18 juillet 2008
synarchie (fin)
En France, Georges Valois publie son « Nouvel Age de l’humanité » et prophétise les cités morales, intellectuelles, spirituelles, religieuses se partageant les esprits et les coeurs donnant à tous le sentiment de l’universel. Cela fait penser à Saint-Simon. Quant à Paul Desjardins et ses « Entretiens de Pontigny » de 1922 à 1939, il prétendait réunir les spécialistes de chacune des questions évoquées comme la SDN, l’humanisme, le procès de la bourgeoisie devant la classe ouvrière, etc. La Revue Internationale des Sociétés Secrètes accusa Desjardins de synarchisme mais il était pourtant favorable au grand patronat et manifestait un antiparlementarisme agressif grâce à son ami Lucien Romier qui finira conseiller de Pétain. Cependant Desjardins s’intéressa également aux recherches de l’Institut Supérieur Ouvrier animé par Georges et Emile Lefranc. Quant à Jean Coutrot et son livre sur « L’humanisme économique », les antisynarchistes l’accuseront d’avoir fourni l’essentiel des thèmes de réflexion des groupes synarques de Vichy en 1942 et de la technocratie gaulliste en 1945. Mais Coutrot n’eut pas plus d’influences sur les « synarques » de Vichy que tous les autres essayistes de son époque. Coutrot ne se voulait pas économiste mais d’abord philosophe. Il estimait que l’humanité n’était plus une espèce mais une poussière d’individus provoquant un isolement extrême de chaque individu. Il en rendait le capitalisme largement responsable car celui-ci procède de la rupture des liens sociaux traditionnels : patriotisme local, voisinage rural, professions organisées, corporation et religion. Il ne souhaitait pas la destruction du capitalisme mais sa transformation en le soumettant à la raison seule, la production et la répartition des richesses. Il voulait mettre en place, à la manière des Romains, « un dictateur temporaire et parfaitement légal chargé expressément de sauver et de régénérer la République ». Il souhaitait l’établissement d’une Eglise profondément laïque qui rassemblerait tous les clercs, biologistes, philosophes, éducateurs, chefs de groupements humains, qui donneraient un sens à leur tâche en communiant dans cette mystique. Il faut citer également Jean Rivain et son livre « Un programme de restauration sociale ». Rivain, ancien monarchiste d’Action française, ami de Georges Valois, admirateur de Mussolini, avait fondé en 1937 une Association pour l’unité française qui animait des Cercles Jeunes-France, publiait « L’Unité française », « Les Cahiers de la Nouvelle France » et « La Vérité aux Français ». L’ambition de Rivain était, elle aussi, dé réunir les hommes par-delà leurs appartenances politiques, philosophiques et religieuse. Même Léon Blum écrivit dans ses revues. Ainsi, Rivain fut accusé de synarchisme sous l’Occupation.
Sous Vichy, Alexis Carrel et Alfred Sauvy créèrent la Fondation française pour l’étude des problèmes humains. Carrel avait médité sur la possibilité d’un « gouvernement des Sages ». Il voulait un pouvoir aristocratique et non démocratique. A travers lui comme à travers Coutrot et Valois s’exprimait la nostalgie d’une « société d’ordre ». Mais il se distinguait des technocrates car il estimait qu’il y a des questions qui ne relèvent pas des technocrates mais des savants ou des sages dans l’art politique. Pour Jean Saunier, les technocrates d’aujourd’hui ne se soucient ni de philosophie ni des fins dernières.
- Synarchie et crises politiques
La synarchie peut s’appliquer de Léon Blum à l’extrême-droite et le seul dénominateur commun serait de ne pas recourir à un type de pensée révolutionnaire au sens marxiste du terme. Ce qui amena Vichy ne relève pas d’un complot. La droite maurassienne concentrait ses regards sur ce qu’elle tenait pour son adversaire le plus dangereux, « l’ennemi intérieur ». La tentative de coup d’Etat du 6 février 1934 avait échoué. La victoire de la gauche en 1936 avait accru l’angoisse des possédants. Pour la droite, l’Allemagne nazie prenait un visage anti-bolchevique donc amical. Le petit monde nationaliste de France avait créé un Front de la liberté qui allait de l’Action française aux radicaux-nationaux en passant par le Parti républicain national et social. Le commandant Lousaunau-Lecou créa « La Spirale » en 1937, il louchait vers le franquisme. Mais la synarchie ne fut pour rien dans toutes ces créations. C’est plutôt la convergence de maurrassiens à Vichy qui explique la « Révolution nationale » placée sous le signe de l’anticommunisme, de l’antidémocratisme et d’une sorte de centralisation monarchique du pouvoir. De même, on ne peut retenir comme synarchiste la suppression de toutes les formes de suffrage populaire puisqu’on contraire Saint-Yves leur fait une large place. Pendant et après la guerre, l’Organisation civile et militaire fut nommée comme forme de « technocratie de gauche » et synarchiste. Elle fut animée par Maxime Blocq-Mascart, Georges Izard et Pierre Brosolette. Elle tenta de survivre à la Libération sous la forme d’une Union travailliste. Aujourd’hui, le terme de synarchie désigne encore la technocratie. La notion de technocratie et celle de synarchie sont si confuses que leur confusion même crée entre-elles une indiscutable parenté. Le technocrate agit en gouvernant les hommes comme s’il administrait des choses. C’est pourquoi il ne paraît pas possible de considérer les formes modernes de la technocratie comme les héritiers de la synarchie de Saint-Yves. D’ailleurs, il ne semble pas possible de démontrer que la synarchie corresponde à un programme ou à un régime politique précis et mis en pratique à un moment donné de l’Histoire.
- Qu’est-ce, enfin, que la synarchie ?
Plus d’un historien a ressuscité la légende et s’en est vanté. On peut retenir au moins six certitudes.
1- La synarchie est d’abord le système de Saint-Yves utopique comparable aux anciens utopistes et à celles des auteurs du XIXè siècle.
2- Les idées de Saint-Yves mêlées à celles des courants théosophiques, anthroposophistes et martinistes ont constitué la doctrine d’un petit groupe qui a bien existé et a rédigé le Pacte Synarchique d’Empire
3- en tant qu’élaboration rétrospective de l’Histoire, le mot synarchie a été utilisé pour désigner des courants de pensée philosophique, politique et économique de l’entre-deux-guerres. On y retrouve l’humanisme, un certain idéalisme, nécessite d’une aristocratie nouvelle de l’esprit, refus du parlementarisme et du communisme, rationalisation du capitalisme pour l’économie dirigée en font également partie. Comme la sauvegarde du capitalisme par les néo-socialistes et les néo-capitalistes.
4- Pendant l’Occupation, la synarchie sert à désigner le groupe des ministres du gouvernement Darlan attachés à Pierre Pucheu foncièrement anticommuniste et avec la volonté de dominer à tout prix.
5- A la même époque, puis à la Libération, le terme de synarchie se confond avec une imputation de complot indéfini mais polyvalent.
6- Dans la période contemporaine, la notion de synarchie désigne assez vaguement les formes nouvelles de la technocratie éprise de « management ».
Pour Jean Saunier, la synarchie est une représentation mentale de la politique avec un pôle négatif (explication de la Révolution par l’action unique de la franc-maçonnerie). Le pôle positif est représenté par les Sages de l’Agartha, les initiés supérieurs aux hommes ordinaires. La synarchie est une construction mentale qui procède du désir, de la raison de mettre à tout prix en ordre la perception d’une situation politique caractérisée par une telle dilution des pouvoirs qu’elle ne parvient pas à découvrir, dans le désordre des choses, leur raison d’être.
17 juillet 2008
synarchie 4
- Pour aborder le XXè siècle
Le rapport Chavin soutient que le Mouvement synarchique d’Empire n’est en aucune manière le réveil du synarchisme de Saint-Yves mais une dissidence de l’ordre Martiniste dont il affirme (à tort) que Saint-Yves en avait été le Grand-Maître. Un curieux document émanant de l’extrême-droite « Martinisme et synarchie » fait remonter le courant synarchiste à Louis-Claude de Saint-Martin et Joseph de Maistre. Le récit antisynarchique comporte toujours au moins quatre points :
- Le Mouvement synarchique d’Empire est initialement une secte occultiste fondée sur les thèses de Saint-Yves.
- Dans ce mouvement, de « hauts initiés inconnus » forment une « société secrète supérieure » manipulant des techniciens économiques et financiers.
- Ce groupe s’est emparé du pouvoir par la ruse en 1940 à la suite d’un complot.
- Il est au service d’une « internationale » toute-puissante, de nature différente selon les auteurs. Mais ce n’est pas à tout que les différentes formes d’antisynarchisme ont mis en cause les occultistes au sens large. De fait, la plupart des écoles occultistes au XXè siècle ont été préoccupées par la synarchie.
