Humanisme : le Contrat social

20 mai 2018

Histoire de sociétés futures.

socfutures

 

Pour l'amour de Grace par Suzette Hadden Elgin.

Le Khadich Ban-Harihn regarda un disque à un message lui apprenant que sa femme la khadicha Althea était anormale. Il devrait commander un rapport pour en savoir plus elle peut être rentrée chez lui ce qu'il lui demanderait neuf mois de voyage. Il appela une scribe pour obtenir un rapport sur sa femme. Il voulait savoir si c'était grave et urgent. La scribe répondit juste : « négatif ».

Le rapport arriva quatre jours plus tard.

Le rapport était écrit en symboles alors le khadich l'introduisit dans son transcripteur. Le rapport avait été écrit par la scribe de sa Maison.

Le khadich apprit que sa femme avait empêché sa fille de s'avancer pour parler à la poète Anne-Marie lors du festival des Pluies de Printemps. La poète avait été offensée. La famille du khadich empêcha la khadicha de participer aux heures de transes.

Il s'agissait donc d'insulte publique à un poète. Le khadich mesurer les répercussions.

Anne-Marie était le seul poète femelle de la planète. Il était fort probable qu'elle réagirait avec déplaisir à une insulte publique, venant qui plus est d'une femelle. Elle essayerait probablement de se venger sur les fils du khadich qui ne pouvait risquer qu'une femelle vindicative détruise ce qu'il avait conquis.

Il décida de quitter la terre pour rentrer sur sa planète.

Il avait ses cinq fils à l'université. Ils avaient été sélectionnés par concours pour l'État de poésie.

Son plus jeune fils avait été élu, déliant ainsi l'aîné de son voeu de célibat. Cela signifiait que son petit-fils serait le descendant direct d'un Poète, chose qui ne s'était pas produite de mémoire d'homme. Depuis 300 ans, les fils d'une même famille n'avaient jamais été admis à faire des études de poésie tous ensemble.

Lorsque le khadich arriva chez lui, ses fils l'attendaient dans la bibliothèque. Ils s'assirent et le khadich frappa trois coups selon le rituel ancien.

Michael, le fils aîné du khadich raconta ce qu'il s'était passé depuis le départ de son père qui avait mis 10 mois à rentrer chez lui.

Mickaël avait consigné la khadicha dans ses appartements après l'incident de la fête. Mais elle désobéit alors il fit mettre une médication dans le lait qu'on lui servait et elle devint docile.

Jacinthe, la fille du khadich écrivit au poète Anne-Marie lui annonçant son intention de se présenter au concours de poésie. Anne-Marie transmit sa lettre aux autorités de l'Unité de Poésie. Sur ordre du gouvernement, Jacinthe avait été cloîtrée pour éviter de contaminer les autres femelle.

Le khadich demanda à ses fils s'ils désiraient que leur mère soit placée sous médication permanente. Ils préféraient attendre.

Il y avait une fleur mobile chez le khadich. Il demanda à l'intendante de quel sexe était la fleur. C'était une fleur mâle. Alors le khadich la garde après de lui.

An-Ahda, l'avocat du khadich écouta son client. L'avocat dit qu'il ne pouvait rien faire. La loi autorisait les femelles à participer au concours de poésie, à condition qu'elles soient âgées de 12 ans et qu'elles soient citoyennes de la planète.

Si Jacinthe échouait, elle serait isolée à vie dans la résidence de sa famille.

Jacinthe serait cloîtrée tant que le concours n'aura pas lieu.

La punition, en cas d'échec était dure, pour éviter le chaos si toutes les jeunes femelles émotives faisaient valoir leurs droits à participer au concours.

La loi estimait que la profession de poésie était une charge religieuse, il fallait prévoir une ouverture pour les rares occasions où le Créateur jugerait bon d'appeler une femelle à son service.

Il n'y avait eu que trois poètes femelle en 9000 ans.

Le khadich pouvait interjeter un appel galactique mais l'avocat lui expliqua que cela créerait un incident international intergalactique. Le khadich renonça.

Le khadich savait ce que risquait Jacinthe car il avait une soeur qui avait échoué au concours de Poésie. Elle avait 46 ans et n'était pas mariée.

Elle s'appelait Grace. Elle était recluse chez le khadich. Elle n'avait droit qu'à quelques livres et papiers.

L'unité de discipline féminine était très stricte sur ce point. Elle était devenue folle. Le khadich alla voir sa femme.

Il lui donna une capsule et la lui fit avaler. Elle sortit de sa torpeur.

Elle expliqua à son mari que Jacinthe voulait être poète comme ses frères en disant que ce serait un grand honneur pour leur maison si tous les enfants du khadich étaient admis à servir la Foi.

Quand Anne-Marie lui fit l'honneur de la distinguer lors de la procession cela confirma Jacinthe dans sa volonté.

Elle avait acquis la certitude d'avoir été élue.

La khadicha l'avait emmenée voir Grace dans la cellule pour la dissuader mais Jacinthe n'avait pas renoncé. Le khadich avoua à sa femme qu'il avait l'intention de déposer une plainte à l'Unité de Discipline Féminine la concernant. Elle s'y attendait.

L'UDF était déjà intervenu pour forcer la khadicha à faire l'amour à son mari. Sachant tout du comportement de Jacinthe, le khadich renonça à sa plainte car il aurait agi comme sa femme pour empêcher Jacinthe de tenter le concours.

Le jour du concours, la famille du khadich resta à la maison se préparant à l'inévitable. Les servantes en pleurs avaient préparé une autre cellule proche de celle de Grace. Le khadich avait autorisé sa femme à quitter ses appartements pour la journée.

James demanda à son père si Jacinthe pouvait réussir. C'était son fils cadet. Michael lui fit comprendre que Jacinthe n'avait aucune chance. Mais James posa la question à son père qui lui aussi croyait à l'échec de sa fille. Lui-même avait échoué quand il avait 16 ans.

James trouvait la loi cruelle et se promit de devenir puissant et de la changer. Ses frères rirent mais le khadich leur ordonna de laisser James tranquille.

Le khadich devina que James avait joué un rôle dans cette affaire et James avoua s'est entraîné au concours avec Jacinthe car il ne voulait pas être le seul fils du khadich avoir échoué. Elle était bien meilleure que lui. Il eut honte de l'avouer.

Le concours de poésie avait sept niveaux. Mickaël avait été admis au quatrième niveau et ses frères n'avaient accédé qu'au premier.

Après le premier niveau, les ordinateurs jouaient un rôle. Le khadich demanda à Michael de lui raconter. Il fallait aller dans des petites cabines où se trouvait le tableau de l'ordinateur et en appuyer sur le bouton « prêt ». L'ordinateur donnait des thèmes de poésie.

Les candidats devaient répondre tout de suite sans écrire.

À chaque niveau, les ordinateurs donnaient des sujets plus difficiles.

Le khadich obtenait son titre de « coller » signifiant « administrateur de propriétés et de Maisons importantes » en passant un unique examen oral.

Jacinthe n'avait pas étudié la prosodie et n'avait pas suivi les ateliers d'été.

Elle serait sûrement terrifiée au point de ne pouvoir sortir un mot.

Anne-Marie avait réussi le deuxième niveau.

L'heure de la Méditation était arrivée et les fils du khadich se retirèrent dans leur chambre.

Le khadich était furieux contre Jacinthe et contre la loi.

Il regarda des émissions sur son com-system mais il les trouva nulles.

Il tomba sur les informations. Le speaker annonçait les résultats du concours de Poésie. Mais le khadich éteignit et appela l'Unité de Poésie. On lui annonça que des messagers étaient en chemin. Les messagers ramenèrent Jacinthe chez elle. Elle ne pourrait parler à sa famille qu'une minute pour lui dire adieu. Jacinthe avait réussi le septième niveau du concours. Elle devait recevoir un enseignement au temple de l'université. La planète allait fêter cet événement.

Jacinthe ne dit pas adieu à sa famille mais ordonna qu'on libère Grace le temps de lui annoncer que Jacinthe avait réussi le concours.

Les champs d'or par Kit Reed.

Hamish et Nelda était un vieux couple. Ils étaient dans une villégiature. Les chasseurs étaient plein de sollicitude mais cela agaçait Hamish. Le mobilier était rare et de type fonctionnel. Tout autour de la pièce, une main courante.

Ils avaient tout vendu pour acheter cette chambre de motel. Nelda ne voulait pas revenir d'où ils venaient à cause des voisins et d'Albert et Lorraine. Hamish avait peur d'Albert et Lorraine. C'étaient ses enfants. Mais un jeune homme entra et replia le cadre des photos de familles de Nelda et le rangea dans le tiroir de la table de toilette.

Le jeune homme s'appelait Richardson. C'était le directeur de l'établissement. Il leur présenta Cletus Ford, le doyen en second du Motel.

La résidence appelait les Champs d’Or et Richardson vérifiait qu'ils étaient bien installés.

Cletus essaya de parler mais Richardson l'obligea à se taire en le menaçant du règlement.

Richardson lista les avantages de la résidence : le soleil, la natation, la compagnie des gens de l'âge d'Hamish et Nelda. Il y avait un assistant à chaque terrasse.

Lever à 7:00 et coucher à 21:00, le règlement était strict.

Cletus parla des clubs, il y avait le groupe d'Adorateurs du soleil et une loge maçonnique de premier ordre. Il y avait le Lion’s club.

Cletus avait cherché les limites de la résidence et il avait marché pendant des kilomètres. Cletus leur montra la Tour de l'espoir de la fenêtre et l'hôpital.

Hamish se demanda comment il pourrait convaincre Nelda de partir mais elle lui montra le journal la Corne d'or.

Une vieille dame entra. Elle cherchait Cletus. Elle s'appelait Lucy Fortmain. Nelda lui offrir un bonbon. Nelda et Lucy parlèrent de leurs enfants. Ceux de Nelda avaient 39 et 43 ans.

Mais Lucy finit par avouer qu'il y avait un problème dans la résidence. Pour tout ce que le personnel donnait, il enlevait quelque chose aux résidents.

Lucy n'avait même plus de miroirs dans sa chambre. S'ils l'avaient laissée partir, Lucy se répartit dans la minute mais ces enfants ne voulaient pas d'elle.

Hamish pensait qu'ils étaient en prison. Même les chaises étaient vissées au sol.

Il voulait retourner chez ses enfants mais Nelda lui rappela combien ils étaient stricts.

Nelda avait besoin d'Hamish et lui fit promettre de rester avec elle dans la résidence.

Cletus revint et se terra dans leur douche. Lucy vint le chercher. Il pestait contre le personnel et voulait une piqûre.

Cletus et Lucy étaient là depuis 14 ans. Cletus fuyait le personnel car il ne voulait pas mourir.

Lucy lui demanda d'avoir du courage. Elle l'emmena à la charrette des morts qui les emmènerait à la Tour du Sommeil.

Hamish fit ses valises.

Nelda savait ce qui les attendait.

Elle avait lu sur la brochure de la résidence. C'était écrit à la fin, en petits caractères. Les vieux avaient tout ce qu'ils voulaient jusqu'au moment où ils avaient utilisé leur quota de médicaments. Après on les tuait.

Nelda ne voulait plus dépendre de ses enfants. Dans la résidence elle aurait droit à un peu de confort et de sécurité avant d'être tuée.

Hamish voulait rentrer chez ses enfants mais Nelda lui avoua que c'était leurs enfants qui avaient voulu les envoyer aux Champs d'or. Hamish voulut quand même partir. Et quand il sortit, il comprit qu'une rumeur sourde se dirigeait vers lui.

Un cimetière sur toute la terre par C. C. Mac App.

Tout a commencé par un incident technique survenu à la nouvelle machine comptabilisatrice d'une fabrique de cercueils. Cette erreur portant sur la deuxième décimale échappa à toutes les vérifications humaines et mécaniques.

Le budget consenti au chef de service publicité était 50 fois supérieur à ce que le chef attendait. Cette année-là, les affaires n'avaient pas été merveilleuses. Les acheteurs ne se pressaient pas aux portes des magasins.

La soudaine publicité pour les cercueils créa un choc.

Les journaux et tous les moyens d'information firent de la publicité pour les cercueils.

Jamais l'opinion publique n'avait essuyé assaut aussi violent. Les consommateurs se précipitèrent chez les marchands de cercueils. Les supermarchés ouvrirent un rayon de cercueils.

Les stations-service en vendirent aussi. Comme les instituts de beauté. La fièvre régnait en bourse. Des grèves éclatèrent.

Le Congrès fut convoqué et le Président fut autorisé à rationner le bois pour faire face à la pénurie. S'inclinant devant les pressions des groupes occultes, les États-Unis promulguèrent des lois interdisant l'incinération.

Le marché noir du cercueil apparut.

Le directeur de la publicité qui avait été à l'origine de ce bouleversement s'était battu en mettant en oeuvre les moyens formidables dont il disposait pour obliger les usines productrices à constituer des stocks.

Cela ne satisfaisait qu'une faible partie de la demande.

Les sociétés de pompes funèbres affrétèrent à prix d'or des avions à réaction, dépouillés de leurs sièges, sillonnant le monde pour acheter des cercueils dans le monde entier.

Le 23 décembre, la frénésie s'apaisa et les affaires marquèrent le pas.

Beaucoup d'États-Uniens possédaient plusieurs cercueils.

Quant aux habitants des autres pays, il valait mieux pour eux qu'ils ne mourussent pas dans l'immédiat.

Le chef de publicité avait été promu directeur des ventes et président-directeur général adjoint.

Fin janvier, il lança une nouvelle campagne. Il fallut se rendre à l'évidence : les modèles de Noël étaient démodés. Le cercueil était devenu le nouveau symbole de la respectabilité sociale.

C'était le marasme dans l'industrie automobile car les garages étaient remplis de cercueils. Le cours des valeurs pétrolières s'effondra.

Les cercueils les plus luxueux étaient de véritables maisons décorées.

Le plus vaste était de forme triangulaire, était baptisé « réunion de famille » et comportait une série de niches pour les parents, huit enfants plus deux petits camarades et le chat.

Les ventes reprirent de plus belle.

Le chef de la publicité pensait qu'il fallait faire en sorte que les gens se servent de leurs cercueils.

À présent, il disposait de tous les crédits qui lui étaient nécessaires.

Les choses commencèrent tout doucement et de manière si peu violente que rares furent ceux qui parlèrent de suicide.

Les adolescents organisèrent des « casse-pipe parties ». La mode de se répandit chez les adultes.

Les cercueils étaient vraiment confortables.

Il suffisait aux gens de fermer les yeux et ils mouraient, le sourire aux lèvres.

Le bloc communiste dénonça immédiatement ce mouvement comme un complot répugnant de l'impérialisme décadent.

La Chine expérimenta clandestinement la chose, se disant que c'était peut-être le moyen de pallier l'explosion démographique ; elle trouva que le système était bon.

Le bloc communiste lança son propre programme tout en expliquant qu'il était totalement différent de celui des États-Unis.

Au bout de deux ans, le monde se trouva débarrassé de la plupart de ses tourments.

Les États-Unis furent le dernier pays à succomber. Ils avaient mis au point un système de production de cercueils et d'inhumation presque entièrement automatique.

Enfin, un homme qui pensait être le dernier humain fit le tour de Denver à la recherche du cercueil qui lui convenait le mieux.

Il ne trouva et s'y installa.

Mais il restait Adams, un prospecteur et sa mule.

Il pensait que les Martiens étaient responsables de la disparition des hommes mais il lut un journal et comprit que tout était à recommencer.

Gagner la paix par Frederick Pohl.

1

Pendant la Grande Marche sur le Pentagone, Honest Jack Tighe, le père de la Seconde République, écrasa la plus puissante nation du monde avec un fusil de chasse.

Il s'enferma dans le bureau de Lincoln et rédigea la Déclaration des Torts.

Le premier tort était la vente forcée des biens. Le deuxième était la publicité, le troisième était la télévision commerciale.

Mrs Cossett fit remarquer à son mari Bill que dorénavant le toast du petit déjeuner n'était plus carbonisé et qu'on pouvait utiliser les mêmes instruments pendant six mois sans en racheter.

Bill dirigeait une concession Buick. Il avait 1841 voitures en stock car les usines souterraines continuaient de produire automatiquement.

Comme Tighe avait annoncé au pays que les gens n'avaient plus besoin d'acheter de voiture et que les cavernes continuaient d'en produire, Bill ne savait pas quoi en faire. Il décida d'aller à Washington.

2

Tout le pays était débordé de marchandises. Jack Tighe le savait. Les stocks s'accumulaient. C'était une affaire d'automation et d'écoulement.

Les usines étaient devenues automatiques pendant la guerre. C'était la publicité qui permettait l'écoulement mais c'était une oppression et Tighe la cessa. Tighe n'attachait aucune importance aux délégations de gens qui se plaignaient. Tighe reçut Bill Cossett, il fut impressionné par son discours il lui dit qu'il allait créer une commission d'action dans laquelle il placerait Bill. Il fut envoyé avec un groupe d'assaut devant l'usine souterraine de Farmingdale. Quand la guerre froide s'était réchauffée, l'Electromécanique nationale construisit des usines souterraines automatiques sur l'ordre du gouvernement pour fabriquer des armes sans que l'usine soit repérable par l'ennemi.

Les usines souterraines étaient capables, en l'absence de toute présence humaine, de produire, de transformer les articles, de modifier l'outillage et de fabriquer des modèles nouveaux. Les usines établiraient leurs prévisions de vente grâce à une liaison électronique avec l'ordinateur du Bureau de la Statistique et de la Démographie de Washington.

Les ordinateurs des usines souterraines indiquaient les endroits où se trouvaient les matières premières. Il y avait un bouton pour déclencher les usines mais il ne s'éteignait pas.

3

Bill était avec une troupe armée dirigée par le commandant Commaigne. Des camions sortaient des usines, ils étaient conduits électroniquement. Commaigne donna l'ordre de tirer sur les camions. Puis il fit entrer sa troupe dans l'usine. L'usine se défendit par des rafales de mitrailleuses.

Commaigne utilisa une arme créée par Churchill, le Winnie’s Pet, une sorte de taupe gigantesque, pour creuser une galerie dans l'usine. Ils purent avancer ainsi au centre de l'usine. Mais ils durent sortir car l'usine se défendit en détruisant le Winnie’s pet.

4

Tighe était surnommé l'invincible. Marlène Groshawk, la secrétaire de Tighe, suggéra de faire comme Sherlock Holmes, se déguiser pour tromper l'ennemi. Il fallait que la troupe de Commaigne se déguise en matières premières et l'usine la laisserait entrer.

Bill appela sa femme pour lui annoncer qu'il allait entrer dans la caverne. Il ne dit rien sur l'opération à venir car il se méfiait du téléphone.

Le capitaine Margate était le spécialiste de Tighe pour les matières premières. Il aida Commaigne à attaquer l'usine. Il décida de déguiser la troupe en morceaux de charbon.

Le risque, c'était que l'usine les utilise comme matières premières.

5

Commaigne, Bill et Marlène rentrèrent dans la caverne.

Ils s'enfermèrent dans une cavité de charbon. Le temps passa puis une machine vint attaquer le bloc de charbon dans lequel se trouvaient Commaigne et les autres. Ils bondirent sur un tapis roulant et se nichèrent au milieu des blocs de charbon qui glissaient vers l'usine. Il y avait une atroce lueur ocre car les machines voyaient par l'intermédiaire de cellules photoélectriques sensibles aux bandes extrêmes.

Il faisait chaud auprès des fours. Les trois envahisseurs étaient assourdis par le tumulte. Ils sautèrent du tapis roulant avant que la machine ne les attrape. Ils évitèrent des grille-pain qui se précipitaient dans leur direction. Marlène disparut. Elle était allée poser des bombes. Elle revint pour expliquer ce qu'elle avait fait. Les bombes firent exploser le tapis roulant. L'usine interrompit le travail et éjecta tout ce qui restait du tapis roulant avec Commaigne et ses amis.

L'usine se referma et abandonna ses activités.

Les jours suivants, les hommes de Tighe usèrent de la même tactique dans toutes les usines. C'était la victoire. Tighe ordonna une journée de fête nationale.

6

Tighe présenta les trois héros au peuple. Mais les usines se réveillèrent et envoyèrent des petits globes lumineux. C'étaient des cafetières d'un nouveau modèle inusable sans matières premières ! Les usines s'étaient adaptées.

Les ailes du chant par Lloyd Biggle jr.

Karl Brandon vit l'enseigne par hasard, « Antiquités » était écrit sur elle. Il poussa du coude son chauffeur et deux minutes plus tard, il était dans la boutique. Il était ému. Il demanda des briquets à l'antiquaire. Mais l'antiquaire lui en proposa des rouillés. Il fut intrigué par un objet et le saisit. C'était une boîte avec un long manche. C'était en bois. L'antiquaire lui demanda s'il avait déjà vu du bois. Brandon pensait avoir vu une table dans un musée. L'objet avec l'inscription « Jacob Rayman at ye Bell House, South Mark, London, 1688 ».

Presque 1000 ans d'âge.

Il n'y avait plus de larmes ailleurs que sur la terre. Mais ils avaient disparu après la Guerre. L'objet était un violon. L'antiquaire ne savait pas comment il fonctionnait. Brandon était surpris que le violon ne contienne pas de machinerie.

L'antiquaire en demandait 1000, Brandon refusa et partit. Il collectionnait les briquets mais voulait collectionner autre chose alors il retourna à la boutique pour acheter le violon. Brandon parla du violon à Morrison. Ils avaient trouvé un livre montrant un violoniste. Morrison pensait qu'il manquait des pièces au violon.

Il ne savait pas comment on en jouait.

Brandon dit que même le professeur Wettz n'en avait pas la moindre idée. Le violon avait un trou et Brandon voulait que Morrison l'aide à trouver quelqu'un qui serait le réparer.

Parker, le secrétaire de Brandon avait trouvé une formule pour la colle à bois grâce au directeur du Musée du Congrès. Mais Parker n'avait pas trouvé de bois.

Brandon appela Morrison sur son visiophone pour lui demander de l'aide. Morrison avait déjà cherché, en vain.

Brandon sourit car il vit que la découverte du violon avait piqué Morrison beaucoup plus qu'il ne l'avait imaginé.

Parker chercha du bois pendant une semaine, en vain. En revanche, il avait appris, par la salle de référence de la bibliothèque, qu'il y avait eu un sculpteur sur bois 100 ans plutôt sur Beloman. C'était écrit dans un livre intitulé « Métiers bizarres ».

Brandon avait des mines sur Beloman. Il allait y faire un tour. Ils arrivèrent un jour de pluie.

Charles Radzel, le directeur résident, les accueillit. Brandon demanda à Rodzel s'il avait déjà vu du bois mais Radzel ne savait pas ce que c'était.

Mais Radzel avait pourtant entendu parler du sculpteur sur bois.

C'était le vieux Thor Peterson. Il demandait des prix fantastiques et travaillait sur commande.

Il était encore vivant deux ans plus tôt. Radzel le retrouva et donna l'adresse à Brandon qui y alla avec Parker. Ils virent un arbre dans le jardin de Peterson et en furent très surpris. Le vieux les accueillit. Il ne pouvait plus marcher. Il venait de sculpter une tête de femme sur bois. Brandon en resta bouche bée.

Peterson était très vieux mais ce n'était pas lui qui était cité dans le livre trouvé par Parker, c'était son arrière-grand-père. Sa famille était une lignée de sculpteurs qui avait un secret pour cultiver les arbres. Mais Peterson était le dernier de sa lignée car ses fils avaient trouvé une bonne situation et ne voulaient pas suivre sa voie.

L'arbre qu'il possédait était le dernier car il n'aurait plus d'intérêt à en faire pousser un autre.

Brandon pensait que c'était peut-être le dernier arbre de toute la galaxie. Peterson avait livré le secret de la culture des arbres à beaucoup de gens mais personne ne s'y était intéressé. Brandon montra le violon à Peterson qui demanda ce que c'était. Brandon lui dit que c'était un instrument de musique. Peterson le trouva splendide. Brandon lui demanda de le réparer parce qu'il voulait en jouer. Peterson refusa car il avait une flûte léguée par son grand-père mais ne savait pas en jouer. Pour lui le secret de la musique était mort et il ordonna à Brandon d'enterrer le violon.

Brandon refusa et insista pour que Peterson répare le violon. Peterson était persuadé que l'ancienne musique était morte. Brandon partit.

Il acheta du bois. Il acheta les sculptures de Thor grâce à Parker qui les cherchait. En quelques jours, il avait réuni la plus grande collection de bois de toute la galaxie.

Il avait donné de l'argent à l'agent de Peterson pour acquérir sa production à venir. Brandon rentra avec Parker. Il sacrifia une boîte en bois à un technicien, Poliver qui apprit à travailler le bois. Poliver réussit à reboucher le trou du violon après plusieurs essais. Un chimiste de Brandon réussit à lustrer le violon sur la pièce rapportée.

Des techniciens sculptèrent le chevalet et les chevilles. La touche fut fabriquée en plastique. Un technicien comprit de quoi était faites les cordes et en fabriqua.

Le professeur Waltz montra comment les chevilles fonctionnaient et comment la position des doigts changeait le son.

Brandon réussit à faire de la musique en grattant les cordes mais refusa qu'on lui fabrique un archet.

Il reçut les dernières créations de Peterson. Il avait fabriqué un violon de mémoire. Brandon retourna le voir. L'arbre avait disparu. Peterson était mort.

Brandon eut la subite et fulgurante intuition d'une musique mais il fit tomber le violon dans l'eau et le violon flotta avant de s'écraser dans les tourbillons de la rivière.

… Et pour toujours Gomorrhe par Samuel R. Delany.

Bo, Lou, Muse, Kelly et le narrateur étaient au jardin du Luxembourg. Ils s'amusaient à frapper une pissotière avec un couvercle de poubelle et cinq hommes en sortirent. Puis ils allèrent à Houston puis à Galeston. C'étaient des spatiaux.

Ils allaient au Mexique. Ils cherchaient des Frelks.

Ils partirent à Istanbul. La dernière fois qu'ils y étaient allés, un homme et une femme étaient déguisés en spatiaux pour recoller les Frelks. Les spatiaux sortaient du centre d'entraînement à 16 ans.

Le narrateur fut abordé par une Turque qui cherchait son chemin. Elle vit qu'il était un spatial. Elle lui demanda de quel sexe il était avant de devenir un spatial. Il avait été masculin. Il avait 25 ans. Il espérait qu'elle lui donnerait de l'argent mais elle était pauvre. Les spatiaux étaient opérés car les voyages spatiaux rendaient stérile. Ils étaient sélectionnés parmi les enfants dont les réflexes sexuels étaient irrémédiablement retardés à la puberté. Les spatiaux fréquentaient les Frelks car ils étaient les seuls à être attirés par les spatiaux. La Turque était une Frelk.

Les Frelks aimait les spatiaux parce qu'ils ne pouvaient pas les désirer. Elle lui proposa d'aller chez elle.

Sur le palier, il y avait un portrait d'Atatürk et chez elle des paysages de Mars et de la lune. Elle collectionnait tout sur les spatiaux. Elle avait de nombreux livres de science-fiction. Elle l'invita à boire et à manger. Elle peignait et était solitaire. Elle lui demanda de partir en lui conseillant d'aller à l’allée des fleurs. Il y trouverait ce qu'il cherchait. C'était l'endroit des Frelks. Mais il ne voulait pas être payé par des Frelks et il lui dit. Elle répondit que l'allée des fleurs était le lieu des spatiaux elle pensait qu'il y rencontrerait des personnes qu'il connaissait.

Il partit et trouva des spatiaux à l'allée des fleurs. Il se saoula avec eux.

Payement d'avance par William Tenn.

Un vaisseau pénitentiaire atterrit à New York.

Les journalistes montèrent à bord. Ils allaient revoir les prisonniers. Les prisonniers étaient en costume de bure. Certains caressaient un petit paquet proprement enveloppé de papier brun.

Le gardien appela le Nicholas Crandall et Otto Henk, deux prisonniers. Ils étaient couverts de cicatrices. Ils allaient être libérés. Ils allaient être interviewés par les journalistes car ils avaient purgé la peine la plus sévère et ils avaient survécu. Crandall ordonna à Henk de ne pas dire ce qu'il comptait faire une fois libre. Henk ne devait pas dire non plus pour quel meurtre il avait été condamné.

Henk avait l'intention de tuer sa femme Elsa. Elsa était responsable de la condamnation de son mari. Anderson, le gardien chef leur ordonna de répondre aux questions des journalistes. Il dire qu'ils étaient contents d'être libres qu'ils allaient manger un bon repas. Henk voulait se saouler. Ils mentirent en disant qu'ils n'avaient pas été traités trop mal.

Les journalistes leur demandèrent qui ils allaient tuer une fois qu'il serait libre mais Crandall et Henk ne répondirent pas et cela provoqua l'hilarité des journalistes.

Le reporteur annonça aux téléspectateurs que Crandall et Henk avait purgé une peine pour condamnation volontaire pour meurtre et avait ainsi acquis au regard de la loi le droit de commettre un meurtre chacun.

Crandall et Henk avaient servi 7 ans sur les planètes pénitentiaires. Ils avaient le statut de pré-criminels. Un journaliste tarauda Henk pour lui faire avouer qui il allait tuer.

On lui demanda ce qui avait été le plus dur pendant les sept ans de captivité. Il raconta qu'il avait perdu un doigt en touchant un caillou. C'étaient des cailloux vivants et affamés. Henk avait perdu un deuxième doigt dans un accident. Il évoqua les guêpes géantes sur Antarès VIII.

Les journalistes demandèrent à Crandall s'il s'attendait à trouver la terre changée et Crandall avait vu que les journalistes avaient des caméras volantes. C'était un certain Stephanson qui les avaient inventées.

Crandall connaissait Stephanson et il se préparait à le tuer.

D'après les statistiques, il revenait en moyenne un seul pré-criminel ayant purgé la totalité de la peine pour meurtre tous les 11,7 ans.

Crandall et Henk étaient donc exceptionnels.

Les pré-criminels qui renonçaient à purger la totalité de leurs peines pouvaient demander à être libre mais ils ne recevaient rien en échange du temps passé sur les planètes pénitentiaires qu'ils avaient préparées pour la colonisation.

Si les pré-criminels tuaient avant d'avoir purgé leur peine, ils devaient retourner sur les planètes pénitentiaires et leur peine recommençait à zéro.

Les meurtres prémédités avaient baissé de 41 % sur Terre depuis l'instauration de ce système.

Crandall et Henk allèrent boire dans un bar. Crandall but à la mort de leurs ennemis.

Elsa avait profité de Henk pendant 12 ans. Elle l'avait envoyé en prison quand il s'était rebellé et il l'avait suppliée pour avoir le divorce.

Un homme entra dans le bar et envoya une boule sur Crandall mais Crandall réussit à l'esquiver et Henk la balança par la fenêtre.

C'était une boule de pissenlits vénusiens qui pouvait rendre infirme.

Crandall avait connu Stephenson au collège. Stephenson était un escroc. Il avait laissé Crandall inventer le système de caméras volantes puis il lui vola l'idée. Crandall alla dormir au Ritz et Henk chez son cousin.

Crandall avait peu d'attaches avec ce monde. Ce qu'il devait se procurer rapidement, c'était une femme. Il s'acheta une arme. Le vendeur l'avait reconnu et lui dit qu'il espérait que Crandall aurait sa victime.

Il se renseigna sur Stephenson par la télévision. Il était devenu riche grâce au Système Stephenson. La télé l'informa que Stephenson était parti au Tibet central. La télé informait tout le monde sur Crandall et où il habitait. Polly appela Crandall. Son visage apparut sur la télévision. Elle le supplia de ne pas la tuer car elle l'avait trompé et elle pensait qu'il était revenu pour la tuer. Il avait espéré se remettre avec elle.

Il se sentait comme s'il venait de découvrir que le Père Noël n'existait pas quand il apprit que Polly n'était pas la femme fidèle qu'il avait aimée.

Édward Ballaskia l'appela. Il proposa de l'argent à Crandall pour qu'il tue un de ses concurrents financiers. Crandall coupa la communication. Il voulait manger dehors.

Mais son frère vint le voir. Il était venu lui dire qu'il avait couché avec Polly, la femme de Crandall. Nick dit à son frère qu'il pourrait le tuer quand il voudrait et qu'il ne se défendrait pas.

Crandall alla au restaurant en pensant à Polly et son frère Dan. Tous les deux s'étaient complètement trompés en croyant que Crandall voulaient les tuer. Ils avaient été incapables de s'en rendre compte.

Une très belle femme l'aborda et s'assit près de lui. Elle savait qui il était.

Elle lui demanda si c'était vrai que la peine pour un meurtre et celle pour le viol le plus brutal qu'on puisse imaginer étaient les mêmes.

Crandall comprit ce qu'elle voulait et s'enfuit.

Rentrer à l'hôtel, il reçut un appel de son ancien ami Irv.

Irv avoua qu'il avait pioché dans la caisse pour faire croire à Crandall qu'il était en faillite et que Crandall revende ses parts et quitte l'entreprise.

Irv voulait l'entreprise pour lui seul et il avait récolté le succès. Il pensait que Crandall voulait le tuer alors il proposa de l'engager et de lui donner 45 % des bénéfices. Crandall coupa la communication.

Henk vint le voir. À ce moment-là, Stephenson apparu sur l'écran de la télé. Crandall lui fit croire qu'il n'avait aucune rancune contre lui et qu'il ne le tuerait pas.

Stephenson proposa de l'indemniser.

Henk dit à Crandall que sa femme était partie sur la lune et qu'elle était morte parce que son masque à oxygène était bouché juste un mois avant qu'il revienne pour la tuer. Stephenson avait été le seul à ne pas vouloir le supplier.

Crandall jeta ses armes contre les vitres de sa chambre qui explosèrent.

Un policier accourut et voulut arrêter mais Crandall lui montra son certificat de précriminel qui valait sept ans de peine contre les 30 jours dont le menaçait le policier.

La course des papillons de nuit par Richard Hill.

Le stade était plein. Les gens souffraient de la chaleur pour la première fois de leur vie. La course ne devait pas commencer avant une heure. John Van Dorn avait pris le trottoir roulant de la gare au stade. Il était étonné de son exploit. Un billet pour la course était, pour lui, l'unique moyen de voyager. Un seul homme avait gagné la course. John voyait les caméras du médium il savait que le monde entier regardait.

Personne ne savait pourquoi il avait eu un billet pour le stade. John avait eu le billet mais il devait renoncer au seul jour où il avait droit à son cachet de Trankilon car c'était interdit au stade. Le vin n'était autorisé que dans le stade. Tout le monde sautait sur l'occasion pour en boire.

C'était du vin synthétique. Seul le champion de la course pouvait boire du vrai vin. Toutes les sensations des spectateurs du stade étaient retransmises par le médium sauf celle procurée par le vin.

En dessous de John se trouvait la loge des dignitaires et il vit le champion.

John se souvenait du temps avant que la course n'existe. Il y avait eu un champion au bout de cinq ans. Le champion était suivi par le médium. On le voyait chasser le lion, pêcher le dauphin, escalader des montagnes dans les zones interdites. Les téléspectateurs avaient suivi son histoire d'amour avec Rita Landers. C'était elle la seule star du médium, l'unique cible du désir masculin.

Les gens avaient vu le champion faire l'amour avec d'autres femmes choisies dans le monde entier. Les gens avaient « vécu » les conquêtes du champion par l'intermédiaire du médium. Ils étaient impatients de « vivre » ses repas car le champion avait droit à autre chose que des algues et de la levure vitaminée.

Il mangeait de la viande et bien d'autres choses encore. C'était une des raisons qui faisaient courir les hommes. John ne courrait jamais même s'il en avait le droit commun membre du public. Le voisin de John lui parla. Il avait un accent malgré l'Unification Linguistique provoquée par le médium. L'homme voulut savoir si John allait participer à la course mais John répondit non car elle était sur la liste d'attente pour se marier. Mais il y avait autant de chances de se marier que de gagner la course. Le voisin trouvait le champion non démocratique car il ne parlait pas de ce qu'il ressentait en faisant l'amour.

Il y avait six coureurs sur la piste, un de plus que l'année dernière.

Un jeune garçon venait de descendre pour être coureur. Il aurait pu vivre 80 ou 90 ans avant d'échouer à la visite médicale. Il n'aurait jamais été malade, ni angoissé, ni affamé, ni sexuellement frustré. Il aurait pu se mettre sur la liste d'attente pour avoir un enfant. Il aurait pu être sélectionné pour entrer au gouvernement si ses tests de présenter une aptitude de ce type.

Mais la course était le seul moyen de devenir un héros même si on perdait. Les coureurs avaient leur photo dans le monde entier pendant un an. Il y avait quelque chose dans la course qui dérangeait John mais il ne aurait jamais avoué à personne.

Les six coureurs donnèrent leurs cassettes informatiques pour que leur CV soit enregistré par l'ordinateur. Ils montèrent dans des voitures en aluminium peintes de couleurs vives.

Les ingénieurs sociaux étaient inquiets au sujet du Trankilon. Ils n'étaient pas certains qu'un comportement indésirable ne pouvait pas refaire surface. La course servait donc à libérer la tension. La foule cria en voyant le champion et Rita dans le stade.

Les coureurs devaient rouler à 100 km/h pour faire un tour de piste en deux minutes. L'ordinateur levait des portes sur la piste sur lesquelles les pilotes s'écrasaient sans pouvoir les éviter sauf en ayant de la chance. Il y avait aucune possibilité de contrôler son sort. John comprit que c'était mieux de voir la course dans le stade. La foule formait un tout unissant la tristesse et la force de chacun.

Le stade débordait d'émotion. La course était terminée. Les six coureurs avaient été tués.

Les spectateurs avaient l'impression d'être libérés d'un poids.

Le champion décida de courir pour défendre son titre.

La foule n'en revenait pas. John avait croisé son regard et avait senti sa tristesse. Il s'écrasa contre une porte. John cria pour réclamer un champion et la foule l'imita. Puis le cri collectif devint : « je serai le champion » et la foule descendit sur la piste.

Les colporteurs de souffrance par Robert Silverberg.

Northrop fournissait des programmes pour les chaînes de télé. Il avait une voiture blindée car les producteurs de télé étaient exposés aux attaques des loufoques.

Il se rendit à l'hôpital. Il y avait encore des infirmières mais aussi des robots.

Northrop avait commencé à la télé en réalisant un documentaire sur les fossiles vivants des couloirs hospitaliers.

Il alla voir un malade entouré par sa famille.

Il voulait filmer l'amputation du malade sans anesthésie et proposa à 10 000 $ à la famille pour les soins du malade et en le regardant il savait qu'il ne survivrait pas. C'était un cas excellent pour la télé.

Les millions de téléspectateurs étaient friands des cas de souffrance. Northrop proposa 15 000 $ et tous les frais d'hôpital et la famille accepta. Northrop ne se sentait pas responsable de la souffrance du malade. Il ne faisait que donner au public ce que ce dernier réclamait.

Northrop voulut se débarrassait de Maurillo, son assistant, qui n'avait pas su négocier avec la famille du malade. Il appela Maurillo pour lui annoncer qu'il l'augmentait mais le transférerait aux programmes pour enfants.

Maurillo avait traduit. Cela signifiait qu'il était viré du programme ou il était numéro deux pour aller dans un programme ou il serait numéro trois.

L'augmentation de salaire ne comptait pas puisque les impôts allaient tout rafler.

Maurillo refusa et démissionna.

Northrop trouva un autre assistant, Barton.

Il alla voir la projection du film sur l'amputation du malade qui n'avait pas survécu.

Northrop capta les sensations du malade car il avait des électrodes diffusant les ondes cérébrales du malade enregistrées pendant l'opération.

Il trouva le spectacle réussi. Mais en sortant de la projection, Northrop fut interpellé par le fils du malade.

Henry Gardner traita Northrop d'assassin.

Gardner tira dans le ventre de Northrop avec un lance-feu. Maurillo arriva et vit son ancien patron blessé. Il appela une équipe de tournage.

Maurillo lui refusa des soins et l'anesthésie. Il voulait que Northrop souffre.

Maurillo travaillait pour des contrebandiers de la Transcontinentale qui distribuait des films chirurgicaux à l'étranger.

Northrop survécut une heure.

Largement assez pour enregistrer les affres de son agonie.

Sa dernière pensée fut que c'était une sacrée déveine de ne pouvoir tenir la vedette dans sa propre émission.

Les sculpteurs de nuages de Coraild par J. G. Ballard.

Durant tout l'été, les sculpteurs de nuages venus de Vermilion, Sands, lancèrent leurs planeurs multicolores au-dessus des tours de corail surplombant la route menant à Lagune Ouest.

Les gens de la route Corail D observaient les figures des nuages.

Les portraits les plus étranges sculptés sur les nuages étaient ceux de Leonore Chanel. Le narrateur avait été pilote mais infirme, il se mit à construire des cerfs-volants et des planeurs. Il rencontra Nolan et Petit Manuel qui utilisèrent ses planeurs pour aller sculpter les nuages avec de l'iodure d'argent. Ils engagèrent Charles Van Eyck.

Le pilote infirme tendait son casque pour recevoir l'obole des automobilistes tandis que ses amis sculptaient les nuages. Dans le ciel Van Eyck pastichait Léonard de Vinci.

Mais Nolan détruisit la Joconde de Van Eyck et cela entraînera un combat aérien. Van Eyck

fut touché par le pulvérisateur de Nolan et atterrit en catastrophe.

Une Rolls blanche s'était arrêtée. Un secrétaire en sortit. C'était le secrétaire de Leonore Chanel qui avait vu leurs nuages et qui leur proposait un confortable salaire s'ils acceptaient de sculpter les nuages à Lagune Ouest.

Leonore serait leur unique modèle. Leonore Chanel fournirait les nuages. Leonore était la fille d'un des financiers les plus riches du monde et veuve d'un timide aristocrate de Monaco, le comte Louis Chanel.

Leonore leur fournit de violents nimbus alors que Nolan et Van Eyck sculptaient des cumulus.

Béatrice Lafferty, la secrétaire de Leonore accueillit le commandant Parker (le narrateur) et ses amis en expliquant ce que Leonore voulait.

La villa de Leonore comportait des portraits d'elle peints par Dali et Francis Bacon.

Nolan avait peint Leonore avec un visage de cadavre.

Elle avait voulu qu'il le recommence mais dans les nuages.

Leonore traita les amis de Nolan avec mépris et lui demanda pourquoi il s'entourait d'éclopés.

Nolan et ses amis sculptèrent dans les nuages pour la soirée organisée par Leonore. Ses invités applaudirent en découvrant son portrait dans les nuages.

Nolan sculpta le portrait de Leonore avec la même intention qu'il l'avait reproduite dans la peinture cadavérique.

Le lendemain, Van Eyck et Petit Manuel donnèrent leur dernière représentation.

Nolan ne vola pas avec eux.

Il y avait des gros nuages d'orage. Mais Petit Manuel s'envola pour lutter contre un nuage noir qu'il sculpta en Leonore satanique. Il se tua quand son planeur fut détruit par l'orage.

Nolan s'envola pour diriger le cyclone sur la maison de Leonore. Leonore fut tuée par le cyclone. Van Eyck se suicida en se pendant et Nolan ne réapparut pas. Parker s'installa avec Béatrice, la secrétaire de Leonore, dans l'atelier de Nolan.

Un homme vint les voir pour leur dire qu'il avait vu un pilote sculpter les nuages. Il avait reproduit le visage d'un nain. Nolan n'était peut-être pas mort avec le cyclone.

Mécène par William Rostler.

Le narrateur évoque le portrait de Diana par Michael Cilento. C'est un portrait en trois dimensions. Ce portrait est universellement reconnu comme un chef-d'oeuvre.

L'artiste en était écoeuré. Il travaillait avec un cube de sensation. Il avait réalisé le portrait de Diana qui l'avait rendu célèbre. Diana était la gourgandine la plus mal famée et la plus riche de la Société.

Le narrateur était un mécène. Il rencontra Michael Cilento à Ostie.

Il discuta avec lui de Diana qui l'avait rendu célèbre. Michael demanda si la célébrité était l'objectif de l'art.

Michael voulait la liberté. Le mécène s'appelait Brian Thorne.

Thorne demanda à Michael de portraiturer une certaine Madelon.

Il ne pouvait pas à cause d'autres commandes.

Thorne savait que le chef-d'oeuvre de Diana ne venait pas du néant et il avait cherché les oeuvres précédentes de Cilento. Il les avait achetées.

Mickaël avait portraituré sa grand-mère et regrettait d'avoir été obligé de vendre ce portrait.

Michael et Brian évoquèrent les différentes façons dont les artistes avaient exprimé leurs représentations des femmes. Cilento voyait les femmes comme des illusions. Elles le fascinaient car il pensait qu'elles n'étaient jamais les mêmes d'un instant à l'autre.

Brian et Michael ne se virent plus pendant quelque temps. Mickaël avait fait un portrait pornographique de sa maîtresse que le jeune chah d'Iran acheta pour l'installer dans ses jardins de Babylone.

Brian revit Mike au vernissage de sa série « Système solaire ». Mike était agacé par les vernissages.

Brian lui demanda de portraiturer Madelon mais Michael refusa encore car il devait d'abord faire le cube d'une fille qu'il connaissait.

Mais Michael cherchait un endroit tranquille alors Brian lui proposa de venir chez lui. Mickaël accepta. Ils parlèrent d'art et Michael réalisa que Brian parlait comme un artiste plus que comme un homme d'affaires. Brian insista pour que Michael fasse un cube de son amie.

Ils ne se revirent que quatre mois plus tard. Michael avait fini le cube de Sophie. Il accepta de voir Brian à Athènes. Brian voulait que Michael fasse un portrait de son amie Madelon. Il l'avait rencontrée quand elle avait 19 ans. Elle lui avait semblé différente de toutes les femmes qu'il avait connues. Il l'emmena au « Terre, Feu, Air et Eau » à San Francisco.

Il reçut un rapport sur elle avant d'aller plus loin dans leur relation. Elle devina qu'il avait un rapport. Ce rapport disait qu'elle était la fille illégitime de Mme Tchang Kai-chek et de Johnny Cannabis.

Le « Terre, Feu, Air et Eau » était une boite de nuit. Chaque élément était un étage.

Puis il l'emmena chez lui et sa vie en fut changée. Il l'épousa. Ils étaient amis autant que le mari et femme. Elle avait des amants mais Brian la laissait libre. Brian vit le nouveau cube de Mike exposé dans la galerie Athéna. Madelon le regardait aussi. Mike fut fasciné en la rencontrant. Il accepta de la portraiturer dans un cube.

Brian voulu passait un peu de temps avec Madelon avant de faire son portrait. Brian aimait Michael car il le trouvait différent de la plupart des gens. C'était un original, en passe de devenir une légende.

Brian laissa Michael emmener Madelon à Madagascar, à Capri et à New York.

Ils devinrent amants.

Brian savait que les femmes de grande beauté préféraient Michael parmi tous les artistes.

C'est pour ça que Brian avait demandé à Michael de portraiturer sa femme.

Brian voulait un portrait de Madelon pour que tout le monde sache qu'elle était sienne. Il comprit que tout son mécénat était égocentrique.

Le pape contacta Brian pour qu'il l'aide à convaincre Michael de se charger des sculptures de son tombeau. Madelon ne l'appela pas. Elle ne lui envoya qu'une bande-vidéo. Brian fut triste de voir Madelon fascinée par Mike. Il en fut offensé. Brian parla à Madelon. Elle lui dit qu'elle ne s'était jamais sentie aussi heureuse. Brian coupa la communication.

Il éprouva de la haine pour Michael pendant un long moment.

Il chercha l'oubli dans ses occupations financières. Madelon l'appela pour lui dire que le cube était fini. Brian vit que le cube était le plus grand et le plus beau du monde. En le regardant, Brian oublia sa jalousie envers Michael. Il trouva l'oeuvre stupéfiante et félicita Mike.

Mais Mike déclara que Madelon partait avec lui. Madelon dit à Brian qu'elle était désolée.

C'était presque une transaction commerciale : la plus grande oeuvre d'art contre Madelon. Brian continua ses affaires mais se sentit seul le plus souvent. Il se demandait si l'échange en valait la peine en regardant le cube de Madelon. Car le réalisme de l'art n'est pas le réalisme de la réalité.

Monde en tranches le mardi seulement par Philip José Farmer.

Accéder à mercredi était presque impossible. Tom Pym avait rêvé de vivre un autre jour de la semaine. Il avait joué dans deux dramatiques à la télé où il accomplissait ce rêve.

Un jour sa maison avait été incendiée. Cela avait eu lieu le dernier des huit jours du printemps.

Il déposa une demande de logement auprès de Mrs Bellefield.

Le soir, il dormit dans un centre d'hébergement.

Il avait droit à 4 heures de sommeil réglementaires pendant que le champ d'induction accélérait son onirythme.

Puis il pénétra dans le cylindre vertical d'éternium elle perdit connaissance après avoir appuyé sur un bouton. Il devait passer encore trois nuits dans le pétrificateur public.

Trois jours de printemps s'étaient écoulés.

Le quatrième jour, il fut officiellement avisé qu'il pouvait s'installer dans la maison même qu'il avait choisie.

Il connaissait des personnes qui avaient dû attendre une année entière (48 jours) avant d'avoir une maison. Il emménagea avec trois jours de printemps à savourer devant lui.

Il lui faudrait s'acheter de nouveaux vêtements et faire des courses. Parfois, il regrettait d'être né comédien. Ceux qui faisaient de la télé travaillaient cinq jours, parfois six jours de suite alors qu'un plombier ne travaillait que trois jours sur sept.

Sa nouvelle maison logeait huit personnes par jour y compris lui-même. Mabel Curta lui montra à la salle des pétrificateurs. Elle avait 35 ans (temps de mardi). Elle en était à son troisième divorce. Tom était entre deux mariages. Il vit une fille qu'il trouva belle.

Elle s'appelait Jeannie Marlowe, avait 24 ans. Elle était née en 2031 et était comédienne.

C'était une enfant de Mercredi. Aussi, Tom savait que son désir ne serait jamais satisfait.

Après quelques verres, Tom trouva Mabel excitante.

Plus tard, Tom et Mabel descendirent la salle de télévision. Tout le monde regardait les infos du mardi précédent et du jour même. Le président de la Chambre prenait sa retraite à l'expiration de son mandat. Sa période d'utilité était terminée. La télé montrait la Pierre tombale qui lui était réservée. Lorsqu'un jour les scientifiques maîtriseraient la technique de la réjuvénation, il sortirait de pétrification.

Les informations annonçaient une enquête dans l'administration du comté. On reprochait aux employés de Lundi de ne pas programmer correctement les ordinateurs pour ceux de Mardi.

Les cinq dernières minutes des infos étaient consacrées aux événements marquants des autres jours que le mardi mais cela n'intéressait pas les voisins de Tom.

Tom alla dans la salle de pétrification pour voir Jeannie Marlowe. Ça lui fit mal car elle n'était pas pour lui. Tom aurait bien voulu sortir de son « cercueil » en même temps qu'elle. Mais il y avait le mur infranchissable du Mercredi. Il alla dormir puis en se réveillant il alla à la salle des pétrificateurs où toute la maisonnée était assemblée.

Tom n'avait connu que des mardis toute sa vie. Il pourrait rester dans sa chambre et à attendre le mercredi et ne pas redescendre avant l'émission du champ mais il enfreindrait la loi et serait jugé. Il aurait été condamné à la pétrification. Alors il enregistra un message pour Ms. Marlowe.

Il dit qui il était et qu'il la trouvait belle. Il lui demanda de lui prêter quelques copies des dramatiques dans lesquelles elle jouait.

Les policiers avaient droit à 10 minutes entre les deux jours pour agir en cas de cataclysme. À chaque fois que les gens se réveillaient pour vivre dans leur jour, leurs muscles réagissaient avec un très léger retard à la position verticale.

Ms. Marlowe avait enregistré un message pour lui. Elle disait que Tom n'était pas le premier à lui laisser un message d'un autre jour que le sien. Elle avait répondu pour ne pas le vexer mais lui demanda de ne plus laisser de message car elle était raisonnable.

Les jours de travail, Tom avait droit à une sieste de 14:40 à 14:45. Il rêva de Jeannie. Le soir il alla voir Jeannie dans son pétrificateur. Il alla à l'Administration centrale pour obtenir un formulaire. Il passa deux jours dans la queue. La première fois, on lui donna le mauvais formulaire. Quand il eut le bon formulaire, il fit la queue devant les machines à cocher. Il ne restait plus qu'à attendre. Il espérait qu'il pourrait vivre les mercredis avec Jeannie.

Il alla à une soirée offerte par le producteur Sol Voremwolf qui venait de franchir un grade dans l'administration. Il avait passé la soirée avec Mabel mais alla voir Jeannie dès son retour. Il lui laissa un autre message. Mabel le surprit et se moqua de lui. Il lui répondit quelque chose de blessant.

Trois jours plus tard, il reçut une lettre. Sa demande était refusée par l'administration. Il était en colère. Mais il décida de redemander à partir vivre le mercredi.

Il reçut une réponse à sa deuxième demande l'été suivant. On lui expliquait qu'il devrait voir un psychologue qui analyserait ce que son astrologue lui avait dit au cas où il avait décidé de vivre le mercredi à cause d'une prédiction astrologique. Il alla voir Jeannie pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il lui fallut un an pour trouver un psychologue et un an pour participer aux trois séances nécessaires. Le docteur Sigmund Traurig était ami de l'astrologue Stelheta ce qui facilita les choses.

Le psychologue voulut bien l'aider à partir du Mardi à condition qu'il s'engage à voir un psy le Mercredi. Son dossier fut transmis aux autorités du Mercredi. Il l'aimait Jeannie parce qu'elle ne pouvait pas refuser ses avances. Se plaindre. Pleurer. Le flanquer à la porte. L'insulter ou quoi que ce fût d'autre. Il l'aimait parce qu'elle était inaccessible et muette.

Le docteur Traurig intriguée par la passion de Tom voulut voir à quoi ressemblait Jeannie. Puis il donna le feu vert car il la trouvait belle mais pensait que Tom allait au-devant d'une grosse déception. Puisque Jeannie était si belle, pourquoi était-elle seule. Le docteur était méfiant. Un jour, Tom reçut la lettre d'acceptation et la marche à suivre pour partir le Mercredi.

Mabel pleura en apprenant son départ. Tom eut mauvaise conscience mais il ne fit pas un geste pour la consoler. Il y eu une fête avec ses voisins et Mabel lui souhaita bonne chance. Il arriva à Mercredi. Le décor était le même mais il avait l'impression d'être sur Mars.

Le cylindre de Jeannie avait disparu. Elle avait eu son transfert pour Mardi. C'était le docteur Traurig qui avait appuyé la demande de Jeannie qui elle aussi souffrait de ne pas vivre avec Tom.

Plus fort que la camisole par Wyman Guin.

Mary Walden avait effectué cette mutation de personnalité un peu plus tôt dans la journée. Carl Blair lui fit passer un mot grivois pendant la fin du cours. Mais le professeur Mrs Harris obligea Carl à lire son message à voix haute. Personne n'osa rire. Ensuite, elle obligea Mary à lire son exposé. Elle lut un exposé sur la schizophrénie depuis l'époque pré-pharmaceutique.

Au XXe siècle, les schizophrènes étaient enfermés et on les prenait pour des fous.

Aujourd'hui, on enfermerait ceux qui prennent les schizophrènes pour des fous.

Les drogues permirent aux schizophrènes de vivre avec leurs différentes personnalités dans le même corps. On se rendit compte qu'il y avait des schizophrènes surdoués.

Pendant les années 1990, eut lieu la Grande Emancipation. Les drogues furent si efficaces que les schizophrènes furent libérés par millions des asiles. Ils ne furent inquiétés que lorsqu'ils refusaient de prendre leurs drogues.

Il y a habituellement deux personnalités chez un schizophrène : l'hyperalter, au moi primordial, et l'hypoalter, le moi de remplacement. Il y en a souvent plus de deux mois. Médipol obligea les schizophrènes à prendre leurs drogues pour que cela ne risque plus d'arriver.

À la suite du Congrès Mondial de 1997, des lois rendirent les drogues obligatoires pour tout le monde.

Cela engendra des conflits car certains voulaient rester modernes et se faire la guerre. Le corps médical eut pour mission de tuer tous ceux qui refusaient de prendre leurs drogues.

Grâce à la permutation des personnalités, l'hyperalter et l'hypoalter avaient le droit de prendre possession du corps pendant cinq jours chacun.

Mary eut un malaise et Mrs Harris lui injecta une drogue. Mrs Harris lui expliqua qu'elle avait du mal à s'adapter aux drogues à cause de sa jeunesse mais que cela passerait. Mary pensait que son malaise venait de son hypoalter, Susan Shorrs.

Ce que Susan faisait parvenait à Mary sous forme de ce que les anciens appelaient des rêves.

Mary était énervée par Susan qui ne prenait jamais soin de son corps.

Mrs Harris emmena Mary au dispensaire. Le médiflic s'occupa d'elle. C'était le capitaine Thiel, l'un des plus gentils. On la radiographia et elle eut une prise de sang.

Mary voulut savoir comment était Susan.

Thiel lui apprit qu'elle était sympathique mais il la trouvait moins jolie que Mary.

Mary se plaignit que Susan mange de la choucroute car cela rendait Mary malade quand elle récupérait son corps.

Mary avait peur que son père la déteste à cause de Susan mais Thiel lui dit que c'était impossible car le père de Mary n'était jamais là quand Susan prenait son tour de permutation.

Thiel changea le traitement de Mary. Il lui dit que quand elle aurait 14 ans elle devrait observer les lois sur les drogues.

Mary demanda à Thiel comment un corps pouvait changer à ce point lors d'une permutation. Il l'obligea à réciter sa leçon de biologie. C'étaient les deux personnalités qui contrôlaient le même corps et les deux personnalités n'avaient pas le même rythme de consommation et de stockage de sucre par le foie.

Mary rentra chez elle. Ses parents n'étaient pas là. Elle chercha un livre qu'elle aimait quand elle était enfant. Elle ne le trouva pas et pleura.

Conrad Manz eut un choc à son réveil lorsqu'il s'aperçut que sa femme parlait dans son sommeil. Comme il s'était réveillé, son niveau de drogues était au plus bas. Il se leva pour prendre sa dose. Il se dit que Clara avait oublié son somnifère, ce qui la faisait rêver.

Il prit un livre dans sa bibliothèque « La Pharmacie familiale », édition 2831. Il ne trouva pas ce qu'il cherchait. Dans son sommeil, Clara avait prononcé le mot « Bill » mais il ne connaissait qu'un Bill, son propre hyperalter, Bill Walder. Clara s'était levée. Il lui demanda si elle avait oublié son somnifère. Il lui apprit qu'elle avait parlé d'un Bill en dormant et voulut savoir si c'était son ancien amant. Elle pleura.

Conrad n'avait jamais vu un adulte pleurer. Clara promit de prendre ses somnifères pour que ça ne recommence plus.

Le visiophone s'alluma. On avait besoin de Conrad au bureau. Clara dormait sans parler. Conrad put partir rassuré.

Dès 1950, l'ingénieur Norbert Wiener, pionnier dans le domaine des communications, avait fait observer qu'il existait peut-être un étroit parallèle entre le dédoublement de personnalité et les perturbations d'un système de communication.

L'un des problèmes majeurs de la société schizophrène du XXIXe siècle consistait à équilibrer les populations communicantes et non communicantes à l'intérieur des villes.

Conrad était contrôleur de circulation. Il alla à la conférence sur Santa Fe. Santa Fe avait 100 000 donc 200 000 personnalités.

Conrad était un hypoalter du groupe D.

La population de Santa Fe était constituée en majeure partie de retraités.

Trop de gens âgés étaient morts récemment dans les groupes D et E. Le problème d'équilibrage des groupes de permutation de Santa Fe fut résolu. Conrad restructura les programmes de circulation avec ses collègues.

Il lui restait deux   heures avant la fin de sa journée et Bill Walder allait lui imposer une permutation prématurée.

La permutation avait lieu tous les cinq jours.

Aucun hyperalter n'était censé usé de son pouvoir pour forcer la permutation mais ce pouvoir antisocial existait et servait à distinguer les hyperalters des hypoalters.

Depuis plusieurs périodes, Bill Walder volait à Conrad et de deux à quatre heures à chaque permutation. Mais comme Conrad abusait des sports violents et laissait Bill récupérer de la fatigue du corps, il ne pouvait pas se plaindre auprès de Médipol.

Bill avait réclamé l'arrêt du sport à Conrad mais Médipol avait laissé Conrad libre.

Bill devait commencer son tour par 12 heures de sommeil à cause de Conrad.

Conrad se rendit à une permutation et choisit une cabine. Son numéro de permutation fut transmis automatiquement à Médipol.

Puis il laissa un message à sa femme avant de laisser le corps à Bill.

Bill pensait à Clara. C'était bien lui son amant. Il avait peur que Médipol sache qu'il avait triché sur sa permutation avec Conrad. Bill se maquilla.

Puis il s'assit pour attendre que les effets de la permutation passent.

Bill commanda les dernières nouvelles sur les hyperalters du groupe D. Il était impossible aux hyperalters de lire les nouvelles réservées aux hypoalters et réciproquement.

Chaque hypoalter ou hyperalter devait lire le dernier bulletin avant de reprendre sa vie là où il l'avait laissée cinq jours plus tôt.

Si Bill oubliait cette règle, il risquait de se faire remarquer. Bill était dans l'univers de Conrad et n'en avait pas le droit.

Les rapports entre hyperalters et hypoalters de sexe opposé étaient passibles de sévères punitions.

Bill rentra chez lui et commanda un dîner pour sa fille Mary.

Il vivait dans la peur d'être découvert par Médipol et négligeait Mary.

Il mettait Clara en danger. S'il prenait ses drogues il n'éprouverait plus de culpabilité mais ce sentiment était important pour Bill. Bill ne prenait plus ses drogues et voyait que le spectre émotionnel était ainsi plus riche.

Bill se souvint que sa femme Helen avait eu honte quand elle apprit que son hypoalter Clara avait obtenu de Médipol une dispense spéciale pour épouser Conrad. Ce genre de mariage ou les mêmes corps vivaient ensemble les deux parties d'une permutation étaient rares et provoquaient des commentaires sournois.

Clara avait brisé les conventions et Bill eue envie de la connaître. Hélène avait attribué tous leurs ennuis au fait que Bill et Conrad vivaient avec elle et Clara.

Clara avait tout de suite accepté ses avances. Bill laissa un message à sa fille pour expliquer son absence par son travail.

Le visiophone s'alluma, c'était Mrs Harris. Bill était étonné que Mrs Harris appelle si tôt car Conrad aurait dû être à sa place à cette heure.

Mrs Harris se plaignit que Mary soit laissée à l'abandon. Bill coupa la communication qui était trop dangereuse pour lui. Il réalisait que ses plus grandes joies avaient été ses premières rencontres avec Clara. Elle aussi avait diminué ses drogues.

Bill alla au parc où il avait habituellement rendez-vous avec Clara. Elle n'était pas là.

Bill et Clara avaient arrêté les drogues et c'était la peur qui les séduisait plus que leur relation désormais. Médipol les punit plus pour l'arrêt des drogues que pour leur relation.

Dans le parc, il y avait une statue d'Alfred Morris qui avait imposé l'inhibiteur hypothalamique et donc la fin des guerres.

Les schizo s'accommodèrent en mieux que personne de cet univers drogué et le monde pris modèle sur eux.

Tout le monde avait oublié l'effet véritable de ces drogues : les émotions estompées et l'intuition isolée à un certain niveau de rationalité. Les drogues interdisaient toute émergence des sentiments véritables.

Pour Helen et la plupart des habitants de ce monde, il était inconcevable de vouloir vivre avec une dose de drogue réduite à l'extrême pour faire l'expérience de sentiments contradictoires.

En réduisant leurs drogues, Clara et Bill étaient capables de désirer ce fantastique attachement qui les liait. Clara arriva. Bill ne l'appela pas tout de suite pour libérer ses tensions en la voyant. Clara fut soudain dans ses bras contractée par la crainte d'être découverte. Elle dit à Bill que Conrad s'était inquiété pour elle et l'avait forcée à prendre des somnifères.

Bill avait rêvé de la guerre. Il avait été arrêté par Médipol avec Clara mais avait échappé à l'exécution en montrant aux médiflics sa dose de drogues.

Clara reçut un appel de Médipol qui avait repéré ses fréquents retards de permutation.

Médipol exigea des applications. Clara mentit en prétextant que c'était une mauvaise habitude et qu'Helen n'avait fait aucune réclamation.

Bill et Clara se regardèrent. Ils surent qu'ils se reverraient au moins une fois encore avant d'être pris.

Cinq jours plus tard, Mary écrivit au-dessus de son aisselle l'adresse de Conrad.

Le matin, ses parents s'étaient disputés au sujet des retards de permutation de Clara. Helen menaça de se plaindre à Médipol.

Mary écoutait leur querelle mais Helen demanda à Bill de se taire tant que Mary était là.

Mary fut blessée d'être rejetée ainsi.

Elle vit sa mère s'en aller. Mary se demanda pourquoi les enfants devaient-ils permuter une demi-journée avant les adultes ?

Elle alla voir Bill pour lui dire qu'elle pensait que lui et Clara étaient les seules personnes au monde à ne pas se soucier stupidement de permuter à la minute précise où on devait le faire.

Bill prit Mary dans ses bras. Il lui expliqua sa relation avec Clara. Il consola Mary comme s'il avait peur d'elle. Mary prit le dossier familial et nota l'adresse de Conrad sur son bras.

Elle pensait que Susan ne se lavait pas et donc que l'adresse serait toujours écrite sur son bras dans cinq jours.

La permutation se fit doublement effrayante à cause de ce qu'elle avait décidé de faire.

Elle découvrit le monde de Susan et en fut effrayée. Les enfants n'étaient pas pareils même si c'était les alters de ses compagnons habituels. Mary se retrouva dans la classe de Mrs Harris. Elle sortit pour ne pas être reconnue.

Elle alla voir Conrad. Il fut gentil avec elle. Mary vit Clara.

Elle leur dit qu'elle voulait vivre avec eux. Clara lui expliqua que c'était interdit. Elle-même allait être obligée de faire un enfant que l'État assignerait à un autre couple. Les enfants ne vivaient pas avec leurs parents naturels.

Ce n'était ni pratique, ni civilisé. Seule Médipol connaissait les parents biologiques de Mary.

Mais comme Conrad et Clara avaient eu une autorisation spéciale pour se marier, Mary pensait qu'ils avaient eu une autorisation de garder leur enfant biologique et que cette enfant était Mary.

Conrad était furieux car Mary lui avait jeté à la figure qu'il était marié à l'hypoalter de sa mère.

Mary s'enfuit.

Conrad était au Rocket club avec des gens qui parlaient de l'avenir des fusées.

Angela, la femme d'Alberts attira son attention. Elle vint vers lui et l'embrassa. Alberts accepta que Conrad l'emmène avec lui.

Puis Conrad balança aux membres du club qu'il préférait le ski-jet aux fusées et partit.

Angela demanda si tout allait bien entre Conrad et Clara. Il mentit en répondant oui.

Conrad prit une fusée pour faire la course.

Conrad n'aimait la course en fusée qu'à cause de la coordination qu'elle exigeait et sans doute parce qu'il savait que le fait de s'y livrer faisait à moitié mourir de frayeur ce pauvre Bill.

Conrad pensait que sa femme le trompait avec Bill et que Mary était venue le voir car elle savait.

Tout à coup Conrad réalisa que Bill le forçait à lui céder la place alors il mit le pilote automatique pour ne pas s'écraser.

Bill fut pétrifié en voyant qu'il avait permuté dans une fusée. Il perdit connaissance.

La fusée se posa. Bill se réveilla et sortit. Quelqu'un le prit pour Conrad alors il expliqua que la fusée avait un problème.

Bill savait que Conrad le dénoncerait mais il avait eu un besoin pressant de voir Clara.

Il enleva le maquillage de Conrad et réexpédia les vêtements de celui-ci chez lui.

Il vit Mary mais ne la toucha pas. Il alla chez Clara et l'embrassa. Clara était inquiète car elle avait peur de Conrad. La fin était proche. Mais il fit l'amour à Clara comme pour lui venir en aide. Mais tout à coup Helen pris la place de Clara. Alors Bill permuta. Il avait compris qu'Helen haïssait Clara comme sa rivale. Bill comprit à l'instant où il permutait qu'il allait être arrêté par un médiflic.

Le major Grey pénétra avec deux officiers de Médipol chez les Walden. Il se reprochait ce qui était arrivé à Mary. Il aurait dû faire surveiller Susan et Mary. Il savait que Bill et Helen s'étaient querellés parce que Clara trichait dans sa permutation.

Les choses n'auraient pas pris un tour si dramatique si le capitaine Thiel n'avait attribué la disparition de Susan à une mauvaise adaptation aux drogues.

Il comprit trop tard que Mary avait forcé la permutation avec Susan. Quand il prévint le major Grey celui-ci savait que Bill avait pris la place de Conrad. Il fit hospitaliser Mary.

Il questionna Helen. Elle avait honte de son mari car les relations entre hypo et hyperalters étaient illégales et répugnantes.

Le major vit Conrad changer son maquillage. Il commanda un costume de transition pour Helen. Le major annonça à Helen et Conrad que cette affaire serait portée devant un tribunal.

La responsabilité reposait sur eux du fait de leur mariage spécial. Le jugement aurait été plus équitable si les hyperalter de Clara et Conrad avaient été mariés à d'autres partenaires.

Helen était furieuse que Médipol prenne le parti de Bill.

Le major pensait qu'Helen serait obligée d'accepter une décision peu sévère à l'encontre de Clara afin de sauver Bill. Il leur rappela qu'il y avait peu d'avantages à faire éliminer son alter par oblitération mnémonique.

Une personne dont l'alter avait été supprimé devait se présenter à l'hôpital le jour de sa permutation pour y être placé durant cinq jours en hibernation.

Pour éviter l'aversion naturelle de chacun pour son alter et le désir compréhensible de passer deux fois plus de temps à vivre en faisant oblitérer son alter.

Bill avait été arrêté et on l'empêcha de permuter. Bill sourit en pensant qu'Helen avait été laissée avec Conrad. Il savait qu'il allait être décortiqué pour que Médipol découvre ce qui le faisait agir.

Le major Grey lui apprit que Mary serait confiée à d'autres parents. Bill pleura et abandonna toute résistance.

Il fut drogué et passa des tests. Il fut questionné. Bill expliqua qu'il avait arrêté les drogues pour jouir vraiment de la vie.

Mais le major lui rappela que les anciens vivaient sans drogue et tuaient. Bill savait que sans drogues les hommes vivaient vraiment alors qu'avec les drogues c'étaient devenus des machines sans heurts, jamais malheureuses parce qu'avec les drogues il n'existait pas de grand bonheur.

Le major lui fit comprendre que le désir de vivre sans drogue était incompatible avec la société.

Il lui apprit que Clara pouvait le voir. Quand il lui vit Clara, elle lui dit qu'elle avait accepté cette rencontre parce que Grey lui avait assuré que c'était nécessaire. Bill lui dit qu'il avait besoin d'elle. Elle pleura car elle avait honte de son passé.

On l'avait guérie de sa passion pour Bill et on la guérirait bientôt de sa honte. On l'avait amenée vers Bill pour qu'elle n'ait plus plus peur d'être amoureuse de lui. Il vit qu'elle ne l'aimait plus. Bill comprit qu'on guérissait tout le monde de lui car après Mary, c'était Clara.

Puis ce fut le procès de Bill . Helen ne parla pas à Bill pendant le procès. Le major Grey était présent avec trois autres officiers. Tout le monde avait une copie du dossier sauf Bill. C'était son dossier médical.

Le major fit l'apologie de la société schizo et elle parla du danger que représentait Bill.

Bill reçu une injection. On l'obligeait à permuter pour que Conrad put assister au procès et prendre part à la décision. Pendant la permutation, tout le monde détourna son regard sauf le major Grey. Le major rappela les faits incriminés devant Conrad et expliqua que Clara n'avait pas été jugée car son caractère aberrant avait pu être effacé médicalement avec l'accord de Conrad.

Le major Grey préconisa l'hospitalisation définitive de Bill mais le colonel Hart voulait l'oblitération de Bill.

Grey vit qu'Helen percevait mieux que lui l'effet qu'il produisait sur les autres assistants.

Grey défendit le cas de Bill en expliquant que la société pouvait évoluer grâce aux personnalités inadaptées. Conrad était d'accord avec Bill. Helen voulait l'oblitération de Bill pour sauver la société. Le colonel Hart se rangea l'opinion de Grey car il ne voulait pas respecter l'avis d'une femme.

Grey repensa à Bill qui lui avait expliqué son stupide jeu de cache-cache de la permutation qu'il avait ressenti en n'étant pas drogué. Grey aurait voulu examiner cette accusation. Bill l'avait influencé.

Il avait maintenant le sentiment de perdre la moitié de sa vie à cause de son hyperalter, Ralph Singer, un peintre médiocre. Grey ordonna la permutation de Conrad. Bill réapparut. Grey lui annonça qu'il allait être oblitéré. Bill répondit qu'il avait essayé de vivre une vie meilleure et qu'il ne voulait faire de mal à personne.

Grey répliqua qu'il en avait fait et qu'il recommencerait si on ne l'oblitérait pas.

Bill opposa aucune résistance. Grey lui annonça qu'il éprouverait quelques instants de terreur provoquée par la drogue puis il étreignit l'épaule de Bill et s'en alla.

Bill fut terrifié et sa personnalité fut oblitérée. Puis Conrad se réveilla. Grey lui annonça qu'il aurait droit à cinq jours de repos avec Clara et qu'il serait mis en hibernation durant ce qui aurait été normalement le tour de permutation de son hyperalter.

Conrad apprit que Bill était plus. Il fut bouleversé. Il voulut savoir si Bill avait souffert et Grey répondit que oui.

Conrad s'inquiéta pour Helen. Grey lui dit qu'elle recevrait l'assurance de Bill et trouverait un autre mari.

Grey pensa à Bill. Il pensait que Bill avait tort. Ce qu'on rattrapait en plaisir en ne prenant pas de drogues était plus que perdu dans la souffrance du conflit, de la frustration et de l'hostilité.

Et avoir un alter signifiait qu'on n'était pas seul.

Grey se dit qu'aucune personne douée de raison n'aurait pu souhaiter ce que voulait Bill.

Maintenant, c'est l'éternité par Thomas M. Disch.

Charles Archold préférait la façade au crépuscule. Il entra dans la banque et réalisa qu'elle avait été transformée en salle de bal.

La machine à air conditionné reprit vie en ronronnant. Les machines semblaient vivre leur vie propre. Il entra dans son bureau. Personne n'y était entrée. Il y avait de la poussière. Il essaya un reprostat. Il n'aimait pas cette machine. Elle fonctionnait encore et réclamait du carbone. Archold lui en fournit et le reprostat fabriqua le bloc-notes qu'Archold avait demandé.

Il demanda au reprostat un cigare et la machine en fabriqua un.

Archold avait passé 30 ans de sa vie à acquérir des choses pour lui-même et pour Nora. On pouvait avoir confiance en lui mais pas en celles qui s'offraient des choses qu'elles étaient incapables de payer avec leur travail. Les jeunes gens ne prenaient même plus la peine de se marier. Il s'était disputé avec Nora qui lui avait reproché son gros ventre. Mais s'il était gros c'est qu'il avait dû travailler des années à la banque pour qu'elle puisse s'offrir la maison, les vêtements et les choses hors de prix. Elle voulait le quitter et il l'avait giflée.

Lester Tinburley entra. C'était l'ancien gardien chef de l'Exchange Bank.

Lester se plaignait des jeunes qui avaient cassé des objets dans l'ancienne banque devenue salle de bal. Lester avait transféré tous les dossiers au sous-sol. Archold promit de lui faire verser ses arriérés de salaire. Quand tout redeviendrait normal. Archold lui demanda de réparer la sculpture de la façade qui avait été détruite. Archold était content de pouvoir à nouveau donner des ordres et Lester était content de le revoir. Archold avait été absent sept mois.

Lester lui dit que les choses avaient changé et qu'Archold devrait peut-être s'en aller car il ne serait pas en sécurité. Archold était furieux qu'un employé lui dise ce qu'il devait faire. Quand Lester fut parti, Archold commanda de l'alcool au collet.

À minuit, Jessy Holm allait mourir, mais pour le moment, elle était délirante de bonheur. Elle dansait avec Jude.

Ils savaient tous les deux qu'ils allaient mourir. Ils montèrent au troisième étage. Lester les vit et les avertit qu'il y avait un homme qui pouvait leur créer des ennuis. Il désigna le bureau d'Archold. Jude ouvrit la porte du bureau et regarda Archold. Archold lui hurla de partir. Jessy entra aussi et pouffa de rire en le voyant. Archold lui dit qu'il était président de la banque. Jude demanda à Lester si c'était vrai et Lester confirma.

Lester dit qu'Archold pouvait ouvrir le coffre-fort. Jude n'était pas intéressé par l'argent mais par l'épreuve de force.

Lester utilisa le reprostat d'Archold pour s'offrir des cigarettes de l'alcool ainsi qu'à Jude et à Jessy. Jude obligea Archold à décembre.

Jude présenta Archold aux jeunes qui dansaient et annonça que le coffre de la banque serait pillé pour redécorer de billets les murs. Une fille empoigna Archold pour le faire danser.

L'alarme fut déclenchée et les jeunes tirèrent des coups de feu.

Ils voulurent forcer Archold à ouvrir le coffre mais il mourut d'une crise cardiaque.

Nora partit avec son nouvel amant Dewey.

7 mois plus tôt Archold et Nora s'étaient dupliqués avec le reprostat. Nora demanda au reprostat de fabriquer une autre Nora et elle emmena son double sur le lit.

Jude et Jessy se suicidèrent en s'asseyant dans une machine à désintégrer.

Dans la chambre voisine, il y avait des copies de Jude et Jessy que les originaux avaient fabriqués avant de se suicider. À chaque fois, ils n'avaient qu'un jour à vivre et tout recommençait.

Lester était entré à la banque en 1953 et avait vu Archold grimper les grades jusqu'à devenir président de la banque.

La façon de vivre d'Archold n'avait été affectée par la nouvelle abondance offerte par le reprostat que par opposition.

Lester avait tiré fierté de la médiocrité de son état et ne voulait pas en changer.

Il fabriqua un nouvel Archold et l'installa dans le lit avec la nouvelle Nora.

Lester était convaincu qu'un jour Archold ouvrirait le coffre avant d'avoir une crise cardiaque. D'ici là, Lester éprouvait un certain plaisir à voir son ancien employeur venir tous les jours à la banque.

Le monde comme volonté et revêtement mural par R. A. Lafferty.

1

William Morris avait lu une définition du mot « ville » dans un vieux dictionnaire. « Concentration d'individus qui n'est pas économiquement indépend ». Ce n'était plus vrai. Morris était bouquineur. Il avait lu des bouts de plusieurs livres.

Son ancêtre avait écrit une utopie socialiste « Nouvelles de nulle part » et un monde écologique « La Forêt au-delà du monde ».

William se rendit au Bureau des permis de la ville. Il y avait qu'une ville. Il demanda un permis de traverser la ville. Le monsieur des permis lui dit que tout était permis et que William n'avait pas besoin de permis. William demanda pourquoi le monsieur était là. C'était sa niche et elle ne devait pas disparaître sinon la ville disparaîtrait aussi. L'employé dit qu'il était d'usage d'emmener une compagne lorsqu'on traversait la ville.

William en trouva une. Elle s'appelait Kandy Kalosh et ils traversèrent la ville qui était le monde. Ils partirent d'un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre « début du stencil numéro 35 352 ».

La ville s'appelait Volonté de la Ville-Monde.

Les montagnes avaient été retirées. La ville surnageait sur l'océan au moyen de flotteurs encastrés les uns dans les autres.

Tout était gratuit. Les choix et le mouvement étaient libres. La ville suffisait à l'hébergement et à l'alimentation.

« Le travail c'est la joie » clignotaient les signaux subliminaux. William et Kandy virent des gens fabriquer de l'étoffe.

Ils travaillèrent avec eux pendant 1 heure.

Leur reproduction fut estampillée d'un « Refusé ».

La ville flottait et donc était agitée perpétuellement. Kandy et William allèrent vers l'ouest.

Ils regardèrent les Nageurs au ballet aquatique. Ils s'arrêtèrent à une conférence pour manger des algues et du plancton. Puis ils allèrent à la Salle d'Exposition de Volonté du Monde. Ils écrivirent leur nom dans la cire ou plutôt William car Kandy ne savait pas écrire.

William était un nom mystique alors il reçut une carte avec un poème de Volonté du Monde.

Des gens disaient que la ville avait été édifiée par une réaction automatique. Kandy reçut une belle image car la machine savait qu'elle était illettrée.

Ils s'arrêtèrent au Complexe Troglodyte artificiel.

Des adolescents jouaient au base-ball et au ballon. Kandy moulut du faux et éprouva une saine passion pour le travail pendant un quart d'heure. Morris fit des gâteaux avec des algues et le faux maïs.

Le ciel de la ville diffusait toujours une sorte de lueur. Ils continuèrent leur chemin vers l'ouest.

William voulait voir la forêt au-delà du monde et se demandait ce qu'il se passerait alors. William vit un homme âgé avec un brassard « moniteur ». William lui parla. Il évoqua son ancêtre l'écrivain et dit qu'il voulait voir la forêt. Il dit qu'il ne savait pas ce qu'il y avait après. Le moniteur dit que c'était une énigme facile à résoudre pour un bouquineur.

Le moniteur lui donna un indice. L'ancêtre de William avait travaillé au dessin et au dessein d'une autre chose particulière, en dehors de la forêt. William et Kandy allèrent à la Place des Spectacles. Ils virent des immeubles d'époque et des cordes à linge d'époque.

C'était un ghetto reproduit du temps jadis.

Les acteurs étaient vêtus de jeans serrés et de chemises trouées.

Il y avait de la musique sans mélodie et forte. William et Kandy s'en allèrent les oreilles en sang. Ils allèrent au Mélo où on les maria et on leur donna à boire et à manger de la vraie chaire d'anciens hachée.

Puis ils allèrent au Grand palais de Pipes Noir.

2

Les Annales de la Volonté du Monde révélaient que 2 % d'êtres supérieurs dirigeaient le monde.

Les esprits faibles étaient assurés du confort et de l'alimentation. On les distrayait puis ils devenaient du hachis à manger.

Kandy voulut rentrer chez elle. William la regarda partir sans regrets. Il rencontra Blondie Farquhar. C'était une parleuse.

La Volonté du Monde avait assuré la subsistance pour tous, mais c'était une ville monde morte et collante qui la fournissait.

William demanda à Blondie ce qu'il y avait après la Forêt. Elle répondit qu'après la Forêt, il y avait la Forêt. Blondie savait que l'ancêtre de William avait dessiné autre chose que la Forêt.

William et Blondie travaillèrent 1 heure dans le Grand Hachoir. Ils hachèrent les anciens.

Ils virent un carnaval avec des aboyeurs, des dragueurs, des dupeurs. Il y avait une musique bruyante, des baraques de hamburger avec de la viande d'anciens.

Ils allèrent au centre d'ébats où Blondie travail à 1 heure. Elle avait l'air d'y être connue et populaire. Ils allèrent à la Bute de la Vie Nocturne où il y avait des cabarets.

William fut fatigué mais Blondie le releva et l'entraîna précipitamment vers la Forêt. Elle le porta jusqu'à la Forêt.

Il fut de nouveau sur ses pieds et de nouveau fort.

Il y avait de vrais arbres et de vraies plantes.

Il y avait l'effigie du vieux Robin des bois en chêne sculpté et la haute silhouette en bois de Paul Bunyan, le bûcheron géant. Il y avait l'Indien rouge nommé. Cerf-blanc et les garroteurs en papier mâché. William et Blondie s'allongèrent pour dormir.

3

Blondy se réveilla et se mit à courir. William se traîna à sa suite. Elle le laissa continuer seul. Il crut revoir Kandy mais c'était Candie calebasse. Elle accepta de voyager avec lui à condition de ne pas être obligé de parler. Ils partirent d'un endroit où se trouvait une plaque scellée dans la pierre « stencil numéro 35 353 ». Ils allèrent au Ballet aquatique, à la salle d'exposition de volonté, au Complexe troglodyte. Il y avait un moniteur et William lui demanda si c'était toujours les mêmes séquences qui se répétaient tout le temps. Le moniteur dit qu'il y avait des petites différences.

William parla de son ancêtre et voulut savoir si le moniteur connaissait l'autre dessin de l'écrivain William Morris. Le moniteur répondit que Morris avait dessiné un revêtement mural. William s'évanouit.

Kandy déposa William sur un hachoir et dit que c'était devenu un ancien à un assistant. Elle travailla une heure et découpa William.

 

 

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28 avril 2018

Simetierre

simetierre

 

 

Simetierre (Stephen King)

première partie : le Simetierre.

1

Louis Creed, qui avait perdu son père à l'âge de trois ans et n'avait connu aucun de ses deux grands-pères, ne se serait jamais attendu à se trouver un père aux approches de l'âge mûr. Louis fit la connaissance de cet homme le jour où il vint s’installer à Ludlow.

Il avait une femme, Rachel et deux enfants, Gage et Eileen. Rachel fondit en larmes car elle avait vécu toute sa vie à Chicago et ne s'habituait pas à habiter le Maine. Eileen l’imita.

Louis avait un chat, Church. Leur maison était une grande baraque ancienne de style colonial. Les Indiens Mic-macs étaient les voisins de Louis. Ils exigeaient la restitution de 3000 ha à Ludlow et le procès contre le gouvernement risquait de traîner.

Eileen cria hourra quand elle vit sa nouvelle maison. Cela rassure à Louis. Même le bébé Gage réussit à dire «Sé nou » (chez nous) alors qu'il ne savait dire que maman.

2

Dans le souvenir de Louis Creed, cet instant allait toujours conserver comme une aura magique. Aussitôt la paix fut rompue.

Louis perdit les clés de la maison, Eileen tomba de la balançoire et s'écorcha un genou et Gage se mit à hurler. Il avait été piqué par une abeille. Un vieillard de 70 ans lui conseilla d'ôter le dard du cou du bébé et de lui appliquer du bicarbonate. Il souriait et Louis fut instantanément séduit. C'était Judson Crandall.

3

Judson enleva le dard avec dextérité. Jud Crandall se présenta et leur présenta sa famille.

Les déménageurs arrivèrent et Louis paniqua car il n'avait pas les clés mais Jud en avait un double et le sauva. Eileen vit un sentier et demanda ce que c'était. Crandall promit de le raconter l'histoire de ce sentier.

4

Crandall revint avec le double des clé mais Louis avait retrouvé les siennes. L'enveloppe où il les avait mises avait glissé derrière la boîte à gants. Les déménageurs amenèrent les meubles et les caisses.

Louis était avec Rachel depuis 12 ans.

D'un coup, Louis eu le mal du pays en voyant ses affaires réduites à un tas de vieux machins emballés.

Crandall n'avait jamais connu de déracinement car il habitait la maison de son père depuis sa naissance en 1900. Il avait 83 ans. Il avait travaillé aux chemins de fer. Crandall lui proposa de boire une bière et même si Louis le trouvait sympathique, il se méfiait de tout le monde car il n'est mais pas qu'on lui soutire des consultations bénévoles. Mais en voyant Crandall partir il éprouva une bouffée de tendresse.

5

Quand les déménageurs partirent, Louis alla voir Crandall. Rachel avait vu Mme Crandall. Elle s'était occupée du bébé qui n'avait pas pleuré. Rachel avait été surprise.

6

Louis n'avait pas eu à examiner Norma Crandall. Il se sentit penaud. Crandall lui offrit une bière. Elle demanda des nouvelles de Norma. Elle supportait son arthrite sans trop se plaindre.

Crandall parla de la route qui était envahie par les camions d'Orinco, une usine d'engrais. Ça empêchait Normade dormir.

Louis but une deuxième bière et un silence s'installa entre eux sans que cela le gêne. Puis Crandall parla du sentier. Il était utilisé par les enfants. La plupart des adultes en ignoraient l'existence. Le sentier menait au cimetière des animaux. En 1973, les enfants Ryder avaient un raton laveur mais un camion d'Orinco l'avait écrasé. Louis dit que Eileen avait un chat nommé Churchill mais on disait Church. Crandall demanda s'il avait été châtré mais Louis répondit non. Louis avait eu l'intuition que Church ne devait pas être châtré. Crandall lui conseilla de le faire castrer pour qu'il n'aille pas se balader partout et se faire écraser.

Louis rentra se coucher et Crandall lui proposa de revenir pour lui présenter Norma.

Ils déposa son doigt sur la joue de Gage avec amour et alla dans son lit.

De sa fenêtre, il voyait la maison de Crandall. Il voyait la cigarette de Jud rougeoyer et pensa qu'il montait la garde. Il rêva qu'il était à Disney World. Il pilotait une ambulance.

7

Les deux semaines suivantes, les Creed furent occupées. Louis travaillait à l'université. Il était responsable des services médicaux de l'université d'Orono. Rachel s'occupait de la maison. Eileen avait les nerfs à fleur de peau. Elle avait peur de commencer l'école primaire avec des inconnus. Louis buvait une ou deux chaque soir avec Jud.

Il fit la connaissance de Norma qui souffrait de rhumatismes mais elle résistait. Il l'examina et fut déçu de ne pouvoir rien faire. Rachel et Norma s'aimaient bien. Elles s'échangeaient des recettes de cuisine. La vieille dame s'était attachée aux deux enfants. Louis avait pris une journée de congé pour voir partir Eileen à l'école le jour de la rentrée.

À 10:15 le téléphone sonna et Rachel paniquée décrocha. C'était Norma qui appeler pour dire que Jud venait de terminer la récolte du maïs et qu'ils leur offraient une douzaine d’épis.

Louis alla les voir. Norma lui dit que tout s'arrangerait pour Eileen. En effet, elle rentra de l'école en riant. Elle avait chanté Old Mac Donald comme dans son ancienne école. Louis alla coucher le bébé et eut un horrible pressentiment sans comprendre d'où lui venait cette terreur.

Il avait cru voir un fantôme. En couchant Gage, il eut la vision du « hall d'exposition » de son oncle qui était entrepreneur de pompes funèbres. Mais il redescendit pour écouter Eileen lui faire le récit de sa première journée à l'école des grands.

8

Le samedi suivant, Jud vint voir les Creed. Il proposa à Eileen de voir le cimetière des animaux. Elle en fut ravie. Toute la famille partit. On était en septembre mais il faisait chaud. La vue était fabuleuse. C'était la vallée de la Penobsot.

Jud expliqua que cet endroit fut un lieu-dit qu'on appelait Prospect Hill. Jud fit promettre à Eileen de ne pas venir au cimetière des animaux sans quitter le sentier. Elle promit. Jud demanda à Louis s'il savait où il était et Louis voulut répondre à Ludlow ou derrière chez lui.

Jud dit qu'ils étaient à la limite d'une contrée sauvage. Il ne voulait pas qu'Eileen s'y égare.

Cela avait inquiété Rachel et Louis n'était pas à l'aise. Jud leur expliqua que le dernier à s'y être perdu et s'appelait Will Jeppson, un poivrot, c'était en 1934.

Mais depuis des touristes s'étaient perdus. Ils avaient été retrouvés.

