatrice, à la génération du possible.

L'originalité d'Hermès et d'avoir conçu un objet qui n'imite pas une chose vivante ou inerte qui existe (contrairement à Héphaïstos qui fabrique des servantes en or douées de vie). Par la lyre, Hermès procure du bonheur à Apollon et l'aliène. La parole est aussi de la matière à travailler pour l'artisan. Devant le tribunal de Zeus, Hermès déploie tous les trésors d'un maniement ambigu des mots. Il trompe et séduit.

Zeus n'est pas dupe et Hermès le sait. Alors une connivence s'établit. Zeus rit.

-Le rire de l'initié.

Les initiés savent que la vérité est admise lorsqu'elle sert le mensonge. Le mensonge passe mieux lorsqu'il se réfère à un détail vérifiable. Il y a une place dans l'Olympe pour le langage rusé et le mensonge. Ainsi Hermès devient immortel. Le club réservé aux immortels cesse de mentir parce qu'il reconnaît qu'il ment. Hermès sait que Zeus apprécie son savoir-faire.

-L'éthique contre l'ordre moral.

Mépriser les rêves et les Dieu, ne pas relier le mythos au logos, l'imaginaire à la raison, c'est renoncer à agir et continuer à réagir.

Si l'abbaye de Thélème est l'image de la société meilleure et plus éclairée que nous voulons établir, reconnaissons que sa devise « Fay ce que vouldras » ne demande pas seulement à être approuvée pour être pratiquée et être profitable à tous.

La liberté est la maîtrise de soi que chacun développe en explorant le « ça », l'instance de l'inconscient.

L'herméneute est le chercheur de lumière.

Son éthique est la finalité du travail. La morale et ses cadres confondent une relation dominant-dominé. L'ordre moral veut justifier un ordre social fondé sur la soumission d'un grand nombre de possédés à un petit nombre de possédants.

Le possédé était d'abord l'esclave.

Aujourd'hui, dans les nations qui garantissent des droits, le possédé et celui qui ne possède pas assez de biens matériels pour se dispenser de louer sa force de travail et ses compétences. Il peut exprimer une opinion mais ne dispose d'aucun moyen d'assurer sa subsistance sans dépendre de quelqu'un. Le possédé souffre mais rêve beaucoup et cela l'aide à tenir.

Il s'évade avec de l'alcool, des plantes hallucinogènes, des danses, des chants, des contes et des fêtes dont certaines inversent les rôles une journée. La loi qui régit les relations humaines en tout temps et dans toutes les nations est celle-ci : une demande est satisfaite quand celui qui la profère montre une capacité de nuire.

Les possédés ont pu améliorer leur situation grâce aux syndicats et au moyen de la grève. Les codes de l'ordre moral imposent la différence des droits et prétendent être dictés par une volonté divine. Les ouvriers et les paysans qui prétendent avoir des droits sur leurs usines et sur leurs terres sont accusés de vol. Mais quand ils se soumettent et se résignent pour ne pas mourir de faim, ils ne sont pas les victimes d'un chantage. Ils ne font que leur devoir. Cela est juste du point de vue de l'ordre moral.

Les possédés rêvent pour tenir alors les loteries les aident à survivre.

Ils achètent de l'espoir et sont contents d'être possédés et les rêves rapportent gros à ceux qui les vendent.

L'ordre moral parle d'honneur et ne connaît que la responsabilité. Il conforte le pouvoir des possédants sur les possédés.

Aujourd'hui, de plus en plus de pauvres nourrissent de moins en moins de riches qui deviennent de plus en plus riches.

L'idée selon laquelle le nanti est plus proche de Dieu que le démuni et mérite plus de respect a été lancée par des calvinistes au XVIIIe siècle dans le but désinhiber les pionniers de l'ère industrielle.

« Tu vaux ce que tu possèdes » es une formule acceptée comme une évidence.

Les possédés doivent contraindre les nantis à partager. Mais ils ont aussi à compenser les malheureux qui s'agrippent à leur avoir.

Comme Hermès offrait une lyre à Apollon après lui avoir volé la moitié de son troupeau.

Il s'agit de soigner les frustrés en leur procurant un plaisir qu'ils ne connaissent pas encore.

Il convient de distinguer l'éthique, une réflexion sur les codes de la morale, de la morale elle-même.

Cette distinction permet de consulter toutes les modalités du savoir.

Ce sont les biens immatériels qui sont les plus précieux et ceux qui en ont s'enrichissent en partageant.

VIII Hermès et l'hermétisme.

Le mot « hermétisme » est un néologisme de la seconde moitié du XIXe siècle.

Le mot occultisme (du latin occultus caché) a été inventé par l'abbé constant dit Elphas Lévi. L'ésotérisme est ancien est toujours employé en relation avec l'exoterisme, l'un étant la face inversée de l'autre.

Eliphas Lévi a créé le mot occultisme à partir du traité de H. C. Agrippa «De occulta philosophia ». Ce traité est une compilation d'enseignements différents : Pythagorisme, gnosticisme, kabbale, hermétisme, alchimie, astrologie et magie. Ces enseignements sont rassemblés dans un ensemble étiqueté « sciences secrètes ou sciences traditionnelles ».

Beaucoup de francs-maçons aiment ces sciences dites secrètes et en attendent des révélations. Au XVIIIe siècle, le courant illuministe s'oppose au courant éclairé et annonce le romantisme.

Le désir qui conduit certains vers les sciences traditionnelles est celui d'être un élu, de vouer un culte à une vérité déjà dite, de jouer le rôle d'un conducteur d'âmes et d'adhérer à une représentation du monde structurée par une idéologie.

L'amateur de science traditionnelle est mal à l'aise dans la société d'aujourd'hui.

Il voit un « hier » comme un paradis perdu.

-Les sciences traditionnelles et les francs-maçons.

La lumière est le thème central de la franc-maçonnerie et celui de ses frères ennemis les illuministes. Dans l'ensemble, la foi maçonnique exprime une pleine confiance dans la nature humaine, dans la raison, dans la perfectibilité de l'humanité. En 1776, Mirabeau rédige un mémoire dans laquelle il assigne à la franc-maçonnerie la mission d'introduire le bon sens, la raison dans l'éducation de tous les hommes et la charge de réformer les abus : milices, servages, corvées, lettres de cachet, intolérance et enfin la tâche de réformer le gouvernement et la législation.

La résistance à cet esprit nouveau vient des traditionalistes et des mystiques.

Dans une loge, des rationalistes qui ne veulent plus d'Eglise pratiquent des rites dont les mots évoquent des légendes bibliques.

La cohésion du groupe est assurée par le rituel. Le langage symbolique est une source de méditation et de rêve.

Le rosicrucianisme, l'Observance Templière, la théosophie se répandent dans toute l'Europe, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Au XVIIIe siècle, loin d'être antireligieuse la franc-maçonnerie est crypto-religieuse. Dans le loge, les éclairés, les mystiques et les hermétistes s'abreuvent aux mêmes sources : les constitutions d'Anderson. Les constitutions d'Anderson donnent l'impression que le franc-maçon est le dépositaire de connaissances cachées transmises par une tradition secrète.

Pour les éclairés, les constitutions d'Anderson n'offrent que des métaphores propres à stimuler la réflexion. Pour les mystiques, le symbole révèle et cache. Il s'agit de le décrypter. C'est la « parole perdue », la connaissance d'un âge d'or situé dans un passé lointain. Le temps présent est perçu comme décadent. L'homme d'aujourd'hui est jugé « dégénéré » et l'initiation consiste à le « restituer ». C'est la « réintégration » de Louis-Claude de Saint-Martin.

L'idée est que le passé est mieux que le présent et que la manière la plus sage d'envisager l'avenir et de revivre le commencement des temps.

Pour les éclairés, le passé annonce le présent et l'avenir qui conduira à l'âge d'or.

Illuminés et éclairés s'opposent à la conservation du présent, tel qu'il est.

Les uns le voient dans l'avenir et les autres dans le passé. Mais illuminés et éclairés affirment l'existence d'un âge d'or. Pour les mystiques, le monde meilleur préexiste à l'homme. Il suffit de le retrouver. Les éclairés et les illuminés se laissent facilement fascinés par le mythe de la parole perdue. C'est la recherche de la langue unique, parlée par les premiers hommes, où les mots correspondaient vraiment aux choses. Cette langue mythique est nommée hébraïque ou adamique.

Conséquence du mythe de la forme primitive unique, la différenciation et la diversification sont perçues négativement, tandis que l'unité est un mot perçu positivement.

Pour les illuminés, il ne saurait y avoir qu'une seule voie, une seule expression possible pour chaque chose. Chez les éclairés, le passage du simple au diversifié est nommé « évolution ». Chez les illuminés, la diversification est regardée comme un processus de décomposition. René Guénon est la référence la plus à la mode chez les ésotéristes francs-maçons. Selon lui, l'initiation peut opérer une délivrance spirituelle qui serait d'une autre nature que le salut religieux. Il inscrit l'histoire dans une succession des « âges » qui, après le pire, apporterait le meilleur, l'âge d'or.

-Hermès Trismégiste.

L'hermétisme désigne des textes qui, depuis le premier siècle avant Jésus-Christ furent attribués à Hermès Trismégiste. Trismégiste signifie trois fois le plus grand.

Hermès Trismégiste est associé au dieu égyptien Thot. Thot est le dieu de la parole et de la transmission du savoir. Il invente l'écriture, les sciences et les arts.

-Le corpus hermeticum et l'Académie platonicienne de Florence.

Giorgios Gémistos Pléthon était conseillé de Jean VIII, empereur de Byzance au XVe siècle. Platonicien enthousiaste, il trouva à Florence un milieu intellectuel formé à l'aristotélisme revu et corrigé par les théologiens scolastiques. Il ouvrit une école à Florence et divisa ses élèves en deux groupes : les exotériques et les ésotériques. Les exotériques étaient attachés à leur foi chrétienne et critiquaient les dogmes. Les ésotériques regardaient la vérité comme un projet. Ils étaient initiés à la doctrine des émanations : un Eon primordial, par son propre dynamisme, se diversifie et génère ce qui existe.

Pléthon professe que le monde s'enlise dans la décadence morale et spirituelle et que le christianisme a éclairé dans son projet d'améliorer l'homme et d'installer l'amour universel. Selon lui, l'hermétisme néoplatonicien est le levier de la renaissance spirituelle.

20 ans après le passage de Pléthon à Florence, Côme crée une académie platonicienne et dirigée par Marsile Ficin. Ficin décore cette académie de manière à en faire un temple de la philosophie. Le lieu est un monastère laïc ouvert aux savants et aux artistes, sans distinction de religion. Pic de la Mirandole fréquenta l'académie. Tous les académiciens s'appelaient « frères ». C'est l'abbaye de Thélème dont parlera Rabelais, I siècle plus tard.

Tel est le décor dans lequel se joue l'entrée des textes de référence de l'hermétisme. Ces textes sont des manuscrits grecs rédigés au cours des trois premiers siècles de l'ère chrétienne.

Beaucoup sont incomplets et en mauvais état.

Des moines grecs les ont apportés à Florence pour les vendre. Côme en est le principal acquéreur. C'est lui qui appelle ces textes «Hermetica ».

Ficin les traduits en latin avec ses frères en Platon. Le corpus hermeticum ne présente pas une doctrine cohérente. Il réunit une manière de penser à une manière de se comporter.

-La théologie platonicienne et l'hermétisme.

La théologie platonicienne est exposée par Marsile Ficin : l’homme a conscience de ses limites ce qui le distingue de l'animal. Il éprouve de l'anxiété (inquiétude de l'amant).

Les hommes conscients ont l'impression de vivre dans un monde inconstant, fait d'ombres et d'illusions (mythe de la caverne dans la République de Platon).

Alors, l'homme conscient est en face d'une alternative : ou bien il se résigne et construit une représentation du monde pour cautionner la résignation, ou bien il cherche la lumière, le sens de la vie. La recherche de la vérité est associée à la recherche d'une parole qui aurait été perdue.

Pour Pléthon, la parole perdue est le paganisme condamné par le christianisme triomphant.

-Le développement de l'hermétisme et la demande de réponses ultimes.

Les références à Hermès sont nombreuses dans la pensée médiévale. Elles accompagnent les traités d'alchimie et d'astrologie.

Au XVe siècle, avec la théologie platonicienne et l'oeuvre produite par l'Académie platonicienne de Florence, l'hermétisme s'installe dans la culture européenne. Il se réclame d'un passé occulté à revivifier.

Des écrits qui se présentent comme les réponses dernières investissent l'hermétisme.

«L’Ascepius » écrit avant le quatrième siècle, originellement le « discours parfait » prétend présenter une vue d'ensemble de la connaissance hermétique en traitant des « trois vivants », Dieu, le monde, l'homme. Cette oeuvre est une compilation de plusieurs auteurs qui se présentent eux-mêmes comme des compilateurs.

Dans la société islamique, Hermès devient un prophète. Il est assimilé à Idris et à Enoch et vivait en Égypte avant le déluge. Il est le bâtisseur des pyramides. L'hermétisme islamique est le fruit des échanges entre Grecs et Egyptiens islamisés. Le monothéisme islamique n'aurait pas toléré Hermès s'il s'était présenté comme un Dieu. Sous l'aspect d'un prophète nommé Hermès, il peut se montrer sans difficulté et inspirer les auteurs.

À la Renaissance, l'hermétisme exerce une influence importante chez les occultistes, les philosophes et les théologiens. L'alchimie et l'astrologie n'étaient pas reconnues mais pas tout à fait interdites.

La littérature hermétique de la Renaissance au XVIIIe siècle exprimait une demande de liberté au temps où la parole n'était pas libre. L'hermétisme est une herméneutique qui cherche le sens dans les symboles et les allégories de représentations du monde totalisantes et qui ne remettent pas en cause leurs prémices. Le désir qui s'accomplit au moyen de l'hermétisme est celui d'en finir avec le chaos et avec l'inquiétude.

IX l'image, la parole, le jeu.

-Le rêve, de l'approche de Freud à celle de Jung-l'image symbolique.

À la fin du XIXe siècle, les médecins disaient du rêve qu'il est un indice que le rêveur a mal dormi.

Freud constate rapidement que le rêve n'est pas toujours individuel. Il rencontre des images symboliques proches de celles des mythologies et il les désigne par le terme « résidus archaïques ».

Jung voit dans ces « résidus archaïques » des « images primordiales ». Selon Jung, c'est précisément parce que beaucoup de choses se situent au-delà des limites de l'entendement que « nous utilisons des symboles pour représenter les concepts que nous ne pouvons ni définir ni comprendre pleinement ».

Les « images primordiales », selon Jung surgiraient d'un inconscient collectif dans lequel s'enracinerait l'inconscient individuel. L'étude des mythes permet d'approcher des formes psychiques qui semblent innées. Ces formes, Jung les nomme « archétypes ». L'archétype elle a tendance à nous représenter un motif selon une représentation qui peut varier considérablement dans les détails sans perdre son schéma fondamental. Le motif des frères ennemis a diverses représentations (Abel et Caïn ou Romulus et Remus) mais le motif est identique dans son principe.

-Le rêve à lire comme un message.

Un rêve non interprété est une lettre non lue. Le rêve est un message de l'inconscient. Il raconte une histoire qui nous informe sur nous-mêmes. Le récit d'un rêve rend rarement compte de ce qui a été réellement rêvé. Au souvenir, il ajoute, retranche, corrige. La mémoire arrange le passé.

L'association libre et une méthode qui nous permet de nous expliquer avec nous-mêmes.

Jung refuse la méthode de la libre association pour l'interprétation des rêves. Il repère les archétypes dus à l'inconscient collectif. Les archétypes éclairent la signification d'un passage et nourrit la réflexion. Les rôles que l'on joue en rêve sont multiples et changent selon les circonstances. Quand le même rêve se reproduit longtemps, il parle d'un problème qui dure, bien plus que de l'identité du rêveur.

-Le sommeil, l'éveil et les images associées.

Selon Freud, le sommeil réactive la situation intra-utérine. Nous reconnaissons le sommeil comme une régression, le retour à un commencement. Le sommeil est nommé « la petite mort » et la mort « le repos éternel ». Les rites initiatiques préparent à une nouvelle naissance. Ils placent le candidat dans un lieu étroit et obscur pour lui faire revivre le commencement. C'est le cabinet de réflexion dans la franc-maçonnerie.

-La réalité et espérer-les idéologies et la Belle au bois dormant.

Les représentations du monde combinent des idées, des croyances et des mythes. Les idéologies politiques développent un discours sur les maux et le remède. Ceux qui souffrent de l'égoïsme et de la morgue des dominants choisissent des idéologies dites « de gauche ».

Ceux qui souffrent de l'insolence et des exigences des dominés rejoignent plutôt des idéologies dites « de droite ». Ceux qui préfèrent la justice, même au détriment de l'ordre, seraient à gauche et ceux qui estiment que l'ordre établi doit être protégé, même si la justice doit être ignorée, seraient à droite. Les idéologies politiques et religieuses se présentent comme des théories pour tous. La propagande est l'art d'attribuer toutes les modalités de la souffrance à une seule cause et de prescrire un régime. Les idéologies désignent leurs ennemis et prescrivent le combat. Et toutes nomment aussi le talisman grâce auquel la victoire est garantie. C’est « la foi qui sauve » ou « le patriotisme », « la conscience de classe ».

-Pour mieux se connaître, jouer des rôles.

En psychanalyse, l'analysant observe ses modèles surmoïques et découvre la raison de leurs présences et de leurs pouvoirs.

À mesure qu'il se connaît, il étend le champ de sa conscience au détriment de son inconscient.

Le comportement n'est que partiellement contrôlé par la conscience. Il obéit aussi à ce que Pierre Janet nommait le subconscient. Le subconscient de Janet est remplacé par l'inconscient de Freud : l'inconscient n'est pas une autre personnalité, il obéit à des lois différentes de celles qui gouvernent la conscience. Le « moi » se protège par divers moyens comme la projection où l'introjection. La projection consiste à attribuer à autrui les sentiments et les désirs insupportables.

L'introjection est le processus inverse de la projection. Le sujet fait entrer dans son moi des exigences du monde extérieur.

Jouer un rôle, à condition de ne pas s'identifier au personnage, permet de découvrir comment nous nous servons de ces moyens de défense, sous le regard des autres. Nous jouons un rôle dans toutes les situations que nous vivons, parmi des personnes qui, elles aussi, jouent un rôle.

Les francs-maçons remplissent des fonctions et jouent des rôles pour vivifier la loge.

Dans les cérémonies, ils jouent des rôles dans des scènes qui racontent une histoire.

-La famille d'Hermès.

Hymne homérique compare la naissance d'Hermès à celle de l'aube. Dans la caverne, le lieu de sa naissance, Hermès se glisse en passant par le trou de la serrure.

La série des Hermès commence au troisième siècle avant Jésus-Christ avec Thot, ce savant qui grave ce qu'il sait sur des stèles et les cache.

Le fils de Thot se nomme Agathodaïmon, la divinité bonne ou mauvaise. Il est le père d'Hermès Trismégiste dont le fils est Tat. Toutes ces images d'Hermès éclairent le sens de tous les rôles parce qu'elles représentent le communicateur.

-Le projet de l'homme libre.

-Traquer les idées reçues.

L'analysant traque les idées reçues pour tenter d'en finir avec la souffrance que lui procurent les mensonges conventionnels. Il sait que ces croyances sont les réponses à une demande affective bien plus qu'à une interrogation sur la vérité.

-Retour sur Chibboleth.

Nature, spécificité, personne, style, culture, image, des mots déjà très commentés et dont le sens est encore flou. Mais dire que le sens de ces mots est flou est une affirmation inacceptable pour des personnes confortablement installées sur un rocher de certitude. La demande d'opposition NOUS-EUX manifeste l'angoisse d'être seul. Elle est profitable parce qu'elle procure des repères mais elle est préjudiciable lorsque ces repères ne sont pas étudiés. Elle est préjudiciable quand elle comporte l'illusion de compter parmi les meilleures.

-Hermès et le Commandeur.

Le Commandeur est le modèle surmoïque de nombreux braves et honnêtes gens.

La justification investit sa conscience. Il est démuni d'autodérision. Les rites de passage et leurs épreuves sont, à ses yeux, des mises en conformité, des avancées sur un terrain déjà connu.

Le Commandeur est le psychorigide. Il est le traducteur qui se réfère à un seul dictionnaire. Le Commandeur aime pétrifier le sens dans une seule définition. Il se perçoit comme celui qui comprend et qui est qualifié pour juger.

Le Commandeur est remarqué chez les psychanalystes et chez les francs-maçons parce qu'il est plus difficilement supporté qu'ailleurs. Dans les groupes que l'on rejoint pour échanger de la parole, pour exprimer une sociabilité fondée sur l'union dans la diversité, on supporte moins la présence des gourous.

L'unité dans la conformité est le modèle totalitaire qui maintient en l'état la relation dominant-dominé et la curiosité.

Le projet d'une société meilleure et plus éclairée ne peut être tracé que dans un lieu où la parole, reconnue comme créatrice, se manifeste librement, pour le plaisir de brosser des éclairages.

Là, une société de pairs expérimente ses règles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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08 mars 2019

Iphigénie en Aulide (Euripide)

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Cette tragédie fut représentée pour la première fois en l'an 406 avant notre ère. Elle fut écrite après les Bacchantes; certains critiques estiment qu'Euripide ne la termina pas et que son fils l'acheva. La scène se passe à Aulis, devant la tente d'Agamemnon. La flotte qui doit appareiller pour Troie y est immobilisée, dans l'attente d'un vent favorable.

 

Agamemnon raconte à l'un de ses vieux esclaves les événements qui ont causé la guerre de Troie, et sa nomination comme chef de l'expédition.

II souhaite qu'un autre commandant soit choisi à sa place, car les vents favorables ne se lèveront jamais s'il ne sacrifie pas sa propre fille, Iphigénie, à la déesse Artémis. Calchas, le devin, a consulté l'oracle et révélé sa réponse. Ménélas et les autres chefs de guerre insistent pour que cet acte odieux soit accompli.

Cédant à leurs instances, Agamemnon a fait venir sa fille a Aulis sous prétexte de la donner en mariage à Achille. Seuls Calchas, Ulysse et Ménélas sont au courant de ce stratagème. Mais Agamemnon déclare qu'il a changé d'avis : il a écrit à Argos et averti la reine, Clytemnestre, de ne pas envoyer Iphigénie à Aulis. L'esclave doit porter cette lettre sans tarder, et faire revenir la reine si elle est déjà partie. Mais Ménélas surveille la route d' Argos. Il aperçoit le messager d'Agamemnon et intercepte la lettre.

Une discussion amère oppose ensuite Ménélas à Agamemnon. Agamemnon se refuse à contremander ses ordres. Ménélas lui fait remarquer d'un air sombre, qu'il a d'autres amis plus courageux, auxquels il pourra recourir. Il rappelle enfin à son frère que si cette guerre a éclaté, c'est en raison de l'outrage qui lui a été fait, à lui Ménélas. Les deux rois sont interrompus par un messager qui leur annonce l'arrivée de Clytemnestre, accompagnée d'Iphigénie et de son jeune frère Oreste.

 

Le désespoir d'Agamemnon émeut son frère. Ménélas admet qu'il a eu raison de prévenir Clytemnestre. Agamemnon répond qu'il est trop tard: sa famille est arrivée et s'il refuse de donner sa fille en sacrifice, Calchas fera connaître l'oracle à toute l'armée. Ménélas propose alors de tuer Calchas pour l'en empêcher.

Mais Agamemnon rétorque qu'UIysse est au courant de la ruse utilisée pour faire venir Iphigénie à Aulis. Et Ulysse est capable de tout...

Agamemnon ne peut se résoudre à avouer la vérité à Clytemnestre. II la laisse parler du mariage projeté et lui suggère de repartir pour Argos afin de s'occuper de ses autres enfants, en laissant Iphigénie auprès de lui. Clytemnestre refuse avec force: elle veut être présente au mariage de sa fille avec Achille.

 

Rencontrant Achille par hasard, Clytemnestre s'aperçoit qu'il ignore tout des projets matrimoniaux annoncés par Agamemnon. Enfin, dans l'espoir de sauver Iphigénie, l'esclave d'Agamemnon leur révèle la vérité. Achille est furieux, aussi bien de voir sacrifier la jeune fille que d'avoir servi de prétexte pour la faire venir à Aulis. Clytemnestre, considérant qu'Achille est son dernier espoir, accepte de se plier à sa décision.

 

Lorsqu' Agamemnon revient en scène, il rencontre sa femme et sa fille et les affronte dans un dialogue magistralement composé - où apparaissent déjà en germe les motifs de son futur assassinat. Clytemnestre et Iphigénie connaissent à présent la vérité. Agamemnon, pris au piège, révèle l'indécision de son caractère. II leur déclare qu'il ne sera plus maître de son armée si ses troupes découvrent qu'il a changé d'avis. Elles seront capables de le tuer, lui et toute  sa famille, et d'anéantir son royaume.

Il quitte sa femme et sa fille pour rejoindre ses hommes.

 

Achille revient. L'armée tout entière, y compris ses Myrmidons, se dresse contre lui. Il revêt en hâte son armure en voyant s'approcher une foule de soldats, conduits par Ulysse. Iphigénie prend alors une résolution. Elle dit à Achille qu'elle accepte de mourir, ayant mesuré les intérêts en jeu. Cette guerre est une juste guerre, elle ne veut pas mettre en danger tant de vies humaines. Achille lui répond qu'il l'attendra au pied de l'autel. Si son courage faiblit, qu'elle lui fasse signe et il la sauvera. Il part, tandis qu'Iphigénie fait ses adieux à sa mère, et la prie de se retirer sous la tente pour ne pas être témoin de son départ.

Plus tard, un messager vient trouver Clytemnestre. Il lui fait part de la scène étrange qui s'est déroulée sur l'autel du sacrifice. Iphigénie se tenait auprès de Calchas, devant l'armée assemblée. Tous baissaient les yeux. Le bruit de la hache retentit.

Puis ce fut le silence. Lorsqu'ils osèrent enfin regarder l'autel, Calchas et les guerriers n'en crurent pas leurs yeux. Iphigénie avant disparu. Une biche agonisait devant eux, car la déesse Artémis, saisie de pitié, avait enlevé la jeune fille.

 

Un vent favorable se lève, et la flotte appareille.

 

 

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01 mars 2019

L'Odyssée (Homère)

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Poème épique d'Homère décrivant les aventures d'Ulysse après la chute de Troie, son long retour vers Ithaque et la façon dont il rétablit l'ordre dans son royaume menacé par des usurpateurs. On attribue la division de l'Odyssée en vingt-quatre chants à Aristarque de Samothrace qui se livra au même travail pour l'Iliade.

 

On estime généralement que l'Odyssée est postérieure à l'Iliade, mais bien que le comportement des dieux y soit différent, il ne fait guère de doute que les deux poèmes sont dus au même auteur. Dans l'Odyssée, Ulysse, déjà protégé par Athéna dans l'Iliade, sera sans cesse favorisé parla déesse. Il sera cependant en butte à la colère de Poséidon qui, dans l’Iliade, soutenait l'ensemble du camp achéen. De la même façon, il méritera le courroux d'Hélios - mais, dans les deux cas, ce sera le résultat d'une offense précise pour laquelle Ulysse sera dûment puni.

 

L'action de l'Odyssée s'étend sur une période courte, ne dépassant pas six semaines - bien que les aventures des dix années précédentes soient rappelées dans ce temps limité.

Ulysse, lorsqu'il atteint enfin Ithâque, en aura été absent dix-neuf ans (chant II). Il est âgé d'une quarantaine d'années, ses cheveux sont châtain.

Chant I. Le poème s'ouvre par l'assemblée des dieux. réunis sur l'Olympe pour évoquer le sort des chefs achéens après la chute de Troie. Athéna saisit cette occasion pour rappeler à son père Zeus les tribulations d'Ulysse qui n'est pas encore revenu dans sa patrie. La guerre est pourtant terminée depuis dix ans, et après de nombreuses et dangereuses aventures, le roi d'Ithaque est retenu prisonnier dans l'île d'Ogygie par Calypso, la belle nymphe. Zeus lui répond que son frère, Poséidon, est offensé de la conduite d'Ulysse envers Polyphème, le Cyclope. Néanmoins, il enverra Hermès à Ogygie et Calypso sera obligée de laisser repartir Ulysse. Quant à Athéna, elle se rendra à Ithaque où elle incitera Télémaque à rechercher son père.

 

Déguisée en chef de clan, Athéna, sous le nom de Mentès, arrive dans la maison d'Ulysse. Les princes du voisinage, convoitant le royaume d'Ithaque, font la cour à la reine Pénélope, espérant gagner un trône en l'épousant. Mais Pénélope ne veut pas admettre qu'Ulysse soit mort. Télémaque accueille le nouvel arrivant et l'invite au palais. Il lui nomme les prétendants importuns qui appauvrissent le royaume avec leurs exigences et leur paresse.

 

Athéna pousse Télémaque à se mettre en quête de son père. Peut-être Nestor, roi de Pylos, et Ménélas, roi de Sparte, compagnons d'Ulysse dans les combats, sauront-ils quelque chose. Et si Ulysse est vraiment mort, il vaut mieux en avoir la certitude. Athéna (toujours sous l'apparence de Mentès) quitte Télémaque, décidé à agir. Pour la première fois, il se conduit en maître dans sa maison, à la grande surprise de sa mère, Pénélope, ce qui déplaît éminemment aux prétendants, mais fait la joie de la vieille nourrice, Euryclée.

 

Chant II. Télémaque convoque l'assemblée du peuple et reproche aux prétendants leur convoitise et leur ingérence dans les affaires du royaume. L'un d'entre eux, Antinoos, lui fait remarquer que Pénélope n'a jamais refusé positivement aucun de ses prétendants. Elle a simplement demandé le temps de terminer le linceul qu'elle tisse pour le vieux Laerte, père d'Ulysse. Voilà quatre ans qu'elle se consacre à cette tâche, et l’on vient de découvrir qu'elle défait chaque nuit l'ouvrage de la journée.

Si Pénélope était retournée auprès de son père, Icarios, elle aurait trouvé un nouvel époux et la question aurait été réglée. Mais ce n'est pas ainsi qu'elle a agi. C'est pourquoi tous les prétendants attendent qu'elle prenne enfin une décision puisque le trône est vacant. Télémaque les avertit: peut-être devront-ils payer un prix terrible pour leur avidité. Zeus choisit ce moment pour envoyer deux aigles planer au-dessus de l'assemblée.

Ils se battent l'un contre l'autre, puis s'enfuient. Haliserthès, le devin, informe les prétendants que ce combat est pour eux un mauvais présage. II leur rappelle qu'il a prédit à Ulysse, avant son départ pour Troie, qu'il ne reviendrait pas à Ithaque avant dix­neuf ans et qu'alors nul ne le reconnaîtrait. Les prétendants se rient du vieillard et le traitent avec grossièreté. Télémaque leur tourne le dos et demande à Euryclée de lui préparer des vivres et des vêtements pour son voyage à Pylos et à Sparte. Pendant ce temps, Athéna, ayant revêtu l'apparence de Télémaque, enrôle vingt fidèles compagnons, trouve un navire, et donne ensuite au jeune prince le conseil de se conduire en prince parmi les rois.

 

Chant III. Le navire aborde à Pylos, de l'autre côté de la mer Ionienne. Athéna (cette fois-ci sous l'apparence de Mentor, ami dévoué d'Ulysse et conseiller du jeune Télémaque) fait partie de l'équipage. Les passagers sont accueillis chaleureusement par Pisistratos, fils de Nestor.

Le roi de Pylos est très âgé mais n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit.

 

II évoque les longues années passées devant Troie, et loue le courage et le bon sens d'Ulysse en termes émouvants. II donne à Télémaque des détails sur le sort des autres chefs achéens: Agamemnon, Diomède, Philoctète et Ménélas. Et Nestor conclut en assurant le jeune homme qu'Athéna n'aura pas laissé périr un roi tel qu'Ulysse, à qui elle a si souvent témoigné sa bienveillance.

La déesse se manifeste d'ailleurs en cet instant précis, sous la forme d'un grand aigle des mers qui vole vers le navire de Télémaque. Nestor se réjouit pour le jeune homme et lui promet que tout se terminera bien. Il envoie chercher ses compagnons et leur offre à tous un festin dans son palais.

Télémaque partage le lit du jeune prince Pisistratos, qui, le lendemain, conduit le char qui mène Télémaque à Sparte.

 

Chant IV. A Sparte, le roi Ménélas célèbre le prochain mariage de sa fille Hermione et de Néoptolème, ainsi que celui de son fils Mégapenthès avec la fille d'Alector. Télémaque et Pisistratos sont émerveillés devant la magnificence du palais royal. Ménélas leur précise qu'il a accumulé toutes ces richesses au cours des sept années qu'a duré son retour de Troie vers sa patrie. Hélène, toujours aussi belle, se joint à eux. Elle est frappée de la ressemblance de Télémaque avec Ulysse. Elle lui raconte comment elle a reconnu son père, déguisé en mendiant, parcourant les rues de Troie afin d'épier ses habitants ; comment elle l'a aidé, et comment Ulysse a pu s'enfuir, muni de précieux renseignements, après avoir tué de nombreux Troyens.

 

Ménélas rappelle la conduite d'Ulysse lorsque le cheval de bois fut introduit dans la citadelle assiégée, il loue son courage et sa détermination.

Télémaque supplie Ménélas de lui donner des nouvelles de son père. Ménélas raconte alors une longue histoire. Tandis que le mauvais temps le retenait en Egypte, il demanda à Protée, le dieu marin, de lui enseigner à provoquer un vent favorable. Il dut pour cela lutter avec le dieu qui changeait sans cesse de forme, mais il en triompha. Protée lui apprit beaucoup de choses : le destin d'Ajax de Locres, le meurtre d' Agamemnon - et surtout la retraite d'Ulysse, retenu sur l'île de Calypso, sans moyen de prendre la mer et de s'enfuir.

 

Entendant ces nouvelles, Télémaque souhaite vivement repartir pour Ithaque. Ménélas lui offre comme cadeau de départ une magnifique coupe d'argent ciselé, rehaussée d'or, œuvre d'Héphaïstos lui-même.

Cependant les prétendants de Pénélope, réunis à Ithaque, projettent de tendre une embuscade à Télémaque afin de le tuer dès son retour.

Médon, le héraut, surprend leur conversation et se hâte d'avertir Pénélope du complot. La reine, désespérée, adresse une prière à Athéna qui lui promet que son fils reviendra sain' et sauf.

 

Chant V. Hermès, obéissant aux ordres de Zeus, son père, est arrivé à Ogygie. Il dit à Calypso qu'Ulysse doit être autorisé à quitter son île pour retourner à Ithaque. La belle nymphe est triste et furieuse en même temps: n'a-t-elle pas sauvé la vie d'Ulysse qu'elle a découvert, sans forces, agrippé à un mât ? et maintenant qu'elle l'aime, les Olympiens voudraient l'en séparer! Mais, toute déesse qu'elle est, il lui faut céder (elle est considérée dans l'œuvre d'Homère comme la divinité de Ile).

Calypso donne donc à Ulysse les moyens de se construire un navire et lui montre où trouver les arbre; les plus solides. Au bout de cinq jours, il est prêt à partir à bord d'un radeau. Calypso lui remet des vivres, et Ulysse la quitte d'un cœur léger, heureux de voguer vers Ithaque. Mais Poséidon l'aperçoit en train de naviguer. Le dieu de la mer, désireux de se venger d'Ulysse qui a aveuglé son fils, le Cyclope Polyphème, suscite une violente tempête. Le radeau est réduit en pièces. La déesse marine, Leucothée, vient en aide à Ulysse.

Elle lui donne son voile. En le portant autour de la taille, Ulysse sera sur de ne jamais se noyer. Mais il ne doit garder aucun autre vêtement et, une fois qu'il aura touché terre, il devra rejeter son voile à la mer. La tempête sévit avec une violence accrue:

 

Ulysse n'a que le temps d'enlever ses vêtements et de serrer le voile autour de sa taille avant qu'une rafale de vent ne le renverse au milieu des vagues.

 

Ulysse, tout meurtri, est rejeté sur une côte rocheuse et doit rassembler ce qui lui reste de forces pour éviter d'être broyé sur les récifs. Il atteint enfin l'embouchure d'une petite rivière, et s'endort, épuisé, à l'ombre d'un olivier.

 

Chant VI. Dans l'ile de Scheria, la princesse Nausicaa, la grâcieuse fille du roi Alcinoos, descend vers la plage avec ses servantes, conduisant un léger chariot rempli de linge venant du palais. Elles arrivent auprès d'une rivière aux eaux tourbillonnantes, y étalent le linge et le foulent aux pieds pour le nettoyer. Puis elles vont l'étendre sur la plage afin qu'il sèche au soleil. Le bruit de leurs pas réveille Ulysse. Elles prennent leur déjeuner, puis jouent au ballon. Ulysse, encore mal remis de ses émotions, croit voir un groupe de nymphes. Quelles qu'elles soient, estime-t-il, il faut qu'il les voie, et, se couvrant de feuillages, il s'avance.

 

Les jeunes filles, effrayées devant cet étranger à moitié nu, aux cheveux emmêlés et pleins de sel, prennent la fuite. Nausicaa est certes surprise, mais c'est une fille de roi: elle fait face à Ulysse. Celui-ci s'adresse à elle avec des flatteries excessives, comme s'il voyait la déesse Artémis elle-même. Nausicaa a pitié de lui et rappelle ses servantes. Elles lui donnent à manger et trouvent pour lui une tunique et un manteau, puis lui offrent de l'huile fine et un peigne. Ulysse va se baigner dans la rivière et lorsqu'il en émerge, propre, de frais vêtu, il a fort belle allure.

Nausicaa et ses suivantes empilent le linge dans le chariot et se préparent à revenir à la ville. Nausicaa demande à Ulysse de les suivre à quelque distance, car, étant la fille unique du roi, les gens pourraient jaser en les voyant ensemble. Ulysse est charmé de cette modestie - et de ce que Nausicaa parle de lui comme d'un bel étranger. Il arrive donc seul à Schéria, au palais du roi des Phéaciens, Alcinoos, et de son épouse la reine Arété.

 

Chant VII. Ulysse est reçu avec courtoisie et générosité par ses hôtes auxquels il ne dévoile pas son nom.

Il admire la richesse et la prospérité de leur île, et raconte ses aventures au roi et à la reine. Comment la belle Calypso l'a retenu captif, comment il a pu quitter l'île d'Ogygie, comment la tempête suscitée par Poséidon a fait sombrer son radeau, comment le voile de Leucothée l'a sauvé d'une mort certaine - et enfin comment leur fille, Nausicaa aux bras blancs, l'a recueilli avec bonté.

 

Alcinoos promet de donner à ce voyageur égaré un navire pour le ramener dans sa patrie, si lointaine soit-elle, car les Phéaciens sont d'habiles marins. La reine Arété lui fait préparer une chambre.

 

Chant VIII. Un navire est mis à la disposition d'Ulysse, ainsi qu'un équipage de volontaires. En effet, Athéna, déguisée en héraut, a parcouru la ville en annonçant que le nouvel ami du roi est si fort et si beau que l'on croirait voir un dieu.

 

Le soir, dans le palais, le barde aveugle, Démodocos, chante les exploits des héros devant Troie. Ulysse ne peut dissimuler son émotion et sa douleur. Alcinoos, voyant la détresse de son hôte, le prie de conter toutes ses aventures.

 

Chant lX. Ulysse révèle son identité aux Phéaciens qui comprennent alors pourquoi le chant de Démodocos a troublé le voyageur. Le récit d'Ulysse commence par le départ de ses douze navires. Quittant Troie, ils vont chercher des provisions pour leur voyage de retour dans le pays des Cicones (une tribu de la Thrace orientale). Ils ont mis à sac la ville d'Ismaros, dont les habitants se sont réfugiés dans la montagne.

Ulysse demande à ses hommes de se hâter .et de revenir dans la cité déserte, ils s'attardent à boire et à festoyer. Pendant ce temps, les Cicone se regroupent: leur armée fond sur les Achéens qui doivent s'enfuir en désordre vers leurs navires, laissant soixante-douze morts derrière eux.

Ils se dirigent vers le Sud, ayant l'intention d'obliquer au cap Malée et de remonter vers Ithaque.

Mais un violent vent du Nord les pousse au-delà du cap, jusqu'à l'île de Cythère. Ils restent sur mer encore neuf jours et abordent alors en Libye, au pays des Lotophages, dont les habitants se nourrissent uniquement du fruit du lotus. Quelques-uns des compagnons d'Ulysse mangent de ce fruit: ils perdent toute conscience de leur passé, de leur foyer, tout souci de leur avenir. Ils ne souhaitent plus que rester au pays des Lotophages, à se repaître de lotus. Alarmé devant cette attitude, Ulysse ordonne au reste de ses hommes de ramener de force leurs camarades. Ils sont mis aux fers à bord de leur navire, à demi fous de chagrin de se voir privés de leurs délicieux fruits.

Les navires atteignent ensuite un groupe d'îles fertiles. L'eau douce y abonde, des chèvres sauvages y gambadent, mais personne n'y demeure. Apercevant à quelque distance de là une île plus importante, Ulysse décide de s'y rendre. Il s'em­barque avec douze hommes, prenant avec lui une outre remplie de vin d'Ismaros, aussi puissant que doux. Ils trouvent cette île couverte de riches pâturages où paissent de gras troupeaux. Dans une caverne, ils découvrent des enclos parfaitement entretenus, abritant des brebis. Sur les murs s'alignent des étagères remplies de fromages. Les marins sont mal à l'aise, ils veulent prendre quelques fromages et repartir. Mais Ulysse est curieux de voir quel est le berger de ces troupeaux. Ils se dissimulent dans un coin de la caverne, se nourrissent d’un agneau trouvé dans un parc tout proche, et attendent.

Le soir venu, ils voient pénétrer dans la caverne un géant n'ayant qu'un œil unique au milieu du front, qui pousse devant lui un troupeau de brebis et porte sur ses épaules de lourds troncs de pin. C'est un Cyclope. Il ferme la caverne avec un énorme rocher, et allume un feu. Les flammes viennent éclairer Ulysse et ses compagnons. Ulysse essaye de répondre calmement aux questions du Cyclope, car il est conscient du danger couru. Il invoque Zeus, le dieu des voyageurs, le protecteur des étrangers, et rappelle au Cyclope les lois de l'hospitalité. Sans parler du reste de sa flotte, Ulysse dit au géant que leur navire a été brisé par Poséidon. Le Cyclope écoute Ulysse et lui déclare qu'il se moque bien de Zeus et des dieux - puis il saisit un marin dans chaque main, et, tandis que ses amis le regardent horrifiés, il leur broye la cervelle sur les murs de la caverne et les dévore l'un après l'autre.

 

Au cours de la nuit, Ulysse est tenté de tuer d'un coup d'épée le géant endormi. Mais alors, ses amis et lui se trouveraient emmurés à jamais dans sa caverne, puisqu'ils sont incapables d'en dégager l'entrée. Le matin suivant, le Cyclope dévore deux autres marins, puis sort de son antre pour mener paître son troupeau. II remet soigneusement en place le rocher qui servait de porte.

Pendant son absence, Ulysse imagine un audacieux plan d'évasion.

Le cyclope avait laissé dans sa caverne un énorme pieu en bois d'olivier. Ulysse et ses compagnons l'aiguisent, et lorsque sa pointe est bien tranchante, ils la durcissent dans les braises du feu qui couve. Au coucher du soleil, le Cyclope revient et dévore encore deux hommes. Ulysse s'approche de lui avec un bol de vin d'Ismaros. Le géant le goûte, puis l'avale goulûment et en réclame d'autre. Puis il demande à Ulysse quel est son nom afin de le remercier dignement pour ce vin délicieux. Tout en lui présentant un autre bol, Ulysse déclare au Cyclope que son nom est : Personne. Le Cyclope, l'esprit déjà obscurci par le vin, déclare qu'il récompensera Personne en le dévorant le dernier. Puis il tombe sur le dos, sans connaissance.

 

Ulysse et ses amis chauffent alors à blanc la pointe du pieu, puis l'enfoncent violemment dans l'œil unique du Cyclope. Les hurlements de douleur du géant ébranlent les murs de sa caverne. Ulysse et ses compagnons se réfugient, tremblants, loin du monstre aveuglé, se demandant ce qu'il va faire. Au bruit de ses cris, les autres Cyclopes du voisinage accourent et demandent à Polyphème - dont Ulysse apprit ainsi le nom - pourquoi il trouble la nuit paisible.

Polyphème leur répond d'une voix brisée que Personne voulait le tuer. Les Cyclopes répondent que si personne ne l'a blessé, ce sont certainement les Dieux qui le punissent et qu'ils n'ont aucun moyen de le secourir. Puis ils s'en vont.

 

A l'aube, Polyphème ouvre l'entrée de sa caverne pour mener paître ses troupeaux. Ulysse et ses amis réussissent à s'accrocher au ventre des béliers, si bien que les mains du géant aveugle, qui tâtent le dos de ses animaux, ne peuvent les déceler au passage lorsqu'ils franchissent le seuil.

Une fois en sécurité à bord de son navire, Ulysse appelle à grands cris le Cyclope et lui révèle son nom.

Polyphème, se guidant d'après sa voix, lui jette d'énormes rochers et manque de peu le navire. Il avertit alors Ulysse solennellement: les Cyclopes étant les fils de Poséidon, le dieu de la mer entendra la plainte de Polyphème. La mer sera éternellement l'ennemie d'Ulysse, et s'il par­vient à revenir à Ithaque, le danger et le désordre l'y accueilleront.

