Je poursuis la présentation de mon travail en vous proposant un article que j'ai écrit sur Jean Michel Jarre dans la revue Juke Boxe Magazine en novembre 1990. Je suis fan de Jarre depuis 1979 et collectionne tout ce qui touche à son oeuvre même si je n'aime pas forcément tout ce qu'il a fait surtout depuis ses trois derniers albums.

JEAN-MICHEL JARRE

En vingt ans, Jean-Michel Jarre a imposé de France son style de musique synthétique à travers le monde. Un exploit qui a apporté une bouffée d'« Oxygène » au monde musical hexagonal. Une carrière d'une richesse extraordinaire qui a d'abord vu Jean-Michel se faire connaître comme parolier de Christophe avant de se révéler comme un compositeur exceptionnel capable de drainer deux millions de Parisiens lors de son concert événement du 14 juillet 1990 à La Défense. L 'an 2000 est à lui. Tout un symbole pour Jean-Michel Jarre dont voici l'itinéraire exemplaire.

Jean-Michel Jarre est né le 24 août 1948 à Lyon. II passe son enfance à Vanves, dans la banlieue parisienne. Sa mère l'élève seule et il ne profite donc pas, comme on l'a trop souvent dit, de la renommée de son père le compositeur Maurice Jarre « Dr Jivago ». «Witness »). En effet, ses parents divorcent alors qu'il n'a que quatre ans. Jean-Michel poursuit des études brillantes au lycée Michelet de Vanves, puis, après avoir obtenu son bac à 18 ans, il entreprend durant trois ans des études supérieures et réussit une licence de lettres et de sciences-économiques. Sa première rencontre avec la musique, il l'a faite à cinq ans, un peu contraint, puisque comme beaucoup d'enfants de son âge, on I'asseoit derrière un piano sans lui demander son avis. Dégoûté, il abandonne cet instrument jusqu'au jour de ses dix ans ou sa mère l'emmène à Paris dans une boîte de jazz : Le Chat Qui pêche, tenue par I'une de ses amies. Les jazzmen Archie Shepp, Don Cherry et Chet Baker, l'initient à la musique. C'est le coup de foudre pour Jean-Michel Jarre. Sa mère se charge d' organiser sa nouvelle passion. II prend donc des cours d'harmonie et de contrepoint au Conservatoire de Paris, avec Jeannine Rueff.

Puis, comme beaucoup d' adolescents, à 15 ans, il monte des groupes ; il y a d' abord les Mystère IV avec lesquels il gagne le tremplin du Salon de l'Enfance, suivi des Dustbins avec lesquels il interprete les succes instrumentaux des Shadows et des Spotnicks. C'est d'ailleurs avec les Dustbins que Jean-Michel enregistre son premier 45 tours, en 1968, qui est sans doute la pièce la plus rare pour tous les collectionneurs, car elle n'existe qu'a quelques exemplaires. Entretemps, en 1965, Jean-Michel fait une courte apparition en tant que chanteur (toujours avec les Dustbins) dans le film d'Etienne Perrier « Des Garçons Et Des Filles ».

