Le nazisme société secrète (Werner Gerson)

nazisme

1 – Qu’est-ce qu’une société secrète ?

Une société est secrète du fait de son recrutement ou du fait de ses activités. M. Husson, sous le nomen mysticum de Geoffroy de Charnay a écrit sur la « Synarchie politique ». Pour lui, il existe trois catégories de sociétés secrètes :

A – les sociétés secrètes inférieures dont le public connaît l’existence et régies par la loi de 1901 en France (Franc-maçonnerie, Société Théosophique, trotskistes, Gwan-An-Du). Les adhérents croient sincèrement à un idéal religieux, philosophique ou politique. Le recrutement y est très divers mais presque tous les postulants sont admis. Un esprit critique, une forte instruction, une intelligence éclairée, une situation sociale en vue, sont parfois des obstacles que des références (Gerson alias Pierre Mariel se trompe car ces qualités sont très recherchées dans la franc-maçonnerie). Selon Gerson, sous le couvert d’initiations à des grades successifs, on étudie les nouveaux inscrits et, le cas échéant, on les dirige vers des « voies de garage » ou, au contraire, on les oriente vers la seconde catégorie des sociétés secrètes (Mariel tombe dans le délire de Léo Taxil).
Les campagnes de haines et de calomnies dont sont victimes ces sociétés seraient orchestrées par leurs dirigeants, les Supérieurs Inconnus. Ainsi, en sacrifiant leurs troupeaux d’esclaves, les chefs occultes assurent-il leur propre sécurité et continuent leur action souterraine.

B – Les sociétés de cadres ou sociétés intermédiaires. Elles sont automatiquement secrètes. Leurs affiliés restent inconnus du monde profane et des membres des sociétés secrètes de base. Nul n’y propose sa propre affiliation. C’est un conseil occulte, qui décide, par cooptation, qui en est digne. Le nouvel inscrit est choisi d’autorité. Un refus de sa part l’exposerait à d’imprévisibles sanctions. Toute indiscrétion serait sanctionnée d’une façon radicale. Il y eut les Illuminés de Bavière, The High Brotherood of Louxor, l’A. A. d’Aleister Crowley, la compagnie du Saint Sacrement, les kabbalistes de la Kehilla, l’Edelweiss. Il y a le cercle intérieur de la Société Théosophique et le Mouvement synarchique d’Empire. Ces sociétés se livrent des combats souterrains mais les affiliés de même tendance pratiquent une solidarité discrète et efficace. Ces groupes contrôlent les rouages essentiels des Etats.

C – Les sociétés secrètes supérieures sont totalement occultes. Elles sont ignorées des sociétés secrètes de base et sont tabou pour la société de cadres. Après l’attentat dirigé contre lui, Walter Rathenau évoqua dans son agonie les 72 qui mènent le monde. Cet état major est constitué d’hommes d’Etat ou d’hommes vivant une existence retirée.