Rachel interdit à sa fille devenir là sans un adulte. Jud s'excusa de les avoir effrayés et dit qu'il n'avait aucune raison d'avoir peur. Il dit à Eileen que dans la vie, si elle restait dans le droit chemin, tout irait bien mais que si elle s'en écartait, elle s'égarerait fatalement.

Ils continuèrent le chemin. Louis suait et fatiguait mais il réalisa que Jud ne transpirait même pas. Ils arrivèrent au cimetière.

Les enfants avaient écrit « Simetierre » sur un panneau. C'était un cercle de gazon de 15 m de diamètre bordé par des buissons et d'un amas d'arbres morts.

Les enfants avaient construit des stèles de fortune. La forêt conférait à l'endroit une teinte absurdement mystique. Eileen était ravie. Les tombes avaient été volontairement disposées en cercles à peu près concentriques.

Rachel était mal à l'aise car elle avait la phobie de la mort. Elle avait été traumatisée par la mort de sa soeur Zelda.

Elle était enfant à l'époque. La première tombe datait de 1939.

Jud montra une tombe à Louis. C'était celle de son chien qu'il avait enterré en 1914. Louis ne fut pas enchanté par cette nécropole.

Eileen s'était légèrement blessée en montant sur l'amas d'arbres morts.

Louis pensa que cet amas avait été placé là par des hommes pour interdire l'entrée de la forêt.

9

Le lendemain, Eileen se présenta avec une figure tragique dans le bureau de Louis. Il était en train de construire une maquette de Rolls-Royce. Il avait la passion des maquettes depuis ses 10 ans quand son oncle lui en avait offert une. Louis soupçonnait Rachel de mépriser cette marotte. Le père de Rachel avait toujours soutenu qu'elle avait épousé un parfait débile.

Elle ne dit pas tout de suite ce qui la taraudait. Elle n'avait pas l'habitude d'étaler facilement ses sentiments et c'était un trait de caractère que Louis admirait beaucoup chez elle.

Elle lui demanda s'ils étaient riches et son père répondit non. Michael Burns avait dit à Eileen que tous les docteurs étaient riches. Mais Louis expliqua à Eileen qu'il était salarié de l'université et pas spécialiste.

C'était les spécialistes qui faisaient vite fortune.

Eileen lui demanda pourquoi il n'était pas spécialiste mais il s'imagina en train d'enfiler des gants en latex avant d'enfoncer un doigt distingué dans le vagin d'une femme et ça ne lui plaisait pas.

Puis elle parla du cimetière des animaux. Il y avait beaucoup de tombes. Plus de 100 selon Louis. Eileen voulut savoir pourquoi les bêtes ne vivaient pas aussi longtemps que les gens. Mais Louis répondit que les tortues de mer vivaient plus longtemps que les hommes. Elle voulait parler des animaux domestiques alors Louis expliqua que cela venait du métabolisme.

C'était comme une horloge interne. Les chiens avaient un métabolisme rapide et les hommes un métabolisme lent. Il espérait la rassurer mais il n'était pas sincère car il avait 35 ans et pensait que sa vie avait passé rapidement. Elle voulut savoir si son chat vivrait longtemps et Louis pensa à la vie violente des chats, à la cruauté de Churchill qui avait éventré un rat.

Mais il lui dit que Churchill vivrait encore 10 ans. Ça ne paraissait pas long à Eileen. Alors il la prit sur ses genoux et lui dit que s'il pouvait il ferait vivre Churchill 100 ans mais les aiguilles tournaient et personne ne pouvait y échapper. Eileen pleura car elle ne voulait pas que son chat meure.

La mort n'était qu'une idée abstraite mais le Simetierre existait bel et bien. Il ne voulait pas mentir à sa fille pour qu'elle ne le lui reproche pas plus tard. Et lui dit que tout le monde pouvait mourir. La mort était un élément de l'existence. Elle trouva ça dégoûtant et pleura jusqu'à ce qu'elle s'endorme.

Louis en parla à Rachel. Rachel savait que l'origine de tout ça était le Simetierre. Elle en voulait à Jud. Rachel ne voulait pas qu'Eileen retourne au cimetière. Il trouvait morbide l'habitude des enfants de cette ville qui entretenaient ce cimetière.

Elle refusait qu'Eileen les suive. Louis pensait à la solidité de son mariage mais il savait qu'on pouvait découvrir chez son conjoint une attitude ou une croyance qu'on n'avait jamais soupçonnée.

Elle lui reprocha d'avoir dit à Eileen que Churchill mourrait. Elle était sûre qu'il ne mourait pas et personne ne mourrait.

Louis n'aurait pas dû bouleverser une malheureuse petite fille en remuant des problèmes qu'elle ne pourrait comprendre que lorsqu'elle serait beaucoup plus grande. Rachel avait perdu sa soeur quand elle était enfant alors elle n'a supportait pas qu'on joue avec la mort en faisant un cimetière pour animaux. Elle refusa que Louis la console car elle était sûre qu'il n'y comprenait rien. Elle était furieuse. Quand il lui demanda comment elle avait dormi, elle lui répondit qu'il ne s'améliorait pas. Mais il se défendit en disant qu'il était normal qu'Eileen se pose des questions sur la mort.

Rachel n'en démordait pas. Louis avait tort et Eileen ne retournerait pas au cimetière.

Louis dit qu'ils avaient déjà expliqué à Eileen comment on faisait les débits. Pour Rachel ça n'avait rien à voir mais Louis expliqua qu'il en avait voulu à sa mère de lui avoir menti sur ce sujet avec le coup des bébés qui naissaient dans les choux. Pour lui les enfants ne pardonnaient jamais les mensonges de leurs parents.

C'était la chose la plus naturelle du monde qu'Eileen sache ce qu'était la mort. Louis fit tomber un sac de farine et Gage fut réveillé. Rachel pleura et voulut s'occuper de gage mais Louis l'arrêta en lui demandant si elle expliquerait à Eileen ce qui s'était passé au cas où Churchill mourait d'une maladie ou se faisait écraser. Elle le traita de salaud. Elle lui dit que la mort n'avait rien de naturel et qu'il devait le savoir en tant que médecin.

Louis balaya la cuisine et pensa à la mort de Zelda. Ça avait dû flanquer un sacré coup à Rachel.

10

Louis raconta tout à Jud qui se demanda si Eileen n'avait pas pris tout ça trop à coeur. Souvent le cimetière des animaux était le premier contact des enfants avec la mort. Jud en avait connu assez pour le savoir. Louis se dit que Jud aurait dû expliquer ça à sa femme car Jud parlait des morts à la télé qui n'étaient que de la blague et les enfants le savaient.

Jud et Norma parlèrent du petit Holloway qui avait été traumatisé par le cimetière. Il avait eu des cauchemars et son chien était mort.

C'était en 1925. Billy Holloway avait obtenu un siège à la législature d'État. Billy ne fit plus de cauchemar après avoir enterré son chien avec plus de 20 enfants qui s'étaient d'abord disputés pour savoir qui porterait le cercueil jusqu'à ce que le petit Mandy Holloway décide que le cercueil serait porté par tous les enfants comme pour des funérailles nationales.

Louis repensa à l'état de quasi hystérie de Rachel. Jud et Norma pensèrent comme Louis, la mort était un sujet normal et pourtant il était devenu tabou.

Jud et Norma étaient d'une génération où on vivait dans la proximité quotidienne de la mort avec la grippe espagnole de 1914, les femmes qui mouraient en couches, deux guerres mondiales. Pour eux, la mort était à la fois une amie et une ennemie.

Jud avait eu un frère mort d'une appendicite en 1913.

Louis dut partir mais il rassura Jud et Norma sur Eileen. Elle finirait par s'habituer à l'idée de la mort.

Louis éprouvait de la colère et de la tristesse envers Rachel.

Il espérait une prompte réconciliation. Il n'arrive pas à dormir. Il pensa à ce qu'avaient dit Eileen, Rachel et Jud. Il pensa à sa cousine Ruthie morte quand il avait 12 ans.

Elle avait été broyée par un bulldozer conduit par un adolescent qui voulait s'amuser. Louis et sa mère avaient prié pour Ruthie. C'est là qu'il avait compris la mort de Ruthie. Il se l'était imaginée en décomposition. Cela lui avait fait naître un violent dégoût mais aussi un élan douloureux d'amour sans espoir. Ruthie ne pouvait pas être morte car il aimait. Il se rappela que sa mère avait évoqué l'automne pour lui expliquer la mort. Elle lui avait dit : « quand on est mort, on est mort. Que veux-tu que je te dise ? ». Alors il alla voir Eileen qui dormait avec Churchill et pensa appeler le vétérinaire pour faire châtrer Churchill.

Ainsi il n'irait pas se faire écraser sur la route. Tout ce malaise aurait abouti à cette décision.

11

Le lendemain, Eileen vit le pense-bête affiché sur le panneau indiquant le rendez-vous avec le vétérinaire et elle comprit.

Elle fut ravie. Rachel adressa à Louis un regard à la fois réprobateur et reconnaissant. Il espéra que la brouille était passée pour de bon.

Elle l'embrassa et s'excusa d'avoir été si garce.

Louis devait commencer son travail à l'université. Rachel demanda s'il avait le trac et il répondit oui.

Rachel lui rappela qu'il gagnerait 60 000 $ par an pour poser des bandelettes et donner la pilule aux jeunes filles.

Louis voulut parler de Zelda mais ce n'était pas le moment.

12

Louis serait aidé d'une infirmière. Il avait des salles de consultations et trois chambres de 15 lits chacune.

Il disposait d'une ambulance. L'université comptait 10 000 étudiants plus 7000 employés.

Stevie Masterton était l'adjoint de Louis. Ms. Charlton était l'infirmière. Elle lui annonça que Steve Masterton avait envoyé l'ambulance au dépanneur.

En y resongeant par la suite (dans les rares moments où il pouvait supporter d'évoquer ces événements en pensée) Louis situa le début du cauchemar à l'instant précis où l'on amena à l'infirmière Victor Pascow, le garçon qui était en train de mourir.

Il parla à deux aides-soignantes bénévoles pour leur expliquer ce qu'il attendait d'elles.

Steve l'alerta en hurlant. Il y avait une emmerde. Un type était couché sur le sol et saignait.

Un attroupement s'était formé derrière la vitre et regardait.

Louis donna des ordres. L'aide-soignante tira les rideaux.

Il s'occupa du blessé.

Le blessé avait le crâne en bouillie. Louis compris qu'il allait mourir. Il fit appeler la police du campus puisqu'il n'avait plus d'ambulance.

Louis demanda ce qui était arrivé au garçon. Steve ne savait pas. Des étudiants avaient emmené le blessé. Lui ordonna à Steve d'aller les chercher.

Le mourant évoqua le cimetière des animaux. Cela horrifia Louis qui lui demanda de répéter et le blessé dit : « ce n'est pas le vrai cimetière ».

Louis avait reçu une éducation religieuse sommaire. Rien ne l'avait préparé à l'occulte. Il était épouvanté. Il demanda pourtant au blessé de répéter. Le blessé dit : « un coeur d'homme à un sol plus rocailleux encore, Louis. On y fait pousser ce qu'on peut… Et on le soigne ».

Louis lui demanda qui il était. Le blessé répondit : « Indien pêche poisson. Nous pas s'approcher. Nous savoir ». Puis il mourut.

13

Louis était désorienté. Il avait été seul avec le mourant quand il avait prononcé ses paroles sibyllines puis tout le monde était revenu.

Le mort avait été heurté par une voiture en faisant du jogging. C'est Joan Charlton qui lui dit. Le mort s'appelait Wehas Pascow. Louis annonça l'heure.

Steve vit que Louis n'allait pas bien. Mais Louis tenta de se convaincre que le mourant n'avait pas pu lui parler. On l'avait embauché pour prendre les choses en charge ; eh bien c'est ce qu'il allait faire. Il demanda son nom à l'aide-soignante et celle de son amie. Il lui ordonna d'aller chercher une couverture pour couvrir le mort. Puis il demanda à l'un des vigiles qui il devait avertir. Le vigile répondit que c'était le premier mort en six ans.

14

Louis fit une déclaration à la presse avec le directeur de la sécurité du campus.

Whiley, l'étudiant qui avait écrasé Pascow avait été écroué pour conduite en état d'ivresse et homicide involontaire. Un journaliste posa des questions à Louis qui donna son opinion sur les causes du décès.

Pour se calmer, Louis avait classé les fiches des étudiants prioritaires (les handicapés et les malades) avec Joan.

Puis il avait avalé du Tuinal, un barbiturique. Rachel l'appela. Elle lui dit qu'il avait donné une bonne impression à la radio mais elle était inquiète pour lui. Elle lui ordonna de rentrer.

15

Rachel l'accueillit presque nue. Elle avait confié les enfants à Ms. Dandridge. Elle lui fit prendre un bain. Louis eu l'impression que son horrible sourire s'écoulait hors de lui avec le savon. Puis Rachel le masturba jusqu'à ce qu'ils jouisse.

Elle lui avait préparé un boeuf Strogonoff.

Puis ils firent l'amour.

Louis alla chercher les enfants. Ms. Dandridge le pressa de questions. Il lui répondit pour la remercier d'avoir gardé les enfants gratuitement. Puis il rentra se coucher. Avant de sombrer dans le sommeil, il entendit Rachel lui annoncer que le vétérinaire opérerait Churchill le lendemain.

16

Il se réveilla la nuit. Il vit Victor Pascow dans l'encadrement de la porte. Il demanda à Louis de le suivre. Louis n'avait pas peur. Il savait qu'il rêvait. Pourtant ils suivit Pascow. Il le vit traverser une porte comme un fantôme.

Il le mena jusqu'au sentier. Louis eut peur. C'était un rêve de domination et d'hypnose. Il le suivit jusqu'au Simetierre. Une branche lui érafla un biceps.

L'amas d'arbres morts s'était transformé en tas d'ossements.

Il avançait vers lui. Louis voulut hurler pour se réveiller.

Mais il ne put pas.

Pascow lui ordonna de ne pas ouvrir le portail, de ne pas franchir la barrière. Une chose sans âge résidait au-delà. Elle n'était jamais en repos. Pascow lui dit qu'il venait en ami. Il annonça que sa destruction et celle des personnes qu'il aimait étaient proches.

Il lui ordonna de ne pas l'oublier.

17

Louis se réveilla en entendant le bruit des ossements puis la voix de sa fille qui jouait avec Gage. Rachel était levée et l'avait laissé dormir intentionnellement. Eileen vint l'embrasser avant de partir à l'école.

Quand Rachel lui proposa des oeufs Louis réalisa qu'il avait de la boue sur les pieds et il avait une égratignure en travers du biceps.

Il n'avait donc pas rêvé. Il retint un hurlement pour ne pas effrayer Rachel. Il se dépêcha de jeter les draps dans le vide linge avant que Rachel ne les voie. Puis il prit une douche. Il éclata de rire en pensant au vide linge et ce que Ms. Dandridge imaginerait. Elle croirait que Louis et Rachel se livraient à des jeux sexuels en se barbouillant de boue.

Cela le remit d'aplomb. Quand Rachel lui apporta son petit déjeuner, elle lui demanda pourquoi il avait ri et il répéta une blague qu'il avait entendue pour la faire rire. Tout continuera pour le mieux jusqu'à ce qu'il ait roulé 20 km en direction de l'université.

Il pensa à Pascow et fut terrifié. Alors il écouta Joan Baez à la radio ce qui le calma.

À son travail, Stevie lui demanda s'il allait bien. Surrrendra Hardu, le médecin hindou qui assurait la nuit. Il raconta qu'il avait suturé la cuisse d'une fit ivre qui lui avait vomi sur la tête.

Cela fit rire Louis. Les représentants de produits pharmaceutiques allaient passer. Louis et Stevie se demandaient comment ils allaient essayer de les corrompre. Un représentant avait osé proposer une poupée gonflable à Louis une fois.

18

Louis appela le bureau des inscriptions pour demander le dossier de Pascow. Le représentant de chez les produits Upjohn lui proposa un billet à tarif réduit donnant accès à tous les matchs de football des Patriot de Boston. Louis refusa. Puis il lut le dossier de Pascow en espérant y dénicher un fil conducteur permettant de relier l'existence de Pascow à la sienne ou à North Ludlow et au Simetierre. Il ne trouva rien.

Il appela la morgue et apprit que le corps de Pascow avait été récupéré par l'entreprise de pompes funèbres. Cela rassura Louis. Il se remit à croire qu'il avait fait un cauchemar. Il essaya de se convaincre qu'il avait eu une crise de somnambulisme.

Le soir il alla au Simetierre.

Il vit qu'il y avait bien passé la nuit précédente. Il grimpa sur l'amas d'arbres morts.

Mais il eut peur de tomber alors il rentra. Il avait eu le temps de voir qu'un chemin se trouvait derrière l'amas.

Il lut des revues de médecine car l'idée de s'endormir le rendait nerveux. Mais il put dormir sans faire de cauchemar.

19

Rachel emmena Churchill se faire châtrer. Eileen eut du mal à dormir sans son chat. Pour la consoler, Louis écrivit : « je rentre demain, grosses bises, Church » sur une feuille qu'il plaça au-dessus de la corbeille du chat. Eileen pourrait lire le mot en se réveillant. Puis il fit l'amour à Rachel et s'endormit dans ses bras. Church revint le vendredi, ce qui coïncidait avec la fin de la première semaine de travail de Louis. Louis était triste de voir son chat diminué, il se laissait nourrir à la main et ne voulait plus sortir. Rachel et Eileen ne remarquèrent pas la différence.

20

Le début de l'automne fut une période heureuse pour les Creed.

Le travail de Louis avait pris un rythme de croisière. Il présidait des groupes de discussion. Il évoqua le cas de Pascow sous un autre nom lors d'un congrès régional de médecine. Puis il prépara le budget pour l'année à venir.

Louis allait boire une de bière chaque soir avec Jud. Parfois Rachel l'accompagnait. Il ne se lassait pas des histoires de Jud. Il faisait autant l'amour avec Rachel que pendant leur première année de mariage. Le père de Pascow avait appelé Louis. Il jura qu'il avait fait le maximum pour le sauver.

Louis n'avait pas oublié son rêve mais il lui semblait que c'était arrivé à quelqu'un d'autre.

Eileen fit la tournée des petits fous pendant Halloween. Gage était malade et resta à la maison.

Jud et Norma offrirent des friandises à Eileen mais Norma laissa tomber une pomme qu'Eileen refusa de prendre car elle était tachée. Louis remarqua que l'arthrite de Norma avait empiré. Elle n'allait plus chez son médecin alors Jud demanda à Louis de l'examiner. Norma avait une amie qui venait de mourir du cancer et avait la frousse de voir le médecin.

À ce moment-là Louis sentit que quelque chose de terrible venait d'arriver. Norma venait de tomber, c'est Eileen qui l'annonça en hurlant.

Louis se précipita vers Norma qui gisait sur le sol. Son coeur était faible.

Il lui fit un massage cardiaque. Il demanda à Jud d'avertir Rachel.

Elle ramènerait sa trousse et appellerait l'hôpital. Norma revint à elle et Louis eut peur qu'elle lui parle du Simetierre. Il eut honte de cette pensée.

Une femme proposa son aide. Louis lui ordonna de mettre un torchon mouillé sur le front de Norma. Jud revint avec sa trousse de Louis. Louis fit avaler une pilule d'Isodil à Norma.

La femme qui les avait aidés et s'appelait Ms. Buddinger.

Louis était épuisé. Il dévora une pomme. Jud dit à Louis que s'il avait besoin d'un service il faudrait qu'il lui demande. L'ambulance emmena Norma.

Puis Louis emmena Eileen finir sa tournée d'Halloween.

Rachel lui dit que c'était un acte de la providence qu'il se soit trouvé près de Norma quand elle avait eu son infarctus. Elle demanda si c'était elle qui avait provoqué la crise cardiaque de Norma en refusant la pomme. Louis était effaré par tant de superstition mais il lui répondit non. Si Louis avait pu sauver Norma c'est parce qu'il accompagnait Eileen pour sa tournée.

Elle avait donc contribué au sauvetage.

Eileen répondit que Norma aurait d'autres infarctus et qu'elle en mourrait.

Louis en fut étonné en repensant à la crise de larmes de sa fille quand elle avait peur que son chat meure. Quand Louis se coucha, Rachel lui demanda si Eileen n'était pas perturbée par cet événement. Il répondit non. Louis se réveilla en pleine nuit. Il entendit des pas. Il hoqueta « non » et les pas s'évanouirent.

Il vérifia si personne n'était dehors. C'était le cas alors il put s'endormir.

21

Le lendemain, Louis appela l'hôpital. Norma était aux soins intensifs mais le médecin de Norma, Weybridge était optimiste. Il n'y avait pas eu infarctus à proprement parler mais heureusement que Louis avait été présent.

Il alla la voir quelques jours plus tard. Elle n'était plus aux soins intensifs. Jud était avec elle.

Norma le remercia.

Louis envoya sa famille à Chicago pour qu'elle passe Thanksgiving chez les parents de Rachel. Louis resterait avec Norma et Jud.

Louis ne voulait pas voir les parents de Rachel qui ne l'aimaient pas. Le père de Rachel avait proposé de lui payer ses études à condition qu'il quitte Rachel. Rachel ne l'avait jamais su. Louis avait refusé et avait traité le père de Rachel de salopard bouffi d'arrogance.

Irwin Goldman le chassa mais Louis lui dit qu'il pouvait se mettre son chéquier et sa carte de crédit au cul. Ils n'avaient pas reçu d'argent pour leur mariage. Rachel dut travailler pendant que Louis étudia. Les enfants avaient pacifié les Goldman.

Louis savait que s'il avait feint d'oublier sa scène avec Irwin, cela aurait scellé la réconciliation. Une fois seul, Louis se sentir orphelin. Il était au bord des larmes. Il but deux bières avec Jud et Norma mais il cafarda à l'idée de se retrouver seul. Rachel l'appela pour lui dire qu'ils étaient bien arrivés à Chicago.

22

Louis mangea avec Jud et Norma le repas de Thanksgiving puis s'endormit chez lui.

Jud l'appela en pleine nuit pour lui annoncer que Churchill s'était fait écraser. Il espéra que ce n'était pas lui mais fut obligé de reconnaître que c'était bien son chat.

Il se demanda comment il pourrait l'annoncer à Eileen. Il mit Churchill dans un sac-poubelle.

Jud lui prêta une telle une pioche pour qu'il aille enterrer le chat au Simetierre. Louis ne voulait pas y aller en pleine nuit et mais Jud lui demanda s'il aimait Churchill et Eileen. Il ne pouvait répondre non alors Jud lui répondit que dans ce cas il devait aller au Simetierre tout de suite. Étrangement, Louis se sentit heureux. Jud lui dit que c'était à cause du Simetierre mais qu'il devait ne pas se fier à ce qu'il ressentait. Louis eu l'impression de vivre un rêve.

Jud franchit l'amas de bois mort et força Louis à le suivre.

Il réussit à franchir la barrière. Cela faisait 20 ans qu'il ne s'était pas senti aussi jeune. Jud lui demanda s'il en doutait. Louis répondit non. Ils marchèrent 6 km. Ce sentier avait du pouvoir. Louis le sentait. Il vit le reflet d'une paire d'yeux qui lançaient des lueurs vertes. Ils étaient près de ce que les Mics-Macs appelaient autrefois le marais du petit Dieu. Les trappeurs l'appelaient le marécage de l'homme mort et ceux qui avaient réussi à le traverser évitaient d'y revenir.

Jud lui expliqua qu'il y avait des phénomènes bizarres et que l'air y était plus électrique.

Ils entendirent un rire aigu.

Jud dit que ce n'était qu'un huard. Ils montèrent un escalier taillé dans le roc. Jud n'était pas venu dans cet endroit depuis 12 ans et avait oublié qu'il y avait 45 marches. Il ne pensait pas qu'un jour il serait obligé d'y revenir.

Ils étaient arrivés. Le lieu était le sommet d'une mesa plate et sans ombre.

C'était en fait l'avancée d'une colline. Jud le fit marcher 30 m vers des sapins. Il y avait des tumulus de pierre. Les Mics-Macs y enterraient leurs morts.

Jud ordonna à Louis d'enterrer son chat. Louis voulut savoir pourquoi Jud l'avait emmené là. Il répondit que c'était parce qu'il avait sauvé la vie de Norma. Louis dut tailler la roche avec la pioche pour creuser une tombe. Jud voulait que Louis enterre Churchill ici car c'était un endroit magique selon les Indiens.

Louis entassa des pierres sur la tombe du chat. Il fit un tumulus conique.

Ils rentrèrent. Ils arrivèrent à 20:30. Louis était étonné, il pensait qu'il était bien plus tard. Il demanda à Jud ce qu'ils avaient fait. Jud répondit qu'ils avaient enterré le chat d'Eileen vit que Louis se posait trop de questions.

Jud dit à Louis qu'il devait accepter ce qui était fait et n'écouter que son coeur.

Louis voulut savoir comment Jud avait connu cet endroit.

C'était un Indien qui lui en avait parlé, Stanny Bee. Jud y avait enterré son chien en 1910.

Le téléphone sonna chez Louis mais il décrocha trop tard. Il n'avait pas le courage d'appeler Rachel pour n'avoir pas à annoncer à Eileen la mort de Churchill.

Il se lava car il avait transpiré beaucoup. Il s'endormit et se réveilla à 3:00 du matin. Il réalisa que Jud lui avait menti quand il avait parlé de son chien la première fois en lui disant qu'il était mort de vieillesse et non en s'accrochant à des barbelés et qu'il l'avait enterré dans le Simetierre. Il avait dit que son chien était mort pendant la première guerre mondiale et cette nuit il avait dit qu'il était mort en 1910. Il s'endormit et crut entendre Pascow mais il ne vint plus jamais le déranger ni dans son sommeil ni dans sa veille.

23

Rachel appela. Il lui dit qu'il était chez Jud la veille pour boire des bières. Rachel lui apprit que la calvitie de son père avait progressé ce qui provoqua une joie mesquine chez Louis. Louis dit qu'il s'ennuyait sans elle. Eileen lui raconta que Gage avait fait caca sur le seuil du bureau d’Irwin. Louis en fut réjoui et que son grand-père lui avait donné une poupée. Mais elle demanda comment allait son chat et Louis mentit en répondant qu'il allait bien. Il n'éprouva aucun remords.

24

Stevie appela à Louis pour lui proposer une partie de squash mais Louis refusa en prétextant vouloir écrire un article.

En réalité, son expédition avec Jud l’avait courbaturé.

Il alla voir Jud mais il était parti avec Norma. Il lui avait laissé une lettre pour lui conseiller de ne rien dire sur la mort du chat à Eileen et de se taire à propos de leur expédition car les villageois ne supporteraient pas qu'un « étranger » soit allé là où Louis était allé. Jud le félicitait pour sa conduite. Louis repensa à la nuit dernière.

25

Louis bricolait quand Churchill réapparut. Louis eut un coup à l'estomac mais il prit le chat dans ses bras et le souleva. Il eut un vertige. Il avait vu une croûte de sang sur le museau de Churchill et un bout du sac-poubelle ou il l'avait glissé la veille. C'était bien le même chat mais ressuscité.

Louis comprit qu'il n'aurait plus jamais envie de toucher Churchill. Le chat sentait la terre pourrie.

Louis prit un bain pour se relaxer. Il essaya de se convaincre que Churchill était juste assommé et pas mort et qu'il s'était réveillé et revenu du cimetière des Indiens. Heureusement qu'il n'avait rien dit à Eileen. Churchill entra dans la salle de bains et oscilla sur la cuvette des toilettes.

Ses yeux avaient changé, Louis savait que c'était pourtant toujours Churchill. Il lui ordonna de déguerpir et le chat obéit.

Stevie rappela et cette fois Louis accepta son invitation tant il voulait échapper au chat. Mais Louis trébucha sur Churchill qui était dans l'escalier. Il put se rattraper à la rampe d'extrême justesse. Il savait qu'il aurait dû le faire sortir mais il ne voulait pas le toucher.

26

Louis alla voir Jud.

Norma brodait. Elle ne semble plus souffrir d'arthrite. Jud dit que son chien était mort en 1910 pour la première fois et Stanny Bee lui parla du cimetière indien. Son vrai nom était Bouchard. C'était un Canadien français. Il était venu le voir au moment où Jud avait été envoyé par son père faire une corvée. Le père de Jud voulait achever son chien mourant à l'écart de Jud. Le grand-père de Stanny faisait du troc avec les Mics-Macs. Ils lui avaient parlé du cimetière et de l'escalier.

Ils n'y allaient plus à cause d'un wendigo qui en avait aigri le sol.

Affamés, ils avaient eu recours au cannibalisme en prétendant qu'un des leur avait été touché par le wendigo. Ils avaient enterré les restes des corps au cimetière. Stanny voyant la tristesse de Jud lui avait parlé du cimetière. Il n'aurait qu'à l’y enterrer. À 1:00 du matin Stanny vint le chercher. Jud avait enterré son chien au cimetière indien. Il avait vu quelque chose et ne voulait pas dire à Louis ce que c'était. Il était retourné six fois au cimetière après et ne l'avait jamais revu.

Spot était revenu à la vie mais était devenu maléfique. Spot était revenu en terrorisant la mère de Jud. Cela gâcha sa joie de revoir son chien.

Il l'avait lavé sans que Spot bronche alors qu'avant il détestait ça.

Spot avait accueilli le père de Jud alors qu'avant il ne lui faisait jamais la fête.

Le père de Jud fut surpris mais demanda simplement à Jud de laver Spot car il sentait la terre.

Mais plus tard, le père de Jud lui parla. Il savait ce qu'il avait fait mais voulut savoir avec qui.

Jud parla de Stanlny.

Jud lui demanda pourquoi il ne l'avait pas amené lui-même au cimetière s'il en connaissait le pouvoir mais son père répondit que cet endroit était néfaste. Son père voulut savoir si Jud aimait autant son chien qu'avant mais il ne sut répondre.

Il voulait que Churchill ressuscite pour qu'Eileen comprenne qu'il y avait des états pire que la mort.

Rachel préférait l'ignorer et donc qu'Eileen ne le savait pas. Jud espérait qu'Eileen apprendrait que la mort était le lieu où la souffrance cesse et où les bons souvenirs prennent racine.

Elle devrait le comprendre par ses propres moyens. Quand Churchill mourrait, elle en serait soulagée.

Jud avoua que le cimetière avait pris possession de lui et l'avait obligé à transmettre son secret à Louis.

Jud voulut rassurer Louis en lui disant que Spot était resté un bon chien mais il dut lui avouer que d'autres bêtes ressuscitées étaient devenues cabochardes avec des pointes de la méchanceté.

Spot avait gardé son odeur de terre aigre et la mère de Jud n'avait plus voulu le toucher.

Mais si Louis voulait tuer Churchill, il ne l'empêcherait pas. Louis demanda si un être humain avait été enterré au cimetière indien. Jud eut l'air surpris et répondit non mais Louis lui trouva l'air d'un homme qui sait qu'il est en train de mentir.

27

Louis était ivre dans son garage. Il n'y avait pas de lumière et il entra en collision avec la cloison et une écharde se planta dans sa paume.

Il se racla le tibia sur le pare-chocs de sa voiture.

Il sentit Churchill se frotter à ses chevilles et cria.

28

Louis alla chercher sa famille à l'aéroport. Rachel était fatiguée. Eileen lui dit qu'elle avait rêvé de Churchill et qu'elle l'avait vu écrasé. Louis la rassura. Gage avait attrapé un virus et vomissait.

Eileen vit son chat et le prit dans ses bras. Il resta inerte, les yeux rivés sur ceux de la fillette.

Eileen le reposa et il partit sans se retourner.

Eileen avait senti l'odeur de terre de Churchill. Gage avait une forte fièvre. Louis lui administra de l'aspirine.

Il se disputa avec Rachel qui lui reprochait de ne pas lui donner un autre médicament. Il s'excusa. Rachel lui avoua que ses parents avaient offert un tas de vêtements à Gage et à Eileen. Cela mit Louis en colère car il ne voulait pas qu'Irwin se permette d'acheter l'affection d'Eileen.

Eileen appela et Louis alla la voir. Il ne voulait plus que Churchill dorme avec elle de peur qu'il lui transmette des infections.

Elle lui demanda de faire sortir le chat car il sentait mauvais.

Il le chassa et alla se laver les mains. Il repensa à ce que Jud lui avait dit sur le cimetière. Il se demanda si lui aussi été possédé par le cimetière. Rachel voulait dormir avec Gage quitte à attraper son virus mais ça la rassurait alors Louis accepta de dormir sur le canapé.

Il lui dit qu'Eileen ne voulait plus dormir avec Churchill. Rachel fut surprise. Avant de se coucher, Louis vérifia que le chat n'était pas rentré. Il rêva de Churchill. Il l'avait tué et enterré une deuxième fois dans le cimetière indien. Il fut réveillé par Rachel qui l'appela inquiète. Churchill était rentré et il s'était couché sur Louis. Cela fit crier Louis. Le chat s'enfuit. Gage avait vomi et suffoquait. Alors Louis le fit vomir tout ce qui était bloqué dans sa gorge et l'enfant hurla. Il finit par se rendormir. Rachel était terrorisée car Gage avait failli mourir étouffé. Rachel avait donné du lait à Gage en pleine nuit. C'est ça qui avait provoqué son étouffement. Rachel en fut penaude.

Avant de se recoucher, Louis chassa le chat et ferma la porte de la cave.

29

Le lendemain Gage n'avait plus de fièvre. Eileen lui apprit à dire « merde » et « prout-merde ».

Cela fit éclater de rire Louis et Eileen. Rachel était agacée mais Louis eut un fou rire. Il avait le sentiment que tout était rentré dans l'ordre pour que les choses aillent bien. Et les événements lui donnent raison. Du moins pour un temps.

30

Gage attrapa une bronchite et la transmit à Eileen et à Rachel. Louis en fut épargné.

Louis avait beaucoup de travail à l'université à cause des maladies hivernales et d'une bande de six garçons qui avaient fait les fous sur un toboggan. Cinq d'entre eux s'étaient blessés. Louis les sermonna. Les Creed se sentaient vraiment chez eux à présent. Louis et Rachel mirent les cadeaux de Noël dans le grenier.

Louis avait remarqué que Churchill ne ronronnait plus. Eileen ne voulait plus dormir avec lui mais elle le nourrissait avec autant de régularité et d'affection qu'avant.

Louis prit une de ses bottes et la plaça dans le cadre de la cheminée pour y laisser une empreinte. Ainsi les enfants croiraient que le Père Noël était passé par là. La rumeur courait à l'école que le Père Noël c'était papa et maman. Eileen avait vu sa foi ébranlée d'autant plus qu'elle avait vu un Père Noël enlever sa fausse barbe pour manger un cheeseurger.

Louis offrit un pendentif en saphir à Rachel. C'était la première fois de sa vie qu'il lui offrait un bijou Rachel, émue, pleura.

Puis Louis alla faire sortir Churchill qui venait de massacrer un corbeau. Louis eut un haut-le-coeur. Il dut jeter le corbeau à la poubelle.

Rachel s'inquiétait alors il mentit en disant qu'il avait changé une ampoule.

Ils firent l'amour mais Louis ne put dormir à cause du corbeau déchiqueté par le chat.

31

Les empreintes dans la cheminée firent renaître-pour un temps-la foi d'Eileen dans le Père Noël.

Les enfants trouvèrent les cartons d'emballage plus amusant que les jouets. Le soir du jour de l'an les Crandall dînèrent avec les Creed. Norma déclinait.

Les Creed ne devaient plus jamais revoir Norma chez eux.

La grisaille était démoralisante.

Le 23 janvier, Louis reprit le travail avec plaisir. La grippe avait sévi et Louis rentrait épuisé mais pas malheureux.

Le froid revint le 29 janvier. Rachel appela Louis à son travail. Elle pleurait. Norma venait de mourir. Louis repensa à la phobie de Rachel envers la mort. Elle lui demanda de rentrer pour soutenir Jud.

En dépit de tout ce qui était arrivé avec Churchill, Louis persistait à croire que Jud avait eu raison de ressusciter le chat et Louis était bien décidé à le soulager dans son malheur.

32

Norma avait succombé à une hémorragie cérébrale. Rachel ne voulait pas parler de la mort de Norma et refusa que Louis en parla. Eileen était plus intriguée que choquée et Louis trouva cette réaction saine.

Jud affronta la situation avec sang-froid mais avait l'air vraiment d'un vieillard à présent.

Jud pleura et Louis l'étreignit.

Jud était affligé mais avait gardé toute sa tête.

Louis et Jud burent une bière à la santé de Norma. Jud s'enivra et raconta ses souvenirs avec Norma. Il affrontait le présent avec énergie et s'occupa de l'enterrement de Norma.

Louis imagina Jud emmenant Norma au cimetière indien. Cela lui fit l'effet d'une gifle. Jud appela sa famille et la famille de Norma. Louis l'admira. Il l'aimait.

Eileen demanda à Louis si Norma irait au paradis. Elle n'avait aucune notion de la religion. Louis et Rachel non plus. Louis évoqua la réincarnation, l'enfer et le paradis, le Nirvana. Rachel les écoutait. Mais il dit que personne ne savait ce qui se passait après la mort. Il lui parla de la foi et les deux hypothèses : soit l'âme survivait, soit il n'y avait plus rien.

Louis ne croyait plus en rien depuis ses études. Mais il rassura Eileen en disant qu'on continuait d'exister après la mort sans savoir sous quelle forme. Eileen dit qu'elle avait été bête de pleurer quand elle avait eu peur que son chat meure et que s'il mourait à présent, elle le supporterait mieux.

Rachel lui avoua qu'elle avait tout entendu et elle parla de son enfance. Elle avait peur que des monstres ressemblant à sa soeur la dévorent dans son lit.

Louis était soulagé qu'elle se lâche enfin. Zelda avait été cachée comme un secret honteux par ses parents. Rachel éclata en sanglots.

Rachel évoqua les derniers jours de sa soeur. C'était affreux. Elle avait eu une méningite et se détériorait chaque jour devant sa famille impuissante. Elle se transformait en monstre et sa famille espérait qu'elle meure pour être soulagée. Louis expliqua que les malades devenaient acariâtres et griffaient comme des bêtes venimeuses. C'étaient des réflexes mais leur entourage en prenait plein la gueule.

Rachel croyait qu'il inventait tout ça pour la calmer mais il pouvait lui prouver que des gens se suicidaient après avoir perdu quelqu'un car les survivants avaient le sentiment d'avoir commis un meurtre et voulaient l'expier en se flinguant

Rachel fut soulagée et dit que Zelda était devenue méchante. Elle pissait au lit intentionnellement. Quand Zelda était morte, Rachel était seule avec elle car ses parents étaient sortis. Elle avait cessé de hurler d'un seul coup. Rachel avait eu la conviction que Zelda avait voulu la tuer et qu'elle la haïssait parce que Rachel allait lui survivre. Zelda était morte étouffée à cause de sa langue. Louis connaissait les symptômes et ordonna à Rachel d'arrêter. Mais Rachel raconta qu'elle avait voulu aider Zelda. Elle l'avait retournée et lui avait tapoté le dos. Elle avait eu peur que ses parents l'accusent de l'avoir tuée.

Zelda était morte et Rachel s'était enfuie en courant et en criant. Les voisins avaient cru qu'elle pleurait mais Rachel avait ri.

Louis lui dit que si elle avait vraiment ri, il lui tirait son chapeau. Elle venait de lui fournir un motif supplémentaire pour exécrer ses parents.

Ils l'avaient laissée seule avec Zelda. Avec tout son argent, Irwin aurait pu payer une infirmière à domicile pour épargner Rachel.

Louis donna un valium à Rachel.

Elle continua son récit. La voisine l'avait retrouvée tapie derrière un arbre et elle saignait du nez. La voisine avait stoppé l'hémorragie et l'avait calmée avec une tasse de thé brûlant et deux aspirines.

Elle avait appelé ses parents.

Le soir, Zelda n'était plus là et sa chambre avait été désinfectée et ce n'était plus qu'un cube vide.

Des années plus tard, Dory Goldman l'avait transformée en salle de couture. Rachel avait fait un cauchemar dès la première nuit après la mort de Zelda. Elle croyait que Zelda lui avait transmis sa maladie. Elle avait vécu huit ans au bord de la psychose. Croyant que Zelda allait venir la tuer.

Rachel n'était pas allée à l'enterrement de Zelda.

Ses parents s'étaient montrés possessifs envers elle car ils se sentaient coupables de l'avoir laissée seule avec Zelda.

Rachel ne voulait pas assister à l'enterrement de Norma mais accepta que Louis y emmène Eileen.

33

Louis et Eileen étaient à l'enterrement de Norma. Jud embrassa Eileen en disant qu'il était ravi qu'elle soit là et que Norma devait l'être aussi.

Louis était un des porteurs du cercueil. Il laissa Eileen en lui demandant de l'attendre. Elle eut peur qu'il l'oublie.

Jud présenta le frère de Norma et ses propres neveux à Louis.

Une fois le cercueil dans le fourgon, Louis rejoignit sa fille.

Tout le monde alluma ses phares. Elle demanda pourquoi on faisait sa en plein jour. Louis lui expliqua que c'était pour honorer les morts. Eileen réalisa que Norma était morte et pleura. Elle demanda à Louis pourquoi il fallait mourir. Louis expliqua que c'était pour laisser la place aux nouveaux comme elle est parce que les gens très vieux qui souffraient ne trouvaient pas la mort mauvaise.

Une fois rentrée, Eileen raconta l'enterrement à Rachel.

Le soir, Louis préparait un article en réponse à un auteur de Duquesne Medical Digest qui relançait la vieille controverse sur la dissolution des sutures. Rachel lui dit que Churchill avait tué un rat et avait grondé quand elle avait approché. Elle ne l'avait jamais vu comme ça.

34

Eileen avait six ans. Elle rentra de l'école avec un chapeau en papier et des portraits que ses camarades avaient faits d'elle pour l'occasion.

La grippe avait été enrayée.

Surrendra Hardu avait sauvé la vie d'un étudiant qui en avait été atteint.

La douleur de Jud s'estompa.

Gage dut subir la première coupe de cheveux de sa vie. Quand ses cheveux devinrent plus foncés Louis en éprouva une peine poignante.

35

C'est le 24 mars 1984 que Louis Creed connu sa dernière journée de véritable bonheur. Dans le meilleur des cas, l'existence d'un individu ordinaire ne doit guère en comporter plus d'une trentaine au total. Louis surveillait Gage chez lui pendant que Rachel et Eileen étaient à Bangor pour faire les courses. Elles étaient parties avec Jud dans son vieux camion.

Louis était content que Rachel sorte car elle était restée cloîtrée tout l'hiver.

Gage avait avalé une bille.

Louis décida de les proscrire.

Il emmena Gage dehors pour jouer avec un vautour cerf-volant que l'enfant appela «zoziau ».

Cela plut à Gage. Louis n'avait pas fait voler un cerf-volant depuis 20 ans. Il attacha la ficelle autour du poignet de Gage pour que l'enfant fasse voler le cerf-volant.

Pour Louis, ce furent des instants inoubliables de communion avec son fils.

Il dit à Gage qu'il l'aimait. Son fils n'avait plus que deux mois à vivre.

Rachel et Eileen revinrent.

Eileen joua avec eux et faillit perdre le cerf-volant.

Le soir Louis demanda à Eileen de ne plus laisser traîner ses billes et elle accepta sans rechigner contrairement à son habitude car elle avait été heureuse de jouer au cerf-volant. Louis alla embrasser Gage qui parlait encore de cerf-volant. Louis en fut ému aux larmes.

Mais Louis vit Churchill dans le couloir. Il le chassa mais Churchill cracha alors Louis lui envoya un jouet qui le heurta de plein fouet. Churchill déguerpit. Puis Louis resta planté un long moment à regarder son fils dormir.

Deuxième partie : le cimetière des Mics-Macs.

36

On a probablement tort de penser qu'il peut y avoir une limite à l'horreur que peut éprouver l'esprit humain.

Le 17 mai 1984, Louis enterra son fils.

Louis se battit avec Irwin et Surrenda Hardu dut injecter une forte dose de sédatif à Rachel pour la faire sortir du salon mortuaire où elle hurlait.

Sans Jud et Stevie, Louis n'aurait pas pu s'en sortir.

Stevie s'était précipité chez les Creed dès qu'il avait appris la nouvelle. Rachel était en état de choc et Louis incapable de prendre la moindre décision.

Eileen se cramponnait à une photo de Gage. Louis était totalement insensible à l'état de sa femme et de sa fille. C'est Stevie qui les prit en charge. Il défendit à Rachel de se rendre à l'exposition du corps de Gage le matin. Il interdit à Eileen de s'y rendre tout court.

Il injecta un sédatif à Rachel et donna un calmant à Eileen qui s'endormit. C'est bien entendu Jud qui s'était chargé de régler toutes les formalités et s'occupa d'Eileen l'après-midi.

Stevie essaya de faire comprendre à Louis que Rachel et Eileen avaient besoin de lui, plus que jamais et Stevie pleura. Louis revoyait Gage courir vers la route. Depuis quelque temps, échapper à papa-maman était devenu son nouveau jeu. Louis avait hurlé le nom de Gage pour qu'il s'arrête et avait essayé un impossible plaquage au sol et avait frôlé le dos de l'enfant mais trop tard. Le camion avait écrasé Gage.

Stevie avait décidé que Rachel pourrait se rendre l'exposition l'après-midi. Il allait le regretter.

Les parents de Rachel avaient débarqué et Stevie avait été contraint de se montrer ferme avec le père de Rachel. Rachel parut s'être ressaisie un peu à midi et prépara un repas pour les amis qui viendraient après la cérémonie mais Stevie la vit pleurer dans la cuisine car elle avait sorti une dinde et Gage adorait la dinde.

Il lui conseilla de monter s'habiller et elle revint vêtue de noir. Il l'emmena au salon mortuaire en compagnie de Surrenda Hardu.

Pendant l'exposition du matin, Irwin avait refusé de serrer la main de son gendre. Gage était mort le samedi. Le dimanche, Louis avait choisi un cercueil avec Jud. Il avait opté pour un cercueil en bois de rose. Louis avait l'impression bizarre d'être une créature de fumée flottant au pays des rêves.

Le directeur du salon mortuaire avait posté Louis à côté d'un pupitre afin qu'il puisse « accueillir ses parents et amis ». Les parents et amis devaient signer un livre en y mentionnant leurs noms et adresses. Louis n'avait jamais eu la moindre idée de l'utilité que pouvait avoir cette coutume grotesque.

Missy Dordrige fut la première à venir. Elle avait beaucoup pleuré. Louis l'étreignit. Elle voulait savoir où était Rachel et Louis lui répondit qu'elle se reposait. Elle proposa de garder Eileen chaque fois que ce serait nécessaire.

Il lui demanda de signer le livre pour Rachel. Il sut d'avance ce qu'elle allait dire : « Dieu merci, il n'a pas souffert, Louis. Au moins tout s'est passé très vite ». Cette phrase le frappa au coeur comme une balle de fort calibre. Louis avait envie de lui répondre ce qu'il avait vu après l'accident se retint. Louis compta le nombre de fois où ses amis dirent que Gage n'avait pas eu le temps de souffrir, 32.

25 fois que les voies du seigneur étaient impénétrables et 12 fois que Gage était avec les anges.

Louis prenait ces lieux communs comme des coups de poing.

Il était déjà sonné quand arrivèrent ses beaux-parents.

Irwin avait terriblement vieilli. Il ressemblait à Menahem Begin.

Louis décida d'enterrer le passé et sa vieille rancune et les remercia d'être venus.

Il ouvrit ses bras et pleura. Dory fit un pas dans sa direction mais Irwin le tira en arrière. Irwin ne pleurait pas, il avait la haine aux yeux.

Louis les pria : « il faudrait que nous puissions nous serrer les coudes mais en vain alors il leur reprocha de n'avoir pas signé le livre.

Louis appela Stevie qui lui dit que Rachel pouvait se rendre à l'exposition alors Louis accepta.

Stevie lui proposa un déjeuner mais Louis répondit avec sarcasme. Stevie préférait le voir sarcastique que sonné.

Louis accepta de déjeuner avec Stevie, Jud et Rachel.

Louis mangea peu mais but beaucoup de bière. Jud l’imita.

Pendant le café, Rachel annonça qu'elle donnerait les vêtements de Gage à l'Armée du Salut. Ils en demeurèrent tous confondus surtout quand elle dit qu'elle ne pouvait pas donner ceux que Gage portait pendant l'accident car ils étaient fichus.

Tout le monde attendait qu'il réconforte sa femme même la serveuse. Mais il en était incapable. Alors Stevie passa un bras autour des épaules de Rachel et l'étreignit tout en regardant Louis avec colère et reproche.

Jud avec honte ne lui porta aucun secours.

37

« Je savais bien qu'il finirait par arriver un malheur ! » disait Irwin. « Dès que Rachel vous a épousé, j'ai su que ça allait mal tourner ».

Rachel était restée seule à monter la garde devant le livre et avait disparu.

Louis était affligé et épuisé par la bière. Il demanda où était Rachel et Irwin dit : « avec sa mère comme il se doit ». Louis savait qu'Irwin avait dit du mal de lui à Rachel. Irwin le traita de vulgaire filou qui avait fait de Rachel une souillon et avait laissé son petit garçon se faire écraser sur la route comme une musaraigne.

Il espérait que Louis rotirait en enfer. Louis lui fourra son poing dans la figure. Rachel hurla. Sa mère voulut la retenir. Par bonheur, Stevie avait reconduit Jud chez lui. Louis en conçut un vague soulagement.

Il n'aurait pas aimé que Jud assiste à cette scène sordide. Irwin continua d'insulter Louis qui le frappa à la gorge et dans les reins. Irwin pleurait. Louis était à terre.

Le directeur et Rachel accoururent.

Quand Irwin voulut donner encore un coup à Louis, Louis retint son pied et le fit tomber sur le cercueil de Gage. Heureusement le cercueil avait chu sur le flanc. Louis pleura. Il aurait voulu être mort. Il revit Gage coiffé d'un petit chapeau à grandes oreilles de Mickey. C'était à Disney World. Rachel hurla. Le directeur aida Dory à entraîner Rachel hors de la salle. Rachel se mura dans un mutisme complet. Louis exigea qu'on le laisse seule avec elle. Il injecta un sédatif. Il la ramena et la mit au lit avec une seconde piqûre. Il lui dit qu'il était navré. Elle répondit que ça ne faisait rien. Il lui demanda si ça n'allait pas trop mal. Elle répondit qu'elle se sentait horriblement mal.

Louis en voulut d'un coup à tout le monde et sorti. Il alla voir Eileen. Elle était assise devant la télé sur la chaise de Gage. Elle portait toujours la photo de Gage même pour se laver les dents.

Louis lui dit que s'ils continuaient à s'aimer, ils arriveraient à s'en sortir.

Elle voulut prier Dieu pour que Gage revienne. Alors Louis pensa à Churchill mais répondit que c'était impossible. Alors Eileen parla de Lazare que Jésus avait ressuscité.

Elle voulait manger ce que Gage mangeait et lire tous les livres d'images de son frère. Elle pleurait.

Il la laissa pleurer en se disant qu'un jour elle finirait par oublier d'emporter la photo de Gage avec elle et que tout cela serait de l'histoire ancienne.

Louis savait de quoi il avait besoin et descendit le chercher.

Louis voulut se bourrer méthodiquement la gueule. Il était un buveur de bière impénitent comme Jud et Stevie.

À l'occasion, Missy Dordridge en buvait une ou deux quand elle garde les enfants (l'enfant, rectifia mentalement Louis). Rachel en avait acheté 10 caisses l'hiver dernier quand les choses allaient encore bien. Louis remonta une caisse. Le chat s'approcha comprenant que Louis ne lui donnerait rien à manger il partit et Louis le suivit au living.

Il but sa première bière à la santé de Gage qui serait peut-être devenu président des États-Unis. Au bout de la neuvième bière, Louis se demanda quand il allait enterrer Gage dans le cimetière des Indiens.

Il pensa à Lazare et à ce qu'en avait dit Eileen. Il réalisa que dès septembre il avait le pressentiment que Gage allait mourir. Il se souvint qu'il avait demandé à Jud si un humain avait été enterré dans le cimetière indien. Louis se dit que Churchill était resté grosso modo le même et que Rachel, Eileen et Gage avaient chacun continué d'entretenir des rapports privilégié avec le chat. Mais Louis savait qu'il se mentait à lui-même. Churchill était plus un chat mais une grossière contrefaçon. Quand l'infirmière était venue dîner chez Louis elle avait chassé instantanément Churchill de ses genoux avec une grimace de dégoût.

Si Gage revenait transformé de la même manière, ce sera totalement obscène. Louis se dit qu'il ne s'était saoulé que pour être capable d'envisager l'idée démente de ressusciter Gage.

Mais il repensa au taureau qui était devenu méchant et que son propriétaire avait dû abattre deux semaines après avoir ressuscité. Mais Jud lui avait bien dit qu'on faisait cela parce que le cimetière prenait possession de vous.

On frappa à la porte et Louis eut peur que ça soit Pascow. Mais c'était Jud. Louis ne voulait pas le laisser entrer en lui avouant qu'il était ivre mais Jud insista.

38

Il l'invita chez lui pour boire un verre. Il réalisa que c'était la première fois. Eileen poussa un cri dans son sommeil. Jud et Louis en furent pétrifiés.

Louis demanda pourquoi il le dérangeait le jour de l'enterrement de son fils. Jud savait que Louis pensait à des choses défendues. Jud expliqua que cette terre appartenait à on ne sait qui. Les Mics-Macs étaient en procès avec le gouvernement pour l'obtenir et pourtant ce territoire était magique et ils le redoutaient.

Jud était venu voir Louis pour lui parler de Timmy Baterman et de son père. Timmy était mort au front en 1943. Il avait été tué en Italie. Son père, Bill, avait vécu à Ludlow toute sa vie. Mais il connaissait le cimetière des Mics-Macs et il prit sa résolution sur le champ. Louis lui demanda pourquoi il ne lui avait pas dit plus tôt et Jud répondit qu'avant la mort de Gage, il n'avait pas besoin de le savoir.

Mais maintenant, si.

Jud avait compris les intentions de Louis quand il avait appris qu'il l'avait choisi une simple dalle au lieu d'un caisson hermétique pour Gage. Et Louis avait travaillé avec un oncle entrepreneur de pompes funèbres. Donc il connaissait la différence. La dalle funéraire classique était plus simple que le caisson hermétique. Louis le savait. Même pour un homme seul, l'ouverture d'une tombe avec une dalle classique était une opération relativement aisée.

Puis Jud commença son récit.

39.

Le jour de l'enterrement de son fils, Bill était impassible, glacial. Son fils avait eu droit aux grandes pompes et à la salve d'honneur. Bill était veuf depuis 10 ans. Cela aidait à comprendre son attitude. D'autant plus que sa femme était morte en couches. S'il avait eu un second enfant il n'aurait pas souffert aussi affreusement. Jud dit à Louis qu'il avait plus de chance que Bill car il avait encore sa femme et sa fille. Timmy avait été rapatrié car il était mort en chargeant un nid de mitrailleuses boches et en lui avait décerné la Silver Star à titre posthume alors que les G.I. étaient inhumés à l'endroit où ils étaient morts. Timmy avait été enterré le 22 juillet et Marjorie Washburn, le facteur local, l'avait croisé sur la route quatre ou cinq jours plus tard. Marjorie avait failli perdre le contrôle de sa camionnette et était allée voir George Anderson pour lui annoncer qu'elle rentrait se mettre au lit. Tout le monde savait que Timmy était mort. La moitié des habitants du pays était allée à son enterrement. Marjorie finit par parler de ce qu'elle avait vu sur son lit de mort. Elle avait tout avoué à George Anderson. Elle avait vu Timmy titubant et livide avec en pantalon de treillis et une chemise en laine par 35°. Ses yeux étaient ceux d'un spectre.

Ms. Stratton l'avait vu aussi. Elle en avait fait tomber son panier à linge tellement elle avait eu la frousse. Timmy avait les yeux morts et pourtant il avait souri à Ms. Stratton. Timmy arpentait Pederson Road tous les jours depuis la maison de son père, du matin au soir. Il était débraillé. Timmy avait l'allure des zombies haïtiens qu'on voit dans les films. Il regardait droit devant lui, les yeux vitreux, avec des geste très lent et gauches.

Mais il avait quelque chose en plus dans les yeux. Comme de la rouerie qui n'avait rien à voir avec Timmy. Ça ressemblait à une sorte de signal radio émis de très loin qui passait à travers lui.

Un jour, Jud discuta avec George Anderson et Hannibal Benson, l'adjoint au maire.

Hannibal avait reçu un coup de fil du lieutenant Kinsman du Ministère de la Guerre. Il avait reçu des lettres anonymes au sujet de Timmy.

Le ministère se demandait si Timmy était mort ou s'il fallait le porter déserteur. Norma avait forcé Jud à aller parler à Bill. Jud était allé parler à Bill avec George Anderson, Hannibal Benson et Alan Purinton. Alan avait dit que Bill avait trafiqué quelque chose au cimetière des Indiens. Bill était avec Timmy. Bill avait maigri et avait l'air d'un damné.

Jud lui dit que Timmy était censé être mort mais Bill nia. Hannibal lui annonça que le cercueil de Timmy allait être exhumé. Jud le sermonna. Il lui dit qu'il savait ce qu'il avait fait et que ça rejaillirait sur toute la ville.

Bill s'en moquait. L'armée n'avait qu'à aller se faire foutre. Timmy était tout ce qu'il lui restait de sa femme.

Jud comprit qu'il avait perdu la raison.

Jud vit les cicatrices que Timmy avait au visage.

C'était sûrement là que la mitrailleuse l'avait atteint. En plus, il répandait une odeur de charnier.

Louis ordonna à Jud d'arrêter. Mais Jud refusa. Il dit que Timmy savait tout sur les gens. Il révéla les secrets de Alan, Georges, Hannibal et Jud. Timmy savait que Jud allait voir les putes même s'il avait arrêté. Il ne voulait pas que Norma le sache. Jud et les autres s'enfuirent.

Jud souligna surtout que Timmy ne parlait que du mauvais existant en chacun des habitants parce que c'est une créature mauvaise et qu'elle savait que Jud, Alan, Hannibal et Georges étaient dangereux pour elle.

Tandis que le Timmy mort en Italie était un brave gosse. Les Mics-Macs avaient vu que Timmy avait été touché par le Wendigo. Deux jours après Bill et Timmy périrent dans l'incendie de leur maison. Mais Timmy avait déjà été tué de deux balles dans la poitrine tirées par Bill. Après quoi Bill avait brûlé sa maison. Le médecin légiste déclara que Timmy était mort depuis 15 jours soit bien avant l'incendie.

Jud expliqua que le cimetière n'apporterait rien à personne. Son maléfice était fixé et tenace. Jud regrettait d'y avoir emmené Louis. Jud pensait que le maléfice avait atteint Louis à travers Gage. Jud se sentait coupable de la mort de Gage. Le cimetière avait fait mourir Gage. Louis ne voulait pas y croire. Louis jura d'enterrer Gage de ne jamais retourner au cimetière indien. Mais au fond de son esprit, Louis y songeait encore.

40

Louis rêva de ce qui aurait pu se passer si Gage n'était pas mort. Il l'aurait rattrapé in extremis. Il serait devenu champion olympique de natation et se serait converti au catholicisme. Il aurait envoyé un mot rageur à Irwin.

Le rêve s'achevait quand Louis et Rachel regardaient la remise de médailles olympiques de leur fils à la télé mais la casquette qu'il portait était pleine de sang.

Le lendemain, Louis avait la gueule de bois et se jura de ne plus toucher à la bière. Il réalisa que son rêve de la veille ne serait jamais réalité. Sa peine s'abattit sur lui et il anéantit. Louis s'enfouit le visage dans les mains et il pleura il aurait fait n'importe quoi pour qu'on lui laisse une seconde chance, absolument n'importe quoi.

41

Gage fut enterré à 14:00. À la demande de Rachel, le directeur du salon mortuaire lut le passage de l'Évangile selon Mathieu qui commence par : « laissez venir à moi les petits enfants ». Irwin baissa les yeux quand Louis le regarda. Il semblait avoir perdu toute pugnacité.

Il avait l'air d'un clochard. Louis n’en éprouva aucune pitié.

Pendant la minute de silence, Louis regarda un gros camion derrière un mausolée.

En entendant le mot « résurrection » Louis essaya de s'interdire d'y songer puis il emmena Rachel qui voulait rester encore une minute mais Louis ne fléchit pas. Jud lui demanda s'il allait bien. Louis hocha la tête.

Jud s'adressa à Rachel et Eileen qui répondirent également que ça allait.

Eileen portait encore la photo de Gage et la montra à Jud.

En repensant à Gage quand elle tirait sa luge, elle pleura.

Jud la consola en lui disant qu'il lui resterait toujours son souvenir à chérir.

Elle répondit qu'elle l'adorait. Jud de regarda Louis. Louis comprenait que Jud se demandait ce qu'il allait faire. Louis était obnubilé par la pensée de Gage.

42.

Le lendemain, Rachel pleurait et Louis lui donna un Valium. Eileen n'avait pas dit un mot de la soirée.

La veille, après l'enterrement, les Creed avaient invité leurs proches à dîner.

Les Goldman évitèrent Louis. Louis avait bu malgré la promesse qu'il s'était faite.

Rachel n'avait craqué qu'une fois et avait pleuré sur l'épaule de sa mère. Dory l’ avait prise sous son aile et avait pleuré aussi.

Louis accepta les condoléances. Personne, pas même Jud, n’aurait pu soupçonner que Louis s'était mis à ourdir dans sa tête de plan de profanation de sépulture.

Le soir, il sortit en disant qu'il avait envie d'une pizza. Rachel le cru. Il alla au cimetière. Il entendit la voix de Jud dans son esprit mais il la chassa. Il pensa au Simetierre. Il lui apparut comme une espèce de réclame. Il songea à la spirale qui était le plus ancien de tous les symboles religieux du monde. Il vit la tombe de Gage. La pierre tombale n'avait pas encore été posée. Il pensa aux conséquences si on le découvrait en train de profaner la sépulture de Gage. Rachel et Eileen en souffriraient.

Il pensa à Timmy Baterman mais cela ne l'empêcha pas de penser à ce qu'il allait faire. Jud lui avait bien conseillé d'enterrer Churchill au cimetière indien. Sa raison voulut lui faire comprendre que jamais Gage ne reviendrait avec sa joie de vivre.

Gage serait comme le chien de Jud, un quartier de viande qui respire.

Et que dirait son entourage ? Il savait que Gage reviendrait diminué. Mais il ne voulait pas accepter cet avortement à retardement que le destin lui avait infligé.

Il se moquait de ce que penserait l'opinion publique. Il dessina une spirale sur la tombe. Il l'effaça et s'enfuit de peur qu'on ne l’ait vu. Il alla chercher sa pizza froide depuis longtemps et rentra. Il pensa que le facteur temps était important. Timmy avait été ressuscité au bout de six jours. Gage était mort depuis quatre jours.

Il avait ressuscité Churchill quand sa famille était à Chicago. Il pensa donc à éloigner Rachel et Eileen.

Il réussit à convaincre Rachel de partir avec ses parents pour recoudre les plaies.

Il expliqua à Rachel que le souvenir de Gage était partout dans la maison et qu'Eileen en souffrait. Rachel voulut que Louis la prenne dans ses bras. Il accepta et elle pleura en disant que si Gage revenait elle le surveillerait mieux. Missy leur avait dit que le chauffeur qui avait tué Gage avait tenté de mettre fin à ses jours. Sa femme l'avait plaqué et avait emmené ses enfants. En arrivant à Ludlow, il avait été pris d'une envie subite d'accélérer. Cela corroborerait la théorie de Jud. Le pouvoir du cimetière sur l'esprit des gens. Rachel sentait que Louis lui cachait quelque chose. Il nia. Mais elle céda. Elle partirait avec Eileen. Il lui promit d'aller la rejoindre plus tard. Elle pensait qu'elle ne pourrait pas prendre tout ce dont elle avait besoin et Louis lui dit qu'elle n'aurait qu'à acheter ce qu'il lui manquerait. Elle pensa qu'ils n'avaient pas d'argent et se souvint des économies faites pour les études de Gage et elle pleura.

Irwin appela pour présenter ses excuses à Louis. Le fait que Louis ait eu l'idée d'envoyer Rachel chez ses parents avait convaincu Irwin et Dory que Louis était généreux.

Louis n'était pas dupe. Irwin était ravi de récupérer sa fille et sa petite fille, il pouvait se montrer magnanime. Mais Irwin était sincère, il reconnut avoir eu une conduite abjecte.

Il était au bord des larmes. Il avoua que depuis la mort de Zelda ils s'étaient toujours raccrochés à leur deuxième fille.

Irwin savait que Louis ne le pensait pas sincère et le lui dit mais il rassura qu'il l'était. Louis en pouvait plus et lui ordonna d'arrêter. Irwin présenta encore ses excuses. Louis les accepta.

Louis pensa abandonner son projet. Laissez Gage mort, aller chez les Goldman, faire son deuil et recommencer une nouvelle vie mais il eut l'impression d'assassiner Gage une seconde fois.

Il alla aider Rachel à boucler ses valises. Elle lui demanda s'il n'avait rien à lui dire car elle n'avait impression qu'il essayait de se débarrasser d'elle et Eileen. Il assura que non. Rachel lui apprit qu'Eileen avait rêvé qu'il était mort. Rachel avait eu peur d'y voir un rêve prophétique tellement il y avait eu de détail.

Rachel avait rêvé de Zelda. Zelda lui annonçait qu'elle venait le chercher et que Gage aussi viendrait le chercher pour le punir de les avoir laissés mourir.

Louis demanda à Rachel si elle se souvenait qu'à neuf mois Gage leur avait fait peur car il avait un crâne disproportionné. Ils avaient eu peur qu'il soit hydrocéphale.

Louis l’avait fait examiner par George Tardiff, le meilleur neurologue du Middle-West qui avait dit que Gage avait 50 % de risques d'être hydrocéphale.

Tardiff avait fait un scanner et leur apprit que Gage n'avait rien en leur offrant un cigare.

Louis voulut savoir si Rachel aurait aimé autant Gage s'il avait été hydrocéphale. Elle répondit oui

43

Louis accompagna Rachel à l'aéroport. Il ne put s'empêcher de repenser à la dernière fois au il l’y avait amenée avec Gage à Thanksgiving et ce fut douloureux.

Rachel paraissait lointaine mais il l'avait surprise à l'observer avec une expression bizarrement intense.

Elle n'avait rien dit. Irwin lui avait juste dit bonjour. Louis pensait que ses excuses de la veille étaient dues à une biture. Louis amena sa fille à la librairie pour lui acheter un livre. Elle avait peur d'être arrêtée par la police pour avoir fait l'école buissonnière. Louis la rassura. Elle voulut savoir si Irwin le faisait toujours autant chier.

Il nia. Elle choisit un livre du docteur Seuss et Little Black Sambo.

Il mit sa promesse de ne jamais mentir à sa fille à la poubelle et dit qu'Irwin et lui s'aimaient bien.

Elle avait peur. Elle avait rêvé que le cercueil de Gage était vide et qu'il y avait de la terre dans la vie de son frère. Elle voulait rester avec son père.

Louis embrassa Rachel et Eileen.

Eileen ne voulait pas partir. Elle lui demanda si tout irait bien pour lui et Rachel l’emmena de force.

44

Louis acheta une grosse lampe, une pelle, une bêche et une corde, des gants et de la toile goudronnée. Il mentit au vendeur en disant que c'était pour creuser une fosse sceptique.

Il prit une chambre dans un hôtel à Bangor pour éviter de croiser Jud.

Il pensa à son plan. Il savait que la folie risquait de l'emporter. Il avait repoussé le fol espoir que Gage puisse revenir intact. Mais s'ils revenaient sous la forme d'un monstre, il serait seul avec lui de sorte qu'il puisse faire un diagnostic.

S'il était devenu une créature maléfique, il le tuerait. Après il lui ferait réintégrer sa dernière demeure et retrouverait Rachel et Eileen sans leur parler de cette tentative avortée.

Si son plan fonctionnait, il fuirait en Floride avec Gage et appellerait Rachel pour qu'elle les rejoigne avec Eileen. Rachel ne devrait rien dire à ses parents.

Louis s'endormit. Au même moment, Eileen s'éveilla, elle avait fait un cauchemar. Des créatures aux mains crochues la fixaient de leurs yeux vides dans un avion qui survolait les chutes du Niagara.

Elle rêvait que Gage voulait la tuer comme Zelda avec Rachel.

45

Eileen était presque hystérique. Rachel au bord de la panique. Elle emmena Eileen aux toilettes mais sa fille ne réussit pas à vomir.

Elle avait des cernes. Elle dit qu'elle avait senti que quelque chose allait arriver. Son papa avec quelque chose qui n'allait pas. Elle l'avait vu dans son rêve et dit à sa mère que ça avait un rapport avec Gage.

Elle avait rêvé qu'elle était au Simetierre avec Paxcow et que son papa allait y venir aussi et qu'il arriverait quelque chose d'épouvantable.

Paxcow avait été envoyé pour le mettre en garde mais il ne pourrait pas intervenir. Paxcow lui avait révélé que l'âme de Louis s'était dés… Rachel n'arrivait pas à se souvenir ou elle avait entendu le nom de Paxcow.

Tout à coup Rachel se rappela, elle força sa fille à lui dire si Paxcow avait révélé son prénom sans voir qu'elle faisait mal à sa fille.

Paxcow avait dit que c'était Victor. Rachel expliqua que c'était Pascow et non Paxcow. Dory était inquiète. Rachel lui avoua que Louis avait un problème.

Elle n'avait pas compris un mot de Paxcow, Rachel comprit que c'était « désincarnée ».

Rachel savait qu'Eileen ne pouvait rien savoir sur Pascow. Elle avait veillé à ce qu'elle n'en sache rien. Comme chaque fois que la mort était le sujet.

Rachel savait qu'il se passait quelque chose de grave mais ne savait pas quoi.

Rachel appela le bureau de Louis. L'infirmière répondit qu'il était absent il lui présenta à nouveau ses condoléances. Rachel lui demanda de dire à Louis de l'appeler d'urgence s'il venait à son bureau.

Rachel eut peur que Louis ait projeté de se suicider. Peut-être qu'Eileen avait eu un éclair de lucidité extrasensorielle.

L'appela Jud. Il n'avait pas vu Louis. Elle lui apprit qu'elle était avec Eileen à Chicago sans Louis. Jud comprit ce qui se passait. Rachel lui avait parlé du rêve d'Eileen est Jud lui demanda de lui décrire.

46

Jud vit que la voiture de Louis n'était pas là. Il ne trouva aucun indice dans la maison.

Jud alla chez lui boire une bière. Il pensa au taureau ressuscité qui était méchant. Une voix lui ordonna de ne pas se mêler de ça.

Mais Jud patienta.

47

Louis mangeait à l'hôtel. Il espérait qu'une rencontre l'obligerait de renoncer à son plan. Il vit Rob Grinell, un médecin de Bangor et sa femme mais ils ne le virent pas. Puis il regarda la télé pendant 4 heures.

Jud attendait Louis car il savait qu'il serait obligé de rentrer à Ludlow car il ne connaissait pas d'autre chemin que le sentier pour aller au Simetierre. Il faudrait qu'il parte de son propre jardin. Louis sentit le pouvoir du cimetière alors il partit à 23:00. Il espérait pouvoir résister et trouver la force de s'arrêter.

48

Rachel dit à ses parents qu'elle devait partir immédiatement à Ludlow. Elle était soulagée. Les parents de Rachel ne comprenaient pas. Elle ne put leur donner d'explications.

Elle appela l'aéroport en disant qu'elle devait aller sur le champ à Ludlow et que c'était une question de vie ou de mort.

Eileen l'encouragea à ne pas céder à ses parents. Rachel lui dit de ne pas s'en faire en l'appelant « grande soeur ». Mais Eileen n'était plus la grande soeur de personne désormais.

Elle sentait comme un vent en elle. L'employée de l'aéroport avait réussi à lui trouver un avion pour partir à Ludlow mais ce serait compliqué avec les correspondances.

Rachel demanda à son père de l'accompagner.

Quand il tenta de refuser, Eileen pris la défense de sa mère en disant qu'elle n'était pas folle. Dory appuya Rachel et Irwin accepta. Eileen demanda à sa maman d'être prudente.

49

Louis alla au cimetière. Le vent soufflait avec force.

Il avait peur d'être vu.

Il voulait libérer son fils.

Le portail était fermé. Une voiture de police inspecta les abords du cimetière. Louis se cacha derrière un arbre et la patrouille s'en alla. Louis pensa qu'en grimpant sur l'arbre il pourrait sauter d'en haut pour atterrir derrière la grille du cimetière. Il réussit avec du mal et tomba sur une pierre tombale qui lui écorcha un genou. Il attendit qu'un couple s'embrassant dans la rue s'en aille pour récupérer ses outils.

Il réalisa avec horreur qu'il n'arrivait plus à se souvenir du visage de son fils.

Il ne contrôlait plus ses actions.

Il avait ignoré les mises en garde de Pascow, de Jud et de sa conscience qu'il lui disaient que peut-être Gage était bien où il était et qu'il ne savait pas qu'il allait réveiller.

Il vit que la pierre tombale avait été posée avec l'inscription du nom de son fils et les deux dates. Quelqu'un avait posé des fleurs. Peut-être Missy.

Il croisa et descendit dans la tombe. Il força la serrure du cercueil et l'ouvrit.

50

Rachel manqua d'extrême justesse l'avion qui devait l'emmener de Boston à Portland. Elle loua une voiture pour parcourir les 400 km qui restaient.

51

La puanteur fit vomir Louis.

Gage n'avait plus de tête. On lui avait mis un costume gris. Il regarda encore mais c'était de la mousse qui avait caché le visage de Gage. L'embaumeur avait fait un travail sérieux. Gage ressemblait à une poupée de cire maladroitement modulée. Louis enleva le coton qui était dans la bouche de Gage et sa joue eut l'aspect d'une joue de vieillard. Il sortit le corps de son fils et le berça en lui disant qu'il l'aimait et que tout allait s'arranger. Il mit le corps dans la toile goudronnée et remit le couvercle sur le cercueil après y avoir mis la bâche.

Il reboucha la fosse. Il sortit du cimetière par une crypte qui donnait sur une butte gazonnée dont le faîte n'était qu'une cinquantaine de centimètres des pointes des grilles.

Une voix lui chuchotait sans arrêt qu'il avait perdu la raison mais il l'ignorait avec persévérance. Il réussit à sortir avec ses outils et le corps de son enfant.

Arrivé près de sa voiture, il paniqua car il ne retrouvait plus ses clés. Heureusement, il vit qu'il les avait laissées sur le contact. Il mit ses outils dans le coffre puis alla récupérer le corps de Gage là où il l'avait posé devant la grille mais un chien hurla. Mais un homme ordonna au propriétaire du chien de le faire taire sans quoi il appellerait la police et le chien fut calmé. Le corps n'entrait pas dans le coffre alors il le mit sur le siège à côté de lui.

Puis il partit vers Ludlow.

52

Jud rêvait qu'il avait 23 ans et discutait avec ses collègues des chemins de fer. Il fut réveillé par le téléphone. C'était Rachel qui demandait si Louis était rentré. Elle lui dit qu'elle était à 30 km de Portland. Elle voulut savoir ce que Louis allait faire. Jud lui raconterait tout mais plus tard et pas au téléphone. Jud lui demanda de dormir dans un hôtel car tout ce qui arrivait était de sa faute et c'était à lui d'affronter la situation.

Rachel insista mais Jud lui promit de tout lui expliquer quand elle serait revenue.

Il lui promit de s'occuper de la situation pour qu'elle ne devienne pas plus grave.

Jud burt un café en attendant Louis. Il lutta contre le sommeil. Il sentait que le Simetierre l'hypnotisait pour l'endormir. Il s'endormit. Il n'entendit pas Louis quand il revint.

53

Louis emprunta le sentier. Il fit une pause au cimetière des animaux. Sa terreur avait été balayée par sa fatigue. Puis il franchit l'amas d'arbres et l'euphorie le gagna.

54

En dépit des admonestations de Jud, Rachel était bien décidée à rouler jusqu'à Ludlow. Elle ne pouvait s'en remettre à Jud qui était vieux et veuf.

55

Louis avait retrouvé la sensation de sa première visite au cimetière indien. Il franchit le marécage qui semblait vivant. Il entendit un rire. Il vit un visage suspendu dans l'air avec des cornes de bélier. Le visage tira une longue langue pointue et jaune.

Au bout d'un moment le visage disparu. Un monstre énorme passa devant Louis, faisant vibrer le sol. Le monstre allait vers le nord. C'était le Wendigo.

Il franchit l'escalier de pierre. Il vit une spirale fermée par des pierres. Il croisa le sol. Il choisit les plus belles pierres pour le cairn.

56

Rachel luttait contre le sommeil. Elle était à Pittsfield. Une seconde, il lui sembla qu'une myriade d'yeux avides et cruels la regardaient, étincelant de lueurs vives et froides. Elle dériva vers l'accotement puis donna un brusque coup de volant pour retourner sur l'autoroute. Elle avait peur.

Elle eut l'impression qu'une force cherchait à la retenir. Elle se retrouva encore au contact de la glissière et s'endormit.

Elle se réveilla morte de peur. Quelque chose essayait de l'empêcher de rejoindre Louis. Elle fit une pause café à un arrêt de routiers. Mais elle n'arriva pas à redémarrer la voiture. Elle se mit à pleurer.

57

Louis trébucha sur quelque chose et s'étala de tout son long. Il avait enterré son fils et dressé un tumulus de pierre en forme de pyramide. Il se força à se relever pour ne pas être débusqué par le wendigo. Il saignait du nez. Il ne réussit pas à franchir l'amas d'arbres morts. Mais il se releva et réussit à traverser le Simetierre des animaux. Il entendit des bruits derrière le tas d'arbres morts et cria le nom de son fils. Il s'enfuit jusqu'à chez lui. Il tomba sur Churchill mais ça lui était égal à présent.

Il se déshabilla et vit que son genou était enflé et violet.

Il le tartina  de pommade.

Louis aurait voulu n'avoir jamais entendu parler de Ludlow, des Crandall et de tout le reste. Il prit sa trousse de secours dans la salle de bains. Ça pouvait toujours servir. Il rêvassa de Disney World.

Il était dans une ambulance avec Gage à ses côtés. Puis il s'endormit.

Juste avant le point du jour, quelqu'un rentra chez Louis et pris sa trousse pour fourrager à l'intérieur et y piocher un objet métallique.

Troisième partie : le Gwand, le Tewwible Oz.

58

Jud et se réveilla brusquement. Il était 4:55. Il savait que quelqu'un l'avait forcée à dormir. Ce qui l'effrayait c'est qu'un bruit l'avait réveillé. Quelqu'un rentra chez lui. Il sentit une odeur infecte. Il essaya de se lever mais il avait peur. Il était trop vieux pour affronter cela encore une fois. Il était jeune quand il avait éprouvé de l'horreur devant Timmy.

Il appela Gage mais c'était simplement Churchill qui cracha dans sa direction. Il vit une créature rentrer chez lui. Elle tenait un objet. Jud saisit un hachoir dans sa cuisine. Gage entra dans la cuisine. Il portait le costume dans lequel on l'avait enterré.

Il avait de la mousse aux épaules et de la terre sur les cheveux.

Il avait un oeil mort et l'autre rivé sur Jud. Il lui souriait et lui dit qu'il était venu pour expédier en enfer sa vieille âme puante.

Il lui dit que Norma l'avait trompé avec tous ses copains et qu'il l'avait vue en enfer. Gage parla avec la voix de Norma disant à Jud qu'elle s'était moquée de lui. Jud voulut le frapper mais Churchill le fit tomber. Gage se jeta sur lui et le tua avec un scalpel.

59

Un routier répara la voiture de Rachel. Elle le remercia et repartit. Au même moment, Eileen hurla de terreur réveillée par un cauchemar et Gage tuait Jud. À Ludlow, Rachel alla directement chez Jud. Rien ne lui suggérait que Louis soit là-. Elle vit des empreintes de pas boueuses sur le plancher de la véranda. C'étaient des pas d'enfant. Elle entendit Churchill. Elle entra et vit le chat maculé de boue et de sang. Le chat la dévisagea.

Elle appela Jud en vain. Elle s'inquiéta. Elle entendit un grognement, c'était Jud. Il n'était pas encore mort. Elle gravit l'escalier. Elle poussa une porte et vit Zelda dans le costume de Gage. Elle ne mesurait plus que 60 cm. Mais elle vit que c'était Gage avec le chat sur ses épaules. Il avait le visage noir de crasse et barbouillé de sang. Il était boursouflé comme s'il avait été rafistolé à la hâte par des mains inexpertes.

Rachel cria son nom et lui ouvrit les bras. Gage répondit qu'il lui avait apporté une surprise.

60

Louis se réveilla. Son genou était toujours enflé.

Il se demanda si Gage était revenu. Il vit une voiture inconnue devant la maison. Il pensa que Jud avait de la visite. Churchill était allongé sur le toit de la Chevette de Rachel. Il avait rêvé que le wendigo l'avait touché et transformé en cannibale. Il avait rêvé du Simetierre où il avait vu Bill et Timmy Bertemer, Jud avec son chien, Mc Govern avec son taureau. Rachel était avec eux.

Il voulait manger mais sentait une menace et avait peur.

Il avala de l'aspirine et entendit le téléphone. C'était Irwin. À ce moment, Louis vit les empreintes de pas de Gage. Irwin lui apprit que Rachel était partie pour Ludlow et voulait lui parler.

Eileen était à l'hôpital car ses cauchemars l'avaient rendue hystérique. Elle avait rêvé que le terrible Oz avait tué sa mère avec l'accent de Zelda.

Elle était entre les mains du médecin personnel de Irwin. Irwin voulait que Rachel revienne chez lui avec Louis. Gage était mort mais Eileen avait besoin de son père. Louis accepta.

Irwin lui apprit qu'Eileen avait dit : « Paxcow dit qu'il est trop tard ». Louis tomba dans la cuisine. Il voulait fuir. Il se demanda comment il avait pu être aussi bête.

Il avait envie de se suicider et il sentait que le Simetierre le savait.

Il suivit les empreintes de pas de Gage. Il réalisa que Gage avait ouvert sa trousse et volé un scalpel.

61

Louis alla chez Jud. Il avait une boîte de pâtée pour chat. Churchill le regarda d'un air soupçonneux. Il lui donna à manger et Churchill mangea la pâtée. Louis remplit une seringue de morphine et la planta dans l'arrière-train du chat. Le chat s'enfuit mais la morphine fit son effet et il s'effondra. Louis vit que la Chevette était bien la voiture de Rachel car elle avait laissé son sac dedans.

Churchill mourut. Louis rentra chez Jud et appela Gage. Il réalisa que Jud l'avait attendu sans comprendre qu'il l'avait raté.

Il suivit les empreintes de Gage. Il poussa la porte et vit Jud mort couvert de sang.

Il lui murmura qu'il était navré. Il repensa à leur dîner de Thanksgiving et couvrit le corps de Jud avec la nappe de la table.

Il entendit un mouvement à l'étage. Ce son avait été produit délibérément. Louis remplit trois seringues de morphine. Il appela Gage et l'entendit rire. Louis lui demanda s'il voulait venir en Floride avec papa. Il vit et Rachel morte.

Il lui dit bonjour. C'est gentil d'être venu me retrouver. Puis il réalisa que Gage l'avait tuée et il hurla. Louis sentit sa raison il lui échapper. Gage arriva. Il avait le scalpel à la main et était couvert de sang. Louis lui fit un croc-en-jambe et le bloqua au sol. Louis vit que Gage prenait le visage de Pascow puis de Jud et enfin de son propre visage. Enfin Gage prit le visage que Louis avait vu dans le Simetierre.

Gage se débattit et fit tomber la seringue de Louis mais Louis prit la deuxième qu'il avait et la planta dans les reins de Gage.

Il injecta également la morphine de la troisième seringue. Gage se releva et dit : « papa ! » Avec le vrai visage du fils de Louis. Puis il mourut.

Et recouvrez le corps de Rachel avec un bras. Il fredonna entre ses dents sans s'en apercevoir. Puis il aspergea la maison d'essence et alluma l'incendie.

62

Stevie vit l'incendie. Il voulait voir comment allait Louis car il se faisait du souci pour lui. Stevie avait eu des pressentiments depuis la mort de Pascow et en effet l'année avait été calamiteuse.

Stevie avait assisté à quatre enterrements : celui de Gage mais aussi celui de sa belle-soeur tuée dans un accident de la route, d'un de ses cousins mort électrocuté et d'un de ses grands-pères.

Les voisins avaient accouru et avaient appelé les pompiers mais la maison était fichue.

Stevie vit Louis courir avec un paquet sur le sentier. Stevie courut le rattraper. Stevie vit que Louis portait Rachel. Il allait au Simetierre. Louis avait les cheveux blancs désormais.

Son visage avait vieilli. Il se retourna et dit à Stevie qu'il allait enterrer sa femme.

Il demanda son aide. Stevie eu envie de l'aider même si cela l'horrifiait. Il voulut franchir la barrière mais tomba. Il réalisa que Louis était devenu fou et avait peut-être tué Rachel.

Il sentit qu'il y avait un gigantesque aimant dans le bois. Il prit peur et s'enfuit sur sa moto. Louis voulait enterrer Rachel tout de suite et pensait qu'elle ne deviendrait pas maléfique. Gage l'était devenu parce qu'il avait attendu trop longtemps à ce qu'il voyait.

Bien après Stevie fit des cauchemars sans comprendre d'où cela venait.

Épilogue.

Les policiers interrogèrent Louis. Il avait mis un bonnet pour cacher ses cheveux blancs et des gants pour cacher ses mains pleines de sang.

Ils ne l'inquiétaient pas. Rachel était revenue et lui dit : « mon chérie ».

 

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26 mars 2018

Mémoires d'une ex-palladiste (Léo Taxil).

palladisme

Je ne suis plus des vôtres ?… Soit !

La soeur Diana Vaughan reçut une lettre de Londres lui annonçant qu'elle était complètement désavouée devant les Triangles de la Fédération.

En effet, elle avait publié dans le deuxième numéro du Palladium Régénéré et Libre un document destiné à rester secret. Cette publication avait réjoui la presse catholique.

Cette trahison arrivait au moment où les palladistes préparaient une entente avec leurs frères et soeurs séparés moyennant la démission imposée au frère 461, seul obstacle à leur union.

Loin de se rétracter Diana Vaughan avait publié dans le troisième numéro de sa revue la lettre d'un prêtre catholique à qui elle avait promis de ne plus offenser la foi catholique.

Dans ce numéro, elle avait annoncé qu'elle publierait le récit de crimes odieux commis dans les triangles. Elle ne s'était pas cachée d'avoir pris rendez-vous avec la supérieure d'un couvent pour y séjourner 24 heures.

Le palladiste donnait sept jours à Diana pour réfléchir, détruire les numéros 2 et 3 de sa revue et remettre sa démission de déléguée à la propagande. Elle devait, de plus, prendre l'engagement par écrit de ne plus accomplir une démarche quelconque ni publier quoi que ce soit.

Pour Diana cette « voûte » (lettre) était une délicieuse plaisanterie.

Elle était désavouée et n'avait pas le droit de le dire en public !

Diana décida de démissionner du palladisme et de désobéir aux ordres écrits dans la lettre.

Diana avait déjà démissionné deux fois mais ses meilleurs amis étaient venus la supplier de reprendre part au combat.

Sa première démission faisait suite au scrutin frauduleux du Palais Borghese.

On avait juré à Diana qu'on allait faire à Lemmi une guerre implacable mais il avait suffi à quelques malins allemands de mettre en avant une combinaison déshonorante pour qu'on baissât le pavillon et qu'on légitimât l'usurpation du 20 septembre 1893.

Ce qui provoqua la deuxième démission de Diana. De nouveau, on était venu lui demander de coopérer à une action offensive et défensive. Il s'agissait de créer une Fédération Indépendante pour attirer les mécontents et recruter des adeptes dans le monde profane. On créerait des groupes familiaux qu'on transformerait ensuite en triangles.

Après quoi, quand le Palladisme indépendant serait fort, il exigerait la déchéance de Simon alias Lemmi pour faire l'union avec les frères et soeurs séparés.

Diana avait accepté en posant deux conditions : publicité de la propagande et nettoyage complet du rite.

Diana reprochait au Palladisme de réclamer les ténèbres plutôt que la propagande publique.

Elle leur reprochait aussi d'être les esclaves de Lemmi. Pour elle, le Palladisme n'était ni indépendant ni libre. Elle refusait désormais de faire la propagande du Palladisme.

Elle refusait d'être une marionnette automate. Elle décida de prendre la plume pour écrire ses mémoires d'ex-palladiste.

Ses abonnés pourraient résilier l'abonnement à sa revue si ses révélations ne leur plaisaient pas. Elle écrirait pour faire connaître tout. Ce qui se passait dans les triangles, ce qu'elle avait empêché, blâmé ; ce qu'elle croyait être le bien.

Elle parlerait sans haine et sans rancune. Elle méprisait Lemmi et elle plaignait les palladistes.

Diana révéla la lutte qu'il lui fallut soutenir, au convent indépendant de Londres pour faire inscrire dans le programme discuté le qualificatif « régénéré » ajouté au mot palladisme.

Elle avait pu obtenir la suppression officielle de certaines pratiques.

Diana avait conservé les brefs d'autorisation en activité du Palladium régénéré et libre. Elle les utiliserait pour ses lecteurs. Elle expliquerait les symboles palladistes.

Elle accusait ses ex-frères de pratiquer un palladisme satanique. Elle les condamnait au mépris public. Elle travaillerait à la destruction des triangles. Elle évoquait le docteur Bataille et ses révélations (Le Diable XIXe siècle). Contrairement à lui, elle ne serait pas suspectée de parti pris catholique.

Elle disait avoir prêté serment à Lucifer et non à Satan.

Elle imaginait un Lucifer bon.

Elle avait été critiquée sur ce point par un adversaire catholique. Pour un palladiste orthodoxe, Lucifer était le principe et l'auteur de tout bien, tandis qu'Adonaï équivalait au diable de la religion chrétienne. Lucifer ne saurait donc être Satan pour un palladiste.

C'est plutôt Adonaï qui serait un Satan, d'ordre très haut.

Diana venait de réaliser qu'elle avait été trompée en adorant Lucifer sans savoir que c'était Satan. Si Lucifer était Satan, son serment était nul. Elle n'avait besoin d'aucun prêtre pour s'en délier.

Alors, Diana décida de dénoncer les pratiques satanistes des triangles contre lesquelles elle avait employé ses meilleures forces régissantes.

Il lui avait été rapporté que c'était par complaisance pour elle que certains triangles supprimaient les pratiques satanistes, quand elle visitait les triangles en inspectrice, mais que, sitôt après son départ de la ville, ces pratiques étaient reprises de plus belle. Elle en eut le coeur déchiré.

Diana se sentait soulagée en rompant à jamais avec les palladistes.

Elle décida d'écrire ses mémoires en invoquant Jeanne-d'Arc.

Mémoires d'une ex- palladiste.

