Humanisme : le Contrat social

16 juillet 2021

Le Faiseur d'or Nicolas Flamel (Léon Larguier).

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Le bonhomme de Cluny.

L'auteur s'était ainsi un soir sur un banc du petit jardin autour de l'hôtel de Cluny. Un vieil homme vint s'asseoir à côté de lui. Du bout de son parapluie, il traça des caractères sur le sol : J. H. V. Il murmura à l'auteur que ces trois lettres pouvaient signifier Jésus rédempteur des hommes mais elles pouvaient aussi avoir un autre sens. Le vieil homme comprit qu'il pouvait causer avec l'auteur et avait senti qu'il aimait vivre avec les morts. Mais Larguier lui répondit que la mort n'avait aucun sens pour un vivant qui goûtait le soir de printemps dans le jardin de Cluny. Alors le vieil homme lui raconta avoir passé une existence en compagnie de Nicolas Flamel. Le vieil homme lui expliqua que les lettres J. H. V. étaient au bas de l'épitaphe de Nicolas Flamel. Mais Piter se trouvait à l'hôtel de Cluny. Il avait longtemps demeuré dans la chapelle de saint Clément à Saint-Jacques-la-Boucherie. Mais l'église avait été démolie en 1797. L'épitaphe avait été retrouvée par un chercheur de curiosités qui l'avait cédée au musée de Cluny. Depuis des années, le vieil homme cherchait la signification des trois lettres. Le vieil homme était passionné d'alchimie. Il pensait que l'alchimie était la mère de toutes les sciences. Il pensait également que l’or était le plus beau de tous les symboles. Le vieil homme proposa à l'auteur de lui montrer des choses intéressantes. Il n'avait plus invité personne depuis 15 ans. L'auteur accepta l'invitation.

Le vieil homme pensait que les personnages de la mythologie grecque vivaient encore dans la société actuelle. Farguier était d'accord avec lui. Il pensait par exemple, que tous les employés de bureau faisant chaque jour la même tâche monotone descendaient de Sisyphe. Le vieil homme habitait près de Notre-Dame de Paris. De sa fenêtre, on pouvait voir la cathédrale. Il possédait de très nombreux livres. Il y avait aussi trois ou quatre statues. Il montra à l'auteur une sorte de four en pierre réfractaire, cerclé de métal. Il avait essayé de pratiquer l'alchimie. Mais il avait renoncé. De plus, il ne se souvenait qu'en 1933, le tribunal de la Seine avait condamné un savant polonais qui prétendait faire de l'or. Il s'appelait Dunikowski. Il avait inventé plus tard les rayons Z le vieil homme se demandait que devait penser un grand théologien au sujet des progrès de la science et de la technique. Larguier répondit qu'un théologien devait être contre l'électricité, l'automobile et toutes les machines car la science avait aboli l'arrêté de Dieu obligeant l'homme à gagner son pain à la sueur de son front.

Le vieil homme laissa seul Larguier quelques instants pour fermer sa boutique. Avant de partir, il lui conseilla de feuilleter un livre en attendant. C'était un essai historique et critique sur la philosophie hermétique intitulée L'alchimie et les alchimistes de Louis Figuier. D'après ce livre, c'était aux savants de Constantinople qu'il convenait de rapporter les premières recherches relatives à la transmutation des métaux. Mais les savants grecs entretenaient également des relations continuelles avec l'Ecole d'Alexandrie et l'alchimie fut cultivée presque simultanément en Grèce et en Égypte. Les Arabes continuèrent avec ardeur l'étude de l'oeuvre hermétique de l'Ecole d'Alexandrie. Ils introduisirent l'alchimie dans tous les pays qu'ils avaient conquis. À partir de l'Espagne, l'alchimie fut peu à peu répandue en Occident au XVe siècle. Le vieil homme revint avec un pain et deux bouteilles de vin rouge. Il offrit à l'auteur un récit qu'il avait écrit. Ce récit se passait au XIVe siècle et le principal personnage était Nicolas Flamel. 15 jours plus tard, Larguier retourna chez le vieil homme mais le concierge lui apprit qu'il était mort. On ne savait même pas son vrai nom et on l'appelait M. François. C'est donc ce récit que Larguier affirme présenter.

1

 

Le  livre de l'ange.

Dame Pernelle était la femme de Nicolas Flamel. Elle ne paraissait pas ses 45 ans. Nicolas Flamel était un peu plus jeune qu'elle. Elle était la veuve de Jehan Hanigues. À cette époque-là, les rues de Paris étaient peu sûres la nuit tombée et il y avait un couvre-feu. Les deux servantes de Nicolas Flamel rentrèrent juste avant le couvre-feu. Il y avait Marguerite La Quesnel et sa fille. On disait que le diable se promenait dans Paris, rue Galande, déguisé en moine.

Le monde était plein de choses étranges et mystérieuses. On avait vu des signes dans le ciel, une femme avait accouché d'une bête qui était morte quand un prêtre l'avait aspergée d'eau bénite. Près de la petite ville de Pontoise, les chandelles d'une chapelle s'étaient allumées toutes ensemble, la nuit et d'un seul coup, sans qu'il y ait personne dans l'église. Nicolas Flamel songeait à présent à ce qui lui était arrivé d'extraordinaire une nuit dont il se souviendrait toujours. Il était alors très jeune. Après avoir prié Dieu il avait vu en rêve un ange. Il avait entendu une voix céleste qui disait : regarde bien ce livre ; il te semble obscur à toi, comme à tout le monde, mais un jour tu y verras ce qu'il faut y voir et tu sauras ce que nul ne sait…

Le dormeur aperçut nettement le bouquin revêtu d'une couverture de cuivre puis la vision s'effaça. À cette époque, Nicolas Flamel gagnait sa vie à copier des livres et à enluminer des manuscrits. Il s'était installé près de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie. Il avait acheté une charge de libraires-écrivain dans sa maison située au coin de la rue des Marivaus et de la rue des Ecrivains.

Son enseigne était A la Fleur de lys et sa boutique était bien pourvue. Le plus savant de ses ouvriers s'appelait Jehan Maugin. Nicolas se plaisait à converser avec lui. Maugin lui livra son secret pour être heureux. Il fallait être pieux devant chaque matin, devant chaque minute. Il fallait se contenter de ce que l'on avait.

Nicolas Flamel était un érudit. Il tenait chez lui une petite école où il enseignait la grammaire française et les mathématiques aux fils de quelques personnages de marque. Il admettait également quelques enfants du voisinage dont les parents n'avaient pas les moyens de le payer. Un jour, Nicolas Flamel entendit un tumulte de rixe et un galop de cheval. Quand le silence revint, il ouvrit un coffre de fer pour y prendre un livre à couverture de cuivre qu'il posa devant lui sur sa table avec des précautions infinies. C'était exactement celui qu'un ange lui avait autrefois montré en songe !

2

l'alchimie.

 

Nicolas Flamel avait travaillé à recopier quelques pages des mémoires du sire de Joinville. Il était question des croisades. Un jour, un homme s'était arrêté devant son échoppe et le regardait avec beaucoup de curiosité. L'inconnu avait la peau tannée et les vêtements couverts de poussière. Cela prouvait qu'il avait dû faire une longue étape. Nicolas Flamel avait salué l'inconnu avec affabilité. Il l'invita à se reposer chez lui. Une fois chez Nicolas Flamel, l'inconnu tira ma lui-même la fenêtre et avec précaution il défit un paquet. C'était exactement le livre que l'ange avait montré à Nicolas Flamel, la nuit du songe ! Sur la couverture de cuivre doré, il y avait des figures et des caractères mystérieux. L'ouvrage était composé de 21 feuillets d'un papyrus étrange. Il y avait aussi des images et la première page portait cette inscription en capitales d'or : Abraham le juif, Prince, prêtre lévite, astrologue et philosophe, à la gent des juifs, par l'ire de Dieu, dispersée au Gaules, salut, D. I.

Nicolas Flamel demanda à l'inconnu de lui vendre l'ouvrage. L'inconnu ne lui en demanda que deux florins. Nicolas Flamel étudia le grimoire sans rien comprendre sinon que les pires catastrophes fondraient sur celui qui y jetterait les yeux, s'il n'était sacrificateur ou scribe. Le mot des grandes exécrations et des malédictions effroyables :Maranatha, revenait souvent dans l'avertissement du livre et Nicolas Flamel n'osait passer outre et tourner les feuillets. Il alla consulter sa femme. Il lut la première page d'avertissement à dame Pernelle. Celle-ci fit le signe de la croix. Elle dit à son mari qu'il ne risquait d'encourir aucune malédiction en l'étudiant car il n'était pas sacrificateur. Nicolas Flamel pensait que l'alchimie, bien que décriée, ne venait pas du diable mais de Dieu. Il était persuadé que l'inconnu lui avait été envoyé par Dieu pour recevoir le livre qu'il avait vu en songe. Nicolas Flamel étudia nuit et jour l'ouvrage mais c'était un livre hermétique et obscur. Idées religieuses et physiques, tout se mêlait dans les textes énigmatiques. Albert le Grand avait conseillé aux alchimistes d'être discret et silencieux et de ne révéler à personne le résultat de leurs opérations. Mais Nicolas Flamel ne désespérait pas de comprendre un jour ces énigmes. La pierre sublime qu'il devait trouver, grâce au livre de l'étranger, était à l'horizon de sa vie comme une étoile.

3

Un matin de Paris.

 

Nicolas Flamel avait rêvé pendant des heures en étudiant du quatrième feuillet qui était sans écriture et que remplissait une image bien enluminée. Cela représentait une grande plante au plus haut d'une montagne. La tige en était de couleur d'azur et des fleurs rouges et blanches s'ouvraient le long des rameaux dont les feuilles brillaient de l'or le plus pur. Des dragons et des griffons montaient la garde autour de la plante. En bon chrétien qu'il était, il ne pensait pas déplaire à Dieu en s'adonnant à l'alchimie. Pourtant, le pape Jean XXII avait lancé une bulle contre les alchimistes. À cette époque, les marchands de Paris étaient pires que les Anglais. Ils pressuraient les chrétiens. De la croisée de son échoppe, Nicolas Flamel écoutait les bruits de la rue et regardait le spectacle qu'elle offrait. Il remarquait en souriant que sur tous les étalages il y avait un bouquet de jolies fleurs. Un visiteur le tira de sa rêverie.

4

Maître Anseaulme, licencié en médecine.

 

Un jour, Maître Anseaulme vient saluer Nicolas Flamel il lui dit que les marchands étaient des voleurs et faisaient un vacarme d'enfer. Il voulait savoir si Nicolas avait gardé le livre mystérieux et Nicolas Flamel menti. Il ne voulait pas montrer le livre d'Abraham. Maître Anseaulme était licencié en médecine. Flamel lui avait parlé d'un livre qu'il avait eu en sa possession et qui enseignait la Pierre philosophale. Depuis le vieil homme était revenu chaque jour. Il s'était vanté de savoir interpréter les textes les plus hermétiques. Nicolas Flamel lui avait expliqué qu'il ne ne savait pas à qui appartenait le livre mystérieux qu'un étranger lui avait laissé en gage. L'inconnu était revenu et Nicolas Flamel n'avait même pas eu le temps de recopier le livre. Maître Anseaulme avait fini par croire à cette histoire mais revenait proposer une nouvelle interprétation des formules obscures et des figures du livre.

Flamel écoutait avec beaucoup de patience en faisant semblant d'être ignorant. Il était bien décidé à ne pas suivre ses conseils. Maître Anseaulme prônait des remèdes de sorcier et il professait que les plus grands médecins s'appelaient diète et gaieté. Il croyait aussi aux vertus des pierres précieuses et à l'influence maligne des planètes. Il revenait toujours à l'alchimie, et s'il ne pouvait être d'aucun secours à Nicolas Flamel en cette matière, le copiste se plaisait en sa compagnie et l'écoutait volontiers.

Mais il prenait plaisir à se moquer de lui en citant des passages de livres de cuisine car il savait Maître Anseaulme peu enclins à la plaisanterie et à l'art des cuisiniers. Il cherche à convaincre Maître Anseaulme que l'alchimie ne l'intéressait pas et qu'il n'était pas nécessaire d'être riche pour être heureux. Il était probable que s'il possédait le secret sublime les alchimistes, il donnerait à peu près tout aux malheureux.

5

Le roi de France.

Nicolas Flamel désespérait de réussir jamais mais sa femme lui donna alors du courage. Elle expliqua que l'alchimie venait de Dieu lui-même et il aurait donc sa récompense. Elle lui suggère de partir en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il pourrait emporter la copie du livre et la montrer à quelque vieillard instruits dans les nombreuses synagogues de l'Espagne. À ce moment-là, Nicolas Flamel et sa femme entendirent des acclamations dans la rue. C'était le roi de France, Charles V, qui revenait de visiter les écoles après quelques franchises nouvelles octroyées à l'Université de Paris.

Nicolas Flamel pensait que sa femme avait raison. Le texte hébreu du livre d'Abraham n'était accessible qu'à un kabbaliste. Il ne pourrait trouver qu'en Espagne les juifs fort instruits dans les sciences mystérieuses car ils avaient reçu l'enseignement et le secret des Maures qui avaient occupé le pays. Pour mieux réfléchir à ce projet, il se rendit sur le parvis de Notre-Dame. Les routes de France partaient de là. Nicolas Flamel avait toujours vécu ainsi à son pupitre. Il imaginait les routes pleines d'aventures, de dangers et de poésie. Nicolas Flamel rentra chez lui. Ce soir-là, après la prière, Jehan Mangin s'approcha de lui. Il lui parla de la liste des rois de France que Nicolas Flamel avait dressée. Depuis quatre siècles, il y avait eu 14 rois en France. Ainsi, le temps, même lorsqu'on le comptait par centaines d'années, était peu de chose. La remarque faite par son élève incita Nicolas Flamel à se hâter dans son projet.

6

Le  départ.

 

Dans la boulangerie près de chez Nicolas Flamel, ses voisins évoquaient son prochain voyage. Etiennette, la femme du drapier, qui ne passait pas dans le quartier pour bienveillante et qui avait la langue trop déliée, ne trouvait pas naturel que l'on fasse un si grand voyage. Nicolas Flamel quitta sa maison, le bâton au poing et aux épaules le manteau du pèlerin orné de quelques coquilles. Il s'en alla à l'aube avant que la rue ne s'éveille. Il demanda à sa femme de prier pour lui chaque matin et chaque soir. Sa femme avait cousu dans une poche intérieure la copie des images et du livre d'Abraham le juif.

7

Le voyage.

 

À la fin du printemps, Nicolas Flamel marchait depuis déjà des semaines. Il n'avait jamais voyagé et tout était nouveau à ses yeux. La marche demeurait pour ce sédentaire une perpétuelle allégresse. Il était partout bien accueilli car tout pèlerin était considéré comme un homme pieux qui portait bonheur à qui le recevait convenablement sous son toit. Un jour pourtant, Nicolas Flamel eut grand-peur à cause d'un orage. Il se dirigea vers un bois dans lequel se trouvaient des suppliciés pendus aux arbres. C'étaient les horreurs de la guerre. Alors Nicolas Flamel sortit de ce bois préférant marcher sous la pluie. Le soir, il se réfugia dans une maison en ruine. Il y rencontra un vieil homme à genoux devant la cheminée. Malgré son habit misérable, l'homme avait une grande noblesse et son visage était celui des saints taillés dans la pierre des églises. Nicolas Flamel put faire sécher son manteau. Il offrit la moitié de ses provisions au vieillard. Le vieillard accepta de manger du pain et de boire un peu de vin mais il refusa de toucher à la viande. Au cours de la nuit, le vieillard s'en alla en expliquant à Nicolas Flamel qu'il avait aimé une femme et qu'elle était morte à cause de lui. Depuis, il avait choisi la nuit pour s'y cacher car il avait tout quitté. Il pensait que l'on trouvait toujours ce que l'on cherchait sauf la paix du coeur quand on l'avait perdue. Poursuivant son voyage, Nicolas Flamel était déconcerté par le fait que les villes n'avaient pas toute la même odeur ni la même couleur. Il put découvrir les recettes locales de chaque ville qu'il traversait.

Les gens étaient familiers et serviables, affables et souriants dans le Midi de la France. Nicolas Flamel pensait que cela était dû au joli climat. Chez eux, on ne sonnait pas le couvre-feu et les gens vivaient dehors jusqu'aux heures nocturnes. On le questionnait sur Paris et sur le roi de France. L'accent de Nicolas Flamel faisait sourire les gens.

8

Le chevalier et le troubadour.

Nicolas Flamel fut invité aux fêtes données par un seigneur dans le fils allait être armé chevalier. Les siècles avaient passé et le rite s'était adouci sous l'influence de l'Eglise. Un orchestre de musiciens était installé dans la grande salle du château et l'on avait fait largesse aux pauvres. La mère du futur chevalier avait disposé sur le lit de son fils une chemise immaculée, une robe d'hermine et des éperons d'or. Le futur chevalier fut plongé dans de l'eau chaude. C'était le bain purificateur. L'adolescent prit le chemin de l'église. Il passa la nuit en prière à la chapelle. On avait posé parmi les cierges, sur les dentelles de l'autel, une épée et un casque. L'adolescent devait rester debout ou à genoux jusqu'au petit jour. Durant la nuit, il se répéta à lui-même les commandements que tout bon chevalier devait observer. Le lendemain matin, le prêtre bénissait le jeune homme. Puis il se retira dans sa chambre pour y revêtir un costume blanc, des braies et une chemise. Il fut acclamé pendant que sonnèrent les trompettes. Un tapis avait été jeté sur l'herbe. Le jeune homme y marcha et attendit son parrain. Son parrain lui mit les chausses de fer et lui attacha les éperons d'or en lui disant de se conduire de telle sorte qu'on ne les lui les tranche jamais sur les talons. Deux parents vinrent ensuite portant le casque et l'épée. Puis son père lui demanda de courber la tête et selon le rite, il lui donna un grand coup de sa paume droite sur la nuque. À la fin de la cérémonie, on amena le cheval du nouveau chevalier. Nicolas Flamel fut heureux d'avoir pu assister à cet adoubement. Puis, pendant plusieurs jours, Nicolas Flamel fit route en compagnie d'un troubadour qui allait à Toulouse.

Le troubadour s'appelait Aimery de Barbelane. Le troubadour invita Nicolas Flamel à manger. Cela ne lui coûte rien car il paya le repas avec des chansons. Puis le troubadour alla se coucher car il était ivre de déclamation et de vin. Nicolas Flamel discuta avec l'assistance. On lui demanda son avis sur les excommunications d'animaux qui avaient tué des humains. Nicolas Flamel expliqua doucement que la loi de Moïse prévoyait des châtiments pour les animaux meurtriers.

9

L'hôtelier bavard.

 

Ayant passé de longs moments en prière, baisé pieusement le manteau qu'on disait être celui de l'apôtre Jacques et aumôné les mendiants fort nombreux à Compostelle, Nicolas Flamel se remit en route. Il éprouva quelques malaises et l'hôtelier qui l'hébergeait lui conseilla de faire venir un médecin fort entendu. Le médecin s'appelait Canchès qu'on disait très versé dans les sciences sublimes. Bien que baptisé, ce matin était né juif et avait étudié la kabbale. Nicolas Flamel rencontra ce mystérieux médecin. Il était accoutré comme un pauvre homme il était très maigre. Le médecin se mit à lire tout en mangeant. À sa grande stupéfaction, Nicolas Flamel l'entendit parler en latin. Les médecins accepta de soigner Nicolas Flamel et lui prépara un remède. Le lendemain, le mal avait disparu. Le médecin lui dit qu'il n'avait pas la prétention d'être le guérisseur des Six lépreux. Nicolas Flamel sauta à bas de son lit en entendant ces derniers mots. Les lépreux en question étaient le cuivre, le plomb, l'étain… Et les guérir signifiait les transmuer pour les changer en or pur. Alors Nicolas Flamel embrassa le médecin qui lui demanda si lui aussi il avait essayé l'alchimie. Nicolas Flamel lui montra la copie du livre cousu dans sa poche. Le médecin lui expliqua que c'était le livre le plus précieux de tous car il était considéré comme perdu. Nicolas Flamel lui proposa de venir à Paris pour lui montrer le livre d'Abraham. Le médecin avait déjà réussi à décrypter la copie du livre. Il accepta de partir sur le champ avec Flamel. Une grande joie emplissait le coeur du pèlerin.

10

Le retour.

Nicolas Flamel et son compagnon entrèrent en France avec l'automne. Nicolas Flamel aimait cet homme étrange, si disgracié et si savant. Tous les deux conversaient toujours en latin. En regardant le paysage, le médecin dit que les arbres étaient comme les métaux, il fallait qu'ils meurent pour livrer l'or qu'ils détenaient. Il lui montra une racine de mandragore pour lui expliquer qu'elle savait toutes sortes de secrets. À Orléans, Nicolas Flamel et le médecin n'allaiten pas tarder à arriver quand le malheur survint. Le médecin tomba malade. Nicolas Flamel alla chercher un médecin mais Canchès refusa le remède ordonné par cet homme. Il demanda à Nicolas Flamel une petite boîte qui se trouvait dans son sac. Il y prit une pilule couleur de miel et l'avala. Il dit à Nicolas Flamel qu'il savait devoir bientôt mourir sans avoir vu le livre d'Abraham.

Il expliqua à Nicolas Flamel qu'il savait tout ce qu'il fallait savoir et qu'il devait se souvenir que la matière obtenue en suivant les formules du livre aurait une senteur forte. Quand il la chaufferait dans le fond, elles deviendraient grises puis noires. Ensuite naîtrait un cercle blanc autour de la masse sombre qui deviendrait claire et toute blanche. À ce moment-là, Nicolas Flamel posséderait la petite pierre qui change le mercure en argent. Pour obtenir la pierre rouge, celle qui fait l'or, Flamel saurait ce qu'il convenait d'achever. L'alchimiste n’eut pas le temps de dire à Flamel sa dernière exigence car la mort l'emporta. Nicolas Flamel pleura et veilla pieusement son cadavre pendant deux nuits et un jour. Il écrivit au verso des feuilles sur lesquelles il avait recopié les plus importants passages du livre d'Abraham, les dernières paroles de l'alchimiste. Il conserva les grosses lunettes de son ami et la boîte de métal contenant encore 12 pilules qui devaient être de l'opium et le petit volume dont Canchès n'avait pas voulu se séparer en quittant l'Espagne. C'était une copie de l'Apocalypse annotée par le médecin. Après l'inhumation de son ami, Flamel quitta Orléans et retourna à Paris.

11

La sorcière.

Le lendemain, Nicolas Flamel rencontra un corbeau qui volait pas et avait l'air de le guider. L'oiseau se posa sur une branche à quelques pas d'un trou creusé dans le roc et, comme la pluie tombait, Nicolas Flamel se mit à l'abri sous cette espèce de porche. Une vieille femme arriva portant un fagot. Elle ne répondit pas à son salut. Brusquement, la vieille farouche s'adoucit. Elle salua Flamel. Elle le fit entrer dans une chambre souterraine et lui montra un bloc de pierre où elle l'invita à se reposer car il avait porté le fagot de la maudite femme et elle voulait le récompenser. Elle lui raconta qu'elle avait été belle dans sa jeunesse et amoureuse d'un jeune homme appelé Robin. Mais ils avaient été surpris par le vicomte et Robin avait été assassiné. Nicolas Flamel et vit le corbeau qui l'avait guidé se poser sur l'épaule de la vieille femme. Elle lui expliqua qu'elle connaissait les secrets de la nature et qu'elle n'avait jamais rendu le mal qu'on lui avait fait.

Nicolas Flamel lui proposa de partager les provisions qu'il avait gardées dans son sac. Elle se nourrissait depuis des années de racines, de fruits sauvages et de champignons. Elle accepta. Cela lui rappela sa jeunesse et elle bénit Nicolas Flamel. Après le repas, elle lui conseilla de partir et l'accompagna jusqu'au seuil de la grotte en lui disant qu'il y avait un astre d'or au bout de sa route.

12

La fleur de lys et les cloches de Paris.

Nicolas Flamel rentra chez lui par un matin de novembre. Il éprouva une grande émotion en apercevant Notre-Dame de Paris. Rien de fâcheux n'était arrivé chez lui. Sa servante l'arrêta au moment où il allait ouvrir sa porte car elle l'avait pris pour un mendiant. Elle n'avait pas reconnu son maître car la barbe lui avait poussé. Dame Pernelle embrassa son mari et le trouva changé. Il y avait dans les yeux de Flamel un éclat qu'elle n'avait jamais vu. Il lui murmura à l'oreille qu'il avait le secret. À voix basse, il lui raconta rapidement la rencontre qu'il avait faite dans l'auberge de Léon. Aalis, la jeune fille qui avait figuré la vierge Marie dans la nef de Saint-Jacques-la-Boucherie au dernier Noël vint s'allumer Nicolas Flamel. Elle avait prié la vierge tous les matins de garder Flamel du danger. Mais sa mère était morte quelques jours après le départ de Nicolas Flamel. Flamel lui offrit un cadeau. C'était une croix d'or au bout d'un ruban de velours noir. Flamel l'avait achetée chez un orfèvre près de l'église de Compostelle. Quand il fut seul avec sa femme, Flamel sortit le livre d'Abraham de son coffre. Il le contempla longuement avant de remettre à sa place. Il demanda à sa femme de lui préparer un repas et il était heureux d'entendre les cloches des églises de Paris. Il se distrayait parfois à les imaginer vêtues selon ce qu'elles sonnaient.

13

L'élixir blanc.

Le miracle se produisit au milieu d'un jour d'hiver. Après deux longues années de tâtonnements et de recherches, Nicolas Flamel reconnut la senteur forte dont lui avait parlé maître Canchès. Avant de mettre la matière sur le fourneau, dans un matras de verre, il appela sa femme. La préparation devint grise, puis peu à peu elle prit la couleur tête de corbeau. Puis un cercle blanc autour de la masse sombre se forma. Lentement, dans le verre en forme d’oeuf, la matière devenait d'une blancheur complète. Pernelle murmurait des actions de grâce. Flamel avait hâte d'expérimenter l'élixir blanc. Pernelle alla chercher le mercure dans une boîte. Nicolas Flamel fit la projection et attendit. Le mercure se solidifia pour devenir un bloc d'argent pur. Nicolas Flamel et sa femme se recommandèrent l'un et l'autre le silence.

Après le souper, Nicolas Flamel se dirigea du côté de l'église Saint-Jacques. Maître Anseaulme l'y attendait. Il faisait froid. C'était le 17 janvier. Nicolas Flamel lui raconta qu'il se rendait à son échoppe et l'invita chez lui. Anseaulme lui dit qu'il avait trouvé l'explication de la première figure du livre d'Abraham. Saturne, c'était le temps dévorant tout. Il y avait six feuilles écrites à la suite de cette image signifiant que Saturne exigeait six ans pour parfaire la pierre. Un malade se présenta. Maître Anseaulme reçut ce malheureux avec mauvaise humeur mais l'inlassable bavard qu'il était se mis à disserter sur ce que révélait la plante des pieds. Il prétendait que celui qui marchait lentement et à grands pas n'avait pas beaucoup de mémoire. Tandis que celui qui marchait vite et à petits pas était prompt et ingénieux.

Il recommanda à son patient de brûler ses souliers et avec la cendre obtenue de frotter ses talons.

14

La pierre rouge.

Les mois d'hiver passèrent. Nicolas Flamel n'avait aucune hâte de faire la projection suprême. Le roi Charles V était mort. Des révoltes ensanglantaient le pays écrasé d'impôts. Nicolas Flamel n'était qu'un écrivain maniant le train modeste d'un petit-bourgeois. Personne ne soupçonnait le pouvoir occulte que Nicolas Flamel détenait.

Les oncles de Charles V s'étaient disputés la régence. Le peuple commençait à gronder. Au printemps de 1382, la révolte éclata à Paris. Le duc d'Anjou avait instauré un nouvel impôt. Le peuple se rua vers l'Hôtel de ville. Tout fut saccagé. Les percepteurs de l'impôt furent massacrés. Tout cela troublait sans doute Nicolas Flamel qui ne se décidait pas à tenter la suprême expérience. Enfin, au mois d'avril, il ralluma son fourneau pour fuir l'élixir blanc dans son matras. Nicolas Flamel relut les derniers mots et les explications de maître Canchès.

Tout à coup, une braise d'étoile rouge apparut !

15

L'or.

 

C'était par un soir d'avril. Nicolas Flamel avait fait la projection avec la pierre rouge sur une quantité de mercure en présence de sa femme, le 25 avril à 17:00. Le mercure fut transformé en or. Il avait peur que sa femme révèle le secret mais elle était à la fois chaste et sage. La première pensée de Nicolas Flamel devant le miracle accompli puis pour son maître, Canchès, sans laquelle il n'aurait jamais eu l'explication du texte et des images qui l'avaient guidé. Nicolas Flamel et sa femme demeurèrent humbles et simples. Trois fois après le soir du 25 avril 1382, Nicolas Flamel fit la projection. Il fit élever, en 1389, une arcade au charnier des Saints Innocents et le petit portail de Saint-Jacques-la-Boucherie. Il fit beaucoup de dons aux églises et beaucoup d'aumône aux pauvres.

Nul ne se doutait du formidable pouvoir de ces deux vieillards simples et modestes. Leur servante Margot était morte et ils étaient servis par une pauvre femme, silencieuse et chétive. Nicolas Flamel pensait que le monde n'avait rien à gagner s'il avait divulgué son secret. Il fallait enchaîner les forces mauvaises même lorsqu'elles étaient admirables. Pernelle mourut le 11 novembre 1397. Nicolas Flamel fit élever sur sa tombe une pyramide.

16

Nicolas Flamel, jadis escrivain…

 

Après la mort de sa femme, Nicolas Flamel consacra tout son temps à une copie qu'il voulait achever. L'hiver 1399 fut un des plus terribles que l'on eût éprouvé en Europe. La disette du bois et du pain se fit bientôt sentir. Durant le dégel, le petit pont de bois joignant le Châtelet, et le pont Saint-Michel, qu'on appelait à cette époque le Pont-Neuf, furent renversés. Pendant ce temps, Nicolas Flamel écrivait l'histoire de sa vie.

Il évoquait le livre d'Abraham. Il expliquait que celui qui lui avait vendu ce livre ne savait pas ce que le livre valait. Dans le livre, Abraham consolait sa nation et lui conseillait de fuir les vices et surtout l'idolâtrie en attendant la venue du messie. Abraham voulait également aider les juifs à payer les tributs aux empereurs romains. Il voulait leur enseigner la transmutation métallique. Le quatrième et le cinquième feuillets du livre étaient sans écriture, tout emplis de belles figures enluminées contenant des symboles. Nicolas Flamel racontait comment il avait réussi à décrypter le livre. Il raconta ce qu'il avait fait grâce à l'or obtenu. Il avait fondé 14 hôpitaux à Paris. Il avait fait bâtir trois chapelles et réparer 7 églises. Il avait fait peindre la quatrième arche d'un cimetière des innocents entrant par la grande porte de la rue Saint-Denis en s'inspirant de ce qu'il avait trouvé dans le livre d'Abraham. Nicolas Flamel avait lui-même et préparer sa pierre tombale sur lequel il avait rédigé : feu Nicolas Flamel, jadis écrivain a laissé par testament à l'oeuvre de cette église certaines rentes pour faire service divin et distribution d'argent par aumône… Soit prié pour les trépassés.

Il mourut le 22 mars 1417.

Épilogue.

Le derviche de brousse, la tête de verre et la maison démolie.

Le manuscrit des vieillards s'arrêtait là. Ces quelques notes prouvaient qu'il voulait probablement donner une suite à son ouvrage. Il avait soigneusement recopié quelques pages d'un récit de Paul Lucas affirmant que Nicolas Flamel vivait encore au XVIIe siècle en Turquie, comme derviche. Il aurait fui après avoir fait croire à sa mort et à celle de sa femme. On avait cru voir encore Nicolas Flamel. Il était capable de changer ce qu'il voulait en n'importe quel métal ou même en verre. Il changea la tête d'un incrédule en verre. Cet  incrédule s'était promené près de chez Nicolas Flamel le dimanche avant celui de Pâques fleuries. Il avait été conduit les yeux bandés dans un endroit secret et avait pu rencontrer l'alchimiste. Après lui avoir rendu son aspect normal, Flamel enseigna ses secrets à cet homme.

Il ne reste plus rien des fondations élevées par Nicolas Flamel. Les figures hiéroglyphiques du charnier des Innocents avaient disparu lorsque l'église Saint-Jacques-la-Boucherie fut démolie en 1797. Pendant deux ou trois siècles la maison de Nicolas Flamel fut visitée, fouillée par de savants adeptes qui émiettèrent vers les murs, soulevèrent les planchers, cherchant le grimoire et le magistère cachés sans doute par le vieil alchimiste et ils passèrent à côté d'une fiole qu'ils ne regardèrent pas et que ramassa une femme ignorante.

Elle emporta ce flacon dans sa cuisine, le débarrassa des toiles d'araignée qui le recouvraient, le frotta en bonne ménagère qu'elle était et vida au ruisseau la poudre qu'il contenait, sans se douter qu'elle venait d'anéantir le magique secret que les hommes avaient cherché depuis le commencement du monde et qui est peut-être à jamais perdu !

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05 juillet 2021

Histoires d'immortels.

 

 Histoires d'immortels par Anthologie de la Science Fiction

La science-fiction a emprunté le thème de l'immortalité à la théologie qui elle-même le doit à la mythologie. Dans la Bible, l'homme devient mortel car il a désobéi à Dieu en touchant à l'arbre de la connaissance. Le paradis terrestre ignore l'amour comme la mort. L'homme et la femme découvre le désir après avoir mangé le fruit défendu car ils découvrent qu'ils sont nus. C'est après cela que Dieu annonce à la femme que son désir en fera l'esclave de l'homme et à l'homme il prédit qu'il sera l'esclave du travail et qu'il mourra. L'homme et la femme découvrent à la fois la reproduction et le dépérissement.

Pour que l'homme soit immortel, il aurait dû d'abord goûter à l'arbre de vie avant de goûter à l'arbre de la connaissance.. L'homme serait devenu l’égal de Dieu. L'homme et la femme ont laissé passer leur chance de devenir des dieux. Pourtant ils se retrouvent nantis d'un substitut d'immortalité-la sexualité-avec une contrepartie : l'obligation de mourir. En bon gestionnaire, Dieu limite la longévité des hommes à 120 ans ; en contrepartie, il leur concède une maturation sexuelle beaucoup plus rapide. En effet, Adam a eu son fils Seth à 130 ans mais il a vécu jusqu'à 930 ans.

La mythologie grecque admet qu'on peut communiquer avec les images des morts en les évoquant comme le fait Ulysse.

Inventer l'immortalité de l'âme a pris des siècles. Le culte des morts se démocratisa chez les Athéniens qui célébrèrent tous les citoyens tombés pour la patrie. Cependant les croyances sur l'au-delà restèrent ce qu'elles étaient et Platon montre Socrate raillant ses interlocuteurs en proie à la crainte enfantine que le vent ne souffle effectivement sur l'âme quand elle sort du corps pour l'éparpiller. Toute l'oeuvre de Platon suggère que le corps est une prison et que la mort est pour l'âme l'occasion d'échapper à cette geôle et de rejoindre un séjour immatériel où l’âme sera enfin heureuse. Quant à la résurrection, elle apparaît dans la Bible tout d'abord comme une revanche du peuple d'Israël contre ses persécuteurs. La résurrection du Christ annonce la résurrection universelle annoncée par l'Apocalypse. La résurrection des corps n'était pas très facile à concilier avec l'immortalité de l'âme. L'espérance chrétienne revient à tout miser sur un retour futur à l'Éden perdu. Le désir d'immortalité est peut-être un désir d'arrêter le temps physique, comme l'utopie est un désir d'arrêter l'histoire. L'espace favorise la longévité, surtout la longévité relative. Grâce au paradoxe de Langevin, les astronautes ont le privilège de vieillir moins vite que les autres. Dans les années 60, les progrès de la cryogénisiation donnent à des gens l'idée de se congeler au moment de leur mort pour attendre la découverte de l'immortalité. Mais l'immortalité peut aussi apparaître comme un fléau. La légende du Juif errant a servi de modèle à une longue série d'histoires comme Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir. Barjavel a montré dans Le Grand secret qu'une société d'immortels affronterait des problèmes économiques insolubles.

Arthur Clarke, dans La Cité et les astres, imagine une civilisation où toute les informations reçues par un corps humain sont stockées dans des banques de données ; non seulement les individus sont immortels, mais ils peuvent changer de corps et même de souvenirs. Tout le problème est de savoir si on est encore un homme quand on change de souvenirs.

Ce qui se dessine dans la résurrection, c'est la dissolution de l'autonomie individuelle, de la personnalité. L'espérance apocalyptique est un leurre. Le paradis pour tous à la fin des temps, c'est purement et simplement une anti-utopie.

Neuf cents grand-mères (R. A. Lafferty).

Ceran Swicegood était un jeune agent des Aspects spéciaux. Il demandait souvent comment tout cela avait-il pu commencer. Les autres agents étaient censés être des durs et ils avaient choisi des noms de durs mais pas Ceran qui avait gardé le sien, au grand mépris de son chef, Brisemec. Un nouveau nom faisait pourtant sortir une nouvelle personnalité. C'était le cas de George Sang dont le nouveau nom avait transformé en homme l'enfant qu'il était. Les agents étaient descendus sur le gros astéroïde Proavitus. Les agents impressionnèrent, enjolèrent, intimidèrent les habitants de l'astéroïde. Ils avaient trouvé là un marché substantiel qui comportait des débouchés. Tout le monde avait fait de grosses affaires sauf Ceran. Pourtant, le but des expéditions des agents était de se tailler la part du lion. Brisemec demanda à Ceran s'il avait pu découvrir quelque chose sur les poupées vivantes. Ceran répondit qu'elle semblait faire parti d'un contexte profond. La clé en était peut-être l'affirmation des Proavitoï selon laquelle ils étaient immortels. Ceran avait remarqué qu'il n'y avait pas de cimetière sur l'astéroïde. Brisemec croyait que les Proavitoï n'avaient probablement aucune vénération pour leurs ancêtres. Ceran croyait le contraire. Alors Brisemec lui demanda de faire des recherches sur ce sujet.

Ceran parlait à Nokoma son homologue proavito en tant que traducteur.¨Nokoma appartenait vraisemblablement au sexe féminin. Il lui demanda si les habitants de l'astéroïde étaient immortels. Elle répondit que mourir était une coutume étrangère idiote et seules des créatures inférieures mourraient sur Proavitus. Ceran voulut savoir ce que les habitants devenaient quand ils étaient vieux. Nokoma répondit qu'ils manquaient d'énergie de plus en plus. Alors ils restaient chez eux car ils ne pouvaient plus voyager. Ceran lui demanda où étaient ses parents. Elle répondit qu'ils étaient quelque part dehors et qu'ils n'étaient pas vraiment vieux. Quant à ses grands-parents, les plus vieux restaient chez eux. Ceran lui demanda alors combien elle avait de grands-parents et elle répondit qu'elle avait 900 grands-mères. Elle précisa que certains membres du clan avaient beaucoup plus d'ancêtres dans leurs maisons. Ceran demanda à les rencontrer mais Nokoma refusa de lui présenter les plus vieux car elle trouvait que c'était une chose déconcertante pour les étrangers. Il ne pourrait voir que quelques dizaines des moins vieux. Ceran pensa qu'il touchait peut-être à ce qu'il avait cherché toute sa vie. Il demanda à son homologue si les plus vieux encore vivants connaissaient leur origine et devaient savoir comment tout avait commencé. Nokoma acquiesça. Elle précisa que ceux qui avaient plus de 10 générations d'enfants avait accès au rite. Une fois l'an, les vieilles gens allaient voir les très vieilles gens pour les réveiller et leur demander comment tout avait commencé. Alors, les très vieilles gens leur racontaient le commencement. Après quoi, les très vieilles gens retournent à leur sommeil pour un an. C'était la façon de transmettre le rite aux autres générations.

Les Proavitoï n'étaient pas des humanoïdes. Ils avaient des mains remarquablement fluides et pouvaient manier des outils. George Sang était persuadé qu'ils étaient toujours masqués et que les hommes de l'expédition n'avaient jamais vu leurs vrais visages.

Il pensait même qu'aucune partie du corps des Proavitoï n'était jamais apparue aux humains en dehors de leurs mains remarquables.

Les hommes se moquèrent de Ceran quand il essaya de leur expliquer la grande découverte qu'il était sur le point de faire. Mais deux jours plus tard, Brisemec vint entreprendre Ceran sur le même sujet. Brisemec pensait que les Proavitoï étaient stupides et qu'ils devaient toutes leurs facultés à l'instinct. Mais il comptait bien connaître leurs secrets pour que les agents des aspects spéciaux deviennent le roi de l'univers en matière de spécialités pharmaceutiques. Ceran voulait apprendre comment leur espèce et peut-être toutes les espèces avaient commencé. Mais son chef se moquait bien de cela. Tout ce qu'il voulait c'était connaître le secret de l'immortalité. Ceran se rendit à la maison de Nokoma sans son invitation. Il y alla quand il savait qu'elle n'était pas chez elle. Il voulait connaître le secret des 900 grand-mères et des rumeurs qui couraient sur les poupées vivantes. Il comptait sur la politesse innée des Proavitoï pour faciliter son intrusion. Il rencontra une des 900 grand-mères. Elle était petite et lui souriait. Ils parlèrent sans trop de difficultés mais moins facilement qu'avec Nokoma. La grand-mère appela un grand-père. Les deux aïeux étaient un petit peu plus petits que les Proavitoï encore en activité. La grand-mère appela d'autres Proavitoï encore plus vieux. Ils étaient plus petits qu'elle-même Ceran remarqua que les Proavitoï n'étaient pas masqués et que plus ils étaient vieux, plus leurs visages prenaient de caractère et d'intérêt. Aucun masque n'aurait pu refléter le calme souriant de ce grand âge. Une matière à l'étrange texture formait leurs vrais visages. Ceran demanda à la grand-mère quel était l'âge des plus vieux. Elle répondit qu'ils avaient coutume de dire que tous avaient le même âge puisqu'ils étaient tous éternels. Ceran demanda à la grand-mère s'il y avait encore des Proavitoï plus vieux et elle l'emmena vers la partie la plus ancienne et souterraine de la maison.

Il remarqua des poupées vivantes par rangées entières sur les étagères. Il y en avait des centaines. Beaucoup s'étaient réveillées à leur entrée. Elles souriaient. Ceran leur parla et il eut un pressentiment. Il avait l'impression d'avoir dépassé le seuil dangereux. Il savait maintenant que les poupées vivantes étaient bien réelles et quelles étaient les ancêtres vivants des Proavitoï. Leur réveil était de courte durée mais il semblait en aller de même pour leur sommeil. Ceran voulut suivre le fil car une pleine salle de miracle ne suffisait pas. Il voulut savoir où se trouvaient les plus vieux. La grand-mère lui dit qu'il était peut-être sage de ne pas chercher à être trop sage. Il en avait assez vu et les vieilles gens avaient sommeil. Mais il refusa de remonter. Il continua de décembre. Il traversa des siècles et des millénaires. Il demanda à grand-mère si petite qu'elle tenait dans sa main s'il y en avait encore des plus vieux qu'elle. Les êtres devenaient de plus en plus petits et de plus en plus vieux à mesure que Ceran traversait les salles. Il demanda à petit grand-mère qui tenait sur le bout de son doigt s'il y avait encore des gens plus vieux qu'elle. Elle acquiesça tout en lui disant qu'il approchait de la fin. Il remarqua que plus ils étaient vieux, plus ils dormaient.

Il avait atteint le sol rocheux, sous les racines des collines. Il avait peur que les êtres soient si petits qu'ils seraient incapables de les voir ou de leur parler et qu'il manquerait ainsi le secret du commencement. Quand il atteignit la dernière salle les êtres demandèrent si c'était le rite. Ils étaient plus petits que des abeilles. Il leur demanda ce qu'il y avait au commencement. Les petites choses qui se réveillaient étaient hilares. Déconcerté par ce rire, Ceran leur demanda qui était le plus vieux de tous. Un des petits êtres lui répondit qu'elle était l'ultime grand-mère et la plus vieille. Elle demanda à Ceran s'il était un de ses enfants et il acquiesça. Elle trouva que la fin était aussi drôle que le commencement. Il insista pour connaître leurs secrets. Mais la petite grand-mère lui répondit que ce n'était pas le rite. Pour le rite, il devait essayer pendant trois jours de deviner ce que c'était et pendant ce temps-là, les petits êtres se mettraient à rire. Alors il menaça de les écraser. Mais il en était incapable alors la grand-mère lui expliqua qu'elle ne pouvait prendre le risque d'avoir fait mourir de rire un étranger en lui expliquant le secret. Alors il sortit et regagna son vaisseau en riant encore. Au voyage suivant, il changea de nom pour devenir Ardent la Foudre. Il régna pendant 97 jours sur une île enchanteresse mais ceci est une autre histoire, beaucoup moins plaisante.

 

Quelque chose pour rien (Robert Sheckley).

Joe Collins savait qu'il gisait sur son lit trop fatigué pour retirer de la couverture ses souliers imbibés d'eau. Il y avait une machine sur le plancher, là où aucune machine n'aurait dû se trouver. Il avait cru entendre une voix qui disait : « déposez-le ici. Très bien, ça ira ». La machine avait environ 1 m² de surface et elle bourdonnait faiblement. Une claque sur la machine indiquait : utiliseur classe A, série AA-125 6432. Attention ! Cette machine ne peut être utilisée que par des personnes de classe A !

Il y avait également un bouton rouge.

Il se demanda ce qu'il devait faire de cette machine. Alors il toucha le bouton rouge avec circonspection et opérera une légère poussée. Rien ne se passa. Il essaya de déplacer la machine mais elle était trop lourde. Alors il enfonça du poing le bouton rouge. Deux hommes à la solide carrure se matérialisèrent. Ils étaient vêtus d'habits de travail. Ils regardèrent la machine et semblaient satisfaits que ce soit le petit modèle. Ils demandèrent à Collins ou il souhaitait que la machine soit. Collins voulut savoir qui ils étaient. C'étaient les déménageurs. Ils avaient été employés par la société de déménagement Powha Minile. Il leur demanda de s'en aller. Aussitôt, ils disparurent. Collins n'aimait pas le nom de la machine, un utiliseur. Il décida de lui donner un bien meilleur non. Une machine à exaucer les souhaits.

La majeure partie de son existence s'était passée à désirer et à espérer pour que quelque chose de merveilleux lui arrive. Quand il était dans l'armée il avait désiré qu'une sorcière le fasse monter en grade. Une fois démobilisé, il avait fui le travail pour lequel il se sentait psychologiquement inapte. Mais il ne s'était jamais réellement attendu à ce que quelque chose arrive. Son premier voeu fut de demander 1000 $ en petites coupures. Puis il appuya sur le bouton rouge. Une grosse classe de billets apparut. Il s'allongea sur son lit et commença à faire des plans. Il envisageait d'emmener la machine en dehors de l'État de New York. Il envisageait d'émigrer en Amérique centrale. Tout à coup, il y eut un bruit suspect dans la pièce. Un trou était en train de s'ouvrir dans le mur et quelqu'un essayait de se faufiler par l'ouverture. Alors Collins ordonna à la machine de le protéger et il appuya sur le bouton rouge. Un petit homme vêtu d'un pyjama apparut. Il s'appelait Sanisa Leek et travaillait pour le Service de Protection du mur temporel. Collins lui ordonna de faire sortir le type. Alors Sanisa sortit un morceau de métal brillant de sa poche et le braqua sur l'homme qui tentait de traverser le mur. L'homme disparut.

Un moment plus tard, le mur avait repris son aspect normal. L'homme n'avait pas été tué, il avait été renvoyé d'où il venait. Mais Leek annonça à Collins que le type essaierait sans doute de revenir d'une autre façon. Il demanda à Collins si la machine lui appartenait. Collins acquiesça. Seek lui demanda s'il faisait bien partie de la classe A. Collins le lui confirma. Alors Leek disparut. Collins pensait que le propriétaire légitime de cette machine l'avait perdue. Il se demanda comment le propriétaire tenterait de revenir. Il fit sortir la machine de l'État de New York et acheta une montagne de taille moyenne. Sa confiance en lui avait considérablement augmenté durant ces derniers jours. Collins avait toujours adoré la nature et il avait choisi un endroit rêvé pour construire une maison avec une piscine et un court de tennis. Alors il demanda à la machine une maison. Un homme vêtu d'un strict complet gris et portant un pince-nez apparut. L'homme lui demanda des précisions sur la maison qu'il souhaitait. Collins n'en savait rien alors que l'homme lui conseilla une petite résidence. Collins pensait que tout marchait facilement et ces gens semblaient penser qu'il faisait partie de la classe A. Il n'avait aucune raison de les détromper. Sa résidence fut bâtie avec les meilleurs matériaux. Quand elle fut terminée, Collins demanda à son chef de lui préparer un dîner léger. Il réfléchit à tout ce qui était arrivé. Tout d'abord, il rejeta toutes les explications surnaturelles. Sa maison avait été bâtie par des êtres humains ordinaires. L'utiliseur n'était rien de plus qu'un gadget scientifique. Il pensait que la machine venait du futur. Il pensait que l'avenir devait être merveilleux s'il suffisait d'exaucer des souhaits. Mais il devait faire attention aux propriétaires de la machine et à la classe A qui essaieraient de la lui reprendre.

Il pensait que cette classe devait être une caste héréditaire. Il remarqua que la machine semblait trembler alors il s'approcha et vit un faible nuage de vapeur qui l'enveloppait. Les dimensions de la machine s'étaient considérablement réduites. Le propriétaire devait être encore à la manoeuvre. Collins demanda l'intervention de Leek. La machine ne faisait plus que quelques centimètres carrés et avait pris une teinte rouge sombre. Leek ne pouvait rien faire et conseilla à Collins de faire intervenir les gens du Micro-contrôle. Collins suivit le conseil. Une jeune fille apparut avec un bloc-notes à la main. Elle demanda à Collins avec qui il voulait prendre rendez-vous si Collins implora de l'aide. Elle répondit que M. Vergon était parti dîner. Alors elle conseilla à Collins de s'adresser au Contrôle des points de transfert. C'est ce qu'il fit mais la machine ne mesurait plus maintenant qu'un demi centimètre carré et il ne pouvait plus appuyer sur le bouton devenu presque imperceptible. Il ne voulait pas abandonner la machine sans avoir lutté. Alors il frappa le bouton qui était devenu blanc. Un vieil homme maigre et pauvrement vêtu apparut. L'homme jeta sur le sol un oeuf de Pâques vivement colorié. Une fumée orange s'en échappa. La machine fut enveloppée par un grand nuage de fumée et la machine augmenta de volume. Collins crut entendre une lointaine exclamation de colère. Collins souffrait de la main droite alors il appuya sur le bouton rouge et fit le voeu d'être soigné. La douleur quitta le doigt de Collins. Il alla se coucher et rêva qu'il était pourchassé par une gigantesque lettre A. Il fallut à Collins moins d'une semaine pour se rendre compte que construire sa maison au milieu des bois était précisément la chose à ne pas faire. Il était obligé de payer toute une armée de gardes pour écarter les touristes et les chasseurs. Les services du fisc commençaient à s'intéresser d'un peu trop près à ses affaires. La nature commençait aussi à l'ennuyer. Alors il émigra vers une petite république d'Amérique centrale avec un climat plus chaud et un impôt inexistant. Il se fait construire un palais élégant et fastueux et le fit compléter avec les accessoires usuels et un personnel d'entretien. Tout alla très bien pendant quelque temps. Mais un jour Collins s'approcha de la machine avec l'intention de demander quelque chose mais la machine l'esquiva adroitement et sortit de la pièce. Le propriétaire avait dû s'arranger de quelque manière pour doter la machine de mobilité. Collins demanda à un valet de l'aider à arrêter la machine. Mais la machine réussit à s'enfuir et demeura immobile à 10 m au-dessus du sol. Quand elle retomba, Collins sauta sur le bouton. Il demanda l'intervention du Contrôle de l'animation. Il y eut une petite explosion et la machine s'immobilisa docilement. Collins commença à penser qu'il fallait exprimer quelque souhait important avant qu'il soit trop tard. Alors il demanda 5 millions de dollars, trois puits de pétrole et un studio de cinéma, une santé parfaite, l'immortalité, une voiture de sport et un troupeau de bêtes à pedigree. Il crut entendre un ricanement mais il n'y avait personne en vue. La machine avait disparu. Au bout de quelques secondes, Collins lui-même s'évanouit.

Quand il ouvrit les yeux, il vit qu'il se trouvait debout en face d'un bureau. En face de lui, il y avait le gros homme qui avait essayé quelque temps auparavant de pénétrer dans sa chambre. Collins était navré que tout soit fini. Mais ça avait été magnifique tant que cela avait duré. Mais l'homme lui dit que ce n'était pas sa machine. Collins répliqua que les A voulaient garder leur monopole. L'homme se présenta. Il s'appelait Flign et travaillait pour l'Union protectrice des citoyens dont la mission consistait à protéger les individus tels que Collins des erreurs de jugement qu'ils pouvaient commettre. De plus, il expliqua à Collins que la catégorie A ne constituait pas un groupe social mais une classification se rapportant au crédit. La Corporation d'utilisation constituait un chaînon essentiel qui pouvait transférer des marchandises et des services. Le crédit était naturellement un privilège accordé automatiquement mais un jour ou l'autre, il fallait bien que l'on paye ce que l'on devait. Collins demanda pourquoi on n'avait pas essayé de l'arrêter. Flign lui répondit que la classification du crédit était une suggestion et pas une loi. Flign lui présenta à la facture. Il y en avait pour 18 milliards de crédits. Collins se défendit en disant que la machine était tombée dans sa chambre accidentellement. Flign tenterait de faire comprendre à la corporation ce qui était arrivé. Puis il dit à Collins que c'était le moment et Collins ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il était debout au milieu d'une plaine désolée, en face d'une rangée de montagnes déchiquetées. Un homme en haillons se tenait près de lui. Il lui tendit un pic de terrassier. Collins avait été condamné à travailler dans une carrière de marbre avec d'autres personnes. Il n'était pas le seul à avoir commenté un palais. Son travail ne lui ferait gagner que 50 crédits par mois. L'homme en haillons s'appelait Jang et il expliqua à Collins qu'il finirait par s'habituer après les premiers 1000 ans. Collins se rappela qu'il avait obtenu l'immortalité et pourtant celle-ci ne figurait pas sur la facture. Alors il demanda à son partenaire combien de l'immortalité. Jang répondit que l'immortalité était accordée pour rien.

Le prix à payer (Algis Budrys).

 

Trois hommes derrière un bureau interrogeaient un prisonnier. Le plus vieux des trois hommes étaie celui qui parlait le plus souvent. Le prisonnier prétendit ne pas avoir de nom. Il réclama une cigarette. Un des trois interrogateurs lui répondit qu'on lui donnerait une cigarette s'il voulait bien décliner son identité. Alors le prisonnier répondit qu'il s'appelait Rumpelstiltskin (qui était le nom d'un héros du folklore germanique, un nain diforme). Le plus vieux des interrogateurs voulut empêcher le plus maigre d'offrir une cigarette aux prisonniers car il le président. Le plus maigre des trois hommes rétorqua que cela faisait trop longtemps qu'il était président. Réduit à l'impuissance, le président laissa l'homme maigre offrir une cigarette et du feu au prisonnier. Le président reprit la parole et accusa le prisonnier d'être plus âgé que n'importe qui. Il avait été trouvé en 1882 dans le gouvernement de Minsk et avait été conduit auprès du tsar. Il avait été emprisonné jusqu'en 1918 mais avait gardé le silence. En 1941, le prisonnier avait été présenté à une commission d'enquête. En 1956, il avait été envoyé dans un camp de travail. En 1963, une autre commission d'enquête s'était occupée du prisonnier à Berlin. En 1967, le prisonnier avait été conduit à Genève. En 1970, il avait trouvé asile chez les moines bénédictins de Berne. Il était reste chez eux pendant presque toute la durée de la guerre des Sept décades. Cela faisait maintenant huit mois qu'il était prisonnier. L'interrogateur maigre annonça au prisonnier qu'il avait besoin de lui. Mais le prisonnier refusa. Le président fit n geste et le maigre écarta les lourds rideaux qui voilaient les fenêtres. La pièce s'illumina à la lueur des incendies du dehors. Les interrogateurs voulaient savoir comment le prisonnier avait fait pour franchir le brasier de l'Europe. Alors le prisonnier déclara qu'il avait été grand et droit avant de devenir vieux et bossu. Le président s'énerva. Il n'y avait plus qu'une centaine de survivants. Le maigre demanda au prisonnier s'il exigeait de l'argent ou des femmes. Alors le prisonnier allait leur donner une solution par bonté d'âme. Mais le président eut peur que la solution les transforme en vieillards bossus. Le gros forçat le président à regarder l'incendie et au bout d'un moment le président accepta que le prisonnier livre la solution il sauta sur le bureau et se mit à pousser une clameur triomphale. Les trois interrogateurs attendirent que le prisonnier se calme.

Nous ferons route ensemble (Mack Reynolds).

 

Martin Wendle se demanda pourquoi il avait dépensé autant de temps. Il se rendit chez le professeur Dreistein. Le professeur se tenait affalé dans un lourd fauteuil avec à côté de lui un chien noir monstrueux, unique spécimen de sa race. Wendle le dérangea en lui disant que s'il s'était permis de venir la voir c'était qu'il était indispensable qu'il passe une demi-heure en sa compagnie. Le professeur lui expliqua que sa retraite était sa seule possibilité d'évasion et de détente. Cela lui permettait également de se livrer à de longues études et recherches. Wendle rétorqua que son temps était aussi précieux. Il demanda au professeur s'il connaissait bien la vie du philosophe anglais Roger Bacon. Le professeur connaissait sa biographie parfaitement. Bacon avait été jugé pour crime de sorcellerie en 1277 et avait passé 15 ans de sa vie en prison. Alors Wendle se présenta et expliqua au professeur que Bacon était un mutant… Un Homo Superior. Le professeur lui proposa un verre mais Wendle refusa. Le professeur pensait que l'alcool était d'un grand secours pour les scientifiques. Wendle n'était pas de cet avis. Wendle expliqua au professeur que l'histoire ne commençait qu'avec Bacon. Bacon avait consacré une part de sa vie à rechercher la Pierre philosophale et l'élixir de longue vie. Le professeur pensait que Bacon partageait les erreurs des autres alchimistes de son temps. Mais Wendle rétorqua que Bacon ne s'occupait nullement de feux follets. Le professeur ne niait pas la possibilité d'atteindre la transmutation des métaux et la vie éternelle mais cela se passait il y a 700 ans. Wendle affirma que Bacon n'avait jamais réalisé la transmutation des métaux car il avait été emprisonné avant d'avoir mené ses expériences jusqu'à leur fin. En dépit de lui-même, le professeur se sentait intéressé. Wendle lui demanda s'il savait ce qui arriverait à un chimpanzé doté de la longévité de l'homme. Le professeur ne comprenait pas. Alors Wendle lui expliqua que le chimpanzé était plus développé que l'humain entre deux et quatre ans. Le professeur comprenait que si un chimpanzé avait reçu l'élixir de longue vie grâce à Bacon il aurait pu développer ses capacités intellectuelles mais Wendle rétorqua que Bacon avait fait l'expérience avec son chien. Wendle affirma que Diable, le chien de Bacon était devenu immortel. Wendle expliqua que si le chien avait été en mesure de développer son intelligence il aurait rapidement trouvé son maître insuffisant. Et avec le temps le chien de Bacon serait devenu plus intelligent que les humains. Peut-être même que ce chien aurait estimé nécessaire de renverser l'être humain, la plus arrogante créature et la plus destructrice de la Terre. Le professeur demanda à Wendle quoi ce fameux chien de Bacon n'avait pas accompli cette révolution. Wendle répondit que le chien devait d'abord trouver la formule de l'élixir de longue vie de façon à pouvoir inoculer à d'autres animaux. De plus, il fallait attendre que le don suprême de la nature à l'homme : la main soit devenue périmée et qu'une simple patte puisse presser le bouton ou pousser le commutateur nécessaire pour mettre en marche la machine la plus compliquée. Wendle pensait que le chien ne s'était pas contenté d'attendre et avait stimulé les progrès de l'homme pour hâter la venue du jour. Il avait consacré des années de recherche au chien de Bacon et était convaincu que ce chien avait vécu chez Léonard de Vinci, Galilée, Newton, Marconi et même Edison. Wendle croyait que le chien avait des pouvoirs télépathiques. Diable avait été capable de guider les intérêts de ses maîtres à leur insu. Mais le professeur lui répondit que les fondements de ses plus grandes découvertes avaient toujours été des éclairs d'inspiration. À ce moment-là, les deux hommes perçurent la pensée du chien du professeur : « je vais devoir vous tuer. Vous en rendez-vous compte ? ».

Le professeur sombra dans un silence de stupeur. Ainsi, le chien du professeur était celui de Bacon. Le chien lui transmit sa pensée pour lui demander comment il avait appris son existence. Wendle lui répondit que l'Homo sapiens avait besoin de son chien pour l'aider à parvenir aussi loin qu'il était arrivé et la route serait plus facile pour l'Homo superior s'il marchait côte à côte avec le Canis superior. Ainsi, Wendle était Bacon.

L'homme tortu (L. Sprague de Camp).

Le professeur Matilda Saddler rencontre l'homme pour la première fois le 14 juin 1956, à Coney Island. Le congrès de printemps de la Branche atlantique de l'Association américaine d'anthropologie venait de se terminer. Matilda voulut visiter Coney Island avec deux de ses collègues, Blue et Jeffcott mais ils refusèrent l'invitation. Quand elle s'éloigna, ses collègues se moquèrent d'elle car elle avait été mariée trois fois. Ils la jugeaient pour sa vie désordonnée. Matilda était une grande femme qui avait dépassé la trentaine. Elle regarda les gens qui ne rechignent pas à la consommation. Elle se rendit dans un stand de tir mais elle trouva cela trop facile pour être vraiment amusant. Puis elle se rendit dans un stand où étaient exposés des monstres. La pièce de résistance était Ungo-Bungo, le féroce homme-singe. Une impulsion malicieuse poussa Matilda à aller voir. Un rideau masquait la cage d'Ungo-Bungo.

Puis le rideau s'écarta. Matilda trouva que c'était quelque chose d'inédit dans le genre homme-singe. Ungo-Bungo mesurait 1 m 50 mais était massif et il avait une fourrure depuis le sommet du crâne jusqu'aux chevilles. Elle n'avait jamais vu de visage comme celui-là. C'était une face profondément ridée. Le nez épaté n'était pourtant pas celui d'un singe. Il avait une lèvre supérieure longue et pendante. Il n'avait pratiquement pas de menton. Il avait la peau jaunâtre. Matilda sortit avec la foule mais il y a une autre entrée car elle voulait revoir le phénomène. Elle put remarquer que l'homme-singe avait de longues cicatrices décolorées et il lui manquait la dernière jointure de l'annulaire gauche. Elle y retourna une troisième fois. Elle demanda au forain si elle pouvait rencontrer l'homme-singe. Le forain lui répondit que l'homme-singe s'appeler en réalité Al Gaffney. Le forain demanda l'autorisation à son patron qui accepta. Le patron s'appelait Morrie et il se lamenta que les gens ne savaient pas apprécier ce qu'on faisait pour eux. Il vantait les mérites de son spectacle. L'homme singe apparut en demandant qui voulait le voir. Il était en vêtements de ville et il était accompagné par son imprésario. Matilda demanda la permission de rencontrer Gaffney pour lui parler seule à seul.

Alors Gaffney demanda à son imprésario de s'en aller. Il parlait un américain ordinaire avec une trace d'accent irlandais.

Un chien renifla Gaffney et devint fou. Il se mit à aboyer furieusement en bavant. Gaffney expliqua à Matilda que les chiens ne l'aimaient pas. Ils s'installèrent dans un café Matilda remarqua qu'il se parfumait avec un parfum bon marché. Elle lui posa plusieurs questions auxquelles il répondit. Ses parents étaient Irlandais mais il était né au sud de Boston. Ses parents avaient la même difformité physique que lui. Elle lui demanda s'il l'autorisait à le photographier et il accepta. Elle lui dit qu'elle était scientifique et qu'elle n'essaierait pas de lui soutirer quoi que ce soit pour son profit. Mais elle voulait qu'il soit franc avec elle. Elle pensait qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire dans son origine. Alors il lui demanda s'il y avait un chirurgien de premier ordre dans ses relations. Elle répondit qu'elle connaissait Dunbar. Gaffney savait que ce chirurgien avait écrit un livre intitulé Dieu, l'homme et l'univers. Gaffney était satisfait de son type physique inhabituel mais il avait quelques anciennes blessures qu'il voulait faire arranger. Il demanda à Matilda de faire les arrangements nécessaires. Il accepta de lui donner ses véritables origines. Il l'avertit cependant que si elle répétait ce qu'il lui apprendrait elle mettrait sa réputation professionnelle entre ses mains. Il était né dans le Haut-Rhin quelque 50 000 ans avant Jésus-Christ. Il ne pouvait pas le prouver mais il se moquait que Matilda le croit ou non. Il avait été frappé par la foudre. Il avait accusé le coup pendant quelques semaines mais n'avait rien sauf des brûlures sous la plante des pieds. Il pensait que la foudre avait agi sur sa moelle longue et avait accéléré son rythme. Après cela, il n'avait jamais vieilli. Il avait toujours environ 35 ans. Il était un homme de Neandertal. Matilda emmena Gaffney dans sa chambre d'hôtel. Elle le présenta à Harold de McGannon qui était historien et ses autres collègues Blue et Jeffcott. Il leur expliqua que son véritable nom était Faucon d'argent. Il cherchait toujours à ne pas attirer l'attention et c'était pour cela qu'il changeait d'endroit tous les 10 ou 15 ans. Pour éviter que les gens se demandent pourquoi il ne vieillissait pas. Blue pensait que c'était un mythomane. McGannon lui demanda comment se faisait-il qu'il avait un extrait d'un acte de naissance. Gaffney répondit qu'il avait connu quelqu'un qui s'appelait Clarence Gaffney qui avait été tué dans un accident alors il avait pris son nom. Matilda connaissait l'hypothèse selon laquelle l'homme de Neandertal s'était mêlé au peuple de la côte ouest de l'Irlande. Gaffney répondit qu'il n'y avait eu aucun mélange à l'âge de pierre. Il expliqua qu’au cours des 50 derniers siècles il avait connu des femmes Homo sapiens mais ces unions avaient été stériles. Au XVIe siècle, il était allé vivre en Irlande. Et cette fois-là il avait fait des enfants avec une femme. Le vieux peuple noir d'Irlande était sa descendance.

Il expliqua que l'homme de Neandertal avait été en partie exterminé par des tribus de Cro-Magnon. Mais dans l'ensemble l'homme de Neandertal et l'homme de Cro-Magnon n'étaient pas belliqueux. Cela était venu plus tard avec l'agriculture et l'élevage.

À la fin, les hommes de Neandertal s'étaient contentés de survivre en mendiant aux abords des campements des Cro-Magnon. Faucon d'argent était devenu un dieu pour son peuple et son représentant auprès des Homo sapiens. Il avait été intégré par les Cro-Magnon après la disparition de son propre clan. Il était devenu forgeron. Il s'était cassé la jambe au néolithique en tombant d'un arbre. MacGannon lui parla de Vulcain, le dieu grec qui était forgeron et qui boitait. Il voulait suggérer que les Grecs avaient peut-être été inspirés par Gaffney en le voyant. Blue ne voulait pas croire que Gaffney était un homme de Neandertal car les hommes de Neandertal avaient des lobes frontaux du cerveau faiblement développés et une attache aux muscles de la langue. Gaffney parla de ses dents. Il avait eu trois dentitions qui avaient fini par s’user et il avait été obligé d'inventer la soupe. Avec l'arrivée du métal, il avait réussi à se faire un dentier. McGannon demanda à Gaffney s'il pourrait le revoir. Gaffney répondit qu'il avait ses matinées libres. L'historien raccompagna Gaffney à la station de métro. Blue n'avait pas cru un seul mot de ce qu'il avait entendu. En revanche, Jeffcott avait des soupçons à cause du parfum de Gaffney. Il pensait qu'il voulait cacher sa véritable odeur.

Gaffney avait pu rencontrer le chirurgien qui avait accepté de le soigner. Après quoi, il avait retrouvé MacGannon. Il lui avait expliqué qu'il avait été boxeur. Il avait vécu en Gaule et s'était retrouvé en guerre contre les Romains contre son gré. Il avait été blessé à l'épaule.

Le chirurgien et son assistant pensaient que le squelette de Gaffney n'était pas celui d'un être humain. Dunbar avait envie d'écrire un article pour décrire l'anatomie détaillée d'un homme de Neandertal.

McGannon demanda à Gaffney s'il avait déjà visité la salle de l'Evolution de l'Homme au musée. Gaffney acquiesça. Il avait remarqué quelques petites erreurs. En été, les hommes de Neandertal ne portaient pas de peaux de bêtes. Gaffney regrettait que la barbe ne soit plus à la mode car il avait l'air beaucoup plus humain avec une barbe. Au XVIe siècle il avait moins de problèmes car la barbe et la moustache étaient à la mode. McGannon lui demanda pourquoi il n'avait pas tenu un journal. Gaffney répondit qu'il n'aurait pas pu traîner six malles de papiers à tous ses déménagements. De plus, il avait presque toujours été un pauvre forgeron ou un fermier et il n'avait pas approché les puissants. Il avait renoncé à toute idée d'ambition. Le seul roi qu'il avait vu c'était Charlemagne lorsqu'il avait fait un discours à Paris. Le matin suivant, McGannon et Gaffney rencontrèrent Svedberg au musée est un homme de loi, James Robinette. Lorsque les arrangements légaux furent terminés, Gaffney raccompagna son ancien passerions à Coney Island pour y prendre ses affaires. Robinette avait cru que Gaffney étaient idiots mais en le regardant éplucher les clauses du contrat il s'était rendu compte de son erreur. Alors MacGannon lui raconta ce qu'il savait. Il était convaincu de l'authenticité des propos de Gaffney car ce dernier avait des connaissances en bas-latin. Il espérait seulement qu'il ne se passerait pas quelque chose susceptible de faire peur à Gaffney. Sinon il s'enfuirait.

Gaffney se rendit chez le chirurgien. Il demanda à voir les instruments qui serviraient à son opération. Il demanda à quoi chaque instrument servirait. Alors il comprit que le chirurgien avait l'intention d'explorer son cerveau. Il voulut téléphoner à son avocat mais l'assistant du chirurgien tenta de l'en empêcher. Des hommes en blouse blanche empêchèrent Gaffney de s'en aller. Mais il réussit à repousser ses assaillants. Il se rendit ensuite chez Robinette.

Il lui demanda son aide. Il raconta ce qui était arrivé. Puis Dunbar et quatre de ses assistants envahirent le bureau. Robinette retire un gros pistolet du tiroir de son bureau et menaça le chirurgien et ses assistants. Comme le chirurgien prétendait que Gaffney était un fou dangereux, Robinette demanda où était son mandat d'internement. Puis il demanda à Gaffney s'il voulait entamer une affaire au civil contre le chirurgien et ses assistants. Gaffney voulait simplement être certain que le chirurgien et ses assistants le laisseraient en paix.

Mais Robinette menaça Dunbar de poursuites judiciaires s'il ne s'en allait pas. Alors le chirurgien répondit qu'il était en train de détruire la possibilité d'une grande découverte scientifique. Robinette rétorqua que son devoir était de protéger son client. Dunbar s'en alla en regrettant que sa plus grande chance de gloire lui file entre les doigts. Gaffney eut le temps de lui réclamer le chapeau qu'il avait oublié chez lui. À ce moment-là, Mathilda téléphona. Elle voulait voir Gaffney. Mais Gaffney n'en avait pas envie. Il savait ce que cela voulait dire quand une femme le regardait avec un intérêt plus qu'amical. Il ne voulait pas avoir d'ennuis. Trois mois plus tard, Robinette reçu une lettre qui contenait 20 $. Gaffney voulait payer les honoraires de l'avocat. Il lui annonçait qu'il avait trouvé un travail lui permettant d'aller de temps en temps au cinéma et d'avoir quelques amis avec qui il allait boire une bière. Il demandait à l'avocat d'expliquer à MacGannon la raison de son brusque départ. Il voulait que l'avocat lui renvoie son chapeau par la poste restante dans le cas où Dunbar l'avait rapporté.

La substitution (Gene Wolfe).

Le narrateur avait servi dans l'armée de Corée lorsque son père était mort. L'armée lui avait accordé une permission pour raisons de famille mais son père était mort avant qu'il ait eu le temps de rentrer chez lui. Il était désormais sans famille et sa vie en fut transformée. Après la guerre de Corée, il resta en Chine. Plus tard, il fut emprisonné. Quand il fut libéré, il décida de retourner dans son patelin. Puis il s'éloigna du Kansas en auto-stop. Un de ses anciens copains d'enfance le prit en stop. Il s'appelait Ernie Cotha. Ils furent heureux de parler du bon vieux temps. Ernie lui demanda s'il se souvenait de la grande bataille contre Maria. Maria avait voulu empêcher le narrateur d'attacher un caillou à une grenouille pour la jeter dans l'eau. Mais le narrateur rappela à Ernie que ce n'était pas Maria qui s'était battue contre lui mais Peter, le frère de Maria. Ernie était persuadé d'avoir raison.

Alors le narrateur essaya de se remémorer ce moment de leur enfance. Il se rappela que Maria avait essayé de l'empêcher de torturer la grenouille. Il avait frappé Maria à l'oeil avec une pierre. Mais la grande bagarre avait eu lieu après avec Peter qui avait voulu venger sa soeur. Le narrateur avait fini par libérer la grenouille mais il l'avait transpercée avec son couteau. Ernie emmena le narrateur dans le motel des Palmieri. Maman Palmieri reconnut le narrateur. On donna au narrateur la chambre de Maria qui était à Chicago pour assister à un congrès d'infirmières. Paul Palmieri arriva. Le narrateur ne l'aurait pas reconnu s'il l’avait rencontré dans la rue. Puis ce fut Peter qui arriva. Il ne semblait pas se souvenir du narrateur. Au moment de s'endormir, le narrateur pensait à Peter qui n'avait cessé d'occuper son esprit.

Le lendemain Paul proposa au narrateur de lui faire visiter la ville en voiture. Puis le narrateur demanda à revoir l'endroit où il y avait eu la bagarre avec Maria et Peter. L'île semblait plus grande au narrateur. Paul et le narrateur montèrent dans une barque pour se rendre dans l'île. Sur l'île il y avait trois autres garçons dont Peter. Le narrateur paria avec Paul qu’il n'était pas capable de jeter un caillou jusqu'à la berge et Paul releva le défi. Paul réussit alors le narrateur proposa de payer le plein d'essence à la première station-service. Après quoi, ils se rendirent un match de base-ball au chef-lieu du comté.

Après le match, ils rentrèrent au motel. Le narrateur discuta avec papa Palmieri. Il évoqua de vieux souvenirs. Le père Palmieri lui demanda s'il voulait savoir. Le narrateur acquiesça alors le père Palmieri il raconta qu'il était venu avec sa femme de Chicago quand Maria était encore bébé. Et un soir, en rentrant du boulot, il avait trouvé sa femme et son bébé avec un garçon inconnu. Elle prétendait que c'était son fils. Il croyait que sa femme avait perdu la tête mais ses enfants avaient accepté la chose comme si c'était parfaitement naturel. Le père Palmieri avait demandé conseille aux bonnes soeurs de l'école. Mais elles lui avaient répondu que Peter était un garçon charmant. Le père Palmieri avait remarqué que Peter ne grandissait pas. Après avoir été le grand frère de Maria, il était devenu son frère jumeau puis son petit frère. Personne n'avait jamais rien remarqué d'anormal sauf le père Palmieri et le narrateur. Le père ajouta que par trois fois il s'était fait donner de l'eau bénite par le prêtre et il prend avait versé sur Peter dans son sommeil. Rien ne s'était produit.

Le lendemain, le narrateur alla parler avec les bonnes soeurs. La mère supérieure refusa de le laisser consulter ce qui concernait Peter dans les archives de l'école.

Alors il demanda la permission de regarder la photo de classe qui datait de l'époque où le narrateur était au cours moyen. La mère supérieure accepta et il put regarder un gros album qui contenait toutes les photos de groupe depuis la fondation de l'école. Il regarda la photo qui concernait le cours moyen pour l'année 1944. Il était persuadé que Peter était derrière lui. Il reconnaît parfaitement les visages. Pourtant il ne se trouva pas sur la photo. Il y avait bien le nom de Peter derrière la photo mais pas celui du narrateur. En sortant du couvent, il avait l'impression d'avoir perdu une partie de lui-même. Il se rendit à l'imprimerie du journal. Il demanda des informations sur Peter Palmer qui était resté à l'Est quand on avait fait l'échange des prisonniers à Panmunjom et qui était passé en Chine communiste pour y travailler dans une usine de textile. Il avait été incarcéré à son retour puis il avait changé de nom après avoir quitté Cassonsville. Il demanda à consulter les journaux d'août et septembre 1959. Le vieil imprimeur répondit qu'il n'avait jamais eu d'habitants de Cassonsville soit allé chez les communistes. Mais il accepta de laisser le narrateur consulter les archives du journal pour 50 cents de l'heure. Le narrateur trouva absolument rien. Après quoi, il retourna sur l'île. Il passa la nuit dans la grotte. Le lendemain matin, il détacha le canot pour le laisser filer à la dérive. Il décida de rester sur l'île. On lui apportait de quoi manger et il méditait beaucoup. Des quantités de gens venaient lui parler. Peter avait conservé le nom de Palmieri mais c'était un nom que ses camarades n'employaient guère.

La dernière fois (Arthur Sellings).

 

1

 

Il avait signalé son retour 12 années-lumière auparavant, au moment où il avait atteint sa vitesse de pointe. De la nuit permanente, il arriva dans la nuit transitoire de sa planète. Grant fut accueilli par Bassick, le chef de programmation des vols. De son voyage, il avait rapporté des minéraux. La planète qu'il avait visitée était agréable mais il y avait peu de vie. Les journalistes voulaient l'interviewer mais l'astronaute avait voyagé pendant 14 ans pour revenir sur Terre. Bassick leur ordonna de laisser le voyageur se reposer. La conférence de presse aura lieu le lendemain. Grant demanda à Bassick ce qui était arrivé à Goodman. Il répondit qu'il était mort 11 ans auparavant. Grant demanda des nouvelles de ses collègues. Il y en avait un qu’il n'avait jamais rencontré et l'autre qu'il n'avait pas vu depuis leur entraînement 200 ans auparavant (en temps terrestre). Bassick répondit que Kroll allait bien et Hazlitt avait été muté dans le personnel au sol après son dernier voyage. Bassick demanda à Grant quels étaient ses projets car c'était son dernier voyage. Il envisageait de s'acheter une compagnie aérospatiale. En réalité, il était inquiet car un temps de service tronqué causait une énorme différence dans les finances d'un homme. À chacun de ses retours, le monde semblait plus fou en apparence mais plus sain en profondeur et c'était bien le plus important.

Mais ce n'était pas l'argent qui avait attiré Grant. Il fallait des raisons plus complexes pour conduire un homme à choisir une carrière d'astronaute. Il avait renoncé aux années centrales de son existence pour mener une vie sans continuité, isolé de tous par le temps plus que par l'espace. Il avait obtenu son doctorat de sciences à 25 ans, ce qui lui avait permis de terminer son entraînement spécialisé et d'être sélectionné. Quelques Terriens en tenue de soirée étaient éparpillés dans la salle de réception. Ils regardaient Grant avec un peu d'envie, un peu de bienvenue à bord, mec, un peu de ressentiment et beaucoup de soulagement du travail fini. Il était attendu à la section médicale. Il en sortit deux heures plus tard avec un certificat de bonne santé. Bassick lui avait réservé une chambre à l'hôtel Vénus. Grant avait l'habitude de loger à l'hôtel L'Univers mais il apprit que celui avait été détruit il y a 20 ans.

2

 

Avant la conférence de presse, Grant s'était tenu informé de l'actualité. La régénération du Sahara était maintenant achevée. Le monorail trans-australien avait été inauguré. Une troisième génération était née à Cousteaupolis, sous la Méditerranée. Un homme était descendu dans la tâche rouge de Jupiter et en était ressorti vivant. L'intérêt pour les greffes d'organes semblait inébranlable depuis son dernier retour, bien que ces greffes ne procurent qu'un bref accroissement de la durée de vie. Les robots humanoïdes avaient été commercialisés dans les grands magasins. Il répondit aux questions des journalistes à propos de la mode et des dernières technologies. Il se sentait visiteur dans un pays étranger. Il avait déjà effectué sept voyages, son prochain serait le dernier. Son contrat s'achèverait au bout de 20 ans. On lui demanda si la colonisation de l'espace par l'homme n'aurait jamais de limites. Il répondit que c'était bien le cas comme le souhaitait la compagnie. Mais il avait parfois des doutes à ce sujet. Parmi les journalistes il y avait toujours ce même ressentiment contre cet étrange élite qui pouvait passer outre les siècles, celle des astronautes. Il expliqua qu'il n'avait pas encore de projet pour sa retraite..

Vandeleer XIX se présenta à Grant. Il gérait les biens de Grant. Il avait dû corrompre des politiques pour que Grant ne perde pas trop d'argent avec les impôts. Il avait réussi à faire gagner 17,5 % d'avoir à son client. Vandeleer lui montra un papier concernait l'héritage du petit-fils de Grant qui était mort quatre ans plus tôt. Son petit-fils n'avait pas eu d'enfants et Grant hériterait de quelques centaines de dollars.

Grant savait que pour la plupart des femmes, ils n'étaient qu'une expérience de plus. L'expérience conclue, la plupart des fins disparaissaient sans demander des comptes. Hélène était différente. Elle était désespérément amoureuse de lui. Ils s'étaient mariés dans un village. Mais une semaine plus tard, il avait reçu un message de la compagnie qui lui assignait sa prochaine mission. Son voyage avait duré 40 ans. Il avait retrouvé une Hélène âgée de 67 ans. Son fils avait eu trois dépressions nerveuses. Il avait 40 ans et semblait plus vieux que son père. Grant ne s'était pas préparé à retrouver une Hélène absurdement déterminée à prétendre que le temps n'avait pas passé. Elle avait utilisé tous les artifices de la chirurgie esthétique du XXIIe siècle. La longue erreur était passée maintenant. Mais ce souvenir amenait à Grant des relents douloureux.

Il alla prendre un verre avec Vandeleer. Il songea que dans 30 ou 40 ans de temps terrestre (deux ou trois ans de ses propres années) il serait de retour sur terre pour de bon. Il demanda un atlas au barman. Il l'ouvrit au hasard et planta un doigt aveugle sur la page. C'était Biarritz. Vandeleer promit de lui arranger un voyage à Biarritz. Grant lui demanda de louer une chambre dans un petit hôtel.

3

Grant passa deux semaines à Biarritz à L'Auberge Basque. L'auberge avait conservé sa et les saveurs françaises. Il avait passé ses journées et à arpenter le sable doré de la plage et à regarder les vagues. Il rencontra une jeune femme :Etta Warring, anthropologue. Ils firent du surf ensemble et se promenèrent en avion le long de la côte. L'expérience, cette fois-ci, menaçait d'être encore plus amère car il la savait douces à s'en briser le coeur et cette fois le don de soi était réciproque. Mais il fut obligé de lui parler de son travail. Elle en fut bouleversée mais ne dit rien. Elle avait écrit à ses parents en évoquant son nouvel amoureux. Ses parents avaient reconnu Grant à sa description et à son nom. Ainsi elle savait qui il était. Elle connaissait donc le problème du temps relatif. Elle espérait pouvoir voyager avec lui grâce à son bagage scientifique. Mais il répondit qu'elle serait une surcharge car l'anthropologie était la dernière discipline dont la compagnie avait besoin. Alors elle lui demanda s'il pouvait décrocher. Il pouvait abandonner son contrat mais il se retrouverait avec quelques milliers de dollars de dette. Elle répliqua qu'elle avait de l'argent. Mais il voulait terminer sa mission. Alors elle accepta la situation. Il lui dit qu'il se sentirait bien seul dans l'espace en pensant à elle. Grant reçu un télégramme lui apprenant que son prochain voyage durerait 34 ans de temps terrestres. Quand il reviendrait, il n'aurait 45 ans et Etta en aurait 67. Exactement l'âge auquel il avait retrouvé Hélène.

Le matin suivant, il se leva avant 8:00 et alla frapper à la porte d'Etta vérité absente. Elle avait laissé une enveloppe pour lui sur la table qu'ils avaient partagée le premier soir de leur rencontre. Elle lui annonçait qu'elle était partie pour Londres et qu'elle agissait au mieux de leurs intérêts. Elle ne pouvait rien lui dire de plus jusqu'à son retour. Même peut-être alors, elle ne lui dirait rien si cela n'avait pas marché comme elle le souhaitait. Elle lui demandait d'attendre son retour.

Les tristes jours de solitude passaient avec une exaspérante lenteur. Elle réapparut 12 jours plus tard. Elle l'attendait à leur table quand il arriva au dîner. Elle se jeta dans ses bras. Il la conduisit jusqu'à la terrasse. Il lui annonça qu'il était prêt à accepter sa décision et à rompre son contrat. Elle lui répondit que c'était trop tard. Elle était partie à Londres pour se faire opérer. Dorénavant, il pourrait la retrouver à son retour sans que le temps de l’ai touchée. Il pensait que c'était impossible car il ne reviendrait pas avant 34 ans. Mais elle lui répondit que c'était parce que ce serait une Etta plus jeune de quelques mois seulement qu'il trouverait à son retour. Elle allait avoir un enfant. Elle aurait une fille à sa parfaite ressemblance. Ainsi l’un d’eux retrouverait l'autre. Il se sentit égoïste. Mais elle trouvait que c'était la société qui était égoïste de lui demander ce qu'elle lui demandait sans même reconnaître la portée de son sacrifice. Alors, il lui demanda comment il pouvait être sûr que sa fille l'aimerait. Elle répondit que sa fille découvrir l'amour avec lui comme elle-même l'avait découvert.

Etta ferait vivre ses souvenirs pour les transmettre à sa fille. Les savants n’en étaient pas encore certains mais la mémoire était peut être transmissible dans ce genre de reproduction directe.

 

La suite au prochain rocher (R. A. Lafferty).

 

Sur les hauteurs de la Big Lime Country se trouvait une aspérité, une cheminée de pierre à demi écroulée. Elle avait été sculptée au cours de la dernière glaciation. Un groupe de cinq personnes arriva à l'endroit précis où la cheminée de pierre s'était affaissée contre un épaulement plus récent. C'étaient des géologues et des archéologues. Les cinq personnes étaient Terrence Burdock, sa femme Ethyl, Robert Derby et Howard Steinleser. Ils étaient beaux et équilibrés. Et puis il y avait Magdalen Mobley qui n'était ni belle, ni équilibrée. Mais elle était spéciale. Magdalen prétendait pouvoir leur dire ce qu'il y avait dans la cheminée et dans le tertre. Elle ordonna à Robert de tuer un cerf qui se trouvait à une quarantaine de mètres dans un ravin. Ethyl conseilla à Robert d'obéir pour avoir la paix. Alors il s'exécuta mais ne rapporta pas le cerf car celui-ci était beaucoup trop lourd. Mais Magdalen lui dit qu'il n'avait pas toute sa tête car elle savait que le cerf ne pesait que 190 livres.

Alors elle partit elle-même chercher le cerf. Elle le rapporta nonchalamment sur ses épaules. Après quoi ils ficelèrent le chevreuil pour le préparer d'une façon presque professionnelle. Magdalen demanda à Ethyl de le faire cuire.

Plus tard, Ethyl apporta à Magdalen la cervelle du cerf, croyant lui jouer un mauvais tour. Mais Magdalen la mangea avidement car elle lui était due puisque c'était elle qui avait découvert le cerf. Le groupe se demandait comment Magdalen pouvait savoir où il y avait des choses invisibles. Très souvent, Magdalen disait des choses qui n'avaient aucun sens. Depuis quelque temps, ils avaient tous vaguement conscience du fait qu'ils étaient six, et non plus cinq autour du feu. Howard s'était laissé dire qu'il n'y avait jamais eu un site moins engageant que celui de Spiro. Il aurait voulu avoir avec lui un des membres de l'équipe qui avait fouillé à Spiro. Magdalen prétendit qu'il y en avait un avec eux. Pourtant l'expédition de Spiro avait eu lieu il y avait très longtemps. Tout à coup, un homme apparut grâce à l'éclat du feu. Il prétendit n'être qu'un vieil homme riche qui n'arrêtait pas de suivre et d'espérer. Il sollicitait éternellement Magdalen. Il prétendit qu'il était le cerf que le groupe venait de manger. Terrence lui demanda son nom. Il répondit qu'il s'appelait Pleindepèze. Il était indien. Le lendemain il s'associa au groupe pour les fouilles. Lui aussi avait des facultés pour voir ce qui était invisible. Il avait deviné la présence d'une petite poterie de la période de proto-plano. Il la mit au jour. Steinleser avait du mal à y croire, pour lui, cette découverte était trop parfaite. Malgré tout, il prit quelques notes et des photos.

Antéros Pleindepèze fit crouler la cheminée de pierre sans la faire tomber. Il réussit à mettre au jour un bloc de silex. Il y avait des glyphes Nahuat-Tanoens sur le bloc. Le groupe s'était divisé pour étudier l'ouverture dans la butte et la carotte-tuyaux d'orgue de la cheminée en faisant constamment des trouvailles. Les objets découverts étaient maintenant aussi qu'on pouvait s'y attendre et pourtant leur profusion même avait toujours un petit quelque chose de louche. Antéros s'absenta pendant une heure. Il réapparut dans une étincelante voiture familiale. Il était allé en ville pour acheter de la nourriture. Le groupe mangea et se reposa. Ils reprirent le travail après le déjeuner. Magdalen travaillait aussi vite qu'Antéros et avec une force légale. Magdalen était la tension du groupe.

Elle ordonna à Antéros d'aller capturer une tortue qui se trouvait sous la corniche. Il obéit. Puis elle ordonna à Ethyl de faire cuire la tortue. Les membres du groupe étaient tous des archéologues reconnus. Magdalen n'avait aucun droit de donner des ordres à qui que ce fût, en dehors de son droit de naissance. Antéros montra à Ethyl comment cuire la tortue.

Howard avait constaté une anomalie. La cheminée se comportait parfois comme si elle était plus récente que le monticule. La cheminée ne pouvait pas être assez récente pour renfermer des roches gravées et pourtant c'était le cas.

Il avait réussi à déchiffrer les glyphes. C'était une déclaration non-royale, non-tribale, de non-guerre et de non-chasse. Les textes signifiaient : « tu es la liberté des cochons sauvages dans les herbes amères, et la noblesse des blaireaux. Tu es l'éclat des serpents et l'envol des vautours. Tu es la passion des buissons d'épineux embrasés par la foudre. Tu es la sérénité des crapauds ». Il pensait que c'était peut-être un poème d'amour.

Howard ne comprenait pas le glyphe final. Magdalen lui expliqua que c'était le glyphe signifiant « à suivre ».

Le troisième jour, le groupe découvrit des perles de verre. Terrence pensait qu'il y avait un mystificateur parmi eux. Mais Robert lui expliqua qu'il y avait déjà eu auparavant des cachettes renfermant ce genre de perles. Robert Derby évoqua la légende des cracheurs de perdre qui existait parmi les Indiens d'Amérique. On avait jamais compris comment ces millions de perles avaient été percées sans qu'on ait pu trouver jamais un seul poinçon. Terrence pensait que c'était de la foutaise car pour lui un cracheur de perles de l'an 700 n'aurait pas pu cracher des perles de l'avenir en verre. Mais Antéros affirmait que c'était possible si le cracheur crachait face au nord. Terrence se mit en colère en découvrant que Magdalen était en train d'essayer de dissimuler une chose qu'elle avait découverte dans le noyau cannelé de la cheminée. C'était une pierre schisteuse. Terrence ordonna à Howard de déchiffrer l'écriture qui se trouvait sur cette pierre. On apporta à Howard une autre pierre qui venait de plus haut. Tout redevenait extrêmement louche. Aucune série de découvertes ne pouvait être aussi parfaite, aucune pétrification n'aurait pu être aussi bien ordonnée. Magdalen transmit son pouvoir de vision à Robert et il put voir qu'il y avait un blaireau dans la haute prairie. Robert alla le chercher. Il leur rapporta. Ethyl le fit cuire avec l'aide d'Antéros. Terrence remarqua que le que le rocher sombre qui avait disparu au sommet de la cheminée, avait réapparu. Howard avait réussi à traduire le texte qui était sur la dernière pierre découverte. C'était du code gestuel anardo-caddo, le langage par signes des Indiens des plaines transcrits en pictogrammes conventionnels. Cela ne devait avoir plus de 300 ans. Howard pensait que cette cheminée était une histoire fumeuse. La partie supérieure aurait dû être plus ancienne que la partie inférieure de la butte. Le groupe parla un moment de l'impossibilité de toute l'affaire. Ils burent tous du whisky pour se préparer à entendre la traduction du troisième chapitre par Howard. Le dernier texte est écrit dans la langue des Kiowas. Cette écriture n'avait atteint sa perfection que sous l'influence d'artistes blancs. Howard pensait que le texte ne devait avoir plus de 150 ans. Une fois encore, le texte se terminait par « à suivre ». Dans la légende nahuar-tanoane, le monde se terminait au matin du quatrième jour. Antéros disparut le matin du quatrième jour. Magdalen avait disparu elle aussi. La cheminée de pierre semblait avoir grandement diminué de volume. La cheminée commençait apparemment à se désagréger. Ethyl demanda qui était Magdalen et qui était Antéros quand Robert parla de leur disparition.

Terrence hurla du haut du monticule. Il avait fait une découverte. Il avait vu un corps d'homme grandeur nature attaché sur une belle tête de basalte. Howard découvrit la Pierre suivante de la série. L'écriture était alphabétique mais déformée. C'était écrit en anglais moderne. Mais ce n'était pas une pierre qu'il avait découverte. C'était le fruit de l'oranger des Osages. Il y eut une explosion et un rugissement. Le rocher sombre qui surmontait la cheminée fut brutalement déséquilibré et projeté avec une force terrible sur le sol où il vola en éclats. Toute la cheminée s'écroula autour d'eux. Une autre chose qui se trouvait sur ce chapiteau de pierre avait été brisée. C'était Magdalen. Elle était morte. Ils découvrirent Antéros dans le basalte. Son visage était tourmenté. Il sanglotait sans bruit et ses épaules étaient voûtées par l'émotion. Robert était triste car Magdalen était morte. Il considérait qu'elle était la plus importante du groupe. Howard traduisit des morceaux de roche sombre avant qu'ils ne disparaissent. Il étudiait une strate qui ne s'était pas encore déposée, déchiffrant un avenir embrumé.

Le dernier fantôme (Stephen Goldin).

 

L'éternité est une atrocité quand on est seul à la supporter. Il était le dernier de son espèce. Il avait dû avoir autrefois un nom mais c'était avant l'éternité, alors qu'il existait sous une forme corporelle. Il existait dans un présent sans fin. Il dérivait à travers cette absence de tout. Puis il rencontra une femme qui était comme lui. Cela éveilla un vague sentiment de connu dans sa mémoire. Elle lui demanda qui il était. Elle voulait savoir ce qui lui était arrivé. Il connaissait les réponses à ces questions mais l'infini avait grignoté ces bribes de savoir dans ce qui lui restait d'esprit. Alors il lui répondit qu'elle était morte. Elle ne voulait pas le croire car elle pensait que la mort avait été vaincue depuis plus de 5000 ans. Des esprits étaient transplantés dans les réserves des ordinateurs. Elle lui demanda s'il était un fantôme. Il acquiesça. Elle répondit qu'une panne quelconque du matériel avait dû déloger momentanément le schéma de sa personnalité des mémoires en réserve. Elle espérait retourner dans les ordinateurs. Elle lui demanda de l'aide. Mais il était troublé en raison de cette présence après une telle période de solitude dans l'absence de temps. Il trouvait plutôt sympathique d'avoir de nouveau quelqu'un avec qui partager l'univers. Tous les deux existaient depuis plus de 5000 ans. Mais il était sans doute le plus âgé des deux. La véritable différence était qu'il régnait seul depuis des siècles dans cette solitude qui lui avait taraudé l'esprit. Elle était restée dans les ordinateurs pendant des siècles avec d'autres personnes et d'autres esprits ce qui lui avait apporté une stabilité presque absolue. Elle finit par se calmer peu à peu et à revenir à l'attitude rationnelle dont elle avait fait preuve durant des milliers d'années. Elle lui demanda qui il était et il répondit qu'il était un mort. Elle voulut savoir son nom et il répondit qu'il n'en avait pas. Son instinct maternel se réveilla et elle lui dit qu'elle était désolée. Elle voulait savoir si leur position matérielle pouvait être définie. Il répondit que ce n'était pas possible. Elle comprit qu'il avait du mal à parler alors elle lui raconta les débuts de sa vie. Quand elle avait un corps, elle avait eu des enfants. Elle lui expliqua la réussite du transfert des esprits qui avait enfin permis à l'être humain de vaincre la mort. Elle lui raconta le premier millier d'années qu'elle avait passées dans la mémoire d'un ordinateur. Elle avait animé des carcasses de robots pour se livrer à des sports où elle défiait la mort. Mais ces jeux étaient devenus ennuyeux avec le temps alors elle était partie à la recherche de la connaissance et de la sagesse. Elle lui raconta qu'on avait construit des vaisseaux pour emmener jusqu'aux étoiles les humains intégrés dans les ordinateurs. La grande partie de ce récit était incompréhensible pour l'homme. Mais il baignait dans l'expérience extatique de se trouver en communication avec un autre pseudo-être. Après avoir terminé son récit, elle lui demanda s'il avait quelque chose à dire. Il n'arrivait pas à trouver ses mots alors elle lui demanda si tous ceux qui étaient morts étaient devenus des fantômes comme lui. Il acquiesça. Il répondit que les autres étaient partis mais il ne savait pas où. Cela faisait longtemps. Elle ne s'était plus sentie si proche de la crise de larmes depuis plus de 5 mille ans. Elle voulut savoir pourquoi il n'était pas parti avec eux. Il répondit qu'on l'avait laissé derrière. Quand elle voulut savoir pourquoi, il répondit que c'était pour montrer le chemin à ceux qui suivaient. Il devait servir de guide à ceux qui devaient partir. Mais il ne pouvait pas lui montrer où les gens partaient. Avec une grande lenteur et de la patience, elle lui arracha les morceaux qu'il fallait pour reconstituer le puzzle. Il y avait fort longtemps, les fantômes avaient découvert un nouveau stade d'existence plus élevé. Alors ils étaient tous passés à ce nouvel état d'évolution, tous sauf un. Un dernier fantôme pour indiquer la voie montante à tous les nouveaux fantômes qui se présenteraient. Seulement la réussite du transfert des esprits avait tout changé. Soudainement, il ne s'était plus présenté de fantômes nouveaux. Et le dernier fantôme était resté tout seul. Son devoir le retenait à l'état de fantôme et la solitude le condamnait à la stagnation. Elle ressentit de la pitié pour lui. Alors elle lui murmura de tendres mots chargés de sollicitude. Il se sentit enveloppé d'une chaleur qu'il ne connaissait plus depuis des siècles.

Il se blottit contre elle. Mais un choc là traversa. Elle sentait que le matériel serait bientôt réparé et elle devrait retourner à la vie. Il lui demanda de ne pas retourner à la vie. Au moment où elle était en train de disparaître, il lui dit qu'il avait envie de quelque chose mais ne réussit pas à le dire ce que c'était. Elle disparut à jamais de son non-univers. Il retourna à la dérive et l'esprit vide. Comme toujours, l'objet de son envie lui avait échappé.

Les vitanuls (John Brunner).

La surveillante de la maternité montra au visiteur américain de l'Organisation mondiale de la santé un homme qu'elle présenta comme leur saint patron. C'était un vieillard décharné comme Gandhi. Il s'appelait le docteur Ananda Kotiwala et c'était son dernier jour avant sa retraite. On était en Inde, et les enfants pouvaient assister à la venue de leurs nouveaux frères et soeurs. Le docteur Chance se rappela qu'il était un étranger dans ce pays et qu'il sortait d'une des rares facultés qui imposaient encore aux jeunes diplômés le serment intégral d'Hippocrate. Alors il fait abstraction des idées préconçues qui lui étaient personnelles pour réfléchir aux curieux propos de la surveillante. Néanmoins il trouvait que l'accouchement des jeunes femmes était déplorable car il se passait en public et dans la souffrance. La majorité des peuples de la Terre continuait l'antique tradition qui faisait de la naissance un événement social. Chance était censé menée une enquête sur les méthodes mises en pratique en Inde. Les plus récentes recommandations des experts semblaient convenablement suivies dans une grande ville où la majeure partie du personnel médical avait bénéficié d'une formation à l'étranger. Celui qui avait été surnommé saint patron procéda à un accouchement. Chance remarqua que tout était conforme à la meilleure obstétrique moderne.

Mais il se demandait pourquoi le médecin indien donnait d'aussi longues et patientes explications à son assistante. Il demanda à la surveillante pourquoi elle appelait le vieux médecin son saint patron. Elle répondit qu'il était capable de communiquer avec ses patientes. Chance remarqua que le vieux médecin avait réussi à tranquilliser toutes les femmes qui avaient accouché.

La surveillante expliqua à Chance que certains parents consultaient des astrologues pour s'assurer que leur enfant viendrait au monde quand le docteur Kotiwala ferait équipe dans la salle d'accouchement. Chance réprima un frisson et dut reconnaître qu'il serait heureux de rentrer chez lui. Le jeune médecin remarqua la façon dont les mères ouvraient les yeux et suivaient du regard les déplacements du docteur Kotiwala, comme si elles voulaient l'inviter à passer une minute ou deux encore à leur chevet. Chance avait demandé à la surveillante quelle était la durée moyenne du séjour d'une parturiente à la maternité. La surveillante répondit 24 heures pour les cas faciles et 36 heures lorsqu'il y avait des complications.

La surveillante avait expliqué au jeune docteur qu'il était arrivé à une époque très active, neuf mois après une grande fête religieuse que les Indiens considéraient comme de bon augure pour l'accroissement de leurs familles. Ainsi, il y avait 180 000 nouveau-nés chaque jour. Mais l'Inde, la Chine et l'Afrique avaient reconnu la nécessité d'instaurer un contrôle des naissances et la situation s'était améliorée.

Chance exprima tout haut sa pensée sans le vouloir en estimant que le docteur Kotiwala devrait servir de modèle pour le métier. La surveillante savait que personne ne serait capable de prendre la relève du docteur Kotiwala. Mais ces derniers voulaient prendre sa retraite délibérément. Il n'était pas tenu par la limite d'âge. La surveillante lui expliqua que dans sa jeunesse le docteur Kotiwala avait été très influencé par l'enseignement des Djaïns qui répugnaient à toute suppression de la vie, quelle qu'elle soit. Il lui était insupportable de penser que la prétention de vouloir continuer à travailler, sans avoir la même sûreté de main, pourrait coûter la vie d'un innocent bébé. Chance lui révèle un secret. Des personnes devaient être sélectionnées pour recevoir la pilule de longue vie. Seulement, ce traitement était coûteux. Aussi, Chance aurait choisi quelqu'un comme le docteur Kotiwala pour profiter de cette cure, avant tous les vieillards stupides, riches et puissants.

La surveillante lui répondit que le docteur Kotiwala refuserait un tel traitement. Le docteur était un sunnyasi, un homme parvenu au dernier stade de sa vie active. Le docteur Kotiwala avait exercé durant 60 ans. Il était incroyablement fatigué. Il regarda le dernier bébé qu'il venait d'accoucher. Il sentit quelque chose d'anormal. Il en parla au docteur qui devait prendre sa suite. Mais le docteur Banerji ne remarqua rien de particulier. La surveillante faisait entièrement confiance au docteur Kotiwala. Alors le docteur Chance proposa d'examiner lui aussi le bébé en sa compagnie. Kotiwala accepta. Au bout de trois quarts d'heure, Chance remarqua que le vieux docteur n'arrêtait pas de soulever les paupières du garçon et de scruter ses yeux. Le vieux docteur lui demanda de regarder les yeux du bébé lui aussi. Chance ne remarqua rien de spécial. Il chercha à se moquer de Kotiwala en faisant allusion aux croyances hindouistes. Mais Kotiwala répondit poliment qu'il ne croyait pas que ce soit possible. Il ne croyait pas la transmigration des âmes possible.

Quelque temps plus tard, le sunnyasi Baghat adressait des paroles d'apaisement à une fille craintive d'environ 17 ans. Son bébé se cramponnait à son sein. Il aussi n'avait rien remarqué dans les yeux du bébé. En abandonnant le nom de Kotiwala, il avait laissé derrière lui des idées préconçues du docteur en médecine. Au bout de ses 85 ans, il avait senti qu'une réalité plus vaste le dominait. Il entendit un grand bruit qui n'a cessé de s'amplifier. C'était un hélicoptère qui arrivait. Les villageois avaient été rassurés que le sunnyasi attende tranquillement l'arrivée de cette curieuse et bruyante machine. Chance descendit de l'hélicoptère. Il avait passé du temps à rechercher le docteur Kotiwala. Il était venu lui annoncer qu'il avait été la première personne à avoir reconnu un Vitanul. Alors Baghat lui montra le bébé que tenait la jeune femme. Il pensait que c'était également un Vitanul. Il annonça à Chance qu'il en avait vu beaucoup d'autres depuis le dernier bébé qu'il avait mis au monde. Chance il raconta que la surveillante de l'hôpital avait réussi à convaincre le docteur Banerji que le bébé avait bien quelque chose de spécial et l'enfant avait été envoyé à Delhi. Kotiwala avait deviné ce que les médecins avaient pu découvrir : suppression des rythmes alpha et théta. Mais il fut incapable d'expliquer au docteur Chance comment il avait deviné que le bébé était anormal. Le dernier bébé mis au monde par le docteur Kotiwala n'avait pas de cerveau. Chance avait eu beaucoup de travail pour réussir à convaincre l'Organisation de ce que Kotiwala avait découvert. Il lui avait fallu encore des semaines pour que l'Organisation mondiale de la santé autorisa partir en Inde pour retrouver le docteur Kotiwala. Kotiwala n'avait pas été au courant des nouvelles du monde extérieur depuis deux ans. Alors Chance lui raconta les événements. Quelques semaines après le départ du docteur Kotiwala, il y eut des rapports sur une subite et terrifiante augmentation d'imbécillité congénitale. Kotiwala lui demanda si cet accroissement du taux d'imbécillité l'avait frappé dès son départ de l'hôpital. Chance répondit que non. Le traitement anti-sénescence venait d'être rendu public. Les foules n'avaient pas tardé à faire la queue pour réclamer la cure-miracle.

Puis, l'imbécillité congénitale avait atteint 10 % des naissances, puis 20 %, puis 30 %. Cela provoqua la crise la plus fantastique de l'histoire. Au cours des deux dernières semaines, le taux avait culminé à 90 %. Kotiwala lui demanda s'il croyait que le bébé qu'ils avaient examiné ensemble était le tout premier cas de Vitanul. Chance répondit que les médecins avaient constaté que les premiers enfants anormaux avaient été signalés le jour de la naissance du bébé examiné par Kotiwala et par lui-même. Pour le premier cas enregistré, la naissance s'était produite environ une heure  après la rencontre de Chance et Kotiwala. L'organisation mondiale de la santé n'avait pas trouvé l'origine de ce phénomène. C'est pourquoi Chance était partie à la recherche de Kotiwala. Kotiwala lui demanda si la drogue contre la sénescence était une réussite. Chance répondit que c'était le cas. Alors Kotiwala lui répondit avoir pris connaissance un jour d'une statistique établissant que le chiffre de la population mondiale vivant au XXIe siècle égalait celui de tous les individus ayant vécu depuis l'évolution de l'espèce humaine. Alors, Kotiwala émis l'hypothèse que le jour de leur rencontre, le nombre exact de tous les êtres humains ayant existé venait d'être dépassé. Et le hasard avait voulu que dans le même temps soit mis à disposition du monde entier une drogue annulant la vieillesse. Ainsi, selon Kotiwala, ce n'était pas une intelligence qui faisait défaut aux nouveaux-nés mais une âme.

Kotiwala venait de comprendre ce qu'il lui restait à faire. Il devait mourir. Il prit son bâton et se dirigea vers les hautes montagnes bleues et les neiges éternelles sous les auspices desquelles il lui serait permis de libérer son âme.

Descente au pays des morts (William Tenn).

 

1

Le narrateur se trouvait devant la porte d'entrée du Dépôtoire. Plus de 11 ans auparavant, il avait vu une flotte terrestre littéralement pulvérisée sous ses yeux lors de la seconde bataille de Saturne. À présent, il n'avait devant lui qu'un vaste bâtiment banal. C'était une manufacture entourée d'une clôture dont l'entrée était fermée par une grille cadenassée. Le Dépotoir était un vaste terrain d'essais. Le dépotoir avait été créé à la suite des nombreuses batailles. Le narrateur n'arrivait pas à se résoudre à franchir la grille et à passer devant la sentinelle. Un énorme coffre cubique était disposé contre la clôture. Il était surmonté d'un écriteau sur lequel il était écrit qu'il ne fallait pas gaspiller les détritus et que tout ce qui était usagé pouvait être réparé. Ce genre de coffre cubique se trouvait devant les hôpitaux, les camps de détente dispersés depuis la Terre jusqu'aux astéroïdes. À l'intérieur de ces coffres, il était écrit que les déchets constituaient le plus grand réservoir de matières premières. Le narrateur savait que tout ce qui était endommagé pouvait être récupéré sauf une chose-la plus importante. Le narrateur rencontra un jeune homme qui était plantée devant la guérite. Il portait une casquette d'uniforme sur laquelle on apercevait un Y flambant neuf, avec un point au centre. C'était l'insigne de commandant de chasseur d'interception. Il paraissait tout jeune et très ému. Le narrateur se souvenait de lui car il l'avait remarqué à la conférence. Le jeune homme avait levé la main pour demander : « excusez-moi, mais ils… ils ne sentent pas vraiment mauvais ? ». La question avait déclenché une tempête de rires. Un officier aux cheveux blancs lui avait répondu que tel n'était pas le cas.

Le narrateur demanda au jeune homme depuis combien de temps il était devant la guérite. Cela ne faisait qu'une heure. Il n'arrivait pas à s'imprégner de l'atmosphère. Le narrateur lui répondit qu'il était des choses auxquelles il était impossible de se faire. Le narrateur expliqua au jeune homme qu'il n'en était pas à son premier commandement mais qu’il n'avait jamais eu sous ses ordres un équipage de Récupérés. C'était une expérience nouvelle pour lui comme pour le jeune homme. Alors il proposa au jeune commandant de franchir la grille et ils se dirigèrent vers la sentinelle. La sentinelle leur indiqua le chemin. Ils se rendirent au centre de récupération de protoplasme humain. Le narrateur remarqua quelques jolies filles en uniforme et enceintes dans le hall principal. Il se rendit au 15e étage. Le narrateur regarda les uniformes et remarqua qu'il était indiqué sur les écussons G4 pour signifier approvisionnement. Il se demanda pourquoi on employait pas les lettres G1 représentant la division du personnel. Le narrateur aurait voulu que les forces armées terrestres s'efforcent de sauver les apparences en choisissant un autre mot qu'approvisionnement. Au troisième étage se trouvait la réception et classification des cadavres. Au cinquième étage, c'était le conditionnement préliminaire des organes. Au septième étage, c'était la reconstitution du cerveau et ajustement neural. Au neuvième étage se trouvaient les réflexes élémentaires et le contrôle musculaire. Au dernier étage, il y avait les derniers examens et expédition. En sortant de l'ascenseur, le narrateur dit à son jeune camarade qu'ils allaient assister pratiquement à une réunion de famille. C'était la dernière chose à dire et le jeune homme le regarda comme s'il venait de recevoir un coup de poing en pleine figure. Alors le narrateur lui présenta ses excuses.

2

Le narrateur remarqua que la préposée à la réception était elle aussi enceinte. Le narrateur demanda à son camarade d'où il venait. Il répondit qu'il était né en Suède mais après sa promotion il ne voulait naturellement plus voir ses parents. Il avait donc demandé son transfert à la troisième section. Le narrateur savait que beaucoup de jeunes chasseurs pensaient ainsi. Personnellement, il n'avait pas eu l'occasion de savoir quels auraient été ses sentiments s'il avait pu voir ses parents à la maison. Il avait perdu ses parents avant la publication des décrets sur la repopulation. Il se pouvait que deux de ses frères soient encore vivants mais il n'avait fait aucun effort pour les revoir depuis qu'il était devenu commandant. La jeune femme de la réception demanda au narrateur s'il n'avait jamais eu sous ses ordres un équipage de ce genre. Il répondit que c'était la première fois qu'il devait commander des zombies. Elle fit une moue de désapprobation car elle n'aimait pas ce mot. Elle était persuadée que les Récupérés étaient des humains comme tout le monde. Le narrateur s'aperçut qu'elle n'avait pas de mauvaises intentions. Elle ne savait pas. Alors il lui demanda comment il fallait appeler les recrues. Elle répondit qu'il fallait les appeler les subrogés soldats. Elle précisa qu'on lui fournirait des individus basés sur les modèles 705 et 706 qui étaient pratiquement parfaits. Il n'y avait plus de problème de cyanose qui résultait d'une mauvaise oxygénation du sang. Mais il restait une grande déficience à laquelle on n'avait jamais pu remédier. Le jeune commandant demanda pourquoi on utilisait nécessairement des cadavres et pourquoi on ne laissait pas les morts en paix. Il savait que les ennemis de la Terre, les Eotiens, pouvaient toujours les vaincre sur le terrain de la reproduction mais il y avait longtemps que les Terriens faisaient la synthèse du protoplasme. De cette façon, ils auraient pu produire des androïdes présentables qui n'auraient pas empesté les narines de l'odeur de la mort. La jeune femme se fâcha pour de bon. Elle affirmait que leurs produits n'avaient aucun odeur. La technique consistait simplement à prélever sur les cadavres le protoplasme humain. Quand le narrateur lui demanda pourquoi on n'utilisait pas simplement des éléments de base pour fabriquer des androïdes. Elle répondit que c'était une simple question d'économie industrielle. Le meilleur matériau et le moins cher pour la fabrication des subrogés soldats, c'était encore les cadavres de soldats morts à l'ennemi. La jeune femme demanda au jeune commandant de se rendre à la chambre 1591. Son équipage ne rejoindrait. Elle demanda au narrateur de se rendre à la chambre 1524. Le narrateur dit à la jeune femme qu'il regrettait les décrets sur la repopulation. Il lui dit aussi qu'elle aurait été un excellent officier d'orientation à l'arrière. Il en avait appris davantage sur le Dépotoir en une seule conversation quand 20 conférences d'instruction.

3

Le narrateur se trouvait dans une pièce qui servait de salle de classe lorsqu'on procédait pas au ramassage des pièces anatomiques et humaines. Il y avait une carte qui traitait des Eotiens. Très peu d'informations avait pu être rassemblées sur ces insectes en un quart de siècle, depuis le moment où ils avaient fait une sanglante irruption au-delà de Pluton. Le seul espoir des Terriens était de découvrir le système solaire dont ils étaient issus pour détruire leurs bases. Pour maintenir le statu quo , les Terriens devaient augmenter la moyenne des naissances pour compenser les pertes humaines lors des batailles. Les réglementations étaient de plus en plus rigoureuses sur la repopulation. Les premiers soldats subrogés avaient de bonnes raisons d'être appelés des zombies. Ils étaient bleus et leur respiration était bruyante. Leurs corps étaient tendus et ils se déplaçaient au ralenti. Ils n'étaient bons qu'aux corvées les plus rudimentaires. Leur carrière fut arrêtée à cause des combats. Ils restaient imperturbables quoiqu'il arrive. C'est pour cette raison que les zombies furent retirés du service. La perspective de mourir une seconde fois les avait laissés absolument de glace.

Les soldats subrogés confiés au narrateur entrèrent dans la pièce. Leurs visages étaient impénétrables. Ils resplendissaient de santé et leur aspect était parfaitement normal. Le narrateur était gêné par le fait que les quatre soldats qui le regardaient dans les yeux avaient été très célèbres. Le plus grand s'appelait Roger Grey et possédait toutes les décorations imaginables. Il serait le copilote du narrateur. Le petit homme vif à l'épaisse tignasse s'appelait Wang Hsi. Ce serait son mécanicien. Le petit personnage au teint foncé s'appelait Yussuf Lahmed. Il était l'homme le plus décoré de toutes les forces aériennes terriennes. Il serait le canonnier.

Enfin le gros, c'était Stanley Weinstein, le seul prisonnier qui se fut jamais tiré des griffes des Eotiens. Il serait l'astro-navigateur. Le narrateur savait que ces quatre hommes n'étaient que des copies fidèles exécutées d'après les spécifications précises enregistrées dans les fiches médicales des forces aériennes terriennes.

4

Le narrateur ne voulait pas oublier qu'il devait exister des centaines de soldats subrogés qui avaient été célèbres. « Seuls les braves sont dignes de l'avenir ». Telle était la devise du Dépotoir et on reproduisait en série les hommes qui s'étaient spécialement signalés par leur héroïsme. L'intention était également de construire de nouveaux héros même si la personnalité originelle ne reparaîtrait jamais. Néanmoins, le narrateur avait été conquis par ses soldats. Un poids immense venait de se lever de sa poitrine. Zombies ou pas, son équipage lui plaisait.

Mais il s'aperçut que les soldats n'avaient prononcé une parole depuis leur arrivée. Ils s'étaient contentés de l'observer et leur expression n'était pas précisément chaleureuse. De toute évidence, quelque chose en lui choquait les soldats. Alors il leur demanda ce qui les tracassait. Grey refusa de lui donner les raisons de leurs tracas. Le narrateur ne voulait pas monter à bord de son chasseur avec un équipage qui nourrissait à son endroit un mystérieux grief. Il leur annonça qu'il ne voulait pas tenir compte des grades. Il voulait que la concorde règne dans son appareil. Il leur expliqua que si l'entente ne régnait pas entre eux, le chasseur n'obtiendrait pas le maximum d'efficacité. Alors Weinstein lui demanda quel était le mot qu'il employait quand il parlait des soldats subrogés. Il voulait savoir si c'était le mot de zombie que le narrateur employait. Grey affirma que la narrateur utilisait l'expression de viande en boîte à leur égard. Lamehd était d'accord avec Grey. Wang Hsi était persuadé que le narrateur utilisait le mot de zombie. Le narrateur lisait de la haine dans leurs yeux. Aucun des soldats n'avait plus de six mois d'existence. Le narrateur se demandait comment ils avaient pu apprendre ces mots de zombie, viande de conserve, carne. Ils n'étaient jamais sortis de l'enceinte du Dépotoir. Le narrateur savait qu'ils n'auraient pas pu trouver cette notion dans leur conditionnement. Alors il comprit que les instructeurs des forces aériennes terriennes avec leurs esprits étroits et haineux avaient donné aux soldats subrogés le premier goût de la véritable vie de caserne, un aperçu du monde extérieur.

Alors il leur demanda comment ils l'appelleraient. Ils parurent perplexes. Lamehd répondit dans un sourire sans joie qu'ils appelaient ceux qui étaient nés « des réels guillemets. Les autres voulaient que le narrateur entende tous les autres mots employés. Quelques-uns des sobriquets étaient amusants, d'autres perfides. Le narrateur leur demanda s'ils se sentaient mieux. C'était le cas. Il leur expliqua que dorénavant si quelqu'un de leur grade prononçait un mot qui ressemblait à zombie, ils auraient toute liberté de le mettre en pièces. Si l'individu était du grade du narrateur, c'est lui-même qui se chargerait de la correction car il était un commandant très susceptible.

Et chaque fois qu'ils auraient l'impression qu'il ne les traitait pas en êtres humains, en citoyens du système solaire, il leur donnait la permission de venir le trouver et de l'insulter. Les quatre hommes sourirent. Mais Wang Hsi affirma que les soldats subrogés ne valaient pas les hommes engendrés par la femme et ils le savaient bien. Jamais ils ne pourraient les égaler.

 

5

 

Wang Hsi affirma que les subrogés soldats n'étaient pas des soldats parce que les soldats étaient des hommes. Le narrateur leur demanda ce qu'il leur faisait croire qu'ils n'étaient pas des hommes. Wang Hsi répondit qu'ils n'étaient pas des hommes car ils ne pouvaient pas se reproduire. Il aurait voulu que les scientifiques leur laisse une chance car leurs enfants n'auraient peut-être pas donné de trop mauvais résultats. Grey estimait que c'était justement le point sensible. Leurs enfants auraient peut-être surpassé ceux des réels. Alors le narrateur leur demanda s'ils pensaient qu'ils avaient été délibérément frustrés du pouvoir de se reproduire. Grey savait qu'on n'avait pas besoin d’eux. Il y avait beaucoup de dépôt de semences spermatiques dans les banques. Wang Hsi était persuadé que les scientifiques avaient délibérément privé les soldats subrogés du pouvoir de se reproduire. Le narrateur répondit que la biologie n'avait pas encore résolu le problème du plasma germinal. Il avait lui-même été stérilisé à cause d'un champ de radiation. Il savait donc que la science peut encore résolu ce problème. Roger Grey se leva pour lui tendre la main. Lahmed déclara que le narrateur était un chic type. Ils étaient prêts à le suivre partout où il voudrait les conduire et ils l'appelèrent papa.

Play-back (J. T. M’Intosh).

 

Bert Siddon était accoudé derrière le bar. C'était son garçon, Bill, qui servait les commandes.

