Nemes-Charles-Pourquoi-Les-Coiffeurs-Livre-897174453_ML

 

Pourquoi les coiffeurs (Charles Nemes)

I

Ainsi, il était juif. Foutue révélation quand on a 10 ans et qu’on s’appelle Christian. L’information avait été assénée à Christian sous forme d’insulte par Yvon, son meilleur camarade de classe, avec lequel il venait de rompre. Christian avait interrogé sa mère qui lui avait confirmé sa judéité.  Elle luttait contre le vertige. Voilà que ça recommençait.

Les fantômes de cuir noir l’avaient retrouvée. Et pourtant, ils étaient en France, en 1961. Christian et son frère servaient la messe tous les dimanches devant les paroissiens peu soupçonneux et  ils ne parlaient même pas hongrois. Leurs parents avaient fait l’impossible pour les protéger.

Christian annonça la nouvelle à son frère Gabriel qui se faisait appeler Gabor car il revendiquait son ascendance hongroise avec l’enthousiasme de ses 12 ans.

Gabriel refusa cette judéité. Le partage identitaire venait de s’accomplir entre les frères.

Gabor avait un sens du négoce dont il ferait un jour un métier. Christian admirait son frère parce qu’il était grand.

Le soir, au dîner, leur père leur fit un discours.

Mais les deux frères eurent un fou rire, peut-être à cause de l’accent hongrois de leur père. Alors leur père renonça après deux tentatives.

Le père été inquiet. Il pensait qu’il y avait des gens qui les cherchaient et il attendrait la prochaine alerte pour aborder le sujet avec les enfants.

Christian et Gabor jouaient à incarner les héros de leurs journaux. Christian devait se contenter des figures secondaires (Aramis, Richard Cœur de Lion, Bernardo). Christian, chauvin, s’était créé un personnage sur mesure, inspiré de la pochette du disque  préféré de son père. C’était super Gypsy. Pour ne pas être en reste, Christian inventa super hébreu. Pendant des semaines, les deux petits Français jouèrent au tsigane et au juif luttant contre les Russes pour déchirer le rideau de fer. Les parents les avaient dotés d’un vigoureux anticommunisme primaire.

Yvon fut retiré du lycée par des parents qui trouvaient soudain l’établissement trop mal fréquenté. Christian se fit des nombres copains. Il voyait que son frère jouait avec des garçons presque moustachu et s’écartait petit à petit de dieu.

Le père de Christian était administrateur de sociétés appartenant à une banque d’affaires juive.

Christian regrettait que Gabor se soit détourné de lui. Avant, ils vivaient dans un monde féerique peuplé de personnages des contes de Grimm que leur disait leur mère.

Gabor passait beaucoup de temps aux toilettes pour lire et cachait des revues mystérieuses sous son matelas et menaçait Christian de représailles s’il le dénonçait.

Christian se sentait trahi par Gabor qui abandonna la messe, par ses parents qui s’émerveillaient de la transformation de Gabor et par dieu qui s’en foutait.

Les frères devinrent alors ce qu’ils seraient toujours, un jouisseur et un douloureux.

Christian découvrit les revues mystérieuses de Gabor sous le matelas de son frère. C’était des Paris Hollywood, revues érotiques avec des photos de femmes nues retouchées pour en faire disparaître les poils pubiens. Gabor le surprit et il le frappa. Les parents comprirent qu’il fallait séparer les garçons.

Gabor s’installa dans la chambre que les parents gardaient pour les jeunes filles au pair qui avaient été chargées de surveiller les enfants.

Gabor recouvrait ses murs de photos de Françoise Hardy et apprenait ses attitudes d’homme avec la méthode d’un acteur qui prépare un rôle.

Il se masturbait sans retenue dans ses draps, désormais libéré de l’obligation de se caresser aux toilettes. Christian pensait que dieu se trompait souvent de copains et un jour il le regretterait. Il voulut renouer avec son frère  mais il le surprit en pleine érection et se fit insulter.

Gabor décréta que Super Gypsy était mort.

II

La réussite matérielle avait été pour M. Kiràlyi une revanche sur ses origines et la nécessité de s’exiler.

Il portait sur lui en permanence une grosse somme pour corrompre tout éventuel officier chargé de sa déportation. Quant à sa famille, il pensait que la double sauvegarde de la catholicité et de la fortune la préserverait du pire.

Il croyait même qu’une dose de patriotisme magyar aurait des vertus déjudaïsantes. Qui n’était pas rescapé des camps nazis n’était pas juif. C’était mathématique.

Il savait distinguer les Allemands des nazis et reconnaissait la richesse de la culture et de la langue germaniques. Mme Kiràlyi, était la fille d’un baron catholique et d’une aristocratie juive convertie. Elle avait reçu le hongrois et l’allemand comme langues maternelles.

M. Kiràlyi haïssait les Russes. Il était rescapé des camps de Sibérie et avait fui la Hongrie communiste. Les contributions d’Hitler et de Staline à l’antisémitisme avait laissé les Kiràlyi sans parent, ni frères, ni cousins.

Ils vivaient à Neuilly et avaient espéré oublier. Ils n’oublièrent jamais. Christian avait attrapé phimosis et avait dû être circoncis.

Ce qui distinguait les fils Kiràlyi des autres petits Français du quartier était leur absence de grands-parents. Leur père leur expliqua l’origine de cette absence de grands-parents. Mais il voulut les rassurer en leur disant qu’ils n’avaient plus rien à craindre puisque leur catholicité était avérée.

Gabor et Christian n’avaient réellement souffert du manque de grands-parents qu’à Noël et aux anniversaires, où leur compte de cadeaux était inférieur à celui de leurs camarades.

A la puberté, leur regret s’était estompé. Quelle-mamie leur aurait offert ce qu’ils souhaitaient.

Gabor s’était passionné pour Mick Jagger et Christian pour Mccartney. Ils se laissèrent pousser les cheveux mais leur père et le censeur du lycée mirent fin à ce premier signe de révolte. Gabor et Christian s’étaient rapprochés par la musique et l’impertinence. Ils mentirent à leurs parents pour pouvoir sortir dans les cafés. Christian imitait la signature de ses parents. Il fut ébloui par Citizen Kane et Nuit et brouillard le terrassa.