14 juin 1895. Diana a écrit de nombreuses pages, ses impressions. Mais elle ne peut plus les utiliser car ses impressions ont changé. Elle explique que le 13 juin est pour les palladistes la troisième grande fête de Lucifer ; les deux autres jours où les palladiste célèbrent leurs dieux sont : la Noël, fête des blasphèmes contre le Christ naissant, et le vendredi saint, fête des réjouissances contre le Christ expirant sur la croix.

Diana s'est rendue dans un couvent. Accueillie par de religieuses dont une avait connu une parente de Diana, Diana a eu le sentiment de faire un pas nouveau vers Dieu, le seul vrai Dieu.

Diana a prié avec les religieuses et elles ont accepté de l'inviter à la messe. Diana voulait faire amende honorable pour tous les outrages dont les adorateurs de Satan s'efforçaient d'accabler le Christ. Diana a prié longtemps après la fin de la messe. Elle demandait pardon pour elle et pour son père, lui aussi palladiste.

Elle a prié pour sa mère qui méconnut Dieu également.

Elle a prié pour rejoindre ses parents au paradis au terme de son existence humaine.

Diana a prié Jeanne-d'Arc d'être son interprète céleste et défendre sa cause devant le trône de Dieu.

Diana veut offrir sa vie pour la conversion de quiconque la hait.

Elle est prête à donner sa vie pour qu’Adriano Lemmi devienne honnête et se convertisse.

La supérieure du couvent a gardé le secret de la visite de Diana.

Après avoir quitté le couvent, Diana a appris que plusieurs prêtres et religieuses ont offert à Dieu leur vie afin d'obtenir par ce sacrifice qu'elle ne soit plus luciférienne.

Chapitre 1 : Lucifer au Sanctum Regnum.

Diana avait 25 ans, un mois et huit jours lorsqu'elle fut l'objet d'une présentation officielle à Lucifer. Trois jours auparavant, il avait demandé son hommage. Elle lui offrit le 8 avril 1889, au Sanctum Regnum de Charleston.

Elle en avait tiré gloire pendant six ans. Huysmans avait cru à l'existence de Diana Vaughan alias Léo Taxil et il écrivit un article contre elle dans le Figaro du 15 juin 1895 à propos du satanisme et de la magie.

Diana Vaughan/Léo Taxil dit qu'elle ne lui en veut pas. Huysmans évoquait le vol d'hosties à Notre-Dame de Paris par les lucifériens palladistes en 1894.

Diana Vaughan affirme que Huysmans serait dans l'intégrale vérité s'il disait que tous, lucifériens et satanistes, se procurent des hosties n'importe comment.

Diana Vaughan précise que les vols d'hosties par les palladistes sont exceptionnels et doivent être imputés, pour la presque totalité, à ces groupes satanistes épars qui sont les associations formant le deuxième camp du Très-Bas, selon l'expression de Huysmans.

Diana Vaughan révèle que les palladistes appellent les hosties consacrées les « figuiers maudits ».

Huysmans écrit dans le Figaro : « les corps d'armée du Palladisme sont nombreux (…) Le Palladisme, haute franc-maçonnerie de lucifériens, englobe le vieux et le Nouveau Monde, possède un anti-pape, une curie, un collège de cardinaux, qui est, en quelque sorte, une parodie de la cour du Vatican ».

Diana Vaughan affirme qu'en France, le recensement de 1893 relatait 162 triangles (huit à Paris) avec 20 à 50 soeurs par triangle et 6000 soeurs à Paris. 300 soeurs sont maîtresses templières.

Diana a été présentée les 25 mars 1885 à l'initiation de maîtresse templière au grand temple Saint-Jacques de Paris.

Son père avait exprimé sur son lit de mort que Diana soit épargnée d'une épreuve lors de cette initiation. Aussi, Diana avait été luciférienne d'âme mais elle s'était insurgée contre les pratiques de satanisme. Elle avait refusé la deuxième épreuve : l'outrage aux saintes espèces par souillure et transpercement.

Cela ajourna sa proclamation à Paris et provoqua une crise entre les frères et les soeurs de Saint-Jacques et les membres du triangle fondé par son père à Louisville (ceux-ci lui conférèrent l'honorariat du grade). La crise dura jusqu'en 1889. Lucifer lui-même trancha les difficultés et se prononça en sa faveur après avoir reçu l'hommage de Diana.

Diana prétend avoir constaté le fumier dans le palladisme mais qu'elle avait vu un diamant au milieu de ce fumier : la doctrine.

Elle s'était crue une sainte du palladisme appelée à le régénérer.

Diana raconte sa présentation à Lucifer. Les membres du sérénissime Grand collège l'invitèrent à venir à Charleston.

Elle y arriva le 4 avril. Lucifer est réputé apparaître Sanctum Regnum de Charleston chaque vendredi à 3:00. Le 5 avril, Albert Pike, le souverain pontife du Suprême Directoire Dogmatique était présent. Diana n'était pas convoquée à cette réunion ; personne autre que les 11 premiers chefs ne purent assister à la tenue divine hebdomadaire.

Le soir du vendredi, l'un des 11 lui raconta ce qui s'était passé. Lucifer avait ordonné que Diana lui soit présentée le troisième jour suivant.

Pike lui ordonna de ne faire qu'un repas du soir du samedi et du dimanche ; du pain noir, du sang frit et une salade d'herbes laiteuses.

Elle resta enfermée dans sa chambre pour prier et méditer. Le 7 avril, le trésorier vint interrompre sa méditation pour lui demander quels métaux elle avait résolu d'offrir en vue du triomphe de la sainte cause.

Elle donna tout ce qu'elle avait sur elle.

Le lundi, elle ne mange pas.

Elle but une infusion de chènevis bénie par trois émérites.

À 19:00, deux membres de la Masonic Veteran Association vinrent la chercher.

Albert Pike l'accueillit dans le temple.

Elle était remplie d'une ardente allégresse. Les 11 premiers chefs vinrent à elle avec empressement ; ils la firent asseoir au point central de la pièce. Ils psalmodièrent un chant dans une langue inconnue de Diana. Puis ils se retirèrent.

Puis Pike laissa Diana se recueillir jusqu'à minuit. Elle fut seule devant le palladium, le Baphomet templier. Elle le trouvait grotesque et ridicule.

La salle n'avait aucun flambeau et pourtant elle était éclairée.

La muraille était parsemée de minuscules flammes vertes qui ne brûlaient pas la main quand Diana les toucha.

Diana médita devant le Baphomet.

Elle se disait que les catholiques faisaient de Lucifer un diable affreux alors que pour elle, il était là suprême beauté. Au bout de quelques heures, les flammes jaillirent plus fort des murailles, le plafond et le sol s'enflammèrent à leur tour.

Diana vit cinq esprits d'une radieuse beauté planant dans l'espace. Le Baphomet avait disparu. Un septième coup de tonnerre éclata plus fort que les précédents. Diana vit Lucifer devant elle, assis sur un trône de diamants. Elle voulut se jeter à ses pieds mais il la retint.

Il était superbe. Vêtu d'or.

Il était là tel qu'elle l'avait souhaité. Il commença à la rassurer de sa voix douce.

Elle lui parla de son refus de transpercer les hosties car elle ne croyait pas à l'eucharistie et donc à l'ubiquité. Il la rassura sur ce point et ordonna qu'elle soit sa grande prêtresse.

Elle se crut investie de l'infaillibilité luciférienne.

Diana réalisa que les émérites et Pike étaient derrière elle à ce moment-là.

Lucifer dit à Albert Pike que Diana était son élue de prédilection et qu'il la consacrait sa grande prêtresse et que tous devaient l'avoir en profond respect.

Lucifer emmena Diana avec lui dans la nature. Il fit venir Asmodée. Il prétendit qu'il avait amené Diana dans l'Éden.

Diana voulue combattre avec Asmodée et ses légions. Alors Asmodée pria Baal-Zéboub de la spiritualiser. Il accepta. Elle vola avec Asmodée au premier rang des illusions.

Elle combattit les Maléakhs, c'est-à-dire les esprits malfaisants, des monstres jaunâtres ou verdâtres avec une queue et des oreilles larges. C'étaient les gardiens du paradis terrestre tels que Lucifer voulait les montrer à Diana. Leur chef était Zachariel.

Légions combattaient à l'épée contre les Maléakhs. Ils furent battus et se dispersèrent. Diana visita l'Eden avec Asmodée et 33 légionnaires. Asmodée le montra les beautés du lieu avec les plus belles fleurs et des milliers d'oiseaux.

Les lions jouaient avec les biches.

Asmodée lui montra la mare où Lucifer tira l'Adam créé par Adonaï. Selon Lucifer, c'est par haine de l'humanité qu'Adonaï a placé ses lignes de Maléakhs tout autour du paradis terrestre. Cependant, ils sont invisibles pour les hommes.

Par l'effet d'un mirage trompeur que produisent les Maléakhs, la nature en cet endroit paraît stérile et déserte.

Selon les palladistes, Lucifer préserve l'Éden du déluge. Diana vit un aigle blanc gigantesque se poser. C'était l'aigle blanc de Paymon, la plus puissante Daimon après Astarté.

Diana redevint corporelle. L'aigle la transporta en Oolis, planète d'un monde solaire ignoré des profanes, sur laquelle Adonaï règne et seul est adoré, aux dires de la légende palladique.

L'aigle la ramena sur terre dans un volcan en éruption. Mais Diana et l'aigle ne furent pas atteints par la lave. L'aigle la porta jusqu'au Sanctum Regnum de Charleston.

Pike et les 10 émérites récitaient des prières auprès du palladium.

Diana demanda combien de temps avait duré son voyage et un assistant répondit une heure.

Pike signa le décret du 8 avril 1889 ordonnant la cessation du conflit entre le temple Saint-Jacques et les onze sept et l'honorariat de Diana qui fut proclamée maîtresse templière à Paris.

Après sa conversion au catholicisme, Diana avait réalisé que ce que Lucifer et Asmodée lui avaient montré n'était qu'une mystification.

Elle sait, à présent, qu'elle a été mystifiée comme tous les palladistes.

La première tromperie de Satan a été son apparition en état de splendeur, qui ne lui appartient pas. Les daimons sont affreux. Diana est certaine que Lucifer lui est apparu réellement, comme il apparaît à tant d'autres surtout à Charleston.

C'est parce que Diana a été élevée dans l'erreur que Lucifer a voulu la perpétuer. Pour ne pas démériter à ses yeux, il s'est paré d'un éclat usurpé et d'une beauté mensongère. Tout le reste n'était qu'illusion car il n'est aucunement au pouvoir de Satan ni de ses daimons de reconstituer l'Éden et de transformer en hideux monstres les anges de Dieu et de leur infliger une défaite en combat corps à corps.

Diana est certaine d'avoir été possédée par Lucifer le 8 avril 1889. Tous ceux qui sont admis au mystère du Sanctum Regnum sont dupés comme Diana l'a été.

À Charleston, le palladiste fanatique et en communication directe avec Satan. Diana remercie Jeanne-d'Arc qui a arraché le bandeau de ses yeux.

Diana prétend avoir vu Jeanne-d'Arc. C'est Jeanne-d'Arc qui a obligé quatre daimons, devant Diana, à montrer leurs vraies faces. Voilà comment Diana a commencé à comprendre que Lucifer n'est que Satan.

Le 6 juin 1895, Diana a contemplé la statue de Jeanne-d'Arc dans sa chambre. Elle prête serment devant Jeanne-d'Arc de respecter à jamais le nom de Marie, mère du Christ. Alors, une force extérieure l’a rejetée en arrière. C'était Baal-Zéboub, Astaroth, Moloch et Asmodée.

Diana a appelé Jeanne à la rescousse et les quatre daimons sont devenus des monstres et ont disparu.

Cela n'a duré que quelques secondes.

Chapitre II : je crois.

Diana évoque sa conversion. Plus elle considère sa conversion dans ses phases successives, plus elle confondue devant la bonté de Dieu.

Diana avait quitté le couvent le 15 juin 1895 après son baptême. Elle avait expliqué aux religieuses qu'elle ne pouvait pas écrire ses mémoires au couvent. Mais les religieuses redoutèrent que Diana meure assassinée par des émissaires de Lemmi. Alors la supérieure prit sur elle de la baptiser en urgence irrégulièrement. Diana a promis de régulariser le baptême au plus tôt.

La supérieure baptisa Diana dans l'oratoire. Le surlendemain, Diana avait regagné sa retraite.

La supérieure reçut une paternelle admonestation.

Le 12 août Diana reçut une lettre de la supérieure qui lui demandait où elle en était de ses progrès dans la voie de Dieu.

Diana souffrait de constater que la divine lumière lui était encore obscure par quelques nuages et elle souffrait des embarras qu'elle avait occasionnés à la supérieure.

Diana doutait encore de la transsubstantiation et Lucifer lui suggéra la pensée qu'il serait bon d'envoyer sa consultation à deux théologiens ; un prêtre catholique et un ministre protestant. C'était un piège. Depuis le début de sa conversion, Diana éprouvait les effets de la méchanceté des puissances infernales.

La nuit, les démons envahissaient son sommeil.

Le matin, elle avait le corps tout endolori, comme ayant été rouée de coups.

Dans la première quinzaine d'avril, c'était devenu intolérable alors Diana retourna au couvent.

Elle fut accueillie par la supérieure qui avait hâte de la voir. Elle rendit visite à l'aumônier. Elle lui demanda s'il pouvait prendre les lettres urgentes qu'elle aurait à faire partir en les envoyant à la Boîte Postale de la gare pour que les lettres partent au timbrage d'ambulant. Il accepta.

Les lettres seraient envoyées à son ami Bridget en poste restante. Bridget n'aurait plus qu'à jeter les lettres à la boîte de sa ville.

Le second intermédiaire ne connaîtrait ainsi que la ville où était Bridget et il enverrait les lettres de la grande ville où il habitait.

Cette correspondance était donc grêvée d'un retard de 36 à 48 heures.

Les trois nuits suivantes, Diana fut moins tourmentée par les mauvais esprits.

Le 15 août, Diana assista à la messe et pria. Elle demanda des conseils de lecture à l'aumônier. Elle eut l'autorisation de jouer de l'orgue. En jouant, elle songea à Jeanne-d'Arc et lui demanda secours contre la franc-maçonnerie.

La secte maçonnique redoute (selon Diana) Jeanne-d'Arc. Satan sait que l'archange Michel le terrassera encore et toujours, et cette fois-là par le bras de Jeanne-d'Arc.

Diana composa un hymne à Jeanne-d'Arc. La supérieure et l'aumônier la félicitèrent.

Diana voulait aller à Lourdes mais elle savait que Sophia avait envoyé à la garde Orléans, en espionnage, l'épi d'or (S.’. 1408) en compagnie d'un frère brésilien. Ils empêchèrent le train en partance pour Lourdes.

Les 17 août, Diana unit ses prières à celle du grand pèlerinage national. Le 20 elle médita et supplia Marie de parfaire en elle l'oeuvre de Jeanne-d'Arc.

Elle rédigea un mémorandum pour les deux théologiens. Elle voulut l'envoyer les 21 mais elle lut un livre sur Sainte Euprépie morte au bûcher comme Jeanne-d'Arc.

Le soir, elle pria Marie pour qu'elle la délivre des démons et elle put dormir sans faire de cauchemar.

Elle avait emporté « Lucifer démasqué » de Jean Kotska et elle le lut.

Sa première nuit sans cauchemar, Diana rêva de Sainte Jeanne de Chantal, Sainte Euprépie et Sainte Adelinde. Elles lui parlaient de la vérité de la foi catholique.

Elle se vit prier à un prêtre d’ôter ses doutes sur la transsubstantiation. Et le prêtre lui expliqua que c'était pour les hommes que Jésus avait institué l'auguste sacrement de l'eucharistie.

Et lui dit simplement : « crois ».

Elle entendit la musique des anges. Elle se réveilla avec la Foi entière.

Elle n'eut plus de cauchemar. Elle pouvait déchirer son mémorandum à envoyer aux deux théologiens.

Elle y avait écrit ses doutes sur la Sainte Trinité à cause du palladisme qui n'admettait pas l'ubiquité attendu qu'il présentait deux éternels principes comme adversaires et se combattant à outrance.

Le palladisme, c'était l'existence de deux dieux contraires. Son deuxième doute étaie sur la Rédemption.

Il lui semblait impossible d'admettre intégralement l'Évangile et de ne pas voir des contradictions au sujet de la généalogie du Christ.

Satan soufflait à Diana que Joseph était l’égal de Marie devant la crèche de l'enfant Jésus ; il était le père du divin rédempteur, comme Marie était sa mère.

L'erreur de Diana s'était évanouie quand elle avait compris que Saint Luc donnait la généalogie de Marie et Saint Matthieu donnait celle de Joseph.

Son troisième doute étaie sur l'eucharistie. Elle comprenait Jésus-Christ corps, sang, âme et divinité, présent dans le pain exposé sur l'hôtel pour y être l'objet de l'adoration des fidèles mais elle ne pouvait croire qu'il fût également donné en communion dans le pain.

Dorénavant, Diana comprenait que les maçons des arrières loge avaient de la haine pour Jésus et que cette haine s'exerçait surtout à coup de poignard contre la divine eucharistie.

Diana prétendait que Jésus avait été persécuté par les juifs et l'était par les maçons.

Léo Taxil qui a écrit ce livre ne fait que reprendre la haine des catholiques de l'époque contre les juifs et les maçons et exploite en ce sens son personnage de Diana.

Diana évoque aussi ce que le docteur Bataille alias Léo Taxil racontait dans ses pamphlets antimaçonniques à savoir que les maçons mettaient des hosties pressées et déchirées dans des boîtes portées comme des bijoux.

Diana évoque la soeur Dorothea de Berlin qui volait les hosties pour les jeter à ses chiens.

Diana se fit cette réflexion : qu'un misérable jette en un égout les hosties saintes ; Dieu subit l'odieux outrage : mais les espèces du pain perdant bientôt leur intégrité, s'altèrent, le sacrement cesse aussitôt de subsister.

Les 21 août, l'aumônier lut avec joie la profession de foi de Diana.

Le lendemain, l'aumônier était allé au chef-lieu du diocèse où l'évêque lui avait donné l'autorisation de baptiser Diana et de lui faire faire sa première communion.

Cela eut lieu le 24 août.

Diana prétendit même qu'elle était à l'origine d'un miracle car une tuberculeuse envoyée à Lourdes avait été associée à l'espérance d'un prêtre de voir Marie témoigner de la bienveillance à Diana en guérissant la tuberculeuse.

Diana fit une neuvaine eucharistique pour réparer les crimes de ses les anciens frères et soeurs maçons.

Les premiers jours, réparation de l'incrédulité ; le deuxième, réparation de l'indifférence mondaine ; le troisième, réparation de l'égoïsme des coeurs durs ; le quatrième, réparation des péchés d'impureté ; le cinquième, réparation de la persécution ; le sixième, réparation des communions tièdes ; le septième, réparation des blasphèmes ; le huitième, réparation des communions sacrilèges ; le neuvième, réparation des profanations sectaires.

Elle commença sa neuvaine les 25 août.

L'aumônier lui conseilla de mettre ses prières par écrit et de les publier.

Le 2 septembre Diana quitta le couvent. Elle regagna sa retraite avec Bridget.

La conversion de Diana bouleversa les triangles écossais où elle avait des amis. Le dernier jour de sa neuvaine, Diana était hantée par le souvenir d'une chevalière élue qui, admise à l'initiation supérieure, en 1891, refusa de transpercer un pain eucharistique et fut assassinée. C'était une jeune institutrice initiée au palladisme. Dans le triangle de Londres où elle était, Lemmi envoya un prêtre apostat, d'origine polonaise. Ce prêtre fit admettre les rituels de satanisme par le triangle de Londres. Il devint le directeur du triangle.

L'institutrice était la fille d'un communard réfugié à Londres.

L'institutrice ne s'attendait pas à ce qu'on lui demande de poignarder une hostie. Elle refusa. Le Polonais insista. Elle annonça qu'elle quittait le triangle. Le Polonais la condamna à mort et le triangle vota à l'unanimité. La victime fut ligotée et jetée en pâture aux rats dans la cave du triangle.

Diana avait vu des gouttes de sang couler d'hosties transpercées mais elle était convaincue dans sa foi et pensait que le Christ dans sa souveraine béatitude échappait à toute l'impiété de la terre et des enfers.

Chapitre III : mon éducation luciférienne.

Diana pensait avoir le devoir de raconter sa vie car elle démontrait lumineusement que Satan n'est que l'esclave de Dieu. Son entrée dans l'église de Dieu était la fin d'une race diabolique si elle examinait en chrétienne la tradition de la famille, qui était une tradition de la haute maçonnerie occultiste.

Diana et son oncle paternel étaient les derniers descendants de l'alchimiste Rose-Croix Thomas Vaughan. Son oncle n'avait pas d'enfant et Diana n'en voulait pas car elle voulait se consacrer à Dieu.

Elle avait un secret traditionnel de famille. Le pacte du 25 mars 1645, signé entre Satan et Thomas Vaughan serait détruit le jour de l'entrée en religion de Diana ; en attendant il était entre de saintes mains.

Pour s'assurer la Pierre philosophale et 33 ans de vie dans la science hermétique et le pouvoir de faire de l'or, Philalèthe, qui avait obtenu par  Cromwell la « faveur » de décapiter le noble martyr Laud, archevêque de Cantorbéry, et qui avait recueilli de son sang, Philalèthe, les 25 mars 1645, offrit ce sang à Lucifer, en échange du pacte le plus inouï souscrit entre le démon et un humain.

Le linge fut brûlé par Vaughan en hommage à Satan.

Diana voulait brûler le pacte infernal et prendre le voile en 25 mars.

Vaughan écrivit sous le nom de Philalèthe, « l'Introïtus apertus ad occlusum Regis palatium » (l'entrée ouverte au palais fermé du roi) est pour les initiés du premier degré, la clé de l'occultisme, et pour les parfaits initiés du second degré, l'introduction des adeptes au palais (fermé aux profanes) de Lucifer dieu roi.

Diana voulait corriger des erreurs faites dans la biographie de son ancêtre. Il serait né en 1612 et pas en 1621. Il signait Eirenaeus Philaléthès et non pas Eugénius Philaléthès. Il serait mort bien plus tard qu'en 1665 et pas de façon humaine. Il serait mort en 1678.

Diana estimait que la maçonnerie antichrétienne était née de la réforme par Fauste Socin.

Quand Fauste Socin se réfugia en Pologne, il projetait de greffer sur cette branche de la Réforme une association secrète enseignant à ses adeptes une doctrine encore plus avancée en irréligion ; il voyait contre lui les catholiques et même les protestants ; car ceux-ci jugeaient qu'il allait trop loin. Lorsque le peuple de Cracovie, édifié sur l'impiété de Fauste, pilla sa maison, jeta au feu ses livres et ses manuscrits et faillit le massacrer en 1598, le neveu de Lelio Socin avait déjà eu des communications directes de Satan. Il avait juré une haine à mort à l'Eglise et se préoccupait d'instituer l'association tant rêvée. Deux ans avant sa mort, il reçut la visite de Valentin Andreae, qui lui fut présenté par son père ; celui-ci était le fils de Jacob Andreae, un des premiers qui adoptèrent les principes de la Réforme. C'est dans cette visite que Valentin fut consacré à Lucifer. Les adeptes de Socin se donnaient le nom de « Frères de la Croix de la Rose ». Ils se saluaient par ces mots : « Ave, Frater ». À quoi l'interpellé répondait : «Rosae crucis ».

Fauste Socin, pour les affiliés, et l'empereur maître. Avant de mourir, il avait désigné pour son successeur Cesare Cremonini, professeur de philosophie à Ferrare puis à Venise. Cremonini avait adopté la doctrine d'Averroès en disant à ses amis qu'elle était la bonne doctrine parce que le pape Léon X l'avait condamnée.

Cremonini était empereur maître de Rose-Croix Sociniens.

Mais Valentin Andreae fut considéré par les Blonski comme le véritable successeur de Fauste.

Pour Diana, Anderson et Désaguliers fondateurs de la franc-maçonnerie étaient des adeptes de Socin et des Rose-Croix.

En 1617, les neuf disciples de Fauste Socin, ayant la parfaite initiation de la Rose-Croix, étaient : Cesare Cremonini, Michael Maier, Robert Fludd, Valentin Andreae, Nick Stone, Lodewijk Van Geer, Samuel Blonski, Claude Guillermet de Beauregard et Amos Komenski.

Cremonini fut remplacé par Michael Maier qui désigna Andreae pour son successeur. Andreae s'intitula Summus Magister.

Diana affirmait connaître la liste des grands maîtres Rose-Croix sociniens : Fauste Socin de 1597 à 1604 ; Cesare Cremonini de 1604 à 1617 ; Michael Maier de 1617 à 1622 ; Valentin Andreae de 1622 à 1654 ; Thomas Vaughan de 1654 à 1678 ; Charles Blount de 1678 à 1693 ; Friedrich Helvétius de 1693 à 1709 ; Richard Simon de 1709 à 1712 ; Théophile Désaguliers de 1712 à 1744 ; Nicolas de Zinzendorf de 1744 à 1749 ; Johan Wolff de 1749 à 1780.

Diana prétendait que les livres écrits par Michael Maïer étaie des ouvrages d'occultisme révélant une partie de la doctrine luciférienne.

Pour Diana, le livre capital de Maïer, au point de vue des origines maçonniques, c'est sans contredit, le Themis Aurea. Il y écrit que les frères de la Rose-Croix doivent demeurer dans le plus rigoureux secret pendant 100 ans.

Ce livre a été écrit en 1617 et est le résultat des résolutions prises dans la réunion de 1617 dite du Dénombrement de la Fraternité, ou convent des Sept.

Il y avait Maïer, Stone, Andreae, Van Geer, Samuel Blonski, de Beauregard et Komenski. L'assemblée se tint le 31 octobre à Magdebourg dans la maison de l'Alstadt.

La date avait été choisie parce que le 31 octobre 1517, Luther afficha ses 95 thèses contre les indulgences à la porte de l'église de Wittenberg et Magdebourg car Albert de Brandebourg, archevêque de Magdebourg, avait été chargé par le pape de prêcher l'indulgence.

L'assemblée fulmina la malédiction contre la papauté, glorifia la mémoire de Socin et renouvela le serment socinien de détruire la religion catholique. Ils décidèrent que les Rose-Croix se couvriraient de mystère pendant un siècle et qu'en 1717, la Fraternité se transformerait en association ouverte à la propagande.

La légende Rose-Croix fut adoptée définitivement. Cette légende avait été reproduite par Andreae en 1615 dans «Fama Fratenitatis Rosae Crucis ».

De cette légende il importe surtout de retenir les dates qu'elle fixe d'une manière voilée, pour les rappeler aux initiés.

Lelio Socin avait écrit : « ce n'est pas Luther qui a apporté la lumière à ce monde plongé dans les ténèbres de la superstition, c'est Wiclef ; il faut remonter à l'heureuse année 1378, qui a vu le monstre papal coupé en deux et qui nous a valu l'admirable traité « Du pape romain ».

Cette date de 1378, on la trouve au point de départ de l'histoire merveilleuse de Christian Rosenkreuz, imaginée par Valentin, de même qu'on y trouve en point terminus la date de la mort du grand vénéré. Que dit cette légende ?

Christian Rosenkreuz avait été inscrit au livre du Destin pour vivre 106 ans sur terre.

À 20 ans, désireux d'étudier à fond la magie, il se rendit à Damas, et les maîtres de la philosophie orientale lui révélèrent des choses extraordinaires. Ils lui dirent qu'ils l'attendaient depuis longtemps car il était désigné pour être le promoteur d'une rénovation totale du monde.

Ils lui communiquèrent alors une partie de leurs secrets pour qu'il soit en état de remplir sa mission.

Rosenkreuz passa quelques années avec les philosophes d'Orient puis il se rendit au Maroc, à Fez, pour se parfaire dans la science de la kabbale. Il essaya de semer dans les esprits espagnols les principes rénovateurs qui devaient changer la face de la terre mais fut chassé d'Espagne. Alors il retourna en Espagne, d'où il était originaire et révéla à trois disciples le secret du grand arcane de la théosophie. Enfin, il se renferma dans une grotte pour y finir ses jours en solitaire.

Il mourut en 1484.

Ses trois disciples l'ensevelirent et disparurent.

Il fallait que le tombeau de Rosenkreuz soit ignoré pendant 6 × 20 ans.

En 1604, le hasard attira des hommes jusqu'à cette grotte. Ils trouvèrent le tombeau qui resplendissait d'une vive lumière. Il y avait là un autel avec inscrit : vivant, je me suis réservé pour sépulcre cet abrégé de la lumière. Une figure mystérieuse était accompagnée de cette épigraphe : jamais vide. Une deuxième figure : le joug de la loi. Une troisième : la liberté de l'Évangile. Une quatrième : la gloire de Dieu entière.

Dans la grotte éclairée, il y avait des miroirs et des livres de Paracelse.

Sur le mur était écrit : dans sixvingt ans, je serai découvert.

En 1378 eut lieu l'année du grand schisme en Occident. Wiclef écrivit en se réjouissant de voir la chrétienté scindée entre le pape de Rome et le pape d'Avignon ; que les peuples ne devaient pas laisser échapper l'occasion qui leur était offerte de rejeter le catholicisme.

Diana dit que son père lui donna à admirer Wiclef en qui il voyait un luciférien.

Quant à Rosencreuz, il expliquait à Diana que c'était un personnage symbolique incarnant l'alchimie, la kabbale et la théosophie. Son sépulcre que l'inscription disait ne jamais être violé, c'était celui des victimes de la superstition : Jacques de Molay, Jean Huss, Jérôme de Prague, Savonarole, Lucio Vanini.

1604 était l'année de la découverte du tombeau de Rosencreuz et celle de la mort de Fauste Socin.

Pendant la grande maîtrise de Michael Maier, les adeptes s'étaient multipliés.

En 1623, les Parisiens virent des affiches vantant les mérites du Collège principal des Frères de la Rose-Croix. Ce fut une moquerie générale, la Confraternité de la Rose-Croix fut tournée en dérision par les bouffons publics et les amuseurs publics dans les foires.

Les railleries dont les invisibles initiés étaient criblés empêchait de considérer leur association comme dangereuse.

Mais les jésuites ne furent pas dupes.

Un certain Henry Neuhaus publia à Paris, en 1623 un livre sur les Rose-Croix « Avertissement pieux et utile. Des frères de la Rose-Croix : à savoir s'il y en a ? Quels sont-ils ? D'où ils ont pris ce nom ? Et à quelle fin ils ont répandu leur renommée ? Ecrits mis en lumière pour le bien public ».

L'auteur disait que les frères de la Rose-Croix se recrutaient exclusivement parmi les anabaptistes et les sociniens.

Deux jésuites firent des recherches qu'ils publièrent. Le père Garasse « Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps » (1603) et le père Gauthier « Table chronologique de l'état du christianisme » (1626).

Diana tenait à fixer, d'une façon irréfutable, l'origine socinienne de la franc-maçonnerie par les Rose-Croix.

Lorsque la franc-maçonnerie fit son apparition en 1717, il ne s'écoule pas longtemps avant que des innovateurs voulussent se signaler dans une sorte de surenchère de nouveaux rites.

Le frère Ragon a compté que jusqu'en 1860, il avait été créé 193 rites ou ordres comptant plus de 1400 grades.

Diana prétendait qu'Albert Pike savait que les trois grades symboliques de la franc-maçonnerie étaient l'oeuvre de deux frères de la Rose-Croix socinienne, le troisième grade était composé sur les données de Robert Fludd. Le grade d'apprenti aurait été composé par la collaboration de Thomas Vaughan et d’Élias AShmole ; celui de compagnons, par Élias Ashmole seul ; celui de maître, par la collaboration de Thomas Vaughan et d'Élias Ashmole.

Albert Pike a fourni l'argument de l'origines socinienne aux maçons européens, qui toujours ont eu des tendances à ramener le siège pontifical de la franc-maçonnerie en Europe, et de préférence en Italie, patrie de Socin.

Diana prétend que les Rose-Croix, par des opuscules habilement rédigés et adroitement distribués, donnaient à entendre que les six principales règles de leurs parfaits initiés étaient : d'exercer une médecine charitablement et sans recevoir aucune rémunération de quiconque. D'adopter les coutumes du pays où leur mission les conduit et d'y vivre de telle sorte que personne ne puisse les soupçonner d'appartenir à la fraternité. De se rendre une fois par an au lieu fixé pour l'assemblée générale, et en cas d'empêchement majeur de faire tenir au grand maître une lettre exposant les motifs de son absence.

Ce nombre des plus hauts initiés étant limité, de choisir, chacun, avant l'heure de sa mort, un successeur capable d'occuper sa place et de le représenter dignement.

De garder une fidélité inviolable à l'association et de tenir d'une façon impénétrable, le secret des frères. De maintenir absolument secrètes pendant 100 ans les oeuvres et les personnes de l'association, et de croire fermement que, si la fraternité venait à faillir, elle pourrait être réensevelie dans le sépulcre de son premier fondateur.

Les Rose-Croix voulaient impressionner le public en affirmant n'être sujets ni à la faim, ni à la soif, ni à la vieillesse, ni aux maladies et que par la kabbale et la science des nombres, ils découvraient les choses les plus cachées. Ils avaient un livre dans lequel ils pouvaient apprendre tout ce qui était dans les autres livres fait ou à faire.

Ils affirmaient avoir trouvé la future langue universelle.

Ils affirmaient posséder plusieurs livres mystérieux, dont un, était le plus utile après la Bible, livre que tenait Rosencreuz en sa main droite au moment de sa mort.

Diana affirmait que le Saint empire n'aimait pas les Rose-Croix et que l'empereur avait proscrit Amos Komenski.

Elle disait que Komenski, réputé comme savant pédagogue sous le nom de Comenius, était l'un des principaux chefs de la secte des frères moraves ; c'était lui qui avait signé l'alliance avec les sociniens. Les moraves haïssaient la papauté. Ils étaient fixés en Moravie et s’allièrent aux Bohèmes massacreurs qui incendièrent les couvents. Ils avaient juré l'extermination de tout le clergé catholique. L'empereur rendit un édit contre les moraves suspectés de satanisme et ils durent quitter la Moravie.

Komenski s'établit en Pologne en 1624 avec un grand nombre de ses coreligionnaires.

Il devint le surintendant des moraves et vivait en la meilleure intelligence avec les sociniens.

Diana affirmait que Komenski avait écrit des messages à double sens dans « Labyrinthe des mondes » et que son sentiment luciférien transparaissait dans «Lux intenebris ».

Thomas Vaughan partit à Londres en 1636 et se lia avec Robert Fludd.

C'est cette liaison qui décida de sa vie car Fludd était alchimiste, socinien et Rose-Croix.

Fludd écrivit une lettre à Andreae pour lui recommander Vaughan. Il lui demanda de l'accueillir sans lui laisser soupçonner son avenir dans la Fraternité. Cette lettre fut gardée précieusement par le père de Diana qu'il tenait de ses aïeux.

Thomas Vaughan rencontra Andreae à Calw, près de Stuttgart, en 1636.

Il portait la lettre de recommandation de Fludd. Andreae l'accueillit et chargea Jérôme Stoinus de l'accompagner auprès de Samuel Blonski. Le voyage de Vaughan se termina par une rencontre avec Komenski.

En 1638, Vaughan alla en Amérique. Il rencontre John Cotten, un ministre protestant qui changea le nom de la ville de Trimountain en Boston.

Vaughan retourna en Angleterre en 1639.

Il a pris la découverte d'une corne d'or au Danemark et se rendit dans ce pays.

Le 20 juin 1639, une jeune Danoise Kaatje Schwenz aperçut sur le bord d'une route quelque chose de pointu et  bizarre. Huit jours plus tard, elle eut la curiosité de chercher ce que c'était et creusa un trou autour. Elle sortit un bloc de métal en forme de corne longue de 66 cm et creusée.

Le roi Christian IV lui acheta la corne. Cette corne resta au musée de Copenhague jusqu'en 1802. Elle fut volée cette année-là. Thomas Vaughan voyait dans cette corne l'histoire de la recherche de la Pierre philosophale.

Il la dessina. Elle comportait des figures d'oiseaux, de poissons, de loups, de chevaux à têtes et mains humaines, des têtes de mort, des tridents, des étoiles, deux satires dont l'un portait une hache et l'autre une faux, un cavalier au galop, un arbalétrier, un mage coiffé d'un bonnet a queue, une femme brandissant un couteau contre un homme, des croix et des coeurs.

Vaughan fit un rapport sur la corne et l'envoya à Komenski.

Diana prétendait que la «Pansophie » de Komenski prouvait que la franc-maçonnerie étaie d'origines socinienne. On y lisait l'expression Grand Architecte de l'Univers, Komenski prédisait la destruction de la papauté par une association internationale d'hommes bien éclairés qui élèveraient un temple de toute sagesse d'après les plans du Grand architecte de l'univers.

Thomas Vaughan avait 28 ans quand il passa de la Rose d'or à la Rose-Croix. L'initiation lui fut donnée par Komenski. C'est alors qu'il choisit pour nom Eirenaeus Philaléthès.

En 1640, Valentin Andreae était devenu prédicateur de la cour.

Le duc de Brunswick le prit pour chapelain.

Vaughan se lia d'amitié avec Élias Ashmole.

D'après Diana, Ashmole n'était pas juif même s'il apprit l'hébreu avec le rabbin Salomon Frank.

Diana le trouvait répugnant par sa cupidité. C'était pour comprendre divers auteurs hermétiques qu' Ashmole apprit l'hébreu.

Thomas Vaughan connut Ashmole en 1641. Ashmole était avocat. Il venait d'être recruté par la Rose-Croix quand sa femme Éleonor mourut subitement.

Ashmole fut initié Rose-Croix sans passer par les grades inférieurs par Georges Wharton et Thomas Wharton. Thomas Vaughan en fut étonné mais Thomas Wharton lui expliqua qu' Ashmole ne pouvait pas trahir car il était lié à lui par un terrible secret.

Ashmole fut initié Rose-Croix en 1641. Diana pensait que les Wharton avaient aidé Ashmole à tuer sa femme et à épouser sa seconde femme, vieille et richissime. Ashmole délivra George Wharton de la prison en 1652 et le fit intendant de ses biens.

Diana affirmait qu'un conciliabule secret de Rose-Croix condamna à mort l'abbé Bouis, prêtre d'Arles, qui avait publié en Provence, un ouvrage antisémite.

Philalèthe voyagea avec Komenski jusqu'à Hambourg puis alla aux Pays-Bas, en Italie et en France où il conçut le projet d'organiser la franc-maçonnerie. Il voulait réaliser le plan de Fauste Socin, élargir l'infernale propagande, restreinte jusqu'alors aux mystérieux groupes des Rose-Croix. Le convent de Magdebourg avait fixé au deuxième centenaire de la révolte de Luther l'époque de cette transformation et cet agrandissement de la Rose-Croix socinienne.

Thomas Vaughan pensait que le mieux était de préparer la nouvelle évolution, sans attendre la date de 1717.

On respecterait le vote du convent des 7 en ne manifestant publiquement qu'à la date fixée l'existence de l'association mais elle aurait été organisée avant.

Vaughan pensa s'introduire dans le compagnonnage. Il guérit la femme d'un compagnon du devoir qui était chapelier. Les chapeliers lui conférèrent une sorte d'honorariat. Il leur composa un rituel, basé sur une parodie de la passion du Christ.

On administrait au récipiendaire un nouveau baptême, en lui donnant à comprendre que c'était le seul valable pour être sauvé. Philalèthe composa un rituel semblable pour les compagnons cordonniers rémois.

Rentrée à Londres, Thomas Vaughan jugea que l'association, plus universelle, des francs-maçons, ouvriers du bâtiment, se prêtait mieux à la réalisation de son projet.

Il fut inspiré par la lecture des manuscrits de Nick Stone qui était un des 7 du convent de Magdebourg. Stone était architecte et membre de la corporation des francs-maçons. Quelques Rose-Croix s'étaient mêlés aux francs-maçons comme les Wharton.

Vaughan réunit ses amis les 14 mai 1643 pour y annoncer son plan sur la franc-maçonnerie.

Puis Vaughan se rendit en Suède par son ami Van Geer y avait été créé baron.

Il revint en Angleterre en 1644.

Le roi avait été battu par Cromwell. Diana prétendait que Cromwell était un maçon accepté et qu'il avait été reçu dans une loge de Warrington.

Elle prétendait qu'il était gagné en secret à la Rose-Croix socinienne.

Vaughan voulut recevoir le neuvième degré mais Valentin Andreae lui dit qu'il le recevrait de leur dieu. Alors Vaughan pria d'un prêtre céleste lui répondit. Il lui demanda d'être l'exécuteur d'un papiste et de brûler la chemise ensanglantée du condamné et d'appeler Lucifer.

Alors Vaughan obéit et exécuta l'archevêque Laud. Il prit la chemise de Laud et l'humecta du sang du condamné.

Il la brûla le jour où le Christ fut conçu dans le sein de Marie. Un spectre lui apparut avec Lucifer.

Le spectre était celui de Fauste Socin et il consacra Vaughan comme successeur de Valentin Andreae.

Vaughan réclama 33 ans de vie supplémentaire et les obtint.

Lucifer promit à Vaughan Vénus Astarté pour fiancée dont il aurait une fille.

C'est après avoir été consacré mage de cette façon que Thomas Vaughan écrivit «Introïtus Apertus ».

Sous son impulsion, les Rose-Croix se multiplièrent, et, aussitôt qu'ils atteignaient le cinquième degré, ils entraient dans les loges maçonniques.

Les initiés aux mystères de l'occultisme se réunissaient à part au sein de loges sans que les vrais maçons pussent soupçonner que leur société abritait les complots contre la religion catholique.

Vaughan et Ashmole écrivirent les grades d'apprenti, compagnon et maître en 1646, selon Diana.

Puis Vaughan partit en Amérique et se lia à l'apothicaire Starkey.

Il vécut avec les Lenni-Lennars. Il rencontra Vénus Astarté promise par Lucifer. Elle descendit du ciel. Il passa 11 jours avec elle. Elle lui fit une fille. Vaughan emmena sa fille chez les Indiens comme le voulait Astarté. Il l'appela Diana et lui laissa un médaillon pour qu'elle ait un portrait de son père. Pour commémorer la descendance d'Astarté, un atelier palladique fut créé à New York et reçut le nom de Phébé la Rose.

Diana en fut élue grande maîtresse à vie.

Diana expliquait que son prénom était l'équivalent féminin de Lucifer. L'atelier de New York l'accueillit sous le nom de Lucifera.

Elle voulut abandonner son prénom mais elle eut connaissance de Diana d'Andelo, une convertie et garda son prénom.

Ashmole composa le grade de compagnons en 1648 quand Vaughan était en Amérique sur les données laissées par ce dernier.

Vaughan revint en Angleterre fin 1648 d'où il dirigea les Rose-Croix.

Le grade de maître fut composé en 1649 par Vaughan.

Ni Ashmole, ni Vaughan ne dirent d'où ils avaient tiré la légende d'Hiram pour l'introduire dans le grade de maître. D'après Diana a cette légende se trouve dans l'un des 10 principaux Targums (paraphrases chaldaïques de l'Ancien Testament) attribué à Jonathan ben Uzziel.

Vaughan connaissait l'hébreu aussi bien et mieux même qu' Ashmole.

Diana était persuadée que Thomas Vaughan avait rédigé le grade de maître et que la preuve résidait dans le cahier interprétatif de Friedrich Helvétius. Helvétius fut disciple de Vaughan et alchimiste. Helvétius a interprété la légende d'Hiram en se basant sur les commentaires personnels d' Ashmole.

Ashmole pensait que le grand maître assassiné dont il fallait venger la mort était Charles Ier.

Vaughan écrivit un cahier du grade de maître et Ashmole un faux cahier de ce grade.

Le faux cahier fut rédigé 10 ans après le vrai.

Ashmole y plaça les constructeurs Charles, traiteusement mis à mort par trois compagnons.

Diana était convaincue que Cromwell était Rose-Croix et maçon accepté.

Dès 1649, les loges Rose-Croix pratiquaient le grade de maître avec la légende d'assassinat d'un architecte constructeur par trois mauvais compagnons.

Diana jugée impossible que Cromwell ait accepté que dans les loges, dont il faisait partie, on conspirât pour le rétablissement de la royauté.

Aujourd'hui, selon Diana, prendre au sérieux le faux rituel d' Ashmole, roulant sur l'assassinat du constructeur Charles serait d'une inexcusable naïveté.

Charles II put croire que Cromwell aurait toléré qu'on pratiquât dans les loges un symbolisme imaginé dans le but d'exciter à venger Charles Ier. À son époque, le véritable travail souterrain de la Rose-Croix socinienne et de la franc-maçonnerie était ignoré.

Helvétius était formel pour déclarer que Thomas Vaughan avait dirigé la rédaction du grade de maître.

La preuve était dans l'interprétation de la légende d'Hiram par Vaughan.

Pour Diana, c'était Satan qui avait inspiré l'auteur du Targum d'où fut extraite la légende d'Hiram.

Les rabbins talmudistes avaient donc coopéré à la création de la franc-maçonnerie. Une théorie d'interprétation de la légende d'Hiram était connue des arrières loge selon Diana.

C'était la théorie de la génération et de la putréfaction.

Hiram, enterré au Liban, a pourri dans l'humus de la terre ou était planté la branche d'acacia. Son cadavre s'est décomposé. «Mac Benac » s'est écrié le très respectable ; mot que l'on traduit par : « la chair quitte les os ».

Il faut de la putréfaction pour la génération disent les francs-maçons, selon Diana.

« Soyez-ensemenceurs le plus qu'il vous sera possible, dit Satan ; jetez le grain de blé là où il est destiné à germer, et sa putréfaction donnera génération ».

Selon Diana, Robert Fludd avait imaginé la théorie de la génération par la putréfaction.

Dans «Utriusque cosmi métaphysica », Fludd exposa le système de l'archétype et du macrocosme et du microcosme.

L'archétype est la divinité et ses 10 manifestations et le macrocosme est le monde, image et émanation de la divinité (région empyrée où résident les esprits célestes ; région éthérée : ciel des étoiles fixes ; et la région élémentaire qui est la terre et les autres planètes. Ce microcosme est l'homme. Pour Robert Fludd : « la même loi s'applique au règne animal, et en particulier à l'homme, ou microcosme ».

Vaughan était disciple de Fludd et pas Ashmole.

Vaughan hérita des manuscrits de Fludd. Le faux cahier du grade de maître écrit par Ashmole ne contient rien sur Hiram. C'est Vaughan qui a écrit la légende selon Diana. Le véritable cahier du grade de maître écrit par Vaughan aurait été détruit après avoir été recopié et plagié par Anderson grand maître de la franc-maçonnerie.

Désaguliers éprouva le remords d'avoir aidé Anderson à plagier Vaughan alors il fit une copie du cahier de Vaughan.

Diana évoquait la mission de Francisco Borri, un Rose-Croix qui voulait discréditer le catholicisme.

Il parlait aux foules au nom de l'archange Saint-Michel, qui lui avait remis, affirmait-il, une épée merveilleuse, forgée dans le ciel.

Il affectait une grande dévotion pour l'eucharistie et soutenait que le Christ et Marie étaient présents dans l'hostie.

Il attribuait un rang inférieur au Fils et au Saint Esprit.

Le saint-Office ordonna des poursuites contre lui. Il s'enfuit à Strasbourg. Puis il alla à Amsterdam. Il partit en Suède où il soutira des sommes considérables à la reine Christine.

Borri sema en Europe la haine de l'Eglise. Il avait, selon Diana, une salamandre pour épouse. C'était une salamandre avec un tronc et une tête de femme qu'il faisait apparaître d'une petite ampoule. Il l'appelait Elkbamstar. La salamandre prenait forme avec le sang de Borri.

Borri finit en prison et mourut en 1685.

Vaughan écrivit des ouvrages d'alchimie : « l'Anthropolosophia theomagica », «La Magia adamica », en 1650 et «Lumen de lumina » en 1651 et «Aula lucis » imprimé en 1652.

D'après Diana, Heider, ami de Diderot, avait, le premier, laissé comprendre, en parfait initié franc-maçon, dans ses « Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité », que Valentin Andreae n'était pas ce que l'on avait cru. Il jugeait que trois ouvrages d'Andreae couvraient des aperçus suffisamment clairs sur l'organisation d'une société secrète destinée à détruire l'Eglise romaine.

Vaughan raconta ce qu'il avait vu à la mort d'Andreae.

Il affirmait que Van Geer, Komenski et Blount étaient apparus portés respectivement par un aigle, par un lion ailé et par un taureau ailé.

Les animaux s'évanouirent et furent remplacés par des daimons : Léviathan, Cerbère et Belphégor. D'autres daimons apparurent pour lui annoncer qu'il était le nouveau grand maître. Van Geer, Komenski et Blount le félicitèrent.

Vaughan affirmait que Van Geer avait le pouvoir de s'émietter en minuscules fragments.

En 1665, Blount eut un fils.

Il appela Charles. Vaughan évoqua Lucifer et annonça que Charles avait recueilli l'âme de Valentin Andreae.

Diana évoquait le premier Helvétius connu, disciple de Vaughan.

Son vrai nom était Johann Friedrich Schweitzer, venu de Suisse en Hollande d'où il se fixa pour pratiquer la médecine. Médecin du prince d'Orange. Il se lia avec Philalèthe a 42 ans.

Vaughan le convertir l'alchimie alors qu'il s'y était opposé.

Vaughan l’initia au neuvième degré de la Rose-Croix. Il fut grand maître de la Rose-Croix de 1663 à 1709.

Diana évoquée un livre écrit par Vaughan en 1645, «Introitus apertus » qui révèle aux initiés de la Croix d’or les arcanes de l'alchimie.

D'après Diana, Albert Pike à qui le père de Diana avait communiqué le manuscrit annoté de l’Introitus apertus, avoua à Vaughan avoir cherché la Pierre philosophale et l'avait trouvée.

Le secret pour la trouver était de prononcer les noms des hommes maudits par les prêtres du dieu qu'on adore à Rome. Depuis Caïn jusqu'à Fauste Socin et que ces noms soient prononcés avec bénédiction.

Et alors le Dieu bon venait pour offrir la Pierre philosophale à la dette. Quand Diana apprit cela, elle demanda à son oncle s'il fallait aussi prononcer le nom de Judas avec amour et rit pour se moquer de lui mais son oncle se mit en colère. Le père de Diana lui avait ordonné de ne pas bouger tandis que son oncle alla chercher une fiole.

Il la déboucha et versa quelques gouttes du contenu dans sa main et s'enduisit les lèvres, le nez, les paupières et le creux de ses oreilles.

Il murmura des mots inintelligibles et le père de Diana lui répondait. Ensuite, il tourna autour de Diana et s'arrêtait à chaque septième pas ; alors le père de Diana tournait trois fois sur lui-même. C'était un exercice luciférien.

À la fin, l'oncle se coucha de tout son long et approcha ses lèvres huileuses du bout du pied droit de Diana et recommença à parler sa langue incompréhensible.

Le père de Diana partit chercher une poule noire et porta le bec de la poule qui se débattait, sur la bouche de Diana.

L'oncle toucha les cheveux, les narines, les yeux et les oreilles de Diana.

Enfin, l'oncle et le père de Diana crièrent et le père étrangla la poule. Alors toutes les vitres se brisèrent avec fracas.

L'oncle crut Diana délivrée.

Diana raconta qu'un jour, Albert Pike entendit une voix intérieure lui dire de sortir de son laboratoire. Il obéit et la voix le fit marcher et lui ordonna de méditer devant le Dieu-Bon.

Pike se trouvait devant des rochers et en cherchant qui était le Dieu-Bon il maudit le Dieu de la Bible.

Il crut que Jupiter était le Dieu-Bon. Il bénit les noms maudits et les flammes sortirent des rochers.

Coré, Dathan et Abiron sortirent des rochers et lui annoncèrent qu'il serait le pape de la vraie religion. Coré lui remit un fragment de la Pierre philosophale.

Il lui annonça que le Dieu-Bon lui en donnerait d'autres que lorsqu'il le jugerait nécessaire.

Les trois démons, qui se faisaient passer aux yeux de Pike pour Coré, Dathan et Abiron, lui dirent dans quel sens il fallait qu'il interprète le mot « Dieux » appliqué aux esprits de lumière et lui promirent que la protection du Très Haut ne lui manquerait jamais.

Les manuscrits de Philalèthe étaient la base de l'enseignement que reçut Diana.

Son père et son oncle l'imprégnaient graduellement de tous les dogmes du luciférianisme palladique.

Elle grandit dans la vénération de son ancêtre Thomas Vaughan.

En 1668, Philalèthe initia Simon de Vriès, à La Haye et le chargea de veiller sur Spinoza, qu'il savait être utile aux Rose-Croix.

Vers 1674, Vaughan fit venir auprès de lui Charles Blount pour l'engager à se pénétrer des préceptes secrets des néoplatoniciens d'Alexandrie. Il lui recommanda de s'appuyer sur des maçons acceptés formant l'élite maçonnique pour que la propagande socinienne soit toujours très active dans les loges.

Vaughan avait construit un miroir concave, d'acier, dans lequel, après certaines prières et magiques opérations, il apercevait les personnages vivants, appartenant à la Rose-Croix. Il surveillait ainsi ses subalternes.

L'esprit Nergac était invoqué pour cette opération.

Il voulait utiliser le miroir pour voir sa fille mais cela lui était interdit les esprits lui permirent de voir le fils peau rouge qu'avait eu sa fille. L'enfant se trouva un jour dans son lit. Le Dieu-Bon permit à Vaughan de comprendre la langue indienne de l'enfant.

L'enfant lui parla de ses parents.

Puis l'enfant disparut car Lucifer avait voulu que cette joie fut seulement passagère.

Vaughan écrivit une lettre avant sa mort ordonnant le silence complet sur lui.

Diana prétendait qu'un triangle présidé par le contre-amiral Albert Hastings Markham à La Valette invoquait le Dieu-Bon et que par l'intermédiaire d'un talisman constitué d'une flèche de fer, la signature lumineuse du Dieu-Bon se traçait dans l'air par l'esprit de Thomas Vaughan.

Diana prétendait avoir assisté à ce prodige. Elle vit même le Dieu-Bon présider la tenue.

Diana demanda à Lucifer de faire apparaître Thomas Vaughan et il accepta à condition qu'elle soit la seule à le voir.

Lucifer évoqua Grévy qu'il jugeait un excellent serviteur de sa cause. Jules Grévy avait expulsé quelques moines : Lucifer prit le talisman et écrivit le récit de Thomas Vaughan qui apparut pour Diana seule. Vaughan raconta comment Lucifer l'avait emporté avec lui le jour de sa mort.

Vaughan lui parla de l'avenir. Il lui apprit qu'elle rencontrerait le pape et qu'en 1900 la franc-maçonnerie obtiendrait ses plus grands succès mais qu'une colonne de noire fumée s'élèverait du pays belge et qu'il y aurait des combats entre les catholiques et les lucifériens. Il prédit une guerre entre la France et l'Espagne.

Diana estimait que la principale base de son éducation luciférienne avait été l'enseignement, à fortes doses admiratives, de la vie de Philalèthe.

Le catholicisme était connu d’elle à rebours.

Sa mère, protestante des Cévennes, n'intervint jamais dans son éducation.

Son père l'éleva comme si elle avait été un garçon. Elle pratiqua la gymnastique, l'équitation, l'escrime, les jeux de force et la course.

Sudiste, son père lui inculqua le mépris des esclaves.

Sa mère n'osait protester, étant d'un caractère faible.

Elle emmenait Diana visiter ses pauvres.

Sa mère mourut quand Diana eut 14 ans.

En 1880, près de Mammouth Cave, dans le Kentucky, elle croisa des Noirs qui poussèrent des cris pour l'effrayer. Elle en tua trois.

Mais les autres l'immobilisèrent.

Un jeune homme blanc, au visage enflammé, la sauva. Il l'emmena dans les airs.

Il connaissait son nom et se déclara son protecteur.

Il toucha son visage et elle ne put plus voir ni entendre.

Elle s'endormit et se réveilla dans son lit. Son père était près d'elle avec le jeune homme.

Diana revit son sauveur cinq mois après. C'était près de Louisville.

Elle chevauchait quand son cheval s'emballa. Ce jeune homme apparut et calma le cheval. Elle demanda son nom mais cela aurait révélé sa nature. Il lui dit qu'un jour elle saurait quelle destinée le liait à lui et disparut.

Diana pensa bien plus tard que c'était l'intervention du diable qui la guettait et provoquait à la fois son admiration et sa gratitude par sa mise hors de péril en de telles circonstances.

Après cette expérience, le père de Diana et son oncle s'appliquèrent à lui faire ressortir tout le merveilleux qui éclatait dans l'existence de Thomas Vaughan.

De 1880 à 1883, elle reçut le complément de l'instruction luciférienne. L'Apadno et les autres infernaux livres furent mis entre ses mains et expliqués.

Elle était destinée au palladisme de la fondation de celui-ci.

Elle traversa la maçonnerie d'adoption par pure formalité. Elle reçut les trois premiers degrés en tenue extraordinaire de la Grande Loge du Kentucky.

Elle fut initiée apprentie le 15 mars 1883, compagnonne le 20 décembre 1883 et maîtresse le 1er mai 1884.

Réservée à la Haute Maçonnerie, par décret d'Albert Pike, elle ne fréquente pas les loges ordinaires d'adoption mais les triangles.

Elle fut initiée au palladisme en 1884 au Parfait triangle les Onze Sept.

Le jour de ses 20 ans, le 29 février 1884, le daimon qui l'avait sauvée deux fois se manifesta à la réunion des Onze Sept, à Louisville.

Le daimon déclara être Asmodée et apporta une queue de lion qu'il prétendit avoir coupée dans une bataille contre le «Maléakh Marc ».

Asmodée déclara que le temple de Louisville serait consacré à Diana et il offrit la queue de lion en gage d'amitié. Asmodée plaça un de ses légionnaires dans la queue du lion (Bengabo).

Diana fut initiée Chevalière Elue Palladique le 28 octobre 1884.

Elle devint luciférienne de coeur.

Son oncle n'avait pas pu venir à la réception alors le père de Diana avait voulu lui en rendre compte et prit en route un refroidissement qui provoqua une pneumonie. Il en mourut le 4 décembre dans les bras de l'oncle de Diana. Ce jour-là, Diana était morose sans savoir pourquoi.

Elle ne put dormir. Elle éteignit sa lampe mais soudain, sa chambre fut éclairée d'une lumière brillante et blanche. Asmodée apparut. Son visage n'était plus humain. C'était un esprit de feu. Il lui montra son père étendu sur son lit d'agonie, se débattant contre un horrible monstre suspendu dans l'espace et battant l'air de deux ailes noires et armé d'un trident.

C'était Mickaël qui tuait son père. Asmodée lui montra l'assassin de son père afin qu'elle sache qui elle devait maudire..

Asmodée lui dit que Mickaël avait également tué sa mère. Asmodée lui dit qu'il viendrait l'aider au moindre danger.

 

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18 février 2018

Joe Dassin derniers secrets (Robert Toutan)

 

dassin

Avant-propos…

Une rencontre mal commencée et qui allait durer 13 ans…

Robert Toutan a travaillé 50 ans dans le showbiz et ne peut passer inaperçu même dans les provinces les plus profondes. Il veut livrer une autre image de Joe Dassin et surtout avec son véritable visage, sous un aspect sans doute bien différent de tout ce qui a été écrit sur lui jusqu'à maintenant.

Robert Toutan brocarde d'entrée Dassin en affirmant que : « la magie Dassin c'est certainement cela, des mélodies populaires faciles à retenir et, il faut quand même bien l'avouer pour certaines de ses chansons, des textes qui n'étaient pas toujours de très grande qualité ».

Toutan a commencé à travailler dans le monde du disque en 1962. Il était attaché de presse. En 1967, il venait d'être vidé de chez Decca-RCA. Il fut engagé par CBS France à l'essai pour trois mois.

Avant cela, il avait entrevu Dassin très rarement sur des plateaux de télé. Il était alors une vedette montante mais pas encore un vendeur de disques. CBS ne pouvait alors s'enorgueillir avec lui que de « flops commerciaux à répétition » et cela au grand désespoir de toute sa nouvelle équipe qui avait misé sur lui avec beaucoup d'intuition. Toutan allait le rencontrer le 17 octobre 1967 alors il se renseigna sur lui auprès de ses collègues du service de promotion de CBS, toutes des femmes. Elles n'étaient pas très tendres le concernant, car il passait pour assez peu aimable et peu sociable et surtout éternellement insatisfait du travail fait autour de son nom.

Difficile de s'appeler Dassin, avec comme père un illustre metteur en scène états-unien.

Sa femme Maryse disait, qu'à cette époque, Joe était remonté comme une pendule contre CBS et tous ses collaborateurs. Toutan pense que Dassin avait déjà un peu la « grosse tête ». Les collègues de Toutan disaient qu'il allait devoir se coltiner Dassin et que seule Maryse pourrait être son alliée pour l'amadouer.

Cependant, Toutan avait très envie de faire sa connaissance. Il devait rencontrer Dassin le 1er octobre sur la deuxième chaîne de l'ORTF dans un minuscule studio à Issy-les-Moulineaux. Il le rencontra dans sa loge. Il se trouva face à un homme mal à l'aise en raison d'un strabisme plus que voyant, qui le gênait tout autant que lui. C'était une hantise pour Dassin et Toutan était obligé de demander au réalisateur d'éviter des gros plans peu avantageux. Dassin l'accueillit en lui disant : « j'espère que vous ferez mieux que les deux précédents, sinon, je vous assure que vous ne ferez pas de vieux os chez CBS et que je vous ferai virer comme les autres ». Toutan dénigre Dassin en affirmant qu'il y avait chez lui un côté parfaitement imbu de son éminente personne, un genre coincé avec un manque d'humour certain.

Toutan a même des préjugés sur les États-Uniens en disant qu'ils ont tous envers les Européens cette supériorité qui les rende persuadés d'être les meilleurs et pour qu’ils vous acceptent et vous respectent, nous devons leur montrer leur prouver d'être également et toujours les meilleurs, sinon ils vous éjectent sans aucune concession.

D'après Toutan, les gens du métier disaient que Dassin était odieux, faussement aimable, que ce n'était pas un vrai gentil et que malgré ses sourires forcés il ne trompait personne.

Ce jour-là, Dassin voulait chanter trois chansons et non deux sinon il s'en irait sans chanter. Mais le producteur André Maurice accepta qu'il parte. Alors Toutan le persuada de rester en lui promettant qu'il aurait toujours la meilleure place dans les émissions où il se produirait. Toutan lui conseilla de s'excuser auprès d'André Maurice, ce qu'il fit. Dassin dit à Maryse qui ne comprenait pas pour moi CBS avait engagé Toutan et qu'il lui trouvai un air efféminé.

Toutan se contredit en affirmant que cette première rencontre allait être le début d'une collaboration unique, sans jamais la moindre crise ni le moindre nuage, même dans les périodes les plus difficiles de sa carrière et de sa vie privée.

Cette contradiction, il la souligne en avouant que lui et Dassin n'ont jamais été tous les deux des amis.

À New York, un vendredi 5 novembre 1938.

Béatrice Dassin née Launer, la mère de Joe, était violoniste. D'origine hongroise et épouse de Jules Dassin, d'origine russe et de confession juive qui allait devenir réalisateur. Joe avait deux soeurs Richelle, née en 1940 et Julie née en 1944.

Les Dassin quittent New York pour Los Angeles après le début de la seconde guerre mondiale. Ils y resteront jusqu'en 1949. Ils devront quitter les États-Unis à cause de McCarthy car Jules Dassin était sympathisant communiste.

Les Dassin s'installent à Paris en 1950. Joe changera 11 fois d'école. Il obtient son bac à 16 ans à Grenoble. Malgré le fait qu'il ait souvent dit dans différentes interviews ne plus se sentir États-Unien, Toutan pense que Dassin est toujours resté unYankee pur et dur. Pour lui, Joe était un homme peu ouvert, terriblement angoissé et constamment bouffé d'inquiétudes.

Jules et Béa se séparent en 1954. C'est le premier drame de la vie de Joe.

Jules Dassin a rencontré Mélina Mercouri au festival de Cannes.

Toutan souligne que Joe fera comme son père en quittant Maryse sans se poser la moindre question. Joe dira que sa mère est la femme de sa vie. Il retourne aux États-Unis pour ses études.

Il étudie l'ethnologie à l'université d'Ann Arbor, à Détroit.

Il rencontre des Français avec lesquels il chante du Brassens.

Faisant croire aux jeunes étudiants États-Uniens que c'est du folklore français. Il paye ses études qui dureront six ans en faisant des petits boulots. Il commence à écrire des nouvelles en espérant devenir écrivain ou journaliste.

Jamais il ne pensera devenir chanteur à cette époque. Il est réformé au service militaire à cause d'un souffle au coeur.

1962, Joe a 24 ans et il a terminé son doctorat d'ethnologie. Il retourne en Europe pour assister son père sur Topkapi.

Toutan continue de dénigrer Dassin en avouant n'avoir jamais été « séduit » par son physique. Il lui trouvait un côté « cow-boy intellectuel ». Toutan dénigre le physique de Dassin mais aussi son intelligence en affirmant qu'il était fort érudit mais pas forcément intelligent. Sinon, il aurait probablement évité bien des problèmes.

Maryse Massiera, la rencontre !

Berkley organise une soirée le 15 décembre 1963 pour fêter le film « Un monde de fou fou ». Cela se passe dans le restaurant le pavillon d'Armenonville au bois de Boulogne.

C'est une soirée costumée. Joe est déguisé en pirate, grimé par l'une des plus fameuses maquilleuses du cinéma états-unien. Maryse est déguisée en Jeanne-d'Arc.

Elle n'a qu'une envie : s'éclater. C'est une copine qui l'avait forcée à aller à cette soirée. Maryse est séduite par le Joe. Elle quitte aussitôt son compagnon de l'époque sans le moindre état d'âme pour Joe. Après une soirée dans un lieu élégant de la région parisienne choisi par Joe, ils décident de vivre ensemble. Il écrit des nouvelles pour le New Yorker. Il est assistant sur les films de son père et joue dans « What’s new Pussycat » de Clive Donner.

Joe et Maryse habitent pendant un an sous le toit de Béa.

Maryse est tout de suite acceptée par Béa qui comprend que cette jolie française apportera à son fils le même amour qu'elle lui consacre depuis sa naissance.

Joe et Maryse décident d'habiter à Saint-Germain-des-Prés au 218 boulevards Raspail.

Nous sommes en 1964. C'est alors que la fée du showbiz va bientôt se pencher sur lui, sous les apparences de la meilleure amie d'enfance de Maryse.

Premier cadeau de Maryse, un disque pour son futur époux !

L'amie de Maryse, c'est Catherine Régnier sera jusqu'à la fin des années 1980 une tête incontournable de ce métier. Elle avait une forte personnalité, à la fois sensible et redoutable quand elle le voulait.

En 1964, elle est secrétaire chez CBS. Les seuls disques de CBS qui la passionnèrent furent les premiers de Barbara Stresand et de Bob Dylan, aucune signature française n'était prévue par la nouvelle direction. Un jour, Maryse fait écouter à Catherine une bande sur laquelle est enregistré «Freight train » chanté par Joe. Pour convaincre Joe de tenter sa chance comme chanteur, Maryse utilise un moyen détourné. Elle demande à Catherine de transformer la bande en un disque qu'elle offrira à Joe pour ses 26 ans.

Catherine remue immédiatement la direction artistique de CBS pour faire écouter sa découverte.

Le fait que l'on s'intéresse à lui a beaucoup pesé pour que Joe accepte de rencontrer les dirigeants de sa future maison de disques.

Les premiers bides et les premiers mini-succès.

Deux mois après son anniversaire, Joe entrait pour la première fois de sa vie en studio. Il allait devenir la première signature française de CBS à qui il devait rapporter une véritable fortune.

Mais à ce moment-là, il eut peu de moyens pour son premier super 45 tours de quatre titres. Malgré le fait d'avoir été mis dans les mains d'un jeune auteur-compositeur talentueux, Jean-Michel Rivat, le résultat se concrétisa par le premier bide de sa vie.

Rivat adapta sous le titre de « je change un peu de vent », «Freight train » et aussi «Wanted man » qui devint « ce n'est pas une fille ».

C'était un disque fait trop rapidement et mal enregistré avec l'orchestre d'un certain Oswald d'Andréa. Le disque sera édité en février 1965. Joe dira de lui qu'il avait accouché d'un enfant qu'il n'aurait jamais voulu voir naître. Les radios boudèrent le disque. Cette indifférence laissa Joe honteux et furieux envers ceux qui l'avaient pris sous contrat sans qu'il ne le souhaite vraiment et qui, d'après lui, étaient tous des incapables. Seule Monique Le Marcis, de RTL avait cru en lui.

Monique Le Marcis entra à Radio Luxembourg en 1959 comme secrétaire. Elle devint assistante du directeur des variétés, Roger Kreicher. Elle était la meilleure fan de Joe. Elle n'avait qu’une parole et ne manquait jamais de tendre la main à qui avait besoin d'aide. De tous les artistes qu'elle aida et découvrit, Joe Dassin et Julio Iglesias furent et restèrent ses préférés.

Elle était toujours la première à écouter les nouveaux titres de Joe, à lui donner son avis, simplement comme une amie fidèle, sachant le persuader de mettre telle chanson en avant plutôt qu'une autre.

Elle le fera engager comme présentateur de RTL en 1966 pour une série intitulée « Western story ».

Elle l'avait fait pour lui remonter le moral car elle croyait en lui dur comme fer. Elle était sous son charme dès leur première rencontre. Joe ne cessera de répéter ce qu'il lui devait.

Joe ne voulait pas passer pour un perdant aux yeux de ses parents et de sa future femme alors il se battit pour prouver CBS que tout pour lui ne faisait que commencer.

Il sort un deuxième super 45 tours toujours écrit par Rivat mais c'est un nouveau bide. Joe pense que si rien ne va plus, c'est dû en grande partie à l'inconsistance de l'équipe de CBS.

M. le président Jacques Souplet…

Les patrons états-uniens de CBS voyaient d'un très mauvais oeil l'insignifiance des résultats obtenus par les dirigeants de Paris.

Ils engagèrent venant de chez Barclay un nouveau président. C'était Jacques Souplet. Avec lui, CBS deviendra la plus grande des sociétés discographiques françaises. Il était sec avec un sens de l'humour pas très développé.

C'est lui qui engagea Robert Toutan. Il croit en Joe et souhaite le rencontrer. Il va lui donner les moyens de réussir. Joe songeait à ne plus chanter mais accepta l'offre de Souplet.

Rivat et Thomas sont chargés d'écrire au moins deux tubes pour le troisième super 45 tours. Il y aura Guantanamera mais surtout Bip Bip son premier vrai succès.

Catherine Régnier, qui vient de partir chez Barclay et Maryse sont fières de lui. Avant la fin de l'année 1965 Joe doit accepter le projet de Souplet de lui faire rencontrer Jacques Plait et de se marier avec Maryse.

 1966, les deux mariages de Joe Dassin.

Le mariage de Joe et Maryse se déroule sans même sa famille car Joe n'apprécie guère la rupture de ses parents et ne souhaite pas avoir réunis près de sa mère, son père avec Mélina Mercouri. Il n'y aura pas grand monde à ce mariage. Même Catherine Régnier ne fera pas partie de la fête.

Seul Rivat sera des invités.

Le deuxième mariage de Joe sera son alliance avec Jacques Plait qui va devenir son producteur. Joe accepte un déjeuner avec lui. Plait lui explique qu'il aime le jazz, qu'il a dirigé pour la France la marque Capitol, la « maison-mère » de Dean Martin et Nat King Cole.

En France, il a travaillé avec Hallyday et Gainsbourg. Cela rassure Joe qui se sent très seul depuis ses débuts.

Jacques Plait ne lui passera jamais rien. Ils se respecteront, même quand ils ne seront pas du même avis.

Et Jacques Plait créa Joe Dassin !

Jacques Plait est un personnage avec une très forte personnalité, qui réfléchit beaucoup, nerveux, sec, imprévisible aussi dans ses réactions.

Toutan n'a jamais très bien cerné Dassin qu'il jugeait très introverti, et malgré toutes les années passées auprès de lui, il ne peut pas dire encore s’il l'a vraiment vu une seule fois se lâcher pleinement.

Jacques était tout le contraire et cela ne pouvait qu'arranger les contacts avec sa vedette. Dassin n'avait pas bon caractère et avec le succès cela ne fera qu'empirer au fil des années.

Toutan pense que sans Plait et Maryse, Dassin serait sans doute très vite retourné, malgré tout son talent, à ses premières études en ethnologie.

Joe a beaucoup de mal sur le plan vestimentaire à oublier le look BCBG fait pour aller au bureau traiter des affaires mais pas pour affronter les caméras de télévision, alors que Claude François y scintille de 1000 feux en satin rose ou bleu et paillettes. Sur ce plan-là ce sera Maryse qui se chargera de tout. CBS demande un nouveau super 45 tours. Jacques surveille tout ce qui vient des États-Unis. Il trouve deux titres qu'il fait adapter par Rivat. Ce sera « Ca m'avance à quoi » et « Comme la lune ». Les deux autres titres du super 45 tours tomberont dans l'oubli.

Plait remplace Oswald d'Andréa par Johnny Arthey. La promotion démarre à tout-va sur les radios mais curieusement ça ne bouge pas beaucoup en télévision. Seul Jean-Christophe Averty s'amuse à faire de véritables mises en scène en disséquant couplets et refrains des chansons de Joe. Jacques Souplet harcèle tous les départements de CBS qui sont mis sous pression pour faire absolument de Dassin la vedette maison. CBS demande un album qui est enregistré à New York à cause d'une grève des musiciens en France et en Angleterre.

Le premier album s'appelle donc Joe Dassin à New York.

1967 : Tagada Tagada voilà les Dalton…

Début 1967, Dassin remet les trophées du Midem à Cannes. Il présente le gala mais n'y chante pas. Il s'en tire à merveille et en deux langues. Charley Marouani est présent dans la salle. Il cherche un chanteur pour la première partie de la tournée d'Adamo.

Dassin accepte. C'est durant cette première tournée que Joe fera la connaissance de Georges Olivier qui par la suite deviendra l'organisateur fidèle de tous ses galas.

Charley Marouani devient son imprésario. Marouani engage Pierre Lumbroso comme régisseur attitré de l'artiste.

Joe est heureux de découvrir que le public de province connaît et chante avec lui quelques-unes de ses chansons. Il dira plus tard dans toutes ses interviews que c'est sur scène qu'il avait réellement conscience d'être un artiste complet.

Pour le nouveau 45 tours, Plait se souvient que Joe, pendant le Midem, lui a fait écouter une chanson qu'il a écrite avec Thomas et Rivat et qu'il destine à Henri Salvador car il la trouve trop comique et indigne pour figurer à son propre répertoire. Plait persuade Joe de l'enregistrer malgré le refus de Dassin.

C'est ainsi connaîtra son premier succès populaire : les Dalton.

Jacques Plait deviendra lui aussi, avec cette chanson, une figure légendaire pour le public, car il sera la voix du shérif et son image à la télévision et dans le premier scopiton de Joe.

Joe rencontre Claude Lemesle qui écrira pour le Joe jusqu'à la fin de sa vie de nombreux titres à succès.

Les Dalton est le succès de l'été à la radio mais les ventes ne sont pas encore à la hauteur car Joe passe peu à la télé. Joe menace de rompre son contrat avec CBS si rien ne s'améliore en ce sens.

Il invective le responsable du service de promotion, Christian Deffe et se le met à dos. Dassin écrit Bébé requin pour France Gall plus habituée à chanter du Gainsbourg.

Toutan a dû souvent temporiser car Jacques Plait avait la tension artérielle qui montait facilement pour un rien et devant le moindre problème et Dassin piquait des colères dignes de stars hollywoodiennes.

L'attaché de presse télé, Jean-Claude Pellerin, fut viré. Toutan le remplaça. Il chercha à comprendre pourquoi les producteurs de télé ne portaient que peu d'intérêt à Joe.

Les émissions de variétés à la télévision étaient presque toutes produites par des femmes ou programmées par elles.

Comme grands producteurs, et il n'y avait que Guy Lux et Raymond Marcillac parmi les hommes. Mais leurs programmations étaient faites par Jacqueline Du Forest et Nanou Taddei.

Les productrices et programmatrices avouèrent que Joe ne faisait pas rêver comme Sacha Distel ou Claude François.

Joe devrait donc changer de look et être plus souriant et plus détendu.

Toutan ne le répète pas à Joe pour ne pas le blesser mais le dit à Jacques et à Maryse.

Jacques Plait voulait étoffer le répertoire de Joe. Joe avait une folle passion pour le blues. Alors Rivat adapta Ode to Billy Joe créée par Bobby Gentry. Ce sera la Marie-Jeanne. Ce titre ouvre les portes de Joe à la télévision.

1968, la révolution Dassin !

À partir de 1968, Dassin va connaître quatre ans de succès avec « La bande à Bonot », « Siffler sur la colline », « Ma bonne étoile », « Le petit pain au chocolat », « Les Champs-Élysées », « Le chemin de papa », « Cécilia », « l'Amérique », « La fleur aux dents ».

Puis il y aura un creux de la vague de 1972 à 1975. Ce seront ses tournées et ses présences régulières à la télé qui lui permettront de passer ce cap périlleux. Dassin rencontre Pierre Delanoë en 1968. Il lui écrit « Le petit pain au chocolat » et « Ma bonne étoile ».

En 1969, Joe abandonne Rivat et Thomas.

1968, c'est aussi une tournée au Québec. Malgré les efforts de CBS France auprès de sa direction de New York et quelques essais d'enregistrement en anglais, Joe ne percera pas aux États-Unis.

1969, sur le chemin des Champs-Élysées et celui du chemin de papa.

Le troisième album de Joe sort à l'été 1969. Delanoë adapte « Waterloo road » qui devient « Les Champs-Élysées ». Il écrit « Le chemin de papa » en hommage au père de Joe.

Épuisé par des jours et des nuits sans dormir, fumant et buvant plus qu'à l'accoutumée, Joe, fragilisé, est atteint d'une péricardite virale. Les médecins lui prescrivent deux mois de repos.

L'émission « Télé dimanche » accueille Joe en vedette et Guy Lux le reçoit dans le « Palmarès des chansons ».

« Les Champs-Élysées » feront presque le tour du monde. Joe l'enregistrera en italien, anglais, allemand.

Bruno Coquatrix programme Joe à l'Olympia en octobre 1969.

Ce sera un triomphe. Joe a un numéro de lasso en plein milieu des Dalton. Ce lasso lui avait été remis en cadeau pour sa grande assiduité par un maître états-unien de cet art qui lui avait appris, en peu de temps, à le manier et à ne jamais rater une prise.

Malgré son succès, Joe reste pour ceux qui l'approchent au jour le jour quelqu'un de pudique et maladivement secret, donnant à tout le métier l'image d'un homme trop réservé et mal dans sa peau.

Toutan ne dit plus que Joe était odieux mais au contraire courtois, poli, bien élevé devant les producteurs de télévision. Tous diront à Toutan avoir ressenti de Dassin une certaine retenue. Le fait de d'être en pleine lumière et adulé du public ne change pas grand-chose à la vie personnelle de Joe.

1977 : il était une fois « L'Amérique ».

Joe reçoit le « Grand prix du disque » de l'académie Charles Cros pour les Champs-Élysées. Il a traversé l'Europe avec cette chanson. Mais les États-Unis restent fermés à Joe. C'est peut-être pour ça que Delanoë adapte « Yellow river » qui devient « L'Amérique ».

Le père de Joe ne comprend pas pourquoi son fils veut glorifier les États-Unis qui l'ont meurtri. Joe lui explique vainement qu'il a voulu simplement faire un immense pied de nez à son pays d'origine qui ne souhaite pas le reconnaître en tant qu'artiste.

Joe réalise un doublé avec Cecilia, version française d'une chanson de Simon et Garfunkel. Claude Lemesle écrit son premier tube pour Joe en 1971. C'est « La fleur aux dents ». Si Jacques Plait avait le nez creux d'un bon découvreur de tubes, Joe par contre avait une fâcheuse tendance à se méfier de tout ce qui ne venait pas de lui ou par lui. Toutan pense que cela était dû sans doute un peu à son origine états-unienne.

De 1971 à 1975, Joe ne connaîtra plus le succès. Pour Toutan, Joe n'enregistre que des bluettes sans grande envergure hormis Salut les amoureux en 1973 et Si tu t'appelles mélancolie en 1974. Toutan pense que Sardou a fait de l'ombre à Joe. Joe continuera malgré tous les tournées et devient le favori des Carpentier à la télé.

Maryse Dassin ou Et si tu n'existais pas…

Maryse était surnommée « la grande Mme Dassin » par le métier. Elle avait un caractère bien trempé et avait résisté avec courage à toutes les épreuves. Mais elle a décidé de ne plus parler de Joe. Elle n'a rien à dire sur ses multiples déceptions, sur sa rupture, aucune opinion ni jugement non plus envers Christine, sa rivale, qui lui qui kidnappera son mari avec une habileté surprenante et fera tout pour essayer de lui ressembler.

Elle ne parle pas non plus des fils de Joe. Toutan pense que Joe Dassin n'aurait jamais été ce qu'il a été sans Maryse. Elle couvrait d'attention et de somptueux cadeaux tous ceux qui aidaient à faire connaître Joe. Joe avait besoin d'être rassuré alors Maryse l'accompagnait dans ses tournées et à la télé. Jacques Plait ne trouvait pas ça bon pour l'image de Joe qui était adulé par les femmes.

Alors Maryse dut rester la femme de l'ombre ne pas s'afficher avec son mari.

Elle s'occupait des costumes de Joe, lui faisait ses brushings, conduisait la Mercedes, servait de gardes du corps, de nounou et de secrétaire.

Maryse voulait un enfant mais Joe l'obligea à avorter plusieurs fois pour qu'elle puisse continuer à le suivre. Cela se fit d'un commun accord. Toutan pense que c'est cela qui causa la mort de leur enfant Joshua, né prématuré, en 1973.

Maryse, en couvant trop Joe, n'était plus une femme pour lui. C'est Christine qui poussa Joe à s'éclater enfin.

L'équipe à Jojo… Un mythe ou une réalité ?

Chanson écrite par Claude Lemesle en 1970, on pouvait croire que l'équipe à Jojo était faite sur mesure pour la petite troupe entourant le chanteur Joe Dassin. Toutan pense que c'est faux et qu'il ne faut pas croire Jeane Manson quand elle dit avoir été son amie et que Carlos n'était pas son copain des nuits agitées. Joe et Maryse avaient peu d'amis et invitaient rarement chez eux ou alors pour des rendez-vous de travail. Joe voyait surtout Jacques Plait et sa femme Colette. Il voyait aussi Claude Lemesle et Pierre Delanoë, son impresario, Charley Marouani, son tourneur Georges Olivier ou son régisseur Pierre Lumbroso.

Toutan voyait beaucoup Joe mais ne revendique pas le titre d'ami.

La période avec Christine a été pour Joe plus propice à des sorties nocturnes et à faire la fête. Il est devenu plus sympathique et s'est ouvert aux autres.

Toutan est persuadé que la bande de copains de Joe était avant toute une équipe de « très fidèles collaborateurs » soucieux et très attentifs de leurs intérêts personnels. Joe était pour eux la source à laquelle il était bon de venir s'abreuver. Ses relations ne voulaient en aucun cas déplaire à la poule aux oeufs d'or. Toutan n'a jamais voulu faire partie de « l'équipe ». Il n’y a pas été admis non plus. On le considérait comme un simple salarié de maison de disques. Toutan se donne le beau rôle en affirmant qu'il avait avant tout en lui l'amour des artistes et qu'il n'était pas un affairiste.

Dassin ou la bouffe, le vin et les cigares…

Joe connaissait les meilleurs restaurants français. Il fut l'ami des plus grands chefs. Si on voulait le faire parler, c'était bien en le branchant sur la bouffe et les vins.

Maryse recherchait les restaurants quatre-étoiles les plus proches de chaque concert de Joe. Joe était souvent invité par les autres. Il n'avait pas table ouverte pour ses amis quand c'était à lui de payer l'addition. Toutan n'a jamais été invité par Dassin. Toutan organisait les dîners d'affaires payés par CBS.

Un jour Dassin choisit les vins. La note s'éleva à 20 000 fr. pour six personnes. Toutan paya et se fit rembourser par Jacques Souplet qui trouvât Dassin mal élevé et dit à Toutan que certains artistes pensaient que la maison de disques n'était là que pour raquer. Toutan précise que Joe était comme tous les autres artistes. Toutan n'aimait pas la fumée et reprocha à Joe de trop fumer mais Dassin l'envoyait paître. Le vin, la nourriture, le tabac allaient ruiner la santé de Joe. À partir de 1973, il commença à prendre d'autres substances.

Joe le passionné. Lecture, musique classique, golf et pêche au gros…

Joe disait que le métier lui pompait l'air.

Il était très cultivé, plus par ses lectures que par ses études. Il ne lisait pratiquement qu'en anglais. Il aimait Faulkner, Hemingway, Tennessee Williams, Scott Fitzgerald, Kerouac, Capote, Ray Bradbury et Edgar Poe.

Il aimait Patricia Highsmith. Il aimait le jazz, Armstrong, Fats Waller, King Oliver et le blues. Il adorait la musique classique, Wagner, Brahms, Tchaïkovski, Mozart, Bach et Satie. Il aurait voulu devenir écrivain mais mais se comportait comme un artisan de la chanson. Il pratiquait le golf.

Il était très bon nageur et pratiquait la pêche au gros.

À partir de 1971, Joe croit que le public va l'oublier et cela l'angoisse.

Télé Dassin ou l'homme au smoking blanc.

Joe a participé à près de 300 émissions de télé dont certaines n'ont pas été archivées par l’INA. Passer à la télé faisait vendre beaucoup plus vite que des passages radio mêmes fréquents. Toutan regrette que les émissions en hommage à Joe ne contiennent pas les trésors de la période des années 1965 à 1970. On pourrait y sélectionner des interviews dans lesquelles il s'exprimait fort bien et sur des sujets parfois très intéressants et quelquefois n'ayant aucun rapport avec son métier.

Dans l'émission « Panorama » du 30 juillet 1965, une journaliste croit pouvoir le piéger avec une question pleine d'ambiguïté : « le fait d'avoir un nom connu, c'est un peu sans doute ? ».

Joe répond : « ça aide un peu, mais ça n’ouvre les portes qu'à moitié, il est évident que les programmateurs des radios en voyant le nom de Dassin sur la pochette l’écouteront plus vite et avec plus d'attention, mais ce n'est pas pour ça qu'ils auront envie de le programmer ! ».

Au début, Joe n'était invité à la télé que pour évoquer ses origines familiales, ce qui ne lui plaisait guère. Mais il parlait avec joie de la musique folk.

Il abordait d'une façon très intéressante l'anthologie musicale états-unienne. Dans l'émission « Permis de minuit », il chante « Katy cruel » de cinq ou six manières différentes. Denise Glaser le reçut en juin 1966 dans « Discorama ». Il y joue en l'air de « Je change un peu de vent » à la guitare mais ne chante pas. Denise Glaser l'invite une deuxième fois en décembre 1966.

Joe parle de ses études aux États-Unis. Il chante « Excuse me lady ». Ce même mois, il passe à « Télé dimanche » pour une interview. Il y rencontre Adamo qui lui demande de chanter dans la première partie de son Olympia

Joe retourne à « Télé dimanche » pour y fêter son anniversaire, le 5 novembre 1967.

Toutan savait qu'il détenait avec Joe une star de la télé. Mais il fallait convaincre les Carpentier de recevoir Dassin dans le « Sacha show ». Distel dédaignait Dassin. La femme d'Henri Salvador créa l'émission « Salves d'or ». Cette émission pulvérisa les records d'audience. Henri Salvador aimait rire avec Joe et Jacqueline Salvador lui trouvait un charme fou.

Elle lui fit chanter « Laisse les gondoles à Venise » avec Henri Salvador déguisé en Sheila.

Un soir Salvador mit un costume blanc et Joe l’imita. Tout le monde avait peur que Jacqueline pique une colère mais elle le trouva superbe et lui conseilla de toujours s'habiller en blanc.

Sacha Distel finit par inviter Joe dans son émission en décembre 1970. Il l'accompagne à la guitare pour l'Equipe à Jojo. Joe chante un inédit, « Le cadeau de papa ». Mais le deuxième « Sacha show » de Joe ne laisse pas un bon souvenir. Il chante « Siffler sur la colline » en 1972 et « La fleurs aux dents ».

Mais Maritie Carpentier coupe cette deuxième chanson au montage. C'est Distel qui le lui ordonne ne supportant pas que Joe lui fasse de l'ombre.

Joe était furieux et décida de ne plus revenir chez les Carpentier. Mais Toutan réussi à les réconcilier deux ans plus tard.

Joe Dassin participa à une émission de Gérard Sire. Joe pestait d'avoir dû se lever de bonne heure. Il décida de faire la gueule à tout le monde. Il prit son temps au maquillage alors Gérard Sire vint le chercher gentiment. Mais Joe toujours en colère brisa une porte vitrée en la claquant sur le plateau. Gérard Sire trouva en Dassin un homme « à la limite de la suffisance ».

Le chroniqueur radio, François Jouffa trouvait Joe dédaigneux. Il l'avait invité dans « L'oreille en coin » sur France Inter mais Dassin lut un livre tout en répondant aux questions sans regarder ses interlocuteurs. Il avait un caractère de cochon et il n'était pas toujours facile de l'aborder quand il n'en avait pas envie.

Il eut un caprice de star chez Jacques Chancel qui ne l'invita plus. Même Pierre Delanoë déclara chez Michel Drucker, en décembre 1980 : « je ne comprenais pas toujours les expressions furieuses qu'il pouvait avoir et souvent sans aucune raison majeure ».

Toutan parle encore de Joe aux gens du métier parmi lesquels il y a les totalement pour et les irrémédiablement contre Dassin. Maritie adorait recevoir pour un thé très «chicos » ses « chers amis du métier » comme elle aimait le dire. C'était un lundi soir et Joe devait lancer le premier show en couleur des Carpentier avec Henri Salvador. Toutan lança une idée que Maritie s'appropria. Joe et Henri seraient en costume blanc devant un gros compteur électrique avec deux manettes. En abaissant les manettes, Joe et Henri feraient passer l'écran du noir et blanc à la couleur. Henri dirait à Joe : « ton costume est plus blanc que le mien » et Joe rétorquerait : « c'est normal, il est lavé avec Top ! » (Émission s'appelait « Top à »).

Un soir, Joe Dassin devait chanter avec Claude François en duo chez les Carpentier mais les Carpentier étaient fâchés à mort avec Claude François. Grand seigneur, Joe réussit à imposer froidement Claude François. Joe prenait plaisir à enregistrer des duos spécialement composés et écrits pour les émissions des Carpentier et à essayer des costumes. Joe aimait travailler avec Roger Pradines pour la joie de vivre qu'il savait créer autour de lui.

Toutan raconte le tournage du premier clip français. C'était L'été indien que Joe devait tourner sur la plage d'Agadir avec une jolie danseuse nommée Rima. Cela surprit beaucoup le douanier en chef qui refusa de laisser sortir l'équipe avec son matériel, persuadé qu'elle allait tourner un film porno.

Joe n'était pas ennuyé car il avait déjà commencé son « trip » vers un autre monde. Toutan dut lire les paroles de « L'été indien » et donner une solide rétribution aux douaniers pour qu'il accepte de les laisser partir.