C'était lundi soir, et au Cygne doré, la soirée du lundi tournait en général au débat. Une personne non identifiée avait passé la tête dans l'entrée et déclaré d'un ton écoeuré : « Au nom du ciel, encore les Têtes ! », puis avait disparu aussitôt.

Il était courant de redécouvrir entre 7:00 et 8:00 et demie tous les paradoxes du monde et d'arriver à tout remettre en ordre pour 9:30 à la satisfaction de tous sauf de Harry Smith qui n'était jamais content et du professeur pour qui rien n'était simple.

La conversation tourna autour des femmes. Bert annonça que s'il avait le choix entre toutes les femmes du monde, c'était encore Martha qu'il choisirait. Smith offrit une tournée générale. Ce ne fut pas la faute de Bert si la question des voyages dans le temps fut soulevée.

Il s'en fichait. Il ne pouvait pas parler de son don à ses amis. Mais cela ne le dérangeait pas d'écouter ce qu'ils avaient à dire sur les voyages temporels.

Smith pensait que c'était tout simplement impossible. Moir répondit que rien n'est jamais impossible. Harper rétorqua que le gouvernement nationaliserait les voyages temporels et perdrait encore du fric si c'était possible. Le professeur déclara que la possibilité ou l'impossibilité des choses n'était évidente que dans bien peu de cas. Mais dans l'ensemble, il estimait que les voyages temporels faisaient partie de ces choses.

Alors la conversation tourna autour des paradoxes temporels. Est-ce qu'un homme disparaîtrait en voulant se rencontrer dans le passé. Smith déclara que si c'était possible quelqu'un de l'avenir aurait déjà trouvé comment s'y prendre.

Harper affirme que s'il déclarait être un voyageur temporel, on le mettrait chez les dingues. Mais il l'affirma tout de même. Bert souriait parce qu'il était le seul homme à savoir quelque chose de la question. Il connaissait tous les résultats sportifs à venir. Il affirma qu'il n'y avait pas besoin de machines pour les voyages temporels car l'homme était capable de voyager dans le temps par lui-même.

Bert savait qu'un seul homme pouvait voyager dans le temps mais bien entendu il ne leur dit pas. Il affirma seulement que s'ils pouvaient se rappeler suffisamment bien ce qui était arrivé, peut-être qu'ils seraient capables de le faire arriver de nouveau. Il fut contrarié d'entendre un choeur de moqueries.

Néanmoins, les Têtes reprirent tout de suite un intérêt à la théorie. Smith affirma qu'on ne pourrait remonter le cours que de sa propre vie. C'était ce que pensait également Bert. Seulement ce ne serait possible qu'à condition d'avoir la meilleure mémoire que qui que ce soit. Le professeur appréciait l'idée qu'on puisse avoir une deuxième chance pour toutes les occasions. Les autres découvraient également des possibilités comme gagner de l'argent ou dominer le monde. Bert ramena la conversation sur le plan raisonnable. Il déclara qu'il ne désirerait autre chose que ce qu'il avait. Il aurait fallu qu'il vive pas mal de vies supplémentaires pour retrouver une fille comme Martha. Il leur expliqua qu'il pourrait toujours faire mieux que les autres à force de recommencer. Il fit une démonstration avec les fléchettes. Il réussit à faire trois triples 20. Mais le professeur rétorqua que les gens seraient sans doute surpris de le voir si fatigué à la fin d'une partie. Bert lui expliqua qu'il pourrait repartir à chaque fois qu'il aurait raté un coup. Il lui suffirait de faire les rectifications nécessaires. Alors Smith commença à apprécier la discussion. Il imaginait recommencer sa vie à l'âge de 20 ans. Moir comprit qu'avec cette méthode il pourrait trouver la femme idéale.

Bert n'oubliait jamais qu'il serait incapable d'empêcher que Martha meurt dans cinq ans. Mais il pourrait ramener tout à l'époque où elle avait 18 ans. Alors pour se rassurer, il partit voir sa femme. Pendant ce temps les autres continuèrent la conversation sur le voyage dans le temps. Le professeur fit remarquer que le temps stagnerait si quelqu'un avait le don de voyager dans le temps. Le voyageur remontrait sans cesse dans le temps. Je crois qu'il serait en danger de mort. Le temps se limiterait donc pour toujours ou quelques années de vie de cet homme. Il n'y aurait donc plus d'avenir pour les autres. Quand Bert revint après s'être assuré du bien-être de Martha, les Têtes avaient entamé une discussion sur les soucoupes volantes.

 

Invariant (John Pierce).

 

Le narrateur avait rencontré Homer Green chez lui. Sa maison était entourée d'autres bâtiments du XXe siècle. Le narrateur avait éprouvé un sentiment d'irréalité en regardant le mobilier désuet de Green. Il éprouva de la pitié en voyant Green dans son fauteuil. Le narrateur se présenta. Il s'appelait Carew et faisait partie de l'Institut. Green se leva pour lui tendre la main. Ce geste était inhabituel pour Carew. Green venait de subir un traitement et était fatigué. Carew avait écrit une thèse intitulée Un aspect de la politique et du discours au XXe siècle. Il voulait rencontrer Green pour parler politique avec lui. Carew n'avait jamais cru auparavant que les politiciens du XXe siècle avaient pensé ce qu'ils avaient dit. Carew éprouvait de la compassion pour Green et il s'était senti ému en sa présence. Il lui avait demandé ce qui l'avait conduit à découvrir les propriétés des salamandres. La régénération des membres des salamandres lui avait donné l'idée d'une régénération parfaite des organes humains. Green avait l'air jeune depuis le XXe siècle. Après avoir achevé son récit, Green se hasarda à émettre une prédiction. Il pensa que sa découverte fonctionnerait. Carew avait rencontré Green le 4 août 2170. Mais Green était persuadé que c'était le 11 septembre 1943. Alors Carew lui montra son transmetteur électronique pour lui prouver la date réelle. Green éprouva de la peur. Il pensait que sa mémoire avait disparu à cause du traitement. Mais Carew le rassura. L'expérience avait réussi et les tissus de Green avaient acquis la faculté de se reformer exactement selon la même configuration d'une année sur l'autre. Mais leur forme était devenue invariante. Green était resté le même depuis plus de 200 ans. Son cerveau était aussi invariant. Il ne pouvait donc s'adapter à un nouvel environnement. Les habitudes de Green resteraient définitivement accordées à une certaine maison : la sienne, tel quel était le jour où il s'était administré son traitement. Sa maison avait donc été préservée depuis deux siècles. Green était devenu l'homme le plus précieux au monde. Il accordait trois entretiens par jour avec quelques privilégiés. Carew étudiait l'histoire. Il était donc venu voir le XXe siècle par les yeux d'un homme intelligent de cette époque. Il était venu apprendre ce que signifiait la politique pour un homme du XXe siècle. Certains hommes avaient cherché à pousser à bout Green, sans que celui-ci se fâche grâce à son cerveau qui ne pouvait pas changer. Green avait rendu au monde le plus grand service possible sans le savoir. Carew savait que tout souvenir de son entretien avec Green aurait disparu de la mémoire de l'immortel. En le quittant, Carew se demanda s'il n'avait pas gaspillé la dernière heure de la matinée.

Service funèbre (Gerard F. Conway).

Un lundi matin maussade, juste avant l'aube, il reçut l'avis qui le conviait à aller chercher son père. Il y avait trois ans qu'il attendait cet instant. Il avait l'impression qu'on le sortait d'un rêve particulièrement comateux. Jake se laissa imprégner de 24 ans de souvenirs. Il regarda l'hologramme de sa famille. Six ans plus tôt, ils formaient une famille que le temps ne pouvait atteindre-c'était ce que disait l'hologramme.

Son père était mort trois ans plus tôt. Il allait revenir et Jake allait peut-être pouvoir dire les choses qu'il n'avait jamais dites auparavant. Il passa la matinée du mardi à remettre de l'ordre dans sa maison. Puis il appela sa soeur Anne. Elle n'avait jamais vraiment compris le processus du Rappel.

Elle se demanda si son père se souviendrait encore d'eux. Jake lui expliqua que ses souvenirs avaient été enregistrés. Leur père serait exactement comme il était le jour de sa mort.

Elle lui reprocha son absence, le jour de la mort de leur père. Jake avait été absent à cause de son livre. Il passa une heure devant l'enregistreur, essayant de trouver quelque chose à dire. Il se demanda pour la millième fois si le livre serait jamais terminé. L'indemnité de chômage lui suffisait pour vivre et l'argent de son père lui avait procuré assez de superflu. Il ne savait pas quoi acheter. La circulaire édictée par l'entreprise de Rappel indiquait que les nouveaux rappelés ne pouvaient absorber aucune nourriture organique. Il acheta une bouteille de vin, espérant que cela ferait l'affaire. Le mardi soir, il écouta de la musique, sans une pensée ni même un souvenir.

Le mercredi, la salle d'attente était bondée. Une femme âgée se dirigea vers Jake car elle avait remarqué que lui aussi était en avance. Elle lui dit qu'elle n'aurait jamais pensé qu'il y aurait autant de monde. Elle voulut savoir qui il attendait. Il répondit qu'il attendait son père. Elle attendait son mari. Elle trouvait que le Rappel était indécent. Les morts appartenaient au passé et tout avait disparu. Jake lui répondit que le Rappel ramenait les morts à la vie. Mais elle savait que ce ne serait pas pareil. Ses amis lui avaient dit que son mari serait seulement comme il avait été le dernier jour. Son mari était radin et il ne se rappellerait même pas qu'il était mort. Jake demanda à la vieille femme si elle savait comment on avait créé le Rappel.

Elle répondit qu'elle était désolée et qu'elle s'était trompée. Elle avait pensé qu'il avait l'air seul. Alors, elle s'en alla. Jake attendit l'appel de son numéro.

Il était paralysé par ses souvenirs. Il se souvenait avoir été incapable de jamais faire le premier pas auprès d'une fille dont il était amoureux. Quelque chose l'avait retenu. Il donna sa carte bleue à une employée. Elle lui annonça que M. Grant l'attendait. Il suivit le couloir indiqué jusqu'à la salle où se trouvait son père. Il dit bonjour à son père. Il ne trouva rien d'autre à dire. Son père se tourna vers l'homme qui se trouvait à son côté et demanda s'il devait aller avec son fils. Jake fut surpris du ton soumis que son père avait employé. L'inconnu dit à Jake qu'il devrait être patient car son père était encore désorienté. Il donna un objet cylindrique à Jake. C'était un boîtier de commande. Il faudrait tourner un bouton avant de se coucher le soir. Jake regarda son père, essayant de discerner les engrenages et les mécanismes qui devaient se dissimuler sous ses vêtements. Durant le trajet du retour, Jake évita de regarder le souvenir assis à côté de lui. Il voulut parler à sa soeur avant qu'elle ne voie son père. Son père était assis sur le canapé. Il commençait à comprendre ce qui s'était passé. Jake amena sa soeur devant son père. Il se souvenait de sa fille. Elle parut décontenancée alors Jake l'emmena avec lui dans la cuisine. Elle pleura. Anne demanda à son frère pourquoi il avait fait revenir leur père. Il répondit que c'était parce qu'il l'aimait. Et aussi parce qu'il avait envie de lui parler. Mais Anne lui rappela qu'ils avaient été presque des étrangers, vers la fin. Elle ne savait pas quoi dire. Elle était désolée. Elle pensait que ce n'était pas vraiment leur père. C'était juste un amas de souvenirs ; on ne pouvait pas faire l'amour à un souvenir. Jake fut choqué par l'analogie.

Anne s'en alla en disant qu'elle n'avait pas besoin de demander à cette chose ce que cette chose était incapable de lui donner. Le vieillard était resté devant sa fenêtre et n'avait pas entendu Anne partir. Jake pensait que c'était mieux ainsi. Il donna un verre de vin à son père. Il éprouva le sentiment étrange d'être entraîné malgré lui. Il savait que cette scène était fanée. Il n'arrivait pas à faire le premier pas. Son père lui demanda où il en était avec son livre. Jake répondit qu'il y travaillait. Mais il n'avait pas encore trouvé d'éditeur. Son père lui dit que c'était son travail et sa vie. Il constata que rien n'avait changé dans l'appartement. Il avait tout de même remarqué que la pollution avait progressé depuis trois ans. Il demanda à son fils des nouvelles de Susan. Jake répondit qu'il ne l'avait pas beaucoup revue. Son père lui reprocha de ne pas mener les choses à leur terme. Il lui ordonna d'appeler Susan immédiatement et de la faire venir. Mais Jake refusa. Il ne l'avait pas vue depuis trois ans. M. Grant demanda à son fils s'il n'avait pas oublié sa mère. Jake répondit qu'elle était morte un an plus tôt. Il perçut une sorte de faible bruissement dans la poitrine de son père. C'était un son qui n'était pas tout à fait celui de la chair. Il demanda à son fils de prendre soin de sa mère. Il dit encore que rien n'avait changé. Jake lui demanda pourquoi les choses n'allaient pas entre eux. Son père ne l'avait jamais écouté. Avant de mourir, son père lui avait aussi demandé de prendre soin de sa mère. Alors Jake lui dit que le souvenir qu'il avait gardé de son père lui faisait mal. Il aurait voulu transformer son souvenir en un bon souvenir. Mais c'était impossible. Il n'avait rien fait de sa vie tant qu'il avait été sous la domination de son père.

Son père n'arrivait pas à croire que Jake avait dorénavant 27 ans et plus 25 ans. Jake sortit le cylindre de sa poche. Il tourna le minuscule bouton. Le lendemain, Jake rapporta son père. Il avait coupé les circuits mémoriels. Ce n'était plus qu'un robot. L'employée lui expliqua qu'elle avait l'impression que Rappel allait bientôt fermer ses portes. Alors Jake lui demanda qui il devait contacter pour des obsèques.

Le chemin de croix des siècles (Henry Kuttner).

On l'appelait le Christ. Mais ce n'était pas l'homme qui avait gravi le long chemin du Golgotha 5000 ans plus tôt. On l'appelait le Prince de la Paix et l'Immortel. Son nom était Tyrell. Il avait gravi une montagne pour se rendre au monastère. Sa tunique blanche était tachée du noir rituel. Une jeune fille lui fit doucement signe d'avancer. Il était conscient du trouble que lui causait une perte prochaine que son esprit ne pouvait plus comprendre. Les prêtres s'inclinèrent devant lui. Il leva la main les bénir tous. Il prononça des paroles qui ne correspondaient pas au bon moment ni au bon rituel. Mais cela n'avait pas d'importance, comme il était le messie. Le chef des prêtres, Mons, fit un signe à la jeune fille. Elle mit délicatement les mains sur les épaules de la tunique de Tyrell. Mons mandat à Tyrell s'il voulait rejeter ses vêtements souillés et avec eux les péchés du temps. Tyrell se rappela de quelques-uns des mots du rituel. La jeune fille déshabilla le messie. On aurait dit un garçon de 20 ans. Il avait 2000 ans. La jeune fille lui demanda d'entrer dans l'eau et de traverser à la nage. Elle avait déjà attendu trois fois sa résurrection au cours des 300 dernières années. Comme lui, elle était immortelle. Il lui demanda de l'attendre. Le corps du messie était intact mais son esprit se raidissait et perdait le contact avec le présent. Il avait abandonné sa tunique qui était souillée de tous les souvenirs d'une centaine d'années. Mons conduisit le messie hors de l'eau pour l'emmener dans le monastère. L'esprit de Tyrell serait lavé, débarrassé des strates de souvenirs amoncelés pendant le siècle écoulé. Le messie avait vécu et les forces du mal s'étaient entre-détruites. Le monde avait trouvé la paix. Il avait oublié l'Antéchrist. La jeune fille en était heureuse. Ce devait être terrible de se souvenir. Le jour du messie était arrivé et Nerina, la seule autre à être née immortelle contempla avec amour la porte que le Messie avait franchie. Il se passerait 70 ans avant qu'elle franchisse à son tour l'eau à la nage.

Le messie se réveilla. Nerina avait peur qu'il ne l’ait oubliée. Mais Mons la rassura. On lui rendait toujours les souvenirs qui concernaient son amante. Le messie se releva et se revêtit de sa nouvelle tunique d'une blancheur immaculée. Dans le corps éternel, l'esprit était de nouveau jeune et sûr. Tyrell rappela à Mons qu'il était un homme et non un Dieu. Il dit à son amante que si un jour il ne devait plus se réveiller c'était à elle qu'il serait le plus dur de renoncer. Il leur restait une semaine de retraite dans le monastère avant de retourner chez eux.

Il voulait que Nerina perde l'attitude révérente qu'elle avait à son égard. Elle trouva qu'il avait changé. Il était encore plus doux. Il répondit qu'on lui lavait le cerveau et on lui donnait un nouveau jeu de souvenirs. Chaque fois les choses étaient plus paisibles qu'un siècle plus tôt. Cela évitait qu'il devienne un anachronisme. Il se rappelait toutefois des grandes guerres. Il avait tenté de parler de la paix aux hommes mais ils avaient essayé de le tuer. L'après-midi suivant, Tyrell était courbé près du corps d'un prêtre qui venait de mourir. Il demanda à Nerina d'aller chercher Mons. Mons demanda au messie combien de siècle s'étaient écoulés depuis le dernier acte de violence. Le Messie répondit que cela faisait 800 ans. Le dragon avait resurgi du passé. Mons demanda au messie de ramener la paix. Personne ne savait qui avait tué le prêtre car l'aptitude à la haine et à la destruction avait été extirpée de la race humaine. Le messie pria. Au cours de la nuit, près de son amante, il cria contre Satan. Elle le serra contre elle jusqu'à ce qu'il se rendorme.

Nerina et Mons révélèrent au messie qu'un nouveau meurtre avait été découvert. Un prêtre avait été tailladé au couteau. Mais ils découvrirent le couteau chez le messie. Mons essaya de convaincre Nerina que Tyrell était le meurtrier. Mons lui expliqua que l'immortalité était un accident génétique. La fontaine de jouvence n'était qu'un symbole. Tous les 100 ans, on plaçait le messie dans une machine. L'esprit n'était pas immortel. Au bout d'un certain temps, il ne pouvait plus supporter le poids du savoir, de la science, des habitudes. La machine soulageait l'esprit. Mais les nouveaux souvenirs créés par la machine transformaient la personnalité de l'immortel. Chaque siècle, la nouvelle personnalité de Tyrell était autre. Le nouvel esprit de Tyrell était plus en accord avec le siècle à venir qu'avec l'ancien. Mons pensait que la mentalité de base de Tyrell ne disparaissait pas. Mais elle était devenue inconsciente. Il avait 20 personnalités enfouies dans son esprit. Une telle démultiplication de sa personnalité ne pouvait plus conserver son équilibre. Nerina répondit que son amant n'avait jamais été un tueur. Mons lui dit que parfois, dans la sépulture de l'esprit, quelque chose pouvait changer. Il fallait commencer tout de suite une régénération. Nerina alla parler à son amant. Il ne comprenait pas ce qu'il avait fait. Il ne croyait pas avoir commis un crime. Elle lui dit qu'il était le Christ blanc. Mais il n'avait pas voulu ce nom. Il lui révéla que les hommes qui avaient prêché la paix étaient tous morts. Il était le seul à avoir survécu. Il avait survécu mais pas en prêchant. Il était devenu le plus sanglant des bouchers. À présent que le monde était en paix, on le vénérait comme le messie. Il rit, satisfait de lui. Il étreignit Nerina. Soudain, elle se retrouva assise sur un lit tandis que son amant était agenouillé devant elle. Il se rappela qu'autrefois, on l'appelait l'Antéchrist. Il implora Nerina de l'aider. Alors elle s'empara du poignard et l'abaissa de toutes ses forces pour lui donner l'aide dont il avait besoin.

Elle savait que Tyrell serait heureux de voir cette netteté, cette pureté qui continueraient à jamais. Elle compenserait sa solitude en se consacrant aux siècles de l'homme à venir. Sa main tressaillit sous les éclaboussures du sang répandu. Aussitôt, elle ferma son esprit à ces  souvenirs.

Le dernier train pour Kankakee (Robin Scott).

Sydney Becket commença à courir un réel risque de damnation éternelle alors qu'il était encore très jeune. À 14 ans, il avait dévalisé trois confiseries et violé une petite fille de 12 ans. Il avait tué son père. Pendant la guerre, il avait amassé un butin à l'armée. Ensuite il avait volé des voitures. Puis il y avait eu le piratage des postes de télévision. Il avait trafiqué de la drogue avant de se retrouver en prison. Ensuite il avait triché au jeu à Los Angeles. Il avait épousé Mary Louise Allenby qui s'était entichée de ces histoires de conservation cryogéniques. Sydney avait vendu des soins à perpétuité pour 20 000 $ l'unité. Mais il fut assassiné par le souteneur d'une prostituée avec qui il couchait. Avant de mourir, il avait eu le temps de demander un enterrement plutôt que la cryogénisation. Mary Louise n'avait pas respecté ses dernières paroles. En 1976, cinq ans avant la mort de Mary Louise, elle fut l'une des premières acheteuses d'une nouvelle source d'énergie à la vie remarquablement longue. Elle mourut en 1980 et ses héritiers ne furent pas aussi soucieux de sa préservation corporelle qu'elle l'avait été avec celle de son mari. Dans sa crypte, Sydney réussit à survivre à l'holocauste de la guerre sino-soviétique. Il s'éveilla seul au bout de quatre siècles et Mary Louise n'était plus là pour le sauver.

La machine avait reconstitué ses tissus presque cellule par cellule. Mais il était devenu sourd à 50 % d'une oreille et sa main gauche était agitée d'un tremblement incontrôlable. De plus, il zézéyait. La voix Sydney attira une très grande femme aux cheveux blancs. Elle ne portait qu'une ceinture à laquelle se balançaient un certain nombre d'instruments étincelants.

Elle fit quelque chose avec instruments qu'elle tenait dans la main. Sydney s'éveilla de nouveau dans une chambre à peine éclairée. Un plateau de nourriture apparut et il mangea. Un écran surgit devant lui et deux personnages lui parlèrent avec des accents étranges. Ils lui parlèrent de son retour à la vie, de l'importance qu'il revêtait pour eux en tant qu'unique survivant de son époque. Ils lui racontèrent les événements survenus au cours des siècles. Au bout d'un moment, la grande femme aux cheveux blancs apparut et lui donna une ceinture étroite, une carte de la ville et une clé d'une forme curieuse donnant accès aux appartements qui lui avaient été assignés.

La première année que Sydney passa sous le dôme de San Fernando s'écoula rapidement. Tous ses désirs étaient exaucés. Il ne manquait pas de compagnie humaine. Au cours de la seconde année, il était incapable d'établir une relation stable avec quiconque. Mary Louise lui manquait. Personne ne se souciait de le sauver. Il n'y avait pas de travail pour lui et il n'avait aucun besoin ni aucune occasion de voler quelqu'un ou de le duper. Même le plaisir infiniment exquis devint infiniment fastidieux.

Au cours de la troisième année, il tenta d'agresser ses hôtes. Mais on ne pouvait pas attaquer à mains nues des types de plus de 2 m de haut et ils étaient à l'épreuve de toutes les armes mises à la disposition de Sydney. Pendant sa quatrième année sous le dôme, Sydney sauta de son voltigeur et retomba 700 m plus bas, dans le sable vitrifié de ce qui avait été autrefois le désert Mojave. Il fallut un mois pour le rafistoler. Après quoi, il fit le grand plongeon dans l'unité de désintégration des eaux usées du dôme. Il fut réduit à ses molécules constitutives largement dispersées dans les eaux du Pacifique nord. Il reprit conscience encore une fois dans un endroit, près d'une chose qu'il décida d'identifier comme la station de la 63e rue de la gare de l'Illinois central. Il fut pris dans une bousculade d'autres agrégats amorphes. Il entra dans un train. Les agrégats amorphes possédaient tous une clé correspondant à une porte de compartiment. Sydney avait lui aussi une clé mais la sienne n'entrait dans aucune serrure. Après un petit moment, tous les compartiments furent pleins. Le train se dirigea vers Kankakee. Une nouvelle foule arriva et un autre train encore. Il essaya encore sa clé. Et puis un autre train et encore un autre. Il finit par renoncer. Il y avait des chiffres sur sa clé : 22/5/1970. Il se rappela être allé à Tijuana le 20 mai et il avait rencontré Marie et Juan. C'était lors de la seconde nuit avec Marie et Juan que ce vieux type de Pennsylvanie et sa femme les avaient rejoints. Son assemblage temporaire d'impression, de sensations, de désirs, de haines incapables de réinsertion dans une chair nouvelle commença à se disperser et commença à rejoindre les molécules éparpillées de son ancienne chair. Il était en vérité condamné à la damnation éternelle. Tout ce qui avait été Sydney finit par imprégner le tissu même du monde. La dispersion de Sydney continua jusqu'aux étoiles et jusqu'aux limites de l'univers. Il prit conscience du fait que quelque chose ou quelqu'un se retirait. Il réalisa qu'il était en train de prendre la place de quelqu'un. La damnation de Sydney fut complète lorsque son expansion achevée, sa taille et son pouvoir devenus infinis, sa domination totale sur un cosmos où il n'y avait maintenant plus rien qui vaille la peine d'être volé, il réalisa qu'il était devenu Dieu. Sa réincarnation dans un corps était en son pouvoir mais ne changerait pas grand-chose. Après tout, cela avait été tenté par son plus immédiat prédécesseur et sans succès notable.

Partenaire mental (Christopher Anvil).

Jim Calder avait été engagé par Walters pour une mission. Il devait partir à la recherche d'une drogue et l'essayer sur lui. Walters voulait savoir pourquoi les personnes qui avaient utilisé cette drogue ne présentaient aucun symptôme de manque. Les drogués qui avaient été capturés et emprisonnés ne présentaient aucun signe d'amélioration. Jim demanda à voir un des intoxiqués. Walters accepta. Jim rencontra Janice dans un hôpital. Elle refusait de parler avec le médecin en lui disant qu'il n'existait même pas et qu'il n'était rien. En la regardant, Jim eut un frisson.

Jim demanda à Walters si tous les drogués étaient comme Janice. Ce n'était pas le cas. Les gens qui se rendaient dans les officines pour recevoir de la drogue entraient par la grande porte et ressortaient le lendemain matin, la première fois. Ensuite, le plus souvent, ils louaient un des garages individuels de Jayne Street.

Puis ils cessaient de s'intéresser à leurs affaires et les gens de l'entourage remarquaient qu'ils avaient l'air absent. Les drogués dépensaient toutes leurs économies et finissaient par perdre les pédales en l'espace de deux à trois semaines. Walters expliqua à Jim que les drogués ne disposaient pas de réserve et devaient trouver leur drogue sur place. Quand une officine était trouvée, les drogués s'évanouissaient comme neige au soleil. Jim accepta la mission.

Jim hésita au cours de la nuit à remplir sa mission. Finalement il sortit pour se rendre à Jayne Street et passa devant la rangée de garages. Il s'arrêta. Il avait la vague impression d'une fausse note. Il y avait une vaste demeure de style démodé. Elle se dressait au fond d'un parc. Les fenêtres étaient étroites. Incapable de déterminer ce qui lui avait paru détonner, Jim rentra chez lui. À l'exception des fenêtres éclairées, les maisons n'étaient que des blocs de ténèbres. Faisant volte-face, il repartit jusqu'à sa voiture pour retourner à Jayne Street. Cette fois, la maison était plongée dans l'ombre. La demeure était une silhouette noire plaquée contre le ciel. Jim reprit lentement le chemin du retour.

Il se rendit le lendemain matin à la première heure au bureau de Walters. Il y avait une maquette de la mystérieuse maison. Jim ne remarqua rien de plus qu'il n'avait déjà vu. Il téléphona à Walters qui était encore chez lui pour lui demander si la maquette était d'une fidélité absolue. Walters répondit que des contrôles étaient effectués régulièrement. Jim n'était pas satisfait car il se disait qu'il devait forcement y avoir des projecteurs camouflés en haut des arbres pour simuler le clair de lune. Alors il retourna en voiture à la propriété. Il jeta un coup d'oeil sur les arbres mais n'aperçut pas le moindre projecteur. La porte s'ouvrit une femme vêtue d'une tenue bleue pale de soubrette apparut. Elle s'adressa à Jim pour lui dire que c'était une belle journée. Elle lui proposa d'entrer. Jim demanda à voir Cinthia. La femme lui montra le chemin. Soudain, il ressentit une pression à la base de son crâne. Il éprouva une vive douleur à son bras droit comme si on lui avait fait une piqûre. Il sombra alors dans la nuit.

Quand il reprit conscience, il était étendu sur un lit. Il était dans une chambre. Une femme entra et le contempla avec un soupçon de sourire. Elle lui expliqua qu'ils étaient obligés d'amener les gens à partager leur manière de voir. Elle prétendit qu'ils avaient à offrir quelque chose d'infiniment plus précieux que n'importe quelle façon de vivre. Mais Jim devrait l'expérimenter par lui-même pour le comprendre. Quand Jim demanda des précisions, la femme répondit qu'ils n'offraient rien de plus que les désirs raisonnables qu'on pouvait caresser.

Il demanda s'il y avait un risque d'accoutumance. Elle répondit que s'adonner aux joies supérieures constituait toujours une intoxication.

Il demanda si ses activités professionnelles n'en souffriraient pas. Elle répondit que cela dépendrait de lui. Il demanda ce qui arriverait s'il se rendait directement au commissariat de police. Elle savait qu'il n'en ferait rien car sinon il ne pourrait jamais revenir.

Il voulut savoir si on lui donnerait une dose en entendant qu'il revienne. Elle lui expliqua que ses souvenirs lui suffiraient. Alors il essaya de s'asseoir mais la chambre s'obscurcit et se mit à tournoyer. La femme l'aida à s'allonger. Puis elle lui annonça le tarif pour continuer la drogue. Jim devrait payer 1000 $ pour une série de trois visites. Le tarif de chaque tranche de trois visites serait doublé. Personne n'était autorisé à revenir plus d'une fois tous les 15 jours. C'était une mesure qui avait été instituée pour assurer la sécurité du groupe. Après un rapide calcul mental, Jim arriva à la conclusion qu'au bout de six mois, la visite coûterait 16 000 $ et 250 000 au terme d'une année. Il demanda pourquoi le tarif augmentait. La femme répondit que c'était parce que l'organisme s'accoutumait. Il était donc juste de doubler à la fois les honoraires et les doses. Jim demanda ce qui arriverait s'il refusait de payer. Elle répondit qu'il était engagé dans une voie à sens unique. Comme il n'était pas convaincu, elle sortit un petit vaporisateur d'une commode et en pressa la poire de caoutchouc sur Jim. Un brouillard constitué d'infimes gouttelettes se posa sur le visage de Jim. Pendant quelques minutes, il demeura parfaitement immobile. Il sentait que les gouttes se posaient sur sa peau et c'était comme si elles explosaient. Le besoin de respirer devenait intolérable. Jim souffrit de migraine. Son coeur battait de plus en plus vite. Il avait mal au crâne. Il y eut comme un déclic et ses poumons aspirèrent l'air frais. Puis un sentiment de paix et de lassitude l'envahit. Après quoi, la femme lui demanda s'il était d'accord pour payer. Il accepta. Pour le premier paiement, un chèque était accepté mais pour les autres, un paiement en liquide serait exigé. Jim signa un chèque. La femme partit et revint avec un verre rempli d'un liquide incolore dans lequel elle versa une poudre blanche. Elle ordonna à Jim de boire la totalité du contenu. Elle le prévint que cela serait terriblement éprouvant. Jim obéit. La femme lui expliqua que sa notion du temps serait déformée comme dans le rêve.

Elle quitta la pièce et referma doucement la porte. Il se leva avec l'impression de faire deux choses en même temps. Alors il se recoucha et se releva à nouveau. Cette fois, il n'éprouva qu'un léger vertige. Il alla jusqu'à la fenêtre pour regarder dehors. Il se rendit compte qu'il était vêtu d'une sorte de chemise de nuit d'hôpital. Impossible de se promener dans la rue et il ne savait pas pendant combien de temps la drogue agirait.

La femme revint. Elle se déplaçait dans une sorte de brume avec des gestes nonchalants. Jim pensa qu'il n'avait jamais vu une femme se mouvoir de la sorte. Il passa la nuit à se demander ce qui était réel et ce qui était dû à la drogue. Tout était excitant et lui donnait de la satisfaction. Le lendemain matin, il sortit. Il éprouva soudain une violente pression à la base du crâne et il y eut un éclair blanc. Il se sentit mollir. Des mains robustes se saisirent de lui. On lui fit descendre l'escalier et on l'adossa contre le mur.

Quand il recouvra ses forces, il ouvrit les yeux. C'était la femme qui l'avait fait entrer qui était devant lui. Elle disait qu'elle ne comprenait pas pourquoi ils devaient faire cela. Il s'en alla en étant rudement content de se retrouver dehors. Il constata que deux lamelles de jalousie du troisième étage de la maison étaient brisées. Cela devait avoir une signification mais il était incapable de se rappeler laquelle. Il éprouvait 90 % de soulagement et 10 % d'étonnement.

Après un examen, les médecins lui annoncèrent qu'il était en parfait état physique et Jim se soumis à l'interrogatoire de Walters. Il décrivit son expérience dans tous les détails. Walters lui dit qu'il avait eu de la chance de ne pas avoir été affecté. Avant de partir, un médecin dit à Jim qu'il espérait qu'il n'aurait jamais besoin qu'on lui fasse une transfusion d'urgence.

Jim avait une formule hématologique très rare. On lui donna 99 000 $. Après avoir longuement réfléchi, Jim décida d'utiliser cet argent pour ouvrir une agence et s'installer comme détective privé. Walters lui promit de l'embaucher si son affaire marchait mal. Heureusement, l'agence de Jim prospéra. Il rencontra une fille qui lui convenait. Il devint père de trois enfants. Son fils aîné se lança dans la médecine et sa fille se maria avec un jeune avocat. Mais son plus jeune fils collectionna une série d'histoires déplaisantes. Alors Jim l'engagea dans son agence et le jeune homme repartit du bon pied. Les années passèrent beaucoup trop vite pour Jim. Mais, au terme de son existence, il eut la satisfaction de savoir qu'il laissait son oeuvre en de bonnes mains. La joie l'habitait lorsqu'il rendit son dernier souffle. Mais il se réveilla, allongé sur un lit, dans une chambre illuminée par le soleil matinal. Il était redevenu un jeune homme. Il se rappela que la femme lui avait dit qu'on ne lui offrirait rien de plus que les désirs raisonnables qu'on pouvait caresser. Il sortit et sentit une pression soudaine à la base du crâne. Il y eut un éclair blanc et son corps mollit. Il revint à lui dans la petite entrée ou la femme aux cheveux gris lui tamponnait le front avec un linge humide. Il demanda où se trouvait sa voiture et la femme répondit qu'elle était derrière la demeure.

En s'éloignant, Jim remarqua les deux volets endommagés au troisième étage de la tour. Cela lui donna une impression de déjà vu. Il ne voyait toujours pas pour quelle raison quelqu'un pouvait revenir en ces lieux mystérieux. Il raconta tout à Walters. Celui-ci lui répondit que c'était histoire diabolique et qu'il pouvait être fié de ce qu'il avait accompli. Grâce à lui, la même épreuve serait épargnée à des tas de gens. Les médecins seraient capables de neutraliser la drogue. Le groupe fut démantelé et Jim assista au procès. Jim ne pouvait parvenir à se convaincre que c'était vrai. Il était incapable de faire la part du vrai et du faux. Alors il démissionna et Walters lui donna une prime généreuse et il se consacra à la peinture. Lorsqu'il fait à son 82e anniversaire, on l'appelait « le Grand Bonhomme de la Peinture ». Puis il mourut. Il se réveilla, allongé sur un lit, dans une chambre inondée de soleil. Il ne se demande pas si c'était réel ou non. Il était en colère. Il partit selon le rite précédemment établi. Il s'était blessé à la main en frappant de rage contre le mur. Les médecins ne purent lui remettre entièrement la main en état par la suite. Il fut incapable de peindre. Cette fois, Walters ne fut pas content du tout et le paya le plus chichement possible. La bande réussit à s'échapper. Jim fut réduit à végéter en faisant de petits travaux pour un salaire de misère.

Sa seule consolation était que l'existence qu'il menait était si lamentable qu'elle devait bien être vraie. Un soir, il se coucha malade comme un chien et se réveilla le lendemain matin dans une chambre que baignait le soleil matinal.

La même chose lui arriva encore à deux reprises. La dernière fois, il resta allongé sur le lit. Tous les détails de ces cinq vies faisaient la ronde dans sa tête. La porte s'ouvrit sans bruit. La femme brune le considéra avec l'ombre d'un sourire. Elle lui dit qu'elle l'avait prévenu que rien ne pourrait être emmené hormis des souvenirs. Elle lui expliqua que son sens de la durée avait été déformé comme dans un rêve. Il aurait voulu pouvoir tout oublier. Il ne comprenait pas comment on pouvait souhaiter tout recommencer. Alors elle se mit à rire en expliquant que personne n'avait envie de recommencer. Les gens revenaient pour oublier qu'ils étaient passés par là. Alors il demanda comment il pouvait faire pour oublier. Elle répondit qu'il fallait utiliser une autre drogue. C'était pour cela qu'il avait déjà payé 1000 $. Ils avaient établi des tarifs impossibles pour que les drogués soient incapables de payer. Alors il demanda ce qui se passait quand quelqu'un allait tout raconter à la police. Elle répondit qu'ils déménageaient. Elle lui apporte à la drogue et de l'oubli et Jim l'absorba. Quand il se réveilla, il s’habilla et se précipita chez Walters. Il lui raconta ce dont il pouvait se souvenir. Walters organisa immédiatement une descente. Mais personne ne fut capturé. Deux semaines et quatre jours plus tard, les souvenirs de Jim revinrent et son existence devint un cauchemar. Il était harcelé par ses souvenirs. Il utilisa des narcotiques pour essayer d'oublier mais sombra dans le désespoir. Il termina ses jours sous les balles des policiers. Il était devenu l'ennemi public numéro un. Quand il se réveilla, il était allongé sur un lit dans une chambre inondée par le soleil matinal. Il remercia Dieu. Le silence régnait dans la maison. Il réfléchit à ce qu'il convenait de faire. Lors de son expérience précédente, il avait demandé à Walters de venir le chercher s'il ne réapparaissait pas le lendemain matin. Ce dialogue avait donc eu lieu la veille au soir ! Il ouvrit la porte et il se souvint une seconde trop tard de ce qui lui était arrivé six fois de suite.

Quand il ouvrit les yeux, la femme grassouillette lui tamponnait le front avec un linge humide. Il regagna sa voiture et se rendit chez Walters. Walters lui demanda s'il était en bonne forme. Jim acquiesça. Les médecins l'examinèrent. Tout allait bien. Il était affamé. Alors Walters lui commanda un petit déjeuner. Après quoi, Jim lui raconta les événements de la veille au soir jusqu'à son départ en voiture. Jim n'avait pas oublié les détails de ses six vies. Il se rappelait notamment un de ses employés qui s'appelait Hart et qui était un acteur-né capable de jouer n'importe quel rôle. Walters lui demanda si ce personnage imaginaire était réel pour lui. Jim acquiesça. Dans une de ses six vies, Jim avait également une famille. À présent, Walters commençait à comprendre pourquoi la fille, à l'hôpital, avait dit au docteur qu'il n'était pas réel. Jim lui expliqua à quel point il était atroce d'avoir tous ses souvenirs qui tournaient dans sa tête. Alors Walters prit son carnet de notes et demanda à Jim de lui expliquer les détails de chacune de ses vies. Après quoi, les deux hommes déjeunèrent puis Walters passa le reste de l'après-midi à poser des colles à Jim sur sa « première vie ».

Jim n'avait pas hésité une seule fois. Walters lui expliqua que si on lui demandait la liste de toutes les personnes qui avaient travaillé sous ses ordres, il en aurait été incapable. Walters n'avait jamais vu mémoire aussi totale. Il demanda à Jim de passer chez lui pour lui montrer qu'il savait vraiment peindre. Jim reproduisit une toile qu'il avait exécutée en fouillant dans sa mémoire, le portrait d'une jeune fille, la dame en bleu.. Walters lui demanda de peindre un gros cendrier sur pied. Alors Jim demanda du papier réglé. Il s'efforça de se rappeler ses premières leçons de peinture. Le résultat était beaucoup moins convaincant que la première toile. Alors Walters lui demanda d'exécuter une nouvelle toile. Jim voulut reproduire la dame en bleu. Il se rendit compte que les toiles étaient identiques.

Walters avait fait expertiser les toiles. On lui avait proposé 5000 $ sans même connaître le nom de l'artiste. Jean demanda à jeter un coup d'oeil sur la maquette de la maison mystérieuse. Il demanda à Walters de faire reproduire le dernier étage de la tour par des dessinateurs et que l'esquisse soit comparée avec des photos. Walters et Jim remarquèrent que plusieurs lames de jalousies brisées étaient présentes sur les photos mais pas sur les dessins. Les dessinateurs furent interrogés et affirmèrent énergiquement que les volets étaient en parfait état. Alors Jim et Walters allèrent inspecter la maison mystérieuse. Ils constatèrent que les jalousies étaient bien intactes. Mais une nouvelle photographie montra que les lamelles étaient cassées.

Ils retournèrent dans le bureau de Walters. L'hypothèse de Jim était que celui qui voyait les volets en bon état était dans un état d'esprit anormal. Il pensait qu'il existait peut-être des moyens nouveaux de passer d'un état mental à un autre et qu'une technique avait été inventée sans qu'on puisse la détecter. C'était peut-être des mots qui servaient de clés. Walters pensait qu'il devait y avoir un appareil caché dans la tour. Cela pouvait expliquer cette histoire de persiennes. Alors Jim proposa de grimper à l'arbre qui était en face de la maison pour pouvoir chercher l'appareil dans la tour. Après avoir grimpé dans l'arbre et progressé le long d'une branche, il était presque au-dessus de la tour. Il réussit à entrer dans la tour. Le silence régnait dans la maison. Il vit quelque chose bouger dans le noir. Quelqu'un l'interpella en lui disant qu'il était préférable qu'il ne le voie pas. La pièce se mit à tourner de plus en plus vite. Jim entendait la voix qui venait de tous les côtés à la fois et il se sentit soulevé.

Jim venait de rencontrer un voyageur de l'espace. Il prétendit être un des trois Rêveurs qui avaient été capturés par un pilote. Les deux autres étaient morts au moment de l'accident. Un Terrien l'avait retrouvé et ils avaient conclu un accord. C'était lui qui était à l'origine des expériences dont Jim avait été victime. Il expliqua à Jim que la structure cérébrale des Terriens différait de celle du pilote.

Il pouvait effacer facilement les souvenirs de ses victimes mais cette neutralisation n'était que provisoire. L'inconnu conseilla à Jim d'aller chercher de l'aide. Un coup de fusil claqua au-dehors suivi de plusieurs détonations. L'inconnu conseilla à Jim de s'en aller. Jim obéit. Il se posa sur la terre molle de la pelouse. Il s'aperçut qu'il était au centre d'un éblouissant cercle de lumière. Un groupe d'hommes étaie rassemblé au pied de la tour. Il s'en approcha et reconnut Walters. Il aperçut pas la même occasion un corps allongé sur le sol. Walters disait à quelqu'un qu’il n'aurait pas du laisser-faire l'homme dont le corps était disloqué et gisait à ses pieds. Jim regarda le cadavre. C'était le sien.

Jean se leva. La maquette de la propriété était à côté de lui. Il traversa la pièce et ouvrir la porte donnant sur le bureau de Walters. Walters lui expliqua que sa tentative d'effraction avait failli échouer. Walters avait envoyé quelques hommes pour voir ce qui se passait. Il avait découvert le corps de Jim, le cou brisé. Soudain, il y avait eu un bruit derrière l'équipe de Walters et le corps de Jim avait disparu. Après quoi, Walters et son équipe avaient trouvé un certain nombre d'hommes et de femmes complètement désorientés. Mais il n'avait pas encore mis la main sur le matériel parce que l'escalier menant à la tour avait été condamné. Jim raconta à Walters sa propre version des événements. Il expliqua à Walters que la silhouette qu'il avait vue au bout de la corde ne pouvait être qu'une illusion destinée à tromper le tireur installé en face de la maison mystérieuse. Il avait entendu quelqu'un courir dans l'escalier. L'escalier ne pouvait donc pas être condamné.

Walters raconta à Jim qu'il avait essayé d'examiner les fenêtres de la maison à la jumelle. À partir de 125 m, on pouvait distinguer les fameuses lamelles brisées. Il existait donc une limite au système d'hypnotisme. Jim parla de l'inconnu qu'il avait trouvé dans la tour. Pour lui ce devait être un marchand qui vendait sa camelote pour gagner sa vie. Il avait environ de le retrouver pour conclure un marché avec lui. Walters avait envie d'accompagner Jim mais Jim refusa. Quelqu'un devait rester en dehors de la limite des 125 m.

Jim retourna dans la tour. Il y avait des hommes à l'air fatigué. Une solide barricade bouchait le passage. Jim savait que c'était une illusion il demanda à l'inconnu de le laisser passer. Alors tout à coup la voie fut libre. L'inconnu accepta de négocier. Il avait besoin de trois choses : manger, de quoi boire et la possibilité d'utiliser ses facultés. Il souhaitait que la pression atmosphérique soit augmentée car la basse pression l'épuisait. Jim s'engagea à lui fournir ce que l'inconnu lui demandait. En revanche Jim n'était pas sûr de pouvoir le laisser utiliser ses facultés. L'inconnu lui expliqua qu'il y avait maintenant dans ce monde une peinture qui n'existait pas auparavant. C'était lui qui avait permis à Jim de peindre un magnifique tableau. L'inconnu était capable d'aider les gens à parvenir à un degré de concentration inconnu sur Terre. Jim lui demanda s'il était en mesure de lui faire oublier ses vies imaginaires. L'inconnu acquiesça. Seulement l'oblitération ne serait que provisoire. Le lendemain matin, Jim retourna à la tour avec un militaire porteur d'une caméra de télévision en circuit fermé. Jim informa l'inconnu que la maison était surveillée par les militaires. L'inconnu serait tué s'il tentait de les manipuler. Jim fut emmené en plein désert dans un blockhaus de béton avec un caisson de compression à l'intérieur. Walters lui dit qu'il avait fait du bon travail. Grâce à lui des centaines d'anciens drogués seraient guéris. Une fois rentré chez lui, Jim sombra dans un profond sommeil. Mais il rêva qu'il se réveillait allongé sur un lit dans une chambre inondée par le soleil matinal. Il se demanda où était le cauchemar et où était la réalité. Mais il avait la certitude qu'il finirait par gagner la partie. Il n'était pas de cauchemar qui durait éternellement.

Lettre à un Phénix (Fredric Brown).

Le narrateur avait oublié la presque totalité de ce qui lui était arrivé. Mais cela aurait une horrible s'il s'était rappelé les détails de 180 000 années d'existence. Il avait vécu 4000 vies depuis la première grande guerre atomique. Il se rappelait avoir participé à la première expédition pour Mars et à la quatrième pour Vénus. Il avait commandé en second un vaisseau spatial au cours de la guerre menée contre la deuxième expédition des envahisseurs intergalactiques. Les envahisseurs avaient été repoussés. Le narrateur n'était pas immortel. Il ne se rappelait pas de son nom. Il avait été obligé de changer de nom 1000 fois et plus. Il n'était pas un mutant. Quand il avait 23 ans, pendant la première vraie guerre atomique, 23 ans après la réalisation de la première bombe atomique, il avait souffert d'une maladie assez rare. Il était obèse et avait peu de résistance physique. Il fut déclaré inapte à la guerre. Son état s'était aggravé. Mais deux ans plus tard, l'armée avait besoin de soldats et il avait réussi à s'engager. Il avait perdu sa famille dans un bombardement. Il avait reçu son baptême du feu le lendemain du jour de son engagement.

Une semaine après, il avait été blessé. Il fut transféré dans un hôpital militaire. La guerre était terminée et le monde recommença à vivre. Un quart de la population mondiale avait été tué. Il y eut des temps sombres durant plusieurs siècles. On avait recommencé à se servir de bougies pour s'éclairer et de bois pour se chauffer. Les confusions et les révolutions avaient fait oublier pour un certain temps l'électricité. Le narrateur avait souffert pendant une longue période car il n'y avait plus d'anesthésie. Il avait subi des brûlures causées par l'irradiation. Il avait perdu le sommeil. Les médecins ne le croyaient pas. Il avait guéri de sa maladie de la glande pituitaire mais n'avait toujours pas retrouvé le sommeil. Son insomnie dura pendant 30 ans. Puis, il dormit durant 16 ans. Et à la fin de cette période de 46 années, il était toujours physiquement à l'âge apparent de 23 ans.

Les radiations qu'il avait subies avaient radicalement changé les fonctions de sa glande pituitaire. Ce qui lui était arrivé n'avait qu'une chance sur plusieurs milliards de se produire. Il vieillissait à la fréquence d'un jour tous les 45 ans. À présent, il avait l'âge physique de 34 ans. Il avait vécu 180 000 ans. Comme 45 années correspondaient pour lui un jour, il ne dormait pas pendant 30 ans puis il dormait durant 15 ans. Pendant ses périodes de sommeil, il devait se cacher dans une caverne pour ne pas être attaqué. Il avait survécu ainsi à 7 guerres atomiques qui avaient réduit population de la Terre à quelques tribus sauvages dans les rares zones encore habitables. Il avait voyagé dans cinq galaxies. Il avait eu plusieurs milliers de femmes, mais toujours une seule à la fois et il avait élevé plusieurs milliers d'enfants. Il avait toujours épousé des filles beaucoup plus jeunes que lui de manière que la disparité ne devienne pas trop sensible. Ainsi, quand venait le temps d'abandonner sa femme, elle avait 46 ans tandis  qu'il n'en avait toujours que 30. Il s'arrangeait pour épargner à ses femmes tous soucis matériels et pour qu'elle devienne des veuves riches. Il s'arrangeait toujours pour ne pas se faire remarquer. Il s'était donc abstenu d'être un dirigeant. Il pensait que l’espèce humaine était le seul organisme immortel de l'univers. Seule une espèce qui se détruisait périodiquement et qui détruisait ses produits, qui retournait à ses origines, pouvait vivre plus de 60 000 années de vie intelligente.

L'espèce humaine était selon le narrateur la seule dans l'univers avoir réussi à atteindre un haut niveau d'intelligence sans atteindre en même temps un niveau équivalent de jugement et de bon sens.

Il pensait donc que l'espèce humaine était comme le Phénix. Il avait constaté que les 30 000 années qui s'écoulaient entre la chute d'une civilisation et la naissance de la suivante effaçait toutes traces. Les souvenirs devenaient des légendes, les légendes devenaient superstitions et les superstitions elles-mêmes disparaissaient. Le narrateur était persuadé que l'espèce humaine, sur Terre ou dans d'autres galaxies, survivrait à jamais.

Après la troisième guerre mondiale, l'homme penserait (comme il l'avait toujours pensé après une guerre atomique mineure) qu'il avait triomphé de sa propre folie. Il était convaincu que l'espèce humaine ne serait jamais saine d'esprit et seule la folie était divine. Seuls les fous se détruisent eux-mêmes et avec eux tout ce qu'ils ont créé. Seul le Phénix est immortel.

 

Les circuits de la grande évasion (Kit Reed).

 

Dan Radford et ses amis, qui ne pouvaient réunir assez d'argent pour le voyage, restaient assis sous les arbres à Saint-Pétersburg, en Floride pendant tout le temps où les autres étaient absents. Cela leur faisait une peine infernale de voir ces quelques élus se rendre jour après jour au Kiosque des circuits de la Grande évasion. Dan disait à sa femme Theda qu'il ne serait jamais revenu s'il avait eu la chance de pouvoir partir. Les amis de Dan venaient des pensions de famille et des hôtels bon marché. Quelquefois, Iggy le Noceur venait avec une fille. Dan et ses amis trouvaient important d'être sur place avant que les premiers touristes arrivent. Ainsi on pouvait les compter quand ils entraient dans le kiosque mais aussi quand ils revenaient dans l'après-midi. Ils attendaient le concert de 14:00 qui pouvait être annulé s'il pleuvait. À 17:00, quand les circuits rentraient, la bande de Dan était généralement très excitée après avoir discuté tout l'après-midi de ce que les riches touristes étaient probablement en train de faire. Le bruit avait couru que les touristes devenaient jeunes lors du voyage. C'est pourquoi Dan et ses amis ne comprenaient pas quoi ils revenaient. Car quand les touristes revenaient, ils n'avaient pas l'air différent. Quand Dan et ses amis essayaient de tirer les vers du nez d'un touriste, ils n'obtenaient pas de réponse. Theda jalousait les riches touristes. Dan et elle avaient travaillé dur toute leur vie. Ils habitaient dans une petite maison qui ne leur appartenait pas et avaient eu des enfants qui ne venaient jamais les voir. Ils ne pouvaient même pas se payer une voiture. Tous les deux se sentaient si incroyablement vieux. Elle détestait être couchée près de son mari à écouter le râle de sa respiration. Elle détestait le voir marcher un peu plus lentement chaque jour. Elle se demandait combien il leur restait de temps à vivre à l'un et à l'autre. Elle se disait que s'il fallait partir, c'était le moment. Un jour, Dan annonça à sa femme qu'ils allaient partir au kiosque. Iggy serait à l'intérieur mais une fois que sa nouvelle et riche amie aurait payé son entrée, Hickey Washburn créerait une diversion en simulant une crise cardiaque devant le kiosque. Alors Iggy ouvrirait la porte de l'intérieur. Dan et ses amis avaient mis en commun tout leur argent pour qu’Iggy puisse inviter une fille à dîner. Puis, le grand jour arriva. La veille, aucun d’eux ne dormit. Ils avaient fait des projets. La Grande Margot avait fait des exercices d'assouplissement sur les ressorts de son sommier. Elle envisageait par commencer à se débarrasser de la fille d'Iggy. Elle aimait Iggy et le voulait pour elle seule. Hickey imaginait ce que ce serait d'avoir 21 ans, convaincu qu'il aurait cet âge dans ce nouvel endroit. Iggy pensait à toutes les filles qu'il pourrait séduire. Theda mit la robe qu'elle portait quand elle avait rencontré Dan pour la première fois. Ils arrivèrent trop tôt. La Grande Margot était venue avec un sac en main macramé entre les jambes. Elle refusa de dire à Theda ce qu'il y avait dedans. Iggy apparut avec sa riche amie. Il donna à ses amis des pilules et leur demanda de les sucer. C'était un remontant. Hickey fit son numéro de crise cardiaque. Le kiosque fut attaqué exactement comme prévu. Dan et ses amis sortirent à coups de pieds les clients furieux et le guide du circuit lui-même puis ils refermèrent la porte à clé. Ils bouclèrent leurs ceintures dans des fauteuils de peluche. Dan et ses amis étaient redevenus soudain des enfants. Iggy était épouvanté.

Il y avait un tableau vissé au portique avec un tas de règles écrites dessus mais Dan et ses amis était à présent trop jeunes pour savoir lire. Theda se sentait bien. Elle se mit à courir autour du portique. Dan et Iggy la suivirent. Margot les filles tous tomber. Quelqu'un se mit à taquiner la Grande Margot et ils l'appelèrent la Grosse. Hickey lui vola son sac pour regarder ce qu'il y avait dedans. C'était un fusil. Ils en furent effrayés et enterrèrent le fusil du côté des balançoires. Ils se mirent à jouer pendant longtemps. Finalement, l'amie d'Iggy sortit des rangs pour déclarer qu'elle avait faim. Mais il n'y avait rien à manger. Alors ils tentèrent de s'amuser encore un peu. Iggy finit par trouver que ce n'était plus drôle. Ils étaient tous fatigués et ils avaient faim. Theda voulait rentrer à la maison. Finalement, la cloche sonna. Sur le terrain de jeux, les enfants se levèrent et abandonnèrent ce qu'ils étaient en train de faire. Ils coururent tous vers le portique et grimpèrent dessus. Seul Dan était reste de l'autre côté du terrain. Il aurait six ans pour toujours. Alors Theda le rejoignit. Les autres enfants avaient disparu, tout le monde était parti. Elle proposa à Dan d’aller voir ce qu'il y avait derrière la barrière.

 

 

 

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04 juin 2021

La Malvenue (Claude Seignolle)

 

 

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Claude fignole nous aide à mieux connaître l'état d'esprit de milliers de gens qui sont comme le terreau de la France. Il se fait le messager de milliers d'âmes muettes. Seignolle suit à la trace un fantastique qui hante des milliers d'humains. C'est un fantastique vérité, traditionnelle. Le cadre des récits de Claude Seignolle est la Sologne. Friches et landes sauvages en font un paysage fascinant. La Sologne est le pays du silence. Les Solognots vivent comme ils visaient il y a des siècles. C'est une sorte de microcosme où les griffes de l'espace et du temps n'ont pas de prise. Claude Seignolle avait dans le sang la passion de l'ethnographie populaire. On l'a vu, le carnet à la main, dépister les sorciers et noter les survivances païennes avec son frère puis seul.

La malvenue.

I

 

La ferme de la Noue laissait entrer le peu d'air et errant par ses fenêtres ouvertes. L'air de cette nuit d'août pesait. Sur les lits défaits, chacun dormait d'un sommeil commun, profond, pénible. Les muscles avaient gardé la cadence du labeur de la journée et par moment se mettaient à moissonner dans le vide. Les femmes geignaient d'épuisement. La moisson était faite. Antoine, le maître de la Noue, avait enfoncé d'un coup brusque et victorieux une branche de frais bouleau enrubanné de rouge le faîte est d'une haute meule. Ce geste avait amené le premier sourire sur chaque visage. Antoine avait annoncé que le repas de la Poilée serait pour le lendemain. Tout le monde était épuisé à part un vieux trimard qui s'était loué la veille et qu'avant personne n'avait jamais vu. Il avait pris son temps pour s'asseoir contrairement aux autres. Il avait attendu que la Galiotte lui apporte son assiettée de soupe. La vieille servante regarda l'homme avec bien plus d'attention qu'elle n'avait jamais consentie pour les dizaines d'autres trimardeurs de cette espèce qui avaient déjà frotté leur fond de pantalon sur les mêmes bancs.

Cet homme n'avait pas les manières de ces vagabonds traînant de bourg en ferme. Celui-là ne sentait ni bon ni mauvais et il avait travaillé comme quatre. De plus, il eut pour la servante un petit geste de la tête pleine de gratitude et de respect, si bien qu'elle ne plus se défendre d'un plaisir qui rosit ses joues. Il fut le dernier à aller se coucher et le seul à accepter la grange gorgée de foin au parfum entêtant.

Dans sa chambre, Jeanne était réveillée. C'était la fille de la maîtresse. D'autres travaux plus légers lui étaient réservés. Elle avait 16 ans et disait qu'à son âge, on faisait tout mal alors autant en faire le moins possible. Elle avait l'impression d'étouffer. Brusquement, elle sauta de son lit. Elle n'aimait pas rester ainsi éveillée. Elle avait la sensation d'une présence qui l'obligeait à se retourner vers la fenêtre. Elle savait pourtant que tous ceux de la ferme s'efforçaient de noyer leur fatigue dans le sommeil et que personne n'aurait envie de se promener dans la cour en pleine nuit.

Jeanne sortit de sa chambre. Elle se dirigea vers la cheminée et emplit son sabot avec les braises les plus grosses. Chose étrange, le feu solide n'enfonçait pas la douleur dans la peau de ses doigts. Puis elle se dirigea vers le chemin des Naullins. Un sourire farouche s'était figé sur ses lèvres serrées. Elle marchait pieds nus sur la terre chaude. Un plaisir sauvage échauffait son sang. Elle se mit à courir en tenant à deux mains le sabot dont le bois fumait, mordu par la braise. Elle s'approcha d'une meule. Son coeur battait à coups précipités car elle se trouvait là avec ce sabot qui fumait le mal. Elle jeta vivement les braises au pied de la meule et Jeanne se mit à rire. Le feu s'empara de la paille. Jeanne était effrayée et recula. À certains moments, elle ressentait l'angoisse. À d'autres, elle aurait voulu hurler la joie. D'un bloc, la récolte en fusion s'écroula et crépita. Les yeux de Jeanne buvaient ce carnage. Puis le feu décrut rapidement et la nuit se referma. Jeanne était déçue. Elle aurait aimé que le feu dure toujours.

Elle savait que son geste était pire qu'un crime car personne ne saurait qu'elle était coupable. Elle voulut s'enfuir mais elle resta figée sur place. Quelqu'un approcha. C'était Lucas. Elle était étonnée par l'intonation de sa voix. C'était à la fois de la stupeur et de la crainte. Elle s'attendait à la colère et aux coups. C'était un domestique alors qu'elle était la maîtresse. Elle saurait le faire taire. Il était sorti car il n'arrivait pas à dormir et il avait vu Jeanne partir. S'il avait su ce qu'elle comptait faire, il l’aurait arrêtée. Il aurait voulu avertir les fermiers pour qu'ils arrêtent la coupable et lui fassent payer son crime. Mais elle avait approché son corps contre le sien et il était sans volonté. Elle prit sa main et il la suivit. Elle lui dit que ça avait été plus fort qu'elle comme si on l'avait forcée à le faire. Elle lui demanda ce qu'il comptait alors dire. Il répondit qu'il y aura quelqu'un de prêt pour les gendarmes d’Angillon. Elle lui ordonna de se recoucher tout de suite et oublier ce qu'il avait vu. Elle se serra à nouveau contre lui. Elle voulait qu'il sache combien elle pouvait être femelle. Il rentra chez lui. Jeanne rentra sans bruit dans la grange où dormait le trimard. Dans le noir, elle chercha un des sabots de l'homme. L'ayant trouvé, elle se rendit dans la salle et remplit le sabot de braises. Puis elle retourna dans sa chambre pour prendre son second sabot.

Elle agit avec la même force qu'il avait poussée à se lever, à courir, à mettre le feu. Cette même force la poussait à présent vers la fosse. Devant la fosse, elle jeta ses deux sabots puis elle versa aussi la braise que contenait le sabot du trimard. Puis elle remit la pierre en place. Elle posa, bien en vue sur le chemin des Naullins, le sabot à moitié brûlé de l'homme.

Elle retourna sa chambre pour dormir.

Elle fut tirée de son sommeil par des cris qui frappaient les murs de la ferme. Elle reconnut la voix d'Antoine et celle de la Galiotte. Elle se rappela ce qu'elle avait fait et son coeur se serra. Elle courut à la fenêtre. Les gens de la ferme et les ouvriers loués pour la moisson faisaient cercle autour du trimard. Celui-ci se tenait immobile, les bras croisés. Il ne répondait pas aux insultes qui tombaient sur lui. Antoine avait appelé les gendarmes. Il lui cracha à la figure. Le trimard ne recula même pas. Il regardait tout le monde calmement. Personne n'osait braver le froid de ses yeux bleus. Son visage était pâle comme du plâtre et ses cheveux grisonnants étaient dépeignés. La Galiotte tenait le sabot brûlé à l'intérieur par la braise que les gens de la ferme avaient trouvé là où Jeanne l'avait laissé.

Jeanne était prise d'un tremblement. Sa culpabilité lui pétrissait la gorge et appelé le sanglot. Elle chercha du regard Lucas. Le domestique se tenait un peu à l'écart du groupe à présent silencieux. Elle craignait qu'il ne se trahisse par une parole ou une pâleur. Peu à peu, elle se faisait à l'idée d'avouer. Elle espérait qu'en tant que fille de l'ancien maître, on n’oserait peut-être rien lui reprocher. Alors elle s'habilla et s'apprêta à aller s'accuser devant tous. Elle voulait demander pardon au trimard. Après quoi, elle parlerait à Antoine, son beau-père. Elle pensait qu'elle recevrait deux gifles d'Antoine. Elle savait qu'elle les méritait. Quant à Lucas, elle se trouverait quitte avec lui et ce serait tant mieux parce qu'au fond, il n'était pas du tout à son goût. Mais après avoir attrapé la poignée de la porte, elle s'arrêta. Une lourdeur la força à baisser la tête. Elle aperçut sur le sol un morceau de pierre allongé qu'elle avait trouvé l'avant-veille dans un roncier. Elle la serra jusqu'à s'en laisser l'empreinte dans la peau. Elle sentit une ardeur nouvelle pénétrer en elle. Elle glissa la pierre sous le matelas et sorties. La déchirure étoilée marquant la peau juste au milieu de son front et qui lui valait le surnom de Malvenue perdit sa couleur bleuâtre pour devenir rouge.

Les gendarmes étaient arrivés. Ils avaient passé les menottes au trimard. Jeanne écarta les hommes qui injuriaient l'incendiaire.

Lorsqu'elle fut près de l'enchaîné, elle le toisa avec le mépris le plus sincère. Elle l''insulta. Antoine lui demanda de se calmer. Le brigadier annonça que le coupable aurait droit de se défendre et cela pouvait être long s'il était bon menteur. Les gendarmes s'en allaient avec le trimard. Jeanne fut prise de fureur et s'approcha de la Galiotte. Elle lui arracha des mains le sabot accusateur. Elle cria aux gendarmes d'arrêter car ils avaient oublié le sabot. Elle le leur donna. Le trimard la regarda et cela lui fit mal. Le trimard s'adressa à la foule pour annoncer qu'ils avaient chez eux une fille qui aimait faire le mal. Son front portait la marque de l'enfer. Un jour proche elle serait punie comme elle le méritait. Les ouvriers se lamentaient car ils savaient qu'Antoine n'avait plus aucune raison de faire le repas de la poilée. Un des ouvriers annonça à Antoine qu'ils s'en allaient en espérant que l'année suivante, pour le travail et le repas de fin des moissons, ils auraient plus de chance. Mais Antoine leur demanda de rester car il voulait tenir sa promesse. Chacun pourrait emporter un morceau de cochon et du vin. Antoine leur demanda simplement d'aller faire la fête ailleurs car dans la ferme on n'aurait plus le coeur à s'amuser.

Un des ouvriers regretta que le maître n'ait pas possédé un chien. On l'aurait entendu aboyer et on aurait peut-être pu faire quelque chose. Antoine était le seul de la région à ne pas posséder de chien.

Henriette, la femme d'Antoine répondit qu'ils avaient eu un chien mais il était devenu fou et une nuit s'était enfui. Depuis, ils avaient essayé d'en garder d'autres mais à chaque fois les chiens s'enfuyaient.

Jeanne s'adressa à Galiotte pour lui demander pourquoi on ne voulait pas qu'on sache comment était mort le père. Elle avait 16 ans et elle voulait savoir. Mais Galiotte refusa de répondre et rejoignit Henriette. À 11 heures du soir, ceux des Langlois arrivèrent à la Noue. Ils avaient croisé les gendarmes qui leur avaient appris le crime du trimard. Antoine leur raconta ce qui s'était passé. Germain et Léon Turpault hochérent la tête et lui dirent quelques mots de consolation. Le même trimardeur s'était présenté six jours avant chez eux. Ils l'avaient engagé sur sa bonne mine. Il était parti brusquement sans un mot, comme soucieux d'événements que lui seul devait savoir. Germain avait vu l'inquiétude sur son visage. Blaise, le fils de Léon parut. Jeanne l'aperçut et une lueur de plaisir courut dans ses yeux. Elle lui dit que les siens venaient de partir et il fallait qu'il se dépêche s' il voulait les rattraper.

Jamais elle ne lui avait adressé la parole aussi durement. Alors il lui sourit. Il l'aida à remonter le sceau qu'elle avait plongé dans le puits. Pour tout remerciement, elle le toisa de la tête aux pieds. Il ne comprenait pas car trois jours plus tôt elle avait été plus avenante avec lui. Elle était en colère car il l'avait appelée Malvenue. Elle lui dit que ceux qui l'aimaient ne devaient pas l'appeler comme ça. On lui avait raconté qu'on avait laissée tomber par terre aussitôt sa naissance. C'était l'origine de sa marque sur le front. Elle n'y était pour rien.

Il répondit qu'il n'avait pas voulu la blesser. Elle ne voulait pas que lui aussi ait l'air de se moquer d'elle. Blaise lui serra gauchement la petite main mouillée qu'elle lui tendait. Jeanne pensait que Blaise était fait pour elle mais depuis qu'elle avait trouvé cette pierre, il y avait en elle un besoin de le faire souffrir, lui et tout le monde. À ce moment-là, Lucas sortit de l'écurie. Lui aussi avait envie de Jeanne. Alors Jeanne repoussa Blaise. Elle prit son seau et s'en alla. Lucas dit à Blaise qu'il pouvait s'en aller à présent. Lucas entra dans la salle où Galiotte préparait le repas. Jeanne était dans sa chambre. Quand elle vit Lucas, elle lui fit signe de venir. Elle lui demanda de ne répéter à personne ce qu'elle allait lui dire. Elle lui montra la pierre en lui disant que cette pierre donnait un pouvoir. Il hésita à prendre la pierre mais Jeanne la lui mit de force dans la main. Il ressentit un apaisement car il s'était imaginé qu’elle allait lui dire qu'elle ne voulait plus de lui. Il ne croyait pas que la pierre pouvait donner du pouvoir. Alors Jeanne lui montra la pierre dans laquelle elle avait cru voir le creux d'un oeil et la forme d'un nez usé. Après quoi elle replaça la pierre dans sa cachette. Elle expliqua à Lucas qu'elle avait trouvé cette pierre dans un coin qu'elle voulait lui montrer après le dîner. Il y avait d'autre pierres que quelqu'un avait creusées pour leur donner des formes d'oreilles, de menton, de nez. Lucas demanda à Jeanne quel pouvoir cette pierre pouvait donner. Jeanne lui répondit que c'était cette pierre qui lui avait donné la force de se lever la nuit dernière et de mettre le feu à la meule. Elle pensait que la pierre pourrait lui permettre de prendre du plaisir quand elle voudrait. Lucas lui demanda si elle allait encore mettre le feu.

Mais elle n'en savait rien. Elle ferait ce qui lui viendrait dans la tête. Elle lui dit qu'à présent il était devenu son complice. Lors du dîner, Antoine regarda Jeanne et découvrit en elle certains détails qu'il n'avait encore jamais remarqués. Aussi, il ne put repousser la vision du défunt Moarc’h, ancien maître de la Noue. Instinctivement, il se signa alors qu'il n'était pas si croyant que ça.

C'était l'heure de la méridienne. Dans les fermes, chacun se laissait aller à une somnolence qui détendait les muscles noués par le travail. Sur le chemin de la Croule, Jeanne avançait sans se soucier du soleil. Lucas la suivait tant bien que mal. Il portait un sac de chanvre. Jeanne voulait emmener Lucas à l'endroit où elle avait trouvé les pierres de pouvoir. Elle en ramassa une sur laquelle on pouvait voir la forme grossièrement sculptée d'une oreille et d'un morceau de joue lisse comme du marbre. Jeanne était devenue irréelle de beauté. Il semblait aux yeux de Lucas que ce n'était plus la fille de la Noue mais une statue redevenue un instant vivante alors il poussa un cri de stupeur. Malgré lui, Lucas chercha à se souvenir ou il avait bien pu voir cette forme de caillou. Il demanda à Jeanne comment elle avait su qu'il y avait ce genre de pierres ici. Il lui semblait avoir déjà vu une oreille de pierre toute pareille.

Jeanne répondit que ç'avait été plus fort qu'elle. Deux jours plus tôt, elle s'était rappelée que la Galiotte et la mère se signaient toujours en passant par cet endroit. Et puis, le trimard s'était mis à lui faire des remontrances dès son arrivée, comme s'il avait toujours connu Jeanne. Le trimard lui avait dit qu'elle ne devait pas courir inutilement les endroits défendus. Il lui avait dit qu'elle serait punie et que cela lui jouerait un méchant tour. Le trimard avait forcé Jeanne à rester avec les ouvriers en la prenant par le bras. Mais finalement, c'est lui qui avait été puni. Une force avait attiré Jeanne vers cet endroit. Blaise apparut. Alors Jeanne obligea Lucas à courir vers le bois proche. Ils s'aplatirent au milieu des fougères desséchées. À ce moment-là, Lucas se rappela la première fois où il avait vu les cailloux mystérieux. Il dit à Jeanne qu'il fallait les laisser où ils étaient. Il raconta à Jeanne qu'on avait jeté là ces pierres un peu après qu'elle soit née. La Galiotte avait fait jurer à Lucas de ne plus penser à cette pierre qui donnait de mauvais sorts. Le pire pouvait leur arriver s'ils restaient là. Lucas savait que ces pierres avaient fait partie d'une tête de statue. Il se rappela également l'étrange fin de Moarc’h. Mais à l'époque, Lucas était très jeune et il n'avait jamais su en détail tout le mal apporté par cette tête de statue. 16 années d'oubli s'étaient écoulées. C'était en 1896.

II

 

C'était au mois de novembre. Moarc’h labourait son champ en pente qui se trouvait entre le bois et le marais. Il voulait gagner 20 sillons en sol neuf aux dépens de ce trou d'eau croupie. Le fermier de la Noue pensait à la bêtise du défunt beau-père qui, avant lui, n'avait jamais osé porter le soc dans cette terre redoutée. Tout ça parce qu’aux veillées, on racontait que le marais et ses bords étaient maudits. Mais le Breton ressentit tout d'un coup la fatigue d'un labeur double. Il avait dans la bouche un goût de fer et de feuilles mortes. Il n'osait plus respirer qu'à moitié souffles courts car quelque chose l'oppressait. Il se sentait seul avec le mystère dont il se gaussait un instant avant. Il avait hâte d'en finir. Alors il éprouva le besoin de se dire qu'une légende n'était, après tout, qu'une légende. Malgré lui, il imagina la puissance de ce marais mais aussi les spectres de ses victimes happées par cette Malnoue. Il se décida à interrompre le labour lorsque soudain la charrue entra profondément dans le sol.

Le Breton se ressaisit et alla à côté des boeufs. Le soc était comme pris dans du ciment. Il comprit que l'acier était coincé sous une pierre épaisse. Puis il frappa brutalement l'attelage. Surpris, les boeufs partirent d'un coup sec et le soc fendit ce qui le retenait prisonnier. La charrue quitta le trou où elle était prise. L'attelage se dirigeait droit vers le marais. Malgré lui, le Breton fit un signe de croix. Mais la course fut soudainement ralentie par la terre pourrie. Moarc’h détacha la charrue. Il tira la charrue tant bien que mal jusqu'au sillon à moitié ouvert. Il aperçut une grosse motte de terre. Alors il donna un coup de talon pour écraser cette boule qui semblait le narguer. Mais il s'aperçut que ce n'était pas de la terre mais une pierre. Le Breton jeta la pierre à terre avec toute la force de son dépit. En tombant, la pierre se dégagea par endroits de son enveloppe d'argile et de sable. Alors apparut la forme d'un visage usé par le temps.

Lorsque Moarch’h arriva à la Noue, il avait 26 ans. À l'époque, le maître c'était le père d'Henriette, le père Morin. Il était connu à 10 lieues à la ronde comme le plus juste et le plus franc des fermiers des pentes de Sologne. Moarch’h avait tout fait pour rester au service d'un tel maître. Quand Henriette devint femme, elle se mit à regarder Moarch’h autrement et à tourner autour de lui. Mais en cherchant à l'attirer, elle ne fit que se prendre à son propre piège. Le père Morin se disait que si Henriette était pour les uns tout à la fois un appât et un empêchement de travailler et pour Moarch’h une raison de s'appliquer, de servir les intérêts de la Noue, il n'y avait pas à hésiter, le Breton pouvait à la fois rendre sa fille heureuse et prendre en main ce bien qui avait besoin d'une tête nouvelle et d'une poigne solide. Alors il proposa sa fille en mariage au Breton. Au début, Henriette était heureuse. Le regret ne la prit seulement que l'année suivante. Deux ans plus tard, le père Morin fut emporté par une mauvaise fièvre et Moarch’h devint maître des destinées de la Noue. Le Breton avait tout fait pour maintenir la vie dans les terres de la Noue au détriment de sa femme. Henriette était lassée de ses vaines attentes. Alors elle fréquentait de plus en plus Antoine et le Breton ne semblait s'apercevoir de rien. Antoine avait pour le maître une haine qui s'enflait chaque jour. Il était résolu à agir par tous les moyens.

Lors du dîner, Moarch’h raconta ce qu'il avait découvert ce jour-là en faisant un travail qu'aucun avant lui n'avait osé risquer. Il se vanta d'avoir pris 20 sillons sur le marais de la Malnoue. Les convives furent surpris à l'exception du vacher qui ne semblait pas s'intéresser à la nouvelle. Il n'avait pas voulu croire aux légendes qui entouraient ce lieu. Il prétendait que c'était des racontars. Il se garda bien de dire les craintes qui l'avaient retenu pendant son travail. Il annonça à Antoine qu'il l'emmènerait dans le marais le lendemain pour y mettre le grain. Mais la Galiotte lui reprocha de ne pas croire les légendes qui venaient des anciens. Selon elle, il y avait toujours un jeune qui se faisait prendre par la Malnoue parce qu'ils ne voulaient pas croire qu'elle était mauvaise.

Elle cita l'exemple de Justin, le jeune frère du grand-père d'Henriette qui avait voulu poser des pièges dans cet endroit et qui n'était jamais revenu. Elle parla également de Louis qui avait voulu assécher les marais. Il était mort un mois plus tard d'une mauvaise fièvre. Moarch’h avait écouté ce récit avec angoisse. Mais l'appât du gain reprit le fermier et endormit aussitôt ses craintes. Mais Antoine était d'accord avec la Galiotte. Moarch’h lui ordonna de le laisser tranquille. Alors il rappela ce que disait le père d'Henriette quand il parlait du marais. Le père d'Henriette avait dit que le malheur s'y trouvait mais aussi des richesses. On prétendait qu'un trésor volé par un brigand dans un château de Sologne avait été englouti par la vase. Moarch’h ordonna au vacher d'aller chercher un sac dans l’étable. Lucas ramena le sac. La Galiotte posa une brosse sur la table. La Galiotte voulait qu'on se débarrasse du chien Patiaud car il devenait de plus en plus mauvais et ne semblait plus la reconnaître. Henriette était d'accord pour changer de chien.

Quand les convives virent la pierre, ils furent déçus car ils s'attendaient à voir des pièces d'or. En voyant la tête de la statue, chacun donna son avis : c'était une tête de saint ou de vierge. Le Breton pensait que cette pierre pouvait être aussi antique que le monde. Il demanda à Galiotte d'apporter l'eau et la brosse. Il nettoya la tête. Ils découvrirent des yeux larges et grands ouverts. Henriette trouvait que cette tête avait l'air méchant. Et malgré tout elle la trouva belle. Elle insista pour qu’Antoine touche également. Mais il refusa. Moarch’h commençait à penser qu'il avait peut-être eu tort de ramener cette tête à la ferme où elle n'avait rien à faire. Il demanda à Henriette d'en parler au curé. Puis il se ravisa car il avait peur que le curé conserve la statue. Il envisageait de montrer sa découverte au marchand d'antiques à Aubigny. Henriette serait contente d'être débarrassée de cette tête le plus tôt possible. Pour fêter ça, le Breton demanda à Henriette d'amener une bouteille de marc. Tout à coup, Lucas parut prix d'un mal subit et incompréhensible. Il croyait avoir vu la tête bouger. Tous regardèrent la statue dont les yeux pleins de haine les menaçaient. Ils crurent que la tête de femme en pierre allait parler tant la scène semblait étrange. Puis le Breton se mit à rire en comprenant que c'était une flamme du foyer qui avait recouvert la tête d'une ombre. Les autres l'imitèrent. Après quoi, le Breton mit la tête dehors contre le mur de la salle à côté de la niche. En revenant, il s'approcha d'Henriette et enserra sa taille en lui disant à l'oreille : « pas vrai que t'as envie qu'on soit vite seuls ce soir… ».

Cette nuit-là, la Galiotte n'arrivait pas à dormir. Elle entendait un bruit de chaîne. C'était la chaîne du chien. Elle pensait qu'il devait se passer quelque chose pour que le chien se taise tout en s'agitant de plus en plus. La Galiotte redoutait la présence d'un auteur. Le chien gémissait comme jamais la servante ne l'avait entendu faire. Elle crut voir s'animer les contours de la tête de pierre qui paraissait rouler lentement le long du mur. La tête brillait sous les coups de lune. Elle roulait devant le chien. Alors la servante effrayée retourna vite entre les draps restés tièdes. Le lendemain matin, le chien avait disparu. La Galiotte remarqua que le chien avait balafré le cou de la statue. Du poil était resté collé aux lèvres de pierre.

Un jour du mois de décembre, Moarc’h marchaient sur la route menant vers la Chapelle d’Angillon à côté de son cheval qui retirait-la charrette. Tout à coup, les roues craquèrent et le cheval galopa. Le Breton sauta sur la charrette pour empoigner le frein mais en vain. Alors il empoigna la bête par le mors et l'aida à résister. Il ne réussit pas à arrêter la charrette. Alors il saisit un rondin et le jeta sous une des roues. L'arrêt fut brutal. Le cheval glissa sur ses fers et manqua tomber. Moarc’h pensa qu'Antoine et Lucas avaient trop chargé la charrette. Le Breton dut reprendre le chemin à l'envers sans tenir compte de l'essoufflement du cheval. De retour à la ferme, Moarc’h appela Antoine pour le sermonner. Mais Antoine se défendit en disant qu'il n'avait pas trop chargé la charrette. Alors il lui ordonna de décharger la charrette avec Lucas. La Galiotte demanda au Breton ce qui se passait. Quand la charrette fut presque entièrement déchargée, Antoine remarqua que la tête de pierre était pressée sous un sac. Le Breton ne voulait pas qu'Antoine la retire de la charrette. S'il y avait un bon Dieu, il ferait que pour cette perte de temps, il pourrait vendre la statue pour le double du prix qu'il en voudrait.

À Aubigny, Moarc’h chercha le magasin d'antiquités. Après avoir hésité 10 fois, il se décida à pousser la porte du magasin. La boutique était obscure. D'un geste machinal, il se décoiffa comme il le faisait les rares fois où il allait à l'église. Il attendit l'arrivée de l'antiquaire. Il regarda les grands meubles poussiéreux et les plaques de cheminée. Il chercha un objet semblable à ce qu'il était venu vendre mais il n'en trouva pas. Il s'apprêta à repartir lorsqu'une voix forte et chantante arriva du fond de la boutique. En attendant le vendeur, Moarc’h s'approcha des plaques de cheminée. Il avait envie d'en acheter une. Il n'entendit pas arriver l'antiquaire. Il eut un sursaut lorsque ce dernier lui parla à même le dos. L'antiquaire proposa de lui vendre la plaque de cheminée que le Breton regardait pour 50 fr. Alors le Breton lui expliqua qu'il n'était pas venu pour acheter mais pour vendre. Il sortit la pierre de sa charrette pour la montrer à l'antiquaire. Le marchand trouva que la statue était une oeuvre étrange. Il remarqua que le coût avait été sectionné et en fit le reproche à Moarc’h. Il demanda au paysan si le reste de la statue avait été mis à jour. Mais le Breton n'était pas venu pour se laisser mener comme un écolier et il exigea que le marchand lui propose un prix. L'antiquaire n'avait pas entendu la question du paysan et continuait de demander des détails sur la découverte de la statue. L'antiquaire expliqua au Breton que Malnoue se traduisait par mauvaise fontaine. C'était certainement une fontaine divinisée par les Gaulois, puis par les Gallo-romains et christianisée par la suite. L'antiquaire pensait que la statue était peut-être le portrait de cette vieille Mélusine qui hantait les trous d'eau. Il conseilla au paysan de se méfier car il n'aurait pas dû provoquer cette sorcière aquatique. Il avait deviné que cette statue avait une facture nettement archaïque. Il pensait que l'auteur de cette culture avait voulu représenter une mauvaise déesse de sa religion en mettant la haine dans ses traits. L'antiquaire se rappela avoir vu une statue dans la Nièvre près d'une source. Cette statue était vénérée par les paysannes qui lui attribuaient le pouvoir de rendre fertiles les femmes stériles. Il pensait que la statue du Breton devait avoir la même histoire mais à une époque plus reculée. Ainsi la femme du paysan serait capable de lui faire un enfant de plus. Alors le Breton serait redevable à l'antiquaire, s'il achetait sa trouvaille, de lui avoir évité de justesse un malheur. L'antiquaire ne pouvait pas savoir qu’Henriette n'avait jamais pu avoir d'enfants. Jugeant qu'il en avait assez attendu, le paysan ordonna à l'antiquaire de lui fixer un prix. Alors le marchand lui proposa de laisser sa statue en dépôt dans le magasin et il s'engageait à la vendre au meilleur prix et de lui donner une part sur la vente. Ce n'était pas ce que désirait Moarc’h. L'antiquaire s'y attendait. Alors il proposa trois louis. Le Breton reprit la pierre à pleins bras et sortit de la boutique. L'antiquaire se ravisa. Le paysan demanda cinq louis. Alors l'antiquaire répondit que personne ne lui en donnerait cette somme. Il conseilla au paysan de ne pas montrer la statue car elle pourrait finir au musée départemental et l'État avait droit à une part de sa valeur. Alors Moarc’h demanda trois louis et la plaque de cheminée qu'il avait repérée. L'antiquaire accepta. En le quittant, l'antiquaire lui demanda quel était son nom, celui de sa ferme et d'autres petits détails nécessaires pour authentifier la sculpture. Après avoir hésité, le Breton répondit aux questions du marchand. Sur le chemin du retour, Moarc’h se sentit heureux d'avoir si bien vendu ce qui, après tout, n'était qu'un vieux morceau de pierre inutile.

Durant le mois de janvier, Moarc’h ressentait une forte joie car il imaginait le long travail de croissance qui continuait à se faire dans le champ neuf de la Malnoue dans lequel il avait jeté le grain au mois de novembre.

Henriette annonça à Moarc’h qu'elle allait avoir un enfant. Il était fier car il attendait cela depuis longtemps. Mais il se contenta de donner des tapes amicales sur l'épaule de sa femme. La Galiotte n'aurait jamais cru le Breton aussi peu montrant. Henriette était déçue. Elle pleura. Le Breton pensait qu'Henriette devait se tromper. Il n'y croyait toujours pas mais Henriette lui dit que les femmes ne pouvaient se tromper dans ce domaine. Elle était même sur du soir où elle était tombée enceinte. C'était le soir ou son mari avait rapporté cette tête de pierre. Alors Moarc’h se rappela sa visite à l'antiquaire. L'antiquaire lui avait dit que la vieille tête de pierre avait peut-être le pouvoir de conjurer les impuissances. Il en parla à Henriette et lui demanda si elle avait caressé la tête de la statue. Elle répondit qu'elle avait presque tout de suite touché la tête de la statue. Il en fut rassuré car lui-même n'avait pas osé toucher la statue et il avait peur d'être celui qui était stérile. Après quoi, il sortit faire du bois au-dessus de la Malnoue.

Il sentait que ce serait une année d'abondance et non de misère. Il prit plaisir à imaginer qu'Henriette lui donnerait un garçon. Il pensait que tout ce qui se trouvait en dessous de la neige, dans le champ qu'il avait cultivé, serait à son fils. Il lui apprendrait ses secrets pour mieux semer et pour repousser la mauvaise herbe. Il fallait que ce soit un garçon coûte que coûte. Il découvrit avec une rage subite que la partie basse du champ qui aboutissait au marais avait été débarrassé de son manteau de neige par le vent tourbillonnant. L'herbe avait été brûlée par le froid. C'était bien la première fois que l'hiver lui jouait un pareil tour…

III

 

Lucas continuait à repenser la part de crainte qu'il avait eue au temps de Moarc’h. La fille du Breton se faisait plus mauvaise d'instant en instant. La Malvenue cherchait à le provoquer en lui parlant de Blaise. Alors il s'avança et posa sa main sur le corsage de la fille. Elle se maîtrisa pour ne pas le repousser puis elle lui demanda de tenir le sac qu'elle lui tendait. Il lui demanda de jurer qu'à partir de ce jour elle repousserait Blaise. Elle accepta à condition qu'il fasse ce qu'elle lui demanderait. Il acquiesça. Après quoi, elle lui demanda de rassembler les morceaux de pierre et de les rapporter à la ferme pour les cacher dans la porcherie. Quand Lucas fut assez éloigné, elle partit à la recherche de Blaise. Ne les trouvant pas, pour chasser son dépit, elle essaya de remuer une souche. C'est alors que Blaise arriva pour l'aider. Il lui dit qu'il la voulait pour lui seul. Elle répondit que celui qui la voudrait rien que pour lui tout seul aurait le pire à faire pour cela. Il accepta et elle lui demanda de mettre le feu à la ferme de sa famille. Elle s'en alla sans lui laisser le temps de répondre.

En arrivant à la Noue, la Malvenue trouva Lucas. Il raconta que le sac de pierres avait été de plus en plus lourd à porter à mesure qu'il approchait de la ferme. À présent, Lucas avait moins de retenue vis-à-vis de cette fille qui s'était presque donnée pour un sac de pierres. Sa joie était telle qu'il en avait oublié sa peur de la Malnoue et cette vague histoire de Moarc’h aux prises avec l'antique tête de pierre.

Albin, le maître des Rudesses offrit à Lucas et à la Malvenue de l'eau-de-vie. Elle avait bu l'alcool d'un trait et Lucas en fut impressionné. Lucas voulait que la Malvenue se laisse faire mais elle lui porta un grand coup de genou dans le ventre. Elle s'enfuit jusqu'au bois de la Croule mais il la suivit. Il la rattrapa et tous les deux essayèrent d'attraper un lièvre et un faisan qui se laissaient approcher. Mais ils ne réussirent pas et à chaque échec, ils traversèrent la Croule sans se rendre compte. Brusquement, ils se trouvèrent au seuil de la terre morte de la Malnoue.

Lucas avait peur de franchir le bord de cette terre sur laquelle pesait une malédiction pour des générations entières. Mais Jeanne le poussa en avant. Jeanne continua de poursuivre le lièvre qui lui échappa encore. Elle reçut dans le dos la poussée d'une main invisible et tomba à plat ventre. Jeanne regarda le lièvre dont la face était affreuse. La tête du lièvre était morte sur un corps vivant. Loin derrière Jeanne, Lucas restait immobile. Jeanne retourna auprès de Lucas en lui demandant s'il avait vu la tête du lièvre. Lucas prétendit avoir vu le lièvre. Lucas voulait rentrer mais Jeanne tenait absolument à attraper le lièvre. Ils retournèrent dans le marais et entendirent des claquements inattendus. C'était le bruit régulier que font les lavandières en battant leur linge. Lucas et Jeanne avancèrent dans le marais, poussés par la curiosité. Jeanne et Lucas purent avoir une laveuse qui déroulait le linge qu'elle venait de battre avec force. Lucas prit peur et s'enfuit tandis que Jeanne ne bougea pas, fasciné. La lavandière n'avait pas de tête. Jeanne sentit ses forces la quitter. Elle ferma les yeux. Il lui sembla entendre des appels familiers. Le bruit du battage cessa. Elle rouvrit les yeux. L'étrange lavandière avait disparu. Des mains se tendirent vers elle et l'arrachèrent de force à la terre pourrie qui croyait tenir une proie.

IV

 

Moarc’h avait attendu le dégel pour préparer un nouveau lit pour le grain de printemps. En revenant chez lui, dans la nuit, le Breton reçu la visite de Turpin, le meunier de Ménétréol.

Le meunier discuta avec la Galiotte. Tous les deux étaient de la même ville Clémont et, de plus, ils avaient le même âge. Le meunier était de plus en plus lent a rapporté la farine car il vieillissait. Moarc’h lui conseilla d'arrêter de faire ses tournées lui-même et d'employer un jeune. Mais le meunier voulait avoir une raison de courir encore les routes. Moarc’h fut surpris de revoir la tête de la statue dans sa ferme. La Galiotte lui apprit que l'antiquaire était revenu. Il était venu tout exprès pour ramener la statue. Il avait l'air pressé de repartir. La Galiotte avait remarqué que l'antiquaire avait regardé la tête de la statue avec un drôle d'air. Il avait poussé un soupir comme quelqu'un content de se trouver débarrassé.

La Galiotte conseilla à Moarc’h de jeter cette pierre dans le marais. Le breton demanda à la Galiotte pourquoi l'antiquaire ne voulait plus de la statue. L'antiquaire avait expliqué qu'il avait eu assez d'ennuis comme ça et qu'il préférait perdre un peu d'argent et être tranquille. Il avait ajouté qu'il envoyait le Breton au diable avec sa pierre. Moarc’h expliqua au meunier qu'il avait trouvé cette pierre en labourant son nouveau champ de la Malnoue. Le meunier voulut prévenir le Breton du danger qu'il encourait. Il lui dit que la Malnoue était mauvaise au point de faire le pire. C'était une fille du diable. Si Moarc’h la bravaient, elle pouvait faire pourrir sa ferme, ses champs et rendre malade les siens. La Galiotte écoutait le meunier en hochant gravement la tête. Le meunier pensait que la statue c'était peut-être la tête de la mauvaise bergère de pierre gardait et dirigeait la Malnoue. Il conseilla à Moarc’h de remettre la statue là où il l'avait trouvée. Le breton n'en tint pas compte. Il ordonna à ses domestiques d'attacher la pierre à la corde pour la montée au grenier. La pierre tomba au pied du meunier. Il avait eu le temps de se rejeter en arrière et ne fut pas blessé.

Le meunier menaça encore le Breton. La fin du mois de mars attira une pluie épaisse et glacée. Un jour, Henriette s'occupait de traire les vaches et Antoine la regardait. Il la désirait. Elle lui dit qu'elle ne se sentait plus comme avant. Antoine répondit qu'on aurait dit qu'on lui avait jeté un sort. Elle le pensait également.

Moarc’h ne pensait pas avoir fait de mal en reprenant un peu de terre sur le bord du marais. En se couchant, il eut soudain envie de réveiller Henriette pour lui faire l'amour. Mais le froid lui fit oublier son désir. Moarc’h se réveilla en pleine nuit. L'eau de la pluie avait réussi à pénétrer dans la chambre par une fissure. Soudain, un choc sourd ébranla le plafond. Il pensa que c'était la grosse boule de bois du jeu de quilles qui avait roulé. Le lendemain, il grimpa au grenier. Il chercha la boule mais ne le trouva pas. Il passa à côté de la tête de pierre. À peine l'eut-il dépassée de quelques pas, qu'à nouveau il l'oublia. Il finit par trouver la boule de bois posée sur une vieille barrique. Elle était recouverte de poussière. Il en fut surpris. Dans le grenier, il n'y avait aucun autre objet capable de produire le bruit de l'autre nuit. Le Breton s'empara de la boule et il la jeta au pied de l'échelle. Moarc’h fut encore dérangé une nuit, un mois plus tard. C'était le même bruit que la première fois. Alors il se leva pour aller dans la remise. La boule de bois était toujours au pied de l'échelle. Alors il se rendit au grenier et put voir la tête de pierre qui se déplaçait au ras du sol. Il fut assailli par la stupeur et l'effroi. Pourtant il réussit à redescendre. Il réveilla sa femme qui lui demanda ce qui lui était arrivé. Mais la peur était allée trop profond et Moarc’h s'écroula dans un coin. Le lendemain, il était encore agité par la fièvre. Henriette était prise d'une grande pitié pour son mari. À la fin de la journée, il dit à sa femme et à ses domestiques qu'il avait vu quelque chose d'affreux. Il demanda qu'on aille chercher le sorcier de Ménétréol. Dans la nuit, Antoine revint avec le sorcier. Le sorcier était petit, maigre, bien rasé et il avait la soixantaine.

Moarc’h voulait être seul avec le sorcier alors il ordonna à Henriette, la Galiotte et Antoine de sortir de sa chambre. Après quoi, il expliqua au sorcier que sa ferme était hantée par une mauvaise pierre qu'il avait trouvée dans un labour. Il dit aussi que la nuit passée, il avait entendu du bruit dans le grenier. Il dit qu'il avait vu la tête de pierre vivante éclairée par le dedans. Elle se déplaçait dans le grenier sans que rien ne la porte. Le sorcier, qui savait faire désirer ses conseils, resta tout d'abord muet. Le sorcier lui demanda s'il était sûr de ne pas avoir révélé ce qu'il racontait. Le sorcier lui demanda s'il se souvenait d'un détail qui pourrait prouver qu'il n'avait pas rêvé. Le Breton se rappela être revenu de la remise en courant et d'avoir réveillé sa femme. Le sorcier comprit que Moarc’h avait décapité une statue dans son champ. Le sorcier essaya de conjurer le mal en endormant le pouvoir maléfique que dégageait la tête de la statue. Mais il expliqua au Breton qu'il avait mal agi en la séparant du reste de son corps. Il lui conseilla de la recoller sans plus tarder. Cette statue était peut-être le diable en personne. Mais Moarc’h refusa de retourner tout de suite son blé pour un morceau de pierre. Il voulait attendre que la moisson soit faite. Le sorcier se dégagea des conséquences de ce refus. Il conseilla au Breton de ne pas briser la tête et de ne pas la déplacer de l'endroit où elle se trouvait car sinon le malheur serait double. Il demanda au Breton si son entourage était au courant des malheurs qu'il subissait à cause de la statue. Le Breton répondit que ce n'était pas le cas. Alors le sorcier promis de dire à l'entourage de Moarc’h qu'il était venu pour autre chose. Il promit au Breton d'endormir cette pierre. Il ne demanda qu'un louis pour ses frais. Moarc’h paya. Il demanda au sorcier s'il pouvait lui enlever sa fièvre. Le sorcier tendit un feuillet au Breton en lui conseillant d'avaler ce papier le lendemain matin dès qu'il entendrait quelqu'un dire les premières paroles de la journée. Il lui conseilla de ne pas mêler le médecin à son histoire. Après le départ du sorcier, Moarc’h déplia le feuillet. Il put y lire des mots étranges.

V

Jeanne avait été ramenée dans la ferme. Elle se retenait comme si elle craignait de s'enliser à nouveau. À quelques minutes près, les paysans qui l'avaient sauvée seraient arrivés trop tard. Ils l'avaient vue s'enfoncer dans le marais. Lucas avait fait irruption dans la ferme en hurlant sa peur et avait prévenu les secours. C'étaient Antoine et Grattebois qui avaient tiré Jeanne du marais. Pour la faire revenir à elle, il avait fallu lui donner de grandes gifles. Quand elle se réveilla, Jeanne se crut dans un autre monde. Elle demanda où était Lucas. La Galiotte lui répondit qu'il était dans son coin et grelottait de peur. Henriette demanda à Jeanne de leur raconter ce qui s'était passé. Jeanne ne cacha rien de ce qu'elle avait vu. Mais les paysans n'arrivaient pas à la croire. Une lavandière, dans le marais, et sans tête, ce n'était pas possible. Si la Galiotte n'avait pas montré son anxiété, il y aurait eu des rires et des moqueries. La Galiotte versa deux larmes et tout le monde la vit pleurer. Jeanne ne comprenait pas pourquoi la Galiotte pleurait. La Galiotte avait envie de dire à Jeanne ce qu'elle savait mais Henriette l'en empêcha. Henriette voulut expliquer à Jeanne qu'elle avait eu des hallucinations. Mais Jeanne continua de penser que le lièvre l'avait attirée vers la lavandière sans tête.

Tout à coup, la Galiotte demanda à l'assistance si la tête de la lavandière qui manquait n'était pas tout simplement la tête de pierre. Puis Antoine ordonna à tout le monde d'aller se coucher. La Galiotte ramena Jeanne dans sa chambre. Antoine voulut aider à porter Jeanne jusqu'à son lit mais Henriette le fit sortir de la chambre.

La Galiotte emmena Antoine, Henriette et Gattebois dans la remise pour leur apprendre ce que la fille devrait ignorer à jamais. La Galiotte pensait que la statue était bien revenue pour réclamer les débris de sa tête. La Galiotte regrettait que les morceaux de la statue n'aient pas été jetés dans le marais. C'était la faute d'Antoine qui les avait laissés dans les broussailles d'à côté. À présent, la paresse d'Antoine pouvait coûter à celui qui mettrait la main sur les morceaux de la statue. Antoine se moqua de la Galiotte mais au fond de lui, il était troublé. Henriette demanda à la Galiotte ce que pouvait être les linges que la statue battait dans le marais. La Galiotte répondit que ça pouvait être deux suaires et qu'un malheur se préparait. La statue pouvait préparer deux suaires pour deux personnes qui étaient près de trépasser.

Le lendemain matin, le vacher alla parler à la Galiotte avant l'aube. Il n'avait pas pu dormir à cause de Lucas qui n'avait pas arrêté de lui faire peur en lui parlant du diable. Durant la nuit, Lucas avait dit que la place des pierres n'était pas dans la ferme qu'il fallait le dire à la Galiotte et aux autres. Lucas disait cela en croyant s'adresser au diable. Alors la Galiotte réveilla ses maîtres. Elle leur annonça que Lucas avait trouvé les morceaux de la tête de pierre et les avaient rapportés à la ferme. Alors ils traversèrent la cour et entrèrent dans la grange. Lucas dormait. Antoine l'empoigna par les cheveux pour le secouer. Lucas se réveilla en hurlant. Antoine lui demanda si c'était vrai qu'il avait trouvé les pierres défendues et lui demanda où il les avait mises. Lucas confirme que les pierres étaient bien dans la ferme et que c'était Jeanne qui lui avait ordonné de les ramener. C'était elle qui les avait trouvées vers la Croule. Lucas les emmena dans la cachette. C'était la porcherie. La Galiotte et Henriette comprenaient à présent en quoi les porcs étaient malades depuis la veille. Lucas leur montra le sac avec les morceaux de pierre. Il demanda à Antoine s'il n'allait pas raconter cela à Jeanne.

Antoine le gifla alors Lucas chercha la protection de la Galiotte. Lucas cria à Antoine qu'il allait lui apprendre ce que la Malvenue avait encore fait de pire. Lucas pensait que son salut était dans l'aveu. Il était grand temps de tourner cette colère vers la fille incendiaire. Mais Jeanne arriva à ce moment-là avec son rire léger. Elle ne paraissait nullement troublée. Sa peur de la veille paraissait n'avoir jamais existé.

Jeanne se moqua de Lucas en lui disant qu'il pouvait très bien l'accuser d'avoir mis le feu à la meule l'autre nuit comme il pouvait dire que c'était la Galiotte ou Antoine. Alors Lucas baissa la tête. Puis Antoine ordonna à Lucas de rapporter les pierres jusqu'à la Malnoue. Jeanne proposa d'aller avec lui. Lucas ne voulait plus y retourner alors Jeanne lui cracha en plein visage. Elle lui dit qu'elle n'avait pas besoin d'être aidée par un couard.

La Malvenue poussa la brouette chargée de pierres brisées en pensant avec mépris à la lâcheté de Lucas. Elle fut heureuse de rencontrer Blaise sur le chemin. Il demanda à Jeanne où elle allait avec sa brouette. Elle ne répondit pas alors il s'arrêta et il l'obligea à lui laisser la brouette pour qu'il puisse la pousser plus alertement. Jeanne savait qu'elle pourrait faire de Blaise ce qu'elle voudrait. Blaise redoutait la lueur du regard de Jeanne. Alors elle lui dit que s'ils n'étaient pas contents il n'avait qu'à son année. Il en fut blessé car elle savait bien qu'il était capable de l'aider même pour le pire. Jeanne lui dit qu'elle voulait qu'il mette le feu chez lui et que ce n'était pas une plaisanterie. Blaise ne reconnut pas la voix de Jeanne mais comment aurait-il pu savoir que le démon la tenait en son pouvoir.

Jeanne lui dit que s'il voulait la prendre pour lui, il devrait payer avec des flammes. Blaise commença inconsciemment à admettre l'idée du geste criminel. Alors il acquiesça tout de suite accablé par le poids du remords avant même d'avoir fait le mal. De retour au marais, Jeanne repensa aux apparitions. Elle voulut se convaincre que les hallucinations étaient dues à l'alcool qu'elle avait bu. Elle demanda à Blaise de vider le sac par terre. Il ramassa ensuite un des cailloux. Jeanne et Blaise jetèrent les cailloux en plein milieu de la Malnoue. La surface écuma en gros bouillons. Soudain la Malnoue ressembla à un immense chaudron bouillant sur une des bouches de l'enfer. Blaise et Jeanne jetèrent les cailloux avec ardeur et ne remarquèrent pas ces vagues qui montaient et se répandaient sur la terre, à leurs pieds. Il ne restait plus qu'un morceau que Jeanne s'apprêtait à jeter. Dans sa main, la pierre venait de remuer. Il semblait que le caillou soubresautait. Jeanne se mit à crier autant de griserie que de peur. Elle cria à Blaise qu'il tenait un coeur vivant alors il l'encouragea à jeter ce coeur de pierre avant qu'il ne saigne sur sa robe. Elle jeta la pierre avec la force du dépit. Ils virent monter une énorme gerbe d'eau plus écumeuses que les précédentes. Ils prirent enfin conscience de la tourmente qui agitait les eaux de la Malnoue. La Malvenue s'agrippa aux vêtements de Blaise. Le vent élargit sa course.

Jeanne s'accrocha à Blaise. L'orage arriva. Blaise secoua Jeanne. Afin de fuir, il repoussa Jeanne avec toute sa force. Jeanne lui montra son visage : ses yeux dans lesquels tournait des cendres pailletées d'or. Elle lui tendit les lèvres. Alors il l'embrassa. La pluie se mit à tomber. Puis il la porta mais au bout d'un moment elle devint lourde alors il la déposa dans la boue. Elle était nue et luisante de pluie. Elle ferma ses bras sur Blaise. Elle cria brusquement. L'orage disparut aussi vite qu'il était arrivé. Jeanne et Blaise se séparèrent. Jeanne riait parce qu'elle avait oublié ce qu'elle avait par deux fois demandé à Blaise. Le pouvoir maléfique semblait l'avoir quittée quand les pierres avaient disparu dans l'eau de la Malnoue. En rentrant à la ferme, Jeanne ne pensait plus qu'à cette joie nouvelle courant encore dans son corps révélé au plaisir. Elle fut gênée par la crainte d'être devinée quand la Galiotte lui demanda si elle avait vu où la foudre était tombée. Comme Jeanne ne répondait pas, la Galiotte lui apprit que la foudre était tombée dans sa chambre en passant par la fenêtre. Alors Jeanne s'enferma dans sa chambre. Elle se rappela subitement qu'elle avait oublié d'emporter et de jeter le dernier morceau de pierre. Ce dernier morceau de pierre avait dû être touché par la foudre.

En effet, la pierre était brûlante comme une grosse braise.

Jeanne se rendit au cimetière. Elle n'y était jamais allée. La Galiotte l'avait seulement envoyée au bourg dire à Guillon, le boucher, que le veau était à point. Jeanne appela le fossoyeur. Il lui demanda ce qu'elle voulait. Elle voulut savoir où se trouvait la tombe de Moarc’h. Le fossoyeur reconnut la fille du Breton. Il lui indiqua la tombe qu'elle cherchait. Jeanne regarda les dates 1857-1897. Elle remarqua que la dalle était plus enfoncée au pied. Vers la tête, près de la croix, il sembla à Jeanne qu'on avait essayé de soulever la pierre tombale. Un des angles de la dalle avait été ébréché récemment. Le morceau de dalle enlevé avait la grosseur du poing. Jeanne le chercha vainement. Alors elle demanda au fossoyeur de venir. Elle lui montra la dalle ébréchée. Il expliqua à Jeanne que le matin même il avait replanté la croix de cette tombe que l'orage avait envoyé jusqu'à l'autre bout du cimetière. Il avait l'impression que quelqu'un avait cherché à soulever la dalle et qu'un morceau lui était resté dans la main. Jeanne était angoissée d'avoir subi une force qui l'avait poussée à regarder cette dalle ébréchée. Le fossoyeur se moqua de Jeanne en disant que la mort avait peut-être cherché à sortir de son trou. Alors Jeanne s'en alla et ne se sentit soulagée que sur le chemin de la ferme. Le soir, Antoine et Lucas s'étaient querellés. Toute la journée, Antoine avait traîné sa rancoeur. Il avait demandé à Lucas de s'expliquer après ce qu'il avait raconté sur Jeanne. Lucas s'était défendu en disant à Antoine que Jeanne n'était pas à sa fille alors Antoine l'avait giflé. Les deux hommes s'étaient battus. Jeanne n'avait rien dit. Elle les avait simplement regardés se battre pour elle. Elle s'était sentie fière et heureuse. Finalement, Lucas avait quitté la ferme en jetant un vilain regard à Jeanne. Dans la nuit, Jeanne entendit les chiens d'Angillon aboyer. Puis ce fut à nouveau le silence dans la nuit. Jeanne imaginait quelqu'un qui faisait le chemin d’Angillon jusqu'à la Noue. Répondant à cette pensée, la porte de la salle répandit un bruit aigre. Quelqu'un s'approcha de sa chambre et Jeanne retint un cri. Jeanne ne voyait pourtant personne. Elle se demandait quel revenant pourrait avoir besoin de son aide à elle. Un frôlement allait et venait dans sa chambre. Elle entendit un poids s'écraser sur la chaise. Elle entendit de profonds soupirs comme des lamentations. Brusquement, la fenêtre se referma avec un bruit sec. Le chien de Boucheron se remit à aboyer. Un morceau de pierre se trouvait là. Jeanne se saisit du morceau de pierre. C'était le dernier morceau de la statue qu'elle aurait dû jeter le matin même dans la Malnoue. Elle se dirigea vers la porte. Celle-ci était bien fermée. Elle voulut se persuader qu'elle avait eu un cauchemar. Mais elle entendit encore les aboiements. Elle voulut jeter la pierre dans le puits et la force qui était dans la pierre retint son geste. La force de la pierre obligea Jeanne à marcher sur le chemin. Jeanne ne voulait plus obéir alors elle jeta le morceau de statue dans un creux d'ornière. Elle pensa que son père avait été damné et qu'il revenait à nouveau.

Elle rentra chez elle et s'enferma dans sa chambre. Elle fit un signe de croix. À ce moment-là, la pierre qu'elle avait jetée dans l'ornière venait de tomber juste à l'endroit o elle l'avait ramassée un peu plus tôt. Quelqu'un l'avait lancée de la cour. La vitre avait été brisée. Elle se précipita dehors. Elle remarqua un crapaud énorme Jeanne l'avait déjà vu 100 fois sans penser à lui faire le moindre mal. Pourtant elle ramassa un bâton et écrasa le crapaud. Sa propre peur s'effaça. Le bruit de la vitre brisée avait réveillé les gens de la ferme. Jeanne ne répondit pas aux questions. Elle continua de frapper dans la flaque de chair et de sang. Antoine s'approcha de Jeanne mais elle le repoussa. La Galiotte poussa un cri en remarquant qu'un incendie avait débuté chez les Langlois.

VI

 

Après le départ du sorcier de Ménétréol, Moarc’h sentit s'accroître la fièvre et la peur. Le lendemain matin, la Galiotte se leva de bonheur et se mit à parler toute seule alors le Breton tira le feuillet magique de dessous son oreiller et l'avala dévotement. Une heure plus tard, la fièvre et la peur étaient parties. Il mangea de bon appétit et ressentit le besoin de faire le tour de son bien et de le revoir en détail comme s'il avait failli le perdre à jamais.

Il sentit la vie battre à pleines artères. Une force le tira en arrière, vers le bois de la Croule. Il se rendit au marais. Il regarda la terre pour laquelle il avait en fait et vers laquelle allaient tous ses espoirs. Il ressentit pourtant un malaise grandissant. Le sorcier lui avait conseillé de retourner son champ pour retrouver cette pierre et lui remettre sa tête sur ses épaules. Le Breton se sentit prêt à envoyer le sorcier au diable. Il voulait attendre deux mois de plus avant de remettre la pierre là où il l'avait trouvée. De plus, il ne se souvenait plus de l'endroit précis où il avait trouvé la pierre.

Alors il rentra chez lui. Mais il entendit craquer le plancher du grenier et il pensa tout de suite à la tête de pierre. Mais c'était Antoine. Moarc(h le sermonna. Antoine pensait que le Breton était en colère après lui parce qu'il couchait avec Henriette mais Moarc’h croyait qu'Antoine était allé chercher la pierre pour la jeter dans le marais. Comprenant la maîtrise du breton, Antoine se défendit et ne cherche pas à se défendre lorsque son maître le força à partir. Moarc’h vit Henriette qui sanglotait en se cachant le visage entre les mains. Elle baissait la tête comme sous le coup d'une honte.

Le Breton rêva du marais. Il s'y enfonçait et la surface durcissait. C'était de la glace. Des  rats et des reptiles glissaient dans l'eau. L'eau s'épaississait et Moarc’h essayait de sortir du marais. Un long morceau de pierre flottait sur la vase. C'était une statue. C'était un corps de femme vêtue comme dans les temps anciens. Il réussit à sortir de la terre liquide pour s'allonger à côté de la statue et il découvrit qu'elle n'avait pas de tête. Il y avait du sang sur le cou sectionné. Puis brusquement, le Breton se trouva seul, debout, au milieu du carré de la Manoue.

Le champ avait été retourné comme par un gigantesque soc de charrue. Puis il aperçut la tête de pierre qu'il avait tranchée rouler en boule et rebondir sur le champ. Il sentit comme un coup de pioche dans le ventre. Il se retrouva seul au milieu du carré à blé. Mais jamais la tête ne parvenait à reprendre sa place sur la statue. Et à chaque fois, elle faisait ce bruit de pierre contre du bois. Le Breton réussit à la saisir mais la statue avait disparu et il ne pouvait pas rassembler les deux morceaux. Antoine apparut pour lui reprendre de force la tête de pierre et la jeter dans l'eau du marais. Et en se retournant, Moarc’h se retrouva face à la statue revenue trop tard. De surprise, il la prit à plein corps et la serra dans ses bras. La tête de pierre envoyait des bulles en s'enfonçant dans la vase. Un coeur battait dans la statue. Des corbeaux tournaient autour d'une boule blanche qui descendait du ciel. C'était la tête de pierre qui frôla le cou du Breton en tombant.

En se réveillant, Moarc’h étouffa un cri. Une grappe de poussière était tombée du plafond sur son visage. Soudain un bruit, semblable à celui de son cauchemar, ébranla le plafond. Une nouvelle grappe de poussière glissa entre les planches et tomba à côté de lui. Le bruit venant du grenier était celui de la pierre contre le bois. La tête de pierre demandait son corps. Moarc’h avait peur qu'elle descende et le force à retourner dans le marais. Il redoutait que la pierre l’attire dans l'eau du marais pour le noyer. D'un seul coup le silence revint. Moarc’h se précipita dans l'écurie pour monter dans la carriole et il partit voir le sorcier pour lui dire que la tête avait rompu le charme. Désormais, il serait prêt à faire tout ce que le sorcier lui dirait de faire.

À son retour, il vit les domestiques et Henriette dans l'étable. Le bruit les avait réveillés. Henriette pleurait et la Galiotte fixait avec stupeur la porte de la salle.

Le sorcier avait conseillé à Moarc’h de prendre une corde solide. Moarc’h monta dans le grenier avec la corde. Il se posta juste derrière la tête pour qu'elle ne le voie pas. Le sorcier lui avait conseillé d'attacher solidement la tête. Le Breton attacha donc la tête avec la corde à un pilier. Il fut saisi d'un mauvais hoquet. Il ferma les yeux et poussa de longs soupirs. Sa tête se mit à tourner.

Soudain, toute la bâtisse menaça de s'effondrer. Les poutres et crissèrent. Les plafonds craquèrent. Dans le grenier, la tête de la statue secoua le bois et la pierre. Le Breton hurla de frayeur. Il demanda pardon. Il jura de retrouver le corps de la statue alors, subitement, il se sentit plus léger. Le silence revint. Après quoi, il s'empara d'une pelle et d'une pioche et il sortit. Il ne s'arrêta même pas pour parler à Henriette et aux domestiques. Henriette voulut le suivre mais la Galiotte l'en empêcha. Il se rendit à la Malnoue pour chercher l'endroit où il avait trouvé la pierre. Il creusera dans le champ. Le soleil frappait à grands coups le crâne du Breton mais rien ne pouvait arrêter sa folie grandissante. Le sorcier lui avait dit qu'il fallait qu'il retrouve coûte que coûte cette statue mais après avoir creusé pendant des heures, il ne la trouva pas. Il retourna à la ferme et ordonna à la Galiotte de lui trouver une brouette. Puis il se rendit au grenier. Il avait hâte d'en finir. Il coupa la corde. Il serra la pierre contre son ventre. Dans ses bras, la pierre s'était faite chair. Il ferma les yeux et était en train de perdre la notion de tout lorsque le soudain la Galiotte l'appela. Elle apportait la brouette. Moarc’h reprit brusquement conscience. La pierre se fit de plomb et le poussa. Il tomba. La pierre rebondit sur lui et il hurla. La Galiotte arriva à la première et comprit ce qui venait d'arriver. Henriette aperçut son homme disloqué sur le sol et pleura. Le Breton mourut et la Galiotte abaissa ses paupières puis elle récita un bout de prière. Antoine arriva et demanda ce qui s'était passé. Henriette était en train d'accoucher. Antoine était ému.

La Galiotte emmena Antoine voir Moarc’h. Antoine poussa un cri de stupeur. La Galiotte lui expliqua que c'était à cause de la pierre. Puis, la Galiotte se saisit d'une masse pour briser la pierre en plusieurs morceaux. Puis elle aida Henriette à accoucher. La Galiotte vit immédiatement une étoilure bleue au milieu du front du bébé. Elle crut que c'était la marque d'une envie qu'avait eue Henriette. En réalité, c'était un signe plus inquiétant.

VII

Après avoir fui Antoine, Lucas était allé droit à la Maladrerie. Il avait bu l'alcool d'oubli avec Hervé, le fils de la ferme, son compagnon des dimanches. Puis il s'était endormi dans la grange. Le lendemain matin, Hervé lui avait montré les Naulins mis en braises. Lucas avait tout de suite pensé à Jeanne. Il pensait que c'était elle qui avait mis le feu et l'accuserait ensuite. Alors il se rendit à la gendarmerie. Les gendarmes lui demanda ce qu'il voulait. Lucas eut soudain peur de voir la loi se retourner contre lui. Le brigadier voyant son désarroi voulut rassurer. Alors il parla d'une traite. Il révéla que c'était Jeanne qui avait brûlé la meule. Les gendarmes lui demandèrent pourquoi il ne l'avait pas dit plus tôt et il répondit que Jeanne lui faisait peur. Cela fit rire les gendarmes.

Ils lui demandèrent pourquoi il avait peur d'elle. Il répondit qu'elle viendrait peut-être raconter d'autres mensonges comme l'accuser d'avoir mis le feu aux Langlois cette nuit. Les gendarmes le soupçonnèrent aussitôt d'avoir commis ce crime. Ils l'accablèrent de questions. Ils l'accusèrent d'avoir mis le feu à la meule. Lucas cria son innocence. Il accusa encore Jeanne d'avoir mis le feu à la meule et d'avoir accusé le trimardier. Il avait peur que Jeanne l'accuse d'avoir mis le feu cette nuit. Il leur demanda d'aller chercher Jeanne. La conviction du domestique les troubla. Son assurance n'apparaissait pas feinte. De plus, ils n'étaient pas mécontents de savoir que ce vieux trimard pouvait être innocent. Ils s'étaient pris d'amitié pour lui. Le trimard leur avait toujours parlé avec douceur. C'était bien la première fois qu'ils arrêtaient un vagabond qui avait l'allure de seigneur. À leur insu, ils s'étaient montrés aimables avec lui. Ils en étaient même venus à demander ses conseils. Les gendarmes s'étaient arrangés pour le garder quelques jours de plus et ils ne furent jamais tentés de l'interroger sur son crime. Ils écoutaient sa voix et c'était tout. Le trimard sermonnait bien mieux que le curé du bourg. Le trimard avait une voix charmeuse. L'avant-veille pourtant, le trimard avait eu une attitude étrange et incompréhensible. Il avait soudain poussé un cri. Il s'était mis à gémir. Le brigadier lui avait demandé la raison de son cri. Le trimard avait secoué les épaules comme pour dire : « vous ne pourriez pas comprendre ». Et voilà que ce domestique venait l'innocenter. Alors ils acceptèrent de se rendre à la Noue mais il voulut en avertir le prisonnier auparavant. Mais le cachot était vide.

Le lendemain matin, les voisins se rendirent à la ferme des Langlois. Les frères Turpault étaient désespérés. Léon Turpault avait tiré sur un homme qui s'enfuyait avec une torche. Antoine accompagna les deux frères à la ferme de Noue car c'était là qu'avait fui l'incendiaire. Léon trouva le trognon de torche sur le chemin avec des traces de sang. L'incendiaire ne pouvait pas être très loin. Germain Turpault se bâtit avec un adversaire qui lui griffait le visage. C'était Jeanne. Les hommes l'empoignèrent. Antoine s'interposait entre Jeanne et Léon. Il affirma que Jeanne était dans la ferme de la Noue quand l'incendie avait démarré. D'ailleurs Jeanne n'avait pas été touchée par le plomb du fusil de Léon. Pour le prouver, Antoine déchira le corsage de Jeanne. La poitrine nue de Jeanne frappa tous les hommes de gène. Mais Léon n’accusait pas Jeanne. Il voulait seulement savoir pourquoi elle lui avait bondi dessus. À ce moment-là, Germain découvrit le corps d'un homme dans une haie. C'était Blaise. Jeanne les accusa de l'avoir tué alors qu'il n'avait pas fait de mal. Elle leur dit qu'il était fait pour elle. Elle les haïssait. Antoine lui ordonna de rentrer à la ferme pour qu'elle ne se fasse pas tuer. Elle obéit.

Elle s'enferma dans sa chambre. Elle pleura.