Il y eut les martinistes papusiens, les anthroposophes de Steiner, les martinistes de Chevillon et les théosophes de Vivian du Mas. Pour les antisynarchistes, l’âme du complot serait, Saint-Yves, un auteur qui a consacré des milliers de pages publiées chez Calmann-Lévy pour exposer sa pensée. Une telle entreprise n’était donc pas secrète. De 1919 à 1939, exista un anti-occultisme avec en tête la Revue Internationale des Sociétés Secrètes qui dénonçait la synarchie autant que les Juifs et les francs-maçons. Saint-Yves n’était pour rien dans la liberté syndicale et la création de l’Union Européenne. Quand il écrit ses théories apparaît en Angleterre la Fabian Society et Roger Mennevée a pu écrire tranquillement que « le travaillisme anglais n’est en réalité que le masque de la Fabian Society synarchique ». Cette société de pensée fondée par Edward Pease a pour but de « reconstruire la société sur une base non compétitive avec pour finalité de conjurer le malheur de la pauvreté. Dans cette société se trouvait H.G. Wells et G.B. Shaw ainsi que la théosophe Annie Besant. Ils se disaient socialistes et participèrent à la naissance du parti travailliste. Mais Saint-Yves n’y était absolument pour rien. Le fabianisme était une tentative de doter le capitalisme d’idées progressistes et susceptibles de désarmer à l’avance tout changement fondé sur la lutte des classes. Paul Desjardins, fondateur des « Décades de Pontigny » fut lui aussi accusé de synarchisme. Ce normalien créa en 1892 une Fondation de l’union pour l’action morale qui deviendra en 1905 « Union pour la vérité ». Cette organisation voulait être une ordre laïc militant du devoir privé et social, une sorte de chevalerie qui doit servir l’esprit public de l’anarchie au moment des bombes de Ravachol. Même s’il existait des similitudes plus ou moins précises entre l’oeuvre de Desjardins et celle de Saint-Yves, il ne faut pas y voir un centre commun d’inspiration car la notoriété de Saint-Yves n’a jamais dépassé le domaine de l’occultisme.
- Permanence de la synarchie occultiste
L’existence d’un courant synarchiste a toujours été visible chez les occultistes. Il inspire René Guénon qui avait appartenu au martinisme mais en fut chassé pour avoir voulu créé un Ordre du Temple Rénové. L’Ordre aurait été inspiré par l’archéomètre de Saint-Yves.
Barlet, alias Albert Faucheux, fils d’un bibliothécaire de l’Arsenal, appartint à un très grand nombre de sociétés dont l’Hermetic Brotherhood of Luxor à laquelle Guénon accordait une grande importance. Ses écrits comportent tous un plan de reconstruction de l’enseignement selon les vues de Saint-Yves. Une Société des Amis de Saint-Yves fut créée, elle édité des oeuvres posthumes. Papus/Encausse en fit partie ainsi que le dr Chauvet qui rédigea « L’Etat social vrai » en 1912, transcription rigoureusement fidèle des vues de Saint-Yves dans un langage simple mais sans écrire une seule fois le mot synarchie. Le martinisme ne faisait pas mystère de son influence synarchique pourtant Geoffroy de Charnay affirmait qu’à partir de 1920, les organisations martinistes passaient à l’action clandestine. Après la mort de Papus, en 1916, le martinisme fut agité de convulsions et en 1921 il y eut scission par Victor Blanchard qui fonda l’ordre martiniste et synarchiste. Alors qu’en 1931, Victor-Emile Michelet créa l’Ordre martiniste traditionnel. Sous vichy de nombreux auteurs ont cherché à démontrer que ces événements constituaient la preuve de la création du Mouvement synarchique d’Empire en 1922. Les premières dénonciations de la synarchie, en 1941, s’appuyaient toutes sur une « documentation » provenant d’officines d’extrême-droite qui intoxiquèrent les journalistes qui n’y connaissaient pas grand chose : c’est une des clés du mythe synarchiste au XXè siècle. L’anthroposophe Rudolf Steiner avait beaucoup entendu parler de Saint-Yves et s’était mis à répandre une doctrine sociale étrangement comparable à celle de l’auteur des « Missions ». Il en fit un programme en 1919. Un membre de la Société de Théosophie publia « L’évolution occulte de l’humanité » en 1928. On y retrouvait certaines idées de Saint-Yves. L’importance de ce livre réside surtout dans le fait qu’il préfigure le fameux Pacte synarchique d’Empire, considéré sous Vichy comme la preuve du complot synarchique.
- Du pacte synarchique au mythe de la synarchie
En avril 1944, un collaborateur de la revue antimaçonnique « Les documents maçonniques » écrivait que les deux ouvrages synarchiques « Le Schéma » et « Le Pacte » avaient été découverts au cours de perquisitions policières chez des francs-maçons mais également au temple martiniste de Lyon. Constant Chevillon, grand-maître de l’Ordre Martiniste fut assassiné. Quant au fameux Pacte synarchique, Charnay, qui le premier le publia, donne un texte mis en circulation en 1938 mais admet que dès 1935, ce texte était déjà connu. En 1944, un texte issu des milieux de gauche empli d’inexactitudes stipule que le Pacte synarchique était d’un fascisme catholique de type portugais et rédigé par Mme Canudo aidée de Vivian du Mas et d’Armand Moro. Il aurait subi une refonte due à Jean Coutrot. Vivian du Mas et Jeanne Canudo faisaient partie d’un curieux mouvement occultiste, le Groupe des Polaires qui s’inspirait du « Roi du monde » de Guénon. Ils avaient édité un ouvrage « Asia mysteriosa, l’oracle de force astrale comme moyen de communication avec les petites lumières d’Orient » qui était mêlé de nombreux appels à l’Alveydrisme et au théosophisme. Jeanne Canudo et du Mas étaient membre de l’obédience maçonnique le Droit Humain et ils tentèrent une propagande discrètes de leurs idées. Canudo et du Mas donnèrent également des conférences dans l’Ordre Martiniste de Chevillon vers 1936. Les occultistes organisèrent des « états généraux de la jeunesse » le 26 juin 1934 qui se voulaient révolutionnaires par nécessité. Au cours de cette réunion vinrent Bertrand de Jouvenel et Jean Luchaire. Evidemment, Jeanne Canudo et du Mas étaient de la partie. Cette organisation fut la seule synarchique avérée par les « Cahiers » qu’elle laissa. L’activité de ce groupe était si peu clandestine qu’un journal de droite comme « La France catholique » dénonça son inspiration judéo-maçonnique. La Revue Internationale des sociétés Secrètes attaqua également les états généraux de la jeunesse ce qui n’empêcha pas Mennevée d’accuser cette revue de synarchisme ! Les collaborateurs de cette revue antisémite et antimaçonnique avaient partir liée avec une organisation secrète et mystérieuse « Sodalitum Pianum », la Sapinière. Ils accusaient les néo-socialistes et les Fabiens d’être l’instrument des Sages de Sion. La Revue Internationale des Sociétés Secrète avait une audience restreinte limitée à ceux qui se qualifiaient de nationaux et admirateurs e Mussolini et de Franco. Il existe un parallélisme rigoureux entre la démarche des anti-occultistes ou celle des occultistes, à commencer par le fait que les uns et les autres trouvent dans les mêmes rêveries leur raison d’être, l’explication de leurs échecs, celle de leurs réussites. Les occultistes rêvent d’un monde où le ciel parlerait clairement par le truchement d’envoyés mystérieux. Quant aux anti-occultistes, ils expliquent l’échec du Royaume de dieu par l’existence de forces sataniques.
En 1946, exista un Collège de l’ordre socialiste qui réclamait la démocratie intégrale fondée sur es trois ordres qualifiés de l’ordre social populaire, cette démarche était donc synarchique. Il y eut aussi les écrits de Jacques Weiss, proche de la Société Théosophique. Il fit paraître dans Les Echos un tableau de la « Physiologie d’une nation saine » directement inspiré par Saint_Yves. Le mouvement maçonnique et néo-templier de Jacques Breyer s’inspira également de Saint_Yves dans « Les Arcanes solaires ».
- Synarchie et crise économique
Les théories soutenues par les organisations accusées de synarchisme ne revêtaient pas un caractère extrémiste. Au contraire, elles revendiquaient un certain « centrisme ». A la fois socio-démocrate et capitaliste. Sur le plan économique, ce qui a été appelée « synarchie » correspond à deux courants de pensée d’origines différentes, tendant chacun à surmonter une crise : crise des idées socialistes, crise du système capitalise.
La « Révolution constructive » animée en 1932, comptait parmi ses membres des personnes radicalement opposées comme Georges Soulès collaborationniste qui participa au Mouvement social révolutionnaire mais aussi le socialiste Guy Mollet et Claude Levi-Strauss. Donc le fait que la politique ait par la suite divisé ces hommes interdit de penser qu’ils ont jamais eu en commun un projet synarchique.
Tous les réformistes du socialisme subir l’influence d’Henri de Man, d’abord marxiste convaincu au début du XXè siècle puis qui évolue en 1918. En 1926, il écrit un ouvrage qui fera l’effet d’une bombe « Au-delà du Marxisme » qui remet en cause les bases de ce mouvement. De Man a rejoint les positions fabiennes et l’a prouvé dans « L’idée socialiste », il y cherchait un « souci profond des valeurs spirituelles ». Un autre socialiste surprit, Georges Valais, il se rallia à l’Action française, fonda avec Jacques Arthuis le Faisceau (premier parti fasciste français) et lança en 1922 un « comité national pour la convocation des Etats généraux ». Puis Vallois revint vers la gauche. Mais le capitalisme lui aussi est en crise et pour cette raison, Jean Coutrot anime le groupe « X-crise » dans lequel on a voulu voir une entreprise synarchiste. Il s’agissait en fait de faire survivre le capitalisme en y ajoutant des idées de gauche. Jean Coutrot pensait que le socialisme étatiste, le communisme et le capitalisme étaient trois systèmes rudimentaires et inhumains et qu’il fallait proposer à la place une synthèse, l’humanisme économique. En avril 1937, se tint une réunion à la Mutualité sur le thème « Laisserez-vous exproprier vos entreprises ? ». S’y trouvaient Jules Verger, théoricien de la collaboration des classes, Pierre Loyer de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes et Pierre Nicolle du Comité de salut économique qui traquera le synarque à Vichy. Pour eux, le néo-capitalisme était du bolchevisme. La vivacité des polémiques à propos de la synarchie à partir de 1941 s’explique par l’antagonisme de groupe politico-économiques, aux intérêts mais aussi aux conceptions divergents. Au milieu des techniciens de Vichy (dont certains travaillaient contre ce régime) se manifesta un groupe dénoncé par Déat et les amis de Laval. Ce groupe se retrouva dans le gouvernement de Darlan en février 1941. Beaucoup de ses membres gravitaient autour de la banque Worms. Pierre Puchey, Victor Arrighi, Paul Marion avaient déjà appartenu à un petit cercle d’études avant la guerre, le groupe « Travail et Nation » où figuraient Bertrand de Jouvenel et Jean Coutrot. C’est dans ce milieu que se recruta le « Groupe des cinq » : Pucheu, ministre à la Production industrielle, Benoist-Méchin à la vice-présidence, Barnaud aux relations franco-allemandes, Lehideux à l’Equipement national (Jean Saunier le ne donne pas le nom du cinquième). Leur politique économique devait consommer l’agonie du libéralisme et faire passer le capitalisme à un autre stade de son évolution par la concentration des entreprises. Au nom de l’anticapitalisme officiel, les anciennes organisations patronales comme le Comité des Forges avaient été supprimées. Mais les nouveaux comités en place permettaient une dictature des grandes entreprises sur l’ensemble de l’économie.