La mafia sicilienne joue un rôle politique certain et propage une doctrine initiatique traditionnelle. Les diverses obédiences maçonniques sont simultanément initiatiques et politques. Il en est de même des divers courants martinistes. Mariel/Gerson évoque l’initiation selon Evola, Paracelse et Saint Martin. Gurdjieff pensait que l’homme ordinaire est constamment dans un état d’inconscience analogue au sommeil. Il n’est qu’une machine. Il ne peut contrôler ses pensées. Pour lui, deux cents hommes conscients, s’ils estimaient leur intervention nécessaire, pourraient changer toutes conditions d’existence sur la terre. Il représentait l’humanité par le schéma de quatre cercles concentriques. Le cercle intérieur qui réunit les humains totalement éveillés, susceptibles de réveiller ceux qu’ils ont sélectionnés. Le cercle mésotérique comme le cercle intérieur possèdent des hommes de même qualité avec cette seule restriction que leur savoir est surtout théorique. Ils savent plus qu’ils ne font. Le cercle exotérique : les hommes qui font partie de ce cercle ont une connaissance plus abstraite que celle des mésotériques. Un mésotérique contemple, un exotérique calcule. Le cercle extérieur est le cercle de l’humanité endormie. La doctrine de Gurdjieff, la quatrième voie exige un travail déterminé. Mariel évoque Abellio pour qui le peuple va devenir le champ d’application de la Magie fascinatrice tendant à y inventorier, sélectionner, rassembler, perfectionner, et manier des êtres et des groupes par une sorte d’élevage savant, hiérarchique et dynamique. La seule voie qui reste ouverte aux chefs de la Technocratie européenne, c’est l’exploitation technique de la métapsychique et des dérivations des sciences à des fins de puissance humaine. Puis Mariel évoque le Polonais Haëne Wronski (1778-1853) dont parlait Balzac dans « La Recherche de l’absolu » sous les traits de Balthazar Claës. Il a joué un rôle important et maintenant bien oublié dans le messianisme des penseurs de 1848. Lui-même membre d’une société secrète slave, il a été un des premiers à discerner le rôle des vraies sociétés secrètes dans la marche des événements politiques. René Guénon pensait que les mouvements profanes étaient dirigés invisiblement par de puissantes organisations initiatiques et que celles-ci les dominaient sans s’y mêler, de façon à exercer également leur influence sur chacun des partis contraires.

2 – Les Lézards

Jusqu’aux invasions napoléoniennes, l’Allemagne n’a pas constitué une nation. Aucune unité géographique ou ethnique. Une vague coordination linguistique. Contradictoirement, la nostalgie d’une mission universelle, d’un grand dessein, servi par un dynamisme torrentueux, desservi par l’anarchie politique. D’où une instabilité à la fois collective et individuelle. Ces éléments firent de l’Allemagne, en Occident, la terre élue des sociétés secrètes tendant à suppléer à la désorganisation externe et interne par un pouvoir occulte puissant. En Prusse orientale vivaient les Borusses (ancêtres des paysans prussiens). Ils étaient slaves et adoraient les forces naturelles, la Terre, Mère universelle, les astres. Ils révéraient des totems, surtout le loup. A ces forces, ils offraient des sacrifices sanglants (esclaves, prisonniers de guerre). L’Empereur institua une sainte croisade contre ces païens maudits. Au XIIè siècle, l’expansion territoriale de la chrétienté fit naître les premiers ordres religieux, les Templiers, l’ordre des chevaliers de Sainte Marie et l’ordre Teutonique (protégé par l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen). Les teutoniques se recrutaient exclusivement parmi les nobles de sang germanique. En 1237, l’ordre teutonique fusionna avec celui des Porte-Glaives.
Les teutoniques germanisèrent les pays baltes, la future Prusse orientale. Ils construisirent des villes, tracèrent des routes, se firent commerçant et banquiers. L’ordre établit un Etat souverain et prospéra mais déclina au début du XVè siècle. Il fut sécularisé par la Prusse en 1525. Une société secrète avait rangé l’ordre du dedans comme un ver dans le fruit. Cette société portait le nom de Société des Lézards. Selon la terminologie symbolique du Moyen Age, le nom signifiait-il que ses membres cherchaient à se glisser dans les fissures de l’Etat ordinal ? Lézard, en allemand, se dit Eidechse or, avec une légère variante, on obtiendrait Eidechte, qui signifie serment authentique.

La Société des Lézards fut fondée en 1397 par des Junkers brimés par les hauts dignitaires de l’ordre teutonique. Selon les lois secrètes de la Société, les propriétaires Junkers ne devaient soutenir les intérêts patriotiques allemands que si ceux-ci étaient à leur avantage. Et déjà, à cette époque, ils ne trouvaient cet avantage que dans la ruine des « races inférieures ».

Quand le grand-maître teutonique Van Brandebourg-Hohenzollern transforma l’Etat de l’ordre en duché de Prusse, il agissait sous l’influence de la société des Lézards. Le plus secret dessein des junkers-lézards fut, en amalgamant le christianisme primitif au paganisme éternel, de créer un type d’homme nouveau.

