30 septembre 2009
Après la Mort (Flammarion)
Après la mort (Camille Flammarion)
1 Investigation générale sur la réalité des manifestations de morts.
Flammarion veut établir la survivance sur des faits d’observation, par la méthode expérimentale, en dehors de toutes croyances religieuses. Il a reçu 4800 lettres et en a détaché quelques centaines d’observations qui lui ont paru inattaquables. Pour lui, les principes de la méthode scientifique nous commandent de ne recevoir les récits de phénomènes extranaturels qu’avec une extrême circonspection. Tous les récits doivent donc être d’abord tenus pour suspects. Mais les déclarer tous inadmissibles est simplement une stupidité. Flammarion admet l’existence en nous d’un principe spirituel différent des attributs physiologiques, physiques, mécaniques, chimiques de l’organisme animal; véritable substance psychique, que la désagrégation du corps laisse intacte. LA communication télépathique d’une âme à une autre pendant la vie n’est pas douteuse. Elle ne l’est pas non plus après la mort. L’une des manifestations de mort les plus démonstratives que Flammarion a connues est celle du docteur Calagirone en décembre 1910. Benjamin Sirchia avait discuté avec Caltagirone de la survivance et lui avait promis de se manifester s’il mourait avant lui. Et il le fit. Il fit bouger un objet qu’il avait désigné avant sa mort. Caltagirone apprit la mort de son ami. Il était mort avant le phénomène dont il avait été témoin.
Pour Flammarion, le fait est là même si nous ignorons sous quelle forme on peut exister après la mort. Il évoque d’autres témoignages d’apparitions de fantômes ou de manifestation d’esprit. Il pense que les exercices de spiritisme sont, au moins la moitié du temps, sans valeur intrasèque, et reflètent naïvement la mentalité des expérimentateurs mais il croit quand même à une partie des témoignages qu’il a reçus. Il ne veut pas croire à des hallucinations de ses correspondants même s’il n’en a pas été témoin. Il affirme qu’il est généralement difficile de dégager les témoignages de survivance des éléments psychologiques de la mentalité des vivants et d’être assurés que le mort en est l’acteur incontestable. Mais cela ne l’empêche pas de croire aux témoignages. Flammarion admet qu’en songeant à l’état de l’âme après la mort, il nous arrive parfois de regretter, quel que soit cet état, d’avoir pour destinée de ne plus posséder les organes qui nous permettent de jouir de la vie. Mais pour lui, cette impression est inexacte. L’âme voit, entend, pense, reste en relation avec ce monde terrestre.
2 Morts qui sont revenus à la suite de serments réciproques, de promesses, d’engagements, de déclarations antérieures.
Flammarion évoque l’histoire de Lord Brougham. Dans son autobiographie, Brougham affirme avoir vu le fantôme d’un ami de collège avec qui il parlait d’immortalité. Ils avaient rédigé un contrat avec leur sang affirmant que, quel que fût celui d’entre eux deux qui mourrait le premier, il reviendrait se manifester à l’autre pour dissiper le doute qu’ils auraient pu garder sur la continuation de la vie après la mort. Un ecclésiastique, le chanoine curé de Dauze a écrit à Flammarion pour lui témoigner une histoire arrivée à un de ses amis prêtre. Celui-ci avait vu un de ses proches mort car il lui avait promis de se manifester après son décès. Ainsi, les faits d’observation prouvent que des morts reviennent à la suite d’engagements, de promesses, de menaces, et que, par conséquent, ils existent toujours. Flammarion avait reçu des promesses de proches pour qu’ils viennent le voir après leur mort mais rien ne s’est passé.
3 Morts qui sont revenus pour affaires personnelles
Une « possibilité » qui se présente spontanément à notre entendement pour expliquer les manifestations, est celle des transmissions de pensées entre vivants, dont le solide faisceau de témoignages sans cesse étayé par des faits nouveaux, constitue une base de la plus haute importance pour nos études psychiques. Ainsi Flammarion croyait à la télépathie. Dans l’ensemble des documents qu’il a reçus, plusieurs communications de morts indiquent qu’ils n’étaient pas tranquilles après leur décès et sont venus réclamer des restitutions dont ils étaient responsables. Ainsi Mgr Pavie, évêque d’Alger vit une ombre ou vapeur. C’était un de ses paroissiens mort depuis quelque temps. Le mort avait laissé une dette impayée et en souffrait alors l’évêque alla à l’adresse indiquée par son paroissien. Les renseignements étaient exacts et la dette correspondait précisément au chiffre déclaré par le défunt, Pavie la solda.
4 Manifestations et apparitions de morts immédiatement après le décès (de quelques minutes à une heure).
Flammarion a reçu des lettres de contradicteurs. Elles viennent de deux antipodes extrêmes : les spiritualistes cléricaux et les matérialistes radicaux. Il se défend en affirmant qu’il n’a jamais écrit une ligne ni fait aucune action par intérêt personnel, et quoique ces recherches indépendantes soient, en général, mal jugées, il a continué, persuadé de servir à l’instruction générale et à l’affranchissement des consciences. Il évoque plusieurs lettres de témoignage de manifestations de morts juste après leur décès. Le 23 novembre 1893, un des correspondants de Flammarion était couché et entendit des coups frappés dans sa bibliothèque où il n’y avait personne. Il n’y avait pas de vent. Le lendemain, il reçut l’avis de décès de son neveu, arrivé la nuit précédente. Pour Flammarion cela prouve que ce que nous appelons « mort » est la suite de la vie sous une autre forme. Les apparitions de morts pourraient être une manifestation de la persistance de l’énergie personnelle, une indication qu’un certain genre de force est exercée après, en connexion avec une personne qui a vécu sur la terre. Il pourrait subsister aussi des images persistantes dont le mort pourrait n’être plus la cause productrice. Une communication entre un mort et un vivant ne peut être qu’une communication entre une pensée dans un certain état d’existence et une pensée dans un état tout différent.
5 – Manifestations et apparitions de morts presque immédiatement après le décès (quelques heures : de 1 heure à 24 heures).
Flammarion évoque une histoire arrivée à un de ses collègues, Charles Tweedale de la Société Royale astronomique de Londres. Le 10 janvier 1879, il vit le visage de sa grand-mère apparaître dans sa chambre. Le lendemain il apprit qu’elle était morte la nuit même où il l’avait vue. Or son père et sa tante l’avait vue aussi. Il en conclut que la trépassée, quoique apparemment morte, étant suffisamment vivante quelques heures plus tard, pour se manifester à différentes personnes séparées les unes des autres par des distances considérables. L’astronome enquête pour savoir si sa vision correspondait à la réalité. Il avait vu sa grand-mère avec un bonnet et ce fait lui fut confirmé. Cette apparition avait eu lieu une heure trois quarts après le décès.
6 Manifestations et apparitions de morts peu de temps après le décès (de un jour à une semaine).
Flammarion évoque l’histoire de l’écrivain Jules Lermina. Le 4 avril 1878, il avait vu l’un de ses parents et lui avait parlé alors qu’il était mort la veille et que Lermina ignorait ce décès. Alors qu’il était dans sa cuisine il entendait appeler son nom. C’était son cousin. Il apprit la mort de celui-ci. Flammarion avoue que les enquêtes sur la véracité des faits rapportés ne sont pas toujours faciles à exercer. Evidemment, on peut rester incrédule sur bien des récits. Qui est-ce qui prouve que l’auteur de cette narration ne me trompe pas ? Flammarion s’interroge sur les prières réclamées par les morts à leurs proches et les bruits causés par les morts qui cessent après les messes dites dans le cas de certaines maisons hantées.
7 – Manifestations et apparitions de morts quelque temps après le décès (d’une semaine à un mois).
Flammarion raconte une histoire arrivée à sa famille en 1784. Son arrière-grand-mère avait vu son beau-frère assis au coin de la cheminée, comme s’il eût été vivant. Stupéfaite, elle se sauva et envoya quelqu’un près de la cheminée pour aller chercher le lard qui cuisait mais sans rien dire de l’apparition. Le garçon aperçut le fantôme et cria. Flammarion tente une explication aux apparitions : si nous admettons que le mort, à l’état d’esprit invisible, d’ombre immatérielle, d’être différent de nous, inaccessible à nos sens physiques, soit là, dans notre voisinage, nous pouvons admettre aussi qu’il agit spirituellement sur notre propre esprit et que cette action se révèle pour nous sous une forme sensible. Le revenant peut être réel et invisible et devenir visible pour nous, prendre une forme pour notre esprit. Flammarion écrit que tout individu porterait en lui son image fluidique qui, après la mort, constituerait le fantôme posthume. L’être éthéré, en se détachant du corps, n’éprouverait qu’un changement de milieu et conserverait souvent ses habitudes, ses idées, ses préjugés. Il tient à sa sépulture, il reste en relation avec les personnes qui lui sont chères, et même avec les choses. Mais cette continuation de nous-mêmes ne dure pas longtemps. Elle est formée de molécules qui se désagrègent quelque jour et rentrent dans le milieu universel. Mais ces théories sont de d’Assier et Flammarion ne les partage pas. Il ne veut pas faire de théorie, il pense que le temps n’est pas venu. Il évoque le cas de revenants qui se manifestent car ils n’ont pas reçu de sépulture. On tient donc à son corps et on n’aime pas le voir abandonné. Peut-être certains croyants y tiennent-ils seuls. Peut-être les indifférents sont-ils les plus nombreux.
8 – Manifestations et apparitions des morts assez longtemps après le décès (de un mois à une année).
Flammarion évoque un fait qui s’est déroulé en 1896. Une religieuse avait été envoyée dans une maison pour aider la soeur cuisinière. La supérieure du couvent, malade d’un cancer, et sentant sa fin approcher, avait fait promettre à la dite religieuse de prier pour elle. Cinq à six semaines après la mort de la mère supérieure, la religieuse vit le fantôme de la mère supérieure dans la cave de la maison. Elle fut pincée par elle car la mère supérieure réclamait ses prières. La religieuse avait des traces de brûlure sur son bras qui prouvait que la mère supérieure l’avait pincée.
9 – Manifestations et apparitions de morts longtemps après le décès (pendant les deuxième, troisième et quatrième années après la mort).
Flammarion affirme qu’à mesure que nous nous éloignons de l’époque du décès, les manifestations et les apparitions deviennent plus rares. Il évoque la vision d’un enfant de cinq ans. L’enfant vivait avec sa grand-mère à la campagne. Un jour, il vit son grand-père, mort depuis un an. Il ne fut pas effrayé. Sa grand-mère ne le crut pas. Ainsi, un grand nombre d’observations conduiraient à penser que les défunts continuent quelque temps leurs habitudes de la vie. Flammarion évoque également l’apparition d’un défunt deux ans après sa mort. Une femme vit sa tante qu’elle affectionnait beaucoup, morte depuis deux ans. Elle était apparue pour que sa nièce se réconcilie avec son cousin mourant.
Flammarion cite le philosophe Schopenhauer qui s’est intéressé aux apparitions. Le philosophe allemand pensait que c’est notre vue intérieure, ce qu’il appelle « l’organe du rêve », qui perçoit les apparitions; que celles des vivants sont assez nombreuses et celles des morts extrêmement rares; et que ce qui subsiste en nous à la destruction du corps ce n’est pas l’âme, « car l’homme n’est pas composé d’un corps et d’une âme », mais la volonté. Le spiritualisme, déclare-t-il, est une erreur. Ce qui est vrai, c’est l’idéalisme. Notre vision du monde extérieur n’est pas simplement sensuelle, mais surtout intellectuelle. Et il en est de même pour la vision des esprits.