 

Chant X. Ulysse et ses amis pleurent leurs camarades morts, puis reprennent leur voyage. Ils arrivent à l'île flottante où demeure Eole, le maître des vents, qui aide de son mieux les voyageurs; il enferme dans une outre de cuir tous les vents turbulents, ne laissant libre qu'une brise favorable qui les poussera vers Ithaque. Ulysse embarque la précieuse outre, met à la voile et ne quitte le gouvernail de jour ni de nuit. Après dix jours de navigation, il aperçoit enfin le rivage d'Ithaque, et il s'endort, épuisé. Hélas, ses compagnons, imaginant que l'outre de cuir contient un trésor remis par Eole, décident de l'ouvrir pendant son sommeil. Et le drame se produit : les vents s'échappent hors de leur prison et retournent auprès de leur maître. La tempête balaye les navires et les chasse d'Ithaque jusqu'à l'île d'Eole. Là, le dieu des vents, furieux, repousse Ulysse et lui refuse son aide, en lui déclarant que les dieux l'ont certainement en horreur.

 

Abattus, démoralisés, Ulysse et ses compagnons reprirent la mer. Après six jours de navigation, ils abordent dans l'île des Lestrygons.

Onze des douze navires entrent dans le port, mais Ulysse, rendu circonspect par ses précédentes aventures, décide d'amarrer son embarcation dans une anse écartée. Cette méfiance lui sauve la vie, car les Lestrygons se nourrissent de chair humaine. Du haut des falaises ils jettent des quartiers de roche sur les navires ancrés dans le port, puis transpercent à coups de lance les marins avant de les dévorer. Ulysse parvient à trancher à temps l'amarre de son bateau et à fuir ces cannibales.

Sa flotte réduite à un seul navire dont l'équipage est plongé dans la douleur, Ulysse finit par toucher l'île d' Aea. Recouverte d'une forêt touffue elle semble inhabitée. Escaladant un rocher, Ulysse aperçoit une vallée au centre de laquelle s'élève un palais. La moitié de la petite troupe est envoyée en reconnaissance, les autres marins demeurant à bord avec Ulysse. Les éclaireurs aperçoivent d'étranges animaux errant autour de ce palais: des lions, des ours et des loups qui, loin d'attaquer les visiteurs, leur témoignent leur amitié, comme des chiens fêtant le retour de leur maître. A l'intérieur du palais, retentit une voix mélodieuse. Bientôt les marins voient venir vers eux la dame du palais, la belle Circé aux cheveux sombres, Circé la magicienne, fille d'Hélios.

Tous les marins entrent à sa suite dans le palais, tous sauf un, le chef de leur petit groupe, Euryloque, inquiet du comportement insolite des animaux sauvages qui les ont accueillis.

Euryloque voit Circé offrir à ses compagnons de la nourriture et du vin, et aussitôt, sous ses yeux horrifiés, ils sont métamorphosés en pourceaux. Circé les fait rapidement sortir du palais, les pousse vers une étable et leur jette dédaigneusement des glands et des faînes.

 

Euryloque revient en courant vers le navire pour prévenir Ulysse.

Négligeant les avertissements de ses amis, celui-ci se dirige vers le palais de Circé, armé de son épée. En chemin il rencontre Hermès. Le jeune dieu le met en garde contre les sortilèges de la magicienne, et lui donne une herbe enchantée qui annihilera les effets des maléfices de Circé.

Après avoir mangé de cette herbe, Ulysse entre au palais et accepte l'hospitalité de la sorcière. Il boit le vin qu'elle lui verse et sourit de sa stupeur lorsqu'elle le touche de sa baguette sans aucun résultat. Ulysse tire alors son épée et en menace la magicienne. Circé reconnaît avoir trouvé son maître. Elle rend à ses marins leur forme humaine, ainsi qu'aux autres prisonniers qu'elle avait changés en bêtes sauvages. Ulysse et tous ses compagnons, invités à festoyer au palais, prolongeront pendant un an ce séjour enchanteur, au cours duquel naîtra Télégonos, fils d'Ulysse et de Circé.

 

Cependant, cédant aux instances de ses amis, Ulysse décide de quitter l'île d' Aea et ses plaisirs exquis. Il demande à Circé de tenir sa promesse et de lui enseigner le meilleur chemin pour se rendre à Ithaque.

Il est désappointé lorsque la magicienne lui conseille de visiter d'abord les Enfers et d'y consulter l'ombre de Tirésias. Le devin lui indiquera ce qu'il doit faire.

Le navire solitaire et son équipage repartent une fois encore, laissant derrière eux un de leurs compagnons. En effet Elpénor, ayant bu plus que de raison, s'est endormi sur le toit du palais et, au moment du dé­part, il tombe du haut de la terrasse et se tue sur le coup. Un jeune bélier et une brebis noire, venant de l'île d'Aea, leur faciliteront I 'entrée de l'Hadès vers lequel un vent favorable, suscité par Circé, les conduit. ­

 

Chant XI. Obéissant aux instructions de Circé, Ulysse arrive aux contins du monde. au royaume des ombres. Tirésias lui annonce qu'il atteindra sa patrie sain et sauf, mais qu'il devra prendre garde de ne pas s'attirer la colère des dieux - en particulier dans l'île de Trinacie. Il lui faudra tôt ou tard apaiser Poséidon, selon des rites que lui indique le devin. Mais jusque-là Ulysse ne devra jamais oublier que Poséidon est son ennemi. Tirésias prédit en outre à Ulysse qu'il trouvera son palais en proie au désordre, mais qu'il ne mourra qu'à un âge avancé, sur la terre ferme. L'ombre d'Anticlée, la mère d'Ulysse, fait part au héros des malheurs qui accablent Pénélope et Télémaque.

 

D'autres ombres viennent converser avec Ulysse: celles d'Elpénor, d'Agamemnon et d'Achille, tandis que celle d'Ajax refuse de lui parler. Ulysse assiste à l'éternel châtiment de Tantale, de Sisyphe et du géant Tityos. Mais lorsque la foule des morts inconnus vient se presser autour de lui, Ulysse, terrorisé, quitte en hâte le séjour des ombres.

Chant XII. Le navire d'Ulysse retourne à l'île d'Aea, où Ulysse peut enfin, ainsi qu'il l'avait promis, donner à Elpénor une sépulture décente. Avant leur départ, Circé met en garde Ulysse contre les sortilèges des Sirènes, les dangers de Charybde et de Scylla, et ceux de l'île du Soleil. Pour leur éviter d'être attirés par le chant mélodieux des Sirènes, Ulysse fait boucher les oreilles de ses marins avec de la cire. Puis il se fait attacher solidement au mât de son navire et, malgré les prières qu'il leur adresse, ses compagnons rament sans s'arrêter dans ces parages menaçants. Ils perdent cependant six hommes dans le détroit qui sépare Charybde de Scylla, et il leur faut un courage surhumain pour échapper au monstre qui guette les navigateurs (voir Argonautiques, livre IV). Ils aperçoivent ensuite l'île de Thrinacie, où paissent les troupeaux du Soleil.

Suivant prudemment les conseils de Circé et du devin Tirésias, Ulysse ordonne à ses hommes

de poursuivre leur route et de ne pas aborder à Thrinacie où de nombreux dangers sont à redouter. Mais ils sont si las, si faibles, qu'Ulysse cède à leurs supplications et les autorise à

accoster sur l'île pour s'y abriter. Il leur fait cependant promettre d'obéir à ses ordres et de se contenter de la nourriture que Circé leur a donnée.

Enfin, épuisé, Ulysse s'endort. Lorsqu'il se réveille, il est frappé par une odeur de viande rôtie. Sous la Conduite d'Euryloque, les marins lui ont désobéi et ont tué pour les manger les bœufs blancs d'Hypérion, le dieu Soleil. Désespéré, Ulysse aperçoit les dépouilles des animaux égorgés, il entend leurs meuglements. Un vent violent s'élève, ils ne peuvent prendre la mer. Et pendant six jours Ulysse, impuissant, voit ses hommes se repaître des bœufs sacrés. Ils ignorent que leur destin est déjà scellé car Hypérion s'était plaint à Zeus de leur sacrilège.

 

Lorsque le vent se calme, Ulysse peut quitter l'île du Soleil. Le navire est déjà au large lorsque Zeus suscite un ouragan qui le réduit en pièces. Seul, Ulysse échappe au naufrage en s'agrippant à un tronçon de mât. Ballotté pendant neuf jours sur une mer démontée, il aborde enfin à l'île de Calypso.

 

Chant XIII. Le roi Alcinoos et sa cour demeurent silencieux. Le récit d'Ulysse les a tenus sous le charme. Enfin le roi prend la parole et promet à Ulysse que son navire pourra repartir le lendemain, les habiles Phéaciens sont prêts à le reconduire à Ithaque.

 

Le jour suivant, Ulysse prend congé de ses hôtes si généreux et, chargé de présents, s'embarque vers sa patrie. Les marins phéaciens font glisser le navire comme un cygne à la surface des eaux, et, pour la première fois depuis dix-neuf ans, Ulysse s'endort paisiblement. Le navire atteint Ithaque juste avant l'aurore. Les Phéaciens débarquent les cadeaux reçus par Ulysse dans une anse abritée, et laissent le héros se reposer à l'ombre d'un olivier.

 

Poséidon, ulcéré de voir que les Phéaciens ont reconduit Ulysse dans son pays, tourne sa colère contre ce peuple généreux. II change en pierre le navire au moment où il touche Schéria, et le fixe comme un rocher dans la mer. Alcinoos reçoit à regret l'avertissement de Poséidon. II renoncera à l'avenir à aider les voyageurs avec franchise, et, pour apaiser le dieu de la mer, il lui offre en sacrifice douze taureaux superbes.

 

Pendant ce temps, Ulysse s'est réveillé, mais il ignore où il se trouve. Prenant l'apparence d'un berger, Athéna lui explique qu'elle l'a entouré d'un nuage de brouillard afin qu'ils puissent convenir d'un plan sans être vus. Et la déesse le rassure: il est bien à Ithaque. Elle lui explique la situation qui règne au palais et le déguise en vieux mendiant pour que nul ne puisse le reconnaître. Quant à elle, elle va se rendre à Sparte pour en faire revenir Télémaque. Ulysse, de son côté, doit aller trouver Eumée, le chef de ses porchers, qui lui est resté fidèle.

 

Chant XIV. Eumée entend ses chiens aboyer furieusement après un étranger. II se précipite pour les faire taire. Apercevant un vieil homme épuisé par un long voyage, il l'invite à se reposer chez lui. Ulysse, qui s'est présenté comme un soldat crétois appartenant à l'armée qui accompagna Idoménée à Troie, est ému par la  bonté de ce loyal serviteur. II passe la l nuit avec les ouvriers de la ferme, couvert d'un large manteau que lui a prêté Eumée, parti surveiller ses troupeaux.

 

Chant XV. Athéna arrive à Sparte, où Télémaque et Pisistratos dorment dans le palais de Ménélas.

Elle enjoint à Télémaque de retourner immédiatement à Ithaque où la pression des prétendants à la main de sa mère, Pénélope, s'accentue dangereusement. En outre, les prétendants lui tendent une embuscade. Télémaque prend donc congé de Ménélas, son hôte si chaleureux, qui accompagne les deux jeunes gens jusqu'à leur char. Tout en marchant, ils aperçoivent un aigle, portant dans ses serres une oie blanche qu'il a saisie dans la cour d'une ferme, voler au-dessus du char avant de remonter dans le ciel avec sa proie. Ménélas interprète cela comme un heureux présage: Ulysse reviendra dans son royaume et fondra sur les prétendants comme un aigle. Avant de s'embarquer à Pylos, Télémaque accueille à son bord Théoclyménos, un fugitif originaire d' Argos.

 

Dans la cabane d'Eumée, Ulysse déclare son intention de se rendre à la ville pour y trouver un travail honnête. Eumée l'en dissuade, car il risquerait de se quereller avec les serviteurs des prétendants, qui se moqueront de ses cheveux blancs. Il lui conseille d'attendre le retour de Télémaque. Tout en préparant le repas, Eumée raconte son histoire à Ulysse. Tout enfant, il a été vendu comme esclave, mais il a eu la chance d'être acheté par le bon roi Laerte, le père de leur roi disparu, Ulysse.

Evitant l'embuscade tendue par les prétendants, Télémaque aborde à Ithaque. Son passager, Théoclyménos, est confié aux soins de ses compagnons. A ce moment, un faucon, tenant une colombe dans ses serres, s'approche du navire. Les plumes blanches de l'oiseau captif s'agitent au-dessus de Télémaque: le faucon est en effet le héraut d'Apollon venu encourager le fils d'Ulysse.

 

Chant XVI. Ulysse et Eumé sont en train de prendre un repas lorsque des pas se font entendre. Mais les chiens n'aboient pas, ce doit être un ami. Eumée sort en hâte: les chiens accueillent joyeusement Télémaque. Le vieux porcher est transporté de joie en le voyant sain et sauf.

Il s'empresse de lui donner de bonnes nouvelles de sa mère et le fait rentrer dans sa cabane. Télémaque y aperçoit un étranger qui se lève courtoisement à son approche et lui offre son siège. Eumée lui explique qu'il s'agit d'un soldat crétois qui s'est battu devant Troie. Télémaque avoue, qu'il est mortifié de ne pouvoir lui donner l'hospitalité, à cause du désordre qui règne dans sa maison. Mais tant qu'il demeurera chez Eumée, Télémaque lui offrira des vêtements neufs et de la nourriture.

 

Ulysse explique que son hôte généreux lui a appris qu'en effet la situation au palais est loin d'être satisfaisante. Eumée convainc Télémaque de le laisser aller rassurer Pénélope et Laerte sur son sort. Athéna déclare à Ulysse que le moment est venu de se faire reconnaître de son fils. Elle l'effleure de sa main et voici que le vieil homme en haillons redevient Ulysse vêtu de lin fin, et que les cheveux gris font place aux cheveux bruns. Télémaque le regarde stupéfait. Ulysse lui dit qu'il est son père. L'émotion qu'il ressent devant la bravoure de son fils lui laisse â peine la force de l'embrasser avant de fondre en larmes.

Ils mettent au point leur plan.

Depuis la mort présumée d'Ulysse, le nombre des prétendants s'est accru : ils sont plus d'une centaine, sans compter leurs serviteurs.

 

Télémaque retournera au palais sur l'heure et fera enlever toutes les armes qui s'y trouvent, à l'exception de deux épées, deux lances et deux boucliers qu'il mettra en lieu sûr.

Lorsque viendra le moment d'agir, Ulysse lui promet qu'Athéna en donnera le signal. De son côté, Ulysse se' rendra au palais déguisé en mendiant. Télémaque ne devra tenir aucun compte des grossièretés dont son père pourra être l'objet. Et nul ne doit savoir qu'Ulysse est de retour.

 

Apprenant que Télémaque a échappé à leur embuscade, les prétendants sont furieux.' Antinoos, le plus riche d'entre eux, est d'avis qu'il faut le mettre à mort. Amphinomos de Dulichium refuse de commettre ce crime. Les autres prétendants sont de son avis. Leur discussion est interrompue par l'arrivée de Pénélope. La reine les assure qu'elle connaît leur état d'esprit. Combien d'entre eux doivent la vie au roi dont ils dépouillent le royaume et dont ils voudraient déshonorer l'épouse! Pénélope et ses suivantes se retirent. Les prétendants n'osent pas lui répondre, mais leur conduite ne change pas.

 

Eumée vient faire son rapport à Télémaque. Il a vu aborder au port un navire d'où sont descendus des hommes en armes. Le vieil homme ignore qu'il s'agit du navire qui a ramené Télémaque, faisant son entrée officielle à Ithaque après avoir débarqué Télémaque en lieu sûr. Les hommes armés sont les vingt compagnons qui ont accompagné Télémaque depuis Pylos.

 

Chant XVII. Pendant ce temps, Athéna a redonné à Ulysse l'apparence d'un mendiant, afin qu'Eumée retrouve celui qu'il a quitté. Le lendemain matin, Télémaque se hâte d'aller voir sa mère pour se concerter avec elle. Vers midi, Eumée et Ulysse e rejoignent. Télémaque rassemble autour de lui les quelques rares amis qui lui sont restés fidèles: Mentor, Haliserthès et Antiphos. Peiraeos et Théoclymenos se joignent à eux. Pénélope, voyant ce dernier, est rassurée sur l'avenir par ses dons de prophétie.

 

Ulysse et Eumée arrivent au palais. Ils sont insultés en chemin par un chevrier, Mélanthios. Dans la cour, Ulysse est ému en retrouvant son vieux chien, Argos, couché sur un tas de fumier. Ce fidèle animal, reconnaissant son maître, n'a que la force de se redresser avant de retomber, mort.

 

Télémaque, qui guettait leur arrivée, se lève de table à leur approche et emplit un plat de nourriture qu'il leur fait porter. Puis il autorise Ulysse à demander l'aumône à ceux qui sont réunis dans la grande salle.

Tous les prétendants lui remettent quelque relief de leur festin, sauf Antinoos qui l'insulte et le frappe avec un tabouret. Ulysse ne bronche pas et maudit Antinoos, lui prédisant qu'il mourra avant le jour de son mariage.

Pénélope apprend qu'un hôte a été outragé; elle demande à Eumée de lui conduire le mendiant étranger.

Eumée lui recommande la prudence: les prétendants - et singulièrement le malveillant Antinoos - seront tentés de se venger s'ils apprennent que la reine a reçu cet étrange mendiant qu'ils méprisent tous. Mieux vaut attendre le coucher du soleil, ainsi les prétendants ignoreront tout. Eumée retourne à la ferme prendre soin des troupeaux de son maître.

 

Chant XVIII. Un nouveau venu fait son entrée dans le vestibule : un bravache nommé Arnaeos, commissionnaire des prétendants qui l'ont surnommé Iros (le masculin d'Iris, la messagère des dieux), le messager. Ils lui donnent, d'un signe de tête, l'ordre de chasser Ulysse de son siège dans l'angle du porche. Le brutal Iros crie à Ulysse de sortir, sinon il le chassera lui-même, bien qu'il prétende avoir honte de lever la main sur un si vieil homme. Antinoos et les autres prétendants, amusés de cette dispute, font cercle autour des deux hommes. A leur grande surprise, Ulysse accepte de se battre contre Iros. Antinoos propose au vainqueur un cuissot de chevreau en récompense. Ulysse demande simplement que nul ne s'interpose entre eux.

Télémaque le lui promet.

 

Ulysse se lève et rejette ses haillons. Iros comprend l'erreur qu'il a commise: ce « vieillard» a de larges épaules, des bras forts et des jambes nerveuses. Mais il est trop tard pour refuser la lutte. Ulysse le jette à terre sans effort, le traîne jusqu'à la porte et lui ordonne de rester assis sur le seuil pour en chasser les chien et les porcs, car tel est bien son emploi. Amphinomos - celui des prétendants qui a repoussé la suggestion de tuer Télémaque - s'avance alors et offre à Ulysse du pain et du vin, puis boit à sa santé. Cette courtoisie émeut Ulysse. II essaie d'avertir le jeune homme du danger qui le menace, mais le destin d'Amphinomos est scellé et, sans comprendre l'allusion d'Ulysse, il retourne à sa place dans la grande salle.

 

Pénélope tente alors une autre manœuvre auprès des prétendants. Elle paraît dans la grande salle, suivie de ses dames d'honneur, dans tout l'éclat de sa beauté. Elle déclare aux prétendants que, si leurs intentions sont sérieuses, ils doivent lui faire leur cour selon les usages et lui offrir des présents. Or, ils sont venus les mains vides. Comment pourrait­elle croire à leur sincérité?

 

Ulysse, assis dans son coin, est ravi de la présence d'esprit de Pénélope et en apprécie le résultat: les prétendants rivalisent de générosité et lui offrent de magnifiques cadeaux.

Au coucher du soleil, la grande salle est illuminée par des torches et quelques-unes des servantes du palais s'empressent autour des prétendants.

Ulysse, furieux de ce spectacle, ordonne à l'une des servantes - Mélantho - envers laquelle Pénélope s'est montrée particulièrement bonne, de servir sa maîtresse et non ceux qui la persécutent. Mélantho et les autres servantes disent à Ulysse de se taire, sinon il recevra un coup de poing sur le nez.

 

L'autorité naturelle d'Ulysse transparaît en dépit de son déguisement : sa voix de tonnerre et ses menaces terrorisent les jeunes filles qui s'enfuient en courant. Eurymaque, l'un des plus grossiers parmi les prétendants, propose à Ulysse une place d'ouvrier à son service. Ulysse lui répond qu'il n'est qu'un matamore et que, lorsque le roi reviendra, aucune porte ne sera assez large pour le laisser s'enfuir. Eurymaque jette un tabouret à Ulysse, qui l'esquive. Le tumulte gronde, mais Télémaque parvient à l'apaiser et les prétendants repartent chez eux, les uns surpris, les autres furieux.

Chant XIX. Ulysse est seul dans la grande salle. Pénélope entre et s'assied auprès de l'âtre. Les servantes s'apprêtent à desservir la table. A nouveau Mélantho se montre grossière envers Ulysse. La reine la réprimande vivement. Pénélope invite l'étranger à s'asseoir à ses côtés, devant le feu, et à lui raconter sa vie. Ulysse ne se dévoile pas, mais laisse clairement entendre à la reine que son mari est vivant et reviendra certainement à Ithaque. Pénélope lui promet une belle récompense si ses prédictions se réalisent. Puis elle envoie ses suivantes préparer un bain et une chambre pour son hôte. Tout en la remerciant de sa bienveillance, Ulysse lui demande si, plutôt que de déranger ses gracieuses suivantes, il ne se trouverait pas dans la maisonnée une personne de son âge qui s'occuperait de lui. Pénélope envoie alors les chercher Euryclée, la vieille nourrice toute dévouée à son fils. Celle-ci apporte une cruche d'eau chaude pour laver les pieds de l'étranger.

 

Soudain, Ulysse comprend que la nourrice va le reconnaître. Il porte en effet une cicatrice au pied, souvenir d'une chasse au sanglier. Euryclée la voit: assise devant son maître, la joie et la stupéfaction se lisent en même temps sur son visage. Heureusement, Ulysse tourne le dos à Pénélope et réussit à persuader la nourrice de se taire. Et tandis que Pénélope s'entretient avec ses suivantes, Ulysse confie ses plans à Euryclée.

Pénélope déclare à l'étranger que, si elle est obligée d'épouser l'un des prétendants, elle choisira celui qui montrera la même force et la même adresse que son mari disparu.

L'arc d'Ulysse est toujours au palais, celui-là même avec lequel il s'exerçait à lancer ses flèches à travers le cercle formé par douze fers de hache alignés.

 

Chant xx. Au cours de la nuit, Athéna vient rendre visite à Ulysse.

Elle lui dit d'avoir confiance dans les dieux et lui donne un sommeil paisible. Mais il s'éveille à l'aube et entend Pénélope pleurer. Ulysse adresse alors une prière à Zeus.

Deux signes favorables l'en récompensent. D'abord une pauvre servante, épuisée par le travail supplémentaire que lui donnent les prétendants, supplie Zeus d'en finir avec eux ce jour même; puis un roulement de tonnerre retentit à travers le ciel. Ulysse, plein d'espoir, se prépare à affronter cette journée.

 

Eumée arrive au palais, amenant trois beaux porcelets pour le festin du jour. Mélanthios, le chevrier, apporte des chèvres et insulte à nouveau le « mendiant». Philoetios, le bouvier, vient avec une génisse. Il est à la fois courtois et compatissant, et déclare que seul le retient à Ithaque l'espoir que son maître Ulysse y reviendra, car la vie y est insoutenable pour un homme honorable. Ulysse a le cœur réchauffé par la loyauté de son serviteur et lui promet que tout finira bien.

 

Les prétendants, quant à eux, sont revenus à leur idée de tuer Télémaque. Mais un présage les effraie : ils voient un aigle dans le ciel tenant une colombe dans ses serres. La colombe est toujours en vie. Ils entrent dans le palais et s'assoient à la table de la grande salle. Ulysse est auprès du foyer, et Télémaque précise avec force que son hôte ne doit en aucun cas être molesté. Il parle avec autorité et les prétendants en sont désagréablement surpris. L'un d'entre eux, Ctésiphos, lui répond insolemment que son hôte recevra l'hospitalité de tous, et ce disant, jette à la tête d'Ulysse un tabouret. Ulysse s'écarte, et le projectile se fracasse contre un mur. Réfrénant à grand-peine l'envie d'abattre Ctésiphos, Télémaque lui lance, ainsi qu'aux autres prétendants, un dernier avertissement. Tandis qu'il parle, la lumière s'affaiblit dans la grande salle. Théoclyménos, assis à côté de Télémaque, se lève et déclare aux prétendants que l'obscurité couvre leurs visages, que les murs sont éclaboussés de sang - et qu'une catastrophe à laquelle ils n'échapperont pas va fondre sur eux.

Et tandis que Théoclyménos quitte la salle, les prétendants se moquent des amis choisis par Télémaque : l'un est un vieux mendiant et l'autre un simple vagabond qui se prétend devin.

 

Chant XXI. Pénélope entre dans la grande salle, portant l'arc et les flèches d'Ulysse, présent d'Iphitos, qui les avait reçus de son père, le génial archer Eurytos. Ses dames d'honneur la suivent, chargées des haches dont Ulysse se servait.

La reine confie l'arc de son mari aux prétendants, afin qu'ils essaient leur force. Pendant ce temps, Ulysse se fait reconnaître d'Eumée et de Philoetios, auxquels il révèle ses projets.

 

Aucun des prétendants ne réussit à tendre l'arc. Pour dissimuler leur embarras, Antinoos déclare que le jour n'est pas propice au tir à l'arc, car il est consacré au divin archer, Apollon. Cependant Ulysse se lève, et demande la permission d'essayer l'arc à son tour. Les prétendants sont outrés. Télémaque prie sa mère de se retirer: surmontant sa surprise, Pénélope obéit. Les prétendants proclament leur colère devant l'audace de ce mendiant en haillons. Eumée aligne néanmoins les haches, puis il remet l'arc à Ulysse et sort en hâte.

Le vieil homme courageux demande à Euryclée de fermer à double tour les portes des appartements des femmes; la nourrice s'y emploie promptement. Puis Eumée fait signe à Philoetios de barricader les grilles qui donnent sur la cour.

Les prétendants sont stupéfaits : Ulysse vient de réussir à tendre le grand arc. Sa flèche, avec une sûreté infaillible, traverse le cercle formé par les haches. Ils l'entendent déclarer à Télémaque « le moment est venu », et Télémaque, armé de son épée et de son javelot, se place à ses côtés. Le tonnerre de Zeus retentit dans le ciel.

 

Chant XXII. Rejetant ses haillons, Ulysse ajuste une autre flèche à son arc et la décoche droit à la gorge d'Antinoos au cœur sauvage, qui meurt sur le coup. Les prétendants cherchent désespérément leurs armes, mais Télémaque les a fait enlever. Ulysse, d'une voix triomphante, leur annonce que leur destin est scellé.

N'étaient-ils pas persuadés que le roi ne reviendrait jamais à Ithaque ?

 

Les prétendants comprennent qu'ils sont en danger de mort. Mélanthios, le chevrier, réussit à s'emparer de quelques armes mais Ulysse et Télémaque l'aperçoivent : Eumée et Philoetios l'enferment dans l'armurerie et le pendent au plafond de la pièce.

Puis ils reviennent aux côtés d'Ulysse dont toutes les flèches sont mortelles.

 

Mais les munitions s'épuisent, et Ulysse craint que ses trois compagnons et lui-même ne soient écrasés sous le nombre des prétendants. Soudain, à la surprise générale, Mentor apparaît dans la grande salle. Mais ce n'est pas le précepteur de Télémaque, c'est Athéna qui a revêtu son apparence. Elle vient redonner du courage à Ulysse, et les quatre amis, réconfortés, se battent avec une ardeur renouvelée. Athéna se joint à eux, créant des diversions et détournant le cours des armes des prétendants, qui ne frappent que les portes ou les poutres. Bientôt la lutte s'achève. Philoeletios a la satisfaction d'abattre Ctésiphos, tandis qu'Eumée compte les prétendants dont il s'est débarrassé.

Seuls sont épargnés le barde, Phémios, et Médon, le héraut des prétendants, car ni l'un ni l'autre n'ont participé à la spoliation du royaume d'Ithaque, ou insulté Ulysse.

 

Euryclée a entendu le bruit de la bataille. Télémaque va chercher sa nourrice et la conduit devant son père, debout dans la grande salle, au milieu d'un carnage indescriptible, entouré de ses deux fidèles serviteurs Euryclée est tentée de crier sa joie devant le triomphe de son maître, mais Ulysse l'empêche de se réjouir ouvertement en présence de tous ces morts.

 

Il lui demande d'amener devant lui les servantes qui l'ont insulté : les trois hommes emporteront les cada-vres des prétendants, les jeunes filles nettoieront la salle. Puis elles mourront. Télémaque, rempli de haine envers celles qui ont déshonoré la demeure de ses parents, les pend. Mélanthios, lui aussi, est brutalement mis à mort. On lui arrache le nez et les oreilles, que l'on jette aux chiens ; puis on lui coupe les mains et les pieds et on le laisse mourir lentement devant les grilles du palais.

 

Sa maison remise en ordre, Ulysse, entouré des serviteurs qui lui sont demeurés fidèles et lui témoignent leur joie de son retour, ne peut retenir son émotion. Debout au milieu d'eux, il laisse couler ses larmes. 1

 

Chant XXIII. Euryclée se hâte de porter à Pénélope la joyeuse nouvelle. La reine n'en croit pas ses oreilles et descend dans la grande salle, vide et silencieuse à présent. Elle prend sa place auprès du feu et regarde Ulysse, muette. Malgré les adjurations de Télémaque, Pénélope demeure immobile, incrédule devant les guenilles que porte encore Ulysse.

 

Celui-ci se lève alors : il va prendre un bain et se changer. Mais lorsqu'il revient, vêtu comme un roi, la reine reste insensible. Ulysse demande donc qu'on lui dresse un lit quelque part, puisque son épouse ne veut pas le recevoir. Pénélope demande à Euryclée de sortir de la chambre le grand lit qu'Ulysse a fait de ses mains. Furieux, Ulysse répond qu'il est impossible de déplacer ce lit, puisque l'un des montants n'est autre qu'un olivier vivace autour duquel le lit a été construit. La reine s'écroule en pleurant, car elle sait maintenant qu'Ulysse est de retour : nul autre au monde ne connaît leur chambre nuptiale.

 

Chant XXIV. Le calme revenu dans son palais, ayant retrouvé l'amour de sa femme, il reste à Ulysse à remettre de l'ordre dans son royaume et à rendre visite à son père Laerte. Bien qu'il soit fort âgé, Laerte semble revivre en retrouvant son fils, qu'il identifie, comme Euryclée, grâce à la cicatrice qu'il porte au pied. Ensuite Ulysse et Télémaque, accompagnés d'Eumée et de Philoetios, cherchent le moyen d'éviter l'effusion de sang qui menace après la mort des prétendants, dont les familles demanderont certainement vengeance. En fait, une foule irritée est rassemblée en ce moment même dans la ville. Eupithès, le père d'Antinoos, levé accuse Ulysse qui, non content d'avoir emmené les plus braves jeunes gens à une guerre inutile contre Troie, à peine revenu à Ithaque, assassine les hommes de sa race. La foule est influençable et lui donne raison; nombreux parmi elle sont ceux qui viennent de perdre un membre de leur famille. Médon et Halithersès arrivent sur la place et expliquent à l'assemblée que c'était une folie d'autoriser leurs pères ou leurs fils à dépouiller la maison d'Ulysse.

 

Cependant, Eupithès l'emporte.  II marche, à la tête d'une foule en armes, jusqu'à la maison de Laerte où il sait que se trouve Ulysse. Laerte, ses gardes et les amis d'Ulysse ne sont que douze. Furieux de la façon dont Eupithès a excité la foule contre son propre roi, Laerte lui lance une javeline qui le tue sur le coup. Ulysse conduit la contre-attaque, tandis qu'Athéna pousse un cri terrible, qui provoque la panique des assaillants et les fait reculer d'effroi. Pour empêcher un nouveau carnage, combien inutile, Zeus intervient. II envoie un éclair au-devant de sa fille et lui ordonne de faire cesser les combats, car la paix doit être restaurée.

 

Athéna calme l'ardeur  belliqueuse des antagonistes; le massacre est évité. Enfin, reprenant la forme de Mentor, la déesse achève de  rendre la paix au royaume d'Ithaque.

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20 mai 2018

Histoire de sociétés futures.

socfutures

 

Pour l'amour de Grace par Suzette Hadden Elgin.

Le Khadich Ban-Harihn regarda un disque à un message lui apprenant que sa femme la khadicha Althea était anormale. Il devrait commander un rapport pour en savoir plus elle peut être rentrée chez lui ce qu'il lui demanderait neuf mois de voyage. Il appela une scribe pour obtenir un rapport sur sa femme. Il voulait savoir si c'était grave et urgent. La scribe répondit juste : « négatif ».

Le rapport arriva quatre jours plus tard.

Le rapport était écrit en symboles alors le khadich l'introduisit dans son transcripteur. Le rapport avait été écrit par la scribe de sa Maison.

Le khadich apprit que sa femme avait empêché sa fille de s'avancer pour parler à la poète Anne-Marie lors du festival des Pluies de Printemps. La poète avait été offensée. La famille du khadich empêcha la khadicha de participer aux heures de transes.

Il s'agissait donc d'insulte publique à un poète. Le khadich mesurer les répercussions.

Anne-Marie était le seul poète femelle de la planète. Il était fort probable qu'elle réagirait avec déplaisir à une insulte publique, venant qui plus est d'une femelle. Elle essayerait probablement de se venger sur les fils du khadich qui ne pouvait risquer qu'une femelle vindicative détruise ce qu'il avait conquis.

Il décida de quitter la terre pour rentrer sur sa planète.

Il avait ses cinq fils à l'université. Ils avaient été sélectionnés par concours pour l'État de poésie.

Son plus jeune fils avait été élu, déliant ainsi l'aîné de son voeu de célibat. Cela signifiait que son petit-fils serait le descendant direct d'un Poète, chose qui ne s'était pas produite de mémoire d'homme. Depuis 300 ans, les fils d'une même famille n'avaient jamais été admis à faire des études de poésie tous ensemble.

Lorsque le khadich arriva chez lui, ses fils l'attendaient dans la bibliothèque. Ils s'assirent et le khadich frappa trois coups selon le rituel ancien.

Michael, le fils aîné du khadich raconta ce qu'il s'était passé depuis le départ de son père qui avait mis 10 mois à rentrer chez lui.

Mickaël avait consigné la khadicha dans ses appartements après l'incident de la fête. Mais elle désobéit alors il fit mettre une médication dans le lait qu'on lui servait et elle devint docile.

Jacinthe, la fille du khadich écrivit au poète Anne-Marie lui annonçant son intention de se présenter au concours de poésie. Anne-Marie transmit sa lettre aux autorités de l'Unité de Poésie. Sur ordre du gouvernement, Jacinthe avait été cloîtrée pour éviter de contaminer les autres femelle.

Le khadich demanda à ses fils s'ils désiraient que leur mère soit placée sous médication permanente. Ils préféraient attendre.

Il y avait une fleur mobile chez le khadich. Il demanda à l'intendante de quel sexe était la fleur. C'était une fleur mâle. Alors le khadich la garde après de lui.

An-Ahda, l'avocat du khadich écouta son client. L'avocat dit qu'il ne pouvait rien faire. La loi autorisait les femelles à participer au concours de poésie, à condition qu'elles soient âgées de 12 ans et qu'elles soient citoyennes de la planète.

Si Jacinthe échouait, elle serait isolée à vie dans la résidence de sa famille.

Jacinthe serait cloîtrée tant que le concours n'aura pas lieu.

La punition, en cas d'échec était dure, pour éviter le chaos si toutes les jeunes femelles émotives faisaient valoir leurs droits à participer au concours.

La loi estimait que la profession de poésie était une charge religieuse, il fallait prévoir une ouverture pour les rares occasions où le Créateur jugerait bon d'appeler une femelle à son service.

Il n'y avait eu que trois poètes femelle en 9000 ans.

Le khadich pouvait interjeter un appel galactique mais l'avocat lui expliqua que cela créerait un incident international intergalactique. Le khadich renonça.

Le khadich savait ce que risquait Jacinthe car il avait une soeur qui avait échoué au concours de Poésie. Elle avait 46 ans et n'était pas mariée.

Elle s'appelait Grace. Elle était recluse chez le khadich. Elle n'avait droit qu'à quelques livres et papiers.

L'unité de discipline féminine était très stricte sur ce point. Elle était devenue folle. Le khadich alla voir sa femme.

Il lui donna une capsule et la lui fit avaler. Elle sortit de sa torpeur.

Elle expliqua à son mari que Jacinthe voulait être poète comme ses frères en disant que ce serait un grand honneur pour leur maison si tous les enfants du khadich étaient admis à servir la Foi.

Quand Anne-Marie lui fit l'honneur de la distinguer lors de la procession cela confirma Jacinthe dans sa volonté.

Elle avait acquis la certitude d'avoir été élue.

La khadicha l'avait emmenée voir Grace dans la cellule pour la dissuader mais Jacinthe n'avait pas renoncé. Le khadich avoua à sa femme qu'il avait l'intention de déposer une plainte à l'Unité de Discipline Féminine la concernant. Elle s'y attendait.

L'UDF était déjà intervenu pour forcer la khadicha à faire l'amour à son mari. Sachant tout du comportement de Jacinthe, le khadich renonça à sa plainte car il aurait agi comme sa femme pour empêcher Jacinthe de tenter le concours.

Le jour du concours, la famille du khadich resta à la maison se préparant à l'inévitable. Les servantes en pleurs avaient préparé une autre cellule proche de celle de Grace. Le khadich avait autorisé sa femme à quitter ses appartements pour la journée.

James demanda à son père si Jacinthe pouvait réussir. C'était son fils cadet. Michael lui fit comprendre que Jacinthe n'avait aucune chance. Mais James posa la question à son père qui lui aussi croyait à l'échec de sa fille. Lui-même avait échoué quand il avait 16 ans.

James trouvait la loi cruelle et se promit de devenir puissant et de la changer. Ses frères rirent mais le khadich leur ordonna de laisser James tranquille.

Le khadich devina que James avait joué un rôle dans cette affaire et James avoua s'est entraîné au concours avec Jacinthe car il ne voulait pas être le seul fils du khadich avoir échoué. Elle était bien meilleure que lui. Il eut honte de l'avouer.

Le concours de poésie avait sept niveaux. Mickaël avait été admis au quatrième niveau et ses frères n'avaient accédé qu'au premier.

Après le premier niveau, les ordinateurs jouaient un rôle. Le khadich demanda à Michael de lui raconter. Il fallait aller dans des petites cabines où se trouvait le tableau de l'ordinateur et en appuyer sur le bouton « prêt ». L'ordinateur donnait des thèmes de poésie.

Les candidats devaient répondre tout de suite sans écrire.

À chaque niveau, les ordinateurs donnaient des sujets plus difficiles.

Le khadich obtenait son titre de « coller » signifiant « administrateur de propriétés et de Maisons importantes » en passant un unique examen oral.

Jacinthe n'avait pas étudié la prosodie et n'avait pas suivi les ateliers d'été.

Elle serait sûrement terrifiée au point de ne pouvoir sortir un mot.

Anne-Marie avait réussi le deuxième niveau.

L'heure de la Méditation était arrivée et les fils du khadich se retirèrent dans leur chambre.

Le khadich était furieux contre Jacinthe et contre la loi.

Il regarda des émissions sur son com-system mais il les trouva nulles.

Il tomba sur les informations. Le speaker annonçait les résultats du concours de Poésie. Mais le khadich éteignit et appela l'Unité de Poésie. On lui annonça que des messagers étaient en chemin. Les messagers ramenèrent Jacinthe chez elle. Elle ne pourrait parler à sa famille qu'une minute pour lui dire adieu. Jacinthe avait réussi le septième niveau du concours. Elle devait recevoir un enseignement au temple de l'université. La planète allait fêter cet événement.

Jacinthe ne dit pas adieu à sa famille mais ordonna qu'on libère Grace le temps de lui annoncer que Jacinthe avait réussi le concours.

Les champs d'or par Kit Reed.

Hamish et Nelda était un vieux couple. Ils étaient dans une villégiature. Les chasseurs étaient plein de sollicitude mais cela agaçait Hamish. Le mobilier était rare et de type fonctionnel. Tout autour de la pièce, une main courante.

Ils avaient tout vendu pour acheter cette chambre de motel. Nelda ne voulait pas revenir d'où ils venaient à cause des voisins et d'Albert et Lorraine. Hamish avait peur d'Albert et Lorraine. C'étaient ses enfants. Mais un jeune homme entra et replia le cadre des photos de familles de Nelda et le rangea dans le tiroir de la table de toilette.

Le jeune homme s'appelait Richardson. C'était le directeur de l'établissement. Il leur présenta Cletus Ford, le doyen en second du Motel.

La résidence appelait les Champs d’Or et Richardson vérifiait qu'ils étaient bien installés.

Cletus essaya de parler mais Richardson l'obligea à se taire en le menaçant du règlement.

Richardson lista les avantages de la résidence : le soleil, la natation, la compagnie des gens de l'âge d'Hamish et Nelda. Il y avait un assistant à chaque terrasse.

Lever à 7:00 et coucher à 21:00, le règlement était strict.

Cletus parla des clubs, il y avait le groupe d'Adorateurs du soleil et une loge maçonnique de premier ordre. Il y avait le Lion’s club.

Cletus avait cherché les limites de la résidence et il avait marché pendant des kilomètres. Cletus leur montra la Tour de l'espoir de la fenêtre et l'hôpital.

Hamish se demanda comment il pourrait convaincre Nelda de partir mais elle lui montra le journal la Corne d'or.

Une vieille dame entra. Elle cherchait Cletus. Elle s'appelait Lucy Fortmain. Nelda lui offrir un bonbon. Nelda et Lucy parlèrent de leurs enfants. Ceux de Nelda avaient 39 et 43 ans.

Mais Lucy finit par avouer qu'il y avait un problème dans la résidence. Pour tout ce que le personnel donnait, il enlevait quelque chose aux résidents.

Lucy n'avait même plus de miroirs dans sa chambre. S'ils l'avaient laissée partir, Lucy se répartit dans la minute mais ces enfants ne voulaient pas d'elle.

Hamish pensait qu'ils étaient en prison. Même les chaises étaient vissées au sol.

Il voulait retourner chez ses enfants mais Nelda lui rappela combien ils étaient stricts.

Nelda avait besoin d'Hamish et lui fit promettre de rester avec elle dans la résidence.

Cletus revint et se terra dans leur douche. Lucy vint le chercher. Il pestait contre le personnel et voulait une piqûre.

Cletus et Lucy étaient là depuis 14 ans. Cletus fuyait le personnel car il ne voulait pas mourir.

Lucy lui demanda d'avoir du courage. Elle l'emmena à la charrette des morts qui les emmènerait à la Tour du Sommeil.

Hamish fit ses valises.

Nelda savait ce qui les attendait.

Elle avait lu sur la brochure de la résidence. C'était écrit à la fin, en petits caractères. Les vieux avaient tout ce qu'ils voulaient jusqu'au moment où ils avaient utilisé leur quota de médicaments. Après on les tuait.

Nelda ne voulait plus dépendre de ses enfants. Dans la résidence elle aurait droit à un peu de confort et de sécurité avant d'être tuée.

Hamish voulait rentrer chez ses enfants mais Nelda lui avoua que c'était leurs enfants qui avaient voulu les envoyer aux Champs d'or. Hamish voulut quand même partir. Et quand il sortit, il comprit qu'une rumeur sourde se dirigeait vers lui.

Un cimetière sur toute la terre par C. C. Mac App.

Tout a commencé par un incident technique survenu à la nouvelle machine comptabilisatrice d'une fabrique de cercueils. Cette erreur portant sur la deuxième décimale échappa à toutes les vérifications humaines et mécaniques.

Le budget consenti au chef de service publicité était 50 fois supérieur à ce que le chef attendait. Cette année-là, les affaires n'avaient pas été merveilleuses. Les acheteurs ne se pressaient pas aux portes des magasins.

La soudaine publicité pour les cercueils créa un choc.

Les journaux et tous les moyens d'information firent de la publicité pour les cercueils.

Jamais l'opinion publique n'avait essuyé assaut aussi violent. Les consommateurs se précipitèrent chez les marchands de cercueils. Les supermarchés ouvrirent un rayon de cercueils.

Les stations-service en vendirent aussi. Comme les instituts de beauté. La fièvre régnait en bourse. Des grèves éclatèrent.

Le Congrès fut convoqué et le Président fut autorisé à rationner le bois pour faire face à la pénurie. S'inclinant devant les pressions des groupes occultes, les États-Unis promulguèrent des lois interdisant l'incinération.

Le marché noir du cercueil apparut.

Le directeur de la publicité qui avait été à l'origine de ce bouleversement s'était battu en mettant en oeuvre les moyens formidables dont il disposait pour obliger les usines productrices à constituer des stocks.

Cela ne satisfaisait qu'une faible partie de la demande.

Les sociétés de pompes funèbres affrétèrent à prix d'or des avions à réaction, dépouillés de leurs sièges, sillonnant le monde pour acheter des cercueils dans le monde entier.

Le 23 décembre, la frénésie s'apaisa et les affaires marquèrent le pas.

Beaucoup d'États-Uniens possédaient plusieurs cercueils.

Quant aux habitants des autres pays, il valait mieux pour eux qu'ils ne mourussent pas dans l'immédiat.

Le chef de publicité avait été promu directeur des ventes et président-directeur général adjoint.

Fin janvier, il lança une nouvelle campagne. Il fallut se rendre à l'évidence : les modèles de Noël étaient démodés. Le cercueil était devenu le nouveau symbole de la respectabilité sociale.