Le dernier morceau de la statue était toujours sous le matelas. Jeanne s’en caressa la peau. Puis elle implora la pierre. Elle lui demanda de lui redonner Blaise. Les gendarmes arrivèrent. Jeanne comprit en voyant Lucas ce qu'ils étaient venus faire. Antoine s'interposa. Lucas accusa à nouveau Jeanne d'avoir mis le feu à la meule. Jeanne sauta vivement par la fenêtre et courut vers Lucas. Elle le frappa au visage avec la pierre tranchante. Lucas s'écroula en se tenant le visage. Jeanne sourit en pensant que sans cette pierre qui avait commandé son geste, Lucas serait encore à l'accuser. Elle se mit à rire d'un rire de démente. La Galiotte s'agenouilla contre Lucas et appliqua son tablier sur la balafre. Les autres paraissent sans voix devant cette gamine qui avait blessé Lucas. Elle dit aux gendarmes qu'il pouvait emporter Lucas avec mépris. Elle hurla que c'était lui le coupable. Elle serra la pierre plus fort et la pierre sembla se faire chair. Jeanne comprit que la vie était revenue dans cette pierre. Antoine lui ordonna de poser la pierre. Jeanne essaya de dominer la force qui était dans son bras. N'y parvenant pas, elle trouva la volonté de s'enfermer dans sa chambre. Alors, elle s'agenouilla sur son lit. La pierre était redevenue simple pierre. Brusquement, elle subit l'impression d'une présence. Elle se retourna. Le vieux trimardier était derrière elle immobile. Elle pensa que sur les accusations de Lucas, l'homme avait été relâché et qu'on l'avait envoyé pour la confondre et la faire avouer de force. Elle lui dit que Lucas était un menteur. Mais le trimardier ne bougea pas. Il ne parla pas non plus. Il regarda Jeanne simplement. Jeanne serra la pierre. Elle s'agenouilla. Elle pleura. L'homme leva une main et tendit deux doigts. Il lui dit que par sa curiosité elle était devenue un cheveu du diable et qu'elle allait retourner à son maître. Il était temps qu'elle avoue aux siens le mal qu'elle avait fait pour alléger ses souffrances à venir.

Jeanne crut voir l'homme s'élever comme un revenant ou le bon Dieu lui-même. Il lui dit qu'elle pouvait sauver l'âme de son père qui est l'inconscient de sa damnation. Pour cela il fallait qu'elle aille jeter dans la Malnoue la pierre. Seulement son maître l'attendrait et elle ne devrait pas répondre à son appel. Jeanne réussit à tirer un grand cri de sa poitrine oppressée. Antoine arriva et lui demanda ce qu'elle avait. Elle lui parla du trimardeur. Mais il avait disparu. Henriette et la Galiotte arrivèrent aussi dans la chambre de Jeanne. Ils poussèrent tous un cri de stupeur en voyant la large tache rouge qui marquait le front de Jeanne. La Malvenue ne paraissait pas se douter qu'elle se défigurait lentement. Jeanne voulut leur expliquer que le trimardeur n'était plus en prison mais dans sa chambre et qu'il était en train de s'enfoncer dans le mur. Henriette était tellement peinée pour sa fille qu'elle s'évanouit. Jeanne finit par avouer à Antoine que c'était elle qui avait mis le feu à la meule. C'était elle aussi qui avait poussé Blaise à mettre le feu aux Langlois. Elle savait qu'elle serait damnée à jamais mais elle voulait sauver l'amant de son père. La Galiotte se mit elle aussi à crier car un brouillard bleuâtre s'était formé. C'était le même brouillard qui avait pris Moarc’h. Dans le brouillard couleur de dégoût apparut à hauteur d'homme une tête écarlate coupée à mi-cou. C'était la tête de Jeanne. Le brouillard cachait le corps de la fille et ne laissait voir que son visage. Le soleil pénétra le brouillard et fit couler une lueur blanche. Alors Jeanne apparut entière, le corps bien droit. Antoine et les gendarmes prirent alors conscience de leur méprise. Une force apaisante attira Jeanne vers les hauts de la Sologne. Elle quitta la cour d'un pas tranquille et assuré. Antoine cria pour qu'elle revienne mais elle ne l'écouta pas. Alors il entraîna les gendarmes vers la fille. Elle s'enfuit à toutes jambes vers la Malnoue. Dans sa main, la pierre vivait à nouveau. Jeanne sentit des doigts qui crochaient les siens.

Jeanne arriva rapidement au trou d'eau. Elle se rappela de l'apparition de la lavandière et eut un serrement de coeur mais elle obéit à la pression des doigts de pierre. Elle avança. Les doigts de pierre desserrèrent leur étreinte. Jeanne s'arrêta. Elle s'enfonça. Jeanne tendit en l'air le bras qui tenait la pierre maudite. Elle fut soudain horrifiée mais ne pouvait hurler son horreur. Elle venait seulement de comprendre qu'elle était maudite. C'est par la seule volonté de Dieu ou du diable qu'un mort emmenait un objet avec lui dans son trépas. La main de Jeanne écarta ses doigts morts et laissa tomber dans le marais la pierre qui portait l'oeil, le nez et la bouche du mal. À ce moment-là, le fossoyeur qui approfondissait encore la tombe qu'il creusait, entendit un long soupir suivi d'un autre, plus bref. Mais il ne vit personne. Il se mit à penser à Jeanne sans savoir pourquoi. Alors il regarda la dalle de Moarc’h et sursauta. Elle avait été remise bien à plat. Le morceau qui manquait avait été recollé avec une telle adresse qu'il n'y paraissait plus rien. La croix avait été solidement fichée en terre. Tout autour de la dalle, l'herbe avait été arrachée. Personne n'avait pu faire ça sans que grâce la porte du cimetière.

Antoine arriva le premier à la Malnoue. Les gendarmes arrivèrent après. Antoine appela Jeanne. Deux hommes arrivèrent. C'étaient les domestiques des Bourrées. Il y avait Marcellin et Gervais. Ils avaient vu Jeanne aller dans le marais. Ils guidèrent les autres. Antoine emprunta un des crochets à tronc des domestiques et avança d'un pied ferme dans le marais. Le brigadier se saisit de l'autre crochet et suivit Antoine. Les domestiques les aidèrent avec des perches. Ils sondèrent la terre pourrie. Ils réussirent à arracher le corps de Jeanne de sa prison liquide. Ils découvrirent que ce n'était pas son corps mais celui de la statue sans tête. La statue ressemblait beaucoup à la Malvenue. Antoine reconnaissait le corps de Jeanne dans cette statue. Marcellin cogna du pied le ventre de pierre. Alors Antoine le repoussa comme s'il avait commis un geste de profanation.

Désirée la sangsue.

 

Désirée avait plongé ses jambes dans la vase de l'étang et attendait patiemment de s'enrichir. Son trésor, c'était les sangsues solognotes. Pour amasser de gros sous de bronze, il suffisait à Désirée de planter ses jambes dans un fonds vaseux puis de croiser les bras et de compter tranquillement les coups de scalpel des sangsues.

Puis, sur la berge, elle arrachait une à une ces bestioles pour pharmaciens qui lui servaient de gagne-pain. Elle les jetait dans un seau. Désirée avait besoin de deux ou 3 l de vin rouge chaque jour. Le vin la nourrissait de rêve. Elle prétendait que seul le vin lui donnait, en plus de l'énergie et du courage, un beau sang épais et attirait les sangsues. Les villageois la traitaient de pocharde. Elle était laide. Elle avait une jambe plus courte que l'autre et une branche plus grosse que l'autre. Son corps était mal fichu. Elle excitait la moquerie. Elle avait 30 ans et elle était petite comme une fillette. Elle pensait que si elle avait été une grande femme, on l'aurait doublement remarquée. Elle avait de la chance dans sa malchance.

Elle aimait tout le monde mais personne ne l'aimait. Désirée l'indésirée. Elle leur a tellement voulu qu'on l'aime. Elle imaginait être enlacée dans les bras de beaux et vigoureux garçons. Elle dormait dans un coin de grenier consenti par Cahuit, le fermier des Genets. Elle avait décidé de s'acheter une robe et un corsage. Elle voulait une robe bleue ou rose. Les hommes ne l'en aimerait que plus ardemment. Elle retourna à la berge pour attirer les sangsues. Ce jour-là, elle avait de la chance car son rival, Martin, l'équarrisseur était absent. Il lui faisait concurrence sur l'autre rive.

Elle rentra au village. Elle se dirigea vers l'auberge. Chênaux attelait sa carriole. Il lui proposa de l'emmener à la ville. Elle se demanda comment il se faisait que Chênaux soit si prévenant. D'habitude il se conduisait toujours avec elle comme un rustre. Arrivée à la ville, elle courut jusqu'à la pharmacie. Le pharmacien lui acheta ses sangsues à un bon prix. Après quoi, elle entra fièrement dans la boutique aux étoffes. Elle s'acheta une jupe et un corsage. Revenue au village, Chênaux l'aida à descendre comme une princesse. Elle avait maintenant suffisamment de dignité pour être enfin écoutée et ce qu'elle voulait dire à tous tenait en trois mots : « je vous aime ». Elle croisa Martin qui s'arrêta net devant elle, béat. M. le maire sortit de sa boulangerie et en apercevant Désirée il se frotta les yeux comme ébloui. Il courut au presbytère pour voir M. le curé qu'il n'aimait pourtant pas beaucoup. Elle trouvait que la vie était belle grâce à ses nouveaux vêtements qui avaient fait éclore sa beauté et sa vérité. Le curé sonna les cloches en son honneur. Chênaux alla chercher une bouteille de vin bouché rare et coûteux pour qu'elle le boive devant le village réunit qui l'encourageait et l'applaudissait comme si elle réussissait un exploit. Chênaux lui offrit d'autres bouteilles. Les garçons se battaient pour la mériter mais c'était Chênaux qu'elle voulait. Elle l'avait toujours aimé en secret. Il lui fit signe de le suivre dans la cave. Entre eux deux barriques pleines, Chênaux prit Désirée dans ses bras et l'embrassa. L'Ubu énormément.

On avait jeté un sac d'engrais sur le corps de Désirée qui gisait au bord de l'étang. Le cantonnier ne la trouvait pas belle à voir. Elle s'était noyée. Son corps était couvert de sangsues. Seul Désirée saurait la belle fin qu'elle s'était imaginée grâce aux sangsues,

 

La huche.

 

À peine la laborieuse fermière des Renaudes avait été enterrée que ses trois gaillards de fils et ses trois gaillardes de brus se hâtèrent de l'abandonner sans le moindre regret. Ils partirent en maudissant le curé qui avait pris son temps pour prier sur l'inutile bonne femme. Ils avaient peur que l'orage détruise leurs récoltes. Grains et gains sonnaient mieux dans leur coeur que lamentations et tristesse. Le dernier des fils, le jeunot, le malingre était tout le contraire de ses frères. Il vivait dans les nuages et ne ressemblait pas à une brute. Il pleurait désespérément sa mère en griffant le sol et ne voulait pas se relever. Il avait tout perdu : la connivence avec un être d'amour ; le fils d'or de la compréhension ; le mur de tendresse qui lui épargnait les assauts de ses frères.

Les trois frères et leurs femmes mangèrent le petit salé pas assez cuit à cause de l'enterrement.

Pendant ce temps, le jeunot était dans sa chambre à geindre. Un mois après la mort de la mère, les trois frères et leurs femmes n'y pensèrent plus. Le jeunot était toujours triste. Les trois frères et leurs femmes engraissaient tandis que le jeunot de manger plus. Mais, comme le parasite ne crevait pas assez vite à leur gré, ils décidèrent d'activer les choses. Il suffirait de le gaver de chagrin. Ils lui firent croire que la mère n'arrêtait pas de se plaindre de sa bêtise et qu'il fallait le pendre mais que la corde valait trop cher. Le jeunot semblait reprendre goût à la vie et recommencer à manger.

Un soir, la femme du fils aîné leva le couvercle de la huche pour y prendre pain et jambon et poussa un cri d'horreur avant de s'évanouir. Les autres voulurent savoir ce qui lui avait fait peur et regardèrent dans la huche. Ils s'enfuirent en courant. Alors, bouleversé, le jeunot s'appuya sur son frêle courage et alla voir dans la huche. Il trouva le pain doré, le jambon ou jour, le sel et le beurre… Rien de plus. Il mangea comme quatre. Les trois fils et leurs femmes n'osèrent plus lever le couvercle de la huche pendant huit jours. Ils restèrent avachis et regardèrent sans comprendre avec jalousie le jeunot qui s'approchait de la rue plusieurs fois par jour pour y prendre à sa guise de quoi manger.

Le jeunot avait retrouvé ses nuages et s'y était confortablement réinstallé. Il ne prêta aucune attention aux six autres ni à leur incompréhensible refus de nourriture, de travail et de santé. Cela faisait maintenant un mois que les trois frères et leurs femmes se laissaient partir de faim dans leur lit. Les gens du pays contournèrent les Renaudes ou le mauvais sort s'était agrippé ses fusils terriens les fermiers et le bétail laissé à lui-même. Une des trois femmes trépassa. Son mari trouva un désespéré reste de force pour braver le dedans de la huche. Le jeunot put voir son grand frère ouvrir la huche avec un geste d'affamé. Le jeunot distingua alors allongée, serrant violemment pain, beurre, jambon dans ses bras et ses mains en partie décharnés, contre sa poitrine putréfiée, la mère figée, le visage recouvert de lambeaux de peau verdâtres mais la mère avait encore les yeux vifs et miraculeusement animés par la haine et ses yeux donnaient vie au cadavre.

Marie la louve.

 

C'était au mois de juin en Sologne. Marie se promenait sur le chemin. Elle était à la poursuite d'une biche. Elle suivait les traces de l'animal. Elle finit par la trouver et lui lança un caillou mais la bête s'enfuit. Les yeux de Marie Ribaud n'avait pas leurs semblables et faisait penser à ceux des bêtes sauvages. Elle avait 18 ans. Au travail, elle était rude comme un garçon. Les travaux de la ferme avaient forci ses épaules. Ses longues jambes s'étaient façonnées autant à courir pour le plaisir que pour le labeur. Elle n'était pas pressée de rejoindre son père et ses frères qui récoltaient le foin. Son père savait qu'elle n'était pas faite pour peiner dans les champs et ses frères savaient qu'elle était faite pour les aider à vivre la vie.

Martin Malgrain était son amoureux. La mère de Martin lui demanda s'il voyait toujours Marie. Chaque jour, Martin subissait les reproches de sa mère qui ne pouvait supporter qu'il recherche Marie. Aussi, il en était arrivé à ne plus faire attention à ce que sa mère disait. Mais ce jour-là, sa mère était en colère. Elle espérait que son fils n'avait qu'une amuserie avec cette fille. Martin répondit à sa mère qu'il avait l'intention de se marier avec Marie. Sa mère lui dit que son père n'accepterait pas cela facilement. Son père était autoritaire de stature et de caractère. C'était le régisseur du château Rerin. Il avait gagné de l'argent dans son moulin du côté d'Orléans. Il avait la réputation de grippe-sou et d'insensible. On le disait cupide et on racontait beaucoup d'autres méchancetés sur son compte. Dans le pays lui et sa femme étaient appelés « les étrangers ». Ce qui était le pire des mépris.

Sa mère lui déconseilla de se marier avec Marie. Elle lui demanda s'il connaissait l'histoire qui courait sur la Marie. Pour lui c'était des racontars. Mais sa mère lui expliqua qu'on disait qu'elle avait un mauvais don et qu'elle était damnée. C'était des gens qui avaient appris cela par la grand-mère Ribaud qui avait raconté l'histoire à la mère de Martin. Mais Martin pensait que la vieille Ribaud radotait. Sa mère voulut lui faire comprendre que Marie pactisait avec le diable. Martin ne voulait rien savoir. Martin s'en alla. Il avait besoin d'être seul. Il passa devant la grille du château qui, en réalité, n'était qu'une vieille gentilhommière. Autrefois du temps du grand monsieur des Gardettes, le père, la bâtisse était flambant neuve. Aujourd'hui, avec M. des Gardettes, le fils, le savant, il n'y avait plus que cette ruine et une vieille fille de servante. Le plus grand souci du comte était de découvrir des vestiges du temps des anciens.

Le père Malgrain attendait son heure pour acquérir le château car le comte s'endettait pour ses recherches. Martin ne partageait pas les desseins de son père. Martin arriva à l'orme ombrageant l'entrée de la locature des Bâtards. C'est là qu'il attendait Marie. Elle arriva. Martin lui répéta les paroles de sa mère. Il avait voulu en rire mais Marie n'avait pas répondu à ses rires. Elle voulut savoir pourquoi on racontait qu'elle avait un don. Alors ses parents lui expliquèrent. L'histoire commençait pendant l'hiver 1870 en Sologne. Chez les pauvres gens, cet hiver avait achevé bien des vieillards et reprit les quelques jours de vie de bien des nouveau-nés. Un homme se présenta à la ferme des Ribaud. Elle a vu de l'étranger immobile sur la pierre de seuil, chacun s'arrêta. Le chien aboya et tout d'un coup son regard devint craintif comme si la bête avait été ensorcelée. L'inconnu semblait sans âge et de tous les temps des hommes.

L'homme déclara qu'il avait faim ainsi que ses bêtes. Il en avait six. Il les amena. C'étaient des loups. Alors Ribaud décrocha son fusil. Mais l'inconnu lui ordonna de lui donner à manger. Le fermier obéit comprenant que les menaces ne serviraient à rien. Craignant pour ses enfants, Ribaud demanda à l'inconnu de faire sortir ses loups. Une fois les loups dans la cour, les vaches se mirent à meugler, affolées. La fermière rapporta un grand plat creux que l'inconnu donna à ses bêtes. L'homme ne remercia pas. L'inconnu mangea à même le plat avec contentement en se mettant à genoux et il écarta les museaux de ses bêtes. Le fermier regarda cette scène avec stupeur. L'inconnu lui demanda quel âge avait son plus jeune enfant. Le fermier répondit, un an. C'était sa fille. L'inconnu voulu la voir. Inquiète, la mère ne voulait pas montrer sa fille. Mais son mari lui ordonna de le faire. Marie fut montrée à l'inconnu. L'inconnu mit Marie sur ses genoux et il parla à l'enfant sans la moindre méchanceté. Il lui fit un don. Comme il parlait à voix basse, personne ne comprit ce qu'il dit à l'enfant. Il prononça des mots gutturaux suivis des gestes mystérieux. Marie le regardait avec la bouche ouverte. Dans son sac, l'inconnu avait un louveteau. Il prit la main de l'enfant et la plaça dans la gueule du louveteau. La mère étouffa un cri et voulut reprendre sa fille mais son mari l'arrêta du regard. L'inconnue expliqua à Marie qu'elle avait désormais le don de comprendre les loups. Elle pourrait également guérir les morsures faites par les loups. Seulement, elle perdrait son pouvoir à la mort de l'inconnu. Après quoi, il rendit Marie à sa mère et s'en alla sans regarder quiconque.

Marie se réveilla. Elle avait rêvé cette scène et se demanda si l'inconnu avait vraiment mis sa main d'enfant dans la gueule du louveteau. C'était le jour de la Saint-Jean. Après s'être rafraîchie, ses craintes de la nuit lui parurent naïves.

Durant le crépuscule, le curé s'avança dignement pour bénir la montagne de fagots sur la place à l'angle des routes de Nançay et de Souesmes. Tout le monde se signa. Le sacristain enflamma le bûcher. Martin chercha Marie. Sans elle, Martin trouvait la Saint-Jean bien triste. Il aperçut ses frères. Puis Marie apparut et prit place dans la ronde à côté de Martin. Martin retrouva sa joie et se mit à chanter avec les autres. Des garçons sautèrent au-dessus des braises. Ceux qui retombaient trop court était hués et ceux qui réussissaient étaient censés pouvoir se marier prochainement. Marie sauta également au-delà des braises mais son pied nu écrasa un charbon encore chaud. Personne ne s'aperçut de sa souffrance. Elle retourna auprès de Martin en souriant car elle ne voulait pas lui montrer qu'elle souffrait. La foule encouragea Martin à sauter Marie ne voulait pas et l'entraîna loin des restes du feu. Il lui en fit le reproche car il voulait montrer à tous que leurs noces seraient pour cette année. Elle était sur le point de lui dire ces craintes et de lui raconter le récit de son père. Mais elle se serra contre lui et il l'embrassa. Baptiste des Guépreux annonça à la foule qu'il allait sauter tellement loin que celle qu'il voulait serait obligée de ne rien lui refuser. Il annonça qu'il voulait Marie dans son lit avant la fin de l'année. Martin se précipita près du brasier pour voir si Baptiste réussirait. Marie le rejoignit. Elle voulut lui faire comprendre que Baptiste était ivre qu'il ne savait pas ce qu'il disait. Baptiste Grodafieu était le fils de la locature des Guépreux. Il n'était pas aussi travailleur que ses parents. De plus, il était hypocrite et lâche. C'était un coureur de filles. Il avait tenté sa chance avec Marie qui l'avait repoussé plusieurs fois. Martin se plaça de l'autre côté de la braise à l'endroit où l'ivrogne devait retomber. Baptiste était tellement ivre qu'il ne le reconnut pas. Baptiste ne put même pas sauter et s'effondra. Martin sauta le feu à rebours pour rejoindre Baptiste. Il le frappa. Il menaça de le frapper à nouveau si il s'en prenait à Marie. D'autres garçons arrivèrent pour soutenir Martin. Durant tout ce temps, Marc était resté à côté de sa soeur Marie pour la calmer car elle voulait frapper Baptiste. Il lui expliqua qu'il fallait laisser faire Martin et que ça lui ferait du bien.

Après le feu de la Saint-Jean, Marie et Martin marchèrent lentement. Ils étaient en train d'observer les étoiles quand des gens essoufflés les interpellèrent. Le fils Maujin était malade et seule Marie pouvait le sauver. Marie comprit que Maujin avait été mordu par un loup. Elle affirma qu'elle était incapable de guérir ce mal-là. Elle ordonna de partir en prétendant que ce qu'on avait pu leur raconter était des mensonges. Martin leur demanda aussi de partir en affirmant que Marie n'était pas une sorcière. Mais une vieille femme à la voix lamentée arriva. Marie entendit les sanglots de la mère de Maujin et décida d'intervenir. Ni Martin ni Marie ne pressentaient les tristes lendemains qui allaient naître de cette nuit-là.

Le petit Maujin reposait à même la grande table de la ferme. Il était parti braconner vers les Fons-Chauds. Il avait placé un piège dans lequel avait été pris le loup. Le loup avait réussi à se libérer et d'un bond avait sauté en direction de Maujin. Le garçon avait été mordu à l'épaule. Marie se pencha sur la blessure. Elle était indécise. Il fallait agir avant que le pire arrive. Devant l'inaction de tous, l'émotion de Marie disparut peu à peu. Elle réclama du pain et ordonna à tout le monde de s'en aller.

Tout en mâchant le pain, Marie regarda le gars dans les yeux. Le petit Maujin regarda Marie avec crainte. Elle passa ses mains sur l'épaule meurtrie. Le gars sursauta. Puis, peu à peu, il se laissa aller à une somnolence. Marie appliqua le pain mâché sur la blessure. Marie allait enfin savoir si elle avait le don. Elle plaça ses mains sur l'emplâtre et demanda au gars comment il se sentait. Il répondit qu'il ne sentait plus la blessure. Alors elle retira l'emplâtre et le jeta. Les parents du gars entrèrent. La mère crut son fils mort car il était évanoui. Elle se mit à crier et Marie ne comprenait pas pourquoi. À présent, Marie était fière de son pouvoir et prête à le défendre. Le maire désigna Marie comme coupable et tout le monde cria « louve ». Un dîner, Martin écarta les gens. Mais le père Maujin le traita de fils de voleur et lui ordonna de s'en aller.. Martin voulut le frapper mais les autres le jetèrent dehors. Marie voulut défendre Martin mais le venin agissait déjà. Elle put voir la haine dans les visages alors elle s'enfuit pour cacher cette honte injuste.

Martin, une fourche à la main, retourna dans la salle. Les femmes crièrent et les hommes s'emparèrent d'armes de fortune. La mère Maujin emmena son fils. Les femmes crurent que son fils était mort.

Les paysans comprenant que Martin n'en voulait qu'au père Maujin, s'écartèrent. Alors Martin avança sur Maujin qui resta immobile. Martin s'arrêta. Il n'osa plus frapper cet homme qui n'avait comme arme que la rage de son regard. Maujin accusa Martin d'avoir été envoûté par Marie. Martin le provoqua en lui demandant de répéter que Marie était une louve et qu'elle était maudite. L'autre prit peur et les hommes purent voir son brusque désespoir. Puis Martin enfourcha le père Maujin. Puis, les hommes se jetèrent sur lui. Baptiste arriva à ce moment-là. Il avait le visage ensanglanté et il était tenu par deux gars. Les trois hommes étaient ivres. En entrant chez Maniin, ils aperçurent Martin inanimé. Baptiste s'approcha du corps de Martin et le frappa lourdement. En cognant, il se dégrisa et put voir le corps du père Maujin. Alors, pris de terreur, il regarda partout autour de lui et se rendit compte qu'il était seul.

Les autres s'étaient enfuis le laissant quasi coupable du sort de ces deux hommes. Baptiste trouva juste assez de force pour fuir à son tour. Marie erra longtemps, poussée par son désespoir. Il lui sembla que des gémissements naissaient de la terre stérile. Elle entendait « tu es louve… Marie… Marie la louve… ». Elle répondit qu'elle n'était pas une louve et se signa. Elle perdit conscience au milieu d'un bourdonnement de rire et de menaces. Elle se réveilla écrasée par le soleil au bord d'une clairière. En marchant, ses pensées redevinrent claires. Elle prit résolument le chemin des Rouges, la ferme des Maujin.

Une des domestiques était en train de couper l'herbe et cria en apercevant Marie. Quand Marie s'approcha, la domestique la traita de maudite louve. Elle chercha à s'enfuir mais Marie l'arrêta. Elle lui demanda si elle avait réussi à guérir le garçon. La domestique répondit oui. Elle dit aussi que Martin c'était le démon et qu'il avait voulu tuer son maître. Mais les autres avaient réussi à le neutraliser. Marie lui demanda s'ils avaient tué Martin et elle répondit que non. Au petit matin, le vieux guérisseur était venu. Se penchant sur le corps du père Maujin il put voir les marques rouges de la fourche. Il demanda qu'on le laisse seule pour agir car ses secrets avaient besoin de mystère. Puis, le guérisseur avait demandé la raison de tout ça. On le lui expliqua. Les hommes s'aperçurent que Martin avait disparu de la pièce où il avait été enfermé. Le guérisseur regarda l'épaule du fils Maujin. Il confirma que ç'avait été vivement guéri. La nuit suivante, Marie se réfugia dans la cour des Bâtards. Elle aurait voulu entrer dans la ferme pour parler aux Malgrain. Le père n'avait pas l'air de s'inquiéter de l'absence de son fils. La mère pensait que son fils était avec Marie. Cela mit en colère le père. Des enfants aperçurent Marie et la traitèrent de louve. Marie voulut courir après eux pour les forcer à se taire. Mais elle se retint. Marie courut partout comme un animal chassé. Elle entendit quelqu'un qui l'appelait. C'était Baptiste. Il lui avait joué un tour en se faisant passer pour Martin. Elle lui cria qu'il donnait l'impression de vouloir la tuer et cela l'arrêta. Elle se jeta à terre et sanglota sans retenue. Baptiste bénit cette faiblesse de Marie que la providence lui envoyait juste au moment où il fallait. Il allait pouvoir mieux que jamais apaiser son désir. Il se pencha sur Marie pour la serrer à la taille. Marie se défendit en lui donnant un coup de pied Marie le regarda souffrirait et c'était une revanche.

Baptiste se vengea en disant qu'elle était la femelle d'un loup. Il annonça à Marie que Martin avait été étripé la veille et laissé aux bêtes des bois. Marie lui hurla d'arrêter. Honteux de tout ce qu'il venait de dire, Baptiste s'enfuit. Il se rendit chez les Malgrain. Il leur dit qu'il ne savait pas ou se trouvait Martin puis il leur raconta l'histoire que sa haine avait forgée pour la vengeance. Il prétendit qu'il sortait depuis longtemps avec Marie. Il assura qu'il avait l'intention de se marier avec elle et qu'elle avait accepté. Il affirma que les parents de Marie avaient accepté également. Voyant l'intérêt que les Malgrain lui portaient, Baptiste donna toute sa mesure de méchanceté.

Il prétendit que le père de Marie lui avait confié quelque chose de grave. Marie avait été ensorcelée et il n'y avait que son père qui était au courant. Même sa fille ne le savait pas. À ce moment-là, la mère Malgrain était heureuse de voir la rumeur confirmée.

Baptiste prétendit avoir annoncé au père de Marie qu'il voulait malgré tout se marier avec elle pour la guérir de sa malédiction. Il mentit en affirmant que Marie avait failli achever le petit Maujin qui avait été mordu par un loup. Baptiste affirma que c'était à ce moment-là qu'il avait enfin compris de quoi était capable Marie. Il continua son mensonge en disant que Martin était venu avec Marie chez les Maujin pour la défendre et que les Maujin avaient failli le tuer. Baptiste affirma qu'il avait sauvé la vie de Martin. Martin lui aurait répondu qu’il avait raison, Marie était bien une damnée.

Baptiste raconta avoir vu Martin partir avec Marie parce que celle-ci l'avait ensorcelé. Le père malgré un sermonna Baptiste de ne pas lui avoir raconté son histoire plus tôt. La mère Malgrain lui fit également des reproches car si Baptiste était venu plus tôt les Malgrain auraient pu défendre leur fils contre Marie. Alors Baptiste se leva et annonça qu'il allait chercher Martin et le ramener chez ses parents. Le père Malgrain lui répondit que s'il faisait salle il lui donnerait deux louis.

Le père et la mère Malgrain décidèrent de se rendre chez les parents de Marie. La mère de Marie leur offrit de s'asseoir mais ils refusèrent. La mère Malgrain accusa Marie d'être une fille de démon. La mère de Marie ne répondit pas dans l'espoir que cela donnerait du temps aux siens pour arriver. La mère Malgrain accusa Marie d'avoir ensorcelé son fils. Le silence de la fermière exaspéra la mère Malgrain et elle cria dans son dos que Marie était maudite. Le père Malgrain demanda où se trouvait Marie. Les Malgrain réclamaient leur fils. La mère Ribaud ne put retenir un sanglot. Les Malgrain ricanèrent. La mère Ribaud finit par répondre que Marie n'était pas encore rentrée. Alors le père Malgrain maîtrisant son désir de brutaliser la mère Ribaud accusa Marie de découcher avec Martin. Avant de s'en aller, le père Malgrain cracha par terre aux pieds de la Ribaud et fit signe à sa femme de le suivre. La mère Ribaud entendit de nouveaux cris et courut à la fenêtre. Marie était revenue. Mais les Malgrain lui demandèrent où se trouvait Martin. La mère de Marie aurait voulu sortir pour prendre pour elle seule cette haine mais elle ne pouvait faire un geste. Le père Malgrain gifla Marie. Marie rendit à coups nerveux les gifles du père Malgrain. Puis elle ramassa vivement un bâton. Elle ordonna aux Malgrain de rentrer chez eux. Comme elle menaçait de frapper, ils obéirent.

Le domestique des Basses arriva chez les Ribaud. Il voulait voir Marie. Il dit à Marie qu'il avait vu la sorcière, la Juine. Il prétendit que la Juine lui avait demandé de courir chercher Marie car elle voulait lui parler tout de suite. Elle attendait sur le chemin près de la grand-route. Marie demanda au domestique s'il savait qui elle était. Il répondit étonné : « t'es plus la Marie Ribaud ? ». Comme ils visaient loin du monde il ne savait pas encore la malédiction de Marie. Puis il s'en alla. À présent le sort était vraiment jeté. Inconsciemment, les domestiques des Basses allait apporter tout le fiel aux gens du bourg. Il allait rapporter que la vieille sorcière lui avait demandé de chercher Marie. Marie songea que la sorcière pouvait beaucoup si elle voulait. Elle savait peut-être où se trouvait Martin. Alors, elle partit en courant.

Marie ne trouva personne sur la grand-route. La Juine était cachée derrière un arbre. Marie s'en rendit compte et alla vers elle. La sorcière était contrariée d'avoir été si vite devinée. Marie fut décontenancée par l'aspect repoussant de la sorcière. Elle eut soudain envie de fuir cette ridicule rencontre. Chacune de ses rides devait être la marque ineffaçable d'une mauvaise action et Marie en était effrayée. Pour lui faire comprendre tout son dédain, Marie avait envie de cracher vers cette femme hideuse. Mais la sorcière lui proposa de l'aider contre ceux qui lui voulaient du mal. Marie lui répondit qu'elle n'avait pas besoin de son aide. La sorcière posa sa main couverte de verrues sur le bras de Marie qui repoussa ce contact avec dégoût. Mais elle lui demanda quand même si elle savait où se trouvait Martin et si elle pouvait le faire revenir.

La sorcière répondit qu'elle pouvait l'aider à condition que Marie accepte de faire le mal. La sorcière insinua que Marie était du même côté qu’elle avec le même maître.

La sorcière prétendit que son maître était le diable et qu'elle pouvait lui demander de faire revenir Martin. Seulement il faudrait donner quelque chose au diable en échange. Alors Marie s'enfuit, folle à la pensée que le retour de Martin pouvait être à ce prix. La sorcière lui avait conseillé de dire le nom de quelqu'un qu'elle haïssait et Martin reviendrait. L'image de la sorcière poursuivait Marie. Sur le chemin, elle rencontra son frère et courut vers lui.

Le dimanche, dans l'église du bourg, les fidèles étaient nombreux. Les femmes étaient plus nombreuses et paraissaient plus à leur aise que les hommes. La mère Ribaud arriva en retard et ses voisines s'écartèrent d'elle. La fermière ne comprenait pas la réprobation qui était dans les yeux de ces femmes. Durant son sermon, le prêtre annonça que le démon avait marqué une fille de la paroisse. Les femmes s'écartèrent encore plus de la mère Ribaud. Le prêtre évoqua l'exorcisme et invita les fidèles à prier avec ferveur. Les fidèles évoquèrent Marie et la mère Ribaud s'agenouilla sur son prie-Dieu. Elle entendit les mots acides des femmes et les sourdes menaces des hommes. Le prêtre regrettait déjà les paroles de son sermon et il chercha à apporter l'apaisement. Il ne fit qu'attiser le brûlot qu'il venait d'enflammer. La mère Malgrain accusa la mère Ribaud d'avoir mis au monde cette maudite Marie. Le prêtre lui montra la croix et lui demanda de se taire. La mère de Marie se redressa péniblement et s'en alla. Le sacristain referma la porte derrière elle.

La mère Ribaud raconta à sa fille ce qui était arrivé à l'église. Alors Marie décida de partir loin pour ne plus attirer d'ennuis à ses parents. Ses frères ne voulaient pas qu'elle s'en aille et son père ne voulait pas qu'elle ajoute à leurs peines. Son frère Julien promit de la défendre. Sa mère regrettait de lui avoir dit qu'elle avait un don. Elle se rappela que la sorcière lui avait conseillé de prononcer le nom de celui qu'elle détestait le plus et Marie se rappela également la haine qu'elle vouait envers Maujin. Les Ribaud sentirent leur impuissance comme jamais. Marie s'efforça de se faire à l'idée du mal et au conseil de la sorcière. Alors elle maudit les Malgrain. Il y avait tant de haine dans sa phrase que tous en eurent le souffle raccourci. Tout à coup, Marie eut la vision de Martin. C'était aussi un Malgrain ! Alors elle demanda pardon à Dieu. Sa famille la laissa seule et elle sanglota. Quelque temps plus tard, Martin frappa à la porte des Ribaud. Marie en fut saisie de stupeur et de joie. Marie pressa Martin contre sa poitrine. Martin gémit et demanda où se trouvait Marie. Il était incapable de voir quelle était en face de lui. Alors Marie le força à la reconnaître. Elle connaissait à présent le degré du délire de Martin.

Alors elle l'allongea dans le foin pour qu'il puisse se reposer. Puis elle regagna le chemin du pré où travaillait sa famille. Elle rencontra Baptiste. Mais elle ne s'arrêta pas. À présent, elle était inquiète comme une bête craignant qu'on découvre sa bauge. M. des Gardettes se rendit aux Bâtards. En voyant le châtelain, le père Ribaud s'immobilisa et attendit son maître avec respect. Le châtelain lui annonça que sa locature prendrait fin à la Toussaint. Il ne voulait pas garder une famille qui lui attirait des ennuis. Le père Ribaud lui répondit qu'il n'arrivait pas à se mettre dans l'idée que c'était lui qui parlait ainsi. Mais le châtelain s'en alla sans rien dire. Il fut reconduit par le père Malgrain dans sa carriole. Malgrain était allé se plaindre auprès du châtelain et avait réclamé le départ des Ribaud. Le châtelain ne s'était pas attendu la recevoir des ordres de son régisseur. Le châtelain demanda des explications et Malgrain répondit que les Bâtards étaient entre les mains du démon. Le châtelain tenta de raisonner son régisseur. Pour lui ce n'était que des sornettes colportées par des vieilles sottes. Le régisseur avait été profondément blessé par les propos moqueur du châtelain à l'égard de son fils. Alors il menaça de s'en aller et de ne plus aider le comte dans ses recherches archéologiques. Avec cet argument, Malgrain avait mené l'humeur de la discussion. Le châtelain se sentit alors près aux ultimes sacrifices.

Une nuit, Malgrain entendit un frôlement contre la grille. Il regarda à la fenêtre. La nuit semblait avoir retrouvé son habituelle quiétude. Alors il se recoucha. Il ne trouva pas le sommeil. Il réveilla sa femme. Elle entendit, elle aussi, le bruit continu de la sonnette. Ils entendirent, de la cour, monter un hurlement.

Le père Malgrain tremblait au lieu d'agir. Des griffes crissaient contre le rebord de la fenêtre. La mère Malgrain pensait que c'était le loup-garou. Malgrain se dégagea de sa femme qui s'était accrochée à lui comme autant des amours. Il s'empara de son fusil. Il entendit un brutal cri d'horreur, un cri de femme caressée par la mort. Alors, il redescendit l'escalier rapidement. Il voulut retrouver sa femme pour savoir ce qui lui arrivait et pour la rassurer mais elle n'était plus là. Elle était à côté de lui. Elle lui demanda de regarder dans le coin de l'armoire. Il regarda et vit des yeux qui brillaient plein de fureur intense. Sa femme l'encouragea à tirer. Elle se mit à prier. Un griffement de pattes faisait gémir le plancher. La bête de la nuit sauta sur le lit découvert. Les Malgrain tombèrent au sol. Puis, au-dehors, un appel à peine perceptible arrêta l'animal. Les Malgrain purent voir s'enfuir la longue forme de loup. Les Malgrain restèrent sans bouger jusqu'à l'aube. Le père Malgrain était sûr que c'était Marie qui était venue. La mère Malgrain dit à son mari qu'il ne fallait pas se laisser faire car Marie reviendrait. Elle donna à son mari une fiole d'eau bénite et lui demanda d'aller aux Bâtards. Il n'aurait qu'à verser l'eau bénite sur une balle de son fusil. Le père Malgrain partit résolu.

Marie et sa mère sursautèrent en entendant la chevrotine briser la fenêtre de la salle. Surpris, les hommes qui travaillaient dans l'étable accoururent à elles d'un pas rapide. Le père de Marie et son frère consolèrent les deux femmes. Une nouvelle rafale de plomb claqua et le père Ribaud se précipita vers l'origine du coup de feu. Marie et ses frères suivirent. Ils purent voir Malgrain qui fuyait avec son fusil. Il se retourna et menaça Marie. Il lui ordonna de lui rendre son fils. Marie voulut rester au milieu du chemin mais Julien l'obligea à les suivre. Ils se réfugièrent derrière un châtaignier. Le père Malgrain pointa son arme au hasard. Puis il partit à grand bruit de galoches.

Marie était en larmes.

Marie n'avait pas quitté Martin depuis trois jours. Sa présence avait calmé son délire. La vue seule de Marie était son meilleur remède. Personne ne se doutait qu’aux Bâtards se trouvait un grenier. Pas même la mère. Mais deux langues pour un secret, c'était beaucoup trop. Marie avait voulu rassurer Martin en disant que c'était un chasseur qui avait mal vu et que son père l'avait fait aller plus loin. Mais il reviendrait peut-être. Marie annonça à Martin qu'elle allait l'emmener dans un coin des bois où on ne pourrait pas le trouver. Martin devrait s'y cacher tout le temps que Marie lui demanderait d'y rester. Martin trouvait cela inutile car il comptait voir son père et sa mère mais Marie l'en dissuada. Marie retourna voir la Juine. L'intérieur de la maison était pire dedans que dehors. À l'image de la malfaisante. Marie suffoqua mais elle chercha à coups de regard pénétrant. Dans le fond de la pièce, la sorcière observait Marie sans bouger. Marie sursauta en apercevant la vieille femme. La sorcière savait que Marie avait besoin de ces conseils. La sorcière évoqua son mari en disant qu'il était obéissant. Marie comprit combien la vie de cet homme avait dû être misérable. Marie dut faire appel à son courage pour rester et surtout dire ce qu'elle avait à dire. Elle dit à la sorcière qu'elle était la cause de l'éviction dont elle était victime avec ses parents. Elle lui ordonna de la désensorceler. Alors la vieille lui répondit que si Marie voulait lui jeter un sort elle avait intérêt à le jeter vite avant qu'elle-même ne lui en donne un deuxième. Marie voulait s'en aller mais la sorcière s'en rendit compte et ferma la porte. Alors Marie recula jusqu'à la cheminée. La sorcière avait compris que Marie avait peur du pouvoir qu'elle possédait. Mais la sorcière n'y pouvait rien car ce pouvoir venait du démon lui-même. Elle ouvrit la porte et ordonna à Marie de s'en aller. Alors, humiliée, Marie supplia la sorcière. La sorcière lui répondit que seul le diable pouvait l'aider. Il suffisait qu'elle se rende à la croix de mission à minuit.

Elle devrait emmener une poule noire sous son bras. Puis la sorcière s'en alla.

La sorcière marcha longtemps et ne s'arrêta que dans les Fons Chauds. Elle écarta des taillis et appela quelqu'un. Un loup bondit et se dirigea vers la sorcière. Puis un homme apparut. Il était vieux et misérablement vêtu. La sorcière connaissait cet homme et elle lui demanda de protéger Marie. Elle lui expliqua ce qu'il devrait faire.

Marie se rendit à l'endroit indiqué par la sorcière avec une poule noire sous le bras. Marie hésita avant d'aller jusqu'au socle de la croix puis elle traversa vivement la route et s'immobilisa. Une peur sournoise la pénétra. Elle aperçut sur la lande deux pointe rouges qui se balançaient et se déplaçaient avec lenteur. Ils arrivaient droit sur elle en la menaçant. Pour ne pas crier, Marie se mordit la main. Elle tomba à genoux en serrant la poule qui gloussa d'affolement. Soudain, une grande silhouette enveloppée d'un halo apparut. Marie se releva et se plaqua à la croix. Marie demanda à l'apparition de ne pas avancer davantage. Elle entendit un rire de métal qui disait la force du diable. L'ombre vivante se mit à parler. Elle lui demanda pourquoi elle se cachait en la désignant sous le nom de petite louve. L'apparition dit à Marie qu'elle était un peu son père. Il voulut la rassurer en lui demandant qui lui faisait des méchancetés pour qu'il puisse punir les responsables. Marie put distinguer le grand corps large et plat revêtu d'une blouse sombre. Il portait une ceinture de toile qui montrait bien qu'il venait d'un ailleurs mystérieux. Comme pour se moquer, l'homme tint un instant ses bras en croix au-dessus de sa tête. Marie se souvint de tout ce qu'elle avait entendu dire sur le diable quand elle était enfant. On disait que celui qui était malin pouvait ruser avec le diable. Le diable demanda à Marie de le laisser faire avec les Malgrain. Il voulait venger Marie. Il promit de ne rien faire à Martin. Il lui demanda si elle désirait d'autres pouvoirs. Le diable se rapprocha de la croix. Marie put distinguer un visage osseux. Alors, redoutant que le diable la prenne dans ses bras et l'emporte à jamais dans son enfer, Marie obéit à une idée subite. Elle saisit le coût de la poule noire et le tordit. Elle ne fut pas surprise de voir la route vide. Elle se mit à douter avoir vu ce qu'elle venait de voir. Puis elle s'en alla.

Martin était toujours aux Bâtards. Il dormait. Marie le regarda dormir. Elle s'allongea à côté de lui. Il se réveilla. Elle lui dit qu'elle était maudite mais il lui répondit qu'elle ne devait pas croire à ces sornettes. Alors elle lui expliqua que les coups de fusil de l'autre jour étaient pour elle. Elle lui dit que celui qui avait tiré était son père parce qu'il croyait qu'elle était une louve.

Une lointaine détonation troua le calme de la nuit. Elle dit à Martin que son père les avait fait chasser des Bâtards et qu'il racontait partout qu'elle l'avait ensorcelé. Martin ne voulait pas croire Marie. Alors elle lui expliqua que son père était capable de tout. Ils restèrent longtemps l'un contre l'autre et s'endormir.

Le lendemain matin, Martin rentra chez lui. Il trouva son père avec un fusil qui semblait suivre une piste fraîche. Quand il aperçut son fils, le père Malgrain semblait à la fois craintif et joyeux. Son père lui demanda s'il voulait revenir. Martin répondit que cela dépendait de beaucoup de choses. Son père lui demanda où il était et Martin ne voulait pas répondre. Le père Malgrain savait que Martin était avec Marie. Martin ne voulait pas avouer. Il mentit avec assurance et son père commença à le croire. Il raconta qu'il était parti dans le Sancerrois pour une histoire d'argent à gagner. Le père Malgrain répondit que Marie était une sorcière, une louve. Il raconta avoir tiré sur elle la nuit dernière. Alors Martin défendit à son père de s'occuper de Marie. Il s'empara du fusil de son père. Mais le cou partit et le père Malgrain accusa son fils d'avoir voulu le tuer. Il accusa Martin d'avoir été envoyé par Marie et de s'être laissé ensorceler. Puis il se jeta sur son fils pour le frapper mais un appel lointain arrêta le père Malgrain brusquement. C'était Marie. Le père Malgrain dit à son fils qu'il était un menteur et lui ordonna de rejoindre la louve. Alors Martin se retourna vers Marie.

Le père Malgrain regretta les paroles qu'il venait de dire à son fils. Il voulait le sauver malgré cette louve. Sans un mot, il écarta sa femme qui venait s'accrocher à lui. Il prit le flacon d'eau bénite et versa le reste du contenu dans le tube de son fusil. Il raconta à sa femme la scène qui venait de se passer. Alors sa femme tomba à genoux et remercia Dieu.. Le père Malgrain s'en alla. Il entendit un grognement et crut que c'était la louve. Son arme lui parut soudain aussi inutile qu'un bâton. Alors il rentra chez lui. Il ordonna à sa femme de consolider la porte avec la barre. Il annonça à sa femme qu'il irait à la gendarmerie. Il alla se coucher en demandant à sa femme de ne pas laisser la lumière pour que le noir ne se mette pas contre eux. Il y avait une vipère dans son lit alors le père Malgrain se mit à crier. Il se releva et saisi un tisonnier pour frapper la vipère. Il réussit à la tuer mais elle l'avait mordu au pied. Il ordonna à sa femme de lui donner la bouteille de Talbo. La bouteille était cassée. Il restait du liquide dans un coin plus creux. Le père Malgrain aspira le reste du remède. Il tira son couteau de sa poche pour entailler sa chair en feu.

Le châtelain faisait des fouilles archéologiques avec le père Brunin. Les deux hommes venaient de trouver un sarcophage. Le châtelain promis de laisser une part du trésor à son domestique pour le convaincre de rester avec lui. Le vieux paysan pensait que c'était une part de malheur. Il refusa car le malheur retombait sur les gens qui ouvraient les tombes. Devant cette détresse indomptable, le comte essaya de plaisanter. Mais le père Brunin s'en alla à grands pas. Alors le châtelain décida de se rendre aux Bâtards pour trouver quelqu'un capable de l'aider. Sur le chemin, il retrouva le père Brunin et lui proposa de monter dans sa carriole. Brunin put voir alors combien le châtelain était soucieux. Monsieur des Gardettes n'avait pas dit au père Brunin la vérité sur le brusque départ de son régisseur. Il repensait à la scène de ce matin. Il se souvenait des violents propos du régisseur. Le régisseur lui avait montré des traces de griffes sur le sable de l'allée. Le père Malgrain avait refusé de l'accompagner pour faire ses fouilles. Il pensait que cela lui avait porté malheur de déterrer les morts. Le père Malgrain avait annoncé au châtelain que le mal irait à sa rencontre. Le châtelain avait remarqué que le père Malgrain boitait et portait un pansement sanglant autour de la cheville. Son régisseur lui avait expliqué que la maudite avait voulu sa mort. Le châtelain sortit de ses pensées en arrivant aux Bâtards. Le père Brunin descendit lourdement et partit à la hâte. Il n'y avait personne dans la cour de la ferme. Le châtelain appela en vain. En retournant à la voiture, il aperçut Baptiste. Batiste chercha à se cacher. Mais le châtelain l'appela. Il le force à aller suivre. Même en lui promettant de l'argent, Baptiste refusa de l'accompagner. Batiste demanda un louis pour proposer au châtelain de trouver un homme solide qui ferait l'affaire. Le châtelain lui donna la pièce et Baptiste lui montra le grenier des Bâtards. Puis il s'enfuit. Le châtelain se rendit au grenier et découvrit Martin. Une surprise réciproque les dérouta un instant. Le châtelain dit à Martin que son père le cherchait et qu'il était la cause d'histoires qui lui étaient préjudiciables. Le châtelain demanda à Martin de venir l'aider aux Fons-Chauds. Martin accepta. Martin demanda au châtelain s'il comptait garder les Ribaud à la ferme. Le châtelain répondit qu'il était d'accord mais il fallait qu'avant la nuit il sache ce que contenait la tombe.

Baptiste ne désespérait pas d'avoir Marie. Une fois Martin repris par les Malgrain, Marie viendrait à lui. Alors il se rendit chez les Malgrain. Mais personne ne lui répondit. Il força la porte et un éclair jaillit. Un tonnerre déchira l'air. Batiste s'écroula. Le père Malgrain avait solidement attaché au banc un fusil et la corde qui tenait la gâchette était reliée à la clenche. Baptiste avait été victime de ses propres machinations.

Dans le pré, Marie entendit la détonation. Pourtant elle reprit le labeur qui assouplissait sa taille. Le châtelain et Martin réussirent à dégager de sa gangue de sable durci, le sarcophage. Ils réussirent à soulever la dalle de la tombe. Mais la dalle retomba avec un bruit sourd. Ils recommencèrent. Martin coinça le manche de pioche pour retenir la dalle. Ils n'entendirent pas les pas d'un vieil homme qui s'était approché. Cet homme était accompagné d'un animal. Il épiait les deux hommes qui voulaient lui ravir le trésor. Le châtelain partit chercher une torche dans sa carriole. Il voulait voir sa découverte en pleine lumière. En passant à côté de sa jument, il sentit qu'elle tremblait comme d'un émoi. Puis il retourna à la tombe. Il découvrit ce qu'il y avait à l'intérieur. C'était un long squelette avec des vases antiques. Le châtelain cria de joie. Soudain, un hurlement féroce leur arracha le coeur. Le châtelain réussit à s'enfuir tandis que Martin s'empara de la torche et recula au fond de la longue tranchée.

À la ferme des Bâtards, les paysans entendirent des bruits violents dans la cour. C'était la carriole du châtelain. Sur la banquette, le châtelain gesticulait en criant. Il se laissa glisser à terre. Le père Ribaud et ses fils accoururent. Le châtelain était exténué. On le conduisit dans la salle de ferme. On lui donna un fortifiant. L'alcool lui rendit la parole.

Il expliqua qu'un loup avait bondi sur lui. Martin avait été attaqué également. Alors Marie lui demanda affolée où était Martin. Le châtelain lui répondit que Martin était encore au cimetière romain. Marie enfourcha la jument. Elle demanda du pain et son père lui donna une lanière de fouet. La jument arrêta sa course brutalement et Marie fut projetée loin dans les bruyères. Elle se remit sur pied mais la jument était déjà loin. Elle se précipita vers le cimetière romain. Une torche de résine éclairait à moitié la longue tranchée. Elle aperçut un corps allongé sur le fond de sable. Elle s'empara de la torche. Martin gisait sur le ventre alors Marie souleva ce grand corps. Marie put voir un gros caillot sang sur la gorge de Martin. Les parois de sable portaient encore les marques du combat entre Martin et le loup. Marie comprit que le trou étroit et profond s'était fait complice du mal en empêchant Martin de se défendre. L'espoir tintait encore en Marie qui retrouva le pain contre son sein. Elle le mâcha rapidement. Elle plaça le remède sur la plaie de Martin. Martin râlait toujours mais de plus en plus faiblement. Subitement le loup apparut au-dessus de Marie sur la butte de sable rejeté du trou. Alors Marie brandit la torche. Le loup recula. Il culbuta dans la tranchée. Au même moment, Marie aperçut le sarcophage et poussa un cri. La lourde dalle était retombée sur le corps d'un homme. Le loup se coucha contre la pierre en gémissant. L'homme était mort, la poitrine écrasée. Marie reconnut le diable et ses habits rouges qu'elle avait vu l'autre soir. En voyant le loup lécher les vêtements de l'homme, elle comprit. C'était le meneur de loups. Elle se rappela ce qu'il lui avait dit : elle perdrait le don à sa mort. Alors devant le corps figé de Martin, Marie chancela.

Le gâloup (le loup-garou).

Le loup-garou, pour raviver sa haine et sa douleur avait besoin de meilleures pâtures que le noir et le froid. Les hommes lui prêtaient bêtise et lourdeur. Il pensait que la terre était dominée par un éternel et puissant souverain fourchu qui l'avait confiée à deux métayers instables mais de forces égales : la nuit et le jour. Il se pensait maître de la peur des hommes. Il vivait la nuit et mourait le jour. Ses faims étaient la terreur des hommes. Il ne pouvait les contraindre. Il ne pouvait rester sur place et sans besoin sinon les hommes détruiraient ses forces afin d'apaiser leur constant appétit de quiétude. Pendant sept ans, Lune-la-Borgne viendrait l'épier avec son unique oeil blême. C'était la lune qui le forçait à hurler contre son impassible provocation. Durant sept ans les hommes prièrent et implorèrent un autre maître que le vrai comme si leur Dieu pouvait quelque chose contre celui du loup-garou. Le loup-garou devait rester damné pendant sept ans. Ses soupirs seraient des hurlements ; sa boisson, du sang ; sa nourriture, des animaux tendres et chauds puis il se nourrirait d'hommes.

Quatre hommes étaient à la recherche du loup-garou. Tillet avait perdu 40 moutons. Girard pensait que c'était l'oeuvre d'un loup. Thévau le pensait également. Seul le vieux Loreux pensait que c'était le gâloup le vrai coupable. Il pensait que le jour le loup-garou lui-même ignorait son identité de la nuit.

Le loup-garou se sentait bien plus adroit que le commun de son clan adoptif. Par privilège, lui seul savait combien les hommes pouvaient facilement faire pousser dans leur tête ces pensées rusées qui étaient leurs véritable force alors que les autres loups ne savaient même pas que les hommes pouvaient penser. Pour les loups, les hommes n'étaient que des bêtes à deux pattes et couardes la nuit que fanfaronnes le jour… Le loup-garou pensait que l'homme sans son chien et sans son fusil ne serait rien de rien alors que le loup serait tout même le dieu des hommes. Il pensait que les hommes étaient des hypocrites car ils avaient mis le plus honnête des leurs sur une croix. Les loups seraient moins cruels ; ils ne crucifieraient que les faux loups… les chiens. Il imaginait des troupeaux d'hommes gardés par de vrais loups secondés par des moutons vifs et hargneux, heureux de mordre les flancs de ce bétail blême.

Le loup-garou imaginait que les hommes forts porteraient sur leur dos des chevaux et des ânes menaçant qui les fouetteraient à mort. Les femmes seraient traites par des vaches brutales. Les enfants des loups s'amuseraient avec les enfants des hommes. Les porcs seraient chargés de nourrir les troupeaux d'hommes, vautrés dans de fétides hommeries. Mais tout cela, le loup-garou était le seul à pouvoir l'imaginer car il considérait les autres loups comme trop stupides. Le loup-garou ne partageait pas sa vie avec celle des loups car il ne voulait pas partager sa nourriture. Le loup-garou aurait faim durant sept années avant d'être quitte avec son maître. C'était sa punition. Il se consolait avec la vertigineuse terreur qu'il infligeait aux hommes. 

Le loup-garou avait encore sévi. Les paysans pensaient que c'était l'oeuvre des loups. Mais le vieux Loreux leur disait que c'était la faute du loup-garou. Tillet voulait se venger mais s'il devait y consacrer sa vie. Thévaut promit de l'aider. Et les autres offrirent leur concours. Les autres animaux témoignaient du respect pour le loup-garou. Cela renforçait son orgueil. Son pouvoir l'aidait à percer les mystères du monde animal. Le loup-garou trouvait que son maître était noble et beau. Il ne l'avait vu qu'une seule fois, la nuit où il lui avait donné son état présent. Le diable laisserait le loup-garou attendre pendant sept ans d'être délivré de son sort et le tiendrait la nuit dehors dans un constant besoin de chair vive. Et durant cette période, les hommes trembleraient sans jamais oser venir l'affronter.

Le diable avançait vers une immonde boule de reptiles qui se multipliaient. Il ne redoutait pas les morsures de vipères. Il était venu pour régénérer un des clans de ses suppôts. Chaque mouvement de sa bouche ne lâchait pas un mot mais un serpent. En les regardant plus près, le loup-garou perçut des visages humains sur les serpents. Certains serpents reconnaissaient le loup-garou car ils avaient dû le connaître dans une autre vie.

Cette fois c'était Mirmont qui avait perdu son troupeau. Une fois encore, le vieux Loreux annonça que c'était la faute du loup-garou. Un des paysans demanda s'il existait une magie pour lutter contre le loup-garou. Le vieux Loreux conseilla de tirer avec du plomb. Mais il fallait, de plus, faire bénir le plomb. Tous les paysans décidèrent de s'associer pour en finir avec le loup-garou.

À la fin de la nuit, le loup-garou redevenait un homme. Il était nu et ne pouvait plus grogner ni mordre. Il n'avait plus de crocs. Il devait se méfier de la lune espiègle qui pouvait le transformer. Le loup-garou s'était définitivement condamné en déchiquetant le corps d'Antoine, le berger des Graudes. Les paysans s'étaient rassemblés dans la cour de la ferme de Tillet. Maintenant tous ceux de Sainte-Métraine était prêts à guerroyer.

Ils étaient 40, en tout. Tillet menait le groupe. Mais personne ne remarqua qu'il manquait une arme puissante : le vieux Lorreux, si utile dans ses sages et judicieux conseils. Le loup-garou fut surpris de voir des hommes s'avancer vers lui en pleine nuit. Les paysans tirèrent des balles de plomb bénies. Le loup-garou fut blessé mais réussit à s'enfuir. Les femmes des paysans étaient serrées les unes contre les autres chez Tillet. Elles se réconfortaient en pensant aux forces engagées et commandées par Tillet. Venant de la chambre de Tillet, grattant le mur avec l'ardeur d'un parasite, une faible plainte réussit à le transpercer pour venir s'éteindre dans l'oreille des femmes à présent sans défense. Elles seraient mortes si les paysans n'étaient pas revenus. Tillet était mort. Les paysans avaient ramené son corps. Les jambes et les bras de Tillet se dépouillèrent lentement d'éparses touffes de poils.

 

Le diable en sabots.

C'était en décembre, en Sologne. Le village des Brandes garder sur lui l'écharpe légère de son haleine bleutée sentant le bois flambé. Dans la longue rue boueuse et affroidie toute vie humaine avait cessé. Chacun était resté chez soi. Maître dans sa forge, Christophe balança le poids de la lourde masse pour pétrir le fer. Christophe n'était pas pressé d'en finir. Sa femme n'avait pas envie non plus de le voir revenir car il n'y avait plus jamais rien de nouveau entre eux. Ils s'étaient lassés l'un de l'autre et n'avaient pas eu d'enfants. Sans enfants, il n'y aurait pas de lendemain pour la forge. Christophe songeait à l'avenir qu'il devrait traverser en solitaire, traînant une femme plus inutile qu'une ombre. Son sort à lui était d'attendre la fin en souffrant. Il s'aperçut soudainement qu'il n'avait presque plus de patience. Il sentit la présence d'un être invisible et mauvais conseilleur. Il se sentit devenir un instrument docile et obéissant. Il lui était ordonné d'en finir. Il pleurait. Il se dirigea vers l'établi et s'empara d'une longe. Il monta sur l'enclume et tendit les bras vers une solive complaisamment détachée du plafond pour y glisser la corde. Il fit cinq noeuds. Il plaça la corde autour de son cou et se signa. À ce moment, porté par des claquements de bois sec, un immense gaillard dépassa la première maison des Brandes, celle de Sabeur, l'ancien garde-chasse. Il portait une ample pèlerine noire. Il se dirigea vers l'auberge. Mais l'auberge était fermée. Le père Graubois, l'aubergiste, était seul dans la salle. En voyant ce grand gaillard, l'aubergiste eut la sensation de recevoir de plein fouet l'image d'une calamité faite homme. Il le laissa quand même entrer. L'homme s'assit à la place de Graubois sans la moindre hésitation comme si tout dans la salle et lui appartenait. L'aubergiste n'osa lui faire remarquer que c'était sa propre place. La femme de l'aubergiste arriva avec un plat de saucisses. Elle reçut le regard de l'inconnu comme une perçure d'aiguille.

Agacés, les Graubois déplacèrent les assiettes et le plat sur une autre table. L'inconnu ne prêta même pas attention à la femme qui l'observait. Un drame collectif venait d'être semé pour envahir l'âme même des Brandes. Les Graubois ne pouvaient même pas le deviner. L'aubergiste demanda à l'étranger ce qu'il désirait boire l'inconnu demanda du vin blanc. Il avait l'accent berrichon avec un ton autoritaire. La femme de l'aubergiste demanda à l'étranger où il souhaitait se rendre. L'étranger répondit évasivement : « peut-être ici… Peut-être ailleurs… ». Il n'y avait dans sa voix pas la moindre amorce d'amabilité. La Graubois remarqua combien les doigts de l'étranger étaient longs et minces comme s'il ne s'était jamais servi de ses mains pour travailler d'une occupation d'homme. L'aubergiste pensa que c'était peut-être le maître d'école d'un village voisin. Le père Graubois revint avec un verre et une fiole de vin blanc.. Les aubergistes mangèrent dans leur coin. L'inconnu prit son temps pour boire. Il regardait la porte d'entrée. À la longue l'inquiétude saisit pour de bon les aubergistes qui se demandaient si le nouveau venu ne préparait pas un mauvais coup. L'étranger ne semblait pas avoir dépassé la quarantaine. Il avait les cheveux noirs et les yeux verts. L'étranger demanda un nouveau flacon de vin blanc. Il eut enfin son premier sourire. Une puissante beauté, fière et cruelle, coulait de ses yeux. L'inconnu tira de sa bourse un beau louis tout neuf qu'il le jeta sur la table. L'aubergiste s'en empara tout de suite craignant que l'étranger ne le reprenne ou le fasse disparaître. En se penchant, l'aubergiste put remarquer que l'intérieur de la bourse était plein de pièces d'or. L'aubergiste tenait enfin un intéressant sujet de conversation. Il dit à l'inconnu qu'avec cette fortune il pouvait acheter le bourg. L'étranger répondit que s'il y avait quelque chose à acheter, il achèterait. Il expliqua qu'il était forgeron. L'aubergiste répondit qu'il n'y avait rien à vendre dans ce genre au pays. De plus, le forgeron du village n'était pas prêt de les quitter. Mais le nouveau venu amorça un bref sourire que ne remarqua pas le couple d'aubergistes.

Il annonça qu'il voulait forger en Sologne et à sa convenance. Les aubergistes répondirent que la Sologne avait déjà son plein de forgerons. Les aubergistes s'ingénièrent à soutirer à l'inconnu un peu de son or. Ils lui proposèrent de manger et de loger chez eux. En se penchant pour le servir, la Graubois tenta de lire dans les yeux de l'étranger. Elle s'y connaissait en devinances et personne ne pouvait lui cacher ses plus secrètes pensées. C'est une sorte de don qu'elle avait et que tout le monde redoutait. Mais l'étranger avait des yeux solides et résistants. Tout ce que la Graubois pouvait y lire fut l'avertissement que mieux valait pour elle ne pas trop insister. Penaude, elle se rassit face à son mari. Soudain, des bruits forts parvinrent du dehors. Des hommes arrivèrent pour avertir les aubergistes que le forgeron venait de se suicider. L'inconnu semblait indifférent vis-à-vis de cette scène pourtant digne d'attention. La Graubois demanda à un des hommes si le forgeron n'avait pas été pendu de force. Tout en disant cela, elle désigna l'étranger qui était en train de manger. Mais l'interlocuteur de l'aubergiste lui répondit que personne n'aurait pu prendre de force Christophe. La Graubois commencer à craindre que son mari soit pendu par l'étranger. Alors elle demanda à l'étranger s'il avait connu Christophe. L'étranger répondit non. Les aubergistes s'attendaient à voir la joie de l'inconnu quand il apprendrait que Christophe était le forgeron du village. Mais ce ne fut pas le cas. L'étranger alla se coucher. La Graubois lui demanda quel était son nom. Étranger sembla hésiter puis répondit qu'on l'appelait Roc. Alors, les aubergistes sentirent soudain combien la présence de cet inconnu dans l'auberge leur pesait.

Denys, le garde champêtre était bouleversé. Il entra dans la forge avec les villageois. Christopher était encore pendu et personne n'avait osé le descendre. C'était au garde champêtre de le faire.

Denys demanda à un homme de l'aider à détacher Christophe. Puis le corps fut étendu à terre. Denys retira la corde du cou de Christophe. Il pensa que plus tard il devrait donner un bout de cette corde à ceux qui voudraient de la chance. Personne n'aimait la femme de Christophe car elle n'aimait personne. Aussi personne n'avait envie de la consoler ou de l'aider à passer cette heure avec des gestes amicaux. Mais elle ne montrait aucune douleur. Le corps du Christophe fut porté jusqu'à son lit. La femme de Christophe ne pensait qu’à retirer la rouille qui couvrait le corps de son mari pour ne pas salir les draps.

Pour ne pas faillir à la tradition, chacun à tour de rôle passa devant la veuve en lui touchant brièvement la main. Mais ils plaignaient bien plus le défunt que sa compagne insensible. Quand tout le monde fut parti, deux vieilles voisines restèrent pour besogner le forgeron. Elle l'endimanchèrent tout en disant du mal de la femme de Christophe. La femme de Christophe était seulement ennuyée par son changement de condition. Cette nuit-là dans le village le visage terrifiant de Christophe étranglé parcourut les pensées. Tout le monde se demandait pourquoi Christophe s'était pendu. Christophe n'avait aucune raison de s'avouer vaincu devant la vie. Il travaillait en maître et régnait dans sa profession sur des lieues à la ronde. On ne se pendait sans une vigoureuse raison sans finalement en trouver une pire que les autres. Ainsi le Mauvais entra-t-il en scène. Certains pensèrent que le forgeron avait dû payer son don qu'il avait reçu de l'enfer.

Les villageois se souvenaient que Christophe était capable de couper la queue d'un cheval de calmer la douleur de la bête simplement en posant deux doigts sur sa croupe. Christopher avait dû engager son âme pour obtenir un tel pouvoir et sa pendaison ne pouvait qu'en être le paiement. D'autres villageois se souvenaient que Christophe avait un lien de parenté avec Jean-patte-de-loup dont la puissance était redoutée et qui avait juré de frapper à malheur, après sa mort, tous les hommes du village. Gentil et sa femme se souvenaient de Jean-patte-de-loup et cela les empêchait de dormir. Adèle Gentil se souvenait avoir vue de Jean-patte-de-loup emporter bébé Christophe dans les bois de la Vieille-Morte afin de l'offrir aux puissants de ce monde. Elle n'osait avouer à son mari qu'elle venait juste de penser que la force du forgeron ne pouvait être qu'un don rapporté des bois maudits par l'entremise de l'oncle.

Malgré eux, les Gentil passèrent la nuit à évoquer Jean-patte-de-loup. Jean-patte-de-loup avait accepté le don de tout guérir et surtout celui de se faire l'ami des loups. Les villageois pensaient que Christophe avait dû payer la dette familiale. Heureusement que Christophe n'avait pas eu d'enfants.

Le chant de l'enclume manquait au réveil du village. À croire que Christophe était un fier chef bruiteur donnant le ton à tous. Et combien, enveloppés dans le brouillard égarant, s'étaient laissés ramener par l'oreille grâce aux appels sonores du labeur de Christophe… Roc entra chez Christophe. Deux femmes se trouvaient là. Il s'adressa à la veuve. Chose étrange, il ne la connaissait pas et pourtant il la devinait sans se tromper. Elle se sentit menacée quand il proposa de reprendre la forge. L'autre femme s'en alla veiller le mort. Quand elle revint, Roc la chassa. Il proposa de l'or à la veuve et cela coupa net ses dernières retenues. Elle demanda combien il pouvait proposer et il répondit ce qu'elle voudrait. Elle proposa la forge et la maison. Elle comptait vivre chez sa soeur. Elle regarda les pièces d'or qui étaient toute neuves. Cela lui fit peur et elle dévisagea craintivement l'inconnu.

L'inconnu lui offrit cinq poignées de Louis d'or. Puis il lui dit qu'il ne voulait plus la voir dans cette maison dès que son homme serait enterré. Elle acquiesça. Il lui aurait demandé d'aider Denys à creuser la fosse avec ses ongles qu'elle l'aurait faits aussitôt tant elle désirait ne pas lui déplaire. Elle voulait l'accompagner pour lui montrer la forge mais il refusa. Dans la forge, Roc se délectant des senteurs déjà refroidies depuis la mort de Christophe. Il s'empara d'une des masses pour montrer à l'outil quel était son nouveau maître. Quelqu'un était derrière lui. Il se croyait seul et jamais personne n'avait encore réussi à le surprendre. Une femme l'avait donc suivi à son insu. Il se retourna mais ne vit rien. Puis une fille vint vers lui. C'était une adolescente qui ne devait pas avoir plus de 16 ans. Le calme de son regard déconcerta Roc. Il ferma violemment les paupières redoutant soudain que l'adolescente ne voit qui il était.

Il était troublé par les formes lissées douces de l'adolescente. Il lui demanda ce qu'elle faisait ici. Elle s'agenouilla près du foyer. Roc comprit qu'elle avait repris une longue et patiente attente qui lui était familière. Troublé, il la rejoignit, et malgré lui, posa sa main sur son épaule. Il sentit tout de suite un bref frisson. Roc ralluma les charbons éteints. Elle le remercia en l'appelant Christophe. Roc rit. Il lui dit qu'il n'était pas Christophe mais Roc. Alors elle demanda où était Christophe.

À ce moment-là, la veuve de Christophe entra dans l'entrebâillement car elle avait entendu le bruit du soufflet et voulait voir la forge fonctionner sans son défunt mari afin de remplacer dans sa mémoire une vieille image par une nouvelle. Apercevant l'adolescent, elle s'empressa de venir la secouer sans ménagement. Roc repoussa alors durement la veuve. Surprise, elle dit à Roc qu'il ne savait pas qui était adolescente. Il répondit que ce n'était pas assurément sa fille. Elle voulait être préservée d'un tel malheur. Alors il lui ordonna de se taire et de s'en aller. Mais la veuve dit que l'adolescente était la Benette sur un ton de mise en garde. C'était une demeurée. Elle conseilla à Roc de se méfier d'elle. Elle ordonna à la fille de s'en aller mais l'adolescente resta dans sa douce indifférence. Pendant que la veuve jacassait, Roc prit la main de la fille. Des étincelles revinrent dans le regard perdu de l'adolescente et cela rassura Roc. Il lui dit que Benette était un joli nom. Mais il avait la sensation de parler à rien. L'adolescente demanda encore où se trouvait Christophe et la veuve lui montra le bout de corde qui dépassait de la solive. L'adolescente demanda si Christophe allait revenir par la corde. La veuve lui répondit qu'on ne pouvait pas revenir quand on était mort. Alors l'adolescente pleura. Les villageois qui étaient venus voir la forge furent surpris de voir surgir cette inconnu. Une semaine après l'enterrement de Christophe une voiture arriva au village. L'homme qui la conduisait semblait riche. Il demanda aux villageois où se trouvait Roc. On lui répondit qu'il fallait aller à la forge. Une belle dame tout en fourrure sortie de la voiture. Elle était majestueuse mais grandement triste. On pouvait entendre les pleurs de douleur d'un enfant. Les villageois se demandaient qu'était donc venus faire ce couple appartenant à un monde si différent de celui des forgerons. Roc ne fut pas surpris par l'arrivée des visiteurs et referma sa porte. Décontenancé, le nouveau venu comprit qu'il faudrait parler avec des mots condescendants. Il dit à roc que son fils avait des convulsions et que la science était incapable de le guérir. Mais Roc pouvait le guérir et il était son dernier espoir. La jeune femme voulut rompre le silence de Roc et posa sa main gantée de dentelle sur le puissant bras de Roc. Elle le supplia de sauver son enfant et lui proposa beaucoup d'argent. Mais Roc repoussa la femme. Il dit qu'il n'acceptait jamais d'argent mais pour son seul plaisir il voulait être parrain de cet enfant. Le couple ne comprit pas l'intérêt d'un tel marché mais le père de l'enfant accepta. Roc demande à l'homme de signer d'abord un engagement. L'homme accepta. Roc empoigna l'enfant et le dénuda prestement. Puis il le posa à même l'enclume.

L'enfant était terrorisé mais était fasciné par le visage de Roc. La mère voulut reprendre son enfant mais Roc l'atteignit à son tour avec ce regard qui broyait tout le monde. Il ordonna au père de tenir fermement l'enfant. Benette entra et s'immobilisa devant cette scène inquiétante avec sur son visage une vive rougeur de crainte. Au moment où l'enfant paraissait le plus confiant, Roc rugit soudain et arracha sa chemise pour laisser jaillir son torse. Il s'empara de la plus lourde des masses et la leva hautement. Il abattit la masse sur le ventre de l'enfant. Instinctivement, le père tira à lui son fils mais, reprenant le dessus, sa volonté d'homme l'aida à se maîtriser afin de participer jusqu'au bout à ce simulacre qu'on lui avait longuement décrit. La mère s'écroula et la Benette plaqua une main sur sa poitrine pour modérer de confuses émotions. Roc bloqua net son geste et la masse termina sa chute meurtrière en un léger frôlement contre la peau de l'enfant lui dénouant enfin de spasmodiques cris de frayeur qui étaient sa délivrance. C'était tout. Puis le père enroula son enfant dans ses linges. La mère se releva en sanglotant. Puis le couple s'en alla avec l'enfant. Roc offrit à l'adolescente le sourire qu'elle quémandait. L'adolescente lui dit qu'il était fort et elle embrassa sa poitrine. Remarqua-t-elle l'imperceptible senteur de souffle qui était le fond tenace de son odeur d'homme ?

Quand la nuit arriva, la température descendit au-dessous de 20°. Les sapins éclatèrent. Le froid fit mourir les moutons. Le froid se poursuivit durant sept interminables jours. Roc interrompit son travail et l'adolescente continuait de le contempler inlassablement. Au huitième jour, Roc redonna voix à l'enclume. Une voiture arriva amenant trois hommes pleins d'autorité. Parmi eux il y avait le sous-préfet.

L'un des voyageurs demanda à l'aubergiste où se trouvait la forge. Il dit à l'aubergiste que ce froid le surprenait car à une lieue de là, la température était bien plus clémente. La Graubois envoya son mari épier aux abords de la forge. Le sous-préfet était venu demander secours à Roc. Graubois put voir le maigrichon qui accompagnait le sous-préfet dérouler un large rouleau de papier. Les trois hommes restèrent chez le forgeron durant une bonne heure à palabrer. L'aubergiste comprit que le forgeron savait déjà depuis longtemps ce qu'on attendait de lui. Après le départ des trois hommes, Roc reprit son travail. L'aubergiste était resté trop longtemps dans le froid et mourut dans la nuit. Elle avait appelé le barreur de pneumonie à la ressource mais il n'avait pu sauver son mari. Durant un mois, Roc fracassa le métal, de jour comme de nuit. Le froid durait toujours et trois enfants moururent. Pendant que les malheurs bouleversaient le village, Roc dirigeait inlassablement son vacarme. Une noire flamme de tristesse se posait sur son visage empourpré lorsqu'il regardait l'adolescente. À la fin du mois, une autre voiture arriva avec six hommes vigoureux. Ils étaient venus voir Roc. Ils lui avaient commandé une dizaine de portes. Le chef d'équipe se demanda comment le forgeron avait-il pu accomplir une telle besogne. Les villageois trouvaient étrange que Roc ait pu forger seul une montagne de portes et de grilles sans que l'on ait vu entrer chez lui 1 g de métal brut. Après le départ des hommes, le forgeron s'allongea et l'adolescente exténuée d'avoir veillé durant le labeur de Roc se coucha près de lui en prenant un de ses longues mains qu'elle glissa sous sa joue fraîche.

La Benette se baignait le visage avec l'eau qu'elle avait trouvée dans un seau. Roc regardait la fille et s'éveillait à un croissant plaisir. Ne se sachant pas épiée, l'adolescente écarta son corsage et déboutonna sa robe. Meurtri par son propre trouble, Roc peina à se maîtriser. L'adolescente continua à se dénuder. Le forgeron avait envie de l'étreindre et il soupira. L'adolescente surprise se retourna. Elle porta ses deux mains sur sa poitrine nue. Elle avait si peur qu'elle se jeta de tout son long sur la poussière de la forge. Le désir de Roc était avivé. Benette avait peur et en même temps elle était portée par l'irrésistible l'envie de Roc. Elle se jeta dans les bras du forgeron.

Le forgeron avait obéi à l'instinct des hommes. Il lui semblait avoir quitté son invincibilité au point de se sentir dépouillé de toute puissance. Alors il ranima la braise et frappa l'enclume.

La folie de l'adolescente commença à chanceler. Elle commença à regarder le forgeron comme un homme et plus comme le maître du feu. Elle lui dit merci. Alors, à la découvrir ainsi sortant du chaos, Roc ressentit pour la première fois grande joie et immense amertume. Denys aperçut la Benette se pencher plus que de raison sur la margelle du puits commun. Il s'empressa d'aller la ceinturer et la ramener dans une position moins dangereuse. En regardant la fille, il se rendit compte que son regard clair était dépouillé de son habituelle absence. Elle se mit à parler et sa voix était pure et quasiment neuve. Elle remercia Denys en rendant chaque mot transparent. Denys n'en croyait pas ses oreilles.

Peu de temps après, c'est le boulanger qui entendit parler la Benette. Elle lui demanda clairement une tourte et elle compta minutieusement la monnaie qu'il lui rendit. Alors que d'habitude le boulanger faussait la somme à son avantage. La Benette salua la Graubois avec légèreté et elle reçue ce salut comme un coup de bombarde.

L'événement se colporta et le village fut obligé de convenir que cette simplette avait dû être touchée par quelque grâce mystérieuse et qu'il était grand temps de se défendre. Personne ne pouvait se douter que c'était le fruit du plus simple des miracles… Celui provoqué par l'amour. Cet inattendu jaillissement de raison entraîna les villageois à déraisonner à leur tour.

La Graubois portait de la haine au forgeron et elle n'arrêtait pas médire contre lui. Elle réussit à rassembler les villageois et à les monter contre le forgeron. Elle leur expliqua que s'il avait redonné la raison à la simplette, c'était que, d'un moment à l'autre, il allait faire inverse sur les villageois. L'aubergiste demanda à tous les villageois de chasser Roc immédiatement. Elle donna le fusil de son mari à un des villageois. Les autres s'armèrent à leur tour. Mais, à mesure qu'ils se rapprochaient de la forge, les hommes sentirent leur colère vaciller. Alors l'aubergiste les encouragea. Mais ils avaient peur que Roc leur jette un maléfice et transforme cette partie de vengeance en mauvaise affaire pour eux. Gerly, le cantonnier qui avait reçu le fusil du défunt mari de l'aubergiste avait bu en cachette plusieurs goulées d'eau de vie pour se donner du courage et reprit entièrement à son compte la rancoeur de l'aubergiste. Il brandit son fusil et il hurla. Il ordonna au forgeron de sortir. Mais c'est la Benette qui sortit. Elle s'approcha d'un cantonnier qui lui ordonna de partir car elle était la vermine du diable. Mais la jeune fille lui demanda pourquoi il criait contre le forgeron et voulut savoir ce qu'il lui reprochait. Elle voulait arranger les choses car le forgeron l'écoutait toujours.

Pour l'obliger au calme, elle posa sa petite main sur le bras agité de Gerly. Mais il menaça de tirer sur le forgeron et sur elle si elle ne s'en allait pas. Puis il écarta la fille d'une rude gifle. Alors, brusquement grande ouverte, la porte de la forge laissa paraître Roc, torse nu, nimbé d'une prodigieuse lumière de feu. Gerly en reçu un tel choc que les vapeurs d'alcool l'abandonnèrent le laissant désarmé devant l'homme. Il se retourna et ne vit pas les autres paysans. Il laissa tomber son fusil et s'empressa de fuir. Mais il trébucha sur une trique de vacher oubliée à terre et un tesson de bouteille qui lui ouvrit promptement la gorge. Les paysans qui s'étaient cachés ressentirent la vive douleur du cantonnier et le virent s'écrouler. Seule la Benette s'empressa vers le moribond et elle implora Roc.

Les paysans entendirent les supplications de la jeune fille et leur espoir alla également vers celui qu'ils étaient venus chasser. La Graubois, elle-même, se surprit à souhaiter un mouvement de la part du forgeron. Roc demanda à la jeune fille de venir vers lui. Elle obéit. Alors les paysans avancèrent d'un pas vers la forge.

La Benette sentit que pour forcer le forgeron à agir elle devait lui montrer l'immensité de son amour. Elle se jeta à genoux et étreignit une jambe du forgeron. Mais il la repoussa. Elle s'écroula à terre le visage entre les mains. Elle continua de l'implorer sans répit. Mais le forgeron refusa d'intervenir jugeant que le cantonnier n'avait eu que ce qu'il méritait. Stupéfaite par la dureté du ton du forgeron, la jeune fille se releva et le toisa avec lucidité. D'une voix lente et sonore elle l'accusa de n'être pas bon. Il le reconnut. Alors elle sortit. En la voyant s'élancer, le forgeron poussa un cri. Les paysans la criblèrent de balles. Malgré cela elle continua d'avancer encore vers celui qu'elle était venue sauver. Elle s'effondra et les paysans restent moulés sur place par la stupeur. Ils avaient cru seulement menacer le forgeron. Ils venaient de tuer une enfant. Le forgeron sortit et recouvrit la jeune fille de sa vaste pèlerine noire. Il dévisagea durement les paysans l'un après l'autre. Puis il ramassa le corps de la fille. Puis il reprit le chemin ne menant à nulle part et de brèves larmes coulaient sur son visage. Les paysans furent jugés et condamnés à la prison. Derrière les solides barreaux et les massives portes du fer de la nouvelle prison d'Orléans qui avaient été forgées par Roc ils furent rongés par ce sournois mal d'enfer qui était en réalité leur incurable remords.

 

 

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01 mai 2021

Le bizarre incident du chien pendant la nuit (Mark Haddon).

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Il était 0 h 7. Le chien était allongé dans l'herbe au milieu de la pelouse, devant chez Mme Shears. Il était mort. Il y avait une fourche plantée dans le ventre. Christopher, 15 ans, entra chez Mme Shears. Il se dirigea vers la pelouse et s'agenouilla à côté du chien. Il posa la main sur son museau. Il était encore chaud. Le chien s'appelait Wellington. C'était le chien de Mme Shears qui était l'amie de la famille de Christopher. Wellington était un caniche. Il avait un pelage noir. Christopher le caressa tout en se demandant qui l'avait tué et pourquoi.

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hCristopher John Francis Boone connaissait tous les pays du monde avec leurs capitales et tous les nombres premiers jusqu'à 7507. Il avait une amie,Siobhan, qui lui dessinait des visages avec toutes les expressions humaines. Christopher lui avait demandé de noter leur signification précise à côté. Il avait gardé la feuille dans sa poche pour la sortir à chaque fois qu'il ne comprenait pas ce qu'on lui disait. Il avait raconté ça à Siobhan. Elle avait ri alors Christopher avait déchiré son premier dessin et il l’avait jeté. Siobhan s'était excusée. À présent, Christopher demandait aux gens quand il ne comprenait pas ce qu'on lui disait ou bien il s'en allait.

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Christopher avait retiré la fourche qui était plantée dans le chien. Puis il serra le chien dans ses bras. Il aimait bien les chiens car on avait toujours ce que les chiens pensaient. Il pensait que les chiens n'avaient que quatre humeurs : content, triste, fâché et concentré. En plus, les chiens étaient fidèles et ne disaient pas de mensonges parce qu'ils étaient incapables de parler. Mme Shears hurla et se précipita depuis la terrasse. Elle était en pyjama. Elle demanda à Christopher ce qu'il avait fait à son chien. Elle ordonna à Christopher de lâcher son chien. Alors Christopher obéit et recula de 2 m. Elle hurla encore alors Christopher se boucha les oreilles et ferma les yeux puis il se laissa tomber en avant. L'herbe étaie mouillée et froide. Il trouva cela agréable.

7

Siobhan avait conseillé à Christopher d'écrire quelque chose qu'il aurait envie de lire. Le plus souvent, Christopher lisait des livres de sciences et de mathématiques. Il n'aimait pas les vrais romans. Il aimait bien les romans policiers alors il décida d'en écrire un.

Siobhan avait conseillé à Christopher de retenir l'attention du lecteur dès le début du livre. Alors Christopher avait commencé son histoire par le chien. Mais c'était aussi parce qu'il avait du mal à imaginer des choses qui ne lui étaient pas arrivées. Siobhan avait lu la première page et elle avait dit à Christopher que c'était spécial. Elle avait expliqué à Christopher que d'habitude c'étaient des gens qui mouraient dans les romans policiers. Christopher avait répondu que dans le Chien des Baskerville, le chien des Baskerville et l'épagneul de James Mortimer mouraient. Siobhan avait dit que ce n'était pas eux  les victimes. Elle pensait que les lecteurs s'intéressent plus aux gens qu'au chien alors si la victime de l'assassin était un être humain, les lecteurs auraient envie de savoir la suite. Christopher voulait parler de quelque chose qu'il connaissait et puis il avait dit à son amie qu'il s'intéressait aux chiens parce qu'ils étaient fidèles et francs et plus attachants que certaines personnes.

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Les policiers étaient arrivés. Christopher les aimait bien car ils avaient des uniformes et des numéros. Et on savait ce qu'ils étaient censés faire. Il y avait un policier et une policière. La policière alla chez Mme Shears. Le policier demanda à Christopher ce qui se passait ici. Christopher répondit que le chien était mort il pensait que quelqu'un l’avait tué. Le policier demanda à Christopher son âge. Il répondit qu'il avait 15 ans, trois mois et deux jours. Le policier voulut savoir ce que Christopher avait fait dans ce jardin. Christopher répondit qu'il avait serré le chien dans ses bras. Le policier demanda à Christopher si c'était lui qui avait tué le chien et si la fourche lui appartenait. Christopher répondit non. Christopher pensait que le policier lui posait trop de questions et trop vite. Christopher pensait que son cerveau était comme une machine. Comme le policier insistait, Christopher se roula en boule sur la pelouse et grogna. Il faisait ça quand il recevait trop d'informations du monde extérieur. Le policier releva Christopher. Christopher ne supportait pas qu'on le touche alors il frappa le policier.

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Christopher n'avait pas l'intention d'écrire un livre drôle car il ne savait pas raconter des blagues et il ne les comprenait pas.

17

Le policier voulut arrêter Christopher pour outrage à agent. Christopher suivit le policier vers sa voiture. Le policier appela sa collègue pour l'avertir qu'il emmenait l'adolescent au poste. Il enverrait une voiture pour la prendre. Christopher remarqua que la voiture de police sentait le plastique chaud, l'après-rasage et les frites à emporter. Durant le trajet, Christopher observa le ciel. Il était passionné d'astronomie. Il pensa aux savants qui s'étaient longuement demandés pourquoi le ciel est sombre la nuit. Christopher savait que l'univers est en expansion et que les étoiles s'éloignent les unes des autres à toute vitesse depuis le big-bang.

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Christopher avait décidé d'utiliser les nombres premiers pour numéroter les chapitres de son livre. Il aimait bien les nombres premiers. Il savait que les nombres premiers sont utiles pour coder des messages et en Amérique, ils sont classés Matériel militaire. Si on trouve un nombre premier de plus de 100 chiffres de long, il faut prévenir la CIA et elle vous l'achète 10 000 $. Christopher pensait que les nombres premiers étaient comme la vie. Ils étaient tout à fait logiques mais il était impossible d'en trouver les règles, même si on consacrait tout son temps à y réfléchir.

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Arrivé au commissariat, Christopher dut retirer les lacets de ses chaussures et vider ses poches sur le comptoir. Christopher avait un couteau suisse, un bout de ficelle et une pièce de casse-tête en bois. Il avait également des croquettes de nourriture pour son rat Toby, des pièces de monnaie, un trombone et une clé de chez lui.

Les policiers voulaient que Christopher retire sa montre mais il avait crié quand ils avaient essayé de lui enlever alors ils lui avaient laissée.

Christopher avait parlé de son père et de sa mère qui était morte. Il avait aussi parlé de son oncle Terry, de ses grands-parents dont trois étaient morts. Les policiers avaient demandé le numéro de téléphone de son père. Christopher avait donné le numéro de portable de son père et celui de la maison. Il appréciait la cellule de la police car c'était un cube presque parfait de 2 m de long sur 2 m de large et sur 2 m de haut. Christopher songeait que pour s'évader il lui suffirait d'utiliser ses lunettes pour concentrer les rayons du soleil sur un de ses vêtements et allumer un feu. En voyant la fumée, les policiers le feraient sortir de la cellule et il en profiterait pour s'évader. Christopher se demanda si Mme Shears avait dit à la police qu'il avait tué Wellington et si la police la mettrait en prison en découvrant qu'elle avait menti. Christopher savait que dire des mensonges sur les gens, cela s'appelait calomnier.

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Christopher trouvait les gens déconcertants parce qu'ils parlaient beaucoup sans se servir de mots. Par exemple quand on ferme la bouche et qu'on expire bruyamment par le nez, ça peut signifier qu'on est détendu ou qu'on s'ennuie ou qu'on est fâché. Cela semblait beaucoup trop compliqué pour Christopher. Christopher ne comprenait pas non plus les métaphores. Il aurait préféré appeler une métaphore un mensonge. Selon lui un chien n'avait rien à voir avec le temps et personne n'avait de squelette dans son placard. Christopher savait que son prénom était une métaphore. Il signifiait « qui porte le Christ ». C'était le nom qu'on avait donné à saint Christophe parce qu'il avait fait traverser une rivière à Jésus-Christ. Du coup, Christopher se demandait comment saint Christophe s’appelait avant d'avoir porté le Christ de l'autre côté de la rivière. Christopher savait que ce récit était apocryphe. C'était un mensonge, là encore. Sa mère avait dit à Christopher que c'était un joli prénom parce que c'était l'histoire de quelqu'un de gentil et de serviable. Mais Christopher ne voulait pas que la signification de son prénom soit l'histoire de quelqu'un de gentil et de serviable. Il voulait que la signification de son prénom, ce soit lui.

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Le père de Christopher arriva au commissariat à 1:12. Il était en colère. Un policier fut obligé de le calmer. Il arriva dans la cellule de Christopher et leva la main droite en écartant les doigts en éventail. Il faisait cela parce qu'il savait que son fils n’aimat pas être serré dans les bras. Christopher savait que ce signe signifiait que son père l'aimait. Le policier emmena Christopher et son père dans une autre pièce. L'inspecteur dit à Christopher que son père lui avait parlé. À présent il savait qu'il avait fait exprès de frapper son collègue. Christopher reconnut que c'était vrai. Il voulait simplement que le policier arrête de le toucher.

L'inspecteur lui demanda s'il savait que ce n'était pas bien de frapper un policier. Christopher le savait. L'inspecteur lui demanda si c'était lui qui avait tué le chien. Christopher répondit que ce n'était pas lui. Il ne savait pas non plus qui avait tué le chien. L'inspecteur expliqua à Christopher qu'il allait devoir consigner l'incident. Si Christopher attirait de nouveaux ennuis, la police ressortirait le procès-verbal.

Puis Christopher et son père furent libérés.

 

37

Christopher ne savait pas mentir. Quand il pensait à quelque chose qui ne s'était pas passé, il se mettait à penser à toutes les autres choses qui ne s'étaient pas passées. Cela lui faisait tourner la tête et il avait peur. C'était aussi une des raisons pour lesquelles il n'aimait pas les vrais romans. Selon lui les romans racontaient des mensonges sur des choses qui ne s'étaient pas passées alors cela lui faisait tourner la tête et il avait peur. C'était pour cela que tout ce qu'il avait écrit dans son livre était vrai.

41

Durant le trajet de retour, le ciel était couvert et Christopher n'avait pas pu regarder la Voie lactée. Il était désolé mais son père lui dit que ce n'était rien. Son père lui conseilla d'éviter les ennuis désormais. Christopher dit à son père qu'il allait découvrir qui avait tué Wellington. Mais son père lui conseilla d'éviter de se mêler des affaires des autres. Christopher ne voulait pas arrêter de chercher alors son père donna un coup dans le volant. Au cours de la nuit, Christopher descendit à la cuisine pour boire du jus d'orange. Son père était assis sur le canapé, il regardait la télévision en buvant du whisky. Des larmes coulaient de ses yeux. Christopher lui demanda s'il était triste à cause de Wellington. Son père répondit qu'il y avait de ça.

Christopher décida de laisser son père seul car quand il était triste lui-même, il aimait mieux rester seul.

43

La mère de Christopher était morte deux ans plus tôt. Un jour, Christopher était rentré chez lui et son père était rentré du travail. Il avait demandé à Christopher s'il avait vu sa mère. Comme il ne l'avait pas vu, son père était descendu pour commencer à téléphoner. Puis son père était sorti. Son père était rentré 2:00 et demis plus tard. Il avait dit à Christopher qu'il avait bien peur qu'il ne revoie pas sa mère pendant un bout de temps. Il avait dit à Christopher que sa mère était à l'hôpital. Il était incapable de regarder son fils. Christopher avait trouvé ça agréable que son père lui parle sans le regarder. Christopher annonça qu'il allait écrire une carte de prompt rétablissement à sa mère et son père lui dit qu'il la lui apporterait le lendemain.

47

Le lendemain matin, Christopher constata que le bus scolaire avait doublé quatre voitures rouges d'affilée, ce qui voulait dire, pour lui, que c'était une bonne journée. Aussi, il décida de ne plus être triste à cause de Wellington.

Le psychologue de l'école lui avait demandé un jour pourquoi quatre voitures rouges d'affilée voulaient dire que c'était une bonne journée, trois voitures rouges d'affilée une assez bonne journée et cinq voitures rouges d'affilée une super bonne journée. Et aussi pourquoi quatre voitures jaunes d'affilée signifiaient que c'était une mauvaise journée. Ce jour-là, Christopher restait assis dans son coin à lire des livres, ne déjeunait pas, ne parlait à personne et ne voulait prendre aucun risque. Le psychologue lui avait dit que ça manquait de logique Christopher avait répondu qu'il aimait les choses en ordre et qu'être logique c'était une manière de mettre les choses en ordre. Christopher avait dit au psychologue que son père, quand il se levait, enfilait toujours son pantalon avant ses chaussettes. Ce n'était pas logique mais son père faisait toujours comme ça parce qu'il aimait que les choses soient en ordre, lui aussi. Le psychologue avait dit à Christopher qu'il était très intelligent. Christopher pensait ne pas être intelligent. Il remarquait comment les choses se passaient et c'était tout. Selon lui, ça n'avait rien à voir avec l'intelligence. Christopher pensait qu'être intelligent c'était regarder comment les choses se passaient et s'en servir découvrir quelque chose de nouveau. Le psychologue avait demandé à Christopher si ça lui donnait une impression de sécurité quand les choses étaient toujours en ordre Christopher avaient dit que oui.

Le psychologue lui avait aussi demandé s'il n'y avait pas que les choses changent. Christopher avait répondu que cela lui serait égal de devenir astronaute, ce qui était un des plus grands changements qui pouvaient imaginer Christopher aurait voulu devenir astronaute mais le psychologue lui avait dit que c'était très difficile. Christopher savait qu'il fallait être officier d'aviation et respecter beaucoup de consignes. De plus, il fallait avoir 10/10 de vision. Ce qui n'était pas le cas de Christopher. Terry, un camarade d'école, lui avait dit que le seul métier qu'il pourrait faire, c'était ranger des caddies au supermarché ou ramasser du crottin dans une réserve d'animaux et qu'on ne laissait pas les mongols conduire des fusées qui coûtaient des milliards. Le père de Christopher lui avait dit que Terry était jaloux de son intelligence. Même s'il avait peu de chances de devenir astronaute, Christopher voulait aller à l'université pour étudier les mathématiques ou la physique.

Le père de Christopher pensait que Terry avait de bonnes chances de finir en prison.

Comme c'était une bonne journée, Christopher avait décidé d'essayer de découvrir qui avait tué Wellington. Siobhan avait conseillé à Christopher d’écrire ce qu'il lui était arrivé quand il avait trouvé Wellington et quand il était allé au commissariat. Voilà comment Christopher avait commencé à écrire son livre. Siobhan lui avait dit qu'elle l'aiderait pour l'orthographe, la grammaire et les notes de bas de page.

53

La mère de Christopher mourut deux semaines plus tard. Il n'était pas allé la voir à l'hôpital. Son père avait dit qu'elle avait beaucoup aimé la carte de prompt rétablissement et qu'elle avait beaucoup pensé à lui. Sur la carte, Christopher avait peint plusieurs voitures en rouge pour que ce soit une super bonne journée pour sa mère. Elle était morte d'une cascade. Elle n'avait que 38 ans. Le père de Christopher était vraiment désolé. Mme Shears était venue leur faire à dîner. Après le dîner, elle avait joué au Scrabble avec Christopher et il avait gagné par 247 à 134.

59

Christopher avait décidé de découvrir qui avait tué Wellington. Même si son père lui avait dit de ne pas s'occuper des affaires des autres. Il trouvait cela déconcertant qu'on lui dise ce qu'il devait faire. En plus, les gens désobéissaient tout le temps aux règles par exemple, son père roulait souvent à plus de 50 km à l'heure dans une zone limitée à 50 km/h. Christopher avait lu dans la Bible : « tu ne tueras point » » mais il y avait eu les croisades, deux guerres mondiales et la guerre du Golfe et dans toutes ces guerres, des chrétiens avaient tué des gens.

Christopher ne comprenait pas pourquoi son père lui disait de ne pas s'occuper des affaires des autres alors que son métier consistait à aller chez les autres et à réparer leurs chaudières.

Siobhan lui disait exactement ce qu'il ne devait pas faire. Et ça lui plaisait. Un jour elle lui avait expliqué qu'il ne devait jamais frapper Sarah même si c'était Sarah qui avait commencé. Si elle le frappait, il devrait rester calme et compter de 1 à 50 puis venir lui raconter ce que Sarah avait fait. Mais les autres gens qui lui disaient ce qu'il ne fallait pas faire n'était pas aussi explicites. Alors Christopher décidait lui-même ce qu'il voulait faire.

Un soir, Christopher était allé chez Mme Shears. Elle était en train de regarder la télévision. Elle lui avait dit qu'elle n'avait pas tellement envie de le voir à ce moment-là. Christopher lui dit simplement que ce n'était pas lui qui avait tué Wellington. Il voulait lui annoncer qu'il avait décidé de découvrir qui avait tué son chien. Elle avait eu l'air surpris et avait refermé la porte. Christopher avait attendu qu'elle retourne devant sa télé puis il avait escaladé le mur pour explorer la cabane de Mme Shears ou elle rangeait tous ses outils de jardin.

Il avait aperçu une fourche qui ressemblait tout à fait à celle qui avait été plantée dans Wellington. La fourche était posée sur le banc près de la fenêtre et quelqu'un l'avait nettoyée parce qu'il n'y avait plus de sang sur les dents. Christopher se demanda si c'était Mme Shears qui avait tué Wellington. Mais si c'était elle alors pourquoi elle était sortie juste après pour crier après lui et l'accusé. Alors Christopher conclut que celui qui avait tué le chien s'était servi de la fourche de Mme Shears. Or la cabane était fermée. Ça voulait dire que le coupable avait la clé de la cabane de Mme Shears. Mais peut-être que Mme Shears avait laissé traîner la fourche dans le jardin.

Mme Shears regardait Christopher depuis la pelouse alors il fut obligé de lui expliquer qu'il voulait savoir si on avait rangé la fourche. Elle menaça d'appeler la police. Alors Christopher rentre chez lui. Il était content parce qu'il se prenait pour un détective.

61

Mme Forbes de l'école avait dit à Christopher que sa mère était montée au paradis. Christopher pensait que le paradis n'existait pas. Le révérend Peters venait à l'école pour parler aux enfants. Christopher lui avait demandé où était le paradis et le révérend avait répondu que le paradis ne faisait pas partie de notre univers. Et que c'était un endroit tout à fait différent.

Christopher avait répondu qu'il n'existait pas d'endroit tout à fait différent.

Christopher avait expliqué au révérend que les gens croyaient au paradis parce qu'ils n'avaient pas envie de mourir. Alors le révérend lui avait dit que le paradis signifiait être avec Dieu. Christopher avait demandé où se trouvait Dieu. Le révérend avait rétorqué qu'ils en reparleraient une autre fois.

Christopher savait ce que le corps devenait après la mort. Sa mère avait été incinérée. Il pensait que les molécules de sa mère s'étaient envolées dans les nuages au-dessus de l'Afrique ou de l'Antarctique.

67

 

Le lendemain, c'était un samedi. Ce jour-là, l'Angleterre jouait contre la Roumanie et le père de Christopher voulait voir le match à la télévision. Christopher décida de poursuivre son enquête tout seule. D'habitude, il ne parlait pas aux étrangers. Il n'aimait pas ça. Il était capable de se défendre. Un jour, il avait donné un coup de poing à Sarah parce qu'elle lui avait tiré les cheveux et il l'avait assommée. On avait dû l'emmener au service des urgences à l'hôpital. Christopher n'aimait pas les étrangers parce qu'il n'aimait pas les gens qu'il n'avait jamais vus. Quand sa mère était encore en vie, ses parents l'avaient emmené en France pendant les vacances. Il avait détesté ça parce qu'il ne comprenait pas ce que les gens disaient dans les magasins et ça lui faisait peur.

Il mettait longtemps à s'habituer aux gens qu'il ne connaissait pas. Il attendait des semaines avant de parler à quelqu'un de nouveau à l'école puis il s'assurait que la personne n'était pas dangereuse. Alors il lui posait des questions. Mais ce jour-là, il avait décidé de parler à d'autres gens de sa rue pour enquêter sur la mort de Wellington. Il commença par faire un plan de sa rue puis il vérifia qu'il avait bien son couteau suisse dans sa poche et il sortit. Il frappa à la porte du numéro 40 Randolph Street en face de chez Mme Sears. Les gens qui habitaient à ce numéro s'appelaient Thompson. M. Thompson portait un T-shirt avec cette inscription : « la bière aide les moches à faire l'amour depuis 2000 ans ». Christopher lui demanda s'il savait qui avait tué Wellington. M. Thompson lui demanda qui il était. Alors il se présenta mais le monsieur n'était pas M. Thompson, c'était son frère. Il ne savait pas qui avait tué le chien alors Christopher lui expliqua ce qui s'était passé. Christopher lui demanda s'il avait vu quelque chose de suspect le soir ou le chien avait été tué. Mais l'homme lui demanda s'il croyait vraiment que c'était une bonne idée d'aller poser des questions comme ça. Christopher répondit qu'il voulait découvrir qui avait tué Wellington pour écrire un livre. Alors l'homme lui expliqua qu'il n'était pas chez lui ce jeudi-là.

Christopher sonna au numéro 42 mais il n'y avait personne alors il sonna au numéro 44. C'était un couple de Noirs avec deux enfants. C'est la dame qui lui ouvrit. Il lui demanda si elle savait qu'il avait tué Wellington. Elle était au courant de l'événement mais elle ne savait rien à ce sujet. Alors Christopher lui demanda si elle connaissait quelqu'un qui pouvait avoir envie de faire de la peine à Mme Shears. Elle répondit qu'il devait peut-être poser la question à son père. Mais Christopher voulait que cette enquête reste secrète parce que son père lui avait conseillé de ne pas se mêler des affaires des autres. La dame lui dit que son père n'avait peut-être pas tort et lui conseilla de faire attention.

Christopher la remercia et sonna au numéro 43. M. Wise y vait avec sa mère qui était dans une chaise roulante. C'est le monsieur qui lui ouvrit la porte. Christopher lui demanda des informations sur Wellington. M. Wise blagua en disant à Christopher qu'on les prenait au berceau dans la police. Christopher ne supportait pas qu'on se moque de lui alors il s'en alla. Il ne frappa pas à la porte du numéro 38. C'était la maison à côté de la sienne. Les gens qui y habitaient se droguaient et son père ne voulait pas que Christopher parle à ces gens-là.

Il remarqua que la vieille dame qui habitait au numéro 39 était dans son jardin. Elle s'appelait Mme Alexander. Elle avait un teckel. Christopher pensait que les gens qui avaient un chien étaient des gens bien. Le chien était resté à l'intérieur de la maison. Mme Alexander était au courant pour Wellington. Elle trouvait cela terrible. Mais elle ne savait pas qui avait tué le chien. Elle dit à Christopher que c'était très gentil d'être venu lui dire bonjour. Même si elle avait compris que c'était pour les besoins de son enquête que Christopher était venu. Elle demanda à Christopher s'il avait un chien. Il dit qu'il avait un rat qui s'appelait Toby.

Mme Alexander proposa à Christopher de venir goûter chez elle mais il refusa. Elle lui proposa une citronnade mais il n'aimait que le jus d'orange. Elle lui proposa également une part de gâteau. C'était un gâteau avec des carreaux roses et des carreaux jaunes. Comme Christopher n'aimait pas la couleur jaune il accepta le gâteau à condition de ne pas manger les carreaux jaunes. Mme Alexander lui dit que le gâteau était avec de la pâte d'amandes qui était jaune alors elle lui proposa des biscuits à la place. Comme elle tardait pour aller chercher le jus d'orange et les biscuits, Christopher avait peur qu'elle soit en train d'appeler la police et il partit. Christopher savait que la plupart des meurtres ils étaient commis par un familier de la victime. Donc, Wellington avait de bonnes chances d'avoir été tué par quelqu'un qu'il connaissait. Christopher ne connaissait qu'une personne qui n'aimait à Mme Shers, c'était M. Shears qui connaissait très bien Wellington. M. Shears était donc le suspect numéro un. M. Shears avait quitté sa femme depuis deux ans. Le père de Christopher savait que Mme Shears avait besoin de compagnie. Des fois, Mme Shears passait la nuit chez Christopher. Ça lui plaisait parce qu'elle rangeait les bocaux et les casseroles par ordre de taille et sur les étagères de la cuisine. Mais elle fumait des cigarettes et disait tout plein de choses que Christopher ne comprenait pas. Elle employait l’argot et Christopher ne savait pas ce que cela voulait dire. Christopher ne savait pas pourquoi M. Shears avait quitté sa femme. Christopher pensait que M. Shears avait quitté sa femme parce qu'il la détestait et il aurait très bien pu revenir tuer son chien pour lui faire de la peine.

Christopher décida d'essayer d'en savoir plus sur M. Shears.

71

Christopher pensait que tous les autres enfants de son école étaient idiots. Siobhan lui conseillait d'employer le mot déficients plutôt qu'idiots. Avant, on employait le mot tarés, débiles ou mongols et pour Siobhan c'étaient des vilains mots. Christopher voulait prouver qu'il n'était pas idiot. Le mois suivant, il passerait l'épreuve de mathématiques des A Levels. Son père s'était battu pour qu'il obtienne cette possibilité. Christopher espérait pouvoir rentrer à l'université. Alors Christopher serait obligé de déménager dans une ville où il lui aurait une université mais ce n'était pas grave parce que son père avait envie de déménager, lui aussi. Il pensait que Swindon était le trou du cul du monde. Christopher espérait avoir un métier et gagner beaucoup d'argent pour payer quelqu'un pour s'occuper de lui. Il espérait trouver une dame qui accepterait de l'épouser pour avoir de la compagnie.

73

Avant, Christopher pensait que ses parents allaient divorcer. Ils se disputaient beaucoup. Christopher savait que ses parents trouvaient fatigant de s'occuper de quelqu'un qui avait des problèmes comportementaux comme lui. Christopher connaissait la liste de ces problèmes comportementaux. Il pouvait ne pas parler aux gens pendant longtemps. Il pouvait ne rien manger et ne rien boire pendant longtemps. Il ne supportait pas qu'on le touche. Il criait quand il était fâché ou déconcerté. Il ne supportait pas d'être dans des endroits vraiment petits avec d'autres gens. Il pouvait casser des choses quand il était fâché ou déconcerté. Il grognait. Il n'aimait pas la couleur jaune et la couleur brune et il refusait de toucher ce qui portait ces deux couleurs. Il refusait de se servir de sa brosse à dents si quelqu'un y avait touché. Il refusait de manger si différentes sortes d'aliments se touchaient. Il était incapable de remarquer que les gens étaient fâchés contre lui. Il ne pouvait pas sourire. Il pouvait dire des choses que les autres trouvaient grossière. Il faisait des bêtises. Il frappait les autres. Il détestait la France.

Christopher pouvait se fâcher quand quelqu'un avait déplacé les meubles. Christopher se souvenait que parfois sa mère disait qu'elle finirait par le mettre dans une institution.

79

Quand  Christopher rendra chez lui, son père avait fait à dîner et lui avait demandé ce qu'il avait fait. Christopher répondit qu'il était sorti. Il n'avait pas dit toute la vérité parce qu'il savait que son père ne voulait pas qu'il mène son enquête. Mme Shears avait téléphoné pour dire que Christopher était passé chez elle. Alors le père de Christopher lui avait demandé des explications. Christopher avoua qu'il était en train de faire des investigations pour essayer de découvrir qui avait tué Wellington. Le père de Christopher dit encore une fois à son fils qu'il ne devait pas se mêler des affaires des autres. Christopher répondit qu'il pensait que c'était M. Shears qui avait tué Wellington. Son père s'énerva et lui dit qu'il ne voulait plus entendre prononcer le nom de cet homme sous son toit. Christopher demanda pourquoi. Son père répondit que c'était un sale type. Christopher essaya de se défendre en disant qu'il voulait aider Mme Shears parce que c'était leur amie mais son père lui dit qu'elle ne l'était plus. Le père de Christopher lui dit qu'il ne voulait plus qu'il enquête sur ce foutu chien. Il lui demanda de promettre de ne plus faire son enquête. Christopher répondit qu'il promettait.

83

Christopher pensait qu'il pouvait être un très bon astronaute. Il était tout à fait capable de rester seul dans un minuscule vaisseau spatial et il comprenait parfaitement le fonctionnement des machines. Il rêvait de cela de temps en temps. Il se voyait dans un vaisseau spatial avec son rat Toby.

89

Le lendemain, à l'école, Christopher dit à Siobhan que son père lui avait interdit de continuer son enquête. Siobhan lui avait répondu que la vie, c'était comme ça, que tous les crimes n'étaient pas élucidés. Mais Christopher n'aimait pas penser que celui qui avait tué Wellington habitait peut-être près de chez lui et qu'il risquait de le rencontrer.

97

Cinq jours plus tard, Christopher avait vu cinq voitures rouges d'affilée. C'était donc une super bonne journée. Après l'école, il avait vu Mme Alexander. Elle lui demanda pourquoi il était parti l'autre jour. Elle lui avait expliqué qu'elle avait été obligée de manger tous les biscuits toute seule. Christopher lui répondit qu'il avait peur qu'elle appelle la police. Elle ne comprenait pas pourquoi il avait pu croire cela. Alors Christopher lui expliqua qu'il avait cru cela parce qu'il s'occupait des affaires des autres que son père le lui avait interdit. En plus de cela, il avait déjà reçu un avertissement de la police.

En sortant du magasin, Mme Alexander voulut rassurer Christopher en lui disant qu'elle promettait de ne rien dire à son père ni à la police. Mme Alexander dit à Christopher qu'elle pensait qu'il était très fort en mathématiques. Elle savait aussi qu'il n'aimait pas la couleur jaune. Christopher avait promis à son père plusieurs choses mais parmi ces choses ne figurait pas la promesse de ne pas poser de questions sur M. Shears alors il demanda à Mme Alexaner si elle connaissait M. Shears. Elle répondit qu'elle savait qu'il travaillait dans une banque. Mme Alexander dit à Christopher qu'il devait très bien savoir pourquoi son père n'aimait pas beaucoup M. Shears mais Christopher ne le savait pas. Mme Alexander demanda à Christopher s'il n'était pas au courant.

Christopher ne savait pas de quoi il devait être au courant. Mme Alexander ne souhaitait pas lui parler dans la rue alors elle lui proposa d'aller dans le parc. Comme c'était une superbe journée, Christopher accepta. Avant de commencer son histoire, Mme Alexander demanda à Christopher de promettre de ne rien répéter à son père. Il accepta. Alors Mme Alexander dit à Christopher qu'avant sa mort, sa mère était une très grande amie de M. Shears. Christopher comprit que cela voulait dire que sa mère avait des relations sexuelles avec M. Shears. Cela expliquait pourquoi le père de Christopher détestait M. Shears. Christopher demanda à Mme Alexander si c'était pour ça que M. Shears avait quitté sa femme. Mme Alexander répondit que c'était probable. Après cette conversation, Christopher rentra chez lui.

101

M. Jeavons avait dit à Christopher que s'il aimait les mathématiques c'est parce que c'était sans danger. M. Jeavons pensait que les mathématiques ce n'était pas comme la vie parce que dans la vie il n'y avait pas de réponse claire et nette au bout.

Christopher pensait que M. Jeavons ne comprenait rien aux nombres. Christopher connaissait le problème de Monthy Hall, un jeu télévisé où le candidat pouvait gagner une voiture qui se trouvait derrière une des trois portes à choisir. L'animateur demandait au candidat de choisir une porte mais celle-ci restait fermée. Puis l'animateur ouvrait ensuite une des deux portes qui n'avaient pas été sélectionnées par le candidat et derrière laquelle se trouvait une chèvre. Il demandait au candidat s'il voulait changer d'avis. Par intuition, le candidat pouvait croire qu'en ne changeant pas d'avis il avait 50 % de chances de gagner la voiture. Dans une revue américaine intitulée Parade, il y avait une rubrique qui s'appelait Interrogez Marylin. Dans cette revue il était expliqué qu'il y avait deux chansons trois pour qu'il y ait une voiture dernière la porte. Selon cette revue il fallait donc toujours changer d'avis et choisir la dernière porte. De nombreux mathématicien et savants avaient écrit à cette revue pour donner un avis contraire. Mais Marylin avait raison. Si le candidat changeait d'avis il avait deux chances sur trois de remporter la voiture. Christopher en avait donc conclu que parfois l'intuition pouvait se tromper. La logique pouvait donc aider à trouver la bonne solution. C'était pour cela que Christopher aimait bien le problème de Monthy Hall.

103

Un jour, Christopher rentra à la maison et il y avait Rhodri, le collègue de son père. Christopher était allé au magasin pour s'acheter des rubans de réglisse et un Milky Bar. Rhodri lui demanda combien faisait de 251 × 864 et Christopher trouva la réponse immédiatement. Rhodri ne savait pas si c'était la bonne réponse mais il rigola. Christopher n'aimait pas que Rhodri se moque de lui. Le père de Christopher avait beau lui expliquer que c'était amical, Christopher n'aimait pas ça. Christopher laissa son père discutait avec son collègue puis il alla dans le jardin. Siobhan lui avait conseillé de décrire les gens en mentionnant un ou deux détails à leur sujet dans son livre. Alors Christopher avait écrit qu'il y avait des petits trous dans les chaussures de M. Jeavons. Il avait également parlé de l'odeur de Rhodri dont il ne connaissait pas l'origine. Puis il décida de décrire son jardin. Il évoqua un nuage qui lui faisait penser à un vaisseau spatial extraterrestre de plusieurs centaines de kilomètres de long.

Puis Christopher rentra chez lui pour donner à manger à Toby.

107

Le chien des Baskerville était le livre préféré de Christopher. Dans ce livre, le docteur James Mortimer pensait que son ami Charles Baskerville était mort de peur. Il avait fait appel à Sherlock Holmes parce qu'il craignait pour la vie du fils et héritier de son ami. Le docteur Watson essaye de découvrir qui a tué Charles Baskerville. Pendant ce temps Sherlock Holmes se rend discrètement dans le Devon pour mener sa propre enquête. Il découvre que Charles Baskerville a été tué par un voisin, lointain parent des Baskerville. Stapleton a voulu se débarrasser de Charles Baskerville pour hériter du manoir. Il a acheté à Londres un très gros chien puis il a recouvert le chien de phosphore pour le faire briller dans le noir. C'est ce chien qui a fait mourir Charles Baskerville de peur. Le chien est abattu par Watson et Holmes. Stapleton s'enfuit dans le marais et finit par mourir englouti dans une tourbière. Christopher aimait bien ce livre parce que c'était un roman policier avec des indices et des fausses pistes. Christopher rêvait d'être un peu comme Sherlock Holmes. Christopher était capable de détacher son esprit à volonté comme Sherlock Holmes. Cela lui permettait d'être fort aux échecs.

Christopher savait que la fameuse casquette de Sherlock Holmes n'a pas été décrite par Conan Doyle mais imaginé par l'illustrateur Sydney Paget. Il savait également que dans les histoires originales de Sherlock Holmes, il ne dit jamais : « élémentaire, mon cher Watson ». Cette phrase apparaît seulement dans les films avec Sherlock Holmes.

109

Christopher amena son livre à l'école pour que Siobhan le lise et lui dise s'il avait fait des fautes d'orthographe et de grammaire. Siobhan lui demanda s'il avait parlé à son père de la conversation qu'il avait eue avec Mme Alexander. Christopher répondit qu'il n'avait pas l'intention de lui en parler. Siobhan demanda à Christopher si cela l'avait ennuyé d'apprendre que sa mère avait eu une liaison avec M. Shears. Il répondit non. Alors Siobhan lui dit que si cette histoire commençait à lui faire de la peine, Christopher pourrait venir lui en parler. Cela ne faisait pas de peine à Christopher sa mère était morte et que M. Shears n'était plus là. Il pensait que ce serait idiot d'avoir de la peine pour quelque chose qui n'était pas réel et qui n'existait pas.

113

Christopher avait beaucoup de mémoire. Il arrivait à se souvenir des conversations, des vêtements que les gens portent et de leur odeur. Il pouvait se souvenir de nombreux détails d'une journée en particulier. En revanche, Christopher n'avait aucun souvenir d'avant ses quatre ans.

L'hypermnésie de Christopher lui permettait aussi de savoir comment agir dans des situations difficiles ou quand il ne savait pas quoi faire. Il pouvait chercher dans ses souvenirs une situation similaire à celle qu'il était en train de vivre pour savoir comment agir.

127

Un jour, Christopher rentra de l'école. Son père n'était pas encore entré du travail. Alors il regarda une cassette vidéo intitulée La Planète bleue qui parlait de la vie dans les fonds marins. Christopher aimait bien imaginer qu'il se trouvait dans un submersible pour découvrir le fond de la mer. Quand son père rentra, Christopher avait oublié qu'il avait laissé son livre sur la table de la cuisine. Son père en profita pour regarder ce que Christopher avait écrit. Alors il demanda à Christopher si c'était vrai qu'il avait parlé avec Mme Alexander. Christopher fut obligé de le reconnaître et son père se mit en colère. Le père de Christopher se demandait ce qu'il allait pouvoir faire de son fils. Il attrapa son fils par le bras. Christopher en fut surpris car son père ne se fâchait pas aussi vite que sa mère et pas aussi souvent. Alors Christopher frappa son père. Son père ne l'avait pas lâché alors Christopher avait continué de frapper. Puis il s'évanouit. En se réveillant, il était assis sur le tapis le dos contre le mur. Il avait mal à la tête. Son père jeta le livre dans la poubelle du jardin. Après quoi, il alla chercher une canette de bière.

131

Christopher détestait la couleur jaune pour plusieurs raisons. À cause de la fièvre jaune qui provoque une inflammation des reins, des fleurs jaunes qui donnent le rhume des foins, du maïs qu'il trouvait difficile à digérer. Il détestait la couleur marron qui représentait pour lui la saleté, le caca, les anciennes machines et les anciens véhicules, Mélissa Brown, une fille de l'école qui avait déchiré en deux sa grande peinture d'astronautes. Mme Forbes avait dit que c'était bête de détester le jaune et le brun. Mais Siobhan avait dit qu'il ne fallait pas dire cela car chacun avait ses couleurs préférées. Christopher reconnaissait que c'était un peu bête de détester certaines couleurs et il avait besoin d'avoir une raison de détester certaines choses et d’en aimer d'autres.

137

Le père de Christopher avait regretté d'avoir frappé son fils et il l'avait soigné. Pour se faire pardonner, il emmena Christopher au zoo. Il avait préparé des sandwiches parce que Christopher n'aimait pas ce qu'on lui donnait à manger dans des endroits qu'il ne connaissait pas. Il avait rassuré son fils en disant qu'il allait pleuvoir et qu'il n'y aurait pas la foule au zoo. Christopher était content car il n'aimait pas la foule et il aimait la pluie. C'était la première fois que Christopher allait au zoo. Il choisit quels seraient ses animaux préférés dans un guide au centre d'information. Il avait choisi le plus vieux singe noir à face rouge jamais détenu en captivité, les otaries de Patagonie et un orang-outan. À la cafétéria du zoo, Christopher entendit son père lui disait qu'il l'aimait beaucoup et que s'il s'énervait parfois, c'était parce qu'il se faisait du souci pour son fils. Il ne voulait pas que Christopher s'attire des ennuis et qu'on lui fasse du mal. Christopher sortit une feuille de papier de son sac et dessina la carte du zoo de mémoire. Ils allèrent voir les girafes et ils rentrèrent.