10 – Manifestations et apparitions de morts très longtemps après le décès (au-delà de la quatrième année).
Flammarion évoque le cas de Pascal Cocozza, garde champêtre qui vit en rêve son père, mort depuis 10 ans, qui lui reproche, ainsi qu’à ses frères, de l’avoir oublié et d’avoir laissé ses ossements déterrés par les fossoyeurs. Sa soeur avait fait le même rêve. Cocozza se rendit au cimetière et vit des ossements humains en proie aux loups. C’était la faute des fossoyeurs qui furent condamnés.
11 – Les manifestations de morts dans les expériences de spiritisme. Les preuves d’identité.
Flammarion affirme que le spiritisme a mauvaise presse et le mérite. Ses adeptes manquent de méthode, pour la plupart, sont souvent mal pondérés et dupes d’illusions. Pourtant, lors de l’enterrement d’Allan Kardec, Flammarion a lu un discours dans lequel il affirmait que le spiritisme n’est pas une religion mais une science. Il pense qu’il y a des imposteurs parmi les spirites qui se jouent des faibles cerveaux mais que ceux qui rejettent les expériences du spiritisme ont incontestablement tort. Flammarion évoque le cas du juge Edmonds président du Sénat aux Etats-Unis qui avait dû démissionner à cause de sa foi dans le spiritisme. Dans ses séances du spiritisme. Dans ses séances du spiritisme, sa fille qui ne connaissait que l’anglais et le français, se mettait à parler neuf ou dix langues. Elle parla avec un Grec dans sa langue. Laura Edmonds communiqua avec le Grec et une personnalité invisible qui annonça au Grec Evangelidès la mort de son fils et c’est ce qui arriva. Flammarion évoque d’autres séances de spiritisme au cours desquels les esprits se manifestent en donnant leurs noms et prévoient la mort des personnes assistant à la séance. Les identités de ces esprits sont toujours constatées peu après les séances et leurs prévisions exactes.
12 – Conclusion
Flammarion, au bout de cinquante années de recherches, affirme que la mort n’existe pas, qu’elle n’est qu’une évolution, que l’être humain survit à cette heure suprême, laquelle n’est pas du tout l’heure dernière. Il pense que 1) l’être existe comme être réel, indépendant du corps; 2) Elle est douée de facultés encore inconnues à la science; 3) elle peut agir à distance, télépathiquement, sans l’intermédiaire des sens; 4) il existe dans la nature un élément psychique en activité, dont l’essence nous reste encore cachée; 5) l’âme survit à l’organisme physique et peut se manifester après la mort. Il conclut également que 1) les êtres humains décédés, ce que l’on appelle des morts, existent encore après la dissolution de l’organisme matériel; 2) ils existent en substances invisibles, intangibles que nos yeux ne perçoivent pas, que nos mains ne peuvent toucher, que nos sens ne peuvent apprécier dans les conditions normales habituelles; 3) En général, ils ne se manifestent pas. Leur mode d’existence est tout différent du nôtre. Ils agissent parfois sur notre esprit et, en certaines circonstances, peuvent prouver leur survivance; 4) en agissant sur notre esprit et par là sur notre cerveau, ils sont vus et reçus par nous sous des formes sensibles : nous les voyons tels que nous les avons connus, avec leurs vêtement, leurs allures, leurs exercices, leur personnalité. C’est notre oeil intérieur qui les voit. C’est une perception d’âme à âme; 5) ce ne sont pas là des hallucinations, des visions imaginaires. Ce sont des réalités. L’être invisible devient visible; 6) ils peuvent se manifester sous des formes objectives; 7) Dans un grand nombre de cas, les apparitions de défunts ne sont pas intentionnelles. Le mort n’agit pas expressément sur le spectateur. Il semble qu’il continue vaguement certaines habitudes, qu’il erre dans les lieux où il a vécu ou non loin du sépulcre; de l’âme émanent des ondes éthérées qui, en touchant le percipient, se transforment en images pour le cerveau récepteur vibrant syntoniquement; 8) les apparitions et manifestations sont relativement fréquentes dans les heures qui suivent immédiatement le décès; leur nombre diminue à mesure que l’on s’en éloigne, et s’atténue de jour en jour; 9) les âmes séparées des corps conservent longtemps leur mentalité terrestre. Chez les catholiques, des demandes de prières sont souvent exprimées. Toutefois, Flammarion avoue que les esprits supérieurs qui, dans quelque branche que ce soit, philosophes, savants, écrivains, artistes, ont contribué au progrès de l’humanité, ne sont pas revenus nous instruire. Flammarion pense qu’il n’y a pas plus d’égalité entre les morts qu’entre les vivants. La vie d’outre-tombe doit être considérée comme séparée de la nôtre au point de vue physique. Les deux mondes sont dissemblables et nos yeux mortels ne voient pas l’autre. Il pense que c’est l’esprit des morts qui agit sur celui des vivants. Il n’y a pas de vêtement, en réalité il n’y a pas de corps non plus; il n’y a pas de corps non plus; il n’y a qu’une impression cérébrale qui se transforme en image. Flammarion pense qu’en quittant la vie terrestre l’âme humaine ne devient pas angélique. La mort ne peut pas rendre un homme quelconque omniscient. Il pense aussi que si l’âme humaine survit à l’organisme physique, elle préexiste car chacun de nous arrive en ce monde avec des aptitudes spéciales, dont l’origine ne peut être trouvée dans l’hérédité. Dans nos goûts, dans dans nos préférences, dans nos impressions, dans nos intuitions, dans nos rêves, dans les réminiscences, dans les sympathies et les antipathies, c’est notre être antérieur à la naissance terrestre qui, plus ou moins vaguement, se manifeste. Nous avons des connaissances mentales, des pensées mentales dans le subconscient subliminal, remontant à nos existences antérieures, et des pensées cérébrales provenant de notre existence actuelle.
25 septembre 2009
Le vieux qui lisait des romans d'amour (Sepulveda)
Le vieux qui
lisait des romans d’amour (Luis Sepulveda)
1
Quelques
habitants d’El Idilio ainsi qu’une poignée d’aventuriers
attendaient sur le quai leur tour de s’asseoir dans le fauteuil du
dentiste, le docteur Rubincondo Loachamin, qui pratiquait une étrange
anesthésie verbale pour atténuer les douleurs de ses clients. Il
leur disait que c’était la faute au gouvernement s’ils avaient
mal. Le docteur haïssait tous les gouvernements. Fils illégitime
d’un émigrant ibérique, il tenait de lui une répulsion profonde
pour tout ce qui s’apparentait à l?autorité. Le docteur venait
deux fois par an à El Idilio tout comme l?employé des postes. Pour
les habitants des rives du Zamora, du Yacuambi et du Nangaritza, le
fauteuil mobile du docteur Rubincondo Loachamin était une
institution. Il était installé sur une estrade d’un mètre carré
que le dentiste appelait la « consultation ». Ceux qui
attendaient leur tour faisaient des têtes d’enterrement. Les seuls
personnages à garder le sourire, autour de la consultation étaient
les Jivaros. C’étaient des indigènes rejetés par leur propre
peuple, les Shuars, qui les considéraient comme dégénérés. Une
fois sa tâche accomplie, le dentiste était attendu par Antonio José
Bolivar Proano, un vieil homme au corps nerveux. Les deux hommes se
souvinrent d’un patient du dentiste qui s’était fait enlever
toutes les dents pour gagner un pari. Le parieur avait partagé la
moitié des gains avec le dentiste.
2
Le maire, unique
fonctionnaire, autorité suprême et représentant d’un pouvoir
trop lointain pour inspirer la crainte, était un personnage obèse
qui transpirait continuellement, ce qui lui avait valu le surnom de
limace. Sa grande occupation consistait à gérer son stock de bière.
Il vidait les bouteilles à petits coups car il savait bien que, le
stock épuisé, la réalité se ferait plus désespérante encore. Il
vivait avec une indigène qu’il battait sauvagement en l’accusant
de l’avoir ensorcelé. Tout le monde attendait le jour où sa femme
l’assassinerait. On prenait même les paris. Il était là depuis
sept ans et s’était fait universellement détester. Il faisait
payer des taxes et enfermait les ivrognes qui refusaient de payer les
amendes pour trouble à l’ordre public. Le précédent maire était
aimé. On lui devait le passage du bateau et les visites du facteur
et du dentiste. Mais il avait été tué par des chercheurs d’or.
El Idilio était resté deux ans sans autorité. Le maire arriva sur
le quai. Il donna l’ordre de hisser le cadavre que le bateau avait
amené. Les Shuars l’avaient trouvé en aval à deux jours d’El
Idilio. Le maire accusa les Shuars d’avoir tué l?homme mais ils
nièrent et le maire les frappa. Mais José Antonio Bolivar arriva et
montra au maire les traces de griffes qui couvraient le visage du
mort. C’était un jaguar qui l’avait tué et non les indigènes.
Le maire ne voulut pas y croire mais le dentiste lui demanda pourquoi
les Shuars auraient tué l’homme. Le maire répondit qu’ils
l’auraient tué pour le voler. Mais l’homme mort avait encore ses
affaires et son argent sur lui ainsi qu’un sac avec des peaux de
jaguar. Le gringo tué chassait hors saison et des espèces
interdites. Une femelle jaguar l’avait tué parce qu’il avait tué
ses petits. La maire face à ses explications ne répondit rien et
s’en alla rédiger une dépêche pour le poste de police d’El
dorado. Le dentiste félicita Bolivar d’avoir mouché le maire. Il
lui avait apporté deux livres d’amour car Bolivar adorait ce genre
de romans. C’était une prostituée noire, Josefina, qui
sélectionnait pour le dentiste deux romans tous les six mois.
Bolivar pensait que le maire allait organiser une battue pour trouver
la femelle jaguar et la tuer. Malgré ses 70 ans, Bolivar était sûr
d’être appelé par le maire pour la battue.
3
Antonio
José Bolivar Proano savait lire, mais pas écrire. Il lisait
lentement en murmurant les syllabes. Il lisait en s’aidant d’une
loupe. Il habitait une cabane en bambou d’environ 10m 2 meublée
sommairement. Il avait connu sa femme quand ils étaient enfants à
San Luis, un village de la Cordillère. Ils avaient 13 ans quand on
les avait fiancés et 15 ans quand ils se marièrent. Ils avaient
vécu leurs trois premières années chez le père de l’épousée.
Quand le vieux mourut, ils héritèrent de quelques mètres de terre
et de quelques animaux domestiques qui ne survécurent pas aux frais
de l’enterrement. Sa femme était stérile et ils recevaient des
commentaires médisants. Antonio emmenait sa femme chez des
guérisseurs mais c’était inutile. Ils avaient décidé de partir
quand on demanda à Antonio de laisser sa femme à la fête de San
Luis pour qu’elle soit prise par un autre. Antonio refusa la
perspective d’être le père d’un enfant de carnaval. Il avait
entendu parler d’un plan de colonisation de l’Amazonie. Le
gouvernement promettait de grandes superficies et une aide technique
en échange du peuplement de territoires disputés au Pérou. Ils
arrivèrent à El Idilio. On leur délivra un papier qui
officialisait leur qualité de colons. On leur assigna deux hectares
de forêt, deux machettes, des bêches, quelques mesures de semences
et la promesse d’une aide technique qui ne vint jamais. Le couple
commença par se construire une cabane puis se lança dans le
débroussaillement. Quand survint la première saison des pluies, ils
avaient épuisé leurs provisions et ne savaient plus que faire. Les
premiers colons commencèrent à mourir. Antonio et sa femme se
sentaient perdus quand le salut leur apparut sous la forme d’hommes
à demi nus, le visage peint de pulpe de roucou, la tête et les bras
armées de parures multicolores. C’étaient les Shuars. Ils leur
apprirent à chasser, à pêcher, à construire des cabanes qui
résistent aux tempêtes, à distinguer les fruits comestibles des
vénéneux et surtout, ils apprirent l’art de vivre avec la forêt.
