cité

La cité du soleil (Tommaso Campanella).

Ce récit utopique a été écrit par un moine calabrais. Il dessine avec précision l'état totalitaire car l'État de sa cité du soleil régente tout : de l'attribution du logement à la taille du costume uniforme.

Les officiers règlent le bon exercice des vertus qui sont répertoriées. Il y a des informateurs et les condamnés s'autocritiquent comme chez Staline.

Si Campanella est communiste avant la lettre, c'est de communisme religieux qu'il s'agit car il n'est pas athée.

Comme nombre de ses contemporains Campanella croyait à l'imminence de la fin du monde et du Jugement dernier. Il redouta l'année 1600 comme une date fatidique parce que 16 est la somme de 7 + 9.

Campanella dut feindre la folie, au début de son incarcération, pour échapper à la peine capitale.

Campanella fut arrêté pour hérésie en 1589. Acquitté en 1592, il rencontra Galilée.

En 1593, l'Inquisition le poursuit pour n'avoir pas dénoncé un juif converti au catholicisme et apostat. Il rencontra Giordano Bruno en prison. Campanella abjura et fut libéré en 1596.

En 1599, il fut de nouveau arrêté et feignit la folie pour échapper à la peine de mort.

Il écrivit en prison 30 volumes.

La Cité du soleil est publiée en 1623.

Campanella est définitivement libéré en 1628. Il se réfugie en France en 1634 où il est conseillé de Richelieu. Il meurt en 1639.

La Cité du soleil est un dialogue entre l'Hospitalier (membre de l'ordre de Malte) et le Génois.

Le Génois raconte son voyage à l'Hospitalier et commente sa rencontre avec des hommes et des femmes armés qui l'emmenèrent à la Cité du soleil.

Le Génois décrit la cité. Au sein d'une vaste étendue découverte s'élève une colline. C'est là qu'est situé le gros de l'agglomération.

La cité a 2 milles de diamètre et 7 de pourtour. 7 grands cercles qui portent le nom des 7 planètes le constituant.

L'accès de l'un à l'autre est assuré par quatre routes et quatre portes orientées sur les quatre aires du vent.

Il faudrait prendre 7 fois d'assaut la cité pour la vaincre.

La porte du Nord est recouverte de fer puis il y a deux murailles et une chaîne continue de palais.

Les murs des palais sont épais.

Au sommet de la colline s'étend une vaste esplanade.

Un temple monumental merveilleusement conçu se dresse au milieu.

Ce temple est circulaire et ne comporte pas de murs extérieurs.

Il repose sur des colonnes.

Il y a une grande coupole surmontée en son centre d'une petite coupole.

Dans le temple, il y a un autel sur lequel se trouvent deux mappemondes de grande taille. L'une représente le ciel et l'autre la terre.

La cavité de la coupole montre les grandes étoiles. 7 lampes portant le nom des 7 planètes brûlent sans cesse.

40 religieux logent dans des cellules.

Sur la coupole flotte une banderole qui indique les vents. Les religieux en enregistrent 36. Ils conservent dans le temple un livre écrit en lettres d'or qui contient des choses très importantes.

Ils ont un prêtre souverain qu'ils appellent Soleil qui commande à tous aussi bien dans le spirituel que dans le temporel et pour toutes les affaires il détient un pouvoir discrétionnaire.

Il est assisté par trois princes : Pon (pouvoir), Sin (sagesse) et Mor (amour).

Pouvoir s'occupe de la guerre, de la paix et de l'art militaire.

Sagesse est responsable de toutes les sciences, des docteurs et des magistrats gouvernant les arts libéraux et mécaniques.

Il dirige l'astrologue, le cosmographe, le géomètre, le logicien, le rhéteur, le grammairien, le médecin, physicien, le politique, le moraliste.

Il détient un seul livre où sont contenues toutes les sciences et qu'il fait lire au peuple entier.

Il a fait peindre toutes les sciences et les faces intérieures et extérieures des murailles et des balcons.

Sur les murs extérieurs, on peut voir chaque étoile représentée.

A l'intérieur du premier cercle sont dessinées toutes les figures mathématiques. À l'extérieur sont peintes les cartes du monde, les planches de toutes les provinces avec leurs us et coutumes, leurs lois et leurs lettres confrontées avec l'alphabet de la ville.

À l'intérieur du deuxième cercle on trouve toutes les pierres précieuses et non précieuses, et les minéraux, les métaux réels ou figurés, avec deux vers d'explications pour chacun.

À l'extérieur ce sont toutes les sortes de lacs, de mers et de cours d'eau, de vins, d'huiles et autres liqueurs accompagnées de leurs vertus, origines et qualités.

On trouve là des liqueurs de 100 à 300 ans d'âge avec lesquelles ils guérissent presque toutes les maladies.

L'intérieur du troisième cercle montre peintes toutes les sortes d'herbes et d'arbres du monde avec leurs vertus décrites. À l'extérieur du troisième cercle figurent tous les poissons des fleuves, des lacs et des mers.

À l'intérieur du quatrième cercle la peinture a représenté les oiseaux et leurs caractères, on n'y voit même le phénix qui n'est pas pour les Solariens un oiseau fabuleux.

