Chapitre XIII la maçonnerie russe. Ses rapports avec la maçonnerie française.

Le 9 octobre 1934, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie et M. Barthou furent assassinés. C'était un complot. Vigneau est persuadé que les sociétés secrètes ont fait tuer le roi de Yougoslavie pour « régénérer » la société. Il prétend que la maçonnerie russe avait préparé l'assassinat du tsar. Il cite la planche que le frère Bourishkine présenta le 2 février 1934 à la loge Lotos à Paris. La maçonnerie russe était née dans la première moitié du XVIIIe siècle. Elle fut introduite par les Anglais. La franc-maçonnerie russe fut interdite par Catherine II. Alexandre Ier la réveilla. Puis elle fut de nouveau interdite en 1822. La franc-maçonnerie russe rapprocha la Russie de la Suède.

Les francs-maçons français, le baron de Eschodi fréquenta la maçonnerie russe ainsi que le chevalier de Corberon qui pratiquait l'alchimie. De Corberon, revenu en France, tomba en disgrâce. Il avait échoué dans sa mission qui consistait à rapprocher la Russie de la France.

Le comte russe Strogonoff fréquenta la maçonnerie française. Il participa à la fondation du GODF. Il fut membre de la commission pour la rédaction des hauts grades en 1775. Il fut présent lors de l'initiation de Voltaire. Il participa à la Révolution française parmi les jacobins.

Le chevalier de Corberon prêta son concours à l'introduction de Cagliostro dans les milieux maçonniques russe. C'est l'apparition de Cagliostro à Saint-Pétersbourg qui permit à Catherine de déclencher ses premières attaques contre la franc-maçonnerie.

Balsamo arriva en Russie en 1779. Il montra ses connaissances en magie, en alchimie, en démonologie. Il offrit de transmuter les métaux en or. Il fit des dupes mais pas autant qu'il l'avait espéré.

Le chevalier de Corberon lui accorda sa protection. Mais son protecteur le plus puissant fut le lieutenant-général Pierre Melissino. C'était un Grec, grand dignitaire dans la franc-maçonnerie russe, fondateur d'un rite qui portait son nom. Il introduisit Cagliostro dans la franc-maçonnerie russe où ce dernier eut beaucoup de succès.

Cependant, son apparition comme grand cophte de la maçonnerie égyptienne désillusionna un peu ses admirateurs russes.

Il faisait de la concurrence aux médecins. Rogeyson, le médecin anglais de l'impératrice commença une campagne vigoureuse contre lui. Quand Cagliostro accepta de s'occuper du fils du prince Gol qui était malade cela provoqua sa ruine car il le rendit au bout d'un mois guéri mais la princesse ne reconnut pas son fils. En effet, l'enfant était mort et Cagliostro l'avait remplacé.

L'impératrice voulut ridiculiser Cagliostro et la franc-maçonnerie.

Deux comédies furent écrites : « le trompeur » sur Cagliostro et « le trompé » sur ses dupes.

L'impératrice en était l'auteur. Goethe, lui aussi, ridiculisant Cagliostro dans sa comédie « le grand cophte ».

L'impératrice écrivit un pamphlet antimaçonnique « le faux et le vrai ».

Malgré cela la maçonnerie progressa en Russie dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Les maçons russes désavouèrent la Révolution française.

Le maçon Novikoff qui développait la diffusion des livres et de la culture en Russie fut surveillé par Catherine II qui le fit enfermer en 1792. Elle redoutait la Révolution française et n'avait pas envie qu'elle atteigne la Russie. Elle s'en prit donc à la franc-maçonnerie russe.

Avant l'abbé Barruel, l'abbé Proyart avait accusé la franc-maçonnerie d'avoir fomenté la Révolution française.

Vigneault cite le « livre de l'apprenti » d'Oswald Wirth pour accréditer la thèse du complot maçonnique visant à la Révolution française. Vigneau, catholique intégriste et monarchiste voit dans la franc-maçonnerie républicaine une oeuvre de malfaisance. Il voue une haine féroce à la démocratie égalitaire alors que pour lui la franc-maçonnerie devrait être ésotérique et élitiste.