C'était le marasme dans l'industrie automobile car les garages étaient remplis de cercueils. Le cours des valeurs pétrolières s'effondra.

Les cercueils les plus luxueux étaient de véritables maisons décorées.

Le plus vaste était de forme triangulaire, était baptisé « réunion de famille » et comportait une série de niches pour les parents, huit enfants plus deux petits camarades et le chat.

Les ventes reprirent de plus belle.

Le chef de la publicité pensait qu'il fallait faire en sorte que les gens se servent de leurs cercueils.

À présent, il disposait de tous les crédits qui lui étaient nécessaires.

Les choses commencèrent tout doucement et de manière si peu violente que rares furent ceux qui parlèrent de suicide.

Les adolescents organisèrent des « casse-pipe parties ». La mode de se répandit chez les adultes.

Les cercueils étaient vraiment confortables.

Il suffisait aux gens de fermer les yeux et ils mouraient, le sourire aux lèvres.

Le bloc communiste dénonça immédiatement ce mouvement comme un complot répugnant de l'impérialisme décadent.

La Chine expérimenta clandestinement la chose, se disant que c'était peut-être le moyen de pallier l'explosion démographique ; elle trouva que le système était bon.

Le bloc communiste lança son propre programme tout en expliquant qu'il était totalement différent de celui des États-Unis.

Au bout de deux ans, le monde se trouva débarrassé de la plupart de ses tourments.

Les États-Unis furent le dernier pays à succomber. Ils avaient mis au point un système de production de cercueils et d'inhumation presque entièrement automatique.

Enfin, un homme qui pensait être le dernier humain fit le tour de Denver à la recherche du cercueil qui lui convenait le mieux.

Il ne trouva et s'y installa.

Mais il restait Adams, un prospecteur et sa mule.

Il pensait que les Martiens étaient responsables de la disparition des hommes mais il lut un journal et comprit que tout était à recommencer.

Gagner la paix par Frederick Pohl.

1

Pendant la Grande Marche sur le Pentagone, Honest Jack Tighe, le père de la Seconde République, écrasa la plus puissante nation du monde avec un fusil de chasse.

Il s'enferma dans le bureau de Lincoln et rédigea la Déclaration des Torts.

Le premier tort était la vente forcée des biens. Le deuxième était la publicité, le troisième était la télévision commerciale.

Mrs Cossett fit remarquer à son mari Bill que dorénavant le toast du petit déjeuner n'était plus carbonisé et qu'on pouvait utiliser les mêmes instruments pendant six mois sans en racheter.

Bill dirigeait une concession Buick. Il avait 1841 voitures en stock car les usines souterraines continuaient de produire automatiquement.

Comme Tighe avait annoncé au pays que les gens n'avaient plus besoin d'acheter de voiture et que les cavernes continuaient d'en produire, Bill ne savait pas quoi en faire. Il décida d'aller à Washington.

2

Tout le pays était débordé de marchandises. Jack Tighe le savait. Les stocks s'accumulaient. C'était une affaire d'automation et d'écoulement.

Les usines étaient devenues automatiques pendant la guerre. C'était la publicité qui permettait l'écoulement mais c'était une oppression et Tighe la cessa. Tighe n'attachait aucune importance aux délégations de gens qui se plaignaient. Tighe reçut Bill Cossett, il fut impressionné par son discours il lui dit qu'il allait créer une commission d'action dans laquelle il placerait Bill. Il fut envoyé avec un groupe d'assaut devant l'usine souterraine de Farmingdale. Quand la guerre froide s'était réchauffée, l'Electromécanique nationale construisit des usines souterraines automatiques sur l'ordre du gouvernement pour fabriquer des armes sans que l'usine soit repérable par l'ennemi.

Les usines souterraines étaient capables, en l'absence de toute présence humaine, de produire, de transformer les articles, de modifier l'outillage et de fabriquer des modèles nouveaux. Les usines établiraient leurs prévisions de vente grâce à une liaison électronique avec l'ordinateur du Bureau de la Statistique et de la Démographie de Washington.

Les ordinateurs des usines souterraines indiquaient les endroits où se trouvaient les matières premières. Il y avait un bouton pour déclencher les usines mais il ne s'éteignait pas.

3

Bill était avec une troupe armée dirigée par le commandant Commaigne. Des camions sortaient des usines, ils étaient conduits électroniquement. Commaigne donna l'ordre de tirer sur les camions. Puis il fit entrer sa troupe dans l'usine. L'usine se défendit par des rafales de mitrailleuses.

Commaigne utilisa une arme créée par Churchill, le Winnie’s Pet, une sorte de taupe gigantesque, pour creuser une galerie dans l'usine. Ils purent avancer ainsi au centre de l'usine. Mais ils durent sortir car l'usine se défendit en détruisant le Winnie’s pet.

4

Tighe était surnommé l'invincible. Marlène Groshawk, la secrétaire de Tighe, suggéra de faire comme Sherlock Holmes, se déguiser pour tromper l'ennemi. Il fallait que la troupe de Commaigne se déguise en matières premières et l'usine la laisserait entrer.

Bill appela sa femme pour lui annoncer qu'il allait entrer dans la caverne. Il ne dit rien sur l'opération à venir car il se méfiait du téléphone.

Le capitaine Margate était le spécialiste de Tighe pour les matières premières. Il aida Commaigne à attaquer l'usine. Il décida de déguiser la troupe en morceaux de charbon.

Le risque, c'était que l'usine les utilise comme matières premières.

5

Commaigne, Bill et Marlène rentrèrent dans la caverne.

Ils s'enfermèrent dans une cavité de charbon. Le temps passa puis une machine vint attaquer le bloc de charbon dans lequel se trouvaient Commaigne et les autres. Ils bondirent sur un tapis roulant et se nichèrent au milieu des blocs de charbon qui glissaient vers l'usine. Il y avait une atroce lueur ocre car les machines voyaient par l'intermédiaire de cellules photoélectriques sensibles aux bandes extrêmes.

Il faisait chaud auprès des fours. Les trois envahisseurs étaient assourdis par le tumulte. Ils sautèrent du tapis roulant avant que la machine ne les attrape. Ils évitèrent des grille-pain qui se précipitaient dans leur direction. Marlène disparut. Elle était allée poser des bombes. Elle revint pour expliquer ce qu'elle avait fait. Les bombes firent exploser le tapis roulant. L'usine interrompit le travail et éjecta tout ce qui restait du tapis roulant avec Commaigne et ses amis.

L'usine se referma et abandonna ses activités.

Les jours suivants, les hommes de Tighe usèrent de la même tactique dans toutes les usines. C'était la victoire. Tighe ordonna une journée de fête nationale.

6

Tighe présenta les trois héros au peuple. Mais les usines se réveillèrent et envoyèrent des petits globes lumineux. C'étaient des cafetières d'un nouveau modèle inusable sans matières premières ! Les usines s'étaient adaptées.

Les ailes du chant par Lloyd Biggle jr.

Karl Brandon vit l'enseigne par hasard, « Antiquités » était écrit sur elle. Il poussa du coude son chauffeur et deux minutes plus tard, il était dans la boutique. Il était ému. Il demanda des briquets à l'antiquaire. Mais l'antiquaire lui en proposa des rouillés. Il fut intrigué par un objet et le saisit. C'était une boîte avec un long manche. C'était en bois. L'antiquaire lui demanda s'il avait déjà vu du bois. Brandon pensait avoir vu une table dans un musée. L'objet avec l'inscription « Jacob Rayman at ye Bell House, South Mark, London, 1688 ».

Presque 1000 ans d'âge.

Il n'y avait plus de larmes ailleurs que sur la terre. Mais ils avaient disparu après la Guerre. L'objet était un violon. L'antiquaire ne savait pas comment il fonctionnait. Brandon était surpris que le violon ne contienne pas de machinerie.

L'antiquaire en demandait 1000, Brandon refusa et partit. Il collectionnait les briquets mais voulait collectionner autre chose alors il retourna à la boutique pour acheter le violon. Brandon parla du violon à Morrison. Ils avaient trouvé un livre montrant un violoniste. Morrison pensait qu'il manquait des pièces au violon.

Il ne savait pas comment on en jouait.

Brandon dit que même le professeur Wettz n'en avait pas la moindre idée. Le violon avait un trou et Brandon voulait que Morrison l'aide à trouver quelqu'un qui serait le réparer.

Parker, le secrétaire de Brandon avait trouvé une formule pour la colle à bois grâce au directeur du Musée du Congrès. Mais Parker n'avait pas trouvé de bois.

Brandon appela Morrison sur son visiophone pour lui demander de l'aide. Morrison avait déjà cherché, en vain.

Brandon sourit car il vit que la découverte du violon avait piqué Morrison beaucoup plus qu'il ne l'avait imaginé.

Parker chercha du bois pendant une semaine, en vain. En revanche, il avait appris, par la salle de référence de la bibliothèque, qu'il y avait eu un sculpteur sur bois 100 ans plutôt sur Beloman. C'était écrit dans un livre intitulé « Métiers bizarres ».

Brandon avait des mines sur Beloman. Il allait y faire un tour. Ils arrivèrent un jour de pluie.

Charles Radzel, le directeur résident, les accueillit. Brandon demanda à Rodzel s'il avait déjà vu du bois mais Radzel ne savait pas ce que c'était.

Mais Radzel avait pourtant entendu parler du sculpteur sur bois.

C'était le vieux Thor Peterson. Il demandait des prix fantastiques et travaillait sur commande.

Il était encore vivant deux ans plus tôt. Radzel le retrouva et donna l'adresse à Brandon qui y alla avec Parker. Ils virent un arbre dans le jardin de Peterson et en furent très surpris. Le vieux les accueillit. Il ne pouvait plus marcher. Il venait de sculpter une tête de femme sur bois. Brandon en resta bouche bée.

Peterson était très vieux mais ce n'était pas lui qui était cité dans le livre trouvé par Parker, c'était son arrière-grand-père. Sa famille était une lignée de sculpteurs qui avait un secret pour cultiver les arbres. Mais Peterson était le dernier de sa lignée car ses fils avaient trouvé une bonne situation et ne voulaient pas suivre sa voie.

L'arbre qu'il possédait était le dernier car il n'aurait plus d'intérêt à en faire pousser un autre.

Brandon pensait que c'était peut-être le dernier arbre de toute la galaxie. Peterson avait livré le secret de la culture des arbres à beaucoup de gens mais personne ne s'y était intéressé. Brandon montra le violon à Peterson qui demanda ce que c'était. Brandon lui dit que c'était un instrument de musique. Peterson le trouva splendide. Brandon lui demanda de le réparer parce qu'il voulait en jouer. Peterson refusa car il avait une flûte léguée par son grand-père mais ne savait pas en jouer. Pour lui le secret de la musique était mort et il ordonna à Brandon d'enterrer le violon.

Brandon refusa et insista pour que Peterson répare le violon. Peterson était persuadé que l'ancienne musique était morte. Brandon partit.

Il acheta du bois. Il acheta les sculptures de Thor grâce à Parker qui les cherchait. En quelques jours, il avait réuni la plus grande collection de bois de toute la galaxie.

Il avait donné de l'argent à l'agent de Peterson pour acquérir sa production à venir. Brandon rentra avec Parker. Il sacrifia une boîte en bois à un technicien, Poliver qui apprit à travailler le bois. Poliver réussit à reboucher le trou du violon après plusieurs essais. Un chimiste de Brandon réussit à lustrer le violon sur la pièce rapportée.

Des techniciens sculptèrent le chevalet et les chevilles. La touche fut fabriquée en plastique. Un technicien comprit de quoi était faites les cordes et en fabriqua.

Le professeur Waltz montra comment les chevilles fonctionnaient et comment la position des doigts changeait le son.

Brandon réussit à faire de la musique en grattant les cordes mais refusa qu'on lui fabrique un archet.

Il reçut les dernières créations de Peterson. Il avait fabriqué un violon de mémoire. Brandon retourna le voir. L'arbre avait disparu. Peterson était mort.

Brandon eut la subite et fulgurante intuition d'une musique mais il fit tomber le violon dans l'eau et le violon flotta avant de s'écraser dans les tourbillons de la rivière.

… Et pour toujours Gomorrhe par Samuel R. Delany.

Bo, Lou, Muse, Kelly et le narrateur étaient au jardin du Luxembourg. Ils s'amusaient à frapper une pissotière avec un couvercle de poubelle et cinq hommes en sortirent. Puis ils allèrent à Houston puis à Galeston. C'étaient des spatiaux.

Ils allaient au Mexique. Ils cherchaient des Frelks.

Ils partirent à Istanbul. La dernière fois qu'ils y étaient allés, un homme et une femme étaient déguisés en spatiaux pour recoller les Frelks. Les spatiaux sortaient du centre d'entraînement à 16 ans.

Le narrateur fut abordé par une Turque qui cherchait son chemin. Elle vit qu'il était un spatial. Elle lui demanda de quel sexe il était avant de devenir un spatial. Il avait été masculin. Il avait 25 ans. Il espérait qu'elle lui donnerait de l'argent mais elle était pauvre. Les spatiaux étaient opérés car les voyages spatiaux rendaient stérile. Ils étaient sélectionnés parmi les enfants dont les réflexes sexuels étaient irrémédiablement retardés à la puberté. Les spatiaux fréquentaient les Frelks car ils étaient les seuls à être attirés par les spatiaux. La Turque était une Frelk.

Les Frelks aimait les spatiaux parce qu'ils ne pouvaient pas les désirer. Elle lui proposa d'aller chez elle.

Sur le palier, il y avait un portrait d'Atatürk et chez elle des paysages de Mars et de la lune. Elle collectionnait tout sur les spatiaux. Elle avait de nombreux livres de science-fiction. Elle l'invita à boire et à manger. Elle peignait et était solitaire. Elle lui demanda de partir en lui conseillant d'aller à l’allée des fleurs. Il y trouverait ce qu'il cherchait. C'était l'endroit des Frelks. Mais il ne voulait pas être payé par des Frelks et il lui dit. Elle répondit que l'allée des fleurs était le lieu des spatiaux elle pensait qu'il y rencontrerait des personnes qu'il connaissait.

Il partit et trouva des spatiaux à l'allée des fleurs. Il se saoula avec eux.

Payement d'avance par William Tenn.

Un vaisseau pénitentiaire atterrit à New York.

Les journalistes montèrent à bord. Ils allaient revoir les prisonniers. Les prisonniers étaient en costume de bure. Certains caressaient un petit paquet proprement enveloppé de papier brun.

Le gardien appela le Nicholas Crandall et Otto Henk, deux prisonniers. Ils étaient couverts de cicatrices. Ils allaient être libérés. Ils allaient être interviewés par les journalistes car ils avaient purgé la peine la plus sévère et ils avaient survécu. Crandall ordonna à Henk de ne pas dire ce qu'il comptait faire une fois libre. Henk ne devait pas dire non plus pour quel meurtre il avait été condamné.

Henk avait l'intention de tuer sa femme Elsa. Elsa était responsable de la condamnation de son mari. Anderson, le gardien chef leur ordonna de répondre aux questions des journalistes. Il dire qu'ils étaient contents d'être libres qu'ils allaient manger un bon repas. Henk voulait se saouler. Ils mentirent en disant qu'ils n'avaient pas été traités trop mal.

Les journalistes leur demandèrent qui ils allaient tuer une fois qu'il serait libre mais Crandall et Henk ne répondirent pas et cela provoqua l'hilarité des journalistes.

Le reporteur annonça aux téléspectateurs que Crandall et Henk avait purgé une peine pour condamnation volontaire pour meurtre et avait ainsi acquis au regard de la loi le droit de commettre un meurtre chacun.

Crandall et Henk avaient servi 7 ans sur les planètes pénitentiaires. Ils avaient le statut de pré-criminels. Un journaliste tarauda Henk pour lui faire avouer qui il allait tuer.

On lui demanda ce qui avait été le plus dur pendant les sept ans de captivité. Il raconta qu'il avait perdu un doigt en touchant un caillou. C'étaient des cailloux vivants et affamés. Henk avait perdu un deuxième doigt dans un accident. Il évoqua les guêpes géantes sur Antarès VIII.

Les journalistes demandèrent à Crandall s'il s'attendait à trouver la terre changée et Crandall avait vu que les journalistes avaient des caméras volantes. C'était un certain Stephanson qui les avaient inventées.

Crandall connaissait Stephanson et il se préparait à le tuer.

D'après les statistiques, il revenait en moyenne un seul pré-criminel ayant purgé la totalité de la peine pour meurtre tous les 11,7 ans.

Crandall et Henk étaient donc exceptionnels.

Les pré-criminels qui renonçaient à purger la totalité de leurs peines pouvaient demander à être libre mais ils ne recevaient rien en échange du temps passé sur les planètes pénitentiaires qu'ils avaient préparées pour la colonisation.

Si les pré-criminels tuaient avant d'avoir purgé leur peine, ils devaient retourner sur les planètes pénitentiaires et leur peine recommençait à zéro.

Les meurtres prémédités avaient baissé de 41 % sur Terre depuis l'instauration de ce système.

Crandall et Henk allèrent boire dans un bar. Crandall but à la mort de leurs ennemis.

Elsa avait profité de Henk pendant 12 ans. Elle l'avait envoyé en prison quand il s'était rebellé et il l'avait suppliée pour avoir le divorce.

Un homme entra dans le bar et envoya une boule sur Crandall mais Crandall réussit à l'esquiver et Henk la balança par la fenêtre.

C'était une boule de pissenlits vénusiens qui pouvait rendre infirme.

Crandall avait connu Stephenson au collège. Stephenson était un escroc. Il avait laissé Crandall inventer le système de caméras volantes puis il lui vola l'idée. Crandall alla dormir au Ritz et Henk chez son cousin.

Crandall avait peu d'attaches avec ce monde. Ce qu'il devait se procurer rapidement, c'était une femme. Il s'acheta une arme. Le vendeur l'avait reconnu et lui dit qu'il espérait que Crandall aurait sa victime.

Il se renseigna sur Stephenson par la télévision. Il était devenu riche grâce au Système Stephenson. La télé l'informa que Stephenson était parti au Tibet central. La télé informait tout le monde sur Crandall et où il habitait. Polly appela Crandall. Son visage apparut sur la télévision. Elle le supplia de ne pas la tuer car elle l'avait trompé et elle pensait qu'il était revenu pour la tuer. Il avait espéré se remettre avec elle.

Il se sentait comme s'il venait de découvrir que le Père Noël n'existait pas quand il apprit que Polly n'était pas la femme fidèle qu'il avait aimée.

Édward Ballaskia l'appela. Il proposa de l'argent à Crandall pour qu'il tue un de ses concurrents financiers. Crandall coupa la communication. Il voulait manger dehors.

Mais son frère vint le voir. Il était venu lui dire qu'il avait couché avec Polly, la femme de Crandall. Nick dit à son frère qu'il pourrait le tuer quand il voudrait et qu'il ne se défendrait pas.

Crandall alla au restaurant en pensant à Polly et son frère Dan. Tous les deux s'étaient complètement trompés en croyant que Crandall voulaient les tuer. Ils avaient été incapables de s'en rendre compte.

Une très belle femme l'aborda et s'assit près de lui. Elle savait qui il était.

Elle lui demanda si c'était vrai que la peine pour un meurtre et celle pour le viol le plus brutal qu'on puisse imaginer étaient les mêmes.

Crandall comprit ce qu'elle voulait et s'enfuit.

Rentrer à l'hôtel, il reçut un appel de son ancien ami Irv.

Irv avoua qu'il avait pioché dans la caisse pour faire croire à Crandall qu'il était en faillite et que Crandall revende ses parts et quitte l'entreprise.

Irv voulait l'entreprise pour lui seul et il avait récolté le succès. Il pensait que Crandall voulait le tuer alors il proposa de l'engager et de lui donner 45 % des bénéfices. Crandall coupa la communication.

Henk vint le voir. À ce moment-là, Stephenson apparu sur l'écran de la télé. Crandall lui fit croire qu'il n'avait aucune rancune contre lui et qu'il ne le tuerait pas.

Stephenson proposa de l'indemniser.

Henk dit à Crandall que sa femme était partie sur la lune et qu'elle était morte parce que son masque à oxygène était bouché juste un mois avant qu'il revienne pour la tuer. Stephenson avait été le seul à ne pas vouloir le supplier.

Crandall jeta ses armes contre les vitres de sa chambre qui explosèrent.

Un policier accourut et voulut arrêter mais Crandall lui montra son certificat de précriminel qui valait sept ans de peine contre les 30 jours dont le menaçait le policier.

La course des papillons de nuit par Richard Hill.

Le stade était plein. Les gens souffraient de la chaleur pour la première fois de leur vie. La course ne devait pas commencer avant une heure. John Van Dorn avait pris le trottoir roulant de la gare au stade. Il était étonné de son exploit. Un billet pour la course était, pour lui, l'unique moyen de voyager. Un seul homme avait gagné la course. John voyait les caméras du médium il savait que le monde entier regardait.

Personne ne savait pourquoi il avait eu un billet pour le stade. John avait eu le billet mais il devait renoncer au seul jour où il avait droit à son cachet de Trankilon car c'était interdit au stade. Le vin n'était autorisé que dans le stade. Tout le monde sautait sur l'occasion pour en boire.

C'était du vin synthétique. Seul le champion de la course pouvait boire du vrai vin. Toutes les sensations des spectateurs du stade étaient retransmises par le médium sauf celle procurée par le vin.

En dessous de John se trouvait la loge des dignitaires et il vit le champion.

John se souvenait du temps avant que la course n'existe. Il y avait eu un champion au bout de cinq ans. Le champion était suivi par le médium. On le voyait chasser le lion, pêcher le dauphin, escalader des montagnes dans les zones interdites. Les téléspectateurs avaient suivi son histoire d'amour avec Rita Landers. C'était elle la seule star du médium, l'unique cible du désir masculin.

Les gens avaient vu le champion faire l'amour avec d'autres femmes choisies dans le monde entier. Les gens avaient « vécu » les conquêtes du champion par l'intermédiaire du médium. Ils étaient impatients de « vivre » ses repas car le champion avait droit à autre chose que des algues et de la levure vitaminée.

Il mangeait de la viande et bien d'autres choses encore. C'était une des raisons qui faisaient courir les hommes. John ne courrait jamais même s'il en avait le droit commun membre du public. Le voisin de John lui parla. Il avait un accent malgré l'Unification Linguistique provoquée par le médium. L'homme voulut savoir si John allait participer à la course mais John répondit non car elle était sur la liste d'attente pour se marier. Mais il y avait autant de chances de se marier que de gagner la course. Le voisin trouvait le champion non démocratique car il ne parlait pas de ce qu'il ressentait en faisant l'amour.

Il y avait six coureurs sur la piste, un de plus que l'année dernière.

Un jeune garçon venait de descendre pour être coureur. Il aurait pu vivre 80 ou 90 ans avant d'échouer à la visite médicale. Il n'aurait jamais été malade, ni angoissé, ni affamé, ni sexuellement frustré. Il aurait pu se mettre sur la liste d'attente pour avoir un enfant. Il aurait pu être sélectionné pour entrer au gouvernement si ses tests de présenter une aptitude de ce type.

Mais la course était le seul moyen de devenir un héros même si on perdait. Les coureurs avaient leur photo dans le monde entier pendant un an. Il y avait quelque chose dans la course qui dérangeait John mais il ne aurait jamais avoué à personne.

Les six coureurs donnèrent leurs cassettes informatiques pour que leur CV soit enregistré par l'ordinateur. Ils montèrent dans des voitures en aluminium peintes de couleurs vives.

Les ingénieurs sociaux étaient inquiets au sujet du Trankilon. Ils n'étaient pas certains qu'un comportement indésirable ne pouvait pas refaire surface. La course servait donc à libérer la tension. La foule cria en voyant le champion et Rita dans le stade.

Les coureurs devaient rouler à 100 km/h pour faire un tour de piste en deux minutes. L'ordinateur levait des portes sur la piste sur lesquelles les pilotes s'écrasaient sans pouvoir les éviter sauf en ayant de la chance. Il y avait aucune possibilité de contrôler son sort. John comprit que c'était mieux de voir la course dans le stade. La foule formait un tout unissant la tristesse et la force de chacun.

Le stade débordait d'émotion. La course était terminée. Les six coureurs avaient été tués.

Les spectateurs avaient l'impression d'être libérés d'un poids.

Le champion décida de courir pour défendre son titre.

La foule n'en revenait pas. John avait croisé son regard et avait senti sa tristesse. Il s'écrasa contre une porte. John cria pour réclamer un champion et la foule l'imita. Puis le cri collectif devint : « je serai le champion » et la foule descendit sur la piste.

Les colporteurs de souffrance par Robert Silverberg.

Northrop fournissait des programmes pour les chaînes de télé. Il avait une voiture blindée car les producteurs de télé étaient exposés aux attaques des loufoques.

Il se rendit à l'hôpital. Il y avait encore des infirmières mais aussi des robots.

Northrop avait commencé à la télé en réalisant un documentaire sur les fossiles vivants des couloirs hospitaliers.

Il alla voir un malade entouré par sa famille.

Il voulait filmer l'amputation du malade sans anesthésie et proposa à 10 000 $ à la famille pour les soins du malade et en le regardant il savait qu'il ne survivrait pas. C'était un cas excellent pour la télé.

Les millions de téléspectateurs étaient friands des cas de souffrance. Northrop proposa 15 000 $ et tous les frais d'hôpital et la famille accepta. Northrop ne se sentait pas responsable de la souffrance du malade. Il ne faisait que donner au public ce que ce dernier réclamait.

Northrop voulut se débarrassait de Maurillo, son assistant, qui n'avait pas su négocier avec la famille du malade. Il appela Maurillo pour lui annoncer qu'il l'augmentait mais le transférerait aux programmes pour enfants.

Maurillo avait traduit. Cela signifiait qu'il était viré du programme ou il était numéro deux pour aller dans un programme ou il serait numéro trois.

L'augmentation de salaire ne comptait pas puisque les impôts allaient tout rafler.

Maurillo refusa et démissionna.

Northrop trouva un autre assistant, Barton.

Il alla voir la projection du film sur l'amputation du malade qui n'avait pas survécu.

Northrop capta les sensations du malade car il avait des électrodes diffusant les ondes cérébrales du malade enregistrées pendant l'opération.

Il trouva le spectacle réussi. Mais en sortant de la projection, Northrop fut interpellé par le fils du malade.

Henry Gardner traita Northrop d'assassin.

Gardner tira dans le ventre de Northrop avec un lance-feu. Maurillo arriva et vit son ancien patron blessé. Il appela une équipe de tournage.

Maurillo lui refusa des soins et l'anesthésie. Il voulait que Northrop souffre.

Maurillo travaillait pour des contrebandiers de la Transcontinentale qui distribuait des films chirurgicaux à l'étranger.

Northrop survécut une heure.

Largement assez pour enregistrer les affres de son agonie.

Sa dernière pensée fut que c'était une sacrée déveine de ne pouvoir tenir la vedette dans sa propre émission.

Les sculpteurs de nuages de Coraild par J. G. Ballard.

Durant tout l'été, les sculpteurs de nuages venus de Vermilion, Sands, lancèrent leurs planeurs multicolores au-dessus des tours de corail surplombant la route menant à Lagune Ouest.

Les gens de la route Corail D observaient les figures des nuages.

Les portraits les plus étranges sculptés sur les nuages étaient ceux de Leonore Chanel. Le narrateur avait été pilote mais infirme, il se mit à construire des cerfs-volants et des planeurs. Il rencontra Nolan et Petit Manuel qui utilisèrent ses planeurs pour aller sculpter les nuages avec de l'iodure d'argent. Ils engagèrent Charles Van Eyck.

Le pilote infirme tendait son casque pour recevoir l'obole des automobilistes tandis que ses amis sculptaient les nuages. Dans le ciel Van Eyck pastichait Léonard de Vinci.

Mais Nolan détruisit la Joconde de Van Eyck et cela entraînera un combat aérien. Van Eyck

fut touché par le pulvérisateur de Nolan et atterrit en catastrophe.

Une Rolls blanche s'était arrêtée. Un secrétaire en sortit. C'était le secrétaire de Leonore Chanel qui avait vu leurs nuages et qui leur proposait un confortable salaire s'ils acceptaient de sculpter les nuages à Lagune Ouest.

Leonore serait leur unique modèle. Leonore Chanel fournirait les nuages. Leonore était la fille d'un des financiers les plus riches du monde et veuve d'un timide aristocrate de Monaco, le comte Louis Chanel.

Leonore leur fournit de violents nimbus alors que Nolan et Van Eyck sculptaient des cumulus.

Béatrice Lafferty, la secrétaire de Leonore accueillit le commandant Parker (le narrateur) et ses amis en expliquant ce que Leonore voulait.

La villa de Leonore comportait des portraits d'elle peints par Dali et Francis Bacon.

Nolan avait peint Leonore avec un visage de cadavre.

Elle avait voulu qu'il le recommence mais dans les nuages.

Leonore traita les amis de Nolan avec mépris et lui demanda pourquoi il s'entourait d'éclopés.

Nolan et ses amis sculptèrent dans les nuages pour la soirée organisée par Leonore. Ses invités applaudirent en découvrant son portrait dans les nuages.

Nolan sculpta le portrait de Leonore avec la même intention qu'il l'avait reproduite dans la peinture cadavérique.

Le lendemain, Van Eyck et Petit Manuel donnèrent leur dernière représentation.

Nolan ne vola pas avec eux.

Il y avait des gros nuages d'orage. Mais Petit Manuel s'envola pour lutter contre un nuage noir qu'il sculpta en Leonore satanique. Il se tua quand son planeur fut détruit par l'orage.

Nolan s'envola pour diriger le cyclone sur la maison de Leonore. Leonore fut tuée par le cyclone. Van Eyck se suicida en se pendant et Nolan ne réapparut pas. Parker s'installa avec Béatrice, la secrétaire de Leonore, dans l'atelier de Nolan.

Un homme vint les voir pour leur dire qu'il avait vu un pilote sculpter les nuages. Il avait reproduit le visage d'un nain. Nolan n'était peut-être pas mort avec le cyclone.

Mécène par William Rostler.

Le narrateur évoque le portrait de Diana par Michael Cilento. C'est un portrait en trois dimensions. Ce portrait est universellement reconnu comme un chef-d'oeuvre.

L'artiste en était écoeuré. Il travaillait avec un cube de sensation. Il avait réalisé le portrait de Diana qui l'avait rendu célèbre. Diana était la gourgandine la plus mal famée et la plus riche de la Société.

Le narrateur était un mécène. Il rencontra Michael Cilento à Ostie.

Il discuta avec lui de Diana qui l'avait rendu célèbre. Michael demanda si la célébrité était l'objectif de l'art.

Michael voulait la liberté. Le mécène s'appelait Brian Thorne.

Thorne demanda à Michael de portraiturer une certaine Madelon.

Il ne pouvait pas à cause d'autres commandes.

Thorne savait que le chef-d'oeuvre de Diana ne venait pas du néant et il avait cherché les oeuvres précédentes de Cilento. Il les avait achetées.

Mickaël avait portraituré sa grand-mère et regrettait d'avoir été obligé de vendre ce portrait.

Michael et Brian évoquèrent les différentes façons dont les artistes avaient exprimé leurs représentations des femmes. Cilento voyait les femmes comme des illusions. Elles le fascinaient car il pensait qu'elles n'étaient jamais les mêmes d'un instant à l'autre.

Brian et Michael ne se virent plus pendant quelque temps. Mickaël avait fait un portrait pornographique de sa maîtresse que le jeune chah d'Iran acheta pour l'installer dans ses jardins de Babylone.

Brian revit Mike au vernissage de sa série « Système solaire ». Mike était agacé par les vernissages.

Brian lui demanda de portraiturer Madelon mais Michael refusa encore car il devait d'abord faire le cube d'une fille qu'il connaissait.

Mais Michael cherchait un endroit tranquille alors Brian lui proposa de venir chez lui. Mickaël accepta. Ils parlèrent d'art et Michael réalisa que Brian parlait comme un artiste plus que comme un homme d'affaires. Brian insista pour que Michael fasse un cube de son amie.

Ils ne se revirent que quatre mois plus tard. Michael avait fini le cube de Sophie. Il accepta de voir Brian à Athènes. Brian voulait que Michael fasse un portrait de son amie Madelon. Il l'avait rencontrée quand elle avait 19 ans. Elle lui avait semblé différente de toutes les femmes qu'il avait connues. Il l'emmena au « Terre, Feu, Air et Eau » à San Francisco.

Il reçut un rapport sur elle avant d'aller plus loin dans leur relation. Elle devina qu'il avait un rapport. Ce rapport disait qu'elle était la fille illégitime de Mme Tchang Kai-chek et de Johnny Cannabis.

Le « Terre, Feu, Air et Eau » était une boite de nuit. Chaque élément était un étage.

Puis il l'emmena chez lui et sa vie en fut changée. Il l'épousa. Ils étaient amis autant que le mari et femme. Elle avait des amants mais Brian la laissait libre. Brian vit le nouveau cube de Mike exposé dans la galerie Athéna. Madelon le regardait aussi. Mike fut fasciné en la rencontrant. Il accepta de la portraiturer dans un cube.

Brian voulu passait un peu de temps avec Madelon avant de faire son portrait. Brian aimait Michael car il le trouvait différent de la plupart des gens. C'était un original, en passe de devenir une légende.

Brian laissa Michael emmener Madelon à Madagascar, à Capri et à New York.

Ils devinrent amants.

Brian savait que les femmes de grande beauté préféraient Michael parmi tous les artistes.

C'est pour ça que Brian avait demandé à Michael de portraiturer sa femme.

Brian voulait un portrait de Madelon pour que tout le monde sache qu'elle était sienne. Il comprit que tout son mécénat était égocentrique.

Le pape contacta Brian pour qu'il l'aide à convaincre Michael de se charger des sculptures de son tombeau. Madelon ne l'appela pas. Elle ne lui envoya qu'une bande-vidéo. Brian fut triste de voir Madelon fascinée par Mike. Il en fut offensé. Brian parla à Madelon. Elle lui dit qu'elle ne s'était jamais sentie aussi heureuse. Brian coupa la communication.

Il éprouva de la haine pour Michael pendant un long moment.

Il chercha l'oubli dans ses occupations financières. Madelon l'appela pour lui dire que le cube était fini. Brian vit que le cube était le plus grand et le plus beau du monde. En le regardant, Brian oublia sa jalousie envers Michael. Il trouva l'oeuvre stupéfiante et félicita Mike.

Mais Mike déclara que Madelon partait avec lui. Madelon dit à Brian qu'elle était désolée.

C'était presque une transaction commerciale : la plus grande oeuvre d'art contre Madelon. Brian continua ses affaires mais se sentit seul le plus souvent. Il se demandait si l'échange en valait la peine en regardant le cube de Madelon. Car le réalisme de l'art n'est pas le réalisme de la réalité.

Monde en tranches le mardi seulement par Philip José Farmer.

Accéder à mercredi était presque impossible. Tom Pym avait rêvé de vivre un autre jour de la semaine. Il avait joué dans deux dramatiques à la télé où il accomplissait ce rêve.

Un jour sa maison avait été incendiée. Cela avait eu lieu le dernier des huit jours du printemps.

Il déposa une demande de logement auprès de Mrs Bellefield.

Le soir, il dormit dans un centre d'hébergement.

Il avait droit à 4 heures de sommeil réglementaires pendant que le champ d'induction accélérait son onirythme.

Puis il pénétra dans le cylindre vertical d'éternium elle perdit connaissance après avoir appuyé sur un bouton. Il devait passer encore trois nuits dans le pétrificateur public.

Trois jours de printemps s'étaient écoulés.

Le quatrième jour, il fut officiellement avisé qu'il pouvait s'installer dans la maison même qu'il avait choisie.

Il connaissait des personnes qui avaient dû attendre une année entière (48 jours) avant d'avoir une maison. Il emménagea avec trois jours de printemps à savourer devant lui.

Il lui faudrait s'acheter de nouveaux vêtements et faire des courses. Parfois, il regrettait d'être né comédien. Ceux qui faisaient de la télé travaillaient cinq jours, parfois six jours de suite alors qu'un plombier ne travaillait que trois jours sur sept.

Sa nouvelle maison logeait huit personnes par jour y compris lui-même. Mabel Curta lui montra à la salle des pétrificateurs. Elle avait 35 ans (temps de mardi). Elle en était à son troisième divorce. Tom était entre deux mariages. Il vit une fille qu'il trouva belle.

Elle s'appelait Jeannie Marlowe, avait 24 ans. Elle était née en 2031 et était comédienne.

C'était une enfant de Mercredi. Aussi, Tom savait que son désir ne serait jamais satisfait.

Après quelques verres, Tom trouva Mabel excitante.

Plus tard, Tom et Mabel descendirent la salle de télévision. Tout le monde regardait les infos du mardi précédent et du jour même. Le président de la Chambre prenait sa retraite à l'expiration de son mandat. Sa période d'utilité était terminée. La télé montrait la Pierre tombale qui lui était réservée. Lorsqu'un jour les scientifiques maîtriseraient la technique de la réjuvénation, il sortirait de pétrification.

Les informations annonçaient une enquête dans l'administration du comté. On reprochait aux employés de Lundi de ne pas programmer correctement les ordinateurs pour ceux de Mardi.

Les cinq dernières minutes des infos étaient consacrées aux événements marquants des autres jours que le mardi mais cela n'intéressait pas les voisins de Tom.

Tom alla dans la salle de pétrification pour voir Jeannie Marlowe. Ça lui fit mal car elle n'était pas pour lui. Tom aurait bien voulu sortir de son « cercueil » en même temps qu'elle. Mais il y avait le mur infranchissable du Mercredi. Il alla dormir puis en se réveillant il alla à la salle des pétrificateurs où toute la maisonnée était assemblée.

Tom n'avait connu que des mardis toute sa vie. Il pourrait rester dans sa chambre et à attendre le mercredi et ne pas redescendre avant l'émission du champ mais il enfreindrait la loi et serait jugé. Il aurait été condamné à la pétrification. Alors il enregistra un message pour Ms. Marlowe.

Il dit qui il était et qu'il la trouvait belle. Il lui demanda de lui prêter quelques copies des dramatiques dans lesquelles elle jouait.

Les policiers avaient droit à 10 minutes entre les deux jours pour agir en cas de cataclysme. À chaque fois que les gens se réveillaient pour vivre dans leur jour, leurs muscles réagissaient avec un très léger retard à la position verticale.

Ms. Marlowe avait enregistré un message pour lui. Elle disait que Tom n'était pas le premier à lui laisser un message d'un autre jour que le sien. Elle avait répondu pour ne pas le vexer mais lui demanda de ne plus laisser de message car elle était raisonnable.

Les jours de travail, Tom avait droit à une sieste de 14:40 à 14:45. Il rêva de Jeannie. Le soir il alla voir Jeannie dans son pétrificateur. Il alla à l'Administration centrale pour obtenir un formulaire. Il passa deux jours dans la queue. La première fois, on lui donna le mauvais formulaire. Quand il eut le bon formulaire, il fit la queue devant les machines à cocher. Il ne restait plus qu'à attendre. Il espérait qu'il pourrait vivre les mercredis avec Jeannie.

Il alla à une soirée offerte par le producteur Sol Voremwolf qui venait de franchir un grade dans l'administration. Il avait passé la soirée avec Mabel mais alla voir Jeannie dès son retour. Il lui laissa un autre message. Mabel le surprit et se moqua de lui. Il lui répondit quelque chose de blessant.

Trois jours plus tard, il reçut une lettre. Sa demande était refusée par l'administration. Il était en colère. Mais il décida de redemander à partir vivre le mercredi.

Il reçut une réponse à sa deuxième demande l'été suivant. On lui expliquait qu'il devrait voir un psychologue qui analyserait ce que son astrologue lui avait dit au cas où il avait décidé de vivre le mercredi à cause d'une prédiction astrologique. Il alla voir Jeannie pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il lui fallut un an pour trouver un psychologue et un an pour participer aux trois séances nécessaires. Le docteur Sigmund Traurig était ami de l'astrologue Stelheta ce qui facilita les choses.

Le psychologue voulut bien l'aider à partir du Mardi à condition qu'il s'engage à voir un psy le Mercredi. Son dossier fut transmis aux autorités du Mercredi. Il l'aimait Jeannie parce qu'elle ne pouvait pas refuser ses avances. Se plaindre. Pleurer. Le flanquer à la porte. L'insulter ou quoi que ce fût d'autre. Il l'aimait parce qu'elle était inaccessible et muette.

Le docteur Traurig intriguée par la passion de Tom voulut voir à quoi ressemblait Jeannie. Puis il donna le feu vert car il la trouvait belle mais pensait que Tom allait au-devant d'une grosse déception. Puisque Jeannie était si belle, pourquoi était-elle seule. Le docteur était méfiant. Un jour, Tom reçut la lettre d'acceptation et la marche à suivre pour partir le Mercredi.

Mabel pleura en apprenant son départ. Tom eut mauvaise conscience mais il ne fit pas un geste pour la consoler. Il y eu une fête avec ses voisins et Mabel lui souhaita bonne chance. Il arriva à Mercredi. Le décor était le même mais il avait l'impression d'être sur Mars.

Le cylindre de Jeannie avait disparu. Elle avait eu son transfert pour Mardi. C'était le docteur Traurig qui avait appuyé la demande de Jeannie qui elle aussi souffrait de ne pas vivre avec Tom.

Plus fort que la camisole par Wyman Guin.

Mary Walden avait effectué cette mutation de personnalité un peu plus tôt dans la journée. Carl Blair lui fit passer un mot grivois pendant la fin du cours. Mais le professeur Mrs Harris obligea Carl à lire son message à voix haute. Personne n'osa rire. Ensuite, elle obligea Mary à lire son exposé. Elle lut un exposé sur la schizophrénie depuis l'époque pré-pharmaceutique.

Au XXe siècle, les schizophrènes étaient enfermés et on les prenait pour des fous.

Aujourd'hui, on enfermerait ceux qui prennent les schizophrènes pour des fous.

Les drogues permirent aux schizophrènes de vivre avec leurs différentes personnalités dans le même corps. On se rendit compte qu'il y avait des schizophrènes surdoués.

Pendant les années 1990, eut lieu la Grande Emancipation. Les drogues furent si efficaces que les schizophrènes furent libérés par millions des asiles. Ils ne furent inquiétés que lorsqu'ils refusaient de prendre leurs drogues.

Il y a habituellement deux personnalités chez un schizophrène : l'hyperalter, au moi primordial, et l'hypoalter, le moi de remplacement. Il y en a souvent plus de deux mois. Médipol obligea les schizophrènes à prendre leurs drogues pour que cela ne risque plus d'arriver.

À la suite du Congrès Mondial de 1997, des lois rendirent les drogues obligatoires pour tout le monde.

Cela engendra des conflits car certains voulaient rester modernes et se faire la guerre. Le corps médical eut pour mission de tuer tous ceux qui refusaient de prendre leurs drogues.

Grâce à la permutation des personnalités, l'hyperalter et l'hypoalter avaient le droit de prendre possession du corps pendant cinq jours chacun.

Mary eut un malaise et Mrs Harris lui injecta une drogue. Mrs Harris lui expliqua qu'elle avait du mal à s'adapter aux drogues à cause de sa jeunesse mais que cela passerait. Mary pensait que son malaise venait de son hypoalter, Susan Shorrs.

Ce que Susan faisait parvenait à Mary sous forme de ce que les anciens appelaient des rêves.

Mary était énervée par Susan qui ne prenait jamais soin de son corps.

Mrs Harris emmena Mary au dispensaire. Le médiflic s'occupa d'elle. C'était le capitaine Thiel, l'un des plus gentils. On la radiographia et elle eut une prise de sang.

Mary voulut savoir comment était Susan.

Thiel lui apprit qu'elle était sympathique mais il la trouvait moins jolie que Mary.

Mary se plaignit que Susan mange de la choucroute car cela rendait Mary malade quand elle récupérait son corps.

Mary avait peur que son père la déteste à cause de Susan mais Thiel lui dit que c'était impossible car le père de Mary n'était jamais là quand Susan prenait son tour de permutation.

Thiel changea le traitement de Mary. Il lui dit que quand elle aurait 14 ans elle devrait observer les lois sur les drogues.

Mary demanda à Thiel comment un corps pouvait changer à ce point lors d'une permutation. Il l'obligea à réciter sa leçon de biologie. C'étaient les deux personnalités qui contrôlaient le même corps et les deux personnalités n'avaient pas le même rythme de consommation et de stockage de sucre par le foie.

Mary rentra chez elle. Ses parents n'étaient pas là. Elle chercha un livre qu'elle aimait quand elle était enfant. Elle ne le trouva pas et pleura.

Conrad Manz eut un choc à son réveil lorsqu'il s'aperçut que sa femme parlait dans son sommeil. Comme il s'était réveillé, son niveau de drogues était au plus bas. Il se leva pour prendre sa dose. Il se dit que Clara avait oublié son somnifère, ce qui la faisait rêver.

Il prit un livre dans sa bibliothèque « La Pharmacie familiale », édition 2831. Il ne trouva pas ce qu'il cherchait. Dans son sommeil, Clara avait prononcé le mot « Bill » mais il ne connaissait qu'un Bill, son propre hyperalter, Bill Walder. Clara s'était levée. Il lui demanda si elle avait oublié son somnifère. Il lui apprit qu'elle avait parlé d'un Bill en dormant et voulut savoir si c'était son ancien amant. Elle pleura.

Conrad n'avait jamais vu un adulte pleurer. Clara promit de prendre ses somnifères pour que ça ne recommence plus.

Le visiophone s'alluma. On avait besoin de Conrad au bureau. Clara dormait sans parler. Conrad put partir rassuré.

Dès 1950, l'ingénieur Norbert Wiener, pionnier dans le domaine des communications, avait fait observer qu'il existait peut-être un étroit parallèle entre le dédoublement de personnalité et les perturbations d'un système de communication.

