Conscience de soi et mémoire de soi.

La conscience de soi peut-elle se passer de la mémoire de soi ?

Cela fait partie de la philosophie du sujet. Un sujet c'est ce qui n'est pas un objet. Le sujet c'est celui qui n'a jamais placé devant lui-même, c'est celui qui se saisit lui-même, en lui-même. Le sujet a donc un dedans. C'est celui qui peut dire « je ».

Au sens philosophique, le sujet c'est celui qui peut se représenter à lui-même. Cette présence de soi à soi c'est la conscience de soi.

Le sujet est capable de conscience.

Cette conscience de soi peut-elle se passer de la mémoire de soi ?

I la mémoire en général.

A les types de mémoire.

La mémoire sensorielle.

C'est la faculté de se rappeler une information sensorielle (son, odeur, etc.) pendant un laps de temps très court.

La mémoire à court terme.

C'est la faculté de se rappeler un nombre limité d'informations pendant une courte durée (quelques dizaines de secondes).

La mémoire à long terme.

C'est la faculté de se rappeler une information pendant une longue durée (souvenirs d'enfance).

Elle comprend :

-la mémoire épisodique.

-La mémoire sémantique.

-La mémoire procédurale.

La mémoire épisodique, c'est la capacité de se rappeler les différents stades d'un vécu (presque avec le même contenu émotionnel).

La mémoire sémantique c'est la mémoire des mots, des idées, des concepts, des connaissances.

La mémoire procédurale, c'est la faculté de se rappeler une séquence de gestes précis même si on ne les a pas effectués depuis longtemps (faire du vélo).

La mémoire ne consiste pas que dans le rappel.

Le rappel n'est pas que le dernier processus de la mémoire.

Trois étapes :

-l'encodage, c'est le processus qui permet au cerveau d'enregistrer une information. Il va de pair avec l'attention qu'on a de ce qui se passe.

-Le stockage (la consolidation).

La récupération (le rappel).

Peut-on se passer de son passé sans que cela nuise à la conscience de soi ?

Il ne va pas du tout de soi qu'il faille se référer à la mémoire pour prendre conscience de soi.

Les Grecs avaient deux termes pour dire souvenir : Menèmé, c'est le souvenir comme apparaissant passivement (malgré moi), Anamnésis, c'est le souvenir entendu comme une recherche, comme un rappel.

Il y a des souvenirs avec rappel et sans rappel.

Le souvenir n'est pas toujours l'aboutissement d'une quête consciente. La conscience peut parfaitement n'avoir aucune prise sur la mémoire.

Chez Freud, il y a une sorte d'indépendance entre la conscience et la mémoire : « la conscience naîtrait là où s'arrête la trace mnésique ». Conscience et mémoire sont exclusives l'une de l'autre. Donc la conscience n'est pas la mémoire. La mémoire c'est l'inconscient qui a en propre de se manifester (névroses, rêves, lapsus, actes manqués).

Les souvenirs retiennent sans ma conscience.

Le sujet se souvient mais ne se rappelle pas. Il se souvient dans ses rêves. Le rêve c'est une façon pour ce qui a été refoulé de revenir.

René Descartes invente le thème de la conscience. Descartes utilise le doute pour dire qu'on peut douter de tout car il n'y a pas beaucoup d'indices pour distinguer le rêve de l'éveil. Quand je rêve, je ne rêve pas que je rêve. Mais il y a une chose dont je ne peux pas douter c'est que je suis y compris si je doute de mon passé.

Le moi qui dit : « je suis » a conscience de lui. La conscience chez Descartes c'est la négation du monde y compris de son passé. La seule chose dont on soit sûr ce : « je suis une chose qui pense » et il se peut faire que si je cesse de penser je cesse d'être ou d'exister. Donc la conscience de soi n'a pas besoin de son passé pour Descartes.

Le « soi » est le pôle identitaire du « moi ». C'est pour cela qu'on dit « soi-même ». Conscience de soi c'est l'accès d'un moi qui garde son identité dans le temps et donc la conscience a besoin de la mémoire.

Pour Bergson : « toute conscience est mémoire ». Saint-Augustin : « c'est dans la mémoire que je me retrouve moi-même ».

 

John Locke : « supposer que je perde complètement mémoire des parties de ma vie, sans pouvoir les remémorer. Je n'en serais peut-être plus conscient, ne suis-je pourtant pas la même personne qui a posé ses actes et qui les a pensés ».

« Je reste le même homme mais je ne suis plus la même personne ». « Une personne est un être capable de réflexion et qui peut se regarder soi-même comme le même, comme une seule chose qui pense et agit en différents temps et en différents lieux ».

« C'est en étendant ma conscience sur mes actions et mes pensées passées et en les ramenant au même (c'est-à-dire à soi).

Pour accéder au soi, il faut absolument passer par la mémoire pour accéder à tous les moments de sa vie et faire la synthèse de ce que l'on est.

Si on en n'est pas capable on reste un homme composé de matière et d'esprit mais plus d'une personne.

Ce que permet la mémoire pour Locke c'est l'accès à l'identité de soi.

Sommes-nous certains que la mémoire nous mène à une connaissance certaine de soi ? Y a-t-il fiabilité de l'identification de soi ?

Dans la phrase : « je me souviens », le « je » qui se souvient est-il le même que celui dont il se souvient ?

Les souvenirs n'apparaissent pas exactement à l'image du vécu. Une autobiographie ne reprend pas tout le cours de la vie de façon linéaire, il y a une sélection des épisodes.

Les souvenirs n'ont pas la même continuité que le vécu en direct.

Il y a transformation du vécu par le souvenir.

Pour Paul Ricoeur il y a des abus de la mémoire. La mémoire empêchée (rien ne veut sortir comme le souvenir des traumatismes). La mémoire manipulée(les témoignages sur nous-mêmes par d'autres peuvent provoquer des souvenirs induits).

La mémoire oblige (le devoir de mémoire où la mémoire des autres devient la mémoire).

Sommes-nous certains que la mémoire c'est du passé ? Pour Saint-Augustin : « qu'est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande je le sais, aussitôt que quelqu'un me le demande, je ne sais plus ».

On ne peut pas dire le passé « est », le présent « est » et le futur « est ». Pour Saint-Augustin, il y a le présent du passé (souvenirs), le présent du présent : l'intuition et le présent du futur : l'attente.

Il y a mémoire dans le présent du passé.

La mémoire est donc du présent.

On se représente le vécu, on se le présente à nouveau.

Je suis moi en tant que je me représente ce vécu passé.

Le passé n'est rien si je ne me le représente pas.

La mémoire ne me présente pas un moi passé mais un moi présent en train de se représenter son passé.

Le moi n'est pas que la mémoire du passé mais la possibilité de se représenter l'avenir. Donc la mémoire de soi doit intégrer l'avenir.

On se souvient de ce qu'on aura à faire plus tard.

La conscience de soi ne peut pas se passer de la mémoire de soi mais cette conscience mémorielle rate le soi tant qu'elle ne le considère qu'au passé. Il faut donc penser autrement la mémoire.

Non plus seulement mémoire du passé mais aussi bien mémoire du présent et mémoire du futur.

L'être n'est pensable qu'à cette condition.