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Histoire de la franc-maçonnerie française sous l’occupation (Lucien Botrel)

 

Chapitre 1 des proscrits.

 

L’auteur révèle, durant la guerre, il était employé dans un bureau administratif d’une ville du nord-ouest. Un de ses chefs avait été révoqué car il avait été franc-maçon. Botrel se souvient que le directeur de l’école primaire de garçons du quartier où il habitait fut pareillement révoqué. C’était un socialiste et il avait été vénérable d’une loge locale.

 Ces révoqués reçurent des manifestations de sympathie de leurs collègues et voisins.

Si bien que les adeptes de la collaboration ne  manifestèrent pas leur satisfaction. Les deux révoqués purent obtenir une situation dans des entreprises de travaux publics travaillant pour l’armée allemande.

Chapitre 2 les groupements humains dans la France occupée.

 

Botrel évoque le drame vécu par les juifs. Il pense que les statistiques sont incomplètes s’agissant des juifs étrangers qui avaient cherché refuge en France. Il estime que les Eglises ont peu souffert même s’ils pensent la neutralité des pasteurs a été parfois ambiguë. Les partis politiques et syndicats ont été interdits après la signature de l’armistice.

Le parti communiste a été particulièrement éprouvé. Des dizaines de milliers de communistes ont été déportés et fusillés. Le parti socialiste a également compté un nombre élevé de morts et de déportés.

Botrel n’oublie pas le sort réservé aux tziganes. Il rappelle que les francs-maçons étaient 60 000 en 1939. En 1945, ils n’étaient plus que 20 000. Les temples avaient souvent été détruits. La reconstruction fut lente.

Botrel cite les notes rédigées par Pierre Laval, à la prison de Fresnes, en 1945 : « il était de notoriété publique que je n’approuvais pas les mesures prises contre les sociétés secrètes…

J’avais toujours considéré l’action antimaçonnique comme une manifestation de l’esprit réactionnaire et clérical, Et mes différends avec le maréchal ou avec son cabinet sont souvent venus de leurs dissentiments à ce sujet… »

Botrel ne le croit pas. Botrel veut démontrer que la franc-maçonnerie a bien été victime de Vichy. Il cite le Vichyssois Henri du Moulin de la Barthète, directeur du cabinet civil de Pétain qui s’était vanté de s’être opposé à la persécution des francs-maçons.

En réalité Petain avait écrit : « un juif n’est pas responsable ses origines ; un franc-maçon l’a toujours été de son choix ».

A la veille de la guerre, Francis Viaud s’était inquiété du totalitarisme grandissant. Il avait dit au convent du Grand Orient de 1938 : « le camp de concentration, la délation, la basse police, la confiscation des biens, l’assassinat. Voilà les armes employées pour assujettir inflexiblement l’individu à l’Etat. Premières victimes : les francs-maçons, symboles même de la pensée libre, dès lors, dangereux comme côtoyant l’esprit critique… »

Albert Lantoine, de la Grande Loge de France, avait affirmé : si demain la république s’écroulait, la franc-maçonnerie se trouverait parmi les ruines ».

Chapitre 3 débuts de l’occupation.

 

En juin 1940, l’occupant veut interdire les « sociétés secrètes » et poursuivre leurs adeptes.

En 1871, lors de l’invasion et de l’occupation prussienne, la franc-maçonnerie avait déjà été accusée de cosmopolitisme. Les loges d’Alsace-Lorraine avaient été dissoutes.

En 1939, la puissance de l’Allemagne nazie avait été sous-estimée, presque ignorée par les Français, y compris les francs-maçons. En juin et juillet 1940, les dirigeants des obédiences maçonniques improvisèrent des mesures de sauvegarde. Mais elles étaient trop tardives et insuffisantes.

En juin 1940, les anti-républicains accédaient miraculeusement au pouvoir. La devise « liberté, égalité, fraternité » chère aux francs-maçons était remplacée par celles très bien pensante « travail, famille, patrie ».