Enfin, en janvier 1969, il entre au Groupe De Recherche Musicale ou il rencontre son maître Pierre Schaeffer qui emploie les premiers synthétiseurs : le VCS 3 et le Moog. II en profite pour faire la connaissance des grands compositeurs de musique électro-acoustique : Parmegiani et Stockausen. A la fin de son stage au GRM, il écrit une courte musique de cinq minutes pour la MJC de Reims qu'il intitule « Happiness Is A Sad Song ». En 1969 également, Jean-Michel compose « La Cage », un titre qui ne sortira qu'en 1971 sur un 45 tours Pathé Marconi, avec en face B «Erosmachine », une musique étrange mêlée de sons divers: scie musicale, guitare électrique enregistrée à l'envers, batterie, crécelle, cuiller à bois, synthés et cris féminins. Ce simple, vendu à 700 exemplaires, a vu son stock détruit par Pathé devant son insuccès commercial. Heureusement les bandes ont été conservées, ce qui a permi la réédition de «La Cage », en 1978, sur la compi1ation « Made In France ». En attendant, en 1971, Jean-Michel Jarre est appelé par le chorégraphe Norbert Schmucki qui lui commande une musique pour son ballet « Aor » (la lumière en hébreu). Jean Michel devient ainsi le plus jeune compositeur de France à voir une de ses oeuvres jouée à I'opéra de Paris. Cette première commande est enregistrée sur un VCS 3 en sept parties illustrant les couleurs de I'arc en ciel. C'est aussi l'occasion pour Jean-Michel de commencer sa carrière la où bon nombre de musiciens la terminent, à I'opéra. Ce premier essai est rapidement suivi de deux autres, toujours pour des ballets, « Dorian Gray » et « Le Labyrinthe ». C'est ensuite une longue période de travail ou Jean-Michel écrit des musiques de pub pour Nestlé, Pepsi-Cola et Autoroute A4. Cette dernière réalisation servira d'ébauche au futur succès « Oxygene IV ». II compose également des musiques d'aéroports pour la société américaine Underground Musaks, des jingles pour RTL, le générique de I'émission de télévision Sport En Fête présentée par Michel Drucker, et aussi la bande originale du film « Les Granges Brûlées » avec Alain Delon et Simone Signoret. Par ailleurs, de 1969 à 1972, Jean-Michel réalise également les bruitages électroniques du groupe Triangle. Parallèlement, il devient, à partir de 1974, un auteur à succès. II écrit ainsi cette année-Ià des textes pour le 33 tours de Patrick Juvet « Mort Ou Vif » et surtout pour Christophe les paroles de son magnifique album « Les Paradis Perdus ». En 1975, il peaufine deux textes pour le simple de Françoise Hardy « Le Compte A Rebours » (dont il compose aussi la musique) et « Que Vas- Tu Faire ? », et écrit les musiques de deux chansons de I'album de 1975 de Gérard Lenorman « La Belle Et La Bête » (qui deviendra plus tard le thème de «2è Rendez-Vous » et « La Fille Que J'Aime ». Toujours pour Gérard Lenorman, Jean-Michel compose en 1977 « La Mort Du Cygne » qui, neuf ans plus tard, lui servira de base à« 3è Rendez-Vous ». Jean-Michel Jarre a tous les talents : auteur, compositeur, mais aussi metteur en scène pour le spectacle de Christophe à l'Olympia en 1975 ou on peut voir un piano voler. Cela ne l'empêche pourtant pas de continuer sa propre carrière discographique. En 1973, il a réalisé son premier album « Deserted Palace » sur un petit matériel avec un orgue Farfisa et un synthé VCS 3. De nombreux 45 tours suivent « Hypnose » avec Dominique Webb, «Cartolina », composée à la guitare électrique sous le pseudonyme « 1906 », quatre versions de « ZigZag », un générique de télé, qui se trouve également sur le deuxième 33 tours de Jean-Michel Jarre « Les Granges Brûlées », et deux musiques pour le bluesman Samuel Hobo pour son 45 tours « Freedom Day »/ « Synthetic Man ». Au cours de cette période qui va voir sa collaboration avec Christophe, son éditeur Francis DreyIus propose un contrat discographique à Jean-Michel Jarre qui engendre sa signature chez Motors D'ou la multiplication des différents pressages de ses disques suivant les compagnies distributrices des labels Labrador, Motors puis Dreyfus. Enfin, survient, à la surprise générale, en 1976, le succès mondial de « Oxygène », premier LP pour Motors. Ce troisième album de Jean-Michel s'est vendu à ce jour à dix milllions d'exemplaires. Composé sur un magnétophone huit pistes, avec seulement huit synthés, dans son appartement parisien « Oxygène » est une musique d'un genre nouveau, bien loin des Allemands Tangerine Dream et Klaus Schulze, où les sons de Jean-Michel Jarre touchent l'auditeur par ses harmonies. Les medias s'en emparent, Antenne 2 pour son journal télévisé, Europe 1 pour le générique de l'emission Basket présentée par Jean-Loup Lafont. Ce qui nous vaut deux pochettes de 45 tours pour la version de « Oxygene IV », toutes deux dessinées par Michel Granger, l'une identique à la couverture du LP, l'autre représentant, bien évidemment , une basket. L'album se classe N° 2 dans les charts en Grande Bretagne, un événement sans précédent pour un artiste d'origine française.