Joe refusa l'idée de Toutan pour une série animée par Danièle Gilbert « 12 mois d'août ». Le thème était tout simple, faire tourner les chanteurs de CBS dans les plus beaux lieux de Paris pour faire rêver les États-Uniens en visite dans la principauté de Monaco. Mais Toutan réussit à convaincre Joe en l'invitant chez lui d'où l'on pouvait avoir le Sacré-Coeur. Toutan obtenait à l'arrachée des émissions de télé pour le Joe pendant les années 71  à 75. Sans lui, Joe aurait été oublié.

1971-1974 ou quand le tube se fait rare…

Malgré son absence de succès, Joe continue les télés et les tournées. Il sort treize 45 tours qui ne se vendent pas bien. En 1972, Joe et Maryse font une tournée dans les DOM-TOM. Ils tombent amoureux de Tahiti. Ils y achètent un terrain. Joe songe y construire une maison pour sa retraite car il songe déjà à ne pas finir en vieux chanteur. En 1973, les Dassin quittent leur appartement de la rue d'Assas pour louer une maison à Marly-Le-Roi.

Maryse est enceinte. Mais Joshua, né le 12 septembre, ne survit que quelques jours. Joe accepte très mal cette malchance apportée par le destin. Joe et Maryse retournent à Tahiti mais Joe devient volage. Jacques Plait cherchait toujours le succès pour le Joe. Il réunissait tous les collaborateurs de CBS, du président au chef cuisinier et leur demandait de noter les chansons de 1 à 10.

1975 ou le miraculeux soleil de « L'Eté indien ».

Fin 1974, Joe arrive au terme de son contrat avec CBS qui décide de revoir les exigences du chanteur. Joe avance des prétentions de super-diva alors que le succès n'est plus là.

Jacques Plait a créé une maison d'éditions musicales, « Music 18 » avec Joe. La bonne étoile de Joe lui apporte une chanson italienne, « Africa », écrite par Toto Cuttugno et chantée en anglais par celui-ci. Jacques Plait bloc la sortie du disque de Cuttugno au grand dam de CBS qui a promis aux Italiens d'en faire un tube international pour l'été. Lemesle et Delanoë s'enferment un week-end à Deauville pour écrire les paroles de « l'Eté indien ». Pourtant Jacques Plait était contre cette histoire d’ « été indien » que personne ne connaissait selon lui. Grâce au succès international de « l'Eté indien » Joe dira : « j'ai été sauvé par le gong… ».

Toto Cuttugno souhaitait que ce soit Claude François qui en chante la version française. Mais Claude François, fatigué par une longue nuit, n'avait pas voulu le recevoir. Ayant appris l'affaire bien plus tard, Cloclo piqua encore une crise de diva. La tournée 1975 de Joe sera la plus rentable de sa carrière.

Joe est en train de quitter Maryse pour Christine. Le contrat de Joe avec CBS signé en 1975 est d'un montant mirifique (peut-être 5 millions de francs pour cinq ans). « L'Eté indien » se vend à des millions d'exemplaires en français, anglais, allemand, italien, espagnol et finlandais.

Pourtant les auteurs ne veulent pas avouer avoir fait fortune avec cette chanson. Delanoë est invité par la journaliste du JT de 20:00 d'Antenne 2 le 20 juillet 1976. La journaliste évoque les enveloppes ou cadeaux d'entreprise donnés par les maisons de disques et destinés à forcer gentiment la main de certains programmateurs influents des radios et de télé. Joe répondra à la journaliste : « Mademoiselle, est-ce que je vous demande combien vous gagnez à la fin du mois ? ».

Peu de temps après, CBS annoncera avoir vendu 20 millions de disques de Dassin depuis 1965.

Le début des années décadentes « anus horribilis ».

Joe Dassin tente de se renouveler avec le succès de « l'Eté indien » en pleine période disco. Mais « Il était une fois nous deux » se vend moins bien durant l'été 1976.

Le publique demande quelque chose de plus moderne. Joe, déjà, commençait à ne plus avoir la clientèle des jeunes, les acheteurs les plus importants. Toutan considère que Jacques Plait a commis l'irréparable en faisant enregistrer « Le jardin du Luxembourg » à Joe. Aucune radio ne voudra programmer cette chanson en raison de sa longueur. Maritie Carpentier considérait cette chanson comme un tunnel et ne voulut la programmer qu'à la fin du « Numéro un » de Noël 1976.

« Le Jardin du Luxembourg » a vraiment été le plus gros bide de la carrière de Joe qui, d'après cela, ne s'en est jamais vraiment remis. Même une version spéciale de six minutes n'a pas pu convaincre les programmateurs de radio qui se fichaient totalement des états d'âme et des pensées presque morbides de ce promeneur solitaire dans le jardin du Luxembourg.

Dassin se fera pardonner auprès des médias avec « A toi ».

Son Olympia 1977 provoque des critiques pas très tendres en raison de la prestation de Joe. Jacques Souplet a été viré de CBS par les États-Uniens. Toutan est promu « directeur des services de promotion ». Il doit superviser toutes les actions promotionnelles de Joe dont la carrière commence bizarrement à chanceler.

Le nouveau président de CBS, Alain Lévy est un homme de marketing. Il veut rentabiliser le contrat de Joe. On ne parle plus d'artistes mais de produits. Les apparitions télé de Joe devront uniquement être liées à des sorties de disques. Toutan désobéit à cette règle. Mais il redoute les réactions de Dassin qui commence à ne plus être le même et qui déjà ne sait plus se contrôler.

L'album "Les femmes de ma vie » connaît des ventes mauvaises. La séparation d'avec Maryse est froidement assumée.

Joe Dassin écrit «Big bisou » pour Carlos qui devient un tube.

En 1979, « La vie se chante la vie se pleure » sera le dernier refrain facile populaire qu'il nous laissera.

La chronique d'une mort annoncée… « Mon bébé, dans cinq ans tu seras mort ! ».

C'est ce qu'avait prédit Maryse à Joe. Joe n'a plus été le même homme à partir de 1975. Il y a eu deux Dassin, celui de la longue période de 13 ans avec Maryse et celui de sa courte vie avec Christine, sa seconde épouse.

La presse a raconté la rencontre de Joe avec Christine à Rouen. Joe serait entré chez un photographe pour y acheter des pellicules et la vendeuse était Christine. En réalité, Joe l'avait draguée dès 1972 dans un avion en partance pour Courchevel.

Pour Toutan, Christine Delvaux cachait derrière de petits pékinois le caractère d'une femme extrêmement habile. Elle décida de mettre le grappin sur le Joe, peu lui importait le temps que cela allait prendre. Elle lui fit découvrir la vie nocturne et le persuada de quitter Maryse. Il tenta de quitter Christine, à plusieurs reprises, mais ne pouvait se dégager de cette emprise passionnelle. Il s'en confia à Maryse qui gardait toute sa fierté et qui continuait à tout faire pour ramener le bébé égaré au foyer.

Maryse avait commencé à décorer leur maison de Feucherolles mais Joe partit y vivre avec Christine. Joe et Maryse divorcèrent le 5 mai 1977.

Joe épousa Christine le 14 janvier 1978 à Cotignac où la municipalité lui avait fait cadeau d'un terrain.

Il pleuvait ce jour-là. Il y avait peu d'amis. Serge lama anima la «party ». Il se dégageait de cette soirée une sorte d'immense mélancolie. Christine glissa à l'oreille de Toutan : « tu vois Robert, je l'ai eu et malgré lui, tu ne peux imaginer comme je suis heureuse et comme j'ai envie de lui faire son bonheur ».

Le lendemain, Joe présenta sa nouvelle femme chez Michel Drucker. Christine promit d'accompagner Joe partout et dit qu'elle était là pour l'aider. Toutan était sur le plateau et eut honte. Drucker semblait vouloir faire avaler que Joe n'avait jamais été marié. Leur premier fils, Jonathan naît le 14 septembre 1978 et Julien le 22 mars 1980. Après la mort de Joe, Christine éleva courageusement ses enfants. Toutan révèle qu'elle prenait des médicaments et fumait beaucoup. Elle mourut en décembre 1995.

1978-1980 : la vie se chante, mais elle se pleure aussi !

Toutan estime que les dernières années de Dassin ont été les moins belles de sa vie. À ce moment, il a découvert une liberté de vivre avec Christine, qui lui apporte maintenant la possibilité de s'éclater sur tous les plans, en le libérant des règles et des astreintes que Maryse lui imposait ; il croit avoir trouvé le bonheur. Cette période est devenue pour Toutan et les collaborateurs de Joe, le parcours du combattant. Toutan doit être diplomate pour convaincre Joe d'aller à la télé car il n'a plus envie de travailler. Joe a grossi, son visage est bouffi et avec d'énormes cernes sous les yeux. Il boit et fume beaucoup. Il dort l'après-midi et Christine oublie de lui transmettre les messages de Toutan.

Joe arrive en retard à la télé ou oublie de venir et les producteurs ne souhaitent plus l'inviter. Ses façons de s'exprimer sont également devenus différentes : il parle fort, éclate de rire pour un oui ou pour un non ou bien engueule tout le monde pour un tout petit rien. Le gentleman distingué a disparu. Le métier est fait circuler des rumeurs sur lui.

Joe paraît loin de tout. Il est amoureux fou est heureux d'être papa.

Blue country sera son dernier album. Il chante en anglais car ses paroliers n'ont plus d'inspiration. Pour son dernier « Numéro un » il est entouré d'une distribution médiocre.

Jacques Plait lui fait enregistrer une comédie musicale «Little Italy ».

Les Carpentier sont contactés pour la produire avec la RAI mais le projet ne verra jamais le jour. Le disque ne sortira qu'en 1982.

Fin 1979, un sursaut de réalité se présente à Joe. Il a tout d'un coup compris que son union est un échec et que sa survie ne dépend que de sa séparation d'avec sa nouvelle épouse.

Il demande le divorce il veut garder ses enfants. Les deux époux ont lutté l'un contre l'autre. Sur les conseils de son avocat, Joe fait la quête auprès de tout le métier d'attestations disant qu'il a toujours été un mari et un père au-dessus de tout soupçon et qu'il n'a jamais été sous l'emprise de la drogue. Son dernier direct à la télé date du 16 juin 1980 « l'Invité du jeudi » sur Antenne 2.

Cette interview demeure la plus complète et la plus intéressante qu'il est accordé durant toute sa carrière. Il parle de ses goûts littéraires et musicaux et adroitement sur les problèmes de sa vie privée.

Joe remercia Toutan car cette émission lui avait permis d'être enfin considéré comme un intellectuel.

Sa santé l'obsède. Il a une crise cardiaque en juillet 1980. Il est étonnant que les médecins le laissent sortir rapidement et le laissent prendre l'avion 13 jours plus tard. Toutan vit Joe une dernière fois à sa sortie de l'hôpital. Il le trouva épuisé et terrassé. Joe ne demandait qu'à revivre comme avant. Il chanta «The guitar don’t lie » à la télé et Toutan dut s'occuper de lui comme un bébé.

Après l'émission, Joe montra à Toutan les attestations qu'il avait reçues du métier. Joe demanda son aide à Toutan.

Il pleura. Alors Toutan écrivit lui aussi une attestation en faveur de Joe. C'est là que Toutan contredit tout ce qu'il av écrit de négatif dans son livre sur Dassin car il écrit : « Joe n'a pas eu à me forcer pour rédiger quelques lignes écrites en toute sincérité éprouvant qu'il avait toujours été à mes yeux un artiste et un homme plus que parfait ».

Joe l'embrassa en le tenant fortement contre lui. Toutan eut un triste pressentiment.

Joe partit à Tahiti avec ses enfants et sa mère. Peu de temps avant, il avait été interviewé par Françoise Hardy à la télé dans « Exclusif ». Elle lui avait prédit quelques problèmes.

Joe lui disait que, étant né sous le signe du scorpion et ascendant scorpion, il était stimulé par les hostilités et les obstacles et qu'il pouvait dans ce cas, littéralement exploser, et surtout sans pouvoir se retenir et sans aucune limite. Cela donnait à croire que Christine allait avoir du fil à retordre pour s'en sortir et sans trop de dégâts pour elle.

Son dernier beau voyage.

Toutan appris la mort de Joe alors qu'il était en voiture. Il écoutait RMC. Il n'eut plus la force de conduire et s'arrêta pour réfléchir. Il repensa à ce que Maryse avait dit à Joe : « dans cinq ans mon bébé, tu seras mort ! ».

Alain Lévy, le président de CBS, voulait le voir de toute urgence. Alors Toutan prit l'avion pour être dans son bureau le soir même.

Une réunion au sommet était prévue car la mort d'un artiste fait vendre. L'usine hollandaise de CBS dut presser beaucoup de LP pour assurer la demande.

Toutan a pitié des Christine que l'on a accablée de tous les noms d'oiseaux. Pour les journalistes et les médias de l'époque, c'est elle qui fut la cause de tous ses tourments et de sa mort. Elle l'aurait poursuivi jusqu'à son départ pour Tahiti en le menaçant de ne plus jamais revoir ses enfants. Toutan est certain que Joe n'aurait jamais voulu être un chanteur vieillissant. Il voulait écrire des chansons pour les autres, des nouvelles et des livres. Joe fut enterré à Hollywood en présence de ses parents et de ses soeurs mais sans Christine qui dut se battre pendant un an pour récupérer ses fils.

Maryse n'a jamais été se recueillir sur la tombe de son premier mari et n'en a jamais voulu donner la raison.

 

 

 

 

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05 février 2018

Contes des 101 matins (E. Perrochon)

CVT_Contes-des-Cent-Un-Matins_3101

 

Le petit homme et le lapin à l'oreille cassée.

1

c'était un petit homme qui allait à la chasse tuer des bécasses et des perdrix. Le dimanche, il allait à la chasse aux lapins. Mais son chien s'était écorché le bout des pattes dans les chaumes et ne voulait pas bouger. Alors l'homme fit claquer un fouet et le chien obéit.

2

le petit homme s'habilla avec son costume de chasse et il mit du bon vin dans sa gourde. Il partit avec son chien qui trouva un lapin. C'était un lapin qui habitait, avec ses trois frères, dans un terrier du plateau. Il était le plus petit de la famille mais le plus leste et le plus rusé. Ses frères prétendaient qu'il était laid car il avait une oreille cassée.

3

la nuit, les lapins sortaient de leur terrier pour gambader et jouer. Seul le lapin à l'oreille cassée restait dehors le jour, blotti au milieu d'un carré de sainfoin.

Ce fut là que le chien du petit homme le trouva. Le lapin s'enfuit dans les vignes et les champs et se réfugia dans son terrier. Le chien le perdit et fatigue et se coucha à l'ombre d'un cep. Quand le petit homme le sermonna, le chien, cette fois, s'enfuit

4

le chien était revenu à sa niche tandis que le petit homme sonnait du cor pour l'appeler. Il était en colère et le lapin le regarda et cela l'amusa.

Roulant de gros yeux méchants, le petit homme n'était pas beau. Il but la moitié de son vin. Un geai fit tomber une noix sur le nez du petit homme.

De nouveau le petit homme se mit en colère contre le geai, le chien et le lapin. Le geai lui répondit : « tout chasseur chassant chasser doit savoir chasser sans son chien ».

Le petit homme était orgueilleux et répondit au geai : « tu vas voir que je suis un chasseur sachant chasser ! Tu vas voir que je sais chasser sans mon chien ! ».

Les lapins sortirent car ils n'avaient pas peur du petit homme sans son chien.

Le chasseur tira sur le lapin à l'oreille cassée mais le rata. Il le poursuivit.

6

le petit homme retrouva le lapin et tira. Le lapin fit semblant d'être mort.

Le petit homme voulut s'approcher pour le prendre mais le lapin avait disparu. Le petit homme se sentit découragé. Il finit son vin et se laissa tomber sur la mousse.

7

le petit homme se leva pour retourner chez lui mais le lapin lui passa entre les jambes. Le chasseur était en colère et poursuivit le lapin à l'oreille cassée.

Le lapin entraîna le chasseur très loin. Il n'avait pas de cartouches et était rompu de fatigue. C'était la nuit. Il sonna du cor dans l'espoir de faire venir quelqu'un car il avait perdu son chemin. Toute une armée de lapins vint commandée par le lapin à l'oreille cassée.

Effrayé par le bruit, le chasseur s'enfuit sans son fusil, sa cartouchière et son carnier.

Il perdit aussi son costume et tomba dans le ruisseau. Il heurta un arbre se cassa le nez. À travers les champs et les prés, il s'enfuit.

La maladie des doigts écartés.

1

Patoche était un jeune valet. Quand il fallait manger, se reposer, se coucher : c'était un très bon valet mais quand il fallait se lever, c'était un mauvais valet et travailler c'était un très mauvais valet. Chaque matin, son patron l'appelait. Quand il lui demandait de balayer la grange, Patoche avait mal au ventre, quand il fallait bêcher le jardin, il avait mal aux reins, quand il fallait soigner les bêtes, il avait mal à la tête mais quand il fallait se lever pour manger des beignets, Patoche était pressé de se lever.

2

un matin, Patoche se leva en rechignant. Il ne voulait pas manger sa soupe et prétendit avoir les doigts comme du fer. Il avait les mains grandes ouvertes, les doigts écartés et raides.

Il réclama quand même du chocolat au lait. Le patron qui était un excellent homme apporta un bol plein jusqu'au port de chocolat et Patoche les doigts toujours écartés, prit le bol et but sans en laisser une goutte.

Le patron lui ordonna de ramasser des pommes de terre mais Patoche prétendit avoir les doigts comme de l'acier. Alors son patron l'emmena chez le médecin.

3

le médecin ausculta Patoche et le patron lui fit un signe. Le médecin compris et dit à Patoche qu'il savait quelle maladie il avait. Patoche dit qu'il avait les doigts comme de l'acier et qu'il ne pouvait pas les rapprocher. Le médecin répondit que Patoche souffrait de la maladie des doigts écartés.

C'était une maladie très répandue et beaucoup plus grave qu'on ne croyait. Si l'on n’essayait pas de s'en guérir dès sa jeunesse, on n'en souffrait toute sa vie.

Le médecin demanda à Patoche s'il lui semblait plus agréable de se reposer que de travailler et Patoche répondit oui.

Le médecin lui expliqua que c'était un signe de la maladie s'il préférait se coucher que se lever, c'était un signe de la maladie, s'il avait de l'appétit, c'était la maladie. Le médecin dit à Patoche que ses doigts devaient se reposer et il les enferma dans un appareil de son invention.

Les doigts de Patoche étaient maintenus écartés. Le médecin dit au patron qu'il devait lui-même faire manger à Patoche sa soupe.

Patoche réclama du chocolat au lait en prétextant qu'il pourrait le boire et le médecin répliqua sévèrement que ce serait seulement de la soupe.

4

le patron voulut donner de la soupe à Patoche qui refusa. Alors il lui dit qu'il pouvait aller se promener. Patoche riait en songeant au beau tour qu'il croyait avoir joué à son patron et au médecin. Il vit des vendangeurs détacher les raisins des sarments. Ils voulurent l'embaucher mais Patoche refusa à cause de ses doigts. Il demanda une grappe au vendangeur et le vendangeur lui répondit qu'il n'avait qu'à la prendre lui-même. Patoche essaya mais ne réussit pas à cause de l'appareil qui écartait ses doigts. Alors il partit et il entendit les vendangeurs rire, il supposa qu'ils se moquaient de lui.

Il arriva dans une prairie où des travailleurs cueillaient des pommes. Ils demandèrent à Patoche de prendre un panier rempli de pommes mais il expliqua qu'il ne pouvait pas. Il réclama une pomme et un travailleur lui répondit de monter l'échelle pour en cueillir une lui-même. Patoche s'éloigna penaud et les travailleurs se mirent à rire.

5

à l'heure du repas, Patoche rentra. Les autres valets, qui avaient bien travaillé, festoyaient. Patoche s'assit à côté d'eux mais son patron lui dit : « quand on ne travaille pas, on ne festoie pas ».

D'ailleurs le médecin lui avait dit qu'il ne pouvait manger que de la soupe.

Le patron lui fit manger de la soupe puis Patoche s'en alla bien triste.

Il rencontra une vieille femme qui portait un gros fagot.

Elle lui demanda de l'aide. Patoche était paresseux mais avait bon coeur alors il essaya de l'aider mais l'appareil du médecin bloquait ses doigts et il s'excusa auprès de la dame. Il s'éloigna bien triste.

6

Patoche songeait qu'il ne pouvait rien faire et qu'il était plus heureux lorsqu'il travaillait.

À présent les heures lui semblaient interminables.

Il alla trouver le médecin et lui dit qu'il s'ennuyait beaucoup. Le médecin lui répondit qu'avec les doigts écartés on pouvait toujours peigner les courants d'air. Patoche comprit qu'il se moquait de lui alors il dit qu'il avait des fourmillements dans les doigts et qu'il croyait pouvoir les rapprocher. Alors le médecin lui ôta l'appareil. Patoche bougea ses doigts et le médecin lui dit que c'étaient des doigts qui ne demandaient qu'à travailler.

Patoche promit qu'il travaillerait désormais. Il travailla si bien qu'il devint premier valet. Puis il devint patron à son tour et acquit de grandes richesses.

Il faisait souvent la charité. La morale du conte étant : « si tu ne compris, fais-en ton profit ».

La fête chez le petit vieux et la petite vieille.

1

un petit vieux et une petite vieille habitaient dans une petite maison. Ils avaient été, toute leur vie, si charitables et secouru les malheureux qu'ils étaient devenus très pauvres. Ils ne possédaient plus que leur petite maison très vieille, un petit âne très vieux dans une petite écurie, une petite miche dans le buffet, une petite bûche dans le bûcher et un petit bout de chandelle dans le chandelier, trois gouttes de pétrole au fond d'une lampe. Mais ils étaient restés très gais. Tant que durèrent les beaux jours ils ne se plaignirent pas.

Mais le soir du 3 novembre, le froid et le noir avaient envahi la maison.

Le petit vieux ne pouvait pas lire son journal et sa femme aurait voulu du feu car elle était frileuse. Mais ils ne pouvaient allumer ni le feu ni la lumière afin de ménager leur petite bûche et leurs trois gouttes de pétrole. Alors ils furent tristes et se couchèrent.

2

il y eut une tempête pendant la nuit. Un voyageur égaré frappa à leur porte et les réveilla. Ils lui ouvrirent. Il était trempé et grelottait. Ils lui proposèrent leur bûche et leur miche mais il voulait juste dormir. Ils lui cédèrent leur lit et qu'ils se couchèrent dans l'écurie. Le lendemain il voulut les remercier car s'il n'avait pu se réchauffer il serait peut-être tombé malade.

Il était maître maçon et il voulut bâtir une maison pour eux. Et c'est ce qu'il fit avec ses ouvriers.

3

le petit vieux et la petite vieille avaient une belle maison mais toujours une seule miche et plus que deux gouttes de pétrole.

Une nuit, ils entendirent appeler au secours. C'était un automobiliste qui avait eu un accident au fond d'un grand fossé. Ils le tirèrent de là et l'emmenèrent chez eux. Ils allumèrent la bûche mais l'automobiliste ne voulait pas de la miche. Il était fumiste et pour les remercier il leur amena du bois, du charbon avec des appareils pour le bûcher. En outre, il leur installa le chauffage central.

4

Le petit vieux et la petite vieille avaient une belle maison et n'avaient plus froid mais ils n'avaient toujours qu'une seule miche et un bout de chandelle et une goutte de pétrole. Une nuit, ils entendirent crier au voleur. C'était un voyageur qui s'était fait voler sa sacoche d'argent. Le petit vieux et sa femme coururent après les voleurs qui crurent être poursuivis par les gendarmes et se sauvèrent.

La sacoche du voyageur était sauvée. Ils l'accueillirent dans leur maison. Le petit vieux riait car il n'avait jamais fait peur à personne. Ils allumèrent la lampe qui s'éteignit après la fin de la dernière goutte. Le voyageur était électricien et il les remercia en posant des lampes électriques dans toute la maison.

5

Le petit vieux et sa femme avaient une belle maison chauffée et éclairée mais toujours une seule miche et leur bout de chandelle. Ils mangèrent la miche jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des miettes qu'ils gardèrent pour une soupe. Ils virent deux sereins échappés de leur cage qui mouraient de faim. Ils leur donnèrent les miettes. Les oiseaux appartenaient à la fille du boulanger qui fut contente de les trouver là. Elle vit que le petit vieux et sa femme n'avaient plus à manger et eut pitié. Elle en parla à son père qui leur apporta chaque jour le meilleur pain de sa fournée.

6

le petit vieux et la petite vieille ne manquaient plus de rien et invitèrent leurs amis. Le tailleur apporta des habits brodés d'argent, le cordonnier de beaux souliers luisants ; l'aubergiste du vin et de la limonade ; l'épicier du sucre et du café, le pâtissier des gâteaux, la fermière du beurre frais et du fromage ; le boucher, un gigot de mouton ; le charcutier des saucisses et du jambon. Mais il y eut une panne d'électricité alors la petite vieille alluma son bout de chandelle et puis les lampes brillèrent à nouveau.

À Paris, tout est gris.

1

un provincial alla à Paris avec son cheval. Un parisien lui dit que pour visiter la ville, il n'avait pas besoin de son cheval alors le provincial mis son cheval à l'écurie. Le Parisien lui demanda ce qu'il venait faire à Paris. Il répondit qu'il voulait monter en haut de la tour Eiffel pour voir tout Paris. Le Parisien lui dit que ça ne suffirait pas. Le provincial monta en haut de la tour Eiffel et aperçut toute la ville et ses environs. En redescendant, un Parisien lui dit que son cheval était reposé et qu'il pouvait partir mais le provincial voulait encore voir Paris.

2

le provincial mis ses souliers gris et un Parisien lui conseilla de bien suivre les trottoirs pour ne pas se faire écraser. Il vit les tramways, les bus et les voitures, il n'en avait jamais vu autant. Il traversa tout Paris et alla au bois de Boulogne. Un Parisien lui conseilla de prendre le tramway pour ne pas user ses souliers gris. Le provincial alla au Louvre, à Notre-Dame et prit un taxi pour visiter le Jardin des Plantes.

Un Parisien lui conseilla de prendre le métro. Le provincial se fit expliquer ce que c'était. Il fut surpris qu'il y ait tant de monde sous terre.

3

le provincial mit son habit gris pour aller à la foire de Paris. Il vit des objets et des machines mais il s'en alla pour ne pas se ruiner. Un parisien lui conseilla d'aller aux Halles. Il y vit des provisions aux quantités énormes. Puis il alla au marché de La Villette et vit les bêtes destinées à être mangées par les Parisiens. Il visita les usines et les ateliers. Il visita les magasins. Un Parisien lui conseilla d'acheter en souvenirs quelques articles de Paris. Il en acheta dans trois magasins et se sauva dans le quatrième car il était ruiné.

4

le provincial mit ses gants gris pour aller au théâtre de Paris. Il alla à l'opéra. Au concert et au cinéma. Il vit le cinéma parlant et c'est ce qui lui parut le plus étonnant. Un Parisien lui conseilla d'aller voir les musées. Alors il vit les tableaux et les statues. Un Parisien lui conseilla d'aller voir les grandes écoles et il alla visiter l'école polytechnique, la Sorbonne, les savants dans les laboratoires, les étudiants. Il vit un étudiant de sa région qui voulut l'emmener au théâtre. Mais il refusa pour ne pas user ses gants.

5

le provincial mit son chapeau gris pour voir le président mais un parisien lui dit que le président était bien gardé et qu'on n’allait pas le voir par curiosité. Alors il voulut voir un ministre mais un Parisien lui expliqua qu'un ministre n'avait pas le temps d'être dérangé.

Le provincial visita l'assemblée nationale et le Sénat. Il vit le député de son département qui lui demanda les dernières nouvelles mais le provincial ne les connaissait pas car il était à Paris depuis un mois. Alors il dit aux députés qu'il allait retourner chez lui pour aller chercher les dernières nouvelles de son pays.

Le Lapon dans la marmite.

1

La Laponie n'est point un pays chaud. Les Lapons sont petits mais vigoureux et peu sensibles au froid. Ils vivent dans des villages ou sous des tentes en peau de rennes. Les rennes remplacent les boeufs et les chevaux. À la belle saison, les Lapons chassent et pêchent. Au village de Rikévik, il y avait un singulier garçon. C'était le plus petit des Lapons. Il s'appelait Mac-Nac. Son père et ses frères étaient de vaillants chasseurs. Ils chassaient les ours blancs et les autres bêtes à fourrure. Mac-Nac ne mêlait pas sa voix de roitelet à la grosse voix des chasseurs. Il chantait seul au coin du feu.

2

Mac-Nac n'était ni peureux ni douillet. Il était rusé et gagnait toujours quand il jouait avec ses frères ou des camarades. Personne ne pouvait le trouver quand il jouait à cache-cache.

Malgré ses qualités, son père et ses frères ne voulaient pas l'emmener à la chasse. Ils le trouvaient trop petit. Alors il restait avec sa mère et surveillait les rennes qui l'aimaient.

Mais il s'ennuyait et voulait partir avec son père et ses frères à la chasse.

Un jour, il attela son renne préféré et demanda une boussole, un pistolet, des allumettes et une marmite à sa mère.

Sa mère voulut savoir à quoi servirait la marmite. Mais il dit que c'était secret.

3

Mac-Nac partit vers le Nord. Quand le renne fut fatigué, Mac-Nac le laissa se reposer.

Le renne creusa la neige pour découvrir la mousse et la mangea. Mac-Nac ramassa du bois pour faire du feu. Il y versa du pétrole pour l'allumer. Il aperçut un gros oiseau qui planait. C'était un aigle. L'aigle le vit et voulut le manger. Alors Mac-Nac sauta dans la marmite et boucha l'ouverture avec une écorce.

L'aigle vit la marmite et croyant que c'était un oeuf le couva. Mac-Nac ne voulait pas étouffer alors il chanta et l'aigle le découvrit alors Mac-Nac le tua avec son pistolet. Ensuite il reprit son voyage vers le Nord.

4

au bout d'une heure le renne s'arrêta car un ours approchait. Mac-Nac se cacha dans la marmite. Le renne voulut se sauver mais Mac-Nac chanta pour le calmer. L'ours chercha Mac-Nac mais ne vit que la marmite et la renifla. Il sentit l'odeur de Mac-Nac.

Alors Mac-Nac le tua avec son pistolet. Puis il reprit son voyage vers le Nord.

5

le renne s'arrêta à cause d'une bande de loups. Le plus gros s'approcha de la marmite où Mac-Nac s'était réfugié. Il tua le loup avec son pistolet. Mais les autres loups approchèrent alors Mac-Nac chanta. Puis il fit rouler la marmite et versa du pétrole sur la queue des loups et les brûla. Ils s'enfuirent. Cela fit rire Mac-Nac. Il reprit son voyage.

6

il arriva près du rivage de l'océan glacial ou son père et ses frères chassaient les phoques.

Il vit les chasseurs qui chantaient.

Mac-Nac chanta aussi et ils le virent. Il raconta ce qu'il avait fait mais ils rirent pour se moquer de lui. Quand ils virent un loup avec la queue brûlée ils furent bien obligés de croire Mac-Nac.

Sur le trajet du retour, ils virent les cadavres des animaux tués par Mac-Nac.

Alors, ils nommèrent Mac-Nac premier chasseur à cause de son courage et de sa ruse..

Les pas sur la neige.

1

les parents de Louison élevaient des lapins d'espèce commune et des lapins chinchillas. Louison élevait les chinchillas. Il y avait la mère et cinq petits. Elle leur donnait à manger, à boire et les caressait. Le plus espiègle avait une petite lune blanche au milieu du front.

C'était le préféré de Louison et elle l'avait appelé Lustu.

Un matin, elle ne le vit plus dans le clapier car il avait creusé un trou.

Il y était encore. Il était couvert de terre alors elle l'épousseta. Quand elle s'en alla, il continua de creuser un tunnel pour fuir du clapier.

2

Lustu fut bien étonné de se trouver hors du clapier et encouragea sa famille à fuir.

Mais la mère leur ordonna de rester car pour elle rien était sûr hors du clapier et ils pourraient se faire manger par un renard. Elle ordonna à Lustu de boucher le trou et de retourner au clapier. Mais Lustu attendit la nuit pour sortir s'enfuir quand sa famille dormait.

Il gagna la campagne.

3

il traversa les champs et arriva dans un bois. Il rencontra une mère lapine de garenne et ses petits. Elle lui ordonna de rentrer chez lui car il y avait un renard. Mais il continua son chemin. Il rencontra un grand lièvre qui lui dit de se méfier du renard. Alors il rentra chez lui.

4

Lustu sortit chaque nuit. Il faisait des découvertes qui l'enchantaient et comme il rentrait avant l'aube ni sa famille ni Louison ne s'apercevaient de ses escapades.

Une nuit, il découvrit quelque chose de froid qui lui tombait sur le nez. Une perdrix lui dit que c'était de la neige. Il eut froid et se réfugia près de la perdrix. À cause de la neige, il ne put retrouver le chemin, il tourna en rond alors épuisé il se réfugia dans un buisson.

5

Louison chercha Lustu et l'appela. Il entendit sa voix et courut dans sa direction. Mais des corbeaux l'attaquèrent alors il rebroussa chemin et se réfugia chez la perdrix. Il regretta de n'avoir pas écouté sa mère et jura de ne plus être désobéissant.

6

quand les corbeaux se turent, Lustu partit. Mais le renard le pourchassa et le tua. Les corbeaux finirent les restes de Lustu et Louison les vit rassemblés sur la neige. Ils ne laissèrent que quelques gouttes de sang et des touffes de poils.

Les aventures du cuisinier Benoît.

1

Benoît était un gros garçon qui avait la face ronde comme la pleine lune. Il rêvait d'être cuisinier chez le président de la République pour cuisiner pour des ministres, des ambassadeurs et des rois. Il réussit à travailler au service du cuisinier-chef du président mais comme plongeur. Il se lassa vite de laver la vaisselle et s'attira les réprimandes du chef cuisinier. Un jour, il renversa une pile d'assiettes et se sauva de peur d'être grondé.

Il n'avait pas eu le temps de devenir un bon cuisinier. Il savait tout juste éplucher des radis.

2

il partit à Londres où les cuisiniers français jouissent d'une grande réputation. Lord Six Pence cherchait un cuisinier et Benoît menti en disant qu'il avait fait la cuisine chez le président de la république. Lord Six Pence l'engagea mais Benoît ne sut que lui préparer des radis pour le petit déjeuner. Le lord fut en colère et crut que Benoît était un espion et qu'il allait le mettre en prison. Benoît se sauva.

3

Benoît prit un avion pour une destination inconnue. Le pilote voulait tenter la traversée de l'Atlantique et atterrir à New York mais la tempête le fit dévier de sa route.

L'avion s'écrasa et le pilote fut tué mais par miracle Benoîte  survécut. Il était chez les Esquimaux. Leur chef, Nahou Nouk l'accueillit et prit Benoît à son service comme cuisinier.

Benoît prit un avion pour une destination inconnue. Le pilote voulait tenter la traversée de l'Atlantique et atterrir à New York mais la tempête le fit dévier de sa route.

L'avion s'écrasa et le pilote fut tué mais par miracle Benoît survécut. Il était chez les Esquimaux. Leur chef, Nahounouk l'accueillit et prit Benoît à son service comme cuisinier. Benoît lui prépara du rosbif et du plum-pudding avec ce qu'il avait ramené de chez le lord.

Nahounouk s'attendait à manger du lard de phoque et de l'herbe de baleine. Il fut furieux quand il vit le repas préparé par Benoît et ordonna qu'on le fasse manger aux ours blancs. Benoît se sauva en emportant du lard de baleine et du lard de phoque.

4

Benoît sortit de la hutte et sauta dans un traîneau tiré par six chiens. Puis il monta sur un bateau à voile qui allait aux États-Unis puis sur un bateau à vapeur qui allait en Amérique du Sud. Il avait apporté son huile de baleine et son lard de phoque. Il remonta le fleuve Amazone en pirogue. Il arriva chez les Indiens de la forêt vierge. Le chef des Indiens s'appelait Pytiratomba ce qui signifiait Griffe-de-jaguar.

Pytiratomba prit Benoît comme cuisinier. Benoît prépara le lard de phoque cuit dans l’huile de baleine. Le chef indien en colère ordonna qu'on jette Benoît aux fourmis rouges ou aux serpents boas. Alors Benoît s'enfuit avec six oeufs de tortue.

5

Benoît descendit l'Amazone en pirogue et à la nage puis il monta sur un bateau qui faisait le tour de l'Amérique du Sud puis sur un paquebot qui allait en Chine.

Il rencontra un riche marchand de soie, du nom de Pé-Fou-Li. Pé-Fou-Li engagea Benoît comme cuisinier.

Benoît prépara les œufs de tortue. Pé-Fou-Li, d'une voix très douce, ordonna qu'on ligote Benoît et qu'on le scie entre deux planches.

Benoît s'enfuit. Mais il eut le temps d'acheter un cochon de lait, un bol, du riz et des baguettes.

6

 

Benoît sauta dans le premier avion puis dans un deuxième et un troisième.

Il arriva dans le Sahara. Il rencontra des Noirs et des Arabes. Le chef des Noirs s'appelait Kadour-El Kader. Il engagea Benoît comme cuisinier. Benoît prépara le cochon et le riz. Kadour-El Kader, en colère ordonna qu'on mène Benoît au milieu du désert. Benoît s'enfuit avec ce qu'il fallait pour préparer le couscous.

7

Benoît monta sur un chameau et arriva en Algérie où il trouva un aviateur qui allait en France. Il arriva à Marseille. Il rencontra un riche marchand qui s'appelait M. Camiscade. Il engagea Benoît comme cuisinier. Benoît prépara le couscous. M. Camiscade fit la grimace et voulut réduire Benoît en bouillie. Benoît s'enfuit sans rien emporter.

8

Benoît prit un train et retourna chez le président de la République. Le chef cuisinier  lui demanda s'il savait faire la cuisine et Benoît répondit oui sauf la bouillabaisse alors le chef cuisinier le renvoya chez M. Camiscade pour apprendre à la faire.

Mais arrivé à Marseille, Benoît eut peur et parti en Allemagne pour apprendre à faire la choucroute. Il retourne à Marseille et eut encore peur alors il alla en Russie où il apprit à préparer le caviar. Il retourna à Marseille mais il n'osa encore rentrer et il partit en Italie où il apprit les meilleures façons d'accommoder les macaronis. Au bout de la quatrième fois il eut le courage d'aller chez M. Camiscade mais il eut peur et partit à Paris.

Il fut nommé cuisinier chef et prépara des mets étranges pour les ministres et les ambassadeurs qui étaient très contents. Lorsque le président invitait des Marseillais, la bouillabaisse n'était pas toujours très bonne.

Le modeste Amédée

1

Quatre enfants allaient au terrain de jeu. Trois jouaient au ballon et le quatrième les regardait jouer.

Il y avait un grand blond musclé, un petit brun malin, moqueur et méchant, le troisième était le capitaine de l'équipe quand il jouait au ballon. Mais il était sévère et ne pardonnait rien. Le quatrième était Amédée. Il n'était ni sot, ni méchant, ni sévère. Il était modeste, complaisant, timide et silencieux. Il ne jouait pas au ballon avec les autres qui ne voulaient pas de lui mais était champion de aux billes.

2

Le grand blond marchait devant, le petit brun le suivait, le capitaine était troisième et Amédée dernier.

Les trois joueurs avaient une petite valise avec un maillot et des souliers, Amédée portait le ballon.

Les valises des joueurs n'étaient pas très lourdes mais les gênaient pour marcher. Le petit brun le félicita sur sa force pour qu'il lui porte sa valise. Le petit brun le mit au défi de porter les trois valises et le ballon et le grand blond se laissa prendre au piège.

3

le petit brun raconta qu'il avait vu quelqu'un porter des paquets et un camarade  sur ses épaules pour que le grand blond se sente défié.

Le grand blond se fit à voir et porta le petit brun sur ses épaules. Le capitaine voulut récupérer sa valise et Amédée le ballon.

4

Le capitaine dit à Amédée que le petit brun était méchant. Il pensait que le blond et le brun méritaient une punition. Ils arrivèrent devant un fossé traversé par un pont. Le petit brun mit le blond au défi de sauter le fossé. Le capitaine dit au blond qu'il ne le croyait pas capable de sauter le fossé avec le brun sur les épaules. Alors le grand blond accepta  le défi et tomba dans le fossé avec le petit brun.

5

Le blond et le brun étaient  dans la boue et criaient au secours.

Alors le capitaine leur fit la leçon . Mais le blond l'agrippa et le fit plonger dans le fossé. Tous trois flattèrent Amédée  pour qu'ils les aident à sortir.

Amédée les tira du fossé. Puis ils le laissèrent jouer seul au ballon et virent qu'il était leste et adroit alors ils le prirent comme capitaine.

Amédée devint joueur professionnel et joua avec l'équipe de France.

Tché de Canton.

 

Pou-Hai-Chang était un marchand de Canton. Il vendait peu de blouse de soie car la concurrence était nombreuse. Il vivait misérablement avec sa femme et son fils. Il y avait des Européens à Canton  qui leur parlaient de leur pays.

Mais eut envie de partir à Paris. Il laissa sa femme et son fils avec quelques piastres.

Mais à trop attendre son mari et à tort de se priver, sa femme mourut. Le fils de Pou-Hai-Chang se trouva seul et sans argent.

2

Le petit Chinois fut obligé de mendier pour vivre. Un jour il s'endormit devant la maison d'un Européen. L'Européen le vit. C'était un ingénieur français qui n'avait pas encore fait fortune en Chine. Il était charitable et bon. Il donna à manger au fils de Pou-Hai-Chang. Il lui demanda son nom. Il s'appelait Tché-Fou-Tché et avait 11 ans.

L'ingénieur l'engagea comme domestique. Tché voulut revoir son père alors l'ingénieur s'informa. Pou-Hai-Chang était ruiné et ne pouvait rentrer en Chine. Tché voulut partir le chercher.

3

Tché économisa de l'argent pour s'acheter de bonnes chaussures. Il voulut aller à Paris à pied. L'ingénieur rit en le voyant ainsi. Alors il lui expliqua que son voyage était impossible et pour le consoler, il lui offrit un vélo.

4

Tché s'exerça au vélo. Il crut qu'il pouvait aller en France avec mais n'arriva qu'à se fatiguer. L'ingénieur pour le distraire l'emmena en voiture. Tché appris à conduire. Il voulut emmener son maître à Paris mais l'ingénieur lui expliqua que la voiture serait usée avant la fin du voyage et qu'il n'y avait pas partout de l'essence et des pneus de rechange.

L'ingénieur promit d'amener en France en bateau.

5

L'ingénieur apprit que le père de Tché était malade.Tché voulut s'engager comme mousse sur un bateau partant pour Paris.

Tché était trop jeune et il revint désespéré chez l'ingénieur. Or, à ce moment-là l'ingénieur reçut chez lui deux aviateurs français.Tché leur demanda de l'emmener en France mais ils refusèrent alors il pleura. L'ingénieur leur expliqua qu'il était orphelin de mère et que son père se mourait à Paris. Pris de pitié les aviateurs l'emmenèrent.

6

Tché réalisa que la Terre était vaste. Il comprit quelle avait été sa folie d'avoir voulu aller à Paris à pied, à bicyclette et même en voiture.

Les aviateurs conduisirent Tché à l'hôpital où était soigné son père. Une fois guéri le marchand reprit son commerce avec son fils à Paris.

Les reines de la montagne.

1

il y avait une fois  deux  chèvres terribles et farouches. L'une était noire et s'appelait Brunette et l'autre était blanche et s'appelait Blanchette.

Elles faisaient le désespoir du berger  car elles lui causaient du tracas.

Elles voulaient être libres et ne pas faire partie du troupeau.

Brunette décampait vers le sommet de la montagne et Blanchette descendait vers la forêt. Brunette et Blanchette ne revenaient à l'enclos qu'à la nuit tombante.

Elles se racontaient leur journée. Mais à cause de leur orgueil cette amitié ne dura pas longtemps.

Brunette se déclara reine de la montagne et Blanchette en fut vexée.

3

les deux  chèvres montèrent au sommet de la montagne et se heurtèrent l'une l'autre.

Elles voulurent rentrer en même temps dans l'enclos et se coincèrent dans le portillon. Le berger les fouetta.

4

le lendemain, les deux chèvres s'affrontèrent encore en haut de la montagne. Elles roulèrent dans un précipice.

5

Par miracle elles se retrouvèrent vivantes au fond du ravin. Les bergers les retrouvèrent et les sauvèrent. Elles devinrent douces car elles avaient compris la leçon.

Le Ri-Piou-Piou sur la balançoire.

1

Jeannette et Margot étaient jumelles. Jeannette et Margot étaient jumelles. Jeannette était blonde et Margot était brune. Le soleil les taquinait pendant qu'elles jouaient. Il voulait leur dire que c'était le printemps et qu'il faisait beau.

2

Un papillon se posa sur le ruban qui nouait les cheveux de Jeannette puis il se posa sur le ruban des cheveux de Margot. Il ne voulait pas se laisser attraper. Margot et Jeannette coururent après lui.

Elles sortirent du jardin de leurs parents.

Le papillon voulait leur montrer que la campagne était déjà fleurie. Elles firent un bouquet de marguerites. Elles entendirent quelqu'un chanter : «Ri-Piou-Piou ! »

3

C'était un petit oiseau. Comme il les gênait, elles frappèrent dans leurs mains pour le faire partir. Elles jetèrent des fleurs pour l'effrayer mais il resta sur sa balançoire.

4

L’oiseau voulait apprendre à Jeannette et à Margot qu'on était à la saison des nids.

Il conduisit les filles près d'un gros buisson d'aubépine. Dedans il y avait un nid avec  avait trois oisillons. Jeannette et Margot regagnèrent,  toutes joyeuses, la maison de leurs parents.

5

Le lendemain, Jeannette et Margot retournèrent au buisson pour capturer le nid.

Le Ri-Piou-Piou défendit ses petits en poussant de grands cris. Tous les oiseaux des alentours criaient des choses méchantes sur les filles qui rentrèrent, la tête basse, chez leurs parents.

6

Deux jours plus tard, Jeannette et Margot retournèrent voir le Ri-Piou-Piou mais il vint une giboulée et les filles durent se sauver à l'abri.

Elles ne revirent plus l'oiseau ni ses petits.

Elles  ne savaient pas si elles étaient  jolies ou laides car les oiseaux leur avaient dit  quelles étaient les deux en fonction de ce qu'elles faisaient. Elles emmenèrent leur petit frère Pierrot avec elles, il tomba et se retint de pleurer. Alors pour lui faire oublier son mal elles lui firent danser une ronde.

Ouistiti 1er.

1

cette histoire a été racontée par un perroquet vert qui avait été acheté par un marin à un Indien Peau-rouge.

L'indien avait  attrapé le perroquet dans la forêt vierge. Le perroquet raconte l'histoire. Ça s'était passé en Amérique du Sud, dans la forêt vierge, sur la rive gauche d'un affluent de la rive droite de l'Amazone.

La rivière appartient aux tortues géantes et aux caïmans.

La forêt est le royaume des fourmis rouges, des serpents, des jaguars, des oiseaux, des ouistitis et différentes autres bêtes.

Il y avait un ouistiti beaucoup plus curieux que tous les ouistitis de toutes les forêts d'Amérique. Sa mère était inquiète à cause de son comportement mais fière de lui.

2

le ouistiti observait tout et demandait des explications sur ce qu’il ne comprenait pas. Il apprit tout ce que savaient les vieux ouistitis, les serpents, les jaguars, les tortues, les caïmans, les fourmis rouges. Il interrogeait les bêtes féroces quand elles avaient mangé, afin de n'être pas mangé lui-même. Il finissait par les énerver avec ses questions.

Il questionna les oiseaux. Il finit par savoir tout ce que savaient les bêtes de la rivière et de la forêt. Il était le plus savant du pays de l'Amazone.

Il ne craignait  plus rien des bêtes féroce parce qu'il connaissait tous leurs secrets.

Il vit des oiseaux migrateurs et les interrogea. Ils lui parlèrent des États-Unis, du Brésil, de l'Argentine et des hommes. Ils conseillèrent au ouistiti de se méfier des hommes.

3

Le ouistiti apprit que des hommes allaient venir et en avertit tous les animaux. Mais ils s'en moquaient alors le ouistiti monta se réfugier avec sa famille à la cime des plus grands arbres.

Les hommes arrivèrent et tuèrent presque tous  les caïmans, les tortues et brûlèrent les fourmis rouges. Un homme  tua le roi de jaguars et les jaguars se sauvèrent.

Le roi des boas fut tué également et les autres boas se sauvèrent. Toutes les bêtes se mirent à trembler et à désespérer sauf le ouistiti.

Les hommes cherchaient de l'or, des arbres à caoutchouc. Le ouistiti les observa  pour connaître leurs secrets. Il s'approcha d’eux et un homme lui offrit un fruit. Le lendemain, le ouistiti vit que les hommes avaient allumé un feu ce qui effraya les bêtes.

Le ouistiti n'avait pas peur et attisa le feu avec une branche ce qui stupéfia les bêtes.

Il devint l'ami des hommes qui le caressaient et lui offraient des friandises.

Il dit aux autres bêtes que les hommes n'étaient pas si méchants à condition qu'on les laisse tranquilles. Toutes les bêtes l'écoutaient et retrouvèrent le bonheur quand les hommes s'en allèrent. Les bêtes choisirent le ouistiti comme roi sous le nom de ouistiti 1er.

Le petit poisson vagabond

1

 

Le petit poisson naquit, un matin de printemps, dans un  ruisseau  des Vosges.

Il ne demeurait jamais à sa place et cela inquiétait sa mère. Il s'écartait à tout moment de ses frères. Il quitta le ruisseau qu’il trouvait trop petit.

2

Le ruisseau se jetait dans un lac des Vosges. Le petit poisson arriva dans ce lac. Il fut, d'abord, joyeux. Il y avait de la place et la nourriture ne manquait pas. Les brochets étaient rares.

Mais il finit par s'ennuyer et dit à une carpe qu'il voulait partir. La carpe lui demanda pourquoi il avait quitté son ruisseau natal et affirma qu'on n’avait jamais tout ce qu'on voulait.

Il fallait se contenter de son sort. Il suivit la rivière qui l'emmena jusqu'au Rhin.

3

Le petit poisson fut effrayé puis agacé par les grands bateaux.

Il dit à une  grosse tanche que c'était insupportable. Il quitta le Rhin et nagea jusqu'à Paris dans la Seine. Mais l'eau était trouble et il partit.

4

Le petit poisson arriva dans la Loire. Il s'était allongé. Il trouva qu'il n'y avait pas assez d'eau car la Loire était basse alors il partit et arriva dans la Saône mais il la trouva trop lente alors il alla jusque dans le Rhône mais le courant lui paraissait trop rapide. Il fuit jusqu'à la Garonne mais le caractère des poissons lui déplut.

Il nagea jusqu'à la Gironde et jusqu'à l'océan mais l'eau salée le rendait malade. Il rebroussa chemin jusqu'à la Dordogne et y trouva la mort. Un pêcheur l’attrapa avec une carotte accrochée à un hameçon.

Avec le pêcheur de poissons frais.

1

Lucien s'est levé avant le jour pour aller à la pêche avec son père. Sa mère a préparé de bonnes tartines la veille au soir. Lucien et son père partent pêcher.

Ils arrivent à la rivière dans la vallée embrumée. Lucien est heureux et voudrait chanter et faire des cabrioles. Mais il n'y a que les pêcheurs de poissons frais pour mener un tel tapage. Un bon pêcheur est silencieux et immobile.

2

Lucien se tire d'affaire seul. Il pêche le goujon et son père la carpe. Les pêcheurs de poissons frais s'imaginent de plonger un hameçon dans l'eau et dire aux poissons : mordez.

Les poissons mordent quand ils ont faim et quand rien ne les effraye. Lucien pêche quatre ablettes et trois goujons puis trois autres tandis que son père ne pêche rien alors il lui propose de changer de ligne. Mais son père pêche une carpe.

3

Lucien et son père mangent et font la sieste.

Le père de Lucien a manqué une carpe qui a cassé sa ligne et Lucien a pêché un brochet.

4

Un pêcheur s'est installé en face avec son chien qui aboie et court. C'est un pêcheur de poissons frais. Le père de Lucien pêche encore deux carpes ce qui surprend le pêcheur au chien.

5

Le soir tombe et Lucien ramène 12 petits poissons, un brochet et cinq carpes.

Le père de Lucien discute avec le pêcheur de poissons frais.

Colette et Colas, le panier au bras.

1

Colette et Colas avaient offert leurs services à leur mère pour aller porter le goûter aux moissonneurs. Leur mère leur donna un panier de provisions et une gourde de cidre.

Colas s'arrêta au bout de cinq minutes de marche et but le cidre.

2

 

 Colette vit que le panier contenait du pain et de la viande. Il y avait aussi des cerises et Colas les mangea. Colette l'aida à les finir.

3

Colas et Colette voulurent cueillir des fraises dans le bois pour remplacer les cerises. Ayant peur du loup, Colas se fit un arc et des flèches. Ils trouvèrent des fraises et les mangèrent.

4

Colette vit Minou ou le chat en haut d'un arbre. Elle l’appela pour qu'il descende. Mais en retournant sur ses pas elle perdit Colas.

Elle cria et que Colas finit par la retrouver. Minou était dans le panier et vola le fromage et la viande.

Colas et Colette croisèrent un âne qui mangea le pain du panier. Il ne restait plus qu'un pot de moutarde.

Ils arrivèrent vers les moissonneurs en pleurant. Ils leur avouèrent toutes leurs aventures. Les moissonneurs les grondèrent.

 

 

 

 

 

 

 

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22 décembre 2017

Histoire des Rose-Croix

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Histoire des Rose-Croix et des origines de la franc-maçonnerie (Paul Arnold)

 

Introduction

histoire et légende.

Un matin d'août 1623, rapporte Gabriel Naudé, les Parisiens eurent la surprise de lire, à certains carrefours, un billet de six lignes manuscrites, hâtivement placardé : « Nous, députés du collège principal des frères de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville par la grâce du Très Haut, vers lequel se tourne le coeur des Justes. Nous montrons et enseignons sans livres ni masques à parler toutes sortes de langues des pays où voulons être, pour tirer les hommes nos semblables d'erreur de mort ».

Parfois, les termes du manifeste étaient plus explicites et plus surprenants encore : « Nous, députés du collège de Roze-Croix, donnons avis à tous ceux qui désireront entrer en notre Société et Congrégation, de les enseigner en la parfaite connaissance du Très Haut, de la part duquel feront ce jour d’hui assemblée, et les rendrons comme nous de visibles invisibles et d'invisibles visibles, et seront transportés par tous les pays étranges ou leur désir les portera. Mais pour parvenir à la connaissance de ces merveilles, nous avertissons le lecteur que nous connaissons ses pensées, que si volonté le prend de nous voir par curiosité seulement, il ne communiquera jamais avec nous, mais si la volonté le porte réellement de s'inscrire sur le registre de notre confraternité, nous qui jugeons des pensées, nous lui ferons voir la vérité de nos promesses, tellement que nous ne mettons point le lieu de notre demeure puisque les pensées jointes à la volonté réelle du lecteur seront capables de nous faire connaître à lui et lui à nous ».

Badauds et docteurs s'esclaffèrent. Quelques-uns s'interrogèrent. Les uns pensaient que c'était une secte réformiste, d'autres opinaient que c'était effectivement des envoyés du Saint Esprit.

La plupart croyaient avoir affaire à des illusionnistes ou à des aigrefins. Un auteur anonyme décrit la vie des invisibles. Ils sont au nombre de 36, dispersés à travers le monde par groupes de six. Le 23 juin 1623, ils avaient tenu à Lyon une assemblée générale où l'on avait décidé l'installation de « députés » dans la capitale. Cette réunion s'était fait à six heures du soir, deux heures avant le grand sabbat où par l'entremise d'un anthropophage négromancien qui avait été leur précepteur, Astarot, l'un des princes des cohortes infernales, parut splendide. Le Négromancien leur avait laissé entendre que c'était un messager du Très Haut. Tous les adeptes se prosternèrent devant ce « démon ». Ils signèrent un pacte d'allégeance au démon et renoncèrent au christianisme.

Astarot s'engagea à faire voyager les Rose-Croix instantanément d'un bout à l'autre de la terre, à leur faire parler toutes les langues, à les couvrir d'argent et à les rendre invisibles en particulier ou en public.

Astarot leur promit d'attirer à eux les doctes et leur donna un anneau d'or avec un saphir sous lequel se trouvait un démon leur servant de guide.

Ils furent transportés au lieu de l'assemblée des sorciers et reçurent la marque des magiciens et l'affectation particulière à l'un des pays catholiques pour y prêcher la nouvelle religion. Les six députés désignés pour la France arrivèrent à Paris le 14 juillet mais ne virent paraître nul disciple. Alors ils placardèrent leur manifeste. Un avocat criblé de dettes, espérant faire fortune, unit sa pensée à sa volonté et un Rose-Croix se présenta à lui. Il fut conduit les yeux bandés à la demeure des frères. Les frères le saoulèrent et l'envoyèrent à la rivière où il se noya. Gabriel Naudé avait pris connaissance du manifeste Rose-Croix publié en 1615 à Francfort et il fait paraître en 1623 une « Instructions à la France sur la vérité de l'histoire des frères de la Roze-Croix ». Gabriel Naudé ignorait l'allemand et ne comprit pas tout au manifeste. La conclusion s'imposa : « toute leur croyance n'est qu'épicurienne et suspecte d'hérésie. Les jésuites P. Gaultier et P. Goelessins estimèrent que ces Rose-Croix n'étaient qu'une nouvelle secte d'anabaptistes.

Richelieu qu'on vint déranger avec cette ennuyeuse affaire des affichettes se rangea à l'avis de Gaultier. Pourtant, Jacques Dupuy, l'administrateur de la bibliothèque du président de Thou, curieux d'ésotérisme exalta la mystérieuse fraternité.

En France, on ne reparla de la Rose-Croix que vers la fin du XVIIe siècle, à propos de la Brinvilliers, la célèbre empoisonneuse. Il faut arriver jusqu'au dernier quart du XVIIIe siècle et à l'époque de la grande prospérité des loges maçonniques pour que le terme de Rose-Croix acquiert droit de cité et couvre autre chose que d'absurdes légendes.

Mais, dès lors, s'ouvre, pour l'histoire de la Rose-Croix, une aire de falsification qui atteindra son point culminant à la fin du 19e siècle : autant de Papus, de prétendus historiens inventent ou défigurent impudemment toute la documentation.

Le terme de Rose-Croix devient alors synonyme de société secrète.

Première partie : les origines de la Rose-Croix.

Chapitre 1 : premiers manifeste de la Fraternité de Rose-Croix.

Le mouvement Rose-Croix se manifeste pour la première fois publiquement en 1614. Cette année-là, parut à Cassel un petit livre anonyme en langue allemande intitulée « Commune et générale réformation de tout le vaste monde, suivi de la Fama fraternitatis de l'ordre louable de la croix de Rose, adressée à tous les savants et chefs de l'Europe. Ainsi qu'une courte réponse faite par Adam Haselmayer qui, à cause de cela, a été arrêté et emprisonné par les jésuites et mis aux fers sur les galères. Présentement publié et imprimé et communiqué à tous les coeurs fidèles ».

Le titre était précédé d'une vignette représentant l'ancre de l'espérance qu'enlace le serpent de Mercure.

Suit une préface mystérieuse dénigrant les jésuites puis un morceau satirique « commune réformation du monde entier tel que sur l'ordre du dieu Apollon elle fut publiée et développée par les sept sages de Grèce et d'autres hommes très savants ».

C'est en fait la traduction de l'avis LXXVII des Ragguagli di Parnasso ou nouvelles du Parnasse de Boccalini parues à Venise en 1612.

Dans ce texte, on apprend que l'empereur Justinien décida de rassembler les sept sages de la Grèce auxquels se joignirent Caton et Sénèque et il leur ordonna d'étudier la grande réformation du monde capable par des moyens législatifs-extérieurs-de rendre l'humanité sa pureté primitive. On proposa de lutter contre l'insécurité, de redistribuer les richesses, de supprimer lors l'argent, la lutte contre l'hypocrisie. On chercha à fonder la société sur le mérite, la vertu, la fidélité. Caton demanda à Dieu un nouveau déluge pour exterminer tous les méchants et en premier lieu le sexe féminin mais l'assemblée se révolta à cette idée. La seule décision adoptée fut la réglementation des prix. C'est une satire sur l'inefficacité des philosophes. L'idée principale de la réformation et de la Fama c'est que la voie du bien est intérieure et non par des réformes extérieures. La Fama est une sorte de lettre ouverte aux sages et aux « coeurs fidèles ». L'intention chrétienne. La Fama résume la vie de Christian Rosencreutz, né de parents pauvres mais nobles, placé dès l'âge de six ans dans un monastère où il apprend le grec et le latin puis on l'initie aux rudiments de la magie. À 16 ans, il entreprend le voyage en Terre Sainte avec le frère P. A. L. lequel meurt à Chypre.

Christian s'arrête à Damas car il est malade. Il rencontre les sages de Damcar. Ils lui enseignent les secrets de la nature et l'emmènent dans leur ville où il demeure trois ans.

Ensuite, il traverse le golfe arabique, l'Égypte, la Libye et atteint Fez. Il y reste deux ans et communique avec les habitants appelés élémentaires. Il est initié à un meilleur fondement de sa croyance accordée à l'harmonie du monde entier et inscrit dans toutes les périodes de l'histoire. Il reçoit ainsi la révélation de l'unité universelle qui remet l'homme à l'unisson avec Dieu, le ciel et la terre. Il vient rapporter en Europe cette sagesse traditionnelle mais il se heurte en Espagne à l'incompréhension des savants espagnols alors il rentre dans sa patrie allemande et veut créer une fraternité pour que les hommes de bonne volonté se livrent leurs secrets.

Il vit en solitaire dans sa maison confortable. Au bout de cinq ans de solitude, il se souvient de son projet de réformation universelle qu'il veut poursuivre avec trois confrères de son premier Ermitage, fr G. V., fr I. A. et fr lettre I. O.

Il leur réclame fidélité, zèle et silence et leur ordonne d'écrire tout ce qui leur indiquera pour que la postérité soit désormais initiée par révélation spéciale.

Ils soignent des malades et achèvent le « nouvel édifice du Sanctus spiritus ». Rosencreutz décide de faire appel à de nouveaux frères qui seraient ainsi accueillis par « la société et fraternité ». Ils observent la chasteté. Le collège rédige le livre des désirs de l'homme et les frères partent en mission à travers le monde pour étudier et étendre leurs connaissances qu'ils se communiquent, comme les Arabes, au cours de réunions annuelles.

Rosencreutz institue la règle de l'ordre :

1- ne pas exercer publiquement d'autre activité que de soigner les malades à titre bénévole, 2 -s'adapter partout aux moeurs, coutumes et vêtements du pays, 3-comparaître annuellement au jour C au lieu fixé par le Saint Esprit, 4-chaque frère devra se choisir un successeur pour le jour de sa mort, 5-la Rose-Croix est le signe et le symbole de la fraternité, 6-la fraternité restera clandestine durant son temps. Mais les frères ne sont pas immortels. Le frère N. N. révèle que la fraternité allait vivre au grand jour et voler au secours de la nation allemande car il venait de découvrir la tombe où était enseveli depuis 120 ans Rosencreutz.

Il était mort en 1378 à 106 ans.

Sa tombe aurait donc été découverte en 1604. La tombe contenait des hommages à Jésus et à la gloire de Dieu. Elle contenait des livres d'occultisme (notamment de Paracelse), la « vie » de Rosencreutz, des miroirs, des clochettes, des lampes, un autel circulaire recouvert d'une feuille de cuivre portant l'inscription : Hoc Universi Compendium Nisus Mihi Sepulcrum Fui (je me suis réservé pour sépulcre ce résumé de l'univers). Le corps de Rosencreutz était intact et tenait à la main un petit livre en parchemin écrit en lettres d'or et intitulé T. Sur la table funéraire se trouvait un long éloge de Rosencreutz. À la fin figure cette formule qui, résume toute la doctrine mystique telle que l'enseignaient à Maître Eckart et Jean Ruysbroeck : « nous naissons en Dieu, nous mourons en Jésus, nous redevenons vivants par le Saint Esprit ».

Les frères retirèrent certains des livres qu'ils destinaient à la publication puis se séparèrent et livrèrent leurs joyaux à leurs héritiers naturels, afin que les futurs disciples puissent redécouvrir et rouvrir la tombe qui fut rescellée. La Fama assure que cette tombe s'ouvrira aux hommes qui sont dignes et son ouverture ne servira pas aux indignes.

Chaque disciple devait garder secret l'endroit de la sépulture de Rosencreutz. La Fama invita les lecteurs à rechercher les tombes des frères I.O. et D. Pour obtenir de certaines vieilles gens le secret de la médecine encore connue parmi elle, ce qui augmenterait le nombre des frères ou du moins améliorerait leur savoir (on remarque l'équivalence suggérée entre la « tombe » des « frères » et l'élixir de vie). Chrétienne évangélique et luthérienne, la Fama recommande les deux sacrements (baptême et eucharistie) de la liturgie d’Augsbourg.

En politique, les frères reconnaissent l'Empire romain et quartam monarchiam. La Fama a été envoyée au loin en cinq langues Adam Haselmayer répond à la Fama et demande aux frères de ne pas se cacher plus longtemps.

Il pense qu'ils enseignent au monde égaré le vrai chemin de la philosophie éternelle, c'est-à-dire de la connaissance du Messie et de la Lumière de la Nature aux Temps de l'empire du Saint Esprit » : entendez le quatrième empire mentionné dans la Fama.

Haselmayer pensait que Dieu précipiterait la chute du pape, ennemi du Christ et celle de sa « chevalerie babylonienne » (les prélats et les jésuites).

Il prévoyait l'apocalypse et le règne du Saint Esprit après la mort de l'empereur d'Autriche Rodolphe II. Ce message de terreur et d'espoir, la confession de 1615 la confirmera en des termes encore plus explicites. Visiblement calquée sur la confession d'Augsourg rédigée près de 100 ans plus tôt par Mélanchton, la Confession de la fraternité était divisée en un certain nombre de points soigneusement numérotés.

Tout le monde devait être appelé au salut et Dieu avait résolu d'augmenter le nombre de « frères ».

La fraternité préconise une méthode pour procurer aux sages ses trésors uniques : méditations, informations et recherches.

L'homme qui comprend la Bible et qui vivra la vraie vie chrétienne prêchée par la fraternité, ira, dans la joie, au-devant du soleil levant. Quoi qu'il existe un élixir universel qui guérisse toutes les maladies, la Fraternité ne pourra être révélée à aucun sans un décret spécial de Dieu. À première lecture, le but des manifestes rosicruciens est l'annonce d'événements apocalyptiques précédant l'avènement de la quatrième monarchie ou règne de Dieu, du Saint Esprit-avenir terrible et imminent auquel il convient de se préparer non par de vaines simagrées et par des réformes extérieures, mais par cette régénération intérieure, cette lente ascension, par-delà le renoncement et l'athlétisme, vers les élans mystiques et l'union avec Dieu. La Fraternité appelle tous les hommes assez sages pour comprendre, à préparer sans retard leur salut spirituel, à redécouvrir le tombeau de Rosencreutz, à voir le ciel ouvert où montent et descendent les anges, comme dans la Nouvelle Jérusalem, à se réserver dès cette vie le sépulcre céleste, à l'instar de Rosencreutz.

Chapitre II : le cénacle de Tübingen.

Jean-Valentin Andreae était le petit fils de Jacob Andreae qu'on avait appelé à l'époque le Luther wurtembergeois. Il assura au luthérianisme allemand l'hégémonie politique. Il fut professeur de théologie puis recteur de l'université de Tübingen. Il forma la plupart des champions du luthérianisme à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, particulièrement ceux qui devaient jouer un rôle prédominant dans l'aventure rosicrucienne.

Jean-Valentin naquit le 17 août 1586. Son père, Joann, était un modeste pasteur de Herrenberg. Dédaignant la discipline luthérienne, il s'adonnait à l'étude de l'art alchimique et généralement occultiste. Il gagna ainsi la sympathie de Frédéric Ier, duc de Wurtemberg.

Jean-Valentin devra à son père ses goûts précoces pour l'astrologie, l'alchimie et l'ésotérisme. Joann Joann mourut en 1601 laissant sa femme et ses sept enfants dans la gêne. La veuve s'installa à Tübingen pour faciliter les études de ses fils.

Lors du voyage, Jean Valentin tomba et devint infirme pour la vie.

Il lisait beaucoup et eut pour précepteur Baltasar Pliessinger dont il épousera la soeur. Il aimait les lettres plus que la théologie. À 16 ans, il écrivit une « Esther » et un « Hyacinthe » puis une Malédiction de Vénus et un triple dialogue, Larmes.

Vers 1604, il écrivit les Noces chimiques de Christian Rosencreutz. Il étudia la philosophie, l'astronomie, l'optique, les mathématiques. Il obtint ses diplômes de magister en 1605. Il fut impliqué dans une affaire de débauche avec ses camarades d'université et Enzlin, le recteur, éloigna Jean-Valentin de la cléricature et même de la faculté. Alors Andreae voyagea.

Il se rendit à Strasbourg où il rencontra le futur polygraphe Bernegger. Il revint à Tübingen où il se lia avec Polycarpe Leyser. Il apprit à manier la guitare et le luth. Il fit connaissance de Tobias Hess et d'Abraham Hölzel qui étaient intéressé à un mouvement d'illuminisme et faisaient circuler sous le manteau des ouvrages mystiques. C'était une manière de lutter contre la sécheresse du luthérianisme. Mais l'affaire vint aux oreilles du recteur de l'université de Tübingen. Frédéric de Wurtemberg intervint pour protéger Jean-Valentin mais celui-ci ne put rentrer à l'université. Il renonça à la théologie et devint précepteur en Bavière.

Il voyagea en France, en Italie, en Espagne et voulut connaître le calvinisme à Lausanne et Genève. Il en fut ravi et c'est là que lui apparut pour la première fois sa mission, aider la cause du christianisme.

Puis il résida quelque temps à Paris. Il alla à Rome et fut édifié par la vie mondaine et désordonnée des prélats ce qui stimula son zèle de luthérien. Il découvrit sa vocation : « servir l'Eglise (évangélique) et le monde au lieu de suivre en épicurien ses proches penchants ».

Il retourna à Tübingen, malade et misérable. Hafenreffer, le vieux professeur de théologie dirigea ses études. Jean-Valentin présenta sa thèse en 1614. Il fut nommé diacre de Vaihingen et se maria la même année avec la soeur de Pliessinger. C'est la même année que parut la Fama.

Dès 1616 et jusqu'en 1619, Andreae dénonça la fraternité Rose-Croix comme une farce. Il multiplia pamphlets et satires en latin et en allemand. Il chercha à lancer un mouvement différent, une sorte de « cité chrétienne » qu'on opposerait à l'indigne farce de la Fama. En 1617 et 1618, il publia les deux parties d'une « invitation de la fraternité du Christ aux candidats à l'amour sacré ». Il recommandait le retour de la simplicité, à la méditation, au renoncement, à la fraternité. C'était un objectif fort analogue à celui de la Fama. Il y intéressa ses amis et construisit en imagination sa « République christiano-politaine » sorte de Nouvelle Jérusalem terrestre.

Un plan social en fut rédigé. L'opuscule fut imprimé en 1620 et envoyé aux quatre coins de l'Europe. Mais la guerre s'étendit en Allemagne, les amis se dispersèrent la plupart des exemplaires du plan furent perdus. Nous n'en possédons que le titre « La Main droite tendue de l'amour chrétien ».

En 1620, Andreae est nommé surintendant de l'abbaye de Calw. La ville fut livrée aux flammes. Andreae y perdit des manuscrits précieux, notamment un Théophilus qu'il achevait alors. Andreae fonda une société de secours d'ordre local pour l'aide aux ouvriers, étudiants, malades et pauvres. En 1622, Andreae fut inquiété lors du procès de son maître Joann Wied qui faisait paraître clandestinement de nombreux ouvrages mystiques mais l'affaire tourna court. En 1624 ou 1625, il resserra l'union chrétienne à un groupe de quatre compagnons.

En 1628, il publia « L'Exemple de la vraie union chrétienne ». Andreae mourut le 24 juin 1654, quelques mois après son installation comme chef de l'abbaye d'Adelberg. Dans sa biographie, il n'évoqua pas la Rose-Croix.

Son meilleur ami était Christophe Besold. Né a Tübingen en 1577, il ne quitta jamais sa ville natale où il fit ses études de droit et d'histoire. Il enseigna le droit à la faculté. Il maniait neuf langues et laissa pas moins de 92 écrits. C'était un helléniste distingué. Comme les rédacteurs de la Fama, il était convaincu que les Grecs avaient emprunté l'essentiel de leur sagesse aux traditions hébraïques et égyptiennes. Il estimait que les premiers philosophes, parmi lesquels il rangeait Orphée, avaient possédé et diffusé un enseignement au culte qu'ils avaient reçu par l'entremise des symboles ésotériques à ceux dont est faite l'écriture de l'Ancien Testament. On retrouve ici l'un des aspects de cette écriture occulte et de ces symboles dont nous entretient la Fama.

Pour lui, la tradition juive, la langue hébraïque étaient les vestiges de richesses paradisiaques, et c'est dans l'étude des livres de la kabbale qu'il voulait trouver le véritable puits de sagesse.

Besold plaçait la mystique loin au-dessus de l'érudition et de la philosophie spéculative. Il était influencé par les maîtres de l'occultisme : Paracelse, Ramus, Lulle, Pic de la Mirandole et leur consacra des études : pour lui, il existait une unité de doctrine entre le judaïsme occulte, Platon, Hermès et Zoroastre, tout ce sur quoi insiste à la fin la Fama.

La révélation du sens ultime des choses ne pourrait être atteint que par le renoncement. Il fallait se mortifier, se persuader que le pouvoir est vanité, que les sciences exactes mènent à une impasse.

Besold défendait l'idée essentielle de toutes les traditions occultes : divinité de l'âme humaine. En 1630, Besold se convertir au catholicisme. Ce sera pour Andreae une grande douleur personnelle. Ce sera la cause de la rupture.

En 1612, Andreae rencontra Wilhelm Wense. C'était un jeune noble de Saxe. Comme Andreae, il était disciple de Joannes Arndt qui était le père spirituel de tout le groupe qui patronna la Rose-Croix. Valentin Wiegel inventa une doctrine qui exerça une influence sur les grands esprits notamment Jacob Böhme. Weigel avait mis lui aussi tout l'accent sur la religion du coeur et sur la connaissance à la lumière intérieure qui nous viendrait de la présence de Dieu dans notre âme et l'onction du Saint Esprit, une imagerie que nous retrouvons dans la confession de 1615. Il réclamait la mort spirituelle de l'homme, sa renaissance en Jésus, en qui et avec qui il doit vivre.

Arndt publia son premier livre, Livre du vrai christianisme, en 1605 et n'échappa pas à la suspicion alors il dut quitter le Brunswig.

Il accepta l'invitation du prince de Mansfeld et se retira à Eisleben en Saxe. Arndt disait, comme la confession Rose-Croix, qu'il suffit de lire la Bible, de la comprendre et de vivre selon sa doctrine pour être sauvé. Si l'homme, par ce qu’Arndt appelle le « mariage (spirituel) avec le Christ » reconnaissait aujourd'hui l'image de Dieu en lui, il serait réuni à Dieu et dans cette union il trouverait la quiétude, le pain, la félicité la plus haute, la vie (éternelle).

Cette « reconnaissance » ou résurrection d'Adam doit être le but du vrai chrétien. Pour Arndt, on ne pouvait atteindre à cette beauté spirituelle. Il était nécessaire de faire pénitence, de cultiver l'amour du prochain et de renoncer aux biens de ce monde. Arndt eut la plus grande estime pour Andreae qui le considéra toujours comme son maître et son père spirituel et le consulta sur ses projets et ses difficultés. Un autre ami d'Andreae film Wilhelm Wense. C'était un fleuron de la noblesse. Il commença des études de droit à Tübingen en 1613. Il avait une inclination pour « les méditations sacrées » ce qui le rapprocha d'Andreae. Wense se jeta dans des études de théologie. C'est lui qui proposa de baptiser « Cité du soleil » l'union chrétienne projetée par Andreae, nom qu'il emprunte à Campanella, le philosophe italien dont il rapporta les idées en 1614. C'est Tobias Adami qui devint l'homme de confiance de Campanella et rapporta à Tübingen les manuscrits du maître. Tout le groupe d'amis de Tübingen eut la primeur des écrits de Campanella et surtout la Cité du soleil. Pour Campanella comme pour Arndt-comme aussi pour les rédacteurs du manifeste Rose-Croix-la société future doit être une incarnation du christianisme total participant de l’être infini autant qu'il est possible. Dans la Cité du soleil, Dieu est le grand métaphysicien élu par le peuple et le gouvernant par l'entremise de ses ministres Force, Sagesse et Amour. Un communisme total règne dans la cité et la propriété privée a été supprimée. Campanella était persuadé que seule l'organisation de l'Eglise de Rome faisait obstacle à la venue de Dieu sur la terre. C'est en 1633 qu'il changea d'avis pour prendre la défense du pape Urbain VIII.

Il condamnera le mouvement Rose-Croix. Néanmoins il faut soupçonner en Campanella un sympathisant et un inspirateur du cénacle de Tübingen. Un autre inspirateur fut le polémiste italien Boccolini auteur des Nouvelles du Parnasse parues en 1612 et un des livres les plus lus en Europe.

Chapitre III : le mythe de Christian Rosencreutz et les fausses traditions.

Durant les années qui suivirent la publication des manifeste rosicrucien, les docteurs discutèrent gravement les dates du « fondateur » de « l'ordre », Christian Rosencreutz. On admettait en général que la découverte de sa tombe remontait à 1604. Il serait né en 1378 et mort en 1484 (un an après la naissance de Martin Luther). Le zélé défenseur de la Rose-Croix, Michael Maier, médecin de Rodolph II assura que Rosencreutz avait été un contemporain des alchimistes Albertus Magnus et Raymond Lulle. Michael Maier, dans son canon de la Rose-Croix (Thémis Aurea, 1618) prétend expliquer l'origine du nom de « Rosencreutz ».

Les frères Rose-Croix se servent du signe des deux lettres R. C. et suivent les prescriptions de leur ordre comme un moyen de secours que chacun peut interpréter selon sa conception. Car à peine cette fraternité s'était-elle signalée par quelque écrit, il se trouva un zélé interprète qui explique R. C. Par Rosencreutz quoique les frères eux-mêmes témoignèrent qu'on les appelle à tort rosicruciens car les lettres R. C. ne désignent le nom de leur premier fondateur que symboliquement. Le premier manifeste ne parle jamais que de la fraternité R-C.

Seule la « réponse » d'Adam Haselmayer, dans son édition de 1612 et celles de 1614, reproduit en toutes lettres le nom officiel de la Fraternité. Le nom et la vie de Christian Rosencreutz ne sont qu'une fable inventée par les rédacteurs de la Fama comme le prouve un traité anonyme publié en 1624.

Il existe plusieurs hypothèses pour signaler l'existence d'une fraternité Rose-Croix avant la publication des manifestes. Maier faisait des Rose-Croix les héritiers des brahmanes, les Égyptiens, des Eumolpides d'Eleusis, des mystes de Samothrace, des mages de Perse, 10 gymno sophistes d'Éthiopie, des pythagoriciens de Grande-Grèce et des sages d'Arabie. Fr. Wittemans ajoute les néoplatoniciens, les gnostiques, les albigeois, les templiers, les vaudois, tous ceux qui s'occupaient d'ésotérisme. Le fondateur de l’AMORC, Spencer Lewis prétendit que le véritable fondateur des Rose-Croix était le pharaon Toutmès III. On attribue aussi sans preuve la fondation de l'ordre à Tauler, à Thomas A Kempis, à Luther dont les armoiries, comme celles d'Andreae, associent la croix et la rose.

Le plus grand responsable des hérésies est l'Allemand Charles Kiesewetter qui est l'auteur d'une histoire de l'occultisme publiée en 1891. La revue de Papus, l'Initiation publia une « histoire de l'ordre de la Rose-Croix » en 1898. Kiesewetter, Papus et Barlet s'y intéressaient et les deux derniers étaient à la tête de l'ordre kabbalistique de la Rose-Croix fondé par Guaita 10 ans plutôt. Il fallait à tout prix procurer à l'ordre frais émoulu ses lettres de noblesse.

Kiesewetter se disait l'arrière-petit-fils du dernier imperator des Rose-Croix à la fin du XVIIIe siècle. Pour lui, les faits sont écrits noirs sur blanc dans les écrits alchimiques « Theatrum chimicum ». Dans le volume IV, Kiesewetter prétend avoir lu une évocation de la Rose-Croix datée de 1374.

Mais dans ce texte, il n'est fait nullement référence aux Rose-Croix. Kiesewetter a tout simplement fabriqué un texte pour les besoins de la cause. Il aurait également imaginé l'existence d'une société secrète fondée en 1507 à Paris par Cornelius Agrippa. Elle aurait eu des affinités avec la Rose-Croix. Pour Kiesewetter, Paracelse était le père de la tradition Rose-Croix. Mais il n'avança aucune preuve. Paul Sédir éleva au rang d'imperator des Rose-Croix les 47 initiés qui selon Agnostus avaient reçu de Dieu les secrets de l'univers. Abraham, David, Salomon, Jésus pour citer les plus éminents.

Kiesewetter déclara inacceptables la Fama et la Confession en tant que tradition Rose-Croix et jeta l'anathème sur les Noces chymiques d'Andreae.

La Fama, sous forme manuscrite, a circulé plusieurs années avant l'édition première de 1614.

Un chercheur allemand Bergman a découvert un exemplaire d'une édition de la « réponse » d'Adam Haselmayer datée de 1612. L'auteur a connu dès 1610 un manuscrit de la Fama. Un des points les plus fréquemment affirmés par les docteurs de la Rose-Croix initiale est l'importance de la date de 1604, année de la découverte de la tombe du père Rosencreutz selon les uns, date du début de l'ère du Salut selon les autres.

Personne ne s'est jamais expliqué sur le choix de ce millésime. Or Andreae avoua avoir écrit les Noces chymiques de Christian Rosencreutz vers 1602-1604 en faisant passer l'ouvrage pour une simple gaminerie.

1604 serait bel et bien la date de naissance de l'idée rosicrucienne. La forme définitive du manifeste ne peut être antérieure à 1612, date de parution des Nouvelles du Parnasse dont l'avis LXXXVII figures dans le manifeste de 1614. Dès 1616, certains défenseurs de la Rose-Croix cherchèrent à en reporter les débuts en 1597. Tel est le but de « l'Echo de la fraternité Rose-Croix » qui paraît à Dantzig en 1616 avec une préface signée I. S. P. V. H. précédée d'une lettre anonyme datée de 1597. L'auteur assure avoir vu en Souabe un livre d'un certain Egide Gutmann qu'il prend pour un homme doué de la sagesse divine. Mais la révélation de la majesté divine attribuée à Gutmann ne paraîtra qu'en 1613 à Dantzig. C'est l'année où Andreae réclame la fin de ce qu'il appelle la « plaisanterie ».

Chapitre IV les auteurs des manifestes et fondateurs de la Rose-Croix.

Pour les uns, c'est Julius Sperber qui rédigea la Fama, pour les autres c'est Julianus de Campis-que d'aucuns identifient avec le premier-porte épée de l'ordre. D'autres encore savent que ce fut Joachim Jung, mathématicien de tambour. L'auteur de cette dernière hypothèse, Fabricius tenait ce secret de son parent Jean Fabricius qui le tenait lui-même de la bouche du « secrétaire de Heidelberg ».

Pour celui-ci, ce fut Weigel, le chef abhorré des Enthousiastes mort en 1588, pour celui-là c'est Arndt ou son collègue Hirsch.

Les chercheurs modernes se divisant en deux classes inconciliables. Les uns, décidés à voir dans la « Fraternité Rose-Croix » un prototype de la franc-maçonnerie moderne et gênés par les solides attaches d'Andreae avec le clergé luthérien officiel, nient avec véhémence sa participation à la fondation de l'ordre et à la rédaction des manifestes. L'attitude d'Andreae à partir de 1616 prouverait assez que la Fama émane d'un cercle auquel Andreae s'opposait dès cette époque-là.

D'autres lui confèrent, avec une argumentation fragile, le double titre de fondateur de l'ordre et d'auteur des deux manifestes. Le professeur Kienast que la Fama et Confession ne sont point de la même main et ne peuvent s'identifier avec l'auteur des Noces chymiques. Il pense que les deux premier manifestes sont de Besold.

Paul Arnold pense que les diverses pièces qui constituent les manifestes ne sont pas de la même main. Que ces cinq pièces ne rappellent pas suffisamment l'imagination débordante des Noces chymiques. Le style de la Confession rappelle manifestement celui de la réformation.

Il y a des invectives contre la papauté et contre les alchimistes. Arnold pense que la préface de la Fama est le produit d'une collaboration de deux ou plusieurs esprits différents : le début appartient à un esprit pondéré, la suite à une plume turbulente. La Fama est une oeuvre composite du à la collaboration de plusieurs personnes. Tout ce qui concerne le récit de la vie de Rosencreutz et la description de son tombeau rappelle l'imagination d'Andreae mais le style est généralement éteint, tout le reste de la pièce semble appartenir à un esprit agressif. La Fama est manifestement le travail de tout un groupe auquel Andreae ne fut certainement pas étranger. Il aurait pu distribuer les pièces et avoir supervisé le tout. L'idée première du mythe rosicrucien appartient à Andreae et remonte à son adolescence.

Mais il s'est désolidarisé du mouvement en 1616. Il a avoué être l'auteur de la satire Menippus qui, en 1617, s'en prend aux Rose-Croix. La volte-face d'Andreae en 1616 devient le thème favori des quolibets rappelant sa participation active à la Rose-Croix. Griesmann fait partie des pamphlétaires qui ont attaqué Andreae. Andreae a écrit une renonciation publique à la Rose-Croix dans un passage de sa Turris Babel en 1619. Dans Turbo et mythologie chrétienne il condamne la Rose-Croix. Mais en 1617, 1618 et 1620, Andreae publie les manifestes de sa société chrétienne qui reprend sous une forme nouvelle l'idéal de la Fama tout en prétendant s'y opposer. Nul doute : Andreae passe en 1617 comme en 1623 pour le chef de la fraternité Rose-Croix. Mais il n'était pas seul.

En 1619, Andreae, dans un passage de la Mythologie chrétienne se plaignait que ses amis ne l'aient pas secouru ce qui prouve qu'il n'était pas un « frère sans société » et dans son testament de 1634 il se plaignit encore de l'abandon dont il fut victime après sa participation à la Rose-Croix : « on m'a accusé de diverses folies ou aventures dont ceux-là avaient honte qui ne me connaissaient guère ».

Après la mort du duc de Wurtemberg, Andreae ne bénéficia plus de sa protection et il subit les attaques des ennemis de toute critique de l'orthodoxie luthérienne. Andreae, compromis dans l'affaire de la Fama essuya jusqu'à la fin de sa vie les pires insultes et dut livrer et maintes déclarations solennelles d'orthodoxie.

Dès 1619, dans la Mythologie chrétienne, il assimile lui-même le rosicrucianisme aux hérésies abhorrées.

En 1616, il fallait se défendre contre l'accusation de menées subversives en matière politique, c'est pourquoi ce fut la débandade dans les rangs des docteurs de la Rose-Croix. Personne n'avait livré son nom ; on avait publié sous pseudonyme, mais plus d'un était identifié.

L'attitude impartiale d'Andreae lui valut l'hostilité de tous, amis et ennemis de la Rose-Croix. En dénonçant sans pitié les faux frères, il a indisposé les défenseurs du mouvement : en défendant les aspects louables de la doctrine, il a déchaîné la colère des adversaires.

Il fallut l'intervention d'amis puissants pour calmer quelque peu les esprits et faire cesser la campagne de calomnies et d'outrages qui faillit être fatale à la carrière d'Andreae.

Mais la calomnie ne désarma jamais. On peut considérer comme définitivement établi que tout un groupe d'amis, parmi lesquels Andreae ne fut pas le moindre, conçut la mystification rosicrucienne et son but et rédigea les divers manifestes. Dès le lendemain de la publication de la Fama sans cesse d'autres entrèrent en lice et allaient en deux ans créer la confusion la plus totale où, vraie Tour de Babel, la Rose-Croix allait s'écrouler autour de 1620.

Andreae aurait travaillé sur la Fama avec une trentaine d'amis parmi lesquels se trouvaient Wense et Besold. Parmi les 30, Andreae a dû se brouiller avec certains.

Il avait écrit au prince Auguste le 27 juin 1642 pour donner la liste de ceux qui avaient concocté avec lui son plan de Société chrétienne. Cette liste devait forcément comporter des auteurs de la Fama. On y trouvait Johann Gerhardt, qui était une des principales figures du luthérianisme. On l'appelait le père de l'Eglise luthérienne. Il était né en 1582. Il commença à Wittemberg, en 1599, des études de philosophie, de théologie et de médecine. Il fut lui aussi ami de Arndt. En 1606, il publia ses méditations sur les grands mystiques : Saint-Augustin, Saint-Bernard, Thomas a Kempis. La même année, il fit paraître ses considérations sur la vie ascétique. Le vieux Leyser était prédicateur en Autriche et au Brunswick. Il avait rapidement acquis la notoriété et monta dans l'estime des grands. Il devint prédicateur à la cour de Dresde et fut couvert d'honneurs par l'empereur Rodolphe II.

Il rédigea le catéchisme luthérien et lutta contre les calvinistes et les jésuites. Le trait commun à tous les amis de Tübingen fut l'hostilité la plus acharnée vis-à-vis des jésuites et une position assez ouverte vis-à-vis du catholicisme. Besold se convertit au catholicisme. Leyser junior né la même année qu'Andreae, devint son camarade en 1608. En 1610, il fut chargé de cours à Wittenberg. En 1613, il s'installa à Leipzig où il obtint une chaire de théologie.

Thomas Wegalin d’Augsbourg naquit en 1577. Il obtint, en 1608, le diplôme en théologie : en 1611, il est professeur d'histoire, il finira président du consistoire. Lui aussi lutta contre les jésuites ce qui explique l'aspect machine de guerre anti-jésuitique de la Fama.

Les Leyser se distinguèrent par leur attachement au chiliasme si nettement affirmé par les manifestes. Wilhelm Schickard, naquit en 1592, il fut nommé diacre à Tübingen en 1614. Il fit des études de mathématiques et de théologie sous la direction de Maestlin, le maître d'Andreae.

Johann Jakoh Hainlin naquit à Calw et fit ses études avec Andreae. Il fut nommé diacre en 1613, il enseigna à la faculté et succéda à Andreae à la tête de l'abbaye de Betenhofen. Il fut un des amis les plus intimes d'Andreae.

Schikard était le spécialiste de l'astroscopie des hébreux. Grand hébraïsant, traducteur et éditeur de nombreux textes hébreux et de commentaires rabbiniques, spécialiste de la kabbale et de l'astrologie qui jouent un rôle si considérable dans les manifestes Rose-Croix.