Les dignitaires du Grand Orient transférèrent les fichiers  de leur obédience de Paris à Bordeaux et ceux  de la Grande Loge de Paris à Niort. Les fichiers furent brûlés avant l’arrivée des Allemands. Mais tout ne fut pas détruit. Il restait des listes d’abonnés aux revues maçonniques, des listes d’affiliés chez les responsables des loges.

Ainsi des perquisitions aux domiciles des francs-maçons furent fructueuses. Et les services de police allemand et français purent reconstituer les fichiers brûlés.

Le 7 août 1940, le grand maître Arthur Groussier crut opportun d’adresser à Pétain une lettre qui lui fut reprochée à la Libération. Il avisait le maréchal que le Grand Orient cessait ses activités. Il rappelait la pérennité des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie et les services rendus à la patrie. Groussier espérait obtenir la sécurité pour les francs-maçons.

Le 13 août 1940 fut publiée la loi portant interdiction des sociétés secrètes.

Les allemands occupèrent les temples maçonnique et en confisquèrent le matériel. Rosenberg pilota la lutte antimaçonnique. Son représentant français était Ebert et son adjoint Utikal. Au procès de Nuremberg seront mentionnés les transferts en Allemagne des mobiliers des documents des loges du Grand Orient de Bordeaux et Caen. Les Allemands s’emparèrent des locaux parisiens du Grand Orient et de la Grande Loge dès leur entrée dans la capitale. Les grands maîtres Arthur Groussier et Michel Dumesnil de Gramont furent interrogés par la police allemande en leurs domiciles. Les Allemands cherchaient le trésor des francs-maçons et furent vite déçus. La lutte contre les francs-maçons faisait partie des préoccupations des nazis. Ainsi le manuel ultra-secret « Informations shaft » dont devaient être munis les conquérants en cas de succès de l’opération otarie (invasion des îles britanniques) comportait une liste des recherches prescrites. En priorité, se trouvaient les loges maçonniques considérées comme institutions dangereuses.

Dès 1927, apparut en Allemagne l’annonce d’une future persécution des francs-maçons. Ludendorff publia « Anéantissement de la franc-maçonnerie par la révélation de ses secrets ». Rosenberg dénonça le « complot judéo-maçonnique » dans son pamphlet « Mythe du 20e siècle ».

Les S.A. détruisirent des loges allemandes dès 1931. En 1933, Hitler révoca les fonctionnaires francs-maçons et déporta les dignitaires maçons. Les biens des maçons furent collectés par Himmler et Heydrich. Le 4 janvier 1934, une ordonnance de Goering contraignit les loges allemandes de l’auto-dissolution.

Le 8 août 1935, la franc-maçonnerie allemande cessa officiellement d’exister. Une obédience s’exila en Amérique du sud et une autre en Palestine.

La franc-maçonnerie ne put renaître en Allemagne qu’en 1949.

 

Chapitre 4 lois d’interdiction.

 

Seuls 11 députés francs-maçons sur 51 et neuf sénateurs sur 34 refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain.

Le 13 août 1940, la loi portant interdiction des sociétés secrètes fut promulguée. Elle fut signée par Adrien Marquet et Raphaël Alibert (garde des sceaux).

Le Grand Orient et la Grande Loge furent déclarés nuls par décret du 19 août 1940. Le 20 août 1940, tous les fonctionnaires furent obligés de rédiger une déclaration de non appartenance aux sociétés secrètes.

Le Droit humain et la Société théosophique furent constatés nuls par décret le 27 février 1941.

La loi du 11 août 1941 permit la publication au Journal officiel des noms des officiers et dignitaires des loges et la révocation des fonctionnaires francs-maçons.

Le 15 décembre 1941, un arrêté du ministre de l’intérieur porta création du service des sociétés.

Le 7 août 1940, Bernard Faÿ remplaça Julien Caïn à la direction de la Bibliothèque nationale. Il fut chargé de centraliser les archives maçonniques.