L'un des problèmes majeurs de la société schizophrène du XXIXe siècle consistait à équilibrer les populations communicantes et non communicantes à l'intérieur des villes.

Conrad était contrôleur de circulation. Il alla à la conférence sur Santa Fe. Santa Fe avait 100 000 donc 200 000 personnalités.

Conrad était un hypoalter du groupe D.

La population de Santa Fe était constituée en majeure partie de retraités.

Trop de gens âgés étaient morts récemment dans les groupes D et E. Le problème d'équilibrage des groupes de permutation de Santa Fe fut résolu. Conrad restructura les programmes de circulation avec ses collègues.

Il lui restait deux   heures avant la fin de sa journée et Bill Walder allait lui imposer une permutation prématurée.

La permutation avait lieu tous les cinq jours.

Aucun hyperalter n'était censé usé de son pouvoir pour forcer la permutation mais ce pouvoir antisocial existait et servait à distinguer les hyperalters des hypoalters.

Depuis plusieurs périodes, Bill Walder volait à Conrad et de deux à quatre heures à chaque permutation. Mais comme Conrad abusait des sports violents et laissait Bill récupérer de la fatigue du corps, il ne pouvait pas se plaindre auprès de Médipol.

Bill avait réclamé l'arrêt du sport à Conrad mais Médipol avait laissé Conrad libre.

Bill devait commencer son tour par 12 heures de sommeil à cause de Conrad.

Conrad se rendit à une permutation et choisit une cabine. Son numéro de permutation fut transmis automatiquement à Médipol.

Puis il laissa un message à sa femme avant de laisser le corps à Bill.

Bill pensait à Clara. C'était bien lui son amant. Il avait peur que Médipol sache qu'il avait triché sur sa permutation avec Conrad. Bill se maquilla.

Puis il s'assit pour attendre que les effets de la permutation passent.

Bill commanda les dernières nouvelles sur les hyperalters du groupe D. Il était impossible aux hyperalters de lire les nouvelles réservées aux hypoalters et réciproquement.

Chaque hypoalter ou hyperalter devait lire le dernier bulletin avant de reprendre sa vie là où il l'avait laissée cinq jours plus tôt.

Si Bill oubliait cette règle, il risquait de se faire remarquer. Bill était dans l'univers de Conrad et n'en avait pas le droit.

Les rapports entre hyperalters et hypoalters de sexe opposé étaient passibles de sévères punitions.

Bill rentra chez lui et commanda un dîner pour sa fille Mary.

Il vivait dans la peur d'être découvert par Médipol et négligeait Mary.

Il mettait Clara en danger. S'il prenait ses drogues il n'éprouverait plus de culpabilité mais ce sentiment était important pour Bill. Bill ne prenait plus ses drogues et voyait que le spectre émotionnel était ainsi plus riche.

Bill se souvint que sa femme Helen avait eu honte quand elle apprit que son hypoalter Clara avait obtenu de Médipol une dispense spéciale pour épouser Conrad. Ce genre de mariage ou les mêmes corps vivaient ensemble les deux parties d'une permutation étaient rares et provoquaient des commentaires sournois.

Clara avait brisé les conventions et Bill eue envie de la connaître. Hélène avait attribué tous leurs ennuis au fait que Bill et Conrad vivaient avec elle et Clara.

Clara avait tout de suite accepté ses avances. Bill laissa un message à sa fille pour expliquer son absence par son travail.

Le visiophone s'alluma, c'était Mrs Harris. Bill était étonné que Mrs Harris appelle si tôt car Conrad aurait dû être à sa place à cette heure.

Mrs Harris se plaignit que Mary soit laissée à l'abandon. Bill coupa la communication qui était trop dangereuse pour lui. Il réalisait que ses plus grandes joies avaient été ses premières rencontres avec Clara. Elle aussi avait diminué ses drogues.

Bill alla au parc où il avait habituellement rendez-vous avec Clara. Elle n'était pas là.

Bill et Clara avaient arrêté les drogues et c'était la peur qui les séduisait plus que leur relation désormais. Médipol les punit plus pour l'arrêt des drogues que pour leur relation.

Dans le parc, il y avait une statue d'Alfred Morris qui avait imposé l'inhibiteur hypothalamique et donc la fin des guerres.

Les schizo s'accommodèrent en mieux que personne de cet univers drogué et le monde pris modèle sur eux.

Tout le monde avait oublié l'effet véritable de ces drogues : les émotions estompées et l'intuition isolée à un certain niveau de rationalité. Les drogues interdisaient toute émergence des sentiments véritables.

Pour Helen et la plupart des habitants de ce monde, il était inconcevable de vouloir vivre avec une dose de drogue réduite à l'extrême pour faire l'expérience de sentiments contradictoires.

En réduisant leurs drogues, Clara et Bill étaient capables de désirer ce fantastique attachement qui les liait. Clara arriva. Bill ne l'appela pas tout de suite pour libérer ses tensions en la voyant. Clara fut soudain dans ses bras contractée par la crainte d'être découverte. Elle dit à Bill que Conrad s'était inquiété pour elle et l'avait forcée à prendre des somnifères.

Bill avait rêvé de la guerre. Il avait été arrêté par Médipol avec Clara mais avait échappé à l'exécution en montrant aux médiflics sa dose de drogues.

Clara reçut un appel de Médipol qui avait repéré ses fréquents retards de permutation.

Médipol exigea des applications. Clara mentit en prétextant que c'était une mauvaise habitude et qu'Helen n'avait fait aucune réclamation.

Bill et Clara se regardèrent. Ils surent qu'ils se reverraient au moins une fois encore avant d'être pris.

Cinq jours plus tard, Mary écrivit au-dessus de son aisselle l'adresse de Conrad.

Le matin, ses parents s'étaient disputés au sujet des retards de permutation de Clara. Helen menaça de se plaindre à Médipol.

Mary écoutait leur querelle mais Helen demanda à Bill de se taire tant que Mary était là.

Mary fut blessée d'être rejetée ainsi.

Elle vit sa mère s'en aller. Mary se demanda pourquoi les enfants devaient-ils permuter une demi-journée avant les adultes ?

Elle alla voir Bill pour lui dire qu'elle pensait que lui et Clara étaient les seules personnes au monde à ne pas se soucier stupidement de permuter à la minute précise où on devait le faire.

Bill prit Mary dans ses bras. Il lui expliqua sa relation avec Clara. Il consola Mary comme s'il avait peur d'elle. Mary prit le dossier familial et nota l'adresse de Conrad sur son bras.

Elle pensait que Susan ne se lavait pas et donc que l'adresse serait toujours écrite sur son bras dans cinq jours.

La permutation se fit doublement effrayante à cause de ce qu'elle avait décidé de faire.

Elle découvrit le monde de Susan et en fut effrayée. Les enfants n'étaient pas pareils même si c'était les alters de ses compagnons habituels. Mary se retrouva dans la classe de Mrs Harris. Elle sortit pour ne pas être reconnue.

Elle alla voir Conrad. Il fut gentil avec elle. Mary vit Clara.

Elle leur dit qu'elle voulait vivre avec eux. Clara lui expliqua que c'était interdit. Elle-même allait être obligée de faire un enfant que l'État assignerait à un autre couple. Les enfants ne vivaient pas avec leurs parents naturels.

Ce n'était ni pratique, ni civilisé. Seule Médipol connaissait les parents biologiques de Mary.

Mais comme Conrad et Clara avaient eu une autorisation spéciale pour se marier, Mary pensait qu'ils avaient eu une autorisation de garder leur enfant biologique et que cette enfant était Mary.

Conrad était furieux car Mary lui avait jeté à la figure qu'il était marié à l'hypoalter de sa mère.

Mary s'enfuit.

Conrad était au Rocket club avec des gens qui parlaient de l'avenir des fusées.

Angela, la femme d'Alberts attira son attention. Elle vint vers lui et l'embrassa. Alberts accepta que Conrad l'emmène avec lui.

Puis Conrad balança aux membres du club qu'il préférait le ski-jet aux fusées et partit.

Angela demanda si tout allait bien entre Conrad et Clara. Il mentit en répondant oui.

Conrad prit une fusée pour faire la course.

Conrad n'aimait la course en fusée qu'à cause de la coordination qu'elle exigeait et sans doute parce qu'il savait que le fait de s'y livrer faisait à moitié mourir de frayeur ce pauvre Bill.

Conrad pensait que sa femme le trompait avec Bill et que Mary était venue le voir car elle savait.

Tout à coup Conrad réalisa que Bill le forçait à lui céder la place alors il mit le pilote automatique pour ne pas s'écraser.

Bill fut pétrifié en voyant qu'il avait permuté dans une fusée. Il perdit connaissance.

La fusée se posa. Bill se réveilla et sortit. Quelqu'un le prit pour Conrad alors il expliqua que la fusée avait un problème.

Bill savait que Conrad le dénoncerait mais il avait eu un besoin pressant de voir Clara.

Il enleva le maquillage de Conrad et réexpédia les vêtements de celui-ci chez lui.

Il vit Mary mais ne la toucha pas. Il alla chez Clara et l'embrassa. Clara était inquiète car elle avait peur de Conrad. La fin était proche. Mais il fit l'amour à Clara comme pour lui venir en aide. Mais tout à coup Helen pris la place de Clara. Alors Bill permuta. Il avait compris qu'Helen haïssait Clara comme sa rivale. Bill comprit à l'instant où il permutait qu'il allait être arrêté par un médiflic.

Le major Grey pénétra avec deux officiers de Médipol chez les Walden. Il se reprochait ce qui était arrivé à Mary. Il aurait dû faire surveiller Susan et Mary. Il savait que Bill et Helen s'étaient querellés parce que Clara trichait dans sa permutation.

Les choses n'auraient pas pris un tour si dramatique si le capitaine Thiel n'avait attribué la disparition de Susan à une mauvaise adaptation aux drogues.

Il comprit trop tard que Mary avait forcé la permutation avec Susan. Quand il prévint le major Grey celui-ci savait que Bill avait pris la place de Conrad. Il fit hospitaliser Mary.

Il questionna Helen. Elle avait honte de son mari car les relations entre hypo et hyperalters étaient illégales et répugnantes.

Le major vit Conrad changer son maquillage. Il commanda un costume de transition pour Helen. Le major annonça à Helen et Conrad que cette affaire serait portée devant un tribunal.

La responsabilité reposait sur eux du fait de leur mariage spécial. Le jugement aurait été plus équitable si les hyperalter de Clara et Conrad avaient été mariés à d'autres partenaires.

Helen était furieuse que Médipol prenne le parti de Bill.

Le major pensait qu'Helen serait obligée d'accepter une décision peu sévère à l'encontre de Clara afin de sauver Bill. Il leur rappela qu'il y avait peu d'avantages à faire éliminer son alter par oblitération mnémonique.

Une personne dont l'alter avait été supprimé devait se présenter à l'hôpital le jour de sa permutation pour y être placé durant cinq jours en hibernation.

Pour éviter l'aversion naturelle de chacun pour son alter et le désir compréhensible de passer deux fois plus de temps à vivre en faisant oblitérer son alter.

Bill avait été arrêté et on l'empêcha de permuter. Bill sourit en pensant qu'Helen avait été laissée avec Conrad. Il savait qu'il allait être décortiqué pour que Médipol découvre ce qui le faisait agir.

Le major Grey lui apprit que Mary serait confiée à d'autres parents. Bill pleura et abandonna toute résistance.

Il fut drogué et passa des tests. Il fut questionné. Bill expliqua qu'il avait arrêté les drogues pour jouir vraiment de la vie.

Mais le major lui rappela que les anciens vivaient sans drogue et tuaient. Bill savait que sans drogues les hommes vivaient vraiment alors qu'avec les drogues c'étaient devenus des machines sans heurts, jamais malheureuses parce qu'avec les drogues il n'existait pas de grand bonheur.

Le major lui fit comprendre que le désir de vivre sans drogue était incompatible avec la société.

Il lui apprit que Clara pouvait le voir. Quand il lui vit Clara, elle lui dit qu'elle avait accepté cette rencontre parce que Grey lui avait assuré que c'était nécessaire. Bill lui dit qu'il avait besoin d'elle. Elle pleura car elle avait honte de son passé.

On l'avait guérie de sa passion pour Bill et on la guérirait bientôt de sa honte. On l'avait amenée vers Bill pour qu'elle n'ait plus plus peur d'être amoureuse de lui. Il vit qu'elle ne l'aimait plus. Bill comprit qu'on guérissait tout le monde de lui car après Mary, c'était Clara.

Puis ce fut le procès de Bill . Helen ne parla pas à Bill pendant le procès. Le major Grey était présent avec trois autres officiers. Tout le monde avait une copie du dossier sauf Bill. C'était son dossier médical.

Le major fit l'apologie de la société schizo et elle parla du danger que représentait Bill.

Bill reçu une injection. On l'obligeait à permuter pour que Conrad put assister au procès et prendre part à la décision. Pendant la permutation, tout le monde détourna son regard sauf le major Grey. Le major rappela les faits incriminés devant Conrad et expliqua que Clara n'avait pas été jugée car son caractère aberrant avait pu être effacé médicalement avec l'accord de Conrad.

Le major Grey préconisa l'hospitalisation définitive de Bill mais le colonel Hart voulait l'oblitération de Bill.

Grey vit qu'Helen percevait mieux que lui l'effet qu'il produisait sur les autres assistants.

Grey défendit le cas de Bill en expliquant que la société pouvait évoluer grâce aux personnalités inadaptées. Conrad était d'accord avec Bill. Helen voulait l'oblitération de Bill pour sauver la société. Le colonel Hart se rangea l'opinion de Grey car il ne voulait pas respecter l'avis d'une femme.

Grey repensa à Bill qui lui avait expliqué son stupide jeu de cache-cache de la permutation qu'il avait ressenti en n'étant pas drogué. Grey aurait voulu examiner cette accusation. Bill l'avait influencé.

Il avait maintenant le sentiment de perdre la moitié de sa vie à cause de son hyperalter, Ralph Singer, un peintre médiocre. Grey ordonna la permutation de Conrad. Bill réapparut. Grey lui annonça qu'il allait être oblitéré. Bill répondit qu'il avait essayé de vivre une vie meilleure et qu'il ne voulait faire de mal à personne.

Grey répliqua qu'il en avait fait et qu'il recommencerait si on ne l'oblitérait pas.

Bill opposa aucune résistance. Grey lui annonça qu'il éprouverait quelques instants de terreur provoquée par la drogue puis il étreignit l'épaule de Bill et s'en alla.

Bill fut terrifié et sa personnalité fut oblitérée. Puis Conrad se réveilla. Grey lui annonça qu'il aurait droit à cinq jours de repos avec Clara et qu'il serait mis en hibernation durant ce qui aurait été normalement le tour de permutation de son hyperalter.

Conrad apprit que Bill était plus. Il fut bouleversé. Il voulut savoir si Bill avait souffert et Grey répondit que oui.

Conrad s'inquiéta pour Helen. Grey lui dit qu'elle recevrait l'assurance de Bill et trouverait un autre mari.

Grey pensa à Bill. Il pensait que Bill avait tort. Ce qu'on rattrapait en plaisir en ne prenant pas de drogues était plus que perdu dans la souffrance du conflit, de la frustration et de l'hostilité.

Et avoir un alter signifiait qu'on n'était pas seul.

Grey se dit qu'aucune personne douée de raison n'aurait pu souhaiter ce que voulait Bill.

Maintenant, c'est l'éternité par Thomas M. Disch.

Charles Archold préférait la façade au crépuscule. Il entra dans la banque et réalisa qu'elle avait été transformée en salle de bal.

La machine à air conditionné reprit vie en ronronnant. Les machines semblaient vivre leur vie propre. Il entra dans son bureau. Personne n'y était entrée. Il y avait de la poussière. Il essaya un reprostat. Il n'aimait pas cette machine. Elle fonctionnait encore et réclamait du carbone. Archold lui en fournit et le reprostat fabriqua le bloc-notes qu'Archold avait demandé.

Il demanda au reprostat un cigare et la machine en fabriqua un.

Archold avait passé 30 ans de sa vie à acquérir des choses pour lui-même et pour Nora. On pouvait avoir confiance en lui mais pas en celles qui s'offraient des choses qu'elles étaient incapables de payer avec leur travail. Les jeunes gens ne prenaient même plus la peine de se marier. Il s'était disputé avec Nora qui lui avait reproché son gros ventre. Mais s'il était gros c'est qu'il avait dû travailler des années à la banque pour qu'elle puisse s'offrir la maison, les vêtements et les choses hors de prix. Elle voulait le quitter et il l'avait giflée.

Lester Tinburley entra. C'était l'ancien gardien chef de l'Exchange Bank.

Lester se plaignait des jeunes qui avaient cassé des objets dans l'ancienne banque devenue salle de bal. Lester avait transféré tous les dossiers au sous-sol. Archold promit de lui faire verser ses arriérés de salaire. Quand tout redeviendrait normal. Archold lui demanda de réparer la sculpture de la façade qui avait été détruite. Archold était content de pouvoir à nouveau donner des ordres et Lester était content de le revoir. Archold avait été absent sept mois.

Lester lui dit que les choses avaient changé et qu'Archold devrait peut-être s'en aller car il ne serait pas en sécurité. Archold était furieux qu'un employé lui dise ce qu'il devait faire. Quand Lester fut parti, Archold commanda de l'alcool au collet.

À minuit, Jessy Holm allait mourir, mais pour le moment, elle était délirante de bonheur. Elle dansait avec Jude.

Ils savaient tous les deux qu'ils allaient mourir. Ils montèrent au troisième étage. Lester les vit et les avertit qu'il y avait un homme qui pouvait leur créer des ennuis. Il désigna le bureau d'Archold. Jude ouvrit la porte du bureau et regarda Archold. Archold lui hurla de partir. Jessy entra aussi et pouffa de rire en le voyant. Archold lui dit qu'il était président de la banque. Jude demanda à Lester si c'était vrai et Lester confirma.

Lester dit qu'Archold pouvait ouvrir le coffre-fort. Jude n'était pas intéressé par l'argent mais par l'épreuve de force.

Lester utilisa le reprostat d'Archold pour s'offrir des cigarettes de l'alcool ainsi qu'à Jude et à Jessy. Jude obligea Archold à décembre.

Jude présenta Archold aux jeunes qui dansaient et annonça que le coffre de la banque serait pillé pour redécorer de billets les murs. Une fille empoigna Archold pour le faire danser.

L'alarme fut déclenchée et les jeunes tirèrent des coups de feu.

Ils voulurent forcer Archold à ouvrir le coffre mais il mourut d'une crise cardiaque.

Nora partit avec son nouvel amant Dewey.

7 mois plus tôt Archold et Nora s'étaient dupliqués avec le reprostat. Nora demanda au reprostat de fabriquer une autre Nora et elle emmena son double sur le lit.

Jude et Jessy se suicidèrent en s'asseyant dans une machine à désintégrer.

Dans la chambre voisine, il y avait des copies de Jude et Jessy que les originaux avaient fabriqués avant de se suicider. À chaque fois, ils n'avaient qu'un jour à vivre et tout recommençait.

Lester était entré à la banque en 1953 et avait vu Archold grimper les grades jusqu'à devenir président de la banque.

La façon de vivre d'Archold n'avait été affectée par la nouvelle abondance offerte par le reprostat que par opposition.

Lester avait tiré fierté de la médiocrité de son état et ne voulait pas en changer.

Il fabriqua un nouvel Archold et l'installa dans le lit avec la nouvelle Nora.

Lester était convaincu qu'un jour Archold ouvrirait le coffre avant d'avoir une crise cardiaque. D'ici là, Lester éprouvait un certain plaisir à voir son ancien employeur venir tous les jours à la banque.

Le monde comme volonté et revêtement mural par R. A. Lafferty.

1

William Morris avait lu une définition du mot « ville » dans un vieux dictionnaire. « Concentration d'individus qui n'est pas économiquement indépend ». Ce n'était plus vrai. Morris était bouquineur. Il avait lu des bouts de plusieurs livres.

Son ancêtre avait écrit une utopie socialiste « Nouvelles de nulle part » et un monde écologique « La Forêt au-delà du monde ».

William se rendit au Bureau des permis de la ville. Il y avait qu'une ville. Il demanda un permis de traverser la ville. Le monsieur des permis lui dit que tout était permis et que William n'avait pas besoin de permis. William demanda pourquoi le monsieur était là. C'était sa niche et elle ne devait pas disparaître sinon la ville disparaîtrait aussi. L'employé dit qu'il était d'usage d'emmener une compagne lorsqu'on traversait la ville.

William en trouva une. Elle s'appelait Kandy Kalosh et ils traversèrent la ville qui était le monde. Ils partirent d'un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre « début du stencil numéro 35 352 ».

La ville s'appelait Volonté de la Ville-Monde.

Les montagnes avaient été retirées. La ville surnageait sur l'océan au moyen de flotteurs encastrés les uns dans les autres.

Tout était gratuit. Les choix et le mouvement étaient libres. La ville suffisait à l'hébergement et à l'alimentation.

« Le travail c'est la joie » clignotaient les signaux subliminaux. William et Kandy virent des gens fabriquer de l'étoffe.

Ils travaillèrent avec eux pendant 1 heure.

Leur reproduction fut estampillée d'un « Refusé ».

La ville flottait et donc était agitée perpétuellement. Kandy et William allèrent vers l'ouest.

Ils regardèrent les Nageurs au ballet aquatique. Ils s'arrêtèrent à une conférence pour manger des algues et du plancton. Puis ils allèrent à la Salle d'Exposition de Volonté du Monde. Ils écrivirent leur nom dans la cire ou plutôt William car Kandy ne savait pas écrire.

William était un nom mystique alors il reçut une carte avec un poème de Volonté du Monde.

Des gens disaient que la ville avait été édifiée par une réaction automatique. Kandy reçut une belle image car la machine savait qu'elle était illettrée.

Ils s'arrêtèrent au Complexe Troglodyte artificiel.

Des adolescents jouaient au base-ball et au ballon. Kandy moulut du faux et éprouva une saine passion pour le travail pendant un quart d'heure. Morris fit des gâteaux avec des algues et le faux maïs.

Le ciel de la ville diffusait toujours une sorte de lueur. Ils continuèrent leur chemin vers l'ouest.

William voulait voir la forêt au-delà du monde et se demandait ce qu'il se passerait alors. William vit un homme âgé avec un brassard « moniteur ». William lui parla. Il évoqua son ancêtre l'écrivain et dit qu'il voulait voir la forêt. Il dit qu'il ne savait pas ce qu'il y avait après. Le moniteur dit que c'était une énigme facile à résoudre pour un bouquineur.

Le moniteur lui donna un indice. L'ancêtre de William avait travaillé au dessin et au dessein d'une autre chose particulière, en dehors de la forêt. William et Kandy allèrent à la Place des Spectacles. Ils virent des immeubles d'époque et des cordes à linge d'époque.

C'était un ghetto reproduit du temps jadis.

Les acteurs étaient vêtus de jeans serrés et de chemises trouées.

Il y avait de la musique sans mélodie et forte. William et Kandy s'en allèrent les oreilles en sang. Ils allèrent au Mélo où on les maria et on leur donna à boire et à manger de la vraie chaire d'anciens hachée.

Puis ils allèrent au Grand palais de Pipes Noir.

2

Les Annales de la Volonté du Monde révélaient que 2 % d'êtres supérieurs dirigeaient le monde.

Les esprits faibles étaient assurés du confort et de l'alimentation. On les distrayait puis ils devenaient du hachis à manger.

Kandy voulut rentrer chez elle. William la regarda partir sans regrets. Il rencontra Blondie Farquhar. C'était une parleuse.

La Volonté du Monde avait assuré la subsistance pour tous, mais c'était une ville monde morte et collante qui la fournissait.

William demanda à Blondie ce qu'il y avait après la Forêt. Elle répondit qu'après la Forêt, il y avait la Forêt. Blondie savait que l'ancêtre de William avait dessiné autre chose que la Forêt.

William et Blondie travaillèrent 1 heure dans le Grand Hachoir. Ils hachèrent les anciens.

Ils virent un carnaval avec des aboyeurs, des dragueurs, des dupeurs. Il y avait une musique bruyante, des baraques de hamburger avec de la viande d'anciens.

Ils allèrent au centre d'ébats où Blondie travail à 1 heure. Elle avait l'air d'y être connue et populaire. Ils allèrent à la Bute de la Vie Nocturne où il y avait des cabarets.

William fut fatigué mais Blondie le releva et l'entraîna précipitamment vers la Forêt. Elle le porta jusqu'à la Forêt.

Il fut de nouveau sur ses pieds et de nouveau fort.

Il y avait de vrais arbres et de vraies plantes.

Il y avait l'effigie du vieux Robin des bois en chêne sculpté et la haute silhouette en bois de Paul Bunyan, le bûcheron géant. Il y avait l'Indien rouge nommé. Cerf-blanc et les garroteurs en papier mâché. William et Blondie s'allongèrent pour dormir.

3

Blondy se réveilla et se mit à courir. William se traîna à sa suite. Elle le laissa continuer seul. Il crut revoir Kandy mais c'était Candie calebasse. Elle accepta de voyager avec lui à condition de ne pas être obligé de parler. Ils partirent d'un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre « stencil numéro 35 353 ». Ils allèrent au Ballet aquatique, à la salle d'exposition de volonté, au Complexe troglodyte. Il y avait un moniteur et William lui demanda si c'était toujours les mêmes séquences qui se répétaient tout le temps. Le moniteur dit qu'il y avait des petites différences.

William parla de son ancêtre et voulut savoir si le moniteur connaissait l'autre dessin de l'écrivain William Morris. Le moniteur répondit que Morris avait dessiné un revêtement mural. William s'évanouit.

Kandy déposa William sur un hachoir et dit que c'était devenu un ancien à un assistant. Elle travailla une heure et découpa William.

 

 

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28 avril 2018

Simetierre

simetierre

 

 

Simetierre (Stephen King)

première partie : le Simetierre.

1

Louis Creed, qui avait perdu son père à l'âge de trois ans et n'avait connu aucun de ses deux grands-pères, ne se serait jamais attendu à se trouver un père aux approches de l'âge mûr. Louis fit la connaissance de cet homme le jour où il vint s’installer à Ludlow.

Il avait une femme, Rachel et deux enfants, Gage et Eileen. Rachel fondit en larmes car elle avait vécu toute sa vie à Chicago et ne s'habituait pas à habiter le Maine. Eileen l’imita.

Louis avait un chat, Church. Leur maison était une grande baraque ancienne de style colonial. Les Indiens Mic-macs étaient les voisins de Louis. Ils exigeaient la restitution de 3000 ha à Ludlow et le procès contre le gouvernement risquait de traîner.

Eileen cria hourra quand elle vit sa nouvelle maison. Cela rassure à Louis. Même le bébé Gage réussit à dire «Sé nou » (chez nous) alors qu'il ne savait dire que maman.

2

Dans le souvenir de Louis Creed, cet instant allait toujours conserver comme une aura magique. Aussitôt la paix fut rompue.

Louis perdit les clés de la maison, Eileen tomba de la balançoire et s'écorcha un genou et Gage se mit à hurler. Il avait été piqué par une abeille. Un vieillard de 70 ans lui conseilla d'ôter le dard du cou du bébé et de lui appliquer du bicarbonate. Il souriait et Louis fut instantanément séduit. C'était Judson Crandall.

3

Judson enleva le dard avec dextérité. Jud Crandall se présenta et leur présenta sa famille.

Les déménageurs arrivèrent et Louis paniqua car il n'avait pas les clés mais Jud en avait un double et le sauva. Eileen vit un sentier et demanda ce que c'était. Crandall promit de le raconter l'histoire de ce sentier.

4

Crandall revint avec le double des clé mais Louis avait retrouvé les siennes. L'enveloppe où il les avait mises avait glissé derrière la boîte à gants. Les déménageurs amenèrent les meubles et les caisses.

Louis était avec Rachel depuis 12 ans.

D'un coup, Louis eu le mal du pays en voyant ses affaires réduites à un tas de vieux machins emballés.

Crandall n'avait jamais connu de déracinement car il habitait la maison de son père depuis sa naissance en 1900. Il avait 83 ans. Il avait travaillé aux chemins de fer. Crandall lui proposa de boire une bière et même si Louis le trouvait sympathique, il se méfiait de tout le monde car il n'est mais pas qu'on lui soutire des consultations bénévoles. Mais en voyant Crandall partir il éprouva une bouffée de tendresse.

5

Quand les déménageurs partirent, Louis alla voir Crandall. Rachel avait vu Mme Crandall. Elle s'était occupée du bébé qui n'avait pas pleuré. Rachel avait été surprise.

6

Louis n'avait pas eu à examiner Norma Crandall. Il se sentit penaud. Crandall lui offrit une bière. Elle demanda des nouvelles de Norma. Elle supportait son arthrite sans trop se plaindre.

Crandall parla de la route qui était envahie par les camions d'Orinco, une usine d'engrais. Ça empêchait Normade dormir.

Louis but une deuxième bière et un silence s'installa entre eux sans que cela le gêne. Puis Crandall parla du sentier. Il était utilisé par les enfants. La plupart des adultes en ignoraient l'existence. Le sentier menait au cimetière des animaux. En 1973, les enfants Ryder avaient un raton laveur mais un camion d'Orinco l'avait écrasé. Louis dit que Eileen avait un chat nommé Churchill mais on disait Church. Crandall demanda s'il avait été châtré mais Louis répondit non. Louis avait eu l'intuition que Church ne devait pas être châtré. Crandall lui conseilla de le faire castrer pour qu'il n'aille pas se balader partout et se faire écraser.

Louis rentra se coucher et Crandall lui proposa de revenir pour lui présenter Norma.

Ils déposa son doigt sur la joue de Gage avec amour et alla dans son lit.

De sa fenêtre, il voyait la maison de Crandall. Il voyait la cigarette de Jud rougeoyer et pensa qu'il montait la garde. Il rêva qu'il était à Disney World. Il pilotait une ambulance.

7

Les deux semaines suivantes, les Creed furent occupées. Louis travaillait à l'université. Il était responsable des services médicaux de l'université d'Orono. Rachel s'occupait de la maison. Eileen avait les nerfs à fleur de peau. Elle avait peur de commencer l'école primaire avec des inconnus. Louis buvait une ou deux chaque soir avec Jud.

Il fit la connaissance de Norma qui souffrait de rhumatismes mais elle résistait. Il l'examina et fut déçu de ne pouvoir rien faire. Rachel et Norma s'aimaient bien. Elles s'échangeaient des recettes de cuisine. La vieille dame s'était attachée aux deux enfants. Louis avait pris une journée de congé pour voir partir Eileen à l'école le jour de la rentrée.

À 10:15 le téléphone sonna et Rachel paniquée décrocha. C'était Norma qui appeler pour dire que Jud venait de terminer la récolte du maïs et qu'ils leur offraient une douzaine d’épis.

Louis alla les voir. Norma lui dit que tout s'arrangerait pour Eileen. En effet, elle rentra de l'école en riant. Elle avait chanté Old Mac Donald comme dans son ancienne école. Louis alla coucher le bébé et eut un horrible pressentiment sans comprendre d'où lui venait cette terreur.

Il avait cru voir un fantôme. En couchant Gage, il eut la vision du « hall d'exposition » de son oncle qui était entrepreneur de pompes funèbres. Mais il redescendit pour écouter Eileen lui faire le récit de sa première journée à l'école des grands.

8

Le samedi suivant, Jud vint voir les Creed. Il proposa à Eileen de voir le cimetière des animaux. Elle en fut ravie. Toute la famille partit. On était en septembre mais il faisait chaud. La vue était fabuleuse. C'était la vallée de la Penobsot.

Jud expliqua que cet endroit fut un lieu-dit qu'on appelait Prospect Hill. Jud fit promettre à Eileen de ne pas venir au cimetière des animaux sans quitter le sentier. Elle promit. Jud demanda à Louis s'il savait où il était et Louis voulut répondre à Ludlow ou derrière chez lui.

Jud dit qu'ils étaient à la limite d'une contrée sauvage. Il ne voulait pas qu'Eileen s'y égare.

Cela avait inquiété Rachel et Louis n'était pas à l'aise. Jud leur expliqua que le dernier à s'y être perdu et s'appelait Will Jeppson, un poivrot, c'était en 1934.

Mais depuis des touristes s'étaient perdus. Ils avaient été retrouvés.

Rachel interdit à sa fille devenir là sans un adulte. Jud s'excusa de les avoir effrayés et dit qu'il n'avait aucune raison d'avoir peur. Il dit à Eileen que dans la vie, si elle restait dans le droit chemin, tout irait bien mais que si elle s'en écartait, elle s'égarerait fatalement.

Ils continuèrent le chemin. Louis suait et fatiguait mais il réalisa que Jud ne transpirait même pas. Ils arrivèrent au cimetière.

Les enfants avaient écrit « Simetierre » sur un panneau. C'était un cercle de gazon de 15 m de diamètre bordé par des buissons et d'un amas d'arbres morts.

Les enfants avaient construit des stèles de fortune. La forêt conférait à l'endroit une teinte absurdement mystique. Eileen était ravie. Les tombes avaient été volontairement disposées en cercles à peu près concentriques.

Rachel était mal à l'aise car elle avait la phobie de la mort. Elle avait été traumatisée par la mort de sa soeur Zelda.

Elle était enfant à l'époque. La première tombe datait de 1939.

Jud montra une tombe à Louis. C'était celle de son chien qu'il avait enterré en 1914. Louis ne fut pas enchanté par cette nécropole.

Eileen s'était légèrement blessée en montant sur l'amas d'arbres morts.

Louis pensa que cet amas avait été placé là par des hommes pour interdire l'entrée de la forêt.

9

Le lendemain, Eileen se présenta avec une figure tragique dans le bureau de Louis. Il était en train de construire une maquette de Rolls-Royce. Il avait la passion des maquettes depuis ses 10 ans quand son oncle lui en avait offert une. Louis soupçonnait Rachel de mépriser cette marotte. Le père de Rachel avait toujours soutenu qu'elle avait épousé un parfait débile.

Elle ne dit pas tout de suite ce qui la taraudait. Elle n'avait pas l'habitude d'étaler facilement ses sentiments et c'était un trait de caractère que Louis admirait beaucoup chez elle.

Elle lui demanda s'ils étaient riches et son père répondit non. Michael Burns avait dit à Eileen que tous les docteurs étaient riches. Mais Louis expliqua à Eileen qu'il était salarié de l'université et pas spécialiste.

C'était les spécialistes qui faisaient vite fortune.

Eileen lui demanda pourquoi il n'était pas spécialiste mais il s'imagina en train d'enfiler des gants en latex avant d'enfoncer un doigt distingué dans le vagin d'une femme et ça ne lui plaisait pas.

Puis elle parla du cimetière des animaux. Il y avait beaucoup de tombes. Plus de 100 selon Louis. Eileen voulut savoir pourquoi les bêtes ne vivaient pas aussi longtemps que les gens. Mais Louis répondit que les tortues de mer vivaient plus longtemps que les hommes. Elle voulait parler des animaux domestiques alors Louis expliqua que cela venait du métabolisme.

C'était comme une horloge interne. Les chiens avaient un métabolisme rapide et les hommes un métabolisme lent. Il espérait la rassurer mais il n'était pas sincère car il avait 35 ans et pensait que sa vie avait passé rapidement. Elle voulut savoir si son chat vivrait longtemps et Louis pensa à la vie violente des chats, à la cruauté de Churchill qui avait éventré un rat.

Mais il lui dit que Churchill vivrait encore 10 ans. Ça ne paraissait pas long à Eileen. Alors il la prit sur ses genoux et lui dit que s'il pouvait il ferait vivre Churchill 100 ans mais les aiguilles tournaient et personne ne pouvait y échapper. Eileen pleura car elle ne voulait pas que son chat meure.

La mort n'était qu'une idée abstraite mais le Simetierre existait bel et bien. Il ne voulait pas mentir à sa fille pour qu'elle ne le lui reproche pas plus tard. Et lui dit que tout le monde pouvait mourir. La mort était un élément de l'existence. Elle trouva ça dégoûtant et pleura jusqu'à ce qu'elle s'endorme.

Louis en parla à Rachel. Rachel savait que l'origine de tout ça était le Simetierre. Elle en voulait à Jud. Rachel ne voulait pas qu'Eileen retourne au cimetière. Il trouvait morbide l'habitude des enfants de cette ville qui entretenaient ce cimetière.

Elle refusait qu'Eileen les suive. Louis pensait à la solidité de son mariage mais il savait qu'on pouvait découvrir chez son conjoint une attitude ou une croyance qu'on n'avait jamais soupçonnée.

Elle lui reprocha d'avoir dit à Eileen que Churchill mourrait. Elle était sûre qu'il ne mourait pas et personne ne mourrait.

Louis n'aurait pas dû bouleverser une malheureuse petite fille en remuant des problèmes qu'elle ne pourrait comprendre que lorsqu'elle serait beaucoup plus grande. Rachel avait perdu sa soeur quand elle était enfant alors elle n'a supportait pas qu'on joue avec la mort en faisant un cimetière pour animaux. Elle refusa que Louis la console car elle était sûre qu'il n'y comprenait rien. Elle était furieuse. Quand il lui demanda comment elle avait dormi, elle lui répondit qu'il ne s'améliorait pas. Mais il se défendit en disant qu'il était normal qu'Eileen se pose des questions sur la mort.

Rachel n'en démordait pas. Louis avait tort et Eileen ne retournerait pas au cimetière.

Louis dit qu'ils avaient déjà expliqué à Eileen comment on faisait les débits. Pour Rachel ça n'avait rien à voir mais Louis expliqua qu'il en avait voulu à sa mère de lui avoir menti sur ce sujet avec le coup des bébés qui naissaient dans les choux. Pour lui les enfants ne pardonnaient jamais les mensonges de leurs parents.

C'était la chose la plus naturelle du monde qu'Eileen sache ce qu'était la mort. Louis fit tomber un sac de farine et Gage fut réveillé. Rachel pleura et voulut s'occuper de gage mais Louis l'arrêta en lui demandant si elle expliquerait à Eileen ce qui s'était passé au cas où Churchill mourait d'une maladie ou se faisait écraser. Elle le traita de salaud. Elle lui dit que la mort n'avait rien de naturel et qu'il devait le savoir en tant que médecin.

Louis balaya la cuisine et pensa à la mort de Zelda. Ça avait dû flanquer un sacré coup à Rachel.

10

Louis raconta tout à Jud qui se demanda si Eileen n'avait pas pris tout ça trop à coeur. Souvent le cimetière des animaux était le premier contact des enfants avec la mort. Jud en avait connu assez pour le savoir. Louis se dit que Jud aurait dû expliquer ça à sa femme car Jud parlait des morts à la télé qui n'étaient que de la blague et les enfants le savaient.

Jud et Norma parlèrent du petit Holloway qui avait été traumatisé par le cimetière. Il avait eu des cauchemars et son chien était mort.

C'était en 1925. Billy Holloway avait obtenu un siège à la législature d'État. Billy ne fit plus de cauchemar après avoir enterré son chien avec plus de 20 enfants qui s'étaient d'abord disputés pour savoir qui porterait le cercueil jusqu'à ce que le petit Mandy Holloway décide que le cercueil serait porté par tous les enfants comme pour des funérailles nationales.

Louis repensa à l'état de quasi hystérie de Rachel. Jud et Norma pensèrent comme Louis, la mort était un sujet normal et pourtant il était devenu tabou.

Jud et Norma étaient d'une génération où on vivait dans la proximité quotidienne de la mort avec la grippe espagnole de 1914, les femmes qui mouraient en couches, deux guerres mondiales. Pour eux, la mort était à la fois une amie et une ennemie.

Jud avait eu un frère mort d'une appendicite en 1913.

Louis dut partir mais il rassura Jud et Norma sur Eileen. Elle finirait par s'habituer à l'idée de la mort.

Louis éprouvait de la colère et de la tristesse envers Rachel.

Il espérait une prompte réconciliation. Il n'arrive pas à dormir. Il pensa à ce qu'avaient dit Eileen, Rachel et Jud. Il pensa à sa cousine Ruthie morte quand il avait 12 ans.

Elle avait été broyée par un bulldozer conduit par un adolescent qui voulait s'amuser. Louis et sa mère avaient prié pour Ruthie. C'est là qu'il avait compris la mort de Ruthie. Il se l'était imaginée en décomposition. Cela lui avait fait naître un violent dégoût mais aussi un élan douloureux d'amour sans espoir. Ruthie ne pouvait pas être morte car il aimait. Il se rappela que sa mère avait évoqué l'automne pour lui expliquer la mort. Elle lui avait dit : « quand on est mort, on est mort. Que veux-tu que je te dise ? ». Alors il alla voir Eileen qui dormait avec Churchill et pensa appeler le vétérinaire pour faire châtrer Churchill.

Ainsi il n'irait pas se faire écraser sur la route. Tout ce malaise aurait abouti à cette décision.

11

Le lendemain, Eileen vit le pense-bête affiché sur le panneau indiquant le rendez-vous avec le vétérinaire et elle comprit.

Elle fut ravie. Rachel adressa à Louis un regard à la fois réprobateur et reconnaissant. Il espéra que la brouille était passée pour de bon.

Elle l'embrassa et s'excusa d'avoir été si garce.

Louis devait commencer son travail à l'université. Rachel demanda s'il avait le trac et il répondit oui.

Rachel lui rappela qu'il gagnerait 60 000 $ par an pour poser des bandelettes et donner la pilule aux jeunes filles.

Louis voulut parler de Zelda mais ce n'était pas le moment.

12

Louis serait aidé d'une infirmière. Il avait des salles de consultations et trois chambres de 15 lits chacune.

Il disposait d'une ambulance. L'université comptait 10 000 étudiants plus 7000 employés.

Stevie Masterton était l'adjoint de Louis. Ms. Charlton était l'infirmière. Elle lui annonça que Steve Masterton avait envoyé l'ambulance au dépanneur.

En y resongeant par la suite (dans les rares moments où il pouvait supporter d'évoquer ces événements en pensée) Louis situa le début du cauchemar à l'instant précis où l'on amena à l'infirmière Victor Pascow, le garçon qui était en train de mourir.

Il parla à deux aides-soignantes bénévoles pour leur expliquer ce qu'il attendait d'elles.

Steve l'alerta en hurlant. Il y avait une emmerde. Un type était couché sur le sol et saignait.

Un attroupement s'était formé derrière la vitre et regardait.

Louis donna des ordres. L'aide-soignante tira les rideaux.

Il s'occupa du blessé.

Le blessé avait le crâne en bouillie. Louis compris qu'il allait mourir. Il fit appeler la police du campus puisqu'il n'avait plus d'ambulance.

Louis demanda ce qui était arrivé au garçon. Steve ne savait pas. Des étudiants avaient emmené le blessé. Lui ordonna à Steve d'aller les chercher.

Le mourant évoqua le cimetière des animaux. Cela horrifia Louis qui lui demanda de répéter et le blessé dit : « ce n'est pas le vrai cimetière ».

Louis avait reçu une éducation religieuse sommaire. Rien ne l'avait préparé à l'occulte. Il était épouvanté. Il demanda pourtant au blessé de répéter. Le blessé dit : « un coeur d'homme à un sol plus rocailleux encore, Louis. On y fait pousser ce qu'on peut… Et on le soigne ».

Louis lui demanda qui il était. Le blessé répondit : « Indien pêche poisson. Nous pas s'approcher. Nous savoir ». Puis il mourut.

13

Louis était désorienté. Il avait été seul avec le mourant quand il avait prononcé ses paroles sibyllines puis tout le monde était revenu.

Le mort avait été heurté par une voiture en faisant du jogging. C'est Joan Charlton qui lui dit. Le mort s'appelait Wehas Pascow. Louis annonça l'heure.

Steve vit que Louis n'allait pas bien. Mais Louis tenta de se convaincre que le mourant n'avait pas pu lui parler. On l'avait embauché pour prendre les choses en charge ; eh bien c'est ce qu'il allait faire. Il demanda son nom à l'aide-soignante et celle de son amie. Il lui ordonna d'aller chercher une couverture pour couvrir le mort. Puis il demanda à l'un des vigiles qui il devait avertir. Le vigile répondit que c'était le premier mort en six ans.

14

Louis fit une déclaration à la presse avec le directeur de la sécurité du campus.

Whiley, l'étudiant qui avait écrasé Pascow avait été écroué pour conduite en état d'ivresse et homicide involontaire. Un journaliste posa des questions à Louis qui donna son opinion sur les causes du décès.

Pour se calmer, Louis avait classé les fiches des étudiants prioritaires (les handicapés et les malades) avec Joan.

Puis il avait avalé du Tuinal, un barbiturique. Rachel l'appela. Elle lui dit qu'il avait donné une bonne impression à la radio mais elle était inquiète pour lui. Elle lui ordonna de rentrer.

15

Rachel l'accueillit presque nue. Elle avait confié les enfants à Ms. Dandridge. Elle lui fit prendre un bain. Louis eu l'impression que son horrible sourire s'écoulait hors de lui avec le savon. Puis Rachel le masturba jusqu'à ce qu'ils jouisse.

Elle lui avait préparé un boeuf Strogonoff.

Puis ils firent l'amour.

Louis alla chercher les enfants. Ms. Dandridge le pressa de questions. Il lui répondit pour la remercier d'avoir gardé les enfants gratuitement. Puis il rentra se coucher. Avant de sombrer dans le sommeil, il entendit Rachel lui annoncer que le vétérinaire opérerait Churchill le lendemain.

16

Il se réveilla la nuit. Il vit Victor Pascow dans l'encadrement de la porte. Il demanda à Louis de le suivre. Louis n'avait pas peur. Il savait qu'il rêvait. Pourtant ils suivit Pascow. Il le vit traverser une porte comme un fantôme.

Il le mena jusqu'au sentier. Louis eut peur. C'était un rêve de domination et d'hypnose. Il le suivit jusqu'au Simetierre. Une branche lui érafla un biceps.