Mathias Bernagger, présent dans la liste d'Andreae, était un Autrichien fort versé en mathématiques, ami de Kepler. Il fit paraître en 1616 les oeuvres de Galilée. Il enseigna l'histoire, les langues anciennes et les mathématiques à la faculté de Strasbourg.

Il écrivit une histoire de Louis XIII.

Johann Saubert, autre membre du cénacle, était familier de la Confession d'Augsbourg dont la Confession Rose-Croix cherchait à imiter le tour. Il y avait également un hollandais, Joachim Wickefort. Ce qui explique que la Fama parut dès 1615 en hollandais à Francfort et que la traduction française parut à Amsterdam en 1616. Tous les noms portés sur la liste d'Andreae ne signalent pas forcément des collaborateurs de la Rose-Croix.

Il y eut ceux qui poursuivirent le ludibrium malgré le holà jeté par Andreae comme Schweighardt qui publia en 1618 « Miroir de la sagesse rosicrucienne, vaste révélation du collège et des axiomes de la très illuminée fraternité de Rosencreutz. »

Un certain Julianus de Campis s'était signalé par une « missive » de 1615 rédigée dans le ton du ludibrium proclamant que les « frères » sont des « théosophes mystiques » et donne des indications assez transparentes sur la véritable nature de la fraternité.

La missive sera ajoutée dans l'édition de 1616 de la Fama.

Le plus bruyant des défenseurs de la Rose-Croix fut Irenaeus Agnostus dont la personnalité reste mystérieuse et qui signait « l'indigne secrétaire germanique de la fraternité ». En 1615, il était en étroite collaboration avec Andreae mais après le retournement d'Andreae, Agnostus s'en prit violemment à son ancien ami jusqu'en 1619 ou son activité rosicrucienne cessa.

Il apparaît clairement que dans l'entourage d'Andreae on rencontre tous les tenants d'opinion dont on décèle le reflet le plus net dans les deux manifestes rosicrucien. Ces opinions les opposaient au milieu officiel de l'orthodoxie luthérienne ce qui leur attira les reproches d'hérésie. C'est vraisemblablement Andreae qui a inspiré à l'affaire ce tour de plaisanterie.

Chapitre V : l'évangile universel.

Arnold se penche sur les influences des manifestes rosicruciens.

Joachim de Flore serait le prototype de Christian Rosencreutz. Il est né en Calabre en 1132, de parents avisés. Comme Rosencreutz, il entreprend durant son adolescence un voyage en Orient et en terre Sainte. Il est influencé par des penseurs ou des religieux ce qui le transforme complètement. Il renonce aux vanités de ce monde et décide de se donner tout entier à Dieu sans entrer dans les ordres. Comme Rosencreutz, Joachim poursuit seul son voyage en pèlerin dans des vêtements de moine. Comme Rosencreutz, il pratique là-bas la vie des ermites et trouve l'illumination.

Comme Rosencreutz, il rentre dans sa patrie et se retire dans la solitude la plus complète pour y méditer et écrire. Comme Rosencreutz, il croit devoir faire des disciples et préparer l'humanité aux choses à venir. Comme dans la Fama, il annonce le prochain avènement du Saint Esprit précédé par des catastrophes apocalyptiques. Plus tard, il entrera dans les ordres, il ne se pliera pas à la règle.

Abbé de Corazzo, il ira de couvent en couvent pour prêcher la réforme du clergé et diffuser sa doctrine. Il quittera les ordres et se retirera définitivement dans les montagnes.

Comme Rosencreutz, il fondera une congrégation d'ascètes.

Sa doctrine, l'Evangile universel, s'en prend aux docteurs et aux théologiens, au clergé et aux scolastiques et il constate la vanité de la science. Comme dans la Fama, il puise dans l'Apocalypse de Saint-Jean les lumières spéciales de l'avenir. Partant de la Trinité, il entend diviser l'histoire du monde en trois époques. Le règne du père, allant d'Adam, par-delà Abraham, jusqu'à Ozias, c'est le règne de la chair et du mariage puis vient l'âge du fils qui commence avec Ozias et, par-delà l'Incarnation, dure jusqu'environ le temps où prêche Joachim, exactement jusqu'en 1260. C'est l'âge de l'esprit et de la chair à la fois.

Il avait pour précurseur Jean-Baptiste (l'ère d'avant avait pour précurseur Moïse). C'est aussi l'âge du clerc.

Le troisième âge, c'est celui du Saint Esprit, c'est l'âge de l'esprit et des moines : il aura pour précurseur Elie qui doit réapparaître.

Comme la « réponse » Haselmayer, Joachim annonce que le troisième âge (respectivement quatrième empire) sera précédé par la chute de la Nouvelle Babylone.

Comme Haselmayer, Joachim annonce la ruine des riches et des impies. À l'issue de ces convulsions régnera une paix sabbatique. Dès lors le Saint Esprit illuminera de sa lumière et réchauffera les fidèles qui auront survécu. Alors naîtra un ordre religieux à qui sera donnée la toute-puissance. La vue de Joachim de Flore fournit un parallèle indiscutable avec le mythe de Rosencreutz.

À la mort de François d'Assise, en 1202, ses disciples ravivèrent la doctrine de Joachim de Flore. Menacés dans leur pouvoir temporel, les papes Boniface VIII et Jean XXII condamnèrent les Spirituels. Certains disciples de François d'Assise furent brûlés. Pour le peuple, Rome était dès lors la Nouvelle Babylone, l'Eglise terrestre et démoniaque, ivre du sang des saints.

Jean XXII était l'Antéchrist, les Spirituels étaient l'Eglise nouvelle inaugurant le troisième règne, celui du Saint Esprit, de la pauvreté et de l'amour. Tel fut le point de départ d'un mouvement spiritualiste qui, à travers maintes extravagances, allait aboutir à la réforme luthérienne et aux manifestes rosicruciens.

Gherardo Seganelli, un ouvrier d'Alzano près de Parme, renonça à tous ses biens en 1260, prit la bure et parcourut le pays, prêchant et mendiant. Il eut beaucoup de disciples et la papauté dut intervenir. Mais les disciples reprirent les prédictions sur la chute de la papauté. Seganelli fut arrêté en 1294 et brûlé en 1300. Ses disciples se groupaient autour de Fra Dolcino de Milan et ils annoncèrent pour 1303 le début du troisième règne. Ils renoncèrent à tous leurs biens et vivèrent un communisme total. Les spirituels de Saint-François s'unirent à eux.

Les hommes et les femmes dormaient nus côte à côte sans être mariés et on les accusa des pires orgies.

Il fallut une croisade de l'évêque de Verceil pour en finir avec ces fanatiques. Les derniers furent massacrés en 1307. Les disciples de Fra Dolcino manquèrent de subir le même sort mais l'idée persista. Ubertino di Casali dénonça en Italie le Saint-Siège comme la putain de l'Apocalypse. Les oeuvres de Casali, condamnées en 1312 eurent un retentissement énorme.

Les Fraticelli subsistèrent jusqu'au XVe siècle. Ils s'allièrent aux Vaudois de Lyon. Ils furent rejoints par les Béguards ou frères du Libre Esprit suspects d’averroïsme.

L'Inquisition y mit bon ordre. Mais cette lignée de mystiques enrichit la tradition joachimite d'une doctrine néoplatonicienne fort pure.

Denys l’Aéropage était un chrétien du Vè siècle fortement influencé par Porphyre et son maître Plotin. Comme la doctrine rosicrucienne, Denys croyait à l'un ineffable, essence primordiale et source de toute chose, origine de l'âme dont la nature divine est ainsi affirmée et qui, à l'issue de son périple, retourne au sein de Dieu. Un suressentiel. Comme les Rose-Croix, Denys admit que l'homme peut par l'extase transcender le multiple et s'absorber dans l'ineffable.

Ruysbroeck (1193-1381) entré dans les ordres à 24 ans, se retira à 50 ans, en 1343 pour s'isoler. Il fonda un ermitage le mercredi de Pâques 1343.

Il s’y adonna à la méditation et écrit ses meilleurs livres. Ruysbroeck décrit tous les stades de l'illumination et de la progressive « mort en Dieu » que la Fama a pour objet de proposer au monde. Ruysbroeck divisa l'humanité en serviteurs, amis et fils de Dieu, terminologie que le manifeste Rose-Croix reproduit pour partie.

Les amis de Dieu eurent du succès en Allemagne, en Alsace, en Suisse. C'étaient des conseils de « frères » se communiquant des lectures édifiantes, discutant de l'urgence d'une réforme du clergé et du monde chrétien.

Un marchand strasbourgeois, Rulman Merswin entretint un échange de lettres avec un mystérieux et certainement mystique Ami de Dieu du haut pays. Il attribua à ce personnage l'illumination acquise en cinq années d'efforts, (délai de méditation à l'expiration duquel Rosencreutz fonda la Fraternité).

Après quoi, il aurait fondé un monastère laïc dans le « haut pays ». Il écrivit des traités. Il attendait la fin du monde pour 1380. Le jour de Noël 1356, le mythique Ami de Dieu aurait adressé à la chrétienté une « épître » qui est une véritable préfiguration de la Fama.

Merswin avait fondé un couvent laïc et mixte en l'île verte en 1368.

Geert Groote avait étudié à Paris la théologie, la philosophie et la magie. Il visita Ruysbroeck en 1377. Ruysbroeck le reconnut au milieu de tous ses compagnons.

Né en Hollande en 1340, d'une famille riche, Groote avait vu d'abord dans la cléricature une manière aisée de vivre. Il fut converti par un chartreux, distribua tous ses biens aux pauvres, installa dans sa maison une sorte de couvent libre de filles et parcourut le pays prêchant les foules, s'en prenant au clergé.

En 1383, le pape lui interdit de prêcher. Groote se retira à Deventer et se consacra à l'organisation des frères de la Vie Commune qui faisait voeu de pauvreté et d'amour fraternel.

Leurs réunions étaient les « Collationes » auxquelles la Fama convia elle aussi ses lecteurs.

Groote mourut de la peste en 1384.

Thomas A Kempis vécut approximativement aux dates assignées à Rosencreutz : né en 1380, il entra au couvent de Sainte Agnès en l'an 1400 (l'année même où Rosencreutz est censé revenir d'Orient et se retirer dans une solitude de cinq ans en Allemagne) et il meurt à 91 ans en 1471 (Rosencreutz meurt à 106 ans en 1484).

Ses écrits eurent aussitôt et n'ont cessé d'avoir la faveur du public dans le monde entier. Ses livres résument en des formules frappantes les principes d'un ascétisme éclairé. Il développa les sagesses reprises par la Fama et dénigra aussi la science. On trouve dans ses textes des métaphores reprises dans la Fama : « la lampe qui éclaire pendant la nuit » pour décrire le Bien-Aimé. Les Rose-Croix n'avaient qu'à puiser à pleines mains le catéchisme du parfait chrétien : pureté du coeur, étouffement des passions, vigilance de l'esprit, chasteté, privations, charité, amour, renoncement à soi-même.

Thomas A Kempis à exercer une influence sur Arndt, père spirituel du Cénacle de Tübingen. Tout ce legs de la mysticité médiévale fut recueilli par celui qui sera le Saint mineur de la Rose-Croix, Théophraste Bombast Von Hohenheim dit Paracelse. C'est lui que la Fama exalta comme le grand précurseur de la Fraternité. C'est la forme qu'il donne à l'Elie ressuscité de Joachim de Flore, Elias Artista, qu'adopte « Haselmayer » en citant sa source.

Paracelse affirma que, de même qu’en Dieu il y a trois personnes formant un seul nombre, de même les hommes doivent former une unité. C'est le retour à la nuit des sens, à la fin du règne de l'intelligence que proclame, avant la Fama, l'ésotérisme paracelsique.

Martin Luther annonça, lui aussi, les convulsions qui précéderaient l'imminente arrivée de la quatrième monarchie ou règne de l'esprit, forme sous laquelle la prophétie de Joachim de flore fut recueillie par le manifeste rosicrucien. Tout le XVIe siècle en fut pénétré.

Les Enthousiastes, disciples de Weisel, annonceront à la fin du siècle l'imminence du Jugement et la naissance prochaine de la Nouvelle Jérusalem et de la Cité chrétienne.

Chapitre VI : amis et ennemis de la Rose-Croix.

La publication des deux manifestes souleva une véritable tempête. Théologiens, philosophes, alchimistes, médecins criaient à qui mieux mieux au scandale, au péril ou à l'admiration.

Les médecins n'étaient pas les moins acerbes. La Fama promettait la guérison de tous les maux et de surcroît prêchait la gratuité des soins médicaux.

Partout s'élevaient des voix autorisées pour éclairer les crédules et dénoncer les trouble-fêtes. Christian Gilbert de Spaignart souhaitait que ces « frères » Rose-Croix fussent « instantanément engloutis par la terre ou transformés en statues de sel ou brûlés par le feu du ciel ou déchirés par des lions ».

Le docteur Libavius, défenseur de la chimie traditionnelle, proclama leur incompétence en matière de chimie et de médecine. Il assura que c’étaient les plus dangereux de tous les hérétiques, du moment qu'ils prétendaient que l'antéchrist devait apporter la magnificence sur notre planète. Pour d'autres c'étaient des sorciers qui trompaient par des illusions diaboliques et par la magie noire.

En pleine chaire, des docteurs les appelaient diables incarnés. Aussi certains proposaient-ils de les exterminer par le fer et le feu. On les poursuivit par des quolibets : les frères Rosse-Croix, les baudets-croix, le gâteau de rose, les prophètes déchus, les oiseaux de croix, les frères-baudets, les rosses-gamins, etc.… On leur supposait des appétits monstrueux : il s'agissait de faire du bruit à seule fin de se voir offrir quelque riche presbytère. Les doctrinaires de la Rose-Croix du reste se défendaient par les mêmes armes. Et d'habitude ils dominaient leurs adversaires par leur esprit caustique.

Andreae avait abandonné la Rose-Croix en 1617. Parmi les défenseurs de la Rose-Croix se trouvaient Michael Maier, Théophile Schweighardt, alias Florentinus de Valentia, Irénée Agnostus, Joseph Stelletus, Hisaä Sub Cruce, Georg Molther, Tchirnessus auteur d'une Assertio ou Confirmation de la fraternité de la Rose-Croix.

Au début du XVIIIe siècle Langlet de Fresnoy inventoria dans la bibliographie de son Histoire de la philosophie hermétique 947 ouvrages dont la plupart étaient des écrits pour ou contre la Rose-Croix. Le plus sérieux des défenseurs fut Michael Maier. On ignore les relations qu'il avait pu avoir avec Andreae et ses amis. Il venait du côté des alchimistes-hermétistes. La manière dont il parla de la Fraternité le faisait plutôt apparaître comme un franc-tireur prenant prétexte de la querelle pour développer une doctrine voisine tout imprégnée de haute alchimie, de mythologie initiatique, platonicienne ou orientale. En introduisant ainsi une logique alexandriniste dans la doctrine des théologiens de Tübingen plus préoccupés d'exaltation mystique que de spéculations philosophiques, Michael Maier prêta au mouvement Rose-Croix un aspect intellectuel remarquable mais étranger à son essence.

Michael Maier naquit à Hindsburg en 1568, il fut docteur en philosophie et en médecine en 1597 et devint médecin et conseiller impérial de Rodolphe II. Il commenta Hermès Trismégiste et s'adonna avec l'empereur à la recherche des secrets de la nature. En 1612, il passa au service de princes allemands, notamment du prince de Nassau grand protecteur de l'alchimie. En 1620, il s'installa à Magdebourg où il mourut en 1622. Sa situation officielle faisait de lui un appui précieux pour la Rose-Croix.

Robert Fludd (1574-1637) était né à Milgate House. À l'issue de ses études de médecine et de philosophie, il s'installa à Londres. La violente charge de Libavius contre la Fraternité Rose-Croix, en 1616, excita son intérêt pour le nouveau mouvement philosophique et c'est lui qui répondit à Libavius par un imposant traité apologétique défendant l'intégrité de la Société de Rose-Croix (1617). Il déclara qu'il n'était pas Rose-Croix. Comme Michael Maier, il greffa sur le message Rose-Croix ses propres vues métaphysiques plus imprégnées de kabbalisme de Jjudaisant que d'hermétisme hellénistique. C'était un défenseur de Paracelse. C'est une des erreurs les plus tenaces de l'histoire des Rose-Croix que de faire de lui « l'organisateur » du mouvement en Angleterre. Du côté français, seul le philosophe Michel Potier applaudit mais à Francfort.

Chapitre VII : la fraternité céleste.

Dans son Menippus (1617), Andreae assure que « tous les vrais chrétiens appartiennent à l'ordre (Rose-Croix) et que la fraternité n'est qu'un jeu de curieux ». En 1642, il parle de même au prince Auguste du «ludibrium (qui) dupe les têtes avides de sensations ».

Dans sa biographie enfin il assure qu'il a toujours ri de la fable rosicrucienne. En 1620, dans sa Monarchie espagnole, Campanella, admirablement renseigné au fond de sa prison sur tout ce qui se passait en Europe, écrit, à propos de la fraternité Rose-Croix : « lorsque ce fantasme fut lancé dans le monde, quoi que sa Fama et sa Confession témoigne clairement en maint endroit que cela n'est qu'un jeu secondaire d'un esprit oisif… Dans tous les pays, même des hommes très savants et très dévots se sont laissés leurrer au point d'offrir leurs services et bonne volonté, parfois avec l'indication de leur nom. »

À la fin du siècle, Leibniz écrit à Cochiansky qu'il « soupçonne que les frères Rose-Croix sont une fiction ». À la même époque Gottfried Arnold, après avoir recueilli quantité de témoignages et compulsé toute la littérature rosicrucienne, conclut que la fraternité n'a jamais existé, qu'il s'agit d'une mystification et non d'une réalité.

Arnold révèle les faux documents Rose-Croix. Les 28 et 29 mars 1888, au temps de Stanislas de Guaita, de Papus et de Péladan, s'est tenue à Bruxelles une conférence internationale des Rose-Croix. Charles Rahlenbeek y présenta un rapport sur l'origine des Rose-Croix où il imagina de toutes pièces et assez adroitement une « fondation » de « l'ordre » en 1615.

Mais si l'on remonte directement aux ressources, il faut constater d'abord que les rédacteurs probables des manifestes, Andreae en tête, et les défenseurs officiels de la Fraternité, entre 1614 et 1622 s'accordent à proclamer qu'ils ne sont pas « frères Rose-Croix ». Maier, Schweighardt, Sperber, Julien de Campis, Fludd disait hautement qu'ils ne sont pas dignes d'être des « frères ». Les faux frères pullulent. Georg Moltherus écrit un plaisant petit livre publié en 1616 puis en annexe à la troisième édition de la Fama (1617).

Il raconte avoir rencontré à Wetzlar, en 1615, un homme « étrange » qui avait été longtemps moine et, après un noviciat de sept ans, fut admis dans l'ordre des Rose-Croix à l'âge de 81 ans. L'étrange personnage ne résidait jamais plus de deux ou trois jours dans la même ville. Il était astronome, astrologue et alchimiste accompli, parlait toutes les langues, était visionnaire, guérissait toutes les maladies par la simple imposition des mains.

Arnold explique que la Fraternité Rose-Croix n'a jamais vraiment existé au XVIIe siècle. Maier fait une allusion précise à des « frères » à l'occasion d'un événement insolite évidemment mythique, qui aurait contraint la Fraternité à sortir de l'ombre et à publier la Fama. Un frère nommé Mulley ou Hamet, avec une poignée de gens sans armes avait attaqué et vaincu près de Fez la puissante armée du roi du Maroc Mulley Sidan, en une bataille qu'on chercherait vainement dans les annales marocaines. Ce frère avait alors occupé le siège du sultan, puis était passé avec son monde en Espagne ou l'Inquisition s'occupait justement des illuminés (Alumbrados).

Pour réfuter les fausses imputations dont le saint-Office chargeait cette secte et les frères africains, la Société s'était efforcée de publier le manifeste. Dans son pamphlet, Henri Neuhaus rapporta en 1618, qu'après la fondation de l'ordre, les authentiques « frères » émigrèrent dans l'Inde et qu'ils vivaient là-bas sur les hauts plateaux du Tibet.

On a prétendu que René Descartes était Rose-Croix. Descartes, engagé dans l'armée du prince Maurice de Nassau eut été mieux placé que personne pour entrer en relation avec un membre de la Fraternité Rose-Croix. Or, à son retour d'Allemagne, il déclara qu'il avait vainement cherché à nouer de telles relations et qu'il avait dû se contenter de lire les écrits publiés par la Fraternité.

Pourtant les demandes d'affiliation à l'étrange société occulte se font par lettres ouvertes imprimées et diffusées par milliers d'exemplaires à travers toute l'Europe. Sur la procédure même du recrutement il nous est parvenu un document admirable dont la lecture a trompé plus d'un. C'est la lettre-préface datée de 1597 à l'anonyme Echo de la Fraternité de Rose-Croix paru à Dantzig en 1616. Par ce faux nous apprenons que l'auteur a fait en 1597 les premiers efforts pour constituer une confrérie du type Rose-Croix. À cette fin, il s'est adressé d'abord aux pouvoirs publics, les invitant à créer et entretenir des collèges chargés de toutes les réformes de la morale et de la religion. Ce voeu n'était pas une innovation : ce n'était que le rappel parodique d’un voeu cher à Luther, ç'avait été le premier pas vers la Réforme. Le reste de la préface est une invitation à rejoindre la Fraternité Rose-Croix.

On s'est emparé de ce texte pour démontrer qu'il existait une franc-maçonnerie avant la lettre.

Cette préface est en fait un résumé de la Fama et de la Confession.

L'Assertio de Tschirnessen demeure assez vague au sujet des conditions d'admission ; mais sa formule révélatrice : « peu d'entre (les gens désireux de venir à nous) peuvent y parvenir, puisque nous ne choisissons que ce qui nous paraissent de longtemps éprouvés et qui sont maîtres de leur corps et sont des hommes libres. Les mystérieuses conditions très dures que la fraternité impose aux candidats sont révélées par « le Bref rapport sur le temps et le jour auxquels on peut être admis comme confrère par la fraternité bénie de la Rose-Croix, et où commencera le total salut et la perfection ».

Il faut habiter un trimestre durant sous la terre avec les morts pour un total rejet des perfections et éviter le contact de l'humanité corrompue et vivre comme les premiers frères, humbles, chastes, pudiques. Il faut lire les Ecritures. Avant l'admission on examine longuement la vie des candidats et on les soumet à de longs exercices. Bien des calomnies viennent de ce que la société éprouve mêmes les personnes les plus dignes de la doctrine par un silence de cinq ans. C'est ce même délai qui circonscrit le temps de préparation de Christian Rosencreutz. C'est alors que le disciple serait, dit le Bref rapport, admis au « sabbat » où il doit venir « silencieux, avec beaucoup de réflexion et exercices pour qu'il chemine en montant sur un sentier étroit vers l'éternité.

S'agissant des signes de reconnaissance des Rose-Croix seul Maier les évoque : « le symbole et le caractère par lequel ils se reconnaissent mutuellement leur est prescrit par le premier auteur (Rosencreutz) en deux lettres à savoir : R. C. ».

En fait, de signe de reconnaissance il s'agit donc du nom de la « Fraternité » rendu publique dès le premier manifeste. Reste le lieu de réunion. Julien de Campis décrit un personnage type dont l'habitacle mythique de la vallée de la haye est une variante. Schweighardt affirme que le siège de la Fraternité est en nous ; nous ne l'atteindrons que si nous y sommes moralement, spirituellement préparés. La Fraternité est un mythe merveilleux, une allégorie biblique. Pour les défenseurs et les rédacteurs des manifestes, la Fraternité est non une réalité mais une fiction, un haut symbole, une manière d'allégorie séduisante. Créant un siècle plus tard des « loges » réelles, la franc-maçonnerie s'inspirera de ces produits de l'imagination allemande.

Au début, il n'y a pas eu de fraternité Rose-Croix. Il n'y a eu qu'une allégorie une doctrine du salut offerte sous la forme d'un ludibrium poursuivant un sérieux et insufflant l'amour du christianisme.

Chapitre VIII : une doctrine du salut.

Le principal mystère de la doctrine rosicrucienne c'est la notion toute hellénistique, hermétique et antichrétienne de la divinité de l'âme humaine enseignée par Denys l'Aéropagite puis par Eckhart et par Ruysbroeck. L'âme humaine doit être régénérée par le Saint Esprit ; elle doit connaître une « seconde naissance » afin d'être égale à son état primitif et retourner à son origine et au tourbillon abyssale de l'Unité originelle. Pour y parvenir, l'homme doit sortir de sa vie présente, afin de faire au sein de l'Un ineffable. Cette sortie est la mort mystique, la mort au monde, la mort en Dieu.

Elle inspire aux rédacteurs de la Fama cette belle métaphore de Rosencreutz : « vivant, je me suis réservé comme sépulcre ce résumé de l'univers. C'est à cette vie-mort qu'il s'agit de convier la chrétienté en lui prêchant « une vraie vie chrétienne ». C'est pourquoi Eckhart puis Ruysbroeck appelle ces hommes avancés sur le chemin de la perfection « les fils occultes » ou « cachés de Dieu ».

Fama et Confession ont inscrit cette expression en maint endroit et cette utilisation d'une métaphore de haute spiritualité donne lieu à l'absurde quiproquo des invisibles et des membres de quelque société occulte.

Dans le langage de l'époque, la possession d'une pierre merveilleuse est le témoignage de cette perfection contemplative. Ruysbroeck, dans l'Anneau ou la pierre étincelante dit que tous ceux qui reçoivent la pierre reçoivent avec elle la lumière, la vérité et la vie (éternelle). Telles sont les richesses que les frères de la Rose-Croix proposent de partager avec les appelés, l'aspect social, secondaire, n'étant pas oublié. Tous les mystiques distinguent trois phases dans le chemin à parcourir : la vie active dans laquelle l'homme maîtrise de son corps, ses passions, ses penchants ; la vie intérieure dans laquelle il élève son âme à Dieu par l'étude, la méditation et la prière ; la vie contemplative est union. Andreae décrit l'allégorie des trois voies humaines dans les noces chimiques. L'espoir que la Fama donne à ses lecteurs de « voir le ciel ouvert et monter et descendre les anges » ; ce sont là les « trésors » et les « richesses » que le manifeste promet aux dévots. C'est là cette félicité dont parle la Confession : « l'homme peut atteindre dès cette vie à une certaine et infaillible félicité ».

L'homme des lois a transcendé la vie du corps : « il ne souffre ni de la faim ni de la soif ». « Ni la chaleur ni le froid ne peuvent lui nuire ». Il vit là dans l'obscurité, perdu dans la contemplation. Tel est en réalité l'édifice que la Fama appelle Sanctus Spiritus.

Tel est le tombeau-temple de Rosencreutz qu'il appartient à chaque postulant de redécouvrir à l'issue de sa propre illumination. Les docteurs de la Rose-Croix ont adopté un sigle alchimiste. Il figure à la première page des noces chymiques de Christian Rosencreutz comme sigle de Dieu apposé sur la lettre invitant l'éponyme à participer à la fête spirituelle.

La doctrine Rose-Croix n'est qu'une réédition des courants occultistes des siècles précédents. La source de l'expression même de Rose-Croix tient du fait que Luther avait dans ses armoiries une Croix et une rose et qu'il y ajoutait souvent ce distique : le coeur des chrétiens repose sur des roses quand il est exactement sous la croix.

D'un autre côté, les armoiries de Jacob Andreae offre une Croix de saint André avec une rose dans chaque angle, soit quatre roses : or, dans les Noces chymiques, Rosencreutz prend quatre roses comme signe de reconnaissance et les pique à son chapeau. Au début des Noces chymiques, Andreae parle d'abord du « frère de la Rose-Croix rouge » or 25 ans avant le mythe rosicrucien inventé par Andreae, existe une histoire anglaise narrant les aventures à peu près identiques du « chevalier de la Croix-Rouge ».

Originellement, Andreae pensait à un « Père Croix-Rouge » à l'imitation de la source qui fut commune à la version anglaise et à la sienne.

Ce sont les armoiries de Luther et de sa famille qui ont poussé Andreae à transformer «Rotes-Creutz » (Croix-Rouge) en «Rosen-Creutz » (Rose-Croix). Il a enrichi du même coup son mythe de tout le symbolisme médiéval de la rose.

Chapitre IX : les noces spirituelles de Christian Rosencreutz.

Les Noces chymiques de Christian Rosencreutz parurent en 1616 sans nom d'auteur. Andreae en reconnut la paternité dans sa biographie. Ce livre raconte sous forme de parabole le cheminement de Rosencreutz vers l'illumination dernière. On a voulu y voir une recette adroitement déguisée d'alchimie naturelle, de fabrication d'une « poudre blanche ou rouge qui possédait la force télistique par excellence. Mais la plupart des critiques ne voulaient y voir qu'une mystification, un travestissement de la Fama bien fait pour ridiculiser la « Fraternité clandestine. Christian Rosencreutz est censé nous raconter comment on l'invita au mariage du « roi », comment ce « roi » est aussitôt décapité et comment il est ressuscité avec l'aide des élus. Rosencreutz doit choisir une des trois voies pour se rendre au mariage : un sentier court mais périlleux, une voie royale réservée aux seuls élus et une route aisée mais fort longue par laquelle il n'arriverait à son but que dans 1000 ans et risquerait d'être dévoyé.

Rosencreutz s'en remet à Dieu qui lui a fait choisir inconsciemment la voie royale.

Il arrive au château du roi et retrouve la jeune fille qui l'avait invité à la fête. Rosencreutz croise parmi les invités des gens qui ne sont pas purs. La jeune fille annonce aux invités une grande épreuve va séparer les justes des injustes. L'épreuve est une pesée ou se révèle le poids des vertus respectives.

Rosencreutz triomphe : il est le plus pur. Ceux qui échouent sont condamnés à mort. Ceux qui ont triomphé reçoivent l'ordre de la Toison d'or. Les faux frères ne sont pas exécutés mais chassés avec ordre de ne plus se présenter au château.

La jeune fille propose aux élus de résoudre une charade pour trouver son nom. C'est Leibniz qui la résoudra à la fin du XVIIe siècle, elle signifie simplement Alchimia.

Une jeune fille enseigne aux élus la toute-puissance de Dieu et le moyen de la reconnaître. Le lendemain, les élus sont présentés au roi qui les remercie de s'être rendus chez lui au péril de leur vie et reçoit leur serment de fidélité assorti de menaces. La reine est jeune et très belle et devant elle s'élève un autel portant un livre relié noir, un récipient contenant une eau rouge sang claire, une tête de mort et un serpent dont la tête sort par une cavité oculaire, la queue par l'autre. Une fois le serment prêté, le nom des élus est inscrit sur le livre noir et ils boivent avec le roi et les siens dans une même coupe le vin du silence. Puis il la salle étendue de noir. On bande les yeux du couple royal et des quatre autres rois et reines présents à ses côtés et l'on apporte six cercueils. Un Maure habillé de noir entre une hache à la main. Il décapite successivement les six souverains dont les corps et les têtes enveloppées dans un linge sont couchés dans les cercueils, avec leur sang recueilli dans un bocal d'or. Un courtisan suit le Maure, le décapite à son tour et rapporte sa tête dans un linge. Rosencreutz seul surprend le grand secret : les six cercueils sont embarqués nuitamment sur le lac et partent sur des navires tous feux éteints.

Le lendemain, les élus assistent aux fausses funérailles des rois sous l'égide du Phénix, tandis que la jeune fille leur demande de tenir leur serment de fidélité et de l'aider à chercher avec elle à la tour Olympi la médecine qui permettra de rendre la vie aux rois décapités. Les élus et la jeune fille arrivent sur une île où se trouve la tour Olympi. Ils y assistent et y collaborent à une série d'opérations alchimiques : les corps des rois et la tête du Maure sont bouillis. Il résulte de leur travail une boule rouge qui, à l'étage suivant est soumise à l'action du soleil. Quand elle sera refroidie on n'en tirera un oeuf d'où sortira un Phénix. Ce sont les cendres de cet oiseau qui, au septième étage, permettra de préparer deux homonculi. L'âme des six rois décapités viendra les habiter : ils seront le couple royal ressuscité au son d'une musique suave. Revenus dans le royaume, les jeunes souverains font jurer aux élus de combattre sans cesse pour la pureté. Ils sont proclamés chevaliers de la pierre d'or. Rosencreutz s'est rendu coupable d'une peccadille et pour l'expier doit remplacer le gardien de la première porte et attendre dans l'humilité que son temps soit venu. Pour ce texte, Andreae a été inspiré par le chant X de la « Reine des fées » d'Edmund Spenser écrit 27 ans plus tôt.

Il y est question du chevalier de la Croix-Rouge et de la sainteté. C'est évidemment sur le même schéma que Spenser et Andreae ont brodé leur mythe. Les degrés successifs de l'illumination auquel Ruysbroeck nous a accoutumés, sont plus apparents encore chez Spenser que chez Andreae. Loin d'être une parodie, les Noces chymiques sont un des legs les plus prestigieux des aspirations théosophiques de la Rose-Croix initiale et le témoignage du rôle prépondérant qu'Andreae a joué dans l'élaboration du mythe et de la doctrine rosicruciens.

Chapitre X : le déclin du mouvement.

L'histoire traditionnelle de la Rose-Croix connaît une image d'Épinal de la décadence rosicrucienne de 1617 à 1635. Il reste qu'un changement s'est produit en 1616 : la retraite d'Andreae et de ses fidèles. Ceux qui croient à l'existence réelle d'une fraternité s'en indignent et l'accusent d'avoir saboté le mouvement. Traître à la bonne cause, Andreae fondera, en 1620, l'Union chrétienne.

Katsch parle d'Andreae comme d'un hypocrite qui a tenté de porter un coup fatal à la Rose-Croix en publiant les Noces chymiques. Semler a cherché lui aussi une explication de la brusque disparition de la Rose-Croix, vers 1620, il pense que pour sauver la fraternité des persécutions de l'obscurantisme, on répand le bruit qu'elle n'a jamais eu un caractère sérieux ; elle quittera la vie publique par laquelle elle avait voulu faciliter son recrutement et elle se réfugiera dans la clandestinité où elle restera désormais jusqu'aujourd'hui. Pourtant il n'y a pas eu la moindre fraternité Rose-Croix à laquelle Andreae aurait pu porter un coup mortel. Il y a eu un jeu d'intellectuels ayant pour but d'inciter les gens à faire un retour sur eux-mêmes.

Et ce jeu a vite dégénéré puisque plusieurs écrivains sont venus délivrer leur interprétation de la Rose-Croix. Il y a eu les dévots qui cherchaient quelque soulagement dans la Fraternité, ceux qui avaient perdu leur savoir ou leur argent et comptaient retrouver avec la Rose-Croix l'un et l'autre, il y eut les alchimistes qui avaient oeuvré à en devenir perclus et aveugles, et qui placèrent là tous leurs espoirs. Il y eut enfin beaucoup d'imposteurs qui assourdirent les princes avec toutes sortes de prétendues énigmes et entendirent faire de l'or potable. Des 1617, le mouvement était discrédité ; la Rose-Croix prêtait à rire. Aussi les gens sérieux eurent-ils hâte de se désolidariser d'une compagnie aussi mal fréquentée. Le reflux commença dès 1617 si l'on en croit Andreae. En 1619, nous sommes en pleine débâcle. Maier lui-même ne met plus la Rose-Croix en avant dans ses innombrables écrits hermétiques. Gabriel Naudé écrit un pamphlet contre les Rose-Croix en 1623. La Rose-Croix est accusée de sorcellerie en Hollande en 1624. En Angleterre, Fludd publie, en 1617, deux traités volumineux défendant la Rose-Croix en plaçant ses propres idées sous l'égide de la Fraternité et puis c'est fini.

Dès lors, il apparaît clairement qu'il n'y a pas de Fraternité pour les mortels, que la Fama est annulée, que l'ère des imposteurs s'abritant derrière elle est close, que l'oeuvre de salut doit se poursuivre autrement que par ce qui a dégénéré en bouffonnerie. Si Andreae s'est retiré de ce qui est devenu une comédie absurde et confuse, ce n'est que pour tenter autrement, inlassablement et avec de meilleures chances la même oeuvre de salut. Andreae tente, à partir de 1617, de promouvoir, sans doute avec les mêmes amis, trois nouvelles unions chrétiennes s'opposant à la Rose-Croix et préparant l'humanité à la venue du Christ.

En 1620, lorsque paraît, La Main tendue de l'amour chrétien qui constitue le manifeste de la première union chrétienne, on le prend d'abord pour une nouvelle manifestation de la Rose-Croix. Andreae raconta dans son éloge funèbre de Wense en 1642 que les unions chrétiennes qu'il entendait opposer à la fraternité Rose-Croix lui attirèrent les pires ennuis et qu'il se plaignit dans sa vie qu'on l'accusait entre autres choses de vouloir fonder une société secrète.

La comédie rosicrucienne s'est poursuivie intensément en dépit des nouveaux efforts d'Andreae, jusqu'en 1623. Les deux dernières années de la Rose-Croix ont vu naître en Allemagne quantité de pamphlets parmi les plus virulents et les plus drolatiques.

Les événements militaires dans toute l'Allemagne ont mis un terme à la polémique et au Ludibrium. La Rose-Croix fut ensevelie dans l'oubli des hommes. On cessa de s'en occuper en Allemagne mais on commença à s'y intéresser dans les autres pays. La France s'amusa, en 1623, de l'affaire burlesque des affichettes décrites par Gabriel Naudé. En Hollande, en 1621, parut un « Miroir des frères de la Rose-Croix » traitant les frères de suppôts de Satan. La faculté de théologie de Leyde jugea sévèrement l'enseignement attribué aux dits « frères Rose-Croix » un certain Torrentius alias Van der Beek, peintre renommé fut accusé de blasphème et brûlé car considéré comme Rose-Croix.

Chapitre XI : union chrétienne.

On a affirmé qu'Andreae tenait son goût des fraternités occultes de Hess et de Hölzel qui étaient ses amis. Il fut suspecté d'avoir fondé une société secrète dangereuse pour la foi orthodoxe et peut-être même pour la sécurité de l'État.

Wense était un des principaux organisateurs des unions chrétiennes. Il ne se contentait pas du simple christianisme en paroles, il réclamait la dévotion active. À cette fin, il cherchait à réunir, en une sorte de société, un certain nombre d'hommes qui voulussent et pussent collaborer à l'amélioration de leur temps.

Ils devaient entrer en rapport les uns avec les autres pour échanger des idées en tant qu'amis fidèles, afin de délibérer sur l'état misérable de la science, particulièrement de la vie chrétienne, et sur les moyens d'y remédier. De ces considérations naquirent les deux invitations à la Fraternité du Christ. L'association s'appelait Civitas soli.

En 1617, Andreae avait voulu créer une société chrétienne puis en 1618 ce fut son invitation de la Fraternité du Christ.

Andreae créa sa cité du soleil en hommage à Campanella. L'idée fut confiée à la presse.

Besold et Wense en firent la propagande. La « Main droite tendue de l'amour chrétien » était le plan d'organisation pour la mise en pratique de la cité chrétienne. Cette société chrétienne devait s'opposer à l'affective fraternité Rose-Croix. Le projet échoua à cause de la guerre de la suspicion qui pesait sur Andreae. L'idée fut réveillée en 1628 avec des publications complémentaires comme le « Projet d'une réunion en Jésus-Christ ». L'union chrétienne était resserrée en un groupe de quatre compagnons : Saubert, Cowrad Baier, Andreae et Christophe Leibnitz, théologien. Andreae voulut promouvoir une réforme du monde. Ses essais circulèrent auprès d'hommes d'État étrangers. La seule différence entre les deux mouvements d'Andreae c'est que la Rose-Croix a été un mythe tandis que l'Union chrétienne tenta de passer à la réalisation effective de la cité chrétienne en groupant non pas des « frères » mais des propagandistes. On a fait état des rapports entretenus par Andreae et ses amis avec une autre entreprise du même ordre, l'Antilia, et l'on a voulu en conclure le caractère occulte des « unions chrétiennes » à l'image de cette dernière dont on assure qu'elle fut une association secrète.

La lettre d'Andreae au prince Auguste du 19 mars 1645 nous apprend qu'il existe alors une organisation du nom d'Antilia. Il semblait que son nom fut un mot de reconnaissance de cette société qui n'était utilisé que par ses membres. La société fut interrompue par suite de la guerre de Bohême en Allemagne. Cette société avait le même but que les unions chrétiennes et Andreae en ignorait tout. Il existait une société anglaise du même nom animée par Samuel Hartlib. Hartlib avait fait paraître en 1641 une espèce de Nouvel Atlantis à la Bacon, la description d'un État chrétien qu'il nommait Macaria. Mais bientôt le mouvement s'avéra comme un grand rien.

Deuxième partie : modernisme rosicrucien.

Chapitre I : sociétés secrètes.

Depuis 1845 on s'est donné beaucoup de mal pour établir l'antiquité relative des sociétés secrètes initiatiques modernes de type maçonnique. D'une part, les alchimistes ont toujours fait silence sur leur art et en ont transmis leurs arcanes sous quelque forme symbolique ou hiéroglyphique. D'autre part, on trouve quelques traces de réunions des alchimistes, notamment en Angleterre au XIVe siècle. Mais la transmission d'un secret technique ou philosophique de maître à disciple ou de pair à pair ne préfigure en rien une société secrète. Un traité d'alchimie anonyme du XVe siècle publié par Barnaud en 1613 mentionne que, le 27 janvier 1447 « en la chambre du Parlement d'Hermès », l'auteur inconnu décide de faire paraître les arcanes ; il ajoute que celui qui ne comprend pas la « Pierre » n'est pas digne d'être appelé philosophe et ne doit pas « philosopher avec nous », et il jette l'anathème sur « les travailleurs fantastiques » qui veulent faire de l'or potable à partir du fumier. Raymond Lulle assure avoir réussi à fixer le mercure à Naples, en 1293, par une expérience faite en présence d'un frère de Saint-Jean de Rhodes, de Bernard de la Bret et du Rex physicus  ainsi que d'autres socii.

Les titres de Rex physicus et pater philosophorum n'avaient pas à l'époque la moindre intention fonctionnelle ; c'étaient des titres amphigouriques dont on honorait des personnages distingués par leur rang, leur puissance ou leurs mérites techniques exceptionnels. Le « frère de Saint-Jean de Rhodes » n'était évidemment pas un frère d'initiation mais un moine de l'ordre bien connu. Enfin, on traduit socii par associés en prêtant au terme une nuance d'affiliés à une société déterminée, alors qu'il faudrait sans doute traduire par collaborateurs habituels. Quant aux « travailleurs fantastiques », il serait vain de chercher dans ce mot un sens particulier ; l'auteur désigne ainsi les charlatans. Reste la « chambre du Parlement d'Hermès » où l'on voudrait voir une manière de temple ou de loge occulte.

L'expression peut fort bien désigner une de ces académies de philosophes comme en connaîtra Florence sous Cosme Ier et la Calabre avec Telesio : réunions de techniciens qui n'avaient rien d'occulte.

En 1599, le philosophe français Barnaud publia à Leyde le manuscrit d'une oeuvre curieuse laissée par son compatriote Riplei. Il y expose ses intentions. Ce traité d'alchimie est réservé aux philosophes français, anglais, allemands, italiens, polonais, bohémiens. Quant aux favorisés dont l'esprit de Dieu habitera le coeur, si cet attelage quadrige (les quatre parties du traité) ne leur suffit pas, qu'ils en attendent un autre qui ne manquera pas de venir pour les porter « au plus haut Parnasse des muses chimiques ».

On a soutenu que ce Parnasse désignerait une société secrète d’alchimistes aux arcanes desquels ces élus seront un jour initié. C'est une interprétation évidemment tendancieuse. Des exégètes comme Semler et Sedir ont prêté à Barnaud des intentions qu'il n'avait pas. Ils pensent que Barnaud et les philosophes se seraient ligués en une société Henri IV et le prince de Nassau aurait pris sous leur protection ; mais des désaccords se seraient produits au sein de cette éminent collège, et Barnaud appellerait tout ce monde à l'union, aux services et dans l'obéissance des princes et chefs spirituels de « l'ordre » auquel serait affiliée toute la haute aristocratie allemande et qui présenterait le caractère démocratique cher à la franc-maçonnerie.

Pour Arnold c'est de la frénésie.

Sedir ajoute que Barnaud dirigea son appel en réalité à tous les Rose-Croix puisque l'ordre ne travaillait jamais publiquement et qu'il constituait la réunion la plus importante des alchimistes et des hermétistes. Le réel objet de Barnaud était de faire bénéficier à tout le monde, ou plus exactement à tous « les dévots d'une découverte compressée un peu dans le domaine de la science. La nature de cette découverte c'est la voie du salut, la méthode d'illumination qui instaurera « le temple de la paix », lequel n'est pas quelque loge clandestine mais le royaume de Dieu sur la terre.

Il est donc plus que douteux qu'aux temps où paraît le manifeste Rose-Croix il existe de véritables sociétés où fraternité, occultes ou non, qui fussent en mesure d'adopter tout de suite son message, sa doctrine, son mythe, son nom, de transformer en liturgie et en rites les thèmes mythiques recueillis par Spenser puis par Andreae.

Chapitre II : Rose-Croix et franc-maçonnerie.

Il est certain qu'en 1717 il existait à Londres au moins quatre loges maçonniques qui se réunirent cette année-là en une seule grande loge.

En 1723 sont publiées les constitutions d'Anderson qui deviendront le modèle de toutes les constitutions maçonniques du monde. Il est raisonnable de penser que la naissance des premières loges a précédé de pas mal d'années la synarchie de 1717.

Mais certains défenseurs de l'idéal maçonnique se sont efforcés d'établir une ancienneté considérablement plus reculée des loges et notamment de les rattacher directement soit à ce qu'on a pris pour la première fraternité de Rose-Croix, soit aux loges d'architectes et maçons. Les Rose-Croix seraient le chaînon intermédiaire entre les Templiers et la franc-maçonnerie.

C'est en 1630, en Angleterre que la Rose-Croix serait devenue officiellement ou officieusement la franc-maçonnerie spéculative. Le passage de l'une à l'autre fraternité aurait été définitivement réalisé par le philosophe Rose-Croix Vaughan et l'antiquaire Elias Ashmole vers 1650.

Un examen un peu attentif des documents renverse tout cet édifice.

En 926 exactement ce serait tenue à York une grande assemblée de francs-maçons qui aurait élaboré la première constitution des loges, dite constitution d'York. Ce n'est pas croyable.

Il n'est pas plus vraisemblable que des francs-maçons soient venus s'établir en Écosse au XIIe siècle après la dissolution des francs-maçons du continent.

La seconde version ou phase de l'histoire maçonnique déduit les loges spéculatives des loges d'architectes auxquelles elles auraient emprunté le jargon des bâtisseurs dont est émaillée la liturgie maçonnique.

Les architectes, à l'instar de tous les corps de métiers, constituèrent au XIVe siècle des guildes exclusives aux loges fortement hiérarchisées et ayant pour but la défense des intérêts professionnels et la discipline des membres éprouvés et la transmission des secrets professionnels.

C'est à Strasbourg que fut constituée la première guilde. Le 25 avril 1459 les maîtres architectes de toutes les loges se réunirent à Ratisbonne. Ils élaborèrent un statut commun à la profession. Ils se constituèrent en fraternité ayant à sa tête l'architecte de la cathédrale de Strasbourg.

En 1563,72 maîtres de loge se réunirent à Bâle pour doter la Confrérie de nouveaux statuts et réviser les hiérarchies. On institua des signes de reconnaissance entre grades et à l'intérieur des grades et un symbolisme rituel.

Peut-on soutenir sérieusement que les loges de la franc-maçonnerie spéculative telle qu'elles apparaissent au XVIIIe siècle sont issues des loges opératives par un élargissement de celles-ci et l'admission de non professionnels ? Il n'y a pas le moindre indice sérieux d'une telle transformation avant 1686. Une constitution manuscrite de la loge of Antiquites signée de « William Bray, freeman of London and freemason » mentionne qu'elle avait été écrite par un secrétaire de la société des francs-maçons de Londres nommé Robert Padgett en 1686. Or, à la même date, figure comme secrétaire de la Mason’s  company, guilde opérative, un certain Stamp. Il s'agirait donc de deux loges différentes, l'une spéculative, l'autre opérative.

La troisième phase de la protohistoire maçonnique insinue que la Rose-Croix de 1614, vraie fraternité occulte, se serait transformée en franc-maçonnerie vers 1630-1635.

Cette métamorphose se serait accomplie à Londres, grâce à Robert Fludd puis toute une cohorte de « vrais Rose-Croix », au premier rang desquels se place Vaughan et Ashmole. La pierre angulaire de tout cet édifice est un texte de Fludd qui condamné la Rose-Croix en 1633. Détachant de ce texte les mots qui les intéressaient, certains en ont conclu que dès avant 1633, date du livre, la Rose-Croix s'était transformée en franc-maçonnerie occulte désignée ici par « sages », pour devenir sous Cromwell les clubs secrets ou loges.

Ashmole est considéré comme le premier véritable organisateur de la franc-maçonnerie moderne. Il est né à Lishfield en 1617. À 19 ans, il débarque à Londres et se lie avec plusieurs astrologues. À partir de 1650 il publie des traités d'alchimie. En 1651, il prend la défense des Rose-Croix de 1614 et de la Fama. On aurait bien tort de déduire, comme on l'a fait, l'initiation d' Ashmole à quelque société maçonnique du fait qu'il rappelle le très vieux mode de transmission individuelle du secret alchimique. On aurait retrouvé dans les papiers d' Ashmole des notes qui, il est vrai, sont les seuls témoignages de son appartenance à une loge de maçon. Il dit avoir été fait franc-maçon le 16 octobre 1646.

Robert Amadou voit une première préfiguration de la franc-maçonnerie dans la loge anglaise l'Acception qui « fait des maçons » de façon certaine à partir de 1631 et initie, à Warrington, Elias Ashmole, le 16 octobre 1646. Ce n'est pas encore une loge spéculative mais c'est un moyen formatif acceptable. C'est vers la même époque qu'on assiste, en Angleterre, à un regain de faveur de la philosophie et des écrits rosicruciens. En 1652, John Heydon publia la première traduction anglaise de la Fama, tandis que Thomas Vaughan répandit ses écrits pseudo alchimiques qu'on classa dans la littérature rosicrucienne. Il est probable que les défenseurs de la Rose-Croix aient contribué à fournir aux premières loges une partie de leurs idées et de leur jargon. C'est dans cette mesure seulement qu'on peut parler d'un lien entre la Rose-Croix initiale et la franc-maçonnerie spéculative. Le vocabulaire pittoresque de la liturgie maçonnique est émaillé de termes techniques empruntés au jargon des architectes et tailleurs de pierre. La construction dont il est question dans les textes rosicruciens n'est pas liée aux architectes mais à l'écriture sainte. Il n'y avait pas de grades dans la Rose-Croix. Il n'y est question que de disciples et de maîtres. C'est donc aux loges d'architectes et à elles seules que la franc-maçonnerie a dû emprunter son vocabulaire et sa structure. Les Rose-Croix ne connaissaient pas le mythe d'Hiram. Il y a les plus grandes chances pour que le mythe d'Hiram, architecte du temple et organisateur du monde, ait été élaboré par les loges maçonniques à partir du verset biblique, dans la forme du moins où il figure dans les traditions recueillies à la fin du XVIIe siècle. Il n'est pas impossible que la scène de la décapitation des rois dans les Noces chymiques, voisine par certains côtés du mythe d'Hiram, représente une phase de ce long travail de synthèse préparé dans tous les milieux occultistes, puis parachevé dans les premières loges spéculatives. Les Rose-Croix comme les francs-maçons utilisaient la plupart des symboles ésotériques : l'échelle de Jacob, le soleil, la lune, etc.

Les Rose-Croix n'ont fait que les emprunter aux alchimistes et les francs-maçons après eux.

Il y a analogie entre le voyage maçonnique et la parabole rosicrucienne de 1619 intitulée Raptus philosophicus. Le conteur anonyme imagine que le héros est parti sur un sentier étroit et difficile à la recherche de la Fraternité de Rose-Croix. Au bout du voyage, après divers incidents, il voit tenir à lui le cortège de la Nature et de ses servantes, qui lui remettra le livre de sapience après avoir échangé avec lui un dialogue qui fait penser à celui du voyage dans l'initiation maçonnique.

On peut penser que la franc-maçonnerie naissante a trouvé dans l'esprit extérieur du mouvement Rose-Croix et de tous autres mouvements illuminisstes les premiers éléments d'un cadre ensuite artificiellement développé. La constitution maçonnique de 1723 exige du « maçon » la foi chrétienne alors que les Rose-Croix cherchaient une ouverture sur toutes les religions.

Chapitre III modernisme rosicrucien.

Sédir, raisonnant toujours sur le mouvement Rose-Croix initial comme sur une institution maçonnique, assure que postérieurement à 1648, mis à part l'actif Irénée Philalethes, la Rose-Croix se tint en sommeil pendant une cinquantaine d'années pour ne reprendre son activité qu'à l'occasion du centenaire de la Fama. La vérité est bien différente. Le discrédit le plus complet avait atteint des 1620 la mythique fraternité. Si l'on excepte de rarissimes attardés, comme l'Anglais Frizius, on ne publie plus après 1623 d'ouvrages de doctrine sous l'égide de la fraternité Rose-Croix. On évite un nom qui n'est plus un titre mais une injure et une garantie de charlatanisme.

En Angleterre, vingt ans après la condamnation prononcée par Fludd (1633), le nom de la Rose-Croix et certains de ses écrits connaissent un regain de faveur, de la part de gens qui n'avaient pas vécu la décadence. Thomas Vaughan, né en Écosse en 1622, écrivant sous le pseudonyme d'Eugenius Philalethes, publie en 1652 la première traduction anglaise de la Fama et de la Confession. Il proclamait qu'il n'était pas Rose-Croix et avait moins à redouter la désapprobation du monde savant en parlant de la Fraternité. Quant à Vaughan, il décrit avec enthousiasme, dans son Introitus apertus, la Nouvelle Jérusalem. Mais comme il fallait bien que quelque chose se fût produit depuis l'avènement de la Fraternité en 1614, il annonça qu'Elie Artiste était déjà né. Vaughan était le contemporain des premiers clubs londoniens qui furent peut-être pour une part les timides préfigurations des loges maçonniques. Il n'est pas impossible qu'il ait contribué le plus à joindre ce legs Rose-Croix révisé au fond philosophique qui alimentera la franc-maçonnerie spéculative.

L'autre défenseur anglais de la prétendue tradition Rose-Croix est John Heydan. Ce fut le fameux faussaire de la nouvelle Atlantis.

Il pilla sans scrupules tous ses prédécesseurs et jusqu'à Cornelius Agrippa pour composer entre 1660 et 1664 une série d'ouvrages Rose-Croix. Il prétendit n'être pas Rose-Croix mais assura avoir été en relation suivie avec des frères qu'il avait imaginés. Vers 1660 commença en Europe la réhabilitation du mouvement Rose-Croix, en tout cas du titre. En Allemagne, on se remit à publier les inédits des premiers doctrinaires et on y rajouta des commentaires. En Hollande se dessina un grand mouvement de libéralisme plus commode aux frères de la Rose-Croix. Ainsi, une confusion tend à s'établir entre les Rose-Croix et généralement tous les alchimistes préoccupés de philosophie pure.

En France, un apothicaire et alchimiste nommé Jacques Rose fonda à Paris, en 1660, une association de Rose-Croix. L'aventure finit lamentablement. Le centenaire de la Fama provoqua un nouvel éveil de la prétendue fraternité Rose-Croix. Cette fois il coïncidait avec les premiers pas de la franc-maçonnerie et le nom allait s'attacher à de véritables confréries d'hommes, plus ou moins affiliés aux loges maçonniques.

Il apparaît dès lors nécessaire de démontrer l'ancienneté de l'ordre occulte. Ce fut essentiellement l'oeuvre du pasteur silésien Samuel Richter qui, sous le pseudonyme de Sincerus Renatus élabora la vraie et totale diffusion de la Pierre philosophale de la fraternité de l'ordre de la Rose-Croix et de la Rose. Pour éclairer les « fils de la doctrine » Renatus révéla brusquement que le collège primitif se composait de 21 membres mais qu'on en admettait à présent 63 travaillant sous les ordres d'un imperator.

Il imagina des cérémonies et des signes de reconnaissance parfois ridicules.

On révisa activement la tradition. En 1737 parut un traité d'alchimie intitulée «Coelum chymicum reseratum » de J. G. Toeltius. Le manuscrit remontrait à 1612 (pour combattre la teneur de la Fama de 1614). Le manuscrit révélait que le vrai fondateur de la Rose-Croix n'étaie pas Christian Rosencreutz mais Friedrich Rose et que la Rose-Croix remontait à Dioclétien et ne pouvait comprendre traditionnellement que 77 membres.

On s'efforça de rendre odieux la clique de 1614. En 1751, Johann Ludolph Ab Indagine publia un autre « manuscrit inédit » attribué un certain Ludwig Conrad von Bergen dit Montanus avec le millésime 1635. Montanus aurait été parmi les premiers Rose-Croix mais il avait été expulsé en 1622. Le pseudo Montanus révéla que la Rose-Croix existait depuis 1592, année d'un prétendu « rapport » Barnaud sur l'hypothétique « Société Isaaci » hollandaise. On a largement dépassé l'époque abhorrée de 1614 et du traître Andreae et l'on rattacha directement la Rose-Croix à la fausse tradition des séculaires sociétés secrètes. Le plus embarrassant, après le mythe institutionnel était le vocabulaire alchimique qui prêtait désormais à rire. Herrmann Fictuld se chargea de le réformer. Pour remplacer l'allégorie de la Pierre philosophale, il lança en 1747 celle de la Toison d'or emblème de la Rose-Croix d'or. Fictuld dotera l'ordre de la Rose-Croix d'or d'un beau rituel évidemment inspiré de rites maçonniques. Les Rose-Croix d'or portent autour du cou un ruban bleu auquel ils suspendent une Croix d'or avec une rose. Ils ont un salut de reconnaissance. Mais ils ne se réunissent que dans les grandes villes marchandes pour ne pas attirer l'attention. Sur 100 000 candidats, ils en admettent à peine un. En dépit de toutes ces réformes, le discrédit, peut-être entretenu par la franc-maçonnerie concurrente elle-même, continue à s'attacher au nom suggestif de Rose-Croix. On créait un peu partout des « ordres » nouveaux.

En 1789, un Souabe entend établir un collège à l'image des « émissaires du haut ordre des Rose-Croix ».

En fait, la Rose-Croix d'or de Fictuld, après avoir bénéficié, vers 1770, d'un regain de faveur et de l'adhésion de Frédéric-Guillaume II, sombra rapidement dans l'indifférence et le ridicule avec ses recherches sur l'élixir de longue vie.

En France, vers 1760, paraît à Toulouse un homme étrange, aux origines et aux desseins obscurs. Martinès de Pascually dont on ne sait s'il est français, espagnol ou portugais, et juif ou chrétien, tente en vain de fonder un rite maçonnique nouveau à Toulouse. Il essuie un nouvel échec à Foix, émigre à Bordeaux et crée vers 1766 les Chevaliers élus Coën de l'univers dans le grade le plus élevé est celui de « Réau-Croix ».

En 1766, il rencontra Paris le Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz et jeta avec lui les bases du tribunal souverain, préfiguration de la Grande Loge de son ordre. À son retour à Bordeaux, il s'attacha comme secrétaire Claude de Saint-Martin. Il installa une dizaine de chapitres et, avec l'aide de Saint-Martin, commença un « Traité de la réintégration des êtres créés dans leurs primitives propriétés, vertus, et puissances spirituelles et divines ». Martinès de Pascually il enseigna une doctrine de l'émanation successive des êtres à partir de Dieu, aboutissant au grand Adam ou Réau (terme qui signifierait « puissant prêtre »). Son rite est occultiste et d'aspect catholique mais à base de magie avec un entraînement physique voisin du yoga de l'Inde. Ce sont ces pratiques qui mettraient l'initié en contact avec le mystère de l'au-delà que Pascually appelait simplement « la chose ». Martinès de Pascually parti à Saint-Domingue pourrait recueillir un héritage et mourut en 1774. Il laissa à Willermoz le noyau d'une organisation, à Saint-Martin le cadre d'une doctrine.

Willermoz, qui ambitionnait d'être le chef d'une maçonnerie puissante, eut soins d'abord d'éviter toute confusion avec les loges de Rose-Croix constituaient de ci de là en loges indépendantes mais il ne dédaigna pas de faire partie de leurs loges et de participer au chapitre de l'Aigle noir au grade de souverain prince Rose-Croix, qui s'occupe d'occultisme.

En 1772, il se qualifia à la fois Rose-Croix et Réau-Croix mais en 1780, il précisa au prince de Hesse qu'il était seulement Réau-Croix. Fidèle à l'enseignement de Martinès, Willermoz chercha par la magie ou le magnétisme à communiquer avec « l'invisible ».

Willermoz ne parvint pas à imposer le Martinésisme et Saint-Martin se retira pour méditer et écrire sous le pseudonyme de Philosophe inconnu et créer à sa doctrine le martinisme.

En 1774, Willermoz intégra la Stricte observance qui prétendait continuer l'ordre des Templiers. Pour y greffer le Martinésisme, il provoqua en 1778 la réunion à Lyon du convent des Gaules. Face au Grand Orient il proposa que le but principal de la franc-maçonnerie soit désormais l'étude des sciences occultes transcendantes. Il triompha ; c'était l'apothéose du Willermozisme sous le nom nouveau d'ordre des chevaliers bienfaisants de la cité sainte.

Willermoz puissant mais prudent ne voulut pas affronter brutalement le Grand Orient et nomma le duc de Chartres alors grand maître, « protecteur des loges réunies et rectifiées ».

En 1860, on fonda en Angleterre une Rosicrucian Society dont les membres se recrutaient dans la franc-maçonnerie à partir de grade de maître. Elle comportait neuf grades divisés en trois ordres. En Allemagne, le Dr Hartmann fonda, en 1888, un ordre de la Rose-Croix ésotérique qui fusionnera avec l'ordre des Templiers orientaux.

En France, se leva le mouvement le plus bruyant entendant s'opposer à la franc-maçonnerie, et dans le cadre de la catholicité, affecter tous les domaines de l'esprit. Le marquis de Guaïta et le Sâr Péladan s'inspirèrent d’Eliphas Lévi qui apparut vers 1850 comme le maître de l'occultisme. Son « Dogme et rituel de haute magie » est demeuré classique.

Pour lui, le symbole de la Rose et de la Croix résume le mieux le sens de l'univers. Il avait fondé une société de Rose-Croix qui végéta. Lévi avait déclaré la guerre à la franc-maçonnerie réaliste du Grand Orient et de la Grande Loge influencée par la maçonnerie anglaise. Bientôt appuyé et remplacé par Guaïta et Papus, Lévi voulait opposer à ces réalistes un spiritualisme élevé fondé sur ses expériences magiques, qu'il poursuivait avec Guaïta. Vrais héritiers d'une Martinisme Lyonnais, Papus et les siens, sous la conduite de M. de Saint Yves D’Alveydre à la « puissante et généreuse intellectualité », regroupant les forces spiritualistes : groupes épars des sociétés de Rose-Croix organisés par Eliphas Lévi, groupes épars du rite martiniste dérivés de Willermoz depuis 1810, groupes swendenborgiens. Ensemble ces cellules maçonniques organisèrent la résistance contre « ces bons importateurs londoniens », qui avaient, assure Papus, un plan de 10 ans pour étrangler le spiritualisme au sein de la franc-maçonnerie française.

En 1889, Guaïta fonda l'Ordre kabbaliste de la Rose-Croix. Guaïta prit la direction intellectuelle mouvement « dans sa spécification occulte », Barlet fut  délégué aux adoptions scientifiques et à la sociologie. Papus fut le théoricien et l'historiographe et fonda la revue maçonnique Initiation qui paraîtra de 1889 à 1911 et publiera « L'histoire de la fraternité de Rose-Croix » par Kiesewetter.

L'ordre comprenait trois grades auxquels on accédait par un examen. Nul ne pouvait prétendre entrer dans l'ordre s'il ne possédait déjà les trois grades martinistes.

L'ordre était administré par un suprême conseil composé de trois chambres et placé sous la direction « absolue » du grand maître, Stanislas de Guaïta. L'ordre, constituait, selon Papus, un véritable « collège de France de l'ésotérisme et son influence s'étendit vite et loin ».

En 1890, Péladan quitta l'ordre de Guaïta et créa  l'ordre de la Rose-Croix, du Temple et du Graal ou de la Rose-Croix catholique. En dépit d'ancêtres aussi divers que le tribunal véhmique en passant par les ordres de l'Hôpital du Temple, l'ordre des Péladan et avant tout catholique : il s'agit pour lui de préparer le catholicisme ésotérique. On ne peut nier une certaine parenté, comme pour Guaïta, entre les enseignements du Sâr et la doctrine des manifestes de 1614-1615.

« La Constitution de la Rose + Croix, le Temple et le Graal » que Péladan publia en 1893 proclamait l'idéal et le programme de l'ordre : pratiquer la charité, enseigner les « normes de beauté », rechercher et grouper les êtres d'exception, ruiner l'amour sexuel.

L'ordre que Péladan ouvrit à la femme, se manifestera par les « salons » annuels de tous les arts, ce seront les « salons de la Rose + Croix » esthétique, nouveau genre de pamphlet qui, non moins que les prétentions du Sâr à la magie, allaient faire bousculer l'affaire dans le ridicule.

L'ordre de Guaïta perd de son élan après la mort de son créateur. En Angleterre, les membres de la franc-maçonnerie mixte fondèrent en 1912 un ordre du Temple de la Rose-Croix. C'est l'oeuvre d'Annie Besant à qui nous devons en étonnant témoignage sur les réincarnations successives de Christian Rosencreutz.

Aux États-Unis, une Rosicrucian Fraternity s'ajouta en 1934 à la Rosicrucian Society et à l'International Rosicrucian order.

Appendice.

Vrais et faux adeptes de la Rose-Croix au XVIIe siècle.

À en croire les doctrinaires modernes de la Rose-Croix, convaincus de la haute antiquité de « l'ordre », la plupart des grands philosophes XVIIe siècle étaient « affiliés » à la mystérieuse confrérie est avant tout Descartes, Comenius, Bacon, Spinoza et Leibniz.

1 - Descartes.

En publiant en 1691 sa « Vie de M. Descartes » Adrien Baillet a donné la meilleure source de renseignements sur l'auteur du Discours de la méthode. Charles Adam assure dans l'excellente édition des oeuvres complètes, que René Descartes fut initié à la Rose-Croix par le mathématicien Rose-Croix Faulhaber, à la suite de quoi il se serait vraisemblablement affilié à la fraternité occulte. Engagé dans l'armée du prince de Nassau, le philosophe alors âgé de 23 ans, parcourut l'Allemagne et notamment la Bavière et le Wurtemberg. Il cherchait des philosophes et des mathématiciens. C'est ainsi qu'il lia connaissance avec Jean Faulhaber.

Mais il ne fut pas question entre eux de la Rose-Croix dans la querelle de laquelle Faulhaber ne s'immisca à aucun degré par des publications ou des renseignements contrôlables.

C'est en 1613 que René Descartes entendit parler des Rose-Croix au moment de la polémique. À ce moment, René Descartes était au paroxysme de sa crise de conscience. Il sentit naître en lui les mouvements d'une émulation dont il fut d'autant plus touché par ces Rose-Croix, que la nouvelle lui en était venue dans le temps de son plus grand embarras touchant les moyens qu'il devait prendre pour la recherche de la vérité.

René Descartes rechercha vainement les Rose-Croix. On irait au nez lorsque, rentrant en France en 1623, il se vit publiquement suspecté de s'être « enrôlé dans la confrérie des Rose-Croix. Il jugeait pourtant que c'était des imposteurs ou des visionnaires. Il avait vu les célèbres affiches en faveur des Rose-Croix à Paris. On voulut calomnier René Descartes en l'associant aux Rose-Croix mais il confondit avantageusement ceux qui voulaient se servir de cette conjecture.

La suspicion pesant sur Descartes venait de racontars, d'une fausse interprétation de lettres par des amis passionnés, coïncidence avec l'affaire des affichettes de Paris. Descartes ne pouvait se décider à prononcer une condamnation à la légère. « Si les Rose-Croix étaient des imposteurs, écrira-t-il dans son étude inachevée sur le Bon sens, il n'est pas juste de les laisser jouir d'une réputation mal acquise aux dépens de la bonne foi des peuples ; s'ils apportaient quelque chose de nouveau dans le monde qui valût la peine d'être su, il aurait été malhonnête de vouloir mépriser toutes les sciences parmi lesquelles il s'en pourrait trouver une dont il aurait ignoré les fondements.

En 1692, Daniel Huet, alors évêque d'Avranches, publia sous le pseudonyme G. de l’A. « Nouveaux mémoires pour servir à l'histoire du cartésianisme » dans lesquels il prétend que Descartes n'est pas mort mais qu'il a résolu de se retirer dans la solitude chez les Lapons initiés aux sciences de la magie et qu'il s'y consacre à la direction de la confrérie des Rose-Croix.

Le livre a servi à certains historiens qui ont admis l'existence, au début du XVIIe siècle d'une véritable confrérie secrète des Rose-Croix, ils se figurèrent que l'initiateur de René Descartes était Faulhaber.

Persigaut, dans une série d'opuscule, prétendit que tous les déplacements de René Descartes avaient pour objet principal sinon unique un pèlerinage aux « centres rosicruciens » et aux loges des corporations maçonniques de son temps. On a prétendu également que René Descartes fut en relation avec le docteur Wassenaer, « fameux Rose-Croix » auteur du Historisch Verhael qu'on pensait être un évangile du rosicrucianisme alors que cet ouvrage de 1624 était une réédition en hollandais de l'Instruction à la France de Gabriel Naudé, assaisonnée de nouvelles plaisanteries.

Tous les prétendus indices d'une appartenance de René Descartes à une société initiatique possédant des rites et une science miraculeuse ne reposent sur aucun fondement et s’effritent pour peu qu'on les considère de près. Mais René Descartes s'est intéressé de près à la doctrine des Rose-Croix, il a lu des livres sur le sujet en 1619. Une nuit il a eu trois songes qui lui ont enseigné par leur parabole surnaturelle le chemin qu'il devait suivre. Il avait rêvé de fantômes se présentant à lui et l'épouvantant, d'une tempête, d'un homme qu'il connaissait et qu'il ne n'avait pas salué, d'un autre qui lui conseillait d'aller voir M. N. qui avait quelque chose à lui donner.

Il se réveilla et se rendormit, il fit un deuxième rêve dans lequel il entendit un bruit aigu et éclatant. Il fit un troisième songe dans lequel il trouvait un livre sur sa table sans savoir qui l'y avait mis. Il l'ouvrit et en voyant que c'était un dictionnaire, il en fut ravi dans l'espérance qu'il pourrait lui être fort utile.

Il trouva un recueil de poésies de différents auteurs. La première phrase qu'il lut fut : « quel chemin suivrais-je dans la vie ? ». Un homme lui apparut qui lui présenta une pièce de vers commençant par Est et Non et qui le lui vantait comme une pièce excellente. En se réveillant, il réfléchit et recourut à Dieu pour lui prier de lui faire connaître sa volonté et de l'aider dans sa recherche de la vérité. Il décida d'un pèlerinage en Italie qu'il fit plus tard.

Descartes prit les deux premiers songes pour des avertissements menaçants touchant sa vie passée. Le troisième rêve lui fait penser que c'était la Révélation et l'Enthousiasme dont il ne désespérait pas de se voir favoriser. Arnold fait un parallèle entre les trois songes de Descartes et les Noces chymiques de Christian Rosencreutz.

René Descartes a pu connaître ce livre ou la tradition ésotérique dont Andreae s'est inspiré.

Il existe un lien de filiation assez net entre la naissance de la méthode cartésienne et la rencontre du jeune philosophe avec la doctrine de l'illuminisme rosicrucien dans sa forme la plus pure, celle des Noces chymiques de Christian Rosencreutz, directement issue du mysticisme médiéval et antique.

II Francis Bacon

Wigstone a écrit un livre dans lequel il démontre que Shakespeare est Bacon et que Bacon est Rose-Croix, ce qui embrigade l'auteur d'Hamlet lui-même dans « la confrérie mystérieuse ».

Bacon n'a pas fait la moindre allusion à la fraternité Rose-Croix. Les rédacteurs de la Confession n'avaient nul souci des drames shakespeariens et il ne se doutaient pas plus de l'identité du dramaturge et du philosophe que l'Angleterre élisabéthaine elle-même. Wigstone souligne que Fludd en appelle parfois l'autorité de Bacon sur une matière qui touche de très près le thème du Nouvel Organum.

Rien de surprenant à cela : Bacon était le premier philosophe de son temps. Il n'est pas contestable que le voyage mythique vers la Nouvelle Atlantis révèle une affinité étroite avec le voyage de Rosencreutz en terre Sainte.

Dans la nouvelle Atlantis, il existe une société secrète. Ses membres se proposent de rechercher les causes et les vertus cachées de la nature et de donner à l'empire de l'esprit humain toute l'étendue qu'il peut avoir.

Arnold ne rappelle que la littérature anglaise de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe est chargée d'influence occultiste, ésotérique. Il y a un parallèle constant entre la métaphysique des écrivains élisabéthains et celle des doctrinaires de la Rose-Croix mais c'est un parallèle après-coup.

Les thèmes littéraires des écrivains élisabéthains sont antérieurs à la Rose-Croix. Bacon, pas plus que Fludd ou que Maier n'a été « affilié » à la « Fraternité », pour la bonne raison qu'elle n'existait pas. Et il a puisé dans la même tradition que les rédacteurs des manifestes.

III Comenius.

Komensky ou Comenius (1592-1671), le grand pédagogue-théologien tchèque, a eu bien des malheurs au cours de sa vie de prêtre luthérien. Il a été victime de persécutions catholiques et est passé pour un martyr de la liberté de penser. Il a connu Andreae en Autriche en 1619 mais ne s'est intéressé que de très loin à l'affaire de la Rose-Croix. Comenius a été vivement intéressé par les diverses Unions chrétiennes fondées par Andreae.

IV Spinoza.

Spinoza (1635-1677). Le sceau du philosophe comporte une rose. Il enseignait qu'il n'y a qu'une seule substance qui est Dieu. L'homme n'est qu'un aspect de Dieu, la béatitude est dans notre nature même. Il a toujours défendu l'idée de révélation et la liberté d'interprétation, il faut reconnaître quelque analogie avec la doctrine des manifestes de 1614-1615. Mais ces analogies sont vagues et portent sur des points que le mouvement Rose-Croix initial n'a pas inventés ni n'a été seul à défendre au XVIIe siècle. Après 1619, la Rose-Croix n'intéresse plus les esprits sérieux, et l'on ne voit pas pourquoi Spinoza aurait cherché chez des gens absolument discrédités une philosophie ésotérique fort répandue en son siècle.

V Leibniz.

Il est le seul à avoir donné noirs sur blanc son opinion sur la Rose-Croix : en mars 1696, il écrit : « je soupçonne que les frères Rose-Croix sont une fictitia ; car savoir où sont les lieux secrets et se rendre invisible, c'est sans nul doute de la sottise ou de la moquerie ». Leibniz n'a pas pénétré l'esprit le manifeste Rose-Croix. Il écrit : « il paraît que tout ce qu'on a dit des frères de la Rose-Croix est une pure invention de quelques personnes ingénieuses ». Pour lui « les Noces chymiques » n'est qu'un roman.

 

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04 novembre 2017

Chaplin sa vie, son art (David Robinson)

Chaplin sa vie, son art (David Robinson)

 

chaplinvie

Ce livre constitue la biographie de référence sur Chaplin et est complémentaire de son autobiographie. Il a été publié 20 ans après l'autobiographie de Chaplin. Le récit de Chaplin est précis et fidèle, mais pas toujours complet.

Des pans entiers de son autobiographie sont délibérément omis. Donc David Robinson couvre ces manques grâce aux archives de Chaplin auxquelles il a eu accès.

Chapitre 1: une enfance londonienne.

Le nom des Chaplin laisse supposer qu'ils descendaient des huguenots installés dans l'est de l'Angleterre.

Les parents de Charles Chaplin s'appelaient Charles Chaplin senior et Hannah Hill. Hannah donna le jour à un garçon et l'appela Sydney John, le 16 mars 1885. C'était le demi-frère de Charlie. Ses parents se marièrent moins de 14 semaines après la naissance de Sydney. Ses parents étaient chanteurs de music-hall. La carrière d'Hannah fut brève et peu glorieuse. Elle ne se produit jamais que dans des petits music-halls de province. Son nom de scène était de Lily Harley. La carrière du père de Charlie avait commencé plus lentement que celle d'Hannah, mais ses progrès étaient plus prometteurs. Il commença comme mime puis chanteur dramatique de composition. Charlie Chaplin naquit le 16 avril 1889 mais il n'existe pas de documents officiels sur cette naissance, ce qui a plongé les biographes dans les pires tourments.

Les parents de Charlie, artistes de music-hall constamment en tournée avaient dû oublier cette formalité. Au début de sa gloire cinématographique, Chaplin raconta qu'il était né à Fontainebleau, en France-sans doute l'un de ces contes merveilleux que Hannah s'ingéniait à raconter à ses fils pour égayer leur existence. Plus tard, Chaplin affirma être né dans East Lane, à Walworth, à l'angle de Brandon Street, où était né Sydney. Le père de Chaplin était alcoolique. L'alcool constituait le mal endémique des music-halls.

Quand ils n'étaient pas en scène, les artistes avaient obligation de se mêler au public du bar pour les pousser à la consommation en donnant eux-mêmes l'exemple. En 1890, le père de Chaplin allait pourtant de succès en succès. Il se produisit à New York. Le voyage en Amérique amena, semble-t-il, la rupture définitive entre les époux Chaplin. Hannah avait un nouveau compagnon à l'automne 1891.

C'était un chanteur, Leo Dryden, de son vrai nom George Dryden Wheeler.

Le 28 novembre 1891, Hannah mettait au monde George Dryden Wheeler, le fils de Leo Dryden et le demi-frère de Charlie. À cette époque, Hannah et ses fils vivaient encore dans une certaine aisance grâce aux engagements d'Hannah (selon Charlie) mais plus probablement grâce à Leo. Durant un an ou deux Hannah et Leo auraient vécu comme mari et femme mais Charlie et Sydney n'ont conservé le moindre souvenir de Leo.

Au printemps 1893, Dryden entra chez Hannah et emporta le petit George. L'enfant allait disparaître de la vie des Chaplin pendant près de 30 ans. Hannah se mit à boire, subsistant grâce à de vieux vêtements qu'elle vendait.

En février 1893, elle fut envoyée au centre d'accueil de Newington et de là transférée au dispensaire. Elle tenait des discours décousus et contradictoires. On la déclara folle et elle fut internée à l'asile municipal de Banstead. Sa folie était due à l'alcool et aux soucis.

Mary Ann, la grand-mère maternelle de Charlie vécut elle aussi à l'asile de Banstead. Hannah n'avait aucun moyen de subsistance car Leo était sorti de sa vie et Charles ne lui versait aucune pension.

Elle réussit à se faire engager au Canteen à Aldershot pour chanter.

Mais sa voix s'était détériorée et un soir de 1894 Charlie la remplaça et chanta une chanson qui décrivait la consternation des anciens partenaires d'un marchand ambulant qui venait d'hériter et qui les traitait avec des grands airs. Son interprétation lui valut un franc succès et le public jeta des pièces sur la scène. Charlie annonça qu'il reprendrait la chanson quand il aurait ramassé l'argent ce qui lui valut de nouveaux applaudissements et de nouvelles pièces. La situation financière d'Hannah était désespérée mais elle donnait de la gaieté et des menus plaisirs à ses fils : le spectacle de comédie hebdomadaire et les harengs fumés au petit déjeuner. C'est Hannah qui enseigna la pantomime à Charlie. Elle observait les gens et illustrait ce qu'elle voyait avec ses yeux et l'expression de son visage.

En 1895, Hannah tomba malade. Elle souffrait de maux de tête. Elle fut admise, le 29 juin, au dispensaire de Lambeth où elle resta un mois. Le 1er juillet, Sydney entra à l'hôpital puis fut transféré à l'école de Norwood West où l'on s'occupait des enfants pauvres.

Charlie fut installé chez les Hodges (une branche de sa famille). Il fut inscrit à l'école d'Addington road mais n'y resta qu'une semaine ou deux et ne bénéficia jamais d'une période de scolarité prolongée.

Charlie et Sydney furent ensuite admis dans un centre pour enfants pauvres. Charles Chaplin senior dut comparaître devant le comité de secours du district. Il accepta de prendre Charlie mais pas Sydney qui n'était pas son fils. Hannah intervint car elle ne voulait pas que ses fils puissent habiter avec Charles senior alors qu'il vivait avec une autre femme. Charles s'engagea à payer une personne pour les enfants mais ne le fit pas. Les enfants furent placés à l'école de Hanwell. C'est là qu' en 1896, Charlie attrapa la teigne.

Mais la vie l'école était saine. Les garçons se souvenaient surtout avec horreur des châtiments hebdomadaires infligés à la canne par le « capitaine » Hindam, le maître d'exercice de l'école.

Charlie et Sydney avait tissé, à cette époque, des liens très étroits qui ne se rompirent point de toute leur vie. Charlie allait être momentanément privé de la protection de son frère qui, en novembre 1896, fut transféré sur le navire école Exmouth.

Les deux garçons restèrent dans leurs institutions respectives durant toute l'année 1897. L'Assistance Publique recherchait le père de Charlie, qui refusait de payer toute pension, pour l'arrêter. C'est le frère de Charles senior, Spencer, qui assuma les arriérés de paiement. Mais l'Assistance Publique décréta que les deux garçons devaient vivre chez leur père. Un avis de recherche fut lancé et cette fois Charles senior dut payer sa dette mais se déchargea de toute responsabilité future sur Hannah et demanda que les enfants lui soient confiés. En janvier 1898, Charlie rentra chez sa mère et Sydney les rejoignit le même mois. Mais leur mère fut transférée à nouveau au dispensaire.

Une semaine après l'enterrement de leur mère, Sydney et Charlie furent renvoyés à Norwood et confiés à leur père. Charlie avait un autre demi-frère, fils de Charles et de sa nouvelle compagne Louise. Louise était maussade et rancunière. Les garçons durent rester deux mois chez leur père avec cette ambiance lourde. La maladie de Hannah connaissait des périodes de rémission. Elle récupéra ses enfants fin 1898. Charles senior payait la pension. Hannah était retournée à la couture. Le 25 novembre 1898 fut le dernier jour que Charlie passa  à l'école de Kennington. Il était sur le point de devenir un acteur professionnel. Il fut découvert par William Jackson, le fondateur de la troupe des Eight Lancashire Lads.

En réalité, c'est le père de Charlie qui avait incité Jackson à engager Charlie. Charlie continua sa scolarité mais de façon épisodique. Charlie faisait des claquettes. Ses débuts eurent lieu au théâtre royal de Manchester. Il imitait un artiste anglais célèbre, Bransby Williams dans « The Old comedy shop ». Mais sa perruque de vieillard lui allait mal et son murmure inaudible exaspérait le public. Charlie continua de tourner avec les huit gars du Lancashire en 1899 et 1900. Charlie joua les chats et les chiens dans un spectacle intitulé Cinderella joué dans une énorme salle, l'Hippodrome.

Il y rencontra Marcelin, un clown français qui fut l'attraction de l'Hippodrome pendant plusieurs années sous le titre « Continental August ». Charlie ne l'oublia jamais. Charlie quitta les gars du Lancashire parce que William Jackson en avait assez de la présence de sa mère en coulisses et de ses reproches continuels sur les pâleurs de son fils.

À cette époque, Hannah dut recueillir son père malade avant qu'il ne soit admis à l'hospice. Sydney décida de partir en mer en 1900 comme-steward à bord du Norman.

Il envoya de l'argent à sa mère pour qu'elle s'installe avec Charlie dans deux chambres sur Chester street.

Le père de Charlie mourut le 9 mai 1900 à cause d'une cirrhose du foie.

Peu avant, Charlie avait vu son père qu'il embrassa pour la première fois de sa vie. Le 31 mai, Sydney débarqua et donna sa paye qui assura un bon été à sa mère et à Charlie. Charlie abandonna l'école et vendit des fleurs pour gagner un peu d'argent. Il fut assistant chez un banquier, garçon de course chez un droguiste, réceptionniste dans un cabinet de médecins puis groom dans un hôtel particulier. Il fut renvoyé car trouvé par la maîtresse de maison dans la cave en train de jouer du cor avec un tuyau d'écoulement. Il fut chargé de nourrir l'énorme presse Wharfedale chez l'imprimeur Stakers. Il fut fripier.

Charlie fabriqua des jouets à partir de vieilles boîtes de chaussures avec deux Écossais puis se mit à son compte en réalisant des petits bateaux.

En 1903, Hannah devint folle. Charlie du l'amené au dispensaire.

Puis elle fut internée à l'asile de Cane Hill. Charlie se lia avec des garçons qui gagnaient leur vie en coupant du bois. L'un d’eux l'invita au poulailler du South London Music-Hall de Lambeth où l'on jouait Early Birds, un grand succès de Fred Karno. Tel fut le premier contact de Charlie avec la compagnie qui allait le voir accéder à la gloire.

Sydney rentra et décida qu'il ne partirait plus.

Chapitre 2 : le jeune professionnel.

À 14 ans, la chance tourna presque brutalement pour Charlie. Il se présente à l'agence théâtrale Blackmore. Il fut envoyé dans les bureaux de Charles Frohman. Le régisseur de Frohman, C. E. Hamilton engagea Charlie pour jouer le rôle de Billy le groom dans Sherlock Holtmes de William Gilette.

M. Hamilton apprit à Charlie qu'il pourrait décrocher un autre rôle dans « Jim, a romance of Cockaysse ». Son auteur H. H. Saintsbury jouait Sherlock Holtmes et écrivait des pièces. Il se prit de sympathie pour Charlie et lui confia le rôle immédiatement. Mais la pièce ne marcha pas, elle ne fut jouée que du 6 juillet au 18 juillet 1903.

Avec l'argent gagné pour son rôle dans Sherlock Holmes, Charlie s'acheta un appareil photo et en tira profit en devenant photographe de rue à temps partiel. « Sherlock Holmes » rencontra le succès et Charlie voyage dans tout le Royaume-Uni. Pendant ce temps, Sydney était devenu barman. Mais Charlie lui trouva un rôle et ils jouèrent ensemble. Hannah eut une nouvelle période de rémission et sortit de l'asile le 2 janvier 1904. Quand ils s'installèrent avec leur mère pendant l'été 1904, les frères regrettèrent les avantages de leur vie de tournée.

Puis Charlie reprit son rôle de Billy et Sydney s'embarqua à nouveau. Ce fut durant ce voyage que Sydney découvrit ses dons de comédien en solo. En mars 1904, Hannah replongea dans la folie.

Elle retourna dans l'asile de Cane Hill. Elle ne devait jamais recouvrer la raison.

Charlie resta sans travail pendant 15 semaines puis repris la tournée Sherlock Holmes avec une nouvelle troupe. Puis Gilette revint à Londres et proposa le rôle de Billy à Charlie pour une nouvelle pièce «The Painful Predicament of Sherlock Holmes » mais la pièce ne connut pas le succès et s'acheva le 14 octobre 1904.

Charlie reprit son rôle dans la pièce inusable « Sherlock Holmes » et tomba amoureux de Marie Dora, jeune actrice de 23 ans qui jouaient le rôle de Mrs Faulkner.

Deux jours après la première de « Sherlock Holmes », Charlie reçut une place pour assister aux funérailles du grand acteur Sir Henry Irving à l'abbaye de Westminster.

Tous les grands d'Angleterre étaient présents.

Chaplin réussit à faire publier son nom dans la première édition du Green Room Book ou Who's Who on the stage. Cet ouvrage présentait l'aristocratie de la scène Édouardienne. Sans doute, Charlie aurait-il pu continuer une carrière dans le théâtre traditionnel si un mouvement d'orgueil ne l'en avait éloigné. M. et Mrs Kendel cherchaient un jeune acteur pour une tournée mais Charlie répondit qu'il ne pouvait rien accepter hors de Londres. Après quoi il n'obtint pas de rôle. Sydney lui en trouva un pour un sketch « Repairs » écrit par Wal Pink écrivain et dramaturge populaire. C'était l'histoire d'une équipe de peintres, de poseurs de papier et de plombiers aussi maladroits les uns que les autres. Charlie jouait l'assistant du plombier.

Le 9 mai 1906, Charlie quitta la troupe et son rôle fut repris. Il joua dans le «Casey’s cours circus » présenté comme « les idées d'un gamin des rues pour monter un cirque ». Le sketch incluait de nombreuses imitations burlesques de célébrités du music-hall.

Charlie imita le « Dr » Badie, escroc, illusionniste qui prétendit avoir guéri 900 cas de paralysie. À la fin de la tournée du Casey’s cours circus le 20 juillet 1907, Chaplin quitta la troupe. Sydney avait trouvé un emploi régulier chez Fred Karno et aida Charlie qui était sans emploi.

Charlie décida de travailler un numéro en solo de comédien juif. Il joua ce rôle un soir mais il réalisa que son texte était pauvre et antisémite. Son maquillage et son accent étaient mal calculés pour le public majoritairement juif du voisinage. La première et unique représentation fut un désastre. Charlie dut fuir le théâtre sous les huées. Cette expérience cauchemardesque contribua très certainement par le dégoûter définitivement du théâtre et du music-hall. Ce fiasco ne l'avait pas complètement abattue puisqu'il écrivit un sketch comique, « The Twelve Just Men », inspiré d'une adaptation pour la scène de son ami Saintsbury, «The Four Just Men ». Ces 12 hommes composaient un jury délibérant sur une affaire de manquement à une promesse. Les débats étaient compliqués par la présence d'un sourd-muet, d'un ivrogne et d'autres personnages invraisemblables.

Chaplin vendit son sketch et fut engagé pour le mettre en scène mais le commanditaire se retira de l'affaire. C'est Sydney qui annonça la mauvaise nouvelle aux comédiens. Quand il dirigea son propre studio, Chaplin, incapable d'annoncer lui-même une mauvaise nouvelle, renvois ou réprimandes, s'en déchargea toujours sur des intermédiaires.

Chapitre 3 : avec le gouverneur.

Au début du XXe siècle, les sketches comiques constituaient la base des spectacles de music-hall. La troupe des Silent comedians de Karno surclassait toutes les autres. La pantomime, considérée au sens le plus large, avait été stimulée par les lois du XVIIIe siècle qui interdisaient les dialogues sur toute scène à l'exception des deux théâtres royaux, les établissements qui n'avaient pas de patente développèrent un style de spectacle sans parole, avec de la musique et du mime pour expliquer l'intrigue. Les principales stars de la compagnie Karno se nommaient Fred Kitchen ou encore Billy Reeves, créateur du rôle de l'ivrogne dans Mummy Birds, que Chaplin allait reprendre avec un succès incomparable, le premier contrat de Sydney avec Karno date du 6 juillet 1906, il fut engagé comme « pantomime ». Il fut sélectionné pour partir avec l'une des deux troupes envoyées en Amérique pour la seconde saison de Karno outre-Atlantique.