Faÿ avait été enseignant. Il était monarchiste. Avec l’accord des Allemands, il s’installa rue Cadet, au Grand Orient et  fut rejoint par Jean Marquès-Rivière, ancien membre de la Grande Loge de France dont il avait démissionné en 1931.

Marquès-Rivière fut désigné comme responsable du service des recherches. La rapidité des nominations de tous ces responsables laisse présager qu’une conspiration antimaçonnique avait démarré bien avant le début de l’occupation.

Henry Coston s’empara des locaux de la Grande Loge de France. Il publia le Bulletin d’informations antimaçonniques.

En 1941, deux services de police antimaçonnique furent créés à Paris. Un service allemand dirigé par Pfannstiel et Moritz dans les locaux de l’ambassade du Canada. Un service dépendant de l’antenne parisienne du gouvernement de Vichy fonctionna dans l’ancien siège de la société théosophique dissoute comme formation par paramaçonnique.

Ce service fut dirigé par les commissaires Dejean et Moerschel. A Vichy, en avril 1941 fut créé le service de police des sociétés secrètes dirigé par Robert Labat, ancien membre des services secrets.

Tous ces services ne purent prouver l’existence d’un complot maçonnique international ou une sédition à caractère cosmopolite.

Les lois antimaçonniques furent rapidement appliquées. Ainsi l’orphelinat maçonnique fut dissous et ses locaux mis à sac par la gestapo dès octobre 1940.

 

Chapitre 5 la propagande antimaçonnique.

 

La propagande antimaçonnique servit à tenir en éveil l’opinion sur le « péril maçonnique » et justifier les mesures d’exception prises sur les francs-maçons.

Vichy publia une brochure « Pourquoi a-t-on condamné la franc-maçonnerie ? » pamphlet qui reprenait toutes les accusations traditionnelles.

La presse était sous le contrôle de l’occupant et Radio Paris était le moyen de propagande privilégié. Des nouveaux journaux apparurent : « la France au travail » dirigée par Henry Coston, « les Nouveaux temps » dirigé par Luchaire et « le Cri du peuple » de Doriot. « Au pilori » de Pierre Costantini s’était spécialisé dans la dénonciation du « péril judéo-maçonnique ».

« Je suis partout » était contrôlé par Lucien Rebatet, Brasillach et Drieu la Rochelle.

« L’Illustration » de Jacques de Lesdain avait consacré plusieurs pages à l’exposition antimaçonnique d’octobre 1940 au Petit palais.

Avant la guerre, Ferdonnet et Pemjean avaient créé le Grand Occident par opposition au Grand Orient. L’entrée se faisait par une initiation. Pemjean était l’inventeur de la devise « travail, famille, patrie ».

En octobre 1941, fut créée la revue « les Documents maçonniques ». Elle était richement illustrée. Elle était dirigée par Bernard Faÿ avec l’aide de Jean Marquès-Rivière et Robert Valéry-Radot.

En 1943, Marquès-Rivière et Jean Mamy (sous le pseudonyme de Paul Riche) réalisèrent le film « Forces occultes » pour stigmatiser la franc-maçonnerie. On y voyait l’initiation du député nationaliste Avenel dans un temple maçonnique.

Bernard Faÿ parcourut la France pour présenter des conférences contre la franc-maçonnerie. Il les présentait dans d’anciens temples maçonniques. D’autres conférenciers comme Valéry Radot parcoururent la France pour dénoncer la franc-maçonnerie. Ces conférences attirèrent 70 000 personnes en zone nord et 40 000 en zone sud en 1942. Mais les temples maçonniques n’auraient pu accueillir tant de personnes en si peu de temps.

Eugène Deloncle, créateur de la Cagoule, fonda en 1940 le Mouvement social révolutionnaire dirigé contre les juifs, les francs-maçons et les communistes. Il fut abattu par les Allemands le 3 janvier 1944 alors que son domicile était perquisitionné.

