Expérience scientifique, expérience de la vie.

L'expérience instruit-elle ?

L'expérience concerne la philosophie de la connaissance et la philosophie pratique.

Expérience vient du latin «experientia » et du grec «emperia » qui signifie épreuve, essai.

L'expérience c'est une rencontre avec quelque chose. L'expérience est souvent valorisée.

L'expérience instruit mais selon certaines conditions.

Instruire signifie insérer, introduire, outiller, mettre quelqu'un en possession de connaissances nouvelles. L'instruction modifie une personne.

L'expérience permet à une personne de mieux s'adapter à l'extérieur, au monde. La passivité et l'activité s'articulent dans l'expérience.

Le premier mode de l'expérience c'est l'expérience des situations spécifiques.

C'est l'expérience que chaque individu vit en lui-même et qu'il perçoit comme quelque chose d'irréductible, qu'il ne peut pas transmettre. C'est le cas des expériences mystiques dans lesquelles on vit une rencontre avec Dieu. Cela donne l'impression à l'individu qu'il est le seul à avoir vécu cette expérience. il ne peut la transmettre.

Le deuxième type d'expérience est l'expérience sensuelle, l'accès au monde par les sens.

C'est l'ensemble des choses perçues. Les caractéristiques du corps et de l'esprit de la personne influencent cette forme d'expérience.

Nous expériences sont influencées par nos besoins et nos intérêts.

On ne perçoit pas de façon neutre.

Le troisième type est l'expérience habituelle.

C'est l'ensemble des traces laissées en nous par la pratique. C'est l'expérience propre et celle qui nous est transmise par nos parents.

Quatrième type : l'expérience scientifique ou l'expérimentation.

Elle commence avec Galilée.

Elle est construite, on la provoque, elle est active car le scientifique observe le monde avec une intention. Elle n'est pas livrée à l'arbitraire. Elle n'est pas subjective puisqu'elle est répétable. L'expérience sensible donne un accès au monde. Mais elle livre une instruction qui n'est pas toujours conforme à la réalité. (D'où la critique de Platon dans la République).

L'expérience de la vie nous livre un savoir (c'est en forgeant qu'on devient forgeron).

C'est par l'expérience qu'on acquiert un savoir qui est un savoir-faire selon Aristote.

Toute pratique porte sur l'individuel par conséquent si on possède un savoir général sans expérience, on est amené à commettre des erreurs de jugement. L'habitude instruit mais Aristote dit que l'homme d'expérience ne s'est pas le pourquoi les choses qu'il sait. Donc ce n'est pas un vrai savoir. Son savoir ne concerne que les choses individuelles, ce n'est pas un savoir universel. C'est la limite de l'induction (à partir d'une succession de cas particuliers on induit que cela fonctionnera à chaque fois).

« Les choses qu'il faut avoir apprises pour les faire, c'est en les faisant que nous les apprenons » Aristote.

Cela signifie que l'expérience ne dispose jamais de refaire l'expérience.

Elle ne nous instruit jamais définitivement.

Un homme d'expérience c'est celui qui renouvelle l'expérience.

C'est ce qu'Aristote appelle la prudence. Rien n'est jamais acquis. L'expérience de la vie nous apprend à désapprendre. L'expérience scientifique nous instruit sur les objets du monde.

Emmanuel Kant distingue les connaissances expérimentales et les connaissances a priori. La connaissance expérimentale porte sur un objet (sciences physiques). La connaissance a priori se passe d'expérience (les mathématiques).

Les expériences scientifiques permettent d'établir des théories qui nous instruisent.

La théorie scientifique est cohérente. Les lois qu'elle produit correspondent à la réalité.

La théorie scientifique explique et prédit. Elle est simple. Il n'y a qu'une manière de s'assurer la validité d'une théorie scientifique c'est de chercher l'expérience qui pourrait en relever la fausseté.

C'est ce que Karl Popper appelle la falsification.

La recherche scientifique cherche à nous instruire de la fausseté éventuelle des théories.

Elle cherche donc à nous désapprendre de ce que nous croyons déjà savoir. Un savoir qui se présente comme achevé n'est pas scientifique. C'est parce que la science est modeste qu'elle fait des progrès.

Le sujet ne peut pas acquérir ce qu'il sait en étant passif dans l'expérience scientifique car il doit sans cesse refaire. C'est le sujet lui-même qui s'instruit dans les différentes expériences. Ce n'est plus l'expérience qui instruit quelqu'un mais quelqu'un qui donne des outils à l'expérience et la remet en question.