Sydney jouait l'ivrogne dans Mummy Birds. En février 1908, enfin, Karno consenti à ce que Charlie fasse un essai de deux semaines. L'essai eut lieu dans le gigantesque Colisée de Londres. Charlie jouait le rôle du méchant de comédie, qui tente de corrompre le gardien de but pour qu'il perde le match. Charlie entra en tournant le dos au public ; il portait un chapeau de soie, un manteau de soie et tenait une canne avec élégance.

Les premières salves de rires éclatèrent quand, se tournant brusquement vers le public, il dévoila une svelte silhouette affublée d'un monstrueux nez cramoisi.

Il fit un drôle de faux pas, s'empêtra dans sa canne et s'écrasa contre le punching ball. Charlie fut engagé le 21 février 1908.

Pour la première fois de leur vie, les frères Chaplin ne connaissaient plus de problème d'argent. Chaplin avait 19 ans. Karno a reconnu qu'il n'était pas très agréable : « je l'ai vu passer des semaines sans dire un mot à quiconque. Il pouvait se montrer causant à l'occasion, mais il n'était guère sociable ou démonstratif. Il vivait comme un moine, avait la boisson en horreur, et mettait la majeure partie de ses gains à la banque dès qu'il les recevait. »

Stanley Jefferson, le futur Stan Laurel, se souvenait que : « pour certains, il avait l'air inabordable et hautain. Mais il ne l'était pas, pas du tout. Il y a une chose que beaucoup de gens ignorent ou refusent de croire à propos de Charlie : c'est un homme très, très timide, on pourrait presque dire désespérément timide. Il n'arrivait pas à se mêler aux autres, sauf si on venait à lui et qu'on lui offrait son amitié ou s'il se trouvait parmi des gens qui ne le connaissaient pas. Alors, il oubliait sa timidité. »

Vers la fin de l'été 1908, Chaplin tomba amoureux. Elle s'appelait Henriette Florence Kelly, née en octobre 1893, à Bristol. Hetty (Henriette) dansait avec les Yankee doodle Girls au Streatham Empire, où se produisait la troupe Karno. En sortant de scène, elle le pria de lui tenir son miroir.

Il obtint un rendez-vous mais elle avait 15 ans et pensait qu'elle était trop jeune et que Charlie lui demandait trop. Chaplin ne devait jamais oublier Hetty, dans sa vie comme dans son art. À l'automne 1909, Charlie joua à Paris aux Folies bergère avec la troupe Karno. Il joua l'ivrogne de Mummy Birds. À cette époque, Sydney pourvoyait la troupe en idées et en sujets, tout en jouant les grands rôles des sketches.

En avril 1910, Karno offrit à Chaplin la vedette d'un sketch inédit : Jimmy the fearless, or the Bay Ero. Le sketch débutait dans un petit salon d'une famille prolétaire ou le père et la mère attendait leur fils Jimmy ; il arrivait en retard en expliquant effrontément qu'il était resté dehors « avec un p’tit bout d’femme ».

Chaplin refusa le rôle mais après l'avoir vu jouer par un autre il l'accepta. « Jimmy » fut un succès immédiat pour Karno et pour Chaplin. La façon dont Karno traitait ses vedettes était parfois brutale. Pour négocier un nouveau contrat avec Chaplin, il avait monté un coup : un soi-disant directeur d'un théâtre de province devait l'appeler au téléphone pendant la négociation et lui affirmer que Chaplin était mauvais et ne méritait aucune augmentation. Reeves l'assistant de Karno choisit Chaplin pour la tournée de la troupe Karno aux États-Unis. Karno était soulagé car il ne voulait pas que ce soit Sydney qui parte aux États-Unis au risque de le perdre.

Charlie dut jurer devant le « gouverneur » (Karno) qu'il reviendrait. Son contrat fut renouvelé jusqu'en 1914. Pour la tournée aux États-Unis, Karno avait imaginé un nouveau sketch «The Wow-Wows  on a night in London secret society». La première scène se passait dans un camping, l'été. Ses occupants décidaient de se venger d'Archie le grippe-sou en créant une fausse société secrète. La seconde scène se voulait une satire des invraisemblables cérémonies d'initiation de ces mystérieuses sociétés.

Les acteurs trouvèrent ce sketch stupide et faible. Chaplin sauva le spectacle. La troupe présenta alors un autre sketch. A night in a London club avec Chaplin comme acteur principal. En supplément la troupe offrit un curieux divertissement A Harlequinade in black and whithe : an old style christmas pantomime, qui était joué derrière un large écran blanc, comme un spectacle d'ombres chinoises.

Chaplin avait trouvé New York intimidant puis il avait été stimulé par l'énergie de la vie états-Unienne et par l'apparente absence de classes dans ce pays.

La tournée aux États-Unis dura 21 mois.

Au retour, son frère Sydney lui apprit qu'il s'était marié avec une actrice de la troupe Karno et donc quitté leur appartement. Ce fut la première fois de leur vie que les deux frères prirent des distances. Charlie installa sa mère dans une maison de repos.

Puis Charlie rembarqua en 1912 pour les États-Unis. À Winnipeg, au Canada, Charlie croisa le frère de Hetty Kelly qui lui donna des nouvelles du premier grand amour de Charlie et Tommy Bristol qu'il avait côtoyé dans la troupe des huit gars du Lancashire.

En 1913, Charlie reçut une proposition de Keystone, une société de cinéma. Il accepte de travailler pour elle après la fin de sa tournée avec Karno.

Chapitre 4 : à l'écran.

C'est Mack Sennett qui revendiqua la découverte de Chaplin pour le cinéma. Elle date de fin 1912. Il l'avait vu jouer «A Night in an english music-hall » à New York.

Une autre version plus convaincante permet de penser que c'est Harry Aitken, actionnaire de la Keystone qui subtilisa Chaplin à Karno. Au printemps 1913, Kessel et Bauman de Keystone renvoyèrent un télégramme à Reeves pour engager Chaplin. Charlie devait remplacer Fred Mace, une vedette qui venait de partir. Il gagna 150 $ par semaine. Sennett de son vrai nom Michael Sinnott, s'était lancé dans le cinéma en 1908.

Il avait travaillé avec D. W. Griffith comme acteur. Il devint réalisateur en 1910. La Keystone fut montée en 1912 et Sennett la rejoignit aussitôt. Comme Karno, Sennett était coriace, brutal, intelligent, autodidacte. Au début, Chaplin fut intimidé par la méthode de Sennett. Il n'y avait aucun scénario. Charlie était habitué aux mois de polissage des sketches de Karno.

Chaplin doutait de la compétence de metteur en scène de Henru Lerhman, le réalisateur du premier film de Charlie « mais pour gagner sa vie ».

Dans ce film, le costume, le maquillage et le personnage de Chaplin évoquaient l'Archibald Binks des sketches de Karno, Wow-Wows et A Night in a London club. Ce n'était pas encore l'image de Charlot. Son allure lui donnait l'air d'un méchant minable. Chaplin détestait le film.

Il se sentit outragé en découvrant qu'au montage, Lehrman avait supprimé et défiguré les gags qu'il avait introduits. Plus tard, Chaplin adopta son costume de Charlot et prit plus d'influence dans le film. Le point de vue historique traditionnel sur les innovations apportées par Chaplin à la Keystone est qu'il a réussi, malgré la résistance et les doutes de Sennett et de ses comédiens, à ralentir le rythme frénétique et à introduire des gags d'une subtilité nouvelle.

Chaplin créa le costume et le maquillage qui allaient devenir universels dès son deuxième film, « L'Etrange aventure de Mabel ». Le costume du vagabond, créé semble-t-il instantanément et sans aucune modification, n'allait que très légèrement évoluer au cours des 22 ans de sa carrière. Selon la légende, il fut composé par un après-midi pluvieux, dans la loge commune des acteurs de la Keystone : Chaplin emprunta un pantalon énorme de Fatty Arbuckle, la petite veste de Charles Avery, les chaussures taille 46 de Ford Sterling, un chapeau melon trop petit appartenant au beau-père d'Arbukle et une moustache destinée à Mack Swain.

Cette version précise et colorée de la genèse du vagabond paraît être née au studio et Chaplin ne l'a jamais endossée.

Dans son autobiographie, il raconte qu'il composa son costume en allant à la garde-robe. Son idée était de créer un ensemble de contrastes. L'un de ses collègues, chez Karno, Fred Kitchen, se plaignait courtoisement qu'il était l'inventeur du costume et de la démarche. Chaplin raconta à un journaliste qu'il avait conçu ce pas traînant à partir de celui d'un vieil homme appelé «Rummy » Binks, dont l'activité consistait à héler des fiacres à la sortie du Queen’s Head, le pub de son oncle Spencer Chaplin. Un autre acteur, Will Murray, revendiquait la paternité de la façon particulière qu’avait Chaplin de tourner un coin en pivotant sur une jambe l'autre restant tendue horizontalement, puis de se précipiter dans une nouvelle direction. Selon Billy Danvers, un acteur de Karno, cette figure était communément utilisée dans la troupe comme un moyen efficace et drôle de mettre à profit l'espace limité des petites scènes hors des villes… Mabel Normand était née en 1892. Elle avait un père français. Elle avait été modèle et commença le cinéma en 1910. Elle devint la « Chaplin féminine » ou le faire-valoir de Chaplin pendant la période Keystone.

Il n'y eut rien entre elle et Chaplin car elle réservait ses charmes à Sennett. Comme Chaplin et Lehrman ne s'entendaient pas, Sennett assigna à Charlie nouveau metteur en scène, George Nichols. Mais Chaplin ne s'entendit pas mieux avec lui alors Sennett prit le relais. À cette époque, Reggy Pearce était son premier amour à Hollywood. Elle avait 18 ans, et vivait avec ses parents et était invinciblement vertueuse. Chaplin n'était pas prêt pour le mariage et l'aventure ne dura guère.

Sennett eut la mauvaise idée de confier la mise en scène de « Mabel au volant » à Mabel Normand. Charlie ne pouvait que se cabrer, devant les ordres d'une fille plus jeune que lui. Chaplin accepta de finir « Mabel au volant » sous le contrôle de Sennett mais, tirant parti de la situation, il annonça qu'il désirait mettre en scène ses propres films.

À partir de ce moment, et jusqu'à la fin de son contrat avec la Keystone, Chaplin mit en scène tous les films qu'il interpréta sauf le « Roman comique de Charlot et Lolotte » réalisé par Sennett. Sennett était dubitatif quant au succès de Chaplin comme réalisateur et demanda une garantie de 1500 $ à Chaplin pour le cas où son premier film comme metteur en scène fut un échec mais ce fut un succès. Le film s'intitulait « Charlot est encombrant » (Caught in the rain). En six mois, Chaplin ne réalisera pas moins de 16 films, dont quatre d'une durée d'une demi-heure chacun. Ils étaient inégaux, certains étaient tout bonnement ratés, d'autres esquissaient des idées qui seraient reprises et raffinées plus tard.

Le dernier film de Charlie pour la Keystone fut « Charlot roi » sorti en salles le 7 décembre 1914.

Dans « le Roman comique de Charlot et Lolottte », Charlie jouait sous une autre direction que la sienne. C'est aussi la seule et unique fois de sa carrière où il servit de faire-valoir à une autre star.

Entre le moment où Charlie se lança dans la mise en scène et son départ de la Keystone, la vie privée de Chaplin n'avait laissé pratiquement aucune trace : tout simplement parce que sa vie se limitait presque entièrement à son travail. Charlie embrassa Mabel Normand lors d'un gala de bienfaisance mais il ne s'ensuivit rien.

Tous deux se voulaient loyaux envers Sennett. Chaplin et Sennett s'était lié d'affection, et ce dernier avait pratiquement adopté sa star : les deux hommes dînaient ensemble tous les soirs. Sennett comme Chaplin était conscient de la valeur marchande de Charlot. Charlie avait raconté qu'il avait discuté avec Sennett le renouvellement de son contrat à peu près au moment de la déclaration de guerre : il voulait 1000 $ par semaine pour la prochaine année. Sennett répliqua que lui-même n'en gagnait pas autant.

Chapitre 5 : la compagnie Essanay.

Au début du mois de novembre 1914, Sydney arriva en Californie et se mit au travail à la Keystone. Il s'était inventé un personnage nommé «Gussle ». Charlie envisageait de monter sa propre maison de production mais Sydney l'en dissuada. Il reçut la visite d'un émissaire de la Essanay Film Manufacturing Company. Cette compagnie était dirigée par Spoor et Anderson.

Anderson était à la fois producteur et acteur de la série des Broncho Billy.

Anderson conclut un arrangement avec Charlie mais sans en parler à Spoor. Charlie gagnerait 1250 $ par semaine plus une prime de 10 000 $.

Dans son premier film pour Essanay, intitulé opportunément Charlot débute, comme dans Charlot fait du cinéma, plante la scène à l'intérieur d'un studio. Ce choix lui offre l'avantage d'avoir un décor et des accessoires sous la main et par conséquent de moins dépendre de l'équipe Essanay. Chaplin commença d'organiser une petite troupe à sa mesure. De Chicago, il fit venir Ben Turpin, Leo White et Bud Jamison. Il recruta un ancien de Karno, Billy Armstrong. Restait à trouver l'actrice principale. Ce fut Edna Purviance. Chaplin fut tellement séduit qu'il se posa la question de savoir si elle avait ou non un don de comédienne après l'avoir engagée. Les huit années suivantes, elle jouerait avec Chaplin dans 35 de ses films et se révélerait une actrice captivante. Cette association, tant professionnelle que privée, fut l'une des périodes les plus heureuses de la vie de Chaplin. Chaplin ne voulait plus se conformer à la pratique Essanay de montage des négatifs et il exigea de pouvoir travailler les rushes sur des positifs. Mais Charlie ne se fâcha pas avec le monteur et cadreur Totheroh puisqu'il lui demanda d'entrer dans son équipe un an plus tard lorsque Chaplin prit la direction de son propre studio. Charlot ne fut jamais satisfait du studio de Essanay à Niles ; en revanche, la nature alentour allait offrir d'admirables extérieurs.

Dans « Le vagabond » Charlot fait sa sortie classique pour la première fois. La caméra le suit tandis qu'il se dandine tristement sur la route, les épaules voûtées, image de la défaite. À cette époque, et dans ses comédies, Chaplin créa une image magistrale et inoubliable de l'exploitation et de l'humiliation du travailleur de l'envers de la croyance victorienne dans les valeurs salutaires du labeur.

Ce sont ces aspects de la vision chaplinesque qui toucheront au coeur les grandes masses des spectateurs du début du XXe siècle. Ses comédies sans «Happy end » étaient une nouveauté.

Les critiques commencèrent à pressentir que Chaplin était différent de tous ceux qui le précédaient. Une bonne idée ne s'épuise jamais, disait Chaplin : c'est ainsi qu'il décida d'adapter à l'écran le succès de Karno Mumming birds, sous le titre de Charlot au music-hall (A Night in the show).

Durant ces derniers jours à la Essanay, Chaplin s'essaya une section intitulée Life, qui devait marquer une nouvelle étape dans la comédie réaliste. Ce projet fut abandonné. Quelques scènes prévues pour Life, notamment une séquence dans un asile de nuit, seront incorporés à Charlot cambrioleur (Police).

Le dernier film de Chaplin pour la Essanay, Charlot joue Carmen (Charlie Chaplin’s Burlesque on Carmen), et son seul essai dans le genre de la parodie, couramment pratiqué à cette période. En décembre 1915, le film avait deux bobines, mais Chaplin n'était plus sous contrat et la Essanay décida de tenter un coup financier en en faisant un long-métrage.

On appela Leo White pour diriger quelques séquences complémentaires avec un nouveau personnage, Don Remendado (Ben Turpin) ; on récupérera aussi les chutes pour allonger les scènes avec Chaplin. À sa sortie, le 22 avril 1916, le film ne comportait quatre bobines.

L'horreur de ce qu'il vit cloua Chaplin au lit pendant deux jours. Chaplin saisit les tribunaux pour empêcher la distribution de Charlot joue Carmen, arguant du fait qu'il n'avait pas donné son accord pour l'histoire ; que ses droits d'auteur avaient été bafoués ; qu'il s'agissait d'une imposture envers le public ; que son rôle avait été dénaturé. La demande de Chaplin fut rejetée. Essanay argua d'un accord avec Chaplin. Celui-ci devait livrer 10 comédies en deux bobines avant le 1er janvier 1916 mais il n'en livra que cinq. La production et le financement de Charlot joue Carmen eurent lieu dans le cadre de cet arrangement. Essanay réclamait donc 500 000 $ pour les films non livrés par Chaplin.

Trois ans après la fin du contrat de Chaplin, Essanay récupéra de séquences de Life et sortit « Triple trouble » (Les avatars de Charlot).

L'année 1915 et celle de l'explosion Chaplin. Tous les journaux publiaient des dessins et des poèmes de lui, il était un héros de bandes dessinées, de dessins animés, on faisait des poupées Chaplin, des jouets Chaplin, des livres Chaplin, des chansons, des danses…

Durant l'automne 1915, Sydney se trouva libéré de son contrat avec la Keystone et il proposa à son frère de se consacrer à temps complet à la gestion de ses affaires. Dans cet esprit furent créés la Chaplin Music Company et la Chaplin Advertising Service Company.

Mais elles ne durèrent pas.

Dès l'arrivée de Chaplin aux États-Unis s'était manifestée une étrange fascination pour ses origines. On lui chercha des origines juives. En 1915, quand on lui demanda s'il était juif, Chaplin répondit : « je n'ai pas eu cette heureuse fortune ».

Tout au long de sa vie, Chaplin continua de témoigner aux juifs une profonde admiration. Il fut la cible de l'antisémitisme nazi. Il déclara avoir réalisé « Le dictateur » pour les juifs du monde. À cette époque, il refusait énergiquement de contredire toute information le désignant comme juif. Comme il expliqua à Ivor Montagu : « quiconque nie la chose pour se protéger joue le jeu des antisémites ».

Chapitre 6 : Mutual film corporation.

En 1916, Chaplin connaissait sa valeur et avait refusé une offre de 350 000 $ pour 12 films proposés par Spoor avec qui il entretenait des relations encore supportables. Personne ne put dépasser l'offre de Joseph R. Freuler de la Mutual film corporation. Il proposa à Chaplin 10 000 $ par semaine avec un bonus de 150 000 $ à la signature. Personne au monde, sinon en roi ou un empereur, n'avait gagné seulement la moitié de ce salaire. Le mythe de la pingrerie de Chaplin est né à cette époque car il considérait avec philosophie que le public pourrait se lasser de lui et ne voulait pas jeter l'argent par les fenêtres.

Il n'avait pas oublié Hetty Kelly. La croyant à New York, il avait tourné autour de sa maison dans l'espoir de la rencontrer mais elle était en Angleterre où, six mois plus tôt, elle avait épousé le lieutenant Alan Horne. Pour la première fois depuis un an, Chaplin et Edna se trouvèrent séparés. Charlie était allé voir Caruso à l'opéra de New York. Caruso n'était pas intéressé par Chaplin. La tante de Charlie, Kate, mourut d'un cancer et il ne reste plus personne dans la famille pour surveiller Hannah, la mère de Charlie. Le nouveau studio, le Lone Star, où travaillerant Charlie ouvrit le 27 mars 1916. Roland Totheroh, qui travaillait pour Essanay, fut engagé par Charlie comme chef opérateur pour son premier film à la Mutual, Chaplin voulut s'entourer de sa propre troupe d'acteurs. Edna Purviance restait sa vedette féminine. Leo White quitta Essanay pour le rejoindre. Vinrent les rejoindre Albert Austin (un ancien de la troupe Karno) et Eric Stuart Campbell, un Goliath idéal pour le David que Chaplin était. Nous possédons sur les méthodes de travail de Chaplin des traces beaucoup plus précises que pour d'autres metteurs en scène du muet. Sydney, toujours prévoyant, conserva soigneusement dans un coffre les prises non utilisées et les chutes de films et de la Mutual. Lorsqu'en 1952 Chaplin ferma son studio, Totheroh reçut l'ordre de détruire cette masse de pellicule.

Mais plusieurs centaines de bobines furent récupérées par le distributeur à Raymond Rohauer ; elles ont fourni la base de le « Chaplin inconnu » (1982) de Kevin Brownlow et David Gill.

Chez Chaplin, les sentiments sont toujours sauvés de la mièvrerie par la comédie et par la combativité que garde le personnage dans son désespoir. Chaplin a un moyen favori pour désamorcer le pathos, c'est la farce.

Une nouvelle recrue, Henry Bergman, qui tenait le rôle de l'usurier, dans « Charlot et usurier », allait devenir un membre indispensable de l'entourage de Chaplin durant les 30 années à venir. Bergman était un célibataire qui allait vouer à Chaplin une passion adoratrice et obsessionnelle. Il jouait auprès de lui les assistants, les confidents, et Chaplin était trop heureux de pouvoir se reposer sur un secrétaire et faire valoir. Chaplin l'utilisa comme acteur jusqu'aux « Temps modernes ».

L'orgueil de Bergman d'être dans les confidences du patron et de pouvoir jouer n'importe quel rôle lui valait néanmoins les jalousies du reste de l'équipe. L'année 1916 se termina sur quelques sujets d'irritation dont le moindre ne fut pas la publication d'un livre intitulé « Charlie Chaplin’s own story ».

Malgré les efforts incessants de Chaplin pour en interdire la publication, cette biographie apocryphe à continuer jusqu'à aujourd'hui à semer la confusion et erreur sur sa vie. Chaplin reçut un exemplaire fin septembre 1916 et fut scandalisé par les contrevérités manifestes de la page de garde : « la narration fidèle d'une carrière romantique commençant par les souvenirs d'une enfance londonienne et s'achèvant avec la signature de son dernier combat pour le cinéma (…) ».

Le sujet de cette biographie a le grand plaisir d'exprimer sa reconnaissance et ses remerciements à Mrs Rose Lane, pour son « aide éditoriale inestimable ». Le « sujet » était en fait tout sauf reconnaissant. Le livre débutait par le récit de sa naissance dans une petite ville française (à ses débuts, Chaplin avait fait croire à une naissance en France pour complaire aux reporters). La mère de Chaplin avait droit à un traitement aimable mais son père était dépeint comme une brute alcoolique et les premiers employeurs de l'acteur n'étaient pas mieux lotis. Malgré ces non-sens mélodramatiques et fallacieux, ce livre a inspiré ou dérouté pendant des décennies de nombreux historiens de Chaplin.

L'éditeur donna l'engagement que le livre ne serait pas vendu sans le consentement de Chaplin. Ce livre de si peu de valeur par son contenu est devenu la plus grande rareté de la bibliographie de Chaplin. Le stock fut détruit à l'exception de deux exemplaires qui ont répandu leur poison chez les historiens du cinéma.

Stan Laurel en possédait un qu'il annota de ses corrections et offrit à l'un des biographes de Chaplin, John McCabe. Une autre campagne se développait dans la presse visant à discréditer Chaplin pour ne pas s'être engagé dans l'armée britannique. Chaplin répondit par un communiqué à la presse : « je me tiens prêt à répondre à l'appel de mon pays, pour servir dans n'importe quel corps et à n'importe quel poste que les autorités nationales considéreront comme le meilleur (…). J'ai versé entre-temps un quart de millions de dollars pour les activités de guerre de l'Amérique et de l'Angleterre ». Je me suis inscrit sur la liste d'enrôlement et n'ai demandé ni exemption ni faveur ».

L'ambassade britannique confirma.

La campagne ne diminuera d'intensité que lorsque Chaplin se présenta en personne à un bureau de recrutement et fut réformé pour son poids insuffisant. Mais pendant encore plusieurs années il allait recevoir des insultes anonymes.

S'il avait fait ce qu'on attendait de lui, et répondu à l'appel de son pays en 1914, ses chances de survie à la guerre auraient été minces. Il n'aurait représenté qu'une note en bas de page dans l'histoire du cinéma.

Vers la fin de 1916, Chaplin modifia son train de vie en engageant un valet-secrétaire, Tom Harrington, qui allait devenir, selon ses propres mots, « le sine qua non de mon existence ».

À cette époque, Charlie rencontra la comédienne Constance Collier. Elle avait été son héroïne pendant la jeunesse de Charlie à Londres. Ils restèrent amis jusqu'à la mort de Constance en 1955. Elle lui fit changer sa diction et rencontrer Douglas Fairbanks qui fut un grand ami de Charlie. Vers la fin de sa vie, Chaplin avoua que Fairbanks avait sans doute été son seul ami vraiment proche.

Les derniers films de Chaplin à la Mutual restent parmi ses meilleures créations. Lors du tournage de Charlot policeman Chaplin fut blessé au nez lorsque Eric Campbell tordit le réverbère. Les pluies californiennes furent torrentielles et le bébé que Chaplin berçait dans le film lui vola sa moustache. À cette époque, Chaplin avait une vieille ambition : réaliser une comédie dramatique dont l'action se situerait à Paris, au Quartier latin. Chaque jour, dans le studio Lone Star, se déroulait une cérémonie.

L'arrivée de Chaplin au studio était ponctuée par un « le voilà ! ». Chacun s'arrêtait instantanément : acteurs, machinistes, électriciens, tous se mettaient en ligne, attentifs. Alors Chaplin passait les portes du studio. Il arrivait dans une grosse voiture de sport. Deux hommes occupaient le siège avant. Là grand et mince sautait à terre, l'autre était un japonais (Toraichi Kono son chauffeur). Le premier courait ouvrir la porte et Chaplin descendait. Il portait un long manteau noir avec un col d'Astrakhan.

Il traversait lentement la cour du studio. Toute la bande faisait ça pour rire et Chaplin n'était pas dupe.

Après « l'Emigrant », Chaplin tourna « Charlot s'évade ». La presse rapporta que Chaplin avait plongé dans les flots du canyon Topango et sauvé de la noyade petite fille de sept ans. Elle avait été entraînée par une vague alors qu'elle regardait du haut d'un rocher le travail de l'équipe.

« Charlot s'évade » fut le dernier film d'Eric Campbell qui mourut le 20 décembre 1917 d'un accident de voiture.

En 1917, la vogue Chaplin était telle que dans les bals costumés 9 hommes sur 10 se déguisaient en Charlot. En février 1917, un voleur utilisa le costume de Charlot pour faire un hold-up à Cincinnati.

Cela fit naître des imitateurs dont Stan Laurel. Il faisait des circuits de vaudeville avec un numéro intitulé « le trio Keystone » dans lequel il imitait Chaplin. En novembre 1917, Chaplin se vit contraint d'engager contre ses imitateurs des poursuites que l'on a jugées comme « les plus radicales dans le milieu du cinéma ».

À l'automne 1917, le demi-frère dont Charlie avait perdu trace depuis plus de 20 ans refit surface en écrivant à Edna Purviance. Il avait écrit à Charlie et à Sydney mais n'avait reçu aucune réponse. Charlie et Sydney finirent par reconnaître Wheeler Dryden comme leur demi-frère au milieu des années 20.

Il visita Hollywood et Hannah put enfin revoir ce fils qui lui avait été enlevé. En 1939, Wheeler devint membre permanent de l'équipe du studio de Chaplin jusqu'au départ de Charlie des États-Unis.

Edna commença à tromper Charlie, elle était jalouse devant la passion dominante de Chaplin pour le travail.

Charlie s'en était voulu de l'avoir négligée. Il eut de la peine après leur rupture et espéra une réconciliation. La liaison d’Edna avec son amant, l'acteur Thomas Meighan fut brève. Après quoi, elle n'essaya jamais de s'imposer dans la vie privée de Charlie. Elle ne se maria jamais et continua de collecter des articles sur C.

Chapitre 7 : l'indépendance : désagréments et satisfactions.

Charlot s'évade concluait le contrat avec la Mutual.

Compagnie offrit 1 million de dollars pour huit le nouveau film mais il refusa signer avec la compagnie First national. Chaplin devenait son propre producteur et il s'engageait à réaliser dans l'année huit films en deux bobines. Le First national avançait 125 000 $ par négatif, le salaire de Chaplin était inclus. Sydney se battit pour les intérêts de son frère alors qu'il avait ses propres soucis. Sa femme Minnie avait dû subir une dangereuse intervention au deuxième mois de sa grossesse et il avait fallu sacrifier l'enfant. Le couple n'en aurait jamais.

En 1917, Rob Wagner entra dans la vie de Chaplin. Ce professeur de grec et d'art était à ce point fasciné par Chaplin qu'il envisagea de commencer la biographie de Charlie. En fait, il allait plutôt travailler comme attaché de presse et écrire des articles nombreux et perspicaces sur son art. Le nouveau studio de Chaplin était en construction entre Sunset Boulevard et l'avenue La Brea à Hollywood. Totheroh filma la construction du studio (le film le fut monté de manière à donner l'illusion amusante et magique d'un champignon en train de grandir). Il voulut en faire un film à deux bobines mais la First national refusa. Il utilisa donc plus tard ce matériel comme introduction à une compilation de films de la First national : The Chaplin Revue. Le studio achevé fut ouvert au public en janvier 1918 mais deux individus qui s'étaient présentés comme journalistes passèrent trois jours dans le studio avant d'être découverts en train d'espionner une séance de travail de la production. Ils avaient dérobé une série de huit esquisses des décors d'Une vie de chien ainsi que les notes dactylographiées relatant les discussions sur l'intrigue et les descriptions des costumes et des personnages.

En janvier 1918, Chaplin tournait dans le court-métrage « Une vie de chien » qui avait un autre titre provisoire (I should worry). Ce film plonge dans la réalité de la pauvreté encore plus que les précédents de Charlie. Le chien du film s'appelait Mub. C'était un bâtard qui resta toute sa vie dans le studio de Chaplin. Chaplin était lunatique et voulut abandonner « Une vie de chien » au bout de deux semaines de tournage pour faire un autre film qu'il aurait appelé «Wiggle and son ». Le titre final de « Une vie de chien » aurait été suggéré par une remarque de Harry Louder à Chaplin : « quelle vie de chien vous menez en ce moment, Charlie ! ».

Mub s'était tellement attaché à Charlie que quand celui-ci dut partir vendre les bons de la liberté pour achever la première guerre mondiale, le chien refusa de se nourrir et mourut.

Charlie partit avec Mary Pickford et Douglas Fairbanks vendre des bons. Ils furent reçus à Washington par le président Wilson. La tournée de Chaplin dans le sud des États-Unis pour vendre les bons de la liberté l’épuisa. Après quoi il tourna « Charlot soldat » pour encourager les troupes alliées en Europe. Après le tournage de « Charlot soldat », Charlie était déprimé à cause de problèmes personnels et songea à détruire le film. Il y renonça quand Douglas rit aux larmes à la vue du film.

En 1918, Charlie rencontra Mildred Harris, elle avait 16 ans. C'était au cours d'une partie donnée par Samuel Goldwyn. Elle correspondait à l'idéal féminin de Charlie fixé depuis la rencontre avec Hetty Kelly.

Mildred tomba enceinte. Pris au piège, Chaplin fut obligé de l'épouser car il ne pouvait risquer un scandale avec une mineure. La cérémonie eut lieu le 23 septembre 1918. Edna Purviance le félicita. Charlie s'ennuyait avec Mildred qui ne brillait pas intellectuellement. Il traversa une crise. Il travaillait sur « Une idylle aux champs » mais était en panne d'inspiration. Il abandonna le film pour un autre intitulé «Putting it over » projet qui fut abandonné.

Le film fini, Charlie considéra « Une idylle aux champs » comme l'une de ses oeuvres les moins réussies et ses contemporains aussi.

La fin d'une idylle aux champs est une énigme pour les cinéphiles depuis 1919. Le suicide est-il rêvé ou le happy end est-il le rêve du suicidé ?

En 1919, Charlie voulut faire venir sa mère aux États-Unis mais l'administration britannique fit des difficultés quand la situation s'éclaircit c'est Charlie qui était abattu à cause de son mariage raté. Charlie était en pleine crise. « Charlie’s pic-nic » n'avançait pas. Après une fausse couche, Mildred accoucha le 7 juillet 1919 mai le garçon malformé mourut le 10 juillet, il s'appelait Norman Spencer. 10 jours plus tard, Charlie auditionna des bébés au studio. Il rencontra Jackie Coogan. Il fut fasciné par l'enfant de quatre ans mais n'avait pas encore de projet de film avec lui. « Charlie’s pic-nic » fut abandonné et Chaplin se mit au travail sur « The waik » qui deviendrait « Le Kid ».

Il y avait entre Charlie et Jackie Coogan une très réelle et très intime amitié. Chaplin, en compagnie de Jackie, redevenait un enfant. Or, une grande part de ses dons et du personnage du vagabond provenait de sa capacité à regarder la vie avec des ions enfantins : sa relation avec Jackie lui permettait d'exprimer et de développer cet aspect de son comportement. Au studio, tout le monde pensait que Jackie était un substitut à l'enfant que Charlie venait de perdre. La First national réclamait un film et « Le Kid » n'était pas terminé.

Chaplin revisionna les rushes de « Charlie’s pic-nic » et change le titre pour «The Ford Story » puis « une journée de plaisir ». Le père de Jackie joua dans «Le Kid » le rôle du diable dans la scène du rêve. Durant le tournage du Kid, Chaplin avait réussi à oublier Mildred et son mariage mais cela n'était guère du goût de la jeune femme et la brouille devenait inévitable.

Les époux se séparèrent et la presse poussa Mildred à attaquer Charlie. Le 27 avril 1920, Charlie gifla Louis B. Mayer car celui-ci avait écrit un message désobligeant contre lui. Durant ce temps, Edna s'était mise à boire et la production du « Kid » fut arrêtée provisoirement. Quand le film redémarra, Charlie rencontra Lillita Mac Murray qui joua la nymphette dans la scène du rêve. Quatre ans plus tard, sous le nom de Lita Gray, elle deviendrait la deuxième Mme Chaplin.

La First national pris parti pour Mildred et contre Chaplin. Lorsque Mildred renia brusquement un accord antérieur selon lequel elle acceptait de divorcer moyennant 100 000 $, Chaplin compris que la First national était à l'origine de ce revirement. La compagnie utilisait la procédure de divorce pour attaquer ses actifs commerciaux et notamment les négatifs du Kid.

Charlie et son équipe emmenèrent le négatif à Salt Lake City où ils improvisèrent une salle de montage.

Le montage terminé, Charlie organisa une avant-première qui enthousiasma le public. Le montage fut achevé à New York. Chaplin resta caché par crainte des huissiers.

La procédure de divorce débuta en août 1920. L'avocat de Chaplin avait annoncé que son client ne s'y opposait pas, à la condition que les avocats de Mildred retirent une disposition qui l'empêchait de vendre le Kid.

Le divorce fut prononcé le 19 novembre : Mildred obtenait 100 000 $ et le partage des biens du ménage. Le kid fut projeté à New York, le 6 janvier 1921 et obtint un énorme succès dans le monde. Jackie Coogan ne joua plus avec Chaplin mais tourna dans une vingtaine de films pour la First national et la Metro Goldwyn Mayer.

Il rencontra des personnalités comme le pape et même Mussolini. Mais à la mort du père de Jackie, celui-ci avait 21 ans et réalisa que sa mère lui avait volé tout son argent soit 4 millions de dollars.

Il fit un procès contre sa mère en 1938 mais l'argent avait été dilapidé. Finalement, Jackie se réconcilia avec sa mère dont l'influence et la domination se poursuivirent jusqu'à sa mort.

Lorsque Jackie eut des ennuis d'argent, Chaplin lui donna 1000 $ mais il ne garda pas le contact avec lui.

Chaplin voulait en finir avec la First national qui l'avait trahi. Il avait créé United Artist avec Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D. W. Briffith en janvier 1919. À présent, les stars devenaient leurs propres employeurs.

Début 1921, Chaplin devait trois films à la First national. Il réalisa « Charlot et le masque de fer » en cinq mois. À cette époque, sa mère arriva aux États-Unis mais elle resta indifférente à la prospérité et la célébrité de son fils. Elle put enfin retrouver son plus jeune fils, Wheeler Dryden qui travaillait avec Charlie. Elle le reconnut malgré les 30 ans qui avaient passé.

Chapitre 8 : la fuite.

Charlie s'attaqua à un nouveau film intitulé provisoirement « Come seven ». Puis, brusquement, Charlie décida de partir pour l'Europe. Carlyle son, son attaché de presse, s'occupa du voyage et Sydney lui dit : « pour l'amour de Dieu, ne le laissez pas se marier ! ».

Cela effraya Chaplin. Chaplin partait car il était dépressif, grippé, épuisé après sept années de travail et 71 films. Il avait la nostalgie de l'Angleterre. Il avait commencé une correspondance avec H.G. Wells. L'Angleterre, c'était Hetty Kelly même s'il l’avait revue et trouvée sotte et que son charme s'était évanoui, il voulait la revoir. Elle lui avait écrit en juillet 1918 et il en avait été vivement troublé. Chaplin n'avait guère de goût pour la correspondance mais il avait répondu à Hetty. Mais elle mourut avant de recevoir la lettre de Charlie. Elle avait eu le temps de donner la vie à une fille puis avait attrapé la grippe qui faisait rage en Europe. Chaplin ne le savait pas, il l'apprit seulement en 1921.

Chaplin arriva à Cherbourg le 9 septembre 1921 et une foule de journalistes l'attendait. Il déclara qu'il voulait retourner à Londres puis à Paris, en Espagne et en Russie. On lui demanda s'il était bolchevik. Il répondit qu'il était un artiste et pas un politicien.

À Southampton, Chaplin découvrit une foule peu importante et en fut déçu. C'était à cause du retard. Le frère de Hetty était là. Il apprit à Chaplin la mauvaise nouvelle. À Londres, les rues étaient noires de monde pour voir Chaplin. Il retourna sur les lieux de son enfance. Il réveilla des dormeurs pour leur donner de l'argent.

Il étudiait en permanence les comportements. Les gens le reconnaissaient et étaient respectueux. Les prostituées l'appelaient « Monsieur ». Il devait rencontrer Bernard Shaw mais il recula. Il rencontra H.G. Wells et Thomas Burke qu'il appréciait. Comme Charlie, Burke avait connu la pauvreté dans le même quartier de Londres et à la même époque. À Paris, Chaplin alla aux Folies bergères et trouva le spectacle douteux. Il emmagasina des impressions qu'il utilisa pour « l'Opinion publique ». Arrivé à Berlin, Chaplin fut tranquille car ses films n'étaient pas encore sortis en Allemagne.

Mais il fut irrité de ne pas être traité comme une célébrité. Il rencontra l'actrice polonaise Pola Negri. Il repartit pour Londres et visita des blessés de guerre. Cela le déprima profondément.

De retour à Paris pour la première du Kid, il fut nommé officier de l'instruction publique. De retour aux États-Unis, il rencontra le poète noir Claude Mc Kay. Il visita la prison de Sing Sing, la chambre à gaz l'épouvanta.

Chaplin écrivit les souvenirs de son périple durant le voyage en train vers la Californie. Ses souvenirs parurent en feuilleton dans Photoplay avant de sortir dans un livre intitulé «My trip abroad » (en français Mes voyages).

Puis avant de reprendre le travail, il rencontra Clare Sheridan, la nièce de Churchill. Elle était écrivaine et avait été contactée par le gouvernement soviétique pour faire les portraits de Lénine, Trotski et autres leaders bolcheviques. Tout ce qu'elle avait à apprendre à Chaplin sur l'Union soviétique le fascinait.

Mrs Sheridan était aussi sculptrice et elle fit le buste de Chaplin. Leur relation était plus spirituelle que physique. L'amitié avec Mrs Sheridan se termina brutalement. Les journaux flairaient une aventure amoureuse et Carlyle Robinson, pour mieux insister sur son démenti, ajouta avec un manque de tact certain que Mrs Sheridan était assez âgée pour être la mère de Chaplin.

En conséquence, Mrs Sheridan rentra immédiatement à New York.

Depuis son divorce avec Mildred, le nom de Chaplin fut associé à plusieurs femmes. Thelma Morgan, Cil Lee et Anna Q. Nilsson, May Collins, Claire Windsor.

Chaplin termina les deux films qu'il devait à la First national : Jour de paye et le Pèlerin. Le Pèlerin est le premier film qui a laissé derrière lui plusieurs scénarios écrits et de nombreuses notes pour les gags. À l'origine, le film devait être un western comique, quelque chose dans le genre de la Ruée vers l'or et on l'intitula « western ». Dans le premier scénario, il y avait déjà là une ébauche de M. Verdoux.

Chaplin proposa deux films pour conclure son contrat avec la First national «The Professor » et « le Pèlerin ». «The professor » est un mystère, le film doit avoir existé puisque Kevin Brownlow et David Gill en ont retrouvé cinq minutes qu'ils ont montrées dans « Chaplin inconnu ».

Personne ne sait en quoi consistait l'histoire mises à part les cinq minutes retrouvées.

Chapitre 9 : l'opinion publique.

Chaplin libre, décida de faire un film dramatique pour United Artists. Work, un film inachevé pour la Essanay avait ouvert la voie dans ce sens. En 1917, Charlie avait fait un pas de plus vers le drame en essayant d'acheter les droits d'une pièce de Hall Caine, The Prodigal son, où il avait trouvé un rôle sérieux pour lui-même. Il voulait monter "les Troyennes » avec Edna Purviance puis il voulut incarner Napoléon et Edna serait Joséphine.

L'idée de l'Opinion publique lui vint après une rencontre avec la célèbre Peggy Hopkins Joyce. C'était une croqueuse de milliardaire. Il la fréquenta quelques semaines et Peggy lui avait fourni l'idée de son nouveau film. Elle parla de Paris où elle avait vécu avec un éditeur. Le premier scénario de son nouveau film s'intitulait «Destiny ». Les héros s'appelaient d'abord Marie Arnette et Poiret puis Marie Saint-Clair et Pierre Revel.

L'Opinion publique n'allait pas faire d'Edna une grande star : ce film a même virtuellement marqué la fin de sa carrière. Son rôle de mondaine sophistiquée allait détruire son aura auprès du public. Lors du tournage du film il y eut peu de gaspillage puisque seules trois scènes mineures ne seront pas utilisées.

Chaplin apparaît dans une seule scène du film où il joua un portier maladroit mais public le trouva si drôle que, selon Menjou l'acteur principal, on dut l'abréger pour ne pas altérer l'esprit de l'histoire. Jusqu'au début du mois de juin 1923, Chaplin hésita sur la manière de terminer l'Opinion publique : un mariage entre Marie et Revel ou, autre solution, le retour de Marie au village pour y soigner sa mère veuve et affaiblie.

Durant le tournage, le titre Destiny avait été abandonné pour «Public Opinion » avant de devenir finalement «A Woman of Paris ». Lors de la première à Hollywood, Chaplin offrit en prologue un numéro spécial de mime intitulé Nocturne.

Dans la presse, on compare à Chaplin à Thomas Hardy, Maupassant, Ibsen.

L'opinion publique fut un échec commercial. C'était la première fois pour Chaplin. Il n'apparaissait presque pas dans le film et le public l'aimait pour sa drôlerie. La déception de Chaplin fut profonde et durable et il retira le film de la circulation aussi vite que possible, pour les mettre sous coffre pendant plus d'un demi-siècle.

Chaplin revit Pola Negri qui arriva à Los Angeles en septembre 1922.

Ils eurent une liaison pendant neuf mois. Un mariage fut même annoncé.

À cette époque, une mexicaine, Marina Varga, harcela Chaplin pour faire du cinéma avec lui. Pola et Marina eurent une altercation. L'incident déplut à Pola et peu après sa liaison avec Charlie s'arrêta. Chaplin suivi les conseils de Douglas Fairbanks et de Mary Pickford. Après huit années de vie à l'hôtel ou dans des maisons louées, il fit construire sa maison sur Summit drive.

Charlie avait lui-même dessiné les plans dans un style qu'il nommait « gothique californien » en plaisantant.

Chapitre 10 : la Ruée vers l'or.

Chaplin allait s'embarquer à la fois dans un film dont il a souvent dit ensuite qu'il lui survivrait et dans un mariage que, pendant le reste de sa vie, il essayerait vainement d'oublier.

C'est chez Douglas Fairbanks et Mary Pickford que l'idée de la Ruée vers l'or lui vint en regardant un stéréogramme montrant une interminable file de prospecteurs dans le Klondike.

Il lut également un livre consacré aux désastres qui avaient accablé un groupe d'émigrants en 1846. Ils avaient dû manger les cadavres de leurs ex-compagnons pour survivre.

Le premier scénario s'intitulait «The Lucky strike ». Edna avait grossi, elle ne pouvait plus être la jeune héroïne du prochain film de Chaplin. De plus, Edna fut impliquée dans un scandale. Elle était présente lors d'une soirée de Courtland Dines, le mania du pétrole qui faillit mourir d'un coup de feu tiré par le chauffeur de Mabel Normand. Alors, Lilita Mc Murray, l'ange du Kid, se présenta pour le rôle féminin de la Ruée vers l'or. Chaplin l'engagea malgré les réticences de Rollie Totheroh. La scène du repas avec la chaussure est devenue une scène d'anthologie. La botte que Charlie et Big Jim mangent était en réglisse et les deux acteurs firent la désagréable expérience de ses effets laxatifs.

Avant la scène du poulet, Chaplin avait imaginé une scène moins crédible avec une oie. Un autre acteur devait jouer le poulet mais cela ne marchait pas. Seul Chaplin était convaincant en poulet et dut jouer la scène lui-même. Une seule scène fut tournée avec Lita Grey.

Charlot dort dans la cabane : il rêve qu'une jolie fille (Lita) le réveil et lui apporte sur un plat de l’oie rôtie. Puis Chaplin remplace l’oie pas un gâteau aux fraises. Lita met le gâteau sur la figure de Charlot. Cette scène un apparaîtra jamais dans le film, mais elle allait se révéler une métaphore saisissante de la triste liaison qu'allaient connaître Charlie et Lita. La scène inaugurale du film qui montre une longue file de prospecteurs gravissant une montagne fut tournée avec des vagabonds. Ils étaient le rebut de la nation occidentale. À cette troupe s'ajoutèrent tous les membres de l'équipe qui n'étaient pas occupés à autre chose.

On tourna en extérieur, quelques scènes qui n'ont pas été utilisées dans le film définitif. Durant l'été californien, l'atelier des décors s'ingéniait à recréer l'Alaska en studio. Le tournage repris le 1er juillet. Un gag amusant, qui n'a pas été utilisé dans le film, montrait Charlot et Big Jim jouant aux cartes. Jim s'endort sur le jeu, mais son coude est trop lourdement appuyé sur ses cartes pour permettre à Charlot de tricher. Celui-ci en profite pour construire un moulin-à-vent miniature que le ronflement sonore de son partenaire met en mouvement. En septembre, Lita était enceinte. La nouvelle avait fait pour Chaplin l'effet d'une bombe. Elle était mineure. Dans le cas de mineures, les lois californiennes admettaient quasiment les mariages sous la menace d'une arme. Pour un homme, avoir eu des relations sexuelles avec une mineure constituait de fait, un viol passible de 30 ans de prison. Chaplin se retrouvait à nouveau pris au piège, avec une compagnie désespérément incompatible. À l'époque, la presse suspectait une liaison entre Charlie et la maîtresse du milliardaire William Randolph Hearst, Marion Davies. Selon la légende hollywoodienne, Chaplin se trouvait sur le yacht de Hearst le 18 novembre 1924 quand, Thomas Harper Ince, également invité sur le yacht, fut débarqué inconscient et mourut quelques heures plus tard. Officiellement, il était mort d'une crise cardiaque due à une intoxication alimentaire. La rumeur veut que Hearst aurait tué Ince après l’avoir découvert avec Marion et l'ayant confondu avec Chaplin. Chaplin a constamment raconté à ses intimes qu'il ne se trouvait pas sur le yacht. Mais dans son autobiographie, il raconte que Ince survécut trois semaines et reçut une visite de Hearst, de Marion et de lui-même. Or, il existe une photo de Chaplin à la crémation de la victime qui eut lieu deux jours après la croisière. Le chauffeur de Chaplin, Kono, aurait vu Ince transporté avec une balle dans la tête. D'autres ont avancé que les traces de sang provenaient d'un ulcère perforé. Il n'y eut aucune enquête pour clarifier l'affaire. Charlie se maria discrètement à Guaymas, au Mexique avec Lita Grey. Il fit croire aux journalistes qu'il devait partir là-bas pour tourner une scène de son film. La grossesse de Lita fourni une excuse pour changer d'actrice pour la Ruée vers l'or. Ce fut Georgia Hale. Elle avait 18 ans et avait déjà tourné avec Von Stenberg. Chaplin dut donc retravailler l'histoire pour y insérer le rôle de Georgia.

La scène du film ou Charlot passe le réveillon du nouvel an seul car ses invités ont oublié de venir s'inspire d'un incident survenu durant une tournée du jeune Chaplin : il avait convié les membres d'une autre équipe de jeunes acteurs à venir prendre le thé, l'administrateur n'avait rien voulu entendre, et comme personne ne l'en avait informé, Charlie avait attendu en vain ses invités. La célèbre « danse des petits pas », qui constitue le moment fort de la séquence, fut visiblement filmé en musique et chacune des 11 prises que Chaplin a tournées pour ce passage est d'une longueur identique. Mais Charlie n'était pas l'inventeur de cette danse. Elle apparut dans « Fatty cuisinier » en 1918. Roscoe Arbuckle lui aussi piquait des petits pains avec des fourchettes et faisait accomplir à ces jambes bottées miniature un petit numéro de danse. Il n'est pas impossible qu'Arbuckle ait « emprunté » cette idée à Chaplin du temps où tous deux travaillaient chez Sennett. Le 5 mai 1925, Lita Grey donnait naissance à Charlie junior. Cela rapprocha momentanément le couple. Cette naissance fut gardée secrète.

Le film a recueilli un public déçu dans son attente d'une franche rigolade mais ce fut quand même un succès commercial.

Chapitre 11 : le Cirque.

Le 13 octobre 1925, Chaplin se mit au travail sur « le Cirque », une production qui allait connaître tant d'infortunes que son achèvement tint du miracle.

Le rival de Charlot dans le film, Rex, était joué par Harry Crocker. Il avait été lancé par Hearst et Marion Davies qui lui avaient fait rencontrer Charlie. Charlie hésitait entre deux titres pour son nouveau film : le Cirque ou le Voyageur. Henry Bergman apprit à Chaplin à marcher sur une corde raide. Il ne lui fallut qu'une semaine et Charlie ne tomba jamais.

Le 6 décembre 1925, une première catastrophe atteignit la production, lorsqu'un orage d'une violence exceptionnelle endommagea la tente du cirque. Georgia Hale devait être l'actrice principale du cirque mais son contrat qui s'achève le 31 décembre 1925 ne fut pas renouvelé sans qu'on sache pourquoi. Elle avait fait un 11 films jusqu'à ce que l'arrivée du parlant ruine sa carrière à cause de sa voix et de sa diction qui n'étaient pas à la hauteur de son image. La vedette féminine de Chaplin s'appelait Merna Kennedy, l'amie d'enfance de Lita. Lita suggéra son nom et le regretta car Merna devint une rivale. Henry Bergman devait jouer le méchant beau-père de Merna mais il refusa, préférant le rôle du vieux clown.

Le tournage commença le 11 janvier 1926 avec les scènes de corde raide. Mais survint une deuxième catastrophe, on s'aperçut que les rushes était rayés. L'équipe fut renvoyée st remplacée. Il fallait reprendre un mois entier de tournage. Durant l'automne 1925, Lita apprit qu'elle était de nouveaux enceinte.

Les relations de couple se dégradèrent un peu plus. Chaplin souffrait d'insomnies aiguës et se mit à roder la nuit dans la maison armé d'un pistolet à la recherche de maraudeurs. Il prenait des bains et des douches 20 fois par jour. Les tentatives de réconciliation occasionnaient des drames. Sydney, le deuxième enfant de Charlie et Lita naquit le 30 mars 1926. Même le choix du prénom fut l'objet d'une dispute. Après le divorce, elle appela son fils « Tommy ». Charlie était contre le baptême, il pensait que les enfants devaient choisir leur religion quand ils étaient en âge de le faire.

Le tournage continua avec deux interruptions. L'une pour la visite de Raquel Meller, actrice espagnole que Chaplin voulait pour jouer Joséphine pour son projet de film sur Napoléon. L'autre, pour honorer la mort de Rudolph Valentino. Chaplin l'admirait et porta son cercueil. Charlie prit beaucoup de risques en faisant 200 prises avec les lions. Troisième catastrophe, le 28 septembre, le feu se déclara sur le plateau. Totheroh filma neuf mètres sur la catastrophe et sur l'hébétude de son patron qui servirait de pré-publicité au Cirque.

Chaplin renonça à une scène tournée dans un décor de café alors que c'était un bon numéro comique. Fin novembre, Lita quitta la maison avec ses deux fils.

La vie était devenue impossible entre la femme-enfant et son mari exaspéré.

Lita était terriblement jalouse des femmes plus sophistiquées, plus belles et plus intelligentes, qui lui paraissaient avoir un pouvoir bien plus grand que le sien sur son mari.

Chaplin entreprit de mettre le film en sûreté au cas où… Comme si cela ne suffisait pas le gouvernement choisit ce moment pour en réclamer à Chaplin un arriéré d'impôts de 1 113 000 $.

Le 10 janvier 1927, les avocats de Lita déposé une demande de divorce. La demande faisait cinq pages au lieu des trois ordinaires. Elle était remplie de ragots, des insinuations d'infidélité. Les avocats avaient découvert dans un recoin obscur du code des lois californiennes une interdiction de la fellation. Le but de Lita et de ses avocats était de s'assurer d'une part importante des avoirs de Charlie et de nuire à la réputation de Chaplin aux yeux du public.

Les avocats étaient sûrs que leurs insinuations provoqueraient la chute de Chaplin. La demande de divorce de Lita fut publiée sous le titre « Les plaintes de Lita ». Chaplin le déprima. Le 12 janvier, les administrateurs séquestres plaçaient le studio sous surveillance.

La pension de Lita était de 3000 $ par mois mais le fisc avait un privilège sur les avoirs de Chaplin et la pension n'arrivait pas. Mais Chaplin était très aimé et les avocats ne réussirent pas à entacher sa réputation. En France, Louis Aragon, René Clair et Man Ray signèrent une pétition en sa faveur. Le divorce fut jugé le 22 août 1927. Le juge refusa de prendre connaissance du contenu délirant de la plainte. Lita la retira donc et demanda un jugement sur la seule accusation de cruauté. Chaplin dut payer 600 000 $ mais conservait le droit de voir ses fils.

La popularité de Chaplin resta intacte.

À la fin du procès, le Cirque était presque achevé.

Pendant quatre jours, Chaplin et Crocker tournèrent à nouveau les scènes avec la corde raide mais les gros plans posèrent des problèmes quand il fallut les intercaler car entre-temps les cheveux de Charlie avaient blanchi à cause des angoisses du divorce.

Henry Bergman se rappela son choc lorsqu'il vit arriver Charlie avec les cheveux blanchis en une nuit.

La première mondiale du Cirque eut lieu le 6 janvier 1928 à New York.

L'affaire Lita Grey semblait oubliée. À cette époque, Chaplin produisit la Mouette de von Stenberg avec Edna Purviance. Il s'agissait d'un mélodrame banal opposant les deux filles d'un marin-pêcheur. Le film le fut tourné en 1926. Chaplin prit la décision de brûler le film car il ne le jugeait pas assez bon pour être exploité.

La mouette devait s'appeler finalement « A Woman of the sea ». D'après Georgia Hale, il était beau à voir mais incompréhensible.

Chapitre 12 : les Lumières de la ville.

Avant même la première du cirque à Los Angeles, Chaplin s'était déjà mis au travail sans doute à cause du coût de son procès et de l'insistance du fisc. Durant les deux années de production des Lumières de la ville, le parlant avait fait son apparition.

Or, en 1918, un inventeur, Eugène Augustin Lauste lui avait proposé une révolution, le son enregistré directement sur pellicule. Chaplin était intéressé mais Lauste ne répondit jamais.

En 1931, Chaplin déclarait « je donne trois ans au parlant ». Il savait ce qu'il avait à perdre s'il était entraîné de force dans le parlant. La pantomime du vagabond était universelle et le parlant saperait cette universalité et puis quelle voit donner au vagabond ? Ainsi, l'intrigue des Lumières de la ville était autre que celle connue : un clown a perdu la vue au cours d'un accident mais cache son infirmité à sa frêle et nerveuse petite-fille. L'émotion et la comédie devaient provenir des tentatives du clown pour déguiser ses erreurs et ses faux pas en plaisanteries. Chaplin pensait aussi à l'histoire de deux hommes riches s'amusant à offrir un misérable clochard une nuit de luxe et du plaisir avant de l'abandonner, à l'aube, sur le quai d'embarquement où ils l'ont rencontré. Au mois de mai 1928, Chaplin était assez sûr de son affaire pour mettre son équipe au travail sur les costumes, les décors et les accessoires.

Chaplin s'était entiché d'un artiste peintre australien, Henry Clive, auquel il demanda de faire des croquis des décors et des costumes mais en fin de compte c'est Danny Hall qui allait avoir la responsabilité de l'affaire. Clive fut gardé mais pour jouer le rôle du millionnaire. Hannah Chaplin mourut le 28 août 1928. La dernière semaine de vie d'Hannah fut passée en compagnie de son fils et la veille de la mort d'Hannah, les infirmières l'avaient entendue rire avec son fils. Elle fut enterrée au cimetière d'Hollywood en présence de ses trois fils, Charlie, Sydney et Wheeler Dryden. Plusieurs semaines passèrent avant que Charlie ne surmonte son chagrin.

Le tournage des Lumières de la ville commença le 27 décembre 1928. Il avait trouvé son actrice principale ; Virginia Cherill, on ne sait comment. Elle n'avait aucune expérience d'actrice ce qui était un avantage pour Chaplin. La famille de Virginia faisait partie de la haute société de Chicago et désapprouva d'abord son entrée dans le cinéma. La mère de Virginia vint chaperonner sa fille de 20 ans, déjà divorcée. Dès le commencement, Chaplin éprouva des doutes sur Virginia Cherill. De plus, pour la première fois, Chaplin travaillait avec une actrice envers laquelle il n'éprouvait aucune attirance personnelle, ni affection, ni sympathie. Il ne la rencontrait pas à l'extérieur ni ne l'invitait chez lui. Dans son autobiographie, il reconnaît que c'était en partie de sa faute si elle ne l'aimait pas car il s'était mis dans un état névrotique afin de lui demander la perfection. En mars 1929, Chaplin contracta la grippe espagnole et ne put tourner. Il revint en avril et tourna la scène initiale du film, cela ne prit qu'une semaine. Un nouvel incident intervint quand Clive refusa de se jeter à l'eau pour la scène de suicide du millionnaire. Cela mit Chaplin en rage et Clive fut renvoyé. Harry Myers le remplaça. Des travaux de la municipalité sur l'avenue où se trouvait le studio de Chaplin obligea l'équipe à arrêter le tournage pendant l'été 1929. Puis Chaplin tourna une scène de sept minutes qui ne se trouve pas dans le film, il essaye de faire tomber un bout de bois coincé dans une grille d’égoût. On voit cette scène dans le documentaire « Chaplin inconnu ».

En septembre 1929, Chaplin se brouilla avec son assistant Crocker (avec qui il était pourtant ami depuis le tournage du « Cirque »). Crocker dut démissionner. Bergman et Robinson, l'attaché de presse de Charlie, revinrent dans les confidences de Chaplin.

Le 4 novembre 1929, Chaplin reprit les scènes avec Virginia Cerill mais elle ne partageait pas son enthousiasme et cela le bloquait. La jeune femme eut même le culot de demander à Chaplin si elle pouvait partir plus tôt pour aller chez le coiffeur. Chaplin ordonna à Robinson d'avertir Virginia qu'on aurait plus besoin d'elle à l'avenir.

Le jour même, le studio appela Georgia Hale pour remplacer Cherill. Chaplin fit faire des essais à Georgia avec la scène finale du film. Les essais de Georgia sont visibles dans « Chaplin inconnu ». Tout le monde en studio approuva ses essais saufs Carlyle Robinson. D'après lui, elle ne pouvait pas être plus la fleuriste que Virginia ne pouvait être l'entraîneuse dans la Ruée vers l'or. Charlie se laissa convaincre et fut glacial avec Georgia car il croyait qu'elle voulait l'attaquer en justice s'il ne lui donnait pas le rôle. Puis Charlie essaya le rôle de la fleuriste avec une troisième actrice, Marylin Morgan mais au dernier moment, il changea d'avis et congédia la jeune Marylin.

Virginia reprit son rôle mais sous les conseils de Marion Davies, elle marchanda son retour. Elle demanda à Chaplin 150 $ par semaine au lieu de 75 et Charlie céda. À partir de là, Chaplin n'eut plus de problème avec elle. Charlie tourna alors la scène de la party chez le millionnaire et la scène de boxe.

À la fin de juillet 1930, le tournage était quasiment terminé mais Chaplin continua pendant six semaines à faire d'innombrables reprises. Il restait à tourner des reprises de la scène finale. Le 22 septembre, la scène finale était enfin achevée après 17 prises. Chaplin composa ensuite sa propre partition pour la musique du film. Cela dura six semaines.

L'avant-première à Los Angeles fut un désastre. La salle était à moitié plein et le public se montra apathique.

Mais les critiques furent réconfortantes. La première à Los Angeles eut lieu le 30 janvier 1931 dans une toute nouvelle salle de cinéma avec des invités prestigieux parmi lesquels Albert Einstein.

Ce fut un triomphe pour Chaplin. Les ovations à la fin du spectacle effacèrent des mois de labeur et d'angoisse.

À cette époque, le silence de la presse à scandale nous fait mesurer la tranquillité de la vie mondaine de Chaplin. En 1931, sa compagne la plus présente était Georgia Hale. À la fin des années 30, Georgia avait fait découvrir le tennis à Charlie et ce jeu était devenu sa passion. Il le pratiqua jusqu'à tard dans sa vie (en 1953, quand il s'installa en Suisse, il fait construire un court de tennis).

Il jouait au tennis tous les dimanches. Chaplin rencontra Bunuel et Einstein.

Chapitre 13 : loin de tout.

Après les Lumières de la ville, Chaplin quitta Hollywood pendant un an et quatre mois. Les désillusions de l'amour, de la gloire et de la fortune le laissaient quelque peu apathique. Il était obsédé par le sentiment déprimant d'être passé de mode. Il refusa une offre de 670 000 $ pour 26 émissions hebdomadaires à la radio. Carlyle Robinson avait reçu des informations sur des projets d'enlèvement et Charlie se déplaçait accompagné de deux détectives-gardes du corps. Kono et Robinson qui l'accompagnèrent en Europe. Mais Chaplin avait conçu une aversion croissante envers Robinson qui aboutirait à la démission de son collaborateur. Ce fut donc en partie pour éviter la compagnie de Robinson que Chaplin invita pour le voyage son ami Ralph Barton, un caricaturiste et illustrateur célèbre aux États-Unis. Il prit le Mauretania pour aller en Europe. Le paquebot accosta à Porthsmouth. Il rencontra Bernard Shaw à Londres et H.G. Wells avec lequel il était intime. Winston Churchill, qu'il continuerait d'admirer profondément en dépit de leur opposition politique, l'invita à passer le week-end à Chartwell. Lors d'une soirée devant Lloyd George, un des hommes politiques britanniques les plus brillants, Chaplin fit un discours contre le recours croissant à la machine, c'était une genèse des Temps modernes. Chaplin visita l'école de Hanwell où il avait passé les mois les plus solitaires de son enfance. Ce fut l'expérience la plus éprouvante de sa vie. Il devait y retourner pour manger avec les enfants mais renonça. Cela lui valut pour la première fois des réactions défavorables. Puis Chaplin joua les playboys en se lançant dans une série de flirts et d'aventures. Il laissa les photographes le prendre en compagnie d'une succession de jolies jeunes femmes, laissant la presse du monde entier s'interroger sur ses futurs mariages.

Il y eut Sasi Maritsa tout d'abord. Chaplin devait être anobli mais la reine Mary mis son veto à cette cérémonie sous prétexte que la famille royale se trouverait impliquée dans une vulgaire campagne publicitaire en distinguant un comédien de cinéma. En fait le veto fut lié à la mauvaise presse que reçut Chaplin pour son non-engagement lors de la première guerre mondiale. Barton avait connu une rechute dans la dépression et rentra aux États-Unis. D'autres semaines après son retour, il se tira une balle dans la tête. Chaplin parti pour l'Allemagne où il était devenu, 10 ans après sa première visite, aussi célèbre que partout ailleurs dans le monde. Marlene Dietrich l'accueillit. Il rendit visite aux époux Einstein. Albert Einstein rendit hommage à la culture de Chaplin en lui disant : « vous n'êtes pas un comédien, Charlie, vous êtes un économiste ».

L'atmosphère politique était déjà menaçante. La presse nazie se répandit en insultes contre la populace berlinoise, qui perdait la tête pour un comédien « juif » d'Amérique. À Vienne, Chaplin fut transporté au-dessus de la foule. C'est à cette occasion qu'il prononça ses premiers mots devant une caméra sonore disant «Gutten tag ! ».

Il se découvrit des affinités artistiques avec la pianiste Jennie Rothenstein.

Il se rendit à Venise puis à Paris où il rencontra Aristide Briand et reçut la Légion d'honneur. Il fut reçu par le roi Albert de Belgique, homme imposant, qui occupait en face de lui un siège beaucoup plus élevé.

Il se rendit à Nice où son frère Sydney vivait depuis six mois. Sydney s'était décidé à prendre sa retraite et à mener une vie oisive. Sa rencontre la plus importante resterait May Reeves, alias Mizzi Muller, qui allait être durant 11 mois sa compagne exclusive et inspirer largement le personnage de Natacha dans le script Stowaway, d'où naîtrait finalement la comtesse de Hong Kong. Elle fut engagée par Robinson comme secrétaire car elle parlait six langues.

Chaplin fut frappé par sa beauté. Le soir même, elle dînait avec Chaplin qu'elle ne quitta plus.

Aux États-Unis, on parlait de la nouvelle liaison de Charlie. On annonça qu'il allait s'installer en Algérie pour y faire un nouveau film. C'était faux.

Sydney, qui ne supportait plus son inactivité, décida de s'occuper à nouveau des affaires de son frère et réussit à le convaincre de reconsidérer plus sérieusement les accords de distribution en Amérique et en France. Ceci fournit une excuse à Charlie pour se débarrasser momentanément de Robinson. Au retour de celui-ci, Charlie et Sydney repartirent à Paris pour négocier les droits de distribution des Lumières de la ville.

Charlie se rendit à Alger avec May et Robinson réussit à convaincre le couple de se séparer avant de quitter le navire qui les conduisit à Marseille pour éviter toute photo compromettante.

Alors la rupture entre Chaplin et Robinson allait être définitive et amère. Robinson publia un témoignage teinté d'amertume mais authentique sur ses 15 ans au service de Chaplin qu'il intitula « la vérité sur Charlie Chaplin ».

Chaplin alla voir Churchill à Biarritz. Il rencontra le prince de Galles. Charlie se rendit en Espagne pour y voir une corrida. Lorsqu'on lui demanda s'il avait aimé le spectacle, il ne répondit : « je préfère ne rien dire ». Plus tard, il refusa de mettre les pieds dans l'Espagne franquiste, même lorsque sa fille Géraldine s'y établit. Chaplin parti pour l'Angleterre ou la presse était remontée contre lui car il avait oublié d'assister à la Royal Variety Performance.

Pour les Britanniques, c'était une insulte envers le roi. Il s’épencha auprès d'un journaliste et avoua son dégoût du patriotisme qui allait, selon lui, déclencher une nouvelle guerre.

Son opinion était prophétique mais elle n'était pas à la mode en Angleterre en 1931. En septembre 1931, Chaplin rencontra Gandhi qui ne connaissait ni Charlie ni ses films.

Gandhi l'invita à partager ses prières. Chaplin conserverait l'impression d'un « visionnaire réaliste à l'esprit viril et à la volonté d'acier ».

Douglas Fairbanks invita Charlie à Saint-Moritz. Il avait une aversion pour la Suisse mais y reste deux mois. Puis Charlie décida de retrouver son frère à Naples en passant par Milan et Rome où une audience prévue avec Mussolini ne put avoir lieu. Chaplin quitta May à Naples. May publia ses souvenirs en 1935 dans un livre intitulé « Charlie Chaplin intime ». Son livre était une déclaration touchante mais fastidieuse d'affection.

Sydney et Chaplin se rendirent au Japon où ils furent accueillis par la foule. Mais un groupe d'extrêmes-droite, le Dragon noir, projetait un assassinat politique contre Chaplin. Kono, en tant qu'interprète, eut à subir des menaces plus ou moins vagues, jusqu'au soir ou, alors que les frères Chaplin se trouvaient avec le fils du premier ministre celui-ci fut assassiné par six terroristes. Chaplin rentra aux États-Unis en juin 1932 avec une solution pour les problèmes du monde qu'il comptait soumettre à la SDN.

Mais la crise de 1929 avait poussé la majeure partie des employés du studio au chômage.                

Edna Purviance envoya une lettre à Chaplin lui implorant son secours. Il était tombé gravement malade et son père était mort la nuit même où on le transportait d'urgence à l'hôpital.

Chapitre 14 : les Temps modernes.

De retour à Hollywood, Charlie appela Giorgia Hale mais elle lui reprocha d'être restée 17 mois sans lui donner de nouvelles. Elle refusa ses cadeaux et partit en lui demandant de ne pas la rappeler. Leur brouille dura 10 ans.

Durant son absence, Douglas Fairbanks et Mary Pickford s'étaient séparés. Charlie n'était plus en état de lutter contre le parlant. Dans ses passages à vide, il envisageait de tout vendre, de prendre sa retraite et d'aller vivre en Chine. Il avait bercé l'espoir de rencontrer en Europe quelqu'un qui orienterait sa vie mais sans succès.

En juillet 1932, Joseph Schenck l'invita pour un week-end sur son yacht. C'est là qu'il rencontra Paulette Goddard. Elle était née en 1911. De son vrai nom Paulette Lévy, à 16 ans à elle avait épousé un riche playboy, Edgar James, dont elle s'était séparée l'année même. Elle avait joué de petits rôles. Elle était blonde et Charlie l'avait convaincue de revenir à ses cheveux naturellement noirs.

À présent, les fils de Charlie avait sept et six ans et Lita les avait confiés à leur grand-mère. Ils avaient séjourné en France et avaient tiré parti de la célébrité de leur père pour obtenir l'attention. Lita obtint un contrat pour ses fils pour jouer dans «The Little teacher ». Charlie fit un procès pour s'y opposer et reaganiens. Il écrivit à ses fils pour expliquer que la célébrité à leur âge serait néfaste. Dès lors, Sydney et Charlie juniors se rapprochèrent de leur père. Lita Grey entama une carrière de chanteuse de vaudeville qui fut brève et Charlie voulant protéger ses enfants exigea l'ouverture d'un compte d'épargne hebdomadaire. Le fisc réclamait encore de l'argent à Chaplin, une partie du matériel du studio fut vendue à bas prix. Le studio demanda un redressement sur les pertes intervenues en 1926 avec la production par Chaplin du film de Stenberg Sea Gulls. Le fisc accepta à la condition que le film soit détruit. Willa Roberts, la rédactrice en chef du Woman’s home companion réussi à convaincre Chaplin d'écrire ses souvenirs de voyage. Cela devint «A comedian sees the world » paru sous forme d'articles dans le journal de Roberts puis en livre.

À cette époque, Paulette Goddard illuminait la vie de Charlie et fit le bonheur des fils de Chaplin. Malgré le fisc, Chaplin s'acheta un yacht en 1933, le Panacea. C'est à son bord que Chaplin commença de travailler au scénario de ce qui deviendrait les Temps modernes. Chaplin s'intéressait à l'économie. Après avoir lu «Social credit » de Major H. Douglas qui avait une théorie sur la relation directe entre le chômage et la faillite du profit et du capital. Ce livre l'avait convaincu de convertir ses bons du trésor et ses actions en liquidités et ainsi, il ne fut pas touché par la crise de 1929.

Chaplin pensait que l'humanité devrait profiter de la machine et que celle-ci ne devrait pas signifier la tragédie et la mise au chômage. Il espérait des heures plus courtes pour le travailleur est un salaire minimum pour tout travail qualifié et non qualifié.

Il avait cherché la Solution économique pour sauver le monde et avait écrit pendant son séjour au Japon. Il voulait faciliter la circulation de la monnaie en Europe et maintenir le pouvoir d'achat parallèlement au potentiel de production. Ceci impliquait la création d'une nouvelle monnaie internationale. En termes politiques, la solution économique de Chaplin incarna davantage l'utopie capitaliste que le socialisme dont on l’avait accusé. Dans les temps modernes, le vagabond est un anarchiste qui s'avoue comme tel. Le premier scénario des Temps modernes était intitulé « Commonwealth». En septembre 1933, Carter de Haven devint l'assistant général de Chaplin.

Kono, le chauffeur et majordome japonais de Chaplin s'était senti évincé par Paulette Goddard à Summit drive et avait voulu partir. Charlie lui trouva une place chez United Artists à Tokyo. Le tournage des Temps modernes commença le 11 octobre 1934 par la scène dans le bureau du patron de l'usine. Officiellement, Chaplin était encore contre le parlant mais en privé il avait fait des essais de son fin novembre 1934 avec Paulette.

Leurs voix passaient bien à l'enregistrement et Chaplin en fut satisfait. À cette date, il semblait résolu à faire un film parlant. Un script de dialogues fut préparé pour tenter les scènes. Ce script existe toujours. Aucune scène avec dialogue ne fut tournée dans les Temps modernes.

Chester Conklin, qui avait travaillé si souvent avec Chaplin depuis « Pour gagner sa vie » fut engagé dans le rôle du vieux travailleur à la moustache tombante qui se fait prendre dans les roues dentées d'une machine.

Une fin différente avait été tournée, Paulette Goddard était devenue une nonne. La décision de changer la fin fut prise en juillet/août 1935.

Charlie montra le film à ses deux fils. Paulette découvrit à son tour que le travail de Chaplin ne laissait aucune ouverture pour une vie personnelle mais contrairement à celles qui l'avait précédée, elle accepta cette situation. La musique du film fut enregistrée avec Alfred Newman qui avait déjà travaillé dans « les lumières de la ville » mais Charlie se fâcha avec lui et la musique des Temps modernes fut achevée tristement. Pour ajouter à sa nervosité, Chaplin avait HG Wells pour hôte depuis le 27 novembre 1935. Le film le fut présenté en avant-première à San Francisco, la chanson finale fut glissée.

La presse était partagée entre ceux qui désapprouvaient cette tentative de satire socio-politique et ceux qui regrettaient que le film n'eût pas tenu les promesses du sous-titre : « l'histoire de l'industrie, de l'entreprise individuelle, la croisade de l'humanité à la poursuite du bonheur ».

Charlie avait des soucis personnels. Il y avait des menaces de kidnapping contre ses enfants. Minnie, sa belle-soeur, mourut en 1935. Pendant la maladie de Minnie, Charlie avait écrit à son frère pour lui conseiller d'être « philosophe » et de « reprendre courage ». Après les Temps modernes, Charlie envisageait de travailler sur Napoléon. Ce personnage le fascinait depuis son enfance depuis que sa mère lui avait parlé de la ressemblance frappante entre son père et Napoléon.

Lors d'une fête, Charlie s'était déguisé en Napoléon et Lita Grey en Joséphine.

C'était le Napoléon d‘Abel Gance qui le découragea momentanément de faire quoi que ce soit sur ce sujet. L'idée était revenue durant son tour du monde en 1931. Charlie s'était vu conseiller par Jean de Limur d'acheter les droits du roman de Jean Weber « la vie secrète de Napoléon Ier » mais Weber avait imposé trop de conditions.

En 1933, un jeune Anglais, Alistair Cooke faisait un reportage sur le studio de Chaplin pour le « Manchester guardian ». Il devait aider Charlie à écrire un script sur Napoléon.

Puis Charlie déclara que l'idée était belle mais qu'elle était pour quelqu'un d'autre.

En 1934, les négociations reprirent pour les droits de « La vie secrète de Napoléon » et cette fois Weber céda.

Chaplin acquis les droits pour huit ans. En de Sainte-Hélène ». Il offrait un rôle sur mesure à Paulette. Le scénario relatait la fuite de Napoléon, grâce au sacrifice d'un double qui prenait sa place, à travers Napoléon, Chaplin se proposait de présenter certaines opinions personnelles sur la paix et la politique.

Il écrivit un monologue de l'empereur sur la communauté économique européenne qui anticipait le discours final du « Dictateur ». Le projet Napoléon avait occupé Chaplin pendant près de 14 ans.

En février 1936, Charlie et Paulette partirent en vacances à bord du Coolidge pour Honolulu. La destination finale était Hong Kong. Parmi les passagers se trouvait Jean Cocteau mais la barrière de la langue refroidit le Français et Charlie. Ils arrivèrent cependant à communiquer. Charlie parla de ses projets. Il annonça que son prochain rôle serait celui d'un clown déchiré entre la vie réelle et le théâtre, un présage des Feux de la rampe.

Cocteau évoqua la Ruée vers l'or puis Charlie mima la scène supprimée des Lumières de la ville (celle avec le morceau de bois et la grille). La séparation de Cocteau et Chaplin fut douloureuse à San Francisco. Sur le bateau, Chaplin avait élaboré un script. Un groupe de passagers dont Cocteau, Charlie Paulette, était descendu s'encanailler dans une salle de bal, le Vénus, ou des marins états-uniens dansait avec des « taxis girls ». De cet épisode nocturne et de certains souvenirs de May Reeves allait naître l'idée de « Stowaway » (le passager clandestin). Le script de 10 000 mots d'une histoire située dans un cadre extrême oriental et destiné à Paulette mettait en scène une comtesse russe blanche gagnant sa vie comme taxi girl à Shanghai qui s'introduisait clandestinement dans la cabine un richissime diplomate états-unien.

Ce script sera repris pour « la comtesse d'Hong Kong ». Charlie et Paulette se marièrent à cette époque. Paulette ambitionnait le rôle de Scarlett O'Hara dans Autant en emporte le vent mais ne l'obtint pas.

Chapitre 15 : le Dictateur.

Le plus grand clown, la personnalité la plus aimée de son époque, jetait un défi direct à l'homme qui avait provoqué les plus grands crimes et les plus grandes misères humaines de l'histoire moderne. Certains croyaient que Hitler avait adopté la moustache dans l'intention délibérée d'établir une ressemblance avec l'homme que le monde entier adorait.

Konrad Bercovici intenta contre Chaplin un procès en plagiat, affirmant avoir été le premier, au milieu des années 30, à lui proposer de jouer Hitler. Beaucoup plus tard, Chaplin a admis : « si j'avais su l'horreur réelle des camps de concentration allemands, je n'aurais pu réaliser le Dictateur ; je n'aurais pu faire un jeu de la folie homicide des nazis ». La politique mondiale des années 30 effrayait Charlie.

En 1938, Chaplin écrivit une nouvelle intitulée « Rythme » dans laquelle il décrivait l'exécution d'un loyaliste espagnol, un écrivain humaniste populaire. Toujours à propos de l'Espagne franquiste, Chaplin a écrit un poème non destiné à la publication : Pour le soldat loyaliste mort/sur les champs de bataille d'Espagne/forme à terre mutilée/ton silence dit la cause immortelle/la marche intrépide de la liberté/bien que la trahison soit sur toi aujourd'hui/et érige sa barricade de peur et de haine/la mort triomphante a ouvert le chemin/au-delà de la lutte de la vie humaine/au-delà du pal des lances qui emprisonnent/pour te laisser passer.

Chaplin travailla sur le script du Dictateur avec Don James, un jeune marxiste que Chaplin avait rencontré par l'intermédiaire du père de Dan, D. L. James, hôte de la société de Pebble Beach que Chaplin fréquentait.

Charlie se disait anarchiste. Les gens de gauche le fascinaient. Sa compassion vis-à-vis des déshérités était réelle. C'était certainement un libertaire. Le dictateur était le premier film dialogué de Chaplin avec un script complet. Le point de départ du script était la ressemblance physique entre le dictateur et le petit juif. Toutes les premières ébauches commencent avec le retour des soldats juifs au ghetto. En décembre 1938, Chaplin était assuré d'avoir trouvé une grande partie de l'histoire. Le titre «The Dictator » » appartenait à la Paramount et Chaplin du appelé son film « The Great Dictator » ce dont il n'était pas entièrement convaincu. Il déposa alors d'autres titres : « The two dictators », « Dictamania » et « Dictator of Ptomania ».

Sydney revint travailler avec son frère pour la première fois depuis 20 ans car il avait dû quitter la France avec sa nouvelle femme Gypsy. Charlie fit projeter toutes les actualités concernant Hitler. Il disait d'Hitler : « ce type est l'un des plus grands acteurs que je connaisse ». Le script fut achevé le 1er septembre 1939.

Il faisait 300 pages. Charlie nomma Henry Bergman « coordonnateur » et son demi-frère Wheeler Dryden assistant metteur en scène. L'autre assistant, Robert Meltzer, était un communiste convaincu.

Chaplin avait trahi Rollie Totheroh en engageant Karl Struss comme directeur de la photo. Après 25 années de collaboration le coût était cruel. De fait, les raisons de l'insatisfaction de Chaplin n'ont jamais été très claires.

Le rôle de Hannah était destiné à Paulette. Elle négocia un salaire plus important que celui que son mari avait prévu. Chaplin était furieux. Malgré cela, Charlie Paulette continuèrent livre ensemble à Summit Drive durant toute la production du film. Mais lorsqu'ils travaillaient ensemble, la tension était parfois évidente.

Le 9 septembre 1939, le tournage démarrait avec la première séquence dans le ghetto. Le tournage s'arrêta en mars 1940. Chaplin joua ses deux personnages séparément. Il travailla d'abord les scènes du ghetto dans le rôle du barbier. En novembre 1939, Chaplin dut comparaître pour un procès en plagiat contre Michael Kustoff et concernant les Temps modernes mais il gagna. Le 12 décembre 1939, Charlie perdit son meilleur ami, Douglas Fairbanks. Le studio ferma ses portes le jour de l'enterrement.

En décembre 1939, Chaplin commença à tourner les scènes de Hynkel. Chaplin était manifestement plus froid et cassant en dictateur que quand il jouait le rôle du barbier. Le discours d'Hynkel fut improvisé en une langue imitée de l'allemand. En revanche, la scène du globe était élaborée avec précision dans le script. Carter de Haven essaiera plus tard d'entamer un procès en plagiat pour revendiquer la paternité de la « danse du ballon ». En janvier 1940, Jack Oakie entrait dans la distribution pour jouer le dictateur Napaloni. Il fut en bons termes avec Charlie. La fin du Dictateur devait être différente. Le discours du barbier devait être accompagné de scènes se déroulant en Espagne, en Chine et en Allemagne dans un ghetto juif.

À mesure que ce discours touche les personnages, un peloton d'exécution espagnol jette les armes, le pilote d'un bombardier japonais, touché par la grâce, parachute des jouets aux enfants chinois, une parade de soldats allemands marchant au pas de l’oie se transforme en valse, et un membre des sections d'assaut nazies risque sa vie pour empêcher une petite juive d'être écrasée par une voiture.

D'avril à juin 1940, Chaplin travailla sur le texte de son grand discours tout en poursuivant le montage du film. Lorsqu'il tourna la scène du discours, il fit sortir ses assistants communistes car il savait que son idéalisme utopique et son sentimentalisme offenseraient leur orthodoxie marxiste. Le 24 juin 1940, il enregistrait son discours. Il s'agit de l'un des passages les plus controversées de toute son oeuvre mais son jugement nous paraît aujourd'hui fondé. Qu'ils soient de droite ou de gauche, les critiques de Chaplin l'ont accusé de clichés et de vérités d'évidence. Chaplin organisa une série de projections informelles.

Cela lui permit de reprendre le montage pour l'accélérer. Il fit remonter le décor du ghetto pour de nouvelles prises. À la fin septembre seulement, Chaplin s'estima assez satisfait. Il restait très anxieux quant à l'accueil qui serait réservé à son film. 96 % des États-Uniens s'opposaient à l'entrée de leur pays dans la guerre.

Charlie avait reçu des lettres de menace, ce qui l'avait convaincu de l'ampleur des sentiments pro-nazi aux États-Unis.

La première mondiale eut lieu à New York, le 15 octobre 1940. Les critiques états-uniens furent réservés.

En Angleterre, l'accueil en plein Blitz fut plus favorable. Le parti communiste anglais publia le discours final du Dictateur sur une plaquette spéciale.

Chapitre 16 : M. Verdoux.

Au cours de la première du Dictateur, Chaplin fit frémir le public en présentant Paulette comme sa femme. L'aveu tardif de ce mariage excita la presse du monde entier mais le couple savait que l'union touchait à son terme.

Paulette obtiendrait le divorce au Mexique, en 1942, pour incompatibilité d'humeur et du fait d'une séparation qui remontait à un an. Paulette obtenait le Panacea et 300 000 $. Le jugement se fit en l'absence de Chaplin. Il confirma que le mariage avait eu lieu à Canton en 1936.

Chaplin participa à la cérémonie d'investiture de Roosevelt en janvier 1941. Il lut le discours final du Dictateur à la radio pour 60 millions d'auditeurs.

1941 fut une année difficile. Le Dictateur reçut un accueil mitigé aux États-Unis, Charlie était en froid avec le fisc mais la justice lui donna raison.

Il apprécia la compagnie de ses fils qu'il emmena comme chaperons lorsqu'il dînait avec des actrices. Il se montra sédentaire, joua au tennis tous les dimanches. Ces matchs devenaient les rendez-vous de l'élite hollywoodienne. Une des invitées se nommait Joan Barry. Elle avait 22 ans. Elle travaillait comme serveuse lorsque J. Paul Getty, le milliardaire du pétrole, l'avait remarquée et choisie pour faire partie de la cour de jolies femmes qui devaient l'accompagner au Mexique.

À Mexico, elle avait attiré l'attention d'un vétéran du cinéma qui lui avait donné un mot d'introduction pour Tim Durant et ce dernier l'avait invité à dîner avec Chaplin et lui. Elle séduisit Charlie. Il lui fit faire des essais pour l'écran. La pièce «Shadow and Substance » de Paul Vincent Carrol lui sembla un bon sujet pour un film. Il prit Joan sous contrat pour un an et acheta les droits de la pièce.

Il expédia Joan à l'école d'art dramatique de Max Reinhart et lui paya des soins dentaires. Ses amis remarquèrent des signes d'instabilité mentale chez Joan mais Chaplin ne remarqua rien. Au printemps 42 elle rentra ivre et démolit la Cadillac de Charlie. Le contrat fut rompu par consentement mutuel les 22 mai 1942. Il donna de l'argent à Joan en espérant en être débarrassé. Chaplin retourna travailler au studio pour un nouveau montage sonore de la Ruée vers l'or avec une nouvelle musique et avec des commentaires dits par Chaplin lui-même. Le baiser final fut supprimé.

Malgré le départ de Joan Barry, il continua à travailler sur « Shadow and Substance ». La pièce raconte l'histoire de Brigid, une jeune Irlandaise modiste qui a des visions de son homonyme, Sainte Brigid, et travaille dans la maison du révérend chanoine Thomas Skerritt. Les deux assistants du révérend représentaient les deux pôles de la foi : raison et superstition. Une émeute locale, née d'un conflit entre ces deux croyances entraînait la mort de Brigid et conduisait le chanoine à s'interroger sur sa propre foi et sur son orgueil coupable.

Après Pearl Harbor, le personnel japonais de Chaplin fut interné. La guerre affecta d'autant plus Chaplin que ses fils allaient bientôt être appelés sous les drapeaux. Il souhaitait contribuer personnellement à l'effort de guerre.

En mai 1942, il fit un discours pour le comité états-unien pour le secours sur le front russe. Il commença son discours par « camarades » ma affirma être humaniste et non communiste.

En juillet 1942, Chaplin fit un discours par téléphone à un meeting à Madison Square Garden devant 60 000 syndicalistes. À nouveau il réclamait l'ouverture d'un second front pour aider les Russes. Puis il prit la parole à Carnegie Hall, au cours d'un rassemblement organisé par le Front des artistes pour gagner la guerre.

Cet organisme était considéré comme une organisation dangereusement à gauche.

Il obtint son succès habituel. De retour à son hôtel, il apprit que Joan Barry l'avait appelé plusieurs fois. Il la rencontra un mais accompagné par Durant. Après ces discours, il n'était plus le bienvenu chez certains de ses amis. Il accepta encore un discours pour les alliés russes le 25 novembre 1942. Son dernier discours fut enregistré en février 1945 dans les bureaux du consulat soviétique pour être diffusé en URSS.

Le 23 décembre 1942, Joan Barry s'introduit chez Chaplin. Elle sortit un pistolet et menaça de se tuer. Les fils de Chaplin apparurent et il réussit à leur faire regagner leur chambre. Joan affirma plus tard qu'ils eurent des relations intimes.

Elle partit le lendemain après que Charlie lui eut donné de l'argent. Une semaine plus tard, elle revint et Chaplin du appelé la police. Elle fut condamnée à 90 jours avec sursis et reçut l'ordre de quitter la ville. En mai 1943, enceinte, elle revint. Elle fut condamnée à 31 jours de prison. Elle les passa à l'hôpital compte tenu de son état. À cette époque, Chaplin rencontra Ooona O'Neil. Elle était la fille d'Eugène O'Neill. En 1942, à 17 ans, elle fut nommée « débutante numéro un » de l'année.

Elle arriva à Hollywood pour devenir actrice. Elle s'installa chez sa mère. Elle ait des essais pour un rôle dans The girl from Leningrad. Son agent, Mina Wallace, avait entendu dire que Chaplin cherchait quelqu'un pour jouer Brigid mais faire jouer la fille du plus célèbre auteur dramatique états-unien ne l'enchantait guère. Mina Wallace avait inquiété Chaplin en lui annonçant que la Fox s'intéressait à sa cliente et il proposa donc un contrat à Oona.

L'extraordinaire et parfaite aventure amoureuse qui s'ensuivit apporterait à Chaplin un bonheur compenserait tout ce qui lui était déjà arrivé. Ils projetèrent de se marier juste après le tournage de Shadow and Substance. Le projet de film fut abandonné le 29 décembre 1942, deux mois après la rencontre entre Charlie et Oona.

En novembre 1942, Chaplin s'était mis au travail sur ce qui deviendrait M. Verdoux.

L'idée venait d'Orson Wells qui voulait faire un film sur Landru joué par Chaplin. Charlie proposa de lui racheter l'idée pour 5000 $ et Wells accepta à condition que son nom figure sur le générique.

En mars 1943, le projet portait encore le titre Landru.

Puis il deviendrait « production numéro sept Barbe-Bleue » puis Verdoux et enfin « M. Verdoux » en juin 1946.

Début 1943, Oona et sa mère habitaient Summit Drive.

Joan Barry appela pour dire qu'elle était enceinte. Le 4 juin 1943, elle donna l'information à la presse en affirmant que Chaplin était le père. Gertrude Barry la mère de Joan Barry, déposa une requête en paternité contre Chaplin et réclama 10 000 $ à Charlie pour les soins prénataux et 2500 $ par mois pour l'entretien de l'enfant.

Chaplin ne céda pas. Il savait qu'il y aurait procès et que cela lui coûterait cher mais il était d'une intégrité opiniâtre.