3 – La Sainte-Vehme

Après la mort de l’empereur Frédéric II, le Saint-Empire Romain Germanique n’est plus qu’une mosaïque d’Etats enchevêtrés, laïques ou ecclésiastiques, petits ou grands. Dans le chaos, les droits les plus élémentaires de la personnalité humaine sont foulés au pied. Puisque les ecclésiastiques et les nobles sont incapables de les défendre, les bourgeois se protégeront eux-mêmes, efficacement, en usant d’une stratégie bien germanique, la société secrète. C ‘est ainsi que naît une société secrète justicière : la Sainte-Vehme. Elle restera en activité jusqu’au XVIIè siècle. Théoriquement, ces tribunaux secrets dépendaient, par une vague délégation impériale, de l’archevêque-électeur de Cologne. En fait, les « francs-juges » ne rendaient compte de leurs actes à aucune autorité religieuse ou seigneuriale. Ils se recrutaient exclusivement, par cooptation, dans la bourgeoisie et restaient rigoureusement anonymes. Pour être admis à juger sans appel, ils subissaient une série de rudes épreuves dont celle de s’improviser bourreaux ; se reconnaissaient entre eux par des mots de passe, signes et attouchements. Il semble que ses chefs, les francs-comtes, fussent tous d’origine westphalienne et de même cousinage. Les membres de la Vehme, tant pour juger que pour initier, ne se réunissaient jamais sous un toit, mais dans des lieux déserts, forêts, vallées sauvages, îlots de marécages, et souvent là même où les sorciers avaient – selon les traditions – mené le Sabbat. Le président de la cour criminelle, le franc-juge, était secondé par des assesseurs dont l’un d’eux se constituait en accusateur après avoir été magistrat-instructeur. Les Francs-Juges avaient sous leurs ordres une police secrète, les assermentés. Ils auraient été plus de 100 000. Le jugement était rendu de nuit, selon une procédure empruntée à la coutume des anciens germains. Parfois les francs-juges cachaient leur visage sous une cagoule rouge. L’exécution capitale suivait immédiatement le prononcé du verdict. L’accusé était pendu à une branche de l’arbre sous lequel le tribunal secret venait de siéger. Pour marquer qu’il ne s’agissait pas d’un assassinat, mais d’un acte de haute justice, un poignard crucifère était enfoncé dans le tronc de l’arbre. Un homme mis hors la loi par la Vehme ne pouvait espérer l’aide de personne, car on risquait la mort à être aperçu en sa compagnie. Toute indiscrétion d’un affilié était punie de mort et l’exécution était immédiate. La Vehme s’éteignit après la Guerre de Trente ans.

