Le langage ne sert-il qu'à communiquer ?

Langages : fonction d'expression de la pensée et de communication entre les hommes, mise en oeuvre au moyen de signes vocaux (la parole) et éventuellement de signes graphiques (écriture) qui constituent une langue (Petit Robert).

On remarque que le langage n'est pas une chose mais une fonction. Le langage a en vue une utilité.

Exprimé signifie rendre à l'extérieur ce qui est d'abord intérieur. La communication nécessite un locuteur, un auditeur et un référent (ce qui est dit). Il faut un code (une langue) entre le locuteur et l'auditeur.

Le langage se réalise concrètement dans une langue.

Une langue est commune à un peuple ou à une société.

Elle ne trouve son expression concrète que si elle est parlée.

I la communication.

Elle semble être la fonction principale et naturelle du langage, de la parole.

C'est la définition du langage qui nous permet de le dire.

Le langage n'est pas qu'un instrument dont on se sert pour communiquer. L'invention même du langage répond à un besoin, une nécessité : exprimer aux autres ce qui se passe à l'intérieur de nous.

Les limites du langage.

Le langage trahit-il la pensée ?

Existe-t-il de l'inexprimable ?

Le langage trahit-les sentiments qu'on ne voudrait pas révéler ?

Bergson pense que le langage ne peut pas être fidèle à la pensée.

Les mots ne sont que des étiquettes qui ne permettent de fixer que des généralités. Le mot passe à côté de la singularité d'un sentiment. Le langage nous empêche de penser la chose même. À force d'utiliser des mots, on finit par vivre les choses suivant les mots. On finit par vivre l'amour selon ce que le mot produit.

Les mots peuvent être en deçà ou au-delà de ce qu'il y a à dire.

Wittgenstein pense que : « il y a nécessairement de l'inexprimable, celui-ci se montre, il est l'élément mystique. Ce dont on ne peut parler, il faut le taire».

Boileau : « avant donc que de parler apprenez à penser. Suivant que la pensée est plus ou moins obscure, l'expression la suit au moins net ou plus pur ».

La pensée précède-t-elle la parole ?

II il est discutable que la parole soit toujours précédée de quelque chose à dire et par conséquent que le langage ne soit qu'un moyen de communication.

On peut très bien parler pour ne rien dire. Ne rien dire n'est pas forcément négatif. Parler pour ne rien dire signifie qu'on ne maîtrise pas une langue. Que ce que l'on dit n'a pas de sens.

Cela peut être essayer de dire ce qui est indicible.

Énoncer des paroles qui n'informent de rien c'est parler inutilement. Ce n'est pas forcément péjoratif.

A l'inverse, il y a des silences qui disent beaucoup. Qui ne dit mot consent.

Il est discutable que la pensée précède la parole.

« Prenant souvent la parole sans savoir comment il finirait sa phrase, il parlait beaucoup mieux » (Stendhal Le Rouge et le noir).

Il se peut que la pensée aille vers la parole comme vers son accomplissement.

La pensée se fixe dans la parole, c'est ce que pense Merleau-Ponty.

La parole fixe la pensée dans son contenu. Quand on dit : « je l'ai sur le bout de la langue » c'est qu'on n'a pas le mot donc pas la pensée. Une pensée sans mot est une pensée, qui se fixe avec la parole.

La parole est un achèvement de la pensée.

Il est discutable que le langage ne soit qu'une expression de la pensée puisqu'il y a des énoncés qui ne disent pas ce qui existe déjà mais il y a des paroles qui font exister des choses du fait qu'elles sont prononcées.

Dans la Genèse : « Dieu dit : « que la lumière soit et la lumière fut ». « Au commencement était le verbe ». C'est une parole performative. Il y a un paradoxe. Il y aurait eu un moment où le temps n'existait pas entre « que » et « soit ».

On ne sait pas ce qui se passe. Saint-Augustin dit que Dieu n'a pas pu parler dans le temps. Il a suffi qu'il pense : « que la lumière soit » pour que la lumière fut.

Selon Saint-Augustin et il n'y a pas d'avant la Création.

John Austin dit qu'il y a des énoncés qui ne sont pas constatatifs mais performatifs. Quand le maire dit : « je vous déclare mari et femme » la parole crée quelque chose.

Pour que la parole soit performative il faut un système conventionnel partagé et un contexte.

III le langage n'est pas un instrument de communication neutre.

Il est la marque de l'humanité. Il a un caractère culturel. Il est une façon pour l'homme de s'élever au-dessus de la nature.

Le rapport entre le mot et la chose n'est pas un rapport naturel. Le mot ne représente pas la chose de façon naturelle.

En cela le langage humain se distingue du langage animal.

Le langage peut outrepasser le besoin et le souci d'efficacité.

La parole poétique permet de dépasser les règles strictes du langage.

La parole ne se résume pas à une activité langagière. Le langage ne se borne pas à remplir une fonction de communication.

On présuppose qu'il y a une vie intérieure complètement opaque à l'extérieur. « Je pense donc je suis » de René Descartes c'est se couper de l'extérieur.

Il dit aussi : « je suis, j'existe ».

Et il ajoute que cela n'est vrai que toutes les fois où il en parle.

Selon les existentialistes, le propre de l'homme c'est d'être toujours à l'extérieur de lui-même.

Il se projette être toujours que ce qu'il est.

Il n'y a pas d'intériorité fermée à l'expression.

L'homme est une expression.

L'homme est d'abord parole par nature. « L'homme s'origine dans la parole » (Heidegger).