À l'extérieur, toutes sortes de reptiles, serpents, Dragons, vermine, insectes, avec leurs conditions de vie, l'indication de leur venin.

À l'intérieur du cinquième cercle, il y a les mammifères terrestres.

Dans le sixième cercle, à l'intérieur apparaissent tous les métiers, leurs inventeurs respectifs et les techniques régionales dont on use à travers le monde.

À l'extérieur, ce sont les inventeurs des lois, des sciences et des armes : Moïse, Osiris, Jupiter, Mercure, Mahomet…

Les Solariens envoient des ambassadeurs pour s'informer sur tous les peuples.

Amour s'occupe de l'union des hommes et des femmes, de l'éducation, de la médecine, de la pharmacie, des semailles, de la cueillette, de l'alimentation, de l'habillement. Il est secondé par des maîtres et des maîtresses.

Le métaphysicien discute de tous les problèmes avec les trois autres.

Rien ne se décide sans lui.

L'hospitalier demande au Genois de lui parler de la manière de vivre des Solariens.

Le Genois explique que les Solariens étaient venus des Indes et vivent de manière philosophique et communautaire.

Tout appartient à tous mais ce sont les officiers qui détiennent le pouvoir de distribution. Ainsi, la nourriture est commune mais aussi les études, les honneurs, les divertissements.

Personne n'est propriétaire.

Les Solariens ont supprimé l'amour-propre pour que ne subsiste que l'amour universel.

L'hospitalier pense que personne ne s'efforcera chez les Solariens et que chacun attendra que les autres se chargent du travail mais le Génois dit qu'au contraire, ils sont désintéressés et charitables.

Chacun a selon son besoin et l'ami se révèle chez eux dans les périls de la guerre, dans la maladie et dans l'étude des sciences.

Tous les jeunes s'appellent frère entre eux. Ceux qui ont 15 ans de plus sont appelés pères et ceux qui ont 15 ans de moins sont appelés fils.

Ils ont un officier pour chacune de nos vertus.

Chaque officier est élu selon la propension qu'il a pu manifester pour sa vertu quand il était enfant.

Il n'y a pas de vols, d'assassinats, de viol, d'inceste ou d'adultères.

De ce fait, leurs griefs s'appellent ingratitude ou méchanceté lorsque tel d'entre eux refuse d'obliger autrui.

Les coupables sont privés de table commune ou du commerce des femmes ou de certains honneurs.

Les hommes et les femmes ont des vêtements qui leur permettent de combattre à la guerre.

Chacun est soumis à l'étude de toutes les disciplines. À trois ans, les enfants apprennent les lettres et les langues à partir de ce qui est écrit sur les murs.

Ils se déplacent en quatre groupes guidés et enseignés par quatre vieillards qui les font aussi jouer et courir. Ils les amènent dans les ateliers de tailleurs, de peintres, d'orfèvres, etc.…

Dès 7 ans, les enfants apprennent l'histoire naturelle.

À 10 ans, ils commencent les mathématiques, la médecine et les sciences dans un climat d'émulation intellectuelle.

Ceux qui réussissent particulièrement dans une science ou un métier deviennent officiers.

Ils apprennent les travaux des champs et la pâture des bêtes. La plus grande considération va à celui qui apprend le plus de métiers et qui les exerce le mieux. Aussi se moquent-ils des gens qui méprisent les métiers et appellent nobles ceux qui ne travaillent pas.

Ce sont les quatre chefs et les maîtres des arts respectifs qui élisent les officiers. N'ait désigné comme Soleil nul autre que celui qui sait toute l'histoire des peuples, les rites et les sacrifices, les différents régimes politiques, les inventeurs des lois et des différents arts.

Il doit connaître toutes les sciences. Mais il faut surtout qu'il se distingue comme métaphysicien et comme théologien.

L'on voit donc clairement qui est celui qui a l'étoffe de devenir Soleil ; honneur auquel il est impossible d'accéder avant 35 ans et qui dure aussi longtemps que ne s'est pas trouvé quelqu'un de plus savant et plus capable de gouverner.

L'hospitalier pense que qui se consacre aux sciences n'a aucune aptitude à gouverner.

Mais le Gênois lui explique que les Solariens ont un chef élu parce qu'il connaît beaucoup de choses et que pour eux il est logique qu'il soit apte à faire face aux problèmes du gouvernement.

Le Gênois explique à l'hospitalier que les Solariens ont des chambres communautaires : dortoirs, lits et commodités. Tous les six mois, les maîtres décrètent dans quel cercle chacun logera.

Hommes et femmes s'adonnent aux mêmes disciplines libérales et manuelles sauves celles qui exigent un gros effort et de grands déplacements (semailles, garde des moutons).

Les travaux que l'on peut exercer assis ou immobile sont dévolus presque toujours aux femmes comme le tissage, la couture, la coupe des cheveux, la pharmacie.

Elles préparent la nourriture et mettent la table mais le service est assuré par les jeunes garçons et filles de moins de 20 ans.

La jeunesse est au service des vieux qui ont passé 40 ans.