Chapitre 6 difficultés d’une contre-propagande.

L’ordre maçonnique avait été dissous deux fois officiellement. D’abord par ses propres dirigeants puis de fait par les autorités. Ceci rendait impossible une action organisée. A titre individuel, beaucoup d’entre eux ne furent pas sans réagir. Mais leur isolement et à cause de la surveillance et des poursuites qu’ils subissaient, leur réaction fut sans résultat tangible. Les francs-maçons pris ès qualités ne trouvèrent pas beaucoup d’aide et de défenseurs dans l’opinion. Même de l’étranger, il n’y aucune voix pour s’élever contre les répressions antimaçonniques. Il y eut tout de même quelques rares interviews faite à la bbc par des francs-maçons invités par l’équipe française de la radio de Londres. Mais certaines études sont menées pour tenter d’expliquer la réelle passivité des opinions anglo-saxonnes qui ne dénoncèrent que très peu les exactions hitlériennes. Les soviétiques étaient opposés à la franc-maçonnerie et il ne fallait pas s’attendre de leur part à une quelconque défense des maçons.

En France, l’opinion enregistrait avec indifférence les épreuves qui s’abattaient sur des catégories entières de citoyens. Chacun était si peu sûr du lendemain qu’il ne pouvait guère porter attention à ce qui ne le touchait pas directement.

Chapitre 7 attaques officielles.

 

La campagne antimaçonnique fut ardemment est constamment soutenue par ses promoteurs, les dirigeants de l’Etat français.

Le premier numéro des Documents maçonniques fut présenté par le maréchal Pétain : « j’approuve (donc) entièrement l’entreprise de cette revue qui doit porter la lumière dans un domaine longtemps ignoré des Français ». Les éditoriaux suivants étaient signés des dignitaires de Vichy. Cette revue s’abstenait totalement de fait référence à des textes origine allemande.

Le but de cette revue était de désigner le bouc émissaire. On écrase un adversaire avec d’autant plus de facilité qu’il est à terre.

Vichy voulait ainsi détourner l’attention des Français sur des malheurs pourtant perçus directement : occupation, disette et pénurie, guerre.

Xavier Vallat, Philippe Henriot, Charles Maurras avaient profité de la défaite de 1940 et de l’instauration de la dictature de Vichy pour proclamer « la justesse de leurs vues prophétiques ».

Chapitre 8 mobiles et thèmes de la « croisade antimaçonnique ».

Les causes de la répression dont la franc-maçonnerie fut l’objet sont à rechercher dans le fanatisme du nazisme et de ses alliés mais aussi dans l’ancestrale opposition « franc-maçonnerie/totalitarisme ».

Il n’est pas surprenant que tous les apôtres traditionnels de la « croisade antimaçonnique » aient saisi l’occasion qui leur était offerte de déverser leurs sarcasmes habituels. On peut regretter que des personnes moins engagées aient mêlé leurs voix à ce concert d’imprécations. C’est ainsi que le « Journal de Rouen », naguère connu comme quotidiens de province des plus sereins, rapporta les propos tenus en novembre 1940 par Pierre Étienne Flandin qui disait toute sa haine de la « domination du judéo-maçonnique ».

Les francs-maçons furent donc souvent rangés parmi les fauteurs de guerre et les responsables de la défaite par les zélateurs de Vichy.

L’antimaçonnisme de Vichy tirait sa source de la bulle papale du 27 avril 1738 de Clément XII et qui frappait la franc-maçonnerie d’excommunication. Les motifs de cette bulle étaient que la franc-maçonnerie était une société secrète, ses serments étaient anti-religieux, elle soutenait le mal, elle combattait la religion, elle méprisait les lois et admettait leur violation, elle servait de prétexte à la constitution de groupes d’intérêts financiers.