4 – Les Illuminés de Bavière

Issu d’une famille de pédagogue, Adam Weishaupt naît à Ingolstatdt en 1748. A vingt ans, il reçoit la chaire de droit canonique à l’université d’Inglostadt. Les ambitions de Weishaupt sont grandioses. Comme la plupart des paranoïaques, il se croit appelé à régénérer le monde. Il confie son dessein à son unique ami, le baron de Knigge membre de plusieurs loges et chapitres maçonniques. Knigge et Weishaupt mettent sur pied leur propre société secrète. Ils se brouilleront à mort, Knigge partira mais Weishaupt persévérera. En s’inspirant des constitutions maçonniques, il bâtit l’ordre ultra-secret des Illuminés. Cet ordre était l’ennemi de la franc-maçonnerie. Weihaupt partage son ordre ésotérique en treize grades répartis en deux classes : 1ère classe ou édifice inférieur : novice, minerval, illuminé mineur, illuminé majeur, 2è classe ou édifice supérieur : apprenti, compagnon, maître, écuyer, écossais, chevalier écossais et pour quelques rares adeptes se couronnait l’œuvre : épopte, prince, mage-philosophe, homme-roi. Chaque affilié portait un nomen  mysticum. Weishaut s’était attribué celui de Spartakus. Les premiers novices furent les étudiants de Weishaupt. A partir de 1782 il recruta à Weimar le duc Charles Auguste (Eschylus), Goethe (Abaris), Herder (Damasus Pontifex), Schadt (Apollonius), Von Fritsch (Werner), le duc Ernest II de Saxe-Cobourg, le baron de Dalberg.  Le candidat était soumis à un jeûne de trois jours. Puis avait lieu, de nuit, dans un local sombre et souterrain la première initiation, celle du noviciat. Le néophyte apparaissait nu, les bras liés, « ainsi que les organes de la génération ». Les « initiants » (qui étaient masqués) lui posaient des questions « afin de connaître le fond de sa pensée et les motifs secrets qui l’engageaient à solliciter son admission ». L’impétrant devait jurer obéissance absolue et était averti que la moindre indiscrétion serait punie de mort. Le novice devait observer les personnages de son entourage, faire une étude de ses semblables et consigner ses observations. Le Minerval reçoit une instruction secrète et personnelle qui lui apprend à coordonner méthodiquement ses observations. Weishaupt s’inspira de ses premiers maîtres les Jésuites pour dissimuler les intentions de son ordre. A côté de la gradation connue, Weishaupt avait institué une hiérarchie parallèle dont les affidés avaient des pouvoirs d’autant plus terribles qu’ils étaient ignorés de tous, sauf des « hommes-rois ». Spartakus les nomma les insinuants. Chaque insinuant tenait un journal de notes, ou diarium, qu’il transmettait deux fois par mois au grand-maître lui-même. Les Illuminés devaient pratiquer l’auto-confession. Ils livrèrent bataille avec d’autres conventicules fédérés sous l’appellation de Templiers ou Rose-Croix. La police mit fin aux activités des Illuminés et leur but fut découvert : « Etrangler le dernier prêtre avec les boyaux du dernier roi ». Les Illuminés de Bavière avaient pour ultime dessein de rendre l’homme à l’état de nature en supprimant la propriété, la religion, la morale. Ils voulaient construire une société sans classes. Pierre Mariel prétend que Weishaupt sema le grain qui donna plus tard Babeuf, Buonarroti, Elisée Reclus et Bakounine.
En 1785, Weishaupt fut destitué de sa chaire professorale et il s’exhila dans l’Etat du prince de Saxe-Gotha. Il mourut en 1830.