Quand la saison des pluies fut passée, les Shuars les aidèrent à
défricher les pentes de la montagne tout en les prévenant que
c’était un travail sans espoir. Dolorès, la femme d’Antonio, ne
résista pas à la deuxième année et s’en fut, emportée par une
fièvre ardente et la malaria. Antonio ne put retourner à son
village de la cordillère. Les pauvres pardonnent tout, sauf l’échec.
Il apprit la langue des Shuars en participant à leurs chasses. Le
soir, s’il désirait être seul, il s’abritait sous une pirogue,
et si au contraire il avait besoin de compagnie, il cherchait les
Shuars. Il était là depuis cinq ans, quand il sut qu’il ne
quitterait plus jamais ce pays. Un jour, il se fit mordre par un
crotale. Il bondit en brandissant sa machette et coupa l’animal en
morceau jusqu’à ce que le voile du venin vienne lui obscurcir les
yeux. Sentant que la vie l’abandonnait, il partit à la recherche
d’un foyer Shuar. Les soins d’un sorcier Shuar lui firent
retrouver lentement la santé. Quand ils le virent complètement
rétabli, les Shuars l’entourèrent en le couvrant de cadeaux : une
sarabacane neuve, un faisceau de dards, un collier de perles de
rivière, un cordon en plumes de toucan. Ils peignirent son corps aux
couleurs du boa et lui demandèrent de danser avec eux. Il était
l’un des rares survivants d’une morsure de crotale et il
convenait de célébrer l’événement par la Fête du Serpent. Il
but pour la première fois de la natema, une douce liqueur
hallucinogène. Il se vit lui-même comme une partie inséparable de
ces espaces. C ‘était un signe indéchiffrable qui lui ordonnait
de rester, et il resta. Beaucoup plus tard il eut un ami, Nushino, un
Shar. Ils parcouraient ensemble la forêt. Ils récoltèrent du venin
de serpent. Deux fois par an, un agent du laboratoire où l’on
préparait le sérum antivenimeux venait acheter les flacons mortels.
Antonio apprit les rites et les secrets des Shuars. Tant qu’il
vécut chez eux, il n’eut pas besoin de romans pour connaître
l’amour. Il n’était pas des leurs et, pour cette raison, il ne
pouvait prendre d’épouse. Mais le Shuar qui l’hébergeait le
priait d’accepter l’une de ses femmes. D’énormes machines
arrivaient des routes et les Shuars durent se faire plus mobiles. Les
colons se faisaient plus nombreux. Et, surtout, se développaient la
peste des chercheurs d’or, individus sans scrupules. Les Shuars se
déplaçaient vers l’Ouest en cherchant l’intimité des forêts
impénétrables. Un matin, Antonio rata un tir de sarbacane et
s’aperçut qu’il vieillissait. Il prit la décision de
s’installer à El Idilio. Un jour, il entendit une explosion qui
venait d’un bras du fleuve, et ce fut le signal qui accéléra son
départ. C’était un groupe de cinq aventuriers qui avaient fait
sauter le barrage de retenue d’une frayère pour pratiquer un
passage dans le courant. Les Blancs tirèrent et touchèrent deux
indigènes. Les Shuars les tuèrent tous sauf un qui réussit à
fuir. Parmi les blessés se trouvait Nushino. Nushino demanda à
Antonio de le venger en tuant le cinquième Blanc. Il le trouva, le
tua et le ramena aux Shuars. Mais il avait tué le Blanc en utilisant
le fusil de l’aventurier et l’homme était figé dans une grimace
d’épouvante. Ainsi les Shuars ne pourraient réduire sa tête et
par la faute d’Anotnio, Nushino ne partirait pas. Antonio s’était
déshonoré et, ce faisant, il était responsable du malheur de son
ami. Il ne serait plus le bienvenu parmi les Shuars.
4
Quand Antonio revint à El Idilio, le lieu avait changé. La mairie avait été construite ainsi qu’un quai en bois. Les habitants le considérèrent comme un sauvage et l’évitèrent puis ils découvrirent la chance que sa présence représentait pour eux. Antonio essayait de mettre des limites à l’action des colons qui détruisaient la forêt pour édifier cette oeuvre maîtresse de l’homme civilisé : le désert. Comme les Shuars, les animaux s’enfonçaient vers l’orient. Antonio découvrait qu’il serait libre au moment où ses dents se mirent à se gâter. Alors il se fit soigner par le dentiste. Un jour, le « sucre », le bâteau qui venait à El Idilio, avait amené deux fonctionnaires de l’Etat pour recuillir les suffrages pour les élections présidentielles. Comme Antonio savait lire, il avait le droit de voter. Il vota pour le vainqueur et reçut une bouteille de Frontera en contrepartie de l’exercice de son droit. Antonio savait lire mais il n’avait rien à lire. A contrecoeur, le maire accepta de lui prêter quelques journaux mais Antonio les trouva sans intérêt. Un beau jour, le « Sucre » amena un curé expédié pour baptiser les enfants et mettre fin aux concubinages. Il n’y réussit pas mais il avait un livre qui intéressa Antonio. C’était une biographie de Saint François. Le prêtre s’endormit et Antonio commença à lire à haute voix. Le curé se réveilla et s’amusa de la conduite d’Antonio. Ils discutèrent de lecture. Antonio voulut savoir comment étaient les livres d’amour. Le prêtre lui expliqua et Antonio eut un désir de lecture plus fort qu’avant. Il chercha le moyen de trouver des livres. Il captura des singes et des perroquets pour payer son voyage sur le « Sucre ». Pendant le voyage, il bavarda avec le dentiste. Il lui dit qu’il cherchait des livres. A El Dorado, le dentiste le présenta à l’institutrice. Celle-ci lui montra sa bibliothèque. Cinq mois durant, il put ainsi former et polir ses goûts de lecteur. Il habita dans l’école et fit des travaux domestiques. Il n’apprécia pas la géométrie ni l’histoire qui lui sembla un chapelet de mensonges. Edmond de Amicis et son coeur occupèrent pratiquement la moitié de son séjour à El Dorado. Après avoir cherché dans toute la bibliothèque, il trouva ce qu’il lui fallait vraiment, le Rosaire de Florence Barclay contenait de l’amour.
5
Antonio dormait peu. Le reste de son temps, il le consacrait à lire les romans, à divaguer sur les mystères de l’amour et à imaginer les lieux où se passaient les histoires. Il aimait par-dessus tout imaginer la neige. Un jour qu’il allait chercher des crabes au fleuve, il vit une pirogue arriver alors qu’il pleuvait énormément. Seul un fou pouvait se risquer à naviguer sous ce déluge. Le maire et d’autres hommes vinrent voir ce qui se passait. La pirogue contenait le corps d’un homme, gorge ouverte et bras lacérés. Il n’avait pas d’yeux. Le maire donna l’ordre de hisser le corps. On l’identifia à sa bouche. C ‘était Napoléon Salinas, un chercheur d’or qui s’était fait soigner la veille par le dentiste. Salinas était l’un des rares à se faire consolider les dents avec de l’or. Le maire demanda à Antonio si c’était encore un coup du jaguar femelle et Antonio en regardant les plaies confirma. Le maire trouva des pépites sur le cadavre et il les répartit entre les hommes présents puis il mit le cadavre dans le fleuve. Antonio pensait que le jaguar s’approchait d’El Idilio et le maire en fut énervé.
6
De retour chez lui,Antonio mangea les crabes et lut un roman. Il se demanda ce qu’était un baiser ardent car il avait peu embrasse sa femme qui considérait que c’était un péché et les Shuars ne connaissaient pas le baiser. Il interrompit sa lecture après avoir entendu des cris. Une mule affolée galopait sur le sentier en poussant des braiments et en envoyant des ruades à ceux qui essayaient de l’arrêter. Finalement, l’animal fut immobilisé. La mule portait des plaies profondes. Le maire l’acheva. C’était la mule d’Alkaseltzer Miranda, un colon qui tenait un comptoir de vente d’agardiente, sel, tabac et Alkaseltzer, de là son surnom. Le maire ordonna une expédition pour le lendemain pour aller voir Miranda. Pour Antonio, il n’était plus question de se concentrer sur la lecture. Tout le monde savait que le maire le tenait à l’oeil. Antonio se souvint d’un jour où une barque à moteur avait emmené à El Idilio quatre Etats-uniens équipés d’appareils photo, de vivres et d’instruments à l’usage inconnu. Ils passèrent plusieurs jours à faire la cour au maire en l’abreuvant de whisky. Le maire avait désigné Antonio comme le meilleur connaisseur de l’Amazonie et avait conduit les quatre hommes chez le vieux. Les gringos photographièrent Antonio. Ils entrèrent dans la cabane sans demander la permission. Ils voulurent prendre le portrait d’Antonio et sa femme mais le vieux prit son fusil et fit déguerpir les gringos. Le maire en colère voulut le chasser car la cabane d’Antonio se trouvait sur des terres appartenant à l’Etat.
Onecén Salmundo, un octogénaire qui témoignait à Antonio de l’amitié à cause de leurs origines montagnardes communes vint le voir. Il lui dit que le maire l’avait pris en grippe et de faire attention. Une semaine plus tard, trois gringos arrivèrent. Le maire vint voir Antonio pour faire la paix. Il lui expliqua que les gringos prétendaient que les singes avaient tué un des leurs mais pour le maire c’était les Jivaros. Antonio lui dit que les Shuars évitaient les histoires mais que des singes étaient capables de dépecer un cheval. Le maire était dans la merde jusqu’au cou car les gringos avaient une lettre de recommandation du gouverneur. Le maire avait besoin d’Antonio. Il voulait qu’Antonio aide les gringos à chercher les restes de leur compagnon. Antonio accepta à condition que le maire le laisse tranquille.
Antonio trouva sans peine le squelette du gringo. Les fourmis avaient déjà tout nettoyé et un ouistiti avait pris l’appareil photo du gringo ce qui fit rire Antonio. Il rentra à El Idilio livrer les restes et le maire le laissa tranquille.
7
Antonio suivit le maire et ses hommes le lendemain. Il pleuvait. Le maire obèse ralentissait les hommes. Ils trouvèrent un endroit pour passer la nuit. Ils distribuèrent les tours de garde. Antonio prit le premier. Il y eut du bruit et le maire se réveilla et alla voir avec sa lanterne. Antonio lui ordonna de l’éteindre car c’était dangereux mais le maire refusa alors d’un coup de poing, le vieux envoya valser la lanterne. Ils durent quitter l’endroit car les chauves-souris qui leur servaient d’alarme avaient fui à cause de la peur. Le maire crut trouver le jaguar et tira mais c’était un ours à miel et les autres hommes lui firent des reproches car tuer cet animal portait malheur. Ils arrivèrent chez Miranda. Il était mort, le dos ouvert par deux coups de griffe. Ils découvrirent un autre cadavre. Il était étendu, pantalon baissé. Ses épaules avaient été labourées par les griffes, c’était Placencio Punan. C’était un prospecteur d’émeraudes.
8
Ils
trainèrent les deux corps jusqu’à un marécage et les lancèrent
dans les joncs. Ils retournèrent au comptoir pour passer la nuit.