L'amas d'arbres morts s'était transformé en tas d'ossements.

Il avançait vers lui. Louis voulut hurler pour se réveiller.

Mais il ne put pas.

Pascow lui ordonna de ne pas ouvrir le portail, de ne pas franchir la barrière. Une chose sans âge résidait au-delà. Elle n'était jamais en repos. Pascow lui dit qu'il venait en ami. Il annonça que sa destruction et celle des personnes qu'il aimait étaient proches.

Il lui ordonna de ne pas l'oublier.

17

Louis se réveilla en entendant le bruit des ossements puis la voix de sa fille qui jouait avec Gage. Rachel était levée et l'avait laissé dormir intentionnellement. Eileen vint l'embrasser avant de partir à l'école.

Quand Rachel lui proposa des oeufs Louis réalisa qu'il avait de la boue sur les pieds et il avait une égratignure en travers du biceps.

Il n'avait donc pas rêvé. Il retint un hurlement pour ne pas effrayer Rachel. Il se dépêcha de jeter les draps dans le vide linge avant que Rachel ne les voie. Puis il prit une douche. Il éclata de rire en pensant au vide linge et ce que Ms. Dandridge imaginerait. Elle croirait que Louis et Rachel se livraient à des jeux sexuels en se barbouillant de boue.

Cela le remit d'aplomb. Quand Rachel lui apporta son petit déjeuner, elle lui demanda pourquoi il avait ri et il répéta une blague qu'il avait entendue pour la faire rire. Tout continuera pour le mieux jusqu'à ce qu'il ait roulé 20 km en direction de l'université.

Il pensa à Pascow et fut terrifié. Alors il écouta Joan Baez à la radio ce qui le calma.

À son travail, Stevie lui demanda s'il allait bien. Surrrendra Hardu, le médecin hindou qui assurait la nuit. Il raconta qu'il avait suturé la cuisse d'une fit ivre qui lui avait vomi sur la tête.

Cela fit rire Louis. Les représentants de produits pharmaceutiques allaient passer. Louis et Stevie se demandaient comment ils allaient essayer de les corrompre. Un représentant avait osé proposer une poupée gonflable à Louis une fois.

18

Louis appela le bureau des inscriptions pour demander le dossier de Pascow. Le représentant de chez les produits Upjohn lui proposa un billet à tarif réduit donnant accès à tous les matchs de football des Patriot de Boston. Louis refusa. Puis il lut le dossier de Pascow en espérant y dénicher un fil conducteur permettant de relier l'existence de Pascow à la sienne ou à North Ludlow et au Simetierre. Il ne trouva rien.

Il appela la morgue et apprit que le corps de Pascow avait été récupéré par l'entreprise de pompes funèbres. Cela rassura Louis. Il se remit à croire qu'il avait fait un cauchemar. Il essaya de se convaincre qu'il avait eu une crise de somnambulisme.

Le soir il alla au Simetierre.

Il vit qu'il y avait bien passé la nuit précédente. Il grimpa sur l'amas d'arbres morts.

Mais il eut peur de tomber alors il rentra. Il avait eu le temps de voir qu'un chemin se trouvait derrière l'amas.

Il lut des revues de médecine car l'idée de s'endormir le rendait nerveux. Mais il put dormir sans faire de cauchemar.

19

Rachel emmena Churchill se faire châtrer. Eileen eut du mal à dormir sans son chat. Pour la consoler, Louis écrivit : « je rentre demain, grosses bises, Church » sur une feuille qu'il plaça au-dessus de la corbeille du chat. Eileen pourrait lire le mot en se réveillant. Puis il fit l'amour à Rachel et s'endormit dans ses bras. Church revint le vendredi, ce qui coïncidait avec la fin de la première semaine de travail de Louis. Louis était triste de voir son chat diminué, il se laissait nourrir à la main et ne voulait plus sortir. Rachel et Eileen ne remarquèrent pas la différence.

20

Le début de l'automne fut une période heureuse pour les Creed.

Le travail de Louis avait pris un rythme de croisière. Il présidait des groupes de discussion. Il évoqua le cas de Pascow sous un autre nom lors d'un congrès régional de médecine. Puis il prépara le budget pour l'année à venir.

Louis allait boire une de bière chaque soir avec Jud. Parfois Rachel l'accompagnait. Il ne se lassait pas des histoires de Jud. Il faisait autant l'amour avec Rachel que pendant leur première année de mariage. Le père de Pascow avait appelé Louis. Il jura qu'il avait fait le maximum pour le sauver.

Louis n'avait pas oublié son rêve mais il lui semblait que c'était arrivé à quelqu'un d'autre.

Eileen fit la tournée des petits fous pendant Halloween. Gage était malade et resta à la maison.

Jud et Norma offrirent des friandises à Eileen mais Norma laissa tomber une pomme qu'Eileen refusa de prendre car elle était tachée. Louis remarqua que l'arthrite de Norma avait empiré. Elle n'allait plus chez son médecin alors Jud demanda à Louis de l'examiner. Norma avait une amie qui venait de mourir du cancer et avait la frousse de voir le médecin.

À ce moment-là Louis sentit que quelque chose de terrible venait d'arriver. Norma venait de tomber, c'est Eileen qui l'annonça en hurlant.

Louis se précipita vers Norma qui gisait sur le sol. Son coeur était faible.

Il lui fit un massage cardiaque. Il demanda à Jud d'avertir Rachel.

Elle ramènerait sa trousse et appellerait l'hôpital. Norma revint à elle et Louis eut peur qu'elle lui parle du Simetierre. Il eut honte de cette pensée.

Une femme proposa son aide. Louis lui ordonna de mettre un torchon mouillé sur le front de Norma. Jud revint avec sa trousse de Louis. Louis fit avaler une pilule d'Isodil à Norma.

La femme qui les avait aidés et s'appelait Ms. Buddinger.

Louis était épuisé. Il dévora une pomme. Jud dit à Louis que s'il avait besoin d'un service il faudrait qu'il lui demande. L'ambulance emmena Norma.

Puis Louis emmena Eileen finir sa tournée d'Halloween.

Rachel lui dit que c'était un acte de la providence qu'il se soit trouvé près de Norma quand elle avait eu son infarctus. Elle demanda si c'était elle qui avait provoqué la crise cardiaque de Norma en refusant la pomme. Louis était effaré par tant de superstition mais il lui répondit non. Si Louis avait pu sauver Norma c'est parce qu'il accompagnait Eileen pour sa tournée.

Elle avait donc contribué au sauvetage.

Eileen répondit que Norma aurait d'autres infarctus et qu'elle en mourrait.

Louis en fut étonné en repensant à la crise de larmes de sa fille quand elle avait peur que son chat meure. Quand Louis se coucha, Rachel lui demanda si Eileen n'était pas perturbée par cet événement. Il répondit non. Louis se réveilla en pleine nuit. Il entendit des pas. Il hoqueta « non » et les pas s'évanouirent.

Il vérifia si personne n'était dehors. C'était le cas alors il put s'endormir.

21

Le lendemain, Louis appela l'hôpital. Norma était aux soins intensifs mais le médecin de Norma, Weybridge était optimiste. Il n'y avait pas eu infarctus à proprement parler mais heureusement que Louis avait été présent.

Il alla la voir quelques jours plus tard. Elle n'était plus aux soins intensifs. Jud était avec elle.

Norma le remercia.

Louis envoya sa famille à Chicago pour qu'elle passe Thanksgiving chez les parents de Rachel. Louis resterait avec Norma et Jud.

Louis ne voulait pas voir les parents de Rachel qui ne l'aimaient pas. Le père de Rachel avait proposé de lui payer ses études à condition qu'il quitte Rachel. Rachel ne l'avait jamais su. Louis avait refusé et avait traité le père de Rachel de salopard bouffi d'arrogance.

Irwin Goldman le chassa mais Louis lui dit qu'il pouvait se mettre son chéquier et sa carte de crédit au cul. Ils n'avaient pas reçu d'argent pour leur mariage. Rachel dut travailler pendant que Louis étudia. Les enfants avaient pacifié les Goldman.

Louis savait que s'il avait feint d'oublier sa scène avec Irwin, cela aurait scellé la réconciliation. Une fois seul, Louis se sentir orphelin. Il était au bord des larmes. Il but deux bières avec Jud et Norma mais il cafarda à l'idée de se retrouver seul. Rachel l'appela pour lui dire qu'ils étaient bien arrivés à Chicago.

22

Louis mangea avec Jud et Norma le repas de Thanksgiving puis s'endormit chez lui.

Jud l'appela en pleine nuit pour lui annoncer que Churchill s'était fait écraser. Il espéra que ce n'était pas lui mais fut obligé de reconnaître que c'était bien son chat.

Il se demanda comment il pourrait l'annoncer à Eileen. Il mit Churchill dans un sac-poubelle.

Jud lui prêta une telle une pioche pour qu'il aille enterrer le chat au Simetierre. Louis ne voulait pas y aller en pleine nuit et mais Jud lui demanda s'il aimait Churchill et Eileen. Il ne pouvait répondre non alors Jud lui répondit que dans ce cas il devait aller au Simetierre tout de suite. Étrangement, Louis se sentit heureux. Jud lui dit que c'était à cause du Simetierre mais qu'il devait ne pas se fier à ce qu'il ressentait. Louis eu l'impression de vivre un rêve.

Jud franchit l'amas de bois mort et força Louis à le suivre.

Il réussit à franchir la barrière. Cela faisait 20 ans qu'il ne s'était pas senti aussi jeune. Jud lui demanda s'il en doutait. Louis répondit non. Ils marchèrent 6 km. Ce sentier avait du pouvoir. Louis le sentait. Il vit le reflet d'une paire d'yeux qui lançaient des lueurs vertes. Ils étaient près de ce que les Mics-Macs appelaient autrefois le marais du petit Dieu. Les trappeurs l'appelaient le marécage de l'homme mort et ceux qui avaient réussi à le traverser évitaient d'y revenir.

Jud lui expliqua qu'il y avait des phénomènes bizarres et que l'air y était plus électrique.

Ils entendirent un rire aigu.

Jud dit que ce n'était qu'un huard. Ils montèrent un escalier taillé dans le roc. Jud n'était pas venu dans cet endroit depuis 12 ans et avait oublié qu'il y avait 45 marches. Il ne pensait pas qu'un jour il serait obligé d'y revenir.

Ils étaient arrivés. Le lieu était le sommet d'une mesa plate et sans ombre.

C'était en fait l'avancée d'une colline. Jud le fit marcher 30 m vers des sapins. Il y avait des tumulus de pierre. Les Mics-Macs y enterraient leurs morts.

Jud ordonna à Louis d'enterrer son chat. Louis voulut savoir pourquoi Jud l'avait emmené là. Il répondit que c'était parce qu'il avait sauvé la vie de Norma. Louis dut tailler la roche avec la pioche pour creuser une tombe. Jud voulait que Louis enterre Churchill ici car c'était un endroit magique selon les Indiens.

Louis entassa des pierres sur la tombe du chat. Il fit un tumulus conique.

Ils rentrèrent. Ils arrivèrent à 20:30. Louis était étonné, il pensait qu'il était bien plus tard. Il demanda à Jud ce qu'ils avaient fait. Jud répondit qu'ils avaient enterré le chat d'Eileen vit que Louis se posait trop de questions.

Jud dit à Louis qu'il devait accepter ce qui était fait et n'écouter que son coeur.

Louis voulut savoir comment Jud avait connu cet endroit.

C'était un Indien qui lui en avait parlé, Stanny Bee. Jud y avait enterré son chien en 1910.

Le téléphone sonna chez Louis mais il décrocha trop tard. Il n'avait pas le courage d'appeler Rachel pour n'avoir pas à annoncer à Eileen la mort de Churchill.

Il se lava car il avait transpiré beaucoup. Il s'endormit et se réveilla à 3:00 du matin. Il réalisa que Jud lui avait menti quand il avait parlé de son chien la première fois en lui disant qu'il était mort de vieillesse et non en s'accrochant à des barbelés et qu'il l'avait enterré dans le Simetierre. Il avait dit que son chien était mort pendant la première guerre mondiale et cette nuit il avait dit qu'il était mort en 1910. Il s'endormit et crut entendre Pascow mais il ne vint plus jamais le déranger ni dans son sommeil ni dans sa veille.

23

Rachel appela. Il lui dit qu'il était chez Jud la veille pour boire des bières. Rachel lui apprit que la calvitie de son père avait progressé ce qui provoqua une joie mesquine chez Louis. Louis dit qu'il s'ennuyait sans elle. Eileen lui raconta que Gage avait fait caca sur le seuil du bureau d’Irwin. Louis en fut réjoui et que son grand-père lui avait donné une poupée. Mais elle demanda comment allait son chat et Louis mentit en répondant qu'il allait bien. Il n'éprouva aucun remords.

24

Stevie appela à Louis pour lui proposer une partie de squash mais Louis refusa en prétextant vouloir écrire un article.

En réalité, son expédition avec Jud l’avait courbaturé.

Il alla voir Jud mais il était parti avec Norma. Il lui avait laissé une lettre pour lui conseiller de ne rien dire sur la mort du chat à Eileen et de se taire à propos de leur expédition car les villageois ne supporteraient pas qu'un « étranger » soit allé là où Louis était allé. Jud le félicitait pour sa conduite. Louis repensa à la nuit dernière.

25

Louis bricolait quand Churchill réapparut. Louis eut un coup à l'estomac mais il prit le chat dans ses bras et le souleva. Il eut un vertige. Il avait vu une croûte de sang sur le museau de Churchill et un bout du sac-poubelle ou il l'avait glissé la veille. C'était bien le même chat mais ressuscité.

Louis comprit qu'il n'aurait plus jamais envie de toucher Churchill. Le chat sentait la terre pourrie.

Louis prit un bain pour se relaxer. Il essaya de se convaincre que Churchill était juste assommé et pas mort et qu'il s'était réveillé et revenu du cimetière des Indiens. Heureusement qu'il n'avait rien dit à Eileen. Churchill entra dans la salle de bains et oscilla sur la cuvette des toilettes.

Ses yeux avaient changé, Louis savait que c'était pourtant toujours Churchill. Il lui ordonna de déguerpir et le chat obéit.

Stevie rappela et cette fois Louis accepta son invitation tant il voulait échapper au chat. Mais Louis trébucha sur Churchill qui était dans l'escalier. Il put se rattraper à la rampe d'extrême justesse. Il savait qu'il aurait dû le faire sortir mais il ne voulait pas le toucher.

26

Louis alla voir Jud.

Norma brodait. Elle ne semble plus souffrir d'arthrite. Jud dit que son chien était mort en 1910 pour la première fois et Stanny Bee lui parla du cimetière indien. Son vrai nom était Bouchard. C'était un Canadien français. Il était venu le voir au moment où Jud avait été envoyé par son père faire une corvée. Le père de Jud voulait achever son chien mourant à l'écart de Jud. Le grand-père de Stanny faisait du troc avec les Mics-Macs. Ils lui avaient parlé du cimetière et de l'escalier.

Ils n'y allaient plus à cause d'un wendigo qui en avait aigri le sol.

Affamés, ils avaient eu recours au cannibalisme en prétendant qu'un des leur avait été touché par le wendigo. Ils avaient enterré les restes des corps au cimetière. Stanny voyant la tristesse de Jud lui avait parlé du cimetière. Il n'aurait qu'à l’y enterrer. À 1:00 du matin Stanny vint le chercher. Jud avait enterré son chien au cimetière indien. Il avait vu quelque chose et ne voulait pas dire à Louis ce que c'était. Il était retourné six fois au cimetière après et ne l'avait jamais revu.

Spot était revenu à la vie mais était devenu maléfique. Spot était revenu en terrorisant la mère de Jud. Cela gâcha sa joie de revoir son chien.

Il l'avait lavé sans que Spot bronche alors qu'avant il détestait ça.

Spot avait accueilli le père de Jud alors qu'avant il ne lui faisait jamais la fête.

Le père de Jud fut surpris mais demanda simplement à Jud de laver Spot car il sentait la terre.

Mais plus tard, le père de Jud lui parla. Il savait ce qu'il avait fait mais voulut savoir avec qui.

Jud parla de Stanlny.

Jud lui demanda pourquoi il ne l'avait pas amené lui-même au cimetière s'il en connaissait le pouvoir mais son père répondit que cet endroit était néfaste. Son père voulut savoir si Jud aimait autant son chien qu'avant mais il ne sut répondre.

Il voulait que Churchill ressuscite pour qu'Eileen comprenne qu'il y avait des états pire que la mort.

Rachel préférait l'ignorer et donc qu'Eileen ne le savait pas. Jud espérait qu'Eileen apprendrait que la mort était le lieu où la souffrance cesse et où les bons souvenirs prennent racine.

Elle devrait le comprendre par ses propres moyens. Quand Churchill mourrait, elle en serait soulagée.

Jud avoua que le cimetière avait pris possession de lui et l'avait obligé à transmettre son secret à Louis.

Jud voulut rassurer Louis en lui disant que Spot était resté un bon chien mais il dut lui avouer que d'autres bêtes ressuscitées étaient devenues cabochardes avec des pointes de la méchanceté.

Spot avait gardé son odeur de terre aigre et la mère de Jud n'avait plus voulu le toucher.

Mais si Louis voulait tuer Churchill, il ne l'empêcherait pas. Louis demanda si un être humain avait été enterré au cimetière indien. Jud eut l'air surpris et répondit non mais Louis lui trouva l'air d'un homme qui sait qu'il est en train de mentir.

27

Louis était ivre dans son garage. Il n'y avait pas de lumière et il entra en collision avec la cloison et une écharde se planta dans sa paume.

Il se racla le tibia sur le pare-chocs de sa voiture.

Il sentit Churchill se frotter à ses chevilles et cria.

28

Louis alla chercher sa famille à l'aéroport. Rachel était fatiguée. Eileen lui dit qu'elle avait rêvé de Churchill et qu'elle l'avait vu écrasé. Louis la rassura. Gage avait attrapé un virus et vomissait.

Eileen vit son chat et le prit dans ses bras. Il resta inerte, les yeux rivés sur ceux de la fillette.

Eileen le reposa et il partit sans se retourner.

Eileen avait senti l'odeur de terre de Churchill. Gage avait une forte fièvre. Louis lui administra de l'aspirine.

Il se disputa avec Rachel qui lui reprochait de ne pas lui donner un autre médicament. Il s'excusa. Rachel lui avoua que ses parents avaient offert un tas de vêtements à Gage et à Eileen. Cela mit Louis en colère car il ne voulait pas qu'Irwin se permette d'acheter l'affection d'Eileen.

Eileen appela et Louis alla la voir. Il ne voulait plus que Churchill dorme avec elle de peur qu'il lui transmette des infections.

Elle lui demanda de faire sortir le chat car il sentait mauvais.

Il le chassa et alla se laver les mains. Il repensa à ce que Jud lui avait dit sur le cimetière. Il se demanda si lui aussi été possédé par le cimetière. Rachel voulait dormir avec Gage quitte à attraper son virus mais ça la rassurait alors Louis accepta de dormir sur le canapé.

Il lui dit qu'Eileen ne voulait plus dormir avec Churchill. Rachel fut surprise. Avant de se coucher, Louis vérifia que le chat n'était pas rentré. Il rêva de Churchill. Il l'avait tué et enterré une deuxième fois dans le cimetière indien. Il fut réveillé par Rachel qui l'appela inquiète. Churchill était rentré et il s'était couché sur Louis. Cela fit crier Louis. Le chat s'enfuit. Gage avait vomi et suffoquait. Alors Louis le fit vomir tout ce qui était bloqué dans sa gorge et l'enfant hurla. Il finit par se rendormir. Rachel était terrorisée car Gage avait failli mourir étouffé. Rachel avait donné du lait à Gage en pleine nuit. C'est ça qui avait provoqué son étouffement. Rachel en fut penaude.

Avant de se recoucher, Louis chassa le chat et ferma la porte de la cave.

29

Le lendemain Gage n'avait plus de fièvre. Eileen lui apprit à dire « merde » et « prout-merde ».

Cela fit éclater de rire Louis et Eileen. Rachel était agacée mais Louis eut un fou rire. Il avait le sentiment que tout était rentré dans l'ordre pour que les choses aillent bien. Et les événements lui donnent raison. Du moins pour un temps.

30

Gage attrapa une bronchite et la transmit à Eileen et à Rachel. Louis en fut épargné.

Louis avait beaucoup de travail à l'université à cause des maladies hivernales et d'une bande de six garçons qui avaient fait les fous sur un toboggan. Cinq d'entre eux s'étaient blessés. Louis les sermonna. Les Creed se sentaient vraiment chez eux à présent. Louis et Rachel mirent les cadeaux de Noël dans le grenier.

Louis avait remarqué que Churchill ne ronronnait plus. Eileen ne voulait plus dormir avec lui mais elle le nourrissait avec autant de régularité et d'affection qu'avant.

Louis prit une de ses bottes et la plaça dans le cadre de la cheminée pour y laisser une empreinte. Ainsi les enfants croiraient que le Père Noël était passé par là. La rumeur courait à l'école que le Père Noël c'était papa et maman. Eileen avait vu sa foi ébranlée d'autant plus qu'elle avait vu un Père Noël enlever sa fausse barbe pour manger un cheeseurger.

Louis offrit un pendentif en saphir à Rachel. C'était la première fois de sa vie qu'il lui offrait un bijou Rachel, émue, pleura.

Puis Louis alla faire sortir Churchill qui venait de massacrer un corbeau. Louis eut un haut-le-coeur. Il dut jeter le corbeau à la poubelle.

Rachel s'inquiétait alors il mentit en disant qu'il avait changé une ampoule.

Ils firent l'amour mais Louis ne put dormir à cause du corbeau déchiqueté par le chat.

31

Les empreintes dans la cheminée firent renaître-pour un temps-la foi d'Eileen dans le Père Noël.

Les enfants trouvèrent les cartons d'emballage plus amusant que les jouets. Le soir du jour de l'an les Crandall dînèrent avec les Creed. Norma déclinait.

Les Creed ne devaient plus jamais revoir Norma chez eux.

La grisaille était démoralisante.

Le 23 janvier, Louis reprit le travail avec plaisir. La grippe avait sévi et Louis rentrait épuisé mais pas malheureux.

Le froid revint le 29 janvier. Rachel appela Louis à son travail. Elle pleurait. Norma venait de mourir. Louis repensa à la phobie de Rachel envers la mort. Elle lui demanda de rentrer pour soutenir Jud.

En dépit de tout ce qui était arrivé avec Churchill, Louis persistait à croire que Jud avait eu raison de ressusciter le chat et Louis était bien décidé à le soulager dans son malheur.

32

Norma avait succombé à une hémorragie cérébrale. Rachel ne voulait pas parler de la mort de Norma et refusa que Louis en parla. Eileen était plus intriguée que choquée et Louis trouva cette réaction saine.

Jud affronta la situation avec sang-froid mais avait l'air vraiment d'un vieillard à présent.

Jud pleura et Louis l'étreignit.

Jud était affligé mais avait gardé toute sa tête.

Louis et Jud burent une bière à la santé de Norma. Jud s'enivra et raconta ses souvenirs avec Norma. Il affrontait le présent avec énergie et s'occupa de l'enterrement de Norma.

Louis imagina Jud emmenant Norma au cimetière indien. Cela lui fit l'effet d'une gifle. Jud appela sa famille et la famille de Norma. Louis l'admira. Il l'aimait.

Eileen demanda à Louis si Norma irait au paradis. Elle n'avait aucune notion de la religion. Louis et Rachel non plus. Louis évoqua la réincarnation, l'enfer et le paradis, le Nirvana. Rachel les écoutait. Mais il dit que personne ne savait ce qui se passait après la mort. Il lui parla de la foi et les deux hypothèses : soit l'âme survivait, soit il n'y avait plus rien.

Louis ne croyait plus en rien depuis ses études. Mais il rassura Eileen en disant qu'on continuait d'exister après la mort sans savoir sous quelle forme. Eileen dit qu'elle avait été bête de pleurer quand elle avait eu peur que son chat meure et que s'il mourait à présent, elle le supporterait mieux.

Rachel lui avoua qu'elle avait tout entendu et elle parla de son enfance. Elle avait peur que des monstres ressemblant à sa soeur la dévorent dans son lit.

Louis était soulagé qu'elle se lâche enfin. Zelda avait été cachée comme un secret honteux par ses parents. Rachel éclata en sanglots.

Rachel évoqua les derniers jours de sa soeur. C'était affreux. Elle avait eu une méningite et se détériorait chaque jour devant sa famille impuissante. Elle se transformait en monstre et sa famille espérait qu'elle meure pour être soulagée. Louis expliqua que les malades devenaient acariâtres et griffaient comme des bêtes venimeuses. C'étaient des réflexes mais leur entourage en prenait plein la gueule.

Rachel croyait qu'il inventait tout ça pour la calmer mais il pouvait lui prouver que des gens se suicidaient après avoir perdu quelqu'un car les survivants avaient le sentiment d'avoir commis un meurtre et voulaient l'expier en se flinguant

Rachel fut soulagée et dit que Zelda était devenue méchante. Elle pissait au lit intentionnellement. Quand Zelda était morte, Rachel était seule avec elle car ses parents étaient sortis. Elle avait cessé de hurler d'un seul coup. Rachel avait eu la conviction que Zelda avait voulu la tuer et qu'elle la haïssait parce que Rachel allait lui survivre. Zelda était morte étouffée à cause de sa langue. Louis connaissait les symptômes et ordonna à Rachel d'arrêter. Mais Rachel raconta qu'elle avait voulu aider Zelda. Elle l'avait retournée et lui avait tapoté le dos. Elle avait eu peur que ses parents l'accusent de l'avoir tuée.

Zelda était morte et Rachel s'était enfuie en courant et en criant. Les voisins avaient cru qu'elle pleurait mais Rachel avait ri.

Louis lui dit que si elle avait vraiment ri, il lui tirait son chapeau. Elle venait de lui fournir un motif supplémentaire pour exécrer ses parents.

Ils l'avaient laissée seule avec Zelda. Avec tout son argent, Irwin aurait pu payer une infirmière à domicile pour épargner Rachel.

Louis donna un valium à Rachel.

Elle continua son récit. La voisine l'avait retrouvée tapie derrière un arbre et elle saignait du nez. La voisine avait stoppé l'hémorragie et l'avait calmée avec une tasse de thé brûlant et deux aspirines.

Elle avait appelé ses parents.

Le soir, Zelda n'était plus là et sa chambre avait été désinfectée et ce n'était plus qu'un cube vide.

Des années plus tard, Dory Goldman l'avait transformée en salle de couture. Rachel avait fait un cauchemar dès la première nuit après la mort de Zelda. Elle croyait que Zelda lui avait transmis sa maladie. Elle avait vécu huit ans au bord de la psychose. Croyant que Zelda allait venir la tuer.

Rachel n'était pas allée à l'enterrement de Zelda.

Ses parents s'étaient montrés possessifs envers elle car ils se sentaient coupables de l'avoir laissée seule avec Zelda.

Rachel ne voulait pas assister à l'enterrement de Norma mais accepta que Louis y emmène Eileen.

33

Louis et Eileen étaient à l'enterrement de Norma. Jud embrassa Eileen en disant qu'il était ravi qu'elle soit là et que Norma devait l'être aussi.

Louis était un des porteurs du cercueil. Il laissa Eileen en lui demandant de l'attendre. Elle eut peur qu'il l'oublie.

Jud présenta le frère de Norma et ses propres neveux à Louis.

Une fois le cercueil dans le fourgon, Louis rejoignit sa fille.

Tout le monde alluma ses phares. Elle demanda pourquoi on faisait sa en plein jour. Louis lui expliqua que c'était pour honorer les morts. Eileen réalisa que Norma était morte et pleura. Elle demanda à Louis pourquoi il fallait mourir. Louis expliqua que c'était pour laisser la place aux nouveaux comme elle est parce que les gens très vieux qui souffraient ne trouvaient pas la mort mauvaise.

Une fois rentrée, Eileen raconta l'enterrement à Rachel.

Le soir, Louis préparait un article en réponse à un auteur de Duquesne Medical Digest qui relançait la vieille controverse sur la dissolution des sutures. Rachel lui dit que Churchill avait tué un rat et avait grondé quand elle avait approché. Elle ne l'avait jamais vu comme ça.

34

Eileen avait six ans. Elle rentra de l'école avec un chapeau en papier et des portraits que ses camarades avaient faits d'elle pour l'occasion.

La grippe avait été enrayée.

Surrendra Hardu avait sauvé la vie d'un étudiant qui en avait été atteint.

La douleur de Jud s'estompa.

Gage dut subir la première coupe de cheveux de sa vie. Quand ses cheveux devinrent plus foncés Louis en éprouva une peine poignante.

35

C'est le 24 mars 1984 que Louis Creed connu sa dernière journée de véritable bonheur. Dans le meilleur des cas, l'existence d'un individu ordinaire ne doit guère en comporter plus d'une trentaine au total. Louis surveillait Gage chez lui pendant que Rachel et Eileen étaient à Bangor pour faire les courses. Elles étaient parties avec Jud dans son vieux camion.

Louis était content que Rachel sorte car elle était restée cloîtrée tout l'hiver.

Gage avait avalé une bille.

Louis décida de les proscrire.

Il emmena Gage dehors pour jouer avec un vautour cerf-volant que l'enfant appela «zoziau ».

Cela plut à Gage. Louis n'avait pas fait voler un cerf-volant depuis 20 ans. Il attacha la ficelle autour du poignet de Gage pour que l'enfant fasse voler le cerf-volant.

Pour Louis, ce furent des instants inoubliables de communion avec son fils.

Il dit à Gage qu'il l'aimait. Son fils n'avait plus que deux mois à vivre.

Rachel et Eileen revinrent.

Eileen joua avec eux et faillit perdre le cerf-volant.

Le soir Louis demanda à Eileen de ne plus laisser traîner ses billes et elle accepta sans rechigner contrairement à son habitude car elle avait été heureuse de jouer au cerf-volant. Louis alla embrasser Gage qui parlait encore de cerf-volant. Louis en fut ému aux larmes.

Mais Louis vit Churchill dans le couloir. Il le chassa mais Churchill cracha alors Louis lui envoya un jouet qui le heurta de plein fouet. Churchill déguerpit. Puis Louis resta planté un long moment à regarder son fils dormir.

Deuxième partie : le cimetière des Mics-Macs.

36

On a probablement tort de penser qu'il peut y avoir une limite à l'horreur que peut éprouver l'esprit humain.

Le 17 mai 1984, Louis enterra son fils.

Louis se battit avec Irwin et Surrenda Hardu dut injecter une forte dose de sédatif à Rachel pour la faire sortir du salon mortuaire où elle hurlait.

Sans Jud et Stevie, Louis n'aurait pas pu s'en sortir.

Stevie s'était précipité chez les Creed dès qu'il avait appris la nouvelle. Rachel était en état de choc et Louis incapable de prendre la moindre décision.

Eileen se cramponnait à une photo de Gage. Louis était totalement insensible à l'état de sa femme et de sa fille. C'est Stevie qui les prit en charge. Il défendit à Rachel de se rendre à l'exposition du corps de Gage le matin. Il interdit à Eileen de s'y rendre tout court.

Il injecta un sédatif à Rachel et donna un calmant à Eileen qui s'endormit. C'est bien entendu Jud qui s'était chargé de régler toutes les formalités et s'occupa d'Eileen l'après-midi.

Stevie essaya de faire comprendre à Louis que Rachel et Eileen avaient besoin de lui, plus que jamais et Stevie pleura. Louis revoyait Gage courir vers la route. Depuis quelque temps, échapper à papa-maman était devenu son nouveau jeu. Louis avait hurlé le nom de Gage pour qu'il s'arrête et avait essayé un impossible plaquage au sol et avait frôlé le dos de l'enfant mais trop tard. Le camion avait écrasé Gage.

Stevie avait décidé que Rachel pourrait se rendre l'exposition l'après-midi. Il allait le regretter.

Les parents de Rachel avaient débarqué et Stevie avait été contraint de se montrer ferme avec le père de Rachel. Rachel parut s'être ressaisie un peu à midi et prépara un repas pour les amis qui viendraient après la cérémonie mais Stevie la vit pleurer dans la cuisine car elle avait sorti une dinde et Gage adorait la dinde.

Il lui conseilla de monter s'habiller et elle revint vêtue de noir. Il l'emmena au salon mortuaire en compagnie de Surrenda Hardu.

Pendant l'exposition du matin, Irwin avait refusé de serrer la main de son gendre. Gage était mort le samedi. Le dimanche, Louis avait choisi un cercueil avec Jud. Il avait opté pour un cercueil en bois de rose. Louis avait l'impression bizarre d'être une créature de fumée flottant au pays des rêves.

Le directeur du salon mortuaire avait posté Louis à côté d'un pupitre afin qu'il puisse « accueillir ses parents et amis ». Les parents et amis devaient signer un livre en y mentionnant leurs noms et adresses. Louis n'avait jamais eu la moindre idée de l'utilité que pouvait avoir cette coutume grotesque.

Missy Dordrige fut la première à venir. Elle avait beaucoup pleuré. Louis l'étreignit. Elle voulait savoir où était Rachel et Louis lui répondit qu'elle se reposait. Elle proposa de garder Eileen chaque fois que ce serait nécessaire.

Il lui demanda de signer le livre pour Rachel. Il sut d'avance ce qu'elle allait dire : « Dieu merci, il n'a pas souffert, Louis. Au moins tout s'est passé très vite ». Cette phrase le frappa au coeur comme une balle de fort calibre. Louis avait envie de lui répondre ce qu'il avait vu après l'accident se retint. Louis compta le nombre de fois où ses amis dirent que Gage n'avait pas eu le temps de souffrir, 32.

25 fois que les voies du seigneur étaient impénétrables et 12 fois que Gage était avec les anges.

Louis prenait ces lieux communs comme des coups de poing.

Il était déjà sonné quand arrivèrent ses beaux-parents.

Irwin avait terriblement vieilli. Il ressemblait à Menahem Begin.

Louis décida d'enterrer le passé et sa vieille rancune et les remercia d'être venus.

Il ouvrit ses bras et pleura. Dory fit un pas dans sa direction mais Irwin le tira en arrière. Irwin ne pleurait pas, il avait la haine aux yeux.

Louis les pria : « il faudrait que nous puissions nous serrer les coudes mais en vain alors il leur reprocha de n'avoir pas signé le livre.

Louis appela Stevie qui lui dit que Rachel pouvait se rendre à l'exposition alors Louis accepta.

Stevie lui proposa un déjeuner mais Louis répondit avec sarcasme. Stevie préférait le voir sarcastique que sonné.

Louis accepta de déjeuner avec Stevie, Jud et Rachel.

Louis mangea peu mais but beaucoup de bière. Jud l’imita.

Pendant le café, Rachel annonça qu'elle donnerait les vêtements de Gage à l'Armée du Salut. Ils en demeurèrent tous confondus surtout quand elle dit qu'elle ne pouvait pas donner ceux que Gage portait pendant l'accident car ils étaient fichus.

Tout le monde attendait qu'il réconforte sa femme même la serveuse. Mais il en était incapable. Alors Stevie passa un bras autour des épaules de Rachel et l'étreignit tout en regardant Louis avec colère et reproche.

Jud avec honte ne lui porta aucun secours.

37

« Je savais bien qu'il finirait par arriver un malheur ! » disait Irwin. « Dès que Rachel vous a épousé, j'ai su que ça allait mal tourner ».

Rachel était restée seule à monter la garde devant le livre et avait disparu.

Louis était affligé et épuisé par la bière. Il demanda où était Rachel et Irwin dit : « avec sa mère comme il se doit ». Louis savait qu'Irwin avait dit du mal de lui à Rachel. Irwin le traita de vulgaire filou qui avait fait de Rachel une souillon et avait laissé son petit garçon se faire écraser sur la route comme une musaraigne.

Il espérait que Louis rotirait en enfer. Louis lui fourra son poing dans la figure. Rachel hurla. Sa mère voulut la retenir. Par bonheur, Stevie avait reconduit Jud chez lui. Louis en conçut un vague soulagement.

Il n'aurait pas aimé que Jud assiste à cette scène sordide. Irwin continua d'insulter Louis qui le frappa à la gorge et dans les reins. Irwin pleurait. Louis était à terre.

Le directeur et Rachel accoururent.

Quand Irwin voulut donner encore un coup à Louis, Louis retint son pied et le fit tomber sur le cercueil de Gage. Heureusement le cercueil avait chu sur le flanc. Louis pleura. Il aurait voulu être mort. Il revit Gage coiffé d'un petit chapeau à grandes oreilles de Mickey. C'était à Disney World. Rachel hurla. Le directeur aida Dory à entraîner Rachel hors de la salle. Rachel se mura dans un mutisme complet. Louis exigea qu'on le laisse seule avec elle. Il injecta un sédatif. Il la ramena et la mit au lit avec une seconde piqûre. Il lui dit qu'il était navré. Elle répondit que ça ne faisait rien. Il lui demanda si ça n'allait pas trop mal. Elle répondit qu'elle se sentait horriblement mal.

Louis en voulut d'un coup à tout le monde et sorti. Il alla voir Eileen. Elle était assise devant la télé sur la chaise de Gage. Elle portait toujours la photo de Gage même pour se laver les dents.

Louis lui dit que s'ils continuaient à s'aimer, ils arriveraient à s'en sortir.

Elle voulut prier Dieu pour que Gage revienne. Alors Louis pensa à Churchill mais répondit que c'était impossible. Alors Eileen parla de Lazare que Jésus avait ressuscité.

Elle voulait manger ce que Gage mangeait et lire tous les livres d'images de son frère. Elle pleurait.

Il la laissa pleurer en se disant qu'un jour elle finirait par oublier d'emporter la photo de Gage avec elle et que tout cela serait de l'histoire ancienne.

Louis savait de quoi il avait besoin et descendit le chercher.

Louis voulut se bourrer méthodiquement la gueule. Il était un buveur de bière impénitent comme Jud et Stevie.

À l'occasion, Missy Dordridge en buvait une ou deux quand elle garde les enfants (l'enfant, rectifia mentalement Louis). Rachel en avait acheté 10 caisses l'hiver dernier quand les choses allaient encore bien. Louis remonta une caisse. Le chat s'approcha comprenant que Louis ne lui donnerait rien à manger il partit et Louis le suivit au living.

Il but sa première bière à la santé de Gage qui serait peut-être devenu président des États-Unis. Au bout de la neuvième bière, Louis se demanda quand il allait enterrer Gage dans le cimetière des Indiens.

Il pensa à Lazare et à ce qu'en avait dit Eileen. Il réalisa que dès septembre il avait le pressentiment que Gage allait mourir. Il se souvint qu'il avait demandé à Jud si un humain avait été enterré dans le cimetière indien. Louis se dit que Churchill était resté grosso modo le même et que Rachel, Eileen et Gage avaient chacun continué d'entretenir des rapports privilégié avec le chat. Mais Louis savait qu'il se mentait à lui-même. Churchill était plus un chat mais une grossière contrefaçon. Quand l'infirmière était venue dîner chez Louis elle avait chassé instantanément Churchill de ses genoux avec une grimace de dégoût.

Si Gage revenait transformé de la même manière, ce sera totalement obscène. Louis se dit qu'il ne s'était saoulé que pour être capable d'envisager l'idée démente de ressusciter Gage.

Mais il repensa au taureau qui était devenu méchant et que son propriétaire avait dû abattre deux semaines après avoir ressuscité. Mais Jud lui avait bien dit qu'on faisait cela parce que le cimetière prenait possession de vous.

On frappa à la porte et Louis eut peur que ça soit Pascow. Mais c'était Jud. Louis ne voulait pas le laisser entrer en lui avouant qu'il était ivre mais Jud insista.

38

Il l'invita chez lui pour boire un verre. Il réalisa que c'était la première fois. Eileen poussa un cri dans son sommeil. Jud et Louis en furent pétrifiés.

Louis demanda pourquoi il le dérangeait le jour de l'enterrement de son fils. Jud savait que Louis pensait à des choses défendues. Jud expliqua que cette terre appartenait à on ne sait qui. Les Mics-Macs étaient en procès avec le gouvernement pour l'obtenir et pourtant ce territoire était magique et ils le redoutaient.

Jud était venu voir Louis pour lui parler de Timmy Baterman et de son père. Timmy était mort au front en 1943. Il avait été tué en Italie. Son père, Bill, avait vécu à Ludlow toute sa vie. Mais il connaissait le cimetière des Mics-Macs et il prit sa résolution sur le champ. Louis lui demanda pourquoi il ne lui avait pas dit plus tôt et Jud répondit qu'avant la mort de Gage, il n'avait pas besoin de le savoir.

Mais maintenant, si.

Jud avait compris les intentions de Louis quand il avait appris qu'il l'avait choisi une simple dalle au lieu d'un caisson hermétique pour Gage. Et Louis avait travaillé avec un oncle entrepreneur de pompes funèbres. Donc il connaissait la différence. La dalle funéraire classique était plus simple que le caisson hermétique. Louis le savait. Même pour un homme seul, l'ouverture d'une tombe avec une dalle classique était une opération relativement aisée.

Puis Jud commença son récit.

39.

Le jour de l'enterrement de son fils, Bill était impassible, glacial. Son fils avait eu droit aux grandes pompes et à la salve d'honneur. Bill était veuf depuis 10 ans. Cela aidait à comprendre son attitude. D'autant plus que sa femme était morte en couches. S'il avait eu un second enfant il n'aurait pas souffert aussi affreusement. Jud dit à Louis qu'il avait plus de chance que Bill car il avait encore sa femme et sa fille. Timmy avait été rapatrié car il était mort en chargeant un nid de mitrailleuses boches et en lui avait décerné la Silver Star à titre posthume alors que les G.I. étaient inhumés à l'endroit où ils étaient morts. Timmy avait été enterré le 22 juillet et Marjorie Washburn, le facteur local, l'avait croisé sur la route quatre ou cinq jours plus tard. Marjorie avait failli perdre le contrôle de sa camionnette et était allée voir George Anderson pour lui annoncer qu'elle rentrait se mettre au lit. Tout le monde savait que Timmy était mort. La moitié des habitants du pays était allée à son enterrement. Marjorie finit par parler de ce qu'elle avait vu sur son lit de mort. Elle avait tout avoué à George Anderson. Elle avait vu Timmy titubant et livide avec en pantalon de treillis et une chemise en laine par 35°. Ses yeux étaient ceux d'un spectre.

Ms. Stratton l'avait vu aussi. Elle en avait fait tomber son panier à linge tellement elle avait eu la frousse. Timmy avait les yeux morts et pourtant il avait souri à Ms. Stratton. Timmy arpentait Pederson Road tous les jours depuis la maison de son père, du matin au soir. Il était débraillé. Timmy avait l'allure des zombies haïtiens qu'on voit dans les films. Il regardait droit devant lui, les yeux vitreux, avec des geste très lent et gauches.

Mais il avait quelque chose en plus dans les yeux. Comme de la rouerie qui n'avait rien à voir avec Timmy. Ça ressemblait à une sorte de signal radio émis de très loin qui passait à travers lui.

Un jour, Jud discuta avec George Anderson et Hannibal Benson, l'adjoint au maire.

Hannibal avait reçu un coup de fil du lieutenant Kinsman du Ministère de la Guerre. Il avait reçu des lettres anonymes au sujet de Timmy.

Le ministère se demandait si Timmy était mort ou s'il fallait le porter déserteur. Norma avait forcé Jud à aller parler à Bill. Jud était allé parler à Bill avec George Anderson, Hannibal Benson et Alan Purinton. Alan avait dit que Bill avait trafiqué quelque chose au cimetière des Indiens. Bill était avec Timmy. Bill avait maigri et avait l'air d'un damné.

Jud lui dit que Timmy était censé être mort mais Bill nia. Hannibal lui annonça que le cercueil de Timmy allait être exhumé. Jud le sermonna. Il lui dit qu'il savait ce qu'il avait fait et que ça rejaillirait sur toute la ville.

Bill s'en moquait. L'armée n'avait qu'à aller se faire foutre. Timmy était tout ce qu'il lui restait de sa femme.

Jud comprit qu'il avait perdu la raison.

Jud vit les cicatrices que Timmy avait au visage.

C'était sûrement là que la mitrailleuse l'avait atteint. En plus, il répandait une odeur de charnier.

Louis ordonna à Jud d'arrêter. Mais Jud refusa. Il dit que Timmy savait tout sur les gens. Il révéla les secrets de Alan, Georges, Hannibal et Jud. Timmy savait que Jud allait voir les putes même s'il avait arrêté. Il ne voulait pas que Norma le sache. Jud et les autres s'enfuirent.

Jud souligna surtout que Timmy ne parlait que du mauvais existant en chacun des habitants parce que c'est une créature mauvaise et qu'elle savait que Jud, Alan, Hannibal et Georges étaient dangereux pour elle.

Tandis que le Timmy mort en Italie était un brave gosse. Les Mics-Macs avaient vu que Timmy avait été touché par le Wendigo. Deux jours après Bill et Timmy périrent dans l'incendie de leur maison. Mais Timmy avait déjà été tué de deux balles dans la poitrine tirées par Bill. Après quoi Bill avait brûlé sa maison. Le médecin légiste déclara que Timmy était mort depuis 15 jours soit bien avant l'incendie.

Jud expliqua que le cimetière n'apporterait rien à personne. Son maléfice était fixé et tenace. Jud regrettait d'y avoir emmené Louis. Jud pensait que le maléfice avait atteint Louis à travers Gage. Jud se sentait coupable de la mort de Gage. Le cimetière avait fait mourir Gage. Louis ne voulait pas y croire. Louis jura d'enterrer Gage de ne jamais retourner au cimetière indien. Mais au fond de son esprit, Louis y songeait encore.