Chaplin ne voulut pas reconnaître l'enfant mais accepta de donner 2500 $ en espèces et 400 $ par mois. Oona allait avoir 18 ans et elle pourrait se marier avec Charlie sans l'accord de son père qui était opposé à ce mariage. Harry Crocker se vit confier l'organisation du mariage.

Ils se marièrent le 16 juin 1943. L'armée lui demanda une copie de « Charlot soldat », Chaplin fut flatté que ce film ait encore du succès 25 ans après sa sortie. Il entreprit de restaurer tous ses films. La fille de Joan Barry naquit le 21 octobre 1943. La cour fédérale entreprit un procès contre Chaplin et enregistra les dépositions de dizaines de témoins dont toute l'équipe de Chaplin, ces fils et même Oona. Chaplin fut inculpé le 10 février 1944 de violation du Mann act (destiné à combattre le commerce de la prostitution). Cette joie décrétait qu'il était illégal de faire traverser à une femme les limites de l'État à des fins immorales or Chaplin avait fait venir Joan Barry de Los Angeles à New York. Le jury déclara Chaplin non coupable. Des tests sanguins démontrèrent que l'enfant de Joan Barry n'était pas celui de Chaplin. Cependant un nouveau procès eut lieu en décembre 1944. Oona était enceinte et donna naissance à Géraldine le 1er août 1944.

Édith McKenzie, allait entrer dans la famille Chaplin pour devenir nurse et confidente des enfants de Charlie pendant plus de 40 ans.

Mildred Harris mourut en 1944, Charlie envoya une gerbe d'orchidées de roses et de glaïeuls pour l'enterrement.

Le procès en paternité s'ouvrit le 13 décembre 1943. L'avocat de la partie adverse Joseph Scott était conservateur, avait une foi ardente en Dieu, le pays et le parti républicain ce qui lui rendait Chaplin détestable. Joan Barry affirma que l'enfant avait été conçu le soir où elle était venue armée chez Chaplin. Durant le procès, Scott injuria Chaplin à plusieurs reprises pour le manoeuvrer et l'obliger à se mettre en colère devant le public. Le jury vota par sept voix contre cinq en faveur de l'acquittement. Le juge offrit son arbitrage mais Chaplin refusa et un autre procès eut lieu du 4 au 17 avril 1944. Cette fois le jury était composé de 11 femmes pour un homme.

11 jurés jugèrent Chaplin coupable. Le test sanguin avait donc été totalement négligé. Chaplin dut payer l'éducation de Carol Ann, la fille de Joan Barry, jusqu'à ses 21 ans. Les préparatifs de production de M. Verdoux commencer en 1945.

La censure désapprouva d'entrée de jeu le scénario. La manière de vivre de Verdoux, estime l'Office de censure, exhale un parfum déplaisant de sexe illicite, qui, à notre avis, est condamnable. La séquence d'ouverture initialement prévue ne fut jamais tournée. Elle commençait par un montage de scènes montrant le boum des affaires en Amérique : courtiers affairés, un homme d'affaires dans son bureau prêt à partir pour le golf, un milliardaire sur un yacht luxueux. Une voix devait commenter l'action : « en ces jours glorieux de 1938, tout le monde faisait de l'argent, sauf ceux qui travaillaient pour cela ».

En de voir M. Verdoux qui s'activait comment employer d'une grande banque parisienne. Dans une séquence parallèle, la bourse paniquait, l'homme d'affaires se suicidait, le milliardaire tombait raide mort sur son yacht, M. Verdoux recevait un avis de renvoi avec sa paye. Rollie Totheroh était revenu pour ce film. Wheeler Dryden était là comme metteur en scène associé.

Henry Bergman, la mascotte de Chaplin depuis 1918, était désormais trop malade pour travailler. Il mourut peu après le début du tournage. Sydney devait jouer le rôle du détective Morrow qui arrête Verdoux mais la belle-soeur de Chaplin s'y opposa car elle ne voulait pas voir Sydney tomber malade d'inquiétude comme ça avait été le cas dans le Dictateur. Charlie songea à Edna Purviance pour jouer Mme Grosnay. Elle avait grossi et il ne restait plus de trace de sa beauté. Elle fit des essais et répéta mais cela ne marcha pas et elle ne devait plus revoir Charlie. Elle mourut d'un cancer en 1958. Marylin Nash qui jouait la jeune prostituée était sans grand talent et Charlie finit par l'engager malgré ses doutes. Alfred Reeves qui avait engagé Chaplin chez Karno en 1910 avant de devenir son employé et de protéger la vie privée de Chaplin mourut en 1946.

Le tournage de M. Verdoux s'acheva en septembre 1946. La première mondiale eut lieu le 11 avril 1947 à New York.

La mauvaise publicité du procès Barry et la propagande politique avait joué contre Chaplin. Il y eu des sifflements dans la salle. Les journalistes montrèrent une égale détermination à traquer les opinions politiques de Chaplin plutôt qu'à le faire s'exprimer sur son film.

Chapitre 17 : les Feux de la rampe.

Chaplin se souciait peu de la commission sur les activités antiaméricaines. Il avait toujours pensé qu'il était chez lui aux États-Unis. Il ne cachait point son appui au libéral Henry A. Wallace et au « Doyen rouge » de Canterbury, le révérend Johnson. Il rencontra également Berthold Brecht.

En décembre 1946, Ernie Adamson, le principal avocat de la commission des activités antiaméricaines avait annoncé que Chaplin serait cité à comparaître. Cela fut sans suite.

En mai 1947, cependant, la presse allait encore monter en épingle le refus de Chaplin de prendre la nationalité états-unienne est à nouveau il affirma : « je suis un internationaliste, pas un nationaliste, et je ne changerai pas de nationalité. »

Le 12 juin 1947, Chaplin faisait l'objet d'un débat passionné au Congrès. Le représentant John T. Rankin demanda l'expulsion de Chaplin. Charlie intenta un procès contre Hy Gardner, animateur qui l'avait traité de communiste et de menteur sur la NBC. Chaplin n'attendit pas la convocation de la commission des activités antiaméricaines. Le 21 juillet 1947, les journaux reprenaient le texte d'un message dans lequel Charlie déclarait : « je ne suis pas communiste, je suis un agitateur de la paix ».

Finalement, Chaplin reçut une réponse étonnamment courtoise lui annonçant que sa présence n'était pas jugée nécessaire devant la commission et qu'il devait considérer l'affaire comme close.

En 1948, Chaplin voulut retourner à Londres pour montrer à Oona les lieux de son enfance. Le gouvernement bloqua la demande de visa. Il fut interrogé chez lui par le FBI et par un officier de l'immigration. Cela dura 4 heures. On l'interrogea sur ses origines raciales et sur sa vie sexuelle, ses opinions politiques. On lui accorda son visa. Mais Charlie renonça à partir car le fisc lui avait réclamé 1 million de dollars d'impôt et avait exigé qu'il laisse 1 500 000 de dollars en dépôt.

À cette époque, United Artists, dont Chaplin était propriétaire était endetté et il ne put vendre la compagnie à cause d'une mésentente avec l'autre propriétaire Mary Pickford.

Le 7 mars 1946, Oona donna naissance à Michael, le 28 mars 1948 à Joséphine et le 19 mai 1951 à Victoria.

L'écriture du script de Limelight (encore intitulé Footlights) prit trois ans à Chaplin. L'histoire elle-même était précédée de deux longs flash-back relatant la vie des deux principaux personnages, le clown Calvero et la jeune danseuse Terry. Chaplin a révélé que le sujet lui avait été suggéré par le souvenir d'un célèbre comédien états-unien, Frank Tinney, qu'il avait vu sur scène lors de sa première tournée à New York et qu'il avait revu des années plus tard quand Tinney avait perdu la gloire. Chaplin annonça à ses fils que les Feux de la rampe serait son plus grand et son dernier film. Déçu par les États-Unis et satisfait par sa famille, il voulait prendre sa retraite. Son fils Sydney junior allait jouer le rôle du compositeur et Charles junior héritait quant à lui d'un petit rôle de clown dans le ballet. Géraldine, Michael et Joséphine devaient jouer trois gamins qui regardaient avec curiosité Calvero rentrer chez lui éméché. Wheeler Dryden jouait le rôle du médecin qui soigne Terry après sa tentative de suicide. C'est seulement à cette époque que le lien entre Wheeler et Charlie furent rendus publics. Pour trouver l'actrice principale, Charlie passa cette annonce dans la presse : « cherche jeune fille pour jouer le principal rôle féminin face à comédien considéré de notoriété publique comme le plus grand du monde ».

Claire Bloom fut contactée par un ami de Chaplin pour jouer Terry. Arthur Laurents lui téléphona pour que l'envoi des photos au studio mais elle oublia si bien que c'est Chaplin lui-même qui lui réclama les photos.

Elle fit les essais mais Chaplin mis de temps à se décider pour lui donner le rôle. À cette époque, la vie mondaine de Chaplin était beaucoup plus calme que par le passé à cause des idées politiques de Charlie et du climat imposé par McCarthy.

Cette fois Karl Struss remplaça Roland Totheroh comme directeur de la photographie, Totheroh n'étant plus que consultant. Pour le décor du film, c'est un collaborateur de Jean Renoir, Eugène Lourié qui fut choisi.

L'aspect le plus émouvant des feux de la rampe reste l'apparition de Buster Keaton aux côtés de Chaplin dans un numéro musical farfelu. Keaton travailla sur le film pendant trois semaines. En l'employant, Chaplin faisait un geste généreux car Keaton n'avait plus joué dans une comédie depuis des années et il était complètement oublié. Mais certains des gags et de Keaton devaient être un peu trop étincelants car, au vu des rires qu'ils déclenchaient aux rushes, Chaplin ne jugea pas nécessaire de les introduire dans la version finale du film. Il réussit à caser le numéro de la puce savante, après 30 années de tentatives diverses, qu'il avait interprété pour la première fois sur le plateau du Kid. Après la première du film, Charlie partit pour New York avec le pressentiment qu'il ne reviendrait pas à Los Angeles. À New York, Chaplin assista à un récital d'Édith Piaf. Les critiques furent favorables aux Feux de la rampe.

Le 17 septembre 1952, la famille Chaplin embarqua à bord du Queen Elizabeth. C'est sur le paquebot que Charlie apprit l'annulation de son visa de retour par l'Attorney General des États-Unis. James McGranery. Chaplin n'avait le droit de retourner dans le lieu où il habitait depuis 40 ans.

Chapitre 18 : l'exil.

Arrivé à Southampton, en Angleterre, Chaplin affirma aux journalistes qu'il retournerait aux États-Unis et ferait face aux accusations. Il raconta qu'il avait l'idée d'un film sur un personnage déchu arrivant au nouveau monde. À la suite d'une blessure à la tête, cet homme se voyait infligé d'une maladie nommée chryptosthénie qui le faisait s'exprimer dans une langue ancienne. Comme personne ne pouvait le comprendre aux guichets de l'immigration, on lui permettait de passer tous les tests de langage possibles.

Le parlement britannique pressa le Foreign Office d'agir auprès du gouvernement des États-Unis pour qu'il autorise Chaplin à retourner sans entrave dans ce pays. McGranery fut obligé de reconnaître qu'il avait engagé son action sans consulter aucune autre instance gouvernementale. On savait en fait que le Département d'État et de nombreux officiels de Washington avaient été atterrés par les vives réactions que provoquait cette affaire partout dans le monde. Même Richard Nixon, alors sénateur, trouvait qu'on en faisait trop contre Chaplin. À Londres, les Chaplin dînèrent avec le fils de Douglas Fairbanks et avec Laurence Olivier puis ils rencontrèrent Toscanini.

La première mondiale des Feux de la rampe eue lieu le 23 octobre 1952 et fut retransmise à la télévision. À Paris, le film le fut encore plus généreusement fêté. Le président de la République invita les Chaplin à déjeuner.  Charlie fut fait officier de la Légion d'honneur. Ils dînèrent avec Aragon, Picasso et Sartre. Picasso reçut Chaplin dans son atelier pour lui montrer ses toile et Charlie en échange fit une pantomime et la danse des petits pains.

Aux États-Unis, les chaînes de distribution retirèrent les Feux de la rampe après quelques séances. La piplette numéro un aux États-Unis, Hedda Hopper publia contre Chaplin une diatribe fameuse. Chaplin récupéra sa fortune car il avait donné procuration à Oona juste avant de partir. Elle partit à Hollywood pour liquider les avoirs de Charlie. Elle découvrit que depuis leur départ, le FBI avait interrogé les domestiques pour tenter d'établir des preuves de turpitude morale dans leur maison. On avait passé au crible les circonstances du divorce avec Paulette Goddard.

Évidence, le FBI avait besoin de trouver quelque chose pour étayer les accusations de l'Attorney General. Même Lita Grey fut interrogée mais elle refusa de donner des informations. Wheeler Dryden allait être aussi victimes des agissements du FBI. Il mourut en 1957. Après avoir vécu dans un délire paranoïaque, il se croyait persécuté par le FBI.

Les Chaplin optèrent pour la Suisse pour des raisons financières. Ils s'installèrent à Lausanne et cherchèrent une résidence permanente. En janvier 1953, ils s'installèrent au manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey. L'une des caves avait été réservée aux archives de Charlie : scripts, carnets de bord du studio, livres de montage, films, négatifs. Les Chaplin étaient servis par 12 domestiques. Chaplin engagea Rachel Ford comme secrétaire. Elle avait atteint un grade élevé dans les FFL puis avait travaillé pour le Mouvement européen. Elle travailla pour les Chaplin pendant plus de 30 ans.

Les Chaplin se considérèrent comme partie intégrante de la communauté locale ce qui ne les empêcha pas de se battre pendant des années contre les autorités locales qui leur imposèrent le voisinage avec les militaires qui s'entraînaient au tir.

En 1955, Chaplin déposa une protestation en règle mais les entraînements continuèrent. En mars 1953, le studio et la maison de Beverly Hills furent mis en vente. En avril 1953, Chaplin renonça à son visa de retour aux États-Unis. Oona obtint un passeport britannique car elle avait renoncé à la citoyenneté états-unienne. Le dernier lien avec les États-Unis serait rompu en mars 1955, quand Chaplin vendit ses dernières actions de United Artists. En juillet 1955, Chaplin déjeuna avec Chou En-lai, le premier ministre chinois.

En 1957, il fit la connaissance de Khrouchtchev à Londres. En 1954, Chaplin reçut des attaques des États-Unis car il avait accepté le prix pour la paix mondiale remis par une organisation communiste.

Il remit l'argent du prix à l'Abbé Pierre. En 1954, Chaplin lança son nouveau projet «The Ex-King » qui allait devenir « Un roi à New York ». Il pensait alors que ce serait un genre de comédie musicale. Il travailla sur le script en 1954 et 1955.

Jerry Epstein, le producteur de Chaplin, fonda avec lui une nouvelle compagnie, Attica. Kay Kendall devait jouer le rôle féminin principal mais Chaplin détesta le rôle qu'elle avait dans « Geneviève ». Alors il choisit Dawn Adams qu'il avait rencontrée à Hollywood avant son départ. Michael Chaplin joua le rôle du garçon dont les parents sont victimes de la chasse aux sorcières. Avec « Un roi à New York » Chaplin, après avoir défié la tyrannie des dictateurs européens attaqua la paranoïa destructrice qui s'était emparée de l'Amérique. Le film ne fut pas projeté aux États-Unis avant 1976.

Les parents de Michael auraient souhaité qu'il prenne au générique le nom de John Bolton, pour ne pas exploiter celui de Chaplin, mais l'enfant avait insisté pour conserver son nom.

Le tournage eut lieu du 7 mai au 28 juillet 1956. Ce fut le plus court tournage de Chaplin. Après, il donna une conférence de presse dont furent exclus les journalistes états-uniens.

Le 23 août 1957, Oona donna naissance à Jane. Un roi à New York sortit le 12 septembre 1957. Les presses britanniques et françaises furent favorables au film. La campagne contre Chaplin continua aux États-Unis.

Chaplin n'avait pas son étoile sur Hollywood boulevard parce que les propriétaires du voisinage avaient protesté.

Le fils qui lui réclamait encore 1 100 000 $ d'arriérés. En décembre 1958, la réclamation fut abaissée à 452 000 $ et Chaplin dut s'exécuter.

Lors des interviews Chaplin déclara vouloir faire revenir le vagabond et en couleur.

En 1959, il déclara : « j'ai eu tort de le tuer. Le petit homme avait sa place à l'ère atomique ». Son intérêt pour le vagabond était revenu quand il monta « The Chaplin Revue » avec des scènes de « Comment on fait des films ».

Pour la première fois, le public allait voir des scènes où Chaplin jeune apparaissait sans son costume. La famille Chaplin voyagea en 1961 en Extrême-Orient.

En 1962, ce furent les dernières vacances à réunir toute la famille à Venise, Paris et Londres. En 1962, Chaplin fut nommé honoris causa de l'université d'Oxford puis de l'université de Durham.

Le 8 juillet 1962 Oona donnait le jour à Cristopher. Les enfants devaient apprendre à ne pas déranger les activités de papa ce qui provoqua une incompréhension occasionnelle avec les enfants. Tous les enfants se sont retrouvés isolés de leurs camarades. Leurs amis faisaient l'objet d'un examen rigoureux et se voyait rarement encouragés. Charlie avait des difficultés à faire des réprimandes et Oona aussi.

Ce travail incombait à la nurse ou à Miss Ford. Une certaine forme de réticence, voire de fuite, allait caractériser bientôt les relations entre les parents et les enfants.

Ce fut Géraldine qui fut la première rebelle car elle quitta le domicile familial pour aller étudier à la Royal Ballet School.

Michael la suivit de près. Il allait se droguer (brièvement), entré à l'Académie royale des arts dramatiques, jouer dans des films, enregistrer de la musique pop, se marier et avoir un enfant.

En 1965, Michael réclama l'aide publique. Mais il se réconcilia totalement avec sa famille avant la mort de son père.

Chaplin commença à rédiger ses mémoires après avoir terminé Un Roi à New York.

En 1964, Chaplin assiste à un gala de Maria Callas à l'Opéra de Paris. Il envisageait lui-même de composer un opéra sur Tess d’Urberville.

Il parlait aussi décrire une arlequinade pour son fils Sydney.

« Histoire de ma vie » paru en septembre 1964. Les critiques furent presque unanimement favorables. Il est difficile d'admettre que Chaplin n'ait pas mentionné Totheroh, Bergman, Eric Campbell et Georgia Hale, Wheeler Dryden.

Chapitre 19 : la Comtesse d'Hong Kong et les dernières années.

La comtesse d'Hong Kong est essentiellement une remise à neuf de Stowaway.

Durant la préparation de ce film, Chaplin perdit son dernier lien avec son enfance. Sydney mourut à Nice le 16 avril 1965, le jour même de l'anniversaire de Charlie. Durant l'été 1965, Chaplin fut co-lauréat avec Ingemar Bergman du prix Érasme.

Le tournage de la comtesse d'Hong Kong commença le 25 janvier 1966 et finit le 11 mai 1966.

Beaucoup plus tard, Marlon Brando allait tenir des propos désobligeants sur ce film. Pour sa part, Sophia Loren adorait Chaplin et se révéla merveilleusement sensible à sa direction. Pour le second rôle, Charlie avait engagé Tippi Hedren et son fils Sydney.

Un documentaire sur le tournage de la comtesse d'Hong Kong devait être tourné mais Chaplin refusa.

Une semaine avant la fin du tournage, Chaplin endossa le costume de son dernier rôle au cinéma. Il jouait un vieux steward victime d'un sévère mal de mer. C'était l'un de ses numéros favoris et il fit sa sortie sur le même numéro de mime que dans ses premières prestations à l'écran. Les critiques anglaises furent mauvaises. Sortir une gentille comédie romantique la même année que les 12 salopards et le Lauréat était un anachronisme presque incompréhensible.

Les critiques françaises et italiennes furent meilleures. La chanson du film « This is my song » fut un grand succès international.

Quand Chaplin lut les critiques anglaises, il fut d'abord surpris. Puis il s'en remit, et reprit confiance parce que le public l'aimait.

En 1965, Michael Chaplin écrivit un livre sur sa vie avec deux « nègres » mais le style qu'on lui donna ne lui plaisait pas et il fit un procès pour arrêter la publication du livre.

Pourtant le livre sorti quand même après révision du texte. Il était touchant avec des réflexions intelligentes. Michael exposa les difficultés qu'il avait à être le fils d'un homme de génie.

En octobre 1966, Charlie se cassa la cheville. C'était la première fois de sa vie qu'il se brisait un membre. Dès lors, Charlie allait connaître les assauts du grand âge.

Il se lança dans un nouveau projet, The Freak, une comédie dramatique sur une jeune fille qui se réveille un matin en découvrant que des ailes lui ont poussé.

Le rôle était destiné à Victoria, sa troisième fille.

En 1969, Victoria quitta la famille pour rejoindre son amoureux, l'acteur français Jean-Baptiste Thierrée. Tous deux se consacrèrent au cirque. Ce fut un coup pour Charlie qui voyait son projet de film vaciller. Oona et Jerry Epstein s'étaient rendu à l'évidence : les forces physiques de Chaplin ne pouvaient plus soutenir sa volonté créatrice.

Le 20 mars 1968, Charlie junior mourut d'une thrombose.

Au début des années 70, Chaplin consacra toute son énergie à remettre en exploitation ses vieux films.

En 1970, il composa une nouvelle partition pour le cirque et enregistra lui-même la chanson « Swing, little girl ». En 1971, le 21e festival de Cannes créa une récompense spéciale pour l'ensemble de son oeuvre, il fut également fait commandeur de la Légion d'honneur. Les États-Unis l'invitèrent mais Chaplin hésita à accepter.

S’il accepta, c'est parce qu'il avait l'intention d'examiner une nouvelle caméra qui pouvait faciliter le travail d'impression sur The Freak. Les Chaplin arrivèrent à New York le 2 janvier 1972 et furent accueillis par une centaine de journalistes. Chaplin retrouva Claire Bloom et Paulette Goddard et put leur parler lors d'un gala en son honneur.

Chaplin reçut la médaille Handel, la plus haute récompense de la ville de New York. À Hollywood, il reçut un Oscar spécial.

Là, il revit Georgia Hale et Jackie Coogan. Coogan était devenu gros et chauve mais Charlie le reconnut et éclata en sanglots. Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre.

Lors de la cérémonie des Oscars, Charlie fut trop ému pour dire autre chose que merci mais il s'arrangea pour improviser un petit numéro avec un chapeau melon qu'il fit sauter sur sa tête. En septembre 1972, Chaplin reçut une mention spéciale du Lion d'or du festival de Venise et « les Lumières de la ville » furent projetées sur la place Saint-Marc.

De retour en Suisse, il écrivit un nouveau livre « My life in pictures ».

En mars 1975, il retourna à Londres avec sa famille pour être nommé chevalier par la reine. Puis il composa une musique pour « l'Opinion publique » et effectua quelques coupures dans le film là où l'action lui semblait trop sentimentale. Dans les derniers moments de sa vie, Charlie lut Oliver Twist, bricola sur le script de « The Freak ». Il n'était pas religieux mais ne craignait pas la mort. Le 15 octobre 1977, Chaplin fit sa dernière sortie hors du manoir. Il assista à un spectacle du cirque Knie à Vevey.

Au cours de la nuit de Noël, Charlie Chaplin s'éteignit paisiblement dans son sommeil. L'enterrement eut lieu le 27 décembre 1977 à l'église anglicane de Vevey.

Ce fut selon les voeux de Charlie une cérémonie strictement familiale.

Le 2 mars 1978, le cercueil de Chaplin fut volé. C'était un enlèvement posthume. Un mystérieux M. Cohat (ou Rochat) téléphona pour réclamer 600 000 fr. suisses en échange du corps. Les deux coupables, étaient de pauvres maladroits, Roman Wardas, un mécanicien polonais de 24 ans et Gantcho Ganev, 38 ans, mécanicien de Lausanne exilé de Bulgarie. Ils espéraient monter un garage avec l'argent. Puis ne voyant pas venir l'argent, ils menacèrent de tirer dans les jambes de Christopher Chaplin. Cristopher fut protégé par la police. Les deux hommes furent appréhendés dans une cabine téléphonique tandis qu'ils appelaient Géraldine Chaplin.

En retrouva le cercueil enterré dans un champ de blé, près du village de Noville. Le propriétaire du terrain érigea une simple croix de bois ornée d'une canne en souvenir.

Wardas fut condamné à quatre ans et demi de prison et Ganev à 18 mois avec sursis pour « trouble du repos d'un mort et tentative d'extorsion ».

 

 

 

 

 

 

 

 

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08 octobre 2017

Vade-mecum des ordres de sagesse du rite français (Claude Darche)

vademecum

Vade-mecum des ordres de sagesse du rite français (Claude Darche) 

Les hauts grades du rite français se distinguent par leur appellation. Ce sont des ordres et contrairement aux hauts grades du rite écossais ancien et accepté, le terme de perfection n'est pas évoqué car, ici, nous allons vers la sagesse.

Chacun de ces ordres synthétise une série de grades de divers rites écossais, et par la suite, du rites écossais ancien et accepté avec ses 33 grades qui n'existaient pas en 1786 quand le rite français a été codifié.

Si les Écossais visent la perfection, au moins jusqu'au 14e degré, les Français viseraient naturellement la sagesse. Cette sagesse ne s'obtient que par la progression de la connaissance maçonnique et par l'apprentissage donné par la vie.

Ce que nous promet la maçonnerie, ce n'est pas d'acquérir un savoir, mais d'aller vers une sagesse, tels que fut celle de Salomon.

A l'âge de 12 ans, le roi Salomon est gratifié par Dieu d'une grande sagesse.

Né en 848 avant leur commune, Salomon est mort à 52 ans en -796, après avoir régné pendant 40 ans. Il est connu comme le plus sage de tous les hommes. La Bible raconte que des rois, accourus de partout dans le monde, venaient écouter sa sagesse, qui incluait non seulement celle de la Torah, mais aussi celle dans les connaissances profanes et les sciences. Il composa 3000 paraboles et 1005 poèmes.

Chapitre 1:Un bref historique du rite français et des ordres de sagesse.

Les exilés britanniques apportent en France le rite des modernes qui sera traduit, progressivement, en français. Cela deviendra le rite français. Le Grand Orient de France, pour assurer une franc-maçonnerie nationale, organise l'uniformisation des rites « modernes » hexagonaux dès 1782. En 1785, le modèle est fixé pour les grades d'apprenti, compagnon et maître qui sont d'influence anglaise et se distinguent des rites écossais.

En 1858 s'impose le rite français dit Murat qui revient aux fondements des Constitutions d'Anderson.

Après l'abandon de l'invocation obligatoire du grand architecte de l'univers en 1877, le Grand Orient de France décide de réformer le rite français pour effacer les formules à connotations religieuses.

La commission dirigée par Louis Amiable en 1886 conclura la forme adogmatique du rite en lui donnant une teinte positiviste.

En 1938, le grand maître Groussier réforme le rite français pour un retour aux sources. Le rite français Groussier sera achevé en 1955. Le rite français est sans doute le plus conforme à celui qui était pratiqué en Angleterre dès le premier quart du XVIIIe siècle.

Le grand chapitre général du Grand Orient de France est refondé en 1999.

-Le concept des hauts grades.

Les hauts grades n'ont de sens qu'à partir du moment où on admet que les trois premiers grades constituent un ensemble cohérent désigné comme grades symboliques.

Les autres grades n'ont pas été rajoutés pour donner une suite pertinente et rigoureuse aux trois premiers.

Le rite français est pratiqué au Grand Orient de France où il est majoritaire mais aussi à la Grande Loge Nationale Française, à la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, à la Grande Loge Mixte de France, etc.…

Le rite français a trois grades : apprenti, compagnon, maître et quatre ordres : élu secret, grand élu écossais, chevalier d'Orient, et souverain prince Rose-Croix.

Il existe un cinquième ordre qui se rapproche du 28e degré du rite écossais ancien et accepté, le chevalier du soleil.

Le rituel de référence du quatrième ordre du grand chapitre général du Grand Orient de France présente la libération du souverain prince Rose-Croix comme essentielle à l'épanouissement du parfait maçon. Les hauts grades du rite français et du rite écossais proviennent du foisonnement de grades qu'offrait la franc-maçonnerie d'avant 1780. C'est pourquoi on trouve des thèmes similaires dans les hauts grades de rite français et écossais.

Chapitre 2: premier ordre de sagesse, élu secret, quatrième grade de justice, vengeance, morale.

Ce ne sont pas moins de 15 rituels dont la synthèse aboutira à la rédaction du premier ordre de sagesse, rituels issus de l'écossisme des Anciens. Une première série comprend les degrés de maître parfait, maître secret, maître irlandais, tous grades intermédiaires entre la maîtrise et le grade d’élu, il y a ensuite la famille de l'élu et tous les différents grades dits de l'élu.

Le grade d'élu secret correspond à la version mise au point en 1784 sous l'influence de Rottiers de Montaleau. Elle a écarté tout ce qui pourrait passer pour excessif dans ses effets. Le grade d'élu secret du rite français correspond au neuvième degré, élu des neuf, du rite écossais ancien et accepté.

L'orateur du chapitre prononce un discours historique après l'initiation au premier ordre. Il s'agit de la légende liée à cet ordre. Les trois mauvais compagnons ayant tué Hiram ont été retrouvés par un inconnu qui en avertit Salomon. Salomon a désigné 9 maîtres pour se rendre au lieu désigné par l'inconnu. Le sort a désigné le chef de l'entreprise. C’est Joabem. Les neuf maîtres ont juré de venger Hiram. Ils choisissent un mot de reconnaissance, c'est Abibala, le compagnon ayant tué Hiram.

L'inconnu les a accompagnés vers le lieu où se trouvent les trois mauvais compagnons, près de Joppa, près d'une caverne au bord de la mer. C'est la caverne de Benacar.

Deux des trois mauvais compagnons ont fui et en voyant les neufs élus mais sont tombés dans une fondrière et sont morts.

Joaben suit un chien qui le mène à Abibala. Abibala saisi de frayeur, à la vue de Joaben, se tue en se plongeant un poignard dans le coeur.

Les neufs élus laissent les trois cadavres en proie aux bêtes féroces mais découpent les têtes pour les montrer à Salomon et témoigner de leur expédition. Aux neufs élus Salomon en ajoute six qui n'étaient pas de l'expédition.

Salomon leur donne une grande écharpe noire au bout de laquelle est un poignard à poignée d'or. L'inconnu qui n'était qu'un pâtre est récompensé et entre dans le corps des maçon puis suffisamment instruit devient un des élus.

L'esprit du premier ordre est que le crime ne peut rester impuni, la conscience est un juge inflexible et sans un pouvoir légitime la vengeance est criminelle.

Dans le rite français, la vengeance n'est pas accomplie car le grand architecte a préféré que l'assassin par peur ou par désespoir se tue.

Personne ne peut s'arroger le droit de tuer autrui.

Dans le rituel du premier ordre, aucun des justiciers ne s'est sali les mains.

La conscience et la prise de conscience permettront au maître maçon, à l'élu de transmuter les défauts. L'ignorance pourra devenir connaissance ; la vanité, simplicité ; la jalousie, reconnaissance d'autrui, l'ambition, détachement.

La justice se doit d'être impartiale et de remplacer la vengeance aveugle par des éléments neutres.

Les symboles du premier ordre.

La caverne : un lien évident avec le cabinet de réflexion.

La caverne est le lieu de passage initiatique où passent tous les êtres désireux de chercher la vérité, de revenir aux origines, ce qui les amènera à renaître ou à être vaincus.

La caverne permet à l'élu de régler le problème très humain de la vengeance et de la justice.

La symbolique de la caverne est double : élévation de l'âme ou descente aux enfers.

Dans la caverne, l'élu trouve l'eau (symbole de la vie), un poignard (symbole de la pénétration), le chien (symbole de fidélité) c'est le chien qui guide Joabem vers la caverne.

La symbolique du nombre 9.

Le nombre neuf marque la fin d'un cycle, il est le nombre de l'achèvement, mais aussi de la spiritualité, de la sagesse, les neuf muses représentent, par les sciences et les arts, la somme des connaissances humaines.

La batterie du grade d'élu se fait par 8 coups et un.

La marche du grade est composée des pas de la maîtrise, trois pas d'apprentis, trois pas de compagnon et trois pas de maître, donc neuf pas.

Le récipiendaire grimpe neuf marches pour accéder à la caverne.

Les neufs élus sont représentés par neuf lumières.

Les spécificités du premier ordre.

Les décors.

Les gants sont blancs, le tablier est blanc bordé de noir, portant un poignard dont la lame est d'argent et la garde d'or entouré de neuf flammes rouges. La bavette est noire bordée de rouge.

Le cordon est noir, portant les lettres V.’. A.’. M.’. (Vincere Aut Mori, vaincre ou mourir).

Ce cordon est porté de l'épaule gauche à la hanche droite. Le bijou est le poignard à lame d'argent.

La batterie se fait par neuf coups, huit et un.

L'ordre se fait par le pouce droit levé, poing fermé.

Le mot sacré : demande : vengeance, réponse : justice.

Le mot de passe : Abibalcq (nom du meurtrier d'Hiram, nom qui signifie meurtrier du père).

L'acclamation : liberté, égalité, fraternité.

L'élu demande justice pour tous ceux qui sont ou ont été victimes de l'oppression, du fanatisme, des dogmatismes.

Chapitre trois : deuxième ordre de sagesse, grand élu écossais, cinquième grade.

Le sacrifice, la dette, l'alliance.

Cet ordre est très proche du 14e degré du rite écossais ancien et accepté, grand élu, ancien parfait et sublime maçon.

Ce deuxième ordre est la juxtaposition de deux grades : l'Ecossais ou parfait maître anglais et l'Ecossais de perfection. Le thème essentiel est la purification, le sacrifice et la découverte du delta, du tétragramme.

L'esprit du deuxième ordre est de briser le lien des vices et de toute dépendance, contracter une nouvelle alliance, pratiquer la plus saine morale et être un homme vertueux.

Hiram avait un delta précieux comme le bijou. Avant d'être assassiné, Hiram avait jeté son delta dans un puits qui se trouvait au coin de l'Ouest et du Midi.

Salomon en ordonna la recherche.

Trois maîtres le trouvèrent. Passant près du puits vers l'heure de midi, ils aperçurent dans le fond quelque chose de brillant. L'un d'eux descendit dans le puits et trouva le delta.

Les trois maîtres donnèrent le delta d'Hiram à Salomon. À la vue du delta, Salomon fit un pas en arrière et leva les bras au-dessus de sa tête en signe de joie et dit : « l'enseignement du maître est sauvé ! ».

Aussitôt, les 15 élus descendirent dans la voûte souterraine par un escalier de 24 marches. Salomon fit incruster le delta dans un piédestal triangulaire placé au centre de la voûte. Il le nomma « piédestal de la science ». Puis il fit couvrir le delta d'une pierre d'Agathe quadrangulaire sur laquelle il fit graver sur la face supérieure le mot substitué, à la face inférieure tous les mots connus de la maçonnerie et sur les quatre faces latérales les combinaisons cubiques des nombres, ce qui le fit dénommer « Pierre cubique ».

Au-devant, le roi Salomon fit placer trois lampes portant chacune neuf lumignons qui brûlèrent d'un feu perpétuel. Les 15 élus jurèrent le secret sur cette voûte sacrée. L'entrée de la voûte fut gardée secrète par 27 grands élus et leurs successeurs.

Le grand expert et le grand maître des cérémonies font poser à l'impétrant les mains sur la table des épreuves et posent le tranchant d'une hache sur le cou du récipiendaire alors que l'on pose la pointe d'un poignard sur son coeur.

On fait faire au récipiendaire trois fois le tour de la table des épreuves.

C'est l'ouverture d'esprit et sa générosité qui permettent à l'élu d'être dirigé vers la table d'ablutions.

La table d'ablutions est recouverte d'une vasque remplie d'eau.

Le grand expert fait faire trois fois le tour de la table au récipiendaire. Il lui trempe neuf fois les mains dans l'eau pour le purifier.

La table des obligations se compose d'un glaive, d'un maillet, du livre des constitutions et d'une truelle.

L'impétrant prête serment d'aider ses frères et soeurs de ses conseils et de ses services et de ne pas porter atteinte à leur état ou honneur.

Devant la table des obligations se trouve le piédestal de la science, triangulaire et rouge sur lequel se trouve un soleil rayonnant, l'étoile flamboyante avec la lettre G et d'un compas ouvert entre les nombres 3,5, 7,9.

La voûte sacrée est composée de neuf voûtes. Elle symbolise le monde d'en haut.

Le parfait maître demande à l'impétrant de partir à la recherche du dépôt sacré qu'il doit ramener parmi ses frères élus.

Le parfait maître passe la truelle devant les yeux du candidat et lui dit : « que ta vue soit pure ».

Puis il lui passe la truelle devant les lèvres et dit : « que ta bouche ne s'ouvre que pour préférer des paroles utiles à tes frères ou soeurs ».

Enfin, le parfait maître passe la truelle devant le coeur et dit : « que ta conscience soit à jamais sans reproche et que toutes tes actions se dirigent vers la recherche de la vérité ».

Dans le rituel de 1786, on utilise une truelle pour oindre le récipiendaire sur le front, la bouche et le coeur d'une mixture composée de lait (douceur), d’huile (sagesse), de vin (force) et de farine (beauté).

Sur la table de l'union se trouvent le pain et le vin.

Quand l'homme a mis en culture le blé, il a commencé à gérer la production de l'environnement. Le blé à l'origine du pain est donc l'élan vers la civilisation moderne. Le vin vient de l'arbre de vérité et de connaissances dont Noé, le patriarche, a reçu l'autorisation de Dieu de cultiver la vigne et d'élaborer la boisson divine, le vin.

Le vin, symbole de vérité ésotérique, de puissance initiatique s'identifie au sang, au feu, catalyseur de la terre. La cérémonie du deuxième ordre rappelle donc la Cène où furent partagés le pain et le vin. Car le vin, associé au sang, nous oriente vers le symbolisme du grade, le sacrifice, le renouvellement, la régénération.

Dans la codification de 1786, il était passé, en signe d'alliance, un anneau d'or à l'annulaire gauche du récipiendaire au deuxième ordre.

Le tablier du deuxième ordre comporte une étoile flamboyante sur la bavette, le compas couronné sur un quart de cercle, avec un soleil.

Il est doublé d'un tissu rouge.

Le cordon est rouge avec des franges dorées et se passe de l'épaule droite à la hanche gauche. Le bijou est un compas doré couronné sur un quart de cercle au milieu duquel est une médaille à rayons représentant d'un côté le soleil et de l'autre l'étoile flamboyante.

L'âge est neuf ans.

Les lumières sont 27 (trois groupes de 9). Le signe d'ordre se fait en portant la main droite, la paume en haut, à l'épaule gauche et en la retirant le long du corps vers la hanche droite.

La marche s'effectue par trois pas de côté diagonalement en partant du pied droit puis cinq pas de côté diagonalement en partant du pied gauche puis7 pas de côté diagonalement en partant du pied droit et 3 × 3 pas diagonalement d'abord du pied gauche puis du pied droit et enfin du pied gauche.

Le mot sacré est perfection et le mot de passe est l'enseignement du maître est sauvé.

Chapitre 4.

Troisième ordre de sagesse, chevalier d'Orient, sixième grade.

La liberté retrouvée, le renouveau intérieur permet de vaincre l'ennemi du dehors.

Le troisième ordre fut rédigé par Roettiers de Montaleau en 1785. Il mit l'accent sur un fait historique qui nourrit tout un imaginaire maçonnique : la reconstruction du deuxième temple de Jérusalem. Le devoir du chevalier d'Orient réside dans sa quête inlassable de recherche de la vérité, d'une reconstruction de son propre temple intérieur, d'un désir puissant de rassembler inlassablement ce qui est épars.

Dans le discours historique du troisième ordre il est dit que Nabuchodonosor fit détruire le temple de Jérusalem et en prit les trésors.

Il détruisit Jérusalem et amena le roi et son peuple en captivité. Le prince Cyrus libéra le peuple d'Israël après avoir entendu une voix intérieure lui ordonner de libérer les captifs.

Zorobabel, prince de Juda, ayant obtenu l'entrée du conseil de Cyrus, demanda l'affranchissement de sa nation et la permission de bâtir le temple. Cyrus accepta et lui restitua les biens enlevés par ses prédécesseurs. Cyrus fit Zorobabel chevalier de son ordre. Zorobabel dut lutter contre les Assyriens au passage d'un pont. Zorobabel rendit le passage libre.

Il rencontra des maçons qui comptaient quelques grands élus qui retrouvèrent l'entrée de la voûte sacrée et le piédestal de la science. Ils brisèrent la lame d'or et la fondirent. Ils détruisirent la Pierre d'Agathe et transmirent leur savoir par la seule tradition.

Zorobabel devint le chef de la nation et fit rebâtir le temple de Jérusalem. Les ouvriers se tenaient sur leur défense et portaient l'épée d'une main et la truelle de l'autre.

Les trois chambres.

Chambre de préparation.

Le récipiendaire porte le cordon et le tablier du deuxième ordre, il est enchaîné et a la tête couverte d'un drap de cendres. Il représente Zorobabel. Il a les deux mains sur le visage. Il est présenté au souverain maître en salle d'Orient comme un homme en deuil.

Deuxième chambre : chambre d'Orient ou salle du conseil.

On y voit un fleuve et un pont représentés. Derrière le trône de Cyrus est écrit « Rends la liberté aux captifs ».

Troisième chambre : chambre d'Occident ou salle d'Occident.

Le récipiendaire doit franchir un pont. La chambre est décorée de tentures vertes. Les assistants sont les maçons restés parmi les ruines de Jérusalem. Le vert symbolise l'espérance.

C'est la couleur de Vénus, symbole du renouveau et de la vengeance.

Le rouge est considéré comme un symbole fondamental du principe de vie avec sa force et sa puissance. C'est l'attribut de Mars, dieu de la guerre.

C'est la couleur de la science, de la connaissance ésotérique.

Le passage du vert ou rouge est l'expression de l'espérance, de la spiritualité à la connaissance intuitive.

À la fin de la cérémonie, le récipiendaire reçoit une épée et une truelle en digne représentant de Zorobabel.

Le troisième ordre est un grade initiatique d'amour et de combat.

Dans le rêve de Cyrus, l'aigle apparaît et montre au roi la banderole lui ordonnant de libérer les juifs captifs.

Le passage du pont représente le courage et la force pour obtenir la liberté de passage, c'est faire preuve de maturité, être conscient que la vie est une succession de passages.

Les gants du chevalier d'Orient sont blancs. Le tablier est blanc doublé de vert avec deux épées entrecroisées ou un pont. Sur la bavette se trouve le noeud de Salomon. L'écharpe est verte à franges d'or. Le cordon est vert, de l'épaule gauche à la hanche droite avec les lettres L.D.P. (Liberté de passage).

Le bijou est un compas couronné sur un quart de cercle où sont inscrits les nombres 3,5, 7,9 avec une médaille représentant un soleil avec deux épées croisées et au verso l'étoile flamboyante.

L'âge est 10 semaines d'années.

Le signe d'ordre est de tirer son glaive et de le pointe en l'air, le long du corps, le poing fermé, à la hauteur de la hanche droite. La marche se fait par sept pas (trois pas de maître en avant, trois pas de maître en arrière et un pas en avant les pieds en équerre.

La batterie se fait par sept coups, cinq égaux et 2 précipités.

Les lumières sont disposées par 10 groupes de 7.

La parole est Juda à quoi l'on répond Benjamin.

Le mot de passe est : « ils passeront les eaux ».

Chapitre 5.

Quatrième ordre, souverain prince de Rose-Croix, parfait maçon libre, septième grade.

L'esprit du quatrième ordre est que le maçon ne deviendra réellement chevalier de l'existence et ne cultivera la sagesse qu'en cultivant et en pratiquant les vertus les plus élevés pour concourir à la construction d'une véritable humanité.

Depuis la réédification, les maçons ont négligé leurs devoirs et la désolation a remplacé la solidité des édifices. La corruption a remplacé la sagesse. La maçonnerie a presque été anéantie et les temples démolis.

L'étoile flamboyante a disparu et la parole a été perdue.

Mais quelques maçons libres ont mis un terme à ces événements malheureux cette révolution n'a été connue que par les seuls vrais maçons.

Leurs vertus sont foi en l'homme, espérance en un monde meilleur et humanité envers tous.

Trois buts déterminent la grande connaissance maçonnique : la science, la morale et l'art.

Le grade de souverain prince de Rose-Croix est un grade de passage où tout est symbole.

L'impétrant est un chevalier d'Orient qui erre dans les ténèbres, qui a perdu la parole lors de la seconde destruction du temple et souhaiterait la retrouver.

Au cours de 7 voyages, il découvre les colonnes fois, espérance, humanité sur lesquelles reposent les principes de l'ordre.

La chambre de préparation et de réflexion permet au candidat de se remémorer les différentes étapes de son parcours. Il y a deux tableaux.

L'aigle tenant la banderole sur laquelle est écrit « liberas » et les symboles du quatrième ordre.

La deuxième chambre.

Elle contient trois piliers à hauteur d'homme sur lesquels sont écrits : foi, espérance, humanité.

Sur le plateau du très sage, il y a un chandelier à 7 branches, une épée, l'étoile à cinq branches.

La table des serments est ornée du livre des Constitutions sur lequel se trouvent un maillet, une épée, un globe terrestre et un aigle. À la base du livre se trouvent les volumes de Platon (cube, octaèdre, icosaèdre, tétraèdre, dodécaèdre), qui symbolisent les éléments.

La troisième chambre, le souverain conseil, est tendue de rouge.

Les sept étapes du voyage du candidat représentent les fondements de l'ordre, liberté, égalité, fraternité, justice, union, reconstruire et épanouissement.

Puis on présente aux candidats les volumes de Platon pour symboliser les quatre éléments plus un cinquième, l’éther.

L'échelle fait partie des symboles du quatrième ordre. L'échelle symbolise, pour Platon, l'ascension de l'âme en partant du monde sensible et s'élevant de degré en degré vers l'intelligible.

L'échelle du quatrième ordre a 7 degrés.

Le souverain prince Rose-Croix a pour emblème l'aigle portant la banderole « libertas ».

Dans la tradition occidentale, l'aigle a le pouvoir de renaître.

C'est un oracle, augure et divinateur.

Le quatrième ordre de 1786 du rite français est quasi identique au 18e grade du rite écossais ancien et accepté à part les titres des officiers et l'habillement.

Mais le quatrième ordre contemporain a été laïcisé.

Le prince Rose-Croix choisit seule son étoile et témoigne que ce monde doit et peut s'appuyer sur des valeurs morales basées sur des règles d'harmonie.

Le tablier n'est pas indispensable à cet ordre. Le sautoir est moiré de rouge, brodé de fils d'or figurant un aigle aux ailes déployées tenant dans ses serres une banderole « libertas » et surmontant deux colonnes au centre desquelles se trouve un globe décoré d'un dodécagone.

Le bijou sur fond émaillé est orné des symboles du sautoir.

L'ordre se fait en posant le poing droit fermé sur le plexus solaire.

Le signe à l'ordre en tirant le poing par équerre et perpendiculaire puis le ramenant sur la cuisse droite.

La batterie par 2 + 1 puis 7 coups et l'acclamation : Vivat! Vivat ! Semper Vivat ! Liberté, égalité, fraternité.

Le mot sacré est Juré et le mot de passe Libertas.

 

 

 

 

 

 

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01 octobre 2017

Salem

salem

Salem (Stephen King)

prologue

1

Un homme et un enfant  firent trois haltes dans leur périple avant d'atteindre leur destination finale. La première à Rhodes Island, où l'homme aux cheveux bruns travailla dans une usine textile puis à Youngtown où il travailla comme ouvrier spécialisé sur une chaîne d'assemblage de tracteurs et enfin dans une petite ville de Californie comme pompiste. Partout où ils s'arrêtaient, l'homme achetait un journal du Maine, le Press Herald de Portland pour trouver des nouvelles d'une ville nommée Jérusalem’s lot.

Il avait écrit un roman et l’avait expédié à son agent littéraire, l'homme essayait parfois d'évoquer Jérusalem’s lot, mais l'enfant refusait d'en parler et ne jetait jamais un regard sur les journaux que l'homme laissait traîner à dessein sous ses yeux. Le livre fut écrit au bord de la mer. L'homme avait pris la responsabilité de ce jeune garçon fait, s'il ne s'inquiétait pas pour ses études, il se demandait en revanche s'il était bon pour lui de faire comme si Salem n'existait pas. Le livre fut accepté avec une avance de 12 000 $.

2

L'homme et l'enfant se  réfugièrent au Mexique. Une ou deux fois par mois, pas toujours ensemble, l'homme et l'enfant allaient à la messe dans la petite église du bourg sans en comprendre la cérémonie. L'enfant songeait à se faire baptiser. 15 jours après que le garçon lui avait fait part de son projet de baptême, l'homme trouva dans le Press Herald un article sur Salem et une ville du Vermont appelée Momsom. Le nom de l'homme y était mentionné. Il semblait que tout ne fut pas fini à Salem.

L'enfant vint le trouver le lendemain avec le journal en lui disant qu'il avait peur mais l'homme aussi avait peur.

3

L'article du Press Herald parlait de Salem, à 30 km au nord de Portland, comme d'une ville fantôme. En Nouvelle-Angleterre il y avait eu une autre ville fantôme, Momsom. Pendant l'été 1923, les 312 habitants de Momsom s'étaient volatilisés.

Au recensement de 1970, Salem comptait 1319 habitants. C'était une vie tranquille avec une population vieillissante. À partir de 1974, les habitants de Salem commencèrent à disparaître. En fait, ils avaient quitté Salem mais ils refusaient d'en parler. Mais d'autres avaient vraiment disparu sans laisser de traces. La police soupçonnait certains habitants d'avoir disparu parce qu'il avait laissé des dettes mais Henry Petrie, sa femme et son fils avaient également disparu et n'étaient pas de mauvais payeurs. Pareil pour l'entrepreneur des pompes funèbres, le bibliothécaire et l'esthéticienne. Tout était bouché à Salem, même la mairie. On disait cette ville hantée.

4

Deux mois après la parution de cet article, l'enfant fut baptisé. Il fit alors sa première confession et confessa tout.

5

Le curé de Los Zapatos convoqua l'homme. Comme il ne parlait pas l'anglais, il était accompagné d'un interprète, Jésus de la Reis Munoz. Le père s'appelait Gracon. Gracon savait, grâce à l'enfant, ce qu'ils avaient vécu à Salem. Il dit que c'était grave surtout pour l'enfant. Le père voulut savoir ce que l'homme allait faire mais celui-ci n'en savait rien.

6

L'homme dit à l'enfant qu'il voulait rentrer à Salem et il voulait savoir si l'enfant accompagnerait. L'enfant lui demanda s'il l’aimait et l'homme le serra contre lui.

7

Cette nuit-là l'homme ne put retrouver le sommeil. Tout lui revint.

Première partie : Marsten House.

1-Ben.

Ben Mears roulait vers le nord. Quand il eut passé si Portland, il sentit monter au creux de son ventre une excitation qui était loin d'être désagréable. C'était le 5 septembre 1975, cela faisait 24 ans qu'il n'était pas revenus à Salem, il avait neuf ans. Les souvenirs lui revenaient en foule. Depuis l'accident, il était habitué à chasser ses idées noires, mais, cette fois, elles s'étaient emparées de lui avec une telle violence qu'il avait été pris de court. La magie avait disparu, qu'elle fut noire ou blanche. En fait elle avait disparu le soir où c'était arrivé. La moto qui échappe à tout contrôle, le camion jaune qui grossit, le cri de Miranda, sa femme et puis le silence. S'il s'était jamais senti chez lui quelque part, c'était bien ici. Même si ça n'avait duré que quatre ans. Il arrêta sa Citroën pour regarder le toit de Marsten House.

2

Presque rien n'avait changé. Il apercevait Schoolyard Hill et la ferme des Griffen. Il s'arrêta. La maison était toute pareille. Rien n'avait changé. C'était comme s'il s'était trouvé là à la veille. Une pancarte écaillée, défense d'entrer, était clouée au pilastre de droite. Ben voulut entrer mais il fit demi-tour et s'éloigna de la maison la gorge sèche. Il remit la visite à plus tard. Il chercherait qui s'occupait de Marsten House et peut-être la louerait-il. Il pourrait écrire mais n'irait pas en haut. Ça non. À moins qu'il n'y soit obligé.

2 : Susan.

1

Il était assis sur un banc dans le parc quand il remarqua une jolie jeune fille qui le regardait et avait un livre et un carnet de croquis. C'était le 16 septembre. Ben s'approcha d'elle. La jeune fille le connaissait. Elle lisait le second roman de Ben « Un air de danse ». Ben lui dit que c'était sur de telles coïncidences que des dynasties s'étaient fondées. La jeune fille voulait que Ben lui dédicace le livre. Elle s'appelait Susan Norton. C'était l'exemplaire de la bibliothèque de Salem qu'elle avait Ben lui dit que si elle voulait le garder, elle devrait le volet car il était épuisé. Suzanne avait aussi aimé « La fille de Conway » que la critique avait pourtant éreinté. Ben proposa une glace à Susan. Elle accepta et c'est comme ça que tout avait commencé.

2

Dans le drugstore, ils virent un soldat de l'USAir force qui avait l'air triste. Susan dit qu'un jour elle quitterait Salem et qu'elle aurait probablement l'air sinistre comme le soldat. Elle voulait partir pour New York. Elle voulait travailler pour une maison d'édition ou pour un journal. Elle savait dessiner. La société Cinex avait ouvert un cinéma et avait acheté à Susan 12 tableaux pour décorer le hall d'entrée.

Elle avait gagné 700 $. Elle avait pu s'acheter une voiture. Ben lui recommanda de prendre une chambre d'hôtel à New York pendant une semaine et écumer tous les journaux et toutes les maisons d'édition possible avec son dossier. Elle voulait savoir ce qu'il faisait à Salem. Il répondit qu'il écrivait un roman. Il lui dit qu'il avait vécu quatre ans à Salem quand il était gosse. Avec sa tante Cindy. Son père était mort et sa mère avait eu une dépression nerveuse.

Elle l'avait confié à tante Cyndi le temps de se remettre. Elle l'avait renvoyé à sa mère après le grand incendie et il avait pleuré. Susan était née l'année du feu. La maison de Cindy avait brûlé. La mère de Ben s'était suicidée quand il avait 14 ans. Ils échangèrent des souvenirs sur Salem et Ben proposa à Susan d'aller au cinéma et elle accepta. Ben se souvint que le grand incendie de forêt de 1951 était presque arrivé jusqu'à la maison quand le vent avait tourné. Il pensa qu’elle aurait dû brûler. Peut-être que cela aurait mieux valu.

3

Nolly Gardener sortit du poste de police et s’assit sur les marches à côté de Parkins Gillespie juste à temps pour voir Ben et Susan entrer ensemble chez Spencer. Parkins était le shérif et Nolly son adjoint. Nolly pensait que Flloyd Tibbits, le copain de Susan n'allait pas apprécier qu'un gars sorte avec sa nana. Les policiers étaient étonnés que Ben veuille louer Marsten House.

4

Jérusalem’s lot fut inauguré officiellement en 1765. La ville devait son nom à des circonstances plutôt prosaïques. Le fermier Charles Belknap  Tanner élevait des cochons et il avait baptisé Jérusalem une de ses truies. La truie avait fui et depuis ce temps-là, Tanner dissuadait les gamins de pénétrer sur ses terres en évoquant sa truie Jérusalem. Il disait : « foutez pas les pieds dans les parages de Jérusalem, si vous voulez pas vous faire étriper ». La phrase devint légendaire et le nom resta à la ville. La rue principale avait été baptisée en l'honneur d’Elias Jointner en 1896. Il était membre du congrès et c'était la seule célébrité de Sanem avec Pearl Ann Butts qui était devenue danseuse aux Ziegfield follies en 1907.

Le Dell’s était le grand lieu de rendez-vous, pour boire une bière ou se bagarrer. Il n'y avait aucun service public à Salem. L'alcool était le réel problème chez les jeunes. Plein de gamins traînaient chez Dell depuis l'âge légal de consommation avait été abaissé à 18 ans.

Il y avait eu des accidents mortels mais rien de vraiment horrible ne pouvait arriver dans une petite ville aussi tranquille. Impossible.

5

Susan raconta à sa mère, Ann, sa rencontre avec Ben. Elle lui montra le livre dédicacé. Ann conseilla à sa fille de présenter Ben à Floyd. Ce qui mit Susan en colère. Ann voulait que Susan épouse Floyd. Susan hurla contre sa mère car ses rapports avec Floyd s'étaient refroidis.

La sincérité et la force de l'affection de ses parents empêchaient toute discussion de se poursuivre et pour cela elle voulait partir à New York. Ann appela son ami Mabel Werts pour parler de Ben mais Mabel le détestait car elle estimait qu'il écrivait de la pornographie. Mabel dit à Ann que Ben s'était installé dans la pension de famille de Eva Miller qui ne tolérait pas la moindre entorse à la morale. Ann fut rassurée pensant que Ben n'inviterait pas Susan chez lui.

6

En rentrant du cinéma, Susan demanda à Ben où il logerait et il lui dit. Il écrivait 10 pages par jour. Il voulait louer Marsten House mais elle avait été vendue. Hubert Marsten était propriétaire de la maison dans les années 20. Il avait réalisé des profits avec l'alcool clandestin et avait tout perdu dans le krach de 1929. Marsten et sa femme Birdie étaient restés cloîtrés chez eux jusqu'en 1939. Larry Mc Lead, le facteur de l'époque, découvrit le cadavre de Birdie et heureusement pour lui il était passé par là porte de derrière car Hubert avait pointé un fusil avec un système automatique derrière la porte principale pour tuer tout intrus. Hubert avait laissé d'autres pièges ce qui prouvait qu'il était fous allié. Hubert s'était pendu. Ben raconta qu'enfant il jouait avec Floyd Tibbits ce qui surprit Susan. Les amis de Ben avaient monté une société secrète, les Pirates sanglants. Pour y entrer, il fallait avoir commis trois actions d'éclat. Davie, le chef du club dit à Ben qu'il serait initié s'il entraît à Marsten House et en ressortait avec un objet. Ben prit une boule de verre avec de la neige dedans puis il alla voir l'endroit où Hubert s'était pendu. Il crut voir Hubert pendu, la figure verte mais c'était une hallucination. Il avait crié et fui en courant. Après cela, il avait rêvé de Hubert plusieurs fois et chaque fois qu'il était tendu, le rêve revenait.

Ben proposa à Susan de rester avec lui devant la pension d’Eva Miller pour boire du coca et du rhum.

7

Susan dit à Ben qu'elle l'aimait beaucoup. Ils s'embrassèrent. Puis Susan proposa à Ben de passer chez elle pour lui présenter ses parents. Marsten House était allumée et cela intrigua Susan. Ben la raccompagna chez elle.

8

Susan était une gentille fille qui, la première qu'il rencontrait depuis la mort de Miranda. Il espérait ne pas faire de Susan le double de Miranda qui, ce serait trop douloureux et vraiment injuste envers elle.

Il avait choisi une chambre qui donnait sur Marsten House. Les lumières étaient encore allumées. Il fit de nouveau son vieux cauchemar.

3-Salem.

1

La ville s'éveilla tôt, les tâches quotidiennes n'attendaient pas. Le soleil n'était pas encore levé que déjà l'activité commençait.

2

Hal Griffen et son frère Jack, deux adolescents s'activèrent à la ferme. Hal ne supportait pas l'école et pensait que ça ne lui servait à rien pour son travail à la ferme. Jack, au contraire était toujours fourré dans ses livres.

3

Le père de Charles Griffen ne pouvait plus vendre son lait lui-même. Les laiteries Slewfoot s'occupaient de la mise en carton. L'employé des laiteries Slewfoot charger du quartier ouest de Salem s'appelait Irwin Purinton, il avait 61 ans et pensait à sa retraite. Il avait perdu sa femme en 1973 et en était ravi. Il vit la commande des Norton à laquelle Susan avait ajouté de la crème fraîche.

4

Éva Miller prenait un petit déjeuner copieux mais elle ne serait jamais grosse à cause de tout le travail qu'elle fournissait dans sa pension. Elle alla chercher son journal dehors.

5

Sandy McDougall fut réveillée par son bébé. Randy avait dix mois et il était maladif et piailleur. Randy avait mis de la merde partout jusque dans ses cheveux. Sandy lui donna deux claques. Elle regrettait de s'être mariée et d'avoir eu son fils car elle rêvait d'être mannequin.

6

Mike Ruyerson était un des seuls employés à travailler à Salem même. Il s'occupait des trois cimetières de la ville et aidait Carl Foreman et travailler pour les pompes funèbres. Il était beau garçon, avait 27 ans et n'avait aucun mal à s'acquérir les faveurs des filles esseulées le samedi soir chez Dell. En allant au cimetière, il vit qu'un chien avait été pendu la tête en bas à la grille de fer forgé. C'était Dol, le chien de Win Purinton.

7

Charlie Rohdes conduisait le car scolaire. Il avait maté les gosses en les menaçant de faire les 4 km de trajet à pied jusqu'à l'école s'ils n'étaient pas sages. Il évacua de son car de gosses. Mary Kate Griegson et Brent Tenney qui s'étaient échangé des mots doux.

8

Weasel Craig habitait dans la pension. Il s'était saoulé la veille chez Dell. Il aidait Eva Miller dans son travail. Elle avait perdu son mari en 1959. Il avait été broyé par une machine dans sa scierie. Weasel avait ensuite partagé le lit d’Eva. Mais si elle l'hébergeait en échange de petits travaux, il ne se passait plus rien entre eux depuis neuf ans.

9

C'était l'heure de la récréation à l'école primaire de Stanley street. Richie Baddin était le caïd de l'école. Il avait 11 ans et pesait 65 kg. Les plus grands avaient une peur panique de lui et les plus petits le considéraient comme le totem de la cour de récré. Pétrie était fort en maths et c'était le chouchou. Richie le provoqua. Il le traita de pédé mais Pétrie lui répondit qu'il était un gros tas de merde. Richie et Pétrie luttèrent mais Pétrie bâtit le caïd qui fut obligé de demander pardon.

10

Dud Rogers était le gardien de la décharge municipale de Salem. Il était bossu. Dud aimait sa décharge. Il aimait houspiller les enfants qui venaient chiper des bouteilles, il aimait régler la circulation des voitures et choisir le lieu de dépôt des ordures. Il se faisait de l'argent sur les meubles et les moteurs qu'il récupérait. Il aimait faire du feu pour brûler les ordures. Il aimait tuer les rats avec son fusil.

11

A midi, la sirène de la ville gémit pour annoncer aux élèves des trois écoles de Salem l'heure du déjeuner. Lawrence Crockett était le deuxième représentant de la population au conseil de la ville et propriétaire de l'Immobilière du Maine. Il vit une voiture devant Marsten House. C'est lui qui avait vendu la maison un an plus tôt. Celui qu'il avait achetée s'appelait R. T. Straker. Straker était chauve et avait de longs doigts. Il voulait acheter la vieille laverie de Salem et Marsten House pour un dollar. Il sortit des documents qu'il fit lire à Crockett. Il voulait monter un magasin de meubles avec un département d'antiquités pour les collectionneurs avec un associé. Straker dit à Larry que le terrain sur lequel le centre commercial allait être construit serait à Larry s'il souscrivait à trois conditions. Larry devait vendre la laverie et Marsten House à Straker pour un dollar et Larry devrait verser un complément aux propriétaires correspondants au minimum requis pour ne pas attirer l'attention de l'administration fiscale. Ensuite Larry ne devrait rien dire sur la transaction. Enfin Larry devrait prêter ses services pour que Straker retape Marsten House. Larry accepta le marché à condition que les documents de Straker soient validés et que si Straker faisait quelque chose d'illégal, il ne voulait pas le savoir. Larry avait signé l'affaire mais avait compris qu'il s'était livré pieds et poings liés à Straker et à son associé, l'invisible M. Barlow.

Un an après Straker était à Marsten House et allait ouvrir son magasin.

12

Susan alla se faire couper les cheveux chez Babs. Babs demanda à Susan si elle avait vu qu'une nouvelle boutique avait ouvert ses portes.

13

Bonnie Sawyer habitait une vraie maison, pas une caravane, avec son mari Reg qui gagnait bien sa vie comme mécanicien au garage Pontiac à  Buxton. Elle avait un amant, Corey qui n'avait que 22 ans.

 

14

Ben Mears pouvait aller chez les Norton la conscience tranquille car il avait bien travaillé. Il vit une voiture devant Marsten House. Il eut une crispation de terreur.

15

Matthew Burke était professeur au lycée. Il avait 63 ans. Il préparait une pièce avec des élèves. Malgré son âge, Matt trouvait encore du plaisir à enseigner. Il n'était pas très doué pour mettre de la discipline dans les classes et il n'avait pas pu devenir censeur. Ses élèves n'avaient ni culte ni passion pour lui. Mais nombre d'entre eux le respectaient. Il aimait son travail. Il n'avait jamais été marié et n'avait pas de famille. Sauf un frère qui ne lui écrivait jamais. C'était un solitaire, mais sa solitude n'avait pas fait de lui un dérangé. Il vit qu'on avait remis des volets à Marsten House et qu'une voiture était garée devant.

16

Le père de Susan, Bill Norton, premier représentant au conseil de la ville, était surpris de se rendre compte qu'il avait de la sympathie pour Ben Mears. Il était entré dans la marine à 16 ans. Bill ne partageait pas l'empathie de sa femme pour Floyd Tibbits mais il ne le détestait pas non plus.

Susan présenta Ben à ses parents. Bill s'était hissé à la force du poignet jusqu'à la position qu'il occupait maintenant au syndicat des dockers de Portland et quand il se serrait la main de quelqu'un c'était du solide.

Ben et Bill discutaient en buvant de la bière sur la terrasse. Ils mangèrent tous les quatre et Bill battit Ben au badminton. Bill avait apprécié Ben car ce n'était pas un rêveur et il était travailleur mais Ann restait réticente.

17

Floyd Tibbits alla chez Dell. Il était directeur adjoint à la banque. Il pensait qu'il vivrait avec Susan. Il n'y avait qu'un autre client, c'était le fils de Bryant. Dell dit à Floyd que le chien de l'oncle de ce dernier avait été tué. Dell pensait que c'était des gosses qui avaient fait le coup et que c'était des adorateurs de Satan.

18

Marjorie Glick dit à ses fils Danny et Ralphie de ne pas rentrer trop tard. Les deux frères allèrent voir Mark Petrie. Danny avait commis l'erreur de révéler à son frère que Mark Petrie possédait la collection entière des monstres en plastique Aurora. Danny parla à son frère de Jerry Kingfield, un gosse qui était mort peut-être à cause des sables mouvants ou tué par un obsédé sexuel dans les marais. Ralphie eut peur mais Danny aussi, ils se sentaient suivis.

19

Mabel Werts était une opulente personne de 74 ans. C'était comme un recueil vivant de toutes les histoires de la ville. Sa mémoire s'étalait sur 50 ans de nécrologie, d'adultère, de vols et d'égarements divers. Elle était veuve et passait son temps derrière sa fenêtre avec ses jumelles. Elle épiait Marsten House et les conversations téléphoniques des gens de Salem.

20

Tout le monde dormait à Salem sauf Georges Boyer qui travaillait la nuit et Win Purinton qui ne pouvait trouver le sommeil à cause de la mort de son chien.

Au cimetière d'Harmony Hill, une silhouette sombre se tenait derrière le portail. Elle apportait en sacrifice au diable le cadavre d'un enfant.

 

Danny Glick et les autres.

 

1

Ne voyant pas revenir ses enfants à dix heures, Marjorie Glick prit son téléphone pour appeler les Petrie.Mrs Petrie lui répondit qu'ils n'étaient pas chez elle. Henry, le mari de Marjorie proposa à M. Blick de partir à la recherche des enfants. Mais Danny revint seul.

Une chose les avait suivis. Il se rappelait seulement que d'un coup Ralphie n'était plus là. Parkins Gillespie, Nolly Gardener, Tony Glick et Henry Petrie partirent à la recherche de Ralphie. Mais en vain. Le lendemain à l'aube, la police de l'État et celle du comté entreprirent un quadrillage des bois mais sans succès. Pendant quatre jours on élargit le champ de recherche puis en dragua la Taggart Stream et la Royal River. Cela ne donna rien. Danny tomba malade. Il avait vieilli de 10 ans en moins d'une semaine. Les médecins voulaient le garder à l'hôpital car il avait des problèmes sanguins. Marjorie crut à une leucémie et s'évanouit.

2

Ben Mears s'était associé aux recherches de Ralphie. Au bout du troisième jour, il rentra fourbu chez Eva. Dans la cuisine, il rencontra Susan qui préparait un repas. Susan lui demanda s'il croyait que Ralphie était mort. Ben pensait que oui. Elle lui proposa de venir chez elle car son père le souhaitait. Elle voulut lui dire « je t'aime » mais il regardait Marsten House.

3

Lawrence Crockett était devenu riche grâce à son marché avec Straker mais il ne le montrait pas. Son bureau était miteux et même parmi les habitants les plus bienveillants de Jérusalem’slot on pensait qu'il était un raté fini. À partir de 1957 cela avait changé. Il décida que les caravanes c’était l'avenir. Il avait acheté trois caravanes, il les planta sur des lopins de terre et les mit en vente. En seulement trois mois tout était vendu et Crockett fit 10 000 $ de bénéfices. Le jour où Straker était entré dans son bureau, Crockett pesait près de 2 millions de dollars. Crockett n'avait rien changé à sa vie, même après avoir conclu son pacte avec l'inquiétant M. Straker.

4

Straker appela Crockett pour lui demander un grand camion et deux déménageurs. C'était pour une douzaine de caisses et un buffet de grande valeur.

5

Royal Snow et Hank Peters étaient les deux déménageurs. Ils chargèrent les caisses dans leur camion mais furent dérangés par des rats.

Ils regardèrent la facture et virent qu'elle ne comportait aucun tampon de la douane. Ils emmenèrent les caisses jusqu'aux magasins et y sentirent une odeur de charogne. Les deux hommes regardèrent Marsten House, ils en avaient peur. Mais ils y amenèrent quand même le buffet. Mais pris de terreur, ils avaient oublié de mettre les cadenas sur la caisse. Il dure retourner dans la maison et tirèrent au sort celui qui devrait retourner dans la cave. Cela tomba sur Hank. Il vit dans la cave un jean et un tee-shirt. Effrayé, il regagna le camion en courant.

6

Larry Crockett s'apprêtait à fermer boutique quand il vit revenir Hank Peters, le visage encore marqué par l'angoisse. Il servit à Hank une bonne dose de whisky. Hank dit à Larry qu'il avait vu des vêtements dans la cave. Il avait fait le rapprochement avec Ralphie. Il voulait en parler à la police mais Larry la lui déconseilla car la police pourrait s'intéresser au passé de Hank qui n'était pas glorieux. Pour le faire taire Larry lui donna 50 $. Straker l'appela et Larry lui dit que  c'était fait.

7

La nuit qui suivit, Hank Peters rêva que d’énormes rats surgissaient d'une tombe ouverte qui contenait le corps d’Hubie Marsten une corde au cou.

8

Le magasin d'alimentation de Milt Crossen était l'endroit où les vieux se donnaient rendez-vous quand il pleuvait et que le parc était impraticable. Quand Straker entra, les conversations s'arrêtèrent. Son regard fit le tour du groupe. Il y avait là Milt Crassen, Pat Midler, Joe Crane, Vinnie Upshaw et Clyde Carless. Straker les salua. Straker acheta de la viande et du pain de mie. Le paquet de Straker devait peser 15 kg mais il le tint comme si c'était un paquet de plumes et il partit. Milt remarqua que les billets que Straker lui avait donnés dataient de 50 ans et qu'il pourrait en tirer un bon prix chez un collectionneur.

9

Le mercredi 24 septembre, Ben était en train d'écrire quand Parkins Gillespie vint le voir. Il avait amené « la fille de Carway » que Ben dédicaça à la femme du policier. Mais Ben savait que la fin du policier était morte. Alors il comprit que la dédicace était pour Parkins. Parkins voulait savoir où était Ben la nuit où Ralphie avait disparu. Ben répondit qu'il était chez les Norton et qu'il était rentré pour écrire. Parkins voulu savoir ce que Ben écrivait mais il refusa de le lui dire. Le policier ne faisait que son boulot et Ben ne lui en voulait pas.

10

Parkins alla voir Straker. Il prétendait que c'était pour lui souhaiter la bienvenue mais c'était pour tâter le terrain. Le policier glissa subrepticement une question sur Ralphie. Straker prétendit que la disparition du gosse était triste.

11

Parkins appela le FBI pour avoir des renseignements sur Ben, Straker et son assistant Barlow.

12

Les habitants de Salem communiquèrent de plus en plus par téléphone pour parler de Ben, de Straker et des faits bizarres liés à Straker. 13

A l'hôpital, on diagnostiqua une anémie primaire à Danny et on le laisserait sortir.

14

Une infirmière vit que Danny était mort dans sa chambre.

 

5 -Ben (II)

1

le 25 septembre, Ben dîna de nouveau chez les Norton. Les relations qu'entretenait Ben avec les Norton n'avaient pas changé. Il voyait bien que Bill avait pour lui une sympathie de jour en jour croissante. Seule Ann était toujours aussi froide avec lui. Elle pensait que Floyd était une meilleure solution pour sa fille et elle pensait que Ben, comme les écrivains, était soit pédéraste, soit obsédé sexuel ou encore suicidaire ou maniaque. Ann apprit à Ben que Danny était mort. Bill demanda à Ben s'il pensait que Ralphie réapparaîtrait vivant mais Ben pensait que non. Ben proposa à Susan  une glace chez Spencer mais Ann voulut s'y opposer à cause des événements récents. Bill intervint en faveur de Ben. Ann voulut savoir combien de temps Ben resterait à Salem. Il ne savait pas trop.

2

Susan ne voulut pas aller chez Spencer et proposa à Ben d'aller dans le parc. Elle lui dit que sa mère lui avait raconté que Parkins cherchait des renseignements sur lui. Ann le voyait déjà jugé et condamné. Susan voulut savoir quel était le sujet de son nouveau livre. Elle lui demanda de lui faire l'amour.

3

Ben révéla à Susan que son livre était sur Marsten House. Il avait fait une enquête sur Hubie. C'était un tueur. Sa société de transport n'était qu'une façade. Il l’avait appris par Minelle Corey, la soeur de la Birdie Marsten. Il avait commis de nombreux meurtres dont celui d'un enfant. Quatre enfants avaient disparu et Ben pensait que Hubie en était responsable. Quand sa soeur était morte, Minelle l'avait senti et s'était évanouie. Ben pensait que Marsten House pouvait être le monument au mal d'Hubert Marsten, une sorte de plaque de résonance psychique. Ben vouluait louer Marsten House avec l'espoir d'écrire un livre qui lui rapporterait 1 million de dollars. Il pensait que la disparition de Ralphie était liée à la maison. Il avait peur que la maison ait attirée une autre incarnation du mal.

4

Ann attendait sa fille. Elle avait appelé chez Spencer et savait que Ben et Susan n'y étaient pas allés. Elle souhaitait qu'il s'en aille.

5

Susan demanda à Ben de ne parler à personne de ses hypothèses sur Marsten House. Elle lui conseilla de fermer la porte de sa chambre car on se méfiait de lui.

6

Ben alla chez Dell car il était incapable d'écrire. Il y avait foule. Weasel Craig le vit et l'appela. Ben lui offrit à boire. Weasel reconnut Matt Burke et l'appela. Il le présenta à Ben. Matt avait lu un livre de Ben, « Un air de danse ». Matt était enseignant et Weasel pensait qu'il aurait des choses à dire à Ben. Matt voulut savoir si Ben écrivait sur Salem et il répondit que oui, d'une certaine façon. Matt voulait lui aussi écrire sur Salem mais pensait ne pas avoir le talent. Matt voulut savoir si Ben travaillait sur Marsten House. Le téléphone arabe avait fonctionné. C'est Loretta Starcher qui lui avait dit. C'était la bibliothécaire de Salem. Matt pensait aussi que Marsten House dominait la ville comme une idole maléfique.

Ben avoua qu'il parlerait de Marsten House dans son livre. Matt demanda à Ben de venir dans sa classe et il accepta. Weasel s'était effondré dans les toilettes et Ben et Matt allèrent le chercher. Ben le raccompagna chez Eva.

7

Eva n'était pas couchée et elle prit le relais pour s'occuper de Weasel.

6 : Salem (II)

1

L'automne était en train de revenir sur Salem.

2

Cette année-là, l'automne commença le 28 septembre, le jour où Danny Glick fut enterré au cimetière d'Harmony Hill. Il y eut du monde au cimetière. Le père Donald Callahan procéda à la lecture du missel, au chapitre consacré aux funérailles des enfants.

3

Les porteurs du défunt, deux oncles et deux cousins descendirent le cercueil dans la fosse. Marjorie Glick, son visage livide à demi dissimulé sous un voile épais, s'appuyait au bras protecteur de son père. Tony Glick, l'air égaré, se tenait à distance. Tony Glick explosa, il refusa qu'on mette de la terre sur son fils. Il tomba dans le trou et atterrit sur le cercueil avec un horrible bruit sourd. Il fallut trois hommes dont Parkins Gillespie et Nolly Gardener pour sortir Glick de la tombe, hurlant et se débattant comme un forcené. Marjorie s'était évanouie.

4

Mike Ryerson s'assit au bord de la tombe et mangea un sandwich. Il se sentit épié. Il attendait son collègue Royal qui ne venait pas. Pour une fois son travail le mit mal à l'aise. Il termina son travail et une fois sorti du cimetière, il n'eut plus cette impression pénible d'être surveillé.

Mike s'était senti regarder par Danny Glick au moment où il recouvrait son cercueil de terre. Alors il déterra Danny et ouvrit le cercueil. Les yeux de l'enfant étaient ouverts. Son visage était rose et non pale.

5

Mark Petrie travaillait dans sa chambre sur une maquette du monstre de Frankenstein et écoutait parler ses parents en bas, dans le salon.

Il avait le teint clair, presque laiteux, et ses traits, qu'on allait plus tard trouver aquilins, semblaient pour le moment légèrement efféminés. Cela lui avait déjà causé quelques ennuis, même avant l'histoire qu'il avait eue avec Richie Baddin. Richie avait proclamé dans toute la cour de récré que lui et Mark Petrie étaient copains. Mark, même s'il considérait que Richie était un gros connard, n'avait pas démenti l'information. Mark avait été renvoyé de l'école ce jour-là et son père en avait été fâché mais Mark le fit rire quand il lui dit que Hitler n'était rien d'autre qu'un Richie Baddin qui avait réussi. Ses parents parlaient de lui. Ils regrettaient de n'avoir pas vu d'autres enfants pour que Mark soit moins seul. Ils se demandaient si leur fils n'avait pas été traumatisé par l'enterrement de Danny et ne voulaient plus le laisser sortir après le coucher du soleil. S'il y avait quelque chose qui distinguait Mark des autres, c'était la maîtrise qu'il avait de lui-même et le recul qu'il savait prendre vis-à-vis des choses et des gens. La disparition de Ralphie lui avait fait un coup et la mort de Danny aussi, mais il n'avait pas eu peur.

6

Ray McDougall rentra dans sa caravane. Sa voiture était une épave et sa vie n'était pas mieux. Le gosse beuglait dans la caravane et Sandy lui hurlait dessus. Il s'était saoulé chez Dell. Il ne comprenait pas pourquoi Sandy l'engueulait alors qu'il travaillait toute la semaine pendant qu'elle passait son temps devant la télé à manger des Mon chéri. Elle grossissait. Randy saignait du nez et Ray voulut savoir ce qui s'était passé. Il cria sur sa femme pour qu'elle lui apporte à manger et qu'elle nettoie la caravane. Elle lui obéit. Elle lui proposa même de faire l'amour.

7

Tom Hanrahan du FBI donna à Parkins les renseignements qu'il voulait. Ben avait été entendu par la police, à la suite d'un accident mortel de la circulation dans les années 1970 mais il n'y avait pas eu de poursuite. Sa femme était morte dans un accident de moto. Ben était plutôt gauchiste. Quant à Kurt Barlow, il était britannique par naturalisation mais d'origine allemande. Il s'était réfugié en Angleterre en 1938, sans doute poursuivi par la Gestapo. Son vrai nom était Breichen. Il faisait de l'import-export à Londres depuis 1945 mais personne ne l'avait jamais lu. Straker était anglais lui aussi, il avait 58 ans. Son père ébéniste lui avait légué une fortune. Il n'y avait aucun lien entre Ben Mears et les deux autres.

 

8

Dud Rogers était dans sa décharge. Il tuait des rats. Un homme arriva. Il voulait juste voir le feu et avait un accent. Il demanda s'il y avait des loups et des fantômes dans la région. Il demanda à Dud si sa bosse ne le gênait pas dans son travail. Dud répondit non. L’homme l’hypnotisait. L'étranger s'approcha et Dud compris tout, l'accepta et, quand vint la douleur, elle fut douce comme l'argent et verte comme l'eau qui dort dans les profondeurs.

9

Le père Callaghan voulut boire du whisky mais il renversa la bouteille. Il nettoya pour que Rhoda Curless, sa gouvernante, ne voit pas la tâche. Il avait quand même eu le temps de s'enivrer. Depuis sept ans il écrivait un livre sur l'Eglise catholique en Nouvelle-Angleterre. Sandy McDougall lui avait confessé qu'elle battait son fils. La vérité de sa condition lui était apparue de plus en plus clairement depuis un certain temps, depuis trois ans peut-être. Il voulait prendre la tête d'une division, mais dans quelle armée ? Il voulait voir le Mal dépouillé de ses voiles trompeurs.

7 Matt

1

Ben vint faire une conférence le mardi matin dans la classe de Matt. Il s'était bien habillé ce qui surprit Matt qui s'attendait à le voir vêtu de façon décontractée.

2

Matt invita Ben à dîner chez lui. Ben avait bien aimé les élèves de Matt. Ils avaient posé de bonnes questions. Matt posa des questions sur le nouveau livre de Ben. C'était une histoire romancée et ben l'écrivait avec l'idée de se faire de l'argent. Cela parlait de Salem. Il y aurait une série de crimes sanglants et sexuels. Matt lui dit que la dernière fois que Marsten House avait été habité quatre gosses avaient disparu. Et maintenant, c'était Ralph Glick. Matt voulut savoir ce que Ben pensait de Straker. Mais Ben ne voulait pas le rencontrer car s'il découvrait que Straker était un homme d'affaires comme les autres, son élan en serait peut-être brisé. Matt parla de la limite de Danny Glick qui avait provoqué sa mort. Matt conseilla à Ben de ne parler de son livre personne et il devina que Susan le lui avait déjà conseillé. Matt proposa à Ben aller avec lui chez Susan à  Marsten House.

3

Matt se rendit chez Dell. Il alla parler à Mike Ryerson qui avait été un de ses élèves favoris. Il savait que plusieurs de ses anciens élèves s'étaient détruits avec la drogue et demanda à Mike s'il en prenait. Mais Mike répondit que non. Mais il était malade depuis l'enterrement de Danny Glick. Il ne se souvenait plus de ce qui s'était passé après l'enterrement. Il avait beaucoup dormi. Quand il s'était levé, la fenêtre de sa chambre était ouverte et il avait rêvé que quelqu'un était à la fenêtre et qu'il s'était levé pour le faire entrer. Il était malade et fatigué alors Matt le ramena avec lui.

4

Matt vit que Mike était d'une pâleur effroyable car il était en slip. Il avait des marques sur la gorge.

5

Matt n'arrive pas à trouver le sommeil et la seule chose qui l'empêcha d'appeler Ben Mears fut la certitude que tout le monde dormait chez Eva. Matt pensa au vampire mais il se dit que des oeuvres comme le Christabel de Coloridge ou les contes diaboliques de Bram Stoker devaient tout à l'imagination de leurs auteurs. Mais Mike avait été pratiquement saigné à blanc. Matt avait peur. Il entendit deux mots prononcés par Mike Ryerson d'une voix atone : « oui, entre ». Matt se sentit défaillir d'angoisse. Il entendit, assourdi par la distance, le bruit d'un verrou qu’on tourne, puis le grincement d'une fenêtre qu'on ouvre. Il entendit un rire d'enfant, un rire cristallin et diabolique… Suivi par des bruits de succion.

Deuxième partie : l'empereur des crèmes glacées.

8 Ben (III)

1 Matt appela à Ben à 4:00 du matin. Il voulut qu'il vienne chez lui avec un crucifix. Éva lui en donna un.

2

Matt sortit de sa maison pour accueillir un Ben. Il amena dans sa cuisine. Sur la table se trouvaient une vieille bible et un revolver. Matt lui dit qu'il serait le seul à comprendre ce qui se passait et il lui parla de Mike et de Danny Glick.

3

Ben et Matt allèrent voir Mike dans sa chambre. La fenêtre était ouverte alors que Matt l'avait fermée au verrou. Sur le drap de Mike il y avait une petite tache de sang. Il n'y avait pas de marques sur le cou de Mike Ryerson mais il ne respirait plus.

4

Matt dit à Ben et si l'on en croyait la légende, les marques disparaissaient quand la victime mourrait. Matt proposa à Bend d'enfoncer un pieux en frêne dans le coeur de Mike mais Ben ne voulait pas qu'on l'enferme chez les fous. Il conseilla à Matt de ne parler à personne de ce qu'il pensait à propos de Mike et Danny Glick pour qu'on ne se moque pas de lui. Matt appela le docteur Cody sur les conseils de Ben. Il appela ensuite Parkins.

5

Matt guida Parkins jusqu'à la chambre. Le policier passa d'un côté du lit à l'autre afin d'examiner le corps sous tous ses angles. Cody arriva. Il ausculta Mike et affirma qu'il était mort.

6

Matt présenta Ben à Jimmy Cody. Benton Norbert, le médecin légiste en second, arriva. Il était accompagné d'un homme qui portait un énorme appareil photographique. Parkins demanda des explications à Matt et à Ben. Ils ne dirent pas ce qu'ils pensaient vraiment.

7

A 9:30, tout était réglé. Le corbillard de Carl Forman avait emporté le corps de Ryerson, officialisant ainsi sa mort. Parkins avoua à Ben qu'il s'était renseigné si sur lui auprès du FBI qui lui avait confirmé que la réputation de Ben était sans tâche. Il savait que Ben fréquentait Susan. Il déclara que c'était cette foutue Marsten House qui leur jetait un mauvais sort. Ben demanda à Matt s'il était toujours d'accord pour aller voir Straker. Il confirma. Matt dit à Ben qu'il avait entendu un rire d'enfant dans la nuit et qu'il pensait que c'était Danny.

8

Ben revint chez Eva. Elle voulut savoir pourquoi Matt voulait un crucifix. Ben répondit juste que Matt devait croire que Mike était catholique. Ben dormit.

9

Ben se réveilla dans l'après-midi avec l'idée d'essayer de sortir de la tête de Matt ses élucubrations.

10

Ben voulut appeler Susan et sortit prendre sa voiture mais Floyd Tibbits l'attendait. Il lui rentra dedans.

9 Susan (II)

1

Susan avait vendu deux de ses peintures et s'était offert deux jupes et un cardigan. Ann attendait pour lui annoncer la mort de Mike et que Ben était avec lui. Ann répéta les commérages sur Ben prétendant qu'il était ivre quand il avait eu son accident de moto. Les ragots venaient de Mabel qui les tenait d'un torchon à sensation.

Exaspérée, Susan lui dit qu'elle allait s'en aller et prendre un appartement. Sa mère la secoua et l'insulta. Alors Susan lui balança une claque. Ann fut stupéfaite mais elle dit à sa fille que Floyd était venu. Susan déclara que tout était fini avec lui. Malgré tout Ann avait réussi à semer le doute dans le coeur de Susan. Elle en venait à haïr sa mère.

Eva appela Susan pour lui dire que Floyd avait tabassé Ben. Quand Carl Foreman l’avait emmené à l'hôpital, il était inconscient. Susan dite à sa mère ce qu'avait fait le « gentil » Floyd.

2

Susan alla voir Ben à l'hôpital. Elle était la seule à venir le voir. Un médecin arriva et lui dit que Ben avait le crâne fêlé et un oeil poché. Elle alla le voir mais il dormait. Il se réveilla et lui dit qu'il avait eu le temps de faire sauter deux ou trois dents de Floyd avant qu'il ne l'envoie dans le décor. Il lui dit d’aller voir Matt et lui parla de Callahan.

3

Eva Miller et Weasel Craig étaient dans la salle d'attente ce qui rassura Susan. Évalué appris que Parkins avait enfermé Floyd.

4

Susan alla voir Matt. Il portait un lourd crucifix. Elle trouva ça grotesque. Ele lui dit ce qui était arrivé à Ben. Matt savait que Susan avait vu Straker et voulut savoir ce qu’elle en avait pensé. Elle l'avait trouvé charmant. Elle avait éprouvé une vague attirance d'ordre sexuel tel qu'on peut en éprouver pour un homme nettement plus âgé que soit, très courtois. Mais elle avait senti un certain mépris sous cette amabilité de surface. Et un certain cynisme. Elle avait senti en lui quelque chose de cruel.

5

Matt raconta l'histoire à propos de Mike. Susan convint qu'il se passait quelque chose mais ça ne pouvait être ce que Matt pensait. Elle raconta à Matt ce que Ben avait vu à Marsten House quand il était enfant. Elle lui dit qu'il était revenu à Salem pour essayer de s'en délivrer en le projetant dans son livre. Matt révéla à Susan qu'on suspectait Hubert Marsten d'avoir kidnappé de jeunes enfants pour les sacrifier au démon mais seuls quelques initiés étaient au courant de cette rumeur. Il savait que Ben pensait que le Mal venait de Marsten House mais Susan n'y croyait pas. Elle voulut que Ben et Matt quittent Salem pour leur santé. Elle se souvint que Ben lui avait demandé de parler de Callahan à Matt mais elle voulut pas pour ne pas attiser le feu. Matt entendit un bruit à l'étage et il voulut aller voir mais sans Susan.

6

Matt découvrit que Mike était assis sur le lit de la chambre d'amis. Mike sourit, il avait les dents pointues. Il dit à Matt : « regardez-moi ». Alors Matt montra son crucifix et Mike recula et tomba de la fenêtre. Mike avait disparu dans un nuage de poussière. Matt eut une crise cardiaque.

7

Susan appela Cody. Il lui dit d'appeler une ambulance.

8

Susan monte à voir Matt, elle eut peur. Elle avait entendu la voix de Mike qui ne lui avait pas paru humaine. Elle alla chercher une couverture et trouva par terre une bague avec les initiales de Mike, MCR. Alors elle crut tout ce que lui avait dit Matt.

10 Salem (III)

1

 

Les habitants de Salem étaient en majorité d'origine anglo-saxonne ou française. Être fermier ici, c'était s'épuiser au travail pour n'obtenir que des résultats misérables. Chaque habitant était tenu par Salem. Il n'y avait pas d'autre vie ici que la mort lente des jours, si bien que, lorsque le mal descend sur la ville, c'est un peu comme un sommeil doux et délicieux. La ville a ses secrets et elle les garde bien. Les habitants ne savent pas que Larry McLead avait trouvé dans Marsten House la correspondance brûlée entre Hubert et Breichen qui dura 12 ans. Cet échange avait débuté grâce aux bons offices d'un mystérieux libraire de Boston mort dans des circonstances sinistres en 1933.