Il fréquenta assidûment le ciné-club du lycée. et comprit pourquoi on lui avait épargné toute un épisode de son histoire personnelle et décida de ne rien dire de ce qu’il avait vu dans le film d’Alain Resnais.

Gabor se rapprocha de Christian et lui offrit des Paris Hollywood. Les parents savaient qu’ils cachaient ces revues mais considéraient la possession d’images de femmes nues comme la preuve d’une sexualité normale.

Gabor buvait de la bière et Christian fumait. Alors ils mâchaient du chewing-gum à la menthe avant de se présenter devant leur mère.

Christian se mit à dessiner et faisait l’admiration des grandes de la bande. Gabor était fier de son petit frère. C’est en ayant  l’idée de réaliser et de vendre des nus imaginaires de filles du lycée que les frères s’orientèrent vers les métiers qu’ils exercèrent plus tard, financier et artiste-peintre. Le ciné-club programma Bergman et Renoir, Christian crut avoir chassé les images des camps.

« Sale juif ! » le cri d’Yvon lui revenait parfois à l’esprit, comme une décharge douloureuse, avec une violence accrue depuis la projection du film de Resnais.

Christian se demandait pourquoi Yvon avait cette haine.

Pourtant Yvon et Christian s’étaient choisis comme le font les élèves sage entre eux.

Ils échangeaient leurs jouets, se montraient leurs devoirs, allaient l’un chez l’autre les jeudis. Mais Christian prit un ascendant scolaire sur Yvon. Christian sut s’adapter à la brutalité du lycée et Yvon sombra, jaloux de la capacité d’adaptation de son ami.

Christian pensait que l’insulte d’Yvon lui venait d’un adulte. Une personne informée, qui devait bien connaître la famille Kiràlyi.

Des dizaines d’années plus tard, Christian chercherait à comprendre ce qu’il s’était passé et tenterait sans succès de retrouver la trace d’Yvon pour lui poser la question en face.

III

Christian avait 49 ans. Il conduisait vers le Oise pour aller voir sa mère. Elle vivait seule depuis la mort de son mari dans leur maison de campagne. Gabor avait eu trois enfants. Miklos, Zoltàn et Tibor.

Puissance s’en voulait de n’avoir jamais osé interrogé son père sur l’autre pan de leur ascendance. Il avait décidé d’interroger sa mère parce qu’il la trouvait fatiguée et avais peur de la perdre.

Elle avait accepté. Christian avait emmené un magnétophone pour recueillir les précieux souvenirs. Sa mère l’accueillit. Il se moqua gentiment de son accent. En fait,  il n’en riait plus. Il y avait pris goût. Elle lui offrit un café. Elle demanda –s’il n’aura jamais d’enfants. Elle aurait voulu une petite fille. Christian avait aimé une femme, Sarah, avec laquelle il aurait pu avoir des enfants. Mais elle était dogmatique et peu romantique. Elle n’aimait pas faire l’amour.

Christian avait eu plusieurs amours ratées. Gabor s’était marié à l’église pour divorcer un an après. Mais il avait ensuite épousé une gentille Françoise.

Christian démarra le magnétophone et commença à poser des questions à sa maman. Son français se dégrada d’un coup, comme si elle avait le trac. Christian se demanda si son père avait fréquenté la synagogue. Il avait été circoncis.

IV

En 1965, M. Kiràlyi emmena ses enfants en Hongrie et en Tchécoslovaquie. Il voulait leur faire connaître la terre de leurs ancêtres. Le gouvernement de Prague avait autorisé les expatriés à revenir sans risques de représailles.

Les parents de Christian venait de la minorité hongroise de Slovaquie

A cette époque, les Kiràlyi venaient d’acheter leur maison de campagne. La propriété matérialisait l’accomplissement de leur destin français.

Gabor et Christian furent terrorisés par les douaniers du bloc de l’est qui inspectèrent  la voiture de leurs parents avec méfiance à et de s’approprièrent un lot de lames de rasoir et de stylos que la famille apportait en cadeau à ses  lointains cousins et ses anciens amis.

La route menant à Prague leur sembla grise et triste. Prague était vide. Les garçons furent impressionnés par l’horloge astronomique et par le château où leur guide leur raconta les suicides des représentants de l’empereur. Ils visitèrent le cimetière juif. Le foisonnement tortueux des innombrables stèles funéraires frappa Christian au cœur.

Le parcours jusqu’à Bratislava fut morose. Ils n’avaient pas eu le temps d’acheter des pellicules et le réseau routier était dégradé. M. Kiràlyi les attendait à l’hôtel à Bratislava. Il leur recommanda d’être vigilants à cause des micros cachés partout.

M. Kiràlyi se fit photographier devant un bâtiment où il avait été prisonnier, devant son ancienne caserne et sur le quai d’où il était parti pour l’Ukraine, avant la Sibérie. M. Kiràlyi venait de régler un vieux compte. Il était revenu vivant et libre, là où il était né, où il avait été juif, où il s’était converti, d’où on avait déporté et exterminé sa famille. Il était d’une humeur radieuse à la surprise de ses fils, la soirée fut consacrée à des retrouvailles avec les survivants dont Odön, l’unique rescapé des amis d’enfance de M. Kiràlyi.

Il lui offrit des monceaux de dollars. Les Kiràlyi prirent la seule cuite collective de leur histoire familiale.

Le lendemain, ils se rendirent sur les terres du père de Mme Kiràlyi. La maison était devenue un institut pour enfants débiles. Mais Mme Kiràlyi n’eut pas le courage d’entrer. Elle ne voulait pas voir la maison de son enfance heureuse occupée par des inconnus. Ils redescendirent la rue avec un sentiment d’inaccompli. L’ancien cordonnier du village reconnut Mme Kiràlyi et la salua avec déférence. Il invita les Kiràlyi chez lui.

Mme Kiràlyi alla ensuite voir la tombe vide de ses parents où elle avait fait poser une plaque. Elle embrassa le cordonnier et sa femme pour leur dire au revoir et ils n’en  revinrent pas.

Puis ils allèrent en Hongrie. Les parents n’avaient presque pas souffert dans ce pays qu’ils avaient peu visité.

Pour Gabor et Christian, le hongrois était le dialecte de leurs parents et l’entendre partout dans les rues les déconcerta. Ils visitèrent Budapest. De nombreux impacts de balles sur les façades gardaient vive la mémoire de la répression de 1956.

