Personne ne considère comme humiliant de servir à table, de travailler à la cuisine.

Comme tous les travaux sont partagés, chacun n'a même pas 4 heures de travail par jour. Le reste du temps est consacré aux jeux, à la lecture, à la marche, à la discussion.

Les jeux auxquels on joue assis sont exclus pour favoriser l'exercice.

Les Solariens n'aiment pas la pauvreté qui avilit l'homme et la richesse qui le rend indolent.

La communauté fait de chacun un riche et un pauvre, riche parce qu'il possède tout, pauvre parce qu'il utilise les choses sans se soumettre à elles. L'hospitalier n'admet pas que les femmes soient communes à tous les hommes dans la cité du soleil.

Le Gênois pense que les Solariens abandonneront peut-être un jour se risquait dans les villes sujettes les femmes ne sont pas livrées à tous.

Le Génois pensait qu'ils se soumettraient au christianisme mais que jusqu'à maintenant ils vivent dans un état de nature sans foi révélée et ils ne peuvent s'élever au-delà.

Rien chez eux ne justifie l'oisiveté sinon la faiblesse due à un âge avancé.

Les boiteux montent la garde, les aveugles cardent la laine et retirent le duvet des plumes d'oiseaux pour faire des matelas.

Le Génois explique à l'hospitalier que Pouvoir a sous ses ordres un officier préposé aux armes, un deuxième à l' artillerie, un troisième à la cavalerie, un quatrième au génie et chacun a sous ses ordres des lieutenants.

De vieux capitaines expérimentés s'occupent de l'entraînement militaire des jeunes de plus de 12 ans.

Ils leur apprennent à frapper, à tromper l'ennemi, jouer de la lance, tirer à l'arc, chevaucher, poursuivre, fuir, rester dans le rang.

Les femmes apprennent à tirer de l'arquebuse, préparer les balles, jeter les Pierres.

Les poltrons subissent des châtiments sévères. Les Solariens n'ont pas peur de la mort car ils croient que l'âme est immortelle et qu'elle s'en va rejoindre les bons ou les méchants, selon les mérites.

Ils ne croient pas à la métempsychose, sauf en quelque cas  voulu par Dieu.

Les Solariens font l'exercice tous les jours. Même s'il n'y a pas de conflit en vue, ils s'exercent à la guerre et à la chasse pour ne pas amollir leur courage. Dans leur île, il y a quatre rois fort jaloux de leur bonheur. Les Solariens sont donc attaqués pour impiété ou usurpation de territoires.

Mais les rois perdent toujours la guerre contre les Solariens.

Les Solariens prient Dieu pour qu'il les aide à décider avec à-propos ensuite ils soupèsent le contenu de l'affaire. Ils envoient aux ennemis un prêtre nommé le Juriste qui doit leur demander de restituer ce qu'ils ont pris ou de renoncer à la tyrannie. Si le Juriste reçoit un refus, la guerre est déclarée.

Pouvoir décide de tout sans partage sauf en cas de problème grave. Alors il consulte Amour, Sagesse et  Soleil.

La guerre est annoncée au conseil général où sont assemblés celles et ceux qui ont plus de 20 ans.

Après la bataille, femmes et enfants font 1000 caresses aux guerriers, les soignent, les servent, les embrassent, les réconfortent.

Celui qui dans l'assaut monte le premier à la muraille reçoit en récompense une couronne de graminées et l'applaudissement militaire des femmes et des enfants. Celui qui aide son compagnon obtient la couronne civique de chêne, celui qui tue le tyran reçoit de Soleil comme surnom le nom de la bataille.

Les cavaliers sont armés d'une lance, de deux pistolets et un estoc.

La cavalerie légère, intervient d'abord avec les armes à feu, puis avec les lances et avec les frondes.

Après la bataille, les Solariens organisent des triomphes militaires et des actions de grâce.

Les soldats sont exemptés de corvées publiques pendant plusieurs jours.

Mais celui qui a donné l'exemple de la fuite est condamné à la peine capitale.

 

Ce qui s'est montré lâche ou a refusé son aide à un ami est fouetté ; qui a désobéi est condamné à mourir dans un enclos.

Les villes qui se sont soumises ou qui se sont livrées adoptent aussitôt le principe de la communauté des biens. Elles reçoivent les officiers et les gardes Solariens et leurs habitants se règlent tous sur l'usage de la cité du Soleil. Ils envoient leurs enfants y étudier sans avoir rien à payer.

La cité du Soleil est gardée jour et nuit. Les femmes guettent le jour et les hommes la nuit.

Le temps de garde est de 3 heures. Les Solariens pratiquent la chasse car elle ressemble la guerre.

Ils pardonnent facilement à leurs ennemis et après les avoir défaits ils les traitent avec bienveillance.

Ils tuent des chefs ennemis et démantèlent les murailles mais ils font tout en un jour disant que la guerre n'a pas pour fin l'extinction des hommes mais leur amélioration.

Le duel est interdit. Celui qui veut l'emporter en bravoure n'a d'autre issue que la guerre pour en faire la preuve.