Ce succès est confirmé par :e LP « Equinoxe », en 1978, un disque aquatique, à l'instar du dernier album « En Attendant Cousteau ». Les sons de vagues altèrnent avec ceux de la pluie, Jean-Michel s'est amusé à clapoter dans des bacs lors de l'enregistrement dans le studio tout neuf de sa nouvelle maison de Croissy qu'il s'est offerte avec les royalties de «Oxygène et d'« Equinoxe ) est certifié disque de platine dès sa sortie, avec deux millions de precommandés, et il atteint aujourd'hui le score des huit millions de copies vendues. Sa popularité en Angleterre devient énorme ; ainsi le légendaire groupe instrumental les Shadows reprend en 1980 sur son 33 tours " Change Of Address " le morceau «Equinoxe V ", également distribué en France en 45 tours ( Polydor 2059269) . Jean-Michel Jarre est le musicien français le plus connu dans le monde et il est élu l'homme de l'année 1978 par le magazine américain People. Ses disques sont distribués dans 65 pays, totalisant le chiffre prodigieux de 41 millions d'albums vendus fin 1990.

La concrétisation du triomphe de Jean-Michel a lieu lors de son premier pectacle en public, place de la Concorde , à Paris, le 14 juillet 1979, où il est ovationné par un million de personnes alors que l'on en attendait 100 000 tout au plus. Un spectacle assez court de 52 minutes , où il nous éblouit et émeut grâce aux musiques de " Oxygène" et " Equinoxe" qu' il interprète seul sur scène, Jean-Michel Jarre devient un personnage populaire, il plaît pour sa musique, mais aussi pour son spectacle, de l'événement, Chacun de ses concerts transforme l'environnement et I'on ne regarde plus du même oeil la place de la Concorde à Paris, la colline de Fourvière à Lyon ou les buildings de Houston après son passage, En 1980 ce premier concert à Paris est immortalisé par une vidéo sous la forme d'un clip de 30 minutes, et le 45 tours " La Concorde " devenu assez rare. Ce premier show à la Concorde a la force d'un choc musical international, Sur le plan scénique le spectacle a été vu par cent millions de téléspectateurs dans le monde, Du coup, les Américains et les Japonais veulent que Jean-Michel vienne donner un concert aussi grandiose chez eux, Mick Jagger, présent à la Concorde, confirme à Jean-Michel Jarre " Je n'ai jamais vu ça de ma vie ", et il lui propose même de participer au nouvel album des Rolling Stones (« Emotional Rescue "), mais Jean-Michel est obligé de refuser par manque de temps,

En 1981, il sort un album plus terre a terre que les précédents, « Les Chants Magnétiques », qui entre directement dans les dix premières places des hit parades en France, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis En effet, les boites à rythmes cassent I'ambiance céleste qu'il y avait dans « Oxygène » et « Equinoxe ». Pour ce disque Jean Michel a fait I'acquisition d'un nouveau synthétiseur, le Fairlight, la Rolls Royce du synthé, qui lui coute près d'un million de francs, mais lui permet d'enregistrer et modifier à volonté des sons de la nature et du quotidien, mêlant des bruits de trains, d'avions ou de voix humaines Cette même année, Jean-Michel transporte ses synthétiseurs en Chine pour cinq concerts à Beijing et Shangai, ou il est accompagné par trois musiciens dont deux avaient travaillé avec Christophe et qu'il avait rencontrés au moment de la réalisation du LP « Les Paradis Perdus ». Jean-Michel devient le premier musicien occidental à jouer sur le sol chinois, ce qui prend encore plus d'importance aujourd'hui, après bien des péripéties et deux ans de tractations avec les autorités administratives chinoises dues aux problèmes politiques et diplomatiques. Ces cinq concerts en Chine donnent lieu a un film pour la télévision britannique, tournée par Andrew Piddington, et a un double album baptisé tout naturellement « Les Concerts En Chine » qui est publié en mai 1982, avec quarante minutes de musique inédite.