Personne ne savait que l'incendie de 1951 était d'origine criminelle. Personne ne sait que Carl Forman a voulu crier, mais que son cri lui est resté dans la gorge quand il a vu, sur la table de préparation de la maison funéraire, Mike Ryerson trembler de tous ses membres, puis ouvrir les yeux et s'asseoir. Ni que le bébé McDougall ne s’est même pas débattu quand Danny Glick est entré par la fenêtre de sa chambre, l'a enlevé de son berceau et enfoncé ses dents dans sa gorge fragile bleuie par les coups que lui avait donnés sa mère.

2

Sandy découvrit son bébé inanimé et froid. Elle voulut lui donner à manger mais en vain alors elle hurla.

3

Tony Glick se réveilla le samedi matin en entendant sa femme tombée dans le salon mais elle n'avait rien. Il avait pris un congé et, depuis une semaine, il dormait énormément, d'un sommeil sans rêve, qui balayait tout. Margie avait pris les habits et les jouets de ces fils et en avait fait des paquets bien ficelés pour l'Armée du Salut. Sa femme tomba encore. Il vit qu'elle était pale. Il remarqua la forme curieusement proéminente de ses dents, mais n'y prit pas garde. Cela aurait pourtant dû l’éclairer.

4

Susan revint voir Ben. Elle lui dit que Matt avait eu une crise cardiaque. Ben voulut convaincre Susan que Matt n'était pas fou. Ben ne croyait pas que Matt avait rêvé à propos de Mike. Alors Susan avoua qu'elle avait entendu une voix avant la crise cardiaque de Matt et lui montra la bague qu'elle avait trouvée. Susan préférait croire que Matt était responsable de toute l'histoire. Ben dit à Susan qu'il ne porterait pas plainte contre Floyd. Susan voulut savoir pourquoi Floyd était allé chez elle avec un grand manteau, un chapeau, des lunettes de soleil et des gants de caoutchouc. Ben devina que Floyd ne supportait plus le soleil.

5

Floyd restait endormi dans sa cellule alors Nolly s'inquiéta.

Il ne savait pas quoi faire. Heureusement Parkins arriva. Mais Floyd ne bougeait toujours pas.

6

Franklin Badden et Virgil Rathlum allèrent à la décharge mais elle était fermée. Franklin défonça la porte avec sa voiture. Ils ne trouvèrent pas Dud et s'en allèrent.

7

Ben alla voir Matt dans sa chambre. Il dormait toujours mais son crucifix avait été enlevé alors il lui remit autour du cou.

8

Corey Bryant alla chez Bennie Sawyer. Elle était presque nue quand elle lui ouvrit. Il s'apprêta à lui faire l'amour quand le mari trompé, Reggie Sawyer arriva. Reggie mit son fusil dans la bouche de Corey et tira mais l'arme n'était pas chargée.

9

Reggie ordonna à Corey de fuir Salem et il s'exécute. Il rencontra un inconnu qui lui offrit une cigarette. Il prétendait s'appeler Barlow. Barlow l'hypnotisa. Barlow s'approcha de lui et en inclinant la tête.

10

Susan appela Ben pour lui dire que Floyd Tibbits était mort d'une anémie et le bébé McDougall aussi. Carl Foreman avait disparu et le corps de Mike Ryerson aussi. Ben demanda à Susan si elle avait un crucifix et elle répondit que non. Alors il lui ordonna d'en fabriquer un.

11

Buddy Bascomb et Bob Greenbey travaillaient à la morgue de Portland. Ils virent que le corps de Tibbits avait disparu et le bébé McDougall aussi.

12

Mark Petrie vit Danny Glick derrière sa fenêtre. Quand Danny vit le regard de Mark fixé sur lui, il découvrit ses dents longues et pointues en un sourire hideux. Mark savait que Danny ne pourrait entrer s'il ne l'invitait pas. Il l'avait lu dans ses BD. Il fut attiré par le regard de Danny mais réussit à s'en détacher. Il prit un crucifix en plastique. Il demanda à Danny d'entrer.

Danny allait le mordre mais Mark, d'un geste circulaire du bras, réussit à appliquer par surprise la croix sur la joue de Danny. Son cri fut horrible et son sourire se transforma en une affreuse grimace d'agonie. La créature hideuse tomba dans la nuit et se transforma en fumée.

13

Le père de Mark arriva pour savoir ce qui s'était passé. Marc lui dit seulement qu'il avait fait un cauchemar. Après, Mark dormit paisiblement, la croix en plastique dans sa main.

11 Ben (IV)

1

Susan appela Ben pour lui dire qu'elle était dans la chambre de Matt et qu'il voulait lui parler.

2

Matt dit à Ben qu'il était rassuré par le crucifix. Il était stabilisé et sa crise cardiaque était sans gravité. Ben et Susan voulaient voir Cody pour lui cracher le morceau. Matt raconta à Ben ce qui s'était passé avec Mike Ben le croyait mais Susan ne voulait pas croire aux vampires. Ben demanda à Matt d'être le maître de recherche sur ce qui se passait à Salem.

Matt se ferait apporter des livres de la bibliothèque. Ben voulait convaincre le Dr Cody d'exhumer Danny Glick. Ben ne voulait plus aller chez Straker même s'il pensait que ce n'était pas un vampire car il se promenait de jour. Matt conseilla à Ben et Susan d'aller voir Callahan au cas où ils déterreraient eux-mêmes Danny Glick.

5

Cody ausculta Ben et le déclara guéri. Cody apprit à Ben et Susan que les corps de Tibbits et de Randy avaient disparu.

Ben et Susan racontèrent tout ce qu'ils savaient à Cody. Il ne voulut pas en rire car il savait que cela venait de Matt. Le docteur accepta d'exhumer Danny.

Il parlerait d'une encéphalite pour obtenir l'autorisation. Cody se demanda pourquoi seul le corps de Danny n'avait pas disparu.

5

Ben et Jimmy Cody arrivèrent chez les Glick. Ils n'était pas chez eux. Ben et Cody allèrent se renseigner à l'Excellent. Pauline leur apprit que Marjorie était morte et que Tony était à l'hôpital. Le corps de Marjorie avait été emmené par Parkins à la maison funéraire de Cumberland.

6

Ils allèrent à la maison funéraire tenue par Maury Green.

7

Jimmy pensait à la relative facilité avec laquelle une colonie de vampires arrivait à se constituer car personne ne s'en rendait compte à Salem.

8

Susan avait déjà rangé presque toutes ses affaires pour partir de chez ses parents. Elle voulait aller chez Straker et s'empara d'un piquet pour s'en servir comme pieu. Puis elle acheta le Times et une croix dorée. Arrivée à Marsten House, elle vit Straker qui partait en voiture.

9

Jimmy présenta Ben à Maury Green. Il demande à Maury si Norbert était déjà venu chercher Marjorie. Maury répondit que non. Jimmy avoua que lui et Ben voulaient veiller Marjorie et Maury fut étonné.

10

Jimmy examina le corps de Marjorie. Elle n'était pas livide et elle n'était pas raide. Jimmy n'avait pas de croix alors il s'en fit une avec deux abaisse-langue. Ben et Jimmy psalmodièrent.

Le drap qui recouvrait le corps de Marjorie se mit à trembler. Une main glissa en dehors du drap et ses doigts se tordirent en une sarabande convulsive.

Marjorie se leva et en voyant Ben et Jimmy elle ouvrit la bouche toute grande en un affreux rictus de rage. Ben s'aperçut que ses yeux sombres l'hypnotisaient et il en arracha son regard. Jimmy tendit sa croix et Mrs Glick, visiblement démontée, émit un sifflement et leva les mains pour cacher son visage. Elle recula d'un pas en chancelant.

Ben posa sa croix sur elle. Jimmy passa derrière la table et, quand elle eut reculé jusque-là, il lança ses deux bras en avant et la saisit par le cou en hurlant comme un dément.

Contre toute attente, elle réussit à saisir Jimmy et à le lancer à travers la pièce. Marjorie fonça sur lui et le mordit au cou. Jimmy se mit à hurler, de ces hurlements perçants de ceux qui se savent condamnés. Ben la saisit par le col de sa robe de chambre et la releva d'un coup. Il brandit la croix au moment même où elle l'étreignait avec une force qui le fit défaillir. Elle se rejeta en arrière mais se releva aussitôt. Elle lui découvrit ses crocs. Ben brandit la croix et réussit ainsi à la faire reculer jusqu'au fond de la pièce. Quand il l’aurait acculée au mur, il lui enfoncerait la croix dans le front. Mais, au moment précis où il était parvenu à coincer Marjorie contre le mur d'angle, elle lâcha un rire aigu qui le fit tressaillir puis elle disparut. Et Jimmy hurlait.

11

Ben voulut toucher Jimmy mais il refusa car Marjorie l’avait souillé. Jimmy lui demanda sa sacoche. Jimmy tira de sa sacoche une bouteille de désinfectant et en versa le contenu sur sa blessure.

Il prépara une seringue d'antitétanique et demande à Ben de le piquer. Puis il demanda à Ben de passer la croix sur lui. Mais quand il appliqua la croix sur Jimmy, il ne se produisit rien. Jimmy révéla à Ben que quand Marjorie l’avait mordu, ça lui avait fait plaisir et qu'il avait bandé. Alors Jimmy frappa Ben et il s'assit à côté de lui. Il lui expliqua qu'il l'avait frappé pour que Maury croit que quelqu'un s'était introduit dans la salle mortuaire pendant que Jimmy examinait Mrs Glick et qu'il avait assommé Ben, s'était jeté sur Jimmy et l’avait mordu. Le type en question portait une vareuse sombre, bleue ou noire et un bonnet en tricot, vert ou gris. C'est ce que devrait dire Ben.

Jimmy appela Maury puis le shérif du comté.

12

Ben retourna chez Eva et fit le bilan de tout ce qu'il avait vécu. Le shérif avait interrogé Ben et Jimmy, pendant que deux de ses adjoints prenaient des photos et saupoudraient les meubles afin de relever d'éventuelles empreintes digitales. Jimmy avait expliqué qu'ils s'étaient rendus à la maison funéraire à cause de la prétendue encéphalite de Mrs Glick. Le shérif voulut savoir pourquoi Ben était présent alors qu'il n'était pas médium. Ben répondit qu'il était écrivain et qu’il avait besoin de voir une chambre funéraire pour son livre. Le shérif restait perplexe car il ne comprenait pas pourquoi Jimmy avait emmené Ben si l'encéphalite de Mrs Glick était contagieuse. Mais Jimmy répondit que la malade n'était pas si contagieuse.

Mc Caslin, le shérif savait que Jimmy et Ben mentaient. Mais il ne voulait pas les arrêter car il pensait qu'ils n'avaient commis aucun délit. Néanmoins il les convoqua dans son bureau pour le lendemain.

13

Ben dormit toute la nuit avec la lampe de bureau allumé. Il avait une croix près de lui. Avant de sombrer dans le sommeil, sa dernière pensée fut pour Susan. Était-elle en danger ?

12 Mark

1

Mark savait que les vampires ne sortaient pas en plein jour mais qu'ils avaient leurs âmes damnées ; des gens qu'ils avaient achetés ou dont ils s'étaient concilié les services par d'autres moyens. Il avait pris le pistolet de son père pour tuer Straker.

Mark avait pris une bûche en frêne que son père avait coupée et il en fit un pieu.

Il vit Susan qui elle aussi se rendait chez Straker. Mais Straker partit avec sa voiture. Mark rejoignit Susan. Il savait ce qu'elle voulait faire mais elle ne reconnut pas ses intentions alors Mark lui avoua que Danny avait essayé de l'attaquer. Alors elle eut honte d'avoir douté de l'histoire de Matt. Susan dit à Mark qu'elle voulait aller chez Straker pour se rendre compte des choses par elle-même. Elle attribua à Mark la direction des opérations. Mark lui conseilla de ne pas regarder le vampire dans les yeux et de réciter une prière quand ils l'approcheraient. Mark voyait que le courage allait manquer à Susan et il lui serra la main. Mark entra dans Marsten House en brisant la fenêtre mais Susan avait peur et il lui dit qu'elle pouvait partir mais elle tint le coût. La maison puait les larmes, le vomi, les ténèbres.

Mark et Susan savaient qu'ils n'étaient pas seuls malgré le silence.

2

Mark vit un livre mais il était écrit en latin et lui et Susan ne comprenaient pas et ce livre avait l'air diabolique à cause des illustrations. Mais Straker était là. Il frappa Mark qui s'évanouit. Quand Mark revint à lui, on le portait en haut d'un escalier, qui n'était pas celui de la cave. Le soleil n'était pas tout à fait couché. Il restait donc une lueur d'espoir. Straker avait pris le pistolet de Mark. Straker avait mis Susan à la cave. Il frappa à nouveau Mark. La peur de Mark paralysa son intelligence quand Straker l'emmena dans la chambre où Marsten s'était pendu. Mark avait lu un livre sur Houdini et il avait appris que le magicien pouvait se libérer quand il était ligoté en bandant les muscles avant qu'on l'attache et en se décontractant une fois ligoté. Mark se laissa ligoter par Straker bandant les muscles. Il se concentra sur lui-même et ne pensa à rien d'autre. En se décontractant il réussit à libérer ses mains. Il se libéra complètement juste avant le coucher du soleil. Straker revenait. Mais Mark avait réussi à arracher un pied du lit.

4

Au moment où la porte s'ouvrit, Mark se tenait derrière, prêt à bondir. Il brandissait son pied de lit comme un indien son tomahawk. Il frappa Straker à la tempe. Plié en deux, titubant, Straker s'avança. Son visage était convulsé de haine. Il étendit le bras pour attraper Mark qui lui assèna un deuxième coup. Straker s'écroula. Mais la main de Straker lui saisit la cheville, alors Mark lui brisa la main et Straker lâcha prise. Mark savait que l'heure des vampires approchait. Aller à la cave pour tenter de sauver Susan, c'était s'enrôler dans les rangs des morts-vivants. Et pourtant il y alla. Il appela Susan puis il y eut alors comme une détonation sèche, suivie d'un rire qui n'avait rien d'humain. Susan poussa un cri, qui se transforma en gémissement, puis s'éteignit. Une voix lui demanda de descendre, c'était Barlow. Mark rentra chez lui en courant. Ses parents étaient inquiets mais il ne leur dit pas ce qui lui était arrivé.

5

Lundi, au petit matin, on grattait à la vitre de Mark. C'était Susan transformée en vampire. Marque brandit sa croix et la pressa contre la vitre. Susan siffla comme si on l'avait ébouillantée. Elle disparut.

13 le père Callahan

1

Le père Callahan vint voir Matt à l'hôpital. Loretta Starcher avait excepté de lui amener des livres mais était repartie mécontente parce que Matt avait refusé de répondre à ses questions sur ses lectures insolites. Callahan regarda les livres de Matt. Ils concernaient tous les vampires. Le prêtre s'était lui aussi intéressé à ce genre de choses, pendant ses études de théologie. Matt lui dit qu'il était inquiet pour Ben, Susan et Cody car il n'avait pas réussi à les joindre. Callahan comprit que Matt pensait qu'il y avait des vampires à Salem. Mais il pensa que c'était une psychose. Mais Matt avait lu dans ses pensées et lui dit que ce serait encore plus difficile de parler de ce qu'il savait si Callahan le croyait en proie à des fantasmes. Matt lui demanda s'il avait remarqué des choses étranges à Salem. Callahan lui répondit que Dud avait disparu et que la décharge était fermée et puis il y avait eu la mort de Mrs Glick. Matt n'était pas au courant. Puis il raconta toute son histoire à Callahan.

2

Callaghan raconta à Matt une histoire qu'un prêtre lui avait révélée. C'était une histoire d'incube qui s'était passée en Cornouailles. Callahan était fasciné par les sciences occultes et le paranormal. Matt voulut que le prêtre fasse une petite enquête pour lui et qu'il prenne avec lui de l'eau bénite et quelques hosties. Callaghan accepta avec réticence et à condition que Ben, Cody et Susan aillent faire part de leurs soupçons à Straker.

3

Callahan n'avait pas peur, il se sentait revivre. Pour la première fois depuis des années, il n'avait pas bu et n'avait pas envie de boire. Il appela Ben mais il n'était pas là.

Troisième partie la ville déserte.

14 Salem (IV)

1

Dimanche 5 octobre 1975, coucher du soleil, 19:02. Lundi 6 octobre 1975, lever du soleil, 6:49. Jérusalem’slot sera donc dans l'obscurité pendant 11:47.

Du rapport journalier de la police du comté de Cumberland : rien à signaler.

2

Il n’y eut personne pour déclarer la ville morte en ce matin du 6 octobre ; personne ne savait qu'elle l’était.

La famille Crockett avait été contaminée et la fille des Crockett dormait aux côtés de Dud Rogers au plus profond d'un congélateur abandonné et dans les ténèbres de sa nouvelle existence, au milieu des ordures de la décharge, elle trouvait les avances de son compagnon fort acceptables. Loretta Starcher, Virgil Rothlum, Franklin Baddin avaient été mordus. Weasel aussi et Eva Miller fut surprise par son absence.

Les Norton étaient inquiets de la disparition de Susan. Le shérif Mc Caslin la chercha et la trouva accompagnée d'un homme jeune et vigoureux. Ils s'étaient jetés sur lui.

3

Mark alla voir Ben. Quand Ben le vit, cet enfant lui rappelait étrangement le petit garçon qu'il avait été, mais il y avait plus que cela. Il avait le coeur serré, comme si leur rencontre avait été prévue de longue date par quelque puissance mystérieuse. Marc lui dit que Susan était devenue un vampire et qu'il pensait avoir tué Straker. Ben revécut la mort de Miranda une deuxième fois et vomit.

Eva sentit qu'il y avait eu une catastrophe car son ami Loretta ne répondait pas au téléphone.

4

Mark raconta son histoire à Ben. Il lui dit que Susan avait frappé à sa fenêtre.

5

Ben et Mark découvrirent la voiture de Susan. Ben heurta le revolver du shérif et le ramassa. Il ouvrit le coffre de la voiture de Susan mais il n'y avait qu'une roue de secours. Ben et Mark allèrent voir Matt.

6

Jimmy Cody était dans la chambre de Matt. Ben dit à Matt que Susan était devenue un vampire. Mark raconta son histoire à Matt et Jimmy. Jimmy savait que Mc Cailin avait disparu et Ben lui montra le revolver du shérif. Jimmy devina ce qui s'était passé. Matt annonça à Ben que Callahan était prêt à les aider. Matt avait compris que Straker était l'âme damnée des vampires et le dit et Jimmy. C'est Straker qui avait saigné le chien à blanc ainsi que Danny pour son maître Barlow. Il avait tué le chien à cause de ses yeux blancs qui effrayaient les vampires. Matt conseilla à ses amis de planter un pieu dans le coeur de Barlow et de lui couper la tête pour le mettre dans le cercueil en lui remplissant la bouche d'ail. Pour être purifiés, ils devaient se confesser à Callahan et faire acte de contrition. Comme Ben avait fait l'amour avec Susan, il devrait enfoncer le pieu d'abord dans le coeur de Barlow, ensuite dans celui de Susan. Ils ne devraient pas regarder Barlow dans les yeux. Matt leur conseilla de se munir d'ail et de roses blanches. Matt regarda le cou de Jimmy. La morsure avait cicatrisé.

7

A 10:15, et Eva Miller descendit dans sa cave pour y prendre deux bocaux de maïs à l'intention de Ms. Norton qui était alitée. La cave puait. Eva pensait qu'un rat était entré et était mort. Elle n'en trouva pas et décida de remonter.

8

Ben, Jimmy et Marc allèrent voir Callahan et lui racontèrent leur histoire. Il n'avait pas envie d'y croire mais il leur apprit que la boutique de Straker était fermée. Callahan accepta quand même de les aider et entendit leur confession.

9

Ben se confessa. Il réalisa comment ce rituel pouvait devenir un besoin compulsif il y avait quelque chose de primal dans ce cérémonial, quelque chose de bestial. Une sorte de régurgitation.

10

Il était près d'une heure de l'après-midi quand ils se retrouvèrent tous dans la grande Buick de Jimmy et se mirent en route. Ils se rendirent d'abord au cabinet de Jimmy qui prit un marteau. Ils s'arrêtèrent ensuite au supermarché de Cumberland pour y acheter de l'ail. Ils allèrent chez le fleuriste pour acheter des roses blanches. Mais un homme était venu et les avait toutes achetées. C'était Straker. Ben se rendit compte que Straker les menait par le bout du nez. Ils ne devaient pas perdre de temps et se rendre quand même à Marsten House.

11

Quand ils arrivèrent à Marsten House, Callahan sortit un crucifix de sa poche et le mit à son coût en plus du sien. Un cadenas Yale flambant neuf avait été installé sur la porte d'entrée. Le père Callahan prit la tête du groupe et bénit la maison. Il frappa la porte avec son crucifix. Il y eut un éclair éblouissant, une odeur âcre et un gémissement, comme si les planches s'étaient mises à crier. La baie vitrée explosa. Le cadenas avait fondu. Callahan n'en revenait pas. Ben poussa la porte qui s'ouvrit sans difficulté. Ils décidèrent de monter d'abord. Ils entrèrent dans la chambre où s'était pendu Marsten. Quand Callahan poussa la porte, il leva les yeux et cria. Straker avait été pendu la tête en bas et il avait la gorge ouverte. Il avait été saigné à blanc.

12

Jimmy posa la face intérieure de son poignet sur le front de Straker, puis il prit une de ses mains dans la sienne. Il dit qu'il devait être mort depuis 18 heures environ. Mark dit que c'était Barlow qui avait fait ça. Ben dit que Barlow cherchait à leur faire perdre du temps. Il fallait y aller tout de suite.

 

13

Ils allèrent à la cuisine. Il y avait une lettre posée sur la table. Ils la lurent ensemble. Barlow leur annonçait qu'il leur avait laissé Susan et qu'il s'occuperait spécialement de Mark pour se venger de la mort de Straker. Il s'occuperait d'abord de ses parents. Il annonçait à Callahan qu'il était plus vieux que l'Eglise catholique et que les rites de son Eglise avaient de loin précédé ceux de l'Eglise de Callahan. Barlow ridiculisait le prêtre en lui écrivant qu'il ne faisait autorité qu'en matière de bouteille. Ben tremblait, Mark avait les poings serrés, le visage de Jimmy était devenu livide, le père Callahan avait un regard éteint. Ils allèrent à la cave.

14

Parkins et Nolly observèrent Marsten House avec des jumelles. Ils virent la voiture de Jimmy. La ville était déserte. Parkins avait les jetons.

15

Ben devait s'occuper de Susan mais il ne pouvait pas. Au centre de la pièce, sur une estrade qu'éclairait la torche de Jimmy, Suzanne Norton était étendue. Callahan s'avança et posa son index sur le sein gauche de la jeune fille. Ici, précisa-t-il. Dans le coeur. Ils encouragèrent tous Ben. Ben leva le pieu et le pressa contre le sein gauche de Susan. Il dit qu'elle n'était pas morte mais Jimmy lui répondit qu'elle était une morte vivante. Quelqu'un lui donna le marteau. Ben leva le marteau et en frappa le pieu. Les yeux bleus de Susan s'ouvrirent tout grands, comme sous l'effet du choc. Le sang jaillit de la blessure avec une force incroyable, éclaboussant les mains de Ben, sa chemise, son visage.

Susan fut saisie de mouvements convulsifs. Ses mains s'agitèrent. Ses pieds se mirent à battre frénétiquement l’estrade. Ses lèvres se retroussèrent sur ses crocs de loup et elle hurla. Le marteau se leva et retomba encore et encore. Le coeur était touché, un geyser de sang jaillit de la blessure. Quelque chose d'autre s'échappa d'elle en même temps. Ce ne fut qu'une ombre qui s'enfuit honteusement et disparut dans l'obscurité ambiante. Ben cria et s'en alla. Dehors, il respira à longs traits.

16

Les parents de Marc avaient reçu un appel de Callahan. Il leur dit que Makc était avec lui et qu'il le leur ramènerait bientôt. Rhoda Curless, la gouvernante de Callahan était inquiète pour lui. Bonnie avait été encore frappée par son mari Reggie Sawyer. Ray McDougall s'était rendu chez Dell et avait laissé sa femme. Joe Crane mourut d'une crise cardiaque. Sa mort fut la seule mort naturelle de Salem ce 6 octobre. L'heure des vampires avait sonné.

17

Ben et Jimmy allèrent voir Matt pour raconter ce qui s'était passé. Ils avaient mis le corps de Susan dans une caisse et l'avaient jeté dans la Royal river. Callahan et Mark étaient partis chez les Petrie. Matt réconforta Ben à propos de Susan. Elle était en paix désormais. Jimmy donna la lettre de Barlow à Matt. Matt mesura l'orgueil de Barlow. Il leur dit qu'ils avaient réussi quelque chose de considérable en liquidant Straker et en chassant Barlow de la maison qu'il s'était choisie. Le père Callaghan avait purifié la cave et scellé les portes avec des hosties. Si Barlow revenait, il mourrait. Ben voulait tuer Barlow le soir même mais Matt le lui déconseilla. Matt dit qu'il fallait se servir de l'ego démesuré de Barlow contre lui. Il était possible que Barlow les attaques pendant la nuit. Matt était inquiet pour Mark et Callahan et demanda à de Jimmy de les appeler. Mais la ligne de Petrie était hors service.

18

Henry Petrie était un homme instruit. Il était diplômé du Massachusetts Institute of Technology et titulaire d'un doctorat de sciences économiques. Il voulait changer de métier et devenir avocat. Son objectif était d'obtenir de hautes responsabilités d'ordre économique dans les instances fédérales. Il n'y avait aucune place dans son esprit pour le surnaturel et le fantastique. Il écouta le récit que lui firent son fils et le curé. Il leur dit que leur histoire était impossible. Il dit à Callahan et qu'il avait impliqué son fils dans une action criminelle suite à ce qu'ils avaient fait à Susan. Petrie voulut quand même appeler Matt pour avoir son point de vue mais le téléphone était hors service. Les lumières s'éteignirent.

19

Jimmy dit à Matt et à Ben que le téléphone des Petrie ne fonctionnait pas. Ben et Jimmy voulurent aller chez les Petrie mais Matt leur ordonna de rester. Ils attendirent donc en portant leur espérance sur Mark.

20

Callaghan brandissait sa croix très haut. Elle répandait sur toute la pièce une lueur spectrale. Barlow était à l'autre bout de la cuisine et tenait Mark. Quand Barlow était entré, le noir régnait mais la croix de Callahan avait inondé la pièce d'une lumière surnaturelle. Barlow avait assommé les parents de Mark et les avait tués. Mark s'était jeté sur lui mais Barlow s'était saisi de l'enfant. Callahan s'avança en brandissant sa croix. Le sourire de triomphe de Barlow se transforma en un rictus d'agonie. Il bascula en arrière. Mais il menaça de mordre Mark. Alors Callahan cessa d'avancer. En regardant Barlow, Callahan lui trouva une ressemblance avec M. Flip, le croque-mitaine qui effrayait dans son enfance. Barlow proposa au prêtre de lutter à armes égales, sans la croix de Callahan. Barlow laissa Mark et leva les mains en l'air.

Mark courut vers ses parents mais le prêtre lui cria de fuir. Marc alla vers Barlow et lui cracha au visage. Barlow ennuie le souffle coupé. Il voulut se jeter sur l'enfant mais Callahan brandit sa croix. Mark s'enfuit. Le crucifix du prêtre ne brillait presque plus. Puis il s'éteignit. Barlow jaillit de l'ombre et lui arracha la croix. Il la brisa. Callahan venait de perdre la foi et son crucifix n'avait plus de pouvoir. Barlow le lui dit. Callahan, presque asphyxié par l'odeur de chair fétide, se retrouva la bouche pressée contre la gorge froide du vampire où battait une veine ouverte et il but le sens de Barlow.

13

Ann Norton était devenue un vampire et Barlow était venue la voir. Il lui avait tout raconté et dit ce qu'elle devait faire. Il avait promis qu'elle retrouverait sa fille quand elle aurait fini.Elle alla à l'hôpital avec une arme. Ann braqua la femme à l'accueil de l'hôpital. Elle assomma l'infirmière. À cet instant précis, quelque chose heurta ses jambes par derrière et ses pieds quittèrent le sol.

22

L’arme vola dans les airs. Ann gémit et essaya de récupérer l'arme. L'homme derrière elle projeta l'arme d'un coup de pied et cria à l'aide. Il ramassa l'arme mais Ann se jeta sur lui. Un aide-soignant arriva et neutralisa Ann par derrière.

23

Ben et Jimmy entendirent les cris et Ben se cacha derrière la porte de la chambre de Matt prêt à intervenir. Quelqu'un entra et se jeta sur lui avec sa croix. C'était Mark. L'enfant raconta ce que Barlow avait fait. Mark se jeta dans les bras de Ben pour pleurer.

24

Le père Callahan à partir au hasard des rues. Les habitants de Salem avaient peur et s'étaient barricadés. Callahan ne pouvait avoir peur car le maître l'avait marqué de son sceau. Il voulut prier à l'église mais quand il toucha la porte, un éclair bleu jaillit et le projeta en arrière. Sa main était brûlée. Les portes de l'église ne s'ouvriraient plus pour lui.

25

Matt dit à Mark que Salem était dans une situation désespérée. Il dit aux autres qu'ils devaient aller chez Mark et préparer des pieux. Il savait que le père Callahan était perdu. Leur groupe devrait défaire tout ce que Barlow avait fait peut-être avec l'aide des survivants. Surtout ils devraient mentir pour ne pas se retrouver devant un tribunal s'ils triomphaient. Matt demanda à Mark s'il avait vu un détail lui permettant de retrouver Barlow. Mark avait vu des traces de craie bleue sur Barlow. Ils devinèrent que Barlow s'était caché dans l'école de Brock street. Matt était fatigué et Jimmy lui donna des somnifères. Il fallait qu'il dorme car ils avaient besoin de lui et qu'il soit en forme pour les aider.

26

Miss Coogan attendait des clients dans une boutique. Callahan arriva. L'auteur à cause de son maire. Il demanda un billet d'autocar. Il voulait prendre le premier où qu'il aille. Il avait la main droite bandée. Callahan lui conseilla de rentrer chez elle et de se barricader.

27

La nuit pesait sur Salem. À 23:50, un coup de klaxon tira brutalement Charlie Rodhes de son sommeil. Cela venait de son bus. Les vitres étaient cassées. Richie Baddin klaxonna et lui jeta un sourire démoniaque. Il y avait d'autres enfants dont Danny Glick. Ils fondèrent sur lui.

28

Ann Norton mourut à l'hôpital. Elle fut parcourue d'un frisson et un filet de sang coula au coin de sa bouche.

29

Eva Miller rêva de l'incendie de 1951. Weasel était derrière elle et lui mordait le cou. Elle se réveilla car Weasel l'appelait. Il était pâle. Il la mordit.

30

A 3:00 du matin, le sommeil est profond. Ceux qui dorment à cette heure-là sont bénis des dieux, mais malheur à ceux qui veillent. Parkins était dans son bureau. Il portait une croix autour du cou, et une médaille de saint Christophe et un emblème de la paix. Il ne savait pas au juste pourquoi il les avait mis, mais ça le réconfortait. Il se disait que, s'il arrivait à tenir jusqu'au jour, il ferait ses valises au matin et laisserait son insigne de policiers sur l'étagère. Mabel Werts était assise dans sa cuisine. Pour la première fois depuis 60 ans, elle souhaitait ne rien voir, ne rien entendre. La nuit allait offrir son lot de morts et de récits terrifiants, et cette fois elle ne voulait rien savoir.

Bill Norton alla à l'hôpital en espérant que sa femme n'était pas morte. Aucun des habitants de Salem qui ne dormaient pas à ne connaissaient la vérité. Ils s'étaient pourtant tous munis d'objets de piété.

31

Reggie Sawyer fut réveillé par des coups frappés à sa porte. Il prit une arme. La porte s'ouvrit. C'était Cary Bryant. Reggie fit feu mais Bryant ne fut même pas blessé. Bryant lui arracha l'arme des mains, souleva Reggie et le projeta contre le mur. Bryant se dirigea vers Bonnie.

32

Callahan demanda au chauffeur de bus de lui acheter une bouteille. Il lui laissa un pourboire. Le prêtre vit un gosse, la tête cachée entre ses mains. Le gosse ne bougeait pas.

33

Ben, Mark et Jimmy quittèrent l'hôpital. Ils allèrent chez Mark chercher des pieux.

34

Ils s'arrêtèrent devant la boutique de Barlow au cas où le vampire y aurait trouvé refuge. Ils découvrirent Mike Ryerson dans une caisse. Arrivé chez lui Petrie, Mark ne voulut pas entrer car il souffrait de l'absence de ses parents.

35

Ben et Jimmy ne voyant pas Callaghan comprirent que Barlow l'avait eu. Ils couvrirent le corps de Petrie.

36

Jimmy réalisa qu'ils ne pourraient éliminer tous les vampires à eux seuls. Leur pouvoir était dérisoire face à la tâche et il le dit à Ben. Jimmy ordonna à Ben de fabriquer des pieux pendant que lui et Mark marqueraient au crayon gras les portes des maisons où se trouveraient les vampires.

37

Jimmy et Mark allèrent chez Roy McDougall. Ils sonnèrent, il ne répondit pas. Il força la porte. Il régnait une odeur de mort et de putréfaction. Les McDougall étaient sous la caravane. Jimmy fit une croix au crayon gras sur la trappe.

Ils sortirent. Roy McDougall pour voir si la lumière du jour allait le tuer. Mais Roy réussit malgré tout à ramper jusqu'à son abri. L'image de Roy s'agitant convulsivement sous la lumière heurta de Jimmy.

38

Mark et Jimmy allèrent chez les voisins de McDougall. Ils étaient devenus eux aussi des vampires. C'étaient les Evans. Jim il fit une croix sur la partie de la caravane et sur celle du garage.

Jimmy repensa à la croix bleue. Elle ne venait pas d'une école mais d'un billard. Il appela Mark.

39

Un ancien élève de Matt vint le voir à l'hôpital. Il s'appelait Herbert ou Harold. Matt ne savait plus. Il lui raconta l'histoire de Mamson, petite ville du Vermont. Comme à Salem les gens y avaient disparu.

Mais Matt eut une nouvelle crise cardiaque.

40

Mark dit à Jimmy qu'il n'y avait pas de salle de billard à Salem. Jimmy se souvint qu’ Eva Miller possédait un billard dans sa cave. Jimmy appela Eva mais elle ne répondit pas. Ils y allèrent.

41

Jimmy et Mark allèrent dans la cave d’Eva. L'odeur était asphyxiante. Jimmy appuya sur l'interrupteur, mais Barlow s'était arrangé pour que l'électricité ne marche pas. Mark trouva une lampe torche dans une armoire. Il entendit quelqu'un trébucher sur des marches, puis un bruit sourd de chute. La porte de la cave était grande ouverte. Les hurlements commencèrent.

42

Jimmy avait payé le prix de son audace. Mark prit la voiture de Jimmy. Il réussit à conduire.

43

Mark dit à Ben que Jimmy était mort. Barlow et ses vampires avaient enlevé une partie des marches de l'escalier et Jimmy était tombé.

Barlow avait mis des couteaux la pointe en l'air, en fixant les lames sur des panneaux de contreplaqué. Jimmy s'y était empalé.

Mark voulut abandonner mais Ben fut dur avec lui et lui rappela ce que Barlow avait fait à ses parents pour l'encourager à continuer.

44

Ben et Mark allèrent dans la station-service de Sonny James. Ben voulut appeler Matt. Il apprit qu'il était mort.

45

Ben et Mark allèrent voir Parkins. Il leur dit que Nolly n'était pas venu travailler et pensait qu'il ne le reverrait plus. Ben dit à Parkins que Barlow était dans la cave d'Eva. Parkins avait compris que c'était un vampire. Il allait partir chez sa soeur. Ben le traita de lâche mais Parkins dit que la ville était morte. Il les encouragea à partir. Mais ils voulaient se battre. Ben dit à Mark que Parkins était fini.

46

Ben et Mark allèrent à l'église pour remplir des bouteilles d'eau bénite. Ils virent que la poignée de la porte était noircie et légèrement tordue mais ne comprirent pas ce qui s'était passé. Ils plongèrent leurs mains dans les vasques s'aspergèrent le visage comme on s'asperge d'eau froide au réveil pour se mettre en train. Une femme âgée les interpella. C'était Miss Curless, la gouvernante du père Callahan. Ben lui dit que Callaghan n'était plus parmi eux car il avait combattu le mal. Elle voulut savoir s'il continuait le combat. Ils confirmèrent alors les encouragea à se dépêcher.

47

Ben et Mark allèrent chez Eva. Mark ne voulut plus se battre alors Ben l'encouragea. Finalement ils se rendirent à la cave ensemble.

48

Les mains de Jimmy luirent dans l'obscurité grâce à l'eau bénite.

Ben voulut prendre le pistolet de Jimmy et si le soleil se couchait avant qu'il puisse en finir avec Barlow il tuerait Mark et il se tuerait ensuite. Ce n'était pas la panacée, mais c'était mieux que d'être la créature de Barlow. Ben recouvrit le corps de Jimmy avec des rideaux et récupéra son pistolet et son marteau. Il prit aussi la torche et l'alluma mais ne vit pas Barlow. Alors Mark désigna un vaisselier. Ils le firent basculer et trouvèrent derrière une porte fermée par un cadenas. Il trouva une hache et la mouilla avec de l'eau bénite. La lame s'illumina. Ben démolit la porte. Puis il étreignit les mains de Mark.

49

Dans le cellier, ils virent le cercueil de Barlow. Devant se trouvaient les dépouilles d'Eva, Weasel, Mabe Mulican, John Snow, Vinnie Upshaw et Grover Verril qui étaient des pensionnaires d'Eva.

Ils sortirent le cercueil et le déposèrent près du corps de Jimmy. Ils l'ouvrirent. Barlow était là, devant eux, ses yeux brûlants fixés sur le plafond. Il était redevenu jeune. Mark commit l'erreur de regarder Barlow. L'enfant émit un gémissement et, subitement, s'attaqua à Ben et qui, pris par surprise, tomba à la renverse. Mark avait un pistolet et il tira sur Ben mais sans l'atteindre. Alors Ben le poussa et le frappa. L'enfant s'évanouit. Ben voulut s'emparer de l'un des pieux glissés dans sa ceinture, mais il lui échappa des mains. Il ramassa le pieu et le marteau. Mark se réveilla et appela sa mère en criant. Barlow se redressa dans son cercueil. Ben le regarda. Pourtant, d'un geste violent, en hurlant de rage, il leva le pieu au-dessus de sa tête et l’abattit comme un éclair. La pointe acérée déchira la chemise de Barlow et pénétra dans la chair. Barlow cria. La force du coup le fit retomber en arrière.

Ben frappa de nouveau. Un geyser de sang jaillit, l'aveuglant pendant un instant. Le marteau s'abattit encore et encore. Barlow griffa Ben. Ben asséna un dernier coup de marteau sur le pieu et, de la poitrine de Barlow, jaillit cette fois du sang noir. En l'espace de deux secondes, le corps se désagrégea. Puis les vitres de la pension explosèrent. Mark cria à Ben de faire attention car les autres vampires sortirent du cellier. Mais ils ne pouvaient toucher Mark et Ben à cause de l'eau bénite.

Mark remonta dans la cuisine. Eva lui dit qu'il avait tué le maître. Ben rejoignit Mark.

50

Mark était évanoui alors Ben le porta jusqu'à sa Citroën. Les morts vivants étaient partout alors Ben quitta Salem.

15 Ben et Mark.

1

Ben et Mark étaient à 30 km de Salem mais Mark avait encore peur. L'enfant plongea dans le néant.

2

Quand ils eurent passé la frontière du New Hampshire, Ben décida de s'arrêter dans un motel il inscrivit sur le registre « Ben Cody, père et fils ». Mark tenait sa croix serrée dans sa main. Ben regarda la télé.

3

Salem était dans les ténèbres et les vampires continuaient de hanter la ville et ses alentours.

Les derniers survivants furent transformés en vampires. La ville gardait son secret et Marsten House veillait sur elle comme un roi déchu continue de suivre les affaires de son peuple.

4

Le lendemain à l'aube, Ben retourna à Salem. Il acheta une pioche et une pelle. Le spectacle des rues désertes lui fit froid dans le dos.

Il alla chez Eva pour récupérer son manuscrit et le brûler. Il prit le presse-papiers d’Hubert Marsten et le brisa.

5

Il descendit à la cave afin de récupérer le corps de Jimmy et ce fut le périple le plus pénible de tous. Il vit que dans le cercueil de Barlow il restait des dents.

Il les ramassa et elles se réunirent pour mordre alors il les jeta.

6

Ben enterrera les corps de Jimmy et des parents de Mark. La ville était morte. Il le savait maintenant et il se mit à pleurer.

Épilogue.

1

Du carnet de Ben Mears (coupures de presse, provenant du Press Herald de Portland).

19 novembre 1975 : Jérusalem’s lot. Charles et Amanda Pritchett ont quitté Portland pour s'établir comme fermiers à Jérusalem’s lot. Mais des bruits bizarres les réveillent chaque nuit et ils ont décidé de déménager. Un mois seulement après leur arrivée.

4 janvier 1976 : un curieux accident de voiture est survenu la nuit dernière dans la petite ville de Jérusalem’s lot. La voiture est en miettes, mais, malgré la présence de taches de sang sur le siège avant, les passagers n'ont pas encore été retrouvés.

29 mai 1976 : on craint qu'une vilaine histoire ne se cache derrière la disparition d'une famille, la famille Halloway, récemment installée dans la petite ville de Jérusalem’s lot. Les Halloway et leurs deux enfants avaient emménagé en avril et s'était plaint à plusieurs reprises auprès de parents et amis d'être gênés dans leur sommeil par des « bruits étranges ».

2

Ben et Mark arrivèrent à Portland à la mi-septembre et s'installèrent pendant trois semaines dans un motel de la région. Il cherchait des nouvelles de Salem dans le Press Herald. Le 6 octobre Ben annonça à Mark qu'il fallait partir.

3

Ben et Mark étaient à Salem. Marx tenait une bouteille d'eau bénite que le père Gracon lui avait donnée. La ville était en ruine mais Ben se demandait si les vampires se retrouvaient à Marsten House. Ben dit à Mark qu'ils pouvaient détruire des vampires mais pas tous. Alors Ben déclencha un incendie en jetant une cigarette par terre.

Dans les scènes coupées on apprend que Stephen King prévoyait le suicide de Callahan pour échapper à Barlow. Mark et Jimmy avaient enfoncé un pieu dans le coeur du bébé McDougall et ses parents. Jimmy est tué par les rats dans la cave d’Eva.

 

 

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31 août 2017

Pourquoi les coiffeurs

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Pourquoi les coiffeurs (Charles Nemes)

I

Ainsi, il était juif. Foutue révélation quand on a 10 ans et qu’on s’appelle Christian. L’information avait été assénée à Christian sous forme d’insulte par Yvon, son meilleur camarade de classe, avec lequel il venait de rompre. Christian avait interrogé sa mère qui lui avait confirmé sa judéité.  Elle luttait contre le vertige. Voilà que ça recommençait.

Les fantômes de cuir noir l’avaient retrouvée. Et pourtant, ils étaient en France, en 1961. Christian et son frère servaient la messe tous les dimanches devant les paroissiens peu soupçonneux et  ils ne parlaient même pas hongrois. Leurs parents avaient fait l’impossible pour les protéger.

Christian annonça la nouvelle à son frère Gabriel qui se faisait appeler Gabor car il revendiquait son ascendance hongroise avec l’enthousiasme de ses 12 ans.

Gabriel refusa cette judéité. Le partage identitaire venait de s’accomplir entre les frères.

Gabor avait un sens du négoce dont il ferait un jour un métier. Christian admirait son frère parce qu’il était grand.

Le soir, au dîner, leur père leur fit un discours.

Mais les deux frères eurent un fou rire, peut-être à cause de l’accent hongrois de leur père. Alors leur père renonça après deux tentatives.

Le père été inquiet. Il pensait qu’il y avait des gens qui les cherchaient et il attendrait la prochaine alerte pour aborder le sujet avec les enfants.

Christian et Gabor jouaient à incarner les héros de leurs journaux. Christian devait se contenter des figures secondaires (Aramis, Richard Cœur de Lion, Bernardo). Christian, chauvin, s’était créé un personnage sur mesure, inspiré de la pochette du disque  préféré de son père. C’était super Gypsy. Pour ne pas être en reste, Christian inventa super hébreu. Pendant des semaines, les deux petits Français jouèrent au tsigane et au juif luttant contre les Russes pour déchirer le rideau de fer. Les parents les avaient dotés d’un vigoureux anticommunisme primaire.

Yvon fut retiré du lycée par des parents qui trouvaient soudain l’établissement trop mal fréquenté. Christian se fit des nombres copains. Il voyait que son frère jouait avec des garçons presque moustachu et s’écartait petit à petit de dieu.

Le père de Christian était administrateur de sociétés appartenant à une banque d’affaires juive.

Christian regrettait que Gabor se soit détourné de lui. Avant, ils vivaient dans un monde féerique peuplé de personnages des contes de Grimm que leur disait leur mère.

Gabor passait beaucoup de temps aux toilettes pour lire et cachait des revues mystérieuses sous son matelas et menaçait Christian de représailles s’il le dénonçait.

Christian se sentait trahi par Gabor qui abandonna la messe, par ses parents qui s’émerveillaient de la transformation de Gabor et par dieu qui s’en foutait.

Les frères devinrent alors ce qu’ils seraient toujours, un jouisseur et un douloureux.

Christian découvrit les revues mystérieuses de Gabor sous le matelas de son frère. C’était des Paris Hollywood, revues érotiques avec des photos de femmes nues retouchées pour en faire disparaître les poils pubiens. Gabor le surprit et il le frappa. Les parents comprirent qu’il fallait séparer les garçons.

Gabor s’installa dans la chambre que les parents gardaient pour les jeunes filles au pair qui avaient été chargées de surveiller les enfants.

Gabor recouvrait ses murs de photos de Françoise Hardy et apprenait ses attitudes d’homme avec la méthode d’un acteur qui prépare un rôle.

Il se masturbait sans retenue dans ses draps, désormais libéré de l’obligation de se caresser aux toilettes. Christian pensait que dieu se trompait souvent de copains et un jour il le regretterait. Il voulut renouer avec son frère  mais il le surprit en pleine érection et se fit insulter.

Gabor décréta que Super Gypsy était mort.

II

La réussite matérielle avait été pour M. Kiràlyi une revanche sur ses origines et la nécessité de s’exiler.

Il portait sur lui en permanence une grosse somme pour corrompre tout éventuel officier chargé de sa déportation. Quant à sa famille, il pensait que la double sauvegarde de la catholicité et de la fortune la préserverait du pire.

Il croyait même qu’une dose de patriotisme magyar aurait des vertus déjudaïsantes. Qui n’était pas rescapé des camps nazis n’était pas juif. C’était mathématique.

Il savait distinguer les Allemands des nazis et reconnaissait la richesse de la culture et de la langue germaniques. Mme Kiràlyi, était la fille d’un baron catholique et d’une aristocratie juive convertie. Elle avait reçu le hongrois et l’allemand comme langues maternelles.

M. Kiràlyi haïssait les Russes. Il était rescapé des camps de Sibérie et avait fui la Hongrie communiste. Les contributions d’Hitler et de Staline à l’antisémitisme avait laissé les Kiràlyi sans parent, ni frères, ni cousins.

Ils vivaient à Neuilly et avaient espéré oublier. Ils n’oublièrent jamais. Christian avait attrapé phimosis et avait dû être circoncis.

Ce qui distinguait les fils Kiràlyi des autres petits Français du quartier était leur absence de grands-parents. Leur père leur expliqua l’origine de cette absence de grands-parents. Mais il voulut les rassurer en leur disant qu’ils n’avaient plus rien à craindre puisque leur catholicité était avérée.

Gabor et Christian n’avaient réellement souffert du manque de grands-parents qu’à Noël et aux anniversaires, où leur compte de cadeaux était inférieur à celui de leurs camarades.

A la puberté, leur regret s’était estompé. Quelle-mamie leur aurait offert ce qu’ils souhaitaient.

Gabor s’était passionné pour Mick Jagger et Christian pour Mccartney. Ils se laissèrent pousser les cheveux mais leur père et le censeur du lycée mirent fin à ce premier signe de révolte. Gabor et Christian s’étaient rapprochés par la musique et l’impertinence. Ils mentirent à leurs parents pour pouvoir sortir dans les cafés. Christian imitait la signature de ses parents. Il fut ébloui par Citizen Kane et Nuit et brouillard le terrassa.

Il fréquenta assidûment le ciné-club du lycée. et comprit pourquoi on lui avait épargné toute un épisode de son histoire personnelle et décida de ne rien dire de ce qu’il avait vu dans le film d’Alain Resnais.

Gabor se rapprocha de Christian et lui offrit des Paris Hollywood. Les parents savaient qu’ils cachaient ces revues mais considéraient la possession d’images de femmes nues comme la preuve d’une sexualité normale.

Gabor buvait de la bière et Christian fumait. Alors ils mâchaient du chewing-gum à la menthe avant de se présenter devant leur mère.

Christian se mit à dessiner et faisait l’admiration des grandes de la bande. Gabor était fier de son petit frère. C’est en ayant  l’idée de réaliser et de vendre des nus imaginaires de filles du lycée que les frères s’orientèrent vers les métiers qu’ils exercèrent plus tard, financier et artiste-peintre. Le ciné-club programma Bergman et Renoir, Christian crut avoir chassé les images des camps.

« Sale juif ! » le cri d’Yvon lui revenait parfois à l’esprit, comme une décharge douloureuse, avec une violence accrue depuis la projection du film de Resnais.

Christian se demandait pourquoi Yvon avait cette haine.

Pourtant Yvon et Christian s’étaient choisis comme le font les élèves sage entre eux.

Ils échangeaient leurs jouets, se montraient leurs devoirs, allaient l’un chez l’autre les jeudis. Mais Christian prit un ascendant scolaire sur Yvon. Christian sut s’adapter à la brutalité du lycée et Yvon sombra, jaloux de la capacité d’adaptation de son ami.

Christian pensait que l’insulte d’Yvon lui venait d’un adulte. Une personne informée, qui devait bien connaître la famille Kiràlyi.

Des dizaines d’années plus tard, Christian chercherait à comprendre ce qu’il s’était passé et tenterait sans succès de retrouver la trace d’Yvon pour lui poser la question en face.

III

Christian avait 49 ans. Il conduisait vers le Oise pour aller voir sa mère. Elle vivait seule depuis la mort de son mari dans leur maison de campagne. Gabor avait eu trois enfants. Miklos, Zoltàn et Tibor.

Puissance s’en voulait de n’avoir jamais osé interrogé son père sur l’autre pan de leur ascendance. Il avait décidé d’interroger sa mère parce qu’il la trouvait fatiguée et avais peur de la perdre.

Elle avait accepté. Christian avait emmené un magnétophone pour recueillir les précieux souvenirs. Sa mère l’accueillit. Il se moqua gentiment de son accent. En fait,  il n’en riait plus. Il y avait pris goût. Elle lui offrit un café. Elle demanda –s’il n’aura jamais d’enfants. Elle aurait voulu une petite fille. Christian avait aimé une femme, Sarah, avec laquelle il aurait pu avoir des enfants. Mais elle était dogmatique et peu romantique. Elle n’aimait pas faire l’amour.

Christian avait eu plusieurs amours ratées. Gabor s’était marié à l’église pour divorcer un an après. Mais il avait ensuite épousé une gentille Françoise.

Christian démarra le magnétophone et commença à poser des questions à sa maman. Son français se dégrada d’un coup, comme si elle avait le trac. Christian se demanda si son père avait fréquenté la synagogue. Il avait été circoncis.

IV

En 1965, M. Kiràlyi emmena ses enfants en Hongrie et en Tchécoslovaquie. Il voulait leur faire connaître la terre de leurs ancêtres. Le gouvernement de Prague avait autorisé les expatriés à revenir sans risques de représailles.

Les parents de Christian venait de la minorité hongroise de Slovaquie

A cette époque, les Kiràlyi venaient d’acheter leur maison de campagne. La propriété matérialisait l’accomplissement de leur destin français.

Gabor et Christian furent terrorisés par les douaniers du bloc de l’est qui inspectèrent  la voiture de leurs parents avec méfiance à et de s’approprièrent un lot de lames de rasoir et de stylos que la famille apportait en cadeau à ses  lointains cousins et ses anciens amis.

La route menant à Prague leur sembla grise et triste. Prague était vide. Les garçons furent impressionnés par l’horloge astronomique et par le château où leur guide leur raconta les suicides des représentants de l’empereur. Ils visitèrent le cimetière juif. Le foisonnement tortueux des innombrables stèles funéraires frappa Christian au cœur.

Le parcours jusqu’à Bratislava fut morose. Ils n’avaient pas eu le temps d’acheter des pellicules et le réseau routier était dégradé. M. Kiràlyi les attendait à l’hôtel à Bratislava. Il leur recommanda d’être vigilants à cause des micros cachés partout.

M. Kiràlyi se fit photographier devant un bâtiment où il avait été prisonnier, devant son ancienne caserne et sur le quai d’où il était parti pour l’Ukraine, avant la Sibérie. M. Kiràlyi venait de régler un vieux compte. Il était revenu vivant et libre, là où il était né, où il avait été juif, où il s’était converti, d’où on avait déporté et exterminé sa famille. Il était d’une humeur radieuse à la surprise de ses fils, la soirée fut consacrée à des retrouvailles avec les survivants dont Odön, l’unique rescapé des amis d’enfance de M. Kiràlyi.

Il lui offrit des monceaux de dollars. Les Kiràlyi prirent la seule cuite collective de leur histoire familiale.

Le lendemain, ils se rendirent sur les terres du père de Mme Kiràlyi. La maison était devenue un institut pour enfants débiles. Mais Mme Kiràlyi n’eut pas le courage d’entrer. Elle ne voulait pas voir la maison de son enfance heureuse occupée par des inconnus. Ils redescendirent la rue avec un sentiment d’inaccompli. L’ancien cordonnier du village reconnut Mme Kiràlyi et la salua avec déférence. Il invita les Kiràlyi chez lui.

Mme Kiràlyi alla ensuite voir la tombe vide de ses parents où elle avait fait poser une plaque. Elle embrassa le cordonnier et sa femme pour leur dire au revoir et ils n’en  revinrent pas.

Puis ils allèrent en Hongrie. Les parents n’avaient presque pas souffert dans ce pays qu’ils avaient peu visité.

Pour Gabor et Christian, le hongrois était le dialecte de leurs parents et l’entendre partout dans les rues les déconcerta. Ils visitèrent Budapest. De nombreux impacts de balles sur les façades gardaient vive la mémoire de la répression de 1956.

Au restaurant, M. Kiràlyi retrouva l’un de ses violonistes préférés d’avant-guerre. Il était devenu un artiste-fonctionnaire. Le père était euphorique.

Avant de rentrer en France, et Ils n’eurent pas l’autorisation de changer ce qu’il le restait d’argent hongrois alors ils achetèrent des souvenirs et durent payer une taxe pour l’exportation. De primaire, l’anticommunisme de Gabor et Christian était devenu fondamental.

V

Chez les Kiràlyi, il n’était pas question de discuter de son avenir avec ses parents.

Comme Christian voulait devenir peintre et avait été inscrit en section scientifique, il ne lui restait qu’à devenir nul en mathématiques. Gabor ne travaillait pas et parachevait le désespoir de M. Kiràlyi. Une aide pédagogique fut engagée. Elle s’appelait Odile et avait 35 ans. Elle donnerait ses cours chez elle. Odile dépucela Gabor et Christian.

M. Kiràlyi considéra ses rejetons comme des dégénérés. Gabor fut privée de sortie et Christian de ciné-club : Gabor se plongea dans les romans de Gérard de Villiers et Christian peignit des aquarelles tourmentées que ses parents firent analyser par un psychologue qui n’y décela que de la frustration sexuelle.

Un soir ou Christian tardé à venir à table M. Kiràlyi le tira de sa chambre avec brutalité puis le gifla. Une guerre venait de se déclarer. Gabor décrocha le bac. M. Kiràlyi-y vit un miracle et récompensa son fils en l’envoyant aux Etats-unis. Gabor tomba amoureux de Maggie, la fille de la famille qui l’avait accueilli.  Il  envoya des lettres à Christian pour lui parler de Maggie mas Christian s’en fichait. Il voulait que Gabor lui parle de l’Amérique. Les parents puritains surprirent Gabor et Maggie en train de coucher et Gabor fut renvoyé dare-dare en France.

Il offrit un Zippo géant à Christian et l’album US Revolver des Beatles. Gabor accompagna son père à la chasse au chevreuil. Christian était  dégoûté par les cadavres que Gabor et son père ramenaient pour en faire des trophées.

A la rentrée, Gabor partit faire ses études à Nanterre et Christian regagna son lycée et son ciné-club pour lequel il dessinait des affiches. Il peignait toujours beaucoup et ses œuvres étaient encore analysées par le psychologue de la famille. Pressé d’en finir avec la rébellion, M. Kiràlyi se mit en quête d’une femme compréhensive et experte qui accepterait de déniaiser son fils, sans savoir qu’Odile continuait l’éducation érotique de Christian.

Les frères Kiràlyi n’allaient plus à la messe. Gabor et Christian se trouvèrent une amie. Gabor avait rencontré Marie à l’université et Christian une cinéphile avertie du nom de Claudine. Elle était protestante et raconta sa religion à Christian. Alerté par les règles en retard de Claudine, Christian prit ses distances avec elle.

Gabor rata sa première année, Christian passa en terminale littéraire.

Un jour, M. Kiràlyi rentra de l’Oise à l’improviste et découvrit Marie. Il lui demanda seulement ce qu’elle faisait dans la vie. Gabor visita le bidonville de Nanterre. Mais 68 provoqua surprise et dévastation chez les Kiràlyi. Le père bâtit Christian car il était gréviste avec les lycéens. Gabor participait aux manifestations du quartier latin. M. Kiràlyi voyait resurgir la menace communiste et voulait casser la gueule à Cohn-Bendit, pensait qu’il était dangereux pour les Juifs de se faire remarquer en période de troubles.

VI

Christian poursuivit l’interview de sa mère. Elle lui dit qu’on l’avait chassée du lycée et du gymnasium parce qu’elle était juive mais elle était restée, par force. Quelqu’un avait écrit sur sa chaise de classe « à moitié juive, à moitié chrétienne, seul dieu sait qui tu es. »

Elle avait continué ses études et personne ne l’avait interrogée. A 11 ans, son père lui avait expliqué qu’elle était moitié juive et moitié chrétienne. Et qu’elle ne devait pas en avoir honte.

Elle expliqua à Christian que son père s’était converti au catholicisme pour s’adapter au milieu qu’il fréquentait et pas pour échapper à quoi que ce soit, parce qu’il savait très bien qu’il n’y échapperait pas.

VII

Les Rouges ne prirent pas le pouvoir en France en 1968, on ne déporta aucun juif, et Christian fut reçu au millésime le plus dévalorisé du bac depuis la guerre. Christian était inscrit à Nanterre car ses parents avaient refusé qu’il présentât le concours des Beaux-Arts. Il n’avait pas l’intention de poursuivre des études de lettres et voulut devenir peintre autodidacte. Odile n’assurait plus son instruction particulière. Il fréquentait les copains de Kerbors avec lesquels il y aller au cinéma et au restaurant chinois. Gabor remplaça sa Marie par une Françoise. Christian conquit une jeune Dominique.

Il lui offrit une de ses toiles. Elle l’avait choisi pour son dandysme et parce qu’il incarnait la transgression dont elle se sentait incapable. Il retrouva un ancien camarade Pierre Thibert qui avait été reçu en candidat libre au concours des Beaux-Arts. Parallèlement, il travaillait pour le cinéma d’animation et il promit d’aider Christian à trouver des petits boulots. A ce moment-là Dominique arriva en pleurs. Son beau-père ne voulait pas qu’elle fréquente un juif. Dominique demanda à Christian ce qu’était exactement un juif. A cause de ça, la nuit qu’ils avaient réservée à l’hôtel pour la première fois se passa sans désir.

Le lendemain, il alla parler au beau-père de Dominique. Le beau-père parla de nation française, de la guerre, du christ, de l’éducation bourgeoise et de la tradition républicaine. Il cherchait à esquiver le débat. Christian en ressortit hébété et avec l’impression d’avoir été roulé. Dominique le quitta quelques semaines plus tard. Ils ne firent jamais l’amour. Christian voulut savoir ce qu’on reprochait aux juifs. Il interrogea Gabor mais son frère s’en fichait.

Pierre Thibert trouve un emploi à Christian dans le cinéma d’animation. Christian fut généreux avec l’argent gagné. Il peignit moins. Gabor reprit les cours pour conserver les subsides de ses parents.

L’absentéisme de Christian en cours fut d’autant plus reproché par ses parents. Après une altercation avec son père, il calma sa rage en dessinant à l’encre de Chine. Sa mère vint le voir pour lui annoncer que son père ne voulait pas être pris pour un salaud et autorisait Christian à habiter dans un studio près de ses parents avec de quoi payer le loyer.

Christian venait d’obtenir sa liberté surveillée. Alors, le studio acheté st aménagé, Christian put partir. Une fois par mois, Christian était invité chez ses parents. C’était pour l’interrogatoire mensuel. L’emprise paternelle avait conditionné Gabor et Christian à jamais. Ainsi, Christian se faisait rappeler à l’ordre quand il ne payait pas le loyer du studio que son père lui avait acheté.

Christian prêtait son studio à Gabor et Françoise mais finit par imposer un règlement pour que cela n’empiète pas sur sa vie personnelle.

Christian rencontra un producteur états-unien Newman qui produisait un dessin animé sur lequel Christian travaillait. Ils devinrent amis. Il l’invita à la Coupole, au Select, au Rosebud:

Christian s’éloigna de Gabor et de ses amis. La conversation éclairée de John Newman était un mode d’évasion plus valorisant. Gabor trouva Christian hautain. Christian refusait de voir la morgue de son mentor et n’était pas solidaire de ses collègues usés par les heures supplémentaires impayées. Début avril, Norman lui demanda : « qu’est-ce que tu fais pour Pessah ? »

VIII

Christian ne comprit pas l’allusion. Mais en rentrant, il repensa à ce qu’avait dit Newman. C’était la première fois que quelqu’un faisait allusion à sa judéité avec bienveillance mais les jours suivants, il fit comme si de rien, à chaque fois qu’il croisait Newman. Puis, il finit par lui demander comment il avait su qu’il était juif. Newman l’avait senti. Mais il ne savait pas vraiment ce que signifiait être juif et Newman regretta qu’au pays des lumières, certains juifs portent en eux la honte de soi.

Alors Christian évoqua ses années de catéchisme pour expliquer son ignorance judaïque. Alors Newman l’emmena au Select pour lui apprendre le judaïsme. Il lui conseilla de ne laisser à personne le soin de dire s’il était juif ou pas. Newman lui proposa de passer le prochain Seder avec lui. Puis Newman lui raconta pas une histoire se terminant par : « si demain, tu apprenais qu’on va supprimer le droit de vote aux juifs et aux coiffeurs, qu’est-ce que tu dirais ? ». Et Christian répondit spontanément : « pourquoi les coiffeurs ? ». Newman lui expliqua que normalement c’étaient les goys qui répondaient ça.

Gabor entraîna ses copains dans un grand restaurant pour aller boire un Chambolle-Musigny.

Ils prétextèrent  que le vin était bouchonné et furent invités à quitter l’établissement sans faire de scandale. Ils avaient pu économiser leur argent avec cette stratégie. Pendant ce temps, Newman emmena Christian rue des rosiers. Ils allèrent chez Goldenberg. Christian se sentit en terre étrangère. Ils mangèrent à une carpe farcie mais Christian en fut malade. La judaïté commençait mal.

IX

Gabor obtint sa licence en droit après six années d’études nonchalantes. Il fut inquiet pour son avenir et demanda audience à son père. Il lui dit qu’il était désemparé ne sachant quoi faire comme métier. Il se donna à son père qui en fut très ému. M. Kiràlyi le fit admettre dans son cercle et lui apprit la finance, la bourse et le backgamon. Il fit engager Gabor dans une banque d’affaires. Il progressa très vite.

Gabor se Maria. Son père était atteint d’un cancer et fut obligé de payer la moitié des noces alors que c’était les parents de la mariée qui avaient invité le plus de monde. Gabor furent obligés de dormir avec Christian car les parents de Coralie étant très catholiques ne voulaient pas que leur fille couche avec Gabor avant la bénédiction du prêtre. M. Kiràlyi ne put assister au mariage car il était mourant. Mme Kiràlyi pleura pendant la cérémonie.

Revenu à Paris, Gabor voulut reporter son voyage de noces pour rester auprès de son père mais et Coralie lui fit une scène. M. Kiràlyi lui conseilla de se comporter en bon époux et de partir avec sa femme. Aux Seychelles, Coralie refusa d’entendre l’angoisse de Gabor. Christian alla voir son père sans être capable de l’interroger sur cette de judaïté dont il savait si peu. Il ne saurait rien de la guerre de son père, de sa déportation. Christian avait simplement fait la paix avec son père. Mais Christian avait assuré l’intérim au chevet du père jusqu’au retour de Gabor pour protéger son frère et non pas pour constituer une harmonie familiale fictive de dernière minute.

Il fut soulagé de laisser sa place à Gabor. M. Kiràlyi passa noël chez lui. Le réveillon fut lugubre. Christian partit dès minuit. Coralie, allergique à la maladie avait refusé de venir et réveillonna avec sa sœur. M. Kiràlyi mourut en janvier. C’est Christian qui lui tenait la main. Gabor prévenu, arriva dans les 10 minutes et embrassa son frère, ce qui était exceptionnel. Il s’effondra dans les bras de sa mère. Christian envia leur tristesse. Lui se sentait seulement fatigué et libéré du devoir d’assistance au mourant. Il allait se sentir délivré du jugement de son père.

Lors de l’enterrement, les amis de M. Kiràlyi dirent à Christian que son père l’aimait. Christian aurait voulu que son père le lui dise. Coralie fut déçue car Gabor passa beaucoup de temps avec sa mère, son frère et le cercle de son père.

Gabor trouva dans les archives de son père les faux certificats de baptême que des prêtres slovaques avaient rempli moyennant des dollars pour que M. Kiràlyi et sa femme soient sauvés. Mme Kiràlyi vendit l’appartement et se retira à la campagne. Gabor quitta Coralie à la joie de Christian.

Christian passa son permis et se rapprocha encore plus de son frère ce qui mit Coralie en rage. Elle lança une procédure de divorce revancharde Gabor fut défendu par un de ses amis qui était avocat. Il le fit gratuitement alors que l’avocat de Coralie réclamait ses honoraires comme une poule de luxe.

Alors le père de Coralie proposa une transaction. Coralie s’écroula sans lutter.

X

Johnny Newman était retourné vivre aux Etats-Unis pour travailler pour Disney. Il invita Christian à Los Angeles pour devenir assistant réalisateur sur un film qu’il préparait sur le Montparnasse des années 30. Christian trouva qu’Hollywood était un mélange d’architectures factices. Newman avait tout prévu pour lui faire plaisir. Il l’emmena à Disneyland en compagnie de Ruth, une poétesse juive de 25 ans.

Christian coucha avec Ruth le soir même.

Le film de Newman n’était pas encore financé. Christian étudia le story-board.

Pessah approchait et Newman tint sa promesse. Il invita Christian à passer le Seder à Beverly Hills chez un ami scénariste succès. Christian fut accueilli par le scénariste et sa famille. Il porta  une kippa brodée. Le scénariste lui expliqua tous les symboles du Seder. Quand on lui expliqua qu’on ouvrait la fenêtre afin de signifier que tout pauvre était le bienvenu  et invité à partager le repas, Christian imagina un noir jeune et sympathique apparaissant à la fenêtre après une escalade lançant un salut amical et se faisant mitrailler par les vigiles. Cela déclencha chez Christian un fou rire il demanda si  les kippas venaient de chez Gucci.

Newman était mortifié. Christian fut laissé seul dans le salon et il appela son frère en pcv. Il  lui raconta tout. Gabor lui dit qu’il devrait n’en avoir rien à foutre d’être juif. Christian n’était pas libéré de son père et en parlait à Ruth. Newman en voulait à Christian de son débordement. Christian se demanda si Newman n’avait pas incarné une figure paternelle de substitution.

Christian n’avait plus de père à combattre et donc besoin de personne pour le supplanter.

Le Seder raté avait entamé le prestige de Newman et la docilité de Christian. Ruth emmena Christian dans un restaurant français. Il choisit un vin cher. Le projet de film  s’éloignait, Ruth savait que Christian retournerait en France alors elle voulut établir un lien fort avec lui. Elle le présenta à son père, M. Bloom, gagman pour une star mondiale de cinéma. Bloom était sinistre. Chez lui les photos de la star et lui en retrait suintaient l’amertume.

De plus, Bloom était dur avec Ruth qui se retenait d’exploser. Christian eut droit à sa deuxième carpe farcie qu’il vomit comme la première. Bloom questionna Christian. Il voulait savoir si Ruth lui plaisait, ce qu’il faisait dans la vie  et s’il était religieux. Christian fut franc et avua ne pas avoir fait sa bar-mitsvah.

Alors Bloom le traita de faux juif. Mais Christian se défendit en accusant Bloom de ne pas avoir eu à souffrir comme ses parents et grands-parents. Il lui dit que les antisémites étaient moins regardants que Bloom quand il s’agissait de savoir qui était juif.

 

XI

Christian poursuivit l’interview de sa mère. Elle lui dit que son père avait changé quatre fois de nationalité. Il était né hongrois en 1911, il devint Tchécoslovaque en 1920, était redevenu Hongrois en 1938 puis Tchécoslovaque en 1947. Enfin, il avait été naturalisé français.

Il aurait donné sa vie pour ne pas être juif. Il était le juif affolé. Il avait été déporté en Sibérie par les Russes en tant qu’auxiliaire juif de l’armée hongroise qui combattait avec les Allemands.

Il avait creusé des tranchées pour les Allemands et les Hongrois comme un vrai prisonnier. Il avait décidé de déserter et on l’avait pris pour un fugitif pro allemand. Les Russes l’avaient pris avec ses autres camarades fugitifs. Les Russes raflaient des gens pour maintenir le même compte de prisonniers. M. Kiràlyi avait été déporté avec son frère et ils avaient été envoyés dans les mines d’amiante.

Le père de Christian avait été déporté avec 90 camarades. Il ne restait plus que lui, son frère et un troisième survivant pour faire le chemin de retour.

Il avait pu s’en sortir en couchant avec des femmes officiers du camp. Il avait pu aller à Budapest et avait appris que son autre frère et sa belle-sœur étaient morts à Auschwitz.

XII

Ruth avait voulu rattraper Christian mais il refusa de retourner avec elle alors elle pleura. Il alla dormir dans un hôtel et décida que désormais il serait seul à assumer ou non sa judéité. Du moins face aux juifs. Ce qu’il avait entrevu de la religion juive lui semblait plus astreignante encore que la pesante liturgie catholique.

L’hôtelier hongrois le réveilla le lendemain en lui téléphonant en hongrois. Déçu que Christian ne comprenne pas, l’hôtelier lui dit que c’était dommage car il allait lui faire une réduction. Christian revit Ruth quelques nuits et regagna la France. Il rapporta des dizaines de tee-shirts ornés de dessins humoristiques introuvables en France qu’il partagea avec Gabor.

Gabor prit soin de Christian plus sonné par son voyage qu’il ne l’admettait.

Il combla son découvert à la banque, l’invita souvent à dîner et l’engagea à reprendre la peinture. Christian était gêné mais Gabor le rappela ses largesses du quartier latin quelques années plus tôt. Pierre Thibert lui trouva un emploi pour une série de films sur la maintenance des avions de chasse.

Christian musela son antimilitariste et signa un contrat confidentiel-défense.

Bien sûr, Christian trahit ses engagements dès le premier soir lors d’un dîner avec Gabor et ses amis en leur décrivant les consignes de sécurité du siège éjectable du mirage F 1.

Gabor compensa le manque qu’il avait de son père en prenant sa suite. Il s’occupa de sa succession, de la maison de campagne, fréquenta le cercle de son père. Il interrogea sa mère sur les origines aristocratiques de M. Kiràlyi.

Mme Kiràlyi et ses fils se partagèrent les biens de M. Kiràlyi avant la vente de l’appartement.

Avec l’argent de la vente, Gabor décida de se loger. Christian voulut créer une galerie d’art. Il devint galeriste dans le 13e arrondissement avec ses toiles comme seule source d’exposition. Christian passa des semaines de désoeuvrement à guetter les amateurs en vain. Au bistro de la rue Bobillot, Christian apercevait le mythique Paul-Grimault mais il n’osa jamais s’approcher de sa table.

Gabor il s’était acheté une maison à Marne–la-coquette. Il y invita ses amis tous les week-ends pour des fêtes interminables. Gabor organisa un anniversaire géant pour ses 30 ans. Les femmes avaient enfin trouvé le chemin de l’eldorado des garçons. Christian ait l’amour avec Françoise, une ex copine de son frère tandis que Gabor avait jeté son dévolu sur Anne qui allait devenir sa femme.

Une semaine plus tard, Gabor emmena Anne sur l’île de Santorin et ils choisirent une date pour leur mariage.

XIII

Gabor avait fini par accepter le schéma familial ordinaire avec Anne et ses trois enfants tandis que Christian n’était intéressé que par les conquêtes et pas par les liaisons. Pourtant Gabor songea au divorce mais voulut avoir l’avis de sa mère.

Gabor trouvait Anne trop sage et sans aspérités. Puis Gabor avait rencontré Zoé et en était tombé amoureux. Zoé était plus jeune que lui. Mme Kiràlyi était proche d’Anne depuis qu’elle l’avait rendue grand-mère. Gabor aspirait inconsciemment à être découvert pour être poussé au divorce sans avoir à le décider. Il cèderait sur tout à Anne sauf sur le droit de visite aux enfants.

Il avait délaissé ses amis pour fréquenter ceux de Zoé. Gabor trouva Christian chez sa mère. Surpris, il ne savait pas que Christian interviewait Mme Kiràlyi. Christian lui avoua tour. Ils parlèrent de la judéité. Gabor ne s’était pas senti  juif et personne dans sa jeunesse ne l’avait traité de sale juif. La judéité n’avait été qu’un poids et une sourde malheur pour ses parents. Gabor acceptait les avantages de la judéité dans les affaires mais jamais il n’avait assisté à une bar-mitsvah. Il trouvait que Christian en faisait trop.

Gabor dit à Christian qu’il n’était pas plus juif que lui. Il trouvait que Christian courait après cette identité. Christian lui répondit qu’il n’était pas plus  hongrois que lui. Selon Christian, le goût de Gabor pour la Hongrie était un snobisme sans profits.

Christian pensait que son père ne l’aimait pas car Christian lui rappelait la part pénible de ses origines. Gabor lui dit que  leur père les avait aimés autant-l’un que l’autre. Gabor cachait à son frère que  sa condition de juif potentiel lui faisait peur et qu’il fuyait les occasions de se faire désigner comme tel. Alors que pour Christian il était plutôt chic d’en être.

Christian avait vendu sa galerie à Franck Benchetrit. En visitant sa galerie, Benchetrit avait vu un tableau que Christian avait peint d’après une toile remarquée chez Goldenberg.

Benchetrit avait demandé si l’auteur de la toile était juif Karel trouvé ça très beau. Alors Christian avait avoué qu’il en était l’auteur. Ils sympathisèrent. Frank était né en France, de parents rapatriés d’Algérie. Il affichait un judaïsme confiant mais restait vigilant.

Franck monta un vidéo-club  et laissa une place pour Christian et ses toiles. Franck lui présenta ses amis et il leur raconta son histoire et expliqua l’ignorance de la religion dans laquelle on l’avait tenu.

Franck et ses amis  plaignirent Christian et jugèrent son père. Dès lors, les conversations entre Christian et Franck furent plus tendues mais plus sincères. Franck voyait des antisémites en tout contradicteur.

Christian trouva que le vidéo-club n’avait plus sa place dans sa galerie et la remit en vente.

En trois ans, Christian n’avait vendu que cinq toiles dont une  à Pierre Thibert et une à Gabor. Malgré tout, Christian et Franck restèrent amis. Avec l’argent de la vente de la galerie, Christian acheta l’appartement qu’il louait.

Gabor se leva tôt et tua un vieux brocard. C’était décidé, il divorçait.

XIV

Le 10 mai 1981, Mitterrand fut élu président. Gabor et Christian ne parvinrent pas à s’en réjouir surtout avec l’entrée de quatre communistes au gouvernement.

Anne était enceinte et  trouvait  l’avenir radieux. Gabor et Christian voulurent partager avec elle les leçons antisoviétiques de leur père. Elle leur dit que Georges Marchais n’était pas Brejnev. Mme Kiràlyi se préparait au pire, soulagée que son mari n’ait pas vécu pour voir le désastre. Il avait voulu partir aux Etats-unis ou l’Afrique du nord pour interposer au moins une mer entre lui et Staline.

Miklos naquit à l’automne. Christian était loin de vouloir imiter son frère et bondissait de bluettes en historiettes avec un goût prononcé pour les belles étrangères.

Christian fut emmené contre son gré à l’église pour devenir parrain de Miklos  alors qu’il avait refusé car il était devenu sincèrement athée. Gabor faisait une déclaration d’amour à son frère en le nommant parrain mais Christian ne l’entendait pas.

Ruth envoya ses amis en France pour voir Christian. Il les conquit toutes. Mais à l’approche des déclarations définitives, il devenait distant et ombrageux. Elles repartaient malheureuses et déçues. Il n’en retint aucune car elles étaient incapables de retirer leurs lunettes à voir les Français en rose. Après la naissance de Miklos, les copains de Gabor ne pouvaient plus faire la fête chez lui.

Ils allèrent chez Christian pour des parties de poker. Christian avait trouvé un travail grâce à Pierre Thibert et il était ravi d’accueillir les copains de Gabor.

Le parti communiste faiblit et l’anxiété de Gabor et Christian s’atténua. La France resta démocratique. Gabor photographiait Miklos. Mme Kiràlyi vantait la beauté de son petit-fils. Elle allait à Marne-la-Coquette pour le voir. Christian se sentait délaissé par sa mère et lui reprocha des années plus tard.

Christian voulut reprendre la peinture mais l’inspiration ne vint pas. Philippe, un ami d’enfance lui téléphona pour lui acheter une reproduction que Christian avait dessinée de l’affiche du Chien andalou. Mais en voyant le dessin, Philippe fut déçu. La franchise de Philippe fut le catalyseur d’une amitié indestructible.

Philippe était juif d’origine polonaise. Il était aussi peu juif que Christian en réalité. La  femme de Philippe accueillit Christian avec gentillesse. Elle s’appelait Catherine et dirigeait un institut de pédopsychiatrie. Gabor décida d’investir dans la société de conseil patrimonial que constituait son ami Gégé. Pour les démarches, il dut refaire sa carte d’identité périmée. La police lui demanda de prouver sa nationalité française car il était né de parents étrangers. Il s’énerva contre l’agent antillais qui lui avait demandé de prouver sa nationalité. Gabor fut obligé de trouver les documents prouvant la naturalisation de ses parents et la sienne.

Ainsi, Gabor put rester français.

Le père de Philippe mourut sans prévenir.

Christian fut invité à l’enterrement. C’était un enterrement juif. Christian ne put s’empêcher de comparer cet enterrement avec celui de son père qui était catholique. Christian put assister au kaddish, prière qui ne peut être récitée qu’en présence d’un Minyan, assemblée d’au -10 hommes ayant atteint leur majorité religieuse. Christian fut donc convié à la prière. Philippe l’étreignit et le remercia. Christian avait accompli sa première action assumée en tant que juif.

XV

Christian récupéra, chez une secrétaire de la production où il travaillait, les transcriptions de l’interview de sa mère. Il y avait 86 feuillets. Cela lui coûta 6500 FRF mais il ne le regretta pas. La secrétaire lui dit que c’était très émouvant ce que sa maman lui avait raconté. Elle lut un passage qui l’avait marquée. Christian était décontenancé. L’histoire de sa mère devenait l’Histoire.

La secrétaire approcha doucement son visage de celui de Christian et lui dit qu’elle n’avait jamais fait l’amour avec un juif. Christian fut ravi de lui rendre ce service. Gabor avait donné rendez-vous à Zoé chez Christian. Il allait lui annoncer qu’il divorcerait pour être tout à fait avec elle mais elle avait peur.

Elle l’aimait mais elle ne se voyait pas à 40 ans avec un homme de 70 ans et voulait donner un père à ses futurs enfants, pas un papy. Elle voulut faire l’amour une dernière fois avec lui et se donna entièrement. Après, elle demanda si lui et Christian étaient juifs. Gabor répondit que son frère l’était peut-être mais pas lui. Puis elle partit et il pleura.

XVI

Christian fut parrain pour la troisième fois. Il se sentait complice d’une seule Mani de son frère. Il était venu avec Sarah, sa compagne depuis un an. Mme Kiràlyi l’adorait car elle était gentille et cultivée. Christian l’avait rencontrée lors de l’enregistrement des dialogues d’un dessin animé. Un an plus tard, ils avaient conservé leur appartement respectif et s’autorisait des périodes d’éloignement qui tempéraient les craintes du vieux célibataire et ranimaient le désir de Sarah. Elle n’était pas juive, malgré son prénom, ce qui lui attira la sympathie de Gabor. Gabor espérait qu’elle aurait raison des lubies sémitisantes de son petit frère. Christian était allé voir Shoah seul.

Il avait été gêné par la trop grande présence de Claude Lanzmann à l’image et que l’engagement de réserve esthétique devant la mémoire des faits n’était pas tenu.

Il fut choqué par l’assistance de Lanzmann auprès de Abraham Bomba, un des rares survivants à avoir connu les chambres à gaz où il coupait les cheveux des femmes avant qu’elles soient gazées.

Au nom de quelle cause pouvait-on infliger un tel supplice à un être déjà ravagé ?

Gabor et Christian voulurent éditer un livre. Gabor publierait et Christian écrirait et dessinerait. Le titre serait les Aventures édifiantes de super Gypsy et super Hébreu au pays des gens.

Les deux héros parcouraient le monde à la recherche de Dame Justice. Ils n’arrivèrent pas à s’entendre sur l’histoire et les dessins. Sarah voulait un enfant et Christian sentant le piège la quitta.

Il s’amouracha d’une russe, Macha. Il la présenta à sa mère.

XVII

La chute de l’URSS et du mur de Berlin furent un délice politique pour Gabor et Christian. Christian avait rompu avec Macha mais ils étaient restés amis.

Le livre de Christian et Gabor moisissait par milliers d’exemplaires dans  la cave de Gabor.

Il n’avait pas été distribué. Gabor croyait pourtant au talent de Christian. Il épongeait secrètement les découverts de son frère et diffusait ses toiles auprès de ses accointances professionnelles dans l’espoir de lui créer un réseau de collectionneurs.

Christian réalisa des séries d’animations. Gabor en profita pour procurer dessins et autographes de son frère à ses connaissances. Christian ne détestait pas répondre à l’admiration des enfants et la curiosité des adultes. Il travailla pour Arte sur un film à partir de photos en mouvement sur la Shoah.

Christian ne supportait pas les mots holocauste et Shoah. Holocauste ne convenait pas car les juifs n’avais pas été sacrifiés pour honorer une quelconque puissance divine. Et Shoah c’était la dénomination en hébreu donc l’appropriation du crime par ses survivants et pour Christian c’était une malsaine légitimation. Pour lui, le seul intitulé incontestable était celui des nazis « solution finale de la question juive ».

Gabor démissionna de la banque pour rejoindre Bernard et sa société naissante de communication financière.

Anne et Mme Kiràlyi, étaient inquiètes mais son enthousiasme lui procurait du plaisir et elles ne voulurent pas entraver sa course à la liberté.

Gabor appela sa société Finanpub. Ils attendirent un an avant de rendre leurs locaux présentables. Ils organisèrent une soirée promotionnelle. Gabor perdit toutes ses économies et Finanpub déposa le bilan. Il il était  ruiné et sa famille ne le savais pas.

Il ne se confia qu’à Christian.

Christian accepta de l’aider.

XVIII

Christian conseilla Gabor après le départ de Zoé. Il avait réussi à rebondir après Finanpub mais l’échec avec  Zoé l’avait assommé.

Anne se doutait qu’elle avait une rivale. Elle était soulagée que ce soit fini. Elle reprendrait Gabor sans rien dire car elle l’aimait follement. Christian relut la transcription de l’interview de sa mère. Elle évoquait une lettre qu’elle avait reçue d’une rescapée des camps qui avait été proche de sa mère jusqu’au dernier jour de sa vie.

Cette rescapée habitait à Komarom en Hongrie située Mme Kiràlyi dialogue. Elle apprit que ses parents avaient été séparés avant d’arriver aux camps et qu’ils ne s’étaient jamais revus. Mme Kiràlyi n’avait jamais supporté la moindre image des camps. Mais elle était allée voir la Liste de Schindler. Juste après, elle avait appelé Christian pour qu’il l’aide à savoir comment avait fini ses parents.

Sa mère était à Ravensbrück. Son père à Flossebürg. Elle avait tenté de survivre pour revoir son mari.

XIX

Gabor s’était refait. Il avait le revanche partageuse. Il invita ses amis au restaurant et alla voir Eric Clapton, Mark Knopfler et d’autres guitaristes avec Christian.

Un soir, après un concert de Santana, ils revirent Brigitte, une copine de ciné-club de Christian.

Ils se revirent. Il découvrit qu’elle était juive et écrivait un livre sur sa famille pendant la déportation. Elle voulut rentrer avec lui mais il la prévint qu’il avait un film à regarder. Il préparait un film sur la déportation. Il regarda Génocide commenté par Elizabeth Taylor et Orson Welles avec Brigitte. Ensuite, ils firent l’amour.

Elle lui dit que ça lui faisait toujours ça compte le voyais des images sur les camps. Christian eut peur et il évita de la revoir. Gabor voulait que Christian se marie et ait des enfants mais Christian n’aimait pas les enfants en général. En le poussant à se ranger, Gabor espérait dissiper ses propres doutes sur son métier, son couple et l’éducation de ses fils.

Christian se rappela la promesse qu’il avait faite lors du baptême de Miklos. Alors il le dévoya car ils le trouvait trop exemplaire. Il lui raconta la jeunesse de Gabor avec nanas, bitures et déconnages. Miklos répéta tout à ses frères. Gabor devint un héros pour ses fils.

Gabor décida d’emmener sa famille en Hongrie. Il proposa à Christian de les accompagner mais Christian partait en Israël avec Philippe.

XX

Christian, Philippe Catherine furent longtemps interrogés avant de partir par un agent de la compagnie aérienne. C’était pour démasquer les terroristes. L’avion décolla avec 2h00 de retard pour raisons de sécurité.

Christian et Philippe parlérent de leurs pères partis de leur pays d’origine pour rejoindre la France, des hommes de la diaspora.

A Tel-Aviv, le guide leur fit une allocution patriotique. Christian et ses amis furent méfiants. Christian et Philippe se promenèrent. Ils étaient intimidés. Israël leur filait entre les doigts.

Pendant ce temps, Gabor et sa famille étaient en Tchéquie puis en Slovaquie. Gabor voulait montrer à sa femme et à ses enfants le palais dont ils avaient été dépossédés et qu’en secret il imaginait réclamer bientôt au nouveau gouvernement.

Mais la grande demeure avait perdu de son attrait. Gabor insista pour aller au cimetière. La plaque de marbre avait disparu de la sépulture vide de ses grands-parents. Le nationalisme slovaque rejetait les Hongrois.

Christian et ses amis visitèrent Jérusalem. Leur guide s’appelait Chava. A Jérusalem, des touristes avaient été tués par des terroristes. On n’était à l’abri nulle part. Chaque visage arabisant croisé dans la foule suggérait le danger, la peur et la méfiance.

Ils visitèrent le saint-sépulcre, le quartier juif, le mur des lamentations. Si dieu voulait se manifester, c’était le moment mais il resta coi, comme toujours.

Philippe et Christian laissèrent un message dans le mur. Le vœu de Christian était que Brigitte trouve un éditeur. Ils faillirent se perdre en retour et Christian s’énerva contre Philippe. Christian sen voulut d’avoir cédé à cette méfiance anti-arabe. Le soir, les pédopsychiatres qui avaient fait le voyage avec Catherine vitupérèrent la paresse et la jalousie palestiniennes.

Mais Christian pensait qu’en 1947 le partage des terres avait été inégal. Il s’opposa à eux en disant qu’Israël aurait pu être créé en Bavière. Il aurait été préférable d’expulser les tortionnaires allemands plutôt que des Arabes qui n’étaient pas responsables du génocide.

Philippe défendit Christian en disant qu’il ne se sentait pas sioniste. Christian admonesta les pédopsychiatres sionistes en disant que ce que sa famille avait subi ne leur donnait aucun droit et il s’en alla.

Gabor était enthousiaste en voyant que les symboles soviétiques avaient été éliminés à Budapest. Il regrettait l’absence de son frère. Il se demanda s’il avait rencontré Super- Hébreu à Jérusalem. Après être allés au restaurant, ils couchèrent les enfants et finirent la nuit dans une boîte recommandée par le concierge. Ils y virent une strip-teaseuse qui s’amusait avec un godemichet. Anne et Gabor se demandèrent se qu’était devenue la Hongrie. Gabor pensait qu’elle n’avait pas résisté au communisme qui l’avait laissée inculte et matérialiste à la merci de l’occident puis ils rentrèrent à l’hôtel et  firent l’amour pour la première fois depuis des mois. Anne tomba enceinte  mais elle ne dit rien à Gabor. Elle avorta ne se voyant pas à élever un tardillon condamné à se prénommer Attila.

Les collègues de Catherine se méfièrent de Christian. Ils n’appréciaient pas son attitude. Ils visitèrent le Yad vashem. Christian comprit que son malaise venait de l’hostilité qu’il avait à l’endroit du sionisme qui garantissait la citoyenneté à n’importe quel immigrant juif.

Les critères de judéité établis par Israël étaient les critères antisémites inversés et faisaient d’Israël un Etat raciale ou raciste.

XXI

Christian revit Pauline puis Saïda qui travaillaient dans la traduction de dialogue de film. En couchant avec une Arabe, il cherchait sans se l’avouer à se défaire d’une diffuse culpabilité rapportée de Jérusalem.

Elle s’en rendit compte et leur relation s’arrêta. Gabor eut un malaise cardiaque. Christian eut peur de le perdre. Il pensait que c’était suite au départ de Zoé et il s’en voulait de n’avoir pas empêché cette relation vouée à l’échec.

Gabor survécu. Christian alla le voir à l’hôpital. Ils n’osèrent pas parler de la peur qu’ils avaient eue. Christian demanda à Gabor s’il savait pourquoi ses parents l’avaient prénommé Christian. Gabor répondit que M. Kiralyi avait pensé que c’était une précaution de plus.

Christian appela Pauline pour la rassurer. Puis il  raconta la fameuse blague « pourquoi les coiffeurs » qu’il n’avait jamais réussi à raconter à son frère et Gabor rit.

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