Pendant son quart, Antonio en profita pour lire. Un des hommes du
maire s’approcha et lui demanda que racontait le livre. D’autres
hommes attirés par la lecture écoutèrent Antonio lire. Le livre
parlait de Venise et le maire, qui avait de l’instruction, essaya
d’expliquer pourquoi cette ville reposait sur une lagune mais les
hommes ne comprenaient pas. Le jaguar approcha et le maire tira à
l’aveuglette. Le jaguar partit et Antonio réprimanda le maire.
Alors le maire comprit qu’il s’était suffisamment discrédité
auprès de ces hommes et il proposa 5000 sucres à Antonio pour qu’il
trouve le jaguar et le tue. Pendant que lui et ses hommes
retournèrent protéger le village. Antonio ne s’intéressait pas
beaucoup à la récompense et pensait que le jaguar cherchait la
mort. La femelle cherchait une occasion de mourir dans un combat à
découvert, dans un duel que ni le maire ni aucun de ses hommes ne
pouvaient comprendre. Alors Antonio accepta le marché du maire. Il
resta seul et reprit sa lecture. Il était mécontent de ne pas
arriver à comprendre l’intrigue. Il pensait que le jaguar ne
l’attaquerait pas mais s’en prendrait au maire et ses hommes.
Antonio repensa à ses précédentes chasses. Il ne se considérait
pas comme un chasseur.
Les chasseurs tuent pour vaincre la peur
qui les rend fous et les pourrit de l’intérieur et tel n’était
pas le cas d’Antonio. Il sortit dans la forêt pour repérer une
piste. Il marcha en ligne droite vers l’ouest, vers le Yacuambi qui
coulait à peu de distance. La pluie s’arrêta et cela l’alarma
car l’évaporation commencerait et la forêt disparaîtrait dans un
brouillard épais qui l’empêcherait de respirer et d’y voir à
plus d’un pas. Il vit la femelle jaguar à une cinquantaine de
mètres. Elle se déplaçait avec lenteur, la gueule ouverte et la
queue fouettant ses flancs. Il la regarda se déplacer et fut
plusieurs fois sur le point de tirer. Mais il ne le fit pas. Il
savait que son tir devait être sûr et définitif. S’il la
blessait seulement, la femelle ne lui laisserait pas le temps de
recharger son arme. Le jaguar attendit la nuit pour l’attaquer. Le
vieux gagna la berge de la rivière. Mais la femelle l’attaqua.
Au-dessus de lui, la femelle agitait frénétiquement la queue mais
elle n’attaquait plus. Antonio put récupérer son fusil. Le mâle
était là blessé et Antonio comprit que la femelle voulait qu’il
tue le mâle pour abréger ses souffrances. Alors Antonio le tua et
la femelle partit. Antonio trouva une pirogue où il put manger et
dormir. Mais la femelle le retrouva et monta sur la pirogue. Le vieux
comprit que l’animal était devenu fou car il lui urinait dessus.
Il le marquait comme sa proie, il le considérait comme mort avant
même de l’avoir affronté. Alors Antonio tira, il blessa l’animal
mais fut blessé au pied. Ils étaient à égalité. Alors il
rechargea son arme et, d’un coup renversa la pirogue. Quand il se
redressa, la blessure lui causa une douleur atroce, et l’animal
surpris, s’allongea sur les rochers en calculant son assaut. Le
jaguar bondit sur lui, griffes et crocs sortis. Alors il appuya sur
la détente et abattit la femelle. Antonio pleura du honte, se
sentait avili et en aucun cas vainqueur dans cette bataille. Alors il
prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui
parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui
faisaient oublier la barbarie des hommes.
15 septembre 2009
La théosophie II
Les théosophes prennent la tête du mouvement d’émancipation de la femme.
La Société Théosophique a lancé son offensive principale en faveur de l’émancipation des femmes en France avec la constitution d’une franc-maçonnerie féministe d’inspiration théosophique, le Droit Humain. Annie Besant qui en était l’instigatrice y reçut le grade de 33è. A cette époque, la duchesse de Pomar, originaire d’Espagne et grande mystique, prit de l’influence dans la ST en France. Elle se convertit au bouddhisme ésotérique qu’elle vulgarisa dans divers écrits. Elle prévoyait le règne du « cerveau féminin » qui devait être le symbole d’une évolution capitale de l’humanité. Elle mourut le 2 novembre 1895. Le combat féministe atteint la franc-maçonnerie puisque le 16 février 1866 Maria Deraismes fit une conférence au Grand Orient. Elle défendit la franc-maçonnerie contre le clergé. Elle fut initiée à la franc-maçonnerie dans la loge des Libres-penseurs du Pecq le 14 janvier 1882 ce qui entraîna le rejet de cette loge par son obédience la Grande Loge Symbolique Ecossaise. Maria Deraismes était en bon rapport avec Annie Besant. Maria Deraismes fonda avec le docteur Georges Martin, franc-maçon du 33è degré, l’obédience mixte le Droit Humain le 4 avril 1893. Maria Deraismes mourut en 1894. 15 000 personnes assistèrent à ses obsèques. Annie Besant fut désignée grand-maître adjoint du Droit Humain donnant à cette obédience maçonnique une orientation théosophique. Une autre femme compta beaucoup pour la ST et le féminisme, Alexandra David-Neel. Née à Saint Mandé le 24 octobre 1868, son père, ami de Hugo, était franc-maçon et anticlérical. Sa mère étiait pieuse. Alexandra apprit le sanskrit, suivit les cours d’orientalisme au collège de France. Elle était fascinée par le Tibet. En 1891, elle hérita ce qui lui permit de partir à Ceylan et en Inde. A Bénarès, elle rencontra les membres de la Société Théosophique. Elle critiqua l’hindouisme et s’en prit à Gandhi qu’elle accusait de tiédeur. Bouddhiste, elle se lança dans des diatribes contre les superstitions populaires. Elle voyagea beaucoup et rencontra Philippe Neel à Tunis. Elle se maria avec lui. Déçue par ce mariage elle voyagea encore. Elle visita l’Inde et le Tibet. Elle fut reçue par le Dalaï-Lama réfugié en Inde. Elle se fit initier au lamaisme ce qui lui permit de traverser le Tibet avec le costume des lamas. Elle s’attacha un enfant tibétain, Yongden avec lequel elle partit en Birmanie, au Japon, en chine et en Corée. Elle arriva à entrer dans la ville interdite de Chassa au Tibet. Son livre « voyage d’une parisienne à Lhassa » obtint un immense succès dans le monde entier. Elle cèda ses droits d’auteur à la Société Théosophique française. Elle mourut à 100 ans.
Sous le signe d’Isis et du pouvoir secret féminin
L’idée première des héroïnes de la ST était la création d’un véritable pouvoir féminin. HPB estimait que l’émancipation de la femme et l’institution d’un pouvoir féminin ne pourraient s’accomplir que si elles découlaient naturellement d’une évolution de l’opinion publique occidentale en matière religieuse. HPB estimait que la femme ne pouvait s’émanciper que si l’on parvenait à saper la toute-puissance du « dieu-mâle » d’Israël et les dieux chrétien et musulman. Cette idée fut reprise par Annie Besant. Pour cela il fallait mettre à la mode en Occident la religion hindoue dans laquelle existe le culte de la déesse-mère. Pour cela la Société Théosophique devait s’allier à la puissance de la franc-maçonnerie. Le bouddhisme devait également entrer en Occident. HPB écrivit Isis dévoilée et la Doctrine secrète dans le cadre de cette action féministe. HPB déclara que son ouvrage était un plaidoyer en faveur de la reconnaissance de la philosophie hermétique, la religion de la sagesse, comme la seule clé de l’absolu, en matière de science et de théologie. Elle se réfère au plus antique livre hébreu sur la science occulte : le Siphra Dzenouita. HPB pensait que l’humanité était composée de sept races et que nous étions la cinquième. HPB veut prouver qu’avant la race humaine à laquelle nous appartenons il en existait une autre qui connut un degré de science plus avancé que le nôtre et qui disparut. Pour Blavatsky, la vraie métaphysique est celle qui, par le moyen de la magie, met le philosophe au contact direct avec l’âme universelle. La proposition essentielle d’Isis dévoilée est celle-ci : « Le brahmanisme prévédique et le bouddhisme sont la double source de laquelle ont jailli toutes les religions ; le nirvanâ est l’océan vers lequel elle tendent toutes ». HPB affirme que le monothéisme judéo-chrétien est un schisme barbare du bouddhisme. Elle prétend que les flèches des cathédrales sont des symboles phalliques. Elle voit dans la Vierge la survivance grossière d’Isis.
L’imitation suprême identifie le nirvanâ à la paix universelle
Dans la « Doctrine secrète » HPB conclut que dieu, tel que l’entendent actuellement les chrétiens, les Juifs et les musulmans, n’est rien d’autre que le « Seigneur Adam » ancêtre fondateur de la race et de la tribu dont est sorti l’humanité. L’homme est véritablement la divinité manifestée sous ses deux aspects : bon et mauvais. Selon elle, dieu et Satan ne forment qu’une seule et même personne, ainsi qu’on le voit dans toutes les religions archaïques. Le but manifeste de « La Doctrine secrète » est de démontrer que toutes les religions sont issues de croyances identiques qui, au cours des âges, se sont transformées dans chaque région, dans chaque tribu, à la faveur des conditions locales. Les buts de la Société Théosophique sont de trois ordres : constituer le noyau d’une fraternité universelle de l’humanité, sans distinctions de race, de couleur ou de croyance. Encourager l’étude des Ecritures aryennes, démontrer l’importance de l’ancienne littérature asiatique, notamment des oeuvres brahmaniques, bouddhistes et zoroastriennes. Approfondit sous tous leurs aspects les mystères cachés de la nature et, tout spécialement, les pouvoirs psychiques et spirituels latent chez l’homme. HPB a prophétisé que de 1975 à l’an 2000, la théosophie secrète bouleverserait les données du monde moderne et sauverait l’humanité de la pente vers laquelle elle court. Le vrai théosophe, d’après HPB, ne croit pas au dieu des chrétiens, des Juifs et des musulmans. Ce dieu-là n’est que l’ombre démesurée de l’homme lui-même. Le dieu des théosophes est la nature, l’essence en tant qu’essence. Pour HPB, il ne doit y avoir aucune discrimination pour fait de sexe, de race, de religion, de position sociale. L’idéal profond de la théosophie « consiste à donner plus à autrui qu’à soi-même ». Beaucoup de théosophes sont végétariens ou naturistes mais cela n’a rien à voir avec des exigences théosophiques. L’alcool et la drogue doivent être prohibés par le théosophe parce qu’il doit toujours rester maître de soi. Les théosophes initiés doivent mener une vie chaste afin de consacrer toute leur énergie à leur tâche. Quelques adeptes secrets demeurent proches de la terre; ils forment une fraternité occulte, dite la la Grande Fraternité blanche. HPB séparait le bouddhisme exotérique, destiné aux masses, du bouddhisme ésotérique, accessible seulement aux esprits supérieurs.