Dans les réfectoires, les femmes sont séparées des hommes.

On aime beaucoup la propreté.

Les Solariens portent une chemise de lin blanc puis un vêtement qui tient lieu de pourpoint et de pantalon.

Ils exercent les métiers dans les cloîtres inférieurs ; en haut, où se trouvent les peintures, se déroule le travail intellectuel ; au temple la lecture se fait sous les arcades extérieures.

Tous les cercles ont des cadrans solaires, des horloges à sonnerie et des banderoles pour savoir d'où souffle le vent.

Les filles ne sont pas exposées à un homme avant qu'elles aient 19 ans et les hommes ne s'adonnent pas à la génération avant 21 ans, ou plus, s'ils n'ont pas bonne mine.

Auparavant, certains peuvent faire l'amour avec des femmes stériles ou enceintes pour éviter les récipients indus.

On blâme ceux que l'on surprend en délit de sodomie et on leur fait porter pendant deux jours un soulier attaché à la nuque pour signifier qu'ils ont averti l'ordre de la nature et qu'ils ont marché la tête en bas.

La deuxième fois on aggrave la punition et l'on va jusqu'à la peine capitale.

Celui qui observe une continence parfaite jusqu'à 21 ans voit son mérite reconnu et célébré dans les chansons.

Comme ils luttent tous nus, garçons et filles, à l'instar des anciens Grecs, les maîtres voient bien qui est impuissant et qui ne l'est pas. Alors, après force ablutions, ils font l'amour tous les trois soirs, les grandes et belles filles avec les hommes grands et intelligents, les grosses avec les maigres et les maigrelettes avec les gros, de manière à tempérer les excès.

Le soir prescrit, les enfants vont préparer les lits où vont dormir ceux qu'aura désignés la décision du maître et de la maîtresse.

Ils ne s'accouplent que digestion faite et après avoir prié.

L'heure de l'accouplement est déterminée par l'astrologue et le médecin.

Les officiers qui sont toujours prêtres et les savants ne peuvent engendrer que s'ils se soumettent un grand nombre de jours à plusieurs conditions. En effet, l'esprit animal est faible chez eux à cause de leur vie de réflexion.

Leur descendance n'est pas belle.

L'on fait donc très attention à cela et on leur donne des femmes vives et belles tandis que les rêveurs et lunatiques reçoivent des femmes grosses, équilibrées et de bon caractère.

Les hommes mal nés n'accomplissent le bien que par crainte de la loi, mais si celle-ci vient à disparaître, ils renversent l'État par des actions manifestes ou en secret. C'est pourquoi tout l'effort doit porter sur la génération et sur l'examen des qualités naturelles.

Si certaines femmes sont stériles, elles peuvent multiplier les rencontres mais elles ne sont pas honorées comme les matrones au conseil de génération pour éviter que certaines femmes ne se rendent stériles par goût de luxure. Celles qui ont accouché élèvent leur enfant dans des salles communes. Elles le nourrissent de leur lait pendant deux ans, ou davantage, si le physicien en décide ainsi. Après le sevrage, l'enfant est remis entre les mains des maîtresses si c'est une fille ou des maîtres si c'est un garçon. Ils apprennent l'alphabet, s'exercent à marcher, courir, lutter et comprendre les fresques historiées.

À sept ans, ils commencent l'étude des sciences naturelles puis font l'apprentissage des métiers.

Les enfants peu doués sont envoyés à la campagne et s'ils y réussissent bien, on les fait revenir en ville. Le plus souvent, les contemporains se ressemblent par le visage et ont les mêmes qualités physiques et morales puisqu'ils sont nés sous la même constellation. L'harmonie des concitoyens s'en trouve durablement assurée, comme le prouvent la force de leur amour et l'aide qu'ils s'apportent les uns aux autres.

Le métaphysicien est responsable de l'attribution des noms et il en use comme les Romains selon le caractère de l'individu : Beau, Gros-nez, Gras auxquels on ajoute leur surnom selon leur métier ou leur bravoure militaire.

L'hospitalier demande au  Génois si les Solariens connaissent la jalousie et le dépit s'ils ne parviennent pas à être ce qu'ils voudraient.

Mais ce n'est pas le cas car chacun sait exactement ce que son goût lui fait désirer.

La génération est considérée sous l'angle du bien collectif et l'on doit s'en tenir aux décisions des officiers.

Les Solariens font consister la beauté dans la vigueur, la vivacité et la grandeur.

En outre, si quelqu'un s'éprend d'une femme il a le droit de lui parler, de lui dédier des poésies, de plaisanter, d'offrir des fleurs. Mais la race est en cause, ils n'ont pas le droit de s'aimer physiquement sauf si elle est enceinte ou stérile.

L'on ne fait aucun cas des biens matériels car chacun a ce qu'il lui faut. Mais lorsqu'ils ont un signe honorifique, ils y tiennent.

Le jour, les Solariens sont habillés de blanc mais la nuit ils portent des soies ou des laines rouges.

Ils détestent le noir.

L'on tient l'orgueil comme un péché que l'on punit d'une peine identique au délit.