- Synarchie et crise spirituelle
L’idée d’un « mouvement synarchiste » conçu sans référence à Saint_Yves a été élaborée pendant l’entre-deux-guerres. Les préoccupations dominantes de la quasi-totalité des philosophes et essayistes non révolutionnaires de cette époque sont caractérisées par la recherche d’une élite nouvelle, aristocratie de l’esprit capable de faire la synthèse entre les différentes aspirations des hommes qu’elles soient politiques ou religieuses. Ainsi, en 1919, le comte Herman Keyserling auteur du « Journal de voyage d’un philosophe » avait fondé à Darmstadt une Ecole de la Sagesse qui organisait des conférences d’une semaine. Il voulait préparer une « nouvelle ère spirituelle » sans caractère confessionnel avec une nouvelle aristocratie. Il vint en France en 1933 pour deux conférences : « La révolte des forces telluriques et les responsabilités e l’esprit » et « la commune de l’esprit ». Dans son auditoire se trouvaient l’archevêque de Paris, le ministre de l’Education nationale et Huxley. A la même époque, Richard Coudenhove-Kalergi, Austro-Hongrois, se préparait à entreprendre une croisade paneuropéenne que certains ont voulu voir comme une entreprise synarchiste. Son rêve était une économie dirigé par une « aristocratie de l’esprit », une technique au service des valeurs éthiques, le gouvernement par les meilleurs. Il voulait découper le monde en cinq parties : les Etats-Unis, l’Union Soviétique, l’Empire Britannique, la Chine et le Japon et la Paneurope. Une Europe unie avec une monnaie unique et une union douanière. Coudenhove-Kalergi attira les plus réactionnaires du patronat et diffusa une idéologie semi-mystique se réclamant des Croisés, de Dante, de Mazzini et de Victor Hugo.
15 juillet 2008
Synarchie 3
- La synarchie comme volonté
En tant que programme politique, la synarchie se présente comme une analyse de la réalité sociale aux termes de laquelle la vie de chaque communauté humaine considérée comme un organisme clos doit réaliser une harmonie complète entre trois fonctions principales comparables à celles qui existent dans chaque être humain. La première fonction, qui est à la base, correspond au corps de l’homme; elle se définit en terme de « nutrition » : c’est l’économie. La deuxième fonction sociale correspond à l’activité, à la volonté comme à l’âme, elle assure les relations entre les hommes, par la voie de la législation et de la politique au sens large du terme et la troisième est l’Esprit et concerne la science, la religion et l’enseignement qui doivent guider toute l’activité humaine puisque seuls ils visent les fins dernières de l’homme. A chacune de ces fonctions doivent correspondre des institutions spécifiques, organisées de telle manière que les trois pouvoirs sociaux coexistent harmonieusement sans que l’un domine les autres. Synarchie signifie donc : « Gouvernement d’un Etat, autorité exercée par plusieurs personnes ou plusieurs groupements à la fois ». Saint-Yves condamne donc le centralisme étatique et le parlementarisme « non spécialisé ». Il accusait le parlementarisme de la IIIè République de nombreux défauts : oligarchie, incompétence. Pour remédier à cet état des choses, Saint-Yves propose une réforme complète des relations entre gouvernants et gouvernés par la création, au niveau de chaque fonction sociale, d’un législatif, d’un exécutif et d’un judiciaire avec une meilleure utilisation du suffrage universel. Pour lui, la méthode de groupement de l’électorat ne peut être théorique ni arbitraire sous peine d’être vaine. Elle ne peut résulter que des faits qui répondent par l’affirmation suivante de leurs besoins : représentation élective et professionnelle de tous les intérêts populaires par le suffrage universel lui-même, dans l’électorat, préalablement à tout vote politique, rédaction des cahiers; élections politiques sur cette base ad référendum. Le Peuple électoral offre trois grands genres de produits issus de son activité et de son contrôle professionnels. A la base c’est l’ordre économique : son produit est la richesse matérielle de la Nation. Ensuite c’est l’ordre juridique que tendent à former tous les jurys professionnels de toute espèce : son produit est la conscience publique, la richesse morale de la Nation. Enfin vient l’ordre composé par les corps enseignants et enseignés, son produit est l’Instruction et l’Education publiques, la richesse intellectuelle de la Nation.
A - Pour l’ordre économique : 1) les syndicats agricoles, 2) les chambres et compagnies de commerce, 3) les syndicats industriels et les compagnies; 4) les syndicats des agents de change, le notariat représentant la fortune privée, les syndicats financiers, les banques; 5) les syndicats ouvriers, les conseils des prud’hommes, les bourses du travail.
B - Pour l’ordre juridique : tous les jurys professionnels, civils, militaires et religieux de tous les cultes.
C - Pour l’ordre enseignant : les conseils professionnels, provinciaux et supérieurs de l’instruction publique et des cultes.
Tels seraient, pour Saint-Yves, par ordres régionaux, les pouvoirs sociaux du suffrage universel. Il tenait tout particulièrement aux trois règles suivantes : réconciliation de la science et de la religion judéo-chrétienne, distinction de l’autorité et du pouvoir, limitation de la politique par trois pouvoirs sociaux et spécialisés chacun dans son domaine ce qui est technocratique. Enfin il voulait que sa synarchie soit européenne avec un conseil européen des communes nationales, destiné à se prononcer sur les intérêts économiques européens, et représentant tous les économistes, industriels, financiers, etc.
- Un conseil européen des Etats, composé de conseillers élus par tous les corps des magistratures nationales.
- Un Conseil international des Eglises nationales représentant la totalité des divers corps enseignants de chaque nation.
Chez Saint-Yves, l’autorité dispose de l’instruction et des cultes tandis que le pouvoir règle la Justice, la police et la guerre. Le système de Saint-Yves correspond aux conditions de survie du système capitaliste car bouleversé par la Commune de Paris, il ne sut jamais voir, plus tard, que l’espoir avait changé de sens, passant du socialisme utopique au socialisme scientifique. Il n’a pas perçu la montée des auteurs comme Lassalle, Engels et Marx. Saint-Yves, avec sa synarchie, prétendait remédier à la crise économique, politique et spirituelle du début de la IIIè République. Ces théories étaient caractéristiques de certaines rêveries de la haute et moyenne bourgeoisie. Avec sa politique, Saint-Yves critiquait les politiciens professionnels chez qui il voyait plus les passions que l’intelligence. Dans le système de Saint-Yves, on trouve la volonté d’unir hommes de droite et hommes de gauche, de conjurer la lutte des classes au nom des intérêts communs. Il fut donc, un des premiers théoriciens de la collaboration de classes en régime capitaliste. Saint-Yves voulait sauver le capitalisme en atténuant les effets de la séparation du capital et du travail. Pour lui, le capital et le travail devaient s’associer dans la liberté et la fraternité sans ingérence de l’Etat. Pour cela, une autorité spirituelle devait être capable de s’imposer aux pouvoirs économique et politique. Sa politique devait donc engendrer une théocratie semi-laïque.
- La synarchie comme représentation
La synarchie de Saint-Yves est, pour Jean Saunier, une paraphrase de l’histoire de l’humanité. La synarchie est donc, pour Saint-Yves, une tradition primordiale et centrale, révélée à l’homme dès ses origines. L’organisation décrite par Saint-Yves est « sans temps », n’appartient à aucune époque et peut se retrouver dans chacune d’elles. La synarchie n’est donc que l’expression dans le domaine social d’une harmonie universelle qui rassemble spiritualisme et matérialisme. S’agissant de l’organisation générale du monde, que Saint-Yves décrit dans Mission de l’Inde, il existe une Centre initiatique mondial, il le nomme la « Paradesa » ou l’Agartha. Cette cité sainte est invisible à ceux qui marchent sur la terre, elle est souterraine et abrite 20 millions d’âmes. Elle possède une langue sacrée « primordiale », le « Vattan ». Ce centre initiatique occulte serait la plus haute autorité spirituelle existant en ce monde et donc, en dernière analyse, la seule capable de le sauver par le truchement de ses envoyés. Pour Saint-Yves, tout au long de l’histoire de l’Europe, l’idéal synarchique n’a pu prendre forme en dépit des instruments admirables qui la servaient comme par exemple l’ordre du Temple. Dans la « France vraie », Saint-Yves reconnaît que toute la théorie synarchiste est issue d’une réflexion sur les états généraux qu’il compare aux castes orientales. Dans les états généraux, l’enseignement était représenté par l’épiscopat, la juridiction par la noblesse et l’économie par les délégués municipaux. Comme pour le socialisme d’Engels, la synarchie de Saint-Yves avait pour rêve de supprimer le poids de la division de la société en classes.