Sous l’Espagne franquiste, être franc-maçon était un crime. Les ennemis de la franc-maçonnerie pouvaient être recrutés dans trois groupes : les naïfs, mystiques, inconditionnels de la religion, catholique particulièrement. Les adversaires belliqueux de mauvaise foi. Les adversaires de bonne foi, soucieux de l’orthodoxie des croyances.

La défaite de 1940 fut souvent présentée par le clergé comme châtiment infligé à la France impie.

L’affaire Stavisky provoqua un scandale en 1934 et des francs-maçons y furent impliqués. Cela avait joué dans l’antimaçonnisme de Vichy.

Même si la franc-maçonnerie avait poussé 3000 de ses membres à démissionner suite à ce scandale.

La violence et la fréquence des attaques subies par la franc-maçonnerie en 1934. Dans l’affaire Stavisky présageait de ce qui devait arriver sous l’occupation. La haine et le fanatisme qui accompagnaient naguère les affrontements entre les religieux catholiques et les francs-maçons a perdu de son intensité après Vichy. Mais d’autres fanatiques se sont révélés habiles à utiliser la propagande antimaçonnique. Les ayatollahs d’Iran avaient affirmé en 1983 que les francs-maçons et les sionistes avaient joué un rôle très important dans l’élection de Mitterrand. Un ancien ministre du chah d’Iran qui avait rompu avec son régime avait été condamné à mort par les ayatollah sous prétexte qu’il était franc-maçon.

Chapitre 9 effets de la répression.

En conséquence de la voie du 15 août 1940, les fonctionnaires et membres des services publics étaient astreint à signer une déclaration sur l’honneur de n’avoir jamais appartenu à une société secrète. Ceux qui avaient fait une fausse déclaration furent révoqués dès que leurs noms furent révélés au Journal officiel dans la liste des franc-maçons.

Fin 1943, le total des listes de franc-maçons comportait 17 000 noms. Les services des sociétés secrètes n’avaient pu établir le tableau intégral des affiliés. Les francs-maçons proscrits purent à peu près tous retrouver une situation professionnelle et circuler dans la cité sans être la cible de sarcasmes.

Il fallait tout de même du courage et de la détermination aux franc-maçons pour avoir encore la volonté de participer à la résistance. Les séquelles de cette proscription se firent sentir à la Libération. Un nombre assez important de ces victimes des lois d’exception ne sollicita pas une reprise d’activité dans les ateliers maçonniques reconstitués : les tracas auxquels ils avaient été soumis les avaient conduits à demeurer dorénavant réservés à propos d’un quelconque engagement.

Pendant la guerre, les services de répression étaient particulièrement fiers de leur œuvre.

Bernard Faÿ avait écrit un article en 1942 sur la liquidation de la franc-maçonnerie dans lequel il affirmait : « le gouvernement du maréchal permet à chaque français d’avoir confiance en son voisin et d’être sûr qu’une concurrence loyale est désormais instaurée dans la vie administrative ! ».

La revue « les Documents maçonniques » avait servi à ses auteurs à poursuivre l’entreprise de délation en livrant aux autorités d’autres listes de républicains et des personnes qui avaient été invitées par des loges pour des conférences.

Botrel évoque les lettres de délation dont furent victimes les franc-maçons. Ces lettres étaient soigneusement classées et suivies d’enquête. Les différents organismes français et allemands se communiquaient les renseignements recueillis. Le bilan de la répression fut désastreux. Il y eut plus de 500 membres de la Grande Loge déportés, 180  morts en déportation des pour le Grant Orient, 220 déportés et 120 morts en déportation ; pour le Droit humain, 60 et 31.

Chapitre 10 la campagne antimaçonnique et l’opinion.