40

Louis rêva de ce qui aurait pu se passer si Gage n'était pas mort. Il l'aurait rattrapé in extremis. Il serait devenu champion olympique de natation et se serait converti au catholicisme. Il aurait envoyé un mot rageur à Irwin.

Le rêve s'achevait quand Louis et Rachel regardaient la remise de médailles olympiques de leur fils à la télé mais la casquette qu'il portait était pleine de sang.

Le lendemain, Louis avait la gueule de bois et se jura de ne plus toucher à la bière. Il réalisa que son rêve de la veille ne serait jamais réalité. Sa peine s'abattit sur lui et il anéantit. Louis s'enfouit le visage dans les mains et il pleura il aurait fait n'importe quoi pour qu'on lui laisse une seconde chance, absolument n'importe quoi.

41

Gage fut enterré à 14:00. À la demande de Rachel, le directeur du salon mortuaire lut le passage de l'Évangile selon Mathieu qui commence par : « laissez venir à moi les petits enfants ». Irwin baissa les yeux quand Louis le regarda. Il semblait avoir perdu toute pugnacité.

Il avait l'air d'un clochard. Louis n’en éprouva aucune pitié.

Pendant la minute de silence, Louis regarda un gros camion derrière un mausolée.

En entendant le mot « résurrection » Louis essaya de s'interdire d'y songer puis il emmena Rachel qui voulait rester encore une minute mais Louis ne fléchit pas. Jud lui demanda s'il allait bien. Louis hocha la tête.

Jud s'adressa à Rachel et Eileen qui répondirent également que ça allait.

Eileen portait encore la photo de Gage et la montra à Jud.

En repensant à Gage quand elle tirait sa luge, elle pleura.

Jud la consola en lui disant qu'il lui resterait toujours son souvenir à chérir.

Elle répondit qu'elle l'adorait. Jud de regarda Louis. Louis comprenait que Jud se demandait ce qu'il allait faire. Louis était obnubilé par la pensée de Gage.

42.

Le lendemain, Rachel pleurait et Louis lui donna un Valium. Eileen n'avait pas dit un mot de la soirée.

La veille, après l'enterrement, les Creed avaient invité leurs proches à dîner.

Les Goldman évitèrent Louis. Louis avait bu malgré la promesse qu'il s'était faite.

Rachel n'avait craqué qu'une fois et avait pleuré sur l'épaule de sa mère. Dory l’ avait prise sous son aile et avait pleuré aussi.

Louis accepta les condoléances. Personne, pas même Jud, n’aurait pu soupçonner que Louis s'était mis à ourdir dans sa tête de plan de profanation de sépulture.

Le soir, il sortit en disant qu'il avait envie d'une pizza. Rachel le cru. Il alla au cimetière. Il entendit la voix de Jud dans son esprit mais il la chassa. Il pensa au Simetierre. Il lui apparut comme une espèce de réclame. Il songea à la spirale qui était le plus ancien de tous les symboles religieux du monde. Il vit la tombe de Gage. La pierre tombale n'avait pas encore été posée. Il pensa aux conséquences si on le découvrait en train de profaner la sépulture de Gage. Rachel et Eileen en souffriraient.

Il pensa à Timmy Baterman mais cela ne l'empêcha pas de penser à ce qu'il allait faire. Jud lui avait bien conseillé d'enterrer Churchill au cimetière indien. Sa raison voulut lui faire comprendre que jamais Gage ne reviendrait avec sa joie de vivre.

Gage serait comme le chien de Jud, un quartier de viande qui respire.

Et que dirait son entourage ? Il savait que Gage reviendrait diminué. Mais il ne voulait pas accepter cet avortement à retardement que le destin lui avait infligé.

Il se moquait de ce que penserait l'opinion publique. Il dessina une spirale sur la tombe. Il l'effaça et s'enfuit de peur qu'on ne l’ait vu. Il alla chercher sa pizza froide depuis longtemps et rentra. Il pensa que le facteur temps était important. Timmy avait été ressuscité au bout de six jours. Gage était mort depuis quatre jours.

Il avait ressuscité Churchill quand sa famille était à Chicago. Il pensa donc à éloigner Rachel et Eileen.

Il réussit à convaincre Rachel de partir avec ses parents pour recoudre les plaies.

Il expliqua à Rachel que le souvenir de Gage était partout dans la maison et qu'Eileen en souffrait. Rachel voulut que Louis la prenne dans ses bras. Il accepta et elle pleura en disant que si Gage revenait elle le surveillerait mieux. Missy leur avait dit que le chauffeur qui avait tué Gage avait tenté de mettre fin à ses jours. Sa femme l'avait plaqué et avait emmené ses enfants. En arrivant à Ludlow, il avait été pris d'une envie subite d'accélérer. Cela corroborerait la théorie de Jud. Le pouvoir du cimetière sur l'esprit des gens. Rachel sentait que Louis lui cachait quelque chose. Il nia. Mais elle céda. Elle partirait avec Eileen. Il lui promit d'aller la rejoindre plus tard. Elle pensait qu'elle ne pourrait pas prendre tout ce dont elle avait besoin et Louis lui dit qu'elle n'aurait qu'à acheter ce qu'il lui manquerait. Elle pensa qu'ils n'avaient pas d'argent et se souvint des économies faites pour les études de Gage et elle pleura.

Irwin appela pour présenter ses excuses à Louis. Le fait que Louis ait eu l'idée d'envoyer Rachel chez ses parents avait convaincu Irwin et Dory que Louis était généreux.

Louis n'était pas dupe. Irwin était ravi de récupérer sa fille et sa petite fille, il pouvait se montrer magnanime. Mais Irwin était sincère, il reconnut avoir eu une conduite abjecte.

Il était au bord des larmes. Il avoua que depuis la mort de Zelda ils s'étaient toujours raccrochés à leur deuxième fille.

Irwin savait que Louis ne le pensait pas sincère et le lui dit mais il rassura qu'il l'était. Louis en pouvait plus et lui ordonna d'arrêter. Irwin présenta encore ses excuses. Louis les accepta.

Louis pensa abandonner son projet. Laissez Gage mort, aller chez les Goldman, faire son deuil et recommencer une nouvelle vie mais il eut l'impression d'assassiner Gage une seconde fois.

Il alla aider Rachel à boucler ses valises. Elle lui demanda s'il n'avait rien à lui dire car elle n'avait impression qu'il essayait de se débarrasser d'elle et Eileen. Il assura que non. Rachel lui apprit qu'Eileen avait rêvé qu'il était mort. Rachel avait eu peur d'y voir un rêve prophétique tellement il y avait eu de détail.

Rachel avait rêvé de Zelda. Zelda lui annonçait qu'elle venait le chercher et que Gage aussi viendrait le chercher pour le punir de les avoir laissés mourir.

Louis demanda à Rachel si elle se souvenait qu'à neuf mois Gage leur avait fait peur car il avait un crâne disproportionné. Ils avaient eu peur qu'il soit hydrocéphale.

Louis l’avait fait examiner par George Tardiff, le meilleur neurologue du Middle-West qui avait dit que Gage avait 50 % de risques d'être hydrocéphale.

Tardiff avait fait un scanner et leur apprit que Gage n'avait rien en leur offrant un cigare.

Louis voulut savoir si Rachel aurait aimé autant Gage s'il avait été hydrocéphale. Elle répondit oui

43

Louis accompagna Rachel à l'aéroport. Il ne put s'empêcher de repenser à la dernière fois au il l’y avait amenée avec Gage à Thanksgiving et ce fut douloureux.

Rachel paraissait lointaine mais il l'avait surprise à l'observer avec une expression bizarrement intense.

Elle n'avait rien dit. Irwin lui avait juste dit bonjour. Louis pensait que ses excuses de la veille étaient dues à une biture. Louis amena sa fille à la librairie pour lui acheter un livre. Elle avait peur d'être arrêtée par la police pour avoir fait l'école buissonnière. Louis la rassura. Elle voulut savoir si Irwin le faisait toujours autant chier.

Il nia. Elle choisit un livre du docteur Seuss et Little Black Sambo.

Il mit sa promesse de ne jamais mentir à sa fille à la poubelle et dit qu'Irwin et lui s'aimaient bien.

Elle avait peur. Elle avait rêvé que le cercueil de Gage était vide et qu'il y avait de la terre dans la vie de son frère. Elle voulait rester avec son père.

Louis embrassa Rachel et Eileen.

Eileen ne voulait pas partir. Elle lui demanda si tout irait bien pour lui et Rachel l’emmena de force.

44

Louis acheta une grosse lampe, une pelle, une bêche et une corde, des gants et de la toile goudronnée. Il mentit au vendeur en disant que c'était pour creuser une fosse sceptique.

Il prit une chambre dans un hôtel à Bangor pour éviter de croiser Jud.

Il pensa à son plan. Il savait que la folie risquait de l'emporter. Il avait repoussé le fol espoir que Gage puisse revenir intact. Mais s'ils revenaient sous la forme d'un monstre, il serait seul avec lui de sorte qu'il puisse faire un diagnostic.

S'il était devenu une créature maléfique, il le tuerait. Après il lui ferait réintégrer sa dernière demeure et retrouverait Rachel et Eileen sans leur parler de cette tentative avortée.

Si son plan fonctionnait, il fuirait en Floride avec Gage et appellerait Rachel pour qu'elle les rejoigne avec Eileen. Rachel ne devrait rien dire à ses parents.

Louis s'endormit. Au même moment, Eileen s'éveilla, elle avait fait un cauchemar. Des créatures aux mains crochues la fixaient de leurs yeux vides dans un avion qui survolait les chutes du Niagara.

Elle rêvait que Gage voulait la tuer comme Zelda avec Rachel.

45

Eileen était presque hystérique. Rachel au bord de la panique. Elle emmena Eileen aux toilettes mais sa fille ne réussit pas à vomir.

Elle avait des cernes. Elle dit qu'elle avait senti que quelque chose allait arriver. Son papa avec quelque chose qui n'allait pas. Elle l'avait vu dans son rêve et dit à sa mère que ça avait un rapport avec Gage.

Elle avait rêvé qu'elle était au Simetierre avec Paxcow et que son papa allait y venir aussi et qu'il arriverait quelque chose d'épouvantable.

Paxcow avait été envoyé pour le mettre en garde mais il ne pourrait pas intervenir. Paxcow lui avait révélé que l'âme de Louis s'était dés… Rachel n'arrivait pas à se souvenir ou elle avait entendu le nom de Paxcow.

Tout à coup Rachel se rappela, elle força sa fille à lui dire si Paxcow avait révélé son prénom sans voir qu'elle faisait mal à sa fille.

Paxcow avait dit que c'était Victor. Rachel expliqua que c'était Pascow et non Paxcow. Dory était inquiète. Rachel lui avoua que Louis avait un problème.

Elle n'avait pas compris un mot de Paxcow, Rachel comprit que c'était « désincarnée ».

Rachel savait qu'Eileen ne pouvait rien savoir sur Pascow. Elle avait veillé à ce qu'elle n'en sache rien. Comme chaque fois que la mort était le sujet.

Rachel savait qu'il se passait quelque chose de grave mais ne savait pas quoi.

Rachel appela le bureau de Louis. L'infirmière répondit qu'il était absent il lui présenta à nouveau ses condoléances. Rachel lui demanda de dire à Louis de l'appeler d'urgence s'il venait à son bureau.

Rachel eut peur que Louis ait projeté de se suicider. Peut-être qu'Eileen avait eu un éclair de lucidité extrasensorielle.

L'appela Jud. Il n'avait pas vu Louis. Elle lui apprit qu'elle était avec Eileen à Chicago sans Louis. Jud comprit ce qui se passait. Rachel lui avait parlé du rêve d'Eileen est Jud lui demanda de lui décrire.

46

Jud vit que la voiture de Louis n'était pas là. Il ne trouva aucun indice dans la maison.

Jud alla chez lui boire une bière. Il pensa au taureau ressuscité qui était méchant. Une voix lui ordonna de ne pas se mêler de ça.

Mais Jud patienta.

47

Louis mangeait à l'hôtel. Il espérait qu'une rencontre l'obligerait de renoncer à son plan. Il vit Rob Grinell, un médecin de Bangor et sa femme mais ils ne le virent pas. Puis il regarda la télé pendant 4 heures.

Jud attendait Louis car il savait qu'il serait obligé de rentrer à Ludlow car il ne connaissait pas d'autre chemin que le sentier pour aller au Simetierre. Il faudrait qu'il parte de son propre jardin. Louis sentit le pouvoir du cimetière alors il partit à 23:00. Il espérait pouvoir résister et trouver la force de s'arrêter.

48

Rachel dit à ses parents qu'elle devait partir immédiatement à Ludlow. Elle était soulagée. Les parents de Rachel ne comprenaient pas. Elle ne put leur donner d'explications.

Elle appela l'aéroport en disant qu'elle devait aller sur le champ à Ludlow et que c'était une question de vie ou de mort.

Eileen l'encouragea à ne pas céder à ses parents. Rachel lui dit de ne pas s'en faire en l'appelant « grande soeur ». Mais Eileen n'était plus la grande soeur de personne désormais.

Elle sentait comme un vent en elle. L'employée de l'aéroport avait réussi à lui trouver un avion pour partir à Ludlow mais ce serait compliqué avec les correspondances.

Rachel demanda à son père de l'accompagner.

Quand il tenta de refuser, Eileen pris la défense de sa mère en disant qu'elle n'était pas folle. Dory appuya Rachel et Irwin accepta. Eileen demanda à sa maman d'être prudente.

49

Louis alla au cimetière. Le vent soufflait avec force.

Il avait peur d'être vu.

Il voulait libérer son fils.

Le portail était fermé. Une voiture de police inspecta les abords du cimetière. Louis se cacha derrière un arbre et la patrouille s'en alla. Louis pensa qu'en grimpant sur l'arbre il pourrait sauter d'en haut pour atterrir derrière la grille du cimetière. Il réussit avec du mal et tomba sur une pierre tombale qui lui écorcha un genou. Il attendit qu'un couple s'embrassant dans la rue s'en aille pour récupérer ses outils.

Il réalisa avec horreur qu'il n'arrivait plus à se souvenir du visage de son fils.

Il ne contrôlait plus ses actions.

Il avait ignoré les mises en garde de Pascow, de Jud et de sa conscience qu'il lui disaient que peut-être Gage était bien où il était et qu'il ne savait pas qu'il allait réveiller.

Il vit que la pierre tombale avait été posée avec l'inscription du nom de son fils et les deux dates. Quelqu'un avait posé des fleurs. Peut-être Missy.

Il croisa et descendit dans la tombe. Il força la serrure du cercueil et l'ouvrit.

50

Rachel manqua d'extrême justesse l'avion qui devait l'emmener de Boston à Portland. Elle loua une voiture pour parcourir les 400 km qui restaient.

51

La puanteur fit vomir Louis.

Gage n'avait plus de tête. On lui avait mis un costume gris. Il regarda encore mais c'était de la mousse qui avait caché le visage de Gage. L'embaumeur avait fait un travail sérieux. Gage ressemblait à une poupée de cire maladroitement modulée. Louis enleva le coton qui était dans la bouche de Gage et sa joue eut l'aspect d'une joue de vieillard. Il sortit le corps de son fils et le berça en lui disant qu'il l'aimait et que tout allait s'arranger. Il mit le corps dans la toile goudronnée et remit le couvercle sur le cercueil après y avoir mis la bâche.

Il reboucha la fosse. Il sortit du cimetière par une crypte qui donnait sur une butte gazonnée dont le faîte n'était qu'une cinquantaine de centimètres des pointes des grilles.

Une voix lui chuchotait sans arrêt qu'il avait perdu la raison mais il l'ignorait avec persévérance. Il réussit à sortir avec ses outils et le corps de son enfant.

Arrivé près de sa voiture, il paniqua car il ne retrouvait plus ses clés. Heureusement, il vit qu'il les avait laissées sur le contact. Il mit ses outils dans le coffre puis alla récupérer le corps de Gage là où il l'avait posé devant la grille mais un chien hurla. Mais un homme ordonna au propriétaire du chien de le faire taire sans quoi il appellerait la police et le chien fut calmé. Le corps n'entrait pas dans le coffre alors il le mit sur le siège à côté de lui.

Puis il partit vers Ludlow.

52

Jud rêvait qu'il avait 23 ans et discutait avec ses collègues des chemins de fer. Il fut réveillé par le téléphone. C'était Rachel qui demandait si Louis était rentré. Elle lui dit qu'elle était à 30 km de Portland. Elle voulut savoir ce que Louis allait faire. Jud lui raconterait tout mais plus tard et pas au téléphone. Jud lui demanda de dormir dans un hôtel car tout ce qui arrivait était de sa faute et c'était à lui d'affronter la situation.

Rachel insista mais Jud lui promit de tout lui expliquer quand elle serait revenue.

Il lui promit de s'occuper de la situation pour qu'elle ne devienne pas plus grave.

Jud burt un café en attendant Louis. Il lutta contre le sommeil. Il sentait que le Simetierre l'hypnotisait pour l'endormir. Il s'endormit. Il n'entendit pas Louis quand il revint.

53

Louis emprunta le sentier. Il fit une pause au cimetière des animaux. Sa terreur avait été balayée par sa fatigue. Puis il franchit l'amas d'arbres et l'euphorie le gagna.

54

En dépit des admonestations de Jud, Rachel était bien décidée à rouler jusqu'à Ludlow. Elle ne pouvait s'en remettre à Jud qui était vieux et veuf.

55

Louis avait retrouvé la sensation de sa première visite au cimetière indien. Il franchit le marécage qui semblait vivant. Il entendit un rire. Il vit un visage suspendu dans l'air avec des cornes de bélier. Le visage tira une longue langue pointue et jaune.

Au bout d'un moment le visage disparu. Un monstre énorme passa devant Louis, faisant vibrer le sol. Le monstre allait vers le nord. C'était le Wendigo.

Il franchit l'escalier de pierre. Il vit une spirale fermée par des pierres. Il croisa le sol. Il choisit les plus belles pierres pour le cairn.

56

Rachel luttait contre le sommeil. Elle était à Pittsfield. Une seconde, il lui sembla qu'une myriade d'yeux avides et cruels la regardaient, étincelant de lueurs vives et froides. Elle dériva vers l'accotement puis donna un brusque coup de volant pour retourner sur l'autoroute. Elle avait peur.

Elle eut l'impression qu'une force cherchait à la retenir. Elle se retrouva encore au contact de la glissière et s'endormit.

Elle se réveilla morte de peur. Quelque chose essayait de l'empêcher de rejoindre Louis. Elle fit une pause café à un arrêt de routiers. Mais elle n'arriva pas à redémarrer la voiture. Elle se mit à pleurer.

57

Louis trébucha sur quelque chose et s'étala de tout son long. Il avait enterré son fils et dressé un tumulus de pierre en forme de pyramide. Il se força à se relever pour ne pas être débusqué par le wendigo. Il saignait du nez. Il ne réussit pas à franchir l'amas d'arbres morts. Mais il se releva et réussit à traverser le Simetierre des animaux. Il entendit des bruits derrière le tas d'arbres morts et cria le nom de son fils. Il s'enfuit jusqu'à chez lui. Il tomba sur Churchill mais ça lui était égal à présent.

Il se déshabilla et vit que son genou était enflé et violet.

Il le tartina  de pommade.

Louis aurait voulu n'avoir jamais entendu parler de Ludlow, des Crandall et de tout le reste. Il prit sa trousse de secours dans la salle de bains. Ça pouvait toujours servir. Il rêvassa de Disney World.

Il était dans une ambulance avec Gage à ses côtés. Puis il s'endormit.

Juste avant le point du jour, quelqu'un rentra chez Louis et pris sa trousse pour fourrager à l'intérieur et y piocher un objet métallique.

Troisième partie : le Gwand, le Tewwible Oz.

58

Jud et se réveilla brusquement. Il était 4:55. Il savait que quelqu'un l'avait forcée à dormir. Ce qui l'effrayait c'est qu'un bruit l'avait réveillé. Quelqu'un rentra chez lui. Il sentit une odeur infecte. Il essaya de se lever mais il avait peur. Il était trop vieux pour affronter cela encore une fois. Il était jeune quand il avait éprouvé de l'horreur devant Timmy.

Il appela Gage mais c'était simplement Churchill qui cracha dans sa direction. Il vit une créature rentrer chez lui. Elle tenait un objet. Jud saisit un hachoir dans sa cuisine. Gage entra dans la cuisine. Il portait le costume dans lequel on l'avait enterré.

Il avait de la mousse aux épaules et de la terre sur les cheveux.

Il avait un oeil mort et l'autre rivé sur Jud. Il lui souriait et lui dit qu'il était venu pour expédier en enfer sa vieille âme puante.

Il lui dit que Norma l'avait trompé avec tous ses copains et qu'il l'avait vue en enfer. Gage parla avec la voix de Norma disant à Jud qu'elle s'était moquée de lui. Jud voulut le frapper mais Churchill le fit tomber. Gage se jeta sur lui et le tua avec un scalpel.

59

Un routier répara la voiture de Rachel. Elle le remercia et repartit. Au même moment, Eileen hurla de terreur réveillée par un cauchemar et Gage tuait Jud. À Ludlow, Rachel alla directement chez Jud. Rien ne lui suggérait que Louis soit là-. Elle vit des empreintes de pas boueuses sur le plancher de la véranda. C'étaient des pas d'enfant. Elle entendit Churchill. Elle entra et vit le chat maculé de boue et de sang. Le chat la dévisagea.

Elle appela Jud en vain. Elle s'inquiéta. Elle entendit un grognement, c'était Jud. Il n'était pas encore mort. Elle gravit l'escalier. Elle poussa une porte et vit Zelda dans le costume de Gage. Elle ne mesurait plus que 60 cm. Mais elle vit que c'était Gage avec le chat sur ses épaules. Il avait le visage noir de crasse et barbouillé de sang. Il était boursouflé comme s'il avait été rafistolé à la hâte par des mains inexpertes.

Rachel cria son nom et lui ouvrit les bras. Gage répondit qu'il lui avait apporté une surprise.

60

Louis se réveilla. Son genou était toujours enflé.

Il se demanda si Gage était revenu. Il vit une voiture inconnue devant la maison. Il pensa que Jud avait de la visite. Churchill était allongé sur le toit de la Chevette de Rachel. Il avait rêvé que le wendigo l'avait touché et transformé en cannibale. Il avait rêvé du Simetierre où il avait vu Bill et Timmy Bertemer, Jud avec son chien, Mc Govern avec son taureau. Rachel était avec eux.

Il voulait manger mais sentait une menace et avait peur.

Il avala de l'aspirine et entendit le téléphone. C'était Irwin. À ce moment, Louis vit les empreintes de pas de Gage. Irwin lui apprit que Rachel était partie pour Ludlow et voulait lui parler.

Eileen était à l'hôpital car ses cauchemars l'avaient rendue hystérique. Elle avait rêvé que le terrible Oz avait tué sa mère avec l'accent de Zelda.

Elle était entre les mains du médecin personnel de Irwin. Irwin voulait que Rachel revienne chez lui avec Louis. Gage était mort mais Eileen avait besoin de son père. Louis accepta.

Irwin lui apprit qu'Eileen avait dit : « Paxcow dit qu'il est trop tard ». Louis tomba dans la cuisine. Il voulait fuir. Il se demanda comment il avait pu être aussi bête.

Il avait envie de se suicider et il sentait que le Simetierre le savait.

Il suivit les empreintes de pas de Gage. Il réalisa que Gage avait ouvert sa trousse et volé un scalpel.

61

Louis alla chez Jud. Il avait une boîte de pâtée pour chat. Churchill le regarda d'un air soupçonneux. Il lui donna à manger et Churchill mangea la pâtée. Louis remplit une seringue de morphine et la planta dans l'arrière-train du chat. Le chat s'enfuit mais la morphine fit son effet et il s'effondra. Louis vit que la Chevette était bien la voiture de Rachel car elle avait laissé son sac dedans.

Churchill mourut. Louis rentra chez Jud et appela Gage. Il réalisa que Jud l'avait attendu sans comprendre qu'il l'avait raté.

Il suivit les empreintes de Gage. Il poussa la porte et vit Jud mort couvert de sang.

Il lui murmura qu'il était navré. Il repensa à leur dîner de Thanksgiving et couvrit le corps de Jud avec la nappe de la table.

Il entendit un mouvement à l'étage. Ce son avait été produit délibérément. Louis remplit trois seringues de morphine. Il appela Gage et l'entendit rire. Louis lui demanda s'il voulait venir en Floride avec papa. Il vit et Rachel morte.

Il lui dit bonjour. C'est gentil d'être venu me retrouver. Puis il réalisa que Gage l'avait tuée et il hurla. Louis sentit sa raison il lui échapper. Gage arriva. Il avait le scalpel à la main et était couvert de sang. Louis lui fit un croc-en-jambe et le bloqua au sol. Louis vit que Gage prenait le visage de Pascow puis de Jud et enfin de son propre visage. Enfin Gage prit le visage que Louis avait vu dans le Simetierre.

Gage se débattit et fit tomber la seringue de Louis mais Louis prit la deuxième qu'il avait et la planta dans les reins de Gage.

Il injecta également la morphine de la troisième seringue. Gage se releva et dit : « papa ! » Avec le vrai visage du fils de Louis. Puis il mourut.

Et recouvrez le corps de Rachel avec un bras. Il fredonna entre ses dents sans s'en apercevoir. Puis il aspergea la maison d'essence et alluma l'incendie.

62

Stevie vit l'incendie. Il voulait voir comment allait Louis car il se faisait du souci pour lui. Stevie avait eu des pressentiments depuis la mort de Pascow et en effet l'année avait été calamiteuse.

Stevie avait assisté à quatre enterrements : celui de Gage mais aussi celui de sa belle-soeur tuée dans un accident de la route, d'un de ses cousins mort électrocuté et d'un de ses grands-pères.

Les voisins avaient accouru et avaient appelé les pompiers mais la maison était fichue.

Stevie vit Louis courir avec un paquet sur le sentier. Stevie courut le rattraper. Stevie vit que Louis portait Rachel. Il allait au Simetierre. Louis avait les cheveux blancs désormais.

Son visage avait vieilli. Il se retourna et dit à Stevie qu'il allait enterrer sa femme.

Il demanda son aide. Stevie eu envie de l'aider même si cela l'horrifiait. Il voulut franchir la barrière mais tomba. Il réalisa que Louis était devenu fou et avait peut-être tué Rachel.

Il sentit qu'il y avait un gigantesque aimant dans le bois. Il prit peur et s'enfuit sur sa moto. Louis voulait enterrer Rachel tout de suite et pensait qu'elle ne deviendrait pas maléfique. Gage l'était devenu parce qu'il avait attendu trop longtemps à ce qu'il voyait.

Bien après Stevie fit des cauchemars sans comprendre d'où cela venait.

Épilogue.

Les policiers interrogèrent Louis. Il avait mis un bonnet pour cacher ses cheveux blancs et des gants pour cacher ses mains pleines de sang.

Ils ne l'inquiétaient pas. Rachel était revenue et lui dit : « mon chérie ».

 

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26 mars 2018

Mémoires d'une ex-palladiste (Léo Taxil).

palladisme

Je ne suis plus des vôtres ?… Soit !

La soeur Diana Vaughan reçut une lettre de Londres lui annonçant qu'elle était complètement désavouée devant les Triangles de la Fédération.

En effet, elle avait publié dans le deuxième numéro du Palladium Régénéré et Libre un document destiné à rester secret. Cette publication avait réjoui la presse catholique.

Cette trahison arrivait au moment où les palladistes préparaient une entente avec leurs frères et soeurs séparés moyennant la démission imposée au frère 461, seul obstacle à leur union.

Loin de se rétracter Diana Vaughan avait publié dans le troisième numéro de sa revue la lettre d'un prêtre catholique à qui elle avait promis de ne plus offenser la foi catholique.

Dans ce numéro, elle avait annoncé qu'elle publierait le récit de crimes odieux commis dans les triangles. Elle ne s'était pas cachée d'avoir pris rendez-vous avec la supérieure d'un couvent pour y séjourner 24 heures.

Le palladiste donnait sept jours à Diana pour réfléchir, détruire les numéros 2 et 3 de sa revue et remettre sa démission de déléguée à la propagande. Elle devait, de plus, prendre l'engagement par écrit de ne plus accomplir une démarche quelconque ni publier quoi que ce soit.

Pour Diana cette « voûte » (lettre) était une délicieuse plaisanterie.

Elle était désavouée et n'avait pas le droit de le dire en public !

Diana décida de démissionner du palladisme et de désobéir aux ordres écrits dans la lettre.

Diana avait déjà démissionné deux fois mais ses meilleurs amis étaient venus la supplier de reprendre part au combat.

Sa première démission faisait suite au scrutin frauduleux du Palais Borghese.

On avait juré à Diana qu'on allait faire à Lemmi une guerre implacable mais il avait suffi à quelques malins allemands de mettre en avant une combinaison déshonorante pour qu'on baissât le pavillon et qu'on légitimât l'usurpation du 20 septembre 1893.

Ce qui provoqua la deuxième démission de Diana. De nouveau, on était venu lui demander de coopérer à une action offensive et défensive. Il s'agissait de créer une Fédération Indépendante pour attirer les mécontents et recruter des adeptes dans le monde profane. On créerait des groupes familiaux qu'on transformerait ensuite en triangles.

Après quoi, quand le Palladisme indépendant serait fort, il exigerait la déchéance de Simon alias Lemmi pour faire l'union avec les frères et soeurs séparés.

Diana avait accepté en posant deux conditions : publicité de la propagande et nettoyage complet du rite.

Diana reprochait au Palladisme de réclamer les ténèbres plutôt que la propagande publique.

Elle leur reprochait aussi d'être les esclaves de Lemmi. Pour elle, le Palladisme n'était ni indépendant ni libre. Elle refusait désormais de faire la propagande du Palladisme.

Elle refusait d'être une marionnette automate. Elle décida de prendre la plume pour écrire ses mémoires d'ex-palladiste.

Ses abonnés pourraient résilier l'abonnement à sa revue si ses révélations ne leur plaisaient pas. Elle écrirait pour faire connaître tout. Ce qui se passait dans les triangles, ce qu'elle avait empêché, blâmé ; ce qu'elle croyait être le bien.

Elle parlerait sans haine et sans rancune. Elle méprisait Lemmi et elle plaignait les palladistes.

Diana révéla la lutte qu'il lui fallut soutenir, au convent indépendant de Londres pour faire inscrire dans le programme discuté le qualificatif « régénéré » ajouté au mot palladisme.

Elle avait pu obtenir la suppression officielle de certaines pratiques.

Diana avait conservé les brefs d'autorisation en activité du Palladium régénéré et libre. Elle les utiliserait pour ses lecteurs. Elle expliquerait les symboles palladistes.

Elle accusait ses ex-frères de pratiquer un palladisme satanique. Elle les condamnait au mépris public. Elle travaillerait à la destruction des triangles. Elle évoquait le docteur Bataille et ses révélations (Le Diable XIXe siècle). Contrairement à lui, elle ne serait pas suspectée de parti pris catholique.

Elle disait avoir prêté serment à Lucifer et non à Satan.

Elle imaginait un Lucifer bon.

Elle avait été critiquée sur ce point par un adversaire catholique. Pour un palladiste orthodoxe, Lucifer était le principe et l'auteur de tout bien, tandis qu'Adonaï équivalait au diable de la religion chrétienne. Lucifer ne saurait donc être Satan pour un palladiste.

C'est plutôt Adonaï qui serait un Satan, d'ordre très haut.

Diana venait de réaliser qu'elle avait été trompée en adorant Lucifer sans savoir que c'était Satan. Si Lucifer était Satan, son serment était nul. Elle n'avait besoin d'aucun prêtre pour s'en délier.

Alors, Diana décida de dénoncer les pratiques satanistes des triangles contre lesquelles elle avait employé ses meilleures forces régissantes.

Il lui avait été rapporté que c'était par complaisance pour elle que certains triangles supprimaient les pratiques satanistes, quand elle visitait les triangles en inspectrice, mais que, sitôt après son départ de la ville, ces pratiques étaient reprises de plus belle. Elle en eut le coeur déchiré.

Diana se sentait soulagée en rompant à jamais avec les palladistes.

Elle décida d'écrire ses mémoires en invoquant Jeanne-d'Arc.

Mémoires d'une ex- palladiste.

14 juin 1895. Diana a écrit de nombreuses pages, ses impressions. Mais elle ne peut plus les utiliser car ses impressions ont changé. Elle explique que le 13 juin est pour les palladistes la troisième grande fête de Lucifer ; les deux autres jours où les palladiste célèbrent leurs dieux sont : la Noël, fête des blasphèmes contre le Christ naissant, et le vendredi saint, fête des réjouissances contre le Christ expirant sur la croix.

Diana s'est rendue dans un couvent. Accueillie par de religieuses dont une avait connu une parente de Diana, Diana a eu le sentiment de faire un pas nouveau vers Dieu, le seul vrai Dieu.

Diana a prié avec les religieuses et elles ont accepté de l'inviter à la messe. Diana voulait faire amende honorable pour tous les outrages dont les adorateurs de Satan s'efforçaient d'accabler le Christ. Diana a prié longtemps après la fin de la messe. Elle demandait pardon pour elle et pour son père, lui aussi palladiste.

Elle a prié pour sa mère qui méconnut Dieu également.

Elle a prié pour rejoindre ses parents au paradis au terme de son existence humaine.

Diana a prié Jeanne-d'Arc d'être son interprète céleste et défendre sa cause devant le trône de Dieu.

Diana veut offrir sa vie pour la conversion de quiconque la hait.

Elle est prête à donner sa vie pour qu’Adriano Lemmi devienne honnête et se convertisse.

La supérieure du couvent a gardé le secret de la visite de Diana.

Après avoir quitté le couvent, Diana a appris que plusieurs prêtres et religieuses ont offert à Dieu leur vie afin d'obtenir par ce sacrifice qu'elle ne soit plus luciférienne.

Chapitre 1 : Lucifer au Sanctum Regnum.

Diana avait 25 ans, un mois et huit jours lorsqu'elle fut l'objet d'une présentation officielle à Lucifer. Trois jours auparavant, il avait demandé son hommage. Elle lui offrit le 8 avril 1889, au Sanctum Regnum de Charleston.

Elle en avait tiré gloire pendant six ans. Huysmans avait cru à l'existence de Diana Vaughan alias Léo Taxil et il écrivit un article contre elle dans le Figaro du 15 juin 1895 à propos du satanisme et de la magie.

Diana Vaughan/Léo Taxil dit qu'elle ne lui en veut pas. Huysmans évoquait le vol d'hosties à Notre-Dame de Paris par les lucifériens palladistes en 1894.

Diana Vaughan affirme que Huysmans serait dans l'intégrale vérité s'il disait que tous, lucifériens et satanistes, se procurent des hosties n'importe comment.

Diana Vaughan précise que les vols d'hosties par les palladistes sont exceptionnels et doivent être imputés, pour la presque totalité, à ces groupes satanistes épars qui sont les associations formant le deuxième camp du Très-Bas, selon l'expression de Huysmans.

Diana Vaughan révèle que les palladistes appellent les hosties consacrées les « figuiers maudits ».

Huysmans écrit dans le Figaro : « les corps d'armée du Palladisme sont nombreux (…) Le Palladisme, haute franc-maçonnerie de lucifériens, englobe le vieux et le Nouveau Monde, possède un anti-pape, une curie, un collège de cardinaux, qui est, en quelque sorte, une parodie de la cour du Vatican ».

Diana Vaughan affirme qu'en France, le recensement de 1893 relatait 162 triangles (huit à Paris) avec 20 à 50 soeurs par triangle et 6000 soeurs à Paris. 300 soeurs sont maîtresses templières.

Diana a été présentée les 25 mars 1885 à l'initiation de maîtresse templière au grand temple Saint-Jacques de Paris.

Son père avait exprimé sur son lit de mort que Diana soit épargnée d'une épreuve lors de cette initiation. Aussi, Diana avait été luciférienne d'âme mais elle s'était insurgée contre les pratiques de satanisme. Elle avait refusé la deuxième épreuve : l'outrage aux saintes espèces par souillure et transpercement.

Cela ajourna sa proclamation à Paris et provoqua une crise entre les frères et les soeurs de Saint-Jacques et les membres du triangle fondé par son père à Louisville (ceux-ci lui conférèrent l'honorariat du grade). La crise dura jusqu'en 1889. Lucifer lui-même trancha les difficultés et se prononça en sa faveur après avoir reçu l'hommage de Diana.

Diana prétend avoir constaté le fumier dans le palladisme mais qu'elle avait vu un diamant au milieu de ce fumier : la doctrine.

Elle s'était crue une sainte du palladisme appelée à le régénérer.

Diana raconte sa présentation à Lucifer. Les membres du sérénissime Grand collège l'invitèrent à venir à Charleston.

Elle y arriva le 4 avril. Lucifer est réputé apparaître Sanctum Regnum de Charleston chaque vendredi à 3:00. Le 5 avril, Albert Pike, le souverain pontife du Suprême Directoire Dogmatique était présent. Diana n'était pas convoquée à cette réunion ; personne autre que les 11 premiers chefs ne purent assister à la tenue divine hebdomadaire.

Le soir du vendredi, l'un des 11 lui raconta ce qui s'était passé. Lucifer avait ordonné que Diana lui soit présentée le troisième jour suivant.

Pike lui ordonna de ne faire qu'un repas du soir du samedi et du dimanche ; du pain noir, du sang frit et une salade d'herbes laiteuses.

Elle resta enfermée dans sa chambre pour prier et méditer. Le 7 avril, le trésorier vint interrompre sa méditation pour lui demander quels métaux elle avait résolu d'offrir en vue du triomphe de la sainte cause.

Elle donna tout ce qu'elle avait sur elle.

Le lundi, elle ne mange pas.

Elle but une infusion de chènevis bénie par trois émérites.

À 19:00, deux membres de la Masonic Veteran Association vinrent la chercher.

Albert Pike l'accueillit dans le temple.

Elle était remplie d'une ardente allégresse. Les 11 premiers chefs vinrent à elle avec empressement ; ils la firent asseoir au point central de la pièce. Ils psalmodièrent un chant dans une langue inconnue de Diana. Puis ils se retirèrent.

Puis Pike laissa Diana se recueillir jusqu'à minuit. Elle fut seule devant le palladium, le Baphomet templier. Elle le trouvait grotesque et ridicule.

La salle n'avait aucun flambeau et pourtant elle était éclairée.

La muraille était parsemée de minuscules flammes vertes qui ne brûlaient pas la main quand Diana les toucha.

Diana médita devant le Baphomet.

Elle se disait que les catholiques faisaient de Lucifer un diable affreux alors que pour elle, il était là suprême beauté. Au bout de quelques heures, les flammes jaillirent plus fort des murailles, le plafond et le sol s'enflammèrent à leur tour.

Diana vit cinq esprits d'une radieuse beauté planant dans l'espace. Le Baphomet avait disparu. Un septième coup de tonnerre éclata plus fort que les précédents. Diana vit Lucifer devant elle, assis sur un trône de diamants. Elle voulut se jeter à ses pieds mais il la retint.

Il était superbe. Vêtu d'or.

Il était là tel qu'elle l'avait souhaité. Il commença à la rassurer de sa voix douce.

Elle lui parla de son refus de transpercer les hosties car elle ne croyait pas à l'eucharistie et donc à l'ubiquité. Il la rassura sur ce point et ordonna qu'elle soit sa grande prêtresse.

Elle se crut investie de l'infaillibilité luciférienne.

Diana réalisa que les émérites et Pike étaient derrière elle à ce moment-là.

Lucifer dit à Albert Pike que Diana était son élue de prédilection et qu'il la consacrait sa grande prêtresse et que tous devaient l'avoir en profond respect.

Lucifer emmena Diana avec lui dans la nature. Il fit venir Asmodée. Il prétendit qu'il avait amené Diana dans l'Éden.

Diana voulue combattre avec Asmodée et ses légions. Alors Asmodée pria Baal-Zéboub de la spiritualiser. Il accepta. Elle vola avec Asmodée au premier rang des illusions.

Elle combattit les Maléakhs, c'est-à-dire les esprits malfaisants, des monstres jaunâtres ou verdâtres avec une queue et des oreilles larges. C'étaient les gardiens du paradis terrestre tels que Lucifer voulait les montrer à Diana. Leur chef était Zachariel.

Légions combattaient à l'épée contre les Maléakhs. Ils furent battus et se dispersèrent. Diana visita l'Eden avec Asmodée et 33 légionnaires. Asmodée le montra les beautés du lieu avec les plus belles fleurs et des milliers d'oiseaux.

Les lions jouaient avec les biches.

Asmodée lui montra la mare où Lucifer tira l'Adam créé par Adonaï. Selon Lucifer, c'est par haine de l'humanité qu'Adonaï a placé ses lignes de Maléakhs tout autour du paradis terrestre. Cependant, ils sont invisibles pour les hommes.

Par l'effet d'un mirage trompeur que produisent les Maléakhs, la nature en cet endroit paraît stérile et déserte.

Selon les palladistes, Lucifer préserve l'Éden du déluge. Diana vit un aigle blanc gigantesque se poser. C'était l'aigle blanc de Paymon, la plus puissante Daimon après Astarté.

Diana redevint corporelle. L'aigle la transporta en Oolis, planète d'un monde solaire ignoré des profanes, sur laquelle Adonaï règne et seul est adoré, aux dires de la légende palladique.

L'aigle la ramena sur terre dans un volcan en éruption. Mais Diana et l'aigle ne furent pas atteints par la lave. L'aigle la porta jusqu'au Sanctum Regnum de Charleston.

Pike et les 10 émérites récitaient des prières auprès du palladium.

Diana demanda combien de temps avait duré son voyage et un assistant répondit une heure.

Pike signa le décret du 8 avril 1889 ordonnant la cessation du conflit entre le temple Saint-Jacques et les onze sept et l'honorariat de Diana qui fut proclamée maîtresse templière à Paris.

Après sa conversion au catholicisme, Diana avait réalisé que ce que Lucifer et Asmodée lui avaient montré n'était qu'une mystification.

Elle sait, à présent, qu'elle a été mystifiée comme tous les palladistes.

La première tromperie de Satan a été son apparition en état de splendeur, qui ne lui appartient pas. Les daimons sont affreux. Diana est certaine que Lucifer lui est apparu réellement, comme il apparaît à tant d'autres surtout à Charleston.

C'est parce que Diana a été élevée dans l'erreur que Lucifer a voulu la perpétuer. Pour ne pas démériter à ses yeux, il s'est paré d'un éclat usurpé et d'une beauté mensongère. Tout le reste n'était qu'illusion car il n'est aucunement au pouvoir de Satan ni de ses daimons de reconstituer l'Éden et de transformer en hideux monstres les anges de Dieu et de leur infliger une défaite en combat corps à corps.

Diana est certaine d'avoir été possédée par Lucifer le 8 avril 1889. Tous ceux qui sont admis au mystère du Sanctum Regnum sont dupés comme Diana l'a été.

À Charleston, le palladiste fanatique et en communication directe avec Satan. Diana remercie Jeanne-d'Arc qui a arraché le bandeau de ses yeux.

Diana prétend avoir vu Jeanne-d'Arc. C'est Jeanne-d'Arc qui a obligé quatre daimons, devant Diana, à montrer leurs vraies faces. Voilà comment Diana a commencé à comprendre que Lucifer n'est que Satan.

Le 6 juin 1895, Diana a contemplé la statue de Jeanne-d'Arc dans sa chambre. Elle prête serment devant Jeanne-d'Arc de respecter à jamais le nom de Marie, mère du Christ. Alors, une force extérieure l’a rejetée en arrière. C'était Baal-Zéboub, Astaroth, Moloch et Asmodée.

Diana a appelé Jeanne à la rescousse et les quatre daimons sont devenus des monstres et ont disparu.

Cela n'a duré que quelques secondes.

Chapitre II : je crois.

Diana évoque sa conversion. Plus elle considère sa conversion dans ses phases successives, plus elle confondue devant la bonté de Dieu.

Diana avait quitté le couvent le 15 juin 1895 après son baptême. Elle avait expliqué aux religieuses qu'elle ne pouvait pas écrire ses mémoires au couvent. Mais les religieuses redoutèrent que Diana meure assassinée par des émissaires de Lemmi. Alors la supérieure prit sur elle de la baptiser en urgence irrégulièrement. Diana a promis de régulariser le baptême au plus tôt.

La supérieure baptisa Diana dans l'oratoire. Le surlendemain, Diana avait regagné sa retraite.

La supérieure reçut une paternelle admonestation.

Le 12 août Diana reçut une lettre de la supérieure qui lui demandait où elle en était de ses progrès dans la voie de Dieu.

Diana souffrait de constater que la divine lumière lui était encore obscure par quelques nuages et elle souffrait des embarras qu'elle avait occasionnés à la supérieure.

Diana doutait encore de la transsubstantiation et Lucifer lui suggéra la pensée qu'il serait bon d'envoyer sa consultation à deux théologiens ; un prêtre catholique et un ministre protestant. C'était un piège. Depuis le début de sa conversion, Diana éprouvait les effets de la méchanceté des puissances infernales.

La nuit, les démons envahissaient son sommeil.

Le matin, elle avait le corps tout endolori, comme ayant été rouée de coups.

Dans la première quinzaine d'avril, c'était devenu intolérable alors Diana retourna au couvent.

Elle fut accueillie par la supérieure qui avait hâte de la voir. Elle rendit visite à l'aumônier. Elle lui demanda s'il pouvait prendre les lettres urgentes qu'elle aurait à faire partir en les envoyant à la Boîte Postale de la gare pour que les lettres partent au timbrage d'ambulant. Il accepta.

Les lettres seraient envoyées à son ami Bridget en poste restante. Bridget n'aurait plus qu'à jeter les lettres à la boîte de sa ville.

Le second intermédiaire ne connaîtrait ainsi que la ville où était Bridget et il enverrait les lettres de la grande ville où il habitait.