Au restaurant, M. Kiràlyi retrouva l’un de ses violonistes préférés d’avant-guerre. Il était devenu un artiste-fonctionnaire. Le père était euphorique.

Avant de rentrer en France, et Ils n’eurent pas l’autorisation de changer ce qu’il le restait d’argent hongrois alors ils achetèrent des souvenirs et durent payer une taxe pour l’exportation. De primaire, l’anticommunisme de Gabor et Christian était devenu fondamental.

V

Chez les Kiràlyi, il n’était pas question de discuter de son avenir avec ses parents.

Comme Christian voulait devenir peintre et avait été inscrit en section scientifique, il ne lui restait qu’à devenir nul en mathématiques. Gabor ne travaillait pas et parachevait le désespoir de M. Kiràlyi. Une aide pédagogique fut engagée. Elle s’appelait Odile et avait 35 ans. Elle donnerait ses cours chez elle. Odile dépucela Gabor et Christian.

M. Kiràlyi considéra ses rejetons comme des dégénérés. Gabor fut privée de sortie et Christian de ciné-club : Gabor se plongea dans les romans de Gérard de Villiers et Christian peignit des aquarelles tourmentées que ses parents firent analyser par un psychologue qui n’y décela que de la frustration sexuelle.

Un soir ou Christian tardé à venir à table M. Kiràlyi le tira de sa chambre avec brutalité puis le gifla. Une guerre venait de se déclarer. Gabor décrocha le bac. M. Kiràlyi-y vit un miracle et récompensa son fils en l’envoyant aux Etats-unis. Gabor tomba amoureux de Maggie, la fille de la famille qui l’avait accueilli.  Il  envoya des lettres à Christian pour lui parler de Maggie mas Christian s’en fichait. Il voulait que Gabor lui parle de l’Amérique. Les parents puritains surprirent Gabor et Maggie en train de coucher et Gabor fut renvoyé dare-dare en France.

Il offrit un Zippo géant à Christian et l’album US Revolver des Beatles. Gabor accompagna son père à la chasse au chevreuil. Christian était  dégoûté par les cadavres que Gabor et son père ramenaient pour en faire des trophées.

A la rentrée, Gabor partit faire ses études à Nanterre et Christian regagna son lycée et son ciné-club pour lequel il dessinait des affiches. Il peignait toujours beaucoup et ses œuvres étaient encore analysées par le psychologue de la famille. Pressé d’en finir avec la rébellion, M. Kiràlyi se mit en quête d’une femme compréhensive et experte qui accepterait de déniaiser son fils, sans savoir qu’Odile continuait l’éducation érotique de Christian.

Les frères Kiràlyi n’allaient plus à la messe. Gabor et Christian se trouvèrent une amie. Gabor avait rencontré Marie à l’université et Christian une cinéphile avertie du nom de Claudine. Elle était protestante et raconta sa religion à Christian. Alerté par les règles en retard de Claudine, Christian prit ses distances avec elle.

Gabor rata sa première année, Christian passa en terminale littéraire.

Un jour, M. Kiràlyi rentra de l’Oise à l’improviste et découvrit Marie. Il lui demanda seulement ce qu’elle faisait dans la vie. Gabor visita le bidonville de Nanterre. Mais 68 provoqua surprise et dévastation chez les Kiràlyi. Le père bâtit Christian car il était gréviste avec les lycéens. Gabor participait aux manifestations du quartier latin. M. Kiràlyi voyait resurgir la menace communiste et voulait casser la gueule à Cohn-Bendit, pensait qu’il était dangereux pour les Juifs de se faire remarquer en période de troubles.

VI

Christian poursuivit l’interview de sa mère. Elle lui dit qu’on l’avait chassée du lycée et du gymnasium parce qu’elle était juive mais elle était restée, par force. Quelqu’un avait écrit sur sa chaise de classe « à moitié juive, à moitié chrétienne, seul dieu sait qui tu es. »

Elle avait continué ses études et personne ne l’avait interrogée. A 11 ans, son père lui avait expliqué qu’elle était moitié juive et moitié chrétienne. Et qu’elle ne devait pas en avoir honte.

Elle expliqua à Christian que son père s’était converti au catholicisme pour s’adapter au milieu qu’il fréquentait et pas pour échapper à quoi que ce soit, parce qu’il savait très bien qu’il n’y échapperait pas.

VII

Les Rouges ne prirent pas le pouvoir en France en 1968, on ne déporta aucun juif, et Christian fut reçu au millésime le plus dévalorisé du bac depuis la guerre. Christian était inscrit à Nanterre car ses parents avaient refusé qu’il présentât le concours des Beaux-Arts. Il n’avait pas l’intention de poursuivre des études de lettres et voulut devenir peintre autodidacte. Odile n’assurait plus son instruction particulière. Il fréquentait les copains de Kerbors avec lesquels il y aller au cinéma et au restaurant chinois. Gabor remplaça sa Marie par une Françoise. Christian conquit une jeune Dominique.

Il lui offrit une de ses toiles. Elle l’avait choisi pour son dandysme et parce qu’il incarnait la transgression dont elle se sentait incapable. Il retrouva un ancien camarade Pierre Thibert qui avait été reçu en candidat libre au concours des Beaux-Arts. Parallèlement, il travaillait pour le cinéma d’animation et il promit d’aider Christian à trouver des petits boulots. A ce moment-là Dominique arriva en pleurs. Son beau-père ne voulait pas qu’elle fréquente un juif. Dominique demanda à Christian ce qu’était exactement un juif. A cause de ça, la nuit qu’ils avaient réservée à l’hôtel pour la première fois se passa sans désir.

Le lendemain, il alla parler au beau-père de Dominique. Le beau-père parla de nation française, de la guerre, du christ, de l’éducation bourgeoise et de la tradition républicaine. Il cherchait à esquiver le débat. Christian en ressortit hébété et avec l’impression d’avoir été roulé. Dominique le quitta quelques semaines plus tard. Ils ne firent jamais l’amour. Christian voulut savoir ce qu’on reprochait aux juifs. Il interrogea Gabor mais son frère s’en fichait.

Pierre Thibert trouve un emploi à Christian dans le cinéma d’animation. Christian fut généreux avec l’argent gagné. Il peignit moins. Gabor reprit les cours pour conserver les subsides de ses parents.