- Destins de l’oeuvre synarchique
En 1882, lorsque Saint-Yves fait paraître « Mission des souverains », il va employer son temps et sa fortune pendant huit ans pour changer le cours de la politique française et même européenne. D’abord par une action diplomatique puis par une campagne plus modeste qui ne visera que la politique intérieure française. Il veut créer un conseil national économique représentatif de tous les producteurs, le capital et le travail enfin réunis. Il tentera, avec l’aide de son épouse, d’influencer le Tsar. Son disciple, le docteur Encausse fut reçu par la famille impériale russe avant d’être supplanté par Raspoutine. Saint-Yves voulait faire de la propagande à l’aide de journaux présents dans toute l’Europe qui auraient eu pour titre la « Synarchie nationale ». Il entreprit alors une tournée de conférences à travers toute l’Europe, afin d’amener les petites puissances à se constituer en Sénat européen, sorte de Société des Nations avant la lettre. Il eut du succès avec une conférence à Bruxelles mais un échec à Amsterdam. Avec la loi du droit syndical instituée en 1884, Saint-Yves pense préparer l’avènement de la synarchie par l’institut d’un « suffrage qualifié ». Une organisation de l’électorat sur une base professionnelle et syndicale entraînant pour lui l’unité de l’opinion publique et de la presse. Le 24 janvier 1886, il organise une grande réunion avec deux cents délégués sous la présidence de Jean Miltret-Fontarabie, sénateur de la Réunion. Il y présente son projet de Grand Collège économique avec ses cinq facultés : finances, agriculture, industrie, commerce et main-d’oeuvre. Un « syndicat de presse économique et professionnelle de France » fut créé. Chevreul, de l’Institut en fut président d’honneur mais le comité de patronage ne comptait guère de noms connus. Ce grand collège accomplit des démarches auprès du gouvernement en faveur de la représentation délibérante et consultative des intérêts économiques. Le président Sadi Carnot aurait fait l’éloge des voeux qui lui furent soumis au cours d’une audience en mai 1888. Une pétition avait même circulé au Parlement mais on n’en entendit plus jamais parler. La crise boulangiste empêcha Saint-Yves de réussir à se faire entendre. Après 1890, Saint-Yves se réfugie alors dans un silence hautain. Toutefois, il fut fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1893. N’ayant pu convaincre la République, il ne désespéra pourtant jamais de faire prévaloir ses vues auprès des monarchies. D’ailleurs, s’il a pu être entendu par certaines cours c’est par le truchement d’occultistes et d’organisations initiatiques. Pourtant, Saint-Yves leur témoignait toujours de la condescendance bienveillante en marquant la différence entre eux et lui. Il renvoya à Papus toutes les distinctions martinistes qu’il lui fut offertes. Malgré cela, Saint-Yves faisait l’objet d’une étrange vénération chez les occultistes et certains d’entre eux le considéraient comme « un être presque surhumain, un thaumaturge dont on recueillait avec dévotion les avis ». Saint-Yves, lui, se laissa aller à rêver de la création d’un « ordre de prêtres synarchiques » dans « Mission de l’Inde ». il aurait été reconnu par Rome afin de travailler « au salut social de la chrétienté tout entière ». Rome parla mais pour lui demander de se rétracter. L’ordre de l’étoile animé par Albert Jhouney vit quand même le jour. Il proférait une sorte de socialisme chrétien. Si Papus et les martinistes vénéraient Saint-Yves, ce n’était pas le cas de Helena Blavatsky. Saint-Yves, en rédigeant « Mission de l’Inde » en 1886, n’avait pas craint de conseiller la reine d’Angleterre et le Tsar de Russie sur leur politique en Asie dans les lettres solennelles et messianiques. En 1889, dans des poèmes pompeux, il renouvelait ses enseignements destinés à modifier tout l’équilibre européen. Papus le suivit en écrivant au Sultan de Turquie, en 1893, une longue lettre pour lui exposer que seule la création, en mode synarchiste, des Etats-Unis d’Europe avant cinquante ans pourrait garantir à son empire une sécurité absolue. Il fit de même en 1896 avec le Tsar Nicolas II.
13 juillet 2008
synarchie 2
- Politique occulte et occultisme politique
L’occultisme, en général, fait une large place à l’idée que des groupes mystérieux animent des émissaires secrets et jouent un rôle décisif dans la conduite des sociétés humaines. On pense au complot maçonnique qui aurait contribué à la Révolution Française selon l’abbé Barruel, auteur des fameux « Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme » parus en 1797. Peu avant sa mort, Barruel (en 820) avait entrepris la rédaction d’un nouveau mémoire fondé sur la révélation que lui avait faite un mystérieux Jean-Baptiste Simonini, d’une conjuration révolutionnaire permanente conduite par les Juifs et les templiers dirigée par un conseil suprême et occulte. Dès lors les Juifs remplacèrent les francs-maçons. Le martinisme fut aussi dénoncé par Christian August von Haugwitz, ministre de Prusse. Roger Mennevée affirme lui aussi que « le grand mécanisme de la diffusion de l’activité révolutionnaire depuis un siècle fut le faisceau mondial des sectes martinistes ».
A la fin du XIXè siècle et au début du XXè, la franc-maçonnerie fut accusée d’infiltrer l’Eglise. Un ex-jésuite, Emmanuel Barbier participa à cette théorie qui servira pour la dénonciation de la synarchie. En 1943, un document accuse encore le martinisme de diriger secrètement la Nouvelle Economie Politique russe, le fascisme, le nazisme et le New Deal. Jean Saunier évoque également le célèbre faux « Les Protocoles des Sages de Sion » qui servit à justifier la politique antisémite des nazis. Le succès de ce faux comme des autres exprime souvent l’incapacité de la raison à saisir la nature de l’Histoire. Lesley Fry, antisémite qui écrivait dans la très intégriste Revue Internationale des Sociétés Secrètes, prétendait que Walter Rathenau (assassiné par un groupe pré-nazi) était le chef des Sages de Sion parce que ce politicien avait écrit dans la Wiener Freie Presse : « Trois cents hommes gouvernent les destinées du continent européen, et ils élisent leurs successeurs dans leur entourage ». Incontestablement, l’anti-synarchisme n’est que le reflet de l’antisémitisme et de l’antimaçonnisme. La notion d’occultisme apparaît au milieu du XIXè siècle avec Eliphas Levi puis le rosicrucianisme, le théosophisme et le martinisme de Papus. Chaque groupe se réclame de traditions antiques et prestigieuses. De longue date, en effet, certaines traditions ésotériques ont porté sur le gouvernement des sociétés comme les projet de Jean-Valentin Andreae relatifs à l’établissement d’une République chirstianopolitaine, la « Cité du Soleil » de Campanella, « Utopia » de Thomas More, « Nouvelle Atlantis » de Francis Bacon. Tous ces écrits inspirèrent les pamphlétaires dénonçant les « Supérieurs Inconnus » de la franc-maçonnerie du XVIIIè siècle. Dans l’ordre collectif se retrouve une idée force, celle d’abolir le hasard, insupportable à la raison, de sublimer la notion du destin, et de leur substituer le rêve d’une nouvelle Providence exercée par des Sages comme dans le livre de René Guénon « Le Roi du monde » qui désigne un « Législateur primordial et universel ». Le créateur du système synarchique, Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909 a non seulement largement influencé l’occultisme contemporain mais est aussi un des premiers auteurs qui aient évoqué clairement cette légende du Roi du Monde et consacré un ouvrage au centre initiatique supérieur qu’il appelle l’Agartha. Son système philosophico-politique dénommé synarchie constitue une herméneutique de l’Histoire et un programme d’action, en vue de l’instauration d’une société parfaite gouvernée par des sages. Pourtant, aucun de ceux qui ont été accusés de synarchie ne s’est jamais réclamé de Saint-Yves d’Alveydre.
