Pourquoi j’ai mangé mon père (Roy Lewis)

Vercors est le
traducteur de ce livre. C’est le géologue Théodore Monod qui le lui a
présenté en disant : « Je ris; et tu riras, c’est le livre le plus
drôle de toutes ces années, mais ce n’en est pas moins l’ouvrage le
plus documenté sur l’homme et ses origines ».

D’abord on prend
connaissance de l’oncle Vania à la silhouette massive et aux jambes
trop courtes. Ses deux longs bras frôlent le sol mais c’est un être
plein de gentillesse, toujours prêt à récompenser d’une figue ou de
fraises sauvages le gosse auquel il se flatte d’en avoir imposé avec
son apparence féroce. Puis vient Edouard, le père qui se dispute
toujours avec son frère Vania sur l’évolution de l’anthropoïde. Les
deux frères se disputent à propos du feu qu’Edouard a su trouver. Vania
considère qu’Edouard a fait la chose la plus perverse, la plus
dénaturée. Pourtant Vania se décrète libéral, avec le coeur à gauche !
La politique étant donc présente les hommes préhistoriques ! Edouard
est fasciné par le feu mais Vania pense qu’il a commencé un processus
qu’il n’est pas sûr d’être en mesure d’arrêter. Vania se brûle par
mégarde et maudit son frère. Dépité, il remonte dans son arbre.
Pourtant le feu a du bon. Les hommes avaient besoin de chasser la
viande sur quatre pattes, quand on essaie de se tenir sur deux, c’est
littéralement un jeu d’andouilles. La viande crue était dur à mâcher et
provoquait des colites chroniques ! De plus les hommes n’étaient pas de
taille à se mesurer avec les grands félines. Et ils avaient envie de
quitter les arbres inconfortables pour les cavernes car bien souvent la
nuit ils avaient froid autant que faim mais question domicile personne
n’est partageux et si un félin habitait une grotte, les hommes
trouvaient qu’il valait mieux la lui laisser. Tout cela jusqu’à ce que
Edouard découvre le feu et chasse les prédateurs effrayés. Dès lors,
les hommes arrivent à chasser les ours de la plus belle caverne. Et
Edouard de conclure que la nature est avec l’espèce qui possède sur les
autres une avance technologique.

Les tantes d’Ernest, le
narrateur, pleurent leurs hommes. Il y a tante Laure, grosse femelle
stupide qui a été délaissée par oncle Vania parce qu’elle ne savait pas
grimper aux arbres. Il y a tante Gudule, appariée à l’oncle Ian parti à
l’étranger. Tante Aglaé a perdu son mâle du fait d’un lion, tante
Amélie d’un rhinocéros velu, et tante Barbe d’un boa constricteur qu’il
avait voulu avaler. Ernest évoque son frère Oswald mort pour avoir
mangé un poisson avec ses arrêtes. Il a d’autres frères, Alexandre qui
observe les animaux, il est naturaliste et Tobie doué pour tailler des
silex. Et puis il y a sa copine, Elsa avec qui il veut s’apparier quand
il sera grand mais c’est sa soeur. L’inceste n’est donc pas tabou à
cette époque. Les autres soeurs d’Ernest, Anne, Alice et Dorine doivent
s’apparier aux autres frères.

La découverte du feu permet
d’avoir la lumière après le coucher du soleil. Dès lors apparaissent
les veillées et Edouard raconte des histoires. Edouard se demandait
pourquoi ne pas partir dans des régions moins infestées mais vers le
nord, les carnassiers seraient nombreux en route et retourner dans les
arbres mais même Vania y trouvait de moins en moins son compte pour se
nourrir. Et il semblait impensable à Edouard de sacrifier des
millénaires d’évolution et d’industrie paléolithique pour repartir de
zéro en pauvres singes arboricoles. C’est comme ça qu’il eut l’idée de
voir de près comment fonctionnait le feu. Il partit pour le Ruwenzori,
le volcan le plus proche. En voyant les arbres s’enflammer près du
volcan, il comprit que le feu aime à manger, si on lui présente une
nourriture à sa convenance. Il saisit une branche enflammée mais
s’aperçut vite qu’elle s’éteignait. Il comprit bientôt qu’un petit feu
avait tôt fait de dévorer sa nourriture alors il mit le feu à une
branche, l’emporta en courant et alluma une nouvelle branche et ainsi
de suite. Arrivé chez lui, il alluma un feu avec lequel il fit s’enfuir
les fauves qui avaient encerclé la grotte. Il fit une autre découverte
: la lance de chasse à grand rendement, à pointe trempée au feu. Dès
lors, les nouvelles lances étaient mortelles à trente mètres et les
hommes avaient moins souvent faim car le gibier était plus gros.
Edouard en observant les crocodiles dresser des embûches de ronces et
de papyrus en conçut l’idée de tendre des pièges lui aussi. Alors les
hommes creusèrent des fosses. A mesure que les chasses gagnaient en
efficacité, les femmes passaient plus de temps aux travaux de ménage,
au lieu d’être obligées de suivre les chasseurs pour avoir leur part du
butin. Dès lors, Edouard conclut que la place de la femme est au foyer.
Edouard raconte aux enfants l’histoire de la taille de la pierre et son
évolution technique. Les enfants apprennent le comportement des animaux
et comment les chasser puis la botanique, quels fruits, quels
champignons, quelles racines sont comestibles. Edouard pense que la
force des hommes est de n’être pas des spécialistes car la
spécialisation d’une espèce mais fin à son progrès.