Cette correspondance était donc grêvée d'un retard de 36 à 48 heures.

Les trois nuits suivantes, Diana fut moins tourmentée par les mauvais esprits.

Le 15 août, Diana assista à la messe et pria. Elle demanda des conseils de lecture à l'aumônier. Elle eut l'autorisation de jouer de l'orgue. En jouant, elle songea à Jeanne-d'Arc et lui demanda secours contre la franc-maçonnerie.

La secte maçonnique redoute (selon Diana) Jeanne-d'Arc. Satan sait que l'archange Michel le terrassera encore et toujours, et cette fois-là par le bras de Jeanne-d'Arc.

Diana composa un hymne à Jeanne-d'Arc. La supérieure et l'aumônier la félicitèrent.

Diana voulait aller à Lourdes mais elle savait que Sophia avait envoyé à la garde Orléans, en espionnage, l'épi d'or (S.’. 1408) en compagnie d'un frère brésilien. Ils empêchèrent le train en partance pour Lourdes.

Les 17 août, Diana unit ses prières à celle du grand pèlerinage national. Le 20 elle médita et supplia Marie de parfaire en elle l'oeuvre de Jeanne-d'Arc.

Elle rédigea un mémorandum pour les deux théologiens. Elle voulut l'envoyer les 21 mais elle lut un livre sur Sainte Euprépie morte au bûcher comme Jeanne-d'Arc.

Le soir, elle pria Marie pour qu'elle la délivre des démons et elle put dormir sans faire de cauchemar.

Elle avait emporté « Lucifer démasqué » de Jean Kotska et elle le lut.

Sa première nuit sans cauchemar, Diana rêva de Sainte Jeanne de Chantal, Sainte Euprépie et Sainte Adelinde. Elles lui parlaient de la vérité de la foi catholique.

Elle se vit prier à un prêtre d’ôter ses doutes sur la transsubstantiation. Et le prêtre lui expliqua que c'était pour les hommes que Jésus avait institué l'auguste sacrement de l'eucharistie.

Et lui dit simplement : « crois ».

Elle entendit la musique des anges. Elle se réveilla avec la Foi entière.

Elle n'eut plus de cauchemar. Elle pouvait déchirer son mémorandum à envoyer aux deux théologiens.

Elle y avait écrit ses doutes sur la Sainte Trinité à cause du palladisme qui n'admettait pas l'ubiquité attendu qu'il présentait deux éternels principes comme adversaires et se combattant à outrance.

Le palladisme, c'était l'existence de deux dieux contraires. Son deuxième doute étaie sur la Rédemption.

Il lui semblait impossible d'admettre intégralement l'Évangile et de ne pas voir des contradictions au sujet de la généalogie du Christ.

Satan soufflait à Diana que Joseph était l’égal de Marie devant la crèche de l'enfant Jésus ; il était le père du divin rédempteur, comme Marie était sa mère.

L'erreur de Diana s'était évanouie quand elle avait compris que Saint Luc donnait la généalogie de Marie et Saint Matthieu donnait celle de Joseph.

Son troisième doute étaie sur l'eucharistie. Elle comprenait Jésus-Christ corps, sang, âme et divinité, présent dans le pain exposé sur l'hôtel pour y être l'objet de l'adoration des fidèles mais elle ne pouvait croire qu'il fût également donné en communion dans le pain.

Dorénavant, Diana comprenait que les maçons des arrières loge avaient de la haine pour Jésus et que cette haine s'exerçait surtout à coup de poignard contre la divine eucharistie.

Diana prétendait que Jésus avait été persécuté par les juifs et l'était par les maçons.

Léo Taxil qui a écrit ce livre ne fait que reprendre la haine des catholiques de l'époque contre les juifs et les maçons et exploite en ce sens son personnage de Diana.

Diana évoque aussi ce que le docteur Bataille alias Léo Taxil racontait dans ses pamphlets antimaçonniques à savoir que les maçons mettaient des hosties pressées et déchirées dans des boîtes portées comme des bijoux.

Diana évoque la soeur Dorothea de Berlin qui volait les hosties pour les jeter à ses chiens.

Diana se fit cette réflexion : qu'un misérable jette en un égout les hosties saintes ; Dieu subit l'odieux outrage : mais les espèces du pain perdant bientôt leur intégrité, s'altèrent, le sacrement cesse aussitôt de subsister.

Les 21 août, l'aumônier lut avec joie la profession de foi de Diana.

Le lendemain, l'aumônier était allé au chef-lieu du diocèse où l'évêque lui avait donné l'autorisation de baptiser Diana et de lui faire faire sa première communion.

Cela eut lieu le 24 août.

Diana prétendit même qu'elle était à l'origine d'un miracle car une tuberculeuse envoyée à Lourdes avait été associée à l'espérance d'un prêtre de voir Marie témoigner de la bienveillance à Diana en guérissant la tuberculeuse.

Diana fit une neuvaine eucharistique pour réparer les crimes de ses les anciens frères et soeurs maçons.

Les premiers jours, réparation de l'incrédulité ; le deuxième, réparation de l'indifférence mondaine ; le troisième, réparation de l'égoïsme des coeurs durs ; le quatrième, réparation des péchés d'impureté ; le cinquième, réparation de la persécution ; le sixième, réparation des communions tièdes ; le septième, réparation des blasphèmes ; le huitième, réparation des communions sacrilèges ; le neuvième, réparation des profanations sectaires.

Elle commença sa neuvaine les 25 août.

L'aumônier lui conseilla de mettre ses prières par écrit et de les publier.

Le 2 septembre Diana quitta le couvent. Elle regagna sa retraite avec Bridget.

La conversion de Diana bouleversa les triangles écossais où elle avait des amis. Le dernier jour de sa neuvaine, Diana était hantée par le souvenir d'une chevalière élue qui, admise à l'initiation supérieure, en 1891, refusa de transpercer un pain eucharistique et fut assassinée. C'était une jeune institutrice initiée au palladisme. Dans le triangle de Londres où elle était, Lemmi envoya un prêtre apostat, d'origine polonaise. Ce prêtre fit admettre les rituels de satanisme par le triangle de Londres. Il devint le directeur du triangle.

L'institutrice était la fille d'un communard réfugié à Londres.

L'institutrice ne s'attendait pas à ce qu'on lui demande de poignarder une hostie. Elle refusa. Le Polonais insista. Elle annonça qu'elle quittait le triangle. Le Polonais la condamna à mort et le triangle vota à l'unanimité. La victime fut ligotée et jetée en pâture aux rats dans la cave du triangle.

Diana avait vu des gouttes de sang couler d'hosties transpercées mais elle était convaincue dans sa foi et pensait que le Christ dans sa souveraine béatitude échappait à toute l'impiété de la terre et des enfers.

Chapitre III : mon éducation luciférienne.

Diana pensait avoir le devoir de raconter sa vie car elle démontrait lumineusement que Satan n'est que l'esclave de Dieu. Son entrée dans l'église de Dieu était la fin d'une race diabolique si elle examinait en chrétienne la tradition de la famille, qui était une tradition de la haute maçonnerie occultiste.

Diana et son oncle paternel étaient les derniers descendants de l'alchimiste Rose-Croix Thomas Vaughan. Son oncle n'avait pas d'enfant et Diana n'en voulait pas car elle voulait se consacrer à Dieu.

Elle avait un secret traditionnel de famille. Le pacte du 25 mars 1645, signé entre Satan et Thomas Vaughan serait détruit le jour de l'entrée en religion de Diana ; en attendant il était entre de saintes mains.

Pour s'assurer la Pierre philosophale et 33 ans de vie dans la science hermétique et le pouvoir de faire de l'or, Philalèthe, qui avait obtenu par  Cromwell la « faveur » de décapiter le noble martyr Laud, archevêque de Cantorbéry, et qui avait recueilli de son sang, Philalèthe, les 25 mars 1645, offrit ce sang à Lucifer, en échange du pacte le plus inouï souscrit entre le démon et un humain.

Le linge fut brûlé par Vaughan en hommage à Satan.

Diana voulait brûler le pacte infernal et prendre le voile en 25 mars.

Vaughan écrivit sous le nom de Philalèthe, « l'Introïtus apertus ad occlusum Regis palatium » (l'entrée ouverte au palais fermé du roi) est pour les initiés du premier degré, la clé de l'occultisme, et pour les parfaits initiés du second degré, l'introduction des adeptes au palais (fermé aux profanes) de Lucifer dieu roi.

Diana voulait corriger des erreurs faites dans la biographie de son ancêtre. Il serait né en 1612 et pas en 1621. Il signait Eirenaeus Philaléthès et non pas Eugénius Philaléthès. Il serait mort bien plus tard qu'en 1665 et pas de façon humaine. Il serait mort en 1678.

Diana estimait que la maçonnerie antichrétienne était née de la réforme par Fauste Socin.

Quand Fauste Socin se réfugia en Pologne, il projetait de greffer sur cette branche de la Réforme une association secrète enseignant à ses adeptes une doctrine encore plus avancée en irréligion ; il voyait contre lui les catholiques et même les protestants ; car ceux-ci jugeaient qu'il allait trop loin. Lorsque le peuple de Cracovie, édifié sur l'impiété de Fauste, pilla sa maison, jeta au feu ses livres et ses manuscrits et faillit le massacrer en 1598, le neveu de Lelio Socin avait déjà eu des communications directes de Satan. Il avait juré une haine à mort à l'Eglise et se préoccupait d'instituer l'association tant rêvée. Deux ans avant sa mort, il reçut la visite de Valentin Andreae, qui lui fut présenté par son père ; celui-ci était le fils de Jacob Andreae, un des premiers qui adoptèrent les principes de la Réforme. C'est dans cette visite que Valentin fut consacré à Lucifer. Les adeptes de Socin se donnaient le nom de « Frères de la Croix de la Rose ». Ils se saluaient par ces mots : « Ave, Frater ». À quoi l'interpellé répondait : «Rosae crucis ».

Fauste Socin, pour les affiliés, et l'empereur maître. Avant de mourir, il avait désigné pour son successeur Cesare Cremonini, professeur de philosophie à Ferrare puis à Venise. Cremonini avait adopté la doctrine d'Averroès en disant à ses amis qu'elle était la bonne doctrine parce que le pape Léon X l'avait condamnée.

Cremonini était empereur maître de Rose-Croix Sociniens.

Mais Valentin Andreae fut considéré par les Blonski comme le véritable successeur de Fauste.

Pour Diana, Anderson et Désaguliers fondateurs de la franc-maçonnerie étaient des adeptes de Socin et des Rose-Croix.

En 1617, les neuf disciples de Fauste Socin, ayant la parfaite initiation de la Rose-Croix, étaient : Cesare Cremonini, Michael Maier, Robert Fludd, Valentin Andreae, Nick Stone, Lodewijk Van Geer, Samuel Blonski, Claude Guillermet de Beauregard et Amos Komenski.

Cremonini fut remplacé par Michael Maier qui désigna Andreae pour son successeur. Andreae s'intitula Summus Magister.

Diana affirmait connaître la liste des grands maîtres Rose-Croix sociniens : Fauste Socin de 1597 à 1604 ; Cesare Cremonini de 1604 à 1617 ; Michael Maier de 1617 à 1622 ; Valentin Andreae de 1622 à 1654 ; Thomas Vaughan de 1654 à 1678 ; Charles Blount de 1678 à 1693 ; Friedrich Helvétius de 1693 à 1709 ; Richard Simon de 1709 à 1712 ; Théophile Désaguliers de 1712 à 1744 ; Nicolas de Zinzendorf de 1744 à 1749 ; Johan Wolff de 1749 à 1780.

Diana prétendait que les livres écrits par Michael Maïer étaie des ouvrages d'occultisme révélant une partie de la doctrine luciférienne.

Pour Diana, le livre capital de Maïer, au point de vue des origines maçonniques, c'est sans contredit, le Themis Aurea. Il y écrit que les frères de la Rose-Croix doivent demeurer dans le plus rigoureux secret pendant 100 ans.

Ce livre a été écrit en 1617 et est le résultat des résolutions prises dans la réunion de 1617 dite du Dénombrement de la Fraternité, ou convent des Sept.

Il y avait Maïer, Stone, Andreae, Van Geer, Samuel Blonski, de Beauregard et Komenski. L'assemblée se tint le 31 octobre à Magdebourg dans la maison de l'Alstadt.

La date avait été choisie parce que le 31 octobre 1517, Luther afficha ses 95 thèses contre les indulgences à la porte de l'église de Wittenberg et Magdebourg car Albert de Brandebourg, archevêque de Magdebourg, avait été chargé par le pape de prêcher l'indulgence.

L'assemblée fulmina la malédiction contre la papauté, glorifia la mémoire de Socin et renouvela le serment socinien de détruire la religion catholique. Ils décidèrent que les Rose-Croix se couvriraient de mystère pendant un siècle et qu'en 1717, la Fraternité se transformerait en association ouverte à la propagande.

La légende Rose-Croix fut adoptée définitivement. Cette légende avait été reproduite par Andreae en 1615 dans «Fama Fratenitatis Rosae Crucis ».

De cette légende il importe surtout de retenir les dates qu'elle fixe d'une manière voilée, pour les rappeler aux initiés.

Lelio Socin avait écrit : « ce n'est pas Luther qui a apporté la lumière à ce monde plongé dans les ténèbres de la superstition, c'est Wiclef ; il faut remonter à l'heureuse année 1378, qui a vu le monstre papal coupé en deux et qui nous a valu l'admirable traité « Du pape romain ».

Cette date de 1378, on la trouve au point de départ de l'histoire merveilleuse de Christian Rosenkreuz, imaginée par Valentin, de même qu'on y trouve en point terminus la date de la mort du grand vénéré. Que dit cette légende ?

Christian Rosenkreuz avait été inscrit au livre du Destin pour vivre 106 ans sur terre.

À 20 ans, désireux d'étudier à fond la magie, il se rendit à Damas, et les maîtres de la philosophie orientale lui révélèrent des choses extraordinaires. Ils lui dirent qu'ils l'attendaient depuis longtemps car il était désigné pour être le promoteur d'une rénovation totale du monde.

Ils lui communiquèrent alors une partie de leurs secrets pour qu'il soit en état de remplir sa mission.

Rosenkreuz passa quelques années avec les philosophes d'Orient puis il se rendit au Maroc, à Fez, pour se parfaire dans la science de la kabbale. Il essaya de semer dans les esprits espagnols les principes rénovateurs qui devaient changer la face de la terre mais fut chassé d'Espagne. Alors il retourna en Espagne, d'où il était originaire et révéla à trois disciples le secret du grand arcane de la théosophie. Enfin, il se renferma dans une grotte pour y finir ses jours en solitaire.

Il mourut en 1484.

Ses trois disciples l'ensevelirent et disparurent.

Il fallait que le tombeau de Rosenkreuz soit ignoré pendant 6 × 20 ans.

En 1604, le hasard attira des hommes jusqu'à cette grotte. Ils trouvèrent le tombeau qui resplendissait d'une vive lumière. Il y avait là un autel avec inscrit : vivant, je me suis réservé pour sépulcre cet abrégé de la lumière. Une figure mystérieuse était accompagnée de cette épigraphe : jamais vide. Une deuxième figure : le joug de la loi. Une troisième : la liberté de l'Évangile. Une quatrième : la gloire de Dieu entière.

Dans la grotte éclairée, il y avait des miroirs et des livres de Paracelse.

Sur le mur était écrit : dans sixvingt ans, je serai découvert.

En 1378 eut lieu l'année du grand schisme en Occident. Wiclef écrivit en se réjouissant de voir la chrétienté scindée entre le pape de Rome et le pape d'Avignon ; que les peuples ne devaient pas laisser échapper l'occasion qui leur était offerte de rejeter le catholicisme.

Diana dit que son père lui donna à admirer Wiclef en qui il voyait un luciférien.

Quant à Rosencreuz, il expliquait à Diana que c'était un personnage symbolique incarnant l'alchimie, la kabbale et la théosophie. Son sépulcre que l'inscription disait ne jamais être violé, c'était celui des victimes de la superstition : Jacques de Molay, Jean Huss, Jérôme de Prague, Savonarole, Lucio Vanini.

1604 était l'année de la découverte du tombeau de Rosencreuz et celle de la mort de Fauste Socin.

Pendant la grande maîtrise de Michael Maier, les adeptes s'étaient multipliés.

En 1623, les Parisiens virent des affiches vantant les mérites du Collège principal des Frères de la Rose-Croix. Ce fut une moquerie générale, la Confraternité de la Rose-Croix fut tournée en dérision par les bouffons publics et les amuseurs publics dans les foires.

Les railleries dont les invisibles initiés étaient criblés empêchait de considérer leur association comme dangereuse.

Mais les jésuites ne furent pas dupes.

Un certain Henry Neuhaus publia à Paris, en 1623 un livre sur les Rose-Croix « Avertissement pieux et utile. Des frères de la Rose-Croix : à savoir s'il y en a ? Quels sont-ils ? D'où ils ont pris ce nom ? Et à quelle fin ils ont répandu leur renommée ? Ecrits mis en lumière pour le bien public ».

L'auteur disait que les frères de la Rose-Croix se recrutaient exclusivement parmi les anabaptistes et les sociniens.

Deux jésuites firent des recherches qu'ils publièrent. Le père Garasse « Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps » (1603) et le père Gauthier « Table chronologique de l'état du christianisme » (1626).

Diana tenait à fixer, d'une façon irréfutable, l'origine socinienne de la franc-maçonnerie par les Rose-Croix.

Lorsque la franc-maçonnerie fit son apparition en 1717, il ne s'écoule pas longtemps avant que des innovateurs voulussent se signaler dans une sorte de surenchère de nouveaux rites.

Le frère Ragon a compté que jusqu'en 1860, il avait été créé 193 rites ou ordres comptant plus de 1400 grades.

Diana prétendait qu'Albert Pike savait que les trois grades symboliques de la franc-maçonnerie étaient l'oeuvre de deux frères de la Rose-Croix socinienne, le troisième grade était composé sur les données de Robert Fludd. Le grade d'apprenti aurait été composé par la collaboration de Thomas Vaughan et d’Élias AShmole ; celui de compagnons, par Élias Ashmole seul ; celui de maître, par la collaboration de Thomas Vaughan et d'Élias Ashmole.

Albert Pike a fourni l'argument de l'origines socinienne aux maçons européens, qui toujours ont eu des tendances à ramener le siège pontifical de la franc-maçonnerie en Europe, et de préférence en Italie, patrie de Socin.

Diana prétend que les Rose-Croix, par des opuscules habilement rédigés et adroitement distribués, donnaient à entendre que les six principales règles de leurs parfaits initiés étaient : d'exercer une médecine charitablement et sans recevoir aucune rémunération de quiconque. D'adopter les coutumes du pays où leur mission les conduit et d'y vivre de telle sorte que personne ne puisse les soupçonner d'appartenir à la fraternité. De se rendre une fois par an au lieu fixé pour l'assemblée générale, et en cas d'empêchement majeur de faire tenir au grand maître une lettre exposant les motifs de son absence.

Ce nombre des plus hauts initiés étant limité, de choisir, chacun, avant l'heure de sa mort, un successeur capable d'occuper sa place et de le représenter dignement.

De garder une fidélité inviolable à l'association et de tenir d'une façon impénétrable, le secret des frères. De maintenir absolument secrètes pendant 100 ans les oeuvres et les personnes de l'association, et de croire fermement que, si la fraternité venait à faillir, elle pourrait être réensevelie dans le sépulcre de son premier fondateur.

Les Rose-Croix voulaient impressionner le public en affirmant n'être sujets ni à la faim, ni à la soif, ni à la vieillesse, ni aux maladies et que par la kabbale et la science des nombres, ils découvraient les choses les plus cachées. Ils avaient un livre dans lequel ils pouvaient apprendre tout ce qui était dans les autres livres fait ou à faire.

Ils affirmaient avoir trouvé la future langue universelle.

Ils affirmaient posséder plusieurs livres mystérieux, dont un, était le plus utile après la Bible, livre que tenait Rosencreuz en sa main droite au moment de sa mort.

Diana affirmait que le Saint empire n'aimait pas les Rose-Croix et que l'empereur avait proscrit Amos Komenski.

Elle disait que Komenski, réputé comme savant pédagogue sous le nom de Comenius, était l'un des principaux chefs de la secte des frères moraves ; c'était lui qui avait signé l'alliance avec les sociniens. Les moraves haïssaient la papauté. Ils étaient fixés en Moravie et s’allièrent aux Bohèmes massacreurs qui incendièrent les couvents. Ils avaient juré l'extermination de tout le clergé catholique. L'empereur rendit un édit contre les moraves suspectés de satanisme et ils durent quitter la Moravie.

Komenski s'établit en Pologne en 1624 avec un grand nombre de ses coreligionnaires.

Il devint le surintendant des moraves et vivait en la meilleure intelligence avec les sociniens.

Diana affirmait que Komenski avait écrit des messages à double sens dans « Labyrinthe des mondes » et que son sentiment luciférien transparaissait dans «Lux intenebris ».

Thomas Vaughan partit à Londres en 1636 et se lia avec Robert Fludd.

C'est cette liaison qui décida de sa vie car Fludd était alchimiste, socinien et Rose-Croix.

Fludd écrivit une lettre à Andreae pour lui recommander Vaughan. Il lui demanda de l'accueillir sans lui laisser soupçonner son avenir dans la Fraternité. Cette lettre fut gardée précieusement par le père de Diana qu'il tenait de ses aïeux.

Thomas Vaughan rencontra Andreae à Calw, près de Stuttgart, en 1636.

Il portait la lettre de recommandation de Fludd. Andreae l'accueillit et chargea Jérôme Stoinus de l'accompagner auprès de Samuel Blonski. Le voyage de Vaughan se termina par une rencontre avec Komenski.

En 1638, Vaughan alla en Amérique. Il rencontre John Cotten, un ministre protestant qui changea le nom de la ville de Trimountain en Boston.

Vaughan retourna en Angleterre en 1639.

Il a pris la découverte d'une corne d'or au Danemark et se rendit dans ce pays.

Le 20 juin 1639, une jeune Danoise Kaatje Schwenz aperçut sur le bord d'une route quelque chose de pointu et  bizarre. Huit jours plus tard, elle eut la curiosité de chercher ce que c'était et creusa un trou autour. Elle sortit un bloc de métal en forme de corne longue de 66 cm et creusée.

Le roi Christian IV lui acheta la corne. Cette corne resta au musée de Copenhague jusqu'en 1802. Elle fut volée cette année-là. Thomas Vaughan voyait dans cette corne l'histoire de la recherche de la Pierre philosophale.

Il la dessina. Elle comportait des figures d'oiseaux, de poissons, de loups, de chevaux à têtes et mains humaines, des têtes de mort, des tridents, des étoiles, deux satires dont l'un portait une hache et l'autre une faux, un cavalier au galop, un arbalétrier, un mage coiffé d'un bonnet a queue, une femme brandissant un couteau contre un homme, des croix et des coeurs.

Vaughan fit un rapport sur la corne et l'envoya à Komenski.

Diana prétendait que la «Pansophie » de Komenski prouvait que la franc-maçonnerie étaie d'origines socinienne. On y lisait l'expression Grand Architecte de l'Univers, Komenski prédisait la destruction de la papauté par une association internationale d'hommes bien éclairés qui élèveraient un temple de toute sagesse d'après les plans du Grand architecte de l'univers.

Thomas Vaughan avait 28 ans quand il passa de la Rose d'or à la Rose-Croix. L'initiation lui fut donnée par Komenski. C'est alors qu'il choisit pour nom Eirenaeus Philaléthès.

En 1640, Valentin Andreae était devenu prédicateur de la cour.

Le duc de Brunswick le prit pour chapelain.

Vaughan se lia d'amitié avec Élias Ashmole.

D'après Diana, Ashmole n'était pas juif même s'il apprit l'hébreu avec le rabbin Salomon Frank.

Diana le trouvait répugnant par sa cupidité. C'était pour comprendre divers auteurs hermétiques qu' Ashmole apprit l'hébreu.

Thomas Vaughan connut Ashmole en 1641. Ashmole était avocat. Il venait d'être recruté par la Rose-Croix quand sa femme Éleonor mourut subitement.

Ashmole fut initié Rose-Croix sans passer par les grades inférieurs par Georges Wharton et Thomas Wharton. Thomas Vaughan en fut étonné mais Thomas Wharton lui expliqua qu' Ashmole ne pouvait pas trahir car il était lié à lui par un terrible secret.

Ashmole fut initié Rose-Croix en 1641. Diana pensait que les Wharton avaient aidé Ashmole à tuer sa femme et à épouser sa seconde femme, vieille et richissime. Ashmole délivra George Wharton de la prison en 1652 et le fit intendant de ses biens.

Diana affirmait qu'un conciliabule secret de Rose-Croix condamna à mort l'abbé Bouis, prêtre d'Arles, qui avait publié en Provence, un ouvrage antisémite.

Philalèthe voyagea avec Komenski jusqu'à Hambourg puis alla aux Pays-Bas, en Italie et en France où il conçut le projet d'organiser la franc-maçonnerie. Il voulait réaliser le plan de Fauste Socin, élargir l'infernale propagande, restreinte jusqu'alors aux mystérieux groupes des Rose-Croix. Le convent de Magdebourg avait fixé au deuxième centenaire de la révolte de Luther l'époque de cette transformation et cet agrandissement de la Rose-Croix socinienne.

Thomas Vaughan pensait que le mieux était de préparer la nouvelle évolution, sans attendre la date de 1717.

On respecterait le vote du convent des 7 en ne manifestant publiquement qu'à la date fixée l'existence de l'association mais elle aurait été organisée avant.

Vaughan pensa s'introduire dans le compagnonnage. Il guérit la femme d'un compagnon du devoir qui était chapelier. Les chapeliers lui conférèrent une sorte d'honorariat. Il leur composa un rituel, basé sur une parodie de la passion du Christ.

On administrait au récipiendaire un nouveau baptême, en lui donnant à comprendre que c'était le seul valable pour être sauvé. Philalèthe composa un rituel semblable pour les compagnons cordonniers rémois.

Rentrée à Londres, Thomas Vaughan jugea que l'association, plus universelle, des francs-maçons, ouvriers du bâtiment, se prêtait mieux à la réalisation de son projet.

Il fut inspiré par la lecture des manuscrits de Nick Stone qui était un des 7 du convent de Magdebourg. Stone était architecte et membre de la corporation des francs-maçons. Quelques Rose-Croix s'étaient mêlés aux francs-maçons comme les Wharton.

Vaughan réunit ses amis les 14 mai 1643 pour y annoncer son plan sur la franc-maçonnerie.

Puis Vaughan se rendit en Suède par son ami Van Geer y avait été créé baron.

Il revint en Angleterre en 1644.

Le roi avait été battu par Cromwell. Diana prétendait que Cromwell était un maçon accepté et qu'il avait été reçu dans une loge de Warrington.

Elle prétendait qu'il était gagné en secret à la Rose-Croix socinienne.

Vaughan voulut recevoir le neuvième degré mais Valentin Andreae lui dit qu'il le recevrait de leur dieu. Alors Vaughan pria d'un prêtre céleste lui répondit. Il lui demanda d'être l'exécuteur d'un papiste et de brûler la chemise ensanglantée du condamné et d'appeler Lucifer.

Alors Vaughan obéit et exécuta l'archevêque Laud. Il prit la chemise de Laud et l'humecta du sang du condamné.

Il la brûla le jour où le Christ fut conçu dans le sein de Marie. Un spectre lui apparut avec Lucifer.

Le spectre était celui de Fauste Socin et il consacra Vaughan comme successeur de Valentin Andreae.

Vaughan réclama 33 ans de vie supplémentaire et les obtint.

Lucifer promit à Vaughan Vénus Astarté pour fiancée dont il aurait une fille.

C'est après avoir été consacré mage de cette façon que Thomas Vaughan écrivit «Introïtus Apertus ».

Sous son impulsion, les Rose-Croix se multiplièrent, et, aussitôt qu'ils atteignaient le cinquième degré, ils entraient dans les loges maçonniques.

Les initiés aux mystères de l'occultisme se réunissaient à part au sein de loges sans que les vrais maçons pussent soupçonner que leur société abritait les complots contre la religion catholique.

Vaughan et Ashmole écrivirent les grades d'apprenti, compagnon et maître en 1646, selon Diana.

Puis Vaughan partit en Amérique et se lia à l'apothicaire Starkey.

Il vécut avec les Lenni-Lennars. Il rencontra Vénus Astarté promise par Lucifer. Elle descendit du ciel. Il passa 11 jours avec elle. Elle lui fit une fille. Vaughan emmena sa fille chez les Indiens comme le voulait Astarté. Il l'appela Diana et lui laissa un médaillon pour qu'elle ait un portrait de son père. Pour commémorer la descendance d'Astarté, un atelier palladique fut créé à New York et reçut le nom de Phébé la Rose.

Diana en fut élue grande maîtresse à vie.

Diana expliquait que son prénom était l'équivalent féminin de Lucifer. L'atelier de New York l'accueillit sous le nom de Lucifera.

Elle voulut abandonner son prénom mais elle eut connaissance de Diana d'Andelo, une convertie et garda son prénom.

Ashmole composa le grade de compagnons en 1648 quand Vaughan était en Amérique sur les données laissées par ce dernier.

Vaughan revint en Angleterre fin 1648 d'où il dirigea les Rose-Croix.

Le grade de maître fut composé en 1649 par Vaughan.

Ni Ashmole, ni Vaughan ne dirent d'où ils avaient tiré la légende d'Hiram pour l'introduire dans le grade de maître. D'après Diana a cette légende se trouve dans l'un des 10 principaux Targums (paraphrases chaldaïques de l'Ancien Testament) attribué à Jonathan ben Uzziel.

Vaughan connaissait l'hébreu aussi bien et mieux même qu' Ashmole.

Diana était persuadée que Thomas Vaughan avait rédigé le grade de maître et que la preuve résidait dans le cahier interprétatif de Friedrich Helvétius. Helvétius fut disciple de Vaughan et alchimiste. Helvétius a interprété la légende d'Hiram en se basant sur les commentaires personnels d' Ashmole.

Ashmole pensait que le grand maître assassiné dont il fallait venger la mort était Charles Ier.

Vaughan écrivit un cahier du grade de maître et Ashmole un faux cahier de ce grade.

Le faux cahier fut rédigé 10 ans après le vrai.

Ashmole y plaça les constructeurs Charles, traiteusement mis à mort par trois compagnons.

Diana était convaincue que Cromwell était Rose-Croix et maçon accepté.

Dès 1649, les loges Rose-Croix pratiquaient le grade de maître avec la légende d'assassinat d'un architecte constructeur par trois mauvais compagnons.

Diana jugée impossible que Cromwell ait accepté que dans les loges, dont il faisait partie, on conspirât pour le rétablissement de la royauté.

Aujourd'hui, selon Diana, prendre au sérieux le faux rituel d' Ashmole, roulant sur l'assassinat du constructeur Charles serait d'une inexcusable naïveté.

Charles II put croire que Cromwell aurait toléré qu'on pratiquât dans les loges un symbolisme imaginé dans le but d'exciter à venger Charles Ier. À son époque, le véritable travail souterrain de la Rose-Croix socinienne et de la franc-maçonnerie était ignoré.

Helvétius était formel pour déclarer que Thomas Vaughan avait dirigé la rédaction du grade de maître.

La preuve était dans l'interprétation de la légende d'Hiram par Vaughan.

Pour Diana, c'était Satan qui avait inspiré l'auteur du Targum d'où fut extraite la légende d'Hiram.

Les rabbins talmudistes avaient donc coopéré à la création de la franc-maçonnerie. Une théorie d'interprétation de la légende d'Hiram était connue des arrières loge selon Diana.

C'était la théorie de la génération et de la putréfaction.

Hiram, enterré au Liban, a pourri dans l'humus de la terre ou était planté la branche d'acacia. Son cadavre s'est décomposé. «Mac Benac » s'est écrié le très respectable ; mot que l'on traduit par : « la chair quitte les os ».

Il faut de la putréfaction pour la génération disent les francs-maçons, selon Diana.

« Soyez-ensemenceurs le plus qu'il vous sera possible, dit Satan ; jetez le grain de blé là où il est destiné à germer, et sa putréfaction donnera génération ».

Selon Diana, Robert Fludd avait imaginé la théorie de la génération par la putréfaction.

Dans «Utriusque cosmi métaphysica », Fludd exposa le système de l'archétype et du macrocosme et du microcosme.

L'archétype est la divinité et ses 10 manifestations et le macrocosme est le monde, image et émanation de la divinité (région empyrée où résident les esprits célestes ; région éthérée : ciel des étoiles fixes ; et la région élémentaire qui est la terre et les autres planètes. Ce microcosme est l'homme. Pour Robert Fludd : « la même loi s'applique au règne animal, et en particulier à l'homme, ou microcosme ».

Vaughan était disciple de Fludd et pas Ashmole.

Vaughan hérita des manuscrits de Fludd. Le faux cahier du grade de maître écrit par Ashmole ne contient rien sur Hiram. C'est Vaughan qui a écrit la légende selon Diana. Le véritable cahier du grade de maître écrit par Vaughan aurait été détruit après avoir été recopié et plagié par Anderson grand maître de la franc-maçonnerie.

Désaguliers éprouva le remords d'avoir aidé Anderson à plagier Vaughan alors il fit une copie du cahier de Vaughan.

Diana évoquait la mission de Francisco Borri, un Rose-Croix qui voulait discréditer le catholicisme.

Il parlait aux foules au nom de l'archange Saint-Michel, qui lui avait remis, affirmait-il, une épée merveilleuse, forgée dans le ciel.

Il affectait une grande dévotion pour l'eucharistie et soutenait que le Christ et Marie étaient présents dans l'hostie.

Il attribuait un rang inférieur au Fils et au Saint Esprit.

Le saint-Office ordonna des poursuites contre lui. Il s'enfuit à Strasbourg. Puis il alla à Amsterdam. Il partit en Suède où il soutira des sommes considérables à la reine Christine.

Borri sema en Europe la haine de l'Eglise. Il avait, selon Diana, une salamandre pour épouse. C'était une salamandre avec un tronc et une tête de femme qu'il faisait apparaître d'une petite ampoule. Il l'appelait Elkbamstar. La salamandre prenait forme avec le sang de Borri.

Borri finit en prison et mourut en 1685.

Vaughan écrivit des ouvrages d'alchimie : « l'Anthropolosophia theomagica », «La Magia adamica », en 1650 et «Lumen de lumina » en 1651 et «Aula lucis » imprimé en 1652.

D'après Diana, Heider, ami de Diderot, avait, le premier, laissé comprendre, en parfait initié franc-maçon, dans ses « Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité », que Valentin Andreae n'était pas ce que l'on avait cru. Il jugeait que trois ouvrages d'Andreae couvraient des aperçus suffisamment clairs sur l'organisation d'une société secrète destinée à détruire l'Eglise romaine.

Vaughan raconta ce qu'il avait vu à la mort d'Andreae.

Il affirmait que Van Geer, Komenski et Blount étaient apparus portés respectivement par un aigle, par un lion ailé et par un taureau ailé.

Les animaux s'évanouirent et furent remplacés par des daimons : Léviathan, Cerbère et Belphégor. D'autres daimons apparurent pour lui annoncer qu'il était le nouveau grand maître. Van Geer, Komenski et Blount le félicitèrent.

Vaughan affirmait que Van Geer avait le pouvoir de s'émietter en minuscules fragments.

En 1665, Blount eut un fils.

Il appela Charles. Vaughan évoqua Lucifer et annonça que Charles avait recueilli l'âme de Valentin Andreae.

Diana évoquait le premier Helvétius connu, disciple de Vaughan.

Son vrai nom était Johann Friedrich Schweitzer, venu de Suisse en Hollande d'où il se fixa pour pratiquer la médecine. Médecin du prince d'Orange. Il se lia avec Philalèthe a 42 ans.

Vaughan le convertir l'alchimie alors qu'il s'y était opposé.

Vaughan l’initia au neuvième degré de la Rose-Croix. Il fut grand maître de la Rose-Croix de 1663 à 1709.

Diana évoquée un livre écrit par Vaughan en 1645, «Introitus apertus » qui révèle aux initiés de la Croix d’or les arcanes de l'alchimie.

D'après Diana, Albert Pike à qui le père de Diana avait communiqué le manuscrit annoté de l’Introitus apertus, avoua à Vaughan avoir cherché la Pierre philosophale et l'avait trouvée.

Le secret pour la trouver était de prononcer les noms des hommes maudits par les prêtres du dieu qu'on adore à Rome. Depuis Caïn jusqu'à Fauste Socin et que ces noms soient prononcés avec bénédiction.

Et alors le Dieu bon venait pour offrir la Pierre philosophale à la dette. Quand Diana apprit cela, elle demanda à son oncle s'il fallait aussi prononcer le nom de Judas avec amour et rit pour se moquer de lui mais son oncle se mit en colère. Le père de Diana lui avait ordonné de ne pas bouger tandis que son oncle alla chercher une fiole.

Il la déboucha et versa quelques gouttes du contenu dans sa main et s'enduisit les lèvres, le nez, les paupières et le creux de ses oreilles.

Il murmura des mots inintelligibles et le père de Diana lui répondait. Ensuite, il tourna autour de Diana et s'arrêtait à chaque septième pas ; alors le père de Diana tournait trois fois sur lui-même. C'était un exercice luciférien.

À la fin, l'oncle se coucha de tout son long et approcha ses lèvres huileuses du bout du pied droit de Diana et recommença à parler sa langue incompréhensible.

Le père de Diana partit chercher une poule noire et porta le bec de la poule qui se débattait, sur la bouche de Diana.

L'oncle toucha les cheveux, les narines, les yeux et les oreilles de Diana.

Enfin, l'oncle et le père de Diana crièrent et le père étrangla la poule. Alors toutes les vitres se brisèrent avec fracas.

L'oncle crut Diana délivrée.

Diana raconta qu'un jour, Albert Pike entendit une voix intérieure lui dire de sortir de son laboratoire. Il obéit et la voix le fit marcher et lui ordonna de méditer devant le Dieu-Bon.

Pike se trouvait devant des rochers et en cherchant qui était le Dieu-Bon il maudit le Dieu de la Bible.

Il crut que Jupiter était le Dieu-Bon. Il bénit les noms maudits et les flammes sortirent des rochers.

Coré, Dathan et Abiron sortirent des rochers et lui annoncèrent qu'il serait le pape de la vraie religion. Coré lui remit un fragment de la Pierre philosophale.

Il lui annonça que le Dieu-Bon lui en donnerait d'autres que lorsqu'il le jugerait nécessaire.

Les trois démons, qui se faisaient passer aux yeux de Pike pour Coré, Dathan et Abiron, lui dirent dans quel sens il fallait qu'il interprète le mot « Dieux » appliqué aux esprits de lumière et lui promirent que la protection du Très Haut ne lui manquerait jamais.

Les manuscrits de Philalèthe étaient la base de l'enseignement que reçut Diana.

Son père et son oncle l'imprégnaient graduellement de tous les dogmes du luciférianisme palladique.

Elle grandit dans la vénération de son ancêtre Thomas Vaughan.

En 1668, Philalèthe initia Simon de Vriès, à La Haye et le chargea de veiller sur Spinoza, qu'il savait être utile aux Rose-Croix.

Vers 1674, Vaughan fit venir auprès de lui Charles Blount pour l'engager à se pénétrer des préceptes secrets des néoplatoniciens d'Alexandrie. Il lui recommanda de s'appuyer sur des maçons acceptés formant l'élite maçonnique pour que la propagande socinienne soit toujours très active dans les loges.

Vaughan avait construit un miroir concave, d'acier, dans lequel, après certaines prières et magiques opérations, il apercevait les personnages vivants, appartenant à la Rose-Croix. Il surveillait ainsi ses subalternes.

L'esprit Nergac était invoqué pour cette opération.

Il voulait utiliser le miroir pour voir sa fille mais cela lui était interdit les esprits lui permirent de voir le fils peau rouge qu'avait eu sa fille. L'enfant se trouva un jour dans son lit. Le Dieu-Bon permit à Vaughan de comprendre la langue indienne de l'enfant.

L'enfant lui parla de ses parents.

Puis l'enfant disparut car Lucifer avait voulu que cette joie fut seulement passagère.

Vaughan écrivit une lettre avant sa mort ordonnant le silence complet sur lui.

Diana prétendait qu'un triangle présidé par le contre-amiral Albert Hastings Markham à La Valette invoquait le Dieu-Bon et que par l'intermédiaire d'un talisman constitué d'une flèche de fer, la signature lumineuse du Dieu-Bon se traçait dans l'air par l'esprit de Thomas Vaughan.

Diana prétendait avoir assisté à ce prodige. Elle vit même le Dieu-Bon présider la tenue.

Diana demanda à Lucifer de faire apparaître Thomas Vaughan et il accepta à condition qu'elle soit la seule à le voir.

Lucifer évoqua Grévy qu'il jugeait un excellent serviteur de sa cause. Jules Grévy avait expulsé quelques moines : Lucifer prit le talisman et écrivit le récit de Thomas Vaughan qui apparut pour Diana seule. Vaughan raconta comment Lucifer l'avait emporté avec lui le jour de sa mort.

Vaughan lui parla de l'avenir. Il lui apprit qu'elle rencontrerait le pape et qu'en 1900 la franc-maçonnerie obtiendrait ses plus grands succès mais qu'une colonne de noire fumée s'élèverait du pays belge et qu'il y aurait des combats entre les catholiques et les lucifériens. Il prédit une guerre entre la France et l'Espagne.

Diana estimait que la principale base de son éducation luciférienne avait été l'enseignement, à fortes doses admiratives, de la vie de Philalèthe.

Le catholicisme était connu d’elle à rebours.

Sa mère, protestante des Cévennes, n'intervint jamais dans son éducation.

Son père l'éleva comme si elle avait été un garçon. Elle pratiqua la gymnastique, l'équitation, l'escrime, les jeux de force et la course.

Sudiste, son père lui inculqua le mépris des esclaves.

Sa mère n'osait protester, étant d'un caractère faible.

Elle emmenait Diana visiter ses pauvres.

Sa mère mourut quand Diana eut 14 ans.

En 1880, près de Mammouth Cave, dans le Kentucky, elle croisa des Noirs qui poussèrent des cris pour l'effrayer. Elle en tua trois.

Mais les autres l'immobilisèrent.

Un jeune homme blanc, au visage enflammé, la sauva. Il l'emmena dans les airs.

Il connaissait son nom et se déclara son protecteur.

Il toucha son visage et elle ne put plus voir ni entendre.

Elle s'endormit et se réveilla dans son lit. Son père était près d'elle avec le jeune homme.

Diana revit son sauveur cinq mois après. C'était près de Louisville.

Elle chevauchait quand son cheval s'emballa. Ce jeune homme apparut et calma le cheval. Elle demanda son nom mais cela aurait révélé sa nature. Il lui dit qu'un jour elle saurait quelle destinée le liait à lui et disparut.

Diana pensa bien plus tard que c'était l'intervention du diable qui la guettait et provoquait à la fois son admiration et sa gratitude par sa mise hors de péril en de telles circonstances.

Après cette expérience, le père de Diana et son oncle s'appliquèrent à lui faire ressortir tout le merveilleux qui éclatait dans l'existence de Thomas Vaughan.

De 1880 à 1883, elle reçut le complément de l'instruction luciférienne. L'Apadno et les autres infernaux livres furent mis entre ses mains et expliqués.

Elle était destinée au palladisme de la fondation de celui-ci.

Elle traversa la maçonnerie d'adoption par pure formalité. Elle reçut les trois premiers degrés en tenue extraordinaire de la Grande Loge du Kentucky.

Elle fut initiée apprentie le 15 mars 1883, compagnonne le 20 décembre 1883 et maîtresse le 1er mai 1884.

Réservée à la Haute Maçonnerie, par décret d'Albert Pike, elle ne fréquente pas les loges ordinaires d'adoption mais les triangles.

Elle fut initiée au palladisme en 1884 au Parfait triangle les Onze Sept.

Le jour de ses 20 ans, le 29 février 1884, le daimon qui l'avait sauvée deux fois se manifesta à la réunion des Onze Sept, à Louisville.

Le daimon déclara être Asmodée et apporta une queue de lion qu'il prétendit avoir coupée dans une bataille contre le «Maléakh Marc ».

Asmodée déclara que le temple de Louisville serait consacré à Diana et il offrit la queue de lion en gage d'amitié. Asmodée plaça un de ses légionnaires dans la queue du lion (Bengabo).

Diana fut initiée Chevalière Elue Palladique le 28 octobre 1884.

Elle devint luciférienne de coeur.

Son oncle n'avait pas pu venir à la réception alors le père de Diana avait voulu lui en rendre compte et prit en route un refroidissement qui provoqua une pneumonie. Il en mourut le 4 décembre dans les bras de l'oncle de Diana. Ce jour-là, Diana était morose sans savoir pourquoi.

Elle ne put dormir. Elle éteignit sa lampe mais soudain, sa chambre fut éclairée d'une lumière brillante et blanche. Asmodée apparut. Son visage n'était plus humain. C'était un esprit de feu. Il lui montra son père étendu sur son lit d'agonie, se débattant contre un horrible monstre suspendu dans l'espace et battant l'air de deux ailes noires et armé d'un trident.

C'était Mickaël qui tuait son père. Asmodée lui montra l'assassin de son père afin qu'elle sache qui elle devait maudire..

Asmodée lui dit que Mickaël avait également tué sa mère. Asmodée lui dit qu'il viendrait l'aider au moindre danger.

 

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18 février 2018

Joe Dassin derniers secrets (Robert Toutan)

 

dassin

Avant-propos…

Une rencontre mal commencée et qui allait durer 13 ans…

Robert Toutan a travaillé 50 ans dans le showbiz et ne peut passer inaperçu même dans les provinces les plus profondes. Il veut livrer une autre image de Joe Dassin et surtout avec son véritable visage, sous un aspect sans doute bien différent de tout ce qui a été écrit sur lui jusqu'à maintenant.