- Un marquis inspiré : Saint-Yves d’Alveydre
L’oeuvre de Joseph-Alexandre Saint-Yves, marquis d’Alveydre tient de la révélation personnelle et de l’interprétation para-scientifique d’antiques traditions. La diffusion de l’oeuvre de Saint-Yves n’a jamais dépassé les limites singulièrement étroites du petit monde occultiste sur lequel elle exerça cependant une très forte influence. Pourtant, il n’a pas laissé indifférents ses contemporains puisque Camille Flammarion et un roman à clef paru en 1886 écrit par Melle Vigneau sous le pseudonyme de Claire Vautier de l’opéra et intitulé « Monsieur le Marquis, histoire d’un prophète » le brocarde. Il fut accusé d’être un charlatan, un suborneur de jeunes filles, un hypnotiseur, un plagiaire, un pontife de salon. Son seul biographe, Barlet, écrivit un livre en 1909 tout simplement intitulé « Saint-Yves d’Alveydre ». Depuis lors, aucun auteur n’a tenté de reprendre les recherches de manière plus scientifique. Joseph-Alexandre Saint-Yves est né le 26 mars 1842. Il était le fils d’un médecin et d’une très jeune femme, Marie-Joséphine Amouroux qui n’avait que 18 ans quand elle le mit au monde. Il naquit à Paris près de la porte de Saint-Denis. Il fut en conflit avec son père et avec ses maîtres d’école pendant son enfance. Il fut donc placé à 13 ans dans une institution créée par un conseiller à la cour d’appel de Paris, Frédéric-August Demetz, la Société paternelle pour l’éducation morale, agricole et professionnelle. Elle se situait à Mettray, près de Tours. Demetz influencera Saint-Yves et celui-ci lui vouera une grande vénération. Saint-Yves reste pourtant peu de temps à Mettray. Il s’en alla vite chez le curé d’Ingrandes, l’abbé Rousseau puis revint dans sa famille au bout de deux ans. Il obtint son bac en 1861 mais après de nouvelles incartades, son père l’obligea à s’engager dans l’infanterie de marine. Grâce à Demetz, il entra à l’Ecole de médecine navale de Brest, il y resta trois ans. Pour des raisons obscures, il part à Jersey avec les proscrits à 22 ans. Il était attiré par Victor Hugo. Il se lie avec un autre hugolien, Adolphe Pelleport. Grâce à Demetz, il découvre l’oeuvre de Fabre d’Olivet, le théosophe. La grand-mère de Pelleport avait connu Fabre d’Olivet et lui livra plein d’anecdotes. La guerre de 1870 le rappelle en France. La Commune de Paris l’impressionne. Dès lors, il veut créer une formule politique susceptible de mettre fin à la violence dans les rapports sociaux. Son destin fut bouleversé quand il fréquenta le salon de Paul Lacroix à la bibliothèque de l’Arsenal. Au cours d’une soirée, il y rencontra une femme, Marie-Victoire de Risnitch qui, en 1876, avait divorcé d’avec le comte Edouard Fiodorovitch Keller, conseiller du Tsar. Elle avait 50 et une rocambolesque. Elle s’était prise d’un vif intérêt pour les sciences occultes et l’alchimie. Moins d’un an après leur rencontre, ils se marièrent en Angleterre, à Wesminster, le 6 septembre 1877 et s’installèrent à Paris près de l’Etoile. Saint-Yves quitte le Ministère de l’Intérieur pour une nouvelle vie plus riche qui lui fait acquérir aux yeux du Tout-Paris une réputation de gigolo. Il fut ridiculisé par une curieuse opération commerciale. Il avait résolu de mettre au point un procédé d’utilisation industrielle des algues marines pour en faire du papier mais l’opération échoua. Sa femme hérita d’une terre italienne à laquelle était attachée le titre de marquis d’Alveydre. C’est celui que prit son roturier d’époux. Assisté d’un secrétaire, Louis Cabrol, il dicte ses ouvrages, les « Missions ». Le premier paraît en 1882, la « Mission des souverains » puis celle des ouvriers, la mission des Juifs, celle de l’Inde et celle de la France. On lui reproche d’avoir plagié Fabre d’Olivet dans sa « Missions des Juifs », Oswald Wirth, secrétaire et biographe de Stanilas de Guaita, occultisme renommé éprouva un cruel désenchantement lorsque Saint-Yves fut démasqué en tant que plagiaire. La déconvenue fut grande et moins de huit ans après la Mission des Souverains, il mettait un terme à sa carrière d’écrivain avec un livre sur Jeanne d’Arc. La fortune du couple commence à fondre et il émigre à Versailles. La Marquise meurt le 7 juin 1895. Saint-Yves, inconsolable, transforme sa chambre en chapelle. Avec la vogue du théosophisme d’Helena Blavatsky, l’oeuvre de Saint-Yves fut récupérée car les occultistes théosophes croyaient à une « Grande Loge Blanche » dirigeant de manière occulte les destinées du monde située au Tibet. En 1885, Saint-Yves fut visité par un mystérieux émissaire nommé Hadj Scharipf, prince afghan. Il révèle à Saint-Yves le secret d’une autorité suprême organisée en mode synarchique, à la tête de laquelle se trouve trois pontifes : le Brahatma, le Mahatma et le Mahanga. Saint-Yves craignant les représailles de ces hauts initiés ordonne que son livre « Mission de l’Inde » soit détruit. Le seul exemplaire qui restait fut publié après sa mort. En 1886, il avait prévu que si les Occidentaux ne faisaient pas la synarchie, il prophétisait la suprématie de l’Asie en 1986. Vers 1894, Saint-Yves reçut la visite d’un autre oriental beaucoup plus sérieux que le premier. Mais cet informateur aurait été découragé par les préoccupations sociales de Saint-Yves. A cette époque, Saint-Yves consacre ses activités à une nouvelle oeuvre encore plus importante que le système synarchique et qu’il appelle l’archéomètre. Il s’agit d’une synthèse concrète de toutes les connaissances. Elle se définit comme un procédé permettant d’appliquer aux sciences et aux arts une pénétration mécanique des arcanes du verbe; c’est un instrument de mesure des premiers principes. Pour Saint-Yves, archéomètre vient du sanscrit Arka-Matra soit Arka le soleil et Matra la mesure. Mère par excellence, celle du Principe. Cet instrument est formé de cercles concentriques et mobiles les uns par rapport aux autres pour former un nombre infini de combinaisons entre les signes dont ils sont couverts : signes zodiacaux et planétaires, couleurs, notes de musique, lettres des alphabets hébreu, syriaque, araméen, arabe, sanscrit ainsi qu’une langue appelée Vattan par Saint-Yves, des nombres, etc... Saint-Yves ne vit pas aboutir ses recherches car il mourut à Paris le 6 février 1909. Il fut oublié. Saint-Yves se sentait dépositaire d’une mission. Il regarda toujours avec condescendance les organisations occultistes et refusa d’appartenir à l’une d’elle. Il ne fut jamais grand-maître de l’ordre martiniste comme on l’a répété. Il était animé par une ambition hors du commun. Il voyait son oeuvre comme « le testament historique d’un peuple ». Il souhaitait l’établissement d’un Concile oecuménique européen, où seraient représentés tous les cultes, toutes les universités, toutes les loges de 33è degré, toutes les directions souveraines et lui-même exposer et défendre la loi synarchique assisté de deux mages de l’Agartha (le royaume souterrain légendaire où se trouvaient le roi du monde). Saint-Yves apparaît comme l’un des derniers utopistes du XIXè siècle. Pour lui, la synarchie était une loi qui, étant celle de l’organisation normale des sociétés, est du même coup la loi de l’Histoire ».
La synarchie ou le vieux rêve d'une nouvelle société (Jean Saunier)
La synarchie ou le vieux rêve d’une nouvelle société (Jean Saunier)
- Une réalité insaisissable
Le 24 janvier 1937, Dimitri Navachine fut assassiné par le Comité Secret d’Action Révolutionnaire, la Cagoule. Un collaborateur de l’Action Française avait ordonné le crime. La victime était un banquier réputé agent soviétique par les milieux nationalistes. Il était soupçonné d’appartenance à la franc-maçonnerie et au Martinisle. Plus tard, ce crime fut imputé à la synarchie. Navachine aurait découvert son existence et ses soutiens financiers. Cette thèse circule sous l’Occupation. Jean Coutrot, polytechnicien ne se serait pas suicidé mais aurait lui aussi été éliminé par la synarchie. De même, l’assassinat mystérieuse de Constant Chevillon, grand-maître du Martinisme au courant des implications occultistes de la synarchie. Il existerait un «Pacte synarchique révolutionnaire pour l’Empire français » qui menacerait tout opposant à la synarchie. La synarchie aurait été capable de s’emparer des plus importants leviers de l’Etat, aurait saboté l’oeuvre du Front Populaire, serait responsable de l’effondrement militaire et politique de la IIIè République, assez habile pour prendre le pouvoir sous Pétain et le conserver sous de Gaulle. Les synarques seraient des technocrates, adhérents d’une sorte d’Opus Dei, ministres de Vichy, ultras de la Collaboration, cinquième colonne, jésuites réactionnaires, membres du MRP, adhérents du Grand Prieuré des Gaules, du Groupe Bilderberg, gaullistes de gauche, bref n’importe quoi. La synarchie se rencontre dans l’occultisme et la politique.
- D’une synarchie à l’autre
La criminelle entreprise des synarques apparaît dans les journaux à partir de 1941. Elle est le fruit de l’imagination de Pierre Costantini, héros de la 1ère guerre mondiale, anticommuniste, membre de la Cagoule, fondateur d’une Ligue française d’épuration, d’entraide sociale, et de collaboration européenne, signataire de la Ligue des Volontaires Français contre le bolchevisme. Son journal, l’Appel fut l’un des plus orduriers de la presse collaborationniste. A la Libération, il fut reconnu irresponsable pour « insuffisance mentale ». C’est dans L’Appel, le 6 juin 1941 qu’apparaît la première allusion à la synarchie.