La plus grande partie de l’opinion restait indifférente, voire choquée des méthodes et des procédés employés par les maîtres de l’heure. Un petit nombre de citoyens réfléchirent à ce qui leur était présenté dans les expositions et conférences antimaçonniques. Enclins à se défier de tout ce qui était montré sous le couvert de la protection hitlérienne, ils se piquaient de curiosité envers cette franc-maçonnerie tant décriée et cherchèrent à comprendre quels étaient ses buts véritables. Ultérieurement, cette curiosité aboutit parfois un engagement…

Botrel cite plusieurs articles de la presse vichyste dans lesquels des pamphlétaires et des lecteurs s’offusquaient que la franc-maçonnerie n’était pas encore assez combattue. Après la Libération, Francis Viaud, grand maître du Grand Orient, déplora que pas une seule voix ne se soit élevée dans la hiérarchie catholique pour se désolidariser le chef des mesures prises contre les francs-maçons.

Dans « Le Franciste » du 14 juin 1941, le journal de Marcel Bucard, Maurice Moures déplorait le réveil de la franc-maçonnerie et l’accusait d’être à l’origine du marché noir. Alors que le marché noir profitait avant tout à l’occupant.

En 1943, le débarquement allié en Afrique du nord et la défection de l’Empire sous contrôle vichyssois avaient fait perdre à Bernard Faÿ son triomphalisme. Dans les Documents maçonniques il prétendit éprouver un sentiment douloureux en s’opposant aux francs-maçons car il affirmait qu’il se voyait obligé d’être un Français opposé à d’autres Français. Il prétendait qu’il lui était pénible de paraître dans un rôle de justicier. Le 15 octobre 1943, de Gaulle publia un décret à Alger annulant toutes les lois d’interdiction de la franc-maçonnerie sur l’ensemble des territoires placés sous contrôle du Comité national de la France libre.

Chapitre 11 évolution, luttes et réactions.

Fin 1942, le poids de la puissance industrielle et militaire américaine commençait à se faire sentir mais Vichy ne semblait pas tirer la leçon des faits. L’espoir changeait de camp, seuls les plus fanatiques collaborationnistes restaient fidèles à Vichy et à sa propagande.

Les francs-maçons reprirent espoir. Dès 1940, des francs-maçons entrèrent en résistance. Tous les frères de la loge la Bonne foi de saint-germain-en-laye furent résistants dès 1940. Les frères reprirent contact dans plusieurs villes dans des petites réunions de trois ou quatre affiliés de toutes obédiences. Une partie des dirigeants Francs-tireurs se réclamaient de la franc-maçonnerie. D’autres mouvements de résistance comptèrent des francs-maçons : Combat, Défense de France, Libé nord, O. C. M.

Les francs-maçons résistants aidèrent à la rédaction des multiples rapports qui aboutirent à l’établissement de la généreuse charte de la Résistance. L’assemblée consultative d’Alger compta 25 % de francs-maçons de diverses obédiences.

Daniel Ligou signale qu’un Comité maçonnique de résistance fut créé à Lyon et que la loge clandestine de Pontoise et les Amis du peuple eut une activité à peu près continue pendant toute l’occupation. Comme la loge Ordre et progrès de Bordeaux. Au printemps 1944, il y avait des réunions de francs-maçons dans plus de 60 départements représentant de 111 loges embryonnaires. Un essai de coordination furt entrepris par le réseau de résistance maçonnique Patriam recuperare.

Patriam recuperare fut créée en décembre 1940, à Paris. Des loges clandestines furent créées dans des camps d’internement ou des camps de déportation. Comme la loge les Frères captifs d’Allach ou la Nation à l’Orient du monde à Berlin.

A Buchenwald ou à Auschwitz il existait des groupes de liaison maçonniques.

Dans les stalags, les groupements maçonniques furent nombreux.

A Londres, Le Grand Orient possédait une loge créée en 1899, la loge Hiram. Elle continua ses activités en dépit de l’ignorance de la Grande Loge Unie d’Angleterre. La loge Hiram  accueillit de nombreux frères en exil. Le résistant Pierre Brossolette la fréquenta.