139

Christopher aimait bien Sherlock Holmes mais il n'aimait pas Arthur Conan Doyle car cet écrivain croyait au surnaturel. Vers la fin de sa vie, Doyle était devenu membre de la Société des spirites parce que son fils était mort de la grippe pendant la première guerre mondiale et il voulait continuer à lui parler. En 1917, il s'était passé un événement qu'on avait appelé l'Affaire des Fées de Cottingley. Deux cousines, Frances Griffiths qui avait neuf ans et l'autre qui s'appelait Elsie Wright et qui avait 16 ans avaient raconté qu'elles avaient joué avec des fées près d'un ruisseau et les avaient photographiées. Mais on voyait bien sur les photos que les fées avaient été dessinées sur des feuilles de papier puis découpées. Les deux cousines avaient fait tenir les dessins avec des épingles. Arthur Conan Doyle avait entendu parler de ces photos et il avait déclaré qu'il les croyait authentiques. En 1981, Joe Cooper avait interviewé les deux cousines. Elsie avait reconnu avoir truqué cinq photographies et sa cousine avait reconnu que quatre des photos avaient été truquées mais qu'il y en avait une vie de vraie. Elsie avait reconnu avoir dessiné les fées d'après un livre appelé Pincess Mary’s gift book d'Arthur Shepperson. Christopher en avait donc conclu qu’Arthur Conan Dyle avait fait exprès d'être idiot et qu'il ne voulait même pas savoir la vérité. Christopher pensait que ce qu'on appelait le rasoir d'Occam était vrai. Le rasoir d'Occam ne sert pas à raser, c'est une loi qui dit il ne faut pas présumer l'existence de plus de choses qu'il n’est absolument nécessaire.

Pour Christopher cela voulait dire qu'on ne pouvait pas parler à quelqu'un qui était mort, que la victime d'un crime était généralement tuée par un familier et que les fées étaient en papier.

149

Le lundi, à l'école, Siobhan avait demandé à Christopher pourquoi il avait une marque sur la joue. Christopher répondit qu'il s'était bagarré avec son père. Siobhan lui avait demandé si son père avait été brutal Christopher avait dit oui. Elle lui avait demandé s'il avait peur de rentrer chez lui et il avait répondu non. Après cela, Siobhan ne lui en avait plus parlé. En rentrant chez lui, Christopher avait voulu récupérer son livre dans la poubelle. Mais le livre n'y était pas. Christopher cherche partout. Il alla même jusque dans la chambre de son père. Il fouilla partout et trouva des revues pornos. Il retrouva son livre que son père avait caché dans un vieux carton. Christopher était content parce que son père n'avait pas jeté son livre. Mais s'il reprenait son livre, son père saurait qu'il avait fouillé dans sa chambre et il serait très en colère. Alors il décida de laisser le livre là où il était. Il décida de continuer à écrire son livre dans un autre cahier. Il espérait que plus tard son père lui rendrait le premier livre. Christopher se souvenait de presque tout ce qu'il avait écrit et il pourrait tout remettre dans le deuxième livre secret. Il pourrait toujours aller dans la chambre de son père pour vérifier les détails qu'il aurait pu oublier. Il entendit que son père était en train de rentrer. Mais à ce moment-là, Christopher aperçut une enveloppe qui lui était adressée et se trouvait sous son livre. Il remarqua qu'il y avait plein d'autres enveloppes et qu'elles lui étaient toutes adressées. Il eut le temps d'en prendre une avant le retour de son père. Christopher referma la porte tout doucement puis il alla dans sa chambre. Il cacha l'enveloppe sous son matelas puis il descendit pour dire bonjour à son père.

Après quoi, il s'installa sur le canapé pour lire Chaos de James Gleick. Après le dîner, Christopher remonta dans sa chambre pendant que son père faisait du bricolage. Il sortit l'enveloppe de dessous son matelas et l'ouvrit. C'était une lettre de sa mère qui lui expliquait qu'elle travaillait comme secrétaire pour une usine qui fabriquait des objets en acier. Christopher ne comprenait pas le sens de cette lettre parce que sa mère n'avait jamais travaillé comme secrétaire dans une usine. De plus, sa mère expliquait dans cette lettre qu'elle travaillait à Londres alors que sa mère avait toujours habitée avec son père et lui. Christopher regarda l'enveloppe ou il découvrit une date sur le cachet. La lettre était datée du 16 octobre 1997.

Cela signifiait que la lettre avait été postée 18 mois après la mort de sa mère. À ce moment-là, son père entra dans sa chambre et lui demanda ce qu'il était en train de fabriquer. Christopher répondit qu'il était en train de lire une lettre. Son père ne lui demanda pas plus de détails et redescendit. Cette lettre était une énigme que Christopher n'arrivait pas à résoudre. Christopher pensait que c'était peut-être une lettre adressée à une autre personne qui s'appelait également Christopher. Maintenant, Christopher avait deux mystères à résoudre.

Il décida d'attendre que son père soit sorti pour regarder les autres lettres que son père avait cachées.

151

Christopher pensait que les choses mystérieuses ne pouvaient pas encore être expliquées par les scientifiques parce qu'ils n'avaient pas encore trouvé la réponse. Il pensait que les scientifiques finiraient par trouver une explication aux fantômes. Christopher pensait que certains mystères n'en étaient pas.

157

Christopher avait dû attendre six jours avant de pouvoir retourner dans la chambre de son père et fouiller dans les cartons du placard. Le lundi soir, son père avait reçu un appel téléphonique d'une dame dont la cave avait été inondée et il avait dû sortir pour une réparation d'urgence.

Alors Christopher entra dans la chambre de son père et ouvrit le placard. Il découvrit 43 lettres qui lui étaient adressées. Dans une de ces lettres sa mère lui racontait les bons souvenirs qu'elle avait de lui. Dans une autre lettre, sa mère lui expliquait qu'elle n'avait pas été une très bonne mère. Elle pensait que s'il avait été différent, elle se serait mieux débrouillée. Elle reconnaissait que le père de Christopher avait été plus patient qu'elle. Elle se souvenait d'une crise que Christopher avait faite dans un magasin pendant les courses de Noël. Elle avait pleuré toutes les larmes de son corps, ce soir-là. Elle avait dit au père de Christopher qu'elle n'en pouvait plus alors il avait fini par se fâcher. Elle avait frappé son mari parce qu'elle ne savait plus où elle en était. Ils s'étaient beaucoup disputés et, finalement, ils avaient arrêté de se parler et elle s'était sentie vraiment seule. C'est vers cette époque qu'elle avait commencée à fréquenter Roger. Roger se sentait bien seul, lui aussi. Il n'aimait plus sa femme depuis longtemps. Roger avait proposé à la mère de Christopher de quitter son mari pour vivre avec lui. La mère de Christopher lui écrivait qu'un jour il avait attrapé la planche à découper et il l'avait jetée par terre. La planche était tombée sur le pied de sa mère et elle avait eu une fracture des orteils. Son mari lui avait reproché de ne pas être capable de garder son calme.

Elle avait compris que son mari avait plus de patience qu'elle et que Christopher n'était pas pareil avec lui. Elle avait eu de la peine en comprenant que son fils était beaucoup plus calme avec son père. Ça lui avait fait de la peine parce qu'elle avait l'impression que son fils n'avait pas besoin d'elle. C'était à ce moment-là qu'elle s'était dit que son mari et son fils s'en sortiraient sans doute mieux sans elle. Roger avait demandé à sa banque une mutation pour aller travailler à Londres. Il avait demandé à la mère de Christopher si elle voulait l'accompagner. Elle avait accepté. Elle voulait dire au revoir à son fils mais son mari avait refusé. Il avait dit qu'elle était égoïste qu'elle n'avait pas intérêt à remettre les pieds à la maison. Elle n'avait jamais voulu faire de mal à son fils. Elle pensait seulement qu'il valait mieux qu'elle s'en aille. Elle avait laissé son numéro de téléphone pour que Christopher l'appelle.

Christopher ouvrit une troisième enveloppe. Sa mère expliquait qu'elle avait trouvé du travail dans une société d'expertise en immobilier. Elle avait une collègue secrétaire qui avait des photos de ses enfants sur son bureau. La mère de Christopher avait également posé une photo de lui sur son bureau. Elle espérait trouver un meilleur travail car celui-ci était mal payé. Elle demande à son fils de répondre à ces lettres pour lui dire comment il allait et ce qu'il faisait à l'école. Elle terminait sa lettre en parlant d'un cadeau qu'elle avait envoyé à Christopher. Il s'agissait d'un casse-tête qu'elle avait trouvé avec Roger. Dans la quatrième lettre, la mère de Christopher lui racontait être allée chez le dentiste et elle avait dû rester allongée sur le canapé pendant deux jours et prendre des antalgiques après s'être fait arracher une dent.

Christopher arrêta de lire parce qu'il avait envie de vomir. Sa mère n'avait jamais eu de crise cardiaque et elle n'était pas morte. Son père lui avait menti. Il avait mal au ventre. Il se laissa tomber sur le lit et s'endormit. Quand il se réveilla, son père était dans la chambre. Après avoir vu son fils couvert de vomi, il resta silencieux un moment. Puis il dit à son fils qu'il était vraiment désolé. Son père avait compris que Christopher avait lu les lettres. Il se mit à pleurer. Il expliqua à Christopher qu'il avait fait ça pour son bien et qu'il ne voulait pas lui mentir. Il voulait lui montrer ces lettres quand il serait plus grand. Après cela, il déshabilla son fils pour l'emmener dans la salle de bains. Christopher ne s'était pas débattu et il n'avait pas frappé son père.

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Quand Christopher était petit, son professeur principal s'appelait Julie. Julie s'était assise un bureau à côté de Christopher et avait posé un tube de Smarties dessus en demandant à Christopher s'il savait ce qu'il y avait dans le tube. Christopher répondit que c'étaient des Smarties. Alors elle avait ri en ouvrant le tube car à l'intérieur il y avait un petit crayon rouge.

Puis Julie avait demandé à Christopher ce que sa maman penserait qu'il y avait dans le tube est Christopher répondit qu'elle dirait : « un crayon ». Quand Christopher était petit, il ne comprenait pas que les autres avaient aussi un cerveau. Alors Julie avait expliqué aux parents de Christopher que ce serait toujours difficile pour leur enfant.

Christopher pensait que les gens croyaient qu'ils n'étaient pas comme des ordinateurs parce qu'ils avaient des sentiments et que les ordinateurs n'avaient pas de sentiments.

167

Le père de Christopher était inquiet pour son fils car il ne parlait pas après avoir pris son bain. Christopher était assis sur le lit et regardait ses genoux. Alors son père sortit de la chambre et changea les draps de Christopher qui étaient couverts de vomi. Puis son père était revenu et s'était assis à côté de Christopher. Ils étaient restés tous les deux silencieux très longtemps. Au bout d'un moment le père de Christopher dit qu'il n'était pas toujours facile de dire la vérité tout le temps. Il promit de toujours dire la vérité à partir de maintenant. Puis il reconnut avoir tué Wellington. Christopher se demanda si c'était une blague mais son père lui expliqua. Mme Shears avait été très gentil après le départ de la mère de Christopher. Elle avait été le père de Christopher a traversé une période vraiment difficile. Elle venait presque tous les jours pour voir Christopher et son père. Le père de Christopher espérait pouvoir refaire sa vie avec elle mais elle lui avait dit des choses qu'il ne voulait pas répéter à Christopher parce que ce n'était pas gentil et que ça lui avait fait mal. Il avait compris qu'elle tenait plus à son foutu chien qu'à lui et à Christopher. Il s'était disputé avec Mme Shears plusieurs fois. Puis un jour, ils avaient eu une scène spécialement dure et elle l'avait viré. Le chien de Mme Shears était dans le jardin et le père de Christopher l'avait tué avec la fourche. Christopher se mit à crier et repoussa son père en arrière. Son père lui dit qu'il était désolé et il laissa Christopher seul. Christopher voulait quitter la maison car il avait peur que son père l'assassine comme il avait assassiné Wellington. Il ne pouvait plus lui faire confiance. Alors il quitta la maison pendant que son père dormait dans le salon. Il emmena Tobie avec lui. Il se cacha derrière le gros réservoir de plastique qui servait à recueillir l'eau de pluie. Il se demanda ce qu'il allait faire.

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Pendant la nuit, Christopher regarda la constellation d'Orion. Il savait en partie quelles les étoiles qui la composaient. Il savait aussi que c'étaient des exposants nucléaires qui se produisaient à des milliards de kilomètres de distance.

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Quand Christopher regardait les étoiles, il se sentait tout petit et, quand il y avait des choses difficiles dans la vie, ça faisait du bien de penser que ces choses étaient négligeables. Il n'avait pas très bien dormi à cause du froid et de Toby qui grattait beaucoup dans sa cage. Le matin, il entendit son père l'appeler. Il se recouvrit avec le sac d'engrais pour se cacher. Christopher entendit son père prendre la camionnette et s'en aller. Christopher décida d'aller frapper à la porte de Mme Shears. Mais il n'y avait personne. Alors il décida d'aller chez sa mère. Grâce à ses lettres, il avait l'adresse de sa mère. Il n'était jamais allé tout seul nulle part sauf au magasin qui se trouvait au bout de sa rue. Il savait qu'il avait besoin d'argent et de quoi manger pour partir à Londres. Il devrait aussi laisser Toby à quelqu'un parce qu'il ne pouvait pas l'emmener. Il alla chez Mme Alexander. Il lui demanda si elle voulait bien garder son rat. Elle lui demanda pourquoi il avait besoin de faire garder Toby. Il répondit qu'il partait pour Londres. Elle voulut savoir combien de temps il resterait à Londres et il répondit jusqu'à ce qu'il rentre à l'université. Mme Alexander n'avait pas compris. Elle pensait que Christopher partait avec son père. Alors il lui expliqua qu'il allait vivre chez sa mère. Il dut expliquer que sa mère n'était pas morte et que son père lui avait menti. Il avoua à Mme Alexander que c'était son père qui avait tué Wellington. Christopher expliqua qu'il voulait partir chez sa mère pas que son père avait tué Wellington et il avait peur de rester avec lui. Mme Alexander lui dit que ce n'était pas une bonne idée.

Elle était sûre que son père se faisait beaucoup de souci et que toute cette affaire était un terrible malentendu. Alors Christopher traversa la rue en courant et retourna chez lui. Il remplit son sac de nourriture. Il constata que son père avait laissé son téléphone portable et son portefeuille à côté de l'évier. Il croyait que son père était revenu. Et comme sa camionnette n'était pas garée devant la maison, Christopher fut rassuré. Il s'empara de la carte bleue de son père dont il avait le code  puis il sortit Toby de sa cage pour le mettre dans la poche d'un de ses manteaux parce que la cage était trop lourde pour qu'il puisse l'emmener jusqu'à Londres. Ensuite il se rendit à l'école car il voulait demander à Siobhan où se trouvait la gare. En arrivant à l'école, Christopher aperçut la camionnette de son père dans le parking. Pour se calmer, Christopher inspira profondément comme Siobhan lui avait conseillé de le faire si quelqu'un le frappa l'école. Il décida de demander son chemin à quelqu'un. À l'école, lui avait appris que le danger venait des hommes alors il décida de demander son chemin à une dame qui avait un bébé dans une poussette. La dame dite à Christopher qu'il n'avait pas besoin de plan car la gare était visible de l'endroit où ils étaient. Elle conseilla à Christopher de suivre le bus qui plaçait. Alors Christopher suivit le bus en courant pendant un bon bout de chemin. Christopher réussit à trouver la gare et il y entra.

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Christopher n'aimait pas les endroits nouveaux car il regardait tout ce qui se passait autour de lui. Il pensait que la plupart des gens étaient paresseux car il ne regardait jamais tout Siobhan lui avait expliqué que les gens se mettaient à penser à autre chose quand ils regardaient ce qui se trouvait devant eux. Christopher regardait toujours tous les détails des endroits où il se trouvait et il se souvenait de tout. Cela voulait dire que c'était très fatigant pour Christopher de se trouver dans un endroit nouveau parce qu'il ne pouvait pas empêcher de voir tous les détails.

C'était comme quand un ordinateur faisait trop de choses en même temps et que l'unité centrale se bloquait et qu'il ne restait plus de place pour réfléchir à autre chose. Quand il y avait beaucoup de gens, Christopher fermait les yeux, mettait les mains sur ses oreilles et grognait comme s'il fermait tous les logiciels et qu'il éteignait l'ordinateur pour le réinitialiser.

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Christopher avait le vertige et la nausée à cause de tous ces gens qui entraient et sortaient du tunnel et parce qu'il y avait aussi beaucoup d'écho dans la gare. Il décida de traverser le tunnel en essayant de se concentrer sur le panneau qui se trouvait tout au bout et qui disait « attention zone placée sous vidéosurveillance ». Au bout du tunnel, il y avait un escalier Christopher grimpa. Il trouva un endroit pour s'asseoir et ferma les yeux. Il nourrit Toby. Il fit un problème de mathématiques pour s'éclaircir les idées. Il réfléchissait tellement qu'il ne vit pas un policier qui lui demandait si ça allait

Christopher répondit que ça n'allait pas et le policier lui dit que la patronne du café l'avait appelé parce qu'elle s'était inquiétée en voyant Christopher depuis 2 heures 30 complètement dans les vapes. Christopher donna son nom au policier et aussi son adresse. Il expliqua qu'il voulait aller à Londres pour voir sa mère. Le policier s'assit à côté de lui. Christopher n'avait pas de billets de train et le policier lui demanda comment il comptait se rendre à Londres. Christopher expliqua qu'il avait pris la carte bleue de son père. Christopher demanda au policier de ne pas le toucher parce qu'il avait eu un avertissement pour avoir frappé un policier. Le policier emmena Christopher devant un distributeur automatique de billets. Christopher demanda combien coûter un billet pour Londres. C'était 30 livres. Christopher appuya sur 50 livres. Puis le policier lui indiqua l'endroit ou il devait acheter son billet. Il demanda à Christopher quel était le numéro de téléphone de sa mère. Christopher lui donna le numéro. Le policier lui conseilla d'appeler sa mère s'il avait un problème. Au guichet, on lui demanda s'il voulait un aller simple ou un aller retour. Christopher dut se faire expliquer la différence. Le guichetier lui donna un billet à moitié jaune et comme c'était un billet de train, Christopher fut obligé de le garder. Le train était dans cinq minutes sur le quai numéro un. Christopher réussit à trouver le train et à monter dedans.

193.

Quand Christopher jouait au train électrique, il s'était fait un horaire de train parce qu'il aimait bien les horaires. Ainsi il avait programmé toute sa journée depuis le matin au réveil jusqu'à son coucher. Quand il était parti en France avec ses parents cela l'avait angoissé. En effet, durant les vacances les gens n'ont pas d'horaires et cela avait obligé Christopher à demander à ses parents tout ce qu'ils allaient faire chaque jour pour qu'ils se sentent mieux. Christopher savait que personne n'avait jamais résolu l'énigme de ce qu'était exactement le temps.

Si l'on se perdait dans le temps, c'est comme si on était perdu dans le désert, sauf qu'on ne pouvait pas voir ce désert-là. Voilà pourquoi Christopher aimait les horaires. Avec eux, on était sûr de ne pas se perdre dans le temps.

197

 

Il y avait beaucoup de monde dans le train et cela ne plaisait à Christopher qui détestait être coincé dans une pièce avec plein de gens qu'il ne connaissait pas et un train c'était comme une pièce. Tout à coup, le policier que Christopher avait vu dans la gare entra dans le train pour le prévenir que son père était au poste de police. Christopher pensait que son père avait été arrêté pour avoir tué Wellington mais ce n'était pas ça. Il était à la recherche de son fils. Christopher essaya de se sauver mais le policier le rattrape. Christopher hurla et le policier le lâcha. Le policier annonça à Christopher qu'il allait l'emmener au poste pour voir son père. Christopher raconta au policier que son père avait tué un chien. Le train démarra et le policier dut appeler un collègue pour qu'on vienne le chercher à la station suivante. Christopher regarda le paysage pendant que le policier disait son journal. Christopher avait envie de faire pipi mais il ne savait pas où se trouvaient les toilettes. Le policier les lui indiqua. En sortant des toilettes, Christopher remarqua deux étagères avec des valises et un sac à dos alors il grimpa sur l'étagère et se cacha derrière une valise. Il se sentit beaucoup plus calme. Le policier chercha Christopher et ne le trouva pas. Le policier sortit du train en espérant pouvoir trouver Christopher sur le quai. Et le train repartit.

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Christopher pensait que les gens croyaient en Dieu parce que le monde est très compliqué et que les gens ne pouvaient pas croire que le monde soit le fruit du hasard. Christopher pensait que s'il y avait de la vie sur terre, c'était à cause d'un accident. Christopher pensait que les gens qui croyaient en Dieu pensaient que Dieu avait mis l'être humain sur terre parce qu'ils s'imaginaient que l'être humain était le meilleur animal du monde. Christopher pensait que l'être humain était un animal qui évoluerait pour produire un autre animal et cet animal serait plus intelligent que l'être humain. Christopher pensait aussi que les êtres humains créeraient tellement de pollution qu'ils finiraient par se tuer.

211

 

Christopher resta réfugié dans l'étagère jusqu'à l'arrêt du train. Il voulut récupérer ses affaires mais elles avaient disparu. Il y avait un autre policier dans le train. Il regardait sous les sièges. Christopher descendit du train. Dans la gare, un homme interpella Christopher pour lui dire que quelqu'un le cherchait. Christopher remarqua qu'il était bien dans la gare de Londres. C'était un policier qui l'attendait alors Christopher s'enfuit. Il demanda à une dame comment il pouvait se rendre à l'adresse de sa mère. La dame lui répondit qu'il fallait prendre le métro jusqu'à Willesden Green. Mais Christopher ne savait pas ce qu'était le métro. Alors la dame lui expliqua qu'il devait prendre la direction indiquée par le panneau puis prendre la ligne de Bakerloo. Christopher vit un escalator pour la première fois de sa vie et cela le fit rire. Mais il n'avait pas envie de le prendre alors il utilisa l'escalier. Il était effrayé par le monde sur le quai alors il entra dans un photomaton pour se sentir en sécurité. Il remarqua que les gens inséraient des billets dans des portillons et passaient de l'autre côté. Il mémorisa ce qu'il fallait faire. Ensuite il acheta son billet et le composta. Cela lui plaisait parce qu'il trouvait que c'était comme dans un film de science-fiction qui parle du futur. Arrivé dans la station de métro, Christopher remarqua qu'il n'y avait pas de fenêtre et ça ne lui plaisait pas. Le bruit l'angoissé alors il grogna pour masquer ce bruit. Puis il ferma les yeux car il avait peur. Il ne vit pas la rame arriver. Quand il rouvrit les yeux, il s'aperçut que les gens montaient dans un train qui n'était pas la avant et alors il comprit que le grondement venait du train.

223

Christopher se souvenait avoir vu une affiche publicitaire pour une agence de voyages dans la station de métro. Il y avait un orang-outan sur l'affiche. Il se souvenait même du texte qu'il y avait sur l’affiche.

227

Christopher avait gardé les yeux fermés pendant longtemps pour se calmer dans la station de métro. Il s'était aussi répété une litanie : « arrivée du train. Arrêt du train. Départ du train. Silence. Arrivée du train. Arrêt du train. Départ du train… ». Il faisait comme si les trains n'existaient pas dans sa tête. Il était resté ainsi pendant cinq à attendre. Il avait mal aux fesses et il avait faim et soif. Toby avait disparu. Christopher se leva pour chercher son rat. Il finit par le trouver. Il était sur les rails. Christopher descendit sur les rails pour le récupérer et quelqu'un hurla en le voyant. Toby se sauva. L'homme qui avait vu Christopher sur les rails voulut l'attraper mais Christopher hurla. Il réussit à rattraper Toby. Mais son rat le mordit. Un train entra dans la station et Christopher comprit qu'il risquait de se faire écraser alors il grimpa sur le quai avec l'aide de l'homme. Christopher se réfugia sur un banc avec Toby. L'homme lui demanda ce qu'il faisait sur les rails. Christopher répondit qu'il cherchait Toby.

Une femme lui demanda s'il allait bien en le touchant alors Christopher hurla. Comme elle insistait, Christopher lui montra son couteau suisse. L'homme qui l'avait aidé et la femme montèrent dans le métro suivant. Christopher laissa passer encore huit trains avant de monter. Comme il y avait 11 personnes dans le train, Christopher se concentra sur ce qu'il y avait dans le wagon et il regarda les panneaux publicitaires. Il descendit à Willesden Junction. Dans la station il y avait un clochard et un Indien dans une boutique. Christopher s'adressa à l'indien pour lui demander son chemin. L'homme lui proposa un guide de Londres pour deux livres 95. Christopher accepta. Le fait que la carte de Londres soit découpée en morceaux pour pouvoir en faire un livre avait plu à Christopher. Ensuite, il sortit de la station de métro. Il faisait nuit. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été dehors et cela lui donna envie de vomir. Il réussit à trouver son chemin. Il ne lui fallut que 27 minutes pour arriver chez sa mère. Il sonna mais personne ne répondit. Il se mit à pleuvoir et Christopher avait froid. Puis Christopher entendit la voix d'une femme et d'un homme qui se disputaient. Il reconnut la voix de sa mère. Elle était avec M. Shears. Christopher interpella sa mère et elle le prit dans ses bras. Il la repoussa car il n'aimait pas ça. M.Shears demanda des explications à la mère de Christopher. Toby s'était échappé alors Christopher dut le rattraper. M. Shears craignait que le père de Christopher soit dans les parages. Christopher réussit à retrouver son rat. La mère de Christopher demanda à son fils comment il avait fait pour venir jusqu'ici. Il lui expliqua son trajet. Il lui dit aussi que son père avait tué Wellington et que c'était pour ça qu'il était parti. M. Shears apprit ainsi la mort de son chien. Christopher entra chez sa mère pour se sécher puis il prit un bain. Sa mère le trouva courageux.

Elle lui demanda pourquoi il ne lui avait pas écrit une seule lettre. Elle avait cru qu'il s'était passé quelque chose de grave ou qu'il avait déménagé avec son père et qu'elle ne retrouverait jamais. Alors Christopher lui expliqua que son père lui avait dit qu'elle était morte. Il raconta également qu'il avait trouvé ses lettres dans un carton que son père avait caché dans son placard. Elle resta longtemps sans parler puis elle poussa une sorte de gémissement très fort. Il lui demanda pourquoi elle faisait ça et elle répondit qu'elle était désolée. Elle était en colère contre son mari. Elle demanda à Christopher la permission de lui prendre la main pour une fois. Mais il refusa. Peu après, un policier arriva. Christopher accepta de lui parler. Son père avait prévenu la police. Le policier voulut savoir si c'était bien sa mère et Christopher répondit oui. Le policier demanda à Christopher pourquoi il s'était sauvé alors il répondit que son père avait tué Wellington, un chien, alors il avait eu peur de lui. Le policier demanda s'il voulait rester chez sa mère ou retourner chez son est Christopher répondit qu'il voulait rester avec sa mère. Comme sa mère était d'accord, pour le policier l'affaire était réglée.

Le policier demanda à la mère de Christopher de prévenir si son mari venait faire du grabuge. Durant la nuit, le père de Christopher arriva. Il se disputa avec M. Shears. Sa femme lui demanda ce qu'il avait dans le crâne pour raconter des choses pareilles à son fils. Il répondit qu'il s'était occupé de Christopher, il l'avait soigné et s'était occupé de lui tous les week-ends. Il reprocha à sa femme de s'être contentée de lui envoyer des lettres. Elle rétorqua que ce n'était pas mal de lui raconter que sa mère était morte. Puis le père de Christopher entra dans la chambre de son fils mais Christopher tenait son couteau de l'armée suisse parce qu'il ne voulait pas retourner chez son père. Sa mère entra pour le rassurer. Son père lui dit qu'il était vraiment désolé pour tout. Pour Wellington, pour les lettres. Il lui promit de ne plus jamais faire des trucs pareils. Il se mit à pleurer puis sa femme lui conseilla de repartir. Le policier revint parce que M. Shears avait appelé le commissariat. Il fit sortir le père de Christopher de l'appartement. La mère de Christopher rassura son fils pour qu'il puisse se rendormir.

229

Christopher fit un de ses rêves préférés. Dans ce rêve, presque tous les habitants de la terre sont morts parce qu'ils ont attrapé un virus. C'est comme un virus d'ordinateur. Les gens l'attrapent à cause de ce que veut dire quelque chose que dit une personne infectée, et de ce que veut dire ce qu'elle fait avec son visage en le disant. Ce qui fait qu'on peut aussi rattraper en regardant une personne infectée à la télévision. Les gens qui ont ce virus restent simplement assis sur le canapé sans rien faire et sans manger alors ils meurent.

Il y avait d'autres versions de ce rêve et celle que Christopher préférait c'était la version où les gens marchaient dans la mer et se noyaient parce qu'il y avait pas de cadavres partout. Les seules personnes qui survivaient étaient celles qui ne regardaient pas les visages des autres ou ne savaient pas interpréter leurs expressions. Les survivants étaient des gens spéciaux comme Christopher. Christopher adorait ce rêve car il pouvait s'imaginer libre de se promener dans la rue sans devoir supporter le bruit. Il s'imaginait entrer dans les magasins pour prendre tout ce qu'il voulait, des jeux vidéos, des livres ou des cassettes. Il se voyait en train de conduire une voiture ou il allait sur la plage. La maison de son père était devenue la sienne.

233

Le lendemain, M. Shears acceptait que Christopher reste encore quelque jour. La mère de Christopher voulait garder son fils et elle prit un congé pour raison familiale. Elle en a son fils dans les magasins pour lui acheter des vêtements et comme il y avait trop de monde Christopher hurla et sa mère dut le ramené en taxi. Elle retourna au magasin toute seule pour acheter les vêtements. Christopher resta dans la chambre d'amis parce qu'il avait peur de M. Shears. Christopher voulait retourner à Swindon pour placer son épreuve de mathématiques des A levels. Mais il ne voulait pas revoir son père alors il demanda à sa mère de l'accompagner. Elle était gênée. Au cours de la nuit, Christopher sortit pour se promener dans la rue. Il entendit sa mère qui l'appelait et comme il ne voulait pas rentrer elle sortit pour venir le chercher et le sermonna. Le lendemain, les gens du bureau de la mère de Christopher appelèrent pour dire qu'elle ne pourrait pas retourner travailler parce qu'elle avait été remplacée. Christopher voulait absolument passer ses examens mais sa mère lui dit que ce n'était pas le moment parce que son père n'arrêtait pas de l'appeler. Il menaçait de lui faire un procès. Mais Christopher commença à s'angoisser. Le lendemain, Christopher passa sa journée à regarder les voitures dans la rue pour savoir si ce serait une bonne ou une mauvaise journée. Mais ce n'était pas comme chez lui. Il y avait beaucoup de voitures rouges et de voitures jaunes. Néanmoins, cela l'empêcha de penser à ses examens et à son angoisse. Le lendemain la mère de Christopher avait appelé l'école pour prévenir que son fils passerait les examens l'année suivante. Christopher hurla en l'apprenant. Quelques jours plus tard, M. Shears entra dans la chambre de Christopher. Il avait bu de la bière. Il réveilla Christopher pour le sermonner. Mais la mère de Christopher le fit sortir. Elle rassura son fils. Le lendemain, la mère de Christopher prit ses valises et emmena son fils avec la voiture de M. Shears. Elle voulait rentrer à Swindon mais Christopher ne voulait pas.

Elle expliqua à son fils qu'elle voulait rentrer car si elle restait à Londres cela risquait de mal finir pour quelqu'un. Et pas forcément pour lui. Christopher s'endormit dans la voiture car il était fatigué. Il avait passé une nuit blanche à cause de son angoisse liée au fait qu'il ne pouvait pas passer son épreuve de mathématiques. Quand ils arrivèrent, Christopher fut rassuré par sa mère et il put monter dans sa chambre. Il remit son rat dans sa cage et il joua à des jeux vidéo.

Mon père arriva le soir et il se disputa avec sa femme. Christopher grogna pendant une heure pour ne pas entendre ses parents se disputer. Au bout d'une heure, sa mère entra dans sa chambre pour lui expliquer que son père était parti passer quelques jours chez un ami et qu'ils trouveraient un endroit bien à eux dans les prochaines semaines.

Christopher insista encore auprès de sa mère pour passer son examen mais elle refusa. Il refusa de manger et ne réussit pas à s'endormir. Le lendemain, Mme Shears arriva au moment où Christopher et sa mère montaient dans la voiture pour aller à l'école. Elle voulut se disputer avec la mère de Christopher mais cette dernière démarra sans attendre. À l'école, la mère de Christopher expliqua à Siobhan que son fils était dans tous ses états parce qu'il ne pouvait pas passer l'épreuve de mathématiques et que cela l'empêchait de manger et de dormir. Alors Siobhan s'arrangea pour que Christopher puisse passer des examens. Le révérend Peters fut chargé de surveiller Christopher durant les examens. Quand Christopher ouvrit le sujet et le lut, il ne sut pas répondre aux questions. Alors il inspira profondément comme Siobhan lui avait appris il se sentit un peu plus calme. Ensuite il répondit aux questions. Le soir, son père rentra. Christopher hurla et sa mère lui promit que son père ne lui ferait rien.

Le lendemain, Christopher traita le deuxième sujet. Le soir, M. Shears arriva. Il était venu rapporter des affaires de la mère de Christopher. Il était venu en taxi et repartit avec sa propre voiture. La mère de Christopher était sortie de la maison et elle avait couru dans la rue en criant : « bon débarras. ».

Le lendemain, Christopher répondit au sujet 3. Il se sentit moins angoissé après avoir terminé mais il avait peur que l'administration qui organisait les examens ne puisse accepter de corriger sa copie. Christopher pensait que le pire, c'est quand on ne savait pas si ce qui allait se passer serait agréable ou désagréable.

Son père revint à la maison ce soir-là. Il demanda à Christopher comment s'était passé son examen. Christopher ne voulait pas répondre alors sa mère lui demanda de répondre à son père. Il répondit qu'il ne savait pas s'il avait bien répondu parce qu'il était vraiment fatigué et qu'il n'avait rien mangé. Son père lui répondit qu'il était très fier de lui. Puis il s'en alla. La semaine suivante, le père de Christopher demanda à sa mère de s'en aller de la maison mais elle ne pouvait pas parce qu'elle n'avait pas d'argent pour payer le loyer d'un appartement. Christopher demanda à son père qu'il allait être arrêté pour avoir tué Wellington car si son père allait en prison, sa mère et lui pourraient rester à la maison. Sa mère lui expliqua que la police n'arrêterait pas son père sauf si Mme Shears portait plainte. Sa mère finit par trouver un travail de caissière dans une jardinerie et le médecin lui prescrivit des pilules pour qu'elle ne soit plus triste. Elle partit avec Christopher dans une grande maison en briques rouges. L'endroit ne plaisait pas à Christopher car le couloir était peint en brun et il y avait des toilettes et une salle de bains que d'autres gens utilisaient. Christopher paniquait quand il pensait à l'avenir alors Siobhan lui expliqua qu'il devait penser au présent et c'était tout. Il pouvait également penser aux choses qui s'étaient passées quand elles étaient agréables. Parmi les choses désagréables, Christopher ne supportait pas de devoir aller chez son père entre 15:49 et 17:30 parce que sa mère n'était pas encore rentrée du travail. Son rat mourut et Christopher l'enterra dans un gros pot de plastique. Un jour, la mère de Christopher était venue le chercher chez son père après son travail et son père avait dit qu'il voulait lui parler juste cinq minutes. Christopher accepta. Son père lui demanda d'apprendre à lui faire confiance même si cela demandait du temps. C'était plus important que tout le reste. Pour demander pardon à son fils, il lui offrit un cadeau. C'était un chien couleur sable. C'était un golden retriever. Il dit à son fils qu'il ne lui ferait jamais de mal. Christopher réussit brillamment son examen de mathématiques avec la mention très bien. Il appela son chien Sandy. Son père annonça à l'école que Christopher envisageait de passer l'épreuve de mathématiques avancées l'année suivante. Christopher se plaisait à imaginer qu'il aurait sa licence avec félicitations du jury et qu'il deviendrait scientifique. Il savait qu'il y arriverait parce qu'il était allé tout seul à Londres et il avait résolu le mystère de qui avait tué Wellington. Il avait retrouvé sa mère et il avait été drôlement courageux et il avait écrit un livre. Ça voulait dire qu'il pouvait tout faire.

 

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11 avril 2021

Dune (Frank Herbert).

dune

Dans les manuels de Muad'Dhib, il est précisé que le temps de Paul débute en la 57e année de l'empereur Padishah Shaddam IV. Par ailleurs, Paul est situé sur la planète Arrakis, la planète connue sous le nom de Dune qui reste sienne à jamais.

Durant la semaine qui précéda le départ pour Arrakis, une vieille femme rendit visite à la mère de Paul. Le Castel Caladan avait abrité 26 générations d'Atréides. La vieille femme fut introduite par une porte dérobée et conduite jusqu'à la chambre de Paul. La vieille femme était comme l'ombre d'une sorcière et sa chevelure était faite de toiles d'araignée. Ses yeux étaient comme deux pierres ardentes. Derrière la vieille femme se trouvait la mère de Paul. La vieille femme trouvait que Paul était bien petit pour son âge. Jessica, la mère de Paul lui répondit que chez les Atréides la croissance était tardive. Paul avait déjà 15 ans. La vieille femme pensait que Paul faisait semblant de dormir et était à l'écoute. C'était le cas. La vieille femme se demandait si Paul était réellement le Kwisath Haderach. La vieille femme avait prévu une épreuve pour Paul le lendemain.

Paul avait entendu que la vieille femme s'était adressée à sa mère comme à une servante alors que sa mère était une dame bene gesserit, concubine du duc. Paul avait entendu que la sorcière allait le confronter à son gom jabbar. Il se demandait ce que cela voulait dire ainsi que les mots Kwisath Haderach.

Thufir Hawat, le maître assassin de son père lui avait expliqué que leurs ennemis mortels, les Harkonnen avaient résidé sur Arrakis durant 80 ans. Ils avaient signé un contrat de semi-fief avec la compagnie Chom pour l'exploitation du Mélange, l'épice gériatrique. À présent, les Harkonnen allaient être remplacés par la maison des Atréides qui recevrait Dune en fief sans aucune restriction. À première vue, c'était une victoire pour le duc Leto mais, selon Hawat, cela représentait un péril mortel. Le duc était populaire auprès des Grandes Maisons du Landsraad est un homme trop populaire provoquait la jalousie des puissants. Paul s'endormit. Il se souvenait toujours de ses rêves prémonitoires. Il rêva d'une caverne arrakeen. Le docteur Yueh, son éducateur, lui avait laissé entendre que le système de castes des faufreluches n'était pas aussi rigide sur Arrakis. Sur Arrakis, vivaient des hommes qui ne dépendaient d'aucun caïd. C'étaient les Fremen, le peuple du vent de sable, libre de toute règle impériale.

Paul perçut toutes les tensions qui l'habitaient et décida de mettre en pratique les exercices du corps et de l'esprit que lui avait enseignés sa mère. Il perçut la clarté jaune de l'aube qui effleurait le rebord de la fenêtre de sa chambre. La porte s'ouvrit et sa mère apparut. Elle lui demanda s'il avait bien dormi. Il répondit Louis. Paul avait été éduqué dans la Manière bene gesserit et il perçut la tension qui habitait sa mère. Sa mère lui présenta une tunique de demi-cérémonie arborant la crête de faucon rouge, emblème des Atréides. Elle lui ordonna de s'habiller car la Révérende Mère l'attendait.

Paul prétendit qu'il avait révélé de la révérende. Il demanda à sa mère qui était cette vieille femme. Sa mère lui répondit que c'était elle qui l'avait éduquée à l'école Bene Gesserit. Elle était la Diseuse de Vérité de l'empereur. Elle annonça à son fils qu'il devrait parler de ses rêves à la révérende. Paul demanda si c'était grâce à la révérende que les Atréides possédaient Arrakis. Sa mère répondit qu'ils n'avaient pas obtenu Arrakis.

Alors Paul demanda à sa mère ce qu'était un gom jabbar. Il ressentit la peur de sa mère. Elle répondit qu'il apprendrait ce que c'était bien assez tôt.

Elle lui demanda de se dépêcher car la Révérende Mère l'attendait.

La révérende mère Gaius Helen Mohiam était assise dans un fauteuil de tapisserie. Elle pensait que Jessica était maudite car elle aurait dû leur donner une fille ainsi que cela lui avait été ordonné. Jessica esquissa une brève révérence et Paul s'inclina rapidement ainsi que le lui avait enseigné son maître à danser pour les circonstances « où l'on pouvait douter du rang de la personne ». La révérende fit remarquer à Jessica que son fils était prudent. Jessica répondit que son fils avait été éduqué ainsi. Paul se demanda ce que craignait sa mère. La révérende répondit que l'éducation était une chose mais l'ingrédient de base en était une autre. La révérende ordonna à Jessica de pratiquer la méditation de paix et Jessica retira sa main de l'épaule de son fils. Paul ressentit une certaine appréhension devant la peur qui irradiait de sa mère. Jessica dit à son fils que l'épreuve à laquelle il allait être soumis était importante pour elle. Il devait se souvenir qu'il était le fils d'un duc puis elle fit demi-tour et quitta le salon. Paul regarda la vieille femme tout en contenant sa colère.

Il demanda à la révérende depuis quand on congédiait Dame Jessica comme une servante et la révérende répondit que Jessica avait été sa servante durant 14 années d'école. Elle ordonna à Paul de s'approcher. Paul obéit avant de réfléchir. Il avait compris que la révérende s'était servie de la Voix contre lui. Il s'arrêta près de ses genoux. Elle sortit un cube de métal vert qui avait environ 15 cm d'arête. Elle l'éleva et le fit pivoter. Paul vit que l'une des faces était creuse et étrangement effrayante. La révérende ordonna à Paul de mettre sa main droite dans cette boîte.

Paul eut peur et il recula mais la vieille femme lui demanda si c'était ainsi qu'il obéissait à sa mère. Alors il mit la main dans le cube. Tout d'abord, il éprouva une sensation de froid. Puis il sentit le contact du métal doux et un picotement envahit sa main, comme si elle était endormie. Le visage de la vieille femme devint celui d'un animal de proie et elle éloigna sa main droite du cube et la posa près du cou de Paul. Il devina un scintillement métallique et voulut tourner la tête. La vieille femme lui dit qu'elle tenait le gom jabbar prennent de son cou. Elle lui expliqua que le gom jabbar était l'ennemi suprême. Une aiguille avec une goutte de poison à son extrémité. Paul lutta pour déglutir. Sa gorge était sèche. Elle lui dit qu'un fils de duc se devait de connaître les poisons et le gom jabbar ne tuait que les animaux. L'orgueil domina la peur de Paul. Il lui demanda si elle voulait insinuer qu'un fils de duc était un animal. Elle répondit qu'elle pensait qu'il pouvait être humain. Il lui demanda qui elle était et comment elle avait pu obliger sa mère à le laisser seul avec elle. Paul voulut savoir si elle était une Harkonnen. Elle répondit non. Paul maîtrisa l'impulsion de fuite. Il venait de réussir la première épreuve. La révérende lui annonça que s'il retirait la main de la boîte, il mourrait. C'était l'unique règle alors Paul respira profondément pour réprimer un tremblement. Il annonça à la révérende que s'il appelait, ses gens seraient là en un instant et c'était elle qui mourrait. Mais la révérende répondit que ses serviteurs n'iraient pas plus loin que sa mère qui veillait sur la porte. Sa mère avait déjà survécu à cette épreuve. Maintenant le tour de Paul était venu. Il était rare que des enfants mâles soient soumis à cette épreuve. La curiosité de Paul XX émulateurs jusqu'à la rendre supportable. Paul avait perçu la vérité dans la voie de la vieille femme. Il savait qu'il ne pouvait échapper à cette épreuve. Il se souvint des paroles de la litanie contre la peur du rituel bene gesserit que sa mère lui avait enseignées. « Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon oeil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi. »

Il se sentit son calme revenir. Il ordonna à la femme de mettre fin à l'épreuve. Elle reconnut qu'il avait du courage. Mais elle lui annonça qu'il allait sentir la douleur dans sa main. S'il retirait la main, le gom jabbar le tuerait. Paul voulu savoir ce que contenait la boîte et la révérende répondit la souffrance. Paul ressentit un picotement plus net. Il serra les lèvres. Le picotement devint démangeaison. La démangeaison devint une brûlure très légère. Puis la brûlure se fit plus intense alors Paul referma sa main gauche. Lentement, la douleur augmentait. Les ongles de sa main libre s'enfoncèrent dans sa paume. Les doigts de sa main en feu ne lui obéissaient plus. Il dit : « ça brûle ». Mais la révérende mère lui ordonna le silence.

La douleur s'élança dans son bras. La sueur perla sur son front. Chaque fibre de son corps lui commandait de retirer sa main. Mais Paul devinait la terrible aiguille qui veillait près de son cou. Alors il tenta de se maîtriser mais sans y parvenir. Le monde devint vide. Il n'y avait plus que sa main noyée dans la souffrance. Il avait l'impression de sentir sa peau se craqueler. Sa chair griller. Puis : plus rien !

La souffrance avait cessé, comme si l'on avait appuyé sur un bouton.

La vieille femme avait interrompu l'épreuve. Jamais nul enfant né d'une femme avait enduré autant. Elle reconnut que c'était comme si elle avait voulu voir Paul échouer. Elle lui demanda de retirer sa main de la boîte et de la regarder. Il regarda sa main, stupéfait. Il n'y avait aucune marque et pas la moindre trace de la douleur qu'avait éprouvée sa chair. La vieille femme lui expliqua que c'était une douleur par induction nerveuse et que certains donneraient gros pour connaître le secret de cette boîte. Paul voulut savoir si sa mère avait subi la même épreuve et la vieille femme répondit par une question : « as-tu jamais tamisé du sable ? ».

Les Bene Gesserit tamisaient les gens pour découvrir les humains. La révérende avait observé Paul pendant l'épreuve et avait reconnu l'enseignement qu'il avait reçu de sa mère. La révérende se rendit compte que Paul percevait la vérité se demanda s'il se pouvait que Paul soit celui-là ? Elle étouffa l'excitation qu'elle ressentait. Elle dit à Paul qu'il était peut-être le Kwisatz Haderach. Elle voulait que Paul s'assoit à ses pieds mais il refusa. Alors elle appela Jessica. Elle lui demanda si elle avait jamais cessé de la haïr et Jessica répondit qu'elle aimait la révérende et l'aimait tout à la fois. Elle avait détesté la révérende à cause de la souffrance de l'épreuve qu'elle ne pourrait jamais oublier. Elle fut heureuse de voir que Paul vivait et qu'il était humain. Paul avait compris que la vieille femme avait acquis un empire sur lui. Sa mère avait subi cette même épreuve il pensait que le but devait en être terrible pour justifier une telle souffrance et une telle peur.

Il savait que, d'ores et déjà, il en était prisonnier. Mais ignorait tout de la nature de ce terrible but.

La révérende annonça à Paul qu'un jour lui aussi se tiendrait devant une porte. Paul avait compris que chaque question qu'il pourrait désormais poser amènerait une réponse qui l'élèverait hors de son monde de chair vers quelque chose de plus grand. Il demanda à la révérende elle cherche l'ultime et elle répondit que c'était pour le libérer. Les hommes avaient autrefois confiés la pensée aux machines dans l'espoir de se libérer ainsi. Cela permit seulement à d'autres hommes de les réduire en esclavage avec l'aide des machines. Les écoles Bene Gesserit avaient été créés pour accroître les talents humains. Il n'en restait plus que deux : Bene Gesserit et la Guilde spatiale. La guilde développait les mathématiques pures. Paul devina que la fonction du Bene Gesserit était la politique. À l'origine, l'école Bene Gesserit était dirigé par ceux qui estimaient nécessaire l'existence d'un lien de continuité dans les affaires humaines et cette continuité ne pouvait exister sans que l'on sépare l'humain de l'animal pour faciliter la sélection. Paul savait par sa mère que nombre de Bene Gesserit ignorait tout de leur lignée. Et Jessica ignorait qui étaient ses parents. Paul dit à la révérende qu'elle décidait beaucoup par elle-même. Jessica lui reprocha le ton qu'il employait pour parler à la révérende. Alors la révérende révéla à Paul qu'il existait un lieu qui terrifiait les Diseuses de vérité. Il était dit qu'un homme viendrait un jour et avec la grâce de la drogue il pourrait voir comme aucune des diseuses n'avait pu le faire, dans tous les passés, masculins et féminins. Les Diseuses de vérité ne pouvaient regarder que les avenues féminines du passé.

Paul comprit que cet homme était le Kwisatz Haderach. Bien des hommes avaient essayé la drogue mais aucun n'avait jamais réussi. Ils étaient tous morts.

Dans le Manuel de Muad’Dhib, il est dit que tenter de comprendre Muad’Dhib sans comprendre ses ennemis mortels, les Harkonnen, c'était tenter de voir la Vérité sans connaître le Mensonge. C'était tenter de voir la Lumière sans connaître les Ténèbres.

Un petit homme gracile aux traits efféminés était accompagné d'un adolescent de 16 ans aux cheveux sombres et aux yeux tristes. Tous les deux regardaient un globe qui tournait. C'était un homme qui faisait tourner le globe, le baron Vladimir Harkonnen. Il avait préparé un piège tendu contre le duc. Le globe portait l'estampille impériale. La main grâce se déplaça sur le globe de détail en détail. Le baron Harkonnen demanda à Piter (adolescents) et à Feyd-Rautha de bien regardait le globe. C'était Arrakis. Feyd-Rautha était le neveu du baron. Un messager apporta un pli à Piter. Le duc Leto s'adressait au baron pour lui dire que l'art de la rétribution conservait encore certains adeptes au sein de l'Empire. Le duc avait signé Duc Leto d’Arrakis. Cela fit éclater de rire Piter. Le baron trouvait que Piter parlait trop et il songea déjà à s'en débarrasser.

Le piège consistait à obliger Leto à quitter Caladan pour Dune sans la moindre chance de s'échapper car il s'agirait d'un ordre de l'empereur lui-même. Piter était un Mentat et il serait donc à quel moment le baron convoquerait le bourreau pour le faire exécuter. Il n'avait pas peur car il se sentait encore utile. Feyd-Rautha ne supportait plus les querelles permanentes entre le baron et son Mentat.

Le baron dit à son qu'il était sûr que son Mentat se délectait de la souffrance alors que lui avait de la pitié pour ce pauvre duc. Très bientôt, le docteur Yueh allait fondre sur le duc et c’en serait fait des Atréides. Mais le duc saurait certainement qui avait dirigé la main du docteur et ce serait pour lui une chose terrible. Il fallait que le duc sache à quel moment le baron déciderait de sa fin et les Grandes Maisons elles aussi devraient le savoir.

Mais Piter rétorqua au baron que déjà l'empereur fixait ses yeux sur lui car le baron était trop audacieux. Feyd-Rautha demanda à son oncle d'arrêter de jouer avec Piter et lui rappela la promesse qu'il lui avait faite : Jessica. Le baron voulut savoir ce qu'il adviendrait de Paul et Piter répondit que le piège le lui livrerait.

Mais le baron répondit à Piter qu'il s'était trompé en prédisant que Jessica donnerait une fille au duc. Pour la première fois, Piter répondit avec de la crainte dans la voix. Il se défendit en disant qu'il ne se trompait pas souvent. Le baron demanda à son neveu s'il avait retiré quelque chose de la discussion à laquelle il venait d'assister. Il voulut savoir si son neveu trouvait le Mentat efficace. Feyd était convaincu du contraire. Le baron fit remarquer à son neveu que Piter s'était gavé d'épice. Il voulait que son neveu se rendre compte des limitations d'un Mentat. Piter avait peur d'être remplacé mais le baron le rassura. Il ne pourrait trouver un Mentat doué d'autant de ruse et de venin. Le baron expliqua à Feyd. Que Piter avait été éduqué et conditionné afin de remplir certaines fonctions et il ne fallait jamais perdre de vue le fait que l'esprit de Piter était contenu dans un corps humain. C'était un sérieux handicap et le baron pensait que les anciens étaient dans le vrai avec leurs machines pensantes.

Le baron ordonna au Mentat de retracer pour Feyd les grandes lignes de la campagne contre la Maison des Atréides. Mais le Mentat avait déjà mis en garde le baron contre le fait de confier un homme aussi jeune de tel enseignement. Le baron insista. Alors ieter expliqua à Feyd que la maison du duc embarquerait sur un long courrier de la Guilde à destination d'Arrakis et plus précisément de la cité d'Arrakeen. Le Mentat du duc, Thufir Hawat avait certainement conclu qu'Arrakeen était plus facile à défendre. Feyd fut rassuré. Le vieux monstre lui livrait enfin ses secrets. Il désirait certainement que son neveu soit son héritier. Le baron voulait que le duc meure et que sa lignée s'éteigne. Dans Arrakeen le duc et sa famille occuperaient la Résidence qui avait été la demeure du comte Fenring et de sa dame.

Le comte servait d'ambassadeur auprès des contrebandiers car l'empereur avait des intérêts dans les opérations de contrebande sur Arrakis. Il en serait ainsi aussi longtemps que la Guilde échapperait au contrôle impérial. C'est dans la Résidence que le piège avait été préparé. Hawat devinerait qu'un agent du baron s'était infiltré parmi eux. Le suspect le plus évident était le docteur Yueh mais Hawat avait déjà enquêté et il avait appris que le docteur Yueh était diplômé de l'école Suk avec conditionnement impérial. Il était donc suffisamment sûr pour traiter l'empereur lui-même.

Mais le baron avait trouvé comment venir à bout du conditionnement impérial. Feyd voulait savoir quel était ce moyen mais le baron ne voulait pas le lui révéler. Le baron avait décidé de transformer Jessica en suspect bien plus intéressant. Ainsi Hawat serait si préoccupé par ce problème que son efficience de Mentat en serait considérablement diminuée. De plus le baron procurerait certaines autres diversions sous la forme de garnisons en révolte puis quand le moment opportun serait venu, Yueh en serait averti. Deux légions de Sardaukars frapperaient en arborant la tenue des gens d'Harkonnen. Feyd était impressionné par les troupes impériales composées de tueur sans merci, les Sardaukars. Puisque la Maison des Harkonnen servirait à exécuter la vilaine besogne de l'Empire, elle bénéficierait d'un avantage certain. Les Harkonnen deviendraient la plus riche Maison de l'Empire.

Ainsi les Harkonnen pour assurer pour toujours un directorat du CHOM.

La compagnie CHOM était la clé de la richesse car chaque Maison noble puisait dans les coffres de la compagnie. Piter pensait que le duc Leto pour essayer de rejoindre les Fremen.

Mais cette issue lui serait fermée par l'un des agents de Sa Majesté, l'écologiste planétaire Kynes. Si tout se déroulait selon les prévisions, la maison des Harkonnen jouirait d'un sou fief sur Arrakis d'ici à une année standard. Le baron Harkonnen obtiendrait la remise de ce fief. Feyd comprit que les profits seraient alors plus importants.

Alors les Grandes Maisons sauraient que le baron avait détruit les Atréide et le plus délicieux serait que le duc lui-même le saurait.

Le baron s'éloigna du globe de lumière et il devint gras, énorme. Sa graisse était partiellement soutenue par des suspenseurs gravifiques.

Dans les commentaires de famille par la princesse Irulan, il est dit que la révérende mère doit combiner les pouvoirs de séduction d'une courtisane avec la majesté d'une déesse vierge et conserver ses attributs sous tension aussi longtemps que subsistent ses pouvoirs de jeunesse. Lorsque beauté et jeunesse s'en seront allées, la révérende mère découvrira que le lieu intermédiaire autrefois occupé par la tension s'est changé en une source de ruse et d'astuce.

Jessica était avec la révérende mère dans le salon tandis que Paul attendait dans la chambre de méditation d'où il ne pouvait percevoir la moindre parole. Jessica avait subi l'épreuve de la boîte quand elle était une fillette avec la révérende mère Gaius Helen Mohiam, l'actrice supérieure de l'école Bene Gesserit de Wallach IX. Elle se souvenait encore de la souffrance, de la peur et de la colère. La révérende lui demanda son avis et Jessica répondit qu'elle avait eu un fils alors la révérende lui rappela qu'il lui avait été ordonné de ne donner que des filles aux Atréides. Mais cela représentait tant pour le duc. La révérende répliqua que dans son orgueil, Jessica avait pensé pouvoir donner le jour au Kwisatz Haderach.

Jessica avoua qu'elle avait senti cela possible. La révérende lui dit qu'une fille Atréide aurait pu épouser un héritier Harkonnen et la brèche eut été ainsi comblée.

Jessica avait donc compliqué les choses d'une façon impensable. Et Jessica répliqua que la révérende n'était pas infaillible et elle jura qu'elle ne regretterait pas sa décision.

Mais la révérende mère lui rappela que sa tête risquait d'être mise à prix et Jessica lui demanda s'il existait une alternative. La révérende mère répondit qu'il coulait dans le sens de la race le besoin de mêler dans le désordre les lignées génétiques et que l'Impérium, la compagnie de CHOM et les Grandes Maisons n'étaient que des débris d'épaves emportés par ce flot. L'empereur et ses partisans contrôlaient à présent 59,65 % des votes du conseil de la compagnie. Leur puissance sur les votes s'en trouvait renforcée. La révérende expliqua que leur civilisation reposait sur trois bases : la Maison impériale qui s'opposait aux grandes Maisons du Landsraad et, entre elles, la Guilde et son monopole des transports interstellaires. En politique, le tripode était la plus instable de toutes les structures. De plus, le système commercial était demeuré au stade féodal. La révérende espérait que tout ceci ne provoquerait pas une conflagration générale afin de préserver ce qui pouvait l'être encore dans les lignées génétiques. Alors Jessica affirma qu'elle payerait pour ses fautes mais la révérende répondit que son fils paierait avec elle. Jessica le protégerait autant qu'elle le pourrait.

La révérende lui conseilla de ne pas trop le protéger sinon il ne pourrait jamais devenir assez fort pour accomplir son destin. Jessica voulut savoir si Arrakis était une planète vraiment affreuse et la révérende répondit que la Missionnaria Protectiva était passée par là et avait quelque peu amélioré les choses.

La révérende dite à Jessica qu'il y avait peu de chances pour que Paul soit la Totalité du Benne Gesserit et qu'il ne fallait pas trop espérer. La révérende demanda à Jessica d'aller chercher son fils car elle devait lui poser des questions. La révérende lui demanda de parler de ses rêves. Il se rappelait de tous ses rêves mais il prétendait que seuls certains en valaient la peine. Alors la révérende lui demanda qu'elle avait été son dernier rêve. Paul avait rêvé d'une caverne avec de l'eau. Il y avait une fille très maigre avec de grands yeux entièrement bleus sans le moindre blanc. Paul lui parlait de la révérende qu'il avait vue sur Caladan. Il disait à la fille la révérende était venue pour le marquer d'un sceau d'étrangeté. La révérende voulut savoir s'il faisait souvent des rêves prémonitoires et c'était le cas. Il savait que la fille de son rêve lui apparaîtrait dans le futur. Dans son rêve, la fille appelait Paul sous le nom de Usul. La fille lui demander de parler des eaux du monde dans lequel ils se trouvaient. Alors Paul lui récitait un poème. La révérende lui demanda quel était ce poème et Paul répondit que c'était une ballade de Gurney Halley pour les moments de tristesse. La révérende annonça à Paul qu'elle cherchait le Kwisatz Haderach. Le mal qui pourrait devenir véritablement l'un d'entre eux. La révérende et Jessica voyaient cette possibilité.

La révérende voyait en Paul des abîmes. Paul voulut partir mais elle lui demanda s'il n'avait pas d'information à entendre à propos du Kwisatz Haderach. Alors Paul répondit que la révérende avait dit que tous ceux qui avaient essayé étaient morts. La révérende voulut donner des indices. Elle dit à Paul que qui se soumettait dominait. Paul fut étonné car il connaissait déjà ce principe grâce à sa mère. Cette prétentieuse sorcière n'avait donc que des platitudes à lui débiter. Paul reprocha à la révérende de n'avoir rien dit qui puisse en aucune façon aider son père. La révérende semblait considérer le père de Paul comme déjà mort. La révérende confirma qu'il n'était plus possible de faire quelque chose pour le duc. Mais il était encore possible de sauver Paul. La révérende expliqua à Paul que quand il aurait admis que son père ne pouvait plus être sauvé, il aurait appris une leçon bene gesserit. Paul éprouva du ressentiment pour la révérende. La révérende se tourna vers Jessica. Elle lui dit qu'elle voyait les signes de la Manière chez Paul car Jessica l'avait éduqué avec cette méthode. Elle lui demanda de ne plus tenir compte de la progression régulière de l'éducation de son fils. Pour sa propre sécurité, Paul aurait besoin de la Voix. Jessica acquiesça. La révérende mère quitta la pièce sans un regard en arrière. Pourtant, Jessica avait eu le temps de surprendre des larmes sur les joues de la révérende.

Dans Histoire de Muad’ Dib enfant par la princesse Irulan, il est écrit que Muad’ Dib n'avait aucun compagnon de jeu de son âge sur Caladan. Il avait eu de merveilleux éducateurs comme Gurney Halleck, Thufir Hawat, le vieux Mentat qui suscitait la terreur dans le coeur de l'empereur lui-même. Il y avait aussi de Duncan Idaho, le maître d'armes et le docteur Wellington Yueh. Dame Jessica éduquait son fils dans la Manière Bene Gesserit.

Thufir Hawat se glissa dans la salle d'exercices et referma la porte à l'autre extrémité de la vaste pièce se trouvait Paul assis le dos à la porte, penché sur des papiers et des cartes étalées sur une vaste table. Hawat se demanda combien de fois faudra-t-il qu'il lui répète de ne jamais tourner le dos à une porte. Sans se retourner, Paul dit à son vieux maître qu'il savait qu'il ne devait pas tourner le dos à la porte. Il lui dit qu'il avait entendu traverser le rôle et ouvrir la porte mais son maître répondit qu'il était possible d'imiter les sons qu'il pouvait produire mais Paul savait reconnaître la différence. Hawat savait qu'il en était capable grâce à l'éducation de Jessica. Il s'assit en face de Paul, face à la porte. La plupart des objets avaient déjà été installés sur Arrakis. Pourtant, une table d'exercices subsistait encore, ainsi qu'un miroir d'escrime. Paul demanda à son maître à quoi il pensait. Hawat répondit qu'il songeait au départ et qu'il savait qu'il ne pourrait jamais revenir. Il trouvait cela triste d'être séparé de ses amis mais Arrakis n'était qu'une demeure de plus. Paul se doutait que le duc avait envoyé Hawat pour le sonder. Hawat lui affirma que le duc viendrait plus tard. Paul était en train d'étudier les tempêtes d'Arrakis. Hawat lui expliqua que les tempêtes d'Arrakis se développaient sur quelque six ou 7000 km de pleine en prenant appui sur tout ce qui recelait la moindre once d'énergie. Elles pouvaient atteindre 700 km/h et ronger la chair sur les os. La Guilde exigeait un prix exorbitant pour un satellite de contrôle et la Maison du duc n'était peut-être pas assez riche pour cela. Paul lui demanda s'il avait déjà vu des Fremen.

Hawat lui répondit qu'ils étaient difficiles à distinguer des gens des creux et des sillons. Les Fremen portaient tous des grandes robes flottantes et sentaient mauvais. C'était grâce à leurs vêtements qu’ils pouvaient récupérer l'eau de leur corps. Ils appelaient ça un distille. L'idée de ce peuple qui devait recycler l'eau de son propre corps emplissait Paul d'un sentiment de désespoir.

Hawat espérait réussir à convaincre Paul qu'Arrakis était un ennemi important et que ce serait de la folie de partir sans avoir cette idée en tête. Hawat expliqua à Paul qu'il apprendrait l'importance de l'eau quand il serait sur Arrakis. La révérende mère, elle aussi, avait parlé de la soif. Elle lui avait dit : « tu apprendras à connaître les plaines funèbres, les déserts absolument vides, les vastes étendues où rien ne vit à l'exception des verts de sable et de l'épice. ». La révérende avait dit à Paul qu'il y avait quatre choses pour supporter un monde : la connaissance du sage, la justice du grand, les prières du pieux et le courage du brave. Mais tout cela n'était rien sans celui qui gouverne et connaît l'art de gouverner. Elle voulait que cela soit la science de Paul. En face de son maître, Paul ressentait la morsure profonde de la peur. Il rencontra les sourcils froncés du Mentat qui lui demanda à quoi il était en train de songer. Il voulut savoir s'il avait rencontré la révérende mère. Paul acquiesça. Il raconta à son maître que la révérende l'avait mis en colère en lui disant qu'il devait apprendre à gouverner et que c'était une chose que n'avait fait aucun de ses ancêtres. Cela avait mis Paul en colère. La révérende avait prétendu que son père allait perdre la planète qu'il gouvernait. La révérende lui avait appris que le duc était déjà averti du danger qu'il encourait. Hawat le lui confirma alors Paul lui demanda pourquoi il avait accepté de partir. Son maître lui répondit que c'était un ordre de l'empereur. Paul apprit à son maître que la révérende lui avait dit qu'il devait désapprendre certaines choses. Elle avait aussi dit à Paul que celui qui gouverne doit apprendre à convaincre et non à obliger. Hawat comprit que la révérende avait effrayé Paul et se demanda pourquoi elle avait fait ça. Paul voulut savoir si Arrakis était une planète aussi mauvaise que la révérende le disait. Hawat répondit que les Fremen était un très grand peuple et détestait les Harkonnen. Mais il conseilla à Paul de ne souffler un mot de cela. Hawat conseilla à Paul de prendre soin de lui et de se retourner face à la porte pour en prendre l'habitude. Hawat partait pour Arrakis le jour même. Après le départ de son maître, Paul se retrouva face un vilain petit homme précédé d'une brassée d'armes diverses. C'était Gurney Halleck. Il laissa tomber le fagot d'armes sur la table d'exercices. C'était bien lui que Paul préférait entre tous les hommes de son père. Paul lui demanda où était Duncan Idaho. Gurney lui appris que celui-ci était parti à la tête de la seconde vague pour Arrakis. Paul proposa à Gurney de se battre.

Paul appuya sur le bouton d'activation du champ de force sur la ceinture et les sons, filtrés par le bouclier, lui parvinrent moins nettement. Mais il commit une étourderie et son maître le sermonna. Paul n'avait pas vraiment le coeur à se battre mais son maître le força à le faire. Paul se demanda si Gurney se battait si violemment parce qu'il était un traître. Le combat continua et l'air devint lourd à cause de l'odeur de l'ozone. Le combat s'arrêta par match nul. Hawat annonça à Paul que s'il s'était battu en dessous de ses capacités il lui aurait fait une bonne estafilade en guise de souvenir. Il ne voulait pas que son élève favori succombe devant la première canaille Harkonnen qu'il viendrait à rencontrer.

Ce n'était pas exactement un jeu. Hawat voulait faire comprendre à Paul que l'idée de coeur qui lui était venue était une fausseté.

Paul se sentit honteux d'avoir pu douter de Gurney. Gurney pensa qu'il était encore bientôt pour que Paul assume sa condition d'homme et qu'il se méfie de ses proches.

Gurney demanda à Paul de se battre contre un mannequin d'exercice. Pendant ce temps, Gurney pensa à sa jeune soeur qui était morte dans une maison de plaisir pour soldats Harkonnens. Puis il remarqua que Paul avait appris un style de combat qu'il ne lui connaissait pas.

Dans le dictionnaire de Muad’Dib, il est écrit que le docteur Wellington Yueh est surtout connu pour avoir trahi le duc Leto Atréides.

Paul entendit le docteur Yueh pénétrer dans la salle et noté la lenteur calculée de sa démarche. Il se sentait délicieusement épuisé après son combat contre Gurney.

Le front du docteur comportait le tatouage en diamant du conditionnement impérial. Le docteur annonça l'arrivée du duc. Le docteur avait préparé plusieurs leçons en prévision du voyage vers Arrakis. Paul se sentit soudain très excité à l'idée de la visite de son père. Le docteur pensa qu'il ne devait pas faillir car ce qu'il devait faire, il le ferait afin d'être sûr que sa Wanna n'aurait plus à souffrir des monstres d'Harkonnen. Paul demanda au docteur ce qu'il devrait apprendre. Le docteur lui répondit qu'il s'agissait de leçons sur Arrakis.

Paul voulut savoir s'il y a des leçons sur les Fremen. Le docteur répondit qu'il y avait deux groupes principaux sur Arrakis : les Fremen et le peuple des creux et des sillons. Mais des mélanges étaient possibles entre ces deux peuples. Le trait caractéristique des Fremen était leurs yeux qui étaient bleus sans le moindre blanc. Cela tenait au Mélange dont leur sang était saturé. Les femmes Fremen étaient aussi redoutables que les hommes. Même leurs enfants étaient dangereux. Paul pensait que ce serait de bons alliés. Il voulait en savoir plus à propos des vers de sable. Yueh lui apprit qu'il existait des vers de sable dépassant 400 m. La ceinture désertique et les régions avoisinant le pôle boréal d'Arrakis étaient inhabitables à cause des vers de sable et à cause des tempêtes. Yueh offrit à Paul un objet noir rectangulaire. Paul le regarda sans esquisser un geste. Yueh se rendit compte de sa méfiance. C'était une très vieille Bible Catholique Orange à l'usage des voyageurs de l'espace. Elle était de la taille de l'extrémité du pouce. Il y avait 1800 pages. Yueh avait l'impression de sauver sa propre conscience en offrant à Paul le secours de la religion avant de le trahir. Il demanda à Paul de garder le secret sur ce cadeau. Il avait peur que Jessica s'interroge sur ses motifs. Yueh demanda à Paul d'ouvrir le livre à la Kalima 467 qui était son passage préféré. Mais Paul appuya sur la moins profonde des deux entailles qui avaient été faites sur le livre et le passage préféré de Wanna. Le docteur lui ordonna d'arrêter il lui expliqua le motif de son émotion. Paul se dit que ce livre possédait un mystère car quelque chose s'était produit tandis qu'il lisait. Quelque chose qui avait éveillé cette idée d'un but terrible.

Paul remercia le docteur et lui dit que si une saveur pouvait lui faire plaisir il ne fallait pas hésiter à lui demander. À ce moment-là, le docteur se demanda pourquoi les Harkonnen l'avait choisi, lui, pour cette abomination.

Dans le livre Muad’Dib, commentaires de famille par la princesse Irulan, il est écrit que le duc Leto alliait une insurpassable bonté à une surprenante froideur. C'était un personnage solitaire en proie au destin et dont le rayonnement fut estompé par la gloire de son fils.

Paul observa son père tandis qu'il faisait son entrée dans la salle d'entraînement. Paul perçut la présence de son père, une présence totale. Le duc était de haute taille et sa peau avait un teint olivâtre. Les angles durs de son visage n'étaient adoucis que par le regard profond de ses yeux gris. Il était épuisé. Il voulait se reposer avant de partir sur Arrakis. Paul se rappela que la révérende mère avait dit qu'il n'y avait plus rien à faire pour le duc. Paul lui demanda si Arrakis était aussi dangereux que chacun ne disait et son père reconnu qu'il y aurait des dangers. Paul avait envie de prévenir son père mais il se rendit compte que la révérende avait réussi à sceller sa langue. Le duc révéla à son fils que le Combinat des Honnêtes Ober Marchands pourraient être dirigés en partie par les Atréides. L'empereur été obligé d'accorder ce droit en donnant aux Atréides Arrakis.

C'était le CHOM qui contrôlait l'épice. Paul réussit à demander à son père si la révérende mère l'avait averti. Pour poser une telle question, il avait accompli un terrible effort. Le duc répondit à son fils qu'il ne devait jamais laisser les craintes d'une femme obscurcir son esprit. Pour le duc, il n'y avait pas de femmes capables d'accepter d'indiquer l'existence de ceux qu'elle aimait. Le duc pensait que Jessica était derrière les avertissements de la révérende mère. Paul devait y voir une preuve d'amour. Le duc apprit à son fils qu'il y avait peu de biens qui échappaient au CHOM. Le bois, les chevaux, les mulets, le bétail, l'engrais, les peaux de baleines, les requins…

Mais tout cela n'était rien à côté du Mélange qu'on ne pouvait produire qu'après l'avoir extrait du sol d'Arrakis. Il était unique en son genre et ses propriétés gériatriques étaient reconnues.

Jusqu'à un certain degré, c'était désormais les Atréides qui le possédaient. Le duc expliqua à son fils que la plus grande part des profits provenait du Mélange et il fallait songer à ce qui se passerait si quelque événement venait à en ralentir l'extraction. Quiconque aurait entassé le Mélange dans ses greniers pourrait faire un malheur. Les Harkonnen n'avaient cessé de stocker pendant plus de 20 années. Paul comprit que les Harkonnen souhaitaient voir décroître la production du Mélange pour que le duc en soit rendu responsable. Le duc dit que les Harkonnen souhaitaenit que les Atréides deviennent impopulaires car toutes les Maisons du Landsraad considéraient le duc comme leur porte-parole officieux. En cas de pénurie du Mélange, les maisons du Landsraad se tourneraient vers l'autre bord.

Mais pour le duc savoir que le piège existait revenait à faire le premier pas pour lui échapper. Pour connaître la liste de leurs ennemis, les Atréides devaient se demander qui stockait le Mélange à part les Harkonnen. Paul pensait qu'il fallait avertir le Landsraad mais le duc lui expliqua que ce serait gagner un peu de temps tout en risquant le chaos. Le duc avait deviné que les Sardaukars pourraient attaquer déguisés en hommes d'Harkonnen. Paul voulut savoir comment les Fremen pourraient les aider contre les Sardaukars. Le duc évoqua la planète prison de l'empereur Salusa Secundus considérée comme un monde infernal. Le duc pensait qu'Arrakis était un monde aussi terrible que Salusa Secundus à l'exception des cités et des villages de garnison. Paul comprit que les Fremen pouvaient être une force potentielle aussi importante et dangereuse que les Sardaukars.

Mais il faudrait de la patience pour les former en secret et beaucoup d'argent pour les équiper de façon efficace. Paul demanda si les Harkonnen connaissaient les Fremen et son père répondit qu'ils les détestaient.

Dès maintenant, les Atréides devaient négocier avec les Fremen. Le duc avait envoyé une mission conduite par Duncan Idaho car c'était quelqu'un d'orgueilleux mais qui aimait la vérité et le duc pensait que les Fremen pourraient avoir de l'admiration pour lui. Gurney avait inventé l'excellence de Paul au combat devant le duc. Le duc expliqua son fils qu'ils allaient faire le voyage à bord d'un long courrier. Paul envisageait de ne pas quitter les écrans pour tenter d'apercevoir un  Guildien durant le voyage. Le duc conseilla à son fils de ne rien faire qui pourrait compromettre leurs privilèges. Jessica avait demandé à son mari de révéler à son fils qu'il pouvait avoir des pouvoirs de Mentat. Hawat le pensait aussi. Le duc dit à son fils qu'il devait à présent choisir de poursuivre son éducation ou d'abandonner. Le duc pensait que son fils serait un jour un duc mentat et qu'il serait assurément un être redoutable. Sans hésiter, Paul annonça qu'il poursuivrait son éducation. Le duc sourit avec orgueil et ce sourire bouleversa Paul. Ce sourire dessinait sur le visage du duc les traits d'un mort. Paul pensait que devenir un Mentat pouvait être un but terrible.

Dans La Crise arrakeen : analyse par la princesse Irualan, il est écrit que le procédé bene gesserit d'implantation de légendes par la Missionaria Protectiva porta pleinement ses fruits lorsque Jessica fut sur Arrakis. L'ensemencement de l'univers par un thème prophétique destiné à protéger les Bene Gesserit constitue un système dont on a depuis longtemps apprécié l'ingéniosité. Les pouvoirs latents de Jessica furent gravement sous-estimés.

Jessica était dans le camp rôle d'Arrakeen au milieu de ses malles de ses cartons entassés dans les coins de la vaste salle. Aux jours lointains du vieil empire, cette résidence avait été celle du gouvernement. C'était bien avant la venue des Harkonnen. Le duc Leto avait fait preuve de sagesse en choisissant cette demeure. La cité était petite et facile à défendre. Le duc la rejoignit. Il était devenu si sauvage et si déterminé depuis qu'il avait décidé d'obéir à l'empereur que Jessica eut peur de lui. Le duc trouvait que sa femme avait apporté à la lignée des Atréides une réelle beauté et il était heureux que Paul en eût bénéficié.

Le duc était venu pour approcher la clé de Castel dans le hall. Il annonça qu'il avait l'intention d'accrocher le portrait de son père dans la salle à manger et que Jessica ne pourrait pas s'y opposer. Il avait engagé des servantes locales Fremen. La gouvernante s'appelait Shadout Mapes. En langage Fremen cela signifiait « qui creuse les puits ». Et elle avait l'intention de servir Jessica particulièrement. Les Fremen avaient appris que Jessica était Bene Gesserit et des légendes couraient à propos des Bene Geserit sur Arrakis. Jessica pensa à la Missionaria Protectiva. Selon Duncan, les Fremen souhaitaient pouvoir observer les Atréides pendant quelque temps. Cependant, ils avaient promis d'observer une trêve. Jessica pensait que c'était un jeu dangereux puis elle se calma avec l'exercice de retour au calme. Le duc aurait souhaité qu'elle lui apprenne à repousser les soucis.

Le duc annonça à Jessica qu'Arrakis était complètement infestée par les intrigues des Harkonnen. Il rejoignit l'aire de débarquement pour tenter de retenir certains des chasseurs d'épice. Près de 800 spécialistes s'apprêtaient à embarquer dans la navette de l'épice et un cargo de la Guilde les attendait. L'empereur leur avait laissé le choix de partir ou de rester sur Arrakis. Il désirait que Paul assiste à la conférence stratégique. Jessica regarda le portrait du père du duc en le maudissant. Shadout Mapes se présenta Jessica avait envie de poser des questions à cette Fremen mais il était plus urgent de ramener l'ordre dans le château. Jessica dit à Shadout elle connaissait son langage et savait ce qui signifiait son nom. Shadout n'en fut pas surprise car c'était exactement ce que disait la légende. Jessica prononça quelques mots dans la langue de sa servante et celle-ci fit un pas en arrière comme si elle se préparait à fuir. Jessica connaissait le passé de sa servante grâce à son pouvoir de bene gesserit. Jessica savait que Shadout était venue dans un but de violence avec une arme dans son corsage. Elle menaça Shadout car si celle-ci tentait de la tuer cela amènerait encore plus de malheur pour son peuple. Mais Shadout lui expliqua que l'arme qu'elle portait était un présent au cas où Jessica s'était révélée être la femme de la légende. Et Jessica compris que l'arme aurait pu être également l'instrument de sa mort si elle n'avait pas été la femme de la légende. Elle attendit dans le calme apparent qui faisait des Bene Gesserit de terrifiants adversaires dans le combat. Alors Shadout et l'arme de son fourreau. Jessica reconnut le fabuleux krys d'Arrakis que nul n'avait jamais vu en dehors de ce monde et que l'on ne connaissait guère que par de vagues rumeurs. Jessica comprit ce que désirait sa servante. Elle voulait savoir si Jessica connaissait l'origine de cette arme. Le couteau était dénommé Shadout en langage chakobsa ce qui signifiait faiseur de mort. Le mot-clé était donc Faiseur. Quand elle le prononça, la servante s'est mise à trembler. La prophétie venait d'être révélée et c'était un choc pour Mapes. Jessica comprit qu'une Bene Gesserit de la Missionaria Protectiva était venu il y a bien des siècles pour diffuser les légendes protectrices qui étaient fermement implantées chez les Fremen dans l'attente du jour ou une autre Bene Gesserit en aurait besoin. Et ce jour était venu.

Mapes offrit le couteau à Jessica en lui conseillant de le garder sur elle car si la lame venait à être éloignée de la chair pendant plus d'une semaine, elle commencerait à se désintégrer. C'était une dent de shai-hulud.

Jessica lui répondit qu'elle avait remis cette lame dans son étui sans qu'elle soit marquée par le sang alors Mapes ressortit le couteau, le posa dans la main de Jessica et déchira son corsage en implorant Jessica de prendre l'eau de sa vie. Jessica traça une infime égratignure dans le sein gauche de Mapes. Elle remarqua que le sang coagulait rapidement. Ce devait être une mutation pour la préservation de l'humidité. Jessica remit le couteau dans son étui et ordonna à Mapes deux soeurs boutonnées. Mapes était convaincue que Jessica était la femme de la prophétie. Elle glissa larme dans le corsage de Jessica en lui disant que celui qui voyait cette lame devait être purifié ou tué. Mapes lui dit qu'elle possédait le krys désormais.

Jessica savait que la Missionaria Protectiva avait insufflé dans l'esprit des Fremen la venue d'une révérende mère. Jessica se dit qu'elle n'en était pas une et que ce monde devait être atroce pour qu'une telle prophétie ait pu être implantée ici. Jessica ordonna à Mapes d'accrocher le portrait du vieux duc dans la salle à manger et la tête de taureau sur la paroi opposée.

Jessica comprit à quel point l'eau était importante sur Arrakis car Mapes appelait le sang l'eau du corps.

Dans son corsage, Jessica ressentait le contact froid de l’arme et elle songea à la longue chaîne d'intrigues bene gesserit qui avait conduit à forger ce nouveau maillon, sur ce monde. Jessica sentait quelque chose de menaçant dans cette demeure. Soudain, l'eu envie de voir son fils. Alors elle partit. Pendant ce temps, Mapes se dit que Jessica était bien la femme de la prophétie et elle pensa : « la pauvre ».

Dans Histoire de Muad’Dib, il est écrit qu'un million de morts, ce n'était pas assez pour Yueh.

Jessica alla voir le docteur Yueh. Elle lui demanda où se trouvait Paul. Il répondit que son fils était fatigué et qu'il l'avait envoyé se reposer dans la chambre voisine. Intentionnellement, il l'avait appelée par son prénom pour que Jessica croit que toute attitude étrange de sa part pouvait s'expliquer par son embarras. Il prétendit être inquiet à son sujet. Il avait compris que Jessica ne possédait pas tout le Dire de Vérité au contraire de sa Wanna. Pourtant, chaque fois que cela lui était possible, il disait la vérité à Jessica car c'était plus sûr. Le docteur était à la fenêtre et regardait les gens au-dehors. Jessica se demandait pourquoi ce spectacle absorbait à ce point le docteur. Les gens regardaient les palmiers et Jessica décelait de l'envie sur leurs visages et même de la haine. Le docteur expliqua à Jessica que ces arbres étaient des dattiers.

Chacun de ces arbres demandait une quarantaine de litres d'eau chaque jour. Ainsi, chacun de ces palmiers équivalait à cinq hommes.

Jessica expliqua au docteur que l'épice pourrait les rendre riches et ils pourraient ainsi façonner ce monde selon leur désir. Le docteur s'inquiétait pour Jessica mais il devait affronter le baron Harkonnen lorsque son forfait serait accompli. Jessica alla voir son fils qui dormait. Elle sentait que l'homme mûr transparaissait sous l'enfant.

Le docteur se demandait pourquoi Wanna n'avait pas voulu d'enfants et pour la première fois il pensa qu'il pouvait faire partie d'un plan plus vaste et plus complexe que son esprit ne pouvait le concevoir. Jessica demanda au docteur pourquoi Arrakis manquait d'eau il répondit que c'était le mystère de la planète. Pourtant, Jessica savait que la roche était volcanique et il était impossible de forer  dans le désert à cause des tempêtes et des vers. Jessica croyait que quelque chose absorbait l'eau. Elle pensait que les Harkonnen cachaient quelque chose. Jessica sentit que le docteur avait de la haine pour les Harkonnen encore plus que son mari.

Alors le docteur avoua que sa femme avait été enlevée par les Harkonnen. Alors elle ressentit une affection profonde pour cet homme. Elle regretta de l'avoir emmené dans des lieux aussi dangereux. Mais il était venu de son plein gré tout en sachant qu'Arrakis était un piège des Harkonnen.

Jessica se disait qu'elle devait avoir plus confiance en lui car c'était un brillant tacticien. Les combats sur Arrakis n'avaient cessé que lorsque les gens avaient vu que le duc Leto faisait installer de nouveaux condenseurs et des pièges à vent pour absorber l'eau. Jessica était troublée par l'omniprésence des écrans et des gardes sur la planète. Alors le docteur lui demanda de laisser une chance à Arrakis. Mais elle sentait la mort en ces lieux. Il y avait eu des prélèvements importants et inexpliqués dans le trésor. Cela signifiait qu'il y avait de la corruption aux échelons élevés. Elle prédit que bientôt le sang serait répandu. Les Harkonnen n'auraient pas de repos jusqu'à ce que son mari soit trouvé mort. Le baron savait qu'un Atréides avait fait bannir un Harkonnen pour couardise après la bataille de Corrin.

Le docteur demanda à Jessica si elle se souvenait du goût de l'épice, la première fois. Elle répondit que c'était comme de la cannelle. Jessica pensait qu'il aurait été plus sage pour eux de devenir des renégats et de fuir loin de l'empire. Le docteur lui demanda pourquoi elle n'avait pas épousé le duc. Elle répondit que tant que le duc restait célibataire, certaines grandes Maisons pouvaient encore espérer une alliance. Jamais encore le docteur n'avait été aussi près de parler et de révéler son rôle clandestin.

Jessica pensait qu'il y avait deux hommes dans le duc. Il en avait un qu'elle aimait et l'autre qu'elle trouvait froid, dur, égoïste, exigeant et cruel. Cette partie du duc avait été façonnée par son père. Jessica s'en alla. Le docteur aurait voulu qu'il existe un moyen de ne pas accomplir sa tâche. Jessica avait senti que pendant toute leur conversation le docteur n'avait cessé de cacher quelque chose.

Dans l'Humanité de Muad’Dib, il est écrit que Muad’Dib avait appris rapidement les nécessités d'Arrakis parce que la première leçon de son enseignement était la certitude qu'il pouvait apprendre. Muad’Dib savait que chaque expérience porte en elle sa leçon.

Dans son lit, Paul faisait semblant de dormir. Il avait écouté sa mère et le docteur qui parlait dans la pièce voisine. Il entendit sa mère s'en aller. Il savait que le docteur ne quitterait pas la pièce. Paul quitta son lit. Il y eut un bruit derrière lui et il s'arrêta. De la tête du lit surgi un tueur-chercheur. C'était un instrument de mort que tout enfant de sang royal apprenait à connaître dès son plus jeune âge. Une dangereuse aiguille métal guidée à distance qui se fichait dans la chair vivante et remontait ensuite le réseau nerveux jusqu'au plus proche organe vital. Paul comprit qu'il ne lui restait que son habileté pour affronter cette menace. Le tueur-chercheur continuait d’osciller dans la trame d'ombre et de clarté des stores. Paul se demanda qui dirigeait le tueur-chercheur. Il ne pouvait pas appeler le docteur car sinon celui-ci serait tué dès qu'il aurait ouvert la porte. La porte du hall fit entendre un craquement. Paul en profita pour saisir le mortel engin. Il frappa le métal de la porte avec la pointe du tueur. Il leva les yeux et rencontra le regard bleu, impavide, de la Shadout Mapes. Elle avait été envoyée par le duc. Quant elle dit ce que Paul tenait dans sa main, elle dit que l'engin aurait pu la tuer et Paul lui apprit que c'était lui la cible. Néanmoins, Paul avait sauvé la vie de la servante. Il lui demanda son nom. Les hommes d'Hawat l'attendaient dans le hall. Mais Paul voulait savoir qui était l'opérateur du tueur-chercheur. Il demanda à la servante de rejoindre les hommes d'Hawat et de leur expliquer la situation. Mapes savait qu'un traître existait parmi les Atréides et qu'il était à l'origine du tueur-chercheur. Paul prit sa ceinture-bouclier et descendit vers le hall.

Dans Muad’Dib, commentaires de famille par la princesse Irulan, il est écrit que dame Jessica avait dû subir un procès. Un commentaire bene gesserit illustrait cet événement : « chaque route que l'on suit exactement jusqu'au bout ne conduit exactement à rien. Escaladez la montagne pour voir si c'est bien une montagne. Quand vous serez au sommet de la montagne, vous ne pourrez plus voir la montagne ».

Des hommes étaient arrivés dans le grand hall. Ils disaient avoir été envoyés par le duc pour escorter Paul. Jessica dit à Mapes que Paul dormait et qu'elle devrait le réveiller. Jessica inspecta une petite pièce avec une porte ovale. Sur le sol, il y avait une cale qui portait la marque personnelle d'Hawat. La pièce était un sas. Sur le volant d'ouverture du sas, Jessica lut une inscription en galach : « Ô homme ! Voici une adorable part de la Création de Dieu. Alors, regarde et apprend à aimer la perfection de ton suprême ami. »

Jessica ouvrit la porte. C'était une serre humide. Il y avait des plantes et des arbustes. C'étaient des plantes exotiques. Il y avait de l'eau dans toutes ces pièces. Jessica découvrit un bloc-notes avec un mot qui avait été laissé. Le mot se terminait par la phrase que toute Bene Geserit devait transmettre à une autre Bene Gesserit : « Là réside le danger ». Le mot avait été écrit par Margot Dame Fering. Jessica pensait que Hawat avait dû sonder la pièce et avait déplacé le bloc-notes pour l'examiner. Sur le bord de la feuille, Jessica découvrit un message caché. Il était écrit que Paul et le duc couraient un danger immédiat. Une chambre avait été aménagée pour attirer Paul. Les Harkonnen avaient pourvu cette pièce de pièges mortels destinés à être découverts afin qu'un seul échappe aux recherches. La menace avait trait à un lit. Le duc était menacé par la trahison d'un compagnon qui avait sa confiance. Les Harkonnen avaient fait le projet d'offrir aux Atréides un de leur mignons. Jessica voulut courir voir son fils mais dans le même instant Paul entra dans la pièce. Il lui montra le tueur-chercheur qu'il avait attrapé. Jessica lui conseilla d'immerger le mortel engin. Il obéit.

Paul observa la pièce avec une acuité de Bene Gesserit. Jessica lui assura que la pièce était sûre. Elle ne pensait pas que c'était Hawat qui avait dirigé le tueur-chercheur. Les hommes d'Hawat inspectaient la demeure. Elle lui montra le bloc et lui rapporta le message. Paul était convaincu que cela venait des Harkonnen. On frappa à la porte du sas selon le code des hommes d'Hawat. L'homme qui dirigeait le tueur-chercheur avait été retrouvé. Jessica voulut assister à son interrogatoire. Mais l'homme avait été tué. Paul demanda si c'était un natif d'Arrakeen. L'homme de Hawat pensait qu'il en avait l'aspect. Il devait attendre l'arrivée des Atréides depuis plus d'un mois en restant caché dans la cave. Paul demanda à l'homme de prévenir son père qu'il serait en retard. Jessica rassura son fils en disant qu'elle avait inspecté toute la demeure à l'exception de l'aile dans laquelle il se trouvait parce que Hawat s'en était personnellement occupé. Paul trouvait que Hawat se faisait vieux et avait trop de travail. Et Jessica était persuadée que quand Hawat apprendrait ce qui venait d'arriver il serait encore plus vigilant. Hawat avait servi trois générations d'Atréide avec bonheur. Jessica pensait qu'il méritait tout leur respect. Paul rapporta la conversation qu'il avait eue avec Mapes. Jessica songea aux messages sur la feuille. Elle traduisit le message à Paul. Paul voulait avertir son père immédiatement mais Jessica lui conseilla d'attendre jusqu'à ce qu'ils soient tous les trois seuls. Jessica voulait être sûre que le message n'avait pas été transmis pour jeter la méfiance et le soupçon dans les rangs Atréides. Elle demanda à son fils de voir le duc en privé pour le mettre en garde contre cette hypothèse. Paul se demanda si le traître n'était pas Yueh. En regardant le ciel, Jessica aperçut une étoile. C'était un signal. Elle essaya aussitôt de le déchiffrer mais il était émis dans un code qui lui était inconnu. Un pressentiment envahi Jessica. Elle se demandait pourquoi quelqu'un employait des signaux lumineux alors qu'il existait un réseau de communication. Toute communication pouvait être interceptée par les agents du duc. Ces signaux lumineux ne pouvaient avoir été émis que par des ennemis, des agents Harkonnen. L'homme de Hawat revint pour annoncer qu'il était temps de conduire Paul auprès de son père.

Dans Muad’Dib, commentaires de famille, il est écrit que le duc Leto avait peut-être choisi de se sacrifier délibérément pour assurer une existence meilleure à son fils car il n'était pas homme à se laisser abuser si facilement par les périls d'Arrakis.

Le duc était appuyé à un parapet dans la tour de contrôle du terrain de débarquement. Il était furieux car il avait appris que quelqu'un avait tenté de tuer son fils.

Une note avait été diffusée à l'ensemble de la population pour annoncer que l'empereur avait chargé le duc de prendre possession d'Arrakis. Le duc savait que personne ne se laisserait abuser par cette pompeuse déclaration. Le duc songea que son rêve le plus cher était de mettre fin à toute distinction de classe et d'en finir avec cet ordre maudit. Il pensait qu'il ne verrait jamais Caladan, sa planète d'origine. Il ne revenait pas à considérer Arrakis comme sa demeure. Mais il devait cacher ses sentiments à Paul car il voulait que son fils considère cette planète comme la sienne. Le duc pensait que les Fremen pourraient assurer l'avenir de la lignée des Atréides. Une navette arrivait. Le duc se rendit à la salle de rassemblement. Gurney Halleck vint à sa rencontre. Le duc l'emmena dans une alcôve pour discuter tranquillement avec lui. Il lui demanda combien d'hommes il pouvait fournir à Hawat. Gurney répondit 300. Le duc voulait convaincre les chasseurs d'épice de l'ancien régime de s'engager à son service. Ces hommes possédaient le métier et l'expérience dont le duc avait besoin. Il pensait que si ces hommes avaient choisi de partir c'est qu'ils n'étaient pas liés aux machinations des Harkonnen. Gurney devrait leur proposer 20 % de plus que ce qu'ils gagnaient au temps des Harkonnen. Mais Gurney estimait que ce ne serait pas assez alors le duc lui laissa toute liberté. Puis le duc livra un message à l'homme de la propagande pour qu'il soit transmis immédiatement.

Dans le manuel de Muad’ Dib, il est écrit que Muad’ Dib découvrit une inscription à proximité de l'entrée du terrain d'Arrakeen dès sa première nuit sur la planète Arrakis. C'était une supplique adressée à ceux qui quittaient Arrakis : «Ô toi qui sais ce que nous endurons ici, ne nous oublie pas dans tes prières ».

Le duc était avec Paul dans la salle de conférences du terrain de débarquement. Paul venait de rapporter à son père l'agression du tueur-chercheur. Il lui avait dit aussi qu'un traître les menaçait. Le duc était furieux après Hawat mais Paul défendit son maître. Paul savait que son maître se punirait lui-même. La porte à laquelle le duc faisait face fut ouverte avec violence. Hawat surgit. Il semblait plus usé que jamais. Il se mit aux gardes-à-vous devant le duc.

Il voulut présenter sa démission mais le duc la refusa. Le duc ordonna à Hawat de faire venir ses hommes. Tous prirent place autour de la table. Hawat fit un rapport qui concluait à la nécessité de considérer les Fremen comme des alliés. Les Fremen avaient envoyé un cadeau aux Atréides : des distilles ainsi que des cartes de certaines régions du désert proches des points d'appui Harkonnen. Paul demanda à Hawat s'il connaissait le nombre des Fremen. Hawat pensait qu'ils étaient plusieurs dizaines de milliers. Les Fremen semblaient obéir à un certain Liet qui pouvait être une divinité locale.

Le duc s'inquiétait de l'activité des contrebandiers qui avait redoublé. Des frégates échappaient complètement à leur contrôle. Il ordonna à Gurney de prendre la tête d'une délégation pour entrer en contact avec les commerçants. Les commerçants devraient verser la dîme ducale s'ils ne voulaient pas que l'on se préoccupe de leurs activités. Les commerçants avaient employé des mercenaires et des spadassins pour leurs opérations et cela leur avait coûté quatre fois plus que de payer la dîme. Pour rassurer l'empereur, le duc verseur l'intégralité de la dîme au profit de l'empire. Hawat avait réussi à se procurer les livres de comptes des commerçants. Il avait pu constater que les Harkonnen réalisaient un bénéfice de 10 milliards de solaris. Le duc fit remarquer à ses hommes que les Harkonnen n'avaient pas sagement vidé les lieux simplement parce que l'empereur le leur avait ordonné. Le duc voulut savoir combien de chenilles de sable, de moissonneuses et de matériel d'appoint les Harkonnen avaient laissé. Hawat répondit qu'ils avaient laissé la totalité de l'équipement.

Mais tout le matériel qui avait été laissé était prêt à s'effondrer. Hawat précisa qu'environ 930 usines-moissonneuses pourraient sortir d'ici quelques jours. 6250 ornithoptères de surveillance, d'exploration et d'observation pourraenit également servir. Le duc affirma que la plupart des Maisons s'étaient enrichies en prenant un minimum de risques. On ne pouvait que les mépriser. Hawat projeta une image en trois dimensions montrant une usine-moissonneuse. Paul demanda à Thufir s'il existait des vers de sable assez énormes pour avaler cette machine. Hawat le lui confirma. Paul voulut savoir pourquoi on n'utilisait pas les boucliers. Hawat répondit que cela serait dangereux dans le désert. Cela pourrait attirer les vers de sable. Pourtant les Harkonnen avaient largement employé les boucliers. Paul demanda si les Fremen ne pouvaient pas détenir un moyen d'annuler les boucliers. Hawat répondit qu'en théorie c'était possible. Le duc ordonna à Hawat d'accorder la priorité absolue à la solution de ce problème.

Hawat projeta l'image d'un portant qui servait à déposer les usines dans les sables riches en épice et de les reprendre lorsqu'apparaissait un ver des sables. Ensuite Hawat projeta l'image d'un ornithoptère. Il expliqua que la plupart de ces appareils ne disposaient pas de boucliers pour pouvoir augmenter le rayon d'action. Cela ne plaisait pas au duc. Il se demanda si ce n'était pas le secret des Harkonnen : ne pas leur laisser la possibilité de fuir à bord des frégates à boucliers si tout venait à se retourner contre eux. Hawat expliqua que sous les Harkonnen les salaires et les frais d'entretien ne dépassaient pas 14 %,. Avec de la chance, les Atréides pourraient les limiter à 30 % durant les premiers temps. Mais la marge de bénéfice devrait se trouver réduite à 6 ou 7 % jusqu'à ce que le matériel hors d'état ait été remplacé. Hawat annonça qu'ils devraient se contenter de bénéfices moindres et de récoltes mineures.

La production des deux premières saisons ne devrait pas atteindre le tiers de la moyenne Harkonnen. Le duc annonça qu'il souhaitait disposer de cinq bataillons complets de troupes Fremen avant la première réunion avec le CHOM.

Le duc de disposer guère de temps car il savait qu'a première occasion, les Harkonnen débarqueraient accompagnés par des Sardaukars portant la livrée des Harkonnen. Paul songea que tant de choses dépendaient d'Hawat. Le duc demanda à Hawat dans quelles conditions se présentait le dispositif Harkonnen. Hawat répondit qu'il ne subsistait pas plus de trois cellules Harkonnen, en toute une centaine de personnes.

Les hommes qui avaient été éliminés faisaient tous partie de la classe des entrepreneurs. Le duc demanda à Hawat de faire fabriquer des certificats d'allégeance comportant chacun la signature des hommes qui avaient été éliminés pour les remettre à l'Arbitre du Changement. Ainsi ils pourraient prouver que ces hommes se trouvaient sur Arrakis sous une fausse allégeance.

Paul pensait que ce stratagème était une faute. Le duc demanda à Gurney combien de Fremen il avait réussi à persuader de rester. Gurney avait réussi à en convaincre 286. Duncan surgit entre les gardes et parcourut toute la longueur de la table pour se pencher auprès du duc. Il annonça quelque chose que le duc lui demanda de répéter à tout le monde. Duncan avait surpris un parti de mercenaires Harkonnen déguisés en Fremen. C'étaient les Fremen eux-mêmes qui avaient dépêché un courrier pour les avertir. Le courrier avait été blessé par les Harkonnen puis il était mort de ses blessures. Duncan avait trouvé un krys sur lui et voulut le montrer à l'assemblée mais quelqu'un lui ordonna de laisser le couteau dans son fourreau. C'était Stilgar, le chef du sietch que Duncan avait visité. Le duc demanda à Stilgar pourquoi le krys ne devait pas être sorti de son fourreau. Il répondit que c'était une question de confiance. Le couteau ne pouvait être souillé car c'était une lame honorable. Le duc demanda à voir la lame et Stilgar accepta. Paul comprit que c'était un chef Fremen. Stilgar expliqua qu'une certaine responsabilité incombait à celui qui pouvait voir un krys. Le duc répondit qu'il respectait la dignité de tout homme qui respectait la sienne. Il reconnaissait la dette qu'il avait envers les Fremen. Alors il ordonnerait lui-même que ce couteau resterait dans son fourreau. Stilgar cracha sur la table. Les hommes du duc furent choqués mais c'était une tradition et Duncan cracha lui aussi sur la table devant le duc. Cela signifiait qu'un Fremen faisait le présent de l'humidité de son corps. Stilgar demanda à Duncan de se mettre à son service. Duncan en demanda l'autorisation au duc. Le duc lui laissa prendre sa propre décision. Alors Duncan accepta la double allégeance. Stilgar lui offrit le krys comme signe de son allégeance envers les Fremen. Il y avait eu un précédent à cela : Liet avait servi deux maîtres.

Le duc pensa que si les autres Fremen ressemblaient à Stilgar leur accord serait bénéfique.

Duncan comprit qu'il venait de devenir ambassadeur auprès des Fremen. Duncan apprit au duc que l'un des mercenaires qu'il avait abattu avait essayé de prendre le krys au Fremen qui avait été tué. Les Harkonnen offraient 1 million de solaris au premier homme qui leur rapporterait un krys. Le couteau était fait dans une dent de faire des sables et avec ce couteau un homme aux yeux bleus pouvait pénétrer dans n'importe quel sietch.

Hawat annonça au duc que les Fremen avaient connaissance de 200 bases avancées qui avaient été construites sur Arrakis durant la période où la planète constituait une station expérimentale de botanique du désert. Le duc voulait ces bases car elles étaient pleines de matériaux. Le duc pensait que l'arbitre du changement, l'écologiste impériale, Kynes devait savoir où se trouvaient ces bases. Mais Hawat affirma que ces bases avaient une signification profonde pour les Fremen. S'en emparer pouvait signifier s'aliéner les Fremen. Alors le duc lui demanda d'agir en douceur simplement pour savoir si ces bases existaient. Le duc ordonna à Gurney de s'occuper d'abord de la question des contrebandiers. Puis il ordonna à Hawat d'établir un poste de commandement pour les communications et les renseignements à cet étage. L'assemblée se termina dans la confusion et pour la première fois Paul se permit de songer à la possibilité d'une défaite. Il se sentit que son père était désespéré. Le duc ordonna à son fils de rester ici. Paul repensa à l'avertissement de la révérende mère au sujet de son père.

Dans le manuel de Muad’Dib, il est écrit que le premier jour où il parcourut les rues d'Arrakeen avec sa famille, il se trouva certaines gens au long du chemin pour se souvenir des légendes et des prophéties et se risquer à crier « Madhi ! ». Ils espéraient qu'il était bien celui annoncé comme le Lisan al-Gaib. L'attention de ces gens était également fixée sur la mère car ils avaient entendu dire qu'elle était Bene Gesserit.

Le duc fut conduit jusqu'à la chambre d'Hawat. Le duc lui dit qu'il songeait au stock d'épice de l'empereur et des Harkonnen. L'empereur lui-même se réjouirait secrètement de voir les Harkonnen dans l'embarras. Alors il ordonna à Hawat de prendre quelques hommes pour un arrêt de sur Giedi Prime pour faire diversion. Puis le duc évoqua le sujet du traître. Il lui répéta ce que lui avait dit Paul. Le duc avait deviné qu'Hawat lui cachait quelque chose. Alors Hawat lui parla d'un fragment de note qui avait été pris un courrier Harkonnen. Cette note avait été adressée à un agent du nom de Pardee. Hawat pensait que cet homme était à la tête du dispositif Harkonnen. Le fragment indiquait : « et on ne soupçonnera jamais et quand le coup lui sera porté par une main aimée, son origine même suffira à le détruire ». Le duc avait deviné qu'Hawat soupçonnait Jessica d'être la traîtresse. Mais le duc ne pouvait pas y croire car elle était avec lui depuis 16 ans. Elle avait eu d'innombrables occasions pour le trahir. Hawat avait lui-même enquêté à l'Ecole. Mais Hawat reconnut que certaines choses pouvaient lui échapper. Le duc refusait d'y croire car une femme ne pouvait conspirer contre son propre fils. Hawat répondit que Jessica était censée tout ignorer de son ascendance mais si jamais elle connaissait peut-être qu'elle avait appris être orpheline à cause des Atréides. Mais le duc répondit qu'à ce moment-là Jessica aurait glissé du poison dans son verre. Il demanda à Hawat ce qu'il suggérait. Hawat répondit qu'il fallait surveiller constamment Jessica. Il songeait que Duncan serait l'homme idéal. Mais le duc ne voulait pas courir le risque de rompre leur unique lien avec les Fremen. Hawat demanda au duc de lire une analyse approximative de la religion Fremen. Hawat expliqua qu'une légende Fremen annonçait l'arrivée d'un chef, l'enfant d'une Bene Gesserit qui les conduirait à la vraie liberté. C'était le thème habituel du Messie. Les Fremen avaient appelé Paul « Madhi » qui signifiait Messie.

Le duc retourna à la salle de conférences où Paul s'était endormi sur la table. Le duc s'installa sur le balcon pour contempler le paysage et pensa que cette planète pourrait devenir un bon foyer pour son fils. Mais en regardant les gens qui se baladaient dans les champs de fleurs pour ramasser la rosée, il se dit aussi que ce monde pouvait être  hideux.

Dans Les Dits de Muad’ Dib, il est écrit qu'il n'est probablement pas de révélation plus terrible que l'instant où vous découvrez que votre père est un homme fait de chair.

Paul découvrit les références Fremen à lui-même. Il se rappela ce que la révérende mère avait dit sur le Kwisath Haderach. Le duc dit à son fils que les Harkonnen pensait l'abuser en lui faisant perdre la confiance à l'égard de Jessica. Le duc rapporta à son fils le contenu du mystérieux fragment de messages. Paul lui répondit qu'il pourrait tout aussi bien se méfier de lui. Le duc espérait démasquer le traître. Mais il fallait laisser croire qu'il avait été totalement dupé. Il fallait donc que Jessica soit ainsi blessée afin de ne pas l'être plus douloureusement. Il demanda à son fils de garder le secret. Il pourrait tout révéler à Jessica si quelque chose venait à lui arriver pour que Jessica n'ait jamais douté de lui un instant. Le duc pensait que sa maison avait dégénéré et il regrettait de n'avoir pas épousé Jessica pour qu'elle soit devenue duchesse.

Le duc aurait voulu être moins exposé et même que sa Maison soit devenue renégate. Paul conseilla à son père de se reposer.

Le duc expliqua à son fils qu'il avait découvert une vertu de l'épice. L'épice créait une immunité naturelle à certains des poisons les plus communs du Guide des Assassins.

Jamais Paul n'avait vu son père aussi abattu. Le duc pensait que le pouvoir et la peur étaient les outils du gouvernement. Le duc conseilla à son fils de s'appuyer sur la prophétie des Fremen le concernant en dernier recours. Paul ne pourrait oublier les paroles de doute et de crainte de son père.

Dans Dans la maison de mon père, par la princesse Irulan, il est écrit que l'empereur avait souhaité en secret que le duc Leto fût son fils et il haïssait les nécessités politiques qui faisaient d'eux des ennemis.

Le docteur Kynes fut bouleversé par sa première rencontre avec ceux qu'on lui avait ordonné de trahir. Il trouva que le garçon correspondait exactement à l'ancienne prophétie. C'était près du bâtiment administratif du terrain de débarquement. Le docteur savait que Paul avait 15 ans mais il lui semblait un peu petit pour cet âge. Pourtant son jeune donnait une impression d'assurance et de commandement. La prophétie disait que le Madhi aurait connaissance de choses que d'autres ne sauraient voir et il fut impressionné de constater que Paul avait été capable de porter l'habit des Fremen comme si c'était l'effet d'une longue habitude. Paul était avec son père et avec Gurney. Le docteur se demanda si le duc ordonnerait qu'il soit questionné pendant une moitié de la nuit par le Mentat. Le duc présenta Kynes à son fils. Il dit à Paul que Kynes et l'Arbitre du Changement. Paul lui demanda s'il était un Fremen. Kynes répondit qu'il était admis au sietch. Mais il était au service de l'empereur comme planétologiste. Paul perçut la puissance de Kynes. C'était comme si l'homme était de sang royal.

Le duc remercia Kynes d'avoir offert ces vêtements Fremen.

Pour remercier Kynes, Paul cita la Bible catholique Orange : « tout cadeau et la bénédiction de celui qui donne ». Les Fremen que Kynes avait laissé dans l'ombre du bâtiment s'éveillèrent et l'un d'eux cria clairement : « Lisan al-Gaib ! ». Kynes demanda au duc et à Paul de ne pas prêter attention à ces superstitions. Mais au même moment, Kynes se rappela de la légende qui disait : « ils t'accueilleront avec les mots saints et tes cadeaux seront une bénédiction ». Kynes vérifia les tenues du duc et de Paul. Le duc accepta alors qu'il savait peu de choses à propos de Kynes. Kynes leur expliqua le fonctionnement du vêtement Fremen. Il y avait un système d'échange de chaleur. La couche au contact de la peau était poreux, perméable à la transpiration qui rafraîchissait le corps tandis que = les deux autres couches comprenaient des filaments d'échange calorique et des précipitateurs de sel. Le sel était ainsi récupéré. Kynes il ajusta la tenue du duc. L'eau recyclée circulait et aboutissait dans des poches de récupération pour être aspirée grâce à un tube fixé près du cou. L'urine et les matières fécales étaient traitées dans le revêtement des cuisses. Dans le désert, il fallait porter le filtre sur le visage avec le tube dans les narines et respirer par la bouche. Avec une tenue Fremen, on ne pouvait pas perdre plus d'un dé à coudre d'humidité par jour. Quand il voulut ajuster le vêtement de Paul, il lui demanda s'il avait déjà porté un distille et Paul lui répondit que c'était la première fois. Il lui demanda si quelqu'un avait ajusté ce vêtement pour lui et Paul répondit non. Il lui avait semblé avoir trouvé de lui-même la meilleure façon de porter les bottes de désert. Alors Kynes se rappela de nouveau de la légende : « il connaîtra nos usages comme s'il était né avec eux ».

Ils firent route au sud-est escortés par d'autres ornithoptères.

Le duc dit à Kynes que la conception des distilles révélait un haut degré de sophistication. Ce qui frappait Kynes chez ces gens, c'était un étrange mélange de douceur et de puissance armée. Ils étaient totalement différents des Harkonnen.

Le duc demanda à Kynes s'il dirait dans son rapport sur le changement à l'empereur que le duc et son fils avaient observé les règles. Kynes répondit en tant qu'Arbitre du Changement, il dépendait directement de l'Impérium. Puis le duc lui demanda s'il faisait des recherches sur l'épice. Kynes répondit que c'était une curieuse question. Le duc précisa qu'il voulait partager ses découvertes. Le duc se doutait que les Harkonnen n'encourageaient pas les recherches sur l'épice. Kynes ne répondit pas et pensa que le duc, cet envahisseur tout gorgé d'eau, le croyait assez stupide pour le mettre à son service. Kynes avait lu la propagande que le duc avait déversée dans les villages mais il n'était pas dupe. Le duc voulut visiter les bases Fremen. Kynes répondit qu'elles étaient la propriété de l'empereur. Il dit qu'Arrakis pouvait être un Eden si ceux qui régissaient cette planète se préoccupaient d'autre chose que de l'épice.

Paul avait utilisé ses questions et son hyperperception pour se livrer à ce que sa mère appelait un « enregistrement » de la personne. Il avait enregistré Kynes maintenant. Gurney se mit à chanter. Kynes demanda au duc pourquoi il voyageait avec si peu de gardes et si ces gardes étaient doués de si nombreux talents. Le duc répondit que Gurney était un cas particulier et qu'il l'appréciait pas que rien n’échappait à ses yeux. Kynes se rembrunit. Le duc demanda à Kynes si quelqu'un avait jamais réussi à échapper au désert et Kynes répondit que des hommes avaient réussi à s'échapper de la zone secondaire du désert mais jamais du désert profond. Puis le duc demanda s'il existait une relation entre le ver et l'épice. Kynes répondit que les vers défendaient les sables à épice. Le duc voulut savoir si les boucliers pourraient servir à se protéger contre les vers mais Kynes répondit qu'aucun homme muni d'un bouclier n'avait jamais survécu à ce genre d'attaque.

On pouvait tuer un ver avec un choc électrique à haut voltage appliqué à chaque anneau séparément. Paul se sentit que Kynes mentait ou ne disait que des demis-vérités. Il pensa que s'il existait un rapport entre l'épice et les vers, les vers pouvaient signifier la destruction de l'épice. Le duc demanda conseil à Kynes s'agissant de la protection contre les vers et Kynes répondit qu'il ne fallait jamais voyager seul. Pour éviter les vers, il fallait marcher doucement et éviter les sables-tambours. Le moindre pas faisait résonner les sables et cela attirait tous les vers alentour. Tout à coup, ils se retrouvèrent devant un nuage de poussière. Cela signifiait qu'un ver approchait. Paul demanda quelle était l'étendue du territoire de chaque ver. Kynes répondit que cela dépendait de la taille du ver. Les plus grands pouvaient parfois contrôler un territoire de trois ou 400 km².

Kynes leur annonça l'arrivée d'un ver il prit le micro pour prévenir l'équipe technique qui se trouvait au sol. Il restait 25 minutes à l'équipe pour s'enfuir. L'équipe technique voulut savoir qui était son interlocuteur Michail répondit qu'il ne voulait pas être identifié. Alors le représentant de l'équipe technique demanda qui aurait droit à la prime le duc expliqua à Halleck que celui qui donnait le premier l'alerte avait droit à une prime proportionnelle à la récolte d'épice. Alors le duc donna l'ordre à Kynes de prévenir l'équipe technique que ce serait le duc Leto qui obtiendrait la prime. Après quoi Halleck ordonna à Kynes de prévenir l'équipe technique que le duc leur offrirait la prime. L'équipe technique remercia.

Ainsi, les hommes sauraient que le duc se préoccupait pour leur sécurité. Le portant qui était chargé de récupérer l'équipe technique était absent. Alors le duc annonça à l'équipe technique qu'il allait la prendre en charge. Mais l'équipe ne voulait pas abandonner sa récolte. Le duc fut obligé d'expliquer que ses appareils ne pouvaient pas emporter plus de 23 hommes au total. Il ordonna l'évacuation. Le duc posa son appareil et en ouvrant la porte il sentit immédiatement l'odeur de la cannelle, lourde et pénétrante. L'escorte du duc se rangea en ligne derrière lui. Paul contempla l'énorme chenille-usine. Le duc fut obligé d'ordonner encore à l'équipe d'obéir. Les hommes commencèrent à sortir. Tout à coup, ils entendirent le ver arriver. C'était comme un crissement qui se faisait de plus en plus fort. L'équipe technique monta à bord de l'appareil du duc. Paul observa les hommes et remarqua que deux d'entre eux avaient des distilles mal ajustés au cou et il classa ce renseignement dans sa mémoire pour une future utilisation. Il faudrait que son père soit plus dur quant à la discipline du distille. Kynes reconnu que le duc avait du cran. Le duc lança son appareil dans une longue courbe ascendante. Kynes leur annonça que ce qu'ils allaient voir, peu d'hommes l'avaient vu. Tout autour de la chenille, des gerbes de poussières se mêlèrent au sable. Un large trou apparut dans le désert. L'usine disparut entièrement dans ce gouffre ouvert dans le sable. Puis le trou se résorba. Le duc promis à l'équipe technique que quelqu'un payerait pour l'épice perdue. Paul et le duc entendirent Kynes qui murmurait des prières. Un des hommes de l'équipe technique murmura : «Liet ». Kynes se retourna et fronça les sourcils. Le chef d'équipe remercia le duc de leur avoir sauvé la vie.

Le duc remarqua que deux hommes étaient restés au sol. Il avait l'intention de leur envoyer un appareil de la base mais Kynes lui expliqua qu'il était probable que lorsque l'appareil arriverait, il n'y aurait personne à sauver. Paul pensait que ces deux hommes savaient évidemment comment ne pas attirer de nouveau le ver hors des profondeurs. Ce devait être des Fremen. Alors il demanda à Kynes que faisaient ces Fremen dans cette chenille. Kynes demanda à Halleck qui était ce garçon qui venait de lui parler et Halleck répondit qu'il était l'héritier ducal. Kynes affirma qu'on ne pouvait identifier un Fremen d'un simple regard. Kynes demanda à l'un des hommes de l'équipe technique qui étaient ces deux hommes restés au sol. Le technicien répondit que c'étaient des amis de l'un d'entre eux. Des amis venus de village et qui voulaient voir les sables à épice. C'était donc bien des Fremen et Kynes se rappela des mots de la légende : « le Lisan al-Gaib saura percer tout subterfuge ».

Kynes fut troublé par le fait que le duc s'inquiétait plus pour les hommes que pour l'épice. Le duc avait sauvé l'équipage de la chenille et il avait risqué sa vie et celle de son fils. Il pensa qu'un tel chef pourrait s'assurer des loyautés fanatiques. Il serait dur à abattre.

 

Kynes admit, contre sa volonté et contre ses jugements passés qu'il aimait ce duc.

Dans les Dits de Muad’Dib, il est écrit que la grandeur et une expérience passagère. Elle dépend en partie de l'imagination humaine qui crée les mythes. La personne qui connaît la grandeur doit percevoir le mythe qui l'entoure et se montrer puissamment ironique pour se garder de toute prétention. Sans cette qualité, même une grandeur occasionnelle peut détruire un homme.

Le duc était dans la salle à manger et il songeait à la possibilité que quelqu'un l'empoisonne. La coutume voulait, leur avait expliqué la gouvernante, que les invités, au moment où ils entraient, plongent solennellement les mains dans un bassin puis répandent de l'eau sur le sol et sèchent leurs mains à un torchon avant de le jeter dans la flaque. Après le repas, les mendiants assemblés dehors pouvaient recueillir l'eau en essorant les torchons.

Le duc avait ordonné que cesse cette coutume. Il trouvait que c'était une dégradation spirituelle. Le duc aperçut une des servantes. Il lui ordonna de retirer les bassins et les torchons. Chaque mendiant pourrait prendre une tasse d'eau pendant le repas devant la porte de façade. Le duc allait poster un garde afin que ses ordres soient exécutés à la lettre. Dans le grand hall, Jessica se trouvait au centre d'un groupe rassemblé devant la cheminée. Jessica portait une longue robe et un ruban brun enserrait ses cheveux de bronze. Le duc comprit qu'elle voulait ainsi le réprimer subtilement pour la froideur de son attitude car elle savait très bien qu'il l'aimait ainsi vêtue. Duncan était présent car il avait quitté les Fremen sur l'ordre d'Hawat. Il avait reçu l'ordre de surveiller constamment Jessica. Paul se trouvait dans un coin, entouré d'un groupe de jeunes gens. Paul considérait les jeunes filles présentes avec la même et noble réserve.

Le duc pensa que son fils porterait bien le titre et réalisa avec un frisson glacé que c'était là une pensée de mort. Paul était écoeuré par tous ces visages bavards car ce n'étaient que des masques dérisoires appliqués sur des pensées infectes.

Paul avait refusé de participer à cette réception mais son père lui avait expliqué qu'il avait une position à tenir. Kynes arriva. Le convoyeur d'eau n'appréciait pas la décision du duc de cesser la coutume qui gâchait de l'eau. Le duc se rappela le mémorandum d'Hawat qui stipulait que ce convoyeur d'eau était un homme à surveiller car les Harkonnen l'avaient utilisé mais sans jamais vraiment le contrôler. Cet homme s'appelait Bewt. Il dit au duc qu'il était curieux de savoir s'il avait l'intention de faire admirer longtemps la serre au peuple. Le duc réprima sa colère car cet homme osait le défier dans le castel ducal. Le duc savait que cet homme pouvait faire sauter tous les points d'eau ce qui signifierait la fin d'Arrakis. Jessica détendait l'atmosphère en parlant des projets qu'elle avait avec le duc à propos de l'affaire. Leur rêve étant de voir un jour le climat de ce monde modifié pour permettre la culture des plantes de la serre n'importe où à l'extérieur. Le duc lui fut reconnaissant.

Le duc conseilla à Bewt d'orienter différemment ses intérêts car le jour viendrait où l'eau ne serait plus une denrée aussi précieuse pour Arrakis. Le duc pensait que tous les points d'eau devaient être immédiatement surveillés car il ne voulait pas être menacé de la sorte. Le duc remarqua que Kynes semblait transfiguré par Jessica. Kynes se rappelait les mots de la prophétie : « Et ils partageront votre rêve le plus précieux ». Kynes vint au secours du duc en déclarant que dans le désert, on disait que la possession de l'eau en grande quantité pouvait conduire un homme à une fatale négligence.  Bewt répondit que les hommes du désert avaient de nombreux dictons étranges mais sa voix trahissait son trouble. Kynes avait demandé à Jessica si elle amenait le court chemin. Dans la langue ancienne, cela se traduisait par Kwisath Haderach. Sa question était ainsi passée inaperçue. Jessica raviva l'espoir secret qu'elle nourrissait pour Paul. Il pourrait être le Kwisath Haderach.