5 – Les réprouvés

Novembre 1918 ; c’est la défaite du IIè Reich. La République est proclamée. Elle est attaquée à gauche par le mouvement spartakiste. Selon Mariel, il descendrait des Illuminés de Bavière, ce qu’aucun historien sérieux ne soutient. Rosa Luxembourg partage avec Karl Liebknecht la direction de la Ligue Spartakus issue de la fraction activiste de la Social-Démocratie. Fils d’un des fondateurs de la Seconde Internationale, Karl Liebknecht naît à Leipzig en 1871. Il représente l’extrême-gauche du parti social-démocrate au Reichtag. Il proteste contre l’inflation des crédits militaires avant la guerre.  Pendant la guerre, il tente de noyauter les ouvriers des usines et les femmes des combattants. En mars 1916, il crée la Ligue Spartakus qui deviendra l’embryon du parti communiste allemand. Il est dénoncé et incarcéré et libéré par la débâcle. La Ligue continue, sans son chef, à recruter. Liebknecht ne croit ni au parlementarisme ni à une république bourgeoise. Il refuse d’apporter sa caution au gouvernement Ebert. On sent une part d’antisémitisme dans la description de Rosa Luxembourg par Mariel : « C’est une grosse juive, au physique peu engageant, mais à la culture révolutionnaire profonde et à l’éloquence enflammée ». En 1905, Rosa Luxembourg a pris une part active à l’émeute russe, dite le « dimanche rouge ». Elle voyage dans toute l’Europe et joue un rôle occulte dans l’organisation du parti socialiste allemand. Elle prêche le pacifisme et le collectivisme dans les usines. Elle est incarcérée pour propagande défaitiste. Libérée en novembre 1918, elle s’allie avec Karl Liebknecht. C’est elle qui fomente la « semaine rouge ». Le 6/1/1919, les spartakistes se ruent à l’assaut du gouvernement provisoire et écrasent en quelques  jours les forces gouvernementales. Partis de Munich, ils menacent Berlin le 10 janvier. Mais, le 11 les ligues de droite déciment les spartakistes. Rosa Luxembourg et Liebknecht sont emprisonnés. La Ligue spartakiste tente un nouveau coup d’Etat en mars mais échoue. Ce sont les chefs militaires groupés autour du général Ludendorff qui ont écrasé les spartakistes. Mais Mariel prétend que ce sont aussi les « résurrecteurs » de la Vehme et de l’ordre teutonique. Il existait des sociétés secrètes comme les Vieux camarades, Andreas Hofer-Bund, Arminius-Bund, les Niebelungen, l’ordre allemand qui se disait descendant de l’ordre teutonique, la Foi allemande, les Oiseaux voyageurs (société secrète de « routiers » scouts), Eros, Frontbund (anciens combattants), Anneau germanique, les chevaliers du Saint-Graal,  Société des petites armes, Knappenschaft, le Marteau de Wotan, le bouclier d’argent… Les mêmes individus pouvaient appartenir à toute une série d’associations. Ces associations servaient de couverture à des groupes aux desseins troubles, pour ne pas dire criminels, qui se targuaient hautement de prolonger la Sainte-Vehme et la Société des Lézards. Mariel estime que la filiation est possible. Les groupes exécutants appartenaient essentiellement soit à l’organisation Rossbach soit à l’organisation Consul. La première formation se recrutait essentiellement parmi les officiers « à terre » et la seconde parmi les officiers de l’Aviation et de la Marine de guerre. Ces deux organisations agissaient en  étroit accord, sous la haute direction d’un état-major général, analogue à l’OKW dont le chef occulte était Ludendorff.

Le 22/9/1921, à la diète de Bade, un député social-démocrate, le Dr Tunk, eut le courage de révéler le schéma directeur de la nouvelle Vehme : lutte contre les pacifistes, le social-démocrate, le judaïsme, la constitution de Weimar et organisation dans l’armée d’hommes résolus à empêcher la révolution intégrale de l’Allemagne.

Les hommes du groupe Consul assassinaient sans remords et ils étaient à peu près assurés de l’impunité car les polices des différents Etats allemands laissaient généralement s’enfuir les assassins. Parmi les nombreux assassinats politiques fomentés par le groupe Consul, un de ceux qui souleva le plus d’indignation fut celui de Mathias Erzberger, membre influent du Centre catholique, d’origine juive. Il avait été placé à la tête de la délégation qui avait discuté avec Foch les conditions de l’armistice de Compiègne. A cause de cela il était devenu un bouc émissaire.

6 – Le putsch Kapp

le 21 septembre 1919, une automobile découverte stoppe devant la grille principale du château d’Amerongen aux Pays-Bas. Deux hommes descendent de la voiture, Alfred G. Anderson et Lincoln. Ils parlementent avec le domestique du château et au bout d’une demi-heure, un vieil officier de la Garde impériale se montre. C’est le général Dommers, aide de camp de l’Empereur. Les deux hommes lui annoncent qu’un putsch se prépare et sollicitent l’accord de l’Empereur pour qu’il sorte de sa retraite quand ils auront emporté la victoire. Le général leur demande de revenir le lendemain mais quand ils reviennent c’est pour obtenir en langage diplomatique une fin de non-recevoir.