1983 marque ensuite un grand choc dans le monde discographique quand Jean-Michel Jarre annonce que son nouveau disque sera vendu aux enchères à un seul exemplaire. Cela se passe le 6 juillet, à Paris à l'Hôtel Drouot. II y a là des curieux, des fans, des collectionneurs, et bien sur I'épouse de Jean-Michel . Charlotte Rampling et son ami Christophe. Jean-Michel a composé très sérieusement I'album "Musique Pour Supermarché" de février à mai 1983. C'est une musique en huit parties qui accompagne I'exposition Orrimbe, où de jeunes peintres présentent leurs tableaux et dont le sujet commun est le supermarché. Tous ces jeunes artistes ont décidé de vendre leur oeuvre à I'Hôtel Drouot et cela a donné à Jean-Michel I'envie de créer un disque unique, comme un tableau pour revaloriser ce support musical bien peu respecté de nos jours. II est 22 h 10 quand la vente commence. La mise à prix fixée à 50 F va monter assez vite jusqu' a 69 000 F et être adjugée à un certain Monsieur Gérard. En fait, cet homme, administrateur de biens, n'est pas inconnu de Jean-Michel Jarre puisqu'il l'a déja rencontré (quel hasard !) à Saint- Tropez ou il possède sa résidence secondaire. Ils se connaissaient donc bien avant la vente. Une semaine avant les enchères, RTL lance avec Jean-Michel Jarre une formidable opération médiatique dont le slogan est matraqué régulièrement sur les ondes : " Piratez Moi !". C'est ce qui est fait par de nombreux fans lors de la diffusion de " Musique Pour Supermarché " au cours de sa présentation par Max Meynier, le célèbre animateur de I'émission Les Routiers Sont Sympas. La face A passe a 22 h 15 et la face B a 23 h 10, I'album durant 34 mn 06, mais ceci n'empeche pas les amateurs d'ecouter et d'enregistrer, pour la plupart, I'événement jusqu'au bout. Aujourd'hui, il existe donc des milliers de cassettes pirates de cet oeuvre unique en son genre. Une consolation, pour ceux qui en auraient manque la diffusion, Jean-Michel a repris trois des huit parties contenues dans le disque sur ses albums suivants . " Diva ", " Blah Blah Café " et " 5e Rendez-Vous ", mais le reste demeure inédit pour toujours.