Robert Toutan brocarde d'entrée Dassin en affirmant que : « la magie Dassin c'est certainement cela, des mélodies populaires faciles à retenir et, il faut quand même bien l'avouer pour certaines de ses chansons, des textes qui n'étaient pas toujours de très grande qualité ».

Toutan a commencé à travailler dans le monde du disque en 1962. Il était attaché de presse. En 1967, il venait d'être vidé de chez Decca-RCA. Il fut engagé par CBS France à l'essai pour trois mois.

Avant cela, il avait entrevu Dassin très rarement sur des plateaux de télé. Il était alors une vedette montante mais pas encore un vendeur de disques. CBS ne pouvait alors s'enorgueillir avec lui que de « flops commerciaux à répétition » et cela au grand désespoir de toute sa nouvelle équipe qui avait misé sur lui avec beaucoup d'intuition. Toutan allait le rencontrer le 17 octobre 1967 alors il se renseigna sur lui auprès de ses collègues du service de promotion de CBS, toutes des femmes. Elles n'étaient pas très tendres le concernant, car il passait pour assez peu aimable et peu sociable et surtout éternellement insatisfait du travail fait autour de son nom.

Difficile de s'appeler Dassin, avec comme père un illustre metteur en scène états-unien.

Sa femme Maryse disait, qu'à cette époque, Joe était remonté comme une pendule contre CBS et tous ses collaborateurs. Toutan pense que Dassin avait déjà un peu la « grosse tête ». Les collègues de Toutan disaient qu'il allait devoir se coltiner Dassin et que seule Maryse pourrait être son alliée pour l'amadouer.

Cependant, Toutan avait très envie de faire sa connaissance. Il devait rencontrer Dassin le 1er octobre sur la deuxième chaîne de l'ORTF dans un minuscule studio à Issy-les-Moulineaux. Il le rencontra dans sa loge. Il se trouva face à un homme mal à l'aise en raison d'un strabisme plus que voyant, qui le gênait tout autant que lui. C'était une hantise pour Dassin et Toutan était obligé de demander au réalisateur d'éviter des gros plans peu avantageux. Dassin l'accueillit en lui disant : « j'espère que vous ferez mieux que les deux précédents, sinon, je vous assure que vous ne ferez pas de vieux os chez CBS et que je vous ferai virer comme les autres ». Toutan dénigre Dassin en affirmant qu'il y avait chez lui un côté parfaitement imbu de son éminente personne, un genre coincé avec un manque d'humour certain.

Toutan a même des préjugés sur les États-Uniens en disant qu'ils ont tous envers les Européens cette supériorité qui les rende persuadés d'être les meilleurs et pour qu’ils vous acceptent et vous respectent, nous devons leur montrer leur prouver d'être également et toujours les meilleurs, sinon ils vous éjectent sans aucune concession.

D'après Toutan, les gens du métier disaient que Dassin était odieux, faussement aimable, que ce n'était pas un vrai gentil et que malgré ses sourires forcés il ne trompait personne.

Ce jour-là, Dassin voulait chanter trois chansons et non deux sinon il s'en irait sans chanter. Mais le producteur André Maurice accepta qu'il parte. Alors Toutan le persuada de rester en lui promettant qu'il aurait toujours la meilleure place dans les émissions où il se produirait. Toutan lui conseilla de s'excuser auprès d'André Maurice, ce qu'il fit. Dassin dit à Maryse qui ne comprenait pas pour moi CBS avait engagé Toutan et qu'il lui trouvai un air efféminé.

Toutan se contredit en affirmant que cette première rencontre allait être le début d'une collaboration unique, sans jamais la moindre crise ni le moindre nuage, même dans les périodes les plus difficiles de sa carrière et de sa vie privée.

Cette contradiction, il la souligne en avouant que lui et Dassin n'ont jamais été tous les deux des amis.

À New York, un vendredi 5 novembre 1938.

Béatrice Dassin née Launer, la mère de Joe, était violoniste. D'origine hongroise et épouse de Jules Dassin, d'origine russe et de confession juive qui allait devenir réalisateur. Joe avait deux soeurs Richelle, née en 1940 et Julie née en 1944.

Les Dassin quittent New York pour Los Angeles après le début de la seconde guerre mondiale. Ils y resteront jusqu'en 1949. Ils devront quitter les États-Unis à cause de McCarthy car Jules Dassin était sympathisant communiste.

Les Dassin s'installent à Paris en 1950. Joe changera 11 fois d'école. Il obtient son bac à 16 ans à Grenoble. Malgré le fait qu'il ait souvent dit dans différentes interviews ne plus se sentir États-Unien, Toutan pense que Dassin est toujours resté unYankee pur et dur. Pour lui, Joe était un homme peu ouvert, terriblement angoissé et constamment bouffé d'inquiétudes.

Jules et Béa se séparent en 1954. C'est le premier drame de la vie de Joe.

Jules Dassin a rencontré Mélina Mercouri au festival de Cannes.

Toutan souligne que Joe fera comme son père en quittant Maryse sans se poser la moindre question. Joe dira que sa mère est la femme de sa vie. Il retourne aux États-Unis pour ses études.

Il étudie l'ethnologie à l'université d'Ann Arbor, à Détroit.

Il rencontre des Français avec lesquels il chante du Brassens.

Faisant croire aux jeunes étudiants États-Uniens que c'est du folklore français. Il paye ses études qui dureront six ans en faisant des petits boulots. Il commence à écrire des nouvelles en espérant devenir écrivain ou journaliste.

Jamais il ne pensera devenir chanteur à cette époque. Il est réformé au service militaire à cause d'un souffle au coeur.

1962, Joe a 24 ans et il a terminé son doctorat d'ethnologie. Il retourne en Europe pour assister son père sur Topkapi.

Toutan continue de dénigrer Dassin en avouant n'avoir jamais été « séduit » par son physique. Il lui trouvait un côté « cow-boy intellectuel ». Toutan dénigre le physique de Dassin mais aussi son intelligence en affirmant qu'il était fort érudit mais pas forcément intelligent. Sinon, il aurait probablement évité bien des problèmes.

Maryse Massiera, la rencontre !

Berkley organise une soirée le 15 décembre 1963 pour fêter le film « Un monde de fou fou ». Cela se passe dans le restaurant le pavillon d'Armenonville au bois de Boulogne.

C'est une soirée costumée. Joe est déguisé en pirate, grimé par l'une des plus fameuses maquilleuses du cinéma états-unien. Maryse est déguisée en Jeanne-d'Arc.

Elle n'a qu'une envie : s'éclater. C'est une copine qui l'avait forcée à aller à cette soirée. Maryse est séduite par le Joe. Elle quitte aussitôt son compagnon de l'époque sans le moindre état d'âme pour Joe. Après une soirée dans un lieu élégant de la région parisienne choisi par Joe, ils décident de vivre ensemble. Il écrit des nouvelles pour le New Yorker. Il est assistant sur les films de son père et joue dans « What’s new Pussycat » de Clive Donner.

Joe et Maryse habitent pendant un an sous le toit de Béa.

Maryse est tout de suite acceptée par Béa qui comprend que cette jolie française apportera à son fils le même amour qu'elle lui consacre depuis sa naissance.

Joe et Maryse décident d'habiter à Saint-Germain-des-Prés au 218 boulevards Raspail.

Nous sommes en 1964. C'est alors que la fée du showbiz va bientôt se pencher sur lui, sous les apparences de la meilleure amie d'enfance de Maryse.

Premier cadeau de Maryse, un disque pour son futur époux !

L'amie de Maryse, c'est Catherine Régnier sera jusqu'à la fin des années 1980 une tête incontournable de ce métier. Elle avait une forte personnalité, à la fois sensible et redoutable quand elle le voulait.

En 1964, elle est secrétaire chez CBS. Les seuls disques de CBS qui la passionnèrent furent les premiers de Barbara Stresand et de Bob Dylan, aucune signature française n'était prévue par la nouvelle direction. Un jour, Maryse fait écouter à Catherine une bande sur laquelle est enregistré «Freight train » chanté par Joe. Pour convaincre Joe de tenter sa chance comme chanteur, Maryse utilise un moyen détourné. Elle demande à Catherine de transformer la bande en un disque qu'elle offrira à Joe pour ses 26 ans.

Catherine remue immédiatement la direction artistique de CBS pour faire écouter sa découverte.

Le fait que l'on s'intéresse à lui a beaucoup pesé pour que Joe accepte de rencontrer les dirigeants de sa future maison de disques.

Les premiers bides et les premiers mini-succès.

Deux mois après son anniversaire, Joe entrait pour la première fois de sa vie en studio. Il allait devenir la première signature française de CBS à qui il devait rapporter une véritable fortune.

Mais à ce moment-là, il eut peu de moyens pour son premier super 45 tours de quatre titres. Malgré le fait d'avoir été mis dans les mains d'un jeune auteur-compositeur talentueux, Jean-Michel Rivat, le résultat se concrétisa par le premier bide de sa vie.

Rivat adapta sous le titre de « je change un peu de vent », «Freight train » et aussi «Wanted man » qui devint « ce n'est pas une fille ».

C'était un disque fait trop rapidement et mal enregistré avec l'orchestre d'un certain Oswald d'Andréa. Le disque sera édité en février 1965. Joe dira de lui qu'il avait accouché d'un enfant qu'il n'aurait jamais voulu voir naître. Les radios boudèrent le disque. Cette indifférence laissa Joe honteux et furieux envers ceux qui l'avaient pris sous contrat sans qu'il ne le souhaite vraiment et qui, d'après lui, étaient tous des incapables. Seule Monique Le Marcis, de RTL avait cru en lui.

Monique Le Marcis entra à Radio Luxembourg en 1959 comme secrétaire. Elle devint assistante du directeur des variétés, Roger Kreicher. Elle était la meilleure fan de Joe. Elle n'avait qu’une parole et ne manquait jamais de tendre la main à qui avait besoin d'aide. De tous les artistes qu'elle aida et découvrit, Joe Dassin et Julio Iglesias furent et restèrent ses préférés.

Elle était toujours la première à écouter les nouveaux titres de Joe, à lui donner son avis, simplement comme une amie fidèle, sachant le persuader de mettre telle chanson en avant plutôt qu'une autre.

Elle le fera engager comme présentateur de RTL en 1966 pour une série intitulée « Western story ».

Elle l'avait fait pour lui remonter le moral car elle croyait en lui dur comme fer. Elle était sous son charme dès leur première rencontre. Joe ne cessera de répéter ce qu'il lui devait.

Joe ne voulait pas passer pour un perdant aux yeux de ses parents et de sa future femme alors il se battit pour prouver CBS que tout pour lui ne faisait que commencer.

Il sort un deuxième super 45 tours toujours écrit par Rivat mais c'est un nouveau bide. Joe pense que si rien ne va plus, c'est dû en grande partie à l'inconsistance de l'équipe de CBS.

M. le président Jacques Souplet…

Les patrons états-uniens de CBS voyaient d'un très mauvais oeil l'insignifiance des résultats obtenus par les dirigeants de Paris.

Ils engagèrent venant de chez Barclay un nouveau président. C'était Jacques Souplet. Avec lui, CBS deviendra la plus grande des sociétés discographiques françaises. Il était sec avec un sens de l'humour pas très développé.

C'est lui qui engagea Robert Toutan. Il croit en Joe et souhaite le rencontrer. Il va lui donner les moyens de réussir. Joe songeait à ne plus chanter mais accepta l'offre de Souplet.

Rivat et Thomas sont chargés d'écrire au moins deux tubes pour le troisième super 45 tours. Il y aura Guantanamera mais surtout Bip Bip son premier vrai succès.

Catherine Régnier, qui vient de partir chez Barclay et Maryse sont fières de lui. Avant la fin de l'année 1965 Joe doit accepter le projet de Souplet de lui faire rencontrer Jacques Plait et de se marier avec Maryse.

 1966, les deux mariages de Joe Dassin.

Le mariage de Joe et Maryse se déroule sans même sa famille car Joe n'apprécie guère la rupture de ses parents et ne souhaite pas avoir réunis près de sa mère, son père avec Mélina Mercouri. Il n'y aura pas grand monde à ce mariage. Même Catherine Régnier ne fera pas partie de la fête.

Seul Rivat sera des invités.

Le deuxième mariage de Joe sera son alliance avec Jacques Plait qui va devenir son producteur. Joe accepte un déjeuner avec lui. Plait lui explique qu'il aime le jazz, qu'il a dirigé pour la France la marque Capitol, la « maison-mère » de Dean Martin et Nat King Cole.

En France, il a travaillé avec Hallyday et Gainsbourg. Cela rassure Joe qui se sent très seul depuis ses débuts.

Jacques Plait ne lui passera jamais rien. Ils se respecteront, même quand ils ne seront pas du même avis.

Et Jacques Plait créa Joe Dassin !

Jacques Plait est un personnage avec une très forte personnalité, qui réfléchit beaucoup, nerveux, sec, imprévisible aussi dans ses réactions.

Toutan n'a jamais très bien cerné Dassin qu'il jugeait très introverti, et malgré toutes les années passées auprès de lui, il ne peut pas dire encore s’il l'a vraiment vu une seule fois se lâcher pleinement.

Jacques était tout le contraire et cela ne pouvait qu'arranger les contacts avec sa vedette. Dassin n'avait pas bon caractère et avec le succès cela ne fera qu'empirer au fil des années.

Toutan pense que sans Plait et Maryse, Dassin serait sans doute très vite retourné, malgré tout son talent, à ses premières études en ethnologie.

Joe a beaucoup de mal sur le plan vestimentaire à oublier le look BCBG fait pour aller au bureau traiter des affaires mais pas pour affronter les caméras de télévision, alors que Claude François y scintille de 1000 feux en satin rose ou bleu et paillettes. Sur ce plan-là ce sera Maryse qui se chargera de tout. CBS demande un nouveau super 45 tours. Jacques surveille tout ce qui vient des États-Unis. Il trouve deux titres qu'il fait adapter par Rivat. Ce sera « Ca m'avance à quoi » et « Comme la lune ». Les deux autres titres du super 45 tours tomberont dans l'oubli.

Plait remplace Oswald d'Andréa par Johnny Arthey. La promotion démarre à tout-va sur les radios mais curieusement ça ne bouge pas beaucoup en télévision. Seul Jean-Christophe Averty s'amuse à faire de véritables mises en scène en disséquant couplets et refrains des chansons de Joe. Jacques Souplet harcèle tous les départements de CBS qui sont mis sous pression pour faire absolument de Dassin la vedette maison. CBS demande un album qui est enregistré à New York à cause d'une grève des musiciens en France et en Angleterre.

Le premier album s'appelle donc Joe Dassin à New York.

1967 : Tagada Tagada voilà les Dalton…

Début 1967, Dassin remet les trophées du Midem à Cannes. Il présente le gala mais n'y chante pas. Il s'en tire à merveille et en deux langues. Charley Marouani est présent dans la salle. Il cherche un chanteur pour la première partie de la tournée d'Adamo.

Dassin accepte. C'est durant cette première tournée que Joe fera la connaissance de Georges Olivier qui par la suite deviendra l'organisateur fidèle de tous ses galas.

Charley Marouani devient son imprésario. Marouani engage Pierre Lumbroso comme régisseur attitré de l'artiste.

Joe est heureux de découvrir que le public de province connaît et chante avec lui quelques-unes de ses chansons. Il dira plus tard dans toutes ses interviews que c'est sur scène qu'il avait réellement conscience d'être un artiste complet.

Pour le nouveau 45 tours, Plait se souvient que Joe, pendant le Midem, lui a fait écouter une chanson qu'il a écrite avec Thomas et Rivat et qu'il destine à Henri Salvador car il la trouve trop comique et indigne pour figurer à son propre répertoire. Plait persuade Joe de l'enregistrer malgré le refus de Dassin.

C'est ainsi connaîtra son premier succès populaire : les Dalton.

Jacques Plait deviendra lui aussi, avec cette chanson, une figure légendaire pour le public, car il sera la voix du shérif et son image à la télévision et dans le premier scopiton de Joe.

Joe rencontre Claude Lemesle qui écrira pour le Joe jusqu'à la fin de sa vie de nombreux titres à succès.

Les Dalton est le succès de l'été à la radio mais les ventes ne sont pas encore à la hauteur car Joe passe peu à la télé. Joe menace de rompre son contrat avec CBS si rien ne s'améliore en ce sens.

Il invective le responsable du service de promotion, Christian Deffe et se le met à dos. Dassin écrit Bébé requin pour France Gall plus habituée à chanter du Gainsbourg.

Toutan a dû souvent temporiser car Jacques Plait avait la tension artérielle qui montait facilement pour un rien et devant le moindre problème et Dassin piquait des colères dignes de stars hollywoodiennes.

L'attaché de presse télé, Jean-Claude Pellerin, fut viré. Toutan le remplaça. Il chercha à comprendre pourquoi les producteurs de télé ne portaient que peu d'intérêt à Joe.

Les émissions de variétés à la télévision étaient presque toutes produites par des femmes ou programmées par elles.

Comme grands producteurs, et il n'y avait que Guy Lux et Raymond Marcillac parmi les hommes. Mais leurs programmations étaient faites par Jacqueline Du Forest et Nanou Taddei.

Les productrices et programmatrices avouèrent que Joe ne faisait pas rêver comme Sacha Distel ou Claude François.

Joe devrait donc changer de look et être plus souriant et plus détendu.

Toutan ne le répète pas à Joe pour ne pas le blesser mais le dit à Jacques et à Maryse.

Jacques Plait voulait étoffer le répertoire de Joe. Joe avait une folle passion pour le blues. Alors Rivat adapta Ode to Billy Joe créée par Bobby Gentry. Ce sera la Marie-Jeanne. Ce titre ouvre les portes de Joe à la télévision.

1968, la révolution Dassin !

À partir de 1968, Dassin va connaître quatre ans de succès avec « La bande à Bonot », « Siffler sur la colline », « Ma bonne étoile », « Le petit pain au chocolat », « Les Champs-Élysées », « Le chemin de papa », « Cécilia », « l'Amérique », « La fleur aux dents ».

Puis il y aura un creux de la vague de 1972 à 1975. Ce seront ses tournées et ses présences régulières à la télé qui lui permettront de passer ce cap périlleux. Dassin rencontre Pierre Delanoë en 1968. Il lui écrit « Le petit pain au chocolat » et « Ma bonne étoile ».

En 1969, Joe abandonne Rivat et Thomas.

1968, c'est aussi une tournée au Québec. Malgré les efforts de CBS France auprès de sa direction de New York et quelques essais d'enregistrement en anglais, Joe ne percera pas aux États-Unis.

1969, sur le chemin des Champs-Élysées et celui du chemin de papa.

Le troisième album de Joe sort à l'été 1969. Delanoë adapte « Waterloo road » qui devient « Les Champs-Élysées ». Il écrit « Le chemin de papa » en hommage au père de Joe.

Épuisé par des jours et des nuits sans dormir, fumant et buvant plus qu'à l'accoutumée, Joe, fragilisé, est atteint d'une péricardite virale. Les médecins lui prescrivent deux mois de repos.

L'émission « Télé dimanche » accueille Joe en vedette et Guy Lux le reçoit dans le « Palmarès des chansons ».

« Les Champs-Élysées » feront presque le tour du monde. Joe l'enregistrera en italien, anglais, allemand.

Bruno Coquatrix programme Joe à l'Olympia en octobre 1969.

Ce sera un triomphe. Joe a un numéro de lasso en plein milieu des Dalton. Ce lasso lui avait été remis en cadeau pour sa grande assiduité par un maître états-unien de cet art qui lui avait appris, en peu de temps, à le manier et à ne jamais rater une prise.

Malgré son succès, Joe reste pour ceux qui l'approchent au jour le jour quelqu'un de pudique et maladivement secret, donnant à tout le métier l'image d'un homme trop réservé et mal dans sa peau.

Toutan ne dit plus que Joe était odieux mais au contraire courtois, poli, bien élevé devant les producteurs de télévision. Tous diront à Toutan avoir ressenti de Dassin une certaine retenue. Le fait de d'être en pleine lumière et adulé du public ne change pas grand-chose à la vie personnelle de Joe.

1977 : il était une fois « L'Amérique ».

Joe reçoit le « Grand prix du disque » de l'académie Charles Cros pour les Champs-Élysées. Il a traversé l'Europe avec cette chanson. Mais les États-Unis restent fermés à Joe. C'est peut-être pour ça que Delanoë adapte « Yellow river » qui devient « L'Amérique ».

Le père de Joe ne comprend pas pourquoi son fils veut glorifier les États-Unis qui l'ont meurtri. Joe lui explique vainement qu'il a voulu simplement faire un immense pied de nez à son pays d'origine qui ne souhaite pas le reconnaître en tant qu'artiste.

Joe réalise un doublé avec Cecilia, version française d'une chanson de Simon et Garfunkel. Claude Lemesle écrit son premier tube pour Joe en 1971. C'est « La fleur aux dents ». Si Jacques Plait avait le nez creux d'un bon découvreur de tubes, Joe par contre avait une fâcheuse tendance à se méfier de tout ce qui ne venait pas de lui ou par lui. Toutan pense que cela était dû sans doute un peu à son origine états-unienne.

De 1971 à 1975, Joe ne connaîtra plus le succès. Pour Toutan, Joe n'enregistre que des bluettes sans grande envergure hormis Salut les amoureux en 1973 et Si tu t'appelles mélancolie en 1974. Toutan pense que Sardou a fait de l'ombre à Joe. Joe continuera malgré tous les tournées et devient le favori des Carpentier à la télé.

Maryse Dassin ou Et si tu n'existais pas…

Maryse était surnommée « la grande Mme Dassin » par le métier. Elle avait un caractère bien trempé et avait résisté avec courage à toutes les épreuves. Mais elle a décidé de ne plus parler de Joe. Elle n'a rien à dire sur ses multiples déceptions, sur sa rupture, aucune opinion ni jugement non plus envers Christine, sa rivale, qui lui qui kidnappera son mari avec une habileté surprenante et fera tout pour essayer de lui ressembler.

Elle ne parle pas non plus des fils de Joe. Toutan pense que Joe Dassin n'aurait jamais été ce qu'il a été sans Maryse. Elle couvrait d'attention et de somptueux cadeaux tous ceux qui aidaient à faire connaître Joe. Joe avait besoin d'être rassuré alors Maryse l'accompagnait dans ses tournées et à la télé. Jacques Plait ne trouvait pas ça bon pour l'image de Joe qui était adulé par les femmes.

Alors Maryse dut rester la femme de l'ombre ne pas s'afficher avec son mari.

Elle s'occupait des costumes de Joe, lui faisait ses brushings, conduisait la Mercedes, servait de gardes du corps, de nounou et de secrétaire.

Maryse voulait un enfant mais Joe l'obligea à avorter plusieurs fois pour qu'elle puisse continuer à le suivre. Cela se fit d'un commun accord. Toutan pense que c'est cela qui causa la mort de leur enfant Joshua, né prématuré, en 1973.

Maryse, en couvant trop Joe, n'était plus une femme pour lui. C'est Christine qui poussa Joe à s'éclater enfin.

L'équipe à Jojo… Un mythe ou une réalité ?

Chanson écrite par Claude Lemesle en 1970, on pouvait croire que l'équipe à Jojo était faite sur mesure pour la petite troupe entourant le chanteur Joe Dassin. Toutan pense que c'est faux et qu'il ne faut pas croire Jeane Manson quand elle dit avoir été son amie et que Carlos n'était pas son copain des nuits agitées. Joe et Maryse avaient peu d'amis et invitaient rarement chez eux ou alors pour des rendez-vous de travail. Joe voyait surtout Jacques Plait et sa femme Colette. Il voyait aussi Claude Lemesle et Pierre Delanoë, son impresario, Charley Marouani, son tourneur Georges Olivier ou son régisseur Pierre Lumbroso.

Toutan voyait beaucoup Joe mais ne revendique pas le titre d'ami.

La période avec Christine a été pour Joe plus propice à des sorties nocturnes et à faire la fête. Il est devenu plus sympathique et s'est ouvert aux autres.

Toutan est persuadé que la bande de copains de Joe était avant toute une équipe de « très fidèles collaborateurs » soucieux et très attentifs de leurs intérêts personnels. Joe était pour eux la source à laquelle il était bon de venir s'abreuver. Ses relations ne voulaient en aucun cas déplaire à la poule aux oeufs d'or. Toutan n'a jamais voulu faire partie de « l'équipe ». Il n’y a pas été admis non plus. On le considérait comme un simple salarié de maison de disques. Toutan se donne le beau rôle en affirmant qu'il avait avant tout en lui l'amour des artistes et qu'il n'était pas un affairiste.

Dassin ou la bouffe, le vin et les cigares…

Joe connaissait les meilleurs restaurants français. Il fut l'ami des plus grands chefs. Si on voulait le faire parler, c'était bien en le branchant sur la bouffe et les vins.

Maryse recherchait les restaurants quatre-étoiles les plus proches de chaque concert de Joe. Joe était souvent invité par les autres. Il n'avait pas table ouverte pour ses amis quand c'était à lui de payer l'addition. Toutan n'a jamais été invité par Dassin. Toutan organisait les dîners d'affaires payés par CBS.

Un jour Dassin choisit les vins. La note s'éleva à 20 000 fr. pour six personnes. Toutan paya et se fit rembourser par Jacques Souplet qui trouvât Dassin mal élevé et dit à Toutan que certains artistes pensaient que la maison de disques n'était là que pour raquer. Toutan précise que Joe était comme tous les autres artistes. Toutan n'aimait pas la fumée et reprocha à Joe de trop fumer mais Dassin l'envoyait paître. Le vin, la nourriture, le tabac allaient ruiner la santé de Joe. À partir de 1973, il commença à prendre d'autres substances.

Joe le passionné. Lecture, musique classique, golf et pêche au gros…

Joe disait que le métier lui pompait l'air.

Il était très cultivé, plus par ses lectures que par ses études. Il ne lisait pratiquement qu'en anglais. Il aimait Faulkner, Hemingway, Tennessee Williams, Scott Fitzgerald, Kerouac, Capote, Ray Bradbury et Edgar Poe.

Il aimait Patricia Highsmith. Il aimait le jazz, Armstrong, Fats Waller, King Oliver et le blues. Il adorait la musique classique, Wagner, Brahms, Tchaïkovski, Mozart, Bach et Satie. Il aurait voulu devenir écrivain mais mais se comportait comme un artisan de la chanson. Il pratiquait le golf.

Il était très bon nageur et pratiquait la pêche au gros.

À partir de 1971, Joe croit que le public va l'oublier et cela l'angoisse.

Télé Dassin ou l'homme au smoking blanc.

Joe a participé à près de 300 émissions de télé dont certaines n'ont pas été archivées par l’INA. Passer à la télé faisait vendre beaucoup plus vite que des passages radio mêmes fréquents. Toutan regrette que les émissions en hommage à Joe ne contiennent pas les trésors de la période des années 1965 à 1970. On pourrait y sélectionner des interviews dans lesquelles il s'exprimait fort bien et sur des sujets parfois très intéressants et quelquefois n'ayant aucun rapport avec son métier.

Dans l'émission « Panorama » du 30 juillet 1965, une journaliste croit pouvoir le piéger avec une question pleine d'ambiguïté : « le fait d'avoir un nom connu, c'est un peu sans doute ? ».

Joe répond : « ça aide un peu, mais ça n’ouvre les portes qu'à moitié, il est évident que les programmateurs des radios en voyant le nom de Dassin sur la pochette l’écouteront plus vite et avec plus d'attention, mais ce n'est pas pour ça qu'ils auront envie de le programmer ! ».

Au début, Joe n'était invité à la télé que pour évoquer ses origines familiales, ce qui ne lui plaisait guère. Mais il parlait avec joie de la musique folk.

Il abordait d'une façon très intéressante l'anthologie musicale états-unienne. Dans l'émission « Permis de minuit », il chante « Katy cruel » de cinq ou six manières différentes. Denise Glaser le reçut en juin 1966 dans « Discorama ». Il y joue en l'air de « Je change un peu de vent » à la guitare mais ne chante pas. Denise Glaser l'invite une deuxième fois en décembre 1966.

Joe parle de ses études aux États-Unis. Il chante « Excuse me lady ». Ce même mois, il passe à « Télé dimanche » pour une interview. Il y rencontre Adamo qui lui demande de chanter dans la première partie de son Olympia

Joe retourne à « Télé dimanche » pour y fêter son anniversaire, le 5 novembre 1967.

Toutan savait qu'il détenait avec Joe une star de la télé. Mais il fallait convaincre les Carpentier de recevoir Dassin dans le « Sacha show ». Distel dédaignait Dassin. La femme d'Henri Salvador créa l'émission « Salves d'or ». Cette émission pulvérisa les records d'audience. Henri Salvador aimait rire avec Joe et Jacqueline Salvador lui trouvait un charme fou.

Elle lui fit chanter « Laisse les gondoles à Venise » avec Henri Salvador déguisé en Sheila.

Un soir Salvador mit un costume blanc et Joe l’imita. Tout le monde avait peur que Jacqueline pique une colère mais elle le trouva superbe et lui conseilla de toujours s'habiller en blanc.

Sacha Distel finit par inviter Joe dans son émission en décembre 1970. Il l'accompagne à la guitare pour l'Equipe à Jojo. Joe chante un inédit, « Le cadeau de papa ». Mais le deuxième « Sacha show » de Joe ne laisse pas un bon souvenir. Il chante « Siffler sur la colline » en 1972 et « La fleurs aux dents ».

Mais Maritie Carpentier coupe cette deuxième chanson au montage. C'est Distel qui le lui ordonne ne supportant pas que Joe lui fasse de l'ombre.

Joe était furieux et décida de ne plus revenir chez les Carpentier. Mais Toutan réussi à les réconcilier deux ans plus tard.

Joe Dassin participa à une émission de Gérard Sire. Joe pestait d'avoir dû se lever de bonne heure. Il décida de faire la gueule à tout le monde. Il prit son temps au maquillage alors Gérard Sire vint le chercher gentiment. Mais Joe toujours en colère brisa une porte vitrée en la claquant sur le plateau. Gérard Sire trouva en Dassin un homme « à la limite de la suffisance ».

Le chroniqueur radio, François Jouffa trouvait Joe dédaigneux. Il l'avait invité dans « L'oreille en coin » sur France Inter mais Dassin lut un livre tout en répondant aux questions sans regarder ses interlocuteurs. Il avait un caractère de cochon et il n'était pas toujours facile de l'aborder quand il n'en avait pas envie.

Il eut un caprice de star chez Jacques Chancel qui ne l'invita plus. Même Pierre Delanoë déclara chez Michel Drucker, en décembre 1980 : « je ne comprenais pas toujours les expressions furieuses qu'il pouvait avoir et souvent sans aucune raison majeure ».

Toutan parle encore de Joe aux gens du métier parmi lesquels il y a les totalement pour et les irrémédiablement contre Dassin. Maritie adorait recevoir pour un thé très «chicos » ses « chers amis du métier » comme elle aimait le dire. C'était un lundi soir et Joe devait lancer le premier show en couleur des Carpentier avec Henri Salvador. Toutan lança une idée que Maritie s'appropria. Joe et Henri seraient en costume blanc devant un gros compteur électrique avec deux manettes. En abaissant les manettes, Joe et Henri feraient passer l'écran du noir et blanc à la couleur. Henri dirait à Joe : « ton costume est plus blanc que le mien » et Joe rétorquerait : « c'est normal, il est lavé avec Top ! » (Émission s'appelait « Top à »).

Un soir, Joe Dassin devait chanter avec Claude François en duo chez les Carpentier mais les Carpentier étaient fâchés à mort avec Claude François. Grand seigneur, Joe réussit à imposer froidement Claude François. Joe prenait plaisir à enregistrer des duos spécialement composés et écrits pour les émissions des Carpentier et à essayer des costumes. Joe aimait travailler avec Roger Pradines pour la joie de vivre qu'il savait créer autour de lui.

Toutan raconte le tournage du premier clip français. C'était L'été indien que Joe devait tourner sur la plage d'Agadir avec une jolie danseuse nommée Rima. Cela surprit beaucoup le douanier en chef qui refusa de laisser sortir l'équipe avec son matériel, persuadé qu'elle allait tourner un film porno.

Joe n'était pas ennuyé car il avait déjà commencé son « trip » vers un autre monde. Toutan dut lire les paroles de « L'été indien » et donner une solide rétribution aux douaniers pour qu'il accepte de les laisser partir.

Joe refusa l'idée de Toutan pour une série animée par Danièle Gilbert « 12 mois d'août ». Le thème était tout simple, faire tourner les chanteurs de CBS dans les plus beaux lieux de Paris pour faire rêver les États-Uniens en visite dans la principauté de Monaco. Mais Toutan réussit à convaincre Joe en l'invitant chez lui d'où l'on pouvait avoir le Sacré-Coeur. Toutan obtenait à l'arrachée des émissions de télé pour le Joe pendant les années 71  à 75. Sans lui, Joe aurait été oublié.

1971-1974 ou quand le tube se fait rare…

Malgré son absence de succès, Joe continue les télés et les tournées. Il sort treize 45 tours qui ne se vendent pas bien. En 1972, Joe et Maryse font une tournée dans les DOM-TOM. Ils tombent amoureux de Tahiti. Ils y achètent un terrain. Joe songe y construire une maison pour sa retraite car il songe déjà à ne pas finir en vieux chanteur. En 1973, les Dassin quittent leur appartement de la rue d'Assas pour louer une maison à Marly-Le-Roi.

Maryse est enceinte. Mais Joshua, né le 12 septembre, ne survit que quelques jours. Joe accepte très mal cette malchance apportée par le destin. Joe et Maryse retournent à Tahiti mais Joe devient volage. Jacques Plait cherchait toujours le succès pour le Joe. Il réunissait tous les collaborateurs de CBS, du président au chef cuisinier et leur demandait de noter les chansons de 1 à 10.

1975 ou le miraculeux soleil de « L'Eté indien ».

Fin 1974, Joe arrive au terme de son contrat avec CBS qui décide de revoir les exigences du chanteur. Joe avance des prétentions de super-diva alors que le succès n'est plus là.

Jacques Plait a créé une maison d'éditions musicales, « Music 18 » avec Joe. La bonne étoile de Joe lui apporte une chanson italienne, « Africa », écrite par Toto Cuttugno et chantée en anglais par celui-ci. Jacques Plait bloc la sortie du disque de Cuttugno au grand dam de CBS qui a promis aux Italiens d'en faire un tube international pour l'été. Lemesle et Delanoë s'enferment un week-end à Deauville pour écrire les paroles de « l'Eté indien ». Pourtant Jacques Plait était contre cette histoire d’ « été indien » que personne ne connaissait selon lui. Grâce au succès international de « l'Eté indien » Joe dira : « j'ai été sauvé par le gong… ».

Toto Cuttugno souhaitait que ce soit Claude François qui en chante la version française. Mais Claude François, fatigué par une longue nuit, n'avait pas voulu le recevoir. Ayant appris l'affaire bien plus tard, Cloclo piqua encore une crise de diva. La tournée 1975 de Joe sera la plus rentable de sa carrière.

Joe est en train de quitter Maryse pour Christine. Le contrat de Joe avec CBS signé en 1975 est d'un montant mirifique (peut-être 5 millions de francs pour cinq ans). « L'Eté indien » se vend à des millions d'exemplaires en français, anglais, allemand, italien, espagnol et finlandais.

Pourtant les auteurs ne veulent pas avouer avoir fait fortune avec cette chanson. Delanoë est invité par la journaliste du JT de 20:00 d'Antenne 2 le 20 juillet 1976. La journaliste évoque les enveloppes ou cadeaux d'entreprise donnés par les maisons de disques et destinés à forcer gentiment la main de certains programmateurs influents des radios et de télé. Joe répondra à la journaliste : « Mademoiselle, est-ce que je vous demande combien vous gagnez à la fin du mois ? ».

Peu de temps après, CBS annoncera avoir vendu 20 millions de disques de Dassin depuis 1965.

Le début des années décadentes « anus horribilis ».

Joe Dassin tente de se renouveler avec le succès de « l'Eté indien » en pleine période disco. Mais « Il était une fois nous deux » se vend moins bien durant l'été 1976.

Le publique demande quelque chose de plus moderne. Joe, déjà, commençait à ne plus avoir la clientèle des jeunes, les acheteurs les plus importants. Toutan considère que Jacques Plait a commis l'irréparable en faisant enregistrer « Le jardin du Luxembourg » à Joe. Aucune radio ne voudra programmer cette chanson en raison de sa longueur. Maritie Carpentier considérait cette chanson comme un tunnel et ne voulut la programmer qu'à la fin du « Numéro un » de Noël 1976.

« Le Jardin du Luxembourg » a vraiment été le plus gros bide de la carrière de Joe qui, d'après cela, ne s'en est jamais vraiment remis. Même une version spéciale de six minutes n'a pas pu convaincre les programmateurs de radio qui se fichaient totalement des états d'âme et des pensées presque morbides de ce promeneur solitaire dans le jardin du Luxembourg.

Dassin se fera pardonner auprès des médias avec « A toi ».

Son Olympia 1977 provoque des critiques pas très tendres en raison de la prestation de Joe. Jacques Souplet a été viré de CBS par les États-Uniens. Toutan est promu « directeur des services de promotion ». Il doit superviser toutes les actions promotionnelles de Joe dont la carrière commence bizarrement à chanceler.

Le nouveau président de CBS, Alain Lévy est un homme de marketing. Il veut rentabiliser le contrat de Joe. On ne parle plus d'artistes mais de produits. Les apparitions télé de Joe devront uniquement être liées à des sorties de disques. Toutan désobéit à cette règle. Mais il redoute les réactions de Dassin qui commence à ne plus être le même et qui déjà ne sait plus se contrôler.

L'album "Les femmes de ma vie » connaît des ventes mauvaises. La séparation d'avec Maryse est froidement assumée.

Joe Dassin écrit «Big bisou » pour Carlos qui devient un tube.

En 1979, « La vie se chante la vie se pleure » sera le dernier refrain facile populaire qu'il nous laissera.

La chronique d'une mort annoncée… « Mon bébé, dans cinq ans tu seras mort ! ».

C'est ce qu'avait prédit Maryse à Joe. Joe n'a plus été le même homme à partir de 1975. Il y a eu deux Dassin, celui de la longue période de 13 ans avec Maryse et celui de sa courte vie avec Christine, sa seconde épouse.

La presse a raconté la rencontre de Joe avec Christine à Rouen. Joe serait entré chez un photographe pour y acheter des pellicules et la vendeuse était Christine. En réalité, Joe l'avait draguée dès 1972 dans un avion en partance pour Courchevel.

Pour Toutan, Christine Delvaux cachait derrière de petits pékinois le caractère d'une femme extrêmement habile. Elle décida de mettre le grappin sur le Joe, peu lui importait le temps que cela allait prendre. Elle lui fit découvrir la vie nocturne et le persuada de quitter Maryse. Il tenta de quitter Christine, à plusieurs reprises, mais ne pouvait se dégager de cette emprise passionnelle. Il s'en confia à Maryse qui gardait toute sa fierté et qui continuait à tout faire pour ramener le bébé égaré au foyer.

Maryse avait commencé à décorer leur maison de Feucherolles mais Joe partit y vivre avec Christine. Joe et Maryse divorcèrent le 5 mai 1977.

Joe épousa Christine le 14 janvier 1978 à Cotignac où la municipalité lui avait fait cadeau d'un terrain.

Il pleuvait ce jour-là. Il y avait peu d'amis. Serge lama anima la «party ». Il se dégageait de cette soirée une sorte d'immense mélancolie. Christine glissa à l'oreille de Toutan : « tu vois Robert, je l'ai eu et malgré lui, tu ne peux imaginer comme je suis heureuse et comme j'ai envie de lui faire son bonheur ».

Le lendemain, Joe présenta sa nouvelle femme chez Michel Drucker. Christine promit d'accompagner Joe partout et dit qu'elle était là pour l'aider. Toutan était sur le plateau et eut honte. Drucker semblait vouloir faire avaler que Joe n'avait jamais été marié. Leur premier fils, Jonathan naît le 14 septembre 1978 et Julien le 22 mars 1980. Après la mort de Joe, Christine éleva courageusement ses enfants. Toutan révèle qu'elle prenait des médicaments et fumait beaucoup. Elle mourut en décembre 1995.

1978-1980 : la vie se chante, mais elle se pleure aussi !

Toutan estime que les dernières années de Dassin ont été les moins belles de sa vie. À ce moment, il a découvert une liberté de vivre avec Christine, qui lui apporte maintenant la possibilité de s'éclater sur tous les plans, en le libérant des règles et des astreintes que Maryse lui imposait ; il croit avoir trouvé le bonheur. Cette période est devenue pour Toutan et les collaborateurs de Joe, le parcours du combattant. Toutan doit être diplomate pour convaincre Joe d'aller à la télé car il n'a plus envie de travailler. Joe a grossi, son visage est bouffi et avec d'énormes cernes sous les yeux. Il boit et fume beaucoup. Il dort l'après-midi et Christine oublie de lui transmettre les messages de Toutan.

Joe arrive en retard à la télé ou oublie de venir et les producteurs ne souhaitent plus l'inviter. Ses façons de s'exprimer sont également devenus différentes : il parle fort, éclate de rire pour un oui ou pour un non ou bien engueule tout le monde pour un tout petit rien. Le gentleman distingué a disparu. Le métier est fait circuler des rumeurs sur lui.

Joe paraît loin de tout. Il est amoureux fou est heureux d'être papa.

Blue country sera son dernier album. Il chante en anglais car ses paroliers n'ont plus d'inspiration. Pour son dernier « Numéro un » il est entouré d'une distribution médiocre.

Jacques Plait lui fait enregistrer une comédie musicale «Little Italy ».

Les Carpentier sont contactés pour la produire avec la RAI mais le projet ne verra jamais le jour. Le disque ne sortira qu'en 1982.

Fin 1979, un sursaut de réalité se présente à Joe. Il a tout d'un coup compris que son union est un échec et que sa survie ne dépend que de sa séparation d'avec sa nouvelle épouse.

Il demande le divorce il veut garder ses enfants. Les deux époux ont lutté l'un contre l'autre. Sur les conseils de son avocat, Joe fait la quête auprès de tout le métier d'attestations disant qu'il a toujours été un mari et un père au-dessus de tout soupçon et qu'il n'a jamais été sous l'emprise de la drogue. Son dernier direct à la télé date du 16 juin 1980 « l'Invité du jeudi » sur Antenne 2.

Cette interview demeure la plus complète et la plus intéressante qu'il est accordé durant toute sa carrière. Il parle de ses goûts littéraires et musicaux et adroitement sur les problèmes de sa vie privée.

Joe remercia Toutan car cette émission lui avait permis d'être enfin considéré comme un intellectuel.

Sa santé l'obsède. Il a une crise cardiaque en juillet 1980. Il est étonnant que les médecins le laissent sortir rapidement et le laissent prendre l'avion 13 jours plus tard. Toutan vit Joe une dernière fois à sa sortie de l'hôpital. Il le trouva épuisé et terrassé. Joe ne demandait qu'à revivre comme avant. Il chanta «The guitar don’t lie » à la télé et Toutan dut s'occuper de lui comme un bébé.

Après l'émission, Joe montra à Toutan les attestations qu'il avait reçues du métier. Joe demanda son aide à Toutan.

Il pleura. Alors Toutan écrivit lui aussi une attestation en faveur de Joe. C'est là que Toutan contredit tout ce qu'il av écrit de négatif dans son livre sur Dassin car il écrit : « Joe n'a pas eu à me forcer pour rédiger quelques lignes écrites en toute sincérité éprouvant qu'il avait toujours été à mes yeux un artiste et un homme plus que parfait ».

Joe l'embrassa en le tenant fortement contre lui. Toutan eut un triste pressentiment.

Joe partit à Tahiti avec ses enfants et sa mère. Peu de temps avant, il avait été interviewé par Françoise Hardy à la télé dans « Exclusif ». Elle lui avait prédit quelques problèmes.

Joe lui disait que, étant né sous le signe du scorpion et ascendant scorpion, il était stimulé par les hostilités et les obstacles et qu'il pouvait dans ce cas, littéralement exploser, et surtout sans pouvoir se retenir et sans aucune limite. Cela donnait à croire que Christine allait avoir du fil à retordre pour s'en sortir et sans trop de dégâts pour elle.

Son dernier beau voyage.

Toutan appris la mort de Joe alors qu'il était en voiture. Il écoutait RMC. Il n'eut plus la force de conduire et s'arrêta pour réfléchir. Il repensa à ce que Maryse avait dit à Joe : « dans cinq ans mon bébé, tu seras mort ! ».

Alain Lévy, le président de CBS, voulait le voir de toute urgence. Alors Toutan prit l'avion pour être dans son bureau le soir même.

Une réunion au sommet était prévue car la mort d'un artiste fait vendre. L'usine hollandaise de CBS dut presser beaucoup de LP pour assurer la demande.

Toutan a pitié des Christine que l'on a accablée de tous les noms d'oiseaux. Pour les journalistes et les médias de l'époque, c'est elle qui fut la cause de tous ses tourments et de sa mort. Elle l'aurait poursuivi jusqu'à son départ pour Tahiti en le menaçant de ne plus jamais revoir ses enfants. Toutan est certain que Joe n'aurait jamais voulu être un chanteur vieillissant. Il voulait écrire des chansons pour les autres, des nouvelles et des livres. Joe fut enterré à Hollywood en présence de ses parents et de ses soeurs mais sans Christine qui dut se battre pendant un an pour récupérer ses fils.

Maryse n'a jamais été se recueillir sur la tombe de son premier mari et n'en a jamais voulu donner la raison.

 

 

 

 

Posté par Humanisme à 19:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]