Le Grand Orient avait une loge à Genève la Fraternité mais elle dut fonctionner dans la clandestinité car la Suisse subissait la pression de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste. En 1943, les loges reprirent leurs travaux en Afrique du nord. Dès en 1942, un Groupe d’action maçonnique  avait été créé à Alger. Les maçons d’Algérie s’opposèrent au maintien des mesures inspirées de Vichy par autorités militaires américaines interposées. C’est à Alger  que fut promulgué, par le général de Gaulle, le décret du 15 décembre 1943 qui supprimait la législation de Vichy sur les sociétés secrètes dans les territoires libérés.

 

Chapitre 12 Les ravages.

 

Les estimations les plus complètes, Toutes obédiences confondues, font état de plus de 60 000 francs-maçons fichés, de 60 000 inculpations, de 2500 arrestations, 1000 déportations, près de 600 morts dans les camps ou fusillés. 3000 fonctionnaires maçons furent révoqués.

Tous les biens mobiliers des francs-maçons avaient été placés sous séquestre. Les décors et les bibliothèques furent pillés. Les archives furent dirigées vers le Service des sociétés secrètes pour établir des listes de maçons.

 

Chapitre 13 L’action de la milice.

La milice a été formée en zone sud. Ses effectifs furent recrutés parmi les éléments du Service d’Ordre  Légionnaire, les plus acquis au régime de Vichy.

C’était une police supplétive. Elle a été créée par la loi du 30 janvier 1943. Pierre Laval était de droit chef de la milice. Elle a été dirigée par Joseph Darnand. Il y eut 15 000 miliciens en zone sud. Le 19 décembre 1943, les autorités allemandes autorisèrent la milice à s’étendre en zone nord. 3500 miliciens supplémentaires furent recrutés.

Victor Basch, Ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme  fut assassiné par Lécusson, Chef de la milice à Lyon. Jean Zay, franc-maçon et ancien ministre  fut tué par la milice le 20 juin 1944.

Le 25 mars 1944, Constant Chevillon, de l’obédience Memphis-Misraïm fut tué par la milice.

Chapitre 14 reconstitution – libération.

Des francs-maçons comme Kischmeyer, Eychêne, Bonnard, Thil et le docteur Favreau créèrent le groupe Patriam recuperare.

Ils entrèrent en relation avec d’autres groupes socialistes et syndicalistes. Ils créèrent ensuite un conseil provisoire de la maçonnerie française. Ce conseil devint le Comité d’Action Maçonnique. Six membres le dirigeaient : le professeur Lapicque, maître Louis Bonnard, le médecin général Lhortolary, le général Pélaquin, Soubret et Zaborowsky.S’y ajoutèrent Marc Rucart, Vumaud, Bassot, Jean Baylot et Marsaudon.

Fin 1943, 211 triangles (cellules maçonniques constituées de trois frères) couvraient 60 départements. Le comité d’action publia un texte début 1944 prescrivant l’unité de la franc-maçonnerie française. Le 9 août 1944, le Journal officiel publia à Alger une ordonnance rétablissant l’activité de la franc-maçonnerie. Le 19 août 1944, Bernard Faÿ était arrêté. Le 22 août 1944, des frères reprirent possession des locaux du Grand Orient rue Cadet et de ceux de la Grande Loge rue Puteaux.

Le 14 septembre 1944, un protocole d’accord réglait la question des relations entre la Bibliothèque nationale et les obédiences pour la gestion de tous les biens culturels maçonniques recensés ou devant être récupérés.

Des pourparlers furent engagés par Françis Viaud grand maître du Grand Orient et Dumesnil de Gramont  de la Grande Loge pour réaliser l’unité organique décidée dans la clandestinité. La grande loge désirant une reconnaissance internationale fit échouer cette unité.

Bernard Faÿ fut condamné en 1946 aux travaux forcés à perpétuité mais il s’évada le 30 septembre 1951 de l’hôpital d’Angers où il était soigné.

Grâcié en 1959, il  rédigea des articles pour le journal d’extrême-droite Rivarol.

Henry Coston fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. 