Paul Riche, alias Jean Mamy, auteur du film antimaçonnique « Forces occultes » fit paraître, lui aussi, des révélations sur la synarchie. La synarchie est présentée comme un nouvel avatar des Sages de Sion et de l’antisémitisme le plus vulgaire. Paul Riche fut exécuté à la Libération. Le collaborateur Henry Coston a affirmé que les tribunaux de l’épuration n’ont pas manqué les antisynarchistes. Paul Riche a été condamné pour son antisémitisme virulent et non pour ses révélations sur la synarchie. Pour Geoffroy de Charnay, l’auteur de référence sur la synarchie, les autorités d’Occupation n’ont jamais cessé d’accorder une protection soutenue à la synarchie et avaient laissé passer des articles de divulgation en vue d’observer les réactions. Un autre auteur, Roger Mennevée affirme que les première dénonciations de la synarchie furent inspirées par les plus hautes influences de la synarchie pour épurer les cadres du mouvement et dévier le ressentiment populaire vers d’autres entités responsables. Le 13 décembre 1940, Laval est renvoyé par des amis de l’Action Française. Henri Martin, comploteur patenté réalise en février 41 avait tiré pour d’autres les marrons du feu. Les nationaux désireux de se débarrasser de Laval trop pro-allemand avaient agi mais c’est Darlan qui prenait la pouvoir avec l’aide de la synarchie. Les amis de Laval accusèrent également la synarchie d’avoir comploté contre eux. Les dénonciateurs de la synarchie étaient liés au Rassemblement national populaire fondé par Déat. Le RNP accusait le gouvernement d’être dirigé occultement par les Juifs et les francs-maçons. Déat accusait Darlan d’avoir été l’artisan de l’arrivée au pouvoir de la synarchie. Pour Déat, la synarchie est poussée au pouvoir par la banque Worms. L’attentat contre Laval et Déat le 27 août 1941 était pour certains une vengeance de la synarchie. Une deuxième image de la synarchie apparaît. Elle n’est plus une société secrète qui sabote la Révolution nationale mais l’explication de cette dernière. Elle est Vichy dans son ensemble. Pierre Nicolle qui était sous l’Occupation l’informateur du patronat français publia plusieurs notes sur la synarchie. Il pensait que Bouthillier et Barthelot, ministres de Vichy, en étaient les chefs. Le commissaire Henri Chavin avait été nommé directeur de la Sûreté nationale en septembre 40. Il avait eu à connaître l’affaire du ministre Peyrouton, avait désigné le commissaire Mandanel pour procéder à l’arrestation de Laval. Chavin conserva son poste à l’arrivée de Pucheu à l’Intérieur. Son nom est attaché à un rapport confidentiel sur la société polytechnicienne dite Mouvement Synarchique d’Empire ou Convention Synarchique Révolutionnaire. Le document est diffusé à des milliers d’exemplaires. Chavin n’est pas l’auteur du rapport qui porte son nom, il l’a seulement transmis. Dans la liste des prétendus synarques figure Pucheu. Chavin entre au Conseil d’Etat en septembre 41 et cela ressemble à une disgrâce. Les auteurs qui traitent de la synarchie disent que c’est une société secrète fondée en 1922 dont l’un des membres dirigeants fut, entre les deux guerres, Jean Coutrot, animateur du Groupe X Crise, du Centre polytechnicien d’études économiques, du Comité national de l’organisation française, du Centre d’étude des problèmes humains qui auraient constitué des cercles exotériques de la synarchie. La synarchie, anticommuniste aurait eu pour objectif de créer une nouvelle idéologie révolutionnaire. Après son accès au pouvoir en juillet 40, elle aurait vidé la Révolution nationale de toute mesure socialisante, sapé à la base toute tentative d’affaiblissement de la domination économique de certains groupes capitalistes internationaux, sauvegardé par tous les moyens les intérêts états-uniens, fait échec à toute tentative d’organisation économique européenne de nature à rendre ce continent indépendant de l’Amérique. Le mouvement synarchique d’empire représente donc essentiellement un épisode de la lutte du capitalisme international contre le socialisme et une tentative puissante d’impérialisme financier. Avec l’Etat français, les grandes administrations du pays sont devenues les services extérieurs de la Banque Worms et le Journal officiel sert de véhicule aux décisions de son conseil d’administration. La drôle de guerre de 1939-40 est donc une révolution camouflée et dissimulée sous un désastre militaire obtenue par une bataille truquée en vue de concentrer l’économie du pays entre les mains de la synarchie. Dans la presse résistante, Pierre Hervé dénonce la synarchie dans « Action » en affirmant qu’il s’agit d’une bourgeoisie intellectuelle et financière.
Dès le procès de Pierre Pucheu, exécuté à Alger le 20 mars 1944, l’ombre de la synarchie était apparue. Mais la défense en nia l’existence. Il en ira ainsi pour tous les procès de Collaboration. Les autres enquêtes officielles ouvertes après la guerre n’aboutirent à aucun résultat et furent classés en 1947. L’échec des enquêtes officielles pour manque de preuves est devenu aussi la démonstration de la permanence et de l’invincibilité du complot synarchique. La synarchie est passée d’une dimension historique à une autre. D’abord une organisation occulte soutenant l’équipe vichyssoise ensuite l’explication de toute l’histoire de la France au XXè siècle.
- Une interprétation de l’histoire contemporaine
Quelques historiens ont étudié la synarchie en reprenant le Rapport Chavin comme Raoul Husson (1901-1967) qui participa à l’élaboration de certains des documents anonymes qui circulèrent sous l’Occupation. Il rédigea une série d’articles sous le pseudonyme de D.J. David dans la revue La France intérieure. Peu après, il fit paraître sous le pseudo de Geoffroy de Charnay (nom d’une adjoint de Jacques de Molay, grand-maître des templiers) un ouvrage intitulé « Synarchie, panorama de vingt-cinq années d’activité occulte ». Le second spécialiste de la synarchie était Roger Mennevée, journaliste bien informé en ce qui concerne les questions relatives à l’espionnage. Après la guerre, il se mit à voir la synarchie partout dans ses « Documents politiques, diplomatiques et financiers ».
Déjà, en 1928, il consacra une étude à « l’organisation antimaçonnique ». Il y dénonçait une « Internationale de la réaction ». Pour lui la synarchie était une véritable organisation hiérarchisée recrutant dans certaines couches élevées de la bourgeoisie plaçant ses affiliés dans les hautes sphères de l’administration, la franc-maçonnerie, certains milieux militaires et la technocratie. Charnay précise qu’il n’y avait que mille synarques en 1939. Aucun auteur pourtant ne résout à l’analyse de la synarchie comme réalité politico-économique aussi cherche-t-on à la rapprocher d’une société secrète politique réputée celle des Illuminés de Bavière. Selon Charnay, les recruteurs de Mouvement synarchique attiraient les sujets à recruter, les observaient à leur insu et leur remettaient un exemplaire du Pacte synarchique pour leur demander leur adhésion immédiate. Cette méthode correspond à celle d’un parti de cadres, soucieux de s’assurer que ses membres professent des idées compatibles avec les siennes propres. Selon les auteurs spécialistes de la synarchie, le mouvement élaboraient trois pièges. Sur le plan philosophique, la plupart des associations qui, entre les deux guerres, diffusèrent un nouvel humanisme. Sur le plan économique et social, les associations patronales ou syndicales qui se préoccupaient d’organisation scientifique du travail ou étudiant le crise économique du monde capitaliste. Sur le plan politique, les organisations nationalistes qui se consacrèrent à la lutte anticommuniste. Ce mouvement n’est donc ni plus ni moins qu’un nouveau masque de l’Internationale réactionnaire. Cette thèse marquée à gauche rejoint en fait celle des collaborationnistes qui dénonçaient dans la synarchie les influences « réactionnaires et cléricales » de certains ministres de Pétain. La croyance en l’action de la synarchie s’apparente à celle des Jésuites. Après l’assassinat de Henri IV, déjà de très nombreux ouvrages dénoncèrent le rôle des jésuites. Aujourd’hui c’est l’Opus Déi qui est accusé de complot. On doit recevoir avec circonspection la thèse selon laquelle le Mouvement synarchique aurait été un instrument de l’Eglise et des jésuites car il faudrait admettre que l’Eglise, considérée comme un centre de décision unique, aurait pu utiliser délibérément des organisations d’extrême-droite et des association libérales. Mennevée pensait que la synarchie était un centre de décision unique et mondial, une des « forces occultes qui mènent le monde ». Selon lui, il y aurait le pôle P (protestant) dirigé par des anglo-saxons et des nordiques, le pôle c/s (catholico-synarchiste) réunissant les intérêts financiers concentrées autour de l’Eglise, le pôle C (communiste) tendant à déposséder les deux premiers de leur prédominance. L’histoire secrète du monde s’expliquerait donc par les conflits acharnés que se livrent les trois centre de décisions. La synarchie aurait vu le pôle C et le pôle C/S s’affronter en France, le pôle P n’interviendrait pas. Le pôle C/S aurait mis en place un système idéologique appelé à faire apparaître l’inutilité de la révolution considérée par les tenants du pôle C comme l’unique moyen de rendre la société plus juste. D’où l’importance des mouvements planistes, humanistes et réformistes dans le système de recrutement synarchiste. La théorie du complot explique l’histoire avec une signification précise et accessible : ses désordres ne sont qu’apparents puisqu’ils sont, en fait, le résultat visible de combats invisibles que se livrent de puissantes sociétés secrètes.
Emmanuel Beau de Loménie, auteur d’ouvrages sur les dynasties bourgeoises, écrivait en 1953 que « la société secrète dénommée Mouvement synarchique d’Empire n’a probablement jamais existé ou n’a été qu’une minuscule chapelle dont l’origine ne semble pas remonter beaucoup haut que l’année 1940. » Beau de Loménie ne niait pourtant pas l’esprit synarchique qui régnait, selon lui, chez les technocrates. Pour lui, cet esprit synarchique s’est développé dans notre parlementarisme plus que sous Pétain. Seulement, il se garde de se laisser entrevoir du public. Cette thèse a été reprise par Philippe Bauchard qui ne parle pas de complot mais de « communauté de pensée ». Tandis que l’universitaire Roland Mousnier, analysait dans le projet synarchique le prototype d’une société d’ordre technocratique. Ainsi, et René Gillouin le confirme dans « J’étais l’ami de Pétain », les synarchistes, ou réputés tels n’étaient que les mandataires de puissants intérêts économiques. Les technocrates seraient donc considérés comme une nouvelle force occulte.
