La culture empêche-t-elle la barbarie ?

Ernest Renan : « la culture est de nos jours la grande force de l'esprit à tous les degrés. La barbarie est vaincue sans retour, parce que tout tend à devenir scientifique ».

Nietzsche : « le grand raz-de-marée de la barbarie est à nos portes. Un siècle de barbarie sans précédent commence. Et la science sera à son service ». (Volonté de puissance).

I qu'est-ce que la culture ?

Culture vient de «colere » : cultiver son champ ou le lieu qu'on habite.

La culture consiste à prendre soin de quelque chose, de l'honorer d'où le terme de « culte ».

Cultiver c'est développer, enrichir, valoriser quelque chose.

Dans culture, il y a la base et l'idée d'enrichir cette base.

Sens ontologique : c'est le sens le plus large de culture. Tout ce par quoi l'être humain s'élève au-dessus de la simple nature.

La nature c'est l'ensemble des choses existant indépendamment de celles créées par l'homme y compris l'homme lui-même, la nature signifie essence.

Lévi-Strauss : « ce qui nous fait passer de la nature à  la culture c'est l'instauration des règles ».

« La règle fondamentale de ce passage de la nature à la culture c'est la prohibition de l'inceste ».

Cela permet au groupe d'avoir un droit de regard sur les différentes relations. Chaque société établit une règle particulière sur l'inceste variable suivant les sociétés.

La figure la plus large c'est l'exogamie (on va chercher son partenaire hors de la famille) et la moins large c'est l'endogamie (obligation de s'allier avec quelqu'un de sa famille).

Sens anthropologique : la culture c'est tout ce par quoi une société donnée s'élève au-dessus de la simple nature. On parle d'une culture et non plus de la culture.

C'est un ensemble de croyances, de techniques, de moeurs, religion, histoire, art, langage.

Le défi de ce sens de culture est de savoir si une culture est supérieure à une autre.

Aucun modèle culturel n'est, en droit, supérieur à un autre car chaque culture est circonscrite à une aire particulière différente des autres aires.

On ne peut comparer les cultures. Selon Lévi-Strauss, on ne peut comparer les cultures en termes de progrès car chaque culture à partir de son point de départ prend une direction différente.

Il n'y a pas de critères ou de normes permettant de hiérarchiser les cultures.

L'ethnologue s'interdit de porter un jugement intellectuel ou d'ordre moral sur une culture, c'est le relativisme culturel.

Sens classique : tout ce par quoi un sujet s'élève au-dessus de la seule nature réalise son humanité. C'est en ce sens que l'on dit que quelqu'un est cultivé. La culture a un aspect qualitatif et quantitatif : une tête bien faite, à partir de ses connaissances, la capacité à perfectionner son propre jugement. Quantitatif : une tête bien pleine, amasser des connaissances sans savoir les utiliser pour former son propre jugement.

Cicéron a été le premier à associer la culture au savoir en parlant de « culture de l'esprit ».

La barbarie : chez les Grecs, est barbare celui qui ne parle pas grec, n'a pas la culture grecque. C'est l'étranger. Il cesse d'être barbare s'il apprend la langue et la culture grecques.

Chez les Romains : « barbarus » est synonyme d'inculte, brute, primitif.

À l'époque chrétienne, le barbare c'est le païen. Il cesse d'être barbare s'il se convertit.

À la Renaissance, le barbare c'est celui qui est cruel, féroce. C'est celui qui est capable de jouir de la souffrance d'autrui. Il va à l'encontre des valeurs morales. C'est ce qui a un caractère inhumain.

À l'époque moderne (XVIIIe siècle) le barbare c'est le non civilisé. Le terme de civilisation est inventé au XVIIIe siècle pour distinguer les civilisés des barbares.

Il semble que la culture est susceptible d'empêcher la barbarie. La culture par définition nous élève au-dessus de la simple animalité, de la simple nature.

La culture instaure des règles pour contrecarrer la nature de l'homme. Les termes de culture et barbarie sont antithétiques.

Le siècle le plus florissant de la culture a aussi été le plus barbare. La réponse la plus simple serait de dire que le barbare est celui qui n'a pas de culture mais Hitler était cultivé. Les termes culture et barbarie ne s'opposent pas forcément.

La barbarie peut se servir du développement technique, c'est-à-dire du développement culturel.

Quand la culture est détournée de ses fins initiales, c'est la crise de la culture selon Hannah Arendt.

L'identité culturelle ne peut se distinguer qu'en excluant les autres. La culture crée les conditions de ne pas se mettre du côté de l'autre.

L'égocentrisme fait que l'on va nommer barbare celui qui n'est pas comme nous.

Le mal ne vient pas toujours de quelqu'un identifié comme barbare ou mauvais. La banalité du mal consiste dans le fait que quelqu'un de normal, ordinaire peut commettre des actes qui eux ne sont pas ordinaires.

Hannah Arendt l'évoque dans  « Eichmann à Jérusalem ».

Nous n'avons pas les moyens d'assurer à coup sûr que la culture peut nous sauver de la barbarie.

La barbarie est en nous. La seule marque sûre de la culture c'est le degré d'humanité, notre capacité à nous mettre du point de vue de l'autre.