Le 19 août 1919, Lincoln a débarqué à Rotterdam, loqueteux et misérable et maintenant il est richement vêtu, le portefeuille bourré, dans un palace berlinois. A son retour d’Amerongen, il a rencontré le colonel Bauer, ancien chef d’état-major de Ludendorff et un certain Charles Newman. C’était eux qui l’avaient envoyé à Amerongen en compagnie d’Anderson qui se disait journaliste et disparut ensuite de la scène internationale. Les deux généraux furent découragés par l’échec de la mission secrète mais Lincoln leur dit qu’il fallait mettre à la tête du putsch un homme jeune, énergique, aimé de tous, le Kronprinz de Prusse. Lincoln repartit seul aux Pays-Bas. La rénovation de l’Allemagne devait passer par les sociétés secrètes. Le premier soir des dirigeants des organisations clandestines fut de simplifier, jusqu’à l’outrance les responsabilités. Une vague d’antisémitisme déferla sur l’Allemagne. Lincoln, pourtant juif, avait été choisi par les généraux pour négocier avec le Kronprinz. Ils lui avaient donné de l’argent. Selon Mariel, Lincoln tirait les ficelles de ces brutes galonnées. On ne peut y croire. Le Kronprinz refusa de recevoir le porte-parole des généraux conspirateurs. Ceux-ci n’en furent pas accablés. Eux seuls garderaient l’initiative de l’action et les gains de la victoire. Le chef des conspirateurs était moins le général Ludendorff que sa terrible épouse, une baronne balte qui exerçait sur son mari un empire absolu. Elle était mêlée à divers mouvements occultistes. Elle était antisémite mais se prit d’amitié pour Lincoln quand il lui dévoila ses connaissances en magie kabbaliste. Le général Ludendorff avait dans son entourage un personnage inquiétant, un seigneur balte, le colonel-baron von T… Lincoln sentait peser sur lui un terrible regard. Le putsch était prévu pour juin. Lincoln proclamait bien haut qu’il n’avait qu’un idéal : détruire l’Angleterre. Lincoln menait une existence de grand bourgeois car le complot était largement subventionné par Hugo Stinnes, le marchand de canons. L’état-major du complot comprenait les Ludendorff, Lincoln, le colonel Maximilien Bauer et le général von Luttwitz, le préfet de police Gottlieb von Jagow, le baron von Wangenheim, Wolfgang Kapp qui donna son nom au putsch. Tous faisaient partie des sociétés secrètes nationalistes issues des Lézards et de la Vehme.

Le président Ebert et le ministre de la défense Gustav Noske prirent la décision de démobiliser von Luttwitz et ses brigades, sentant le danger. Luttwitz refusa puis tint un meeting dans Berlin où il exigea la démission d’Ebert. Les hostilités commencèrent le 12 mars 1920. Les troupes de von Luttwitz firent décamper celles du gouvernement. Ebert et ses ministres fuirent à Dresde. Le 13 mars, le putsch était maître de Berlin. Lincoln s’était institué ministre de la propagande et exerça une dictature sur la presse. On avait promis aux troupes de régler l’arriéré des soldes mais les caisses du complot étaient vides. Hugo Stinnes ne tint pas ses engagements alors von Luttwitz somma le directeur de la banque d’Etat, Havenstein, de lui remettre les réserves de son établissement mais il refusa. Ce fut le chaos. Révolte dans la banlieue rouge de Berlin. Les journalistes exigèrent la démission de Lincoln. Lincoln abandonna alors son ministère. Wolfgang Kapp voulut tout abandonner. Les conspirateurs ne parvinrent pas à se mettre d’accord. Dans la coulisse, Lincoln jeta de l’huile sur le feu. Le 16 mars, Kopp s’enfuit par avion en Suède. Le 17, Luttwitz l’imita. Le putsch n’avait duré que quelques jours ruiné par le manque d’entente et de plan des conspirateurs. Le 17 mars, Dietrich Eckart, Adolf Hitler et von Greim atterrirent sur le terrain d’aviation de Jüteborg. Ils voulaient pêter main forte à von Luttwitz. Lincoln leur conseilla de foutre le camp et Hitler obtempéra. C’est ainsi que Hitler fut sauvé de la cour martiale et du peloton d’exécution par un Juif !