Le 12 novembre 1984, après un an et demi de voyage et de recherche, Jean-Michel Jarre publie son plus bel LP " Zoolook ". Les critiques sont unanimes. Cette fois, il a changé de registre et utilise des voix humaines, vingt-quatre langues du Français au Sioux en passant par l'Eskimo. Aidé de l'ethnologue Xavier Bellanger, il a choisi les langues parlées et chantées pour les remodeler à sa. façon. « Le plus dur, avoue t-il, aura été de transformer les voix en instruments de percussions ». Pour ce disque, Jean-Michel est accompagné des meilleurs musiciens de New- York, Marcus Miller (basse, de I'orchestre de Miles Davis), Yogi Horton (batterie), Adrian Bellew et Ira Siegel (guitares électriques) et Laurie Anderson qui prête sa voix pour " Diva ". Laurie Anderson est d'ailleurs, elle aussi, reconnue comme I'une des grandes vedettes de la musique électronique. Avec cet album, Jean-Michel retrouve les techniques de collages de sons qu'il utilisait pour ses premières compositions au GRM. A l'époque, il devait couper aux ciseaux les bouts de bandes magnétiques des différents sons qu'il désirait obtenir, puis les recoller pour créer la sonorité originale voulue. Cette fois, les possibilités techniques incroyables du Fairlight remplacent I'utilisation des ciseaux. Malheureusement « Zoolook » n'a pas I'impact commercial de "Oxygène" et « Equinoxe ». Ce changement est trop brusque et surprend le grand public et les fans, jusqu'à la pochette avant-gardiste montrant une photo de Jean Michel trafiquée par I'ordinateur, qui choque et casse I'ambiance des superbes couvertures de Michel Granger, concepteur des LP's " Oxygene " et « Equinoxe ». Néanmoins, sur la longueur, I'album se vend quand même à un million d'exemplaires dans le monde, et deux de ces musiques et chants ethniques mixés aux synthés sont reprises comme générique : la première " Zoolookologie " par Michel Denisot pour son émission Zénith sur Canal Plus, la seconde " Ethnicolor " pour le film " Dangereuse Sous Tous Rapports". Pour compenser, en 1985, Dreyfus édite la compilation " The Essential " regroupant les succès des derniers albums, éliminant par conséquent " Deserted Palace ", « Les Granges Brûlées" et é Musique Pour supermarché ", la matrice de ce dernier ayant été brûlée le jour de la vente aux enchères, il n'existe plus aucun moyen de le ressortir.

Avril1986 voit le retour de Jean Michel Jarre sur scène. Depuis un an, il prépare un concert aux USA à Houston, la cité où se trouvent les installations de la NASA. Ce sont en effet les responsables de la ville qui ont commandé à Jean-Michel un spectacle pour le 150è anniversaire de Houston et le 25e de la NASA. A cette occasion, il compose rapidement un nouvel LP qui est réalisé en deux mois sous le nom de " Rendez-Vous ". Six musiques, dont trois existaient déjà sous une autre forme (voir plus haut), sont au menu de ce disque. " Rendez-Vous II " est sans doute le thème le plus symphonique de tout le répertoire de Jean-Michel Jarre, on y entend même ies choeurs de Radio France, c'est une musique faite pour la scène et certainement la plus élaborée de tout l'album. Pour I'interprétation de "RendezVous II ", Jean-Michel emploie un instrument spectaculaire : la harpe laser, qu'il emmène avec lui à Houston. C'est un Français, Bernard Szajner, qui l'a créée en 1981, avant d'être modifiée plus tard par un autre Français, Philippe Guerre. Le principe en est simple: le clavier du synthé est remplacé par des lasers, en plaçant sa main sur I'un des rayons, Jean-Michel coupe le circuit de la cellule photo-electrique, ce qui a pour effet de déclencher la note. Une autre originalité de ce disque, c'est I'apparition du saxophone dans sa musique, tel un hommage à John Coltrane pour son aspect très jazz, démontrant que finalement le son du synthétiseur se marie avec n'importe quel instrument. " Rendez-Vous" laisse entrevoir une troisième génération de musiciens dans la dynastie Jarre. En effet, David Jarre, huit ans joue une partie de " 5è Rendez-Vous " sur son Baby Korg. Mais revenons à Houston où le concert débute à 22 h, ce 5 avril 1986. Pour Jean-Michel Jarre, il s'agit d'un pari de plus, et il doit réussir à s'imposer dans le pays du protectionnisme. Un essai qu'il va transformer, et de quelle manière, par une entrée fracassante au Livre des Records pour avoir réuni 1 300 000 spectateurs. L'essentiel du spectacle est basé sur I'album " RendezVous ". Les projections d'images sur écrans géants recouvrant les gratte-ciel retracent l'histoire de la NASA dont Jean-Michel évoque même I'épisode de l'explosion tragique de la navette Challenger à bord de laquelle I'astronaute Ron Mac Nair devait jouer " Dernier RendezVous " sur son saxophone. Si cette performance avait été enregistrée et projetée sur les écrans géants, Jean-Michel Jarre serait devenu le premier compositeur «joué » dans I'espace. Pour I'anecdote, il est intéressant de savoir que JeanMichel a rencontré de multiples problèmes dès son arrivée aux Etats-Unis, à la douane. En effet, toutes les disquettes sur lesquelles étaient emegistrées les séquences et les accompagnements d'orchestre ont été effacées par les rayons X. Du coup, il a du tout retravailler à Houston, dans des délais hyper courts. Un autre retard a été provoqué par la déchirure du plus grand des écrans. Tout ceci marque le talent avec lequel Jean Michel Jarre sait se sortir de situations paraissant inextricables. Puis, le 5 octobre 1986, Jean-Michel récidive à Lyon, sa ville natale. Cette fois les problèmes portent sur la visite du Pape Jean-Paul II, des journalistes ayant mis en évidence les prophéties de Nostradamus selon lesquelles le Pape devait être assassiné " entre Rhone et Saône . La vigilence de la police est doublée à tel point que le soir du concert, les agents cherchent la moindre trace de bombe sous la scène. C'est donc après la bénédiction du Pape que Lyon est embrasée pendant près de deux heures par les sons de Jean-Michel Jarre qui interprète un programme musical similaire à celui de Houston, mais avec des projections d'images différentes, où l'on peut voir sur les façades des immeubles lyonnais, des références à la religion : Mère Theresa en I'occurence mais aussi le Pape lui-même, et dans un tout autre style : des yeux, des poings levés et des lettres. L'épopée des concerts de Houston et lyon est gravée sur un même album paru en 1987 et appelé " Jean-Michel Jarre En Concert : Houston/lyon ". couplé avec un livre sur JeanMichel. II existe une version allongée de ce disque, avec deux morceaux en plus, publiée dans un coffret de huit CD's et portant le titre " Cities in Concert: Houston/lyon ".