Vania pense
qu’aucun animal n’a été conçu pour dérober le feu au sommet des
montagnes et qu’Edouard a transgressé les lois de la nature. Mais
Edouard répond que Evolution n’est pas révolution. Vania reproche à son
frère de s’être coupé de la nature, de ses racines, de tout sentiment
d’appartenance. Il pense que la nature ne se laissera pas faire. De
plus, pour lui, évoluer c’est vulgaire, petit-bourgeois, matérialiste
et sacrilège. Ce discours anachronique fait tout le charme et la
drôlerie de ce roman. Alexandre a dessiné la silhouette de Vania en
suivant les courbes de son ombre et Vania y voit un sacrilège. On pense
aux islamistes qui refusent de voir Mahomet représenté en image. C’est
une belle ironie. Alexandre a découvert le dessin à l’aide de braises
refroidies. Edouard a trouvé une autre idée pour lutter contre le froid
: une fourrure amovible, autrement dit l’utilisation de peaux de bêtes
comme vêtements. Edouard déprime car depuis quelques temps, il ne voit
rien de neuf arriver. Pourtant William a décidé d’apprivoiser un chien
qu’il a appelé Chiffon. Edouard se dit qu’il y a quelque chose à
goupiller pour que le chien aide à la chasse mais Chiffon trop sauvage
s’enfuit. Edouard n’est pas qu’un inventeur, c’est un intellectuel. Il
se demande s’il vit au Pléistocène inférieur. Il voudrait moins de
temps pour chasser et manger et plus de temps pour méditer. Il voudrait
pouvoir faire un feu sans à avoir à en chercher au volcan. Il a
remarqué que les silex de Tobie faisaient des étincelles.