Jean-Marquès Rivière fut condamné à la peine de mort par contumace. Otto Abetz fut condamné en 1942 à 20 ans de prison mais fut libéré en 1954. Costonfut grâcié en 1952 par le président Auriol. Les francs-maçons qui avaient collaboré avec les Allemands ne furent pas réadmis dans la franc-maçonnerie. 172 frères ne furent pas réadmis à la Grande Loge soit 1 % des effectifs de 1939.

Paul Riche ( alias Jean Mamy) paya sa trahison de sa vie.

 

Chapitre 15  fin de la proscription.

 

De Gaulle signa l'ordonnance définitive de rétablissement de la franc-maçonnerie le 9 août 1944. Il ne restait plus que 7950 frères au Grand Orient en 1945 et 3600 à la Grande Loge.

Une circulaire du 28 septembre 1944 signé par Arthur Groussier du Grand Orient et de Marcel Cauwel de la Grande Loge précisait les conditions de réintégration des frères.

Les collaborateurs avaient été frappés d'indignité maçonnique. L'allemagne versa des indemnités pour dommages de guerre au Grand Orient ce qui permit la rénovation de l'hôtel de la rue Cadet. Les difficultés financières des frères furent un obstacle pour la reprise des travaux. Des loges furent obligées de fusionner pour pouvoir reprendre les travaux avec des effectifs suffisants. Il faudra attendre 1975 pour que la franc-maçonnerie française retrouve ses effectifs de 1939.

 

Les loges de province avaient des difficultés à retrouver un local décent. Ce n'est que dans les années 1950 qu'elles purent le faire dans des villes détruites par la guerre comme à Lorient, Lisieux ou Caen.

Arthur Groussier fut critiqué pour l'envoi de la lettre du 7 août 1940 au maréchal Pétain. Il ne fut pas réintégré à son poste de grand maître.

 

Chapitre 16 les "protecteurs".

 

La fameuse théorie du double jeu du maréchal Pétain négociant avec les alliés en prévision d'un retour au combat contre les Allemands est une pure légende. Pétain et son régime ont devancé et ont été au-delà des revendications allemandes en livrant les réfugiés étrangers, en persécutant les juifs et les francs-maçons. On cite Pierre Laval et Otto Abetz comme défenseurs des francs-maçons. Otto Abetz aurait été initié à la loge Goethe de la Grande Loge avant 1939.

 

Laval avait souhaité la victoire allemande jusqu'au bout. Mais il ne resta pas insensible aux appels de détresse du frère Gaston Guillaux de  la loge Thélème qui présenta diverses requêtes en faveur des francs-maçons pourchassés. Il protégea quelques maires et préfets  francs-maçons pour se ménager des appuis en cas de défaite de l'Allemagne. Lors de son procès il ne manqua d'ailleurs pas de faire état de ses interventions.

 

Le meurtre de Jean Zay commis par les miliciens sur lesquels Laval avec tout pouvoir suffit à condamner cette version d'un Pierre Laval protecteur des francs-maçons.

 

Chapitre 17 la leçon des faits.

 

Vichy n'a pas réussi à détruire la franc-maçonnerie. Francis Viaud écrivit dans son autobiographie : " la tourmente de 1940 rejeta dans les ténèbres la pure lumière maçonnique. Ce furent les lois d'exception. Le voeu tant de fois proclamé de tous les ennemis de la République était enfin réalisé et chacun d'eux avait satisfaction. En vain d'ailleurs, car la franc-maçonnerie bafouée, spoliée, piétinée, n'est pas morte . Obligée de devenir la société secrète qu'elle n'avait jamais été et que ses ennemis l'accusaient d'être, elle mena inlassable son action, souterraine cette fois, mais terriblement efficace".

 

Lucien Botrel estime que les francs-maçons proscrits dans leur propre patrie qui devinrent des combattants obscurs mériteraient bien un mémorial commémoratif de leurs sacrifices.