La libération des Indes (Gandhi)
Le succès essentiel de la ST reste la contribution à la prise de conscience d’un bouddhisme à vocation universelle ainsi qu’au réveil et à la libération de l’Inde. Aux côtés d’Annie Besant se trouvait Gandhi. La vocation du futur Mahatma s’était révélée grâce à Madame Blavatsky et à Annie Besant. Gandhi naquit le 2 octobre 1869 dans une famille de caste élevée, celle des « vaisyas ». Son père était un négociant aisé et sa mère appartenait à la secte Jaïn, adepte extremiste de la non-violence. Il reçut, selon la tradition, une épouse du même âge que lui quand il avait 13 ans et ne la connaissait pas. Ils éprouvèrent une vive attirance l’un pour l’autre. Il se rendit à Londres à 18 ans pour suivre des études d’avocat. Il devint végétarien et adepte de la doctrine Jaïn. Il rencontra un écrivain anglais réputé, sir Edwin Arnold qui lui conseilla de se présenter à HPB et Besant. Blavatsky lui demanda ce qu’il pensait de la religion de ses pères et Gandhi l’assura qu’il ne s’était jamais abaissé à l’étude des vieilles superstitions. HPB le réprimanda vivement. Elle chargea les théosophes qui lui avaient présenté Gandhi de l’instruire sur la spiritualité hindoue. Gandhi reconnut que c’est au contact de HPB et des théosophes de Londres qu’il se forgea une « conscience nationale » et qu’il se jura d’oeuvrer à l’émancipation de l’Inde. Il fut envoûté par HPB et lut ses ouvrages avec passion. Il assista à des réunions de la loge Blavatsky. Il s’intéressa à l’histoire des religions. Il lut « comment je suis devenu théosophe » d’Annie Besant et se convertit à la théosophie mais ne se lia pas à la Société Théosophique se réservant une liberté d’action. Il fut admis avocat en 1891 et retourna en Inde. Il eut une mission en Afrique du Sud et laissa son épouse et ses deux enfants. Il fit venir sa femme et ses enfants au Natal. Annie Besant l’avait converti au contrôle des naissances et il ne voulait plus d’enfant. Il pratiqua l’abstinence avec l’accord de son épouse. Il s’occupa de la défense des droits des colons indiens du Transval. Il entretint des relations quotidiennes avec les théosophes de Johannesburg. Ses activités lui valurent la prison mais grâce à la non-violence il obtint l’octroi aux Asiatiques d’Afrique du Sud le statut de travailleurs libres. En 1914, il parti pour Londres et y contracta une pleurésie alors il rentra en Inde. Il trouva une Inde nouvelle. Sous la pression des théosophes, l’Inde s’était réveillée. Il se rangea sous la bannière de Gokhale, leader des nationalistes hindous. Il voulut fraterniser avec les intouchables ce qui lui fut reproché. Annie Besant l’invita à une cérémonie en présence du vice-roi pour célébrer l’inauguration de l’université de Bénarès. Gandhi se lança dans une diatribe contre les maharajahs égoïstes pendant que le peuple mourait de faim. Cherchant le scandale, il s’en prit au vice-roi. Annie Besant l’interrompit puis le laissa reprendre la parole. Gandhi atteignit la notoriété. Les Anglais avaient besoin des Indiens pour gagner la première guerre mondiale alors le vice-roi réunit une table ronde avec les principaux chefs politiques indigènes. Gandhi demanda aux Anglais de s’engager, après la guerre, à transformer le territoire indien en dominion et obtint gain de cause. Il accepta alors qu’on recrute des Hindous pour la guerre et oeuvra en ce sens. Cette campagne de recrutement ébranla un temps son prestige personnel. Mais l’Angleterre ne respecta pas la parole donnée à Gandhi par le vice-roi et les nationalistes organisèrent un meeting à Amritsar et l’armée ouvrit le feu contre les Hindous tuant femmes et enfants. Désormais, les patriotes allaient opposer un front uni à l’occupant. Mais Gandhi refusa de rompra avec l’Angleterre et engagea les Indiens à accepter le « Government of India Act » qui octroyait un système dit de « biarchie » permettant aux Indiens de prendre en main une partie de leur gestion intérieure. En 1921, le voyage officiel du Prince de Galles fut boycotté sur ordre de Gandhi et en représailles il fut mis en prison pendant six mois. Dès lors, il opta dans le cadre de la non-violence pour la libération totale de son pays. c’était la rupture avec Annie Besant et la Société Théosophique. L’indépendance prévue par HPB se réalisa enfin le 15 août 1947. La guerre civile et religieuse entre le Hindous et les musulmans ensanglanta cette renaissance. Gandhi fut assassiné le 30 janvier 1948 par un fanatique hindou.
Les dissidences allemandes bouleversent le cours de l’histoire.
La Société Théosophique connut deux dissidences : celle de l’anthroposophie de Steiner et celle de l’Aryanisme germanique d’où allait sortir le nazisme.
Rudolf Steiner naquit en Autriche le 27 février 1861 dans une famille modeste. Ecolier doué mais susceptible, Steiner fut retiré de son école religieuse par son père pour s’occuper lui-même de l’éducation de son fils. Steiner s’intéressa aux sciences naturelles et à la géométrie. Adolescent, Steiner continua à s’instruire seul. Il se mit à lire les ouvrages métaphysiques de Kant. Il fut admis à l’Ecole supérieure technique de Vienne. Il fréquenta l’université. C’est le professeur Brentano qui lui donna l’idée de se consacrer désormais à l’étude de la philosophie. Il acquit le grade de docteur en philosophie et divers diplômes scientifiques. Précepteur, il réussit à instruire un attardé mental grâce à ses méthodes et à lui faire réussir ses études. Il tomba amoureux et fut subjugué par le pouvoir féminin malgré sa timidité. Son premier choc spirituel lui fut causé par une jeune poétesse autrichienne, Marie Eugnéie Della Grazie qui croyait en la validité de l’expérience de Sacher-Masoch et en la puissance de la violence.S teiner fut blessé par cette attitude qu’il croyait contraire à la nature des femmes. Il étudia Goethe et se convertit à son enseignement. A Vienne, Steiner était en rapport avec une théosophe, Marie Lang, et trouva auprès d’elle l’apaisement qu’il souhaitait. Il rencontra Rose Mayreder, un peintre de talent qui avait publié un ouvrage volumineux intitulé « critique de la féminité ». Il quitta Vienne pour Weimar où il devint archiviste pendant sept ans et surveilla l’édition des oeuvres scientifiques de Goethe. Grâce aux ouvrages clefs des roses-croix, il parvint à la connaissance des textes ésotériques de Goethe. A Weimar, il rencontra Elisabeth Forster, la soeur de Nietzsche. C’est en contemplant auprès d’elle le génial philosophe qu’il eut sa première « illumination ». Il vit l’âme de Nietzsche. En 1897, il quitta Weimar pour Berlin et y dirigea un magazine littéraire. Il fut recueilli par une aimable veuve, Anne Eunik, mère de cinq enfants, avec qui il se maria en 1899. Ils vécurent peu de temps ensemble. La même année il publia un conte fantastique « Le serpent vert et le beau lys » qui constituait une explication rudimentaire de l’hermétisme de Goethe. Il fut invité par la Société Théosophique de Berlin à prononcer des conférences. Il y rencontra une aristocrate d’origine russe, Marie de Rivers. Il voulut être théosophe comme elle. Il l’épousa 15 ans plus tard en 1914, trois après la mort de sa première femme. Steiner rencontre Annie Besant qui lui demanda de seconder Marie dans la direction de la loge de Berlin. Il fut nommé, en 1905, secrétaire générale de la section allemande. Il dirigea un journal qui eut une carrière brillante « Lucifer et gnosis ». Steiner prétendit que l’homme, en tant qu’être spirituel, était bien plus ancien que les autres êtres vivants sur la terre qui n’étaient pour lui que des déchets du développement humain. Dans son livre « La science occulte », Steiner livra une morale en cinq principes : la maîtrise des pensées, le pouvoir sur les volitions, l’égalité d’âme devant le plaisir et la douleur, la positivité dans les jugements, l’absence de préventions dans les concepts d’existence. Steiner acceptait ainsi de rénover le christianisme aux sources bouddhiques mais refusait de suivre Besant dans ses critiques de Jésus. Après des discussions véhémentes, la rupture fut consommée. En 1913, la section allemande envoya un télégramme comminatoire à Adyar pour demander la déposition d’Annie Besant. Il fonda une nouvelle Société Théosophique à Dornach qui tint son premier congrès à Stockholm. Les théosophes allemands ne restèrent pas fidèle à la ST mère. Ils basèrent leurs doctrines sur des interprétations fantaisistes de l’oeuvre de HPB. Ils donnèrent à ses arguments un sens antisémite qu’ils n’eurent jamais. Si elle entendait se dresser contre le « Dieu des Juifs », ce n’était pas pour condamner les Juifs mais pour lutter contre les forces attribuées au « dieu-mâle ». Jacques Lantier considère Karl Haushofer comme l’initiateur de Hitler à l’occultisme. Haushofer né à Munich en 1869 se consacra à l’exploration en Chine, aux Indes et au Tibet. Il avait rencontré Gurdjieff qui l’aurait initié à l’ésotérisme tibétain. Entré dans l’armée, général en 1918, il fut attaché militaire allemand au Japon. Après la première guerre mondiale, il créa la « geopolitik » dont on lui confia la chaire à Munich. Parmi ses étudiants se trouvait Rudolf Hess. Il constitua une Société de Géopolitique, organisation pseudo-scientifique d’inspiration mi-spirite mi-théosophique qui se révéla bientôt l’instrument du nazisme. La thèse allemande sur les religions archaïques et les mouvements de populations connue sous le nom d’ »Indo-germanisierung griechenland » fut publiée en 1933. La théorie avançait qu’une race élue s’appelait la race aryenne. Sa patrie était Thulé que d’aucuns voudraient confondre avec l’Atlantide. Après un cataclysme, les Aryens se seraient dispersés en Allemagne, aux Indes et en Grèce. Rosenberg affirma que leur signe distinctif était le svastika. En 1912, des savants allemands avaient créée le groupe Thulé. Après la première guerre mondiale, ce groupe se transforma en société secrète qui rassemblait des amateurs de sciences occultes. Parmi les dirigeants se trouvaient un journaliste munichois Dietrich Eckart antisémite notoire qui introduisit Hitler dans le groupe. Il avait connu Hitler dans le Deutsche Arbeiter Partei. Initié à l’aryanisme germanique, Hitler devait placer son combat sous le signe sacré du svastika.
La Société Anthroposophique universelle de constitution laïque et la communauté des chrétiens à direction confessionnelle eurent beaucoup d’adhérents en Allemagne, en Angleterre, en Autriche, en Suisse et en Hollande. Steiner croyait à l’existence d’un univers invisible et des mondes suprasensibles, à la réincarnation, à des rythmes cosmiques auxquels la nature humaine est directement lié. Steiner assura que le corps astral devient sensible au clairvoyant. Plus l’âme humaine progresse dans son évolution et plus le corps astral s’organise. L’existence de ce corps astral oblige l’étudiant en occultisme à observer huit commandements : toute son activité conceptuelle doit tendre à refléter fidèlement le monde extérieur et à bannir de son être les représentations inexactes; le disciple ne doit se déterminer, même dans les petites choses, qu’après une délibération fondée sur des raisons sérieuses; jamais il ne dit quelque chose en l’air, il s’applique à ne parler ni trop ni trop peu; l’étudiant doit renoncer en principe à ce qui peut troubler les autres ou heurter visiblement l’ambiance; il fuit également la précipitation et l’indolence et garde un juste milieu dans son activité; il ne cherche pas à exécuter ce qui dépasserait ses forces mais il ne néglige non plus rien de ce qu’elles lui permettent d’accomplir; tout ce qui se passe devant l’étudiant doit lui être une occasion d’acquérir une expérience qui lui sera précieuse; il doit se plonger en lui-même, délibérer en silence, définir et examiner les principes qui dominent son existence faire la revue de ses connaissances, peser ses devoirs, en un mot méditer sur le sens et le but de la vie. Steiner a refusé l’essentiel de la théosophie orientaliste pour s’affirmer chrétien occidentaliste. Il a inventé l’eurythmie. Il s’agit d’extirper de la conscience toute intellectualité, toute influence d’une matière condmanée, mais de sentir, d’éprouver, de saisir les rythmes de la nature.