Enfin, en septembre 1988, Jean-Michel Jarre sort son nouvel album studio " Révolutions " qui annonce une démarche nouvelle avec des sons plus purs, moins retraités aux synthés, sans écho, dans un registre plus élargi avec des morceaux rythmés " london Kid ", "Revolutions "... et une musique « chantée » par une chorale de Maliens, " September ". Cette édition coïncide avec la création d'un nouveau spectacle à Newham dans la banlieue de Londres. Mais ce concert initialement prévu le 24 septembre est annulé, le Newham Council jugeant les précautions de sécurité insuffisantes. II est vrai qu'au cours d'un show de Michaei Jackson, quelques jours auparavant, il ya eu des blessés. Pourtant, jusqu' à présent, les concerts de Jean-Michel Jarre se sont toujours déroulés sans heurt, c'est pourquoi il ne comprend pas I'attitude du Newham Council et que, déçu, il se voit obligé de chercher un autre lieu d'accueil. Finalement les autorités de Newham reviennent sur leur décision et autorisent même deux spectacles au lieu d'un. Les deux concerts se déroulent les 7 et 8 octobre, le premier dans la bourasque et le deuxième sous une pluie typiquement britannique. Des conditions terribles qui n'effraient pourtant pas le public qui a pavè sa place 10 livres pour être debout ou 30 pour être assis. 100000 spectateurs sont au rendez-vous pour chaque show dans les zones payantes et certainement plus aux alentours. Parmi le public, Jean-Michel compte une fan de renom, Lady Diana, qui lui a même accordé une danse lors d'une reception. Jean-Michel rend hommage à sa princesse préférée en projetant sur les façades de Newham le visage de son fils William. Les concerts sont essentiellement basés sur le dernier album " Révolutions", sur lequel on peut entendre une face concept traitant de la révolution industrielle et magistralement orchestrée avec un rythme particulièrement soigné, évoquant même les coups de marteaux des ouvriers dans "Révolution Industrielle Ouverture ".

