A partir de 1978; Coluche va commencer à faire usage de ses talents d’improvisateurs dans ses spectacles, s’avérant politiquement plus pointu, en saisissant l’actualité à bras-le-corps. Il est sur Europe 1, en prise directe avec le public et l’actualité. Il dialogue avec les auditeurs et joue au disc-jockey. Pour préparer son émission, il est aidé par Gérard Lanvin. Ivan Levaï assurera même que la revue de presse de Coluche est la meilleure de la radio. La direction d’Europe 1 fait parfois le gros dos mais il n’y aura qu’un seul problème quand Coluche déclarera « Des veuves de guerre utilisent leur pension pour entretenir des gigolos ». Coluche détournant les pubs et étant devenu un media à lui tout seul., Sotah affirme que la radio lui a permis d’être ouvert sur les gens et plus tolérant, plus généreux, à faire plus attention à l’opinion des autres. Grâce à Coluche, Europe 1 est devenue la radio la plus écoutée de France. Mais fatigué, il abandonne en juin 1979. Il reprend en janvier 1980 mais sur RMC. Il lui est interdit de parler de dieu et des Grimaldi. Il tiendra parole... pas tout à fait puisque RMC le licencie pour ce jeu de mot : « Avez-vous vu Monte-Carlo ? Non, mais j’ai vu monter Caroline ! ». On l’avait embauché pour six mois et il n’a fait que quinze jours. Son assistant était le soixante-huitard et cinéaste Romain Goupil. Cette éviction provoque une affaire Coluche avec les pour et les contres, les admirateurs et les pincés. Louis Pauwels, directeur du « Figaro », lui consacre une page hostile. Coluche répond qu’il lui a rendu un grand service en déclarant que Coluche ne représentait pas l’esprit français. Le succès de Pauwels, « Le matin des magiciens » sera rebaptisé par Coluche « Le matin des miliciens ». Une autre expérience enrichit Coluche, le travail avec la bande de « Hara-Kiri », Cavanna, le professeur Choron, Cabu, Gébé, Wolinski. Coluche joue dans le film utopiste « L’an 01 » de Gébé. Il fait des romans photos pour Hara-Kiri et avec Reiser une mise en dessin de blagues sur les curés, les Juifs, les Belges. Sa campagne électorale de 1981 est mise en oeuvre avec la bande de Choron. Durant l’été 1980, il sympathise avec Richard Gotainer puis avec Charlélie Couture qu’il soutient en les prenant en première et deuxième parties de son spectacle au Café de la gare. A l’automne 80, Coluche reprend possession du Gymnase avec un spectacle inédit. Il annonce ses adieux à la scène pour profiter de sa femme et de ses enfants. A ce tournant de sa vie, Coluche est millionnaire. Il déclare : « Je ne suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre ». Il dilapide sa fortune avec l’innocence d’un gosse qui se rend compte que le père Noël, c’est lui. Il achète une Rolls et une maison à la Guadeloupe et deux voiliers qu’il coule en les manoeuvrant comme un novice. Sa maison est plastiquée en 1984 par des inconnus, des autonomistes. En 1981, il joue dans « L’inspecteur Labavure » et se présente aux Erections pestilentielles. Sous forme d’une lettre ouverte aux élus dans « Charlie Hebdo » il fait appel aux élus pour obtenir les 500 signatures. Le 30 octobre 1980, il convoque les journalistes au Gymnase pour une conférence de presse d’un genre inédit. Il annonce sa candidature à l’élection présidentielle. Les occasions de rire se font rares : affaire de Broglie, affaire des diamants, attentat devant la synagogue de la rue Copernic. Alors les journalistes sont nombreux à venir le voir. Il s’affiche comme candidat « Bleu, blanc, merde », candidat des minorités, le candidat nul. Il obtient l’aide d’Hara-Kiri. Cavanna prend ça au sérieux. Coluche a fini par se prendre au sérieux après avoir voulu commencer par une plaisanterie. Il a vraiment cherché à avoir les 500 signatures. Il a bûché ses dossiers et la classe politique est morne, tout le monde est persuadé que Giscard va gagner. La candidature de Coluche ne doit rien à une stratégie de marketing et Paul Lederman n’y est pour rien, il y est même opposé. Coluche y avait pensé dès 1974. Il rêvait de voir Francis Blanche se présenter mais comme il est mort depuis, il le fait maintenant à sa place. Outre Hara-Kiri, le quotidien Libération se met à sa disposition et lui offre une tribune quotidienne à partir du 4 novembre 80. Des tee-shirts, des badges imaginés par la bande à Choron sont diffusés via des dizaines de comités de soutien. Gérard Nicaud, du CID-UNATI (syndicat des petits artisans) le soutient ainsi que le philosophe Gilles Deleuze et le psychiatre Félix Guattari. La campagne de Coluche sort de la sphère du show-biz pour embrasser le corps social tout entier. Le sociologue spécialiste du langage nazi, J.P. Faye et Pierre Bourdieu sont également de la partie. Coluche est taxé de poujadisme de gauche par le centriste Lecanuet. Les communistes le raillent également parlant de lui comme d’un milliardaire bien intégré. Quant à Jean Daniel, le rédacteur du Nouvel Obs, il ne souhaite « nullement » à Coluche de réunir les signatures nécessaires pour valider sa candidature ».