L’absentéisme de Christian en cours fut d’autant plus reproché par ses parents. Après une altercation avec son père, il calma sa rage en dessinant à l’encre de Chine. Sa mère vint le voir pour lui annoncer que son père ne voulait pas être pris pour un salaud et autorisait Christian à habiter dans un studio près de ses parents avec de quoi payer le loyer.

Christian venait d’obtenir sa liberté surveillée. Alors, le studio acheté st aménagé, Christian put partir. Une fois par mois, Christian était invité chez ses parents. C’était pour l’interrogatoire mensuel. L’emprise paternelle avait conditionné Gabor et Christian à jamais. Ainsi, Christian se faisait rappeler à l’ordre quand il ne payait pas le loyer du studio que son père lui avait acheté.

Christian prêtait son studio à Gabor et Françoise mais finit par imposer un règlement pour que cela n’empiète pas sur sa vie personnelle.

Christian rencontra un producteur états-unien Newman qui produisait un dessin animé sur lequel Christian travaillait. Ils devinrent amis. Il l’invita à la Coupole, au Select, au Rosebud:

Christian s’éloigna de Gabor et de ses amis. La conversation éclairée de John Newman était un mode d’évasion plus valorisant. Gabor trouva Christian hautain. Christian refusait de voir la morgue de son mentor et n’était pas solidaire de ses collègues usés par les heures supplémentaires impayées. Début avril, Norman lui demanda : « qu’est-ce que tu fais pour Pessah ? »

VIII

Christian ne comprit pas l’allusion. Mais en rentrant, il repensa à ce qu’avait dit Newman. C’était la première fois que quelqu’un faisait allusion à sa judéité avec bienveillance mais les jours suivants, il fit comme si de rien, à chaque fois qu’il croisait Newman. Puis, il finit par lui demander comment il avait su qu’il était juif. Newman l’avait senti. Mais il ne savait pas vraiment ce que signifiait être juif et Newman regretta qu’au pays des lumières, certains juifs portent en eux la honte de soi.

Alors Christian évoqua ses années de catéchisme pour expliquer son ignorance judaïque. Alors Newman l’emmena au Select pour lui apprendre le judaïsme. Il lui conseilla de ne laisser à personne le soin de dire s’il était juif ou pas. Newman lui proposa de passer le prochain Seder avec lui. Puis Newman lui raconta pas une histoire se terminant par : « si demain, tu apprenais qu’on va supprimer le droit de vote aux juifs et aux coiffeurs, qu’est-ce que tu dirais ? ». Et Christian répondit spontanément : « pourquoi les coiffeurs ? ». Newman lui expliqua que normalement c’étaient les goys qui répondaient ça.

Gabor entraîna ses copains dans un grand restaurant pour aller boire un Chambolle-Musigny.

Ils prétextèrent  que le vin était bouchonné et furent invités à quitter l’établissement sans faire de scandale. Ils avaient pu économiser leur argent avec cette stratégie. Pendant ce temps, Newman emmena Christian rue des rosiers. Ils allèrent chez Goldenberg. Christian se sentit en terre étrangère. Ils mangèrent à une carpe farcie mais Christian en fut malade. La judaïté commençait mal.

IX

Gabor obtint sa licence en droit après six années d’études nonchalantes. Il fut inquiet pour son avenir et demanda audience à son père. Il lui dit qu’il était désemparé ne sachant quoi faire comme métier. Il se donna à son père qui en fut très ému. M. Kiràlyi le fit admettre dans son cercle et lui apprit la finance, la bourse et le backgamon. Il fit engager Gabor dans une banque d’affaires. Il progressa très vite.

Gabor se Maria. Son père était atteint d’un cancer et fut obligé de payer la moitié des noces alors que c’était les parents de la mariée qui avaient invité le plus de monde. Gabor furent obligés de dormir avec Christian car les parents de Coralie étant très catholiques ne voulaient pas que leur fille couche avec Gabor avant la bénédiction du prêtre. M. Kiràlyi ne put assister au mariage car il était mourant. Mme Kiràlyi pleura pendant la cérémonie.

Revenu à Paris, Gabor voulut reporter son voyage de noces pour rester auprès de son père mais et Coralie lui fit une scène. M. Kiràlyi lui conseilla de se comporter en bon époux et de partir avec sa femme. Aux Seychelles, Coralie refusa d’entendre l’angoisse de Gabor. Christian alla voir son père sans être capable de l’interroger sur cette de judaïté dont il savait si peu. Il ne saurait rien de la guerre de son père, de sa déportation. Christian avait simplement fait la paix avec son père. Mais Christian avait assuré l’intérim au chevet du père jusqu’au retour de Gabor pour protéger son frère et non pas pour constituer une harmonie familiale fictive de dernière minute.

Il fut soulagé de laisser sa place à Gabor. M. Kiràlyi passa noël chez lui. Le réveillon fut lugubre. Christian partit dès minuit. Coralie, allergique à la maladie avait refusé de venir et réveillonna avec sa sœur. M. Kiràlyi mourut en janvier. C’est Christian qui lui tenait la main. Gabor prévenu, arriva dans les 10 minutes et embrassa son frère, ce qui était exceptionnel. Il s’effondra dans les bras de sa mère. Christian envia leur tristesse. Lui se sentait seulement fatigué et libéré du devoir d’assistance au mourant. Il allait se sentir délivré du jugement de son père.

Lors de l’enterrement, les amis de M. Kiràlyi dirent à Christian que son père l’aimait. Christian aurait voulu que son père le lui dise. Coralie fut déçue car Gabor passa beaucoup de temps avec sa mère, son frère et le cercle de son père.

Gabor trouva dans les archives de son père les faux certificats de baptême que des prêtres slovaques avaient rempli moyennant des dollars pour que M. Kiràlyi et sa femme soient sauvés. Mme Kiràlyi vendit l’appartement et se retira à la campagne. Gabor quitta Coralie à la joie de Christian.

Christian passa son permis et se rapprocha encore plus de son frère ce qui mit Coralie en rage. Elle lança une procédure de divorce revancharde Gabor fut défendu par un de ses amis qui était avocat. Il le fit gratuitement alors que l’avocat de Coralie réclamait ses honoraires comme une poule de luxe.

Alors le père de Coralie proposa une transaction. Coralie s’écroula sans lutter.