Ian,
l’oncle voyageur revient. Edouard est aux anges de lui faire visiter
son domaine, avec toutes ses améliorations, à commencer par le feu.
Mais Ian n’est pas surpris car il a vu des Chinois qui avaient aussi le
feu. Il raconte ses voyages. Au sud de l’Afrique les hommes n’ont que
vingt mot de vocabulaire et ne sont pas évolués et au nord il y a une
forêt épaisse et des hommes à la peau noire pour se protéger du soleil.
Pour Edouard, du point de vue de l’évolution, la seule couleur
raisonnable c’est le kaki ou le brun doré pour disparaître dans la
savane. Ian a visité le Sahara, il y a vu des collines verdoyantes
coupées de larges fleuves. Des montagnes vêtues de chênes et de hêtres.
En Dordogne, il a vu des Néandertaliens couverts de poils pour se
protéger du blizzard. Ils enfouissent leurs morts dans la terre. Il y a
une métaphore avec le conflit israélo-palestinien. Ian est allé en
Palestine et a vu des immigrants d’Afrique se battre avec des
Néandertaliens alors que tout abonde dans ce pays. Il a visité
l’Arabie, comme le Sahara, vert et luxuriant mais pluvieux ! Et en Inde
il a vu des tigres et d’autres hommes moins grands que lui mais parlant
et marchant debout. en chine, les hommes vivent dans des cavernes et
ont le feu. Hélas Ian voulant repartir tente de dresser un cheval mais
se casse le cou. Mais ce n’était pas un cheval, c’était un hipparion.
Edouard part avec ses quatre fils vers l’Est. Il veut qu’ils se
comportent en homme et fondent une famille. Il ne veut plus que ses
fils s’apparient avec leurs soeurs car avec l’exogamie les gènes vont
pouvoir se mélanger et pour le développement culturel, il faut que
l’émotion individuelle ait la tension d’un stress. Pour Edouard, pour
évoluer il faut se poser des problèmes et les résoudre mais pour Ernest
cela rend malheureux et c’est le bonheur qui donne le goût de vivre.
C’est une erreur pour son père car le travail crée une diversion à ses
difficultés. Alors les fils vont vers le sud guidé par Oswald
(curieusement l’auteur l’a ressuscité) l’aîné. Ils se fabriquent des
armes en vu de se protéger contre la horde d’hommes chez qui ils
doivent aller. Ils rencontrent des femmes accompagnées d’un homme pour
les protéger. Alors ils décident de se séparer pour suivre la horde
chacun de leur côté. Ernest rencontre une femme, Griselda. Il a suivi
la piste d’une équipe vers le nord. Il a dû courir pour rattraper
Griselda. Elle lui a causé bien du souci dans la course au point
qu’Ernest se demande s’il n’est pas plutôt fait pour le célibat.
Griselda avait repéré Ernest et ses frères dès le début et a fait
courir Ernest, pensant lui faire plaisir. Lui, furieux, décide de
l’abandonner. Il se sent poursuivi par un félin. C’est Griselda qui
assomme la bête. Elle lui dit ingénument que le dîner est prêt. Cette
fois, Ernest est amoureux. Il lui parle de sa famille et elle sent
qu’elle va s’amuser car elle un père autoritaire et puritain. Ernest et
Griselda vont au rendez-vous convenu avec les frères. Oswald est là
avec sa nouvelle compagne, Clémentine. Puis vient Tobie et sa copine
Caroline chacun portant une énorme roche rouge. Lui n’a pas eu à
courir, c’est Caroline qui est venue à lui spontanément. Vient enfin
Alexandre avec Pétronille qu’il a assommé juste après l’avoir vue
demandant à ses frères si ce n’était pas trop rustaud. Il a séduit la
belle avec ses dessins. Rentrés chez eux, les frères et leurs femmes
réalisent avec surprise que leur mère a fait une nouvelle découverte :
la cuisine. Ils se délectent en mangeant la viande cuite. La découverte
a été accidentelle. Un cochon est tombé dans la braise et la mère
d’Ernest a laissé la bête cuire par curiosité. Maintenant qu’Ernest
passe moins de temps à mastiquer, il découvre avec surprise le monde de
la rêverie. La horde décide d’organiser un festin après une chasse
fructueuse. Vania ne perd pas une occasion pour critiquer. Il affirme
que la cuisson « illégitime » va provoquer des caries. Edouard fait un
discours après le repas, il déclare qu’une nouvelle coutume est née,
l’exogamie. Cette noble institution va accélérer le progrès matériel et
moral. De plus, il déclare que les animaux devront se soumettre ou
disparaître. Vania s’élève encore pour dire « back to the trees ». Sur
ce, une horde ennemie s’empare des soeurs et des tantes d’Ernest. Ainsi
l’exogamie s’est répandue. Edouard a encore fait une découverte. Grâce
à la roche ramenée par Tobie, il a pu faire du feu sans aller en
chercher au volcan. Hélas, il a mis le feu dans toute la plaine.
Evidemment Vania en profite pour se plaindre : « Je l’avais bien dit,
c’est la fin du monde ! ». Heureusement, dans la peur le cerveau
fonctionne vite et Edouard a eu l’idée de faire un contre-feu pour
sauver sa horde. Ernest, lui, après avoir réfléchi à ses rêves se
confie à sa femme. Il pense qu’après la mort un autre monde les attend.

Edouard et ernest se disputent à propos du feu. D’autres hordes vont au
volcan maintenant mais Ernest refuse que son père donne le secret de
fabrication du feu aux autres hommes pour rien. Il veut tirer profit du
secret. Mais Edouard déclare que le travail doit profiter à tous et
c’est pour toute l’espèce que s’amassent les connaissance. Ernest
affirme que c’est dangereux car confier le secret du feu à des
irresponsables pourrait réduire le monde en cendres. Roy Lewis met
ainsi en exergue à la fois les problèmes du capitalisme et du danger de
la science mal maîtrisée par les hommes comme le nucléaire.

De
cette dispute naît la démocratie, finie l’autocratie d’Edouard. Après
l’incendie, la horde est obligée de migrer vers le sud pour trouver à
manger. Elle s’agrandit avec les enfants d’Ernest et de ses frères.
Alors Edouard et sa famille rencontrent une autre horde. Edouard
l’invite à goûter leur cuisine. Mais la horde ennemie a inventé la
propriété privée et demande à Edouard et les siens de déguerpir.
Edouard conclut un traité. Le territoire est partagé en deux mais
Edouard a dû livrer le secret du feu ce qui met en fureur Ernest.

Evidemment l’autre horde met le feu accidentellement aux trois quarts
de leurs pâturages. Griselda convainc Ernest qu’Edouard devient un
danger pour leur horde. Pendant ce temps, les inventions continuent.
Tobie a monté une manufacture d’outils paléolithiques à travers toute
l’Afrique. Alexandre développe ses décorations à grande échelle.
Griselda a introduit une façon de porter les peaux de bête qui a un
énorme succès chez les femmes.

Edouard confie à Ernest sa
nouvelle trouvaille : l’arc. Ernest veut en finir avec son père et
convainc Oswald de le tuer à la chasse pour protéger la horde. Après
quoi, la horde mange Edouard car à l’époque les morts n’étaient pas
enterrés. Telle fut la fin du père en tant que chair. Et c’était celle
qu’il eût désirée : être occis par une arme vraiment moderne et mangé
d’une façon vraiment civilisée.

   Cet excellent roman sait instruire en divertissant grâce à son côté humoristique. Il a connu un immense lectorat.

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