Le duc voulait donner l'impression qu'il soupçonnait Jessica de trahison mais se demanda qui pouvait croire à un tel mensonge. Jessica pensait que le duc se comportait comme un homme luttant avec les mêmes. Hawat avait eu des pressentiments sur cette soirée. Un contrebandier avait été invité. Il s'appelait Tuek. Il avait été invité dans la plupart des demeures. Le duc savait que le contrebandier jetterait le trouble et la suspicion au cours de la soirée. C'était Hawat qui l'avait invité. Le duc demanda à Jessica pourquoi elle n'avait pas invité quelques Fremen. Jessica répondit que Kynes était présent. Jessica avait invité le contrebandier car il disposait de vaisseaux rapides et il fallait une issue, un moyen de s'échapper d'Arrakis si tout les abandonnait. Avant de s'asseoir, le duc annonça que certains remettaient en question le fait qu'il ait supprimé la coutume des bassins. Mais c'était sa façon de leur dire que les choses allaient changer. Il y eut un silence embarrassé autour de la table. Il porta un toast en disant : « les affaires font le progrès ! Partout, la fortune passe ! ».

Puis il demanda à Gurney de jouer de la musique.

Le duc resta debout et les invités attendirent donc. Leur attention se partageait entre les plats qui venaient d'être servis et le duc immobile qui ne s'asseyait pas. Alors il récita les paroles de la chanson de Gurney en guise de second toast en l'honneur de tous ceux qui avaient trouvé la mort en les conduisant ici. Il y eut des mouvements gênés. Les invités burent dans un silence embarrassé. Puis le duc reprit son flacon et cette fois il déversa sur le sol la moitié de ce qui restait d'eau. Il savait que les autres devraient l’imiter. Jessica fut la première. Paul guettait toutes les réactions autour de lui. C'était là une eau potable propre qui ne provenait pas d'un torchon essoré. Les rires nerveux et les mains qui tremblaient trahissaient l'obéissance à contrecoeur des invités. Mais c'était Kynes qui retenait le plus son attention. Il déversa le contenu du flacon dans un récipient dissimulé sous son gilet. Puis le duc ordonna que le repas commence. Jessica pensa que le duc était furieux à cause de la perte de la chenille. Il se comportait comme un homme désespéré. La conversation se porta sur la disparition du portant et la perte de la chenille. Kynes soupçonnait l'un des hommes de l'équipage du portant d'être à la solde des ennemis du duc. Jessica se souvint d'une leçon de l'école Bene Gesserit qui traitait de l'espionnage et du contre-espionnage. La révérende mère lui avait expliqué que les schémas de motivation tendaient à devenir identiques pour tous les espions. Jessica soupçonna alors le banquier d'être un agent des Harkonnen. Elle pensait que l'homme allait porter la conversation sur un sujet banal mais avec des implications menaçantes.

Cela pouvait signifier que la Guilde elle-même s'était rangée aux côtés des Harkonnen. Paul avait compris que sa mère suivait la conversation avec une intensité bene gesserit. Il décida de repousser l'adversaire et s'adressa au banquier qui venait d'évoquer les oiseaux d'Arrakis. Il lui demanda s'il pensait que ces oiseaux étaient cannibales.

Le banquier répondit qu'il disait simplement que ces oiseaux buvaient du sang. Paul répliqua que les gens instruits savaient pour la plupart que c'était dans sa propre espèce qu'un jeune organisme rencontrait le potentiel de compétition le plus élevé et délibérément il planta sa fourchette dans l'assiette de son voisin et ajouta qu'ils mangeaient aux mêmes plats et avaient les mêmes nécessités vitales. Le duc dit au banquier qu'il ne devait pas commettre l'erreur de considérer son fils comme un enfant. Kynes  renchérit en déclarant que Paul semblait très bien connaître cette règle d'écologie qu'était la lutte entre les éléments de vie pour l'énergie disponible d'un système. Le sang était une source d'énergie efficiente. Le banquier déclara alors que l'on disait que la racaille Fremen buvait le sang de ses morts.

Kynes répliqua que les Fremen ne buvaient pas le sang mais l'eau d'un homme, à son dernier instant car celui-ci appartenait aux siens, à sa tribu. Le corps d'un homme étant composé à 70 % d'eau, les Fremen la récupéraient car le mort n'en avait certainement plus aucun besoin. Le banquier lui répondit qu'il était depuis si longtemps avec les Fremen qu'il en avait perdu tout sentiment alors Kynes lui demanda si le banquier lui lançait un défi et le banquier répondit que ce n'était pas le cas. Jessica sentit que le banquier avait peur. Le duc savourait cet instant. Les invités semblaient prêts à fuir. Seuls le contrebandier et Bewt semblaient apprécier la situation. Paul regardait Kynes avec admiration. Le banquier demanda à Kynes d'accepter ses excuses. Jessica remarqua qu'il existait entre Kynes et le contrebandier une sorte d'accord.

Jessica comprit que Kynes pouvait tuer facilement et que c'était là un trait marquant des Fremen. Il lui dit qu'il était fréquent que les nouveaux venus sur Arrakis sous-estiment l'importance de l'eau. Elle devait affronter la loi du Minimum. Jessica connaissait cette loi stipulant que la croissance était limitée par l'élément nécessaire qui se trouvait être le plus rare. Et, naturellement, la condition la moins favorable déterminait le taux de croissance. Kynes lui répondit qu'il était rare de trouver des membres des Grandes Maisons au fait des problèmes de planétologie. Kynes ajouta que la croissance elle-même pouvait introduire des conditions défavorables si on ne la traitait pas avec beaucoup de prudence. Jessica lui demanda si cela signifiait qu'Arrakis pouvait jouir d'un cycle d'eau organisé afin de permettre l'existence des humains dans des conditions plus favorables. Bewt répliqua que Jessica ne devait pas écouter ce rêveur car les évidences scientifiques étaient contre lui. Mais Kynes répondit que les évidences scientifiques ne pouvaient expliquer que les plantes et les animaux pouvaient poursuivre normalement leur existence. Il fallait donc comprendre quelles étaient les limitations d'Arrakis et les pressions qui s'y exerçaient. Le duc comprit que l'attitude de Kynes s'était modifiée quand Jessica avait parlé de conserver les serres pour le bien d'Arrakis. Le duc lui demanda combien coûterait le développement d'un système autonome. Kynes répondit qu'il faudrait consacrer 300 % des végétaux d'Arrakis à la production de composés carboniques nutritifs. Le duc lui demanda s'il y avait assez d'eau mais Kynes ne voulait pas répondre. Jessica remarqua que Kynes regrettait ses paroles. Alors le duc insista pour avoir une réponse et Kynes répondit que c'était possible. Paul sentit qu'il y avait assez d'eau sur Arrakis et il comprit que Kynes ne voulait pas que cela soit su. Tout à coup, un garde en uniforme Atréide entra et se pencha auprès du duc pour lui murmurer quelque chose à l'oreille. Jessica identifia l'insigne des hommes de Hawat et réprima son trouble. Brusquement, le duc déclara sur un ton de commandement que chacun reste assis et demanda à Paul de le remplacer en tant qu'hôte.

Paul prit la place de son père. Le duc demanda à Gurney de s'asseoir à la place de Paul. Le duc rassura ses invités et leur demanda de ne pas quitter l'abri de sa demeure jusqu'à nouvel ordre. Les invités seraient parfaitement en sécurité et ce petit contretemps s'arrangerait très vite. Paul saisit les mots-code : abri-ordre-sécurité-vite. Jessica avait également compris le message. Jessica remarqua avec fierté la dignité de l'attitude de son fils et la maturité de son assurance. Jessica vit les soldats qui, au long des murs, se mettaient en position de défense.

Paul regarda le banquier. Il parla d'un cadavre de noyé qu'il avait vu sur Caledan. Il y avait sur le corps des traces de bottes sur les épaules. Cela signifiait qu'un des compagnons du pêcheur avait essayé, au moment du naufrage du bateau, de grimper sur les épaules de son malheureux compagnon dans l'espoir d'atteindre ainsi la surface pour respirer l'air. Le père de Paul avait fait remarquer que l'on pouvait très bien comprendre l'homme qui grimpe sur les épaules d'un autre au moment où il se noie mais cela devenait incompréhensible si cet homme le faisait dans un salon. Ou à la table du dîner. Jessica trouva son fils téméraire car le banquier pouvait bien avoir un rang suffisant pour défier son fils. Le contrebandier éclata de rire et Bewt sourit à son tour. Le banquier était en colère. Le banquier demanda si c'était la coutume des Atréides que d'insulter leurs invités. Jessica défendit son fils en disant qu'il évoquait une image et que le banquier y voyait son portrait. Le mot « image » était un code signifiant à Paul qu'il devait se préparer à la violence. Le contrebandier porta un toast à l'intention de Paul en déclarant que s'il était encore jeune garçon de par son apparence il était un homme dans ses actes. Jessica se demanda quoi Kynes avait fait signe au contrebandier pour qu'il intervienne. Jessica avait remarqué que lorsque Kynes ordonnait, les gens obéissaient. Elle se demandait quel était le secret de son pouvoir. Paul se demandait pourquoi le contrebandier et Kynes étaient intervenus car il avait la situation en main. Jessica et Gurney avaient compris la menace.

La fille du confectionneur de distilles avait été envoyée pour séduire Paul. Mais cette manoeuvre n'avait pas échappé aux perceptions entraînées de Paul. Jessica demanda au banquier où l'on pouvait trouver l'épice sur Arrakis. Il répondit qu'on savait peu de choses sur le désert profond et presque rien des régions méridionales.

Kynes précisa que parfois des chasseurs d'épice audacieux pénétraient dans la ceinture centrale et c'était extrêmement dangereux. Les accidents se multipliaient dans des proportions dramatiques à mesure que les chasseurs s'éloignaient des bases du Bouclier. Bewt prétendit que les Fremen avaient trouvé des trempes dans le sud. Kynes affirma que ce n'était que des rumeurs et précisa qu'une trempe était un endroit où l'eau filtrait jusqu'à la surface. Jessica décela un mensonge. Paul avait également senti ce mensonge. Un serviteur présenta un billet provenant du duc à Jessica. Le duc faisait savoir que le problème avait trouvé sa solution. Le portant disparu avait été retrouvé. Un agent Harkonnen qui s'était glissé dans l'équipage avait réussi à neutraliser ses compagnons et à conduire l'appareil jusqu'à une base de contrebande avec l'espoir de le vendre. Mais la machine avait été restituée et l'homme retrouvé. Jessica annonça le dessert qui semblait plaire confectionneur de distilles. Jessica enregistra l'homme pour Hawat, plus tard. Ce fabricant de distilles était un petit arriviste heureux qu'il serait facile d'acheter.

Jessica pensa à la partie codée du message du duc de. Les Harkonnen avaient tenté d'introduire une cargaison de lasers qui avait été capturée. Cela signifiait qu'il fallait prendre les précautions appropriées.

Dans les Dits de Muad’Dib, il était écrit qu'il n'y avait pas d'issue et que nous payons la violence de nos ancêtres.

À 2:00 du matin, Jessica entendit un tumulte dans le grand hall et alluma la lampe près de son lit. Le duc n'était pas encore rentré. Elle entendit un cri. Quelqu'un appelait le docteur Yueh. Jessica prit son krys et sortit. Le grand hall était brillamment éclairé. Deux gardes maintenaient Duncan entre eux. Jessica remarqua qu'il était ivre. Jessica demanda des explications. Les gardes lui expliquèrent que Duncan avait raccompagné l'une des jeunes demoiselles. Sur les ordres deux Hawat. Yueh arriva ainsi que Mapes avec une tasse de café. Yueh ordonna à Duncan de boire le café. Il lui fallait un traitement de choc alors Jessica le gifla. Puis elle lui ordonna de boire le café. Mais Duncan répondit qu'il ne recevait pas d'ordre d'une certaine espionne Harkonnen. Alors Jessica comprit et dut faire appel à ses ressources bene gesserit pour se calmer. C'était toujours à Duncan que l'on faisait appel pour la surveillance des dames. Jessica ordonna qu'on lui amène Hawat. Elle jeta le café au visage de Duncan. Elle ordonna qu'on l'enferme dans une des chambres d'hôtes. Elle voulut savoir où se trouvait le duc. Les gardes répondirent qu'il était au poste de commandement. Jessica se demanda si c'était  Hawat qui avait été acheté par les Harkonnen. Jessica retira le krys de son étui et le fixa à son bras avant d'en éprouver le poids. Elle s'assit dans le fauteuil et attendit. Elle se prépara à l'attente dans la manière bene gesserit. Plutôt qu'elle ne s'y était attendue, on frappa à la porte et, sur son ordre, Hawat entra. Jessica perçue l'odeur du sang. Elle lui demanda de s'asseoir en face d'elle. Hawat se demanda comment il pouvait encore sauver la situation. Elle est annonça qu'elle voulait clarifier l'atmosphère entre eux. Elle lui demanda s'il était un agent des Harkonnen. Il se sentit insulté. Jessica fut rassurée par son attitude. Ce n'était donc pas lui. Elle lui demanda s'il y avait un traître parmi eux. Cela ne pouvait pas être Gurney et certainement pas Duncan. Elle se demandait si ce n'était pas le docteur Yueh. Elle dit à Hawat que l'épouse du docteur avait été assassinée par les Harkonnen. Jessica voulut savoir ce qui avait amené ce soupçon à son égard. Hawat répondit que sa loyauté allait tout d'abord au duc. Elle parla de Duncan qui s'était enivré avec une bière d'épice. D'autres personnes avaient été victimes de cette mixture. Jessica pensait que Duncan avait perdu son foyer en arrivant sur Arrakis. Il craignait que le duc l'abandonne. Une menace contre la vie de son fils était passée inaperçue de Hawat alors elle voulut savoir qui avait pris ce risque. Hawat avoua qu'il avait présenté sa démission au duc. Jessica lui demanda s'il détruirait le duc dans ses efforts pour le sauver.

Hawat lui répondit que si elle était innocente, il lui ferait les plus plates excuses. Jessica lui dit que de tous ceux qui aimaient le duc ils étaient les plus susceptibles de se détruire mutuellement.

Alors elle pourrait glisser à l'oreille du duc les soupçons qu'elle avait à son égard. Hawat voulut savoir si elle le menaçait. Elle répondit qu'elle voulait simplement lui faire comprendre que quelqu'un, en ce moment, les attaquaient en visant l'organisation même de leurs existences. Elle lui proposa donc de neutraliser cette attaque en disposant leurs existences de telle façon que ne subsiste plus aucune faille par laquelle on pourrait les atteindre. Elle lui dit qu'il entretenait des soupçons à son égard et que ses soupçons étaient sans fondement. Hawat déclara que s'il venait à découvrir quiconque parmi leurs gens essayait de saboter leurs armes, il n'hésiterait pas à le dénoncer et à le détruire. Elle lui demanda de se pencher sur les symptômes qu'ils avaient tous les deux relevés : des hommes pris de boissons, des querelles, des rumeurs sur Arrakis. Hawat répondit que les hommes s'ennuyaient et c'était tout. Elle lui demanda pourquoi il n'avait jamais utilisé ses capacités de bene gesserit  pour servir le duc. Elle pensait qu'il la considérait comme une rivale. Il ne se laissait pas abuser par ce que l'école bene gesserit déclarait au public. Il ne pensait pas que cette école n'existait que pour servir. Elle voulut savoir pourquoi, lors des sessions du conseil, il tenait rarement compte de son opinion. Il répondit qu'il n'avait aucune confiance envers ses motivations bene gesserit. Alors elle l'insulte. Quelles que soient les rumeurs qui étaient parvenues à Hawat à propos de son école, Jessica lui dit que la vérité était encore plus vaste. Si elle désirait détruire le duc, nul ne pourrait l'en empêcher. Elle voulait causer un choc à Hawat. Hawat sentit que Jessica ne portait pas de bouclier. Il se demanda si c'était par bravade. Il songeait à la frapper mais se demandait quelles serait les conséquences si jamais il se trompait. Jessica avait noté son geste et elle dit que jamais la violence ne devait être nécessaire entre eux. Elle lui demanda s'il était peu plus raisonnable de penser que les Harkonnen avaient fait naître ce soupçon pour les dresser l'un contre l'autre. Elle songea qu'Hawat était presque prêt. Elle lui dit qu'elle était avec le duc le père et la mère de leur peuple. Hawat répondit qu'ils n'étaient pas mariés. Elle répliqua que briser cet ordre naturel consistait en la cible la plus évidente pour les Harkonnen.

Il sentit dans quelle direction Jessica l'entraîner. Alors pour le choquer, elle lui dit qu'il était la cible toute désignée par les Harkonnen car toute sa vie était construite sur l'insinuation et le mystère. Elle lui dit qu'elle savait qu'il connaissait la véritable formation que l'on donnait aux Bene Gesserit. Elle lui dit que sa loyauté envers le duc était toute la garantie qu'il avait à ses yeux. Elle ajouta que si tel était son caprice, le duc l'épouserait et penserait même l'avoir fait de sa propre volonté. Hawat venait de comprendre que Jessica l'avait maîtrisé. Dans l'instant même où il avait hésité à la frapper, elle aurait pu brandir une arme et le tuer. Hawat se demanda qui pouvaient venir à bout de quelqu'un d'aussi puissant. Elle lui dit qu'il n'avait pas encore découvert tout son arsenal. Alors il demanda pourquoi elle n'allait pas détruire les ennemis du duc. Elle ne voulait pas donner de son duc l'image d'un homme faible. Elle lui expliqua que si les Bene Gesserit se permettaient de frapper l'ennemi, elles deviendraient suspectes. C'est pourquoi elles n'existaient que pour servir. Jessica savait que Hawat ne dirait rien de ce qui s'était passé. Hawat songea que Jessica est telle outil idéale pour les Harkonnen. Jessica lui expliqua que le type pouvait être détruit aussi rapidement par ses amis que par ses ennemis et elle espérait qu'Hawat allait balayer toute trace de ses soupçons sur elle. Hawat sut que quel que soit le tour que prendraient les choses, il n'oublierait jamais ce moment et il ne perdrait rien de l'admiration suprême qu'il éprouvait pour cette femme.

Dans le champ pour Janice sur la plaine funèbre, il est écrit que marcher dans d'un sommeil, le temps s'est écoulé et la vie fut volée.

Le duc pris connaissance d'une note. La note avait été remise aux gardes extérieures par un messager Fremen peu avant qu'il ne gagne son poste de commandement. La note disait : au jour, une colonne de fumée, à la nuit, un pilier de feu. Il n'y avait pas de signature. Le duc n'avait pas dormi depuis plusieurs jours. Hawat lui avait fait un rapport de sa discussion avec les Jessica. Il pensait qu'il avait fait une erreur en ne se confiant par la Jessica dès le premier instant. Il pensait qu'il devait le faire maintenant. Il traversa le grand hall et suivit les couloirs menant aux appartements familiaux.

Il perçut un étrange gémissement. Il distingua une forme pâle. La capture de la cargaison de lasers l'avait empli de doutes. Silencieusement, il progressa en direction de la forme. C'était un homme, face contre terre. Le duc le retourna du pied tout en brandissant son couteau. C'était le contrebandier. Il était mort. Une autre personne gémissant se mit à ramper vers lui. C'était Mapes. Elle était blessée. Le duc l'aida à se relever. Elle cherche à le prévenir mais elle mourut. Un sixième sens averti le duc. Il voulut activer son bouclier mais c'était trop tard. Quelqu'un le frappa. Yueh se tenait sur le seuil de la pièce du générateur. Yueh lui avait injecté un liquide paralysant. Le docteur toucha le front du duc. Le docteur lui expliqua qu'il voulait tuer un homme. Il voulait tuer le baron Harkonnen. Il expliqua au duc qu'il allait lui implanter une dent dans laquelle se trouverait un gaz mortel. Le duc regarda Yueh et il lut la folie dans ses yeux. Le docteur lui expliqua que de toute façon il était condamné. Mais, avant de mourir, il n'approcherait le baron alors il ne devrait pas oublier la dent. Le duc lui demanda pourquoi il faisait cela et le docteur lui expliqua qu'il avait conclu un pacte avec le baron. Il fallait qu'il s'assure que le baron avait bien rempli ses engagements. Le docteur ne pourrait voir le baron qu'en en payant le prix et ce prix était le duc. Le docteur savait que le baron voudrait voir le duc de près pour rire de lui. Le docteur promit au duc qu'il allait sauver son fils et sa femme. Il les conduirait en un lieu où aucun Harkonnen ne pourrait les atteindre. Le duc demande comment il les sauverait. Le docteur répondit qu'il ferait croire à leur mort en les entourant de gens tirant leur couteau au seul nom d'Harkonnen.

Dans Les Dits de Muad’Dib, il est écrit que les gens avaient besoin d'épreuves difficiles et d'oppression pour développer leurs muscles psychiques.

Jessica s'éveilla dans l'obscurité et le silence fit naître en elle une prémonition. Elle était étendue sur le côté, les mains liées dans le dos. Quelqu'un l'avait endormie. Elle se servit de ses vieux enseignements pour se calmer. Elle avait été inconsciente pendant une heure. Elle sentit la présence de quatre personnes. Une porte s'ouvrit. Elle feignit l'inconscience. Quelqu'un se pencha sur elle. C'était le baron Harkonnen. Il savait qu'elle ne dormait pas. Elle reconnut la cave dans laquelle Paul s'était endormi. Le baron savait précisément au bout de combien de temps Jessica se réveillerait. Jessica compris que le docteur Yueh avait trahi. Piter entra. Jessica ne l'avait encore jamais vu. Pourtant elle le connaissait : Piter de Vries, l'assassin Mentat. Le baron annonça à Jessica qu'elle était la récompense de Piter. Il voulait démontrer que Piter ne la désirait pas vraiment. Piter sourit mais le baron ne pouvait pas lire ce sourire car il n'avait pas reçu l'Education. Et Jessica s'en rendit compte.

Le baron prétendit qu'il savait ce que désirait vraiment son Mentat. C'était le pouvoir.

Le Mentat affirma que le baron lui avait promis Jessica. Jessica avait lu les tonalités clés dans ses paroles et elle eut un frisson intérieur. Elle se demanda comment le baron avait-il pu faire d'un Mentat un tel animal. Le baron annonça à Piter qui lui offrait un choix : Jessica et l'exil loin de l'Imperium ou le duché des Atréides sur Arrakis pour y régner en son nom et à son gré.

Jessica comprit que cela signifiait la mort de Leto. Piter choisit le duché. Jessica ne comprenait pas pourquoi le Mentat ne savait pas que le baron lui mentait. Elle pensait que Piter était dégénéré. Le baron annonça à Piter qu'il allait lui envoyer un garde et qu'il serait seul juge de la suite concernant Jessica. Jessica comprit que le baron craignait de devoir répondre aux questions de la révérende mère et cela signifiait que l'empereur était mêlé à cela.

La révérende mère avait averti Jessica que le baron était un adversaire trop puissant. Deux soldats Harkonnen entrèrent. Un troisième se plaça sur le seuil. Un garde était sourd car le baron savait que Jessica pourrait utiliser la Voix.

Le soldat sur le seuil demanda au Mentat quels étaient ses ordres. Piter ordonna aux trois soldats d'emmener Jessica et Paul dans le désert ainsi que l'avait suggéré le traître pour Paul.

Ainsi les vers détruiraient toute trace et on ne retrouverait jamais les corps de Jessica et de Paul. Le soldat sous demanda à Piter s'il ne souhaitait pas les liquider lui-même. Jessica se rendit compte qu'il savait lire sur les lèvres. Jessica décela le sévère contrôle mentat dans sa voix et comprit que lui aussi craignait une Diseuse. Les soldats emmenèrent Jessica et la posèrent sur une litière à suspenseurs où se trouvait déjà Paul qui était attaché mais n'avait pas de bâillon. Jessica espérait que son fils n'utiliserait pas la Voix à cause du garde sourd. Paul avait compris qu'il s'était endormi à cause d'une capsule prescrite par le docteur Yueh et s'était réveillé sur cette litière. La logique disait que le traître était Yueh et Paul ne s'était pas encore définitivement prononcé sur ce point. Les soldats emmenèrent Paul et Jessica dans un ornithoptère mais ils se rendirent compte qu'il n'y avait pas assez de place pour tout le monde. Seul le soldat sourd et un autre purent monter à bord. Jessica tira sur la ceinture de son siège et découvrit qu'elle était lâche. La courroie céderait au premier mouvement brusque. Elle se demanda si quelqu'un est était venu auparavant dans cette orni pour le préparer pour elle et son fils. Les deux soldats discutaient de Jessica. L'un des deux avait envie de la violer. Paul les menaça. Jessica savait que les deux soldats seraient tués des qu'ils auraient fait leur rapport car le baron ne voulait pas de témoins. L’orni se dirigea vers le désert. Le traître avait demandé aux soldats de déposer Jessica et Paul à proximité du Bouclier. Jessica vit que Paul prenait le rythme respiratoire de l'exercice de maîtrise. Elle avait peur qu'il échoue à utiliser la Voix. L'orni se posa. Jessica entrevit l'ombre des ailes d'un autre appareil qui se posait hors de vue. Quelqu'un les suivait. Elle comprit que le baron avait envoyé des hommes pour surveiller les soldats. Paul utilisa la Voix pour ordonner aux soldats de retirer le bâillon de Jessica. Un des deux soldats au pays. Puis Jessica parla d'une voix basse et sur un ton intime pour dire aux soldats qu'il était inutile qu'ils se battent pour elle.

Jessica dressa la tête dans la clarté du tableau de commande pour que le soldat sourd puisse lire sur ses lèvres et elle dit qu'il ne fallait pas être en désaccord car une femme ne valait pas que l'on se batte pour elle. Le soldat sourd fut tué par l'autre soldat. Jessica suggéra au dernier soldat de couper les liens de son fils et il obéit. Paul sentit la main du soldat dans son dos qui allait le pousser pour l'envoyer rouler dans le sable et il feignit de perdre l'équilibre. Paul se raccrocha au montant de la porte et pivota comme pour se rétablir et lança son pied droit. Le soldat fut neutralisé. Jessica avait remarqué le signe de la maison de Yueh gravé sur le plafond de la cabine de l'orni. Elle avait senti un paquet sous le siège du pilote. Paul aperçut un autre orni qui plongeait vers eux. C'étaient les Harkonnens.

Dans Les Dits de Muad’Dib, il est écrit qu'Arrakis enseigne l'attitude du couteau : couper ce qui est incomplet et dire « maintenant c'est complet, car cela s'achève ici ».

Un homme en uniforme Harkonnen regarda Yueh et le corps de Mapes ainsi que la forme immobile du duc. Yueh pensa que c'était un Sardaukar que l'empereur avait envoyé pour garder un oeil sur tout. Il annonça à Yueh que tout avait été neutralisé. Yueh lui conseilla de ligoter le duc.

Yueh avait peur d'être interrogé par une Diseuse car alors tout s'effondrerait. Le Sardaukar chercha l'anneau du duc mais ne le trouva pas. Il pensait que le duc avait confié son anneau à un messager pour prouver qu'un ordre émanait directement de lui. Le Sardaukar ne ligota pas le duc car il n'avait rien à craindre de lui. Le Sardaukar ordonna à Yueh d'attendre dehors. Il le nomma traître, ce qui déplut au docteur. Il savait que c'était ainsi que l'histoire le connaîtrait. Des soldats le reconnurent comme le traître et lui apprirent que le baron le convoquerait. Yueh songea à laisser le saut ducal en un endroit où Paul le trouverait. Il avait peur que Duncan ait des soupçons à son égard et ne se rende pas au point exact qu'il lui avait indiqué.

Cela signifierait que Jessica et Paul ne pourraient échapper au carnage. Le docteur comprit qu'on ne lui pardonnerait pas ce qu'il avait fait et espérait que Duncan n'échouerait pas. Les soldats le méprisaient alors qu'ils avaient profité de lui. Yueh plongea dans l'ombre et ouvrir la porte d'un appareil pour y glisser sous le siège l'anneau ducal dans un Fremkit.

Il laissa également une note. Bientôt il verrait le baron et il saurait. Le baron trouverait devant lui une dent.

Dans Introduction à l'histoire de Muad’Dib, il est écrit qu'à l'instant où le duc mourut un météore traversa le ciel au-dessus du castel ancestral de Caladan.

Le baron Harkonnen se tenait devant une des baies d'observation du vaisseau où il avait installé son poste de commandement. Il regardait au lointain le Bouclier où se déchaînait son arme secrète. Une artillerie à explosifs. Les canons pilonnaient les cavernes où les hommes du duc avaient trouvé refuge pour une ultime résistance. Piter entra, suivi d'Umman Kudu, le capitaine de la garde personnelle du baron. Piter annonça que les Sardaukars avaient amené le duc. Le baron songea qu'il devrait se débarrasser de Piter quand celui-ci ne lui serait plus utile. Mais tout d'abord il fallait que la population d'Arrakis en vienne à le haïr afin d'accueillir plus tard son cher Feyd-Rautha comme un sauveur. Le baron demanda qu'on lui amène Yueh. Le baron lui demanda ce qu'il était censé faire en retour de sa trahison. Le docteur lui répondit qu'il le savait parfaitement. Mais il avait compris, aux gestes du baron, que Wanna était morte. Le baron prétendit avoir respecté sa promesse en libérant la femme du docteur de ses souffrances. Et le baron ordonna à Piter de tuer le docteur. Piter plongea son couteau dans le dos de Yueh. Le docteur eut le temps de dire au baron : « vous pensez que vous m'avez détruit » avant de s'effondrer. Le baron se demanda ce que le docteur avait voulu dire. Le duc apparut sur le seuil. Ses bras étaient maintenus par des chaînes. Le baron demanda à Piter si les soldats avaient réussi la mission qui leur avait été confiée s'agissant de Jessica et Paul. Piter répondit que les soldats avaient été retrouvés morts. Jessica et Paul avaient disparu. Le baron devint livide. Le duc était drogué mais il avait entendu que Paul et Jessica avaient réussi à fuir. Il subsistait un espoir. Le baron voulut savoir ce qu'était devenu l'anneau ducal. Piter répondit que les Sardaukars ne l'avaient pas trouvé. Le duc se souvint du marché qu'il avait fait avec le docteur : la dent.

Quelqu'un lui avait dit d'attendre d'être près du baron mais il n'arrivait pas à se souvenir de qui c'était. Il savait qu'il devait attendre. L'effet de la drogue diminuait. Le duc vit nettement le baron. Le baron lui demanda où étaient son fils et Jessica. Le baron se pencha pour étudier le visage du duc. Le duc sentit revenir ses forces. Et le souvenir de la fausse dent fut comme un immense clocher dressé au centre d'une plaine dans son esprit. Dans cette dent, il y avait une capsule dont la forme était exactement celle d'un nerf. Du gaz,mortel. Alors, le duc se rappela du docteur Yueh. Leto entendit le cri et le gémissement étouffé de quelqu'un qui agonisait. Le baron lui dit qu'un de ses hommes avait été capturé. Cet homme était déguisé en Fremen. Le baron voulut savoir si le duc avait acheté l'assistance des Fremen pour protéger sa femme et son fils. Le baron lui demanda s'il avait donné son anneau à son fils. Comme le duc ne voulait pas répondre, le baron menaça de le faire torturer par Piter. Le duc se demanda qui avait été capturé. Le duc se rappela de paroles de Gurney. Il avait dit une fois, à propos du baron que son nom était Blasphème. Le prisonnier torturé n'avait rien révélé. Le duc claqua violemment les mâchoires et mordit sauvagement la capsule. Il ouvrit la bouche et souffla la vapeur dont il sentait le goût sur sa langue. Piter fut tué par le gaz n'est pas le baron qu'il y avait le temps d'activer son bouclier pour ralentir l'échange moléculaire au travers du champ énergétique. Puis le caporal de la garde, Iakin Nefud, entra.

Il annonça qu'il ne restait plus une seule trace du gaz et que la pièce avait été assainie. Le baron le nomma capitaine de ses gardes. Il lui ordonna de chercher ce que le duc avait dans sa bouche et qui avait pu l'aider. Des gardes postés devant l'ascenseur qui reliait cet étage aux niveaux inférieurs de la frégate essayaient de contenir un grand colonel bashar qui venait d'émerger de la cabine. C'était l'un des Sardaukars. Le baron ressentait un malaise devant les Sardaukars. Ils semblaient tous avoir un quelconque lien de parenté avec le duc. Le baron remarqua le mépris du colonel. Son malaise n'en devint que plus grand. Une seule légion de Sardaukars était venue renforcer les légions Harkonnens. Le baron craignait que cette légion se retourne contre eux. Le colonel demanda au baron de ne pas essayer de l'empêcher de le voir. C'était lui qui lui avait livré le duc et il voulait discuter de son sort. L'empereur avait chargé le colonel de s'assurer que son royal cousin périrait proprement et sans souffrance. Le baron répondit qu'il avait reçu les ordres impériaux et qu'il avait obéi. Il annonça au colonel que le duc était mort et le colonel demanda de quelle façon. Le baron répondit que le duc avait absorbé du poison. Le colonel voulait voir le corps du duc. Le baron savait qu'à présent l'empereur serait au courant de sa faute et la jugerait comme un signe de faiblesse. Au moins, l'empereur n'avait rien su du raid des Atréides sur Giedi Prime et de la destruction des entrepôts d'épice Harkonnens.

Le baron savait qu'il devrait payer de son sang pour qu'Arrakis soit en mesure d'accepter Feyd-Rautha. Il en voulait à Piter de s'être laissé tuer avant d'en avoir fini avec lui. Il songea à demander un nouveau Mentat. Le baron se retira dans sa chambre et ordonna qu'on lui amène un jeune homme préalablement drogué pour ne pas avoir à lutter avec lui. Il avait ordonné qu'on lui amène ce jeune homme car celui-ci ressemblait à Paul.

 

Dans les Chants de Muad’ Dib, sont mentionnés les Mers de Caladan, les gens du duc Leto et la Citadelle abattue, à jamais disparus.

Paul était assis auprès de sa mère dans la petite tente de plastique et de tissus de l'abri-distille. Il savait trouver un paquet dans l'orni contenant cet abri et des tenues Fremen.

Paul savait que c'était le docteur Yueh qui avait laissé ce paquet. Il avait deviné également que le docteur avait pris des dispositions pour que l’orni les amène auprès de Duncan.

Paul songea qu'il se cachait comme un enfant alors qu'il était le duc, maintenant.

Cette nuit, sa perception avait été modifiée. Il voyait avec clarté tout ce qui l'entourait, les événements, les circonstances. C'était un pouvoir de Mentat. Et plus encore. Il songea à ce moment de rage impuissante qu'il avait connu lorsque l'étrange orni avait plongé sur eux. C'est alors qu'il s'était passé quelque chose dans son esprit. Sa mère s'était retournée avec la certitude d'affronter un pistolet laser. Et elle avait vu Duncan qui leur avait crié de se dépêcher car un ver approchait. Jessica pensait qu'il pouvait y avoir qu'une explication. Les Harkonnens tenaient la femme de Yueh en leur pouvoir. Elle se demandait pourquoi Yueh les avait sauvés du carnage. Jessica venait de découvrir qui avait piloté l'orni et c'était un choc pour elle. Paul avait compris simplement en lisant le message qui accompagnait l'anneau ducal. Le docteur avait écrit qu'il ne fallait pas essayer de lui pardonner car ce qu'il avait fait, il l'avait fait sans méchanceté et sans espoir d'être compris. Il leur donnait le sceau ducal pour prouver qu'il disait la vérité. Au moment où ils découvriraient le message, le duc serait mort. Le docteur espérait que dans sa mort, le duc aurait entraîné le baron. Le docteur n'avait pas signé mais Paul avait reconnu son écriture. Paul ne ressentit rien en apprenant la mort de son père. Il pensait seulement : voilà un fait important. Il se dit qu'il pleurerait son père plus tard lorsqu'il en aurait le temps. Il repensa à l'épreuve qu'il avait vécue avec la révérende mère. Cette sensation d'un but terrible qu'il avait éprouvée. Être le Kwisatz Haderach, c'était donc ça. Jessica pensait que d'autres hommes du duc avaient dû réussir à fuir et il fallait les regrouper. Mais Paul ne voulait dépendre de personnes. Il voulait trouver l'arsenal d'atomiques. Il fallait l'atteindre avant que les Harkonnen ne se mettent en quête. En tant que duc, Paul s'inquiétait du sort de ces gens perdus dans la nuit du désert. Jessica lui dit que les Harkonnen n'entendraient pas laisser un seul Atréides en vie. Paul était persuadé que quelques-uns de leurs hommes parviendraient à s'enfuir. Jessica était effrayée par l'amertume et la dureté de la voix de son fils. C'était comme si l'esprit de Paul s'était brutalement éloigné du sien. Comme s'il voyait plus loin qu’elle, maintenant. Elle avait participé à son éducation mais, à présent, elle avait peur du résultat. Elle pleura en pensant au duc.

Elle posa sa main sur son ventre, consciente de la présence de l'embryon. Elle portait la fille des Atréides que l'on lui avait ordonné d'engendrer. Elle l’avait conçue par instinct et non par obéissance, la révérende mère s'était trompée car une fille n'aurait pas sauvé son duc.

Jessica prit le minuscule appareil que Duncan leur avait laissé et mit le contact. Elle prononça des mots dans le langage de bataille des Atréides. Elle annonça que la banque de la Guilde avait été pillée et que les troupes devaient se regrouper dans le massif. Elle conseilla aux troupes de prendre garde aux Sardaukars qui portaient des uniformes Atréides. Paul avait compris ce que cela signifiait. Les Harkonnen voulaient que la Guilde rejette sur les Atréides la responsabilité de la destruction de la banque. Avec la guilde contre eux, ils étaient pris au piège sur Arrakis. Jessica entendit des voix Harkonnen sur la fréquence qui clamaient leur victoire. Paul voulait bien encore attendre une journée Duncan, mais pas une nuit. Dans le désert, il fallait voyager la nuit et se reposer durant le jour, à l'ombre.

Jessica pensait que s'ils partaient, Duncan ne les retrouverait jamais. Si Duncan n'était pas revenu à l'aube, ils devraient admettre l'éventualité de sa capture. Paul savait que la Guilde exigeait une somme prohibitive pour des satellites météorologiques. Les satellites observaient le sol. Il existait dans le désert des choses qui ne devaient pas être observées. Jessica lui demanda s'il pensait que la guilde voulait contrôler Arrakis. Paul lui répondit que les Fremen payaient la Guilde pour préserver leur isolement. Ils payaient avec l'épice. Jessica pensait que son fils n'était pas encore un Mentat et elle ne comprenait pas d'où venaient ses informations.

Alors son fils lui répondit qu'il ne serait jamais un Mentat mais autre chose… Une monstruosité. Il aurait eu envie de pleurer mais il savait que cela lui serait à jamais refusé. Jamais encore Jessica n'avait perçu une telle détresse dans la voix de son fils. Elle aurait voulu le consoler mais elle savait dans le même instant qu'elle ne pouvait rien pour lui. Paul devrait résoudre lui-même ses problèmes.

Jessica trouva dans le paquet le Manuel du désert ami. Cela ressemblait au Livre d'Azhar. Elle se demanda si Arrakis avait connu un Manipulateur de religions. Paul regarda les appareils qui se trouvaient dans le paquet et dit à Jessica qu'ils étaient l'indice d'une sophistication incomparable prouvant que la culture Fremen était plus vaste que ce que l'on soupçonnait. Dans le manuel, il était question d'une constellation du ciel arrakeen : Muad’ Dib. Ce mot signifiait la Souris. Paul pensait qu'il était temps d'exaucer le voeu de son père. Il annonça la mort du duc à Jessica. Elle hocha la tête, sans pouvoir parler. Paul expliqua à sa mère que son père l'avait chargé de lui transmettre un message si quelque chose lui advenait. Le duc craignait que Jessica ne pense qu'il se defiait d'elle. Il avait demandé à Paul de dire à Jessica n'avait jamais douté d'elle. Il aurait voulu faire de Jessica sa duchesse. Jessica pleura.

Toute cette eau, elle pensa que c'était du gaspillage stupide. Paul se demanda pourquoi il n'avait pas de chagrin. Cela lui semblait être une tare redoutable. Brusquement, Paul s'éleva d'un échelon supplémentaire dans la perception. Il percevait le futur comme une surface ondulante et sans consistance. Il voyait des gens.

Il connaissait des noms et des lieux, éprouvait des émotions sans nombre et recevait des informations venues de sources multiples. C'était le spectre du plus lointain passé au plus lointain avenir. Il voyait de nouveaux mondes, de nouvelles civilisations. Il voyait les gens de la Guilde. Il pensait qu'il pourrait faire accepter son étrangeté comme une chose familière mais précieuse et que l'épice leur serait assurée. Mais il était effrayé à l'idée de devoir vivre le reste de son existence avec ce même esprit tâtonnant entre les avenirs possibles. Paul avait l'impression que quelque chose devait se briser. Il pensait qu'il était devenu un monstre. Jessica lui demanda ce qu'il avait. Il lui demanda ce qu'elle lui avait fait. Elle répondit qu'elle avait mis au monde. Son instinct comme ses connaissances les plus subtiles avaient dit à Jessica que c'était la réponse qui calmerait Paul. Alors il lui répondit : « laissez-moi » sur un ton de fer et elle obéit.

Il voulut savoir si elle savait ce qu'elle faisait en l'éduquant. Il n'y avait plus de trace de l'enfant dans sa voix. Jessica répondit qu'elle espérait qu'il serait supérieur et différent. Il savait qu'elle n'espérait pas un fils mais un Kwisatz Haderach. Elle répondit que son hérédité était partagée entre son père et elle-même. Paul savait que son éducation ne venait pas de son père. Jessica le sentait au bord de l'hystérie. Paul dit à sa mère qu'il avait eu un rêve éveillé. L'épice était partout et le Mélange étaient comme la drogue des Diseuses de vérité, un poison.

Un poison subtil, insidieux et sans antidote. Un poison qui ne tuait pas si l'on ne cessait pas de le prendre. On ne pouvait pas quitter Arrakis sans emporter une partie d'Arrakis avec soi. Grâce à Jessica, l'épice avait touché la conscience de Paul. Ils étaient pris au piège d'Arrakis et aucun artifice ne les libérerait jamais complètement. L'épice créait une accoutumance, un besoin. Jessica venait de comprendre qu'elle devrait passer sa vie sur cette planète infernale. Son destin était de préserver une lignée qui entrait dans le plan bene gesserit. Paul révéla à sa mère ce qu'avait été son rêve éveillé. Il lui dit d'abord qu'il savait qu'elle portait sa soeur. Avec sa mère, ils trouveraient refuge chez les Fremen. Jessica songea que leur fuite dans le désert était organisée. Paul parla de la Missionaria protectriva qui leur avait préparé un abri. Jessica se demanda comment il pouvait être au courant et elle commença à avoir du mal à repousser la frayeur que faisait naître en elle l'étrangeté de son fils. Paul ressentit un début de compassion à son égard. Paul pouvait voir l'avenir un an à l'avance. Il pouvait discerner une issue possible. Jessica dit qu'il existait un moyen d'échapper aux Harkonnen. Mais Paul répliqua qu'ils étaient eux-mêmes des Harkonnen. L'esprit de Jessica se ferma totalement en entendant ce que venait de dire Paul. Elle comprit que les Atréides était une branche renégate de la famille Harkonnen. Paul dit à sa mère qu'elle était la propre fille du baron. Le baron s'était adonné à bien des plaisirs dans sa jeunesse et il s'était laissé séduire pour les besoins génétiques du Bene Gesserit. Non pas pour mettre un terme à la vieille haine Atréides-Harkonnen mais pour fixer un facteur génétique. Mais Paul n'était pas celui que les Harkonnen attendaient car il était venu avant son temps et les Harkonnen l'ignoraient. Alors Jessica pensa que son fils était bien le Kwisatz Haderach mais il lui dit qu'il était quelque chose d'inattendu. Jessica pensait que l'index des accouplements révélerait ce qui s'était produit. Mais Paul la rassura. Il serait trop tard lorsque les Harkonnen apprendraient son existence. Jessica demanda à Paul ce qu'il était s'il n'était pas le Kwisatz Haderach mais Paul lui répondit qu'il n'était pas possible qu'elle le sache. Elle ne le croirait que lorsqu'elle le verrait. Paul se sentait comme une graine et la sensation d'un but terrible revenait pour l'envahir. Le chagrin l'étouffa.

Sur le chemin qui les attendait, Paul avait vu deux embranchements importants. Le premier conduisait à un vieux baron empli de mal auquel Paul disait : « bonjour, grand-père ». Le second sentier était plein de zones grisâtres et d'éminences violentes. Il portait une religion guerrière et la bannière verte et noire des Atréides flottant à la tête de légions de fanatiques abreuvés de liqueur d'épice. Paul ne voulait pas prendre ce chemin car il savait que c'était ce que voulaient les vieilles sorcières bene gesserit. Paul ne pouvait plus en vouloir au Bene Gesserit, à l'empereur ou même aux Harkonnen. Car tous obéissaient aux besoins de la race de renouveler l'héritage dispersé et de mêler les lignées en un immense bouillon de gènes. Pour cela, il n'existait qu'une manière ancienne : le Jihad.

Jessica lui demanda si les Fremen allaient les accueillir. Paul le lui confirma en précisant que les Fremen l'appelleraient Muad’ Dib, « celui qui montre le chemin ». À présent, Paul pouvait pleurer son père et les larmes roulèrent sur ses joues.

Livre second : Muad’ Dib.

Dans « Dans la maison de mon père », il est écrit que lorsque l'empereur apprit la mort du duc et ses circonstances, il entra dans une fureur que personne ne lui avait jamais connue. Il s'en prit à sa femme et au complot qui l'avait forcé à placer une Bene Gesserit sur le trône. Il s'en prit à la guilde et aux cruels barons. Il s'en prit même à sa fille qui tenta de l'apaiser en lui disant que tout cela avait été fait pour obéir à une vieille loi de sécurité. L'empereur avait deviné ce que cela impliquait pour toute la royauté. La lignée de l'empereur et celle de Muad’ Dib avaient des ancêtres communs.

Paul murmura qu'à présent Harkonnen allait tuer Harkonnen. Jessica avait fait un rêve où ses mains avaient été plongées dans le sable et sur le sable un nom avait été inscrit : duc Leo Atréides. Mais le vent effaçait le nom et Jessica le retraçait. Sa mère l'avait abandonnée et elle se demandait si elle avait éprouvé de la joie à se débarrasser ainsi d'une enfant Harkonnen. Toute sa vie durant, on avait appris à Paul à haïr les Harkonnen et il venait de découvrir qu'il en était un à cause de sa mère. Paul et Jessica sortirent de leur abri. Duncan avait dit à Paul qu'il pourrait tenir assez longtemps s'il était capturé. Jessica suivit son fils avec des gestes automatiques, consciente de vivre désormais dans l'orbite de Paul. À présent, elle existait pour son fils et pour sa fille à venir.

Au loin, Paul put voir les orni des Harkonnen. Paul décida de partir vers le sud en restant à l'abri des rochers.

Dans Conversations avec Muad’ Dib, il est écrit que le respect de la vérité est presque le fondement de toute morale.

Hawat discutait avec un Fremen. Il lui dit qu'il s'était toujours flatté de voir les choses telles qu'elles étaient réellement. 50 brigades Harkonnen avaient attaqué la base ducale d'Arrakeen. Deux légions Sardaukars faisaient partie des assaillants. Hawat avait pris toutes les mesures qui s'imposaient contre des raids surprise par de faux transports d'épice. Mais pour une attaque générale, il n'avait jamais compté sur plus de 10 brigades. 2000 vaisseaux s'étaient abattus sur Arrakis. En tout, 10 légions avaient attaqué. En sous-estimant ce que le baron était prêt à dépenser pour attaquer Arrakis, Hawat avait trahi la confiance de son duc. Il était persuadé que c'était Jessica la traîtresse. Le Fremen annonça à Hawat que Halleck était en sécurité avec une partie de sa troupe auprès des contrebandiers. Le Fremen demanda à Hawat s'il souhaitait rejoindre les contrebandiers.

Hawat répondit qu'il souhaitait qu’on lui ôte la responsabilité de ses blessés. Hawat lui demanda s'il savait quelque chose à propos du duc et de Paul. Le Fremen répondit que le duc avait connu son destin et que Paul était entre les mains de Liet. Hawat lui demanda s'il avait entendu parler de Duncan Idaho. Le Fremen répondit que Duncan se trouvait dans la grande maison quand le bouclier avait été abattu.

Hawat pensait que c'était Jessica qui avait désactivé le bouclier. Le Fremen posa des questions à Hawat au sujet de l'artillerie Harkonnen. Les Fremen avaient saisi un canon pour l'examiner. Les Fremen avaient attaqués les Sardaukars qui portaient la tenue des Harkonnen. Ils avaient fait trois prisonniers pour que les hommes de Liet puissent les interroger. Hawat était impressionné. Le Fremen demanda à Hawat si c'était le gage de l’eau le but de son combat. Hawat discernait maintenant le sens des paroles du Fremen et il répondit que c'était bien le gage de l'eau. Alors le Fremen accepta que leurs tribus se joignent. Le Fremen emporta un mort de la troupe d'Hawat. Une cérémonie serait organisée au cours de laquelle le sang du mort serait bu par les Fremen. C'était cela, le gage de l'eau. Un appareil aérien approchait alors le Fremen demanda à Hawat et à ses hommes de se cacher sous le rocher. Le Fremen sortit une chauve-souris de sa cage qu'il avait cachée sous sa robe. Il lâcha une goutte de salive dans la bouche de l'animal. Puis il prit un petit tube qu'il plaça contre la tête de la chauve-souris. Et il la lança en l'air. La chauve-souris portait un message.

Un orni Atréides qui avait été peint en hâte aux couleurs de combat des Harkonnen plongea vers des Sardaukars qui s'étaient immobilisés sur la crête d'une dune. Ils s'approchèrent en demi-cercle du petit groupe de Fremen dans lequel se trouvait Hawat. Un groupe de Fremen les arrêta et s'empara de l'orni. Un appareil transporteur de troupes arrive mais un pilote Fremen qui s'était emparé d'un orni jeta son engin sur l'appareil transporteur pour le détruire. Il s'était sacrifié pour détruire le transport et cela impressionna Hawat. Une troupe de Sardaukars s'abattit du haut de la falaise. Un Sardaukar tua le compagnon Fremen d’Hawat. Hawat réussit à tirer son couteau avant qu'un projectile de tétaniseur l'atteigne et l'engloutisse dans les ténèbres.

Dans L'Eveil d'Arrakis, il est écrit que Muad’ Dib pouvait voir l'avenir mais n'avait pas toujours la possibilité de contempler ce terrain mystérieux. Et il luttait toujours contre la tentation d'emprunter les voies dégagées craignant que ce chemin n'aboutisse qu'à la stagnation.

Paul reconnut la façon de piloter de Duncan quand les ornithoptères se poser en creux du bassin. Les Fremen recouvrirent les appareils de housses pour les camoufler. Duncan arrive pour les protéger contre l'explosion qui grondait au-dessus d’eux. Duncan appela Paul « Sire ». Pour Paul, ce mot qui avait été toujours adressé à son père lui semblait étrange. Duncan proposa son bouclier à Paul qui le refusa en lui disant que son bras droit suffirait. Jessica pensa que son fils savait comment traiter les siens. Les Fremen emmenèrent Paul et Jessica dans une chambre souterraine aux parois grossièrement taillées. Kynes les attendait. Il se demandait pourquoi il aidait Paul et Jessica car il n'avait jamais rien fait d'aussi dangereux et cela pouvait signifier sa perte en même temps que la leur. Puis il comprit que le duché était toujours debout, du seul fait de l'existence de ce jeune garçon. Jessica observa la salle dans la manière Bene Gesserit. Ils se trouvaient dans une station écologique expérimentale de l’Imperium. Kynes se demandait pourquoi il était là à prêter assistance à ces fugitifs alors qu'il serait si facile de les livrer aux Harkonnen. Paul observa, lui aussi, la salle. Kynes il lui dit qu'il avait parfaitement identifié la salle et lui demanda pourquoi il l’utiliserait. Paul répondit qu'il pourrait utiliser ce laboratoire pour rendre ce monde habitable aux humains. Kynes se dit que c'était peut-être pour cela qu'il avait envie d'aider Paul. Un Fremen surgit d'un recoin dissimulé et s'adressa à Kynes en l'appelant Liet pour lui annoncer que le générateur de champ ne fonctionnait pas. Kynes invita Paul et Jessica à prendre le café dans sa chambre. Paul sonda les lieux. Il sentit qu'il existait une issue secrète derrière les armoires métalliques. Il remarqua que Kynes évitait de l'appeler par son titre. Paul lui montra son anneau et Kynes savait ce que cela signifiait. Paul était désormais duc. Jessica sentait que Kynes était d'acier et que personne n'avait eu le courage de s'attaquer à lui. Paul jouait un jeu dangereux. Paul dit à Kynes que la présence des Sardaukars sur Arrakis indiquait à quel point l'empereur craignait son père. À présent, c'est lui qui allait donner à l'empereur toutes raisons de le craindre. Il demanda à Kynes de l'appeler «Sire » ou « Mon Seigneur ». Kynes le regarda avec admiration. Il accepta de l'appeler Sire. Paul lui dit qu'il était une gêne pour l'empereur et il cita une légende selon laquelle Lisan al-Gaib, la Voix d'Outre-Monde, conduirait les Fremen au paradis. Mais pour Kynes, c'était une superstition. Mais il avait conscience que Paul avait préparé un plan. Paul demanda à Kynes de trouver une preuve de la présence de Sardaukars en uniforme Harkonnen sur Arrakis. Paul pensait que l'empereur remettrait un Harkonnen au pouvoir et affrontait déjà l'éventualité d'un acte d'accusation déposé devant le Lansraad. Kynes répondit qu'il ne pourrait y avoir qu'une seule issue : un conflit généralisé entre l'Imperium et les Grandes Maisons. Paul avait l'intention de soumettre l'affaire à l'empereur lui-même et de lui donner le choix. L'empereur n'avait pas de fils, seulement des filles. Jessica lui demanda s'il visait le trône. Paul répondit que jamais l'empereur ne courrait le risque de voir l'empire s'effondrer dans la guerre totale avec le désordre de tous côtés. Kynes pensait que Paul offrait un choix désespéré à l'empereur. Kynes demanda à Jessica si le plan de Paul pouvait réussir. Elle répondit qu'elle n'était pas Mentat. Mais il précisa que le plan de son fils avait des bons et des mauvais aspects. Paul ajouta que sur la porte de l'empereur il était écrit « la loi est l'ultime science ». Il entendait donc lui montrer la loi.

Paul dit à Kynes que depuis le trône, il pourrait d'un geste de la main, faire d'Arrakis un paradis. Tel était le prix qui lui offrait pour son soutien. Kynes lui répondit que sa loyauté n'était pas à vendre.

Alors Paul lui présenta ses excuses. Puis il lui dit qu'en échange de sa loyauté, il lui offrait la sienne. Kynes trouvait cela absurde car Paul n'était qu'un enfant. Mais Paul lui dit que jamais aucun Atréides n'avait rompu un tel serment. Il était prêt à donner sa vie à Kynes. Kynes l'appela «Sire » et cette fois avec sincérité. Soudain, les Harkonnen attaquèrent. Duncan essaya de les arrêter. Mais déjà, la porte de la chambre de Kynes fut ouverte. Duncan fut tué. Paul et Kynes réussirent à refermer la porte. Kynes dit que la porte pourrait résister 29 minutes. Jessica avait eu le temps de voir que c'étaient des Sardaukars en uniforme Harkonnen.

Kynes les emmena dans un tunnel secret caché derrière les armoires métalliques. Il leur indiqua des flèches lumineuses sur le sol qui les guideraient dans le labyrinthe. À la sortie, un orni les attendrait. Il leur dit que leur seule chance était d'aller à la rencontre de la tempête. Quant à lui, il allait tenter de s'enfuir seul. Il enverrait des Fremen à leur recherche. Puis Jessica et Paul suivirent les flèches qui s'éteignaient derrière eux. Ils se retrouvèrent dans une caverne taillée dans le roc. L’orni était là. L'appareil possédait un masque antidétecteur. Paul lutta contre la pensée qu'ils se trouvaient dans une zone obscure, une zone que nulle vision presciente ne lui avait révélée. Il comprit qu'il avait accordé de plus en plus de crédit à ses pouvoirs prescients et que cela l'avait affaibli en cet instant capital. Il se jura de ne jamais retomber dans le piège. Paul fit décoller l'appareil. À présent, l'éducation et l'entraînement de Paul constituaient leur unique chance avec sa jeunesse et sa vivacité. Il lança l'appareil vers la tempête. Un seul appareil ennemi semblait en mesure de les poursuivre. Paul pilota par instinct. Il se calma en récitant une litanie bene gesserit : « je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit ».

Dans le Manuel de Muad’Dib, il est écrit qu'on vous connaît vraiment à partir de ce que vous méprisez.

Nefud annonça au baron que Paul et Jessica étaient certainement morts. Le baron remarqua que le capitaine avait été sous l'emprise de la drogue au moment où il avait reçu le rapport. Le baron lui demanda s'il avait vu les corps. Le capitaine répondit qu'on avait vu Paul et Jessica disparaître dans une tempête. Le baron lui demanda si Duncan les avaient conduits jusqu'à eux et le capitaine répondit que c'était le cas. Le capitaine précisa que Kynes avait rejoint Paul et Jessica. Le baron se doutait que le nombre d'hommes perdus dans cette opération était élevé. Il ordonna qu'on tue Kynes mais le capitaine répondit que Kynes était au service de l'empereur. Alors le baron demanda que cela ait l'air d'un accident. Le capitaine annonça au baron que les Sardaukars détenaient Hawat. Le capitaine révéla qu'Hawat croyait avoir été trahi par Jessica. Le baron ordonna qu'on laisse croire à Hawat que Jessica était vivante. On ne devrait rien lui dire au sujet du docteur Yueh. Il fallait nourrir ses soupçons à l'égard de Jessica. Le capitaine devrait expliquer aux chefs des Sardaukars que le baron désirait interroger Hawat et Kynes en même temps. Nefud pensait que les Sardaukars voudraient assister à l'interrogatoire. Mais le baron croyait pouvoir créer une diversion propre à écarter tout observateur indésirable. Hawat et Kynes auraient un accident mais seul celui de Kynes serait authentique. Le baron ordonna au capitaine de traité Hawat avec douceur et sympathie et de lui donner à boire et à manger. Dans la boisson, il faudrait ajouter le poison résiduel créé par Piter. L'antidote devrait être régulièrement présent dans ses aliments. Hawat serait le remplaçant de Piter. Il resterait à le convaincre qu'il n'était en rien coupable de la défaite du duc. Que celle-ci était le seul fait de Jessica. Le baron était convaincu que Paul et Jessica étaient morts dans la tempête. Les incroyables dépenses consacrées au débarquement sur cette planète, tous les rapports secrets à l'empereur, tout le vaste plan soigneusement mis au point… Tout cela portait pleinement ses fruits. Un jour, un Harkonnen deviendrait empereur. Il espérait que ce serait Feyd-Rautha. Il y avait en lui une férocité que le baron appréciait. Rabban, neveu du baron entra. Le baron lui annonça la mort de Paul et Jessica. Il lui fit croire qu'Arrakis lui appartenait désormais. Mais Rabban répondit que le baron avait promis cette planète à Piter. Le baron lui annonça la mort de Piter. Rabban crut que le baron s'en était lassé et l'avait fait tuer. Cela mit le baron en colère et il annonça à son neveu que la prochaine fois qu'il s'aviserait de suggérer en paroles qu'il puisse être stupide, il serait sans indulgence. Rabban frémit. Il savait que le baron avait fait exécuter Yueh. Le baron lui expliqua que Yueh était un traître et il ne l'avait pas supprimé sans réfléchir. Rabban lui demanda si l'empereur savait que le docteur Yueh avait été corrompu. Le baron songea que cette question était insidieuse et commença à se demander s'il ne s'était pas trompé sur le compte de son neveu. Le baron lui répondit qu'il expliquerait à l'empereur qu'il avait découvert un docteur qui simulait le conditionnement. Il demanda à son neveu de garder le secret. Il lui promit de n'avoir envers lui qu'une seule exigence : le bénéfice. En effet, le baron avait dépensé des sommes faramineuses pour payer l'intervention de la Guilde dans les transports de soldats. Le baron assurera à son neveu qu'il serait entièrement libre d'agir sur Arrakis à condition qu'il lui fournisse un bénéfice. Rabban révéla au baron qu'il avait rencontré certains de ses anciens lieutenants qui avaient servi de guides au Sardaukars. Ils lui avaient appris qu'une bande de Fremen avait tendu une embuscade à un parti de Sardaukars. Le baron refusa de croire que les Fremen soient capables de tuer des Sardaukars. De plus, les Fremen avaient déjà mis la main sur le redoutable Hawat. Le baron était persuadé que les lieutenants de Rabban avaient vu des soldats Atréides déguisés en Fremen. Mais son neveu répliqua que les Sardaukars venaient de déclencher un pogrom contre tous les Fremen. Le baron était inquiet à cause des populations qui visaient dans les cités. Il subsistait quelques Maisons Mineures avec des gens ambitieux capables de quitter Arrakis avec quelque déplaisante histoire à raconter sur ce qui venait de se passer. Le baron ordonna à son neveu de prendre des mesures pour s'assurer un otage de chaque Maison Mineure. Chacun devrait croire que tout ceci n'était qu'une lutte de Maison à Maison. Le baron ferait croire que le duc s'était vu offrir la grâce habituelle ainsi que l'exil qu'il avait trouvé la mort dans un accident malheureux. Quant à la présence des Sardaukars sur Arrakis, elle ne devrait être que prétexte à rire. Rabban demanda des précisions sur le contrebandier et le baron lui répondit que nul ne croyant en l'existence des contrebandiers. Le baron attendait donc deux choses d'Arrakis, des bénéfices et un gouvernement sans merci.

Rabban parla de Kynes qui représentait l'empereur. Il était très lié aux Fremen. Il avait épousé une femme Fremen. Le baron lui répondit que Kynes serait mort lorsque la nuit viendrait. Rabban rétorqua que c'était une dangereuse action de tuer un serviteur de l'empereur. Le baron ordonna à son neveu de faire une déclaration pour annoncer que l'empereur l'avait chargé de prendre possession d'Arrakis pour mettre fin à toute querelle. Puis le baron ordonna à son neveu de partir. Après quoi, le baron songea que Rabban était décidément un esprit musclé et blindé qui serait redouté par la population. Lorsque son cher Feyd Rautha arriverait, il serait accueilli à bras ouverts, comme un libérateur.

Dans Histoire de Muad’Dib enfant, il est écrit qu'à 15 ans, Muad’Dib avait déjà appris le silence.

Paul, luttant aux commandes de l'ornithoptère, prit conscience qu'ils échappaient aux forces de la tempête. Ses facultés de perception étaient supérieures à celles d'un Mentat. Il guettait l'approche d'une turbulence. Le tourbillon apparut. Alors, il inclina l'ornithoptère sur la gauche. L'appareil fut saisi par le tourbillon qui les enveloppa. Grâce à cette manoeuvre, Paul put se libérer de la tempête. Jessica avait senti que le combat contre la tempête avait duré 4 heures. Ils avaient échappé à la tempête mais ils n'avaient pas encore atteint l'image que Paul avait perçue grâce à sa vision presciente. Il approchait d'une nouvelle perception qui, sans la litanie magique, n'aurait pu être. Des paroles de la Bible catholique Orange flottèrent dans sa mémoire : ne nous manque-t-il pas des sens qui nous permettent de voir et d'entendre cet autre monde qui est tout autour de nous ? Paul posa l'appareil et demanda à sa mère de courir vers les rochers. Les vers allaient s'emparer de leur appareil. Paul s'empara du paquet à l'arrière de l'appareil et suivit sa mère. Le ver détruisit l'ornithoptère. Paul entraîna sa mère dans l'abri d'un creux et se retourna pour observer le désert. Il vit le ver s'éloigner. Paul avait déjà vu ce désert était sur Caladan. L'image s'était infiltrée dans son esprit mais dans sa vision, Duncan était avec eux. À présent, Duncan était mort. Paul et Jessica marchèrent longtemps. Ils s'arrêtèrent pour manger. Paul conseilla à sa mère de boire toute son eau. Jessica sentit alors son énergie revenir.

Paul demanda à sa mère comment elle se sentait et elle répondit que sa soeur ne naîtrait pas avant plusieurs mois et elle se sentait encore physiquement en forme. Elle se rendit compte qu'elle craignait son fils et son étrangeté. Il expliqua à sa mère qu'ils devraient poursuivre leur chemin en faisant des bruits sans rythme pour ne pas attirer les vers. Ils descendirent jusqu'à une fissure dans le désert. Mais ils furent ensevelis par une avalanche de sable. Paul se calma grâce à l'éducation bene gesserit et reprit son escalade jusqu'à ce qu'il trouve une des murailles de la fissure. Alors il se mit à creuser lentement et découvrit sa mère. Elle était vivante. Elle avait suspendu sa respiration grâce à son éducation bene gesserit. Paul l'entraîna vers le bas de la pente puis il la posa au sol. Il prononça le mot qui devait la sortir de sa catalepsie. Elle se réveilla lentement. Mais Paul avait perdu le paquet avec tout ce qu'il contenait d'important : l'eau, latente. Il ne lui restait plus que le paracompas, le couteau et les jumelles. Paul sentit de l'épice et se dirigea vers la source de l'odeur. Il brida le rythme de ses pas pour ne pas attirer les vers. Il atteignit les agissements d'épice et en recueilli une brassée dans sa robe. Puis il répandit toute l'épice devant Jessica. Il démantela le paracompas à l'aide de son couteau. Il en retira la pile. Il aspira une gorgée d'eau et la recracha dans l'ouverture du cadran. Puis il ouvrit la pile et répandit les cristaux dans l'eau. Il remit le couvercle du paracompas tout en ôtant le bouton de réglage. Puis il prit l'instrument d'une main et une poignée d'épice de l'autre et remonta vers le haut de la fissure. Une écume verte surgit par le trou correspondant au bouton de réglage. Paul la dirigea vers le sable puis il creusa. Il jeta une nouvelle pincée d'épice dans le paracompas et la mousse réapparut. Lentement, l'excavation devint de plus en plus profonde. Elle atteignit le niveau du fond du bassin rocheux et le paquet n'apparaissait toujours pas. Jessica creusa encore et finit par trouver le paquet. Paul aida sa mère à sortir du trou. Malgré le succès de l'opération, Paul s'en voulait car il avait été inconscient.

Il monta la tente. Il prit ses jumelles et observa le désert. Il remarqua des plantes. Il pensa que les Fremen avaient installé un site dans les parages. Un ver apparut sur leur droite puis disparut. Jessica annonça à son fils qu'elle allait poursuivre les leçons qu'elle lui avait données car, aujourd'hui, il avait paniqué. Il fallait qu'il parvienne à contrôler chacun de ses muscles.

Dans Conversation avec Muad’Dib, il est écrit que Paul s'était émoussé en quittant Caladan. Il avait payé le prix que les hommes ont toujours payé pour jouir du paradis.

Halleck rencontra le contrebandier Staban Tuek. Halleck savait que le père du contrebandier avait été tué par les Harkonnen. Le contrebandier pensait que ça pouvait être aussi de la faute du traître qui s'était glissé parmi les Atréides. Halleck lui demanda de noblesse traître. Le contrebandier répondit qu'il n'en était peut-être pas certain. D'après Hawat, c'était peut-être Jessica. Et le contrebandier savait qu'Hawat était prisonnier des Harkonnen. Le contrebandier annonça à Halleck qu'il saurait l'utiliser lui et ses hommes mais qu'il n'hésiterait pas à le tuer s'il tentait la moindre action ouverte contre les Harkonnen. Halleck ne comprenait pas pourquoi il les défendait alors qu'ils avaient tué son père. Le contrebandier répondit qu'il entendait protéger son contrat avec la Guilde. Il pensait que Jessica était morte car c'est ce que disaient les Harkonnen. Selon ses dernières informations Paul et Jessica s'était perdu dans une tempête, en plein désert. Il annonça à Halleck que Rabban la bête allait prendre place sur le trône de Dune. Halleck avait un compte personnel à régler avec Rabban. C'était Rabban qui lui avait fait une cicatrice au visage et qui avait tué sa famille. Le contrebandier conseilla à Halleck de se mettre à son service pour pouvoir payer son voyage et quitter Arrakis. Mais Halleck voulait rester avec ses hommes. Le contrebandier lui conseilla d'agir lentement et le jour de sa revanche viendrait. Halleck accepta de rester parmi les contrebandiers jusqu'au jour où Tuek lui dirait de venger son père. Mais le contrebandier répondit qu'il vengerait lui-même son père. Le contrebandier lui annonça que les Fremen étaient pourchassés parce qu'ils avaient tué des Harkonnen. Mais Halleck pensait que c'était des Sardaukars. Le contrebandier pensait que c'était des rumeurs. Tuek lui demanda de choisir entre lui et les Fremen. Halleck choisi de rester avec le contrebandier. Le contrebandier et espérait qu' Halleck réussirait à convaincre ses hommes de le suivre avec le contrebandier. Un de ses hommes lui annonça qu'il y avait un mourant qui désirait une chance alors Halleck prit son instrument et chanta pour lui. Désormais, ils n'étaient plus que 73.

Dans Dans la maison de mon père, il est écrit qu'une nouvelle esclave-concubine avait été présentée à l'empereur mais il l'avait refusée car elle était trop belle. Il décida de la réserver pour un cadeau.

Durant la nuit, Paul et Jessica quittèrent leur refuge. Paul avait planté le marteleur. Ils disposeraient d'environ 30 minutes pour franchir les 4 km qui les séparaient de l'endroit où ils désiraient se rendre. Paul conseilla à sa mère de marcher sans rythme. C'était ainsi que les Fremen marchaient dans le sable. Paul et Jessica devaient émettre les mêmes bruits que le sable dans sa chute naturelle sous l'effet du vent. Le marteleur émettait un bruit de tambour. Ils atteignirent la moitié de la distance quand le ver arriva. Ils continuèrent de marcher et Paul conseilla à sa mère de courir.

Ils atteignirent les rochers. Le ver était à leur poursuite. Il attaqua les rochers. Paul attira sa mère plus avant dans le refuge. L'odeur de la cannelle recouvrait tout. Paul se demanda quel rapport existait entre le ver et le Mélange qui produisait cette odeur de cannelle. Puis le ver s'en alla. Il avait été attiré par le bruit d'un second marteleur. Paul pensait que c'était les Fremen qui avaient installé ce second marteleur. Les Fremen avaient marqué un chemin sur la falaise avec des piquets. Paul et Jessica se retrouvèrent au seuil d'une crevasse ténébreuse.

Il y avait des marches qui s'achevèrent dans un étroit défilé d'environ 20 m de long débouchant sur un creux baigné de lune.

Jessica se sentit saisie par la beauté du lieu. À gauche, la paroi du bassin était obscure mais, à droite, elle semblait couverte de givre. Au centre, un jardin de buisson, de cactées, de pousses rêches. Paul pensait que c'était un site Fremen. Paul aperçut des souris. Puis un grand oiseau gris et fantomatique s'envola au-dessus du bassin. Tout à coup, un homme les interpella. Celui qui venait de les interpeller avait réussi à progresser jusque-là en ne produisant que les bruits naturels du désert. Une seconde voix s'éleva sur leur gauche. Paul ressentait le frôlement de la peur et il en connaissait la raison. Ce moment était obscur. Il n'appartenait à aucun des avenirs qu'il avait vus. Sa mère et lui étaient à la merci de deux Fremen sauvages qui n'en voulaient qu'à l'eau que recelait la chair de deux corps vulnérables.

Dans L'Eveil d'Arrakis, il est écrit que la religion Fremen est à la source des Piliers de l'Univers dont les Qizara Tafwid sont les représentants avec les signes, les preuves et la prophétie.

Les Harkonnen avaient abandonné Kynes sans eau ni distille en espérant que le désert aurait raison de lui. Ils avaient trouvé cela amusant. Kynes entendit la voix de son père qu'il croyait mort depuis longtemps. Il pensait qu'il délirait. Il y avait des charognards autour de lui et il espérait que les Fremen les verraient et viendraient.

Kynes entendait son père lui répéter ce qu'il lui disait quand il était enfant. Son père lui disait qu'il fallait s'éloigner de la masse d'épice en gestation près de laquelle se trouvait Kynes. L'eau était proche. À une centaine de mètres sous lui. Et un ver allait venir mais il n'avait aucun moyen de le capturer et de l'utiliser.

Un faucon se posa près de Kynes. Il bougea sa main pour faire partir l'oiseau. Mais le faucon s'approcha à nouveau. Le père de Kynes avait dit que le peuple ne pourrait connaître plus terrible désastre que de tomber aux mains d'un héros. Kynes avait envoyé un message aux Fremen pour qu'ils trouvent Paul et le protègent. Dans les profondeurs du sable, une bulle énorme de gaz carbonique s'était formée et montait vers la surface. Le tourbillon de sable prit Kynes et l'entraîna dans des ténèbres fraîches. Puis, en cette seconde où sa planète le tuait, Kynes s'est dit que son père se trompait. Les principes permanents de l'univers demeuraient encore l'accident. Les faucons eux-mêmes savaient cela.

Dans Réflexions personnelles sur Muad’ Dib, une réflexion était portée sur le prophète et sa façon de façonner l'avenir afin qu'il corresponde à sa prophétie.

Paul avait compris que sa mère était prête au combat et qu'elle attendait son signal. Les Fremen employèrent une des anciennes langues de chasse mais Paul comprit que l'un des deux Fremen venait de dire que peut-être Paul et Jessica étaient peut-être les étrangers qu'ils cherchaient. Une troupe entière arriva. Un homme de haute taille s'avança vers Jessica. Il demanda à Jessica s'ils étaient des djinns ou des humains. Jessica lui demanda qui avait surgi de la nuit comme un assassin. L'homme reconnut l'habileté de Paul. Il admit que s'ils essayaient de fuir les Harkonnen ils pouvaient être les bienvenus parmi les Fremen. Paul lui demanda pourquoi ils accueilleraient des fugitifs. L'homme répondit qu'il n'était pas celui qui payait le tribut d'eau aux Harkonnen.

Paul sentit que l'homme savait qui ils étaient. Il se présenta sous le nom de Stilgar. Paul se rappela avoir vu cet homme venir au conseil réclamer le corps d'un ami tué par les Harkonnen. Stilgar avait reconnu la bravoure de Paul qui avait réussi à traverser dans le sillage de Shai-hulud. Jessica avait senti dans la voie de l'homme qu'elle avait déjà été exclue de ses pensées. Stilgar dit à son compagnon que Paul pouvait être le Lisan al-Gaib. Stilgar évoqua une chauve-souris et Jessica comprit que cet animal avait été envoyé avec un message ordonnant aux Fremen de les rechercher, elle et son fils. Stilgar demanda à Jessica de se présenter et elle répondit qu'elle était la mère de Paul. Elle précisa que la force que Stilgar avait décelé en Paul était le fruit de l'éducation qu'elle lui avait donnée. Stilgar lui demanda si elle était une révérende mère. Elle répondit non. Alors Stilgar il annonça qu'il allait emmener son enfant et qu'il ne pouvait l'accueillir, elle, car elle risquerait de provoquer la destruction de toute une tribu. C'était leur loi. Il tenta de tuer Jessica mais en quelques mouvements elle réussit à maintenir l'homme sans défense devant elle. Tandis que Paul neutralisa le second Fremen. Tout à coup, des projectiles miaulèrent sur les rochers alentour et l'un d'eux troua la robe de Paul. Stilgar ordonna à ses hommes de reculer. Jessica ordonna qu'on arrête de poursuivre son fils. Stilgar lui demanda pourquoi elle n'avait pas dit qu'elle était une magique et une guerrière.

Jessica lui ordonna de replier ses hommes au fond du bassin. Puis elle lui dit qu'il cherchait le Lisan al-Gaib. Stilgar reconnut qu'il avait pensé avoir trouvé ceux de la légende. Mais il voulait en avoir la preuve.

Jessica ordonna à Stilgar de dire à un homme derrière un buisson de cesser immédiatement de la mettre en joue. Puis elle lui demanda d'expliquer clairement à ses gens ce qu'il attendait d'elle. Stilgar avait reconnu l'art étrange que Jessica savait pratiquer. Jessica promit de lui apprendre et Stilgar accepta de lui apporter son soutien. Alors Jessica le relâcha. Stilgar demanda à Jessica comment les Fremen pouvaient être certain qu'elle allait remplir sa part du marché. Elle répondit que les Bene Gesserit ne trahissaient pas leur parole. Il y eut des murmures. Les Fremen parlèrent de sorcière Bene Gesserit. Une voix dit que c'était la légende. La légende disait que le fils d'une Bene Gesserit conduirait les Fremen au paradis. Jessica songea que la Missionaria Protectiva étaient parvenues à implanter des soupapes de sûreté religieuse dans cet enfer. Jessica se souvint d'une carte que Kynes lui avait montrée alors qu'il leur préparait le chemin pour fuir. Elle avait vu le nom de Stilgar à proximité d'un lieu nommé Sietch Tabr alors elle évoqua ce nom. Elle vit qu'elle avait touché juste. Stilgar remarqua que Paul avait réussi à neutraliser deux de ses hommes. Il fut surpris que même Paul connaisse l'art étrange.

Paul se retrouva en face d'une Fremen qui avait pointé sur lui une arme. Elle lui annonça qu'elle ne lui aurait pas permis de frapper ses compagnons. Elle s'appelait Chani. C'était un visage familier qui avait habité les visions prescientes de Paul. Il était troublé. Il avait déjà décrit ce visage à la révérende mère. Il savait qu'il la connaîtrait un jour. Stilgar offrit à Paul et à Jessica le mouchoir du bakka pour que l'on sache qu'ils appartenaient désormais au sietch de Stilgar. Stilgar ordonna à Chani de prendre Paul sous son aile. Pour le moment les Fremen appelaient Paul « l'enfant-homme ». Ils lui donneraient un autre nom quand viendrait le moment de l'épreuve de raison. Jessica compta 40 Fremen et remarqua qu'ils marchaient comme des militaires. Ils se dirigèrent vers la Caverne des chaînes. Chani conseilla à Paul de regarder où il marchait. Il ne devait frôler aucun buisson pour ne laisser aucun indice de son passage. Jessica songea que les Fremen formaient une société militaire et que c'était une puissance inestimable pour un duc hors-la-loi.

Dans La Sagesse de Muad’ Dib est, il est écrit que les Fremen possèdent cette qualité que les anciens appelaient le « spannungs-bogen ». C'était le délai que l'on s'impose soi-même entre le désir que l'on éprouve pour une chose et le geste que l'on fait pour se l'approprier.

À l'aube, ils approchèrent de la Caverne des chaînes. Stilgar détacha des hommes en éclaireurs. Puis ils se retrouvèrent dans une salle profonde et vaste dont le plafond voûté était juste hors de portée d'une main tendue.

Chani demanda à Paul de se reposer et de se tenir à l'écart. Elle lui donna deux tablettes qui sentaient fortement l'épice.

Stilgar entraîna Jessica au-delà d'un pan de rochers vers la source de lumière. Elle découvrit un autre bassin large de 20 km entouré d'immenses murailles et parsemé de plantes. Stilgar lui montra les véritables Druses. C'était le peuple de Stilgar. Jessica lui demanda si elle avait compromis sa position de chef en le maîtrisant. Il répondit qu'elle ne l'avait pas défié. Il savait que ses hommes espéraient apprendre l'art étrange et certain étaient curieux de voir si Jessica allait le défier. Jessica lui demanda quel rapport la Guilde avait avec l'épice. Il répondit que les Fremen payaient la Guilde des sommes monstrueuses en épice pour qu'aucun satellite ne puisse les espionner. Jessica voulut savoir ce que les Fremen faisaient sur Arrakis qui ne devait pas être vu. Stilgar répondit qu'ils changeaient lentement Arrakis pour qu'elle accepte la vie humaine. Jessica lui répondit que le prix de la corruption avait un danger. Il tendait à augmenter, de plus en plus. Stilgar rétorqua que la manière la plus lente était la plus sûre.

Stilgar ne pouvait admettre un ver dans ce bassin. Les Fremen appelaient les vers, les faiseurs. Jessica avait vu un mirage dans lequel des Fremen chevauchaient un ver géant. Jessica avait senti que Stilgar lui offrait plus qu'une protection. Elle se demanda s'il avait besoin d'une femme. Elle pourrait remplir ce rôle. Ce serait une façon de résoudre le conflit pour l'autorité, la femelle s'alignant sur le mâle. Stilgar lui expliqua que si elle lui enseignait ses pouvoirs, un jour viendrait ou l'un d’eux devrait défier l'autre. Stilgar préférait une autre solution. Il ne se proposait pas nécessairement comme compagnon car cela pouvait amener certains de ses plus jeunes hommes à penser qu'il se préoccupait trop des plaisirs de la chair et pas assez des besoins de sa tribu. Pour Stilgar, c'était le chef qui maintenait le statut des individus. Trop peu d'individus, et le peuple redevenait un troupeau. Jessica pensait que Stilgar était digne de sa position. Stilgar pensait que son peuple avait besoin de prospérer afin de couvrir un plus vaste territoire. Jessica reconnut qu'elle l'avait sous-estimé. Stilgar s'en était douté. Il lui proposa son amitié. Il lui expliqua que les Sayyadina, les révérendes mères des Fremen, lorsqu'elles ne représentaient pas l'autorité consacrée, conservaient une place d'honneur en enseignant. Elles maintenaient la puissance de Dieu chez les Fremen. Jessica lui parla de la légende selon laquelle une Bene Gesserit et son enfant détenait la clé de l'avenir des Fremen. Elle demanda à Stilgar s'il pensait qu'elle était cette Bene Gesserit. Stilgar répondit qu'il ne le savait pas. Jessica connaissait la phrase clé de la Missionaria protectriva et savait comment adapter les techniques de la légende et de la peur à ses exigences immédiates mais elle percevait des modifications profondes comme si quelqu'un était venu parmi les Fremen et avait joué sur l'empreinte laissée par la Missionaria protectriva.

Jessica s'abandonna à l’adab, la mémoire qui se déversait en elle-même. Elle dit : «Ibn qirtaiba ». Les yeux de Stilgar s'agrandirent. Jessica pouvait voir un Fremen avec le Livre des Exemples au Sadus du Jugement. Elle fut envahie d'un tremblement. Stilgar lui dit que si le Shai-hulud acceptait, elle pourrait passer révérende mère.

À présent, Jessica devait jouer le rôle d'Auliya, l'Amie de Dieu. Jessica se rendit compte à quel point les Fremen avait été imprégnés des paroles bene geserit puisqu'ils avaient nommé leurs prêtresses des révérendes mères. Paul avait mangé la nourriture que lui avait donnée Chani. Jamais encore, il avait absorbé autant d'épice concentrée il en avait éprouvé de la frayeur. L'épice avait la capacité de lui procurer des visions prescientes. À présent, il pouvait percevoir le but terrible. Il se laissa aller sur le sol, abandonnant toute résistance. Il lui fallait se maintenir dans la perception du présent. Il put déceler la monumentale régularité du mouvement du temps. Il comprit que la prescience était à la fois source de précision et d'erreur significative. La dépense d'énergie lui révélait ce qu'il voyait et le modifiait en même temps. D'innombrables lignes tracées à partir de cette caverne menaient à l'image de son cadavre, de son sang répandu par un couteau.

Dans Dans la maison de mon père, il était écrit que l'empereur avait 72 ans quand il avait décidé la mort du duc Leto et la restitution d'Arrakis aux Harkonnen. Il représentait une dynastie dont les origines se perdaient dans le temps mais il lui était interdit d'avoir un fils légal. Son épouse avait obéi à ses soeurs supérieures au contraire de Jessica. L'histoire avait établi que c'était Jessica qui avait été la plus forte.

Jessica s'était abandonnée au sommeil total après sa grande fatigue. Elle se demanda comment informer le sanctuaire d'Arrakeen de leur sort. Elle avait remarqué que Paul avait été absent, comme surgi d'entre les morts et à peine conscient de son retour. Stilgar lui annonça que Jamis avait exigé la preuve que Paul et Jessica étaient ceux de la légende. Il voulait un combat singulier avec Paul. Jessica voulait combattre elle-même mais cela s'opposait à leur interprétation de la légende.

Jamis voulait sa revanche avec Paul qui l'avait terrassé la nuit précédente. Stilgar annonça à Jamis que si Paul ne le battait pas alors c'était son propre couteau qu'il devrait rencontrer ensuite. Jessica dit à Jamis que s'il frappait son fils, il devrait l'affronter. Paul n'avait pas peur malgré l'image du couteau planté dans son corps qu'il avait vue la nuit précédente. Jessica regarda Jamis et elle mit un gémissement dans sa voix et un appel au dernier mot. Jamis la regarda avec crainte. Jamis demanda à Stilgar de la faire taire. Stilgar ordonna à Jessica de se retirer.

Jessica eut le temps de voir Chani chuchoter à l'oreille de Paul tout en montrant Jamis de la tête. Un cercle se forma. Jamis s'avança à l'intérieur du cercle. Il enleva sa robe puis son distille. Il tenait son krys dans la main droite. Chani tendit un krys à Paul. Jessica songea que son fils avait appris le combat à une école mortelle avec des hommes comme Duncan et Halleck. Il semblait confiant. Paul portait la tenue de combat qu'il avait gardée sous son distille. Il se souvenait des recommandations de Gurney : « le bon combattant au couteau doit penser simultanément à la pointe, à la lame et à sa garde. La pointe peut trancher, la lame peut percer et la garde peut aussi bien prendre au piège la lame de l'adversaire ». Mais le krys n'avait pas de garde et Paul ignorait la résistance de la lame. Il n'avait pas de bouclier et il se rendit compte à présent que le bouclier faisait intimement partie de ses réactions. Jamis lança le défilé rituel : « puis le couteau trancher et briser ». Alors, la lame devait se casser, pensa Paul. Il avait peur. Alors il répéta mentalement la litanie bene gesserit : « La peur tue l'esprit… ». Il sentit ses muscles se dénouer. Il était calme, prêt. La défense de Paul était d'une terrible rapidité mais, à chaque parade, il prenait exactement la position qui lui aurait permis de dévier en partie le coup de son adversaire sur son bouclier. Il contera un coup de Jamis et le blessa à la main. Il lui demanda s'il abandonnait mais Jamis voulut continuer. Stilgar annonça à Paul que nul ne pouvait abandonner. La mort était la seule conclusion. Jessica se demanda si son fils qui n'avait jamais tué un homme pourrait le faire. Jessica lut l'ombre du désespoir sur les traits de Jamis. Alors elle éprouva de la pitié pour lui. Paul continuait de se déplacer sans attaquer. Il avait senti la peur chez son adversaire. Duncan lui avait enseigné que lorsque son adversaire avait peur de lui, il fallait laisser les rênes libres à la peur pour qu'elle fasse son oeuvre. L'homme terrifié commettait une erreur fatale, en général. Une rumeur monta de l'assistance. Les Fremen croyaient que Paul jouait avec Jamis et qu'il était inutilement cruel. Jamis avait tenté une feinte en passant son couteau de la main droite à la main gauche. Mais Paul avait appris par Gurney qu'il fallait penser au couteau et non à la main qui le tenait car le couteau était plus dangereux que la main. Paul passa son couteau d'une main à l'autre en un éclair et se jeta de côté pour frapper son adversaire à la poitrine. Jamis fut tué. Les Fremen emportèrent le corps de Jamis. Jessica se précipita sur son fils. Elle pensait qu'il ne devait pas se réjouir d'avoir tué un homme. Jessica remarqua l'admiration sur le visage de Chani. Elle mit tout le mépris possible dans sa voix et son attitude et demanda à Paul quelle l'impression ressentait le tueur. Paul se raidit comme si elle venait de le frapper. Stilgar s'adressa à Paul sur un ton mesuré et froid pour lui dire que lorsque le moment viendrait ou il le défirait il ne fallait pas espérer jouer avec lui ainsi qu'il l'avait fait avec Jamis. Les paroles de Jessica et de Stilgar s'imprimèrent en Paul pour accomplir leur oeuvre. Paul regarda les Fremen et put sentir dans leurs regards de l'admiration, de la peur mais aussi du dégoût. Jessica annonça à Stilgar que Paul n'avait jamais encore tué un homme avec une arme blanche. Stilgar était incrédule. Paul dit à sa mère qu'il ne voulait pas tuer. Jessica sentit que, lentement, Stilgar acceptait la vérité. Stilgar comprit pourquoi Paul avait invité Jamis a abandonné. Désormais, il ne l'appellerait plus garçon. Une voix lança qu'il fallait un nom à Paul. Stilgar acquiesça. Comme il discernait la puissance en Paul, une puissance semblable à celle d'un pilier, il décida d'appeler Paul Usul, la base de pilier. Ce serait le nom secret de Paul, son nom de soldat. Seuls les hommes du Sietch Tabr auraient droit de l'employer.

Jessica comprit qu'ils acceptaient son fils et en même temps ils l'acceptaient elle aussi. Elle était vraiment la Sayyadina. Stilgar demanda à Paul qu'elle nom d'homme il voulait qu'on choisisse pour lui. Des fragments de cet instant correspondaient à sa mémoire presciente mais les différences lui semblaient physiques. Paul demanda quel nom les Fremen donnaient à la petite souris car il se souvenait des petits bruits de pattes dans le bassin de Tuono. Stilgar répondit qu'ils l'appelaient Muad’ Dib. Jessica se raidit car Paul lui avait déjà dit ce nom. Il avait prévu que les Fremen l'accepteraient sous ce nom. Elle eut à la fois peur de lui et peur pour lui.

Paul eut à nouveau la vision de légions de fanatiques suivant la bannière noire et verte des Atréides, laissant dans l'univers un sillage d'incendies et des pillages au nom de leur prophète, Muad’ Dib. Cela ne devait pas être, se dit-il.

Paul demanda l'autorisation d'être appelé Paul-Muad’ Dib car il ne voulait pas abandonner entièrement le nom que lui avait donné son père. Cela n'était dans aucune de ses visions. Paul avait agi différemment. Stilgar accepta et lui souhaita la bienvenue parmi les Fremen. Les Fremen l'étreignirent en prononçant le nom d'Usul. Stilgar déclara qu'après en Paul appartenait à l’Ichwan Bedwine. Puis Jessica offrit sa réserve d'eau. Stilgar accepta à condition qu'elle accepte d'être remboursée au taux du désert.

Dans La Sagesse de Muad’ Dib, il est écrit que Dieu avait créé Arrakis pour éprouver les fidèles.

La cérémonie funèbre en l'honneur de Jamis commença. Jessica était préoccupée par l'humidité. Elle voulait prévenir Paul que ce n'était pas parmi les Fremen qu'il pouvait trouver une épouse digne d'un duc. Chani annonça à Paul et à Jessica que les Fremen étaient en train de récupérer l'eau de Jamis. Paul annonça à Jessica que les Fremen avaient dit que cette eau était à lui. L'eau du combat appartenait au vainqueur. Mais Paul ne voulait pas de cette eau. Jessica conseilla à son fils d'accepter cette eau. Paul comprit que refuser l'eau serait refuser les pratiques Fremen. Il dit alors : « de l'eau vient toute vie ». C'était un extrait de la Bible catholique Orange. Jessica se demanda comment il avait pu apprendre cela car il n'avait jamais étudié les mystères.

Derrière Jessica, des hommes se mirent en mouvement et tendirent un rideau devant l'entrée de la caverne. C'étaient les amis de Jamis. Jessica conseilla à Paul de faire ce que les Fremen faisaient. Chani prit la main de Jessica. Elle a l'emmena à l'écart. Paul se sentit abandonné. Les Fremen poussèrent Paul à l'intérieur du cercle qui s'était formé autour de Stilgar. Les hommes s'accroupirent auprès d'un amas aux formes anguleuses que recouvrait une robe. Stilgar s'empara de la robe pour le mettre sur son épaule. Paul put découvrir les objets de Jamis. Il y avait un instrument de musique. Stilgar offrit une partie des objets à la femme de Jamis et aux gardes. Il offrit à Paul le marqueur du service à café de Jamis. Le krys de Jamis serait offert à la plaine funèbre. Chaque ami de Jamis eut une parole pour lui avant de prendre un de ses objets. Jessica prit un mouchoir dans l'amas d'objets et dit qu'elle était une amie de Jamis et qu'elle était reconnaissante que l'esprit des esprits qui était en lui ait épargner son fils.

Paul se rappela une bobine que lui avait projetée sa mère sur le culte des morts. Maintenant, il savait ce qu'il devait faire. Il se leva. Il prit la balisette de Jamis en déclarant être un ami de Jamis. Il dit également que Jamis lui avait appris que lorsque l'on tue, on paye le prix.

Il versa des larmes. Les Fremen s'en aperçurent. C'était perçu comme un cadeau au royaume des ombres. Les larmes qui seraient sacrées.

Paul comprit que l'eau, c'était la vie elle-même avec son symbolisme et ses rites. Paul se trouva tout à coup isolé. C'était le témoignage du respect de l'assistance. Chani psalmodia des paroles pour Jamis. Paul s'approcha d'elle et elle lui demanda de se mettre à genoux. Elle guida ses mains jusqu'au sac à eau et demanda que la tribu l'accepte par cette eau.

Stilgar présenta des anneaux. Chani en accepta un et proposa à Paul l'ensemble des anneaux passés à son doigt. Paul accepta. Puis il lui demanda si elle pouvait les conserver pour lui. Surprise, Chani regarda Stilgar. Stilgar déclara que Paul ne connaissait pas encore leurs coutumes et demanda à Chani de garder les anneaux pour lui. Stilgar appela deux hommes qui étaient les maîtres d'eau. Ils prirent le sac.

Stilgar emmena l'assemblée hors de la caverne. Jessica entendit la muraille se refermer derrière eux. Paul ressentit le souffle d'air humide. Puis ils se retrouvèrent devant un escalier en spirale. La troupe se retrouva dans un vaste espace avec un plafond haut et voûté. Paul entendit le bruit de gouttes qui tombaient. Les Fremen furent soudain encore plus silencieux. Paul avait vu cet endroit en rêve. Paul sentit qu'il serait difficile de détourner le fléau du but terrible. Les Fremen se déployèrent sur une seule ligne pour se diriger vers une barrière basse taillée à même le rocher.

Paul distingua une étendue d'eau. Les maîtres d'eau déversèrent leurs fardeaux sous le contrôle d'un compteur. Stilgar expliqua à Jessica qu'ici ils pouvaient disposer de 38 millions de décalitres d'eau. Lorsqu'ils auraient atteint la quantité suffisante, ils seraient en mesure de changer le visage d'Arrakis.

Jessica comprit que les Fremen était un peuple avec un but. C'était un des éléments essentiels dont Paul avait besoin. Il serait facile de faire naître de la ferveur au sein d'un tel peuple. Paul, en suivant Chani, sentit qu'un moment vital pour lui venait de s'enfuir et qu'il avait manqué l'occasion d'une décision essentielle et qu'il était pris désormais dans son propre mythe.

La troupe regagna la caverne principale. Chani demanda à Paul de lui parler des eaux de son monde natal. Il lui promit de lui en parler une autre fois. Jessica remarqua la féminité dans la voix de Chani qui était pourtant encore une enfant. Il fallait qu'elle mette Paul en garde. Paul se mit à chanter une chanson de Gurney. C'était une chanson d'amour. Jessica prit peur. Paul pensa que sa mère était son ennemie.

Dans Les Dits de Muad’ Dib, il est écrit que le concept de progrès agit comme un mécanisme de protection destiné à nous isoler des terreurs de l'avenir.

Aux jeux familiaux, pour son 17e anniversaire, Feyd-Rautha tua son centième esclave-gladiateur. Le vieux baron avait décrété que d'un méridien à l'autre le labeur cesserait et dans la cité familiale d'Harko, on avait fait des efforts pour donner l'illusion de la gaieté. Les observateurs de la cour impériale, le comte et Dame Fenring avaient remarqué les tas de détritus et la démarche furtive des gens. Il y avait des gardes de toutes parts et les armes étaient régulièrement utilisées. Le comte avait remarqué que le baron commençait seulement à comprendre vraiment le prix qu'il devait payer pour s'être débarrassé du duc Leto. En rencontrant Feyd-Rautha, Dame Fenring remarqua le corps du jeune homme et la fermeté de ses muscles. Elle pensait que contrairement au baron, il ne se laisserait pas grossir. La dame était une Bene Gesserit. Le baron pensait que le comte était une espèce dangereuse de tueur.

Le comte s'exprimait à la limite de l'affront en parlant au baron. Feyd-Rautha en avait conscience. Il demanda l'autorisation de la Dame de tuer pour elle et de le proclamer dans l'arène. Elle refusa. La dame se demanda si la révérende mère avait désigné Feud-Rautha comme quelqu'un de dangereux. Le baron proposa au comte un petit entretien. Il voulait voir comment s'y prendrait le valet de l'empereur pour lui faire part de la teneur d'un message sans pousser la grossièreté jusqu'à lui de répéter à haute voix. La dame les laissa tous les deux. Le baron emmena le comte dans un champ isolant pour que la conversation ne soit pas entendue. Le comte annonça au baron que la façon dont il avait chassé les Sardaukars d'Arrakis ne satisfaisait pas l'empire. Le baron répondit que les Sardaukars ne pouvaient rester plus longtemps sans courir le risque que d'autres découvrent de quelle façon l'empereur avait apporté son aide au baron. Le comte répondit que Rabban ne semblait pas se diriger assez vite vers une solution du problème Fremen.

Le baron demanda ce que souhaitait l'empereur. Le baron voulut savoir si la Guilde avait reçu l'autorisation d'observer Arrakis et le comte lui répondit que ce n'était pas le cas. Le comte annonça au baron qu’un contrebandier avait survolé les territoires du Sud. Le baron affirma que l'empereur ne pouvait prendre ombrage de la mort de Jessica et de Paul. Ils étaient morts dans une tempête.

Le comte répondit qu'il y avait eu des accidents opportuns. Le baron répondit qu'il n'aimait pas le ton du comte. Alors le comte adressa un avertissement au baron. Si un accident malheureux lui arrivait sur Arrakis, toutes les Grandes Maisons apprendraient ce que le baron avait fait sur Arrakis. Alors le baron menaça de révéler qu'il avait transporté les légions de Sardaukars sur Arrakis. Mais le comte répondit que l'empereur pourrait toujours dire trouver des commandants de Sardaukars prêts à avouer qu'ils avaient agi sans ordre parce qu'ils désiraient affronter les Fremen.

L'empereur désirait inspecter les comptes du baron. Le baron demanda pourquoi l'empereur tenait-il tant à exterminer les Fremen. Le comte répondit que l'empereur ne désirait pas exterminer les Sardaukars. Il demanda au baron s'il croyait pouvoir venir à bout des Fremen. Le baron répondit qu'il avait envisagé une autre solution. Il voulait transformer Arrakis en planète-prison. Cela permettrait de développer le travail de façon substantielle. Le comte lui suggéra de ne pas utiliser Arrakis comme planète-prison sans la permission de l'empereur. Le comte avait appris qu'Hawat était pas mort mais qu'il servait le baron. Le baron répondit qu'il n'avait pas pu se résoudre à le supprimer. Le comte savait que le baron avait menti en déclarant au capitaine des Sardaukars  qu'Hawat était mort. Il ajouta que le véritable traître n'était pas Hawat mais le docteur Yueh. Le comte lui demanda comment il avait pu amener Hawat à changer d'allégeance. Le baron répondit que le duc était mort et qu'il avait imprégné la chair d'Hawat d'un poison lent. L'antidote lui était administré dans sa nourriture. Alors le comte lui ordonna d'arrêter de lui fournir l'antidote. Le comte pensait qu'Hawat savait trop de choses. Le baron accepterait d'obéir quand il aurait reçu l'ordre de l'empereur. Il s'exclama que l'empereur ne pouvait penser qu'il le menaçait.

Le baron songeait qu'il pourrait utiliser la coercition et la corruption auprès des Grandes Maisons pour obtenir la place de l'empereur. Le comte annonça au baron que l'empereur espérait sincèrement n'avoir jamais à l'accuser de trahison.

Après cet entretien, le baron et le comte se rendirent à l'arène. Le comte remarqua les nouveaux trophées qui décoraient l'entrée du hall : la tête de taureau et le portrait à l'huile du vieux duc Atréides, le père de Leto. Une fois dans l'arène, le comte annonça au baron que l'empereur n'avait pas encore officiellement sanctionné le choix de son héritier. L'empereur désirait savoir si le baron avait fait le choix d'un successeur valable. C'est pourquoi le comte avait été envoyé sur Arrakis pour assister au combat de Feyd-Rautha. Le baron rappela que l'empereur lui avait promis le libre choix de son héritier. La femme du comte vint s'asseoir à côté de lui. Feyd-Rautha apparut en collant blanc et gilet, gant noir et long couteau à la main droite, gant blanc et lame courte à la main gauche. Le blanc représentait le poison et le noir la pureté. Il y avait du poison sur la lame noire.

Feyd-Rautha dédia son combat à son oncle. Hawat avait mis un plan au point. Un gladiateur spécial serait son adversaire et l'esclave ne serait pas drogué. Au lieu de cela, un mot-clé avait été implanté dans son inconscient qui, à l'instant critique, provoquerait l'immobilisation des muscles. Le mot était racaille. Aux yeux de l'assistance, tout se passerait comme si l'on avait réussi à introduire dans l'arène un esclave non drogué et les preuves soigneusement préparées désigneraient le maître des esclaves comme coupable. Le gladiateur était l'un des hommes du duc qui avait été capturé sur Arrakis. Feyd-Rautha se demanda si Hawat n'avait pas inventé un stratagème dans le stratagème. Feyd-Rautha savait que les experts présents dans les loges avaient compris que quelque chose était anormal. Le gladiateur avait la couleur de peau d'un homme drogué mais il demeurait fermement sur sa position et ne tremblait pas. Feyd-Rautha avait glissé le poison dans le long couteau au lieu du plus court Hawat ignorait cela.

L'esclave lui lança un défi. Ce qui n'arrivait jamais. Un silence de mort tomba sur l’arène.

Feyd-Rautha voulut donner un spectacle que les assistants n'avaient jamais connu. Quelque chose dont ils se souviendraient quand il serait baron. Le gladiateur était tellement fort que Feyd-Rautha lança le mot clé : racaille.

L'effet fut immédiat. Le gladiateur se déplaçait avec hésitation. Puis il s'effondra complètement. Le public put voir le couteau du gladiateur planté dans sa propre poitrine. Le public applaudit sans retenue. Le baron songea qu'il mettrait à mort le maître des esclaves tout en se demandant si le comte et sa dame avaient quelque chose à voir dans ceci. Feyd-Rautha refusa la tête de son adversaire ce qui était contraire à la tradition. Le baron fut mécontent. Pourtant la foule avait correctement interprété le geste de Feyd-Rautha. Pour calmer l'excitation de la foule, le baron ordonna une fête.

Dans l'arène, les barrières avaient été jetées à bas et des jeunes gens se ruaient sur le sable en direction de Feyd-Rautha. Il était devenu un héros. Le comte avait cru que Feyd-Rautha avait deviné que le gladiateur ne serait pas drogué. Alors sa dame lui expliqua que tout avait été préparé. Cela ressemblait furieusement à une stratégie d'Hawat. Elle pensait que les Harkonnen pourraient avoir un nouveau baron avant peu. Feyd-Rautha serait plus susceptible d'être contrôlé. Elle envisageait de le séduire. Elle voulait implanter tout au fond de lui les phrases prana-bindu qui permettrait de le soumettre.

Il fallait absolument sauver cette lignée. Elle voulait porter l'enfant de Feyd-Rautha. Elle trouvait le baron très redoutable mais pensait que son neveu pourrait devenir pire encore.

Le compte aurait voulu sauver Paul et sauver également Feyd-Rautha. Sa dame lui répondit qu'il ne fallait pas compter sur un humain au nombre des morts aussi longtemps que l'on n'avait pas vu son corps. Et même alors, ce pouvait encore être une erreur.

 

Dans Préface de Stilgar à Muad’Dib, il est écrit que Muad’Dib avait estimé que le véritable début de son éducation avait correspondu à ses premiers contacts avec les impératifs d'Arrakis. Il avait appris alors à sonder le sable pour connaître le temps. Il avait connu la valeur de l'humidité de son corps et l'irritation du sable dans le nez. Tandis que ses yeux prenaient le bleu de l’Ibad, il avait reçu l'enseignement chakobsa.

La troupe de Stilgar quitta le bassin. C'était le premier mois de l'automne. La troupe s'engagea dans une crevasse. Chani parut soudain renfermée. Ils s'engagèrent au long d'un escalier naturel. Ils franchirent un tunnel et enfin deux portes scellées pour l'humidité. Les Fremen ôtèrent leur capuchon.

Farok conseilla à Paul d'en faire autant. Paul ôta les embouts de ses narines puis découvrit sa bouche. Farok lui apprit qu'ils attendaient la révérende mère. Paul trouvait que l'endroit était malodorant. C'était le sietch, le foyer des Fremen. Jessica découvrit que les Fremen faisaient de nombreuses choses avec l'épice : du papier, du plastique et même des explosifs chimiques.

Paul entendit des murmures. Les Fremen parlaient de la mort de Liet et comprit que Chani était sa fille. Liet était le nom Fremen de Kynes. Ainsi, Kynes était mort. Les Fremen avaient compris que c'était une ruse des Harkonnen pour faire croire que Kynes était mort dans un accident. Paul sentit la colère monter en lui. Farok lui demanda s'il avait déjà soif de vengeance. Avant que Paul put répondre, un ordre fut donné à faible voix et la troupe tout entière s'avança dans une vaste salle. Paul se retrouva en face de Stilgar et de la femme de Jamis. Elle ne portait pas de distille. Elle avait des yeux sombres au regard intense.

En regardant Paul, elle le considéra comme un enfant et déclara que ses enfants avaient été privés de père par un autre enfant. Elle demanda à Paul son âge. Il répondit qu'il avait 15 ans. Mais Stilgar expliqua à la femme de Jamis que tant qu'il ne connaîtrait pas l'art étrange de Paul, il ne courait pas le risque de le défier. Stilgar expliqua à la femme de  Jamis que Jessica et Paul étaient maîtres en l'art étrange du combat. La femme de Jamis murmura « Lisan al-Gaib » et regarda Paul avec émotion. Stilgar expliqua à Paul que la règle était que la responsabilité de la femme de Jamis lui revenait ainsi que celle de ses deux fils. Paul héritait donc de la femme de Jamis, de ses enfants et de ses appartements.

Paul se demanda pourquoi la femme de Jamis ne pleurait pas son homme. Et pourquoi elle montrait aucune haine à son égard. Elle s'appelait Harah. Stilgar demanda à Paul s'il acceptait Harah comme femme ou comme servante. Paul demanda s'il acceptait Harah comme servante s'il pourrait changer d'idée plus tard.

Stilgar lui répondit qu'il aurait un an pour cela. Après quoi, elle serait une femme libre et pourrait choisir selon ses désirs. À moins que Paul ne la libère avant. Alors Paul accepta Harah pour servante.

Harah se mit en colère car elle se sentait encore assez jeune pour être la femme de Paul. Stilgar lui ordonna le silence. Paul lui ordonna de lui montrer ses quartiers. Elle sentit la voix d'étrangeté de Paul et prit peur. Il promit à Harah de ne pas lui faire de mal. Elle lui demanda s'il ne la rejetterait pas quand l'année serait écoulée. Il répondit qu'aussi longtemps qu'il vivrait elle aurait une place auprès de lui. Il voulut savoir si elle ne le détestait pas pour avoir tué son mari. Mais la cérémonie avait eu lieu et Paul s'était déclarée amie de Jamis et avait donné son humidité au mort. Elle-même pleurerait son mari quand viendrait le temps de pleurer. Elle lui expliqua qu'ils allaient devoir fuir à cause des bouchers qui les poursuivaient. Paul savait qu’elle voulait parler des Sardaukars. Elle évoqua les collecteurs de rosée. Paul lui demanda davantage de précisions. Elle répondit que chaque buisson, chaque pouce d'herbe étaient tendrement plantés dans un petit puits et les puits étaient emplis d'ovales de plastique. Ces ovales captaient le soleil en journée et se refroidissaient très rapidement provoquant la condensation de l'humidité de l'air et c'est ce qui maintenait les plantes en vie. Harah lui montra des gens qui démontaient des métiers à tisser. Paul croisa des regards farouches. Harah lui expliqua que les Fremen trouvaient étrange qu'il ait vaincu Jamis. Ils passèrent devant une salle de classe. Paul était étonné que la presse continue au moment où les Fremen s'apprêtaient à partir.

Elle lui montra ses appartements. Soudain, l'idée de se retrouver seul avec cette femme déplut à Paul. Ce monde des Fremen se refermait sur lui, il allait le façonner. Il savait bien ce que promettait ce piège… Le sauvage Jihad qu'il voulait éviter à tout prix.

Les appartements de Paul étaient couverts de tissu bleu et vert. Comme elle ne le quittait pas des yeux il lui demanda ce qu'il y avait. Elle était surprise que Paul n'ait pas les yeux entièrement bleus. Un détail avait marqué Paul. Nulle part, chez les Fremen, il n'y avait le moindre goûte-un poison. Pourtant, il pouvait déceler des poisons violents. Deux enfants entrèrent. Ils avaient une main posée sur la garde d'un petit krys. Paul se souvint alors que les enfants Fremen se battaient avec la même ardeur que les adultes.

 

Dans le Manuel de Muad’ Dib, il est écrit que le regard de Muad’ Dib était dévorant. Il était une île sur lui seule close.

Jessica estima à environ 5000 le nombre des Fremen qui se pressaient autour de la terrasse où elle se tenait en compagnie de Stilgar. Elle se demandait si elle devait utiliser Paul comme une excuse pour échapper à une situation dangereuse. D'autres Fremen arrivèrent. Ils étaient désormais 10 000. Ils étaient venus pour voir Jessica risquer sa vie.

Paul arriva avec deux jeunes garçons. Stilgar lui expliqua que c'était les fils de Jamis. Paul pensait qu'il avait été convoqué pour un conseil. Chani arriva. Elle portait un foulard vert sur son bras gauche en signe de deuil. Les enfants de Jamis s'appelaient Kaleff et Orlop et ils avaient dix et huit ans. Le premier était son fils naturel qu'il avait adopté après avoir tué son père qui l'avait défié. Chani s'approcha de la terrasse avec quatre femmes qui en portaient une autre sur une litière. C'était la révérende mère. Elle était vieille et drapée dans une robe noire. Elle s'adressa à Jessica en évoquant le nom de Shapout Mapes qui avait eu pitié d'elle. Jessica répondit qu'elle avait besoin de la pitié de personne. Il y avait maintenant 20 000 Fremen qui attendaient immobiles. Stilgar leur annonça qu'il allait falloir quitter le sietch pour aller loin dans le sud. La révérende mère lui avait dit qu'elle ne pourrait survivre à un autre voyage. Il leur fallait donc une nouvelle révérende mère. Il annonça aux Fremen que Jessica avait consenti à se prêter au rites. Jessica se demanda ce qu'il adviendrait de Paul si elle mourrait dans cette épreuve. Stilgar annonça que si Jessica mourait, Chani serait consacrée Sayyadina.

Ramallo était le nom de la vieille révérende mère. Elle fit accepter à la foule Chani comme révérende mère. C'était à Chani que reviendraient les obligations domestiques de la cérémonie de la graine. Chani ordonna aux maîtres d'eau de s'approcher. Les deux hommes apportèrent des petits sacs de peau. Ils contenaient de l'épice. Chani demanda aux hommes s'il y avait de l'eau. Ils répondirent qu'il y en avait mais qu'on ne pouvait pas la boire. Elle leur demanda s'il y avait de la graine. Un des deux maîtres s'agenouilla et posa ses mains sur le sac. Il bénit l'eau et la graine.

Chani demanda à Jessica si elle avait goûté l'eau bénite. Puis elle annonça que ce n'était pas possible car elle n'était pas de ce monde et ne possédait pas de privilèges. Chani annonça que la récolte avait été bonne et le faiseur détruit. Elle déroula le tuyau qui était fixé au sac. Jessica se demanda si Paul avait déjà vu ce moment dans le temps. Elle songea à sa fille à naître. Chani tendit à Jessica le tuyau. Elle lui proposa de boire l'eau de la vie qui libérait l'âme. Si Jessica devait être une révérende mère, l'eau lui ouvrirait l'univers. Jessica se sentait déchirée entre les obligations qu'elle avait envers son enfant à naître et son devoir à l'égard de Paul. Tous ses sens l'avertirent du danger. Le liquide dégageait un parfum amer. Elle en but une infime gorgée. Cela avait un goût d'épice. Chani appuya sur le sac et une grosse goulée de liquide se déversa dans la bouche de Jessica. Chani dit : « accepter une petite mort est pire que la mort ». Jessica pensa qu'on lui avait donné une drogue. Pourtant cela ne ressemblait à rien qu'elle eût déjà connu dans son éducation qui comprenait la connaissance de bien des drogues. Elle sentit un changement au plus profond d'elle-même. Il lui semblait être maintenant une particule infime et consciente capable de perception. Elle était atome sans être atome. À l'école, certaines rumeurs prétendaient que, parfois, on ne survivait pas à l'épreuve de la révérende mère et que la drogue vous emportait. Elle se demanda pourquoi le temps était suspendu. Son temps personnel était suspendu pour qu'elle sauve sa vie. Alors elle se concentra sur cette extension psychokinétique d'elle-même et fut immédiatement confrontée avec un noyau cellulaire, un puits de noirceur qui la repoussait. Elle se trouvait dans l'endroit que les révérendes mères n'aimaient pas mentionner et que seul le Kwisatz Haderach pouvait voir. Elle découvrit le danger dans la drogue qu'elle venait d'absorber. Elle put définir les composantes de la drogue qu'elle venait d'avaler. Il y avait une configuration méthylprotéine. Elle avait identifié la nature du poison. Alors elle déplaça un atome d'oxygène et attira un atome de carbone pour établir une liaison avec l'oxygène… hydrogène. Le temps ne fut plus suspendu. Elle perçut les mouvements. Chani récupéra le catalyseur de son organisme pour transformer le poison dans le sac. Quelqu'un l'aida à s'asseoir. On amena la révérende mère à côté d'elle et une main sèche se posa sur son cou. Tout à coup, au sein de sa projection psychokynéttique, il y eut un autre atome qu'elle essaya de rejeter mais il se rapprochait de plus en plus. Ce fut comme une union ultime. C'était la révérende mère. Jessica put voir que la révérende mère ne se concevait pas comme une vieille femme. Dans leurs esprits mêlés, elle voyait une jeune fille à l'esprit léger et au coeur tendre. Quelqu'un lui dit qu'elle aurait dû annoncer qu'elle était enceinte. Jessica demanda pourquoi. On lui répondit que sa fille serait elle aussi transformée. Jessica sentit la présence d'un nouvel atome qui s'agitait frénétiquement. Il irradiait une pure terreur. La révérende mère conseilla à Jessica d'absorber la peur de sa fille. Jessica irradia l'amour et la tendresse et la terreur décrut.

Le flot d'expériences vécues par la révérende mère se déversa dans Jessica. Jessica comprit que la révérende mère était en train de mourir et transvaser tous ses souvenirs dans sa mémoire. Avant de mourir, la révérende mère lui dit qu'elle l'avait longtemps attendue et qu'elle lui donnait sa vie.

Jessica savait que désormais elle était la révérende mère des Fremen. La drogue l'avait transformée. Cela ne se passait pas exactement ainsi à l'école Bene Gesserit mais le résultat final était le même.

Elle effleura l'atome qui était la conscience de sa fille mais n'obtenut pas de réponse. Elle ressentit une terrible impression de solitude. Elle culpabilisa d'avoir soumis sa fille à ses connaissances. Elle pouvait éliminer la drogue et la rendre inoffensive mais elle savait que ce serait une erreur car elle venait de participer à un rite d'union. Elle sut alors ce qu'elle devait faire et elle ouvrit les yeux. Elle désigna le sac que Chani tenait au-dessus d'elle. Chani lui demanda de mélanger les eaux pour que le peuple partage la bénédiction. La drogue n'était plus dangereuse car Jessica l'avait transformée. Pourtant, le souvenir exigeait toujours quelque chose d'elle. Alors elle dit aux Fremen qu'elle avait rencontré la révérende mère. Elle était partie mais elle restait. Elle demanda que sa mémoire soit honorée selon le rite. Elle se demanda où elle avait trouvé les mots qu'elle venait de prononcer. Elle comprit alors que c'étaient les mots de Ramallo. La mémoire de Rallo faisait partie de la sienne désormais.

La mémoire de Ramallo s'empara des souvenirs de Jessica et y trouva des choses intéressantes. Jessica comprit que la civilisation Fremen était bien plus ancienne qu'elle ne l'avait cru. Elle put voir le film du passé qui courait toujours de Sayyadina en Sayyadina. Elle comprit que la source de l'Eau de Vie était l'exhalaison liquide du ver de sable mourant, le faiseur. Paul lui demanda ce qu'elle avait et elle voulut répondre qu'elle était comme un être dont les mains seraient demeurées paralysées durant toute son existence jusqu'au jour où elles auraient retrouvé la sensation. Mais cette pensée demeura dans son esprit.

Paul avait compris que sa mère venait de boire un poison et il était inquiet pour elle. Il demanda s'il pouvait en boire. Jessica lui répondit qu'il pouvait en boire. Stilgar dit à Jessica qu'ils savaient qu'elle ne mentait pas. Paul comprit que la drogue allait dominer sa mère. Il comprit brusquement que, au-delà de la vision du passé dans le présent, se situait la véritable épreuve de prescience : le passé dans l'avenir. Paul accepta de boire l'Eau de Vie. La foule l'appela Lisan al-Gaib. Paul regarda sa mère qui dormait dans les Eaux de la Vie.

Chani plaça ses mains dans les siennes et l'entraîna au long de la terrasse rocheuse. Elle lui dit qu'ils étaient semblables en une chose : ils avaient tous deux perdus un père à cause des Harkonnen. Paul avait l'impression que sa tête avait été séparée de son corps avant de lui être rendue avec des connexions nouvelles et étranges. Il éprouva le besoin de s'appuyer sur Chani. La drogue provoqua en lui le rejet du passé et de l'avenir dans le présent. Chani le conduisit dans un appartement privé. Paul lui dit qu'elle était Sihaya, le printemps du désert.

Elle lui répondit que sa tribu ne faisait qu'un lorsque l'eau était partagée. Mais elle avait peur de partager avec lui. Elle trouvait qu'il y avait quelque chose d'effrayant en lui. Elle avait senti que les Fremen le voulaient quand elle l'avait emmené hors de la foule. Elle dit à Paul qu'il était comme une force qui faisait voir des choses aux Fremen. Alors Paul lui demanda ce qu'elle voyait. Elle répondit qu'elle voyait un enfant dans ses bras. Paul lui dit qu'elle ne pouvait se replier dans l'avenir. Il la serra contre lui. Il sentit que la drogue l'envahissait totalement. Le lointain tourbillon gris de son avenir lui était révélé.

Il put voir Feyd-Ratha qui le menaçait, les Sardaukars se ruant hors de leur planète pour répandre le pogrom sur Arrakis. Il pleura et Chani lui demanda pourquoi. Il répondit qu'il pleurait pour les morts qui ne l'étaient pas encore. Elle lui dit que les morts devaient vivre le temps de leur vie. Il sut qu'elle avait raison et il la serra encore plus fort contre lui.

Alors Chani put voir ce que Paul voyait : tous les deux se donnaient l'amour l'un à l'autre en un moment de calme entre les tempêtes. Paul lui dit qu'elle était forte et lui demanda de rester avec lui. Elle lui promit de rester toujours avec lui et elle l'embrassa sur la joue.

 

Livre troisième : le prophète.

Dans Le Comte Fenring : un profil, il est écrit que le comte après l'affaire d'Arrakis parvint à calmer les soupçons du Lansraad. Il en coûta plus d'un milliard de solaris en épice, sans compter les autres cadeaux : femmes-esclaves, honneurs royaux, titres. Mais l'amitié entre l'empereur et le comte eut un effet négatif. Le comte se refusait à tuer un homme, même lorsqu'il en avait reçu l'ordre, même si cela lui était possible.

Le baron Harkonnen était plein de rage. Il demanda au capitaine Nefud depuis combien de temps il était le capitaine de ses gardes. Le capitaine répondit que c'était depuis Arrakis, depuis deux ans. Puis le baron lui demanda où était Feyd-Rautha. Le capitaine répondit que Feyd-Rautha était dans le quartier des esclaves. Le baron était en colère car il avait exigé de savoir où se trouvait son neveu à n'importe quel moment. Il avait également exigé que le capitaine examine tous les esclaves et pourtant le capitaine avait négligé d'inspecter l'esclave qui avait combattu contre son neveu. Feyd-Rautha arriva à ce moment-là. Pour le baron, la présence de son neveu, en cet instant, n'était que trop révélatrice. Cela signifiait que son neveu disposait de son propre réseau d'espionnage qui surveillait constamment Vladimir Harkonnen.

Feyd-Rautha exigea qu'on enlève un corps qui se trouvait dans sa chambre. Feyd-Rautha annonça avoir battu le maître des esclaves aux échecs-pyramide. Le baron ordonna au capitaine de prendre trois hommes avec lui et qu'il se rende auprès du maître des esclaves pour l'étrangler. Le capitaine devrait ramener ensuite le corps pour que le baron vérifie si le travail avait été correctement fait. Le capitaine obéit. Feyd-Rautha songea que tout ce qu'il pouvait espérer désormais était de sauver sa propre peau.