Le Génois explique à l'Hospitalier que tous les Solariens prennent part aux activités militaires, agricoles et pastorales, que chacun est obligé de s'y entendre et qu'elles sont considérées comme les plus nobles. Celui qui en sait le plus est le plus noble.

Ce sont les plus capables dans tel art qui sont désignés pour l'exercer.

Ceux qui font les métiers les plus durs et les plus utiles jouissent de la plus grande réputation (les forgerons et les maçons). Les métiers les moins durs sont aux mains des femmes.

Tout le monde s'adonne aux activités spéculatives.

La natation est obligatoire.

Les Solariens font un usage limité du commerce mais connaissent les valeurs monétaires.

Ils échangent leur superflu contre les marchandises dont ils manquent avec des marchands.

Les Solariens ne veulent pas que les esclaves ou les gens venus du dehors contaminent leur cité des moeurs vicieuses. C'est pourquoi ils vendent leurs prisonniers de guerre ou les envoient faire des travaux fatigants hors de la cité.

Mais si des étrangers veulent devenir Solariens, on les essaye un mois à la campagne et un mois en ville, après quoi ils sont admis et reçus au cours d'une cérémonie où ils sont appelés à prêter serment.

 

Les Solariens entraînent la terre à produire vite et beaucoup par des moyens particuliers et secrets qu'ils consignent dans un livre « Géorgique ».

Élever les animaux est un art pour eux. Ils s'appuient sur l'astrologie pour les saillies.

Ils sont passés maîtres dans la fabrication du fromage qu'ils consignent dans un livre intitulé

« Bucolique ».

Tous ceux qui dirigent les travaux agricoles sont appelés rois.

Ils ont quelques vaisseaux à voiles ou avec des rames.

Ils sont experts dans la lecture des étoiles. Ils naviguent pour voir des peuples et des pays nouveaux.

Ils ne font tort à personne.

Ils disent que le monde finira par adopter leur manière de vivre. Ils ont fait alliance avec les Chinois. Ils connaissent l'usage des feux d'artifice pour les guerres.

L'Hospitalier veut savoir ce que mangent les Solariens.

Le Génois répond qu'ils mangent de la viande, du beurre, des pommes, des fromages, des dattes et divers légumes.

Ils mangent de tout car ils pensent que les choses viles sont faites pour celles qui sont supérieures.

Ils mangent alternativement de la viande, du poisson puis des légumes.

Les vieux mangent trois fois par jour, les enfants quatre fois et le reste de la communauté deux fois.

Ils vivent au moins 100 ans.

Ils ne font aucun excès de boisson. Avant 19 ans, personne ne boit de vin.

Ils le coupent avec de l'eau sauve les vieux qui le boivent pur.

Pour eux, c'est une honte de cracher car cela indique un manque d'exercices, de la mollesse ou de la goinfrerie.

Ils sont vulnérables aux inflammations et aux toux sèches.

Ils se soignent avec des herbes, avec la science, les étoiles et des prières.

Ils sont sujets à l'épilepsie. C'est le signe des grands esprits.

Ils luttent contre la fatigue avec de l'ail pilé et du vinaigre, du serpolet et du basilic.

Le Génois explique à l' Hospitalier quelle est la science de la cité.

À chaque nouvelle lune, les Solariens tiennent conseil. Tous ceux qui ont 20 ans et plus y participent.

On demande à chacun ce qui ne va pas dans la cité, qui est bon officier, qui est mauvais.

Tous les huit jours, les officiers se réunissent.

On discute des besoins de la communauté, on élit les officiers, tous les officiers sont élus sauf les quatre principaux : Sagesse, Pouvoir, Amour et Soleil.

Les grands chefs et sciences dépendent de Sagesse sauf le métaphysicien, le Soleil qui gouverne toutes les sciences.

Les quatre officiers principaux ordonnent à tous les officiers gérant une science.

Ils dirigent tous les artisans de leur art respectif.

Les chefs de chaque art sont juges et condamnent à l'exil, au fouet, au blâme, à l'éloignement de la table commune, de l'église, des femmes.

L'homicide se paye de la vie.

Le métaphysicien peut gracier le coupable.

Il n'y a pas de prison. La sentence est aussitôt appliquée par le juge.

 

Les mises à mort exigent la participation du peuple entier car il n'y a pas de bourreau.

Le condamné est lapidé par le peuple ou brûlé par la poudre.

Peu avant l'exécution, le condamné doit prononcer toutes les raisons qui parlent contre la sentence et dénoncer les fautes des officiers.

S'il convainc le peuple, il est gracié et envoyé en exil.

Ils se gardent de la calomnie pour n'en pas être victimes à leur tour.

Comme ils sont presque toujours en compagnie, le nombre requis des témoins à charge est de cinq.

Si le nombre n'est pas atteint, on libère l'inculpé sous la foi du serment. Mais s'il est accusé de recherche par deux ou trois témoins, il paye doublement.

Ils ont très peur des lois. Elles sont toutes inscrites sur une table de cuivre qui se trouve à l'entrée du temple sur les colonnes. Les juges ont là leur siège quand ils prononcent leurs jugements.