X

Johnny Newman était retourné vivre aux Etats-Unis pour travailler pour Disney. Il invita Christian à Los Angeles pour devenir assistant réalisateur sur un film qu’il préparait sur le Montparnasse des années 30. Christian trouva qu’Hollywood était un mélange d’architectures factices. Newman avait tout prévu pour lui faire plaisir. Il l’emmena à Disneyland en compagnie de Ruth, une poétesse juive de 25 ans.

Christian coucha avec Ruth le soir même.

Le film de Newman n’était pas encore financé. Christian étudia le story-board.

Pessah approchait et Newman tint sa promesse. Il invita Christian à passer le Seder à Beverly Hills chez un ami scénariste succès. Christian fut accueilli par le scénariste et sa famille. Il porta  une kippa brodée. Le scénariste lui expliqua tous les symboles du Seder. Quand on lui expliqua qu’on ouvrait la fenêtre afin de signifier que tout pauvre était le bienvenu  et invité à partager le repas, Christian imagina un noir jeune et sympathique apparaissant à la fenêtre après une escalade lançant un salut amical et se faisant mitrailler par les vigiles. Cela déclencha chez Christian un fou rire il demanda si  les kippas venaient de chez Gucci.

Newman était mortifié. Christian fut laissé seul dans le salon et il appela son frère en pcv. Il  lui raconta tout. Gabor lui dit qu’il devrait n’en avoir rien à foutre d’être juif. Christian n’était pas libéré de son père et en parlait à Ruth. Newman en voulait à Christian de son débordement. Christian se demanda si Newman n’avait pas incarné une figure paternelle de substitution.

Christian n’avait plus de père à combattre et donc besoin de personne pour le supplanter.

Le Seder raté avait entamé le prestige de Newman et la docilité de Christian. Ruth emmena Christian dans un restaurant français. Il choisit un vin cher. Le projet de film  s’éloignait, Ruth savait que Christian retournerait en France alors elle voulut établir un lien fort avec lui. Elle le présenta à son père, M. Bloom, gagman pour une star mondiale de cinéma. Bloom était sinistre. Chez lui les photos de la star et lui en retrait suintaient l’amertume.

De plus, Bloom était dur avec Ruth qui se retenait d’exploser. Christian eut droit à sa deuxième carpe farcie qu’il vomit comme la première. Bloom questionna Christian. Il voulait savoir si Ruth lui plaisait, ce qu’il faisait dans la vie  et s’il était religieux. Christian fut franc et avua ne pas avoir fait sa bar-mitsvah.

Alors Bloom le traita de faux juif. Mais Christian se défendit en accusant Bloom de ne pas avoir eu à souffrir comme ses parents et grands-parents. Il lui dit que les antisémites étaient moins regardants que Bloom quand il s’agissait de savoir qui était juif.

 

XI

Christian poursuivit l’interview de sa mère. Elle lui dit que son père avait changé quatre fois de nationalité. Il était né hongrois en 1911, il devint Tchécoslovaque en 1920, était redevenu Hongrois en 1938 puis Tchécoslovaque en 1947. Enfin, il avait été naturalisé français.

Il aurait donné sa vie pour ne pas être juif. Il était le juif affolé. Il avait été déporté en Sibérie par les Russes en tant qu’auxiliaire juif de l’armée hongroise qui combattait avec les Allemands.

Il avait creusé des tranchées pour les Allemands et les Hongrois comme un vrai prisonnier. Il avait décidé de déserter et on l’avait pris pour un fugitif pro allemand. Les Russes l’avaient pris avec ses autres camarades fugitifs. Les Russes raflaient des gens pour maintenir le même compte de prisonniers. M. Kiràlyi avait été déporté avec son frère et ils avaient été envoyés dans les mines d’amiante.

Le père de Christian avait été déporté avec 90 camarades. Il ne restait plus que lui, son frère et un troisième survivant pour faire le chemin de retour.

Il avait pu s’en sortir en couchant avec des femmes officiers du camp. Il avait pu aller à Budapest et avait appris que son autre frère et sa belle-sœur étaient morts à Auschwitz.

XII

Ruth avait voulu rattraper Christian mais il refusa de retourner avec elle alors elle pleura. Il alla dormir dans un hôtel et décida que désormais il serait seul à assumer ou non sa judéité. Du moins face aux juifs. Ce qu’il avait entrevu de la religion juive lui semblait plus astreignante encore que la pesante liturgie catholique.

L’hôtelier hongrois le réveilla le lendemain en lui téléphonant en hongrois. Déçu que Christian ne comprenne pas, l’hôtelier lui dit que c’était dommage car il allait lui faire une réduction. Christian revit Ruth quelques nuits et regagna la France. Il rapporta des dizaines de tee-shirts ornés de dessins humoristiques introuvables en France qu’il partagea avec Gabor.

Gabor prit soin de Christian plus sonné par son voyage qu’il ne l’admettait.

Il combla son découvert à la banque, l’invita souvent à dîner et l’engagea à reprendre la peinture. Christian était gêné mais Gabor le rappela ses largesses du quartier latin quelques années plus tôt. Pierre Thibert lui trouva un emploi pour une série de films sur la maintenance des avions de chasse.

Christian musela son antimilitariste et signa un contrat confidentiel-défense.

Bien sûr, Christian trahit ses engagements dès le premier soir lors d’un dîner avec Gabor et ses amis en leur décrivant les consignes de sécurité du siège éjectable du mirage F 1.

Gabor compensa le manque qu’il avait de son père en prenant sa suite. Il s’occupa de sa succession, de la maison de campagne, fréquenta le cercle de son père. Il interrogea sa mère sur les origines aristocratiques de M. Kiràlyi.

Mme Kiràlyi et ses fils se partagèrent les biens de M. Kiràlyi avant la vente de l’appartement.

Avec l’argent de la vente, Gabor décida de se loger. Christian voulut créer une galerie d’art. Il devint galeriste dans le 13e arrondissement avec ses toiles comme seule source d’exposition. Christian passa des semaines de désoeuvrement à guetter les amateurs en vain. Au bistro de la rue Bobillot, Christian apercevait le mythique Paul-Grimault mais il n’osa jamais s’approcher de sa table.