Le baron était satisfait car désormais son neveu savait au moins comment perdre. Mais il devait apprendre encore et le baron devrait se protéger lui-même aussi longtemps que son neveu apprendrait. Le baron demanda à son neveu de le rejoindre dans ses appartements. Feyd-Rautha pensa qu'il était fait. Le baron savourait cet instant de terreur. Son neveu lui succéderait mais seulement quand lui le désirerait. Le baron annonça à son neveu que les Fremen avaient un nouveau prophète qui s'appelait Muad’ Dib. Il avait ordonné à Rabban de laisser les Fremen en paix avec cela car il pensait que cela suffirait à les occuper.

Feyd-Rautha se demanda pourquoi son oncle lui parlait de religion et si cela avait quelque rapport avec sa propre destinée. Le baron demanda à son neveu pourquoi il ne l'avait pas frappé lui-même. Feyd-Rautha répondit qu'il lui avait enseigné que ses mains devaient demeurer propres. Le baron acquiesça car la sorcière qui veillait auprès de l'empereur saurait discerner la vérité du mensonge et Feyd-Rautha devrait pouvoir affirmer en toute sincérité qu'il n'avait pas commis l'acte.

Feyd-Rautha demanda à son oncle pourquoi il n'avait jamais acheté de Bene Gesserit. Le baron répondit qu'il n'avait aucune confiance en elles. Le baron évoqua un événement qui datait de quelques années. Un esclave avait été envoyé pour tuer Feyd-Rautha. Feyd-Rautha répondit que c'était un stratagème pour discréditer le maître des esclaves. Puis le baron lui demanda si le gladiateur avait bien failli l'avoir le matin même. Feyd-Rautha répondit oui.

Feyd-Rautha promena son regard sur la chambre du baron et remarqua les signes de lutte. Il se demanda comment son oncle avait pu venir à bout de cet esclave qu'ils avaient préparé si soigneusement. Le baron proposa un marché à son neveu. Le baron dit à son neveu qu'il était un bon matériau mais il persistait à ne pas reconnaître la valeur de son oncle. Il lui dit que sa tentative de meurtre était une stupidité et qu'il ne récompensait pas la stupidité. Le marché était le suivant : Feyd-Rautha devait cesser ses folles tentatives de meurtre et quand il serait prêt, son oncle s'effacerait en sa faveur. Il savait que son neveu le prenait pour un vieux fou mais il avait découvert cette aiguille que son neveu avait implantée dans la cuisse du gladiateur juste à l'endroit où il devait placer sa main ainsi le poison aurait été dans sa paume. Seulement Hawat avait averti le baron.

Feyd-Rautha songea qu'il avait été stupide de chercher à hâter le processus. Il demanda à son oncle quelles garanties réciproques il demandait. Le baron lui répondit que sa garantie était Hawat à qui il avait chargé de surveiller son neveu. Il lui proposa de continuer à vivre. Feyd-Rautha se demanda ce que son manque penserait s'il savait que c'était Hawat lui-même qui avait mis au point un stratagème qui l’avait débarrassé de son maître des esclaves. Il accepta le marché que lui proposait son oncle. Il dit à son oncle qu'Hawat était un jouet dangereux. Le baron savait contrôler son Mentat. Hawat pensait qu'ils pourraient venir à bout du baron quand il le voudrait mais c'était ainsi que le baron pouvait le dominer car il dirigeait l'intention de son Mentat où il voulait sur l'Imperium. Hawat croyait utiliser les Harkonnen pour accomplir sa vengeance contre l'empereur. Feyd-Rautha pensait qu'il fallait se débarrasser d'Hawat. Le baron savait que son neveu n'appréciait pas d'être surveillé par Hawat. Le baron lui expliqua qu'il pourrait se débarrasser d'Hawat quand il le voudrait en supprimant l'antidote qu’il lui fournissait. Le baron savait que son neveu avait encore besoin de lui. Le baron emmena son neveu au quartier des esclaves car il avait envie de le punir. Il l'obligerait à tuer toutes les femmes dans l'aile des plaisirs. Le neveu accepta tout en pensant qu'il n'aurait pas toujours besoin de son oncle.

 

Dans Les Dits de Muad’ Dib, il est écrit que le besoin pressant d'un univers logique et cohérent est profondément ancré dans l'inconscient humain. Mais l'univers réel est toujours un pas au-delà de la logique.

Le baron était en entretien avec Hawat. Hawat pensait qu'en détruisant le baron, il rendrait service à l'humanité. Le baron exigeait des explications au sujet de Salusa Secundus. Hawat répondit que les conditions qui régnaient sur la planète-prison étaient plus terribles que partout ailleurs. L'empereur utilisait sur cette planète toutes les formes d'oppression possibles.

Hawat se demanda s'il était possible que le baron ne connaisse pas les motivations de l'empereur. Alors il lui expliqua que l'empereur s'était retourné contre la maison des Atréides parce que les maîtres de guerre du duc, Gurney Halleck et Duncan Idaho avaient constitué une unité de combat qui était bien prêt de valoir les Sardaukars. Le duc avait la possibilité de développer cette unité et de la rendre aussi puissante que les forces de l'empereur.

Le baron demanda quel était le rôle d'Arrakis dans tout cela. Hawat répondit que la planète constituait une réserve de recrues déjà formées aux conditions les plus difficiles. Les Fremen. Le baron pensait qu'il ne devait pas rester plus d'une poignée de Fremen.

Hawat demanda quelles avaient été les pertes de troupes de Rabban. Le baron avait du mal à répondre mais Hawat avait que 30 000 soldats étaient morts. Rabban avait tué 15 000 Fremen en deux années pour des pertes doubles. Quant aux Sardaukars, ils avaient tué 20 000 Fremen et avaient perdu 4000 de leurs soldats. D'après le rapport de Duncan, la population Fremen devait s'élever à 5 millions d'hommes.

Hawat pensait qu'ils étaient 10 millions. Le rythme des naissances n'avait pas été brisé. Les spécimens les plus faibles avaient été éliminés, permettant ainsi aux plus forts de le devenir encore plus. Comme sur Salusa Secundus. Le baron demanda à Hawat comment il pouvait être certain de la loyauté des Fremen s'il désirait les recruter. Hawat répondit qu'il les diviserait en petits groupes ensuite, il fallait les placer hors de leur situation d'opprimés et les isoler dans un encadrement de gens susceptibles de les connaître. Puis, Hawat conseiller de leur offrir une croyance selon laquelle leur planète était véritablement un terrain de préparation secret destiné à produire les êtres supérieurs qu'ils étaient. Il ne resterait plus qu'à leur montrer tout ce qu'un être supérieur était en droit de posséder : richesse, femmes, demeures somptueuses.

Le baron répondit que c'était ce dont disposaient les Sardaukars.

Le baron se souvenait avoir discuté avec le comte Fenring de la possibilité de transformer Arrakis en planète-prison. Le baron avait dit que l'empereur savait bien qu'un certain nombre de meurtres avait toujours fait partie des affaires. Le comte avait questionné le baron à propos d'Hawat. Hawat comprit que l'empereur avait dû placer des espions sur Arrakis. Hawat dis au baron qu'il ne lui restait plus que deux solutions possibles. Il pouvait tuer les indigènes ou éliminer toute la main-d'oeuvre. Il pouvait également abandonner son neveu Rabban. Il suffirait au baron de dire à Rabban qu'il devait respecter le quota d'épice, sinon il serait remplacé.

Le baron répondit que cela amènerait son neveu à opprimer un peu plus la population. Alors l'empereur ne pourrait penser qu'une chose, Rabban oppressait ses gens pour respecter le quota d'épice. Au bout d'un moment, la production tomberait en flèche et le baron n'aurait plus qu'à relever Rabban et reprendre Arrakis pour réparer le désastre.

Le baron répondit qu'il était las de tout ceci et qu'il préparait quelqu'un d'autre pour lui succéder. Hawat suggéra que Feyd-Rautha se fasse passer pour le sauveur d'Arrakis. Hawat se retira. Il se demanda si Duncan avait survécu. Il savait que le baron était convaincu de la mort de tous les Atréides. Il songea à Jessica et de la haine venimeuse qu'elle devait vouer aux Atréides. Il se demanda si son coup  ultime serait aussi définitif que celui de Jessica.

Dans Les Dits de Muad’ Dib, il est écrit qu'est possible de discerner un péril dans la découverte de la perfection ultime. Il est clair que le schéma ultime contient sa propre fixité. Dans cette perfection, toute chose s'en va vers sa mort.

Paul se souvenait d'un repas lourdement chargé en épice. Dans sa mémoire, c'était comme un point d'ancrage. Le passé, le présent et l'avenir étaient maintenant confusément mêlés. C'était comme une sorte de fatigue visuelle qui provenait de la nécessité constante de maintenir l'avenir prescient sous la forme d'une sorte de mémoire qui était une chose appartenant intrinsèquement au passé. Il put voir sa soeur Alia qui n'était pas encore née et son fils Leto II. Comme en un rêve, il se souvenait avoir vu Harah qui était venue lui dire que l'on se battait dans le couloir du sietch. Elle lui avait dit que Chani venait de tuer quelqu'un. Paul pensait que c'était vraiment arrivé et que cela ne pouvait pas être changé. Il avait demandé à Chani ce qui s'était passé et elle avait répondu qu'elle avait expédié celui qui voulait le défier un combat singulier. Paul lui avait enseigné l'art étrange. Paul se dit que cela était certainement arrivé.

C'était le passé-réel. Il avait peur que la disparition de toute limitation signifiait la disparition de tout point de référence. Sa mère lui avait dit que certains, dans le peuple, étaient divisés par la manière dont ils pensaient à lui.

Jessica redoutait les liens religieux qui existaient entre les Fremen et Paul. Elle n'aimait pas entendre les gens des sietch nommer Paul « Lui ». Elle lui avait rappelé un proverbe bene gesserit : « lorsque la religion et la politique voyagent dans le même chariot, les voyageurs pensent que rien ne peut les arrêter. Ils vont de plus en plus vite. Ils oublient alors qu'un précipice se révèle toujours trop tard. »

Paul avait dit à sa mère que la religion regroupait leurs forces. C'était leur mystique. Jessica lui avait reproché de ne cesser d'endoctriner. Paul savait qu'elle n'avait jamais accepté sa liaison avec Chani. Mais Chani avait donné le jour à un fils Atréides et Jessica n'avait pu rejeter l'enfant et la mère.

Paul songea à la puissance qu'il avait réussi à opposer au pogrom, aux vieux hommes qui, maintenant, lui amenaient leur fils afin qu'il leur enseigne l'art étrange de la bataille. Le plus médiocre des guerriers Fremen était capable d'une chose qu'il n'avait encore jamais réalisée. Paul savait que cette différence pesait sur son rôle de chef. Paul n'avait pas encore chevauché le faiseur. Il avait participé à des raids mais n'avait pas encore fait son premier voyage seul. Jusqu'à ce qu'il l'ait fait, son univers demeurerait limité par les capacités des autres. Jusqu'à son premier voyage, les vastes territoires du sud lui étaient interdits. S'il maîtrisait le faiseur, son pouvoir en serait affermi ; s'il maîtrisait sa vision intérieure, il posséderait alors un moyen de contrôle sur lui-même. Il était obsédé par les diverses manières dont il percevait l'univers, flou et précis dans le même temps. Le but terrible demeurait. Chani lui avait dit que Alia était crainte par les femmes Fremen parce qu'une enfant ne pouvait parler de choses que seul un adulte pouvait connaître. Les femmes ne comprenaient pas que ce changement qui s'était produit dans la matrice avait rendu Alia différente. Certaines des femmes s'étaient rassemblées pour en appeler à la révérende mère. Elles lui avaient demandé d'exorciser le démon qui était dans sa fille. Jessica avait essayé de leur expliquer de quelle façon le changement avait agi sur Alia, à l'intérieur de sa matrice. Mais les femmes étaient parties en maugréant.

Paul pensait que sa soeur provoquerait des troubles. Le maître d'eau de la troupe entonna son champ du matin y ajoutant les paroles rituelles qui préludaient l'initiation de celui qui allait chevaucher le faiseur. Paul reconnut les paroles qui étaient les premières du chant de mort des Fedaykin, ce chant de mort qu'ils entonnaient en se lançant dans la bataille.

Plus Paul résistait au but terrible et luttait contre la venue du Jihad, plus le tourbillon s'accélérait. Son avenir tout entier était comme une rivière qui se ruait vers un gouffre. Chani quitta Paul pour assister au rite afin qu'il soit rapporté en toute vérité dans les Chroniques. Paul songea qu'il ne pouvait plus faire le plus simple des choses sans que cela devienne une légende. Stilgar lui amena sa bannière verte et noire. Il ne fallait pas qu'il meure car la légende resterait et rien ne pourrait plus empêcher le Jihad. Paul regarda les autres Fremen rassemblés sur le sable et il pensa qu'ils étaient un peuple qui vivait pas le meurtre, un peuple qui n'avait jamais connu que le chagrin et la rage jour après jour. Stilgar lui expliqua que les Fremen chevauchaient le faiseur à l'âge de 12 ans. Désormais, Paul avait 18 ans. Stilgar demanda à Paul de ne pas impressionner qui que ce soit par son courage car les Fremen savaient qu'il était brave. Tout ce que Paul devait faire, c'était appeler le faiseur et le chevaucher.

Stilgar lui donna un marteleur. Shishakli, chef de groupe Fedaykin donna à Paul deux tiges minces longues d'environ 1 m 50 avec des crochets. Il les prit dans sa main gauche comme le voulait le rituel. Shishakli lui avait donné ses propres hameçons. Stilgar lui avait choisi une bonne dune, plus haute que toutes celles qui l'entouraient. Paul planta le marteleur dans le versant exposé au vent. Paul pensait qu'il était un cavalier des sables. Lorsqu'il aurait triomphé de cette épreuve, Paul savait qu'il serait digne d'accomplir le voyage jusque dans les territoires du sud. Chani lui avait dit qu'en se plaçant sur le passage du faiseur, il fallait qu'il reste absolument silencieux. Le faiseur arriva. Il devait mesurer plus d'une demi-lieue. Il s'élança au-devant du ver pour se mettre en position, entièrement absorbé par les impératifs de cet instant.

 

Dans Le Message secret de Muad’ Dib au Lansraad, il est écrit que l'empereur pensait que pour régner, il fallait des profits et laisser la racaille s'amuser du reste. Muad’ Dib se demandait où était la racaille et où étaient les gouvernés.

Jessica se demanda si Paul avait subi l'épreuve. Cela faisait plus de deux ans qu'elle était avec Paul chez les Fremen et il leur restait au moins deux fois aussi longtemps à attendre avant d'essayer d'arracher Arrakis au gouverneur Harkonnen, Rabban la bête. Harah entra avec Alia qui avait maintenant deux ans. Alia ressemblait à Paul quand il avait cet âge. Alia avait un calme et une vigilance qui n'étaient pas de son âge.

Jessica ressentait avec sa fille une fusion émotionnelle qui les fondait l'une dans l'autre. Harah était en colère contre Alia car l'enfant avait refusé de jouer avec les enfants Fremen. De plus, elle s'était cachée derrière les tentures pour assister à la naissance de l'enfant de Subiay. Elle avait touché le bébé et il s'était arrêté aussitôt de crier. C'était un sacrilège. Jessica se demanda à qui elle avait donné naissance. Alia savait déjà tout ce qu'elle-même savait. Les enfants Fremen refusaient de jouer avec Alia car ils la prenaient pour un démon. Harah pensait que Jessica projetait de rassembler les tribus sous le pouvoir de Paul. Harah voyait du danger pour lui. Elle pensait qu' Alia faisait partie de ce danger.

Harah avait accepté les insultes d'Alia car elle savait bien qu'il n'y avait aucun mal en elle. Alia reconnut avoir fait une faute et déclara qu'à présent, elle et sa mère avaient besoin de Harah. Alia savait que Harah pourrait parler au peuple et l'aider à se faire comprendre auprès de lui. Harah annonça qu'elle dirait au peuple qu'Alia faisait semblant d'être une petite fille mais qu'elle ne l'avait jamais été. Des larmes coulèrent sur les joues d’Alia et Jessica ressentit la vague de chagrin qui la balayait. Alia savait qu'elle était un monstre mais Harah lui répondit que ce n'était pas vrai. Jessica perçut une note de protection ardente dans la voie de Harah. Elle comprit que Harah pourrait se faire comprendre par la tribu car il est évident qu'elle aimait Alia comme sa propre enfant. Harah demanda à Alia de lui expliquer ce qui lui était arrivé. Alia répondit qu'un jour, elle s'était éveillée. Elle avait l'impression d'avoir dormi et pourtant elle ne se rappelait de rien. Elle était dans un endroit chaud et sombre. Elle avait vu une étincelle. Elle avait ressenti les émotions de l'étincelle. Cette étincelle lui disait que tout se passerait bien. C'était sa mère. Alors, une autre étincelle vint les rejoindre. C'était la révérende mère. Elle échangeait des vies avec Jessica. Alors, Alia profita de ces échanges. C'est pour cette raison qu'Alia dut attendre longtemps pour être elle-même. Jessica trouvait que c'était une chose cruelle car personne ne devrait s'éveiller ainsi à la conscience. Elle trouvait surprenant que sa fille ait accepté tout ce qui était advenu. Sa fille répondit qu'elle ne pouvait rien faire d'autre car elle ne savait pas comment cacher sa conscience. Harah dit que les Fremen ignoraient que Jessica était enceinte quand ils lui avaient donné l'eau. Alia demanda à Harah de ne pas être triste car, après tout, elle avait des raisons d'être heureuse : elle était une révérende mère à présent.

Tharthar, une des épouses de Stilgar vint annoncer à Jessica qu'il y avait des ennuis.. Elle annonça que Paul allait affronter l'épreuve du faiseur ce jour même. Les Fremen étaient partis pour lancer un défi à Paul. Ils voulaient l'obliger à combattre Stilgar et à prendre le commandement des tribus. Les jeunes hommes disaient que si Usul refusait ce défi, c'est qu'il avait peur. Alia annonça qu'elle partirait avec Tharthar pour tenter de convaincre les jeunes hommes qu'il y avait peut-être un moyen. Jessica demanda à sa fille de lui rapporter ce qu'elle aurait entendu dès que possible.

Harah dit que si Paul terrassait Stilgar, cela ne servirait pas la tribu. Les chefs se succédaient ainsi auparavant mais les temps avaient changé. Jessica n'avait aucun doute pour l'issue de ce combat. Usul ne pouvait que vaincre.

Harah savait que Jessica pensait que Chani n'était pas la femme qu'il fallait à son fils. Harah pensait que Jessica avait peut-être raison. Jessica avait peut-être raison et trouverait une alliée surprenante dans la personne de Chani elle-même car elle ne désirait que ce qui était le mieux pour Paul.

 

Dans Muad’ Dib : les questions religieuses, il est écrit qu'on ne peut éviter l'influence de la politique au sein d'une religion orthodoxe. Cette lutte pour le pouvoir imprègne l'éducation, la formation et la discipline d'une communauté orthodoxe. Les chefs d'une telle communauté doivent inévitablement faire face à l'ultime question intérieure : se soumettre totalement à l'opportunisme pour conserver leur pouvoir ou risquer de se sacrifier eux-mêmes pour le maintien de l'éthique orthodoxe.

Debout dans le sable, Paul attendait le ver géant. L'odeur de l'épice se faisait de plus en plus dense. Stilgar lui avait donné des conseils. La vague de sable le souleva et Paul fut enveloppé de poussière. Il lança ses hameçons et sauta vers le haut. La créature ralentit. Il se retrouve sur le ver. Il arracha un premier hameçon et le replanta plus bas dans l'anneau. Il assura fermement sa prise avant de répéter l'opération pour le deuxième hameçon Paul vit s'approcher les Fremen qui lancèrent leurs hameçons pour escalader le ver. Stilgar lui fit des reproches. En dépit de la colère qu'il éprouvait, Paul devait admettre que Stilgar disait vrai. Alors il s'excusa en promettant que cela ne se reproduirait plus. Paul déplaça ses hameçons pour se porter sur la gauche. Il désigna deux hommes de flanc qui se portèrent sur les segments ouverts afin de maintenir le ver en ligne droite. Puis il ordonna à deux hommes de guide de se placer à l'avant. Il lança alors le cri traditionnel : « Ach haiiioh ! ». Le ver se mit à prendre de la vitesse. Paul reconnut le visage de Chani et il ne le quitta plus des yeux il demanda à Stilgar s'il était un cavalier des sables. Stilgar le reconnut pour tel. Paul voulut partir vers le sud. Stilgar lui annonça que les hommes étaient prêts à effectuer un raid sur les sillons des Harkonnen avec lui. Stilgar le regarda longuement et Paul comprit qu'il songeait en cet instant à son accession à la tête du Sietch Tabr et au Conseil des chefs depuis la mort de Kynes.

Stilgar lui demanda comment il allait user de son pouvoir. Paul répondit qu'il emmènerait les Fremen au sud. Alors Stilgar répondit que la Réunion aurait lieu et qu'il enverrait les messages. Paul pensait que Stilgar croyait qu'il avait l'intention de le défier.

Paul songea qu'il ne défierait pas Stilgar s'il pouvait l'éviter. S'il existait un autre moyen d'empêcher le Jihad. Stilgar évoqua l'endroit où ils s'arrêteraient le soir en demandant à Paul si cela lui convenait avec sarcasme. Les Fremen entendirent ce sarcasme et regardèrent Paul pour voir ce qu'il allait faire. Paul répondit que lorsqu’ils avaient consacré les Fedaykins, Stilgar avait entendu son serment de loyauté. Il affirma que ses commandos de la mort savaient que leur parlait par sa bouche. Il demanda à Stilgar s'il pouvait en douter. Stilgar baissa les yeux et répondit qu'il n'aurait pas douté d'Usul mais qu'il ne connaissait pas Paul- Muad’ Dib, le duc Atréides et le Lisan al-Gaib. Paul comprit que le ver qu'il montait était la source d'une nouvelle légende. Paul dit à Stilgar qu'il était son ami. Stilgar répondit que nul n'en doutait. Tout à coup, un ornithoptère arriva.

Paul et Stilgar descendirent du ver. Paul remarqua que l'ornithoptère ne portait aucun emblème. Stilgar pensait que c'était un appareil des contrebandiers. Paul pensait qu'il ne serait pas bon que les contrebandiers puissent voir ce qu'il y avait plus loin au sud car ils faisaient également le commerce des informations. Paul recommanda le capturer quelques contrebandiers pour qu'ils apprennent que ce pays était celui des Fremen. Stilgar répondit que c'était bien parlé mais il Usul pensa qu'il devait prendre des décisions qui menaient à un but terrible.

 

Dans Muad’ Dib, Les Quatre-Vingt-dix-neuf Merveilles de l’Univers, il est écrit que quand la loi et le devoir ne font qu'un sous la religion, nul n'est plus vraiment conscient. Alors, on est toujours un peu moins qu'un individu.

Halleck se trouvait dans l'usine à épice des contrebandiers. Il donna l'ordre à un des ornithoptères d'aller en reconnaissance.

hallech ne pensait pas rencontrer des patrouilles Harkonnen si loin dans le sud. Il était préoccupé par les Fremen. Il savait que les Fremen se révélaient de vrais démons dès l'instant où l'on pénétrait sur un territoire qu'ils considéraient comme interdit. Les Fremen attaquèrent la base de Halleck. Un Fremen lui ordonna de laisser son couteau dans son étui. Cette voix lui était familière. Le Fremen connaissait son nom. Il lui ordonna de dire à ses hommes de cesser leur résistance inutile. L'homme rejeta son capuchon en arrière et ôta son filtre. C'était Paul. Halleck fut surpris. Il pensait que Paul était mort. Gurney ordonna à ses hommes de cesser le combat.

Paul répondit que laisser les Harkonnen croire cela lui semblait la meilleure des protections. Ils se donnèrent de grandes bourrades dans le dos. Gurney comprit que c'était grâce à Paul que les Fremen étaient devenus si habiles à la bataille. D'avoir retrouvé son vieux maître d'armes, donna l'impression à Paul un heureux présage comme l'annonce d'un avenir où tout serait bien. D'un signe de la main, Gurney rendre à Paul que parmi les contrebandiers il devait se méfier de certains hommes. Paul présent à Gurney à Stilgar. Paul ordonna que les contrebandiers soient désarmés jusqu'à leur interrogatoire.

Un ver approcha. Gurney avait perdu des hommes dans la bataille avec les Fremen. Il dit à Paul que Leto aurait pleuré les hommes qu'il n'aurait pu sauver. Alors Paul lui répondit que les contrebandiers étaient perçus comme des intrus par les Fremen. Ils pouvaient voir des choses qu'il leur était interdit de voir. Gurney assista la capture du ver. Paul lui expliqua que c'était cela qu'il n'aurait pas dû voir. Paul lui expliqua que la planète appartenait aux Fremen et qu'il était nulle créature, nulle tempête qui puisse les arrêter. Gurney comprit que Paul se considérait désormais comme un Fremen. Paul avait les yeux bleus comme les Fremen après avoir mangé l'épice. Paul proposa à Gurney de s'enrôler avec lui pour la fin de cette campagne. Gurney répondit qu'il n'avait jamais quitté son service. Chani arriva. Paul lui présenta Gurney. Paul expliqua à Gurney que Chani était la mère de son premier enfant qu'il avait appelé Leto. Une tempête arrivait les Fremen se hâtèrent.

Paul demanda à Gurney quels étaient les hommes dont il se méfiait. Gurney répondit qu'il y avait quelques nouvelles recrues, des étrangers. Ils étaient plus durs. Paul lui demanda si c'était des espions d'Harkonnen. Mais Gurney les soupçonnait d'être au service de l'empereur. Paul demanda si c'était des Sardaukars et Gurney pensait que c'était possible. Paul annonça à Gurney que ses hommes étaient dans la Grotte des Oiseaux. Les Fremen décideraient de ce qu'il convenait de faire à leur sujet après la tempête. Gurney se souvenait des histoires qui circulaient à propos de Muad’ Dib. On disait qu'il s'était servi de la peau d'un officier Harkonnen pour revêtir ses tambours et qu'il ne se déplaçait qu'avec ses commandos de la mort. Stilgar annonça que tout était en sûreté et qu'il fallait descendre, à présent. Stilgar avait rapporté la balisette de Gurney qu'il avait trouvée dans la chenille. Gurney le remercia et remarqua que l'homme avait comme un air de défi. Il se demanda si cela pouvait provenir d'un quelconque sentiment de jalousie. Stilgar devait savoir que Gurney était un vieux compagnon de Paul. Paul leur dit qu'il espérait les voir devenir amis. Alors Stilgar tendit la main que lui offrait Gurney. Puis ils se rendirent dans la grotte. Tout à coup des Fremen luttèrent contre  des contrebandiers. Paul remarqua la tactique des contrebandiers qui luttaient groupés par trois pour former un triangle. Cette tactique était la marque des Sardaukars. Un Fedaykin aperçut Paul lui lança le cri de bataille qui se répercute dans la grotte « Muad’ Dib ». Un couteau noir jaillit vers Paul. Paul se déroba et entendit la lame du couteau claquer sur le rocher. Gurney ramassa le couteau et montra à Paul la spirale jaune de l'Imperium et le lion à crinière dorée. Cela prouve qu'il s'agissait bien de Sardaukars. Paul ordonna de cesser le combat. Il demanda aux Sardaukars survivant sur quels ordres ils menaçaient la vie d'un duc régnant. Un des Sardaukars demanda à Paul s'il était bien le duc. Korba se considérait comme responsable de cette faute. Paul demanda quelles étaient les pertes. Il y avait quatre blessés et deux morts. Paul demanda le nom d'un des Sardaukars. Il se servit de la Voix. Alors le Sardaukar répondit qu'il s'appelait capitaine Aramshan et qu'il travaillait pour l'empereur. Paul savait que les Sardaukars ne se rendaient jamais mais il fallait que l'empereur apprenne cette menace. Il ordonna au capitaine de se rendre.

Un des trois derniers Sardaukars bondit tout à coup sur Paul mais le capitaine le tua en déclarant que c'était à lui de décider qui servait le mieux l'empereur. Il ordonna à son dernier compagnon de lâcher son arme. Paul ordonna à ses gardes d'emmener les deux Sardaukars. Puis il expliqua à Korba pourquoi il fallait toujours se méfier des Sardaukars qui cachaient certains dispositifs dans leur corps. Korba pensait qu'il valait mieux les tuer et Paul répondit qu'il voulait qu'ils s'enfuient. Gurney lui conseilla de tuer les deux Sardaukars sinon l'empereur apprendrait ce que Paul avait fait et n'aurait de cesse de le faire mourir. Paul demanda à Gurney si les hommes de la Guilde étaient nombreux dans l'entourage de Rabban. Gurney répondit que les agents de la Guilde grouillaient sur Arrakis. Gurney pensait que c'était les Harkonnen qui contrôlaient l'épice et Paul voulut le convaincre du contraire. Paul demanda à Stilgar de prendre le couteau du Sardaukar et s'il pouvait prendre le sang de sa vie avec ce couteau. Stilgar demanda si c'était un défi. Alors Paul répondit que si c'était un défi 'il l’aurait fait sans armes et sans le laisser le frapper. Puis Paul demanda à Stilgar pourquoi sa première pensée avait été pour Chani quand les Sardaukars avaient attaqué. Stilgar répondit que Chani était sa nièce et qu'il avait également pensé à Paul. Stilgar dit à Paul qu'il pouvait tuer ce jeune homme en réponse à son défi mais le Lisan al-Gaib, il ne pourrait le toucher. Il dit à Paul qu'il le savait lorsqu'il lui avait donné ce couteau. Et Paul le savait. Stilgar lâcha le couteau. Il reconnut que les usages avaient changé. Paul demanda à Chani de rejoindre sa mère. Chani comprit que Paul avait changé d'avis. Il ne dirigerait plus les Fremen vers le sud. Il pensait s'être trompé. Les Harkonnen n'étaient plus dans le sud. Paul demanda à Chani de dire à Jessica que Stilgar le reconnaissait comme duc d'Arrakis. Mais il fallait que les jeunes hommes acceptent cela sans combat. Gurney comprit alors que Jessica était encore en vie. Paul lui expliqua que la nuit du raid, Duncan les avait sauvés. Mais Duncan était mort dans la bataille. Gurney pensa encore la vengeance qu'il avait jurée.

Paul eut une pensée amère pour le chapitre de la légende de Muad’ Dib qui venait d'être écrit en ce lieu. Il n'avait même pas tiré son couteau mais on rapporterait qu'en ce jour, il avait tué 20 Sardaukars de sa main.

Gurney songea que Paul devait apprendre la vérité sur Jessica avant qu'il ne la tue.

Dans Les Dits de Muad’ Dib, il est écrit « combien de fois l'homme en colère nie-t-il avec rage ce que lui souffle son moi intérieur ? ».

Il irradiait de la foule assemblée dans la grotte cette atmosphère que Jessica avait perçue le jour où Paul avait tué Jamis. Elle s'était reposée après le long voyage depuis le sud mais elle en voulait encore Paul de ne pas les autoriser à utiliser les ornis capturés. Elle prit sous sa robe un cylindre à message. Paul avait décidé de mettre en réserve les appareils en attendant le jour de l'offensive générale. Paul était près de la terrasse en compagnie des hommes les plus jeunes. Jessica se demanda pourquoi Paul ne lui avait pas encore révélé la surprise de Gurney. Stilgar attendait au sein d'un autre groupe, de l'autre côté de la terrasse. Jessica espérait que le plan de Paul réussirait car il ne fallait pas perdre Stilgar. Toute autre solution serait tragique. Elle était irritée par la déférence nouvelle que les Fremen avaient à son égard. Un axiome bene gesserit lui revint : « tous ceux qui se trouvent au-dessous de toi convoitent ta situation ». Elle avait constaté ce ferment religieux qui s'était développé à partir de Paul. Un autre axiome disait : « les prophètes ont l'habitude de périr par la violence ».

Elle tendit à Paul le cylindre. Paul brandit le cylindre tout en pensant au message qu'il contenait. Sa mère lui avait montré en lui expliquant qu'il avait été pris sur un courrier des Harkonnen. Il était écrit que Rabban était laissé à ses propres ressources sur Arrakis. Il ne pouvait demander aucun renfort. Paul lança au Fremen : « vous pensez que le moment est venu de défier Stilgar et de changer de chef ! ». Puis il leur demanda s’ils croyaient que le Lisan al-Gaib était aussi stupide. Il y eut un silence stupéfait.

Jessica constata que Paul assumait son titre religieux. Elle pensait qu'il ne le devait pas. Pourtant un Fremen lança que c'était l'usage. Et Paul répondit que les usages changeaient. Un autre cria que c'étaient les Fremen qui décidaient des changements. Paul répondit que c'étaient les Fremen qui décideraient mais d'abord ils devraient l'écouter.

Jessica comprit que Paul voulait aller jusqu'au fond de l'incertitude des Fremen pour pouvoir en triompher. Il expliqua aux Fremen que leur but était de renverser Rabban et faire de ce monde un endroit où les Fremen pourraient vivre avec leurs familles dans le bonheur et l'abondance d'eau. Puis il leur dit qu'il n'existait un homme capable de le vaincre. Stilgar y compris. Il y eut encore des murmures de colère. Paul se servait de la Voix. Jessica pensait que ce ne serait pas suffisant et qu'il devait aussi attaquer les Fremen par la logique.

Paul déploya le message en expliquant qu'il avait été adressé à Rabban. Sa demande de renforts avait été refusée et il lui était demandé d’amasser plus d'épice avec les gens dont il disposait. Les Fremen comprirent ce que cela signifiait. Paul prit l'anneau qui pendait à son coût. C'était l'anneau ducal de son père. Il avait fait le serment de ne pas le porter avant le jour où il pourrait lancer ses troupes sur Arrakis et réclamer le fief qui lui revenait également. Il le glissa à son doigt. Il demanda à ses troupes qui commandait et affirma que c'était lui. Il annonça que quand il réclamerait les droits impériaux qui lui revenaient, certains hommes pourraient acquérir des postes importants sur Arrakis. Stilgar serait l'un d'eux. Parce qu'il était sage et fort. Il annonça aux Fremen qu'il ne voulait pas se priver d'une partie de leur force en acceptant de défier Stilgar. Le moment était venu de cesser de tuer leurs meilleurs hommes pour commencer à tuer les véritables ennemis, les Harkonnen. Stilgar brandit son krys et le pointa vers l'assemblée. Il souhaita longue vie au duc Paul Muad’ Dib et l'assemblée l'imita. Les événements se déroulèrent selon le plan que Jessica avait mis au point avec Paul et Stilgar. Puis Paul demanda à Stilgar de se mettre à genoux. Il lui demanda de lui donner son krys. Il prononça les paroles d'investiture telles qu'il les avait entendues prononcer par son père. Après quoi, il demanda à Stilgar d'embrasser le krys. Stilgar aux pays puis, à la façon Fremen, embrassa ensuite le bras de combat de Paul. Un murmure courut dans la foule et Jessica entendit les Fremen parler de la prophétie. Cette prophétie disait qu'une Bene Gesserit montrerait le chemin. Puis Paul déclara que c'était Stilgar qui commandait la tribu. Stilgar commanderait et ce qu'il dirait, c'est ce que Paul dirait.

Paul demanda à Stilgar de rassembler le conseil des chefs. Jessica percevait nettement le désir de se battre qui animait les Fremen. Puis Paul emmena sa mère dans une chambre et lui demanda d'attendre. Il était parti chercher Gurney. Jessica pensa qu'aussi longtemps que Chani vivrait, Paul ne comprendrait pas où était son devoir. Chani lui avait donné un fils et cela suffisait selon Jessica. Gurney bondit dans la pièce. Il passa un bras sous le menton de Jessica pour le relever brutalement. Elle sentit alors le contact du couteau dans son dos. Paul entra. Gurney lui demanda de rester où il était. Gurney ordonna à Jessica de ne pas parler et de ne pas bouger. La main de Paul se glissa vers son couteau. Il ordonna à Gurney de s'expliquer. Gurney répondit qu'il avait fait le serment de tuer la traîtresse. Paul lui expliqua qu'il était dans l'erreur la plus complète. Jessica comprit enfin. Paul lui dit que le traître était Yueh. Il menaça Gurney de répandre son sang s'il tuait sa mère. Gurney demanda des preuves sur la trahison du Yueh. Paul répondit que les preuves étaient au Sietch Tabr. Gurney affirma qu'il avait vu un message pris sur un agent des Harkonnen qui désignait nettement Jessica comme traîtresse. Paul répondit que lui aussi avait vu ce message car c'était son père qui lui avait montré et lui avait expliqué que ce n'était qu'un stratagème Harkonnen visant à rendre suspecte la femme qu'il aimait. Paul ordonna le silence à Gurney et le ton dur de sa voix était plus impératif que tous les ordres que Jessica avait jamais entendus.

Gurney retira son couteau. Paul lui expliqua les sanglots de sa mère quand elle avait perdu son duc. Il lui reprocha d'être incapable de faire la différence entre les Harkonnen et les Atréides au point de ne pas sentir un piège Harkonnen. Il lui dit que la loyauté des Atréides s'achetait avec l'amour et que la monnaie d'échange des Harkonnen était la haine. Il lui dit que la principale preuve de la trahison de Yueh était un message signé de sa main où il reconnaissait sa trahison. Paul dit enfin à Gurney que son père lui avait demandé de transmettre un message à Jessica disant que jamais il ne douterait d'elle. Jessica ordonna à Gurney de la lâcher. Il obéit. Puis elle demanda à Paul de choisir la voie du bonheur car elle avait conscience de l'avoir transformé pour lui faire suivre la voie qu'elle devait choisir par son éducation. Elle lui demanda d'épouser Chani si tel était son désir. Gurney ouvrit sa robe et demanda à Paul de le tuer car il avait le sentiment d'avoir trahi son duc. Paul lui ordonna le silence. Alors Gurney demanda à Jessica de le tuer. Jessica lui demanda pourquoi il voulait que les Atréides tuent ceux qu'ils aimaient. Et, lentement elle referma la robe de Gurney. Elle lui pardonna car elle savait qu'il avait pensé agir pour Leto. Il baissa la tête et ferma les paupières pour retenir ses larmes. Paul demanda à Gurney de jouer pour sa mère. Gurney alla chercher sa balisette. Paul trouva que sa mère avait l'air fatigué il songea à trouver un moyen de supprimer une partie de ses charges. Paul sortit de sa chambre car un messager fedakyin apparut. Les messagers annonça que les chefs commençaient à arriver pour le conseil. Puis Paul se mit en marche vers les profondeurs de la grotte vers ce lieu qui se trouvait dans toutes les grottes, ce lieu proche du bassin d'eau où il y avait un petit shai-hulud. Aucune des lignes d'avenir qu'il avait entrevues ne comportait ce moment de péril associé avec Gurney. Lentement, son organisme avait acquis une tolérance à l'épice qui avait eu pour effet de rendre ses visions prescientes de plus en plus rares. Une solution évidente s'imposait. Il avait décidé de noyer le faiseur. S'il était le Kwisatz Haderach, il survivrait à l'épreuve des révérendes mères.

Dans Légendes d'Arrakis, il est écrit que Paul gisait immobile comme un mort, pris par la révélation de l'Eau de Vie. Ainsi se réalisa la prophétie disant que le Lisan al-Gaib serait à la fois vivant et mort.

Chani avait quitté le sud pour rejoindre Paul. Elle se demandait pourquoi il l'avait rappelée après lui avoir ordonné de demeurer dans le sud avec leur enfant et Alia.

Otheym, le lieutenant des fedaykins, emmena Chani à la Grotte des Oiseaux. Jessica demanda à Chani comment allait son petit-fils. Elle répondit qu'il était heureux. Alia se demanda pourquoi on était venu la chercher pour quelque chose de si urgent au point de lui avoir envoyé un orni. Elle ne comprenait pas pourquoi Jessica ne lui parlait pas encore de Paul. Elle demanda des nouvelles des batailles sans relever la tête, de peur de se trahir, de révéler à Jessica qu'elle n’avait posé cette question que pour Paul. Jessica répondit que la tristesse était le prix de la victoire. Chani se demanda si Jessica essayait de la préparer à la tristesse. C'était Jessica qui l'avait fait chercher du Sud : Chani ne comprenait pas car le message avait été signé par Muad’ Dib. Jessica lui expliqua que c'était elle qui avait signé car ce subterfuge était nécessaire. Puis elle lui expliqua qu'elle avait besoin d'elle pour l'aider à rappeler Paul à la vie. Jessica pensait que les Harkonnen avaient réussis à infiltrer un agent parmi les Fremen afin d'empoisonner Paul. Elle n'avait pas réussi à détecter la trace du poison dans le sang de Paul.

Paul était inconscient. Les processus vitaux étaient ralentis. Chani lui demanda ce qu'elle pouvait faire. Jessica répondit qu'elle l'avait convoquée par instinct. Chani demanda si c'était Gurney qui avait trahi. Jessica répondit que non. Chani demanda à être conduite auprès de Paul. Paul était étendu sur un lit de fortune. Une robe noire le couvrait jusqu'à la poitrine. Chani réprima le brusque désir de courir jusqu'à lui et de se jeter sur son corps. Jessica rassura Chani que Paul vivait. Cela faisait trois semaines que Paul était dans cet état.

Chani s'approcha de Paul. Ses traits étaient paisibles. Elle demanda à Jessica comment Paul se nourrissait et Jessica répondit qu'il n'avait encore rien pris. Seuls ses conseillers les plus proches étaient au courant ainsi que quelques chefs. Jessica avait cherché qui avait pu administrer le poison, en vain. Les fedaykins pensaient que Paul était en transe sacrée et rassemblait ses saintes forces avant les ultimes combats. Jessica avait entretenu cette croyance. Chani s'agenouilla à côté de Paul et se pencha sur son visage. Elle sentit immédiatement le parfum de l'épice. Elle pensa que Paul avait pu faire une allergie à l'épice mais Jessica avait remarqué que toutes les réactions allergiques de Paul étaient négatives. Chani demanda à Jessica si elle avait utilisé sa perception intérieure acquise grâce à l'Eau de Vie, pour examiner le sang de Paul. Jessica avait remarqué que le sang de Paul était tout à fait adapté à la nourriture des Fremen. Alors Chani demanda s'il y avait un faiseur et Jessica répondit qu'il y en avait plusieurs. Chani avait remarqué que Paul s'était toujours tenu à l'écart des cérémonies. Jessica répondit qu'elle se souvenait des sentiments ambivalents de son fils à l'égard de la drogue d'épice et de la prescience que cette drogue suscitait. Chani demanda à Jessica de lui donner l'Eau brute du faiseur. Jessica lui apporta un broc qui répandait l'acre senteur du poison. Chani plongea  un doigt dans le liquide et le mit tout près du nez de Paul. Lentement, les narines de Paul se dilatèrent. Chani toucha alors de son doigt humide la lèvre supérieure de Paul. Paul inspira longuement et péniblement. Alors Chani demanda à Jessica de convertir un peu de l'eau sacrée. Jessica but un peu de liquide. Les yeux de Paul s'ouvrirent et il regarda Chani. Il dit qu'il n'était pas nécessaire que Jessica changea l'eau. Jessica put sentir le flux vital qui émanait de Paul. Elle comprit que Paul avait bu l'eau sacrée. Elle lui demanda comment il avait pu commettre une telle folie. Paul était surpris de la présence de Chani. Il demanda depuis combien de temps il était couché. Jessica le lait lui apprit. Paul expliqua à Jessica qu'il avait réussi à convertir l'Eau de Vie. Il plongea une main dans le broc et la ramena à sa bouche pour boire encore quelques gouttes de liquide. Puis il demanda à sa mère de lui montrer ce lieu que la révérende mère ne pouvait contempler. La conscience de Paul enveloppa Jessica. Jessica entrevit vaguement le lieu avant que son esprit fût vaincu par la terreur. Jessica comprit que son fils était le Kwisatz Haderach, celui qui pouvait être en plusieurs lieux à la fois. Celui qui était né du rêve bene gesserit. Paul expliqua à Chani qu'il y avait en chacun de nous une force ancienne qui prenait le une force ancienne qui donnait. Il n'était pas très difficile pour un homme de voir en lui ce lieu où règne la force qui prend, mais il lui est presque impossible de contempler la force qui donne sans se transformer en autre chose qu'un homme. Pour une femme, la situation était exactement inverse. Jessica demanda à Paul s'il était celui qui donnait ou celui qui prenait. Paul répondit qu'il était le pivot. Il ne pouvait pas donner sans prendre et ne pouvait prendre sans donner. Un peu de la prescience qui emplissait Paul passa en Chani. Elle eut la connaissance de ce qui allait être comme si c'était un événement du passé. Otheym les avait espionnés et il rapporterait ce qu'il avait vu et entendu. D'autres propageraient l'histoire jusqu'à ce que ce soit comme un feu sur la terre. Tout le monde dirait que Paul-Muad’ Dib ne ressemblait à aucun autre homme. Il était le Lisan al-Gaib. Jessica demanda à son fils s'il avait vu l'avenir. Il répondit qu'il avait vu le Maintenant. Il avait vu l'espace, au-dessus d'Arrakis, tout emplie de vaisseaux de la Guilde.

L'empereur lui-même était présent avec sa diseuse de vérité favorite et cinq légions de Sardaukars. Le baron Harkonnen était là également avec Hawat à ses côtés et 7 vaisseaux emplis de tous les conscrits qu'il avait pu trouver. Chacune des Grandes Maisons avait envoyé ses troupes. Ils attendaient. Jessica lui demanda ce qu'ils attendaient. Paul répondit que c'était la permission de la Guilde d'atterrir. C'était la Guilde qui avait créé cette situation en rapportant ce que les Fremen faisaient sur Arrakis et en abaissant le prix du transport pour faire venir les plus pauvres des Maisons. Il demanda à sa mère de changer une partie de l'Eau car ils auraient besoin du catalyseur. Puis il demanda à Chani d'envoyer des hommes en éclaireurs pour trouver une masse d'épice en gestation. Paul voulait créer de l'Eau de Mort. Ainsi, la mort se répandrait parmi les petits faiseurs et Arrakis deviendrait un monde de désolation. Paul savait que la Guilde le recherchait. La Guilde n'osait pas intervenir auparavant mais à présent la Guilde, l'empereur et les maisons risquaient de perdre ce qu'ils avaient.

Dans l'Eveil d'Arrakis, il est écrit qu'Arrakis se retrouva au centre de l'univers, dans le moyeu de la roue qui allait se mettre à tourner.

Paul et Stilgar observaient le vaisseau de l'empereur. Les cités et les citadelles Harkonnen étaient toutes tombées aux mains des Fremen. Il ne restait plus qu'une cité et un bassin qui appartenaient encore à l'ennemi. Paul observa le terrain de débarquement d'Arrakeen où s'alignaient les frégates d'Harkonnen sous une bannière de la compagnie CHOM. Il fallait que la Guilde fût désespérée pour avoir ainsi autorisé les deux groupes à débarquer tandis que les autres étaient maintenus en réserve. Les Fedaykin s'étaient déployés dans l'attente de l'ordre d'attaque. Paul avait fait libérer les deux Sardaukars pour qu'ils rejoignent leurs maîtres. Il avait donné l'ordre de les surveiller. Une tempête allait arriver. Paul pensait que le reste de la flotte resterait dans l'espace. La Guilde ne courrait pas le risque de laisser les Fremen détruire l'épice. Les gens de la cité avaient été chassés de leurs maisons par les Sardaukars dans l'espoir de créer un handicap pour les Fremen. Mais Paul pensait que les Sardaukars avaient ainsi déclenché une fièvre haineuse chez des gens qui, autrement, n'auraient considéré cette bataille que comme un inconvénient supplémentaire. Paul attendait que l'empereur accepte sa réclamation. Si l'empereur acceptait, il le signalerait en hissant la bannière des Atréides. En ce cas, Paul appliquerait le second plan qui consistait à n'attaquer que les Harkonnen. Les Sardaukars se tiendraient à l'écart. Mais l'empereur avait ordonné de hisser la bannière de la compagnie CHOM. Cela signifiait que l'empereur disait aux gens de la Guilde ou se trouvait le profit. Cela lui importait peu que ce soit un Atréides ou un autre qui règne sur Arrakis.

Un messager annonça à Paul que les patrouilles Harkonnen et sardaukars se repliaient. Ils s’attendaient à ce que la tempête interdise toute visibilité. Paul dit à Gurney que la destruction du bouclier était entre ses mains. Puis il ordonna à Otheym de retirer les patrouilles de contrôle de la zone de destruction. Il fallait qu'elles se soient éloignées avant que la tempête frappe. La tempête était sur les Harkonnen. Paul ordonna d'ouvrir le feu. La tempête balaya le bassin tandis que la muraille de sable chargée d'électricité détruisait tous les boucliers du camp ennemi sur son passage. Paul et ses hommes se replièrent dans un autre boyau dont il avait ordonné le scellement du tunnel.

L'opérateur radio capta un message incomplet. Il y avait eu un raid sur Sietch Tabr. Paul comprit que son fils était mort et qu’Alia était prisonnière. Tout ce qu'il touchait n'apportait que la mort et le chagrin. Paul pensa que l'univers savait bien peu de choses de la véritable cruauté.

Dans L'Eveil d'Arrakis, il est écrit que Paul avait annoncé à ses troupes qu'Alia n'était pas morte. Elle vivait car sa graine était la sienne et sa voix était sa voix.

Le baron Harkonnen attendait dans la salle d'audience impériale que l'empereur arrive. Il arriva dans l'uniforme gris des Sardaukars. Il était accompagné de la révérende mère Gaius Helen Mohiam. C'était la Diseuse de Vérité de l'empereur. Cela révélait l'importance véritable de cette audience. Deux agents de la Guilde étaient également présents. La fille de l'empereur, la princesse Irulan accompagnait son père. L'empereur appela le baron. Il lui demanda où il avait envoyé Hawat. Harkonnen répondit qu'Hawat était parti depuis cinq jours. Il devait se rendre dans une base des contrebandiers pour infiltrer les hommes dans le camp de Muad’ Dib. L'empereur lui demanda pourquoi il ne s'était pas soucié de son absence. Alors le baron lui expliqua qu'Hawat mourrait à cause du poison latent qu'il lui avait injecté. L'empereur voulut savoir où se trouvaient les neveux du baron. Harkonnen répondit qu'il les avait envoyé inspecter le périmètre des troupes Harkonnen. L'empereur était convaincu que les Fremen n'attaqueraient pas aussi longtemps que les cinq légions de Sardaukars seraient sur place. Harkonnen était effrayé par la colère impériale. Il ne dépendait plus que de la Convention et du dictum familia des Grandes Maisons et cela le mettait mal à l'aise.

L'empereur demanda au baron s'il avait capturé des otages. Le baron répondit que c'était inutile car les Fremen honoraient chaque prisonnier selon le cérémonial funèbre ils se comportaient comme si les prisonniers étaient déjà morts. Alors l'empereur dit au baron qu'il n'avait pas songé aux otages qui convenaient. L'empereur demanda au baron qui pouvait être Muad’ Dib. Harkonnen répondit que c'était certainement un fanatique.

Les Fremen criaient son nom quand ils allaient au combat. L'empereur demanda au baron s'il avait exploré les régions du sud d'Arrakis. Le baron répondit que cette région étaie inhabitable et qu'il n'y avait pas d'épice sous ces latitudes. L'empereur claqua des doigts et deux Sardaukars apparurent avec Alia. Elle ne semblait pas éprouvée la moindre peur. La vieille Diseuse de Vérité elle-même fit un pas en arrière lorsque l'enfant passa devant elle. Alia se moqua du baron. L'empereur la présenta au baron comme la soeur de Muad’ Dib. On avait rapporté à l'empereur que les régions polaires d'Arrakis présentaient des signes évidents d'activité humaine. L'empereur annonça au baron que cet enfant dirigeait l'un des groupes de combat contre les Sardaukars qu'il avait envoyés. Alia annonça qu'elle s'était laissée capturer car elle ne voulait pas affronter son frère et lui dire que son fils avait été tué. L'empereur voulut que le baron comprenne que les Sardaukars avaient été forcés de battre en retraite devant des femmes, des enfants et des vieillards. Seule une poignée de ses hommes était revenue. L'empereur demanda au baron s'il ne reconnaissait pas la fille du duc. Alia répondit que jamais le baron ne l'avait vue. Le baron demeura pétrifié de stupéfaction. Alia se présenta comme la fille du duc et de Jessica. Elle annonça également que Muad’ Dib était son frère. Alia était capable de lire dans l'esprit de la révérende mère. La révérende mère voulait qu’Alia soit détruite. L'empereur demanda à Alia si elle pouvait entrer en communication avec son frère. Alia répondit que son frère savait où elle était. Alors l'empereur lui demanda si elle pouvait demander à son frère de se rendre en échange de sa vie. Alia répondit qu'elle ne ferait pas cela. Elle annonça à l'empereur que son frère arrivait et que sa force était celle du bon droit. À cet instant, un bouclier de vastes dimensions venait d'être mis en batterie. L'empereur ordonna de regagner l'espace et de jeter Alia dans la tempête. Alia se jeta dans les bras du baron. Le baron la projeta sur le sol. Alia avait eu le temps d'empoisonner le baron en piquant la paume de sa main.

Le nez du vaisseau avait été détruit par les Fremen. Alia s'élança vers la porte. L'empereur ordonna à ses gens de gagner l'issue de secours. Alia se ruait au-dehors pour se procurer un couteau et, comme le voulait son éducation Fremen, achever tous les blessés. De la brume ocre surgit une rangée de vers de sable chevauchés par des guerriers Fremen. Les Sardaukars étaient pétrifiés de peur pour la première fois de leur histoire et ne parvenaient pas à croire à une telle attaque. Deux hommes de la Guilde étaient près de l'empereur. Le plus petit des deux s'avança vers l'empereur et lui dit qu'il ne pouvait prévoir l'issue de ce combat. L'autre ajouta que Muad’ Dib ne le pouvait pas non plus. Ces mots produisirent un choc dans l'esprit de l'empereur et il sortit de sa torpeur. Il demanda à la révérende mère de mettre un plan au point. La révérende mère lui conseilla de convoquer le comte Fenring.

 

Dans L'Eveil d'Arrakis, il est écrit que Muad’ Dib devina que la mort le guettait au moment de son triomphe et il accepta pourtant la traîtrise.

Paul fut escorté le soir de la victoire jusqu'à la résidence gouvernementale. L'édifice n'avait pas souffert des combats même si certains meubles avaient été brisés par la population. Paul voulait occuper cet édifice pour sceller sa victoire aux yeux de tous. Paul ordonna qu'on aille chercher sa mère et Chani. Paul demanda quelle était l'étendue des dégâts. Ils étaient très importants mais Gurney lui fit le reproche de se soucier des choses alors que des vies humaines étaient en jeu.

Mais Paul était obsédé par l'avenir et la possibilité que le Jihad soit impossible à éviter. Paul ordonna à Gurney de lui amener un prisonnier sardaukar. Il voulait discuter des termes de la reddition de l'empereur.

Il demanda également à Gurney de trouver la citation appropriée à l'événement. Gurney répondit : « Et la victoire en ce jour se changea en deuil pour tout le peuple, car le peuple sut ce jour que le roi pleurait son fils ».

Paul ferma les yeux, essayant de chasser le chagrin, d'attendre que vienne le temps de pleurer, tout comme il avait attendu pour pleurer son père. De toutes les particularités de la vision temporelle, celle qui l'avait le plus surpris c'était la capacité qu'avait Alia de maîtriser le temps afin que ses paroles ne parviennent qu'à lui. Alia lui avait annoncé par la pensée qu'elle avait tué le baron. Stilgar lui annonça avoir trouvé le corps du baron. Gurney revint suivi de deux Fremen qui escortaient un prisonnier sardaukar. Paul dit au prisonnier qu'il devait porter un message à l'empereur. Le message était que si l'empereur et les siens baissaient les bras et venaient à lui, il garderait leur vie comme la sienne. Stilgar annonça à Paul que sa mère et Chani étaient arrivées. Chani avait demandé de rester quelque temps seule avec son chagrin. Jessica avait décidé de s'enfermer dans la chambre étrange. Paul expliqua à Stilgar que sa mère regrettait son monde qu'elle ne reverrait peut-être jamais. Paul prit conscience de la transformation qui s'était opérée en Stilgar. Il était devenu la créature du Lisan al-Gaib, pleine d'obéissance et d'adoration. Paul sentit en lui le premier souffle du vent fantomatique du Jihad.

Il éprouva tout à coup une impression de profonde solitude. Il voulait s'emparer du trône pour empêcher le Jihad. Stilgar lui annonça que Rabban était mort. Jessica arriva. En pénétrant dans le grand hall, elle s'était demandée pourquoi les lieux refusaient de reprendre leur place dans ses souvenirs. Elle demanda à Paul ou était Alia. Paul répondit qu'elle était en train d'achever les ennemis blessés. Jessica était bouleversée par le changement qui s'était opéré en son fils. Elle lui dit que les hommes racontaient d'étranges histoires à son propos. Les hommes disaient que Paul avait tous les pouvoirs de la légende et que rien ne pouvait lui rester caché. Paul répondit qu'elle devrait le redouter car il était le Kwisatz Haderach.

Il annonça à Jessica que l'empereur et ses gens allaient arriver. Sa future épouse serait parmi eux. Jessica lui recommanda de ne pas commettre la faute de son père. Paul répondit que c'était une princesse et qu'elle lui ouvrirait le chemin du trône et c'était tout. Chani arriva. Paul vit les traces des larmes sur ses joues. À nouveau, il sentit le chagrin monter en lui. Il toucha la joue de Chani, l'humidité sur sa peau. Il promit à Chani qu'elle aurait d'autres fils. Gurney annonça à Paul que l'empereur arrivait avec Feyd-Rautha. Il y avait aussi des gens de la Guilde. La Guilde menaçait de déclencher l'embargo sur Arrakis si Paul ne lui attribuait pas des privilèges spéciaux. Paul avait l'intention de lui ôter ses crocs. Il pensait que la Guilde était devenue un parasite, incapable d'exister indépendamment de cette vie dont elle se nourrissait.

Les navigateurs de la Guilde dépendaient exclusivement du Mélange pourtant la Guilde ne s'était pas emparée d'Arrakis. Gurney annonça qu'une révérende mère bene gesserit s'était présentée comme une amie de sa mère. Paul répondit que sa mère n'avait pas d'amies parmi les Bene Gesserit. Gurney annonça également que Hawat était avec l'empereur. Hawat lui avait expliqué qu'il avait travaillé pour les Harkonnen et qu'il avait cru Paul mort. Paul se souvint alors de brèves visions prescientes des avenirs possibles. Dans l'une, en particulier, Hawat portait une aiguille empoisonnée que l'empereur lui avait ordonnée d'utiliser contre « ce duc révolté ». L'empereur apparut à la tête de ses gens. Les gens de sa suite se groupèrent derrière lui.

Paul fut intrigué par la présence d'un homme qu'il ne connaissait pas. Il demanda à sa mère qui était cet homme. Jessica lui répondit que c'était le compte Fenring. Il les  avait précédés sur Arrakis. C'était un eunuque-génétique. Un tueur.

Paul songea que Fenring était le commis de l'empereur. Il éprouva un énorme choc au plus profond de sa conscience car jamais une avait vu le comte parmi les innombrables avenirs possibles de ses visions. Alors il se demanda si c'était cet homme qui était précisément celui qui devait le tuer. Il regarda la princesse, une grande femme blonde aux yeux verts d'une beauté patricienne. Irulan était la princesse royale Bene Gesserit. Il savait quelle était la clé du trône. Hawat émergea de la suite de l'empereur. Paul exigea qu'il aille librement et Gurney acquiesça. Hawat dit à Jessica qu'il n'avait apprit qu'aujourd'hui son erreur. Il était inutile de le pardonner. Paul lui demanda s'il ressemblait à son père et Hawat répondit qu'il ressemblait plus à son grand-père car il en avait le regard et les manières.. Paul lui dit qu'il pouvait lui demander ce qu'il voulait. Il offrit même sa vie. Hawat comprit que Paul avait deviné le piège.

Paul demanda à Hawat de le frapper maintenant. Hawat lui dit qu'il voulait simplement reparaître une fois devant lui. Paul le prit par les épaules et sentit frémir les muscles sous ses doigts. Alors Hawat se tourna à demi entre les bras de Paul et tendit sa main gauche, la paume vers le haut, en direction de l'empereur et révéla l'aiguille minuscule serrée entre ses doigts.

Il dit à l'empereur que celui qui avait voué sa vie au service des Atréides ne pouvait leur offrir moins que cela aujourd'hui. Et Hawat mourut dans les bras de Paul. Paul ordonna à ses gardes d'emporter le corps. Paul regarda l'empereur et il lut enfin la peur dans ses yeux. Paul s'adressa à l'empereur avec les intonations contrôlées du Bene Gesserit et remarqua l'expression de surprise de la princesse. C'était bien une Bene Gesserit. L'empereur reprocha à Paul d'avoir violé la Convention et utilisé des armes atomiques. Paul répondit qu'il avait utilisé des atomiques contre un obstacle naturel du désert. L'empereur crut pouvoir menacer Paul en disant que l'armada des Grandes Maisons attendait dans l'espace au-dessus d'Arrakis et qu'il n'avait qu'un mot à dire. Alors Paul appela les deux hommes de la Guilde et leur ordonna de renvoyer la flotte d'où elle venait. Ils refusèrent d'obéir. Paul les menaça alors de détruire toute la production d'épice d'Arrakis à tout jamais. Le plus petit des deux demanda à Paul s'il savait ce que cela représentait que d'être privé de la liqueur d'épice lorsqu'on y était accoutumé. Mais Paul l’assura qu'il pourrait détruire l'épice par simple dépit ou par ennui. Le plus grand des deux proposa de parler en privé pour trouver un accord avec Paul. Mais Paul répondit que si la flotte de la Guilde ne repartait pas très vite, il serait inutile de discuter plus longtemps. Il lui ordonna d'exécuter ses ordres où il en subirait les conséquences immédiates. Les deux hommes se dirigèrent donc vers la radio.

Paul dit à l'empereur que la Guilde ne lui avait permis de monter sur le trône qu'avec l'assurance que l'épice continuerait de se déverser. Mais l'empereur avait trahi son engagement et Paul lui demanda s'il savait ce qui l'attendait. Puis Paul s'adressa à la révérende mère Gaius Helen Mohiam. Elle dit à Paul qu'il était bien celui que les Bene Gesserit cherchaient. Pour cela, elle voulait bien pardonner à Jessica cette abomination qu'était sa fille. Paul lui refusa le droit de pardonner quoi que ce soit à sa mère. Il lui demanda si elle avait quelque chose à dire et elle répondit qu'elle l’accueillait dans les rangs des humains. Puis Paul s'adressa à l'assemblée en disant que la révérende mère avait pu attendre avec ses soeurs durant 90 générations que se produise cette idéale combinaison des gènes et de l'environnement d'où devait naître celui qu exigeaient leurs plans. Seulement Paul ne voulait pas se plier à son désir. La révérende mère demanda à Jessica de faire taire son fils. Jessica lui répondit qu'elle pouvait le faire elle-même. Paul dit à la révérende mère qu'il la laisserait vivre mais sans qu'elle puisse jamais porter la main sur le et sans qu'elle puisse agir selon ses plans. Il lui dit qu'il se souvenait de son gom jabbar et lui demanda de ne jamais oublier le sien : d'un mot, il pouvait tuer.

Les Fremen se regardèrent en pensant à la légende qui disait : « et sa parole portera la mort éternelle dans les rangs de ceux qui se dresseront contre le droit ».

Paul s'adressa à la princesse en lui disant que tous les deux connaissaient la clé de leurs problèmes. L'empereur en fut choqué mais Paul lui dit qu'il l'avait reconnu comme sujet impérial. Alors la princesse dit à son père de Paul était fait pour être son fils. Chani demanda à Paul s'il voulait qu'elle se retire. Il répondit que jamais elle ne quitterait son côté.

L'empereur et sa Diseuse de Vérité discutaient à voix basse, sur un ton vif. Paul expliqua à sa mère que la Diseuse de Vérité rappelait à l'empereur que selon leur record il avait accepté de laisser monter une Bene Gesserit sur le trône et que c'était sa fille qu'ils avaient pressentie. Gurney montra à Paul Feyd-Rautha en disant que celui-ci avait le visage du plus fourbe qu'il avait jamais vu. Paul lui demanda s'il pouvait le vaincre. Alors Paul demanda à l'empereur s'il y avait un Harkonnen parmi ses gens. L'empereur répondit que quiconque avait été accepté dans sa suite était membre de ses gens. Paul répondit que Gurney souhaitait tuer un Harkonnen. Feyd-Rautha reprocha à Paul de lui envoyer un laquais contre lui. Paul accepta le défi ce qui irrita Gurney. Gurney voulait se venger des Harkonnen. Paul lui répondit qu'il connaissait aussi bien que lui les règles de la rétribution. Paul avait plus de gens à venger que lui. Jessica dit à son fils que parfois les gens dangereux étaient préparés par le Bene Gesserit. Un mot était implanté dans les couches profondes de leur esprit selon la vieille méthode de la souffrance et du plaisir. Le mot le plus fréquemment utilisé était Uroshnor. Paul n'aura qu'à prononcer ce mot à l'oreille de Feyd-Rautha pour que ses muscles deviennent flasques. Paul répondit qu'il n'avait besoin d'aucun avantage spécial. Gurney ne comprenait pas pourquoi Paul avait accepté ce défi et se demandait si Paul voulait devenir un martyr. Jessica elle-même ignorait pourquoi Paul agissait ainsi. L'empereur proposa à Feyd-Rautha son propre poignard. Feyd-Rautha accepta. Paul avait cru pouvoir s'opposer au Jihad mais il comprit que le Jihad serait. Même sans lui, les légions fondraient sur l'univers depuis Arrakis. Il était devenu une légende. Il avait montré la voie. Il eut le sentiment d'un échec. Feyd-Rautha avait ôté son uniforme pour apparaître vêtu d'un simple corset de combat à cotte de mailles. C'était le moment décisif. Paul savait que s'il mourait, on dirait qu'il s'était sacrifié afin que son esprit les guide. S'il vivait, les gens décideraient que rien ne pouvait s'opposer à Muad’ Dib. Paul désigna le poignard de l'empereur sur le sol indiquant à Feyd-Rautha qu'il pouvait venir le prendre.

C'était le combat dont Feyd-Rautha avait toujours rêvé, d'homme à homme et sans bouclier. Ce combat pourrait lui donner la puissance car l'empereur récompenserait certainement celui qui tuerait ce duc si gênant. Il espérait même que la récompense soit la fille de l'empereur et une partie du trône. Feyd-Rautha et Paul tournèrent en s'observant. Feyd-Rautha n'arrêtait pas de faire des commentaires ironiques et Paul pensait que le silence le mettait mal à l'aise, c'était sa faiblesse. Paul avait appelé Feyd-Rautha « cousin » ce qui avait fait trembler la révérende mère. Cela signifiait que Paul connaissait son ascendance. C'était facile à comprendre ce qu'il était le Kwisatz Hadrach. Ce combat pouvait être une catastrophe pour le plan de sélection bene gesserit. La révérende mère avait entrevu ce que Paul avait compris. Feyd-Rautha pouvait le tuer mais sans être victorieux. Elle était effrayée à l'idée que les deux hommes pouvaient s'entre-tuer et il ne resterait plus qu'une fille bâtarde de Feyd-Rautha et Alia. Paul se rappela les paroles de Duncan : l'étude de l'adversaire est une assurance de succès. Alors il se remit à tourner en silence. Il comprit que son adversaire était habitué à combattre avec un bouclier et deux couteaux. Mais il devina que vous Feyd-Rautha avait caché une aiguille empoisonnée. Feyd-Rautha écorcha son bras gauche. Son adversaire était plus rusé qu'il ne l'avait cru d'abord. Feyd-Rautha révéla à Paul que c'était Hawat qui lui avait enseigné certains de ses coups. Il se moqua de Chani en la traitant de petit animal favori de Paul. Il menaça de lui réserver des attentions particulières. Paul ne répondit pas. Ses sens internes examinèrent le sang qui s'écoulait de l'estafilade sur son bras et découvrirent une trace de soporifique. Alors il ajusta son métabolisme afin de repousser la menace et modifia la structure moléculaire du soporifique. Paul fit semblant d'être sous l'effet de la drogue. À la dernière fraction de seconde, il frappa son adversaire avec son krys. Paul se méfiait de la hanche droite de son adversaire qui devait dissimuler une aiguille empoisonnée. À l'instant où elle pointa, il faillit ne pas la voir. Elle était sur sa hanche gauche. Paul relâcha ses muscles afin de provoquer un réflexe de Feyd-Rautha mais il trébucha et tomba sur le sol. Son adversaire s'abattit sur lui. Du fond de son esprit, s'élevaient les cris silencieux de ses ancêtres qui exigeaient qu'il prononce le mot clé qui freinerait Feyd-Rautha et le sauverait, lui. Feyd-Rautha le regarda et il lui a plus infimes hésitations. Cela suffit à Paul pour découvrir la faille dans l'équilibre de son adversaire et pour le faire basculer. Il tua son adversaire en frappant à hauteur de la mâchoire.

Paul s'adressa à nouveau à l'empereur en lui demandant s'ils allaient pouvoir enfin discuter de son mariage avec la princesse et de sa part du trône.

L'empereur regarda le comte Fenring. Tous les maux étaient inutiles entre eux car ils se connaissaient depuis si longtemps que leurs yeux parlaient pour eux. Ce regard signifiait l'ordre de tuer Paul. Dans ses profondeurs les plus secrètes, quelque chose retint le comte. Il eut la vision brève, inadéquate, de sa supériorité vis-à-vis de Paul et de la qualité furtive de ses motivations que nul ne pouvait pénétrer. Paul comprit cela en partie. Fenring était un Kwisatz Haderach possible qu'une simple faille du schéma génétique avait rejeté, un eunuque dont les talents étaient furtifs et cachés. Paul éprouva alors une compassion profonde pour le comte, un sentiment de fraternité que jamais encore il n'avait connu. Fenring s'aperçut de son émotion et refusa de le tuer. L'empereur gifla à toute volée le comte. Le comte expliqua qu'il refusait d'obéir par amitié et il oublierait le geste de l'empereur. Paul dit à l'empereur qu'il aurait un autre trône sur Salusa Secundus. Il condamna l'empereur à résider sur la planète-prison. L'empereur lui demanda ce qu'il comptait faire d’Arrakis. Paul répondit qu'il y aurait de l'eau et de vertes oasis pleine de bonnes choses. Mais les Fremen devraient aussi penser à l'épice et maintenir du désert sur Arrakis. Il dit aussi que les Fremen avaient une maxime : Dieu a créé Arrakis pour former les fidèles. On ne peut aller contre la parole de Dieu. La révérende mère avait lu autre chose dans les paroles de Paul.

Elle avait entrevu le Jihad et elle dit à Paul qu'il ne pouvait pas lâcher ces gens sur l'univers. L'empereur demanda à Paul qui négocierait en son nom. Paul répondit que ce serait sa mère et Chani. Paul exigea en dot la totalité des intérêts de l'empereur dans la Compagnie des Honnêtes Ober Marchands. Il exigeait également le titre de comte et un directorat du CHOM pour Gurney ainsi que le fief de Caladan. Des pouvoirs et des titres seraient attribués à tous les gens des Atréides, jusqu'au plus humble soldat. Stilgar deviendrait gouverneur d'Arrakis.

Chani ne voulait aucun titre. Paul lui dit que la princesse serait son épouse pour des raisons politiques et pour conclure la paix et rallier les Grandes Maisons du Lansraad. Il lui promit que la princesse n'aurait nul enfant, nul geste, nul le regard, nul instant de désir de sa part.

Jessica dit à Chani qu’elles étaient appelées concubines mais que l'histoire les appellerait « épouses ».

 

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17 janvier 2021

Dernière sommation (David Dufresne).

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« Les miettes, c'est pour les pigeons ».

Vicky se rendait toujours dans ce McDonald's avant chaque manifestation. C'était le rituel dans le rituel, son truc pour tromper l'ennemi. Le McDonald's du boulevard de l'Hôpital avait été saccagé quelque mois plus tôt par une brigade noire d'anticapitalistes. Vicky aimait simplement cette bouffe merdique, ce sucré-salé. Elle prétendait qu'on pouvait fort bien détester ce système et en souhaiter le désenchantement. Elle utilisait une bombe aérosol qu'elle volait chez Leroy-Merlin pour couvrir les murs de la ville de graffitis. Un petit garçon le regardait, émerveillé. L'enfant était rassuré, il se disait que les adultes, aussi, savent jouer.

« Sur la place abandonnée, matraquage et crânes brisés ».

Frédéric Dhomme, 57 ans, dont 30 passés à la préfecture de police de Paris était le Patron. Des préfets, il en avait connu et il avait esquivé les pressions sans flancher. C'était le grand flic, serviteur de l'État craint de ses subordonnés et apprécié de ses supérieurs. Pour lui, les mots avaient un sens. Il forçait le respect. Il avait la veulerie requise avec les supérieurs, et l'autorité nécessaire avec les autres. Depuis son divorce, il n'était plus tout à fait le même, son bégaiement avait repris de plus belle, mais chef il restait. Il était à la fois fragile et cassant, touchant à force d'être insaisissable.

Il était le patron de la Direction de l'ordre public et de la circulation. Ses officiers connaissaient la musique, et l'endroit. Tous rêvaient d'en être un jour le chef d'orchestre. Les mots ont un sens, cela voulait dire qu'il fallait ne pas employer les bons, surtout ne rien laissait transparaître sur les ondes. La chasse était ouverte, mais ça ne devait pas se savoir. Mais si jamais ça se savait, le patron serait dans l'obligation de lâcher ses hommes.

« Pour gagner nous devons perdre ».

Étienne Dardel sursauta, pétrifié. Un homme venait de crier car il avait perdu sa main. Des street medics étaient intervenus. 30 manifestants et hurlèrent d'effroi et de colère contre les flics. Dardel pleura. C'était sa cinquième main arrachée, en deux mois. Il pleura comme un gamin en regardant les images. Il voulait comprendre l'incompréhensible, les armes de guerre envoyées sur des civils, en plein Paris. Alors Dardel prit son clavier pour écrire : « allô@Place-Beauvau-c'est pour un signalement 412. Il décrivit ce qu'il venait de voir. Les images avaient été tournées par une vidéaste intrépide présente dans toutes les manifs. Dardel était au coeur de l'action, chaque samedi. Il y allait comme au front. Le monde avait bien basculé : les gueules cassées en direct, les mutilés sous ses yeux, c'était possible, terrible, et c'était maintenant.

« Violence gratuite contre monde payant ».

Frédéric Dhomme était furieux. Le battement frénétique de sa jubilaire trahissait la nervosité. Il avait demandé un syndicaliste pourquoi il avait raconté des conneries sur BFM-TV quelques minutes après l'incident de l'Assemblée. Serge Andras avait été convoqué immédiatement par le patron. À la télé, le syndicaliste avait estimé malin de dire tout haut ce que bien des adhérents de sa centrale pensaient : elle cherche sa perte, la gonzesse, au bout d'un moment, il faut le dire. Si la grenade lui était directement arrivée dans la main, oui, on pourrait se poser des questions. Mais là, elle a voulu prendre la grenade. Je vais être très cru, mais c'est bien fait pour sa gueule. Frédéric Dhomme avait donc dit au syndicaliste que les mots étaient importants. Il pensait que le syndicaliste avait cru bien faire mais il lui expliqua que les plateaux télé n'étaient pas des réunions syndicales. Pour le patron, les plateaux télé, c'était l'adversaire. Le syndicaliste chercha à se défendre. Dhomme n'en revenait pas. Un n-1 osait lui tenir tête. Le syndicaliste lui expliqua que les gars en avaient marre de s'en prendre plein la figure. Il reprocha au patron d'avoir jeté les CRS, les bacqueux et même la BRI et les gendarmes mobiles dans la rue tous les samedis. Le syndicaliste pensait qu'il devait monter au créneau pour défendre ses collègues. Le syndicaliste affirme au patron que la colère des flics était grande. Il en avait marre de prendre des coups par les manifestants et de se faire insulter par les passants. Ils en avaient marrent de se faire chier dessus par les journalistes. Andras en avait marre de ce journaliste, Dardel, qui les collait au cul avec ses tweets pourris. Il ne comprenait pas pourquoi Dhomme n'avait pas encore convoqué Dardel à la DGSI.

« Parisiens : l'histoire vous passe sous le nez ».

Vicky était à l'hôpital. Elle avait perdu sa main. Elle ne ressentait strictement rien. Son accompagnatrice avait crié à côté d'elles. Elles avaient trouvé la bague qui avait résisté au choc de l'explosion et qui était resté accrochée au majeur de Vicky sur le sol. Vicky n'avait pas compris pourquoi quelqu'un lui avait hurlé dessus. Et puis elle avait compris qu'elle avait perdu sa main. Les street medics avaient formé un cordon et passé un accord avec les gendarmes mobiles. Ils étaient d'accord pour que la blessée soit emmenée à l'abri. Vicky se retrouva propulsée au coeur du pouvoir, dans la salle des Quatre Colonnes de l'Assemblée nationale ou les pompiers avaient installé leur poste avancé. Elle avait été amusée par l'ironie de l'histoire car elle ne votait pas. Elle luttait contre un État qui ne représentait que lui-même et ses serviteurs. Elle se retrouvait dans la salle où les élus et les journalistes se prêtaient depuis toujours au jeu imbécile de la petite phrase. Vicky avait décidé de modifier les règles de ce jeu. Elle voulait appeler sa mère pour lui raconter le drame. La mère de Vicky comprit. On ne jouait plus.

Deux mois auparavant.

« Tout le pouvoir aux ronds-points ».

Étienne Dardel s'était arrêté devant un rond-point. Un gilet de sécurité tricolore, immense bleu-blanc-rouge, était ficelé sur des ballots de paille. On lisait des pancartes en tous genres qui disaient que ça suffisait. Il y avait même des insultes contre Macron. Aux embouchures du rond-point, la guerre sociale sonnait. À gauche, c'était l'avenue de l'Europe ; à droite, le boulevard de la Casse. Et au milieu : la gronde jaune, un brasero, une caravane qui n'avait pas dû voir les congés payés depuis des lustres. Il y avait des paysans, un ouvrier au chômage, un cadre du garage Peugeot du coin, une infirmière. Dardel n'avait jamais mis les pieds dans cette région. Il revenait d'une séance de signatures pour un livre curieux sur Jacques Brel. Il avait écrit sur le chanteur parce qu'il appréciait ses deux préceptes capitaux : allez voir et repousser la prudence. Dardel avait envie d'écrire un livre ou un film sur les Gilets jaunes. Il avait besoin de cette course sans fin de projet en projet. Il était même parti pendant sept ans au Canada. Son exil était lié à un débat entre deux tours d'une présidentielle ou une candidate réclamait l'ordre juste, et l'autre, plus roublard, futur gagnant, juste de l'ordre.

Une femme l'accosta. Elle portait un gilet jaune sur lequel était écrit : ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. En voyant Dardel, elle pensait qu'il faisait partie des Renseignements généraux. Dardel sourit. Cela faisait bien 10 années qu'il avait arrêté le métier de journaliste. Il avait travaillé pour la revue Actuel puis pour le quotidien Libération et enfin chez Médiapart il avait expliqué à la femme que les Renseignements généraux n'existaient plus. Ou plus vraiment.

La femme lui demanda tout de même sa carte. Il répondit qu'une carte de presse ne prouvait rien car les Renseignements généraux en avaient de belles. Cela fit sourire la femme. Elle lui demanda ce qu'il voulait. Dardel se retourna pour regarder sa femme qui l'attendait dans la voiture. C'était elle qui lui avait conseillé de s'arrêter. Descendre dans l'arène, c'était bien l'idée, c'était bien le désir.

Dardel regarda la cahute. Il y avait un panneau : ici c'est la règle, pas d'alcool, pas de cigarettes qui font rigoler, pas de sexe. Cette discipline annonçait quelque chose de durable, et de profonds. Les gilets jaunes avaient compris que le blocage nomade serait plus efficace que l'occupation sociale. Dardel avait compris que tout devenait Zone à défendre. La femme lui cette cabane, c'était leur vie. Dardel lut les doléances au dos des gilets : les mauvais jours finiront, paradis pour les uns pas un radis pour les autres, samedi c'est jacquerie, + de banquise -de banquiers.

Dardel demanda à la femme si les gilets jaunes étaient plutôt nationalistes ou plutôt communistes. Elle sembla interloquée. Elle répondit que les gilets jaunes étaient des fâchés mais pas des fachos. Elle voulait que Dardel comprennent que les gilets jaunes étaient apolitiques. La seule personne qu'ils suivaient, c'était Jacline Moureau celle qui avait lancé l'appel sur Facebook. Il y avait également Priscilla Ludosky qui avait lancé une pétition pour la baisse du prix de l'essence. Elle avait récolté 1 million de signatures. Dardel demanda à la femme pourquoi il y avait des fanions rouges et noirs. La femme lui expliqua que c'était des maillots de rugby de rugby qui servaient à attirer les gens. Cela fit rire Dardel car il avait cru que c'était des fanions communistes.

« Nous sommes le bug dans la start-up Nation ».

 

Frédérique Dhomme lisait les messages sur le canal état-major qui étaient des messages de guerre. Les casseurs étaient en train de s'équiper devant les flics. Les flics demandaient quels étaient les ordres. Dhomme ordonna de ne rien faire. Dans la salle de commandement, au sous-sol de la préfecture, chacun était à son poste et sentait que quelque chose de magistrale avait merdé. À peine sur le terrain, les gars avaient balancé les lacrymogènes, 10 000 dans la journée, du jamais vu. L'enfer et le ridicule, en mondovision, CRS et gendarmes mobiles incapables de tenir l'avenue des Champs Élysées. Les gilets jaunes avaient taggé « les gilets jaunes triompheront » sur l'Arc de Triomphe. Dhomme fit envoyer le canon au, l'hélicoptère géostationnaire et ordonna de déloger les gilets jaunes avec leur banderole « gaulois réfractaires ». Le patron n'avait pas envie que Emmanuel Macron voit sa propre expression retournée contre lui. Macron avait dit ça pour fustiger son peuple réticent à ses réformes, et voilà comment son peuple répondait : par une banderole et une bataille de Paris. Une bataille qui se jouait par télévision interposée. Dhomme avait fait installer des écrans pour suivre les chaînes d'info. Il trouvait que cela devenait infernal, toutes ces chaînes et puis maintenant il y avait les live sur Facebook, les twitter en direct, des têtes brûlées qui pouvaient être suivies par des milliers de gens. Pour lui, c'était l'enfer, pour de bon. Une nouvelle cellule, Synapse, était chargée de suivre ces têtes brûlées. On demanda aux CRS de se retirer. On demanda aux compagnies d'intervention de tenir leur position. Tous savaient que la salle de commandement, c'était Dieu. Elle avait une vue complète de la situation, panoptique. Une statue intérieure de l'Arc de Triomphe avait cédé sous les pavés. Les journalistes se délectaient, c'était Marianne qu'on assassinait même si c'était une reproduction en plâtre du Départ des volontaires. Le préfet fit irruption dans la salle. Il convoqua les directeurs dans une arrière-salle. Dhomme verrouilla la porte à double battant.

Le préfet disait que la Préfecture devait tenir car elle était l'ultime rempart de la République. Le président de la République était tétanisé. Dhomme bouillait, il savait pertinemment que ses collègues voulaient faire du chiffre. C'était Sarkozy qui avait mis ce système en place : la politique du chiffre et la concurrence chez les flics.

Le patron fulminait car la vantardise et le fric facile ça n'avait pour lui qu'un rapport lointain avec la République.

« La révolution ne sera pas autorisée ».

 

Dardel compulsait son Twitter. Il était tombé dans le Web depuis ses débuts. C'était une addiction. Sa dépendance à Internet était sa façon moderne et stupide de rester raccord avec les idéaux punks rock de ses 17 ans. Tout à fond, et pas sérieux.

Il avait commencé en 1994.

Ce soir de décembre, son fil Twitter avait des allures de rapport militaire. Il assistait au spectacle depuis son téléphone et en toutes occasions. La révolution serait visible, certes pas télévisée, mais sur tous les écrans. 12 ans auparavant, il avait travaillé sur le maintien de l'ordre pour livrer un film en Seine-Saint-Denis après les émeutes de 2005. Cela l'avait dégoûté à cause de l'indifférence parisienne. Une notification attira Dardel. Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, soutenait les forces de l'ordre. Dardel décida de rentrer chez lui. Il zappa de chaînes d'info en chaînes d'info. Les titres surjouaient le drame, la République attaquée, la République souillée, la République menacée. Ministres et députés se succédaient. Les journalistes se demandaient qui étaient ces factieux. Dardel attendait que le bulletin des nouvelles du front donne aussi des informations de l'autre côté de la barricade. Une galerie des horreurs s'installa. Sur Internet, Dardel voyait les blessés graves mais rien sur LCI. L'appel de la colère et de la sidération le motiva.

« Distruption générale ».

 

Dardel ignorait qu'il venait de se jeter dans un combat sans fin. Son premier signalement, c'était par bravade. Les folies policières ne pouvaient pas durer. Alors il avait décidé de les compiler. Dardel ne reconnaissait pas les doctrines d'emploi qu'il avait longuement étudiées, ce maintien de l'ordre « à la française » que la nation vendait encore dans le monde entier. La doctrine du maintien de l'ordre consistait à montrer sa force pour ne pas s'en servir, stricte nécessité de l'usage de la force, proportionnalité dans l'usage de la force, contenir la foule, ne l'attaquer qu'en dernier recours. Dardel se sentait comme le sous-commandant d'une brigade civile, sans généraux. Il s'était autoattribué les violences policières, sans rien demander à personne et sans que personne lui ait demandé quoi que ce soit. Depuis toujours, il avait un faible pour les statistiques. Il aimait l'exactitude. Dardel savait le maintien de l'ordre obéissant à des règles strictes, dictées par le pouvoir politique. Aucune police n'était autant soumise à l'État que celle du maintien de l'ordre. Elle incarnait l'État dans son essence. L'ordre, c'est toujours celui de l'État.

C'est la raison pour laquelle Dardel adressait chacun de ses tweets @place Beauvau et non@police nationale car l'affaire était politique. Étienne Dardel voulait viser ceux qui armaient les policiers c'est-à-dire les politiques.

Dardel ne reniait pas ses origines angevines quand il écoutait la Mano Negra et les Bérurier Noir. Il avait compris que le principe du maintien de l'ordre avaient été pulvérisé. La police avait résolument changé de braquet et de doctrine. Dardel en retournant en France avait trouvé un pays radicalement différent. La domination n'était plus seulement sociale, économique, elle était policière.

Le pays était devenu violent, sous l'oeil complice de ses institutions. Le terrorisme et l'union nationale étouffaient la moindre critique. L'antiterrorisme était devenu l'alpha et l'oméga de la vie politique : police partout, justice nulle part.

Le pays était devenu violent parce que les colères sociales ne trouvaient plus d'écho ni de relais. Les syndicats avaient été fracassés et les militants criminalisés. Sans soupapes, la cocotte explosait désormais et le couvercle qu'on lui imposait prenait les atours du bouclier CRS. Le pays était devenu violent parce que 30 ans de débat sécuritaire l'avaient jeté dans les bras de la réaction en marche. Même les amis de gauche de Dardel utilisaient des expressions nées à l'extrême droite. Droitsdelhommistes en faisait partie. Les batailles identitaires avaient écrasé le guerre sociale. D'une certaine manière, les gilets jaunes remettaient de l'ordre dans l'ordre des priorités.

Absent du pays pendant sept ans, Dardel n'avait pas vu la France sombrer et tout lui explosait à la figure. Le pays était devenu violent jusqu'à ne voir qu'une catégorie de violences, celle qui le mettait en cause. L'état d'exception était devenu la règle. Les médias précaires ou concentré dans les mains d'une poignée de milliardaire courbaient l'échine. Dardel s'était fixé des limites : ne signaler que les cas de violence documentés par des vidéos, des photos, des certificats médicaux ou des plaintes. Il se sentait maintenant comme en mission, volontaire et bénévole d'un monde qui s'envole, attendu au tournant.

Un rapport de police stipulait que les images des caméras de surveillance sur l'axe de l'Arc de Triomphe étaient inexploitables à cause des gaz lacrymogènes qui obstruaient fortement les angles de vue. La police n'avait donc pas pu savoir qui était l'auteur du graffiti « Les gilets jaunes triompheront ».

« Ils ont la police on a la peau dure ».

Frédéric Dhomme courait pour rattraper le temps qui commençait à se perdre. Quand il courait, il voulait honorer le surnom qu'on lui avait trouvé : lapin de corridor qui signifiait qu'on lui reproche de ne pas être un homme de terrain. Il avait rendez-vous avec le préfet comme tous les lundis à 8:00 du matin. Sur le grand mur de son bureau, le préfet faisait admirer un buste de Napoléon, son maître en tout. Bonaparte avait créé la préfecture de police en 1800. C'était l'outil idéal pour mater le bon petit peuple parisien. Dhomme déclara au préfet que ce qui s'était passé aux Champs-Élysées était intolérable. Le préfet était d'accord. Il voulait se sortir du guêpier mais sans froisser personne. Pourtant Dhomme estimait que le préfet avait fauté en intervenant à tout bout de champ dans la salle de commandement. Le préfet lui dit qu'il n'était pas en cause nommément. C'était toute la préfecture qui était dans le collimateur. Le préfet avait été convoqué par le directeur de cabinet du président de la République. Il avait pris une avoinée.

Dhomme s'était interrogé sur le sens à prêter au déplacement du Palais de justice. En enlevant à la préfecture sa moitié, la justice, était-ce pas le coup fatal, le signe que la partie était perdue. Il pensait que cette affaire de gilets jaunes, c'était la survie de la préfecture de police. Le préfet apprit à Dhomme que le président n'avait pas du tout goûté d'apprendre que les émeutiers étaient à 50 m de l'Élysée. Son hélicoptère était en attente a Villacoublay. Il n'avait pas du tout apprécié qu'on soit obligé de sortir les plans d'évacuation de l'Élysée et de faire vérifier dare-dare l'état des tunnels menant vers Beauvau et vers la rue du faubourg Saint-Honoré. Le préfet avait été obligé d'expliquer au président ce qu'avait fait la compagnie de garde de l'Élysée parce qu'un journaliste avait décrété que cette compagnie avait été fautive.

C'était la compagnie de Dhomme. Les casseurs avaient même réussi à subtiliser un fusil-mitrailleur à la compagnie de Dhomme. Le préfet n'avait pas apprécié les graffiti « les gilets jaunes triompheront ». Ce graffiti avait été diffusé en direct sur CNN.

La préfecture avait déjà été assez fragilisée par l'affaire Benalla. Désormais, l'Intérieur jouait contre la préfecture. La préfecture avait perdu le Renseignement et le 36 Quai des Orfèvres avait été détricoté. Le préfet avait peur que l'ordre public soit géré par d'autres. Il ne supportait pas que la mairesse de Paris envisage de créer sa propre police municipale. Le préfet affirmait gérer les syndicats. Le ministre allait annoncer une prime de fin d'année pour les calmer. Il avait demandé aux Renseignement de surveiller les gauchistes du site Lundi-Matin. Il n'avait pas supporté qu'ils diffusent la carte des lieux de pouvoir à Paris. Il était également agacé par les fachos de Fdesouche qui se mettaient à rêver de martyr. Enfin, il était agacé par Dardel, un franc-tireur qui commençait à trouver audience. Le préfet avait réussi à rendre atone la presse en lui promettant des reportages sur la BAC et les laboratoires de la police scientifique. Il envisageait même d'envoyer les journaleux amis dans une caserne CRS pour une démonstration des tirs de LBD. Le préfet demanda à Dhomme des nouvelles de sa femme alors qu'il savait pertinemment que celui-ci venait de divorcer. Sa femme avait décidé de balancer ses petits secrets en hésitant encore entre le Canard enchaîné et Médiapart. Dhomme avait compris que le préfet le mettait en garde alors il répondit que sa femme allait bien.

« Échec émeute : la bataille de Paris ».

Dardel griffonnait des petites notes comme autant de béquilles imaginaires qui lui permettaient de tenir. Cela lui servirait à rester sur le qui-vive avec les seules armes qu'il maniait depuis toujours, des mots pour le dire. C'était sa façon d'évacuer le stress et de repousser le carnage qui lui explosait à la figure, vidéo après vidéo.

Chaque samedi portait un nom et un numéro : gilets jaunes acte I, gilets jaunes acte I, etc. La France était dans la rue, au théâtre de boulevard et avait surgi sur Facebook.

Dardel n'avait pas  la nostalgie du pays quand il était au Québec. Mais il avait la coquetterie de raconter sa présence dans les manifestations. Dardel, né en 1968, n'avait jamais connu rien de tel. Partout, la France tirait le rideau rouge et les fantassins brûlaient les planches.

Chaque acte charriait son lot de blessés, ses pleurs, ses cris, son sang et ses mutilés qui finissaient sur le fil Twitter de Dardel. Fin décembre 2018, il y en avait déjà plus de 150 et tous le mondes s'en moquait, ou presque. Les dominants dominaient et ils avaient table ouverte partout alors que les dominés tombaient sous les balles des LBD.

Il y avait déjà 10 éborgnés trois mains arrachées et des dizaines de personnes porteraient à vie des séquelles.

Dardel voyait les événements comme une guerre sociale entre deux camps et la technologie au milieu. La seule nouveauté c'étaient les réseaux sociaux, les Smartphones et les caméras de surveillance. Le reste dupliquait l'Histoire depuis les barricades de 1848. Les gueux d'hier étaient remplacés par ceux qui-ne-sont rien d'aujourd'hui comme avait déclaré le président.

Au milieu de l'indifférence, Dardel avait bien eu les honneurs d'une émission de télé. On l'avait vu descendre les Champs-Élysées avec son ordinateur sous le bras. Il inspectait les troupes policières comme un commandant en déroute dans un improbable défilé inversé. Les CRS l'avaient laissé faire et il avait pointé toutes les entorses horriblement : les CRS sans matricule, la bacqueuse qui visait la foule à hauteur de visage avec son LBD. Dardel exultait, moqueur et fanfaron comme un enfant fier de son coup. Sa femme aussi était de toutes les manifestations et lui souriait d'un sourire qui lui faisait signe de rester calme. Dardel s'exécutait pas confiance et amour fou. Pour la première fois depuis les années 60, le pouvoir avait sorti des véhicules blindés à roues de la gendarmerie. Cela relevait de la dramatisation plus que d'un besoin tactique. Son reportage avait été diffusé le jeudi suivant mais une scène avait été coupée. Celle où un manifestant s'était approché de lui et avait déclaré : on est plus innocent quand on a vu la violence légitime, la violence légale, celle de la police.

La préfecture avait placé deux commandants, un homme et une femme à l'instant précis de l'évacuation des Champs-Élysées quand il ne restait plus que 10 irréductibles et 200 caméras.

Les commandants s'étaient avancés vers Dardel, rassurants et aimables pour lui demander de quitter les lieux. C'était bien joué.

Un rapport de police signalait une source désirant garder l'anonymat qui avait dénoncé Vicky comme responsable de nombreux graffitis à Paris en marge des manifestations des gilets jaunes. Le rapport décrivait Vicky comme documentariste de profession. Elle était défavorablement connue des services de police pour avoir participé à la ZAD de Notre-Dame des Landes. Le rapport se concluait par les projets probables de Vicky.

« Liberté Egalité Brasier ».

 

Dardel s'était octroyé un moment de répit. Mais il avait gardé son téléphone portable qui lui signalait les nouvelles notifications. Quelqu'un venait de lui écrire. C'était la soeur de Kevin qui avait pris un tir de flash--ball en sortant de Go Sport. Il n'avait rien à voir avec la manif. Nathalie, la soeur de Kevin, avait envoyé à Dardel une vidéo montrant le drame. Dardel regarda la vidéo. Il sanglota. Son fils était dans la pièce à côté et il avait peur qu'il entende ses sanglots.

Dardel ajouta un signalement sur son site allô@place Beauvau.

 

Au nouveau palais de justice, on condamnait à marche forcée, comme dans l'ancien. Le premier cas de gilets jaunes jugés était celui de Juliette, 26 ans, au RSA. Elle avait été arrêté boulevard Haussmann dans le cadre des contrôles généraux autorisés par le procureur. Elle avait été accusée d'outrage à l'encontre du policier responsable des gardes à vue. La procureur réclamait deux semaines de travail d'intérêt général. Mais le tribunal la relaxa et annula la procédure. Juliette avait passé trois nuits en détention pour rien.

« Quand on a que les murs ».

Vicky avait ficelé son sac à dos en prenant soin de ne pas emmener son téléphone portable car les policiers disposaient d'un appareil permettant de capter toutes les données des téléphones portables. Elle s'était déjà fait avoir une fois et avait vu sa vie défiler, épisodes qu'elle croyait effacés compris.

Mais avant de partir, elle reçut un appel. Elle avait peur que ce soit sa mère, une ancienne socialo devenue colleuse d'affiches pour Marine Le Pen. Vicky s'était brouillée avec sa mère à jamais autour de la mort de Rémi Fraisse, fauché par une grenade de gendarmerie à Sivens.

Vicky était passée à côté des gilets jaunes, au départ. Alors que sa mère en faisait partie. Mais elle s'était rattrapée. Elle avait étudié la vidéo de Jacline Mouraud. Elle suivait aussi Priscilla Ludosky. Elle appréciait que des femmes soient mises en avant dans le mouvement des gilets jaunes.

Elle avait tenté de discuter avec sa mère d'un long article anonyme sur l'art des barricades publié sur le site Lundi Matin mais en vain. Sa mère restait légaliste. Sa mère lui avait demandé ce qu'elle pensait de Dardel. Vicky avait pensé qu'il était d'abord un journaliste, un idiot utile ou un traître. Elle avait envisagé un temps que si on le laissait faire son travail, c'est qu'il pouvait servir les forces de répression. Mais elle avait fini par voir Dardel, épuisé, fondre en larmes sur un plateau télé. Vicky était passée à l'action après avoir vu 150 lycéens en grève à Mantes-la-Jolie que la police avait forcé à se mettre à genoux. Un policier avait filmé la scène en déclarant : « voilà une classe qui se tient sage ».

En protestant, les gilets jaunes avaient tissé des liens et retissé des parentés. Vicky se demandait jusqu'à quand les gilets jaunes pourraient-ils tenir leur entêtement et le gouvernement retenir son effondrement. La France sortait soudain de sa torpeur. Vicky et sa mère, enfin, retombaient d'accord. Mais Vicky ne pouvait se résoudre à croire que tout était réglé ; à 40 ans, elle savait qu'il était trop tard pour remercier sa mère.

Depuis qu'elle était née, tout le monde disait que ça allait péter et ça ne pétait jamais. Aujourd'hui, c'était différent ; c'était possible.

« Vous ne nous attraperez pas : nous n'existons pas ».

Sur Twitter, Dardel commençait à bloquer les trolls. Les attaques fusaient pour la plupart venant du camp présidentiel. On lui promettait un prix du journaliste de l'année alors qu'il n'avait plus de carte de presse depuis 10 ans. Des O.N.G. lui faisaient des appels du pied. Mais il n'était pas dupe et il savait qu'une séquence nouvelle viendrait balayer ses efforts. Il savait que la Machine n'allait pas tarder à tout mettre en oeuvre pour le broyer. Il avait perdu des amis qui lui reprochaient de défendre les gilets jaunes. Il leur avait expliqué qu'il était proche des gilets jaunes car lui-même en tant qu'indépendant subissait une incertitude économique. La soeur de Kevin lui avait envoyé un message rassurant sur l'état de son frère et avait ajouté que la police comptait mener une enquête et que les frais d'hospitalisation seraient pris en charge par la police. Dardel connaissait le tour de passe-passe et savait que les boeuf carottes voulaient surtout dicter la déposition des victimes pour minimiser ce qu'avaient fait leurs collègues. Dardel décida d'ajouter la photo de Kevin au signalement 202 de son blog en prenant soin de protéger l'identité de ce mineur. Une après, le visage de Kevin surgissait sur les chaînes d'info.

« Les règles ont changé, les lois c'est du passé ».

Frédéric Dohmme connaissait l'adage : on est trahi que par les siens. Serge Andras, un flic de la nouvelle école, toujours à la lisière de la légalité, lui devait tout. D'hommes se souvenaient de la nuit qui avait propulsé sa carrière dans les hauts rangs. C'était dans le commissariat d'Argenteuil à l'époque où Sarkozy venait de lancer sa nouvelle doctrine du maintien de l'ordre. Dhomme s'était retrouvé aux côtés de Sarkozy quand celui-ci s'était fait insulter sur la dalle qui menait au commissariat d'Argenteuil. Quand Sarkozy était venu visiter son commissariat, Dhomme avait rangé dans son tiroir la gravure de sa loge maçonnique. Il avait donné un congé aux petits malins qui trouvaient fin de faire le salut nazi à l'appel.

Sarkozy entendait renforcer la présence des forces mobiles dans les quartiers. Sarkozy avait annoncé à Dhomme qu'il fallait savoir gérer les hommes en manager, le maintien de l'ordre se serait Flash-Ball et Kärcher. Dhomme voyait Sarkozy comme le messie. Il le regardait comme le sauveur. Sarkozy avait besoin de gars comme Dhomme. C'est ce soir-là que Sarkozy avait annoncé qu'il débarrasserait les cités des bandes de racailles. Dhomme était devenu un proche de Sarkozy et à Andras avait suivi.

Mais quelque chose relevait bien plus que du désaccord entre le chef et le sous-chef, entre le directeur et le syndicaliste à cause des gilets jaunes. Andras vida son sac. Il évoqua les vacations de 23:00 sur les Champs-Élysées avec ses collègues obligés de se pisser dessus parce qu'ils avaient interdiction de quitter leur position et à peine de quoi manger. Dhomme lui répondit mollement en prétextant que les éléments portés à sa connaissance n'avaient pas faire remonter ce genre de problème. Dhomme sentait la situation lui échapper et Andras en profitait. Il balançait tout ce qu'il avait sur le coeur en évoquant la débrouille de ses collègues qui allaient se fournir chez GK, la Samaritaine des flics. Andras demanda à son chef ce qu'il comptait faire avec Dardel. Andras savait que Dardel était devenu intouchable car il venait de recevoir le Grand prix du journalisme. Dhomme venait de comprendre qu'il avait perdu la main. Il regarda Andras lui tourner le dos.

« 8 000 arrestations n'arrêtent pas la rébellion ».

 

La fin de Dardel avait senti que leur appartement avait été fouillé. Un flic avait écrit à Dardel que sa vie privée n'était peut-être pas aussi privée qu'il le voulait. On pouvait le mettre sur écoute, ça n'avait pas beaucoup d'importance car il ne craignait rien des flics. En effet, il travaillait encore à l'ancienne sur base de rendez-vous secondaires et en prenant des notes sur un carnet. Il détruisait ses notes une fois qu'elles ne lui servaient plus. Dardel rassura sa femme. Dardel avait reçu des conseils des flics. Le flic lui avait dit qu'il fallait protéger ses sources et effectuer des doublons. Son correspondant était un policier instructeur en fonction dans un gros district de province. Il était bien placé dans la hiérarchie. Il utilisait Edward comme nom de code. Edward pensait que la nouvelle police en civil avec tout son attirail était constituée de tarés capables de mettre des contraventions à leurs propres parents si le chef de service le leur demandait. Parfois, Dardel demandait à Edward son point de vue avant de signaler une vidéo. Dardel avait besoin de connaître les règles pour asseoir ses certitudes : à société sécuritaire, flics militaires. Il cherchait donc les déserteurs de l'intérieur. Dardel remarqua que des cadres avaient été déplacés dans son bureau. Il tenait à ses archives qui reflétaient sa vie d'autodidacte. Il se demanda pourquoi quelqu'un est-il venu fouiller ses affaires. Rien ne manquait pourtant. Dardel compris qu'on était simplement venu faire comprendre qu'on était entré ici. Dardel se souvenaient de ses 15 ans quand il faisait régulièrement la une de la nouvelle république pour ses publications punk-rock. Un jour il s'était retrouvé devant deux agents des Renseignements généraux fatigués par son agit-prop.

Dardel avait été convoqué au motif que les membres de sa revue auraient commis des actes terroristes. Il alluma son ordinateur et se rendit compte que personne n’avait ouvert sa machine en son absence. Des macronistes trollaient son compte Twitter et tentaient de le piéger en se faisant passer pour de faux blessés avec des certificats médicaux bidons. Dardel était à bout.

« Nous n'avons pas d'armes, vous n'avez pas d’âme ».

 

Dardel avait encore reçu un message émanant d'une personne qui se présentait comme la femme d'un de ses amis. Il mettait un point d'honneur à répondre à chaque message. Cette politesse lui semblait nécessaire comme une forme de ralliement courtoise dans la fronde. Chaque matin il se rendait à la terrasse du Jadis, un café de quartier. Les discussions de comptoir lui servaient de baromètre. Il notait les inquiétudes, les réprobations et les vivats. Ces rumeurs de la ville procuraient un bien fou à Dardel car elles le confortaient dans son combat. La plupart du temps, Dardel copiait collait une même réponse à ses correspondants. Il les encourageait à lui fournir des détails sur ce qu'ils avaient vu. Mais cette fois, le courriel était différent. Il ne dénonçait pas une brutalité policière. Il était précis et expédié depuis une adresse cryptée. Le courriel provenait de quelqu'un de droite qui avait un meilleur ennemi commun avec Dardel. Une vidéo accompagnait le message. La vidéo provenait probablement du toit du palais bourbon. On y voyait Vicky devant l'Assemblée nationale le jour où elle avait perdu sa main. Ce que Dardel découvrit, c'est qu'une femme à côté des Vicky hurlait. Son messager mystérieux informa que c'était l'ex-femme de Frédéric Dhomme. Cette vidéo était une traîtrise dont on rendait Dardel dépositaire. Cette bassesse était une des raisons pour lesquelles il avait quitté le journalisme d'actualité. L'ex-femme de Dhomme était donc street-medic. Au fil des mois, les medics étaient devenus une des sources de Dardel. Le messager mystérieux se présentait comme quelqu'un qui travaillait aux côtés de Frédéric Dhomme.

Il voulait rencontrer Dardel pour l'informer de l'ambiance fébrile qui régnait dans son service. Pour la première fois, Dardel ressentit une peur physique.

Il se sentit seul.

 

« Halte aux terroriches ».

 

Paris brûlait. Vicky pensait que l'insurrection était là. Les blacks blocs étaient acclamés sur les Champs-Élysées. Rien à voir avec la dernière rencontre, deux mois auparavant. L'opinion avait eu le temps de basculer. Même le monde avait titré « la violence d'État comme ciment ». Vicky pensait que la conquête de l'opinion était à portée de main. Vicky avait enfilé sa noire tenue en 10 secondes chrono. Le Fouquet's fut incendié. Vicky appréciait l'instant. Elle sortit sa bombe de peinture et dessina : « c'est fou-quets ! ».

« Acte 82, les bourges quittent le centre-ville ».

Rouler dans Paris la nuit était la seule occupation que Dardel avait trouvée pour calmer ses esprits. Il roulait sur une Harley-Davidson sans âge. À l'arrière, sa femme savourait plus encore leurs escapades nocturnes. Le Fouquet's avait disparu. Un sarcophage de métal l'avait intégralement englouti. Il était devenu un restaurant de fer, un coffre-fort du Capital.

Quelque chose était mort, ici, est Dardel voulait savoir quoi. Quelques heures plus tôt, le gouvernement avait annoncé son recours aux militaires. Dardel était assailli de demandes d'interviews. Cela faisait un siècle que l'armée n’avait pas été appelée au maintien de l'ordre métropolitain. Un restaurant saccagé était la raison qui manquait, la France avait perdu la raison. Un drone survolait les Champs-Élysées. Le ministre de l'Intérieur promettait un déluge de marqueurs chimiques sur les contestataires et de balles réelles, s'il le fallait.

Dardel photographia ce qui restait du Fouquet's et partagea ses photos sur Twitter. Il reçut une flopée d'insultes et d'encouragements. Sur les Champs-Élysées, les ouvriers du bâtiment scellaient à la va-vite des protections sur les vitrines. Cela les faisait rire, en plus de leur donner des heures supplémentaires à tarif double, bientôt minuit.

Dardel et sa femme ne prêtèrent pas attention au break qui les filait.

« Macron saigneur de France ».

Dardel avait été réveillé par 1000 canaux, son nom était taggé partout sur Twitter, sous une vidéo. La vidéo montrait la mère d'une manifestante qui avait été blessée à Paris. C'était la mère de Vicky. La mère de Vicky disait que les combats de sa fille n'étaient pas tous les siens mais qu'elle les respectait. Elle interpellait Macron parce que sa fille avait perdu sa main. La mère de Vicky parlait d'une femme qui avait été témoin de la scène et qui s'appelait Béatrice.

La mère de Vicky était choquée que la police française utilise des armes de guerre. Dardel était bouleversé. La mère de Vicky demandait à Macron combien de mutilés il lui faudrait encore avant qu'il ne prenne la mesure du scandale d'État. Elle lui demandait combien d’yeux exorbités, explosés il lui faudrait pour ouvrir les siens. Combien de condamnations injustes et arrestations arbitraires. Dardel était happé par la vidéo au point d'en oublier le café qui bouillait. Il en oubliait tout ce qu'il aimait, enfant et café. La mère de Vicky terminait son message en disant qu'elle n'avait qu'une envie s'était embrasser sa fille et de la sortir de cet enfer pour oublier Macron  et ses ministres. Dardel ferma les yeux et demanda à son fils s'il voulait des céréales. Il n'y avait que ça à faire. Suspendre le temps.

Bertrand, 40 ans, artisan, a été condamné pour jet de projectiles de type « caillou ». Son avocate a demandé à voir les vidéos lors de son procès mais le juge a ironisé en répondant : « on ne peut pas dénoncer une société de la surveillance, et demander dans le même temps à voir les vidéos ».

« On n’entend pas chanter les sentinelles ».

Une nuit, à 4:00 du matin, Hanna entendit quelqu'un qui cherchait une serrure. Elle se leva. Qui pouvait vouloir rentrer chez eux ? Elle vit une ombre glisser dans la cage d'escalier. Elle savait que les syndicats de police avaient pris Étienne en grippe. Il était devenu la bête noire de ces syndicats.

Dardel ne se rendit compte de rien car il dormait du sommeil du juste. Hanna se recoucha. Jamais elle n'abandonnerait son soutien et jamais elle ne dirait à Étienne ce qui s'était passé.

« Journalistes, après vérification et recoupement des sources, vous êtes bien des ordures ».

 

Serge Andras rencontra Dardel au Jadis. L'important pour eux était de ne pas aviver ensemble pour ne pas être vus côte à côte, depuis la rue. Dardel savait qu'on pouvait tenir un journaliste avec un simple cliché en s'arrangeant pour qu'il circule. Andras préférait rester incognito. Ils ne tendirent à la main, ils étaient comme chien et chat. Leur seul point commun était Frédéric Dhomme. Andras montra sa carte tricolore à Dardel et lui demanda s'il avait vu sa vidéo. Ce que voulait Dardel, c'était comprendre pourquoi Andras lui avait envoyé cette vidéo. Andras dit que son chef était fini. Il voulait juste l'aider à partir avant qu'il ne soit trop tard.

Andras portait le masque de la traîtrise, il était le salaud incarné. La vidéo, c'était pour toucher Dhomme doublement : dans son intimité et dans sa fonction ; le flic divorcé, démenti par sa femme secouriste.

Dardel voulut prendre des notes mais Andras refusa. Il expliqua à Dardel que la femme de Dhomme avait une formation de pharmacienne mais n'avait pas exercé depuis 15 ans. Elle était restée discrète mais Andras pensait qu'elle en avait un peu marre que son mari la laisse seule. Comme le divorce se passait mal, Dhomme avait demandé à Andras de faire suivre sa femme. Toutes les caméras de surveillance avaient donc été utilisées par la police. Andras révéla à Dardel que son patron se faisait des DVD avec les vidéos de surveillance. Dhomme rendait compte selon ses envies. Il pouvait balancer au préfet ou étouffer une affaire. On pouvait aussi gentiment informer les journalistes. Andras demanda à Dardel est-ce que les policiers pouvaient se permettre de respecter la loi, deux mois de conservation des images ? Alors ils se permettaient de graver les images sur DVD. Dardel s'était trompé. Il pensait que jouer les ingénus avec Andras fonctionnerait. Ce n'était pas le cas. Andras était trop expérimenté et trop dur. Dardel lui demanda qui avait fourni les images sur l'affaire Benalla à l'Élysée. Dardel imaginait Andras lâchant Al Pacino dans Un après-midi de chien ou dans Taxi driver dans le rôle joué par Harvey Keitel.

Andras révéla à Dardel que dans la police, on prétendait que si on ne savait pas, on n’était pas responsable. Ce qui expliquait pourquoi il prétendait ne rien savoir sur les DVD des caméras de surveillance de l'affaire Benalla. Dardel lui répondit qu'il ne ferait rien de la vidéo que le flic lui avait envoyée. Andras s'en doutait pas que cela ne collerait pas à l'image de chevalier blanc de Dardel. Dardel était connu dans la police et Andras lui expliqua que pour la police les ennemis c'était, dans l'ordre, les juges, les gendarmes et les journalistes. Il accusa Dardel de ne pas être dans la réalité. Alors Dardel lui répondit que la République ce n'était pas la loi du talion. Œil crevé pour kiosque brûlé, main arrachée pour vitrine brisée. Mais Andras parla des cocktails Molotov, des tirs de mortier et de l'acide qui était envoyée sur les policiers. Il dit à Dardel qu'il vivait dans un monde parallèle avec ses petits protégés. Quant à la vidéo, elle serait sur Facebook sur le groupe des policiers FB Team 22. Dardel mémorisa le nom du groupe. Dardel attendit que les habitués du café arrivent pour aborder le fond des choses, couvert par les vies et les verres qui trinquent. Il demanda à Andras qu'il pensait de Dhomme. Andras répondit que c'était un homme usé physiquement et mentalement. Il lui reprochait de faire du service d'ordre à l'ancienne et de ne pas vouloir aller à l'affrontement. Il ne supportait pas les BAC. Andras dit à Dardel que la police se moquait bien de ses signalements. Il y avait même des collègues qui en avaient imprimé un ou deux comme des médailles. Se faire dardéliser, c'était la classe dans la police. Il y avait même des flics qui regardaient le compte Twitter de Dardel pour tuer le temps dans les camions. Cela les inspirait.

Andras souhaitait que les commissaires commandent et plus la salle d'état-major. Il pensait que son chef était devenu un pantin. Il voulait aussi la création d'une unité spécialisée mobile. Il avait même déjà le nom BRAV pour brigades de répression de l'action violente. Mais Dhomme était contre à cause des voltigeurs et du syndrome Malik Oussekine. On ne touchait pas aux manifestants. Un mort et c'était fini, tout le monde sautait.

Andras voulait même masquer les plaques minéralogiques des motos pour être tranquille. Dardel pensait que la situation actuelle relevait de l'événement. Il affirma à Andras que les policiers étaient transformés en bras armé d'un pouvoir sans puissance, un État sans légitimité. Un État qui ne défendait plus que lui-même puisqu'il avait tout bradé. Dardel pensait que l'Histoire retiendrait ce que chacun était en train de faire. Dardel demanda à Andras qui était la femme à côté de Mme Dhomme. Le flic répondit que c'était bien fait pour sa gueule mais Dardel lui répondit que ce n'était pas ce qu'il demandait. Alors Andras répondit qu'elle s'appelait Vicky, que c'était une lesbienne et une chieuse. Elle faisait partie du Bloc. Andras demanda à Dardel si sa virée à moto près du Fouquet's lui avait plus. Dardel lui demanda si la police le filait et Andras répondit que la police voulait seulement s'assurer que tout irait bien car elle pensait que Dardel était menacé. Dardel paya les consommations. Il jouait les coeurs solides car il ne voulait rien laisser transparaître face à ses sources, jamais. Andras lui demanda de saluer sa femme qu'il trouvait jolie, très jolie.

Les médias diffusèrent la vidéo et la préfecture de police de Paris reconnut que cela ne pouvait tomber plus mal, au moment où les critiques fusaient sur l'institution et sa stratégie en termes de maintien de l'ordre. Andras en avait profité pour déclarer que tout n'était pas lisible dans la chaîne de commandement et affirma avec hypocrisie que cette vidéo, c'était de l'ordre de la vie privée.

Un policier avait retranscrit des notes du carnet de Dardel qui avait été photographié à son insu. Il était question de Xavier, 21 ans, condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir lancé un bout de bois sur les policiers lors d'une manifestation.

« République Benallananière ».

Edward Lynn était formateur de police. Il avait prévenu Dardel qu'il ressemblait plus à un cadre supérieur qu'à un flic. Dardel l'avait rencontré au jardin du Luxembourg. Ils jouèrent au ping-pong. Le policier gagna la partie. Entre deux services, le policier apporta sa vision des événements. Il avait trouvé la conférence de Dardel à Strasbourg très percutante. Il avait également apprécié le discours de l'avocat Arié Alimi sur les armes de guerre utilisée par la police. Malgré tout, le policier dit à Dardel qu'il lui manquait un élément. Il expliqua à Dardel que les lanceurs de LBD. Étaient fabriqués en Suisse et d'une précision helvétique. Les tirs sur les visages étaient donc intentionnels car en hiver, les manifestants portaient des manteaux et des gros pulls, tout un attirail qui offrait une protection involontaire mais efficace et chaque porteur de LBD. Le savait pertinemment. Dardel proposa au flic d'aller déjeuner rue Monsieur-le-prince. Le formateur lui parla des écoles de police transformées depuis les années 2000 en chenils pour fou furieux et il est très qui étaient recrutés avec une moyenne de 3/20, faute de candidats. De plus, le commandement managérial ignorait tout des choses de police et des choses de la vie. L'esprit cow-boy avait gangrène toute la maison. Les policiers se sentaient protégés et couverts. Mais la dictature du chiffre provoquait des suicides. De plus tous les services de police étaient mobilisés contre les gilets jaunes. Et pendant ce temps-là, la vraie délinquance remontait car les délinquants savaient que la police était occupée ailleurs.

L'omerta était de mise dans la police car si quelqu'un parlait, il était dessoudé.

Lynn avait apprécié le punchline Dardel sur la benallisation de la police qui résumait à merveille sa propre pensée. Pour le policier, c'était le signe annonciateur de ce qui adviendrait avec les gilets jaunes, un maintien de l'ordre improvisé, illégale, illégitime, au plus haut sommet de l'État. Macron méconnaissait les doctrines du maintien de l'ordre et méprisait les règles de droit. De la vitre du restaurant, Dardel voyait l'entrée de l'immeuble ou Malik Oussekine avait été abattu par les voltigeurs. Une plaque avait été scellée au sol en 2006. Dardel avait secrètement assisté à la pause et depuis les passants la piétinaient sans un mot et sans savoir. Ce 6 décembre 1986, Dardel manifestait. C'était la nuit, il était avec son frère de sang dans le quartier latin. Ils évitaient les coups de matraque. Il dit à Lynn qu'il se sentait né à cet endroit. Il se souvenait bien des voltigeurs, des sauvages qui cognaient sur tout ce qui bougeait. Il était dans un immeuble avec des petits Arabes de banlieue et son meilleur ami. Ils entendaient le vrombissement de la répression. Oui, il était né là. Lynn était lui aussi dans les parages ce jour-là. Mais Dardel ne voulait pas avoir car il voulait préserver sa complicité avec le policier. Les signalements de Dardel venaient de ce soir-là. De cette époque où le Figaro-Magazine disait que les jeunes étaient atteints du sida mental. La bourgeoisie l'avait meurtri, à vie. Il avait beaucoup étudié l'affaire Malik Oussekine.

Dardel se souvenait qu'une femme s'était arrêtée dans sa Super 5 rouge. Elle avait la quarantaine elle avait supplié Dardel de monter dans sa voiture pour échapper à la police. Mais Dardel avait refusé. En somme, ses signalements, c'était sa Renault 5. Sa façon d'aider les révoltés. Le policier lui demanda si les fachos faisaient partie des révoltés et Dardel lut répondit que tous les révolutionnaires de l'histoire n'étaient pas forcément propres.

« Notre-Dame a brûlé, les misérables sont en feu ».

Jacqueline Gontier, la mère de Vicky gara sa vieille Autobianchi sur le parking du fort de Vanves. Vicky raconte à sa mère ce qu’Adolphe Thiers avait fait, ce salaud, commander l'écrasement de la Commune. Vicky avait recommencé à appeler sa mère « maman ». Elles entrèrent dans un bâtiment de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense. Jacqueline trouvait l'instant exotique et Vicky semblait en repérage. Elles avaient été convoquées par l'Inspection générale de la gendarmerie nationale.

Le chef d'escadron se présenta. Jacqueline était impressionnée par son uniforme. Vicky savait ce qu'elle avait à dire, et à ne pas dire. Elle avait consulté des avocats et des camarades. Le chef d'escadron était chargé de l'enquête sur l'incident comme il disait. Vicky affirma que ce ne pouvait pas être un incident mais le résultat d'une logique, la trace d'une répression. Mais le chef d'escadron resta de marbre en prétextant que cette affaire était délicate. Vicky raconta ce qu'elle avait vécu. C'était un récit de guerre. Elle avait vu les contrôles préventifs, les fouilles illégales, les gilets jaunes arrachés ainsi que les masques de protection et les lunettes de piscine, les arrestations arbitraires. Des gens avaient été jetés en prison alors qu'ils étaient innocents. Vicky avait été bousculée par un policier. Mais elle s'était relevée aussitôt car elle ne voulait pas céder à la peur. Le chef d'escadron lui demanda si c'était un policier ou un gendarme l'avait poussée. Mais elle n'avait pas pu le voir car il l'avait poussée dans le dos. Elle récusait les affirmations des gendarmes mobiles. Elle n'avait pas ramassé la grenade explosive. Elle avait voulu la repousser. Vicky regarda la photo officielle du président de la république qui lui faisait face, au-dessus de l'enquêteur. Elle dit aux gendarmes que son enquête était une mascarade et que son travail consistait à délivrer des permis d'existence qui commençait par les autorisations d'insulter : « les gens qui ne sont rien ». Elle pensait que le travail de la police consistait à maquiller les cicatrices détestables du capitalisme.