Bref le candidat Coluche commence à devenir encombrant. Les artistes sont avec lui : Renaud, Souchon, Belmondo, Hallyday, Ferré. Les instituts de sondage le créditent de 12% d’intentions de vote ! Goupil avoue que Coluche prenait l’affaire très au sérieux. Il va même à l’Ecole Polytechnique pour parler de pacifisme, d’antimilitarisme, de reconversion des usines d’armements. Premier accroc avec Libération. Coluche envoie sa phrase assassine : « Les trente-deux manières d’interpréter une candidature : M. F. Garraud refuse d’être à plat ventre, elle n’a qu’à se mettre sur le dos, comme d’habitude ». Censure sans que Coluche soit prévenu. Il est vexé. Le 27 novembre, on retrouve René Gorlin, son régisseur, mort dans un terrain vague à Gournay. Les supputations vont bon train. On découvrira plus tard qu’il s’agissait d’un crime passionnel. En décembre, Coluche reçoit des lettres anonymes. Une missive est signée « Honneur de la police », un groupuscule d’extrême-droite. Groupe qui avait revendiqué l’assassinat de Pierre Goldman, le frère gauchiste du chanteur. Coluche en parle à la police mais elle prévient les journaux pour chercher à lui nuire. Trois semaines plus tard, Coluche est jugé indésirable au « club de la presse » d’Europe 1. Il est exclu des médias même de « Collaro-show ». Il en est très perturbé car il croyait pouvoir manipuler les médias. Seul la presse anglo-saxonne s’intéresse encore à lui le 9 février 1981. Pourtant début décembre, Coluche est crédité de 16% des votes. Beaucoup d’élus n’ont pas caché qu’ils étaient prêts à lui accorder leur parrainage. Il obtiendra des signatures mais pas les 500. La presse cherche à le détruire comme L’Express qui titre « la vraie nature de Coluche », article construit selon une vision assez policière de sa trajectoire et de ses frasques. Minute, le journal d’extrême-droite publie une photo anthropométrique de lui prise le 22 août 1963 alors qu’il avait fauché dans la vitrine murale d’un commerçant de Dinard quelques rasoirs. Coluche continue malgré tout par amour-propre. Le 16 mars, il entame une grève de la faim. Il fait une nouvelle conférence de presse à poil, un ruban tricolore autour du sexe, une plume entre les fesses. Il poursuit sa grève de la faim pendant 16 jours. Le 29 mars, il fait un malaise en rentrant chez lui, il est à bout. Il retire sa candidature en avril.

En 1981, Coluche va vivre le plus grand revers de sa vie. Sa femme le quitte. Cela va creuser un grand trou noir existentiel quatre ans durant. Véronique est celle qui l’a aimé, désiré, soutenu au temps de la « galère » pendant 10 ans. Elle refuse l’assistanat que Coluche lui propose sous forme d’un repli avec armes et bagages aux Antilles. Alors Coluche part à la Guadeloupe. Il revient en mai pour voter et participer au « Tribunal des flagrants délires » et repart. Le Coluche de cette douloureuse parenthèse n’est ni celui qui a conquis la gloire ni le futur Coluche qui va se déployer après « Tchao Pantin ». En octobre 1981, il présente une émission sur RFM. Il le fait gratuitement car Patrick Meyer, directeur de RFM, avait démissionné de Radio 7 suite au refus de Radio France de laisser s’exprimer le candidat Coluche. Mais RFM est brouillée par l’Etat en conflit avec les radios libres alors Coluche prend la défense de la radio. Coluche a laissé sa maison parisienne à Véronique. Il vit dans le quartier des Halles. Il fréquente les boîtes de nuit, les copains, les filles mais déprime. Il se drogue. Il écrit « Soleil immonde » pour Renaud. Dans cette chanson, c’est son histoire d’amour brisée qu’il raconte. Il tourne dans « Banzaï » de Claude Zidi, dans « Deux heures moins le quart avant JC », « La femme de mon pote » de Blier. Lui qui aimait vivre en compagnie, s’isole, enfourche sa moto pour des balades solitaires. Ses amis du moment sont Ludovic Paris (son directeur artistique), J.M. Vaguelsy (son lecteur de journaux), Didier Lavergne (son maquilleur), « Bouboule », Gérard Lanvin. En février 1983, le grand orchestre du Splendid lui demande de remplacer Jacques Delaporte fatigué. Il accepte gracieusement. Il prouve qu’il sait chanter. Mais il connaît un nouveau drame, la mort de son ami Patrick Dewaere. Le public découvre le Coluche fragile dans « Droit de réponse », le 19 juin 1983. Le titre de l’émission est : « Faut-il se débarrasser de Coluche ? ». Il est seul contre tous. Des journalistes de droite l’attaquent ainsi qu’un ancien combattant et le père Di Falco et Jean Yves Lafesse. Seul Jacques Séguéla le défend. 12 millions de téléspectateurs ont suivi l’émission. Coluche muni d’une cape, joue un Zorro ubuesque. Il lit des notes qu’il a préparées, ce qui n’est pas son genre. On le sent désarçonné. Il quitte l’émission un quart d’heure avant la fin avec un simulacre de suicide au pistolet. Séguéla déclare : « Ce soir, on a tué un poète ». Personne ne s’y attendait. Jacques Martin insulte Polac, le traitant d’intello sadique qui se venge des comiques populaires. Le vrai visage aussi d’un autre Coluche est découvert avec « Tchao Pantin ». Le public et les critiques sont désarçonnés par le rôle et le look de Coluche et surtout par son jeu. On perçoit dans le film toute l’authenticité de la souffrance de Coluche. Berri et Coluche se connaissent depuis 1969. Il lui signe un contrat de quatre films pour sept millions de francs. Il y a « Le maître d’école », « Deux heures moins le quart avant J.C. », « Banzaï » et « La femme de mon pote » produits par Berri. Coluche souhaitait jouer le rôle de Michel Blanc dans « Tenue de soirée ». Il devait également jouer dans « Jean de Florette » le rôle d’Ugolin et dans « Promotion canapé ».