L'Hospitalier veut tout savoir des prêtres et des croyances alors le Génois lui dit que le Soleil est le prêtre suprême.

Tous les officiers en chef sont aussi prêtres et leur rôle est de purifier les consciences. Tout le monde se confesse donc à eux.

Ils confessent leurs fautes mais aussi celles des autres sans les nommer.

Les trois officiers principaux se confessent à Soleil.

Soleil connaît ainsi quelles erreurs ont cours et peut subvenir aux besoins de la cité.

Soleil confesse publiquement ses fautes à Dieu et celles de son peuple sans nommer les coupables.

Pour demander à Dieu qu'il absolve la ville, on fait un sacrifice. On demande au peuple qui est volontaire.

Alors l'un des meilleurs se désigne pour le sacrifice. On l'attache à une table où il est nourri frugalement et où il prie.

Après 20 ou 30 jours, quand la colère divine est apaisée, le sacrifié redescend de la coupole où la table était hissée ou se fait prêtre.

Dans les parties élevées du temple, il y a 24 prêtres qui chantent quelques psaumes à Dieu.

Ils observent les étoiles et les effets qu'elles produisent.

Les Solariens savent ainsi dans quel pays certains changements sont en cours ou en vue.

Ces observations déterminent aussi l'heure de la génération, les jours de semailles et de récoltes.

Les prêtres écrivent et font de la recherche. C'est parmi eux que se trouve le futur Soleil.

Au temple, il y a toujours un prêtre qui prie Dieu, il est remplacé chaque heure.

Après chaque repas, les prêtres chantent des chants chrétiens, hébreux, païens, des hymnes d'amour, de sagesse et de toutes vertus.

Ils ont quatre grandes fêtes qui tombent quand le soleil entre dans le Bélier, le Cancer, la Balance et le Capricorne.

À chaque conjonction et opposition de la pleine lune, il y a fête.

Le jour anniversaire de la fondation de la ville et des victoires est également férié.

Les femmes chantent, les hommes jouent de la trompette et des tambours.

Les poètes chantent les louanges des braves.

On honore les vivants qui ont fait des inventions ou ont rendu des services à la communauté mais on élève des statues qu'aux morts.

On incinère les morts pour éviter la peste et tout soupçon d'idolâtrie.

La peinture et la sculpture conservent le souvenir des seuls grands hommes.

Les Solariens prient en regardant l'horizon aux quatre points cardinaux, le matin au levant, puis au couchant, au Midi et au nord ; le soir à l'inverse.

Ils mesurent les mois d'après la lune et l'année d'après le soleil.

Ils approuvent Ptolémée et admirent Copernic.

Ils sont ennemis d'Aristote qu'ils considèrent comme un pédant.

Ils rendent hommage au soleil et aux étoiles comme à des choses vivantes.

Ils voient le soleil comme le trophée de Dieu. Ils croient aux anges.

Les Solariens font dépendre tout de deux principes physiques : le soleil qui est père et la terre qui est mère.

Le monde est un grand animal, et nous sommes en lui, comme les vers sont dans notre corps.

Ils tiennent pour assuré que l'âme est immortelle et qu'elle va rencontrer, après la mort, les esprits des défunts vertueux ou coupables, selon son mérite.

Ils hésitent à affirmer qu'il y a d'autres mondes hors de celui-ci, mais ajoutent que c'est folie de dire qu'il n'y a rien, car le néant ne peut être ni dans le monde ni hors du monde.

Les principes métaphysiques de la réalité sont l'être, c'est-à-dire à Dieu, et le néant qui est manque d'être et condition sans laquelle rien ne se fait, car on n'a pas à faire ce qui est.

La course au néant coïncide avec le Mal et le péché.

Ils adorent Dieu sous forme de Trinité : Puissance, Sagesse, Amour mais ne connaissent pas le fils et le Saint Esprit.

L'Hospitalier pose une dernière question au Génois, il veut savoir ce que pensent les Solariens du péché d'Adam.

Les Solariens pensent que c'est la folie et non la raison qui conduit les hommes, que les bons souffrent et qu'aux méchants revient le bonheur de gouverner.

Ils en déduisent qu'il dut se produire un grand bouleversement dans les choses humaines.

Ils pensent que notre période est sous l'influence de Mercure.

Ils trouvent que les chrétiens sont bien heureux puisqu'il leur suffit de croire que tout le Mal est venu de la faute d'Adam.

Les Solariens pensent que des parents aux enfants, le mal est davantage transmis sous forme de châtiment que de faute.

La faute devrait être reportée aux parents lorsque ceux-ci n'observent pas le moment et le lieu favorables à la génération et que, mauvais pédagogues, ils négligèrent l'éducation.

Les Solariens prédisent des changements qui seront bénéfiques aux chrétiens.

Le Génois révèle à l'Hospitalier que pour les Solariens l'élément féminin confère au ciel la fécondité.

Le Génois pense qu'au XVIIe siècle ce sont les femmes qui règnent.

Enfin, les Solariens croient au libre arbitre.