L'enquêteur décida de laisser Vicky s'épancher mais il consigna tout sur son procès-verbal. Chacune de ses déclarations constituait autant d'éléments de personnalité qui pourraient toujours colorer son instruction.

Vicky affirma devant le gendarme que le pouvoir croyait encore qu'il pourrait tenir longtemps mais elle voyait dans cette fable une fuite en avant. Jacqueline voulait que ce cauchemar finisse. Elle était épuisée et pensait que la fête était finie pour les gilets jaunes. L'enceinte du fort lui avait ouvert les yeux. Elle se demandait si tout cela valait la peine d'être vécu. L'enquêteur demanda à Vicky ici elle connaissait Béatrice Paolini. Elle prétendit ne pas la connaître. Le gendarme insista et Vicky préféra ne pas répondre. Alors l'enquêteur lui demanda si elle connaissait Étienne Dardel. Elle ne le connaissait pas. Elle affirma ne pas savoir d'où venait la vidéo qui avait été médiatisée. Le gendarme expliqua à Vicky que la vidéo ne corroborait pas tout à fait ce qu'elle disait. On ne voyait pas que Vicky s'était penchée pour repousser la grenade. Vicky en avait assez et s'en alla avec sa mère. Jacqueline ne croyait plus en rien, pas même à son Rassemblement national.

« Le calme n'existe plus ».

Le préfet convoqua Dhomme. Il lui offrit le dernier Houellebecq. On disait que c'était le romancier des ronds-points et des gilets jaunes. Il pensait que cela pourrait aider Dhomme. Dhomme savait qu'il ne lirait pas ce livre, pas plus que les autres. Pour lui, c'était une littérature de domination et d'entre soi. Il pensait que toute l'époque était placée sous le signe du mépris et de la désolation. Il savait que son supérieur partageait son analyse : ceux qui les commandaient n'avaient foncièrement aucune idée de ce qu'était l'État. Ils étaient à des années-lumière de sentir le peuple ce qui revenait à dire qu'ils en avaient peur.

Le préfet pensait qu'il y avait le feu partout, au ministère, à l'Élysée, dans les journaux et dans la police. Le préfet pensait que les arrestations préventives ne servaient à rien et que c'était du cirque médiatique. Même si la justice et les médias suivaient la préfecture, le préfet savait que le gouvernement allait l'écraser. Il fallait agir au risque de laisser les séditieux renverser l'État. Les mutilés, pour le préfet, c'était les risques du métier et cela permettait de démotiver les manifestants. Le préfet ne voulait plus couvrir Dhomme car il pensait que sa stratégie était en panne. Le préfet ne voulait plus de vitrines cassées. Il voulait que la police soit en roue libre. Il cita Napoléon qui avait dit qu'on gouvernait mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus. Dhomme sentait qu'il avait failli. Le préfet lui annonça qu'il allait recevoir une invitation qu'il ne pourrait pas décliner. Cela servirait à les sauver tous les deux.

« Les idées sont à l'épreuve des balles de défense ».

Dardel avait été invité par BFM. Pour lui c'était un cirque de centre du monde minuscule. Sa femme lui avait conseillé de ne pas se laisser embarquer dans les chausse-trappes et de rappeler les mutilations ainsi que les raisons de la colère. La présentatrice avait également convié Dhomme. C'était la veille d'un samedi que les gilets jaunes avaient appelé l'Acte ultime. La préfecture allait déployer 20 000 hommes dont des militaires de l'opération Sentinelle. Dardel savait que l'animatrice serait intraitable avec lui. Un quelconque chef le lui aurait demandé, chef qui lui-même aurait pris ses ordres d'un peu plus haut. Il avait été lui-même rédacteur en chef d'une chaîne télé d'info en continu avant de battre en retraite car il avait été dégoûté par la fabrique de l'opinion. Ces signalements étaient sa meilleure réplique à ce jeu de dupes. Il avait réussi à prendre de court les médias les plus agiles, à leur propre jeu. Il était prêt.

Il ouvrit le bal en égrenant ses signalements d'une voix assurée même s'il avait le trac malgré tout. Il rappela le silence médiatique en France qui avait servi le déni politique pendant quatre mois. Il affirma que la République, ce n'était pas la loi du talion. Il savait que le piège allait tôt ou tard se refermer sur lui. La télévision voudrait broyer le messager plutôt que le message. Il avait préparé l'émission avec sa femme. C'était le moment de sortir le grand jeu. Défenseur des libertés publiques, il était devenu un adversaire de la sûreté d'État. Le président avait déclaré : se rendre à des manifestations violentes, c'est être complice du pire.

Le garant de toutes les institutions était allé jusqu'à affirmer qu'on ne pouvait pas parler de violences policières dans un État de droit. Participer à une manifestation était marqué du sceau de l'infamie tandis qu'on pouvait applaudir à la vente d'armes à un pays criminel de guerre. Dardel se débattait maintenant au coeur du tourbillon. Critiquer la police, c'était forcément être de l'autre bord. Il affirma que de toutes les polices, celle du maintien de l'ordre était la plus politique. C'était celle qui gérait la ville. On attaquait le droit de manifester et on remettait en cause la Déclaration universelle des droits de l'homme. Dardel affirma qu'il n'était pas contre la police mais contre l'État policier.

Dardel entendait une partie du public murmuré de la désapprobation à chacune de ses interventions. Il ne roulait pour personnes. Il était un cavalier seul, punk un jour, punk toujours. Il poursuivit son offensive en disant que quand l'Etat piétinait ses fondamentaux, il y avait un problème. La journaliste lui demanda s'il était encore journaliste il répondit qu'il se demandait si ce n'était pas le métier qui avait quitté nombre de ses anciens collègues qui affublaient les gilets jaunes des pires insultes. Elle insista en lui demandant s'il était journaliste ou militant. Il entendit des sifflets derrière lui. Il tenta de faire comme si la salle était acquise. Qu'il n’y ait personne de son côté sur le plateau et dans le public n'avait pas d'importance tant que son discours était relayé. Un chercheur avait qualifié son travail de revanche des médias faibles sur les forts. Il savait qu'il devrait payer l'addition physiquement et moralement car on ne sort pas tout à fait indemne des honneurs de la télévision.

La journaliste lui demanda ce qu'il pensait quand certains saluaient son habileté médiatique à faire croire que les principales victimes étaient les casseurs, victimes des policiers. Il répondit que le judo était un art supérieur de la guerre.

Il voulait dire par là qu'il avait réussi à contraindre les médias à médiatiser ce qu'ils refusaient de voir. La journaliste lui demanda si ce n'était pas un peu manichéen. Il répondit que c'était tout l'inverse car il essayait de concourir à apporter un peu de complexité à la représentation de la réalité. Elle lui demanda ce qu'il pensait des casseurs. Il demanda de quels casseurs elle voulait parler. Pour lui les casseurs n’étaient pas d'un seul côté. Il précisa que les gilets jaunes sommaient les Français de réfléchir à une autre classe, la casse invisible, la casse des ronds-points, des périphéries, la casse sociale de tout le pays.

Elle lui demanda s'il était un révolutionnaire il répondit qu'il croyait aux gens levant leur Smartphone face aux violences policières.

Pendant la page publicitaire, Dardel pensa à Steve qui avait été poussé dans la Loire par les policiers à Nantes. Le premier ministre avait disculpé la police. Le ministre de l'intérieur s'était muré dans un silence indifférent.

À la reprise, la présentatrice semblait perdue. Frédéric Dhomme ne pourrait pas venir. C'est Serge Andras qui le remplaça.

La présentatrice demanda à Andras de se présenter. Il affirma bien connaître ce dont il parlait à l'inverse de Dardel. Il accusa les gauchistes d'avoir infiltré les gilets jaunes pour inventer l'émeute perpétuelle. Il les accusait de provoquer les policiers pour fournir à Dardel a des images.

Le public applaudit. La présentatrice était aux anges. Elle demanda à Andras ce qu'il prédisait pour le lendemain et il répondit que ce serait l'apocalypse si on ne laissait pas faire les anges gardiens de la paix. L'animatrice agita alors le spectre de la justice car un procureur avait annoncé que des policiers seraient jugés en correctionnelle. Andras bafouilla car il était tenu par le devoir de réserve. Alors Dardel en profita pour dire qu'on avait affaire à un gouvernement de lâche car quelques tireurs de LBD seraient jugés pour l'exemple et l'État resterait intouchable.

Dardel prit son temps. Il savait que le dernier mot compte double en pareille situation. Il finit par dire que mensonges et violences étaient les deux signatures des totalitarismes.

Frédéric Dhomme démissionna.

Un mois plus tard.

« Le pire est avenir ».

 

Les mutilés manifestaient. C'était l'Assemblée des Sacrifiés comme le clamait une large banderole. C'était un baroud d'honneur, en petit comité entre Bastille et Nation.

Dardel avait hésité à se joindre à la marche. Hanna l'avait convaincu. Il fallait affronter cette réalité et saluer la bravoure de ces gilets massacrés. Il reçut des sourires, des bravos et des mercis. Des journalistes télé s'approchèrent de lui pour lui poser des questions sur sa vie et lui demander s'il se sentait responsable de la démission de Dhomme. Serge Andras avait pris sa place. Un jeune pigiste interrogea et Dardel se demanda pourquoi la chaîne envoyait un gamin couvrir pareil événement. Le garde du corps du pigiste remercia Dardel pour ce qu'il faisait.

Dardel avait enquêté sérieusement sur le maintien de l'ordre après les émeutes de 2005. Dardel retrouvailles vieilles connaissances dans le cortège. C'était Edgar, un pionnier de l'Internet, il était devenu cheville ouvrière de la lutte anti répression. Vicky se présenta à lui. Elle avait suivi son travail, d'abord méfiante mais elle voulait le remercier car elle avait pensé qu'il avait eu du flair et du courage.

Tout à coup, il y eut une détonation. Vicky sursauta. Dardel, paniqué, se jeta au sol, entraînant maladroitement Vicky dans sa chute. Une immense banderole avait dévalé d'un coup sec le long de l'arche de l'Opéra-Bastille. Une banderole noire aux lettres bleues, blanches et rouges : Honneur de la police ! Un tireur était posté sur le toit de l'Opéra. Il tira sur la foule. Dardel enclencha la caméra de son téléphone portable. Le cauchemar commençait.

 

 

 

 

 

 

 

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07 décembre 2020

Les Chouans (Honoré de Balzac).

chouans

 

 

Balzac voyait dans sa Comédie humaine non seulement une « concurrence à l'État civil », mais une explication philosophique de l'homme et de l'univers, il pensait que le plan général de l'oeuvre serait le mouvement de cette entreprise de connaissances. « Je vous aurai peint dans les Etudes de Moeurs les sentiments et leur jeu, la vie et son allure. Dans les Etudes Philosophiques je dirai pourquoi les sentiments, sur quoi la vie (…) Puis après les effets et les causes, viendront les Etudes analytiques, dont fait partie la physiologie du mariage, car après les effets et les causes doivent se chercher les principes. »

La première édition des Chouans, parue chez Canel en 1829, avec celui de Vimont publié cinq ans plus tard, ont conservé la même conception originale même si on peut constater quelques modifications. La plupart des modifications visent à épurer le texte de l'accessoire. Balzac aurait prêté certains traits de Mme Hanska à Marie de Verneuil et projeté sur l'histoire des deux amants le reflet de sa propre liaison avec la dame polonaise.

Avant la liquidation de son imprimerie, en 1828, Balzac a beaucoup lu. Des lectures historiques surtout. La mode, en France, à cette époque, est à Walter Scott et Balzac essaiera d'exploiter cet engouement. Il imagine donc de donner une vue complète et vivante de l'histoire de France dans une longue suite de romans. Dans la préface des Chouans, Balzac se présente sous un pseudonyme : Victor Morillon. Il esquisse une théorie du roman historique où l'on devine déjà quelques-uns des principes esthétiques de la Comédie humaine. Il souhaite donc dresser un état civil de la nation à l'aide d'individus choisis et représentatifs. Il veut montrer les oscillations produites par le fanatisme des religions. Il souhaite également renouveler la peinture des sentiments. Dès 1928, Balzac revendique donc l'observation directe de la société et des choses et la connaissance du coeur humain. En 1828, Balzac est ruiné. Il est accueilli par un ami, Gilbert de Pommereul à Fougères, en Bretagne. Ce bref séjour aura une importance incalculable car, en trois semaines, Balzac dévore la Bretagne. Il rapportera à Paris un manuscrit sérieusement ébauché avec la conscience éclatante d'avoir découvert l'univers et lui-même. Les Chouans et est un roman historique dans lequel pas un personnage historique ne fait partie des protagonistes principaux. Il n'est fait mention d'aucun fait d'armes connu. La chronologie des événements reste imprécise. Et le sujet historique ne tarde pas à être supplanté par l'histoire d'amour.

Balzac voyait ce roman comme « un magnifique poème ». Balzac a pu recueillir à Fougères, de la bouche même des gens qui avaient subi les contrecoups des combats, des souvenirs amers et encore vivants.

Dans la multiple richesse du décor historique des Chouans s'ébauche la psychologie de la Comédie humaine. Les personnages doivent déjà satisfaire à deux exigences fondamentales : être unique et, en même temps, dépasser leur caractère de strictes individualités en incarnant un groupe humain. Si bien que quelques individus privilégiés résumeront la société. Ainsi, le Gars est une gracieuse image de la noblesse française, Hulot une image vivante de cette énergique république, tandis que Gudin représentera le clergé borné et fanatique. Marie inaugure dans la Comédie humaine cette longue procession d'êtres passionnés, consumés jusqu'à la mort comme Antoinette de Navarreins ou le père Goriot. L'amour de Marie est donc le vrai sujet de l'oeuvre et autour de lui s'ordonne le récit de la guerre. La Bretagne lui offre un décor sauvage à sa mesure. Le titre initial du roman, le Gars, ne lui avait jamais convenu ; Le Dernier Chouan ou la Bretagne en 1800 avait corrigé quelque peu cette erreur de perspective ; Les Chouans ou la Bretagne en 1799 mettait l'accent sur l'ensemble.

Dans la première édition de la Comédie humaine (Furne 1842-1848), Balzac révèle que l'idée première de celle-ci fut d'abord chez lui comme un rêve, comme un de ses projets impossibles que l'on caresse et qu'on laisse s'envoler ; une chimère qui sourit, qui montre son visage de femme et qui déploie aussitôt ses ailes en remontant dans un ciel fantastique. Cette idée vint d'une comparaison entre l'Humanité et l'Animalité. Balzac vit que, sous ce rapport, la Société ressemblait à la Nature.

Balzac estimait qu'il existait de tout temps des espèces sociales comme il y a des espèces zoologiques. Cependant, Balzac pensait que l'État social a des hasards que ne se permet pas la Nature. Balzac voulait que son oeuvre ait une triple forme : les hommes, les femmes et les choses, c'est-à-dire les personnes et la représentation matérielle qu'ils donnent de leurs pensées ; enfin l'homme et la vie. Balzac avait remarqué une immense lacune dans le champ de l'histoire, l'histoire des moeurs n'y est pas relatée.

Balzac avoue s'être inspiré de Walter Scott pour commencer sa Comédie humaine. Il estime que Walter Scott a élevé à la valeur philosophique de l'histoire le roman. Selon Balzac, Walter Scott avait mis l'esprit des anciens temps dans ses romans et y réunissait à la fois le drame, le dialogue, le portrait, le paysage, la description. Il y faisait entrer le merveilleux et le vrai. Mais Walter Scott n'avait pas songé à relier ses compositions l'une à l'autre de manière à coordonner une histoire complète. C'est en apercevant ce défaut de liaison que Balzac vit à la fois le système favorable à l'exécution de son ouvrage et la possibilité de l'exécuter.

Pour Balzac, le hasard est le plus grand romancier du monde et pour être fécond, il n'y a qu'à l'étudier. La Société française allait être l'historien et Balzac ne devait être que son secrétaire.

Il songea à dresser l'inventaire des vices et des vertus en rassemblant les principaux faits des passions, en peignant les caractères, en choisissant les événements principaux de la société, enfin en composant des types par la réunion des traits de plusieurs caractères homogènes. Balzac voulait ainsi écrire l'histoire des moeurs.

Balzac voulait dépeindre la Société pour définir la raison de son mouvement.

Il pensait qu'un écrivain devait avoir en morale et en politique des opinions arrêtées. Pour Balzac, l'homme n'est ni bon ni méchant, il naît avec des instincts et des attitudes ; la Société, loin de le dépraver, comme l’a prétendu Rousseau, le perfectionne, le rend meilleur ; mais l'intérêt développe ses penchants mauvais. Balzac voyait dans le christianisme un système complet de répression des tendances dépravées de l'homme et le plus grand élément d'Ordre social. Selon lui, la passion (qui comprend la pensée et le sentiment) est l'élément social et l'élément destructeur.

Pour lui, la pensée ne pouvait être préparée, domptée, dirigée que par la religion. Et pour Balzac, l'unique religion possible, c'est le christianisme. Balzac estime que l'élection, étendue à tous, provoque le gouvernement par les masses, le seul qui ne soit pas responsable et où la tyrannie est sans bornes, car elle s'appelle la loi. Balzac affirmait que le système électif de l'Empire était incontestablement le meilleur.

Balzac pense que l'histoire n'a pas pour loi, comme le roman, de tendre vers le beau idéal. Balzac ne partageait pas la croyance à un progrès indéfini mais il croyait aux progrès de l'homme sur lui-même. Balzac signale qu'il tient à accorder aux faits constants, quotidiens, secrets ou patents, aux actes de la vie individuelle, à leurs causes et à leurs principes autant d'importance que jusqu'alors les historiens en ont attaché aux événements de la vie publique des nations. Balzac a voulu diviser la Comédie humaine en six classements : scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, militaire et de campagne. Dans ces classements figurent toutes les études de moeurs qui forment l'histoire générale de la Société, selon l'écrivain. Les Scènes de la vie privée représentent l'enfance, l'adolescence et leurs fautes, comme les Scènes de la vie de province représentent l'âge des passions, des calculs, des intérêts et de l'ambition. Puis les Scènes de la vie parisienne offrent le tableau des goûts, des vices et de toutes les choses effrénées qui excitent les moeurs particulières aux capitales ou se rencontrent à la fois l'extrême bien et l'extrême mal. Les Scènes de la vie politique montrent les existences d'exception qui résument les intérêts de plusieurs ou de tous. Les Scènes de la vie militaire montrent la société dans son état le plus violent. Enfin, les Scènes de la vie de campagne sont en quelque sorte le soir de cette longue journée qu'est le drame social selon Balzac.

C'est dans les Scènes de la vie de campagne que Balzac a voulu placer les plus purs caractères et l'application des grands principes d'ordre, de politique et de moralité.

Balzac avait pour projet la rédaction de quatre ouvrages de morale politique sous le titre Etudes analytiques de la Comédie humaine. Seul le premier volet fut publié et les trois autres restèrent inachevés : Pathologie de la vie sociale, Anatomie des corps enseignants, Monographie de la vertu et Traité complet de la vie extérieure.

L'immensité d'un plan qui embrasse à la fois l'histoire et la critique de la Société, l'analyse de ses maux et la discussion de ses principes ont autorisé Balzac à donner à son ouvrage le titre la Comédie humaine.

Dans le catalogue que Balzac avait prévu, le roman Les Chouans devait prendre place parmi une vingtaine d'autres projets de romans militaires qui ne seront jamais réalisés.

Chapitre premier : l'embuscade.

Dans les premiers jours de l'an VII, au commencement de vendémiaire (vers la fin du mois de septembre 1799) une centaine de paysans accompagnés d'un grand nombre de bourgeois gravissaient la montagne de la Pèlerine à mi-chemin environ de Fougères à Ernée. Quelques-uns des paysans allaient pieds nus, ayant pour tout vêtement une grande peau de chèvre et un pantalon de toile blanche. Ils avaient de longs cheveux qui s'unissaient aux poils de la peau de chèvre de leurs vêtements. On pouvait facilement confondre ces malheureux avec les animaux dont les dépouilles leur servaient de vêtements. Mais leurs regards annonçaient l'intelligence humaine causant certainement plus de terreur que de plaisir. Les paysans portaient une sale toque en laine rouge semblable à ce bonnet phrygien que la République adoptait alors comme emblème de la liberté. Tous avaient sur l'épaule un gros bâton de chêne avec au bout un baluchon. Quelques-uns d'entre eux marchaient avec des sabots tandis que d'autres tenaient leurs souliers à la main. Les bourgeois portaient des pantalons de toile bleue, les gilets rouges ou jaunes ornés de deux rangées de bouton de cuivre parallèles. Quelques-uns portaient des sabots mais presque tous avaient de gros souliers ferrés et des habits de drap fort grossier. Le col de leur chemise était attaché par des boutons d'argent qui figuraient des coeurs ou des ancres. Leurs baluchons étaient plus fournis que ceux des paysans. De plus, les bourgeois avaient une gourde sans doute pleine d'eau de vie.

Il y avait enfin quelques citadins coiffés de chapeaux ronds, de claques ou de casquettes ayant des bottes à revers ou des souliers maintenus par des guêtres. Une dizaine d'entre eux portaient cette veste républicaine connue sous le nom de carmagnole. Il y avait aussi de riches artisans vêtus de de la tête aux pieds  en drap de la même couleur. Un observateur initié au secret des discordes civiles qui agitaient alors la France aurait pu facilement reconnaître le petit nombre de citoyens sur la fidélité desquels la République devait compter dans cette troupe, presque entièrement composée de gens qui, quatre ans auparavant, avaenit guerroyé contre elle. Les républicains seuls marchaient avec une sorte de gaieté. Quant aux autres individus de la troupe, ils montraient sur leurs figures et dans leurs attitudes cette expression uniforme que donne le malheur. Bourgeois et paysans gardaient l'empreinte d'une mélancolie profonde. Leur silence avait quelque chose de farouche et ils semblaient courbés sous le joug d'une même pensée. Seulement la lenteur peu ordinaire de leur marche pouvait trahir de secrets calculs.

Quelques-uns portaient des chapelets suspendus à leur cou malgré le danger qu'ils couraient à conserver ce signe d'une religion plutôt supprimée que détruite. Une autre troupe formait la tête du détachement. 150 soldats marchaient en avant avec armes et bagages, sous le commandement d'un chef de demi-brigade. Cette dénomination remplaçait le titre de colonel, proscrit par les patriotes comme trop aristocratique. Les habitants de l'Ouest avaient appelé tous les soldats de la République, des Bleus. Ce surnom était dû à leurs premiers uniformes bleus et rouges. Cette colonne était le contingent péniblement obtenu du district de Fougères. Le gouvernement avait demandé 100 millions et 100 000 hommes afin d'envoyer de prompts secours à ses armées, alors battues par les Autrichiens en Italie, par les Prussiens en Allemagne, et menacées en Suisse par les Russes. Les départements de l'Ouest, connus sous le nom de Vendée, la Bretagne et une portion de la Basse-Normandie, pacifiés depuis trois ans par les soins du général Hoche après une guerre de quatre années, paraissaient avoir saisi ce moment pour recommencer la lutte. En présence de tant d'agressions, la République retrouve sa primitive énergie. La République avait d'abord pourvu à la défense des départements attaqués en en remettant le soin aux habitants patriotes grâce à la loi de messidor. Le gouvernement espérait peut-être que cette mesure, en armant les citoyens les uns contre les autres, étoufferait l'insurrection dans son principe. Mais cette loi fit prendre à l'Ouest une attitude si hostile que le Directoire désespéra d'en triompher de prime abord. Le gouvernement décida alors d'organiser en légions ces faibles levées d'hommes.

Les légions devaient porter les noms des départements de la Sarthe, de l'Orne, de la Mayenne, d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan, de la Loire inférieure et de Maine-et-Loire. Les départements de la Mayenne et de d'Ille-et-Vilaine étaient alors commandés par un vieil officier qui voulut essayer d'arracher à la Bretagne ses contingents et surtout celui de Fougères qui était l'un des plus redoutables foyers de la chouannerie.

Quoique la Bretagne refusa alors toute espèce de service militaire, l'opération réussit tout d'abord sur la foi de la promesse d'un mois de solde. Aussitôt qu'il vit accourir au district une partie des contingents, il soupçonna quelque motif secret à cette prompte réunion d'hommes. Il devina que ces hommes voulaient se procurer des armes. Il prit alors des mesures pour tâcher d'effectuer sa retraite sur Alençon afin de se rapprocher des pays soumis. Cet officier avait donc tenté d'arriver par une marche forcée à Mayenne. Les conscrits de la République avaient été auparavant appelés les réquisitionnaires. Avant de quitter Fougères, le commandant avait fait prendre secrètement à ses soldats les cartouches et les rations de pain nécessaires à tout son monde afin de ne pas éveiller l'attention des conscrits sur la longueur de la route. Le chef de demi-brigade s'appelait Hulot. Les officiers ne se lassaient pas d'examiner le splendide paysage. Les officiers pensaient que les paysans qu'ils escortaient abandonnaient à regret leur pays et leurs chères coutumes pour aller mourir peut-être en des terres étrangères. Ils leur pardonnèrent involontairement un retard qu'ils comprirent. Hulot se demandait pourquoi les paysans tardaient à venir. Un être bizarre interpella le commandant. Il était au roux et portait un fouet. Cet homme avait un accent si. Il expliqua à Hulot que si les hommes tardaient c'est qu'ils se trouvaient à la frontière entre le Maine et la Bretagne.

En voyant le roux, Hulot se dit que c'était un joli coco qui avait l'air d'être l'ambassadeur de gens qui s'apprêtaient à parlementer à coups de fusil. Il lui demanda d'où il venait. L'inconnu répondit qu'il venait du pays des Gars. Il prétendit s'appeler Marche-à-terre. Il faisait croire à une absence si complète de toute intelligence que les officiers le comparèrent à un des animaux qui broutaient les gras pâturages de la vallée. Le mot « gars » venait de la langue celtique. Il désignait l'arme principale des Gaulois. Les Bretons conservaient de profonds vestiges des croyances et des pratiques superstitieuses des anciens temps. Les coutumes féodales étaient encore respectées. La Bretagne ressemblait à un charbon glacé qui resterait obscur et noir au sein d'un brillant foyer. Les efforts tentés par quelques grands esprits pour conquérir à la vie sociale et à la prospérité cette belle partie de la France, si riche de trésors ignorés, même les tentatives du gouvernement mouraient au sein de l'immobilité d'une population vouée aux pratiques d'une immémoriale routine. L'esprit de la population ignorante était livré à des préjugés dont les dangers seraient accusé par les détails de cette histoire.

Le recteur, sorte de prêtre, était l’âme de la contrée. Ce fut à la voix de ce prêtre que des milliers d'hommes se ruèrent sur la République et fournirent à la chouannerie des milliers de soldats. Les chouans de Bretagne firent de la guerre un brigandage. La proscription des princes et la religion détruite ne furent pour les chouans que des prétextes des pillages.

En Bretagne, le lieu du combat était partout. Les fusils attendaient au coin des routes les Bleus que de jeunes filles attiraient en riant sous le feu des canons. Les Bretons étaient des sauvages qui servaient Dieu et le roi, à la manière dont les Mohicans font la guerre. Au moment où la paix de Hoche fut signée, la contrée entière redevint riante et amie.

À l'instant où Hulot reconnut les perfidies secrètes que trahissait la peau de chèvre de Marche-à-terre, il resta convaincu de la rupture de cette heureuse paix due au génie de Hoche et dont le maintien lui parut impossible. La Révolution allait peut-être reprendre le caractère de terreur qui la rendit haïssable aux bons esprits. Hulot crut apercevoir dans l'apparition de Marche-à-terre l'indice d'une embuscade habilement préparée.

Le capitaine Merle et l'adjudant Gérard ne comprenaient pas la crainte dont témoignait la figure de leur chef. Mais le visage de Hulot s'éclaircit bientôt. Tout en déplorant les malheurs de la République, il se réjouit d'avoir à combattre pour elle, se promit joyeusement de ne pas être la dupe des chouans et de pénétrer l'homme si ténébreusement rusé qu'ils lui faisaient l'honneur d'employer contre lui. Il examina la position dans laquelle ses ennemis voulaient le surprendre. Il expliqua la situation à Merle et à Gérard. Les armées républicaines étaient battues sur tous les points. Les chouans avaient déjà intercepté deux fois les courriers. Fouché avait découvert que le tyran Louis XVIII avait été averti par des traîtres de Paris d'envoyer un chef à ses canards de l'intérieur. Les princes avaient envoyé en Bretagne un homme vigoureux qui voulait réunir les efforts des vendéens à ceux des chouans. Le Gars était le nom qu'il s'était donné. La présence de marche-à-terre prouvait à Hulot que le Gars était sur leur dos. Hulot demanda à Gérard de surveiller étroitement Marche-à-terre. Hulot ordonna à Merle de choisir 10 hommes d'élite et de les donner à un sergent pour les poster au sommet de la côte où le chemin s'élargissait en formant un plateau. Ainsi le sergent pourrait surveiller la campagne. Puis Hulot ordonna à ses hommes de reprendre les armes.

Il appela quatre soldats qui avaient servi avec lui sous Hoche. Il leur ordonna de battre la route des deux côtés et de suivre le détachement. Hulot mit alors le reste de sa troupe en bataille au milieu du chemin et ordonna de regagner le sommet de la Pèlerine où stationnait sa petite avant-garde. Hulot atteignit l'endroit où Gérard gardait Marche-à-terre. Celui-ci avait suivi toutes les manoeuvres du commandant. Il se mit à siffler trois ou quatre fois de manière à produire le cri clair et perçant de la chouette. De là était venu le surnom de chuin qui signifie chouette dans le patois de ce pays. Ce mot corrompu servit à nommer ceux qui dans la première guerre imitèrent les allures et les signaux de trois célèbres contrebandiers qui utilisaient le sifflement précité.

Alors Hulot plaça à 2 soldats à quelques pas de Marche-à-terre et leur ordonna de se tenir prêts à le fusiller au moindre signe qui lui échapperait. Marche-à-terre ne laissa paraître aucune émotion et le commandant s'aperçut de cette insensibilité. Gérard demanda à Hulot dans quelle crise nouvelle se trouvait la République. Hulot répondit que l'Europe était contre la France. Les membres du Directoire se battaient entre eux. Les armées françaises étaient battues en Italie. Hulot pensait que le seul général qui pouvait sauver la situation était Bonaparte. Mais Bonaparte était en Égypte. Gérard lui répondit que la France était comme un voyageur chargé de porter une lumière, elle la gardait d'une main et se défendait de l'autre. Jamais depuis 10 ans, les républicains n'avaient été entourés de plus de gens qui cherchaient à la souffler.

Hulot n'avait plus confiance qu'en Fouché. C'est d'ailleurs Fouché qui l'avait prévenu d'une insurrection en Bretagne. Deux des quatre soldats que Hulot avait envoyés revinrent pour faire leur rapport. Hulot cessa de surveiller Marche-à-terre qui en profita pour siffler et il fouetta ses surveillants. Aussitôt, des cris surprirent les républicains. Une décharge terrible abattit sept ou huit soldats. Marche-à-terre disparue dans le bois après avoir grimpé le talus. Aux premiers cris jetés par les chouans, tous les conscrits sautèrent dans le bois. Hulot commanda de tirer sur eux. Mais ils avaient eu le temps de disparaître. Les deux autres soldats qui étaient partis en éclaireur revinrent. L'un des deux était blessé. Hulot ordonna à sa compagnie de se porter rapidement à l'endroit élevé et découvert où le piquer avait été placé.

Il mit sa compagnie en bataille mais n'aperçut aucune démonstration hostile de la part des chouans. Alors Hulot voulut emmener la compagnie jusqu'à Ernée au pas accéléré. Mais un conscrit patriote dit à Hulot que les chouans avaient sans doute apporté des armes aux hommes avec lesquels ils venaient de se recruter. Le conscrit pensait que les chouans iraient les attendre à chaque coin de bois et les tueraient jusqu'au dernier avant que les républicains arrivent à Ernée. Hulot demanda son nom au patriote. Il répondit qu'il s'appelait Gudin. Alors Hulot le nomma caporal et le chargea de choisir celui de ses camarades qu'il faudrait envoyer à Fougères. Les intrépides Fougerais allèrent chercher la dépouille de morts et la compagnie entière les protégea par un feu bien nourri dirigé sur le bois de manière qu'ils réussirent à dépouiller les morts sans perdre un seul homme. L'émissaire de Gudin partit en courant par un sentier détourné dans les bois de gauche. 300 chouans débouchèrent par les bois de la droite pour occuper toute la route devant le faible bataillon des Bleus. Hulot rangea ses soldats en deux parties égales qui présentaient chacune un front de 10 hommes. Il plaça au milieu de ces deux troupes ses 12 réquisitionnaires équipés il se mit à leur tête. Cette petite armée était protégée par deux ailes de 25 hommes chacune. Il se fit une décharge à bout portant qui répandit la mort dans les deux troupes.

Les chouans l'auraient emporté de prime abord si les deux ailes, commandées par Merle et Gérard, n’avaient réussi à opérer deux ou trois décharges qui prirent en écharpe la queue de leurs ennemis. Les 12 réquisitionnaires défendaient avec courage le commandant. Hulot remarqua le chef des chouans. Il aperçut Marche-à-terre qui, placé à côté de son général, répétaient les ordres d'une voix rauque. Alors Hulot chargea au centre des chouans et il put se retrouver en face de leur chef. C'était un jeune homme qui portait une veste de chasse et des pistolets. Il portait une décoration royale. Il avait les cheveux blonds. Quand les deux ailes commandées par Merle et Gérard se séparèrent du gros de la mêlée, chaque petit bataillon fut alors suivi par des chouans obstinés et bien supérieurs en nombre. La victoire aurait pu rester indécise pendant des heures entières. Bleus et chouans déployaient une égale valeur. Lorsque dans le lointain un tambour résonna faiblement. C'était la garde nationale de Fougères.

Les chouans opérèrent leur retraite. La garde nationale de Fougères arriva sur le lieu du combat et sa présence terminale l'affaire. Merle fut chargé d'ensevelir les morts dans un ravin de la route. D'autres soldats s'occupèrent du transport des blessés. Avant de partir, la garde nationale de Fougères remit à Hulot un chouan dangereusement blessé qu'elle avait attrapé au bas de la côte. Le prisonnier se nommait le Gars. Le prisonnier déclara qu'il était envoyé par Dieu et le roi. Deux soldats tirèrent à bout portant et le prisonnier tomba. Mais il n'était pas mort et cria encore : « vive le roi ! ». Beau-pied, un soldat républicain dépouilla le blessé. Il avait une espèce de tatouage de couleur bleuâtre représentant un coeur enflammé sur sa poitrine. C'était le signe de ralliement des initiés de la confrérie du Sacré-Coeur. Hulot put lire au-dessous de cette image : Marie Lambrequin. Hulot pensait que c'était le nom du chouan.

Selon les conjectures de Hulot, le jeune royaliste qu'il avait aperçu devait être le Gars, nouveau général envoyé en France par les princes, et qui, selon la coutume des chefs royalistes, cachait son titre et son nom sous un de ces sobriquets appelés noms de guerre.

Hulot se demandait pourquoi les chouans avaient attaqué. Merle lui répondit que ce devait être pour libérer les réquisitionnaires. Mais Hulot pensait que les réquisitionnaires auraient sauté comme des grenouilles dans le bois de toute façon.

Hulot remarqua que Marche- à-terre s'était placé avec les chouans au sommet de la Pèlerine. À ce moment-là, Marche- à-terre était en train de se disputer avec les autres chouans. Mais le marquis qui était le chef demanda des explications sur cette dispute. Marche- à-terre répondit qu'il avait laissé en arrière Pille-Miche qui saurait peut-être sauver la voiture des griffes des voleurs.

Le marquis était en colère car il ne voulait pas voir ses hommes attaquer simplement pour voler des diligences. Il menaça ceux qui se rendraient coupables d'attaques honteuses de ne pas recevoir l'absolution et de ne pas profiter des faveur réservées aux braves serviteurs du roi. Il était facile de voir que l'autorité du nouveau chef, si difficile à établir sur ces hordes indisciplinées, allait être compromise. Une jeune femme arriva à cheval. Le marquis dit à la jeune femme que les chouans attendaient la correspondance de Mayenne à Fougères dans l'intention de la piller. La jeune femme ne voyait pas où était le mal. Le courrier portait de l'argent et les royalistes en manquaient toujours. Les chouans approuvèrent le discours de la jeune femme. Pour elle, voler les républicains n'était pas une mauvaise action car les Bleus avaient pris tous les biens de l'Eglise et ceux de la noblesse.

Le marquis voulut s'en aller mais la jeune femme le retint. Il ne voulait pas cautionner le brigandage. Et elle ne réussit pas à le convaincre. La jeune femme ne put toutefois refuser son admiration au noble dédain et à la loyauté du jeune chef. La voiture qui entrait pour quelque chose dans l'attaque des chouans avait quitté la petite ville d'Ernée quelques instants avant l'escarmouche de deux parties. Dans la voiture se trouvait un patriote qui transportait 300 écus. Il était armé de deux pistolets. Dans la voiture, il y avait un autre voyageur, un recteur. C'était l'abbé Gudin. Il existait au fond de la voiture un troisième voyageur qui gardait le plus profond silence. Il paraissait ne craindre que ses compagnons de voyage et ne se soucier fort peu des chouans. En ce moment la fusillade de la Pèlerine commença. Coupiau, le conducteur, déconcerté, arrêta sa voiture. Le patriote demanda au conducteur d'entrer la voiture dans une auberge en attendant le résultat de la bataille. Le patriote aida le conducteur à cacher la voiture à tous les regards, derrière un tas de fagots. Le prétendu recteur saisit l'occasion pour demander tout bas à Coupiau si le patriote avait réellement de l'argent. Le conducteur ne le pensait pas. Les républicains passèrent devant l'auberge sans y entrer. L'ecclésiastique courut vers un soldat qui restait en arrière. C'était son neveu. Le caporal Gudin avait juré de défendre la France. Le recteur dit à son neveu qu'il perdait son âme. Il menaça de le déshériter. Le neveu s'en alla. Coupiau en apprenant que les bleus avaient eu l'avantage se remit en route. En regardant la vallée qu'il allait quitter pour entrer dans celle d'Ernée, Hulot remarqua la voiture de Coupiau. Marche- à-terre reconnue aussi la voiture de Coupiau et la signala à ses camarades. Quand la voiture arriva sur le plateau, les chouans fondirent alors sur leur proie avec une avide célérité. Le voyageur muet se laissa couler au fond de la voiture en cherchant à garder l'apparence d'un ballot. Coupiau descendit de son siège. Le patriote s'appelait Cibot dit Pille-Miche. Il aida l'abbé à quitter la voiture. Les chouans s'agenouillèrent devant le prêtre et lui demandèrent sa bénédiction. L'abbé dit que sans Pille-Miche, les Bleus les auraient interceptés. Marche-à-terre ouvrit lestement le coffre du cabriolet qui contenait des rouleaux d'or. Il distribua à chacun sa part. La jeune dame et le prêtre acceptèrent les 6000 fr. que leur proposait Marche- à- terre. Coupiau se lamentait et disait qu'il était ruiné. Alors Marche-à-terre lui proposa de les rejoindre. Mais il refusa ne voulant pas qu'on croit qu'il avait fait exprès de se laisser voler. Alors Marche- à- terre ordonna qu'on tire sur la voiture pour que l'attaque soit prouvée. Le troisième voyageur poussa un cri lamentable et les chouans reculèrent d’effroi. Coupiau demanda comme condition à son enrôlement qu'on le laisse conduire le troisième voyageur sain et sauf à Fougères. Pille-Miche demanda qui était ce voyageur. Coupiau ne pouvait le lui dire. Marche- à- terre voulait voir le visage du voyageur mystérieux.

Le marquis revint. Il apporta à la jeune femme une lettre qui venait de la mère de celle-ci. Il lui annonça que les royalistes de Paris l'avaient informé que la République voulait essayer de les combattre par la ruse et par la trahison.

Marche-à-terre avait expulsé la troisième voyageur de la voiture. Le voyageur s'appelait Jacques Pinaud. Il prétendait être un pauvre marchand de toile. Mais Marche-à-terre ne le croyait pas et menaça de le tuer s'il ne donnait pas son vrai nom. Alors le voyageur répondit qu'il s'appelait d'Orgemont de Fougères. Marche-à-terre lui demanda de payer 300 écus pour sa rançon. D'Orgemont prétendit avoir été ruiné par la République. C'était un banquier. Il avait dû accepter un emprunt forcé par la République. Marche-à-terre lui donna 15 jours ou livrés la rançon. Après quoi, Marche-à-terre annonça à Coupiau qu'il serait surnommé Mène-à-bien.

Hulot et ses soldats s'arrêtèrent à Ernée pour déposer les blessés à l'hôpital. Puis ils arrivèrent sans encombre à Mayenne. Hulot apprit le pillage de la voiture. Peu de jours après, les autorités dirigèrent sur Mayenne assez de conscrits patriotes pour que Hulot pût y remplir le cadre de sa demi-brigade. En Bretagne, les royalistes s'étaient rendus maîtres de Pontorson afin de se mettre en communication avec la mer. Ils paraissaient vouloir faire de Saint-James leur place d'armes. Le chef subalterne parcourait la Normandie et le Morbihan pour y soulever les partisans de la monarchie. Messieurs l’abbé Vernal, le compte de Fontaine, de Châtillon Suzannet menaient les intrigues en Vendée. Le chef du vaste plan d'opérations qui se déroulait lentement étaient réellement le Gars, surnom donné par les chouans à M. le marquis de Montauran. Hulot ne recevait aucune réponse aux demandes et aux rapports réitérés qu'il adressait à Paris.

Mais le bruit du magique retour du général Bonaparte et des événements du 18 Brumaire ne tarda pas à se répandre. En apprenant que le général Bonaparte avait été nommé premier consul de la République, les militaire éprouvèrent une joie très vive.

La proclamation du premier consul ne fit que raffermir chacun dans son parti. Le nouveau ministre de la guerre informa Hulot que le général Brune était désigné pour aller prendre le commandement des troupes dans l'ouest de la France. Hulot reçut provisoirement l'autorité dans les départements de l'Orne et de la Mayenne.

Chapitre II : une idée de Fouché.

Hulot reçut une dépêche qui le contraria. Il ordonna à ses hommes de se diriger sur Mortagne. Les périls qui devaient se rencontrer dans le trajet de Mortagne à Alençon et d'Alençon à Mayenne étaient la cause du départ de Hulot. Le secret de sa colère finit par lui échapper

Hulot avoua à Merle et à Gérard que c'était pour accompagner deux cotillons dans un vieux fourgon que le général les avait détachés de Mayenne. Pour Hulot c'était un déshonneur de devoir escorter des femmes. Merle avait envie de se laisser tenter par une des femmes qui étaient dans la voiture. Un petit homme sec et maigre semblait accompagner les deux voyageuses privilégiées. Il était habillé à la mode du Consulat. Hulot trouvait cette mode ridicule. Une des femmes demanda à Merle en quel endroit de la route ils se trouvaient. Merle essaya d'examiner la voyageuse mais fut désappointé car un voile jaloux lui en cachait les traits. Il répondit qu'ils étaient à une lieue d'Alençon.

La femme qui accompagnait la voyageuse lui dit que sa compagne pourrait bientôt revoir le pays.

La compagnie de la voyageuse avait environ 26 ans et était blonde. Son regard n'annonçait pas d'esprit mais une certaine fermeté mêlée de tendresse. D'un coup d'oeil, Merle sut deviner en elle une de ces fleurs champêtres qui, transportée dans les serres parisiennes où se concentrent tant de rayons flétrissants, n'avait rien perdu de ses couleurs pures ni de sa rustique franchise. Elle s'appelait Francine. Sa maîtresse s'appelait Marie. Leur cavalier s'appelait Corentin. Francine usa de séduction pour obtenir des informations sur le voyage où l'avait entraînée sa maîtresse. Mais Marie ne voulut rien lui dire sinon qu'elle avait accepté ce voyage car elle avait un rôle à jouer dans une tragédie. Les plates vicissitudes de la vie domestique l'ennuyaient. Après avoir semé à pleine main sans rien récolter, Marie était restée vierge, mais irritée par une multitude de désirs trompés. Lassée d'une lutte sans adversaire, elle arrivait alors dans son désespoir à préférer le bien au mal quand il s'offrait comme une jouissance, le mal ou bien quand il présentait quelque poésie. Hulot apprit à Gérard et Merle que la voyageuse s'appelait Mlle de Verneuil. Marie et Francine s'installèrent à l'Hôtel des Trois-Maures à Alençon. L'hôtelier leur proposa de déjeuner avec une dame et son fils qui habitaient l'hôtel. Mais un petit homme trapu sortit sans bruit d'un cabinet voisin et menaça l'hôtelier de représailles s'il commettait une imprudence. Francine reconnut à son énorme fouet à sa démarche rampante le chouan surnommé Marche-à-terre.

Francine accepta la proposition de l'hôtelier. Le voyageur que l'hôtelier voulait présenter à Francine et à Marie était un polytechnicien. En lui, tout décelait une vie dirigée par des sentiments élevés et l'habitude du commandement. Mlle de Verneuil trouva ce jeune homme singulièrement distingué pour un républicain. Puis Francine et Marie disparurent dans l'escalier. Le polytechnicien demanda à l'hôtelier qui était la jeune femme. Corentin répondit que c'était une ci-devant. Le polytechnicien s'appelait du Gua-Saint-Cyr. Saint-Cyr pensait que Corentin était un espion de Fouché. La mère du polytechnicien arriva. Il lui parla de Mlle de Verneuil. Corentin était un de ces êtres portés par leur caractère à toujours soupçonner le mal plutôt que le bien et il conçut des doutes sur le civisme de Saint-Cyr et de sa mère.

Saint-Cyr dit à l'oreille de l'hôtesse qu'elle tâche de savoir qui était Corentin. La mère du polytechnicien demanda à Corentin s'il était sûr que Mlle de Verneuil existait bien car elle avait en mémoire l'exécution d'une demoiselle de Verneuil durant la Révolution. Corentin répondit que Mlle de Verneuil existait aussi certainement en chair et en os que le citoyen du Gua-Saint-Cyr. Cette réponse renfermait une profonde ironie dont le secret n'était connu que de la dame, et tout autre qu'elle en aurait été déconcertée. Mme Saint-Cyr évoqua l'attaque des chouans contre la voiture. Corentin lui demanda les détails car il pensait que tout le monde avait péri dans cette attaque. Mais l'hôtelier interrompit la conversation en annonçant que le déjeuner était servi. Une fois Corentin partie, le polytechnicien reprocha à sa mère de les avoir exposé aux dangers en évoquant l'attaque des chouans. L'aubergiste s'était mis en quatre afin de plaire aux étrangers. Comme Mlle de Verneuil se faisait attendre, Saint-Cyr alla la chercher dans sa chambre. Il la conduisit à sa table. Mlle de Verneuil s'était changée. Elle avait choisi une robe qui dessinait ses formes avec une affectation peu convenable à une jeune fille. Mlle de Verneuil demanda l'autorisation d'associer sa servante au déjeuner. Mme Saint-Cyr se penchant à l'oreille de son fils lui dit qu'elle ne pouvait pas être Mlle de Verneuil mais une fille envoyée par Fouché.

Mlle de Verneuil dit à Corentin que la République n'avait pas eu la magnanimité de lui donner du tuteur en envoyant ses parents à l'échafaud. Elle lui demanda de ne plus l'escorter car elle se sentait en sûreté. Saint-Cyr se demandait si Mlle de Verneuil était prisonnière ou protégée du gouvernement. La rencontre de personnes qui ne paraissaient pas destinées à se lier n'éveilla aucune sympathie bien vive. Saint-Cyr tellement contrarié regretta avec une sourde colère d'avoir partagé son déjeuner avec Mlle de Verneuil.

Mais sa mère avait ses raisons pour apprivoiser l'inconnue.

Elle demanda à Mlle de Verneuil si elle avait souffert en prison et celle-ci lui répondit qu'il lui semblait qu'elle n'avait pas cessé d'y être.

Mme Saint-Cyr lui demanda si son escorte était destinée à la protéger ou à la surveiller. Mlle de Verneuil s'effaroucha de cette question et répondit qu'elle ne connaissait pas la nature de ses relations avec la République. Saint-Cyr prit la parole pour dire à la jeune femme qu’elle faisait peut-être trembler la République. Mme Saint-Cyr continua la conversation pour apprendre ce qu'elle voulait savoir. Elle parla de Bonaparte en demandant s'il allait arrêter l'effet des lois contre les émigrés. Mlle Verneuil répondit qu'elle ne comprenait pas pourquoi alors on soulevait la Vendée et la Bretagne. Soudain, une curiosité invincible attacha Saint-Cyr à Mlle Verneuil vers laquelle il était attiré déjà par de violents désirs.

Mlle Verneuil demanda à Mme Saint-Cyr si elle allait à Mayenne. C'est son fils qui répondit que tel était le cas. Alors Mlle de Verneuil proposa son escorte pour les accompagner jusqu'à Mayenne. Le fils et la mère hésitèrent. Puis Saint-Cyr demanda à Mlle de Verneuil si elle était la reine ou l'esclave de son escorte républicaine. Mlle de Verneuil répondit qu'elle n'épousait pas les haines politiques.

Elle ne voyait pas de périls dans ce voyage. Saint-Cyr pensait qu’elle lui tendait quelque piège. En ce moment, on entendit le cri perçant d'une chouette. Saint-Cyr dit à Mlle de Verneuil qu'il refusait sa proposition. C'est à ce moment-là que Hulot entra. Mlle de Verneuil lui proposa de s'asseoir. Saint-Cyr pensait avoir déjà vu Hulot à l'école polytechnique. Mais Hulot éprouvait une aversion insurmontable pour les officiers sortis de cette savante pépinière. Hulot demanda à Saint-Cyr quel était son nom de famille. Le jeune homme lui répondit. Hulot connaissait ce nom et pensait que Saint-Cyr avait été assassiné à Mortagne. Mme Saint-Cyr répondit que son fils avait reçu 2 balles. Hulot demanda à Saint-Cyr ses papiers. Saint-Cyr offrit au commandant des papiers que Hulot se mit à lire lentement. Pendant cet examen, le cri de la chouette recommença et il n'était pas difficile d'y distinguer l'accent et les jeux d'une voix humaine.

Hulot rendit ses papiers à Saint-Cyr en lui ordonnant de l'accompagner au District.

Mlle de Verneuil demanda au commandant pourquoi il voulait emmener Saint-Cyr. Hulot répondit que cela ne la regardait pas. Alors la jeune femme quitta tout à coup l'attitude de candeur et de modestie dans laquelle elle s'était tenue jusqu'alors et elle se leva. Elle demanda au commandant six Saint-Cyr avait satisfait à tout ce qu'exigeait la loi. Hulot répondit que c'était le cas, en apparence. Alors Mlle de Verneuil lui ordonna de laisser le jeune homme tranquille. Elle dit au commandant qu'il pourrait escorter Saint-Cyr avec elle jusqu'à Mayenne. Le commandant ne tint pas compte des remarques de la jeune femme et ordonna à Saint-Cyr de se lever. Mais la jeune femme protégea Saint-Cyr par un geste plein de dignité. Puis elle présenta au commandant une lettre ouverte. Elle lui demanda de la lire. Par un seul regard, Mme Saint-Cyr parut attribuer bien plus à l'amour qu'à la charité la générosité de Mlle de Verneuil. La lettre était contresignée des ministres enjoignant à toutes les autorités d'obéir aux ordres de cette mystérieuse personne. Énervé, Hulot tira son épée du fourreau et la cassa sur son genou. Il dit à Mlle de Verneuil qu'il ne savait pas servir là où les belles filles commandaient. Il annonça qu'il allait démissionner. Alors Mlle de Verneuil dit au commandant qu'il pouvait l'embrasser car il était un homme. Hulot répondit qu'il s'en flattait et il baisa gauchement la main de la jeune femme. Saint-Cyr accepta de suivre le commandant au District.

Hulot lui demanda s'il viendrait avec son siffleur invisible, Marche-à- terre. Saint-Cyr prétendit n'avoir rien de commun avec ce sifflement. Surpris de l'étonnement naturel du marin, le commandant flottait entre 1000 soupçons. Il demanda à Mlle de Verneuil quel était son âge et elle répondit qu'elle avait 38 ans.. Hulot annonça qu'il allait faire entièrement fouiller l'auberge. On entendit encore un sifflement mais c'était celui d'un postillon qui attelait ses chevaux. Alors le commandant compris sa confusion. Il présenta ses excuses à Saint-Cyr. Il expliqua à Mme Saint-Cyr qu'il avait pris son fils pour le chef envoyé aux chouans et aux Vendéens par le cabinet de Londres, le marquis de Montauran que l'on surnommait le Gars.

La subite altération des manières de Marie de Verneuil, en entendant prononcer le nom du général royaliste, ne furent sensibles que pour Francine, la seule à qui fussent connues les imperceptibles nuances de cette jeune figure. Hulot continua malgré tout d'annoncer sa démission. D'un ton solennel, Mlle de Verneuil lui demanda pourquoi il soupçonnait Saint-Cyr d'être le Gars. Hulot répondit que le fantassin qui accompagnait la jeune femme était venu la prévenir que les voyageurs et le courrier avaient été assassinés par les chouans. Les voyageurs s'appelaient du Gua Saint-Cyr ! Mlle de Verneuil répondit qu'elle n'était pas étonnée par ce que pouvait raconter Corentin. La dangereuse beauté de Mlle de Verneuil troublait déjà le coeur du commandant. Alors il s'éloigna. S'il était resté deux minutes de plus, il aurait fait la sottise de reprendre son épée pour l'escorter se disait-il.

Mme Saint-Cyr reprocha à son fils de s'être laissé séduire par Mlle de Verneuil. Elle lui prédit qu'il périrait que par la femme. Elle pensait que la jeune femme était une de ces mauvaises créatures à l'aide desquelles Fouché voulait s'emparer de son fils et que la lettre qu'elle avait montrée était donnée pour requérir les Bleus contre lui. Il lui répondit que l'intérêt seul du roi les rassemblait.

Francine crut percevoir de la violence dans le regard de Mme Saint-Cyr. Elle frémit en prévoyant les terribles chocs qui devaient survenir entre deux esprits de cette trempe et frissonna Cantelli Mllequand elle vit  de Verneuil aller vers le jeune officier. Mlle de Verneuil demanda à Saint-Cyr s'il était vraiment le citoyen du Gua-Saint-Cyr. Il répondit que c'était le cas. Il lui dit qu'il aurait toujours une reconnaissance pour ce qu'elle avait fait. Elle avait cru sauver un émigré mais elle l'aimait mieux républicain.

Puis elle s'en alla dans sa chambre avec Francine. Elle avoua à sa servante qu'elle s'était laissée séduire par Saint-Cyr. Pour la première fois de sa vie, elle sentit un avenir de bonheur dans la passion. Il saurait bien garder, vivant ou mort, l'homme dont le coeur lui aurait appartenu. Le capitaine Merle se montra bientôt. Il était envoyé par Gérard. Mlle de Verneuil lui demanda si elle pouvait gagner Mayenne pour y trouver de nouveaux soldats et repartir sans s'y arrêter. Merle répondit que c'était possible. Pendant la conférence de Mlle de Verneuil avec le capitaine, Francine était sortie dans l'intention d'examiner un point de la cour à laquelle l'entraînait sa curiosité. Elle aperçut Mme Saint-Cyr se dirigeant vers Marche-à-terre avec précaution d'un chat. Le chouan se leva et garda devant telle l'attitude du plus profond respect. Francine se cacha derrière la porte de l'écurie et réussie à se poser près de Marche-à-terre sans avoir excité son attention. Mme Saint-Cyr disait au chouan qu'après toutes ces informations, si ce n'était pas son nom, il pourrait tirer dessus sans pitié. Marche-à-terre vit Francine s'éloigner. Il s'approcha d'elle. Tous deux se connaissaient. Elle lui demanda si Mme Saint-Cyr lui parlait de Mlle de Verneuil. Il n'était pas difficile de deviner que Mme Saint-Cyr avait ordonné à Marche-à-terre de tuer Marie. Le chouan baissa la tête et pour Francine ce fut une réponse.

Alors elle le menaça. S'il touchait un cheveu de sa maîtresse, ce serait la dernière fois que tous les deux se verraient. Car elle serait au paradis et lui en enfer. Francine avait été jadis sa maîtresse. Il lui demanda si elle était libre et elle répondit qu'elle avait 200 livres de rente et une maison que Mlle de Verneuil lui avait achetée. Mais cela n'intéressait pas Marche-à-terre. Il voulait donner sa vie pour sa cause. Les deux amants avaient été séparés pendant sept ans et Francine lui en voulait de ne penser qu'à sa cause. Il lui baisa la main et fit un signe de croix. Puis il s'en alla avec une trentaine de chouans. Francine vit sa maîtresse dans la voiture avec à côté d'elle celle qui venait d'en ordonner la mort. Aussitôt qu'elle fut montée, la lourde voiture partit au grand trot. Saint-Cyr se plut à contempler le visage de Mlle de Verneuil durant le voyage. Le soi-disant marin attendait avec bonheur le mouvement répété des paupières et les jeux séduisants que la respiration donnait au corsage. Plusieurs regards où les yeux de Mlle de Verneuil rencontrèrent ceux de Saint-Cyr apprirent à la jeune femme que le silence allait la compromettre alors elle parla à Mme Saint-Cyr. Elle lui dit que son fils lui ressemblait. Cela fit sourire le jeune homme et inspira à sa prétendue mère un nouveau dépit. La conversation qui anima les voyageurs cacha les désirs, les passions et les espérances qui les agitaient. Mme Saint-Cyr comprit que seules la calomnie et la trahison pourraient la faire triompher d'une rivale aussi redoutable par son esprit et sa beauté. La voiture atteignit une côte et le jeune homme proposa à Mlle de Verneuil une promenade. Après avoir été séduit par la contemplation de la beauté, Saint-Cyr fut donc entraîné vers cette âme inconnue par une curiosité que Marie se plut à exciter. Il lui dit qu'au milieu des dangers, les étreintes devaient être plus vives que dans le train ordinaire de la vie. Il lui demanda ce qu'elle pensait de lui. Marie heurta tout à coup une pierre et fit un faux pas. Alors il lui proposa son bras qu'elle accepta. Il lui demanda si elle était ange ou démon, fille ou femme. Elle répondit qu'elle était l'un et l'autre. Elle pensait qu'il y avait toujours quelque chose de diabolique et d'angélique chez une jeune fille qui n'avait pas aimé, qui n'aimait pas et qui n'aimerait peut-être jamais. Elle pensait que les femmes luttaient plus ou moins contre une destinée incomplète.

Marie voulut regagner la voiture et Saint-Cyr lui serra le bras par un mouvement peu respectueux pour exprimer tout à la fois d'impérieux désirs et de l'admiration. Il risqua tout pour arracher une première faveur à cette femme. Il lui proposa un secret. Il lui révéla qu'il n'était pas au service de la République. Marie fut choquée d'avoir été trompée. Elle lui demanda alors qui il était. Elle le soupçonnait d'être le Gars. Elle lui dit qu'elle était républicaine et qu'il était royaliste. Elle l’aurait livré si elle ne l'avait déjà sauvé une fois. Il répondit qu'il était un marin tout prêt à quitter l'océan pour la suivre partout où son imagination voudrait le guider. Elle lui dit qu'elle n'avait pas le droit d'exiger sa confiance et qu'il ne connaîtrait jamais l'étendue de ses obligations envers elle.

L'obstination que la voyageuse mettait à connaître son secret fit hésiter le prétendu marin entre la prudence et ses désirs. Malgré sa passion, Saint-Cyr eut la force de se défier d'une femme qui voulait lui violemment arracher un secret de vie ou de mort. Elle lui redemanda quel était son nom. Comme il refusait de lui dire elle lui annonça qu'elle donnerait des ordres à l'adjudant pour sa sûreté. Quant à elle, elle pourrait regagner Alençon à pied avec sa femme de chambre et quelques soldats. Elle lui conseilla de fuir l'horrible muscadin qu'il avait vue dans l'auberge s'il ne voulait pas être livré aussitôt. Elle lui dit adieu en retenant ses pleurs.

Alors Saint-Cyr inventa une déplorable ruse pour tout à la fois cacher son nom et satisfaire la curiosité de Mlle de Verneuil. Il lui raconta qu'il était émigré condamné à mort et qu' il s'appelait le vicomte de Bauvan. Il espérait être radié de la liste par l'influence de Mme de Beauharnais. S'il échouait, il voulait combattre auprès de Montauran, son ami.

Son passeport lui servait à savoir s'il avait conservé quelques propriétés en Bretagne. Mlle de Verneuil et l'examina d'un oeil perçant. Elle essaya de douter de la vérité de ces paroles mais reprit lentement une expression de sérénité. Il mentit encore en disant que tout ce qu'il venait de dire était parfaitement vrai et elle lui répondit qu'elle s'en trouvait bien heureuse.

Elle savait que Montauran était en danger. Elle avait congédié son surveillant de crainte qu'ils ne reconnaissent l'identité réelle de Saint-Cyr. Elle savait qu'un véritable officier républicain sorti de l'école polytechnique ne se croirait pas près d’elle en bonne fortune.

Elle lui dit que s'il était capable de lui prouver un véritable amour, aucune puissance humaine ne pourrait les séparer. Elle lui demanda s'il était libre. Il répondit qu'il l'était sauf la condamnation à mort. Ils retournèrent dans la voiture. Ils semblaient avoir un égal intérêt à s'observer et à se cacher un secret important mais ils se sentaient entraînés l'un vers l'autre par un même désir. Ils avaient réciproquement reconnu chez eux des qualités qui rehaussaient encore à leurs yeux les plaisirs qu'ils se promettaient de leur lutte ou de leur union. Saint-Cyr se demanda comment Mlle de Verneuil pouvait allier tant de connaissances acquises à temps de fraîcheur et de jeunesse. Il ne voulait plus voir dans cette inconnue qu'une habile comédienne et il avait raison. Mlle de Verneuil se dit qu'un être aussi puissant devait être généreux. Elle le voyait comme un homme condamné à mort qui venait de jouer lui-même sa tête et faire la guerre à la République.

Ils arrivèrent à Mayenne. Les soldats de l'escorte changèrent. Marie partit pour Fougères. Francine connaissait Marie aussi bien que l'étrangère connaissait le jeune homme. Quand les quatre voyageurs eurent fait environ une lieue hors de Mayenne, ils entendirent un homme à cheval qui se dirigeait vers eux avec une excessive rapidité. Il se pencha vers la voiture pour regarder Mlle de Verneuil. C'était Corentin. Saint-Cyr parut désagréablement affecté de cette circonstance et Marie le pressa légèrement. Il savoura l'émotion que lui fit éprouver le geste par lequel sa maîtresse lui avait révélé l'étendue de son attachement. Quand ils arrivèrent à Ernée, Francine aperçut d'étranges figures. Une décharge générale apprit aux voyageurs que tout était positif dans cette apparition. L'escorte tomba dans une embuscade. Merle regretta de n'avoir pris qu'une soixantaine d'hommes. Il divisa sa troupe en deux colonnes pour tenir des deux côtés de la route. Mlle de Verneuil sauta hors de la calèche et courut loin en arrière pour s'éloigner du champ de bataille puis elle demeura immobile pour examiner froidement le combat.

Saint-Cyr la suivit, lui prit la main et la plaça sur son coeur. Francine cria à Marie de prendre garde. Saint-Cyr pu connaître le prénom de Mlle de Verneuil à cette occasion et il lui dit que grâce à Francine, il prononcera désormais le prénom de Marie dans la joie. Marche-à-terre arriva. Il se tourna brusquement vers Mme du Gua et échangea avec elle de vives paroles. Elle lui répondit en lui donnant des ordres et en désignant au chouan les deux amants. Avant d'obéir, Marche-à-terre jeta un dernier regard à Francine. Il aurait voulu lui parler mais son silence lui était imposé.

Mme du Gua vint prendre Marie en criant. Puis elle dit à l'un des membres du comité royaliste d'Alençon de se défier de Mlle de Verneuil. Le feu des chouans se ralentit car leur chef reçut un message. Le seul but de leur escarmouche avait été atteint.

Mlle de Verneuil put retourner dans la voiture avec Saint-Cyr et Mme du Gua. Mme du Gua conseilla à Saint-Cyr de feindre l'amour avec Mlle de Verneuil jusqu'à ce qu'ils aient gagné la Vivetière. Francine avait compris, par le regard de Marche-à-terre, que le destin de Mlle de Verneuil était en d'autres mains que les siennes. Mlle de Verneuil comprit que Mme du Gua n'était pas la mère de Saint-Cyr quand cette dernière la combla de prévenance après lui avoir témoigné tant de froideur. Mlle de Verneuil comprit que Mme du Gua avait peur d'elle. Pour la première fois depuis la matinée, Mlle de Verneuil réfléchit sérieusement à sa situation. Elle comprit que les événements de cette journée appartenaient à un mirage de l'âme qui venait de se dissiper. Son présent ne trouvait plus de liens pour se rattacher au passé, ni dans l'avenir.

Elle sentit alors dans son coeur des troubles inconnus car elle aimait réellement et pour la première fois. Alors pour cacher sa souffrance, elle entama une conversation avec Merle. Merle évoqua le sommet de la Pèlerine. Saint-Cyr tressaillit en entendant prononcer ce mot. Merle expliqua que c'était sur ce sommet que les républicains s'étaient battus à la fin de vendémiaire avec le Gars et ses brigands.

Mlle de Verneuil lui demanda s'il avait vu le Gars. Tout en posant cette question, elle ne quitta pas des yeux la figure du faux vicomte de Bauvan. Merle répondit qu'il ressemblait beaucoup au citoyen du Gua-Saint-Cyr. Si Saint-Cyr n'avait pas porté l'uniforme de l'école polytechnique, Merle aurait gagé que c'était le même homme. Mlle de Verneuil ne perçut rien dans le regard immobile de Saint-Cyr mais elle l'instruisit par un sourire amer de la découverte qu'elle faisait en ce moment du secret si traîtreusement gardé par lui. Merle ajouta compter bien solder son compte avec le Gars. Saint-Cyr répondit qu'il n'avait rien à craindre car les soldats républicains étaient trop fatigués. De plus, sa mère descendait à la Vivetière et il comptait y inviter Merle et ses hommes. Comme Mlle de Verneuil ne semblaient plus croire que Saint-Cyr était le fils de Mme du Gua, cette dernière répondit qu'elle avait eu son fils à 15 ans. Mlle de Verneuil lui demanda si ce n'était pas plutôt à 30 ans. Mme du Gua pâlit en dévorant ce sarcasme.

Elle dit que jamais les chouans n'avaient eu de chef plus cruel mais Mlle de Verneuil répondit que ce chef savait mentir mais le croyait fort crédule. Un chef de parti ne devait être le jouet de personne. Quand Saint-Cyr lui demanda si elle ne connaissait, elle répondit avec un regard de mépris qu'elle croyait le connaître…

Quoi que Mlle de Verneuil était certaine que l'amant qui la dédaignait était ce chef dangereux, elle ne voulait pas encore s'en assurer par son supplice. Elle se mit à jouer avec le péril. Elle se plaisait à lui faire durement sentir que sa vie dépendait d'un seul mot. Elle savourait une vengeance tout innocente et punissant comme une maîtresse qui aime encore. Mais le jeune général sourit et de l'air le plus calme soutenait sans trembler la torture que Mlle de Verneuil lui faisait subir. Son regard semblait lui dire : « voici l'occasion de venger votre vanité blessée, saisissez la ! Je serai au désespoir de revenir de mon mépris pour vous. »

Mlle de Verneuil admirait le courage et la tranquillité du jeune homme.

Elle lui demanda à quoi elle devait l'honneur d'attirer ces regards et il lui répondit que c'était à un sentiment qu'un galant homme ne saurait exprimer à quelque femme que se puisse être. Il avait vu des filles faisant office du bourreau et enchérissant sur lui par la manière dont elle jouait avec la hache au temps de la Révolution. Mlle de Verneuil regarda Montauran fixement, ravie d'être insultée par cet homme au moment où elle en tenait la vie entre ses mains. Elle lui dit à l'oreille qu'il avait une trop mauvaise tête et que les bourreaux n'en voudraient pas.

Le marquis stupéfait contempla pendant un moment cette inexplicable fille dont l'amour triomphait de tout même des plus piquantes injures. Sa passion était déjà plus forte qu'il ne le croyait lui-même. Ils arrivèrent au château de la Vivetière. Le château semblait abandonné depuis longtemps. Mlle de Verneuil le contempla toute seule avec terreur. Montauran expliqua à Mlle de Verneuil que ce château avait été ruiné par la guerre comme les projets qu'il avait pour leur bonheur l'avaient été par elle. Alors elle s'élança vers le portail par un mouvement de fierté blessée et de dédain. Il la rattrapa. Il lui dit qu'elle avait son secret et qu'il n'avait pas le sien. Il lui promit qu'elle n'avait rien à craindre dans son château et que les républicains non plus. L'arrivée de Mme du Gua imposa silence. Elle regarda les deux amants réconciliés s'en allant lentement vers le perron. Elle comprit qu'elle les gênait. Elle espérait que l'étang serait le tombeau de Mlle de Verneuil. À ce moment-là, Marche-à-terre arriva. Elle lui imposa le silence en mettant un doigt sur ses lèvres. Elle lui demanda combien ils étaient. Il répondit qu'ils étaient 87. Les hommes du marquis de Montauban accoururent. Il leur indiqua l'endroit où débouchaient les soldats républicains. Il leur expliqua que c'était l'escorte de la jeune femme dont la générosité les avait miraculeusement délivrés d'un péril auquel ils avaient failli succomber dans une auberge d'Alençon. Il leur ordonna de recevoir cette escorte et Mlle de Verneuil en amis. Mlle de Verneuil entra dans le salon dont les meubles étaient délabrés. Elle remarqua des cartes géographiques et des plans déroulés sur une grande table. Elle remarqua également des armes et des carabines amoncelées. Tout témoignait d'une conférence importante entre les chefs des Vendéens et ceux des chouans. Montauran s'empressa d'ordonner à ses chefs de cacher les armes et les cartes. Il recommanda la plus grande discrétion. Puis il s'en alla pour recevoir les Bleus. Les gentilshommes se groupèrent autour de la dame inconnue qui s'était fait passer pour la mère de Montauran. Elle leur expliqua que Montauban s'était amouraché d'une jeune femme et que tous les royalistes de Paris l'avaient prévenu qu'on essayait de lui tendre un piège en lui jetant à la tête une créature. Mais aucun des gentilshommes n’osa parler à Mlle de Verneuil. Il comprit que la physionomie des gentilshommes paraissait annoncer d'abord plutôt un besoin d'intrigue que l'amour de la gloire. Cette assemblée nocturne, au milieu de ce vieux castel en ruine la fit sourire, elle voulut y voir un tableau symbolique de la monarchie. Elle pensait que le seul mérite de ces gens était de se dévouer à une cause perdue. Montauran revint. Ses hommes s'empressèrent d'affecter l'ordre et le silence. Le baron du Guénic, surnommé l’Intimé prit Montauran par le bras et l'emmena dans un coin. Il voulut l'avertir du piège qu'on lui avait tendu en lui jetant cette créature. Montauran répondit que cette créature était une femme de distinction. Mme du Gua intervint. Elle pensait que Mlle de Verneuil était l'envoyée de Fouché. Montauban avertit qu'elle avait intérêt à ne rien entreprendre contre Mlle de Verneuil, ni contre son escorte ou il se vengerait contre elle.

Montauran alla de groupe en groupe pour assurer ses hommes que l'inconnue était réellement Mlle de Verneuil. Aussitôt, toutes les rumeurs s'apaisèrent. Puis il retourna voir Mlle de Verneuil. Elle lui demanda des explications sur les hommes qui l'entouraient. Il répondit. Après quoi il lui expliqua que les royalistes de Paris l'avaient averti de se défier de toute espèce de femme qui se trouverait sur son chemin en lui annonçant que Fouché voulait employer contre lui une Judith des rues.

Mlle de Verneuil voulut s'en aller car elle croyait Montauran dans le doute sur son identité. Il la retint en lui offrant sa vie. Alors elle décida de rester. Le marquis continua de lui présenter ses hommes. Mlle de Verneuil était horrifiée que Montauran commande à de pareilles gens. Elle pensait que le marquis était le seul noble qui faisait son devoir en attaquant la France avec des Français et non à l'aide de l'étranger. Après quoi, le marquis remarqua de l'agitation et quitta Mlle de Verneuil. Mme du Gua le remplaça. Francine, effrayée, s'enfuit. Francine crut voir Marche-à-terre près du lac alors elle courut se blottir dans la voiture. Elle vit Pille-Miche qui sortait de l'écurie. Il discuta avec Marche-à-terre. Ils préparaient le meurtre des Bleus.

Puis ils mirent la voiture dans la grange. Marche-à-terre passa le long de la calèche pour se retirer et fermer la porte quand il se sentit arrêté par une main. Il reconnut les yeux de Francine. Celle-ci sauta vivement de la voiture. Elle lui demanda ce qu'il comptait faire. Alors il sortit un vieux chapelet de dessous sa peau de bique. Il lui demanda de jurer sur cette relique de leur amour. Elle répondit qu'elle n'avait pas besoin de jurer le silence. Francine reconnut plus son amant. C'était devenu une bête féroce. Il était persuadé que Francine était venue avec sa maîtresse pour les trahir. Elle lui dit que cela était faux. Elle lui demanda de jurer de ne pas faire de mal à sa maîtresse. Alors il promit de la sauver s'il le pouvait. En échange, Francine devait promettre de rester avec sa maîtresse dans le château. Elle promit.

Merle et Gérard en arrivant au château s'empressèrent de placer des sentinelles pour s'assurer de la chaussée et du portail. Les soldats républicains se divisèrent en groupes auxquels deux paysans commencèrent à distribuer du beurre et du pain de seigle. Les deux officiers furent invités au salon par le marquis. Gérard ordonna à deux de ses hommes de faire une reconnaissance dans les jardins. Le côté gauche des jardins fut négligé par un des hommes de Merle et Gérard. C'était malheureusement la berge dangereuse où Francine avait observé un mouvement d'hommes. Gérard s'empressa d'aller voir Mlle de Verneuil pour lui dire qu'il valait mieux se retirer promptement car il ne se sentait pas en sûreté dans ce château. Mlle de Verneuil le rassura. Elle leurs regarda en pensant qu'il se battait pour son pays alors que le marquis se battait pour un homme, le roi. Mais elle était arrivée par le sentiment au point où l'on arrive par la raison, à reconnaître que le roi, c'est le pays.

Gérard et Merle comprirent qu'ils se trouvaient dans une assemblée de chouans. Ils se révélèrent leurs communes pensées par le regard car Mme du Gua les avait séparés. Ils ne savaient pas s'ils étaient maîtres du château où s'ils avaient été attirés dans une embûche ; si Mlle de Verneuil était la dupe ou la complice de cette aventure. Mais un événement imprévu précipita la crise. Un gentilhomme qui manquait de tact se moqua de la relation du marquis avec Mlle de Verneuil en faisant circuler quelques mots outranciers autour de la table.. Alors, le marquis se tourna vers le convive pour lui demander des explications. Le mépris général pour Mlle de Verneuil qui se voyait sur toutes les figures mit le comble à l'indignation des deux républicains qui se levèrent brusquement.

À ce moment-là, une décharge retentit dans la cour. Les chouans avaient déjà commencé à tirer sur les républicains. Pille-Miche était en train de viser Gérard et Marche-à-terre tenait Merle en respect. Alors Gérard s'emporta contre le marquis. Puis il demanda au marquis de leur faire la grâce au moins de les fusiller sur-le-champ.

Alors Gérard s'élança fièrement vers la muraille et Pille-Miche le tua. Le marquis proposa à Merle d'achever de souper. Se parlant à lui-même, Gérard se demanda ce que Hulot penserait de cette diablesse de fille qui était la cause de tout cela. Le marquis fut furieux que l'on traite encore Mlle de Verneuil de fille.

Pendant ce temps, Mme du Gua désigna au gentilhomme Mlle de Verneuil comme la femme qui avait essayé de livrer le marquis à la République. Elle s'empara de la lettre que Mlle de Verneuil cachait dans son spencer. Elle en profita pour laisser des traces sanglantes sur la poitrine de Mlle de Verneuil. Le tressaillement de la honte la livra frémissante au regard des convives. Mme du Gua montra la lettre qui était signée de Laplace et Dubois. Puis elle lut la lettre. Cette lettre prouvait que la citoyenne Marie de Verneuil travaillait pour les républicains.

Mlle de Verneuil lui demanda comment elle pouvait vivre encore et cette sanglante épigramme imprima une sorte de respect pour une si fière victime et imposa silence à l'assemblée. Mme du Gua ordonna à Pille-Miche d'emmener Mlle de Verneuil en guise de butin. Mlle de Verneuil ressaisit la lettre que tenait Mme du Gua et s'élança vers la porte où l'épée du Merle était restée. Elle rencontra le marquis immobile comme une statue. L'homme qui lui avait témoigné tant d'amour avait donc entendu les plaisanteries dont elle venait d'être accablée et resta le témoin glacé de la prostitution qu'elle venait d'endurer. Elle brandit l'épée sur le marquis et la lui enfonça mais l'épée ayant glissé entre le bras et le flanc, le marquis arrêta Marie et l'entraîna hors de la salle. Francine suivit sa maîtresse. Sur le perron, le marquis demanda à Mlle de Verneuil ce qu'elle avait à venger contre Mme du Gua. Mlle de Verneuil vit les cadavres des républicains et se moqua de la foi de gentilhomme du marquis. Alors le marquis laissa à Pille-Miche sa victime. En retournant dans le salon, le marquis dit au capitaine Merle qu'il était libre. Merle partit à la recherche de Mlle de Verneuil. Il trouva Francine qui lui montra la direction où les chouans étaient partis. Alors ils s'acheminèrent vers le portail ou se trouvaient les chouans et Mlle de Verneuil. Francine ne voulut pas continuer car elle pensait que Marche-à-terre tuerait Merle en voyant Francine avec lui. Merle fut tué par Pille-Miche. Francine retrouva Marche-à-terre et lui demanda de sauver Mlle de Verneuil. Marche-à-terre retrouva Pille-Miche qui s'apprêtait à partir avec Mlle de Verneuil dans la voiture. Il lui proposa d'acheter son butin. Il lui proposa 30 livres. Pille-Miche accepta. Pille-Miche demanda à Marche-à-terre s'il y avait de l'or dans la voiture. Marche-à-terre demanda à Marie qui lui répondit posséder 100 écus. Alors Marche-à-terre proposa à Pille-Miche les 100 écus de sa part de la rançon de d'Orgemont. C'est à ce moment-là que Pille-Miche, après avoir accepté le marché, partit chercher le postillon, tomba sur Merle et le tua. Marche-à-terre se précipita après avoir entendu le coup de feu et remarqua que le capitaine portait le gant que le marquis lui avait laissé comme sauf-conduit. Il comprit que les jours de Pille-Miche étaient comptés. Alors il arracha le gant pour le donner à Mlle de Verneuil. Il accepta de laisser Francine avec sa maîtresse pour huit jours. Le marquis quitta le salon au moment où la lignée commune des opérations militaires était décidée. Mme du Gua demanda à M. de Fontaine de rejoindre le marquis sachant qu'il serait déprimé après avoir perdu Mlle de Verneuil. Mais en allant à la fenêtre, Mme du Gua eut le temps de voir le voile de Mlle de Verneuil qui sortaient de la calèche. Furieuse, elle quitta l'assemblée.

Le marquis regardait les chouans qui jetaient les corps des républicains dans le lac. M. de Fontaine lui demanda ce qu'il comptait faire avec de semblables bêtes. Le marquis répondit qu'il n'espérait pas grand-chose de leur part. Mais il espérait tout de même obtenir Fougères en trois jours et toute la Bretagne en 10 jours.

Mlle de Verneuil ordonna au postillon de se diriger vers Fougères. Un fantassin républicain était monté à l'arrière de la voiture. Le postillon ne trouva pas d'autre asile que l'auberge de la Poste.

Le soldat que Mlle de Verneuil avait sauvé lui promit d'administrer un coup de sabre à un particulier si elle en avait besoin. Il s'appelait Jean Falcon.

Le lendemain matin, Corentin se présenta pour voir Marie. Elle lui dit qu'elle voulait rester à Fougères. Corentin avait trouvé une maison. Marie voulait y loger le soir même. Elle voulait se venger tu marquis. Elle avait compris qu'on pouvait vivre pour aimer et comprenait aujourd'hui qu'on pouvait mourir pour se venger. Le lendemain, Corentin proposa à Mlle de Verneuil de se rendre dans l'hôtel qu'il avait improvisé pour elle. Le lendemain, un homme se présenta brusquement devant elle sans être annoncé. C'était Hulot. Il demandait compte de ses amis. Elle lui raconta qu'ils avaient été tués. Elle voulait les venger en amenant sous l'échafaud une tête qui valait des milliers de têtes. Elle voulait amener le marquis dans son lit et il en sortirait pour marcher à la mort. Corentin ne comprenait pas car Marie avait eu le marquis entre ses mains. Elle répondit qu'elle ne savait pas que c'était le Gars. Hulot comprit que Marie ne lui livrerait jamais Montauran. Il avait compris qu'elle était amoureuse du marquis. La démission de Hulot avait été refusée et le massacre de la Vivetière avait contribué à lui faire reprendre le commandement de sa demi-brigade. Il avait reçu une lettre ministérielle dans laquelle on l'instruisait de la mission de Mlle de Verneuil qui devait être secondée.

Chapitre III : un jour sans lendemain.

Les derniers événements de l'histoire se déroulèrent en haut de la promenade de Fougères.

Sur la promenade, Mlle de Verneuil put reconnaître plusieurs convives de la Vivetière parmi lesquels se trouvait le marquis.

Mme du Gua tira et la balle siffla près de Marie. Alors elle prit le gant du marquis que Marche-à-terre lui avait donné comme un passeport et retourna sur la promenade. Le marquis était encore à la même place en train de regarder les différents passages du Nançon. Elle portait un poignard. Elle entendit à une faible distance des bruits étranges. C'étaient des chouans. Elle arriva, non sans peine, dans un jardin dévasté. Une sentinelle l'arrêta et elle lui montra le gant du marquis. Elle put alors continuer son chemin. Elle vit Mme du Gua avec les chefs convoqués à la Vivetière. Le marquis était près d’elle. En le voyant abattu et découragé, elle se flatta d'être une des causes de sa tristesse. Puis sa colère se changea en commisération, sa commisération en tendresse et elle comprit qu'elle n'avait pas été amenée jusque-là par la vengeance seulement. Le marquis se leva et resta stupéfait en apercevant la figure de Mlle de Verneuil. Il s'écria : « je vois donc partout cette diablesse, même quand je veille ! ». Alors il s'élança vers la croisée et Mlle de Verneuil se sauva.

Elle descendit un escalier qui l'amena au fond d'une cave. Elle entendit des gémissements. Elle vit bientôt un inconnu couvert de peaux de chèvre descendant au-dessous d'elle. Mlle de Verneuil put voir un petit homme très gros. Il était attaché avec précaution. L'homme couvert de peaux portait une torche. Le captif poussa un gémissement profond en voyant l'inconnu à la torche. C'était Pille-Miche. Le captif était d'Orgemont.

Trois autres chouans entrèrent tout à coup dans la cuisine. Parmi eux, il y avait Marche-à-terre. Il venait de voir Lambrequin ressuscité. Les chouans pensaient que cela était dû à un péché. Marche-à-terre annonça à un de ses compagnons qu'il avait intérêt à ne pas les trahir sinon il ne le manquerait pas. Puis il ordonna à ses compagnons de torturer d'Orgemont en lui brûlant les pieds. Il lui avait donné 15 jours pour payer. Mais d'Orgemont était avare. Mais sous la torture il accepta de donner 200 écus. Mlle de Verneuil trouva la voix du torturé si lamentable qu'elle laissa échapper une exclamation. Les chouans crurent que c'était un esprit qui venait de parler. D'orgemont dit qu'il avait caché 500 écus sous un pommier dans son jardin. À ce moment-là, Mlle de Verneuil s'écria courageusement d'un son de voix grave : « ne craignez-vous pas la colère de Dieu ? Détachez-le, barbares ! ». Les chouans aperçurent dans les airs des yeux qui brillaient comme deux étoiles et s'enfuirent épouvantés.

Mlle de Verneuil tira violemment d’Orgemont du feu. Elle coupa les cordes avec lesquelles il avait été garrotté. Il se mit à rire car il avait envoyé les chouans dans un endroit où ne se trouvait aucun trésor. À ce moment-là, une voix de femme retentit au-dehors. C'était Mme du Gua. Elle avait vu un esprit est proposée Bill écus à celui qui lui apporterait la tête de Mlle de Verneuil.

D'Orgemont conduisit Mlle de Verneuil dans une cachette qui se trouvait derrière la cheminée. Les chouans arrivèrent trop tard. Ils crurent que l'esprit avait emmené d'Orgemont et se mirent à prier. Après quoi, ils voulurent s'en aller mais Mme du Gua avait compris que l'avare s'était caché avec Mlle de Verneuil. Alors ils cherchèrent la cachette tandis que le Mlle de Verneuil et d'Orgemont réussirent à s'enfuir. L'avare emmena Mlle de Verneuil dans un petit cabinet. Mlle de Verneuil vit dans un angle d'une sorte de construction dont la forme lui arracha un cri de terreur car elle devina qu'une créature humaine avait été enduite de mortier et placée là debout. D'orgemont lui expliqua que c'était son frère, le premier recteur qui avait accepté de prêter serment à la République. D'orgemont avait caché son frère pour que les chouans ne le trouvent pas. Il espérait pouvoir l'ensevelir en terre sainte.

Il demanda à Mlle de Verneuil si elle était mariée. Elle lui dit non. Mlle de Verneuil devina que l'avare ne songeait à l'épouser que pour enterrer son secret dont le coeur d'un autre lui-même. Elle lui expliqua que l'argent n'était rien pour elle.

Mlle de Verneuil toucha du doigt une petite gravure enluminée qui représentait Louis XV à cheval et cela provoqua l'ouverture d'un petit panneau dans le plafond de la chambre voisine. Cela permit à Mlle de Verneuil de voir le marquis occupé à charger un tromblon.

D'orgemont repoussa avec les plus grandes précautions la vieille estampe et reprocha à Marie sa curiosité. Il expliqua que le marquis de Montauran possédait pour 100 000 livres de revenus en terre affermées. Mais elle méprisait le marquis elle voulait se venger. Elle entendit le marquis discuter avec l'abbé Gudin. L'abbé reprochait aux marquis de vouloir organiser un bal à Saint-James. Le marquis voulait réunir les Vendéens pour examiner leurs physionomies et connaître leurs intentions. Mlle de Verneuil tressaillit en entendant ces paroles car elle conçut le projet d'aller à ce bal et de s’y venger. Puis le marquis et l'abbé s'en allèrent. D'orgemont emmena Marie dans la chambre que le marquis venait de quitter. Il lui donna 10 écus et lui indiqua le chemin qui conduisait à la ville. Il lui annonça que les chouans étaient à Fougères. Il conseilla de se rendre dans une ferme où demeurait Galope-chopine en disant à sa femme : « bonjour, Bécanière ! ». Ainsi Barbette pourrait la cacher. Mlle de Verneuil jeta un regard de remerciement à cet être singulier et s'en alla. Mlle de Verneuil crut renaître en marchant dans la campagne et la fraîcheur du matin ranima son visage. Elle attendit l'aurore avec de vives anxiétés car elle entendit un bruit d'armes, de chevaux et de voix humaines. Elle rendit grâce à la nuit qui la préservait du danger de tomber entre les mains des chouans.

Mlle de Verneuil put apercevoir sept à 800 chouans armés qui s'agitaient dans le faubourg Saint-Sulpice. Les environs du château occupés par 3000 hommes arrivés comme par magie furent attaqués avec fureur. Fougères aurait succombé si Hulot n'avait pas veillé. Une batterie cachée sur une éminence des remparts répondit au premier feu des chouans. Puis une compagnie sortie de la porte Saint-Sulpice et profita de l'étonnement des chouans. Fougères était attaquée sur tous les points car elle était entièrement cernée.

Les chouans incendiaient les faubourgs. Mais les républicains chassèrent l'ennemi. Le combat ne dura pas une demi-heure et ne coûta pas cent hommes aux Bleus. Hulot désirait donner une leçon sévère au marquis. Le marquis ne voulut pas faire tuer inutilement ses chouans et il se hâta d'envoyer huit émissaires porter des instructions pour opérer promptement la retraite.

Malgré sa haine, Mlle de Verneuil épousa la cause des hommes que commandait son amant. Elle regarda le combat. En voyant les Bleus presque maîtres des chouans, le marquis et ses amis s'élancèrent dans la vallée du Nançon. Mlle de Verneuil eut peur de se trouver au milieu des belligérants et quitta son refuge en pensant à mettre à profit les recommandations du vieil avare. Elle se rendit dans la ferme que l'avare lui avait indiquée. Un petit garçon l'accueillit. Elle lui demanda d'aller chercher sa mère.

Barbette arriva et Mlle de Verneuil lui adressa la phrase que l'avare lui avait conseillée de prononcer. Barbette comprit que Marie venait envoyée par d'Orgemont. Elle conduisit Marie dans une cachette. Peu de temps après, un chouan demanda lui aussi à être caché. C'était le comte de Bauvan. Mlle de Verneuil tressaillit en reconnaissant la voix du convive dont quelques paroles avaient causé la catastrophe de Vivetières. Barbette le laissa dans la pièce où se trouvait Marie. Il déposa légèrement son fusil auprès de la colonne ou Marie se tenait debout et elle s'en empara. Le comte reconnut Marie et se mit à rire. Elle le déclara son prisonnier. Au-dehors, on entendait des  chouans crier. Barbette leur conseilla de se sauver.

Puis un Bleu sauta dans le marais. C'était Beau-pied. Marie lui ordonna de conduire son prisonnier à Fougères. Après quoi, elle s'élança dans le sentier. Elle revint à Fougères. La ville était devenue tranquille. Les habitants attendaient le retour de la garde nationale pour reconnaître l'étendue de leurs pertes. Francine avait attendu sa maîtresse pendant toute la nuit et quand elle la revit, elle voulut lui parler mais Marie la rassura. Après avoir déjeuné, Marie fit sa toilette. Francine ne s'expliquait pas la gaieté moqueuse de sa maîtresse. Marie demanda à Francine de se procurer des fleurs pour donner à sa chambre un air de fête. Puis elle lui demanda de partir pour réclamer son prisonnier chez le commandant. Elle brûla des parfums afin de répandre dans l'air de douces émanations. Quelque temps plus tard, Hulot se présenta à Paris. Il lui annonça qu'il avait commandé un piquet de 12 hommes pour fusiller le comte.

Elle lui demanda d'annuler l'exécution et de lui rendre son prisonnier. Une demi-heure après, Hulot amena le comte de Bauvan à Mlle de Verneuil. Elle les accueillit avec une politesse parfaite. Rien ne trahissait sa préméditation ou ses desseins. Bientôt, il sembla au comte ridicule d'avoir peur de la mort devant une jolie femme. Le désir que le comte se promettait de feindre pour Mlle de Verneuil devint un violent caprice que cette dangereuse créature se plut à entretenir. Elle lui annonça qu'elle avait trop de curiosité pour le faire fusiller maintenant. Elle lui rendit sa carabine. Mais elle expliqua à Hulot que le marquis de Montauran n'avait pas pu tenir sa parole de protéger Marie et ses hommes à cause des paroles que Bauvan avait répandues contre Mlle de Verneuil. Bauvan reconnut avoir dit que Mlle de Verneuil était la maîtresse du marquis de Lenoncourt. Pourtant, Mlle de Verneuil lui affirma qu'elle ne se sentait pas offensée. Puis, elle lui dit quelques mots à l'oreille. Il laissa échapper une sourde exclamation de surprise. Elle lui dit qu'il était venu chez son père le duc de Verneuil. Alors il se mit à genoux. Il lui demanda pardon. Elle lui répondit qu'elle n'avait rien à pardonner car il n'avait pas plus raison dans son repentir que dans son insolente supposition à la Vivetière. Cette intrigue parut moins clair pour Hulot. Alors Mlle de Verneuil lui fit un signe d'intelligence comme pour avertir qu'elle ne s'écartait pas de son plan.

Mlle de Verneuil amena fort adroitement la conversation sur le temps qui était, en si peu d'années, devenu l'ancien régime. Par la complaisante finesse avec laquelle elle lui ménagea des réparties, le comte finit par trouver qu'il n'avait jamais été si aimable. Elle se plut à essayer sur le comte tous les ressorts de sa coquetterie. Elle ressemblait parfaitement à un pêcheur qui de temps en temps lève sa ligne pour reconnaître si le poisson mord à l’appât.

 

Le pauvre comte se laissa prendre.  L'émigration, la République, la Bretagne et les chouans se trouvèrent à 1000 lieues alors milieu de sa pensée. Hulot se tenait immobile et silencieux. Son défaut d'instruction le rendait tout à fait inhabile à ce genre de conversation. Il cherchait à comprendre s'ils ne complotaient pas à mots couverts contre la République. Le comte chercha à dénigrer l'image du marquis. Il prétendait que le marquis n'avait pas l'art aimable de dire aux femmes de ces jolis riens qui, après tout, leur conviennent mieux que ces élans de passion par lesquels on les a bientôt fatiguées. Mlle de Verneuil lui répondit qu'elle s'en était aperçue.

En sortant de table, Mlle de Verneuil ordonna à Hulot de la laisser seul avec le comte. Elle saurait bientôt tout ce qu'elle avait besoin d'apprendre. Elle annonça au comte qu'il était libre. Mais elle attendait quelque chose de lui en échange. Elle lui parla du bal que le comte comptait donner à Saint-James. Il répondit que le bal aurait lieu le lendemain soir. Elle lui annonça qu'elle comptait s'y rendre rendre pour obtenir une éclatante réparation des injures qu'elle avait subies. Elle lui demanda de lui accorder sa protection du moment où elle se rendrait au bal jusqu'au moment où elle en sortirait. Il devait promettre de réparer son tort en proclamant qu'elle était bien la fille du duc de Verneuil mais en taisant tous les malheurs qu'elle avait dus à un défaut de protection paternelle.

Le comte lui promit sa protection mais il voulut savoir si elle venait au bal pour Montauran. Mais elle ne lui répondit pas. Elle l'accompagna jusqu'au Nid-aux-Crocs.

Puis elle se rendit vers la porte Saint-Léonard où l'attendaient Hulot et Corentin. Elle dit à Hulot que dans deux jours le comte tomberait sous ses fusils. Elle lui annonça qu'elle allait se rendre au bal à Saint-James. Puis elle rentra pour aller choisir sa robe. Elle demanda à Francine de coudre un ruban vert sur le gant que le marquis lui avait donné. Puis elle l'envoya chercher des écus de six francs. Mlle de Verneuil s'entraîna à imiter le cri de la chouette et parvint à imiter le signal de Marche-à-terre. Après quoi, elle sortit par la porte Saint-Léonard et s'aventura suivie des Francine à travers le val de Gibarry.

Francine joignit les mains et dites un ave à Sainte-Anne-d'Auray en la suppliant de rendre ce voyage heureux. Elles arrivèrent devant la maison de Galope-chopine. Mlle de Verneuil siffla le cri de la chouette et Galope-chopine montra sa mine ténébreuse.

Elle lui montra le gant du marquis et lui demanda de l'emmener à Saint-James. Ils partirent aussitôt.

En regardant regardant les difficultés du terrain, Mlle de Verneuil comprit alors la nécessité où se trouvait la République d'étouffer la discorde plutôt par des moyens de police et de diplomatie que par l'inutile emploi de la force militaire. Galope-chopine les emmena dans un bassin demi circulaire entièrement composé de quartiers de granit qui formait un amphithéâtre au centre duquel s'élevaient trois énormes pierres druidiques, vaste autel sur lequel était fixée une ancienne bannière d'église. Une centaine d'hommes agenouillés priaient avec ferveur dans cette enceinte où un prêtre disait la messe. Mlle de Verneuil resta frappée d'admiration.

Elle reconnut l'abbé Gudin. La messe se termina et les assistants firent tous pieusement le signe de la croix. L'abbé commença son sermon. Il prétendit que Sainte-Anne-d'Auray lui était apparue et qu'elle lui avait demandé de dire aux hommes qu'il n'y aurait pas pas de salut à espérer pour eux s’ils ne s'armaient pas. L'abbé devait donc refuser aux hommes l'absolution de leurs péchés à moins qu'ils ne servent Dieu. Il les exhorta à obéir au marquis. Il leur promit de bénir leur fusil avec la grâce de Sainte-Anne-d'Auray.

L'abbé avait jeté sur la foule un charme. Mlle de Verneuil ne fut pas médiocrement surprise de voir Francine partager cet enthousiasme. Les paysans s'avancèrent un à un et s'agenouillèrent devant l'abbé pour offrir leurs fusils. Le prédicateur les remit sur l'autel. Après la cérémonie, Galope-chopine emmena Mlle de Verneuil dans un village où ils mangèrent. Il raconta aux villageois qu'elle était la bonne amie du Gars.

Vers le coucher du soleil, Mlle de Verneuil, Francine et Galope-chopine arrivèrent à Saint-James. Cette petite fille devait son nom aux Anglais par lesquels elle fut bâtie au XIVe siècle, pendant leur domination en Bretagne. Cinq à 6000 paysans étaient campés dans un champ. Mlle de Verneuil craignit d'être reconnu par quelques-uns de ses ennemis. Des hurlements accueillirent l'arrivée des gars de Marignay. À la faveur du mouvement que cette troupe et les recteurs excitèrent dans le camp, Mlle de Verneuil, put le traverser sans danger et s'introduisit dans la ville. Elle prit une chambre dans une auberge. Elle donna à Galope-chopine quatre écus de six francs. Puis elle le renvoya. Francine ne comprenait pas pourquoi sa maîtresse avait renvoyé leur protecteur. Alors Mlle de Verneuil lui montra son poignard. Après s'être habillée, Mlle de Verneuil offrit une ressemblance parfaite avec les plus illustres chefs-d'oeuvre du ciseau grec. Elle posa sur sa tête une couronne de houx. Elle plaça soigneusement son poignard au milieu de son corset. Francine accompagna sa maîtresse au bal. Au moment où Mlle de Verneuil arriva au bal, le marquis fut contraint d'apaiser une querelle entre ses hommes. Le chevalier du Vissard conseilla au marquis de prendre garde car il traitait trop légèrement des hommes qui avaient quelque droit à la reconnaissance du roi. Le chevalier voulait plaider pour ses frères d'armes dont les services avaient besoin d'être constatés.

Chacun des chefs trouva le moyen de faire savoir au marquis, d'une manière plus ou moins ingénieuse, le prix exagéré qu'il attendait de ses services. Le marquis remarqua un homme assis dans un coin qui semblait ne prendre aucune part à la scène et semblait mépriser les quémandeurs. C'était le major Brigault. Le marquis s'adressa à lui. Le major n'avait rien à réclamer et disait qu'il serait content si le roi revenait. Alors le marquis demanda à Mme du Gua de ne pas oublier ce brave homme si elle voyait la Restauration. Le marquis s'adressa aux quémandeurs. Il tenait à la main une lettre déployée revêtue du sceau et de la signature royale.

C'était la patente par laquelle le roi l'autorisait à gouverner les provinces de Bretagne, de Normandie, du Maine et de l'Anjou et à reconnaître les services des officiers qui se seraient distingués dans ses armées.

Les chouans s'avancèrent vers le marquis en décrivant autour de lui un cercle respectueux. Alors le marquis jeta les lettres dans le feu où elles furent consumées en un clin d'oeil. Il annonça aux quémandeurs qu'il ne voulait plus commander qu'a ceux qui verraient un roi dans le roi et non une proie à dévorer.

Alors Mme du Gua, l'abbé Gudin et le major Brigault scier entendre les cris de vive le roi ! Les quémandeurs prièrent le marquis d'oublier ce qui venait de se placer et l'assurèrent qu'il serait toujours leur chef. Quand le bal commença, le marquis pensait encore à Mlle de Verneuil. Mme du Gua lui dit qu’elle donnerait son sang pour mettre Mlle de Verneuil entre les mains du marquis et le voir heureux avec elle. Alors il lui demanda pourquoi elle avait tiré sur Mlle de Verneuil avec tant d'adresse. Mme du Gua répondit qu'elle voulait Mlle de Verneuil soit morte soit dans les bras du marquis. Elle était triste de le voir séparé de la gloire par le coeur nomade d'une fille d'Opéra.

C'est à ce moment-là que Mme du Gua aperçu Mlle de Verneuil. Le compte de Bauvan assura Mme du Gua que Mlle de Verneuil était bien la fille du duc de Verneuil. Mais le marquis se rappelait de ce que le comte avait dit lors de la soirée à la Vivetière. Le comte s'élança vers la porte pour accueillir Mlle de Verneuil et la présenter à travers la foule curieuse. Il demanda au marquis de ne croire que sa parole d'aujourd'hui. Mlle de Verneuil rechercha les convives de la Vivetière. Le comte la fit asseoir à côté de Mme du Gua. La beauté de Mlle de Verneuil excita un moment les murmures de l'assemblée. Les ennemis étaient donc en présence.

Mme du Gua demanda à Mlle de Verneuil si elle était venue toute seule. Marie le lui confirma. Ainsi elle n'aurait qu'elle ce soir à tuer. Mme du Gua prétendit être accablée par le souvenir de ses torts envers Mlle de Verneuil. Mlle de Verneuil prétendit lui excuser tout, y compris l'assassinat des Bleus. Le marquis accusa le comte de l’avoir indignement trompé et ainsi compromis jusqu'à son honneur. Le comte était prêt à lui donner toutes les explications qu'il voudrait. Alors le marquis l'emmena dans une pièce voisine. Mlle de Verneuil dit à Mme du Gua que lui devait un service. Elle l'avait éclairé sur le caractère du marquis de Montauran.

Elle affirma qu'elle le lui abandonnait volontiers. Mme du Gua lui demanda ce qu'elle était venue chercher au bal. Marie répondit qu'elle voulait l'estime et la considération que Mme du Gua lui avait retirées à la Vivetière. Mme du Gua explique à Marie que le marquis ne voulait épouser personne. Le marquis avait accepté sa dangereuse mission pour mériter la main de Mlle d’Uxelles. Le chevalier du Vissard qui avait donné le signal des injures à la Vivetière invita Mlle de Verneuil à danser pour se faire pardonner sa plaisanterie. Le marquis pardonna intérieurement au comte tous ses torts. Le marquis voulut s'approcher de Mlle de Verneuil mais elle s'élança pour danser. Le marquis sentit s'élever dans son coeur un tourbillon d'amour, de rage et de folie. Tous les gentilshommes de la Vivetière vinrent entourer Marie et chacun d'eux sollicita le pardon de son erreur par des flatteries plus ou moins débitées. Elle refusa de danser. Elle s'appuya sur les bras du comte de Bauvan auquel elle se plut à témoigner quelque familiarité. Mme du Gua raconta l'aventure de la Vivetière à toute l'assemblée dans l'espoir de mettre un obstacle de plus à la réunion de Mlle de Verneuil et du marquis. Ainsi les deux amants brouillés étaient-ils devenus l'objet de l'attention générale.

Montauran n'osait aborder sa maîtresse car le sentiment de ses torts et la violence de ses désirs rallumés la lui rendait presque terrible. Mlle de Verneuil se fit emmener par le comte dans le salon voisin. Le marquis la suivit. Il lui demanda si elle ne le pardonnerait pas. Elle répondit que l'amour ne pardonnait rien ou pardonnait tout. Elle reprit le bras du comte pour s'élancer dans une espèce de boudoir. Le marquis la suivit. Elle menaça de se retirer s'il continuait sa poursuite.

Alors il saisit un morceau de charbon de la cheminée et le serra violemment. Mlle de Verneuil rougit et dégagea vivement son bras de celui du comte pour regarder le marquis avec étonnement. Le comte s'éloigna doucement et laissa les deux amants seuls.

Une si folle action avait ébranlé le coeur de Marie. Elle lui dit qu'il était extrême en tout et que sur la foi d'un sot et les calomnies d'une femme, il avait soupçonné celle qui venait de lui sauver la vie d'être capable de le vendre. Il lui dit que maintenant il ne voulait plus croire qu'elle. Elle lui ordonna de lâcher le charbon. Elle fit de la charpie avec son mouchoir pour couvrir la plaie peu profonde que le marquis couvrit bientôt de son gant. Mme Du Gua arriva sur la pointe du pied dans le salon de jeuxet regarda les deux amants.

Le marquis demanda à Mlle de Verneuil pourquoi elle était venue. Elle répondit qu'elle était venue pour lui et pour elle-même. Elle lui montra son poignard. Elle était heureuse d'avoir reconquis l'estime de l'homme qui représentait à ses yeux le monde entier et qu'elle pouvait mourir. Elle lui dit que le comte de Bauvan lui avait promis son nom et sa fortune pour la remercier de l'avoir sauvé. Elle reprocha au marquis de n'avoir pas fait la même proposition. Elle lui demanda une dernière preuve de son affection. Elle lui demanda de tout préparer pour leur départ et s'il l'emmenait à Fougères il il saurait bien qu'elle l'aimait.

Elle lui proposa de danser avec elle. L'assemblée laissa échapper un murmure d'admiration en voyant les deux amants danser. Mme du Gua ordonna au comte d'aller chercher Pille-niche.

Quelques moments plus tard, le marquis emmena Mlle de Verneuil dans sa berline. À la première montagne, les deux amants descendirent de voiture et gravir à pied la colline, comme en souvenir de leur première rencontre. Arrivés au sommet, Mlle de Verneuil dit au marquis de ne pas aller plus avant car son pouvoir ne le sauverait plus des Bleus aujourd'hui.

Mlle de Verneuil dit au marquis que tout ce qu'il avait soupçonné sur elle était vrai. Elle était vraiment la fille du duc de Verneuil mais sa fille naturelle. Sa mère, une demoiselle de Casteran, expia sa faute par 15 années de larmes et devint religieuse pour échapper aux tortures qu'on lui préparait dans sa famille. Sur son lit de mort, elle implora pour sa fille l'homme qui l'avait abandonnée. Le duc accueillit donc Marie avec plaisir et la reconnut. Elle fut introduite dans la société de son père dans laquelle on enseignait un mépris spirituellement formulé pour tout ce qui était religieux. La vie que Mlle de Verneuil avait menée alors eut pour résultat d'établir une lutte perpétuelle entre les sentiments naturels et les habitudes vicieuses qu'elle y  avait contractées. Quelques gens supérieurs s'étaient plu à développer en elle cette liberté de penser, ce mépris de l'opinion publique qui ravissent à la femme une certaine modestie d'âme. Le duc diminua considérablement la fortune de son fils pour avantager Mlle Verneuil. Son frère attaqua le testament. Un ami de son père, le maréchal duc de Lenoncourt s'offrit de lui servir de tuteur. Elle accepta. Elle apprit que tout Paris la croyait la maîtresse de ce pauvre vieillard. Un jour, elle se trouva mariée à Danton. Elle accepta l'odieuse mission d'aller, pour 300 000 fr., se faire aimer d'un inconnu qu'elle devait livrer. C'était le marquis. Elle eut la folle simplicité de croire que l'amour qu'elle avait pour le marquis lui donnerait un baptême d'innocence. Elle lui demanda d'être digne de son avenir et de la quitter sans regret. Elle ne le livrerait jamais. Elle retournerait à Paris. Elle disparue avant que le marquis n'est eu le temps de le retenir. Mais elle revint sur ses pas et se cacha pour regarder le marquis qui paraissait accablé. Elle retrouva Francine. Hulot et Corentin vinrent voir Marie pour qu'elle fasse son rapport.

Elle leur expliqua que le Gars était plus que jamais épris de sa personne et l'avait contraint à les accompagner jusqu'aux portes de Fougères. Elle leur expliqua également qu'elle avait vu 6000 hommes à Saint-James. Mais que deviendraient ces gens sans le marquis ? Elle pensait, comme Fouché, que la tête du marquis était tout. Quand ils furent tous les deux, Corentin expliqua à Hulot que Mlle Verneuil aimait le Gars et peut-être en était-elle aimée. Corentin avait deviné que les deux amants auraient vraisemblablement un rendez-vous.

Mais Hulot résolut de contrarier Corentin en tout ce qui ne nuirait pas essentiellement aux voeux du gouvernement et de laisser à l'ennemi de la République les moyens de périr avec honneur les armes à la main.

Corentin traçait un cercle autour de Mademoiselle de Verneuil depuis cinq ans. Il pensait la tenir et avec elle il arriverait dans le gouvernement aussi haut que Fouché. Il espérait que la douleur la lui livrerait corps et âme. Galope-chopine annonça à Mlle Verneuil que le marquis serait chez lui et l'y attendrait. Corentin arriva et Mlle de Verneuil indiqua au chouan le danger que l'espion représentait. Le chouan prétendit alors qu'il était venu pour vendre du beurre. Corentin ne le crut pas. Corentin avait compris que Galope-chopine était un émissaire du marquis alors il lui demande où il habitait. Mais Mlle de Verneuil lui demanda de le laisser tranquille. Et le chouan s'en alla. Mlle Verneuil comprit une lutte secrète commençait entre elle et Corentin. Corentin lui redemanda sa main en lui certifiant qu'il arriverait à une haute position dont les honneurs la flatterait. Il prétenait qu'il l’aimait depuis cinq ans. Il lui dit que si elle épousait Montauban, il serait charmé de servir utilement la cause des Bourbons. Il serait prêt à abandonner les intérêts d'une République qui marchait à sa décadence.

Il offrit à Mlle de Verneuil ses services pour tromper la surveillance de Hulot.

Mlle Verneuil pensa que rien ne prouvait la sincérité de cet artificieux langage et elle ne se fit donc aucun scrupule de tromper son surveillant. Elle lui affirma qu'elle aimait le marquis mais n'en était pas aimée. Elle affirma qu'il lui avait donné rendez-vous et que ce rendez-vous semblait cacher quelque piège. Elle dit à Corentin que le marquis l'attendait sur la route de Mayenne dans une maison de Florigny.

La naïveté de Mlle de Verneuil était si bien jouée qu'elle trompa l'espion qui lui proposa sa protection. Elle accepta.

Il baisa les mains de sa victime et la quitta en lui faisant un salut qui n'était pas dénué de grâce. 3 heures plus tard plus tard, Mlle Verneuil qui craignait le retour de Corentin sortit furtivement par la porte Saint-Léonard et gagna le petit sentier du Nid-aux-Crocs qui conduisait dans la vallée du Nançon. Elle se rendit à la cabane de Galope-chopine. Pendant ce temps, Corentin était à la recherche du commandant. Hulot s'était déguisé et avait coupé ses cheveux et sa moustache. Ses hommes étaient également déguisés en chouans. Il apprit que les chouans étaient déjà à Florigny. Alors il dit au commandant que le marquis n'était pas un Florigny et lui demanda de garder avec lui quelques-uns de ses contre-chouans.

Hulot donna l'ordre du départ à son bataillon. Ils marchèrent silencieusement le long du faubourg étroit menant à la route de Mayenne. Mais il reste sur la petite place avec Gudin et une vingtaine des plus adroits jeunes gens de la ville en attendant Corentin. Francine apprit elle-même le départ de Mlle Verneuil à cet espion sagace dont tous les soupçons se changèrent en certitude. Les soldats de garde au poste Saint-Léonard instruisirent Corentin du passage de Mlle Verneuil par le Nid-aux-Crocs. Corentin courut pour rejoindre Marie. Corentin devina alors à peu près le lieu du rendez-vous des deux amants. Puis il courut sur la place au moment où Hulot allait rejoindre ses troupes. Il informa le militaire. Hulot comprit que les brigands faisaient une fausse attaque. Il ordonna à Gudin d'avertir le capitaine Lebrun qu'il pourrait se passer de lui à Florigny. À son retour, Gudin trouva la petite troupe d'Hulot augmentée de quelques soldats. Hulot lui ordonna de se diriger par la porte Saint-Léonard pour aller jusqu'à la cabane de Galope-chopine. Puis il se mit lui-même à la tête du reste de la troupe et sortit par la porte Saint-Sulpice.

Corentin se rendit promptement sur la promenade pour mieux saisir l'ensemble des dispositions militaires de Hulot. Les deux troupes se déployaient sur deux lignes parallèles. Corentin s'est dit que si Marie avait livré le marquis, il aurait pu s'unir à elle par le plus fort des liens mais il se promit qu'elle serait à lui.

Gudin tomba sur des faux chouans mais il s'en rendit compte avant de commettre un massacre. Il leur ordonna de se replier sur les rochers de Saint-Sulpice. Il lui expliqua qu'il pourrait reconnaître les contre-chouans à leurs cravates roulées en corde sans noeud.

Puis Gudin se dirigea vers la maison de Galope-chopine. Hulot aperçut une jeune femme d'une trentaine d'années accompagnée d'un petit garçon. Il lui demanda où était le Gars. Vingt contre-chouans rejoignirent Hulot. Mais la jeune femme jeta un regard de défiance sur la troupe. Elle leur conseilla de retourner sur leurs pas. Elle leur demanda de quelle paroisse ils étaient en alors les contre chouans répondirent qu'ils étaient de Saint-Georges. Rassurée la femme les guida vers Galope-chopine et leur expliqua qu'il était chargé de faire le guet pour avertir le Gars. Elle entendit le juron si peu catholique du soi-disant chouan qui commandait la troupe et se mit à pâlir. Alors elle envoya son enfant prévenir Galope-chopine qui était son père.

Mlle Verneuil n'avait rencontré sur sa route aucun des partis Bleus ou chouans qui se pourchassaient les uns les autres. En apercevant une colonne bleuâtre s'élevant du tuyau à demi détruit de la cheminée de la maison de Galope-chopine, son coeur éprouva de violentes palpitations. Galope-chopine l'accueillit. Puis il s'en alla sur le sentier. Mlle Verneuil sentit qu'il y avait du malheur dans l'air. Elle vit un jeune homme sautant les barrières comme un écureuil et courant avec une étonnante rapidité. Le Gars était simplement vêtu comme un chouan. Tous deux se trouvèrent sans voix et craignirent de se regarder. Une même espérance unissait leur pensée. C'était une volupté.

Elle dit au marquis que tant qu'elle resterait à Fougères sa vie était compromise. Elle partirait donc le soir même. Il voulait la suivre. Son amour pour elle était sans bornes et il lui semblait qu'il ne pouvait plus se passer d'elle. Elle lui répondit qu'une maîtresse était la seule femme qui soit sur des sentiments qu'un homme lui témoignait. Elle ne voulait pas faire son malheur et lui interdisait de la suivre. Alors il lui tendit les bras et elle tomba mollement sur le sein du marquis. Elle entendit un bruit dehors. C'était Beau-pied. Elle lui fit un signe que le soldat comprit à merveille. Le pauvre garçon tourna brusquement sur ses talents en feignant de n'avoir rien vu. Puis Mlle Verneuil rentra dans le salon en invitant le marquis à garder le plus profond silence. Elle lui annonça que les Bleus étaient arrivés. Alors il la saisit froide et sans défense et cueillit sur ses lèvres un baiser plein d'horreur et de plaisir car il pouvait être à la fois le premier et le dernier. Puis ils allèrent ensemble sur le seuil de la porte. Le marquis aperçut Gudin. Hulot commandait sa troupe. Mlle Verneuil jeta un cri de désespoir car elle entendait les trépignements des trois détachements réunis autour de la maison. Le marquis lui demanda de sortir la première pour le préserver. Elle accepta. Le marquis arma son tromblon. Il se jeta devant les Bleus et se fit un passage au milieu d’eux. Il se mit à courir dans les champs. Hulot ordonna de tirer. Mais c'était déjà trop tard. Puis une vingtaine de chouans se montrèrent. Les contre-chouans mêlés aux Bleus dirigés par Hulot vinrent soutenir Gudin. Gaudin se lance à la poursuite du marquis. Les chouans gagnèrent le chemin qui longeait le champ dans l'enceinte duquel cette scène eut lieu et s'emparèrent des hauteurs que Hulot avait commis la faute d'abandonner. Le marquis sauvé, les chouans et les Bleus reconnurent mutuellement la force de leurs positions respectives et l'inutilité de la lutte en sorte que chacun ne songea plus qu'à se retirer. Après la bataille, Hulot ordonna à ses soldats de laisser les haillons de leurs ennemis. Gudin reconnut son oncle parmi les victimes et jeta un cri étouffé. La troupe de Bleus se mit en route.

La femme et le fils de Galope-chopine rentrèrent chez eux dans la nuit. Barbette était inquiète car son mari n'était pas là. L'enfant comprit qu'on s'était battu dans la pièce qui dépendait de la Béraudière alors Barbette lui demanda d'aller voir. L'enfant ne trouva pas son père dans le monceau de cadavres. Le lendemain, Galope-chopine revint chez lui. Sa femme poussa un cri de joie. Elle lui apprit que les bleus et les contre-chouans étaient venus. Galope-chopine ne comprenait pas comment ils avaient pu savoir que le marquis était chez lui. Barbette dut lui expliquer qu'elle avait été dupée par les contre-chouans. Galope-chopine frappa violemment sa femme pour la punir. En se relevant, elle lui demanda si Marche-à-terre serait mis au courant. Galope-chopine pensait que le marquis chercherait à savoir d'où venait la trahison. Mais Marche-à-terre était à Florigny. Barbette respira plus librement. Galope-chopine expliqua à sa femme que le lendemain il faudrait amasser des fagots sur les rochers de Saint-Sulpice pour y mettre le feu car c'était le signal convenu entre le marquis et le vieux recteur de Saint-Georges pour que celui-ci dise une messe. Le marquis comptait donc se rendre à Fougères. Le lendemain, Galope-chopine s'acquitta des commissions que le marquis lui avait confiées. Il rencontra Pille-miche et marche-à-terre. Il les invita chez lui. Ils mangèrent. Puis Marche-à-terre ordonna à Galope-chopine d'apporter son couperet. Il lui dit qu'il était jugé. Galope-chopine prétendit n'avoir rien dit. Mais il avoua que sa femme avait été dupée par les contre chouans. Galope-chopine demanda qu'adviendrait-il de son fils et Marche-à-terre promit de s'en occuper. Galope-chopine demanda à se confesser avant de mourir. Pille-miche demanda à Galope-chopine de lui confier tous ses péchés. Après quoi, il pourrait les répéter un prêtre qui lui donnerait l'absolution. Galope-chopine obtint quelque répit par sa manière d'accuser ses péchés. Après quoi, il fut exécuté. Sa tête fut pendue à un clou dans le grossier chambranle de la porte. Après cela, les deux chouans s'en allèrent au bout du champ en sifflant l'air de la ballade du Capitaine.

En rentrant chez elle, Barbette réprima un cri en voyant la tête de son mari. Elle annonça à son fils qu'il n'avait plus ni père ni mère. L'enfant poussa un cri en voyant la tête clouée. Le corps de Galope-chopine avait été couché sur un banc. Un de ses souliers était tombé sous son cou de manière à se remplir de sang. Barbette demanda à son fils de mettre son pied dedans. Elle lui demanda de toujours se souvenir du soulier de son père et de tuer les chouans. Elle décida de vouer son fils aux Bleus. Il deviendrait soldat pour venger son père.

Puis elle emmena son fils à Fougères. Quand ils arrivèrent sur le sommet du rocher de Saint-Sulpice, Barbette attisa le feu des fagots. Au même moment, Mlle Verneuil avait les yeux attachés sur cette roche dans l'attente du signal annoncé par le marquis. Mais le brouillard l'empêchait de voir le paysage. Elle avait la certitude d'être aimée. Elle se voyait marquise agissant dans la sphère qui lui était propre. La vertu devenait pour elle une nouvelle séduction.

Francine n'arrivait pas à y croire tant que ce ne serait pas fait. Elle prépara sa chambre dans l'attente du marquis. 20 fois, elle souleva le rideau, en espérant voir une colonne de fumée s'élever au-dessus des rochers.

Au même moment, Barbette montra à Corentin la fumée au-dessus des rochers de Saint-Sulpice et en expliqua le sens.

Hulot lui demanda pourquoi elle trahissait son parti. Alors elle lui expliqua ce qu'il était advenu de son mari. Elle demande à Hulot de prendre son fils pour qu'il puisse tuer beaucoup de chouans. Elle lui donna 200 écus pour l'éducation de son enfant. Hulot préférait que Babette concerne l'argent. Mais elle répondit qu'elle n'avait plus besoin de rien. Elle embrassa son enfant avec une sombre expression de douleur. Puis elle disparut.

Corentin déconseilla à Hulot de faire cerner la maison de Mlle de Verneuil. Cela risquait de donner l'éveil au marquis. Hulot ne tint pas compte de ce conseil. Puis Corentin s'en alla par l'escalier qui regagnait la porte Saint-Léonard. Hulot pensait que Corentin lui livrerait le citoyen Montauran pieds et poings liés et il se trouverait embêté d'un conseil de guerre à présider. Mais après tout, Hulot trouverait là l'occasion de venger Gérard.

Chez elle, Mlle Verneuil était arrivée au dénouement du drame qu'elle était venue chercher. Elle faisait passer devant elle les scènes d'amour et de colère qui avaient si puissamment animé sa vie pendant les 10 jours écoulés depuis sa première rencontre avec le marquis.