12 juillet 2008
Coluche 3
Coluche a commencé à s’apercevoir de la différence de son jeu en jouant autre chose que du Coluche adapté au scénario. Hélas, aucun grand metteur en scène de cinéma dit d’auteur n’a manifesté la volonté de s’intéresser vraiment à lui mais Coluche se rendit compte qu’ils n’étaient pas du même monde. On avait décidé une fois pour toutes que Coluche était un comique et rien qu’un comique et le cinéma est passé à côté de lui. Il admirait Robert Mitchum, Lino Ventura et surtout Jules Berry et Michel Simon. Il voulait secrètement monter sa propre maison de production en 1985, il l’aurait baptisée « Le Radis rose » dans une usine désaffectée de Montreuil. Le projet était en chantier. En mars 1984, il obtient le césar du meilleur acteur pour « Tchao Pantin ». La salle est unanime. Il est en smoking et noeud papillon, il est visiblement ému. Il est agacé que certains découvrent qu’il peut être un très grand acteur. Après son césar, Coluche passe à autre chose. Il joue dans « La vengeance du serpent à plume », « Le bon roi Dagobert », « Les rois du gag », « Le fou de guerre » et « Sac de noeud ». Les voyages ? Il n’aime guère et les lieux de tournage sont une routine. En juillet 84, Europe 1 le rappelle pour l’émission « Y en aura pour tout le monde ». Il a retrouvé son punch. Son contrat est reconduit en septembre et il est opposé aux « Grosses têtes » de RTL. Peu de temps après, il présente « Coluche infos » sur Canal +. En mars 1985, il a participé aux « Chanteurs sans frontières » avec Renaud pour répondre aux fameux Band aid de Bob Geldof. Coluche a dissipé l’humeur un peu guindée qui régnait pendant l’enregistrement. Il fait rire tout le monde. Le disque se vendra à 2 200 000 exemplaires et rapportera 7 millions de francs à Médecins sans frontières. Un concert est donné à la Courneuve en octobre 1985. Sur Europe 1, Coluche entant des cris de désespoir et il est très sollicité. Le 15 juin, Coluche participe au rassemblement de S.O.S. Racisme à la Concorde. L’opération de Harlem Désir à démarré en janvier 85 dans l’émission Droit de réponse et Coluche a vite suivi. Il prouve ainsi qu’il s’est toujours avéré un fidèle révélateur des bouleversements sociaux de fond. Le 17 mai 1985, Coluche participe au « Jeu de la vérité » de Patrick Sabatier. Il ne redoute aucune question. Il pense que l’émission est destinée aux téléspectateurs qui n’aiment pas la vedette mais la plupart des questions sont fraternelles. Il parle de la drogue, de l’homosexualité. Il accepterait la Légion d’honneur mais viendrait à l’Elysée en slip pour que Mitterrand ne sache pas où la mettre. Il soutient les autonomistes guadeloupéens même s’ils ont plastiqué sa maison. Franck Tenaille évoque la passion de Coluche pour les motos. Coluche en avait une dizaine et s’en faisait prêter par le Journal Moto 1 pour les essayer. Il avait une passion des Harley. Il s’était fait tatouer les initiales de Harley Davidson flanquées de l’aigle royal. Le 29 septembre 85, Coluche bat le record du monde du kilomètre lancé sur le circuit de Nardo en Italie. Il avait un projet de journal, le « Stupéfiant journal navrant » mais celui-ci restera lettre morte. La télé d’Etat se méfiait trop de lui pour lui confier une émission, restait la radio. A partir de juillet 85 et pendant neuf mois, il anime avec Maryse Gildas son émission quotidienne « Y en aura pour tout le monde » annoncée sur les murs des villes par une grande affiche où on le voit lancer une grosse tarte à la crème. Il arrive trois heures avant le début de l’émission pour préparer sa revue de presse avec l’aide de Jean-Michel Vaguelsy car il n’aime pas lire. L’audience augmente de 150 %. En résulta un disque, « Les blagues de Coluche à Europe 1 ». Le 13 novembre 85, se produit un esclandre quand Christine Clerc du Figaro souhaite rencontrer Coluche. Elle l’accuse de mépriser les politiciens et il lui répond par des insultes et l’asperge d’au. On parle de coups ce qui est faux. Coluche avait déjà eu un problème quand le 20 juin, il fut accusé d’outrage à agent après qu’il a garé sa Cadillac sur un couloir de bus. Coluche est condamné à deux mois fermes. Le procureur l’insulte en déclarant : « La civilisation est fichue ». Si c’est ça le génie, être le La Bruyère des vespasiennes. » Il fait des excuses à l’agent et sa peine est transformée en soixante heures de Travail d’Intérêt Général. En octobre, Philippe Gildas et Pierre Lescure lui donnent carte blanche pour une émission sur Canal +, ce sera « Coluche un faux ». Un quart d’heure, tous les soirs et en direct. Coluche est déguisé tous les soirs. Le public est convié à dire ce qu’il souhaite grâce à une vidéomaton. Avec sa situation et son fric, Coluche veut faire bouger les choses. Il en parle à Paul Lederman. Il est aidé par Alexandre, le fils de Lederman et les étudiants de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris. Les Restos du coeurs sont nés et constitués en association loi de 1901. Son logo : un coeur et une fourchette. Par jalousie, des journalistes parlent de coup publicitaire. Mais les institutions bloquent et sur les 200 000 repas prévus seuls 20 000 sont offerts. Mais deux mois avant les élections législatives, Coluche met les politiciens au pied du mur et le projet fera boule de neige. Henri Nallet, le ministre de l’Agriculture offre un local dans la Tour Montparnasse. A droite, on voit ça d’un mauvais oeil. D’autant que Coluche s’affiche comme l’ennemi du RPR. Mais ils sont obligés de suivre. TF1 consacre une émission aux Restos du coeur le 26 janvier 86 et Libération consacre sa une à « Saint Coluche ». Grâce à l’émission de TF1, Coluche récolte 20 millions de francs et les Restos pourront distribuer 60 000 repas quotidiens dans toute la France. Coluche ne veut pas que les Restos s’arrêtent et imagine une loi permettant de faire de tout donateur un contribuable nourricier à déduction fiscale. Il frappe à la porte de Matignon et à celle du Parlement Européen. A la fin de l’hiver, les restos ferment et Coluche donne à l’abbé Pierre ce qu’il reste d’argent, 1 500 000 francs. A la fin de sa vie, Coluche avait trouvé le bonheur avec Frédérique Romano, cela ne l’empêche pas de parodier le mariage très mondain de Yves Mourousi et Véronique d’Alençon. En effet, Coluche se « marie » avec Thierry Le Luron. Il est vêtu d’une robe virginale. Les témoins sont Eddie Barclay et Carlos. Le mariage « pour le meilleur et pour le rire » est célébré par le maire de la commune libre de Montmatre. Le cortège parcourt les Champs-Elysées en calèche et termine sa course à Europe 1. Puis Coluche, avec Guy Bedos, soutient Mitterrand au meeting que tient le président à Lille. Coluche aimerait beaucoup Mitterrand, il était allé à l’Elysée et le président était venu rue Gazan. Mais le principe de cohabitation ne déplaisait nullement à Coluche. Pour lui, il fallait prendre ce qu’il y avait de mieux à droite comme à gauche. Coluche reparaît une dernière en public le 14 juin 86 à la seconde fête de S.O.S. Racisme puis c’est l’accident. Lors de ses obsèques, sont là ses amis du show-biz, ses copains motards, des hommes politiques, des intellectuels et des journalistes. Il devait revenir sur scène au Zénith. Pour préparer sa rentrée, il avait loué une maison près de Grasse. Après sa mort, la presse l’a « canonisé », en faisant un saint laïque sauf les journalistes du Figaro qui ne l’avaient jamais aimé.