Chapitre XIV.

Vigneault cite une brochure anonyme intitulée « la vérité sur la franc-maçonnerie » dans laquelle le recrutement est considéré comme antimaçonnique. Vigneault se moque de cette affirmation et démontre au contraire que la franc-maçonnerie recrute et que c'est contraire à l'esprit initiatique.

L'auteur anonyme de la brochure déclare que la franc-maçonnerie n'est pas une société secrète et Vigneault cite le frère Alban Chaligny qui déclare que la franc-maçonnerie est bien une société secrète et que sa puissance réside dans ce fait.

Vigneau pense que les francs-maçons ont deux langages : un pour les profanes et un pour les initiés qui est l'inverse du premier.

Le frère Albert Lantoine recommandait le silence à la franc-maçonnerie mais le frère Dumesnil de Gramont professait la propagande.

Dans son livre « la franc-maçonnerie écossaise » Dumesnil de Gramont évoque l'athéisme des francs-maçons et la participation de frères à la Révolution de 1830. C'est l'occasion idéale pour Vigneault de dénigrer les maçons.

Il déteste les francs-maçons parce qu'ils font de la politique et une politique opposée à la sienne.

Comme dans son ouvrage précédent (la loge maçonnique) Vigneau dénigre la franc-maçonnerie française car elle n'impose aucune croyance en Dieu. Il préfère, de loin, la maçonnerie anglo-saxonne. Vigneau affirme qu'en tant que franc-maçon français, l'entrée dans une loge de la Nouvelle-Orléans lui avait été refusée mais qu'on voudrait bien l'affilier s'il prêtait son obligation sur la Bible mais Vigneault refusa et le temple lui fut fermé.

Vigneau s'était occupé du patronage maçonnique et avait sollicité une aide financière aux maçons californiens qui refusèrent car ils pensaient que la franc-maçonnerie française était athée et cela était incompatible avec leur conscience.

Seule la Grande loge nationale était reconnue par les Anglo-Saxons et cette obédience ne tenait pas à avoir des relations avec le Grand Orient et la Grande loge de France.

Du Vigneau dénonce l'athéisme du Grand Orient et de certaines loges de la Grande loge de France qui ont supprimé la référence au Grand architecte de l'univers (loges Jean-Jaurès ; Fidélité, travail et vrais amis fidèles ; Émile Zola, Diderot).

Vigneau prétend que le Grand architecte de l'univers des maçons n'a plus rien de divin.

Vigneau cite un texte du frère Antonio Coën intitulé « la franc-maçonnerie écossaise et l'antimaçonnisme ». Coën reconnaissait que la franc-maçonnerie française avait commis des erreurs mais qu'elles servaient l'antimaçonnisme. Il reconnaissait les défaillances de quelques francs-maçons.

Vigneau révèle que 700 frères furent radiés de la Grande loge de France pour leurs exactions dans les années 1930.

Antonio Coën niait que la franc-maçonnerie ait pu être une organisation d'entraide au détriment des profanes mais Vigneault l'affirme en citant la constitution de la Grande loge de France qui précise que « la franc-maçonnerie est une alliance universelle basée sur la solidarité. En toute circonstance, les maçons se doivent aide, protection et assistance, même au péril de leur vie ».

Coën faisait allusion aux maçons renégats : « les transfuges dont les ennemis de notre Institution recueillent avidement, pour les publier à grand fracas, les maigres révélations ».

Vigneau rebondit sur cette phrase pour appuyer ses théories qui seraient, selon lui, des révélations.

Coën  niait que la franc-maçonnerie s'occupait de politique et de religion ce qui révulse Vigneau. Il traite Coën de menteur. Sans doute n'aurait-il pas été choqué si la franc-maçonnerie avait pratiqué une politique catholique intégriste, nationaliste et d'extrême droite. Pour lui la franc-maçonnerie refuse Dieu par orgueil. Il voit donc dans la croyance en Dieu une soumission dans la modestie.