Gabor il s’était acheté une maison à Marne–la-coquette. Il y invita ses amis tous les week-ends pour des fêtes interminables. Gabor organisa un anniversaire géant pour ses 30 ans. Les femmes avaient enfin trouvé le chemin de l’eldorado des garçons. Christian ait l’amour avec Françoise, une ex copine de son frère tandis que Gabor avait jeté son dévolu sur Anne qui allait devenir sa femme.

Une semaine plus tard, Gabor emmena Anne sur l’île de Santorin et ils choisirent une date pour leur mariage.

XIII

Gabor avait fini par accepter le schéma familial ordinaire avec Anne et ses trois enfants tandis que Christian n’était intéressé que par les conquêtes et pas par les liaisons. Pourtant Gabor songea au divorce mais voulut avoir l’avis de sa mère.

Gabor trouvait Anne trop sage et sans aspérités. Puis Gabor avait rencontré Zoé et en était tombé amoureux. Zoé était plus jeune que lui. Mme Kiràlyi était proche d’Anne depuis qu’elle l’avait rendue grand-mère. Gabor aspirait inconsciemment à être découvert pour être poussé au divorce sans avoir à le décider. Il cèderait sur tout à Anne sauf sur le droit de visite aux enfants.

Il avait délaissé ses amis pour fréquenter ceux de Zoé. Gabor trouva Christian chez sa mère. Surpris, il ne savait pas que Christian interviewait Mme Kiràlyi. Christian lui avoua tour. Ils parlèrent de la judéité. Gabor ne s’était pas senti  juif et personne dans sa jeunesse ne l’avait traité de sale juif. La judéité n’avait été qu’un poids et une sourde malheur pour ses parents. Gabor acceptait les avantages de la judéité dans les affaires mais jamais il n’avait assisté à une bar-mitsvah. Il trouvait que Christian en faisait trop.

Gabor dit à Christian qu’il n’était pas plus juif que lui. Il trouvait que Christian courait après cette identité. Christian lui répondit qu’il n’était pas plus  hongrois que lui. Selon Christian, le goût de Gabor pour la Hongrie était un snobisme sans profits.

Christian pensait que son père ne l’aimait pas car Christian lui rappelait la part pénible de ses origines. Gabor lui dit que  leur père les avait aimés autant-l’un que l’autre. Gabor cachait à son frère que  sa condition de juif potentiel lui faisait peur et qu’il fuyait les occasions de se faire désigner comme tel. Alors que pour Christian il était plutôt chic d’en être.

Christian avait vendu sa galerie à Franck Benchetrit. En visitant sa galerie, Benchetrit avait vu un tableau que Christian avait peint d’après une toile remarquée chez Goldenberg.

Benchetrit avait demandé si l’auteur de la toile était juif Karel trouvé ça très beau. Alors Christian avait avoué qu’il en était l’auteur. Ils sympathisèrent. Frank était né en France, de parents rapatriés d’Algérie. Il affichait un judaïsme confiant mais restait vigilant.

Franck monta un vidéo-club  et laissa une place pour Christian et ses toiles. Franck lui présenta ses amis et il leur raconta son histoire et expliqua l’ignorance de la religion dans laquelle on l’avait tenu.

Franck et ses amis  plaignirent Christian et jugèrent son père. Dès lors, les conversations entre Christian et Franck furent plus tendues mais plus sincères. Franck voyait des antisémites en tout contradicteur.

Christian trouva que le vidéo-club n’avait plus sa place dans sa galerie et la remit en vente.

En trois ans, Christian n’avait vendu que cinq toiles dont une  à Pierre Thibert et une à Gabor. Malgré tout, Christian et Franck restèrent amis. Avec l’argent de la vente de la galerie, Christian acheta l’appartement qu’il louait.

Gabor se leva tôt et tua un vieux brocard. C’était décidé, il divorçait.

XIV

Le 10 mai 1981, Mitterrand fut élu président. Gabor et Christian ne parvinrent pas à s’en réjouir surtout avec l’entrée de quatre communistes au gouvernement.

Anne était enceinte et  trouvait  l’avenir radieux. Gabor et Christian voulurent partager avec elle les leçons antisoviétiques de leur père. Elle leur dit que Georges Marchais n’était pas Brejnev. Mme Kiràlyi se préparait au pire, soulagée que son mari n’ait pas vécu pour voir le désastre. Il avait voulu partir aux Etats-unis ou l’Afrique du nord pour interposer au moins une mer entre lui et Staline.

Miklos naquit à l’automne. Christian était loin de vouloir imiter son frère et bondissait de bluettes en historiettes avec un goût prononcé pour les belles étrangères.

Christian fut emmené contre son gré à l’église pour devenir parrain de Miklos  alors qu’il avait refusé car il était devenu sincèrement athée. Gabor faisait une déclaration d’amour à son frère en le nommant parrain mais Christian ne l’entendait pas.

Ruth envoya ses amis en France pour voir Christian. Il les conquit toutes. Mais à l’approche des déclarations définitives, il devenait distant et ombrageux. Elles repartaient malheureuses et déçues. Il n’en retint aucune car elles étaient incapables de retirer leurs lunettes à voir les Français en rose. Après la naissance de Miklos, les copains de Gabor ne pouvaient plus faire la fête chez lui.

Ils allèrent chez Christian pour des parties de poker. Christian avait trouvé un travail grâce à Pierre Thibert et il était ravi d’accueillir les copains de Gabor.

Le parti communiste faiblit et l’anxiété de Gabor et Christian s’atténua. La France resta démocratique. Gabor photographiait Miklos. Mme Kiràlyi vantait la beauté de son petit-fils. Elle allait à Marne-la-Coquette pour le voir. Christian se sentait délaissé par sa mère et lui reprocha des années plus tard.

Christian voulut reprendre la peinture mais l’inspiration ne vint pas. Philippe, un ami d’enfance lui téléphona pour lui acheter une reproduction que Christian avait dessinée de l’affiche du Chien andalou. Mais en voyant le dessin, Philippe fut déçu. La franchise de Philippe fut le catalyseur d’une amitié indestructible.

Philippe était juif d’origine polonaise. Il était aussi peu juif que Christian en réalité. La  femme de Philippe accueillit Christian avec gentillesse. Elle s’appelait Catherine et dirigeait un institut de pédopsychiatrie. Gabor décida d’investir dans la société de conseil patrimonial que constituait son ami Gégé. Pour les démarches, il dut refaire sa carte d’identité périmée. La police lui demanda de prouver sa nationalité française car il était né de parents étrangers. Il s’énerva contre l’agent antillais qui lui avait demandé de prouver sa nationalité. Gabor fut obligé de trouver les documents prouvant la naturalisation de ses parents et la sienne.