En 1913, Steiner fit construire le siège de l’Anthroposophie à Dornach, en Suisse. Il l’appela le Goetheanum en hommage à son maître. En 1919, aidé financièrement par la société industrielle Waldorf, il créa la première école dans laquelle ses méthodes pédagogiques furent appliquées. Poussé par d’éminents praticiens, il fonda au Goetheanum une section de médecine et créa, à Arlesheim, une clinique anthroposophe. Sur les données de Steiner, le docteur Scmiedel fonda, avec l’appui d’industriels, la célèbre usine de produits pharmaceutiques Weleda. Il fonda le « Mouvement de culture bio-dynamique » qui s’interdit l’usage d’engrais chimiques. Steiner mourut le 30 mars 1925.
La théosophie réformée conduit à la sagesse orientale.
Annie Besant avait un compagnon et conseiller, C.W. Leadbeater né en 1847, ancien d’Oxford qui avait été pasteur. Après avoir eu des visions, il se convertit au bouddhisme et à la théosophie. Il écrivit « une esquisse de la Théosophie » dans laquelle il estimait que le théosophe devait étudier les religions d’un point de vue scientifique et critique et ne pas considérer leurs enseignements comme infaillibles. Pour lui, la théosophie ne saurait être ni une religion ni une doctrine imposée mais une quête philosophique et scientifique fondée sur une hypothèse cosmogonique. Pour Leadbeater, chaque pensée, chaque parole, chaque action engage le présent et l’avenir en vertu de la loi de causalité. Autrement dit, tout ce que nous faisons a des conséquences multiples qu’il faut essayer de prévoir. Pour lui, la théosophie ne promet pas le bonheur ni dans ce monde ni dans l’autre, mais elle protège du malheur. Il pense que dieu s’identifie à l’homme au sommet de sa plénitude. Leadbeater remit en question l’histoire du christ avec Annie Besant ce qui choqua le vatican et les chrétiens. A propos du christ, Leadbeater s’indigna de « la stupéfiante transformation d’une allégorie parfaitement raisonnable en une biographie absolument impossible ». En 1908, Annie Besant et Leedbeater découvrirent une jeune hindou dont l’intelligence leur parut si prodigieuse qu’ils crurent que c’était un personnage divin. Son père était de la caste supérieure des brahmanes et dignitaire de la ST et il accepta de confier son enfant à Annie Besant. Le jeune prodige s’appelait Krishnamurti et était né en 1896 près de Madras. Besant et Leadbeater pensaiant que Krishnamurti était une réincarnation de Jésus. Annie Besant présenta son protégé comme une réincarnation du Christ sous le nom d’Alcyone. En 1910, elle fonda un ordre ésotérique destiné à faciliter la tâche du nouveau messie, l’Ordre de l’Etoile d’Orient dont Alcyone fut désigné comme le chef suprême. Selon Besant, dieu lui-même avait préparé l’avènement d’Alcyone pour montrer que la race blanche n’était pas la race élue. En 1911, la moralité de Leadbeater fut mise en doute et le père de Krishnamurti et de Nikya, son frère, réclama ses enfants mais ce droit lui fut refusé. Krishnamurti rompit avec la ST avec fermeté et partit avec son frère en Californie. Après la mort de ce dernier il revint en Inde où il propagea un enseignement philosophique inspiré par les doctrines humanitaires de la théosophie mais libéré de toutes croyances surnaturelles. La théosophie de Krishnamurti n’avait plus rien de commun avec celle de Madame Blavatsky mais en exprimait les aspirations les plus profondes : la libération de l’homme, la fraternité, la paix universelle. Il s’était fait connaître dans le monde entier à partir de la rupture avec la Société Théosophique en 1922. Il ne condamna pas la ST mais demanda aux théosophes de libérer leur pensée pour dégager leur propre spiritualité. Il leur reprocha d’accorder trop d’importance à l’enseignement des Maîtres et des dirigeants de la Société. Il proclama qu’il n’y a pas d’orthodoxie seule compte la liberté qui permet de se réaliser. « Soyez votre propre guide, dit-il, votre propre flambeau ». Il condamna l’ésotérisme et l’occultisme. Pour lui l’homme authentique est celui qui se met à penser par lui-même et construit sa propre philosophie. Les religions sont des erreurs. Aucun rituel n’est nécessaire à la connaissance spirituelle. Krishnamurti se défend d’avoir un enseignement et refuse de se poser en maître. Il ne veut pas de disciple.
La théosophie moderne en France et dans le monde.
Les Français qui, les premiers, avaient accueilli avec sympathie les idées de HPB étaient pour la plupart des spirites convaincus. Ils n’accordèrent pas grande faveur aux théories d’inspiration bouddhiste mettant en cause leurs convictions sur l’existence du périsprit. Ils contestèrent l’influence et le pouvoir accordés aux femmes au sein de la Société théosophique. Dans les années 1880 l’anticléricalisme était fort en France et par réaction l’antisémitisme et l’antimaçonnisme également. L’occultisme intéressa les foules. Un ouvrage obscur, « Dogmes et rituels de haute magie », d’Eliphas Lévi, devint le grand événement littéraire de cette époque troublée. Jamais on n’avait vu à Paris tant de médiums. L’un des maîtres du spiritisme français était le docteur Fauvety. Il adhéra à la ST et essaya de concilier spiritisme et théosophie. Aussi avait-il créé à Paris la Société Théosophique des spirites de France. La Société Théosophique connaissait une autre tendance, la Société Théosophique des occultistes de France dirigée par le docteur Fortin, disciple d’Eliphas Lévi. La tendance Blavatsky portait le nom de Société Théosophique d’Orient et d’Occident présidée par la duchesse de Pomar. Elle était vouée à la défense de l’éternel féminin. HPB officialisa les trois groupes théosophiques. Elle accorda cependant son soutien officiel au groupe de la duchesse de Pomar pour conserver la discipline et l’orthodoxie. On y trouvait l’écrivain Schuré, l’astronome Flammarion. Une revue fut créée « Le lotus ». Papus entra dans la Société Théosophique dans la branche Isis mais il en provoqua la dissolution à cause de sa personnalité. Des socialistes comme Dramard entrèrent dans la ST. A la fin de sa vie HPB essaya de concilier les opinions aristocrates avec celles des progressistes. Elle même se proclama « socialiste » en déclarant que cela était tout à fait naturel en raison de ses convictions bouddhistes. Blavatsky enrageait de voir « Le Lotus », connu comme l’organe officiel de la ST exposer des thèses proprement spirites et elle le confia à la comtesse d’Adhemar. A la mort de celle-ci la revue devint « Le Lotus bleu ». En 1897 débutèrent les conférences publiques mensuelles. Au début du Xxème siècle la ST connut une crise interne à cause de ses trois courants : le mouvement « Back to Blavatsky », la néo-théosophie, la Nouvelle théosophie. Le premier était orthodoxe et fidèle à « La Doctrine secrète », le deuxième était dirigé par Besant et Leadbeater de tendance spirite, le troisième entendait faire débuter la théosophie à l’enseignement de Krishnamurti. En 1924, le conseil général de la ST déicda que la Société serait ouverte à tous ceux qui reconnaîtraient ses buts fondateurs sans distinctions d’opinions politiques ou religieuses. Aucune théorie, pas même celle de HPB ne pouvait à l’avenir être présentée comme reflétant la doctrine officielle. En 1950, le conseil général d’Adyar libéra la ST de toute attache extérieure à elle et la transforma pratiquement en oeuvre philanthropique et en foyer intellectuel. En 1900, le congrès international de la Société Théosophique se tint à Paris sous la présidence du colonel Olcott. Ce congrès eut un immense succès en France et à l’étranger.
Pour le théosophe, c’est à chacun de découvrir, par sa propre recherche métaphysique, le vrai visage de dieu. C’est ce que proclame la devise de la Société Théosophique : « Il n’y a pas de religion plus élevée que la vérité ».
07 septembre 2009
La théosophie I
La théosophie ou l’invasion de la spiritualité orientale (Jacques Lantier)
Les théosophes réconcilient les sciences et les religions pour aboutir à la paix universelle.
La théosophie groupe l’ensemble des théories qui prétendent mener les hommes à la sagesse, en recherchant dieu dans la vie intérieure, et la vérité éternelle dans l’enseignement commun à toutes les religions. La théosophie se présente, en définitive, comme une démarche intellectuelle, psychique, mentale, dépouillant les religions de ce qu’elles ont de vulgaire, pour en saisir les parties les plus secrètes, fondées sur l’expérience mystique et l’action magique. Les théosophes travaillent au rétablissement des valeurs que, par simplification symbolique, on attribue à la féminité. LA religion d’Isis leur paraît contenir, dans sa partie ésotérique, les secrets du pouvoir féminin. Le premier philosophe qui ait tenté d’établir une « sagesse divine » complexe par le syncrétisme des croyances archaïques fut Ammonius Saccas, créateur au IIIè siècle, de l’école néo-platonique dit théosophique. Les écoles théosophiques, en particulier celle d’Alexandrie, eurent une influence considérable. Elles contribuèrent à développer les idées de fraternité et de respect des vieillards. Elles firent naître un sentiment de compassion pour les malheureux, pour les faibles, et même pour les animaux. Ces écoles établirent, dans une religion-sagesse-ésotérique, les principes de la divinité en l’homme. L’enseignement de Jésus fut présenté comme une réaction formelle à l’Alliance conclue par Moïse avec le « Tout-Puissant », le dieu-mâle, seigneur de la guerre. Le christ, se dressant contre les valeurs mâles, les aurait condamnées pour permettre le retour des valeurs féminines et l’établissement de la fraternité et de la paix universelles.
En 1874, un dignitaire de la franc-maçonnerie des Etats-Unis, le colonel Olcott, qui enquêtait pour un journal états-unien sur une histoire de fantômes, fit la connaissance d’une spirite russe, réputée « magicienne », nommée Helena Petrovna Blavatsky. De cette rencontre devait sortir l’étrange aventure de la théosophie moderne. La théosophie moderne est issue du spiritisme mais s’en sépare sur des plans essentiels. Elle ne veut pas être confondue avec une secte occultiste. Elle prétend, au contraire, que pour être un occultiste valable il faut être théosophe.