Elle entendit le bruit d'un pas d'homme et elle tressaillit. C'était Corentin. Il la traita de petite tricheuse en riant. Il l'invita à regarder la colonne de fumée et lui expliqua que c'était le signal de l'arrivée du marquis à Fougères. Corentin admira l'arrangement de la chambre et comprit pourquoi Mlle de Verneuil attendait le marquis. Ce n'était sûrement pas pour le livrer. Mlle de Verneuil pâlit en voyant la mort du marquis écrite dans les yeux de ce tigre à face humaine. Elle se jeta à ses pieds pour le supplier de sauver le marquis. Alors il lui demanda à quelle heure devait venir le marquis. Mlle de Verneuil n'en savait rien.

Corentin avait pour principe de ne jamais croire un mot de ce que disaient les femmes. C'était pour lui le moyen de ne pas être leur dupe. Il cherchait aussi si les femmes n'avaient pas quelque intérêt à faire le contraire de ce qu'elles avaient dit et se conduire en sens inverse des actions dont elles voulaient bien confier le secret. Alors Mlle de Verneuil lui proposa 300 000 fr. pour que Corentin mette le marquis en sûreté. Elle ajouta que le marquis pourrait lui offrir davantage pour sa rançon. En échange Corentin devait prouver qu'il avait les moyens de garantir le marquis de tout danger.

Il lui demanda de promettre de le dédommager de tout ce qu'il perdrait en la servant et en échange il endormirait Hulot pour que le marquis soit libre. Alors elle fit le serment sur sa mère de dédommager Corentin.

Corentin s'en alla en se disant qu'il ne pourrait obtenir cette femme quand la plongeant dans un bourbier. Mais il n'osait prendre une résolution. Corentin croisa le fils de Galope-chopine. Il lui demanda s'il connaissait le Gars. L'enfant le connaissait. Alors Corentin lui promit des gros sous s'il lui obéissait. Corentin savait que Mlle de Verneuil ne connaissait pas l'écriture du marquis. Il avait donc l'intention de lui tendre un piège. Pour assurer le succès de sa ruse, Corentin avait besoin de Hulot.

Francine et Mlle de Verneuil entendirent une détonation violente produite par la décharge d'une douzaine de fusils. Un caporal se présenta chez Mlle de Verneuil. Il lui donna des lettres qui venaient de la part du commandant Hulot. Hulot annonçait que ses contre-chouans venaient de s'emparer d'un des messagers du Gars qui venait d'être fusillé. Il y avait également un billet du marquis adressé à Mme du Gua. Dans ce billet, le marquis annonçait qu'il ne retournerait pas à la Vivetière et qu'il songeait s'en aller en Angleterre avec Mme du Gua. Marie se sentit trahie. Elle alla au poste de la porte Saint-Léonard. Après quoi, Corentin entra. Il demanda où était partie Mlle de Verneuil et Francine lui répondit qu'elle était partie se livrer. Corentin s'en alla après avoir emporté la lettre. Le fils de Galope-chopine indiqua à Corentin où était partie Mlle de Verneuil. Au même moment, quatre hommes déguisés entrèrent chez Mlle de Verneuil sans avoir été vus par Corentin.

Corentin ordonna à l'enfant de retourner à son poste. Puis il retrouvera Mlle de Verneuil au poste Saint-Léonard. Elle s'adresse à Hulot en lui demandant de prendre des mesures pour que le gars ne puisse pas s'échapper. Elle lui demanda de lui donner un homme sur qui avertirait le commandant de l'arrivée du marquis. Corentin pensait qu'un soldat effarouchait le marquis. Mais un enfant inspirerait de défiance. Mlle de Verneuil avait l'intention de faire sortir le marquis de sa maison et elle voulait donc qu'un soldat surveille celle-ci. Hulot décida d'envoyer Gudin avec 10 hommes.. Gudin devrait s'arranger pour que le marquis ne le voie pas avec ses hommes. Hulot promit à Gudin que s'il arrivait à tuer le marquis il le nommerait lieutenant. Corentin demanda tout bas à Mlle de Verneuil si elle savait ce qu'elle faisait. Elle lui répondit pas. Elle demande à Hulot de placer également des hommes près des maisons qui étaient près de la sienne. Hulot pensait que Mlle de Verneuil était enragée. Elle retourna chez elle. Corentin la suivit. Il la rattrapa et lui conseilla d'emmener avec elle le fils de Galope-chopine qui servirait d'émissaire quand le marquis arriverait. Après quoi, Corentin se rendit sur la Promenade. La nuit arriva et Corentin éprouvait le martyre de trois passions terribles : l'amour, l'avarice, l'ambition. Tout était devenu solennel, les hommes et la nature. Pille-miche disputait avec marche-à-terre. Pille-miche comptait retirer un fier butin mais marche-à-terre le sermonna car les chouans étaient présents pour sauver le Gars et pas pour autre chose. Minuit sonna. Marche-à-terre avait entrevu Corentin. Corentin entendit un bruit très distinct à l'autre extrémité de la Promenade. Il aperçut une femme. C'était la prétendue mère un du marquis. Il lui conseilla d'aller vers la gauche si elle ne voulait pas être fusillée. Alors Mme du Gua se dirigea vers La Tour du Papegaut. Corentin la suivit de loin avec une adresse diabolique.

Pendant cette fatale rencontre, Marche-à-terre avait guidé les chouans jusqu'à Mme du Gua. Elle s'adressa à lui pour lui conseiller de trouver une échelle dans la maison qui se trouvait à six pieds au-dessous du fumier. À l'aide de celle-ci il pourrait monter dans un cabinet de toilette attenante à la chambre à coucher de la maison de Mlle de Verneuil.

Elle lui donna l'ordre de poignarder Mlle de Verneuil si elle avait le malheur de suivre le marquis. Corentin aperçut des chouans et alla sur-le-champ au poste de la porte Saint-Léonard. Il alerta Hulot de la présence des chouans. Hulot se rendit sur la Promenade et Corentin lui montra dans l'ombre la singulière position occupée par les chouans. Hulot prit des précautions militaires sévères afin de saisir les chouans commandés par Marche-à-terre.

La maison de Mlle de Verneuil était devenue le centre d'une petite armée. Corentin avait deviné que le marquis s'était réfugié dans la tour du Papegaut. Corentin ordonna à Hulot de s'y rendre mais Hulot refusa. Il était indigné de recevoir des ordres d'un être qu'il trouvait si méprisable. Le fils de Galope-chopine vint leur annoncer que le Gars était en route. Hulot ordonna à ses hommes de se rendre à la tour. Mlle de Verneuil avait tout ordonné pour que le marquis ne put échapper à sa vengeance. Mais quand elle vit sa maison soigneusement entourée par des soldats, une lueur soudaine brilla dans son âme. Elle pensa qu'elle venait de commettre un crime. Francine lui annonça que le marquis était arrivé. Mlle de Verneuil demanda à Francine d'emmener le petit garçon en prenant bien garde qu'il ne s'évade pas.

Le marquis l'attendait devant la cheminée. Abattue par la violence de ses sentiments, elle tomba sur le sofa qui se trouvait auprès de la cheminée. Il se mit à genoux devant elle et lui prenant les deux mains il les couvrit de baisers. Elle le repoussa violemment et se leva. Elle sauta vivement sur le poignard qui se trouvait auprès d'un vase de fleurs et menaça le marquis. Puis elle jeta l'arme n'estimant pas assez le marquis pour le tuer. Alors elle mentionna la lettre et le marquis fut surpris. Il pensa que c'était un piège tendu par Mme du Gua. Mlle de Verneuil voulut lui montrer la lettre mais ne la retrouva pas. Alors elle appela Francine qui avait vu Corentin emporter la lettre. Marie comprit que cette lettre était l'oeuvre de Corentin.

Elle se mit à pleurer. Alors le marquis le pressa contre son coeur. Elle se laissa prendre par la main et conduire jusque sur le seuil de la porte. Elle aperçut au fond du salon un autel dressé à la hâte pendant son absence. Un prêtre les attendait. Le comte de Bauvan et le baron du Guénic seraient les témoins. Mlle de Verneuil demanda à rester seul avec le prêtre. Elle demanda à Dieu de faire un miracle ou de prendre sa vie. Après quoi elle se maria avec le marquis. Après quoi, Marie alarme devança son domestiqué Jérémie et laissa le marquis dîner seul. Puis revenant, elle demanda au prêtre, au baron et au comte de rester chez elle pour la nuit en raison du danger qu'il y avait à sortir de Fougères. Marie et son mari goûtèrent les plaisirs de la nuit conjugale. Mais Marie quitta le lit en annonçant au marquis qu'elle l'avait conduit à la mort.

Elle l'amena près de la fenêtre et lui montra du doigt sur la place une vingtaine de soldats. Malgré tout, il lui dit qu'il l'aimait toujours. Francine vint leur annoncer que Pierre était arrivé.

La marquise et Francine revêtirent Montauran d'un costume de chouan. Francine conduisit le marquis dans le cabinet de toilette. Francine avait confectionné une corde avec des draps. Mais une grosse figure noire remplit l'ovale de l'oeil-de-boeuf. Le marquis jeta un cri en reconnaissant sa femme avec ses propres habits. Il voulut la retenir mais elle s'arracha brusquement de ses bras. Hulot ordonna à ses hommes de tirer. Corentin envoya le fils de Galope-chopine chercher des torches. Mais Hulot et Corentin se doutaient d'un subterfuge. Le caporal de Hulot lui annonça que le marquis avait tenté de fuir et avait été abattu. Mais c'était Mlle de Verneuil que le factionnaire de la porte Saint-Léonard avait embrochée avec sa baïonnette. Le marquis, quant à lui, avait reçu des balles dans les cuisses et les bras. Il fut déposé sur le lit de camp auprès de sa femme. Il trouva la force de lui prendre la main par un geste convulsif. La mourante tourna péniblement la tête, reconnut son mari, et murmura ces paroles d'une voix presque éteinte : « un jour sans lendemain ! Dieu m'a trop bien exaucée »

Le marquis demanda à Hulot d'annoncer sa mort à son jeune frère qui se trouvait à Londres. Puis Hulot ordonna à Corentin de ficher le camp.

 

Avertissement du Gars.

Cet avertissement, véritable avant-propos à la Comédie humaine avant la lettre, n'avait pas été retenu par Balzac pour la publication. C'est un autoportrait de Balzac à 29 ans.

Dans cet avertissement, Balzac affirme qu'il est pour les tableaux signés, la littérature est une arène où l'on ne veut plus de visières baissées. Balzac se présente sous le pseudonyme de Victor Morillon. Il révèle son goût immodéré pour la lecture et la méditation. Grâce à son imagination fantasmagorique, Balzac séduisit un vieux professeur du collège de Vendôme.

M. Buet, le professeur, engagea Balzac à venir au collège de Vendôme. On créa pour lui une chaire de langues orientales au collège et il put se livrer, sans de grands dérangements, à son amour immodéré pour l'étude et la contemplation.

Un roman de Sir Walter Scott tomba entre les mains de Balzac et il demeura ravi de cette composition dans le secret de laquelle il entra pleinement. Il s'en inspira pour peindre les costumes des seigneurs, dessiner l'université, les bourgeois, les soudards, les gens d'église, les usages et les monuments de Paris, sa populace et ses libertés avec des couleurs si vives que son professeur l'engagea à lire les oeuvres de Sir Walter Scott pour marcher sur ses traces et se pénétrer de la poétique et des règles de ce genre de composition. Alors Balzac se mit à écrire ses rêves.

Balzac ne voulait pas prendre en compte les critiques sur son projet de Comédie humaine. Il écrit :

un homme qui travaille consciencieusement à mettre l'histoire de son pays entre les mains de tout le monde, à la rendre populaire par l'intérêt de la composition secondaire, à inspirer le goût des études historiques par l'attrait de livres qui satisferont, avant tout, au besoin renaissant qu'a créé la civilisation actuelle, de nourrir l'esprit comme on nourrit le corps, un homme qui essaye de servir à cette faim des mets plus substantiels, qui tente de présenter à ces imaginations lassées du mauvais, des tableaux de genre où l'histoire nationale soit peinte dans les faits ignorés de nos moeurs et de nos usages, de rendre sensibles et familiers à toutes les intelligences les contrecoups que ressentaient les populations entières des discordes royales, des débats de la féodalité, ou de vengeance populaire ; d'offrir les résultats d'institutions de lois érigées au profit d'intérêts particuliers, de besoins éphémères ou des systèmes royal et féodal aux prises, un homme qui tâche de configurer les rois par les peuples, les peuples par certaines figures plus fortement empreintes de leur esprit ; de dessiner les immenses détails de la vie des siècles, de donner une idée des oscillations produites par le fanatisme des religions amplifiées, de ne plus faire enfin, de l'histoire un charnier, une gazette, un état civil de la nation, un squelette chronologique, cet homme-là, doit marcher longtemps sans s'embarrasser des criailleries jusqu'à ce qu'il ait été compris.

Balzac pensait que l'histoire tragi-comique entreprise par lui, était assez vaste pour imposer le respect, assez noble dans son but pour n'être pas injuriée.

Les deux rêves.

Bodard de Saint-James, trésorier de la marine, était en 1786, celui des financiers de Paris dont le luxe excitait l'attention de la ville.

Il possédait le magnifique hôtel de la place Vendôme. Il fit une faillite de 14 millions. Il mourut dans un grenier. Mme de Saint-James avait pour ambition de ne recevoir chez elle que des gens de qualité. Elle avait réussi à obtenir les bontés et l'attention de quelques membres de la famille de Rohan. Un jour, elle reçut un avocat et un homme qui se faisait passer pour chirurgien. Le narrateur avait rencontré chez Mme de Saint-James le contrôleur général, M. de Calonne et Beaumarchais.

Le narrateur trouva que le souper commençait à être ennuyeux à mourir. Il décida de s'amuser en se moquant de l'avocat. M. de Calonne sourit à son projet. Mme de Saint-James avait placé la conversation sur le chapitre des merveilleux soupers du comte de Cagliostro chez le cardinal de Rohan. Elle prétendit avoir vu la reine Cléopâtre à cette occasion. L'avocat répondit que lui avait pu parler à Catherine de Médicis. Alors Calonne lui demanda comment était là feue reine. L'avocat répondit qu'il pouvait jurer que cette femme ressemblait autant à Catherine de Médicis que si elle avait été sa soeur. Il avait été confondu. Cette confidence éveilla une excessive curiosité chez tous les convives. L'avocat, en apparence froid et compassé, semblait contenir en lui-même un foyer secret dont la flamme agissait sur les convives. Après le souper, l'avocat avait revu Catherine de Médicis dans sa chambre. Elle s'était penchée sur lui. Il avait dit à la reine qu'elle avait commis un bien grand crime. Celui de la Saint-Barthélemy. Elle lui répondit que ce n'était pas un crime mais juste un malheur. Elle avait trouvé l'entreprise mal conduite car les ordres avaient été mal exécutés. Si le 25 août il n'était pas resté l'ombre d'un huguenot en France, Catherine de Médicis serait demeurée jusque dans la postérité la plus reculée comme une belle image de la Providence. L'avocat avait perçu Catherine de Médicis comme un mauvais génie et il lui avait semblé qu'elle voulait pénétrer dans sa conscience pour s'y reposer. Catherine de Médicis prétendit n'avoir sur la conscience que deux têtes tranchées. Elle avait condamné les huguenots sans pitié car ils étaient, selon elle, l'orange pourrie de sa corbeille. Elle pensait que pour que son pouvoir persiste, il fallait dans l'État un seul Dieu, une seule foi, un seul maître. Alors l'avocat lui avait demandé pourquoi, au lieu d'ordonner cet horrible assassinat, elle n'avait pas employé les vastes ressources de sa politique à donner aux protestants les sages institutions qui rendirent le règne de Henri IV si paisible. Elle répondit qu'Henri IV avait commis deux fautes irréparables : il ne devait pas abjurer le protestantisme ni laisser la France catholique après l'être devenu lui-même. Il ne pouvait pas laisser dans un gouvernement deux principes ennemis sans que rien les balance. Catherine de Médicis pensait qu’en appelant l'attention de tous les bourgeois sur les abus de l'église romaine, Luther et Calvin avaient fait naître en Europe un esprit d'investigation qui devait amener les peuples à vouloir tout examiner. L'examen conduit au doute. Au lieu d'une foi nécessaire aux sociétés, ils avaient traîné après eux et dans le lointain une philosophie curieuse, armée de marteaux et avide de ruines. L'avocat lui demanda si le protestantisme aurait eu le droit de raisonner comme elle. Et Catherine de Médicis avait disparu.

Beaumarchais demanda au chirurgien si lui aussi avait rêvé d'une reine. Le chirurgien répondit qu'il avait rêvé d'un peuple. Il devait opérer un de ses patients et il avait rêvé que tout un peuple se trouvait dans le corps de cet homme et les autres dans sa pensée. Le chirurgien avait compris qu'il existait deux univers, l'univers visible et l'univers invisible et que la terre avait, comme l'homme, un corps et une âme. Le chirurgien abattit un millier d'êtres en opérant son patient. Le patient, épouvanté, voulait interrompre l'opération en entendant les cris de ces animalcules. Le chirurgien lui répondit que des animaux malfaisants lui rongeaient déjà les os. Le patient fit un mouvement de résistance et le bistouri dérapa. Après le souper, le narrateur entier à Beaumarchais que la province recélait encore de bonnes gens qui prenaient au sérieux les théories politiques et l'histoire de France. C'était un levain qui fermenterait. L'avocat était Robespierre et le chirurgien était Marat.

 

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03 novembre 2020

Life is so good (George Dawson et Richard Glaubman).

george

 

George avait toujours travaillé dès l'âge de quatre ans pour aider sa famille. Un jour, son père l’emmena à la ville pour lui acheter des bonbons. C'était très inhabituel pour lui de passer une journée seul avec son père et tous les deux n'avaient jamais beaucoup de temps pour parler. Son père devait emmener deux tonneaux de sirop de canne à la ville. Il emmena son fils avec lui sur le chariot. Le père subvenait bien aux besoins de sa famille et il n'était solide. Il espérait pouvoir régler toutes ces dettes grâce au sirop de canne. George aimait bien quand son père lui parlait comme à un homme. Ils arrivèrent à Marshall et l'enfant pensait que c'était le plus grand et le plus bel endroit du monde. L'enfant avait un faible pour l'épicerie bazar mais il aimait bien aussi longer l'écurie de louage. On était en 1908 et l'enfant n'avait encore jamais vu de voiture. Le café et le coiffeur étaient réservés aux blancs. Mais George était copain avec un garçon qui travaillait au café et avec d'autres qui ciraient les chaussures chez le coiffeur. Dans l'épicerie bazar, le père de Georges dit à son fils qu'il était capable de faire le travail d'un homme et tout lui sembla possible. George choisit une pastille de menthe et il y eut soudain un brouhaha dans la rue. C'étaient des Blancs et des Noirs au coude à coude dans une foule. Six hommes avaient saisi Peter par les bras. Peter jurait qu'il était innocent. Il était accusé d'avoir couché avec une femme blanche. Les gens savaient que Betty Jo avait eu une aventure avec un fils Jackson et elle était tombée enceinte. Elle savait qu'elle allait recevoir un sacrée correction par son père. Elle craignait d'avouer le nom de son petit ami parce que son père était bien capable de le tuer. Pour échapper à la correction, Betty hocha la tête quand son père lui demanda si elle avait été violée. Elle ne voulait pas avouer qui était son petit ami alors quand son père lui demanda si c'était Pete qui l'avait violée, elle hocha encore la tête. Pete avait 17 ans et il était employé à la ferme Riley. C'était un bon travailleur et il n'était pas idiot au point de lever les yeux sur une femme blanche. Pete avait offert une balle de base-ball à Georges, un an plus tôt. Il était le héros de Georges car il était un bon joueur de base-ball. Pete fut envoyé chez le shérif. George avait entendu que le shérif chevauchait la nuit avec le Ku Klux Klan lorsque ces gens-là faisaient des virées  dans les quartiers noirs de la ville. George vit de la haine sur le visage des Blancs. Les Blancs avaient décidé de pendre Pete.

Pete regarda la corde et ses cris devinrent des supplications. En se débattant, Pete frappa un fermier qui s'appelait Norris. Alors Norris lui planta son poing si violemment dans l'estomac que Pete s'affaissa sur lui-même. Le shérif tira un coup de feu et la colère de Norris sembla disparaître. Pete suivait les mouvements du shérif et Georges put lire un espoir dans ses yeux. Le shérif s'adressa à Norris comme s'il n'était qu'un chien qui ferait mieux de retourner à sa niche. La plupart des habitants considéraient Norris comme un paresseux et un pauvre type.

Le shérif adressa un signe de tête à la demi-douzaine d'hommes rassemblés devant le chariot et s'en retourna vers la foule. C'était comme s'il avait administré le coup de grâce à Pete. Il hurla son innocence et Georges enfouit son visage contre la poitrine de son père.

Pete fut pendu. La foule se dispersa en silence. Lors du voyage de retour. George sut que le regard de Pete l'accompagnerait jusqu'à la fin de ses jours. Lorsque les Blancs lynchaient quelqu'un, il laissait le cadavre exposé un moment pour effrayer les Noirs.

Pendant la moitié du chemin, Georges n'avait pas voulu voir le monde qui l'entourait. Il s'en fichait. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Il avait travaillé pour des Blancs qui l'avaient toujours payé mais après ce qu'il venait de voir, Georges décida que la vie avait changé. Il ne voulait plus travailler pour les Blancs. Mais son père lui ordonna de continuer à le faire. Pour lui c'était comme ça. Le temps de Pete était venu et on n'y pouvait rien. Le père de Georges expliqua à son fils que certains de ces Blancs étaient mauvais et d'autres étaient juste terrorisés. Il dit à son fils qu'il n'avait pas le droit de juger un autre être humain et de ne jamais oublier ça.

Il ne le savait pas à ce moment-là mais les paroles du père de Georges avaient donné à sa vie une direction qu'il avait toujours suivie. George et son père se mirent à pleurer puis son père lui dit qu'à présent il apprenait à devenir un adulte.

Une fois à la maison, Georges donna la pastille de menthe qu'il avait gardée dans sa poche à une de ces petites soeurs. Six mois après le lynchage, Betty Jo eut son bébé. Un petit garçon blanc. Personne ne fit aucun commentaire. George se rappelait de ce drame plus de 90 ans plus tard.

Chapitre II.

La grand-mère de George lui apprit à carder le coton. Il trouvait cela épuisant. Charity, sa grand-mère, lui racontait des histoires pour lui donner le courage de continuer. Sylvie, son arrière-grand-mère, était née en 1812 et elle avait été esclave. Elle avait parlé à Georges du jour où elle avait été libérée. Maître Lester leur avait annoncé à elle et à Charity que les confédérés avaient perdu la guerre et que selon les termes de leur défaite, Lincoln avait aboli l'esclavage. Charity se souvenait que tout le monde avait le sourire aux lèvres, même les petits. Lester leur annonça qu'il payerait ceux qui voulaient rester. Charity avait perdu son père qui s'était battu du côté des nordistes. Elle l'avait appris deux ans après la fin de la guerre par un homme qui avait été ami avec son père. Le général blanc utilisait les Noirs pour attirer l’ennemi car il ne pensait pas que les Noirs étaient capables d'être de vrais soldats. Les Noirs étaient renvoyés en terrain découvert sans fusils.

Sylvie avait demandé à Georges de ne jamais oublier que son arrière-grand-père était mort pour qu'il soit libre. Charity et Sylvie avaient eu du mal à partir et Lester leur avait réclamé 237 $. C'est un ouvrier agricole, Tom Dawson qui les avait aidées à rembourser leur dette. Tom se maria avec Charity. En 1875, la liberté de Sylvie et Charity devint réelle, 10 ans après la fin de la guerre.

Ils partirent vers le Texas près de Marshall. Comme ils étaient des esclaves affranchis, ils avaient reçu 20 ha de terre et une mule et avec les économies Sylvie avait pu acheter 20 ha supplémentaires.

Chapitre III.

Le père de Georges n'avait pas d'argent pour acheter du bois mais il rapportait des gros morceaux qu'il récupérait à la scierie où il travaillait. La famille Dawson habitait dans une petite cabane. George était né en 1898. Il était l'aîné de cinq enfants. George aimait l'hiver car la nuit était plus longue et il aimait regarder les étoiles. Le matin il partait chercher l'eau au puits. Dès l'âge de quatre ans, Georges ramassait les oeufs et travailler dur. Une fois par semaine, ses parents l'envoyaient à la ferme des Coal pour aller chercher du lait. Ses parents lui avaient appris à être respectueux avec les gens. Il jouait avec les enfants blancs. Un des enfants allait à l'école. George lui aussi avait envie d'apprendre à lire.

Chaque fois que Georges était à la ferme des Coal, leur chien, Roof, suivait les enfants partout. George aurait voulu en avoir un lui aussi mais sa mère trouvait que ce serait inutile. George se promenait avec les enfants et le chien à travers champs. Ils allaient pêcher des écrevisses dans le ruisseau. Un jour, ils réussirent à pêcher un énorme poisson-chat. Ils furent obligés de le vider sur place car il était trop énorme pour être emporté. Ils découvrirent à l'intérieur des poissons tout entiers, une grenouille et même un écureuil.

Vers l'âge de huit ans, Georges arrêta de se rendre chez les Coal car c'était vers cet âge-là que les Blancs et les Noirs cessaient de se mélanger. Le printemps suivant, Georges commença à travailler chez les MacCready.

Chapitre IV.

Georges comprit que sa mère avait raison : il n'aurait jamais le temps de s'occuper d'un chien. Il pouvait tout juste travailler et dormir. Cet automne-là, on ouvrit près de Marshall la première école pour enfants noirs. Les frères et soeurs de George allèrent donc en classe tandis que lui continuait de travailler chez les McCready. Personne ne savait lire dans la famille de Georges. Mais un soir, son petit frère Johnny se mit à lire la Bible. La mère de Georges pleura. Georges comprit que les Blancs se trompaient quand ils disaient que les Noirs étaient incapables d'apprendre à lire. À la même époque, le père de George ramena un chien à la maison. Ils l'appelèrent Devine. Il ne quitta George d'une semelle. George travaillait dur mais pas tous les jours car les McCready n'avaient pas assez d'argent pour l'employer. Le père de Georges acheta les terres de ses voisins MacKenzie qui acceptaenit de lui faire crédit. Le père de Georges trouvait que c'était des gens gentils pour accepter de vendre de la terre dans ces conditions alors qu'une banque n'aurait jamais accepté de faire le moindre crédit à des Noirs.

Les Blake, voisins de la famille de George, avaient perdu leur bétail à cause de la sécheresse. Un soir d'été, M. Blake et deux de ses hommes arrivèrent à cheval devant la maison de George. Blake avait appris que le père de Georges avait travaillé dur pour améliorer sa condition. Ces derniers temps, dans le comté, la situation des Noirs s'était dégradée. Le Klan s'était mis à brûler des croix dans les cours de certaines maisons. Georges n’entendit pas la conversation de son père avec Blake mais il pouvait les regarder. Ils bavardaient comme des personnes normales et pas comme un Noir et un Blanc. Ils riaient et parlaient beaucoup tous les deux. Ils discutèrent encore un moment et puis ils se serrèrent la main. Blake avait proposé au père de Georges d'acheter les 40 ha qu'il possédait à côté de la propriété que Mackenzie leur avait vendue. Le père de Georges pourrait fixer lui-même les conditions de paiement. Le père de Georges imaginait qu'il existait des bons et des mauvais Blancs exactement comme chez les Noirs.

La petite ferme des Dawson avait grandi. Il ne manquerait plus de travail.

Ils cultivèrent des pommes de terre et aussi du maïs.

Deux printemps après ce second achat de terre, ils purent échanger leur sirop de canne contre deux vaches laitières. George pouvait traire les vaches chaque matin avant d'aller aux champs.

Grâce aux nouvelles parcelles semées en coton, ils purent échanger au bout d'un an ou deux une partie de leur production entre quelques têtes de bétail. Mais il y eut une nouvelle sécheresse et les bêtes furent abattues. Alors le père de Georges demanda à son fils d'aller travailler chez les Little. George devrait habiter chez eux car c'était loin. George avait 12 ans il se sentait capable de faire ça.

Son père le regarda droit dans les yeux. Il déglutit avec difficulté, mais il n'ajouta rien.

Chapitre V.

Georges avait grandi à Marshall mais depuis qu'il avait quitté cette ville, il n'avait guère eu de raisons d'y retourner. La ferme existait toujours mais Georges était la seule personne encore vivante qui pouvait se souvenir d'y avoir vécu. Il avait beaucoup parlé de sa vie avec un homme qui était venu régulièrement le voir s'appelait Richard. Richard lui posait des tonnes de questions car il pensait écrire un livre sur la vie de George. Il arrivait avec son magnétophone et faisait parler Georges toute la journée.

Richard était un jeune homme blanc. Georges était impressionné par Richard car c'était quelqu'un d'érudits. Mais Georges avait quand même pu lui apprendre quelque chose comme les tripes frites et comment tuer un cochon. Beaucoup de gens étaient venus interviewer George. Ces gens voulaient savoir ce que Georges mangeait et ce qu'il faisait pour rester en bonne santé.

Georges avait toujours fait ce qu'il avait voulu il était étonné que des personnes viennent lui demander pourquoi, à 102 ans, il marchait très bien et pouvait manger ce qu'il voulait et pourquoi il avait gardé sa mémoire intacte. Un soir, Georges avait interrogé Richard à son tour. Il avait demandé pourquoi il était toujours vivant et en bonne santé et pourquoi après toutes ces années le monde entier voulait soudain entendre ce qu'il avait à dire. Richard fut incapable de lui répondre. George jouait aux dominos avec Richard et ensemble ils regardaient une émission de télévision, Jeopardy. Richard eut l'idée de retourner à Marshall pour consulter les archives du journal local. Le lendemain, Georges partit avec Richard ainsi qu'avec son fils Georges sa femme salie

Georges remarqua tout de suite que les choses avaient changé à Marshall. En entrant dans les bureaux du journal local, quelqu'un accueillit Georges en l'appelant Monsieur L'employé des archives rapporta une pile de vieux numéros dont les plus vieux dataient de 1908.

Georges se souvenait qu'au début du XXe siècle les événements semblaient toujours avoir deux versions, celle des Blancs et celle des Noirs. Il s'aperçut qu'aucune des informations que l'on venait de lui apporter ne concernait le Marshall qu'il avait connu. Il n'y avait que des Blancs sur les photos. George avait travaillé très dur pour apprendre à lire et découvrait des mensonges, rien que des mensonges dans les journaux. Il se mit à pleurer en découvrant cela.

Georges n'avait jamais vraiment parlé du Klan avec un Blanc et surveilla la réaction de douceur en regardant les journaux qui évoquaient les méfaits de ce groupe. Richard demanda si le Klan était important. Georges répondit qu'on sentait leur présence tout le temps. Le Klan pouvait se livrer aux pires exactions sans jamais être puni et même éliminer les témoins. George ne fut pas étonné que la mort de Pete ne fut pas évoquée dans les journaux. Il dit à Richard être le seul homme vivant qui connaissait la vérité sur Pete Spillman.

Richard était d'autant plus étonné que Georges ait puis vivre si longtemps. Georges pensait être un témoin de la vérité et pensait que Richard était là pour l'aider à raconter la vraie histoire avant qu'il ne s'en aille.

Georges reprit son histoire où il en était. À 12 ans, il partit travailler chez M. Little.

Le jour où le père de Georges l'emmena, Georges fit de son mieux pour cacher qu'il souffrait de s'en aller. Son père parla plus que d'habitude, juste pour qu'ils tiennent le coup tous les deux. Le père de Georges ne réussissait qu'à faire penser à son fils davantage à tout ce qui allait lui manquer. George aimait beaucoup son oncle Henry qui habitait à 1:00 de chez lui en chariot. Il allait souvent l'aider à tuer les cochons. Mais les réunions de famille ne servaient pas toujours à travailler. George allait pêcher avec son frère Johnny et ses cousins. Les Little avaient une vraie maison. Elle était grande et blanchie à la chaux. Avant de partir, le père de Georges dit à son fils qu'il ne devait jamais oublier d'où il venait. Il dit à son fils que les Blancs et les Noirs n'étaient pas faits pour se mélanger. C'était comme ça et ça ne changerait jamais. Il conseilla à son fils d'essayer de ne pas se mettre plus que sa part de problèmes sur le dos. Little les accueillit en disant au père de Georges qu'il pourrait venir chercher le salaire de son fils à la fin de chaque mois. Georges comprit qu'il serait payé 1,15 $ ou 1,50 $ par semaine. De plus, il serait nourri. Little leur présenta son fils Harold. Le père de Georges conseilla à son fils de bien se tenir et s'en alla. Harold emmena Georges vers la remise où il allait habiter. Le bâtiment était en plein soleil et n'avait aucune fenêtre. La remise était brûlante. Il n'y avait pas de meubles, excepté une plate-forme en bois avec un matelas.

Harold demanda à Georges de nettoyer l'écurie. Quand George aurait fini, il devrait se laver au puits et venir à la maison en passant par la porte de derrière.

Chapitre VI.

En 1910, Georges n'était pas concerné par la question du vote il ne savait rien de ce qui s'est passé aux États-Unis. À cette époque, dans tous les Etats du Sud, les Noirs furent soumis à un système dégradant de ségrégation totale. Les lois Jim Crow obligèrent les Noirs à utiliser des toilettes, des fontaines, des restaurants, des salles d'attente, des piscines, des bibliothèques et des sièges d'autobus séparés. Tout le temps où Georges était resté chez les Little, il fut obligé d'entrer dans leur maison par la porte de derrière. Mais il était bien traité. Il était obligé de manger seule dans la cuisine pendant que les Little prenaient leur repas dans la salle à manger. George devait obéir à toute la famille même à Jacob qui était pourtant plus jeune que lui. Mais Georges se sentait seul car il devait dormir dans une toute petite remise alors que dans sa famille, il partageait son lit avec ses frères et soeurs. Georges n'avait rien à reprocher aux Little mais il aurait donné n'importe quoi pour avoir ses frères et soeurs endormis à ses côtés.

Il repensa aux petits pains de sa maman et cela le fit pleurer. Pour la première fois de sa vie il s'apitoyait sur son sort. Pour sa première nuit chez les Little, il pleura jusqu'à ce qu’il s'endorme. Le lendemain matin, la famille prenait son petit déjeuner dans la cuisine alors Georges dut s'installer au buffet pour manger. C'était la première fois de sa vie qu'il mangeait dans la même pièce que des Blancs. Il suit très attention à se tenir comme ses parents lui avaient appris. Il ne voulait surtout pas que les Little aient une mauvaise impression de lui.

M. Little expliqua à Georges ce qu'il attendait de lui. Georges comprit que son patron doutait de son intelligence. Alors il décida de lui prouver le contraire. Il devrait s'occuper de l'écurie, retendre les barbelés et remplacer les poteaux qui pourrissaient. Il devait aussi traire les vaches et ramasser les oeufs.

Il avait l'impression qu'on lui confiait les travaux dont personne d'autre ne voulait. Mais il faisait toujours de son mieux et ne donner assez employer aucune raison de se plaindre. Il avait davantage de vaches chaque jour et il était capable de se débrouiller tout seul et son patron s'en rendit compte. Il commença à avoir confiance en lui et à ne plus le surveiller comme au début. Dans la famille de George, il n'y avait qu'un mulet. C'était nouveau pour lui de s'occuper des chevaux. Il découvrit qu'on pouvait communiquer avec un cheval et se faire comprendre de lui si on le traitait bien. Il était content que les chevaux le reconnaissent et l'écoutent. Les chevaux avaient l'air content de sa présence. Au moment des récoltes, on utilisait les chevaux pour tirer les chariots chargés de pomme de terre, de maïs ou de betterave. George avait 14 ans et il était devenu costaud. Il avait reçu une augmentation. Il était sûr de lui et de la place qu'il occupait chez les Little.

À l'époque des récoltes, toutes les écoles fermaient parce qu'on avait besoin des enfants sur les exploitations. C'était l'occasion pour Georges de travailler avec Jacob qui avait à peu près son âge. Mais Jacob n'était pas aussi fort que lui il mettait moins d'ardeur à la tâche. Mrs Little tomba malade et ce fut Ashley, sa petite fille qui s'occupa du ravitaillement. George avait toujours l'habitude que les autres soient servis pour prendre quelque chose à manger. Ça avait l'air de mettre tout le monde à l'aise. Mais Ashley lui tendit sa part alors que les autres n'avaient pas signée de manger. George était mal à l'aise mais il la remercia. George ne parlait pas beaucoup à Ashley et il y avait des années que personne ne s'était intéressé à lui. Ashley lui parlait de sa cuisine et lui demandait toujours ce qu'il voulait manger. On ne lui avait jamais posé la moindre question personnelle mais il était ravi qu'elle sollicite son avis. Il ne pouvait s'empêcher de remarquer à quel point elle était belle.

Deux ou trois fois par mois, le père de Georges venait le chercher mais Georges ne se sentait plus comme chez lui quand il rentrait à la maison. C'est à cette époque que Georges vit un avion pour la première fois de sa vie. Son oncle Henry lui expliqua qu'il avait déjà entendu parler de ces avions dans les journaux. La vie de l'oncle Henry comptait car il était capable de lire la presse. Il pensait que le monde changeait et que la vie des Noirs serait meilleure. Les dimanches après-midi, George devait retourner chez les Little. Au début, il avait eu du mal à quitter les siens, et puis il s'y était habitué. Lorsqu'Ashley venait apporter à manger, Georges avait l'impression que lorsqu'elle souriait c'était à son intention. Un jour, elle lui demanda pourquoi il ne parlait jamais. Elle croyait qu'il refusait de lui adresser la parole et il acquiesça. Il comprit qu'il l'avait blessée. Mais s'il avait dit aux autres chose à Ashley il aurait risqué des tas  d'ennuis. Le lendemain, Ashley s'en alla après avoir apporté le repas et à compter de ce jour la, cela ne changerait plus si bien Georges ne put lui dire quoi que ce soit. Il pensait que cette affaire pouvait être grave. Plus rien n'était pareil et sa mère se rendit compte. Pour la première fois de sa vie, il avait l'impression de ne plus être capable de parler à personne. Son oncle Henry lui expliqua que c'était les Blancs qui décidaient quand les Noirs avaient un problème. Mais le père de Georges pensait qu'on devait se débrouiller tout seul et que chacun pouvait s'efforcer d'éviter les problèmes. Georges décida de veiller chaque jour à se tenir à l'écart des embrouilles.

Chapitre VII

Richard Glaubman demanda à George Dawson ce qu'il pensait de la situation politique en 1914. Il lui montra un article sur l'assassinat de l'archiduc Ferdinand par un anarchiste. George ne savait rien sur cet archiduc et il ne connaissait même pas ce mot. Richard lui expliqua qu'à l'université sa matière principale était l'histoire et qu'il avait étudié la première guerre mondiale et la mort de l'archiduc dans des livres. Georges n'avait aucun souvenir de la guerre mondiale. Il répondit à Richard que les gens devaient aimer énormément ce gars-là pour que le monde entier se batte pour lui. Richard lui expliqua que c'était davantage une question d'honneur, de pouvoir et de politique. Alors Georges répondit que les Blancs étaient toujours prêts à s'entre-tuer alors que pour les Noirs il en allait autrement car ils n'avaient pas le temps de se soucier de l'honneur et n'avaient aucun pouvoir défendre. Rester en vie et avoir assez à manger, voilà ce qui comptait pour eux. C'était la seule chose dont Georges se souvenait à propos de l'année 1914. Personne ne lui avait jamais demandé son opinion mais il semblait que les États-Unis ne s'engageraient pas dans la guerre. George se rappela qu'à l'automne 1914, son père débarqua chez Little pour lui parler. En général, c'était le Blanc qui parlait et le Noir qui écoutait en hochant la tête. Mais cette fois-là, ce fut le contraire. Le père de Georges expliquait quelque chose à M. Little qui acquiesçait de temps à autre. Finalement, ils se serrèrent la main. Puis le père de Georges serra son fils très fort dans ses bras. Il lui annonça que son oncle Henry et sa tante Mary étaient décédés. Ils étaient tombés malades et étaient partis en une journée. Little félicita Georges d'avoir été un bon ouvrier et en d'autres circonstances George aurait été fier d'entendre ce genre d'éloge. George fut surtout sensible à la douceur de la voix de son patron à son égard. En cet instant, ils étaient aussi proches que possible et il n'y avait plus ni Noirs ni Blancs, juste des êtres humains qui souffraient.

Mrs Little avait les larmes aux yeux, dit au revoir à Georges en ajoutant qu'il leur manquerait. Harold tendit la main à Georges en lui disant qu'il y a toujours une place pour lui. Même le petit Johnny le serra dans ses bras très forts. Ashley s'approcha de lui et posa la main sur son bras. Elle lui offrit un panier à pique-nique qui débordait de poulet et de petits pains. Georges comprit qu'elle ne lui en voulait plus. M. Little dit au père de Georges s'il avait besoin de quelque chose il n'aurait pas le faire savoir. Alors qu'on n’était qu'au milieu du mois, M. Little annonça qu'il payerait le mois entier à Georges malgré tout. Harrison voulut refuser les Little lui expliqua que George avait travaillé deux fois plus dur que tous les ouvriers qu'il avait jamais eus. À la moitié de chaque mois, Georges avait déjà mérité la totalité d'un salaire. Alors Harrison le remercia. Les Little avaient été bons pour Georges et ils l'avaient bien traité. L'expression « braves gens » leur allait comme un gant.

Le lendemain, Georges et sa famille se rendirent au cimetière. Harrison dit à son fils que Henry et Mary étaient en paix maintenant et que leur souffrance était terminée.

Les parents de Georges se retrouvèrent d'un seul coup avec 14 enfants au lieu de cinq car ils durent s'occuper des enfants de Henry et Mary. Georges reprit son ancienne routine, les tâches matinales et le travail aux champs. George avait toujours l'espoir d'apprendre à lire mais il avait 16 ans et ce rêve s'estompait peu à peu. En plus de son travail à la ferme, George travaillait à l'extérieur pour gagner quelques dollars et acheter ce que sa famille ne pouvait pas cultiver.

Il trouva une place dans la scierie. Il ne gagnait qu'un demi dollar par semaine. Malgré tout, à cette époque, il était content de ce qu'il avait. Parfois, quand le prix du bois de construction tombait trop bas, la scierie fermait pour quelques semaines et George travaillait donc à la ferme. Sa famille utilisait la majeure partie de la viande et des peaux pour leur usage personnel. A l'automne, Georges prenait son fusil pour chasser.

En 1914, Georges fit une nouvelle découverte. Il n'avait jamais vu de voiture auparavant et il put voir une Ford T. Un jour, Georges se mit en colère contre son mulet qui ne voulait pas avancer. Il lui envoya une pierre dans l'oeil alors qu'il voulait viser la croupe. Il n'était pas fier de lui et il avait surtout peur d'avouer la chose à son père.

Mais il en parla tout de même à son père. George compris qu'il venait de décevoir son père. Il lui demanda comment il pourrait parler à son mulet à présent. Son père répondit qu'il ne le savait pas. Il faudrait que George voit ça directement avec le mulet. Alors Georges alla dans la grange pour offrir une carotte au mulet et pour le gratter la tête. Mais depuis ce jour, chaque fois que Georges se mettait à observer le mulet, il se sentait mal. Après cette histoire il se jura à lui-même de ne plus jamais s'attaquer à aucun animal et il  tint sa promesse.

Chapitre VIII.

Richard Glaubman demanda à Georges s'il se souvenait des affiches qui proclamaient : « Cassez le Kaiser ! ». Mais Georges répondit qu'il ne savait pas lire. Mais il se souvenait du défilé à Marshall. Les soldats étaient magnifiques dans leur uniforme. Il y avait des orchestres. Ç'avait été un beau spectacle. George connaissait personnellement un homme qui était parti à la guerre. Un Noir qui s'appelait Moses. Moses avait porté l'uniforme et pourtant il n'avait pas le droit de parader au Texas avec les soldats blancs. Pourtant il avait fait ça plusieurs fois en France. George lui demanda ce qui était différent en France et Moses lui raconta qu'à Paris il pouvait manger dans les restaurants qu'il voulait et que les gens le traitaient bien. Il n'y avait pas de ségrégation. Georges comprit que son ami aurait du mal à vivre à Marshall. En 1919, Georges avait 21 ans. Son père lui parla. Il lui annonça qu'à partir de maintenant, tout ce qu'il gagnerait serait pour lui. Il lui dit également que l'homme était né pour mourir. Il fallait veiller à rester dans le droit chemin. Et il conseilla à son fils de ne pas faire de bêtises et alors il serait fier de lui. George promit. Il continua de travailler pour sa famille. Avec une partie de son salaire, il offrait des patrons de robe à sa mère. Il acheter des bonbons pour ses frères et soeurs. Georges éprouva le besoin de partir du Texas. Son père compris que son fils avait le droit d'avoir envie de voir le monde. Peu de temps avant son départ, le pasteur vint voir George. Il pria pour que George continue de faire le bien et de secourir son prochain. Le lendemain matin, Harrison serra la main de son fils, d'homme à homme. Sa mère le prit dans ses bras et lui demanda de ne pas faire de bêtises. Il voulait partir seul aimé son ami L. D. Proposa de l'accompagner. George découvrit que son ami n'avait pas d'argent. Du coup, la situation serait bien différente. Ils grimpèrent clandestinement dans un train. Mais un policier ferroviaire les vit et tira. L. D. avait été atteint au genou. Quelqu'un trouva un chariot et on transporta L. D. à l'hôpital mais ce n'était pas le bon car les Noirs n'étaient pas acceptés. Il fallut en trouver un autre. Finalement, on dut lui couper la jambe. George lui rendit visite plusieurs fois, puis au bout d'une semaine il lui annonça qu'il s'en allait. La mère de Georges le supplia d'être prudent et George lui en fit la promesse. Cette fois, il s'en alla à pied. Il avait l'impression que le monde entier lui tendait les bras. Il était suffisamment malin pour éviter les ennuis. Il rencontra des hobos qui voyageaient dans les trains de marchandises et vivaient le long des rails. Si étrange que cela puisse paraître, leur pauvreté ne les empêchait pas d'être généreux. Ils offrirent un morceau de lapin à Georges. Ils apprirent à Georges que dans certaines villes les vagabonds étaient arrêtés. Certains de ces hobos étaient blancs et d'autres étaient noirs. Le Texas n'était pas riche. Vagabonder le long des voies ferrées, c'était tomber au plus bas. Georges pensait que seul leur dénuement rapprochait ces Blancs et ces Noirs. George suivait leurs discussions avec beaucoup d'intérêt. Il rencontra un hobo très âgé qui s'appelait Billy. Il était blanc. À cette époque, l'âge imposait toujours le respect. Un homme parla d'un emploi qui était dur et mal payé. George lui demanda des précisions. Il s'agissait de construire des digues. C'était le long du Mississippi, au sud de Memphis. Georges décida d'y aller. À la gare, le vendeur de billets lui répondit que les vagabonds n'étaient pas les bienvenus alors Georges montra l'argent qu'il possédait et le guichetier en fut surpris. George voulait partir tout de suite mais il n'y avait pas de train pour Memphis avant le lendemain alors il prit un autre train en direction de Texarkana. George dut monter dans un wagon réservé aux Noirs. George croisa des militaires noirs. En 1920, les soldats voyageaient toujours. Les Noirs recevaient une solde : George vit qu'un employé noir louait des oreillers. À l'époque, seuls les Noirs faisaient ce travail et ne pouvaient pas espérer mieux qu'un emploi aux chemins de fer. Le salaire était plus élevé qu'ailleurs. Dans le train, Georges fit la connaissance de Charles qui avait l'air sûr de lui, bien habillé et portait une valise. Charles connaissait Texarkana il proposa à Georges de rester avec lui. Georges voulut profiter du paysage et ne dormit pas pendant le trajet.

Chapitre IX.

Georges voulait tout voir mais il avait fini par s'endormir. Il fut réveillé brusquement à cause d'un glissement de terrain. Le train avait été arrêté. Les cheminots remirent les rails en place. George leur donna un coup de main. Il visita Texarkana avec Charles. Ils allèrent dans le quartier noir qui étaie situé le long des voies ferrées. Ils prirent leur petit déjeuner dans un café où tout le monde connaissait Charles Charles emmena Georges voir un combat de coqs. George fut impressionné par la foule excitée mais il refusa de jouer. Charles avait gagné un peu d'argent. Il proposa à Georges de l'inviter à déjeuner.

Après quoi, Charles emmena Georges voir des gens qui jouaient aux dés dans la rue. Mais les joueurs se disputèrent. Un des joueurs sortit un revolver et tua quelqu'un qui l'avait traité de tricheur. Charles et George prirent la fuite. George ne voulait pas être mêlé à ce genre d'histoire alors il se rendit à la gare. Il se promit de changer de trottoir quand il soupçonnerait qu'il y avait un problème. Il ne retourna jamais à Texarkana. Il demanda à un employé des chemins de fer s'il y avait des offres d'emploi sur les digues. L'employé le lui confirma. Mais ce n'était pas à Memphis. C'était à Chatfield et Bruins. Mais l'employé lui conseilla de ne pas y aller à cause du Ku Klux Klan. L'employé lui conseilla de sauter du train quand le train fera une halte à mi-chemin entre les deux villes.

Georges n'aurait plus qu'à suivre la route vers le sud pour trouver un chantier. Il était dans le Tennessee.

Chapitre X.

Richard montra des magazines à Georges. C'étaient des vieux numéros du National Geographic. Il y avait des articles consacrés au Mississippi. George raconta son aventure. Sur la route menant au chantier, Georges avait rencontré un homme noir qui conduisait un chariot. L'homme l'emmena au chantier. Il s'appelait Henry. Il lui présenta le contremaître qui lui demanda s'il avait déjà travaillé sur une digue. George fut obligé de reconnaître que ce n'était pas le cas. Mais il fut engagé pour 50 cents par jour. George choisit un mulet qui semblait lui manifester un peu d'intérêt. Il était euphorique car on lui avait donné un chariot et un mulet. Il trouva le travail plus dur que le coton. Le soir, il était tellement fatigué qu'il s'écroula sur sa couchette avant d'avoir pu enlever sa deuxième botte.

Georges mit deux semaines à s'habituer à son nouveau travail. Il estimait avoir mérité sa place et il se sentait comme à la maison. La partie la plus facile était de transporter la terre jusqu'à la digue. Tous les ouvriers étaient noirs, mais les contremaîtres de chaque équipe étaient blancs. Ils étaient réglos avec Georges mais ils ne parlaient pratiquement jamais avec les Noirs. La nourriture n'était pas mauvaise et elle était copieuse. Après le dîner, les ouvriers restaient dehors un moment et se rassemblaient autour du feu. Ils discutaient et certains sortaient des instruments de musique. George aimait ça. George avait bien choisi son mulet. Il veillait bien à celui-ci. George recevait sa paye le vendredi. Comme il ne savait pas lire, il ne pouvait pas savoir si le compte était juste. Néanmoins, cela lui suffisait et il ne se plaignait jamais. Il avait pu mettre de côté la quasi-totalité de son salaire. Un jour, Henry proposa à Georges d'acheter le mulet de type qui était tombé malade. George avait refusé car il trouvait que cela n'était pas bien. Le type s'appelait Jérémiah. George alla le voir. Jeremiah avait vraiment besoin de vendre son mulet. Il ne pouvait plus travailler et voulait rentrer chez lui. Alors Georges accepta de lui acheter son mulet pour 40 $ alors que Jeremiah n'en demandait que 20. Le père de Georges avait dit qu'il fallait toujours être généreux en affaires mais garder pour soi quelque chose pour quand il pleuvait. Georges n'avait gardé pour lui que 2 dollars. George traita son nouveau mulet gentiment. Néanmoins, Georges voyait bien que le mulet était vieux et souffrait. Le mulet mourut peu de temps plus tard. George et l'enterra lui-même. La disparition du mulet changea la donne. Pendant un bon moment, Georges avait possédé quelque chose qui dépendait de lui. Quelque chose dont il avait dû prendre soin. Et soudain il n'avait plus que lui-même à s'occuper. Après avoir travaillé pendant deux ans sur ce chantier, Georges décida de reprendre la route. Il partit pour Memphis. Puis il rentra dans sa famille.

Chapitre XI.

Lorsque Georges rentra à Marshall en 1923, rien n'avait changé. Il travailla le coton. Un jour, il croisa un homme blanc qui lui demanda de l'eau pour le radiateur de sa voiture. Georges accepta de lui rendre ce service mais refusa de se faire payer. L'homme blanc proposa à Georges de conduire sa voiture.

Georges n'était pas très à l'aise mais quand l'homme lui expliqua que le but était que les gens voient la voiture rouler pour pouvoir la vendre alors Georges accepta. George apprit à conduire. Mais il emboutit la voiture dans un arbre. Par chance, seul le ressort de suspension s'était tordu. Peut-être parce que c'était son idée, le Blanc ne parut pas trop en colère. En rentrant chez lui, Georges raconta son aventure à sa famille. Tout le monde fut très impressionné.

Georges était rassuré de voir que la ferme avait très bien tourné sans lui. Sa mère savait très bien qu'il ne resterait pas très longtemps. Elle avait trouvé son fils différent et elle savait qu'il devait encore trouver sa propre voie.

Elle le serra dans ses bras et lui dit qu'il était important qu'il vive sa propre vie désormais.

Georges partit deux jours plus tard. Il prit la route avec son ami Johnny. Johnny le déposa à la gare et lui conseilla d'être prudent. George promit.

Quand le chef de guerre lui demanda où il voulait partir, Georges répondit qu'il voulait partir vers le sud mais ne le croyait pas capable de partir si loin tout seul. Alors Georges répondit qu'il partait pour Brownsville après Houston. George fut surpris par la gare de Houston car elle était beaucoup plus grande que celle de Marshall. Il passa une nuit tranquille jusqu'à Brownsville. C'était la plus grande des bourgades traversées depuis Houston. Beaucoup de gens parlaient espagnol. George se débrouillait un peu avec cette langue parce qu'il avait fréquenté un certain nombre de Mexicains. Quand il voulut chercher du travail, il découvrit que tous les employés étaient mexicains. Il découvrit qu'il n'avait qu'à traverser le pont pour arriver au Mexique. Alors il traversa le pont et son coeur se mit à battre très vite car on devait passer devant un policier avec un fusil en bandoulière. Le policier lui demanda s'il ne vivait pas au Mexique et Georges répondit qu'il vivait au Texas. Le policier probablement surpris qu'un Noir puisse parler espagnol lui souhaita bonne chance. Une nouvelle surprise attendait Georges : les gens qu'il croisait le saluer d'un signe de tête ou lui disait : « Buenas tardes ». C'était la première fois que des Blancs le traitaient correctement et il ne savait pas comment réagir. Il demanda à un homme ou se trouvait la gare et l'homme l'accompagna jusqu'à celle-ci. George ne savait pas comment demander ou se trouvait la voiture réservée aux Noirs. Mais l'employé de la gare ne lui dit rien à ce sujet. Le chef de train envoya Georges vers une des voitures, à l'arrière. George fut inquiet envoyant des Blancs monter dans le même wagon que lui. Il pensait être entré par erreur dans un wagon réservé aux Blancs. Mais comme personne ne lui disait rien, il resta là où il était. Personne ne semblait beaucoup plus riche que Georges, mais tout le monde se montrait amical.

Les ouvriers mexicains voulaient engager la conversation avec Georges. Il leur expliqua qu'il voyageait pour son plaisir. Il remarqua que les enfants l'observaient en silence à cause de la couleur de sa peau. Mais c'était juste de la curiosité. Cela ne le dérangeait pas George. George visita des villages. Il fut surpris qu'il n'y ait aucune ségrégation entre les Noirs et les Blancs. Dans beaucoup de petites villes du Texas il n'y avait ni toilettes ni fontaines pour les Noirs. Et au Mexique c'était un Blanc qui lui proposait de boire dans son propre bol tout en s'excusant parce qu'il n'en avait pas d'autre à lui proposer. George se plaça dans la file d'attente en attendant son tour pour boire mais une femme le laissa passer devant tout le monde car elle était sûre que Georges était assoiffé après son voyage. Georges se sentait tout drôle mais il ne voulait pas offenser la femme alors il accepta son offre. Les autres le saluèrent alors que Georges s'attendait à ce qu'ils soient furieux. Il mangea dans un restaurant et fut rassuré en constatant que là aussi il n'y avait aucune ségrégation. Georges sympathisa avec un agriculteur mexicain qui s'appelait Jorge. Celui-ci lui expliqua qu'il y avait toujours des places dans les plantations de café pour les hommes courageux.Jorge emmena Georges dans sa famille. Il resta dans le village pour travailler aux champs. Il était agréablement surpris d'être traité partout en invité. Les gens faisaient attention à lui. Il était servi le premier. Il se sentait comme un roi. On proposa à Georges de s'installer dans le village mais il savait que le Texas était chez lui même s'il ne se sentait pas vraiment le bienvenu dans cet Etat à cause des Blancs. Georges prit le train pour aller voir l'océan. Puis, au bout d'une semaine, Georges reprit le train pour le Texas.

Chapitre XII.

De retour du Mexique, la liberté que Georges avait connue lui manquait. Il ne se sentit pas le bienvenu en retournant au Texas. Le Texas était devenu trop petit pour Georges. Dans sa famille, personne ne fut surpris de le voir repartir. Il retourna à la guerre et fut énervé que le guichetier ne le reconnaisse pas tout en lui posant le même genre de questions. Georges demanda un billet pour Chicago. C'était la principale destination vers le Nord.

L'employé lui répondit que tout ce qu'il pouvait lui proposer était un billet pour Saint-Louis alors Georges accepta. C'était mal vu pour des Noirs de prendre un aller simple pour le Nord alors Georges demanda un aller retour.

Le train traversa l'Oklahoma en roulant lentement. C'était le début de l'été et il faisait déjà très chaud. Dans cette région, les Blancs n'avaient guère plus d'avenir que les Noirs. En général, les voies de chemins de fer passaient dans les villes par les quartiers réservés aux Noirs. Le train s'arrêta pendant 2 heures à Tulsa. George engagea la conversation avec un homme qui cherchait un restaurant. Il s'appelait Arthis Smith et il était noir lui aussi. Les deux premiers restaurants qu'ils trouvèrent étaient réservés aux Blancs. Ils durent en chercher un troisième avant de pouvoir manger. Georges reprit le train. Il s'arrêta à Joplin. Mais cette fois Georges était seul alors il se rendit au comptoir pour acheter à manger. Puis, en remontant dans le train, Georges la connaissance d'une jeune femme. Il ramassa le livre qu'elle venait de faire tomber. Elle lui demanda s'il l'avait lu. Il répondit non. Mais il n'avait aucune envie d'avouer à la jeune femme qu'il ne savait pas lire. Alors elle lui raconta l'histoire. Des gens qui, dans la vie quotidienne, ne se seraient jamais adressé la parole engagaient facilement la conversation dans les trains. La jeune femme était institutrice et aller prendre son poste à Springfield dans le Missouri. George aurait voulu sympathiser davantage avec la jeune femme mais il se rendit compte que son illettrisme l'en empêchait. Lorsqu'elle descendit, Georges l'aida à porter ses bagages. Il ne la revit jamais.

George visita Saint-Louis. Il trouva un boulot. Il s'agissait de décharger des barges. Un des employés noirs, Louis, expliqua à Georges en quoi consiste le travail. Puis il l'emmena voir un match de base-ball. Ils gagnèrent tous les deux un peu d'argent en vendant de la citronnade aux spectateurs.

Chapitre XIII.

Un jour, Richard Glaubman apporta des livres à Georges. Dans le livre, on voyait des tableaux de Giorgia O'Keefe et de Edward Hopper.

Georges reprit son récit. À la gare de Saint-Louis, un employé refusa de le laisser partir pour Cleveland alors que le billet de Georges était valable pour cette ville. En réalité, Georges s'était fait avoir par l'employé de Marshall qui lui avait vendu un billet pour Saint-Louis et non pas pour Cleveland mais comme il ne savait pas lire, il n'avait pas pu s'en rendre compte. Alors Georges monta clandestinement dans un wagon de marchandises. Il rencontra deux Blancs qui eux aussi voyageaient clandestinement. D'autres passagers clandestins arrivèrent. George écoutait leurs conversations. Ils sa corde à dire que Chicago était la grande ville par excellence. Ils évoquaient également la Nouvelle-Orléans comme le royaume de la musique, du jeu et des femmes. Leurs histoires ne tombaient pas dans l'oreille d'un sourd.

Ne voulant pas arriver dans la gare et tomber sur les policiers, Georges descendit du train avant son arrivée en gare. Il se réfugia dans un camp de hobos près de la gare. Le lendemain matin, Georges partit avec un Noir nommé Larry qui vivait à la Nouvelle-Orléans depuis des années. Ils réussirent à se faire engager sur un bateau pour décharger des noix de coco.

Georges était surpris que la plupart des gens ne parlaient même pas anglais. Il y avait des gens qui parlaient français, créole ou espagnol. Larry emmena Georges chez Gloria qui leur loua deux chambres. Georges comprit très vite que la Nouvelle-Orléans représentait tout ce contre quoi le pasteur de Marshall l'avait toujours mis en garde.

Il fréquenta les clubs car il aimait la musique et la danse. Il devint un homme à femmes. À la Nouvelle-Orléans, on aimait jouer aux cartes et aux dés. George finit lui aussi par s'y mettre. Mais il ne se laissa jamais prendre par la passion du jeu. Georges s'offrit un revolver pour que personne ne l'embête et il n'eut jamais besoin de s'en servir.

Il avait une petite amie nommée Nora. Pour la première fois de son existence, il ne passait plus tout son temps à travailler. Il le faisait seulement quand il en avait besoin. Le capitaine d'un bateau proposa à Georges de partir pour l'Inde. George en parla à Nora qui en fut offusquée et le quitta. Mais le bateau partit sans lui. Il n'avait plus de travail, plus de chambre et plus de petite amie. Il comprit qu'il était temps pour lui de reprendre le train.

Chapitre XIV.

Richard Glaubman montra à Georges un manuel de civilisation pour la classe de seconde. Richard demanda à Georges s'il se souvenait du procès John Scopes, un professeur de lycée qui avait violé la loi interdisant de parler de l'évolution à l'école. George n'en avait pas entendu parler car pour lui c'était des histoires de Blancs. Les Noirs ne s'intéressaient qu'aux procès où l'un des leurs était accusé d'avoir violé une Blanche.

Georges avait passé un an à la Nouvelle-Orléans. Il prit à nouveau le train clandestinement. Il arriva à Cincinnati. Il remarqua que les Blancs et les Noirs fréquentaient les mêmes boutiques et les mêmes restaurants. Quelques-uns de ses compagnons de voyage avaient dit à Georges que la ségrégation n'existait pas dans l'Ohio. Il entra dans un restaurant mais il ne savait pas quoi commander. Il aurait donné n'importe quoi pour savoir lire. Alors il sortit et s'acheta à manger dans une épicerie. Dans le Nord, les restaurants servaient les Noirs, d'accord, mais pas ceux qui ne savaient pas lire.

Il retourna à la gare mais cette fois il voulut acheter son billet. Il ne comprenait pas pourquoi un Noir entrait dans un wagon où il n'y avait que des Blancs. Il l'interpella mais le Noir comprit que Georges n'était pas du coin. Le Noir expliqua à Georges que dans l'Ohio il n'y avait pas de wagons réservés aux Noirs. Alors Georges accepta de suivre l'inconnu. Le train partait pour Toledo. À Toledo, George se dirigea vers le port car il voulait partir au Canada. Arrivé au Canada, on lui demanda quel était le raison de sa visite et Georges répondit qu'il voulait voir la neige. Cela fit rire le policier. Il précisa que ce n'était pas le meilleur mois de l'année pour cela car on était au mois de juin. Le policier appela Georges : « Monsieur ». George apprécia. Georges prit un train pour Toronto. Il s'en alla ensuite à Sudbury où il passa quelque temps pour pêcher. Il discutait avec des hobos. Il ne croisa pas beaucoup de Noirs. Il avait envie de rentrer chez lui. Dans certaines petites villes, les habitants le regardaient comme s'il n'avait jamais vu un Noir de leur vie. George avait le sentiment que les Canadiens n'avaient pas l'habitude des étrangers. Il se rendit à Calgary pour voir un rodéo. Il visita Banff et se rendit dans un restaurant. Il y avait beaucoup de bûcherons. Il causait avec eux au comptoir et cela lui semblait étrange car ils étaient blancs. Il leur expliqua qu'il était venu au Canada pour voir la neige. Ils semblèrent adorer cette idée. Un bûcheron lui offrit son déjeuner. Ils l'emmenèrent avec eux dans la montagne pour qu'il puisse voir la neige. Les bûcherons laissèrent George près d'un glacier. Quand il découvrit la neige, il trouva que cela ressemblait à la glace du pauvre (un pain de glace dans un bol avec du sirop). Tout en haut de la colline, il put voir de la neige bleue. C'était extraordinaire. Mais il jugea qu'il était temps de rentrer à la maison.

Chapitre XV.

Georges se rendit en Californie en prenant clandestinement des trains. Il visita Los Angeles qu'il trouva jolie. Après quoi, il partit pour Santa Monica où il put voir l'océan. Il commença à souffrir de la solitude. Il voulait être avec les siens et fonder son propre foyer. Puis, il prit un train qui traversait le désert Mojave. Il dépensa ses dernières économies pour acheter un billet pour Marshall. Il avait acheté du tissu pour sa mère. Il eut une grande surprise en rentrant chez lui : il n'y avait plus personne. La maison était vide. Manifestement, la famille de George avait déménagé. Alors il décida d'aller voir sa tante qui vivait de l'autre côté de Marshall. Sa tante lui apprit qu'il n'avait raté sa famille que de deux semaines. Les prix agricoles étaient au plus bas et les temps difficiles. Toute la famille de Georges avait dû déménager à Kaufman. Dès le lendemain, Georges partit pour Kaufman. Ses parents n'espéraient plus le revoir. Cette fois, il leur promit qu'il ne repartirait plus.

George fut engagé aux chemins de fer. Il posait des rails sur la section Kaufman-Dallas. Dès qu'il avait un peu de liberté, Georges prenait le train et se présentait dans un ranch. Il aimait monter les chevaux.. Un jour, il voulut domestiquer un Appaloosa pour impressionner une jeune fille. La fille s'appelait Elzenia. Il proposa de lui offrir un soldat le soir et elle accepta.

Georges était prêt à se marier. Il rendit visite à Elzenia tout le week-end et les jours de la semaine où il était libre. Ils se fiancèrent. Puis ils se marièrent. Ils en ménagèrent à Dallas. Ils eurent sept enfants.

Chapitre XVI.

Lors d'une de ses visites, Richard revint chez Georges avec son magnétoscope.

Georges se souvenait de la crise de 1909. À cette époque, les bidonvilles appelés Hooverviles (nom ironique donnée au point de chômeurs de sans-abri en référence au président Hoover) s'étaient développés le long des voies de chemins de fer parce que les vagabonds parcouraient le pays en train. Georges demanda à Richard pourquoi les gens avaient besoin de se suicider après la crise de 1909. Richard lui expliqua que ceux qui s'étaient suicidés étaient ruinés. Richard lui demanda quel souvenir il avait des années 30. La grande dépression n'avait jamais vraiment préoccupé George. Il était employé aux chemins de fer et quand il avait un congé il dressait des chevaux. Une fois il était parti vers le Nord en direction de la frontière avec l'Oklahoma avec sa femme et son frère Johnny. Johnny venait juste d'acheter une voiture.

Ils s'arrêtèrent dans un ranch trouver du travail. Une foule était rassemblée autour du corral. Un énorme cheval moucheté très puissant attirait la foule car il était indomptable. Le patron du ranch promettait 50 $ à celui qui réussirait à dompter cet animal. La foule commençait à s'en prendre au cheval. Cela le rendait encore plus sauvage. Un cow-boy venait de troquer son bâton contre une barre de fer le frappa le cheval de plus en plus fort. Georges ne put se retenir il grimpa sur la barrière. Il voulut dompter le cheval. Un cow-boy le traita de nègre. George planta solidement ses pieds dans le sol et fixa le cheval droit dans les yeux. Il réussit à le dompter. Il comprit qu'il avait fait une terrible erreur. Il venait de faire honte à une foule de Blancs. Heureusement, Johnny arriva à ce moment-là. Un cow-boy: « ce nègre à l'air de penser qui monte mieux qu'un Blanc ! ». Mais le patron arrive et donna les 50 $ à Georges. Il ordonna la foule de se disperser. Le contremaître proposa même à Georges et à Johnny de rester pour travailler dans le ranch. Mais Elzenia refusait que son mari risque encore une fois sa vie. Ce fut donc le dernier dressage que Georges effectua.

Chapitre XVII.

Richard apportait régulièrement des articles pour les lire avec Georges mais cette fois ce fut au tour de George lui en donner un. C'était un article sur Bonnie et Clyde. George ne pensait pas que c'était des héros car ils avaient tué des gens.

En 1930, Georges fut embauché par la ville de Dallas il travaillait pour la voirie. Richard demanda un des fils de Georges comment s'était déroulée son enfance. Junior répondit que son père l'emmena souvent pêcher. La famille n'avait jamais manqué de rien. Elzenia veiller à la discipline. George avait préparé ses enfants à affronter le monde. Ils avaient appris à faire la différence entre le bien et le mal en regardant leurs parents.

George avait travailla à la voirie jusqu'en 1938 puis il fut employé par la laiterie. Il y resta près de 25 ans. À la laiterie, Georges eu des soucis avec un Blanc qui ne supportait pas les Noirs. Le type s'appelait Luther. En fait, Luther était jaloux de Georges car Georges savait s'occuper de la chaudière et des machines. George était capable de s'instruire juste en regardant.

Un autre moment, un Blanc ennuyait également Georges mais Georges avait fini par le calmer en le menaçant avec un couteau. Le Blanc avait fini par changer d'attitude et ils étaient même devenus amis.

Et à la laiterie, quelques ouvriers blancs avaient dû faire un effort pour côtoyer Georges. Mais la plupart étaient gentils avec lui. Peu à peu les choses avaient évolué et Georges avait pu voir des Noirs devenir contremaître. George lui aussi aurait pu monter en grade mais il n'avait aucune envie d'avouer qu'il ne savait ni lire ni écrire. En 1963, il dut prendre sa retraite car il était trop vieux pour continuer. Il aurait dû travailler 25 ans de plus pour avoir une vraie retraite.

On lui laissa le choix de toucher une certaine somme en une seule fois ou de recevoir un chèque mensuel jusqu'à la fin de ses jours. Il avait choisi la première solution. Il n'avait reçu que 1800 $. Heureusement, il bénéficiait de l'aide sociale.

Chapitre XVIII.

À partir de 1963, Georges s'était mis à jardiner chez les gens. Un jour, une dame à la retraite dite à Georges que ne comprenait pas comment il arrivait à travailler un jour de canicule. Elle pensait que la chaleur ne dérangeait pas les Noirs. Elle devait penser que tout le monde pouvait profiter de sa retraite et Georges avait failli lui répondre qu'il se crevait sous la canicule parce qu'il était obligé. Il pensait qu'elle n'avait pas l'intention de blesser car elle avait l'air d'ignorer pas mal de choses. Tous les gens qui embauchaient George lui donnaient à peu près le même salaire car tous ils se connaissaient. Un jour, Elzenia avait surpris une de leur conversation. Ils étaient furieux contre une femme qui venait de s'installer dans le quartier et qui payait plus cher les heures de ménage et de jardinage. Ils n'avaient pas envie qu'on les prenne pour des radins et ils pensaient qu'il ne fallait pas pourrir les Noirs. Les riches préféraient les fleurs et le gazon. George cultivait pour lui des légumes. En général, ils confiaient leur jardin à des Noirs. La dame qui avait employé Georges avait voulu qu'il mange dans la véranda en compagnie des chiens. Cela l'avait choqué. George aurait voulu pouvoir manger dans la cuisine avec des gens et pas avec des chiens. Il remit donc le bol que la dame lui avait préparé sur l'étagère. George avait faim mais il avait aussi sa fierté. Elzenia était resté femme au foyer toute sa vie. Depuis le début, Georges avait fait passer sa famille avant tout. Lorsqu'il rentrait chez lui, il oubliait tout le reste. Avec sa famille, il vivait dans une cité pour des gens à faible revenu. Il avait veillé à ce que ses enfants aillent à l'école et apprennent à être fiers d'eux-mêmes. Il n'était donc pas question qu'il laisse cette femme piétiner son honneur. La femme eut l'air étonné quand elle découvrit que Georges n'avait pas touché au bol. Alors Georges lui expliqua qu'il ne mangeait pas avec les chiens. Elle comprit très bien ce que Georges voulait dire. Elle devint rouge de colère mais Georges ne détourna pas le regard.

Elle lui reprocha d'avoir gaspillé un bon repas mais Georges insista. Il mangeait avec les gens car il était un être humain. Alors elle lui répondit qu'il était inutile qu'il revienne.

Georges pensait que c'était l'assassinat de Kennedy qui avait tout déclenché. Il se rappelait qu'il était en train de pêcher quand il avait appris l'attentat. Un homme était arrivé en courant en criant qu'on avait tiré sur le président. Beaucoup de Noirs considéraient Kennedy comme un vrai ami et sa mort les avait attristés. L'accent blanc du sud de Lindon Johnson avait effrayé certains Noirs, au début, mais finalement il avait été réglo.

Chapitre XIX.

Richard montra à Georges un article sur la démission de Nixon. George se rappelait le Watergate. Il pensait que Nixon avait oublié la raison principale pour laquelle il avait voulu se mettre au service du pays.

George avait connu beaucoup de présidents au cours de sa vie, et aussi bien assez de guerres. Son fils Georges junior avait été incorporé pour partir en Corée et il lui avait raconté que les Noirs et les Blancs se soutenaient et ils étaient tous traités à la même enseigne. Mais de retour au pays, les Noirs n'avaient plus le droit de voyager avec les Blancs. Un des neveux de Georges avait été tué lors des manifestations contre la guerre du Vietnam. Georges n'avait jamais pensé que cette guerre était nécessaire. Georges pensait qu'aucun des présidents avait changé sa vie. Ne sachant pas lire, il avait toujours été en marge de la société. Il n'avait jamais pu se faire une idée personnelle de la société grâce aux journaux. Quand ses enfants étaient partis vivre leur vie, Georges s'était installé dans une maison individuelle avec sa seconde femme. Il l'avait rencontrée à l'église. George avait été marié quatre fois et avait été le quatre fois. Il leur avait organisé des funérailles décentes. C'est la raison pour laquelle il ne lui restait plus rien de sa pension. Un défi de Georges avait eu un cancer. Alors Georges avait revendu le terrain qu'il avait acheté pour lui donner de l'argent. Sa fille était morte. Il avait pu tenir le coup grâce à sa foi. Georges n'avait jamais été seul car ses enfants vivaient à Dallas à part un de ses fils qui vivait à Chicago.

Georges avait décidé de s'arrêter de travailler mais il ne restait pas assis à ne rien faire. Il partait presque tous les jours pour pêcher. Il avait conduit jusqu'à l'âge de 100 ans puis avait arrêté car il avait oublié de renouveler son permis.

Un dimanche, Georges emmena Richard dans son église. Le pasteur prêcha longtemps. Il présenta Richard comme celui qui allait écrire un livre sur la vie de George.

Chapitre XX.

Personne n'avait deviné que George ne savait pas lire car il avait su garder son secret. Chaque jour, il avait tenu à savoir ce que ces enfants avaient appris à l'école. Même le fils de Georges n'avait pas su que son père ne savait pas lire. George lui avait dit quand son fils était au lycée. Georges avait pensé que l'école était faite pour les enfants et que quand il était jeune il avait raté son tour. Il ne connaissait pas l'existence de l'éducation pour adultes. Et puis un jour, comme tombé du ciel, un jeune homme avait frappé à sa porte. Le 4 janvier 1996 fut le premier jour de classe de George. Il avait 98 ans. Il emmena Richard dans sa classe. George avait réussi à connaître son alphabet en un jour et demi. La présence de George dans la classe avait permis le doublement des effectifs car les gens se disaient qu'ils n'avaient plus d'excuses en voyant un homme de 98 ans commencer à apprendre à lire. George incitait les élèves à faire des recherches historiques. Son âge donnait plus de réalité au passé.

Cette fois c'était le fils de Georges qui pouvait dire son père qui était fier de lui quand il rentrait de l'école.

Chapitre XXI.

À Georges avait reçu des centaines de lettres venant de lecteurs des journaux qui avaient médiatisé le fait que George avait pris le chemin de l'école à 98 ans. La NASA avait invité Georges et son professeur pour une célébration en l'honneur des pionniers. Personne n'avait jamais accordé la moindre intention à Georges avant, et voilà qu'aujourd'hui tout le monde voulait le rencontrer. George avait reçu la visite de Dan Rather, le journaliste vedette de CBS. George faisait les gros titres et ils étaient très occupé. Il se rendait dans d'autres écoles et il parlait aux gamins. Il s'était même rendu dans un centre de rééducation pour jeunes drogués. Le conseiller lui avait dit ensuite qu'il n'avait jamais vu les jeunes écouter quelqu'un avec autant d'attention.

Pour ses 100 ans, Georges avait eu droit à une belle fête.

Toute sa famille était présente et les responsables des écoles de Dallas avaient fait des discours. Pour ses 101 ans, les employés de la laiterie avaient fait une collecte pour lui offrir une télévision.

Richard avait emmené Georges voir un match de base-ball et ils furent placés au meilleur endroit dans une suite réservée aux entreprises. Un journaliste sportif d'une télévision locale débarqua pour interviewer George.

Chapitre XXII.

Richard avait apporté de la bibliothèque des livres sur la diététique. Richard État pour demander à Georges son secret de santé. Georges répondit qu'il mangeait ce qu'il voulait et quand il le voulait.

George avait encore toutes ses dents et il ne mangeait jamais trop. Il n'avait jamais bu d'alcool de sa vie et il n'aimait pas le café. Il ne prenait pas de médicaments. Il se contentait de certaines herbes quand il avait besoin d'un remède. Richard avait apporté également des livres sur l'argent. George n'était pas intéressé par l'argent. Pour lui vouloir toujours plus, c'était se gâcher la vie. Il pensait qu'on ne devait s'occuper que de ce qu'on avait et oublier le reste. Georges pensait que les choses s'arrangeaient toujours. Il essayait seulement d'éviter les complications.

Chapitre XXIII.

George avait reçu de nombreuses lettres d'écoliers. Il les lisait avec un grand plaisir. Richard parla de son père avec Georges. Richard avait accompagné son père malade jusqu'au dernier moment. Il s'était demandé si son père avait eu envie de lui transmettre une chose particulière. Il n'avait jamais su ce que c'était. Son père l'avait toujours encouragé à écrire. C'est donc en repensant à son père que Richard avait décidé d'appeler George.

Richard voulait offrir à Georges de la chance d'exprimer sa colère de partager avec les gens son indignation d'avoir perdu son enfance sauve que George ne ressentait aucune colère. Richard était venu écouter le récit d'une vie de misère et il n'était pas prêt à entendre parler de gratitude. Richard demanda à Georges s'il avait envie qu'on fasse un film sur sa vie. Ça ne dérangeait pas George même s'il n'avait vu que deux films dans sa vie car il ne voulait pas payer pour voir quelque chose qui n'avait aucune réalité.

Georges appréciait d'être capable de lire des histoires et ses petits-enfants car il n'avait jamais pu le faire avec ses propres gosses. Richard était en train de lire un article sur l'assassinat du lycée de Columbine. Georges pensait que certains élevaient leurs gamins mais il ne les éduquait pas et pour lui c'était une sacrée différence. Il pensait qu'il fallait leur enseigner le bien et le mal. Et la discipline. Son père lui avait toujours appris à ne pas traiter avec les Blancs mais les temps avaient changé et Georges signa un contrat d'édition avec Richard. Ses enfants signèrent également comme témoins.

Ils fêtèrent cela en allant dîner aux restaurants tous ensemble. Richard demanda si Georges se souvenait d'un événement particulier de son existence. George se rappela avoir été mordu à la cheville par un serpent à sonnettes. Sa mère lui avait fait un garrot et avait rempli une bassine avec du kérosène pour que George puisse y tremper son pied. Il avait guéri. George se rappelait que son père lui avait dit que l'homme était né pour mourir. George avait un seul regret : avoir éborgné son mulet. George vivait seule chez lui mais il recevait souvent de la visite. Tout au long de sa vie, il avait été bon avec les gens. Il les avait traités avec respect et à la fin de sa vie, on lui rendait la pareille. Il pensait qu'on récoltait ce qu'on avait semé sauf que parfois cela pouvait prendre longtemps.

Georges dit à Richard serait heureux que le livre de Richard soit fini si le seul homme que ça pouvait aider à changer était l'auteur de ce bouquin. Alors Richard enlaça Georges, coupa son magnétophone et déclara que le livre était terminé. Richard termine son livre en disant que c'est une offrande à George Dawson pour la vie qu'il a vécue.

 

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29 août 2020

L'enfant de la haute mer (Jules Supervielle).

 

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L'enfant de la haute mer.

Une rue flottante s'était formée dans le haut atlantique à la surface de la mer au-dessus d'un gouffre de 6000 m. On y voyait des maisons de briques rouges et des boutiques. Comment cela tenait-il debout sans même être ballotté par les vagues ? Une enfant de 12 ans marchait d'un pas sûr dans la rue liquide comme celle marchait sur la terre ferme. À l'approche d'un navire, l'enfant était prise d'un grand sommeil et le village disparaissait complètement sous les flots. Et c'est ainsi que nul marin n'avait jamais aperçu le village. L'enfant se croyait la seule petite fille au monde. Elle n'était pas très jolie à cause de ses dents un peu écartées et de son nez un peu trop retroussé. Il n'y avait qu'une seule rue dans la petite ville. Elle trouvait des aliments dans l'armoire et le garde-manger de la cuisine et même de la viande tous les deux ou trois jours. Il y avait aussi pour l'enfant des pommes de terre, des légumes et même des oeufs de temps en temps. Les provisions apparaissaient spontanément dans les armoires. Le matin, la petite fille pouvait trouver une demi livre de pain frais sur le comptoir de marbre de la boulangerie. Elle se levait de bonne heure et parcourait les boutiques : un estaminet, une boutique de forgeron, une boulangerie, une mercerie. Elle ouvrait les volets de toutes les maisons. Suivant le temps, elle laissait ou non les fenêtres fermées. Elle allumait du feu dans quelques cuisines pour laisser la fumée s'élever des toits. Une heure avant le coucher du soleil, elle commençait à fermer les volets puis elle abaissait les rideaux de tôle ondulée.

Elle agissait par instinct. Dans la belle saison, elle laissait du linge à sécher comme s'il fallait à tout prix que le village eût l'air habité. Toute l'année, elle prenait soin du drapeau de la mairie. La nuit, elle s'éclairait avec des bougies ou cousait à la lumière de la lampe.

Il y avait de l'électricité dans plusieurs maisons. Un jour, elle mit un noeud de crêpe noir au heurrtoir d'une porte car elle trouvait que cela faisait bien. Une autre fois, elle se mit à battre du tambour comme pour annoncer une nouvelle. Parfois, elle voulait crier mais sa gorge se serrait. Elle montait au haut du clocher pour remonter l'horloge. Elle était attirée par la crypte de l'église mais n'y entrait jamais, se contentant de jeter un regard rapide à l'intérieur en retenant son souffle.

Dans une malle de sa chambre, elle gardait des papiers de famille comme des cartes postales de Dakar, Rio de Janeiro, Hong Kong qui étaient signées Charles Liévens et adressées à Steenvoorde. L’enfant ignorait tout de ces pays lointains et de ce Charles.

Elle conservait aussi un album de photographies. Une de ses photos représentait une enfant qui ressemblait beaucoup à la fillette de l'océan et qui tenait un cerceau à la main. Dans une autre photographie, la petite fille était à côté d'un homme revêtu d'un costume de matelot et d'une femme endimanchée. L'enfant s'était longtemps demandé ce que voulaient ces gens. Elle se rendait tous les matins à l'école communale avec un grand cartable rempli de livres. Mais l'océan, celui qu'elle voyait sur les cartes, elle ne savait pas se trouver dessus.

Parfois, elle écoutait avec une soumission absolue, écrivait quelques mots, comme sous la dictée d'une invisible maîtresse. Il lui semblait que les questions écrites dans la grammaire s'adressaient directement à ellr.

Elle éprouvait parfois le désir insistant d’écrire et elle le faisait avec une grande application.

Elle écrivait une lettre où elle donnait des nouvelles de sa petite ville ou d'elle-même. Mais tout ce qu'elle écrivait n'était adressé à personne.

Alors elle jetait sa lettre à la mer comme les navigateurs en perdition qui livrent aux flots leur dernier message dans une bouteille désespérée.

 L'enfant avait 12 ans et le temps ne passait pas sur la ville flottante.

Elle se regardait dans le miroir de l'armoire en espérant voir sa poitrine gonfler mais en vain.

L'océan demeurait vide et elle ne recevait d'autres visites que celle des étoiles filantes.

Un jour, il y eut comme une distraction du destin. Un vrai petit cargo passa dans la rue marine du village sans que les maisons disparussent sous les flots ni que la fillette fut prise de sommeil. Il était midi juste quand le cargo fit entendre sa sirène. L'enfant, percevant pour la première fois un bruit qui lui venait des hommes, se précipita à la fenêtre et cria de toutes ses forces : « au secours ! ». Elle lança son tablier d'écolière dans la direction du navire.

L'homme de barre ne tourna même pas la tête et un matelot passa sur le pont comme si de rien n'était. La fillette descendit très vite dans la rue et se coucha sur les traces du navire. Mais quand elle se releva, le cargo avait disparu. Elle était stupéfaite d'avoir crié « au secours ! ». Elle comprit alors seulement le sens profond de ces mots. Et ce sens l'effraya. Elle se demanda si les marins étaient plus cruels que les profondeurs de la mer. Alors une vague vint la chercher. On eût dit qu'elle comprenait certaines choses et ne les approuvait pas toutes. Dans le haut, la vague portait deux yeux d'écume parfaitement imités. Il y avait longtemps que cette vague aurait voulu faire quelque chose pour l'enfant mais elle ne savait pas quoi. Quand la vague vit s'éloigner le cargo et comprit l'angoisse de l'enfant, elle emmena la petite fille et l'enroula au fond d'elle-même. Elle la garda un très long moment en tâchant de la confisquer, avec la collaboration de la mort. La fillette s'empêcha de respirer pour seconder la vague dans son grave projet. N'arrivant pas à ses fins, la vague lança la petite fille en l'air puis la reprit comme une balle. Quand la vague comprit qu'elle ne pourrait pas donner la mort à l'enfant, elle la ramena chez elle dans un immense murmure de larmes et d'excuses.

La fillette recommença d'ouvrir et de fermer les volets sans espoir et de disparaître momentanément dans la mer dès qu'un navire pointait à l'horizon. L'enfant était née de la pensée d'un marin dans la nuit. Elle était née du cerveau de Charles Liévens, de Steevoorde, matelot de pont du quatre-mâts Le Hardi. Il avait perdu sa fille âgée de 12 ans pendant un de ses voyages. Il avait pensé longuement à elle avec une force terrible pour le grand malheur de cette enfant.

Le boeuf et l'âne de la crèche.

Sur la route de Bethléem, l'âne conduit par Joseph portait la Vierge. Le boeuf suivait, tout seul. Arrivés en ville, les voyageurs pénétrèrent dans une étable abandonnée et Joseph se mit aussitôt au travail.

Le boeuf était fasciné par la capacité de son maître pour bricoler et arranger les choses. Joseph partit chercher de la paille. Quand il revint, l'âne se demanda si Joseph préparait un petit lit d'enfant. La Vierge dit à l'âne et au boeuf qu'on aurait peut-être besoin d’eux dans la nuit. Une voix légère qui venait de traverser tout le ciel les bêtes. Le boeuf constata qu'il y avait dans la crèche un enfant nu alors il le réchauffa avec son souffle. La Vierge le remercia d'un souriant regard. Des êtres ailés entrèrent et Joseph revint avec des langes prêtés par une voisine. Joseph était surpris que trois soleils éclairent le ciel alors qu'il était minuit. À l'aube, le boeuf posa ses sabots avec précaution pour ne pas réveiller l'enfant et par crainte de faire du mal à un ange. Des voisins vinrent voir Jésus et la Vierge. C'étaient des pauvres gens qui n'avaient à offrir que leur visage radieux. Puis d'autres voisins apportèrent des noix et un flageolet. Le boeuf et l'âne se demandèrent  quelle impression ils allaient faire à l'enfant.

Le boeuf trouvait vraiment pénible de ne pouvoir s'approcher de ceux qu'il aimait le mieux sans avoir l'air menaçant. Une grande peur saisit le boeuf à la pensée qu'il s'était tant approché de l'enfant pour le réchauffer. Il aurait pu par mégarde lui donner un coup de corne.

L'âne conseilla au boeuf de ne pas trop s'approcher de l'enfant pour ne pas le blesser ou laisser tomber sur lui un peu de sa bave. L'âne voulait offrir à l'enfant ses oreilles pour l'amuser. Le boeuf rétorqua qu'il ne devait pas braire dans la figure de l'enfant pour ne pas le tuer.

L'âne le traita de paysan. L'âne se tenait à gauche de la crèche et le boeuf à droite. Ils restaient la durant des heures comme s'ils posaient pour quelque peintre invisible. L'enfant avait hâte de se rendormir et un ange lumineux l'attendait derrière. Après s'être incliné devant celui qui venait de naître, l'ange peignit un nimbe de très pur autour de sa tête. Il en peignit un autre pour la Vierge et un troisième pour Joseph. Puis l'enjeu s'éloigna. Le boeuf et l'âne regrettaient de n'avoir pas eu de nimbe. L'âne avait porté la Vierge. Il avait remarqué que l'enfant baignait dans une sorte de poussière merveilleuse. Le boeuf entraîna l'ânedans un coin de l'étable où il avait disposé en signe d'adoration une branchette délicatement entourée de brins de paille pour figurer les irradiations de la chair divine. Le boeuf et l'âne allèrent brouter jusqu'à la nuit. Dans les champs, il y avait déjà beaucoup de pierres qui étaient au courant de la naissance de Jésus. Il y avait aussi des fleurs des champs qui savaient et devaient être épargnées. Le boeuf et l'âne devaient donc manger sans commettre de sacrilège. Mais le boeuf était déjà rassasié par le bonheur. Même l'eau et l'air lui semblaient sacrés. Il craignait d'aspirer un ange. Le boeuf était honteux de ne pas se sentir toujours aussi propre qu'il l'aurait voulu. Le soleil entra dans l'étable et les deux bêtes se disputèrent l'honneur de faire de l'ombre à l'enfant. Un jour, du museau, l'âne tourna délicatement le petit de son côté et Marie, revenant auprès de son fils, eut grand-peur. Elle s'obstinait à chercher le visage de l'enfant où elle l'avait laissé. Elle fit comprendre à l'âne qu'il convenait de ne pas toucher à l'enfant.

Le boeuf ne se croyait autorisé à rendre à l'enfant que des services indirects. En attirant à lui lui les mouches de l'étable ou en écrasant des insectes contre le mur. L'âne épiait les bruits du dehors et il barrait l'entrée quand quelque chose lui paraissait suspect.

Le boeuf se mettait derrière lui pour faire masse. Le boeuf était stupéfait de voir que la vierge, s'approchant de la crèche, avait le don de faire sourire l'enfant. Joseph y parvenait également en jouant du flageolet. Le boeuf aurait voulu aussi jouer quelque chose. Quand ils paissaient ensemble dans les champs, il arrivait souvent au boeuf de quitter l'âne. Il voulait voir si l'enfant avait besoin de rien. Il y avait à l’étable une espèce de lucarne que l'on devait nommer plus tard, pour cette raison même, un oeil-de-boeuf par où le bovin regardait du dehors.

Un jour, le boeuf remarqua que Marie et Joseph s'étaient absentés. Il en profita pour souffler délicatement dans la flûte. L'enfant se dressa un peu pour voir. Le boeuf n'était pas très content du résultat et pensait que personne ne l'avait entendu mais il se trompait. Un jour, la Vierge demanda au boeuf d'approcher de son enfant. L'enfant saisit le museau des deux mains. Jésus souriait. Voyant le boeuf si ténébreux, l'enfant se mit à rire aux éclats. Le boeuf se demandait si le petit ne se moquait pas. Le boeuf pensait que jamais on n'avait vu mère plus pure et enfant plus beau. Mais par moments, il leur trouvait l’air grave l'un et l'autre.

Le boeuf et l'âne remarquèrent une étoile qui avançait dans le ciel. Et, dessous, il y avait trois personnages couverts de pierres précieuses. Les bêtes s'écartèrent pour laisser passer les rois mages. Le boeuf exerça sur celui qui représentait l'Afrique une surveillance discrète. Il voulait voir si vraiment le roi noir n'éprouvait que de bonnes intentions à l'égard du nouveau-né. Quand le boeuf remarqua que le visage du roi noir reflétait la déférence et un grand oubli de soi, son coeur en fut traversé de douceur. Le boeuf remarqua que les deux rois blancs avaient mis dans leurs bagages un brin de paille qu'ils venaient de dérober à la crèche. Les rois mages s'endormirent sur une couche improvisée. Ils gardèrent leur couronne pour dormir. Le boeuf trouva cela étrange. Ils se réveillèrent avant le petit jour. Ils avaient vu en songe le même ange qui leur avait recommandé de partir tout de suite et de ne pas retourner auprès d'Hérode pour lui dire qu'ils avaient vu l'enfant Jésus. Ils s'en allèrent en laissant luire l'étoile au-dessus de la crèche afin que chacun su que c'était là.

Le boeuf pria Jésus de mettre un peu de sa lumière dans toutes ces pauvretés et ses confusions qui étaient en lui. L'âne pria aussi. Il demanda à l'enfant Jésus de remplacer les montagnes par de la plaine partout. Il lui demanda pourquoi ses oreilles étaient si longues et pourquoi il n'avait pas de crin à sa queue.

Durant les nuits qui suivirent, ce fut tantôt à une étoile et tantôt à un autre d'être de garde. Par l'intermédiaire du boeuf et de l'âne, plusieurs bêtes demandèrent à connaître l'enfant Jésus. La Vierge n'hésita pas à faire entrer même les bêtes féroces. Les bêtes entrèrent une à une. On commença par les bêtes venimeuses. Les serpents évitèrent de regarder la Vierge. On accorda une heure entière aux atomes pour se présenter et faire le tour de la crèche. Les chiens ne purent s'empêcher de marquer leur étonnement car ils n'avaient pas été admis à demeure à l'étable comme le boeuf et l'âne. Le lion entra avec sa toison. On voyait que sa grande préoccupation consistait à prendre le moins de place possible dans l'étable. Il avança, paupières baissées, cachant ses admirables dents comme une maladie honteuse et avec tant de modestie qu'il appartenait à la race des lions qui devaient refuser un jour de dévorer Ste Blandine. Puis le tigre s'écrasa par terre jusqu'à devenir une véritable descente de lit. La girafe ne plus montrer que ses pattes dans l'embrasure de la porte. L'éléphant se contenta de s'agenouiller devant le seuil. Un mouton insista pour être tondu sur-le-champ mais on lui laissa sa toison, tout en le remerciant. La mère kangourou voulut donner à Jésus un de ses petits mais Joseph refusa. L'autruche profita d'un moment d'inattention pour pondre son oeuf dans un coin et s'en aller sans bruit. Joseph en fit une omelette. Les poissons déléguèrent air une mouette pour les remplacer. Les oiseaux s'en allaient laissant leurs chants, les pigeons leurs amours, les singes leur gaminerie, les chats leur regard, les tourterelles la douceur de leur gorge. Il y eut des miracles : la tortue se dépêcha, l'iguane modéra son allure, l'hippopotame fut gracieux dans ses génuflexions et les perroquets gardèrent le silence. Joseph fatigué d'avoir dirigé le défilé toute la journée sans prendre la moindre nourriture écrasa du pied une mauvaise araignée dans un moment de distraction. Certaines bêtes s'attardèrent dans l'étable et le boeuf dut éloigner la fouine, l'écureuil, le blaireau qui ne voulaient pas sortir.

L'âne et le boeuf sortirent pour manger. Joseph avait remarqué que le boeuf avait maigri depuis quelques jours.

Une nuit, ce fut la constellation du Taureau d'être de garde au-dessus de la crèche. Le boeuf était fier de voir l'enfant si bien gardé. Joseph avait vu le Seigneur en songe. Il avait compris qu'il devait partir sans tarder car Hérode voulait s'en prendre à Jésus. Mais le boeuf était trop faible pour partir alors il demanda à la constellation du Taureau de le secourir. Alors que la vierge le recommanda à une voisine. Joseph promit de revenir tout de suite. Le boeuf comprit que c'était un pieux mensonge. Quand la voisine entra, un peu après l'aube, le boeuf avait cessé de ruminer.

L'inconnue de la Seine.

Une noyée de 19 ans avançait entre deux eaux. Un peu après le pont Alexandre, les pénibles représentants de la police fluviale la frappèrent à l'épaule mais comme la nuit venait, ils n'insistèrent pas. Elle ne voulait pas être repêchée et être exposée à la morgue. Elle avait dépassé Paris et voyageait la nuit. Elle était toujours à la merci de n'importe quoi. Elle voulait atteindre la mer. Les paupières closes, les pieds joints, les bras au gré de l'eau, l'avançait. Dans la traversée d'une ville, elle fut maintenue quelques instants par des remous contre l'arche d'un pont. C'est un remorqueur qui brouilla un peu le fleuve et la débloqua.

Un homme lui dit qu'elle était près de la mer. Il lui attacha un lingot de plomb à la cheville.

Le corps de la jeune fille baigna dans une eau de plus en plus profonde. Quand ils eurent atteint les sables qui attendent sous la mer, plusieurs êtres phosphorescents vinrent à eux.

Mais l'homme, c'était « le grand mouillé » les écarta du geste. Il dit à la jeune fille qu'elle ne devait plus avoir peur d'avaler de l'eau. Mais elle avait encore grand-peur car elle comprenait pas ce marin des abîmes sans qu'il eût prononcé une seule parole dans toute cette eau. Elle s'aperçut que l'homme s'exprimait uniquement par les phosphorescences de son corps. Les Ruisselants, autour d'eux, ne se faisaient pas comprendre d'une autre façon. L'homme demanda à la jeune fille d'où elle venait. Mais elle ne savait plus rien d'elle-même alors l'homme la surnomma l'Inconnue de la Seine. Le Grand mouillé lui expliqua qu'il existait une grande colonie de Ruisselants. Il fit signe à tous les poissons torche, sauf un, de se retirer. Des gens de tout âge s'approchaient avec curiosité. Ils étaient nus.

La jeune fille demanda à garder sa robe. Le grand mouillé accepta. Les habitants des profondeurs avaient le désir de rendre service à la nouvelle venue. Mais elle avait envie de retirer le lingot de plomb. Le grand mouillé comprit son intention. Il lui expliqua que si elle retirait le lingot, elle perdrait connaissance et remontrait à la surface.

Un ou deux gros poissons domestiques s'attachaient à la personne de chaque Ruisselant et rendaient de menus services comme débarrasser le dos des herbes marines qui y restaient collées. La jeune fille ignorait pourquoi elle s'était jetée à l'eau. Une autre jeune fille s'approcha. Elle s'appelait la Naturelle. Elle lui expliqua que le séjour dans les profondeurs lui donnerait une confiance très grande. Mais il fallait laisser aux chairs le temps de se reformer pour que le corps ne remonte pas à la surface. Il ne fallait pas songer à manger et à boire. Bientôt l'Inconnue de la Seine verrait de vraies perles sortir de ses yeux. Elle voulait savoir en quoi consisteraient ses occupations et en lui expliqua qu'elle pourrait visiter le fond de la mer pour y recueillir des isolés et augmenter ainsi la puissance de la colonie. Une fois, les Ruisselants virent tomber au fond de la mer un bateau avec son équipage. Ils recueillirent les naufragés et récupérèrent les provisions. Les ruisselants faisaient semblant d'avoir besoin de provisions pour que le temps pèse moins.

L'inconnue de la Seine fut surprise de voir un cheval. La Naturelle lui expliqua que c'était un grand luxe. Un homme proposa à l'Inconnue de la Seine de monter sur le cheval mais elle refusa car elle ne se sentait pas encore assez solide. Le beau cheval répudié s'en retourna avec toute sa prestance comme si rien au monde ne pouvait plus le changer ni l'émouvoir.

L'inconnue de la Seine demanda si c'était le Grand mouillé qui commandait et on lui répondit que c'était le plus fort des Ruisselants et celui qui connaissait le mieux la région. Il existait des êtres complètement inconnus sur terre et qui est sous la mer avait acquis une grande réputation. Le Grand mouillé avait été un simple mousse à l'âge de 12 ans et devint un géant de la faune sous-marine. L'inconnue de la Seine ne quittait pas sa robe car c'était tout ce qu'elle avait sauvé de sa vie antérieure. Les hommes auraient bien voulu connaître la forme de sa gorge. Pour se faire pardonner sa robe, l'inconnue vivait à l'écart et passait sa journée à récolter des coquillages pour les enfants et les plus mutilés d'entre les noyés. Chaque jour le grand mouillé venait lui rendre visite. L'inconnue aurait voulu remonter le fleuve pour entendre quelques bruits de la ville. Mais le Grand mouillé lui expliquait que si elle remontait elle s'exposerait à être enfermée dans la plus odieuse des prisons. Elle était malheureuse en pensant au monde de là-haut. Des fragments de la vie, son avis, lui parvenaient dans la mer. L'une après l'autre, les mères refusaient de laisser leurs filles fréquenter l'inconnue de la Seine à cause de cette robe qu'elle portait jour et nuit. On lui reprochait de garder des ornements qui ne regardaient plus les mortes. Une naufragé dont la raison avait été ébranlée jusqu'après sa mort pensait que l'inconnue de la Seine était toujours vivante. Mais la Naturelle la reprenait systématiquement. La Naturelle finit par reprocher à l'inconnue de garder sa robe. Mais l'inconnue pensait que sa robe la protégeait contre tout ce qu'elle ne comprenait pas encore. Elle s'enfuit vers des régions désertiques et elle coupa le fil d'acier qui l'attachait au fond de la mer. Elle voulait mourir tout à fait. Dans la nuit marine ses propres phosphorescences devinrent très lumineuses puis s'éteignirent pour toujours. Alors son sourire d’errante noyée revint sur ses lèvres. Elle regagna les eaux moins profondes.

Les boiteux du ciel.

Les ombres des anciens habitants de la Terre se trouvaient réunies dans un large espace céleste. Elles marchaient dans l'air comme des vivants l'eussent fait sur terre. Ils avaient gardé leurs anciennes habitudes. On retrouvait là-haut une Europe aérienne avec la France, tout entière, et une Norvège dont pas un fjord ne manquait. Tout ce qu'on faisait sur terre se reflétait dans cette partie du ciel et même si on changeait un pavé dans une rue obscure. On voyait passer les âmes des véhicules de tous les siècles. Ceux qui n'avaient jamais connu que leurs pieds comme moyen de transport se servaient seulement de leurs pieds. Certains ne croyaient pas encore à l'électricité et d'autres tournaient des commutateurs imaginaires. De temps en temps une voix, la seule qu'on entendait dans ces espaces interstellaires et qui venait on ne savait d'où, disait à chacun de ne pas oublier qu'ils n'étaient que des ombres. Mais c'était comme si on n'avait rien dit. Les ombres croyaient de nouveaux à tout ce qu'elles faisaient, suivaient leur idée.

On était privé de la parole et même du murmure mais l'âme était si transparente que pour engager une conversation il suffisait de se placer en face de son interlocuteur. Pour cacher ses sentiments, on se voyait obligé de s'enfuir à toutes jambes et de s'isoler si on pouvait. Mais la plupart des gens prenaient l'habitude de ne penser à rien de secret et de s'exprimer de façon parfaitement courtoise. Chacun avait toujours l'apparence du même âge mais cela n'empêchait pas les parents de demander à leurs enfants ce qu'ils comptaient faire plus tard. Mais quand les jeunes gens s'embrassaient, c'était avec indifférence.

Les aveugles y voyaient tout autant que les autres mais ils gardaient la tête en arrière comme pour éviter des obstacles pourtant inexistants. L'homme qui avait connu un grand amour sur terre changeait souvent de trottoir dans l'espoir d'être plus heureux en face. Parfois, les derniers arrivants s'arrachaient le coeur qu'ils jetaient à leurs pieds pour le piétiner. Mais le coeur modeste reprenait avec calme sa place dans la poitrine de l'homme désincarné qui n'avait pas réussi à souffrir ni à pleurer. On consolait les nouveaux qui ne savaient encore que faire de leur ombre et n'osaient mettre un pied devant l'autre. Un homme, qui avait été un grand pianiste, s'assit un jour à son fantomatique piano et invita les amis à venir pour le voir jouer. Chacun crut vraiment l'entendre. Mais il fut manifeste que nul bruit n'en sortait. Alors, comprenant qu'il n'y avait pas eu de miracle, on se hâta de rentrer chez soi au plus vite. Mais la grande tristesse des Ombres venait surtout de ce qu'elles ne pouvaient rien saisir. Un jour, des flâneurs qui se promenaient sur ce qu'on prenait généralement pour la place publique virent une longue boîte en bois blanc. Les Ombres ne comprirent pas tout de suite qu'il ne s'agissait pas d'une hallucination. Alors un peuple immense de tous les temps, bêtes et hommes, s'entassa autour de la boîte. L'espérance allait son train. Le bruit courut que les Ombres allaient bientôt voir leur corps tel qu'il avait été sur Terre. On allait pouvoir s'inviter entre amis à s'examiner tel qu'on avait été. Mais aucun autre miracle ne se produisit et la boîte demeura des semaines et des mois sur la place publique entourée d'une garde de moins en moins nombreuse puis la boîte resta toute seule. À la suite de cette grande espérance déçue, les Ombres commencèrent à s'éviter pour se cacher leur épouvantable découragement. Charles Delsol ne savait pas depuis combien de temps il était mort. Il avait perdu de vue Marguerite Desrenaudes quelques jours avant son décès et ignorait si elle était encore vivante. Il se souvenait du jour où il l'avait vue pour la première fois à la bibliothèque de la Sorbonne. Tous les jours il s'asseyait en face d'elle et ne lui adressait pas la parole, sa claudication le rendant fort timide.

Une fois Marguerite se leva pour aller chercher un livre. Elle boitait aussi. Elle était agacée de sentir sur elle le regard de ce muet. Et cet échange de boîteries qui qu'il avait l'air de lui proposer. Un jour du mois de mars, elle avait ouvert la fenêtre toute grande et Charles n'avait pas osé lui demander de la refermer. Alors il s'était tenu tranquille et avait senti la mort huit et la poitrine. Il était mort trois jours après. Après son arrivée là-haut, Charles s'était mis à poursuivre ses études à la bibliothèque de la Sorbonne, projetée en plein ciel. Un jour, il vit une Ombre assise en face de sa place habituelle et qui lui rappelait tout à fait Marguerite. Charles avait oublié que tout ce qu'il pensait se voyait dans son âme transparente. Marguerite lui demanda s'il était mort à cause de la fenêtre ouverte. Il mentit en répondant qu'il avait été écrasé par un taxi. Quelques jours plus tard, ils sortirent ensemble de la bibliothèque et Charles proposa à Marguerite de porter sa serviette. Elle accepta. À peine eut-il pris la serviette qu'il la sentit prendre du poids sous son bras. Une sorte de bien-être lui montait dans ce qui avait été ses mains.

Il sentit une vive douleur à son poignet et la serviette s'échappa de ses mains. D'authentiques dictionnaires en sortirent avec tout leur poids. Marguerite en était bouleversée. Il faisait un petit froid sec et de belles colonnes de vapeur sortirent du nez du jeune homme et de la jeune fille bien respirante. Ils s'embrassèrent puis, mûs par des forces nouvelles et joyeuses, ils se dirigèrent vers la place publique où se trouvait la boîte en bois blanc. Ilsl'ouvrirent et trouvèrent plusieurs objets leur ayant appartenu sur Terre et surtout une carte du ciel qui les invitait au voyage.

Rani.

Rani avait été élu cacique pour sa victoire dans l'épreuve du jeûne. Dès le début de l'épreuve, les temps avaient pris pour lui l'apparence d'une grande horloge à six visages de jeunes filles disposées autour du cadran. Elle lui portait toutes les quatre heures  de l'eau et des feuilles de coca. Yara, sa fiancée, lui disait un regard qu'il arriverait des choses merveilleuses. Dans les premières heures de la 10e nuit, Rani vit couché à son chevet, le grand dromadaire du dernier sommeil. Le dromadaire tenta 20 fois de suite de se dresser sur ses pattes alors Rani fit signe qu'il consentait à interrompre le jeûne. Rani voulut aller au-devant de Yara quelques jours plus tard. Celle-ci se tenait près des feux du clan. Le vertige fit tomber Rani dans le foyer où il se brûla le visage jusqu'à l'os. À présent, tous baissaient la tête et s'écartaient lorsque Rani passait. Rani pensait que Yara se cachait aussi de lui quand il vit sa fiancée immobile devant sa tente qui le regardait fixement. Alors il alla tout de suite chercher une charge de bois et la laissa tomber aux pieds de la jeune fille en signe d'amour. Mais la jeune fille disparut et Rani l'entendit pousser des cris d'épouvante. Le lendemain, les six membres du conseil des anciens s'avancèrent vers le visage brûlé ils lui tournèrent simultanément le dos pour lui annoncer par leur attitude et leur silence qu'il ne pouvait plus compter être leur cacique. Des semaines durant, il se cacha dans la forêt. Il se mit à aimer les serpents qui dans leurs plis et leurs replis ne comptent plus que sur eux-mêmes et tiennent toujours la mort prête dans leur bouche.

Rani voulut revoir son clan. Il savait demeurer invisible. Voyant ses compagnons aller et venir avant de se coucher pour la nuit, il pensait que les hommes n'étaient plus que souvenirs de vomissures. Il vola ses anciens compagnons pour faire des offrandes aux arbres et aux pierres, à tout ce qui n'est pas souillé par l'usage de la parole. Une nuit, le visage entouré de lianes et de feuilles, il pénétra dans la tente de Yara pour lui voler son miroir. Une autre nuit, ivre de chicha, il voulut enivrer un arbre qu'il aimait entre tous et finit par lui sacrifier deux doigts de sa main qu'il coupa avec ses dents. Il se regarda longuement dans le miroir de la Yara et il vit que son visage était tel qu'il l’avait laissé naguère dans les yeux épouvantés des hommes de son clan. Il ne se nourrissait plus que de racines et une force étrangère s'emparait de lui. Il se plaça au milieu du clan pour crier son retour et ordonner aux hommes de partir. Les femmes et les filles du clan se traînèrent vers Rani et s'accrochèrent à ses jambes qu'elles griffèrent de désir et de désespoir. Rani cria encore à son clan de partir et chacun trouve alors la force de s'enfuir. Et parce que tout était bien ainsi le serpent-des-jours-qui-nous -restent à vivre, auprès de l'Indien, mille et  mille fois solitaire, vint se lover.

La jeune fille à la voix de violon.

Une jeune fille avait compris dès l'enfance qu'on lui cachait quelque chose. Mais elle ne s'inquiétait guère des chuchotements, pensant qu'il en était toujours ainsi quand il y avait à la maison une petite fille.

Un jour, elle tomba d'un arbre et poussa un cri qui lui parut inhumain et musical. Elle surveilla désormais sa voix et crut y reconnaître des accents de violon.

Un garçon lui demanda un jour de faire marcher son violon et comme elle prétendit ne pas en avoir, il répondit qu'elle en avait un dans la bouche. Rien ne l'agaçait tant que les compliments sur sa voix. Elle avait l'impression que sa voix la révélait beaucoup trop comme si elle se mettait à se déshabiller au milieu d'une conversation. Comme elle ne voulait pas se singulariser, elle gardait généralement le silence et s'habillait avec modestie. Toutes ses amies finirent par la délaisser. Un chirurgien, ami de la famille, fut appelé à examiner cette gorge et ces cordes vocales. Mais après avoir observé la jeune fille, il s'abstint d'intervenir.

Un jour, alors qu'elle mangeait avec ses parents, elle répondit à une question de son père et ses parents la regardèrent avec étonnement : la voix de leur fille était devenue une voix comme les autres. Pour être sûr, le père décida de se faire lire le journal par sa fille tous les matins. Elle était devenue une femme et ne put s'empêcher d'en vouloir à son ami qui avait détruit en elle ces accords singuliers. Étonné de l’avoir pleuré, son père lui dit que si c’était à cause de sa voix, elle avait plutôt lieu de se réjouir.

Les suites d’une course.

Sir Rufus Flox avait donné son nom à son cheval. Il n'hésitait pas, la nuit qui précédait une course, à coucher dans l'écurie, contre sa monture et lui chuchoter des conseils précis pour le lendemain. Il ne faisait qu'un avec son cheval sur la piste. Lors du Grand prix des amateurs à Auteuil, il se précipita avec son cheval dans la Seine après avoir mené la course. Sir Rufus en ressortit sans son cheval. Le lendemain, il fut stupéfait de voir dans la glace de son taxi qu'il avait les yeux mêmes de son cheval et il entendit une voix en lui. C'était celle de son cheval qui lui reprochait de déjeuner tranquillement après l'avoir lâchement noyé parce qu'il ne pouvait plus le maîtriser. Sir Rufus rétorqua que c'était le cheval qui avait plongé. Le cheval lui promit qu'il ne se souviendrait de lui. Au cours du déjeuner, ses amis lui parlèrent de la course. Mais il leur annonça qu'il ne voulait plus en parler et qu'il ne montrait plus jamais en course.

À la fin du déjeuner, la maîtresse de maison eut une crise de nerfs en voyant, plantée dans le dos de Rufus, la queue de son cheval. Rufus s'enfuit sans prendre congé des invités. Dans la rue, il se retrouva complètement homme. Mais plusieurs jours plus tard, il se sentit inhumain. Pourtant le grand miroir qu'il avait acheté ne lui révéla rien de particulier. Il alla voir sa fiancée, une américaine. Mais ce jour-là, chaque fois qu'il rencontrait une jument, il ne pouvait s'empêcher de la suivre des yeux. Alors il renonça à sa visite et se rendit dans une grande écurie. Le lendemain, au lieu de sonner pour son petit déjeuner, il se mit à hennir la femme de chambre et lui demanda un morceau de susucre. Il fallait absolument qu'il raconte à sa fiancée tout ce qu'il éprouvait. Elle lui conseilla de ne pas contrarier sa nature. Alors, dans la nuit même, Rufus devint cheval. Toute la nuit, comme un malfaiteur, il évita les agents et même les passants. Il réussit à gagner le bois et mangea de l'herbe. Une biche le renifla. Enfin, sa fiancée parue dans l'allée du Ranelagh et fut surprise tout de même de voir son fiancé transformé en cheval. Un pauvre homme s'avança sans chemise contenant une corde sous le bras. On voyait bien qu'il allait se pendre à un arbre. Rufus alerta sa fiancée. La jeune femme interpella l'homme. Elle lui proposa d'acheter sa corde. Puis elle l'emmena avec Rufus vers une écurie de la porte Dauphine. L'homme tenait le cheval par la corde qui s'était mise à lui réchauffer agréablement la paume de la main. Rufus n'ust pas de peine à devenir cheval de trait. Il promenait régulièrement sa fiancée et les jours coulaient pour eux avec nonchalance.

Un jour, l'Américaine ne fut plus seule dans le tilbury. L'homme était de toutes les promenades. Le cheval écoutait la conversation des jeunes gens. Lhomme traita le cheval de cocu et voulut le faire chatrer à la première occasion. Alors le cheval lança le couple contre un platane. Rufus redevenu homme regarda le drame entre les brancards. Il essayait d'enlever le mors, mais empêtré dans les courroies, ce n'était vraiment pas facile, d'autant plus que ces gestes étaient encore un peu chevalins.

La piste et la mare.

Au centre du désert de la pampa, un homme s'avançait seul, portant deux sacoches en bandoulière et, à la main, une mallette. Il était de type oriental et avait dû quitter son pays depuis peu. On lui avait parlé d'une ferme à plusieurs lieues de là. À la ferme de San Tiburcio, l'homme assista à la tonte des brebis dans un hangar. Le Turc ambulant continua sa route en se pressant comme s'il était attendu depuis un moment. Juan Pecho devait être le patron. Une énorme paresse flâne partout dans son corps. Il tond mal et distraitement. Juan Pecho et les enfants ont vu le Turc. On lui donne une patrie, des sentiments, un caractère. Le Turc se présenta comme représentant pour la République Argentine de plusieurs grosses maisons étrangères. Il baissa les yeux sur son mensonge. La faim, le grand air l'avaient rendu inventif. Juan amena le Turc à la porte du rancho. Il lui présenta sa soeur Florisbela. Le Turc commença à sentir sa fatigue. Juan annonça que le Turc installerait ses affaires sur la table après le dîner. Tout le monde entra dans la vaste pièce qui servait de cuisine et de salle à manger. Les huit chiens bâtards vinrent flairer l'intrus. Le Turc mangeait dans un coin. Sous l'odeur de la viande grillée, le Turc convint en lui-même que cette vie nomade lui plaisait et retrouva, en même temps que son nom : Ali Ben Salem, l'amour de ses parents et de sa patrie et l'essentiel de sa biographie. Après le dîner, Juan demanda au Turc de montrer ses richesses. Il ouvrit des boîtes en carton dans lesquelles se trouvait des broches, des bracelets, des boucles d'oreilles, des porte-bonheur. Le Turc leur montra également des objets de toilette, de mercerie et parfumerie. Juan Pecho ouvrit une boîte renfermant un rasoir mécanique et s’en fit expliquer le maniement. Il en demanda le prix et négocia. Les péons avaient acheté des objets et s'en étaient allés. Il ne reste plus dans la pièce que Juan, le rasoir et le Turc. Juan planta son couteau dans la nuque du Turc. Puis il saisit le rasoir. Il se rasa avec soin. Après quoi, il enleva la ceinture du Turc qui renfermait 20 £. Juan n'avait pas tué pour ça, il n'était pas un voleur. Alors il eut l'idée de faire avec cet or une bonne action. Il glissa les livres sterling dans la tirelire de son neveu, l'infirme. L'or purifié coulait maintenant du côté des anges. Juan laissa dans la poche du Turc l'argent qui provenait des achats de Florisbela et des péons.

Puis il regarda les mallettes et les sacoches et en vida le contenu. Il jeta le corps du Turc dans une mare toute proche. Il partagea avec ses proches les affaires du Turc.

Florisbela avait entendu tomber le corps alors elle se mit à prier. Juan s'étonna de ne pas avoir les péons se diriger vers le hangar sans même se faire payer le salaire de la tonte. Ils étaient partis s'avant l'aube. Quatre jours plus tard, Florisbela annonça à Juan que le corps du Turc flottait. Juan retourna dans la mare pour repêcher le corps et y ajouter une autre pierre plus grosse autour du cou. Les proches de Juan n'avaient pas voulu des objets qu'il avait volés au Turc. Quelques jours plus tard, deux agents de la police montée se présentèrent à la porte du rancho. Juan se demanda qui l'avait dénoncé. Et lorsque le commissaire demanda à Juan si personne n'avait vu commettre le crime, il se souvint tout d'un coup : « si, senior, un chien ».

 

 

 

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16 août 2020

Insomnie II (Stephen King).

3

Ralph et Lois furent fascinés par un univers chatoyant de couleurs inconnues et de formes jamais vues dès qu'ils entrèrent dans l'hôpital. Lois lui demanda si ces formes étaient vivantes. Ralph le pensait. Il pensait que les auras étaient vivantes aussi mais pas dangereuses. Ralph pensait que le hall de l'hôpital était comme un somptueux feu d'artifice du 4 juillet dans lequel les êtres humains tenaient le rôle des chandelles romaines et des fontaines chinoises. Ralph regarda la réceptionniste qui était plongée dans une aura d'un orange trouble. Il en conclut qu'elle devait adorer toutes les formalités. Il lui expliqua qu'ils voulaient voir Jimmy Vandermeer. Mais elle refusa car il fallait un laissez-passer spécial. Alors il insista et la réceptionniste consulta son ordinateur. Mais Ralph n'avait pas envie d'attendre et il saisit la femme au poignet avant qu'elle ait eu le temps de retirer sa main. Il serra doucement et sentit un petit jaillissement de force passer de lui à la femme. L'aura de la femme adopta la teinte turquoise délavé de Ralph. Elle obtempéra quand Ralph lui demanda deux laissez-passer. Ralph comprit qu'il pouvait probablement faire tout ce qu'il voulait à cette râleuse car il avait les batteries chargées à bloc. Mais lui et Lois disposaient d'une énergie qu'ils avaient volée. Elle leurs donna les deux laissez-passer en leur souhaitant une agréable visite. Lois trouvait cela merveilleux mais Ralph savait que lorsqu'arriverait la facture pour quelque chose qui faisait une impression aussi merveilleuse, il y avait des chances pour qu'elle soit fichtrement salée.

4

Ralph remarqua un bébé qui avait le cerveau endommagé. Il s'en était rendu compte car la couleur de l'aura du bébé était jaune. Lois pouvaient communiquer avec Ralph par la pensée. Ralph pouvait saisir la pensée de la mère du bébé. Ralph et Lois ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. La mère du bébé regarda Ralph avec inquiétude. Ralph sentait qu'elle l’avait entendu penser à son bébé. Le panache du nourrisson était différent de tous ceux que Ralph avait vus jusqu'ici. Il était laid et réduit à un chicot. La mère du bébé lui fit un reproche. Cela effraya Ralph alors il lui présenta ses excuses de manière télépathique. Ralph avait compris ce qui était arrivé au bébé. Le père du bébé l'avait jeté contre le mur. La mère le savait mais elle n'avait rien dit. Lois se mit à pleurer. Ralph lui demanda si elle trouvait toujours que c'était un monde merveilleux. Mais elle ne répondit pas.

5

Ralph se rappelait de tout ce qu'il avait vécu durant les derniers jours de Ca