La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ?

 

Conscience signifie avec connaissance.

La conscience va de pair avec la connaissance.

La connaissance que j'ai de mes actes constitue la conscience.

La conscience que je prends de ce qui n'est pas moi, c'est la conscience d'objet.

Objet signifie ce qui est placé devant un sujet.

La conscience que je prends de moi-même, c'est la conscience de soi.

La conscience que j'ai d'une responsabilité c'est la conscience que je prends de ce qu'il faut faire. C'est la conscience morale.

La conscience d'objet et la conscience de soi sont la conscience théorique.

La conscience morale, c'est la conscience pratique.

Ce que l'on prétend connaître doit être accessible.

Il faut que je pense quelque chose de quelque chose. Il faut que j'aie une opinion sur cette chose. Il faut que ce quelque chose que je pense soit vrai.

Ce que je pense de la chose doit être conforme à ce qu'elle est.

Il faut que je puisse justifier la vérité de ce que je sais.

C'est le fait que je puisse expliquer qui permet de passer du savoir à la connaissance.

Il faut être capable de définir l'objet connu. Produire une idée générale. C'est le fait de définir la chose qui permet de dire que notre connaissance de la chose est conforme à la chose.

Pour se connaître, il faut avoir accès à soi, être capable de formuler une thèse sur soi, il faut que ce que l'on pense de soi soit vrai, il faut être capable de justifier ce que l'on connaît de soi.

Lorsque la philosophie commença à vouloir mettre en pratique la prescription du temple de Delphes : « connais-toi toi-même », il ne s'agissait pas d'un soi entendu comme sujet (je) ou comme conscience. La notion de conscience de soi n'existait pas encore. Personne ne sait qui a dit : « connais-toi toi-même ».

Socrate a été le premier à en donner une interprétation philosophique mais il n'en est pas l'auteur.

« Prométhée enchaîné » d'Eschyle évoque le « connaîs-toi toi-même » avant Socrate.

Eschyle raconte l'élimination de Cronos par Zeus. S'ensuit une guerre entre Zeus et les titans. Prométhée conseille aux titans de ne pas user de la force mais de la ruse. Les titans ne l'écoutent pas.

Voyant que la force va finir par vaincre, Prométhée se met du côté de Zeus.

Mais Zeus veut se débarrasser de l'espèce humaine et veut créer une nouvelle espèce.

Prométhée n'est pas d'accord et vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Le feu est le symbole de la connaissance et de la maîtrise technique, laquelle permettra aux hommes de survivre dans la nature.

Prométhée contrarie le projet de Zeus. Zeus fait arrêter Prométhée et l'enchaîne sur un rocher aux confins de la terre.

Océan (un titan) avance vers Prométhée et lui donne un conseil : « Prométhée, je vais même te donner un conseil qui convienne ici, si avisé que tu sois : « connais-toi toi-même, et l'adoptant aux faits prends de façons nouvelles, puisque un nouveau commande chez les dieux (le nouveau c'est Zeus).

Le connais-toi toi-même d'Eschyle est un message de modération et d'humilité.

Il ne faut pas vouloir quelque chose au-dessus de notre condition. Il faut agir en accord avec la hiérarchie. Cela signifie connaît-toi toi-même et laisse le monde aux dieux.

C'est une interprétation pré-philosophique du « connais-toi toi-même » qui définit la limitation de soi : sache ce qui te revient à toi.

L'interprétation philosophique de Socrate signifie : étudie-toi et parviens à une connaissance de ton être, de ton essence. Cela signifie : définis-toi toi-même.

Socrate dit aussi : examine ton savoir et rends-toi compte que tu ne sais pas ce que tu prétends pourtant savoir. C'est la connaissance de mon ignorance. C'est une réflexion critique de son propre savoir.

Celui qui sait mène une réflexion critique sur son propre savoir. C'est donc la définition de la conscience.

Saint-Augustin : « pourquoi dès lors faire un devoir à l'âme de se connaître ? C'est, je crois, pour l'inviter à se penser elle-même ».

Pour lui la connaissance de soi, c'est la pensée de soi sur soi-même.

La conscience de soi me permet de dire que je suis.

La connaissance de soi requiert la conscience de soi. Quelqu'un est conscient dès lors que celui qui pense a conscience que celui qui pensait hier est le même que celui qui pense aujourd'hui.

C'est la définition de la conscience par Locke.

Aristote dit : « apprendre à se connaître est très difficile, nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes aveuglés que nous sommes pour beaucoup d'entre nous, aveuglés par l'indulgence et la passion qui nous empêchent de nous juger correctement ».

À trop vouloir se regarder soi-même on finit par ne plus se connaître et même par disparaître comme Narcisse.

Aristote dit que la connaissance de soi n'est possible que par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre, un ami qui est un autre soi-même.

Pour se connaître soi-même, il faut avoir du recul sur soi. Il faut être à la fois celui qui regarde (le sujet) et celui qui est regardé (l'objet).

Emmanuel Kant : « je n'ai donc aucune connaissance de moi tel que je suis, mais je me connais simplement tel que j'apparais à moi-même ».

Ce que l'on connaît de soi c'est le moi empirique (mes habitudes), mes pensées.

L'objectivité porte sur celui qui est vu mais pas sur celui qui regarde.

Freud dit que : « le moi n'est pas le maître dans sa maison ». Le moi ne gouverne pas l'inconscient.

Marx pense que la conscience est constituée par la société.

Nous pensons d'une certaine façon selon notre condition sociale.

Notre pensée ne nous revient pas en soi.

Nietzsche dit que la conscience est la plus petite partie et la plus mauvaise de ce qu'est un homme.

Dans « je me connais » le « je » est lui-même inconnaissable.

On ne connaît que le « me » qui est le moi empirique. Mais le moi est agi par l'inconscient, la classe sociale ou la religion.

Le soi à connaître peut-il être un objet ? Non car il est toujours en devenir.

Pindare dit : « deviens ce que tu es » donc le soi se conquiert sans cesse dans le temps.

Donc on ne peut pas connaître le soi objectivement. La seule connaissance possible de soi ne peut-être objective. L'humain est indéfinissable.