Helena Petrovna Blavatsky : prophète de la théosophie
En son temps, par ses attitudes, ses écrits, ses activités, HPB déchaîna des controverses et fit s’affronter les passions. Elle est considérée par ses admirateurs comme la plus grande magicienne que le monde ait connue; certains lui attribuèrent même des pouvoirs surnaturels. Ses nombreux détracteurs estiment qu’elle est le plus bel exemple de charlatanisme et de mystification du XIXè siècle. Elle était issue d’une famille de la noblesse russe. Petite-fille de la princesse Dolgorouky. Par sa bisaïeule, elle avait du sang français : la comtesse du Plessis, d’une famille huguenote émigrée en Russie. Par son père, le colonel von Rottenstern Hahn, elle était de souche allemande mais fixée en Russie. Sa mère, Helena Fadeef, fille d’un conseiller du tsar, fut la première romancière à écrire en russe. Helena Petrovna naquit le 30 juillet 1831 alors que la Russie était alors victime d’une épidémie de choléra. Une partie de sa famille disparut dans la tourmente. Lors de son baptême, quelqu’un mit le feu par inadvertance, avec un cierge, à la chasuble du pope qui fut grièvement brûlé et dans la bousculade plusieurs personnes furent blessées. On vit en cet accident le présage qu’Helena aurait sa vie marquée par des influences « diaboliques ». Un petit garçon avec qui elle jouait se noya et au lieu de pleurer, elle se vanta d’avoir fait intervenir un démon, la Roussalka. Après le décès de sa mère, Helena fut envoyée chez son grand-père, gouverneur de Saratov. Helena restait dans les souterrains du château pour converser dans le noir avec le fantôme d’une jeune fille étranglée par le vieux seigneur qui n’avait pas réussi à la soumettre. Il fallait sortir Helena de force. Elle s’était installée dans une cave éclairée, un coin qu’elle appelait « Le Palais de la liberté » où elle lisait des livres consacrés au surnaturel. Helena possédait un tel pouvoir d’évocation, une imagination si communicative, qu’il lui arriva, à maintes reprises, en décrivant des choses épouvantables, de mettre en transes ses camarades et de les faire tomber dans des états convulsionnaires. Avec le temps, elle affirma ses dons de médium. Ses dons de voyance permirent à la police de retrouver un meurtrier mais celle-ci n’accepta pas la thèse de la voyance et HPB dut à sa famille de na pas être conduite en prison. Elle arrêta ses études à 17 ans mais parlait couramment le russe, l’anglais, le français et l’allemand. Jeune, elle avait un manque total de charme et de féminité. Ses proches la jugeaient incapable de séduire un homme mais elle était dégoutée par les choses de l’amour. Elle se maria par défi avec un vieux général qui s’appelait Blavatsky. Elle se refusa à son mari qui la retenait prisonnière dans sa datcha. Il tenta de la violer mais s’aperçut qu’elle présentait une anomalie sexuelle. Helena pravint à fuir à Constantinople puis en Egypte. C’est au pied du Sphinx qu’elle devait trouver son inspiration. Elle vécut plusieurs mois avec un lettré musulman d’origine copte qui avait la réputation d’être un grand occultiste. Elle ne coucha jamais avec lui. Elle fut initiée aux mystères d’Isis. Elle ne put divorcer mais son mari lui coupa tout subside. Son père lui servit une pension toute sa vie.
A Paris, elle se lia d’amitié avec les hypnotiseurs. Ils lui enseignèrent le magnétisme et la suggestion. Elle partit exercer ses dons à Londres. Elle rencontra des Indiens au Québec qui la dépouillèrent de tout ce qu’elle possédait. Elle séjourna au pays des Mormons puis à la Nouvelle Orléans où elle assista à des cérémonies vaudou. Elle alla ensuite au Mexique et au Texas où elle se mêla à une bande d’aventuriers ivrognes et violents pour les étudier. Elle retrouva son père à Londres. Elle rencontra un mystérieux Hindou qui lui prédit qu’elle fonderait une société théosophique mais qu’elle devrait se rendre avant au Tibet pour y passer trois ans et s’y faire initier. L’Hindou, s’il exista, s’appelait Kout Houmi Lal Sing. Il fut reconnu par les théosophes comme le Maître et l’Initiateur de leur doctrine. Il envoya ses instructions par lettre qui pouvaient tomber du ciel accompagnées d’une pluie de pétales de rose d’après ses adeptes. HPB fit des progrès stupéfiants dans ses connaissances cultuelles et scientifiques au contact de cet Hindou. Ce personnage aurait utilisé Madame Blavatsky en raison de ses « pouvoirs magnétiques » pour favoriser l’émancipation et la libération des Indes.
L’influence occulte de Mme Blavatsky pèse sur l’histoire universelle
Sur les conseils de l’Hindou, HPB quitta Londres et repartit au Mexique où elle se lia avec un Anglais et un (autre ?) Hindou. En 1852, HPB et ses deux compagnons se retrouvèrent aux Indes puis à Ceylan et à Singapour. En 1853 elle partit à New York puis dans l’Ouest des Etats-Unis. Après San Francisco, elle partit au Japon où elle passa plusieurs mois dans des temples. En 1855 elle vécut à Calcutta. En 1856, elle voyagea avec un Allemand au Cachemire. Puis, HPB partit au Tibet mais fut refoulée par des gardes tartares à la frontière. Un chaman lui apprit alors le secret du « troisième oeil » et lui ordonna de quitter l’Inde car les temps n’étaient pas venus. Elle obéit et se rendit à Java. La suite de son existence jusqu’à son installation aux Etats-Unis demeure très obscur. Elle se rendit à Paris, en Chine, en Perse, en Russie. Elle aurait eu l’autorisation de franchir la frontière tibétaine et de séjourner dans une lamasserie où elle aurait été initiée au tantrisme. En 1858, HPB était en Russie et se signala par des manifestations dites « mediumniques » comme l’apparition et la disparition d’objets sans que l’on puisse donner d’explication plausible au prodige. Selon ses détracteurs, Mme Blavatsky aurait plus simplement utilisé des procédés classiques de prestidigitation. En 1861, HPB et sa soeur partirent vivre dans le Caucase chez leurs grands-parents. Elle acheta une maison à Ozougety, petite ville perdue au milieu d’une immense forêt. Elle y passa plusieurs années et se rendit chez des personnages réputés sorciers. Elle tomba malade, le médecin la jugea perdue mais elle guérit par miracle. En 1863, elle partit pour l’Inde. Elle demeura trois ans en Europe, allant d’une capitale à une autre comme si elle fuyait quelque chose.
En 1967, elle partit en Chine et retourna au Tibet puis en Perse. En 1870, elle était sur un bateau qui transportait de la poudre et explosa, elle échappa à cette catastrophe et alla s’installer au Caire. C’est là qu’elle décida de créer en Europe une société spirite selon les enseignements d’Allan Kardec. Une fois à Londres, elle dut renoncer car un fou qui assistait à la première séance de spiritisme avait été pris d’une crise et avait tiré sur elle sans l’atteindre. Elle retourna alors en Egypte pour y pratiquer la magie. Elle partit en Palestine et essaya de s’initier à l’occultisme juif. Elle voulut revivre le martyr de Jésus. En 1873, HPB reçut de ses maîtres l’ordre de quitter l’Orient. Elle resta six ans aux Etats-Unis. Elle rencontra le colonel Olcott et fonda la Société Théosophique en 1875. Ils partirent évangéliser les Indes. En 1884, HPB revint en Europe où de nombreuses loges théosophiques avaient été créées. Durant son séjour en France, elle présenta sa doctrine avec précision et prétendit parler au nom des initiés de la secte bouddhiste des Arahls. Elle prôna un syncrétisme qui planait au-dessus des religions. Elle fonda à Londres la « Blavatsky lodge » dont le journal portait le titre évocateur de Lucifer. Elle se lia d’amitié avec Annie Besant. Avec elle, elle constitua au sein de la Société Théosophique une sorte de loge maçonnique supérieure qu’elles appelèrent « Section ésotérique de la Société Théosophique ». C’était une société secrète d’initiés élevés ayant le pas sur la grande fraternité théosophique. HPB écrivit la « Doctrine secrète ». Ses derniers jours furent pénibles. Depuis longtemps elle était impotente. Son aspect extérieur témoignait de sa déchéance physique. Elle s’éteignit le 8 mai 1891, elle n’avait que soixante ans. HPB avait, dans ses livres, attaqué l’exotérisme chrétien en vue de libérer le monde du fanatisme et de l’obscurantisme. Pour « La Doctrine secrète », elle aurait reçu l’ordre de ses « Maîtres » d’avoir à présenter au monde un ouvrage ésotérique destiné à réformer l’humanité.
La création de la Société théosophique événement oublié
Le colonel Olcott était né en 1832 dans le New Jersey. Il s’était destiné à l’agriculture scientifique avant que la guerre de Sécession ne l’amène sous les drapeaux. Pacifiste, il ne porta jamais un fusil et dut son titre de colonel à ses dons pour l’intendance. Après la guerre de Sécession, il ouvrit une étude d’avoué spécialisé dans les affaires financières. Il acquit une fortune considérable. Franc-maçon, Olcott se passionnait pour l’occultisme. Socialiste mais farouche ennemi des « idées nouvelles », il se sentait attiré vers l’étude scientifique des phénomènes surnaturels. En 1874 il se rendit dans une ferme de Chittender dans le Vermont où les paysans William et Horatio Eddy pratiquaient le spiritisme. Il écrivit un article sur les phénomènes vus dans le New York Sun dont le retentissement fut considérable. Le New York Graphic lui proposa de passer trois mois à la ferme des Eddy pour écrire des articles. C’est là qu’il rencontra HPB. Il fut le visiteur assidu du 16 Irving Place à New York où HPB tenait les réunions les plus insolites de la ville. Olcott fonda avec la collaboration de HPB un « club des miracles » dont le but était de faire des recherches avec des méthodes scientifiques sur toutes les manifestations spirites. HPB vivait dans l’attente des subsides de son père. Elle vivait misérablement quand un télégramme de sa soeur lui apprit la mort de son père et l’envoi d’une forte somme. Elle acheta une ferme à Long Island. Elle acquit la notoriété en écrivant un article sur les apparitions de la fermme Eddy dans le « Daily Graphic ». Sans motif apparent, HPB quitta New York pour aller à Philadelphie. Olcott quitta son étude pour la rejoindre, il y resta plusieurs semaines. Il reçut des billets envoyés par des maîtres occultes. C’est à Philadelphie que HPB donna au colonel la mesure de son talent. C’est à ce moment qu’un personnage romantique, MB, qui avait été introduit auprès de Mme Blavatsky par Olcott, était tombé amoureux de HPB. Il la pria de l’épouser mais elle refusa. Il menaça de se suicider alle elle accepta à condition que le mariage soit blanc et qu’elle garde son nom. Il se montra si passionné que HPB dégoutée, regretta son mariage. Elle s’enfuit de chez son mari. Au bout de quelques mois, celui-ci porta plainte pour abandon de domicile. Le divorce fut prononcé le 25 mais 1878. HPB entra en relation avec les savants intéressés par les phénomènes métapsychiques. HPB et Olcott voulurent transformer le « Spiritual scientist » en journal spirite aussi important que la « Revue spirite » de Kardec. Cela leur attira un certain succès. A cette époque, Akasakof qui travaillait pour le Tsar voulut que Olcott et HPB lui amènent des médiums pour qu’ils soient étudiés à l’université de Saint Petersbourg. Seul un certain docteur Slade accepta mais il faillit achever sa carrière à Londres où on le mit en prison pour « tromperie du public ». A la suite d’une réunion tenue le 7 septembre 1875 l’égyptologue Felt fit une conférence sur le « canon égyptien des proportions, maintenant perdu ». Impressionné le colonel Olcott voulut monter une société dès le lendemain. Le choix du nom de la société fit l’objet de discussion. Olcott avança celui de « Société égyptologique », quelqu’un proposa « Société des mystères d’Orient », un autre « Société hermétique ». Après avoir fouillé dans des dictionnaires, on convint que le nom de « Société théosophique » serait le mieux approprié. HPB avait le rôle de secrétaire mais elle eut une place importante dans la société. Alors que l’égyptologie fut à l’origine de la Société théosophique, les fondateurs tournèrent vers les Indes. Les expériences de Felt provoquèrent la dérision des savants. Il quitta la ST et les égyptologues le suivirent. A l’origine, le nouveau groupe se comporta comme une quelconque secte de spirites ou d’occultistes. Le colonel Olcott envisagea un instant avec d’autres francs-maçons influents de la ST de se constituer en loge affiliée qui serait placée sous le signe d’Isi. HPB refusa car les femmes n’étaient pas admises dans la Maçonnerie. On décida pourtant que les rapports avec celle-ci demeureraient étroits. La ST s’organiserait à la manière d’une loge maçonnique et deviendrait si possible une « fraternité ». Ce fut HPB qui demanda elle-même, au conseil du 8 mars 1876, de prévoir des degrés d’initiation, une doctrine secrète et un signe de reconnaissance. Elle déclara que la ST devait constituer un mouvement ésotérique chargé de donner au monde une morale « féminine » contre la guerre, la violence et la haine. Le premier insigne choisi figurait un serpent enroulé sur un tau égyptien, ce qui montrait bien l’intention maçonnique des fondateurs. Alors que le colonel Olcott avait fait preuve jusqu’alors d’une certaine indépendance, il fut peu à peu envoûté par HPB au point de devenir son secrétaire et son élève. Ils s’installèrent dans la même maison. 1875 fut l’année où HPB, inspirée par les « Mahatmas » écrivit « Isis dévoilée ». La ST périclitait en Occident mais progressait aux Indes et à Ceylan. HPB obtint la citoyenneté états-unienne. La franc-maçonnerie états-unienne tenta encore un rapprochement avec la ST avec pour but la création d’une métaphysique future fondée sur l’équilibre entre l’Occident et l’Orient. Il fut convenu que HPB et Olcott se rendraient aux Indes pour établir le grand contact qui permettrait aux occultistes et initiés d’Orient et d’Occident de parvenir à la fusion. Un groupe de francs-maçons anglais fut autorisé à constituer, sous l’égide du docteur Cobb, une loge théosophique, la « British Thosophical Society » en 1878. Le président des Etats-Unis aida la mission de HPB et Olcott en demandant l’appui et le soutien de tous les diplomates pour leur mission aux Indes. L’intention des Etats-uniens était de saper la puissance anglaise aux Indes et de cacher un service d’espionnage économique états-unien chargé de jeter les bases de futurs marchés en Asie.