Ainsi, Gabor put rester français.

Le père de Philippe mourut sans prévenir.

Christian fut invité à l’enterrement. C’était un enterrement juif. Christian ne put s’empêcher de comparer cet enterrement avec celui de son père qui était catholique. Christian put assister au kaddish, prière qui ne peut être récitée qu’en présence d’un Minyan, assemblée d’au -10 hommes ayant atteint leur majorité religieuse. Christian fut donc convié à la prière. Philippe l’étreignit et le remercia. Christian avait accompli sa première action assumée en tant que juif.

XV

Christian récupéra, chez une secrétaire de la production où il travaillait, les transcriptions de l’interview de sa mère. Il y avait 86 feuillets. Cela lui coûta 6500 FRF mais il ne le regretta pas. La secrétaire lui dit que c’était très émouvant ce que sa maman lui avait raconté. Elle lut un passage qui l’avait marquée. Christian était décontenancé. L’histoire de sa mère devenait l’Histoire.

La secrétaire approcha doucement son visage de celui de Christian et lui dit qu’elle n’avait jamais fait l’amour avec un juif. Christian fut ravi de lui rendre ce service. Gabor avait donné rendez-vous à Zoé chez Christian. Il allait lui annoncer qu’il divorcerait pour être tout à fait avec elle mais elle avait peur.

Elle l’aimait mais elle ne se voyait pas à 40 ans avec un homme de 70 ans et voulait donner un père à ses futurs enfants, pas un papy. Elle voulut faire l’amour une dernière fois avec lui et se donna entièrement. Après, elle demanda si lui et Christian étaient juifs. Gabor répondit que son frère l’était peut-être mais pas lui. Puis elle partit et il pleura.

XVI

Christian fut parrain pour la troisième fois. Il se sentait complice d’une seule Mani de son frère. Il était venu avec Sarah, sa compagne depuis un an. Mme Kiràlyi l’adorait car elle était gentille et cultivée. Christian l’avait rencontrée lors de l’enregistrement des dialogues d’un dessin animé. Un an plus tard, ils avaient conservé leur appartement respectif et s’autorisait des périodes d’éloignement qui tempéraient les craintes du vieux célibataire et ranimaient le désir de Sarah. Elle n’était pas juive, malgré son prénom, ce qui lui attira la sympathie de Gabor. Gabor espérait qu’elle aurait raison des lubies sémitisantes de son petit frère. Christian était allé voir Shoah seul.

Il avait été gêné par la trop grande présence de Claude Lanzmann à l’image et que l’engagement de réserve esthétique devant la mémoire des faits n’était pas tenu.

Il fut choqué par l’assistance de Lanzmann auprès de Abraham Bomba, un des rares survivants à avoir connu les chambres à gaz où il coupait les cheveux des femmes avant qu’elles soient gazées.

Au nom de quelle cause pouvait-on infliger un tel supplice à un être déjà ravagé ?

Gabor et Christian voulurent éditer un livre. Gabor publierait et Christian écrirait et dessinerait. Le titre serait les Aventures édifiantes de super Gypsy et super Hébreu au pays des gens.

Les deux héros parcouraient le monde à la recherche de Dame Justice. Ils n’arrivèrent pas à s’entendre sur l’histoire et les dessins. Sarah voulait un enfant et Christian sentant le piège la quitta.

Il s’amouracha d’une russe, Macha. Il la présenta à sa mère.

XVII

La chute de l’URSS et du mur de Berlin furent un délice politique pour Gabor et Christian. Christian avait rompu avec Macha mais ils étaient restés amis.

Le livre de Christian et Gabor moisissait par milliers d’exemplaires dans  la cave de Gabor.

Il n’avait pas été distribué. Gabor croyait pourtant au talent de Christian. Il épongeait secrètement les découverts de son frère et diffusait ses toiles auprès de ses accointances professionnelles dans l’espoir de lui créer un réseau de collectionneurs.

Christian réalisa des séries d’animations. Gabor en profita pour procurer dessins et autographes de son frère à ses connaissances. Christian ne détestait pas répondre à l’admiration des enfants et la curiosité des adultes. Il travailla pour Arte sur un film à partir de photos en mouvement sur la Shoah.

Christian ne supportait pas les mots holocauste et Shoah. Holocauste ne convenait pas car les juifs n’avais pas été sacrifiés pour honorer une quelconque puissance divine. Et Shoah c’était la dénomination en hébreu donc l’appropriation du crime par ses survivants et pour Christian c’était une malsaine légitimation. Pour lui, le seul intitulé incontestable était celui des nazis « solution finale de la question juive ».

Gabor démissionna de la banque pour rejoindre Bernard et sa société naissante de communication financière.

Anne et Mme Kiràlyi, étaient inquiètes mais son enthousiasme lui procurait du plaisir et elles ne voulurent pas entraver sa course à la liberté.

Gabor appela sa société Finanpub. Ils attendirent un an avant de rendre leurs locaux présentables. Ils organisèrent une soirée promotionnelle. Gabor perdit toutes ses économies et Finanpub déposa le bilan. Il il était  ruiné et sa famille ne le savais pas.

Il ne se confia qu’à Christian.

Christian accepta de l’aider.

XVIII

Christian conseilla Gabor après le départ de Zoé. Il avait réussi à rebondir après Finanpub mais l’échec avec  Zoé l’avait assommé.

Anne se doutait qu’elle avait une rivale. Elle était soulagée que ce soit fini. Elle reprendrait Gabor sans rien dire car elle l’aimait follement. Christian relut la transcription de l’interview de sa mère. Elle évoquait une lettre qu’elle avait reçue d’une rescapée des camps qui avait été proche de sa mère jusqu’au dernier jour de sa vie.

Cette rescapée habitait à Komarom en Hongrie située Mme Kiràlyi dialogue. Elle apprit que ses parents avaient été séparés avant d’arriver aux camps et qu’ils ne s’étaient jamais revus. Mme Kiràlyi n’avait jamais supporté la moindre image des camps. Mais elle était allée voir la Liste de Schindler. Juste après, elle avait appelé Christian pour qu’il l’aide à savoir comment avait fini ses parents.