09 juillet 2008
Coluche 2
A partir de 1978; Coluche va commencer à faire usage de ses talents d’improvisateurs dans ses spectacles, s’avérant politiquement plus pointu, en saisissant l’actualité à bras-le-corps. Il est sur Europe 1, en prise direct avec le public et l’actualité. Il dialogue avec les auditeurs et joue au disc-jockey. Pour préparer son émission, il est aidé par Gérard Lanvin. Ivan Levaï assurera même que la revue de presse de Coluche est la meilleure de la radio. La direction d’Europe 1 fait parfois le gros dos mais il n’y aura qu’un seul problème quand Coluche déclarera « Des veuves de guerre utilisent leur pension pour entretenir des gigolos ». Coluche détournant les pubs et étant devenu un media à lui tout seul., Sotah affirme que la radio lui a permis d’être ouvert sur les gens et plus tolérant, plus généreux, à faire plus attention à l’opinion des autres. Grâce à Coluche, Europe 1 est devenue la radio la plus écoutée de France. Mais fatigué, il abandonne en juin 1979. Il reprend en janvier 1980 mais sur RMC. Il lui est interdit de parler de dieu et des Grimaldi. Il tiendra parole... pas tout à fait puisque RMC le licencie pour ce jeu de mot : « Avez-vous vu Monte-Carlo ? Non, mais j’ai vu monter Caroline ! ». On l’avait embauché pour six mois et il n’a fait que quinze jours. Son assistant était le soixante-huitard et cinéaste Romain Goupil. Cette éviction provoque une affaire Coluche avec les pour et les contres, les admirateurs et les pincés. Louis Pauwels, directeur du « Figaro », lui consacre une page hostile. Coluche répond qu’il lui a rendu un grand service en déclarant que Coluche ne représentait pas l’esprit français. Le succès de Pauwels, « Le matin des magiciens » sera rebaptisé par Coluche « Le matin des miliciens ». Une autre expérience enrichit Coluche, le travail avec la bande de « Hara-Kiri », Cavanna, le professeur Choron, Cabu, Gébé, Wolinski. Coluche joue dans le film utopiste « L’an 01 » de Gébé. Il fait des romans photos pour Hara-Kiri et avec Reiser une mise en dessin de blagues sur les curés, les Juifs, les Belges. Sa campagne électorale de 1981 est mise en oeuvre avec la bande de Choron. Durant l’été 1980, il sympathise avec Richard Gotainer puis avec Charlélie Couture qu’il soutient en les prenant en première et deuxième parties de son spectacle au Café de la gare. A l’automne 80, Coluche reprend possession du Gymnase avec un spectacle inédit. Il annonce ses adieux à la scène pour profiter de sa femme et de ses enfants. A ce tournant de sa vie, Coluche est millionnaire. Il déclare : « Je ne suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre ». Il dilapide sa fortune avec l’innocence d’un gosse qui se rend compte que le père Noël, c’est lui. Il achète une Rolls et une maison à la Guadeloupe et deux voiliers qu’il coule en les manoeuvrant comme un novice. Sa maison est plastiquée en 1984 par des inconnus, des autonomistes. En 1981, il joue dans « L’inspecteur Labavure » et se présente aux Erections pestilentielles. Sous forme d’une lettre ouverte aux élus dans « Charlie Hebdo » il fait appel aux élus pour obtenir les 500 signatures. Le 30 octobre 1980, il convoque les journalistes au Gymnase pour une conférence de presse d’un genre inédit. Il annonce sa candidature à l’élection présidentielle. Les occasions de rire se font rares : affaire de Broglie, affaire des diamants, attentat devant la synagogue de la rue Copernic. Alors les journalistes sont nombreux à venir le voir. Il s’affiche comme candidat « Bleu, blanc, merde », candidat des minorités, le candidat nul. Il obtient l’aide d’Hara-Kiri. Cavanna prend ça au sérieux. Coluche a fini par se prendre au sérieux après avoir voulu commencer par une plaisanterie. Il a vraiment cherché à avoir les 500 signatures. Il a bûché ses dossiers et la classe politique est morne, tout le monde est persuadé que Giscard va gagner. La candidature de Coluche ne doit rien à une stratégie de marketing et Paul Lederman n’y est pour rien, il y est même opposé. Coluche y avait pensé dès 1974. Il rêvait de voir Francis Blanche se présenter mais comme il est mort depuis, il le fait maintenant à sa place. Outre Hara-Kiri, le quotidien Libération se met à sa disposition et lui offre une tribune quotidienne à partir du 4 novembre 80. Des tee-shirts, des badges imaginés par la bande à Choron sont diffusés via des dizaines de comités de soutien. Gérard Nicaud, du CID-UNATI (syndicat des petits artisans) le soutient ainsi que le philosophe Gilles Deleuze et le psychiatre Félix Guattari. La campagne de Coluche sort de la sphère du show-biz pour embrasser le corps social tout entier. Le sociologue spécialiste du langage nazi, J.P. Faye et Pierre Bourdieu sont également de la partie. Coluche est taxé de poujadisme de gauche par le centriste Lecanuet. Les communistes le raillent également parlant de lui comme d’un milliardaire bien intégré. Quant à Jean Daniel, le rédacteur du Nouvel Obs, il ne souhaite « nullement » à Coluche de réunir les signatures nécessaires pour valider sa candidature ».
Bref le candidat Coluche commence à devenir encombrant. Les artistes sont avec lui : Renaud, Souchon, Belmondo, Hallyday, Ferré. Les instituts de sondage le créditent de 12% d’intentions de vote ! Goupil avoue que Coluche prenait l’affaire très au sérieux. Il va même à l’Ecole Polytechnique pour parler de pacifisme, d’antimilitarisme, de reconversion des usines d’armements. Premier accroc avec Libération. Coluche envoie sa phrase assassine : « Les trente-deux manières d’interpréter une candidature : M. F. Garraud refuse d’être à plat ventre, elle n’a qu’à se mettre sur le dos, comme d’habitude ». Censure sans que Coluche soit prévenu. Il est vexé. Le 27 novembre, on retrouve René Gorlin, son régisseur, mort dans un terrain vague à Gournay. Les supputations vont bon train. On découvrira plus tard qu’il s’agissait d’un crime passionnel. En décembre, Coluche reçoit des lettres anonymes. Une missive est signée « Honneur de la police », un groupuscule d’extrême-droite. Groupe qui avait revendiqué l’assassinat de Pierre Goldman, le frère gauchiste du chanteur. Coluche en parle à la police mais elle prévient les journaux pour chercher à lui nuire. Trois semaines plus tard, Coluche est jugé indésirable au « club de la presse » d’Europe 1. Il est exclu des médias même de « Collaro-show ». Il en est très perturbé car il croyait pouvoir manipuler les médias. Seul la presse anglo-saxonne s’intéresse encore à lui le 9 février 1981. Pourtant début décembre, Coluche est crédité de 16% des votes. Beaucoup d’élus n’ont pas caché qu’ils étaient prêts à lui accorder leur parrainage. Il obtiendra des signatures mais pas les 500. La presse cherche à le détruire comme L’Express qui titre « la vraie nature de Coluche », article construit selon une vision assez policière de sa trajectoire et de ses frasques. Minute, le journal d’extrême-droite publie une photo anthropométrique de lui prise le 22 août 1963 alors qu’il avait fauché dans la vitrine murale d’un commerçant de Dinard quelques rasoirs. Coluche continue malgré tout par amour-propre. Le 16 mars, il entame une grève de la faim. Il fait une nouvelle conférence de presse à poil, un ruban tricolore autour du sexe, une plume entre les fesses. Il poursuit sa grève de la faim pendant 16 jours. Le 29 mars, il fait un malaise en rentrant chez lui, il est à bout. Il retire sa candidature en avril.
En 1981, Coluche va vivre le plus grand revers de sa vie. Sa femme le quitte. Cela va creuser un grand trou noir existentiel quatre ans durant. Véronique est celle qui l’a aimé, désiré, soutenu au temps de la « galère » pendant 10 ans. Elle refuse l’assistanat que Coluche lui propose sous forme d’un repli avec armes et bagages aux Antilles. Alors Coluche part à la Guadeloupe. Il revient en mai pour voter et participer au « Tribunal des flagrants délires » et repart. Le Coluche de cette douloureuse parenthèse n’est ni celui qui a conquis la gloire ni le futur Coluche qui va se déployer après « Tchao Pantin ». En octobre 1981, il présente une émission sur RFM. Il le fait gratuitement car Patrick Meyer, directeur de RFM, avait démissionné de Radio 7 suite au refus de Radio France de laisser s’exprimer le candidat Coluche. Mais RFM est brouillée par l’Etat en conflit avec les radios libres alors Coluche prend la défense de la radio. Coluche a laissé sa maison parisienne à Véronique. Il vit dans le quartier des Halles. Il fréquente les boîtes de nuit, les copains, les filles mais déprime. Il se drogue. Il écrit « Soleil immonde » pour Renaud. Dans cette chanson, c’est son histoire d’amour brisée qu’il raconte. Il tourne dans « Bonzaï » de Claude Zidi, dans « Deux heures moins le quart avant JC », « La femme de mon pote » de Blier. Lui qui aimait vivre en compagnie, s’isole, enfourche sa moto pour des balades solitaires. Ses amis du moment sont Ludovic Paris (son directeur artistique), J.M. Vaguelsy (son lecteur de journaux), Didier Lavergne (son maquilleur), « Bouboule », Gérard Lanvin. En février 1983, le grand orchestre du Splendid lui demande de remplacer Jacques Delaporte fatigué. Il accepte gracieusement. Il prouve qu’il sait chanter. Mais il connaît un nouveau drame, la mort de son ami Patrick Dewaere. Le public découvre le Coluche fragile dans « Droit de réponse », le 19 juin 1983. Le titre de l’émission est : « Faut-il se débarrasser de Coluche ? ». Il est seul contre tous. Des journalistes de droite l’attaquent ainsi qu’un ancien combattant et le père Di Falco et Jean Yves Lafesse. Seul Jacques Séguéla le défend. 12 millions de téléspectateurs ont suivi l’émission. Coluche muni d’une cape, joue un Zorro ubuesque. Il lit des notes qu’il a préparées, ce qui n’est pas son genre. On le sent désarçonné. Il quitte l’émission un quart d’heure avant la fin avec un simulacre de suicide au pistolet. Séguéla déclare : « Ce soir, on a tué un poète ». Personne ne s’y attendait. Jacques Martin insulte Polac, le traitant d’intello sadique qui se venge des comiques populaires. Le vrai visage aussi d’un autre Coluche est découvert avec « Tchao Pantin ». Le public et les critiques sont désarçonnés par le rôle et le look de Coluche et surtout par son jeu. On perçoit dans le film toute l’authenticité de la souffrance de Coluche. Berri et Coluche se connaissent depuis 1969. Il lui signe un contrat de quatre films pour sept millions de francs. Il y a « Le maître d’école », « Deux heures moins le quart avant J.C. », « Banzaï » et « La femme de mon pote » produits par Berri. Coluche souhaitait jouer le rôle de Michel Blanc dans « Tenue de soirée ». Il devait également jouer dans « Jean de Florette » le rôle d’Ugolin et dans « Promotion canapé ».