La théosophie provoque le réveil du bouddhisme et de l’Orient
L’expédition arriva à Londres le 1 janvier 1879. HPB et Olcott rencontrèrent de mystérieux Hindous qui les mirent en contact avec des compatriotes. A Londres, HPB fit pleuvoir des feleurs et se dédoubla en Hindoue. Les théosophes arrivèrent à Bombay le 16 février 1879. Ils organisèrent de grandes réunions philosophiques qui attirèrent l’attention des autorités anglaises ce qui priva HPB et Olcott du concours de personnalités éminentes mais leur valut la sympathie d’éléments progressistes et de lettrés indigènes. Les Anglo-Indiens reprochaient à HPB et à Olcott, qu’ils appelaient tantôt « les toqués », tantôt « les espions », de vivre en quartier indigène et de se conduire comme des malotrus à l’égard des autorités. Il y eut une affluence considérable, le 8 mai 1879, jour de l’an selon le Sak Salivan, quand Olcott donna aux Indes sa première conférence sur la 3société théosophique et son but ». Dès ce moment les théosophes ne purent rien faire sans être surveillés car ils glorifiaient l’honneur des Hindous. Le succès obtenu fut si grand que le journal de la Société, The Theosophist, se classa bientôt parmi les plus importants du pays. Patout, ils rassemblaient des foules indigènes, enthousiasmées par la conversion d’Européens à leurs propres croyances. Toujours persécuté, Olcott envoya une lettre de protestation au vice-roi des Indes. Il obtint gain de cause. Lui et HPB pouvaient désormais aller en paix mais la surveillance continua par l’intermédiaire des services secrets. Olcott put donner une conférence à Benarès (la Mecque des Hindous) chez le Maharajah devant des aristocrates et des lettrés. Olcott parvint à se rallier la plupart des plus notables pandits de la région de Bénarès. Le maharajah donna beaucoup d’argent à la ST et le succès de celle-ci prenait un essor international. Grâce aux subsides de princes, les fondateurs de la ST purent, en 1882, acquérir à Adyar une agréable demeure qui devint le siège de la société. Pour s’être baignés avec les Hindous, les fondateurs de la ST furent mis au ban de la bonne société anglaise. Olcott et HPB furent invités chez le gouverneur anglais de Madras qui fut ébloui par les dons de Blavatsky. La ST fut reconnue officiellement. Olcott s’attira la bienveillance du !maharajah du Cachemire en le guérissant de ses migraines. HPB et Olcott quittèrent cependant les Indes le 20 février 1884. A Londres la London lodge ST était menacée de scission. Une tendance était « christo-égyptienne » et l’autre penchait pour l’ésotérisme hindou et bouddhique. HPB et Olcott rétablirent la tranquillité en créant deux loges. L’une restait la London lodge l’autre devenait la Loge hermétique ST. Plus tatrd il fallut prononcer une nouvelle fusion, la London lodge devint la Société hermétique de Londres.
A cette époque les missions chrétiennes des Indes en l’accord avec le vice-roi attaquèrent HPB. Par ailleurs, la Société de Recherches psychique dressa un rapport accablant sur les dons supposés de HPB. Les lettres des Mahatmas furent reconnues écrites par HPB et on trouva chez elle divers instruments de prestidigitation. Le scandale orchestré par le gouvernement anglais retentit dans le monde entier. La ST accusa un coup terrible et de nombreuses personnalités donnèrent leur démission. HPB et Olcott repartirent pour Bombay le 10 novembre 1884. La mauvaise santé de HPB poussa le conseil d’Adyar à demander sa démission. HPB s’inclina et quitta définitivement les Indes en avril 1885. Les deux cofondateurs allaient se séparer. Olcott versa à fond dans le bouddhisme. Il parcourut l’Asie. Il voulait opposer le spiritualisme au marxisme dont il prévoyait les inévitables victoires. Il rédigea un catéchisme bouddhiste et créa un Comité général des Affaires bouddhiques. Il fit une conférence à Hiroshima et affirma que cette ville deviendrait l’un des symboles de la paix et de la fraternité qui règneraient un jour sur le monde. Le colonel Olcott mena sa mission avec acharnement jusqu’à la fin de sa vie. Il fut incinéré à Adyar le 17 février 1907.
Une meneuse d’hommes : Annie Besant
Annie Besant naquit le 1 octobre 1847 dans une famille aisée. Son père mourut alors qu’elle était en bas âge. Sa mère, diminuée financièrement, dut quitter la capitale pour s’installer à la campagne. Annie connut une enfance heureuse, revint à Londres de 12 à 16 ans puis chez sa mère où elle vécut des jours tranquilles jusqu’à son mariage avec un révérend. Les époux se plaignirent bientôt amèrement l’un de l’autre. Annie connut ses premières révoltes dans le lit de son mari. Pourtant, de cette union sans joie naquirent deux enfants, un garçon et une fille. En 1870, Annie faillit mourir d’une fièvre cérébrale, et guérit miraculeusement mais on craignit pour sa raison. Sa sensibilité devint extrême. Une nuit d’été 1871, après une dispute avec son mari, elle envisagea de se suicider mais elle entendit la voix d’un homme invisible qui l’encouragea à vivre. Elle résolut à se consacrer à ses enfants. Mue par une révolte intérieure contre le destin, elle rompit avec l’Eglise. Elle se sépara de son mari lui laissant son fils et gardant sa fille. Elle dut travailler. Elle écrivit des contes qu’un journal lui acheta. Engagée par le journal, elle put aller vivre à Londres avec sa fille et sa mère. Elle se mit à publier des pamphlets qui lui attirèrent l’attention du public. Elle acquit la sympathie des libres-penseurs et des francs-maçons. Bradlaugh, homme politique et journaliste athée lui donna son amitié. Les deux amis s’unir pour « réformer l’humanité ». Elle s’intéressa au contrôle des naissances. Elle le prôna comme susceptible de sauver l’espère humaine. Sous la pression de ses amis elle dut renier ses opinions et arrêter la vente de la brochure qu’elle avait publiée sur ce sujet. Elle devint socialiste matérialiste et féministe. Elle défendit son éditeur qui avait publié des dessins osés pour illustrer la limitation des naissances et lui fit gagner son procès. Cela entraîna la création de la Ligue Malthusienne. Elle fit des discours sur l’émancipation des femmes. La justice lui retira sa fille car elle décida qu’il convenait d’enlever à une athée « la charge d’une âme immortelle ». Annie se réfugia dans les études. Elle acquit des certificats de première classe de l’enseignement supérieur en biologie, botanique, acoustique, électricité, magnétisme et mécanique. Pendant huit ans, elle enseigna ensuite en qualité de professeur au « Hall des sciences » de Londres. Elle devint secrétaire permanente d’un syndicat de travailleuses. Elle tomba dans la dépression mais entendit la voix d’un homme lui annoncer de grands changements.
Un jour la Pall Mall Gazette la chargea de rédiger une analyse de la doctrine secrète de Mme Blavatsky. Ce fut pour elle une révélation. Elle entendit à nouveau la voix et en fut bouleversée. Elle rencontra HPB et devint théosophe. Elle rompit avec Bradlaugh pour se consacrer à la théosophie. Elle se considérait comme la fille de Blavatsky. Ses articles et ouvrages la firent connaître dans le monde entier. HPB manoeuvra pour que Besant prenne sa succession car elle était eprsuadée que celle-ci pourrait mener à bien la tâche d’émancipation et de fraternité dont elle avait rêvé. La plus dure épreuve consista à introduire Besant, « militante rouge », dans les cercles embourgeoisés de la théosophie. A partir de 1891 Besant, devenue membre de la section suprême, dite section ésotérique multiplia les conférences. On parlait de la Société Théosophique dans les journaux comme on parle aujourd’hui de grands partis politiques. Le 30 août 1891, Annie annonça qu’elle quittait la voie socialiste pour la voie théosophique. Elle fut critiquée par des francs-maçons qui ne la croyait pas quand elle prétendait avoir reçu des lettres des mahatmas de l’Inde par des moyens surnaturels. De 1895 à 1907, elle publia plus de 60 livres. En 1891, elle partit pour les Indes. Elle se réfugia à Bénarès. Elle y fonda un collège Hindou. Elle se fit la championne de la mystique hindoue. Elle voulait libérer les Indes de l’exploitation coloniale. Elle s’attaqua aux anglicans des Indes mais accepta pourtant le syncrétisme de la théosophie. En 1893, elle défendit la théosophie au Parlement des religions qui s’ouvrit à Chicago. A la mort d’Olcott, la ST dut lui trouver un successeur. Le colonel, inspiré par les « Maîtres » avait désigné Annie Besant. Contestée dans les milieux brahmaniques qui lui reprochaient son hostilité farouche au système des castes, elle fut élue avec difficulté et la ST perdit un tiers de ses membres. Mais sa vigueur permet de nouvelles adhésions. Avec l’appui de la franc-maçonnerie anglaise, elle voulut réveiller l’ême hindoue. A Bénarès, Besant créa l’Ecole centrale des filles hindoues. Elle estimait que les idées de la Société Théosophiques ne triompheraient que par l’éducation populaire, aussi institua-t-elle le « Theosophical Educational Trust » qui ouvrit de nombreux établissements scolaires réservés aux indigènes. Avant la première guerre mondiale, elle créa la Ligue des Fils de l’Inde dont elle devint présidente pour rapprocher les Hindous quelques soient leurs castes. Elle créa aussi le Home Rule League destiné à hâter le mouvement d’émancipation hindou. Mais en 1914, elle demanda aux Hindous leur loyauté envers l’Angleterre. Elle reprit le combat de l’émancipation en 1918. Elle fut même emprisonnée par le gouverneur de Madras mais libérée sous la pression populaire. En 1919, le Congrès national indien la désigna comme présidente. Elle avait Gandhi auprès d’elle converti naguère à la théosophie. A 80 ans, elle fit le tour d’Europe pour y tenir des meetings puis revint à Adyar. Elle mourut le 20 septebre 1933. On l’escorta jusqu’au temple maçonnique d’Adyar puis elle fut incinérée.