Sa mère était à Ravensbrück. Son père à Flossebürg. Elle avait tenté de survivre pour revoir son mari.

XIX

Gabor s’était refait. Il avait le revanche partageuse. Il invita ses amis au restaurant et alla voir Eric Clapton, Mark Knopfler et d’autres guitaristes avec Christian.

Un soir, après un concert de Santana, ils revirent Brigitte, une copine de ciné-club de Christian.

Ils se revirent. Il découvrit qu’elle était juive et écrivait un livre sur sa famille pendant la déportation. Elle voulut rentrer avec lui mais il la prévint qu’il avait un film à regarder. Il préparait un film sur la déportation. Il regarda Génocide commenté par Elizabeth Taylor et Orson Welles avec Brigitte. Ensuite, ils firent l’amour.

Elle lui dit que ça lui faisait toujours ça compte le voyais des images sur les camps. Christian eut peur et il évita de la revoir. Gabor voulait que Christian se marie et ait des enfants mais Christian n’aimait pas les enfants en général. En le poussant à se ranger, Gabor espérait dissiper ses propres doutes sur son métier, son couple et l’éducation de ses fils.

Christian se rappela la promesse qu’il avait faite lors du baptême de Miklos. Alors il le dévoya car ils le trouvait trop exemplaire. Il lui raconta la jeunesse de Gabor avec nanas, bitures et déconnages. Miklos répéta tout à ses frères. Gabor devint un héros pour ses fils.

Gabor décida d’emmener sa famille en Hongrie. Il proposa à Christian de les accompagner mais Christian partait en Israël avec Philippe.

XX

Christian, Philippe Catherine furent longtemps interrogés avant de partir par un agent de la compagnie aérienne. C’était pour démasquer les terroristes. L’avion décolla avec 2h00 de retard pour raisons de sécurité.

Christian et Philippe parlérent de leurs pères partis de leur pays d’origine pour rejoindre la France, des hommes de la diaspora.

A Tel-Aviv, le guide leur fit une allocution patriotique. Christian et ses amis furent méfiants. Christian et Philippe se promenèrent. Ils étaient intimidés. Israël leur filait entre les doigts.

Pendant ce temps, Gabor et sa famille étaient en Tchéquie puis en Slovaquie. Gabor voulait montrer à sa femme et à ses enfants le palais dont ils avaient été dépossédés et qu’en secret il imaginait réclamer bientôt au nouveau gouvernement.

Mais la grande demeure avait perdu de son attrait. Gabor insista pour aller au cimetière. La plaque de marbre avait disparu de la sépulture vide de ses grands-parents. Le nationalisme slovaque rejetait les Hongrois.

Christian et ses amis visitèrent Jérusalem. Leur guide s’appelait Chava. A Jérusalem, des touristes avaient été tués par des terroristes. On n’était à l’abri nulle part. Chaque visage arabisant croisé dans la foule suggérait le danger, la peur et la méfiance.

Ils visitèrent le saint-sépulcre, le quartier juif, le mur des lamentations. Si dieu voulait se manifester, c’était le moment mais il resta coi, comme toujours.

Philippe et Christian laissèrent un message dans le mur. Le vœu de Christian était que Brigitte trouve un éditeur. Ils faillirent se perdre en retour et Christian s’énerva contre Philippe. Christian sen voulut d’avoir cédé à cette méfiance anti-arabe. Le soir, les pédopsychiatres qui avaient fait le voyage avec Catherine vitupérèrent la paresse et la jalousie palestiniennes.

Mais Christian pensait qu’en 1947 le partage des terres avait été inégal. Il s’opposa à eux en disant qu’Israël aurait pu être créé en Bavière. Il aurait été préférable d’expulser les tortionnaires allemands plutôt que des Arabes qui n’étaient pas responsables du génocide.

Philippe défendit Christian en disant qu’il ne se sentait pas sioniste. Christian admonesta les pédopsychiatres sionistes en disant que ce que sa famille avait subi ne leur donnait aucun droit et il s’en alla.

Gabor était enthousiaste en voyant que les symboles soviétiques avaient été éliminés à Budapest. Il regrettait l’absence de son frère. Il se demanda s’il avait rencontré Super- Hébreu à Jérusalem. Après être allés au restaurant, ils couchèrent les enfants et finirent la nuit dans une boîte recommandée par le concierge. Ils y virent une strip-teaseuse qui s’amusait avec un godemichet. Anne et Gabor se demandèrent se qu’était devenue la Hongrie. Gabor pensait qu’elle n’avait pas résisté au communisme qui l’avait laissée inculte et matérialiste à la merci de l’occident puis ils rentrèrent à l’hôtel et  firent l’amour pour la première fois depuis des mois. Anne tomba enceinte  mais elle ne dit rien à Gabor. Elle avorta ne se voyant pas à élever un tardillon condamné à se prénommer Attila.

Les collègues de Catherine se méfièrent de Christian. Ils n’appréciaient pas son attitude. Ils visitèrent le Yad vashem. Christian comprit que son malaise venait de l’hostilité qu’il avait à l’endroit du sionisme qui garantissait la citoyenneté à n’importe quel immigrant juif.

Les critères de judéité établis par Israël étaient les critères antisémites inversés et faisaient d’Israël un Etat raciale ou raciste.

XXI

Christian revit Pauline puis Saïda qui travaillaient dans la traduction de dialogue de film. En couchant avec une Arabe, il cherchait sans se l’avouer à se défaire d’une diffuse culpabilité rapportée de Jérusalem.

Elle s’en rendit compte et leur relation s’arrêta. Gabor eut un malaise cardiaque. Christian eut peur de le perdre. Il pensait que c’était suite au départ de Zoé et il s’en voulait de n’avoir pas empêché cette relation vouée à l’échec.

Gabor survécu. Christian alla le voir à l’hôpital. Ils n’osèrent pas parler de la peur qu’ils avaient eue. Christian demanda à Gabor s’il savait pourquoi ses parents l’avaient prénommé Christian. Gabor répondit que M. Kiralyi avait pensé que c’était une précaution de plus.

Christian appela Pauline pour la rassurer. Puis il  raconta la fameuse blague « pourquoi les coiffeurs » qu’il n’avait jamais réussi à raconter à son frère et Gabor rit.