Y a-t-il un bien commun entre la philosophie morale et la philosophie politique ?

Qu'est-ce que le bien ?

Bien comme adjectif qualifie des personnes ou des actions et est synonyme de bon.

Bien comme adverbe, il a bien mangé.

Bien comme substantif, le bien ou un bien.

Le bien comme substantif.

Le bien apparaît comme une entité réelle comme une entité abstraite (l'idée du bien). Quand on dit qu'une chose est bonne c'est par rapport à l'idée de bien.

Le bien est un modèle, une référence, la perfection. Un bien, c'est quelque chose que l'on possède ou qu'on pourrait posséder (biens immobiliers). On dit de ces choses qu'elles sont des biens car elles permettent l'état de bien-être.

Le bien comme adjectif.

Cet usage est assez limité. Il apparaît sous la forme de bon ou de bonne avec une dimension instrumentale (un bon couteau, une bonne copine). Est bon ce qui est bon à quelque chose.

Ce qui permet à une nature d'avoir une performance (un couteau qui coupe bien). Le bien c'est ce qui permet d'atteindre une fin pour laquelle la chose est faite.

Le bien à une dimension technique (un bon joueur d'échecs). Le bien c'est la compétence technique. Le bien à une dimension hédoniste. Le bien est bon s'il procure un état de bien-être.

Le bien comme adverbe.

Bien indique que l'action s'est déroulée correctement. Le bien est ce qui est adapté.

Le bien a comme sens : le modèle, ce qui permet d'atteindre l'état de bien-être, la compétence technique, ce qui permet l'accomplissement de quelque chose.

Le commun comme adjectif.

Comme c'est ce qui appartient à plusieurs ou ce qui s'applique à plusieurs. Ce qui se fait à plusieurs. Ce qui appartient au plus grand nombre. Ce qui est banal. Ce qui n'est pas distingué.

Reformulation de la question.

Y a-t-il un bien qui appartient ou qui s'applique à plusieurs ?

Y a-t-il un bien qui relève du plus grand nombre ? Si c'est le bien commun de la majorité est-il encore un bien ? Il semble que la notion de bien nie le bien commun.

Il n'y a pas de bien commun.

Il y a un relativisme concernant le bien-être. Les moyens permettant d'atteindre le bien-être peuvent être différents d'un individu à un autre.

Il n'est même pas viable qu’il y ait dans une société ou dans un État quelque chose qui serait considéré comme le modèle du bien-être, cela aboutirait au totalitarisme.

Saint-Thomas dit qu'on prend davantage soin du bien propre que du bien commun. Le bien propre acquiert plus de valeur. Le bien commun perd donc de sa valeur.

L'idée de bien commun est elle-même contradictoire dans les termes ? « Il faut se garder du mauvais goût d'avoir des idées communes avec beaucoup de gens » (Nietzsche, Par-delà le bien et le mal).

Bien n'est pas la même chose dans la bouche de quelqu'un d'autre, tous ce en quoi on s'accorde avec beaucoup de gens perd de sa valeur. Bien et commun se contredisent car ce qui est commun n'a toujours que peu de valeur.

« La notion de bien est celle d'une fin à laquelle tend une volonté pour atteindre son accomplissement » (Nietzsche).

Si je tends vers quelque chose pour m'accomplir j'y tends par référence à moi-même comme bien propre.

Une volonté ne peut pas tendre à une fin autrement que comme bien propre.

Comment faut-il penser le bien pour qu'il ne contredise pas l'idée de bien commun ?

La pertinence du bien commun.

Saint-Thomas d'Aquin parle du bien commun en référence au philosophe Aristote. Aristote entend par bien ce qui permet à une nature de s'accomplir. La nature c'est l'homme.

La nature de l'homme c'est un animal politique, un être vivant qui vit dans une société.

Celui qui est hors cité par nature est soit un surhumain soit un être dégradé. La nature de l'homme c'est d'être en société.

Par conséquent la société est un bien pour l'homme.

La société comme bien commun.

Puisqu'être en société c'est nécessairement être avec les autres, puisque c'est bien d'être en société, la société est un bien commun.

Mais est-il permis d'atteindre mon bien-être sans être en société ?

Non car nos biens de consommation sont produits par les autres. Le bien qui permet le bien-être n'est jamais un bien totalement propre mais un bien produit par un autre.

Pour qu'il y ait société, il faut que les individus communiquent. Il faut une langue. Il y a des biens qui ne peuvent pas être des biens propres, qui ne peuvent être que des biens communs. La langue est un bien commun car elle n'existe que si elle est parlée. La langue est un bien communicable et partageable, on peut la donner sans en être dépossédé.

L'intérêt commun ou intérêt général c'est la même chose que le bien commun mais moins connoté moralement. Une société n'est possible que si entre les individus qui la composent il y a des intérêts communs. Pour vivre ensemble, il faut que soient maintenus des intérêts communs (les bandes d'arrêts d'urgence sur les routes). Si quelqu'un s'empare de la bande d'arrêts d'urgence comme un bien propre, tout le monde fait comme lui, les secours ne peuvent plus intervenir et il n'y a plus de bien commun.

Pour Rousseau il y a un espace entre les intérêts communs.

Il y a la loi et la force de l'État. Un bien peut-il ne pas être commun ? C'est ma volonté qui décide du bien donc ce bien est relatif. Pour les anciens Grecs, c'est le bien qui me décide et qui s'impose. Le bien a une force contraignante. Il y a des biens qui sont dictés par la nature de chacun. Par notre nature même (manger). La volonté n'intervient que dans le choix de ce qu'on aime bien manger. Le plaisir de manger est dicté par la nature mais est partagé par ce qui ont la même nature que moi.

La recherche exclusive du bien propre peut nuire à la fois au bien commun et au bien propre lui-même (celui qui croit que sortir de l'embouteillage par la bande d'arrêts d'urgence est normal).

Effacer la distinction entre bien propre et bien commun revient au totalitarisme.

La négation du bien propre peut aboutir à la destruction du bien commun. Ce qui est contradictoire ce n'est pas l'idée de bien commun mais la séparation du bien commun et du bien propre. Le bien commun peut être la condition d'existence du bien propre et inversement.