Si Jean Michel a intitulé son LP " Révolutions " au pluriel, c'est bien sur pour coller à la commémoration du Bicentenaire de la Révolution Française (il avait même dans un premier temps, été pressenti pour concevoir le spectacle phare du 14 juillet 1989) mais également pour donner son impression sur les révolutions qui ont marqué le si"cle : celle dite industrielle, celle des années 60 et celle des ordinateurs. Et il en profite pour poétiser en déclarant: " II n'y aura jamais qu'une seule révolution, celle que les enfants portent dans leur tête ". Sur la deuxième face on découvre deux musiques des plus médiatisées, "Révolutions " et " London Kid ", et le formidable regain d'intérêt de Jean-Michel pour le jazz avec la musique " Tokyo Kid " qui, avec sa partie de trompette, ressemble délicieusement à un thème de Miles Davis. Les deux shows de Londres sont immortalisés sur I'album " Live " paru en septembre 1989. Cette même année donne I'occasion à Jean Michel de retracer sa carrière scénique, s'étalant sur dix ans, dans une exposition «Concert D'lmages » où on trouve des photos de tous ses spectacles, des plans de scène, des vidéos et les instruments dont la fameuse harpe laser sur laquelle le visiteur peut s'essayer à quelques notes. Une musique d'ambiance accompagne cette exposition et sa maison de disques Dreyfus à I'idee de sortir cette bande sur un CD vendu 2 500 F en tirage limité à 500 exemplaires. Néanmoins ce projet avorte finalement, la musique étant présentée sur le dernier album en date " En Attendant Cousteau " dont elle occupe toute la seconde face du disque. C'est une musique d'environnement qui pourrait durer 10 minutes ou 10 heures une musique en suspension. Ce nouveau 33 tours de Jean Michel Jarre, sans avoir I'excellence de " Zoolook " ou " Les Concerts En Chine ", dénote une certaine originalité de part son aspect hétéroclite , les synthés se fondant aux steel drums (instruments de Trinidad folkloriques avec de vieux bidons de pétrole) Jean-Michel a voulu rendre ici hommage au commandant Jacques-Yves Cousteau et a son oeuvre qui, plus qu'un personnage, est une attitude, un compor!ement écologique, tourne notamment vers ies mers du globe dont les ressources ne sont pas inépuisables. Le nom de Cousteau pourrait devenir, selon Jean Michel Jarre, un nom commun synonyme de défenseur de I'environnement.

Ce dernier LP sert d'ailleurs de base musicale au phénomenal spectacle « Une Ville En Concert », organisé à Paris-La Défense le 14 juillet 1990. Le compositeur du futur rencontre la cité du futur et interprète à cette occasion « Oxygène IV », « Equinoxe IV », « Equinoxe V», « Souvenir De Chine », « Chants Magnétiques II », « Ethnicolor I», « Zoolookologie », « Révolutions », « Rendez-Vous II », « Calypso II », « Calypso III», et « Calypso ». Le show est grandiose. Outre les lasers et projections d'images, il y a cette fois des dessins animés extraits du clip « Calypso », un groupe venu exprès de Trinidad pour jouer des steel drums, les Amoco Renegades (dont I'appellation est une allusion à la firme petrolière responsable de la catastrophe du même nom), les choeurs des Hauts-de-Seine et un ensemble de chant arabe. Le concert réuni plus de deux millions de personnes, c'est une fête internationale, vécue avec un enthousiasme aussi grand que le défilé de Jean-Paul Goude du 14 juillet 1989, un an avant. Ce show en musique et lumières est filmé pour Antenne 2 et Europe 1 par les trente caméras du metteur en scène anglais Mike Mansfield. Depuis, les projets de Jean Michel ne manquent pas, notamment ceux de concerts à Tokyo et à Ayers Rock, dans le désert australien. Mais pour I'instant, une chose est sûre, après la retransmission le 16 septembre par Antenne 2 et Europe 2 simultanément des 70 minutes du spectacle « Paris-La Défense Une Ville En Concert », il n'y a plus qu'a attend re la parution de I'album et de la vidéo du êeme nom Incontestablement Jean-Michel Jarre est prêt pour affronter les annees 90 et il n'a pas fini de nous étonner.

Thierry ROUAULT