Vigneault cite la lettre de démission du frère Eugène Figuière car elle corrobore ses théories. Figuière affirmait avoir rencontré dans l'esprit des loges un état d'esprit étroit d'égoïsme et de sectarisme.

Chapitre XV Le convent maçonnique de 1934.

 

Vigneau recopie un article du journal d'extrême droite « la France catholique ». Le convent du Grand Orient de 1934 est décrit comme en état d'alarme et rigoureusement sécurisé.

Les députés furent tuilés à l'entrée. Les mots de semestre sont révélés « raison-réveil ». Le convent s'occupa de la lutte contre les Croix de feu. Le journaliste dénigre le socialisme et même le communisme des loges. Il fut question du Front commun contre la droite et le fascisme. Il aurait été question d'appuyer la thèse du suicide du conseiller Prince impliqué dans l'affaire Stavisky.

Chapitre XVI philosophie maçonniques.

Le Bulletin de la Grande loge de France de juin 1934 fait état d'une recherche pour provoquer un revirement d'opinion en faveur de la franc-maçonnerie pour restaurer son prestige.

Un hommage était rendu à Oswald Wirth qui mit en vente dans le commerce libre ses ouvrages initiatiques dans l'espoir de diffuser le maçonnisme.

Vigneau reconnaît la bonté d'Oswald Wirth mais pas celle de ses ouvrages.

Vigneau reproche à Wirth de nier l'existence de l'enfer et du paradis. Wirth voulait que la philosophie maçonnique substitue l'homme à Dieu.

Chapitre supplémentaire.

Vigneau évoque le convent de 1933 de la Grande loge de France.

Il fut question du danger fasciste et de l'aide qu'apporta la Grande loge de France à la seule obédience maçonnique allemande antinazie la Grande loge symbolique d'Allemagne.

Le frère Antebi déclara qu'il fallait augmenter le budget de la propagande maçonnique. Le budget passa donc de 26 000 à 42 000 fr.

La conférence inter-obédientielle d'Afrique du Nord demanda qu'on étende le bénéfice de la loi du 4 février 1919 pour l'admission à la qualité de citoyen français aux indigènes ayant au minimum le certificat d'études primaires, ceux qui étaient fonctionnaires, les anciens militaires, les commerçants et les agriculteurs, titulaires d'une distinction honorifique accordée par la France.

La loge Italia fit approuver une étude des moyens à prendre en cas de tentative de dictature ou de déclaration de guerre. Plusieurs loges voulurent voir modifiée la loi des finances pour que les associations cultuelles rentrent dans le droit commun et que le clergé paye des impôts.

Il fut question de laïcisation du personnel hospitalier, de la suppression des aumôniers dans les lycées et collèges, la suppression de tout enseignement religieux, la laïcisation de l'Alsace.

Le frère Antonio Coën présenta un rapport en vue d'une modification de la Constitution de la Grande loge de France sur la patrie pour que le patriotisme ne soit pas dogmatique.

Il fut question de l'Europe de demain perçue comme non raciste et non nationaliste avec la préparation d'une charte « statut du monde ».

Une réflexion fut portée pour une action de propagande maçonnique vers la jeunesse.

Les obédiences belge, luxembourgeoise et suisse s'unirent avec la Grande loge de France et le Grand Orient de France pour dénoncer le cléricalisme. Le fascisme inquiétait les obédiences européennes et les francs-maçons français craignaient une conspiration des forces rétrogrades. Les répercussions antimaçonniques de l'affaire Stavisky inquiétaient les francs-maçons.

Les frères qui avaient adhéré ou sympathisé avec des ligues d'extrême droite furent radiés en conséquence. Vigneau fut de ceux-là.

La Grande loge de France s'inquiétait du fait que son bulletin tombait aux mains d'anti-maçons.

Vigneau termine son livre en dénonçant les luttes anticléricales des francs-maçons qui, par exemple, détournent leurs enfants de la religion.

Au convent de la Grande loge de France de 1933, les francs-maçons jugèrent inadmissible que des catholiques, si démocratiques soient-ils, sympathisent avec la maçonnerie.

Vigneau finit son livre en appelant ses lecteurs à servir Dieu et la patrie.