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Avant-propos…

Une rencontre mal commencée et qui allait durer 13 ans…

Robert Toutan a travaillé 50 ans dans le showbiz et ne peut passer inaperçu même dans les provinces les plus profondes. Il veut livrer une autre image de Joe Dassin et surtout avec son véritable visage, sous un aspect sans doute bien différent de tout ce qui a été écrit sur lui jusqu'à maintenant.

Robert Toutan brocarde d'entrée Dassin en affirmant que : « la magie Dassin c'est certainement cela, des mélodies populaires faciles à retenir et, il faut quand même bien l'avouer pour certaines de ses chansons, des textes qui n'étaient pas toujours de très grande qualité ».

Toutan a commencé à travailler dans le monde du disque en 1962. Il était attaché de presse. En 1967, il venait d'être vidé de chez Decca-RCA. Il fut engagé par CBS France à l'essai pour trois mois.

Avant cela, il avait entrevu Dassin très rarement sur des plateaux de télé. Il était alors une vedette montante mais pas encore un vendeur de disques. CBS ne pouvait alors s'enorgueillir avec lui que de « flops commerciaux à répétition » et cela au grand désespoir de toute sa nouvelle équipe qui avait misé sur lui avec beaucoup d'intuition. Toutan allait le rencontrer le 17 octobre 1967 alors il se renseigna sur lui auprès de ses collègues du service de promotion de CBS, toutes des femmes. Elles n'étaient pas très tendres le concernant, car il passait pour assez peu aimable et peu sociable et surtout éternellement insatisfait du travail fait autour de son nom.

Difficile de s'appeler Dassin, avec comme père un illustre metteur en scène états-unien.

Sa femme Maryse disait, qu'à cette époque, Joe était remonté comme une pendule contre CBS et tous ses collaborateurs. Toutan pense que Dassin avait déjà un peu la « grosse tête ». Les collègues de Toutan disaient qu'il allait devoir se coltiner Dassin et que seule Maryse pourrait être son alliée pour l'amadouer.

Cependant, Toutan avait très envie de faire sa connaissance. Il devait rencontrer Dassin le 1er octobre sur la deuxième chaîne de l'ORTF dans un minuscule studio à Issy-les-Moulineaux. Il le rencontra dans sa loge. Il se trouva face à un homme mal à l'aise en raison d'un strabisme plus que voyant, qui le gênait tout autant que lui. C'était une hantise pour Dassin et Toutan était obligé de demander au réalisateur d'éviter des gros plans peu avantageux. Dassin l'accueillit en lui disant : « j'espère que vous ferez mieux que les deux précédents, sinon, je vous assure que vous ne ferez pas de vieux os chez CBS et que je vous ferai virer comme les autres ». Toutan dénigre Dassin en affirmant qu'il y avait chez lui un côté parfaitement imbu de son éminente personne, un genre coincé avec un manque d'humour certain.

Toutan a même des préjugés sur les États-Uniens en disant qu'ils ont tous envers les Européens cette supériorité qui les rende persuadés d'être les meilleurs et pour qu’ils vous acceptent et vous respectent, nous devons leur montrer leur prouver d'être également et toujours les meilleurs, sinon ils vous éjectent sans aucune concession.

D'après Toutan, les gens du métier disaient que Dassin était odieux, faussement aimable, que ce n'était pas un vrai gentil et que malgré ses sourires forcés il ne trompait personne.

Ce jour-là, Dassin voulait chanter trois chansons et non deux sinon il s'en irait sans chanter. Mais le producteur André Maurice accepta qu'il parte. Alors Toutan le persuada de rester en lui promettant qu'il aurait toujours la meilleure place dans les émissions où il se produirait. Toutan lui conseilla de s'excuser auprès d'André Maurice, ce qu'il fit. Dassin dit à Maryse qui ne comprenait pas pour moi CBS avait engagé Toutan et qu'il lui trouvai un air efféminé.

Toutan se contredit en affirmant que cette première rencontre allait être le début d'une collaboration unique, sans jamais la moindre crise ni le moindre nuage, même dans les périodes les plus difficiles de sa carrière et de sa vie privée.

Cette contradiction, il la souligne en avouant que lui et Dassin n'ont jamais été tous les deux des amis.

À New York, un vendredi 5 novembre 1938.

Béatrice Dassin née Launer, la mère de Joe, était violoniste. D'origine hongroise et épouse de Jules Dassin, d'origine russe et de confession juive qui allait devenir réalisateur. Joe avait deux soeurs Richelle, née en 1940 et Julie née en 1944.

Les Dassin quittent New York pour Los Angeles après le début de la seconde guerre mondiale. Ils y resteront jusqu'en 1949. Ils devront quitter les États-Unis à cause de McCarthy car Jules Dassin était sympathisant communiste.

Les Dassin s'installent à Paris en 1950. Joe changera 11 fois d'école. Il obtient son bac à 16 ans à Grenoble. Malgré le fait qu'il ait souvent dit dans différentes interviews ne plus se sentir États-Unien, Toutan pense que Dassin est toujours resté unYankee pur et dur. Pour lui, Joe était un homme peu ouvert, terriblement angoissé et constamment bouffé d'inquiétudes.

Jules et Béa se séparent en 1954. C'est le premier drame de la vie de Joe.

Jules Dassin a rencontré Mélina Mercouri au festival de Cannes.

Toutan souligne que Joe fera comme son père en quittant Maryse sans se poser la moindre question. Joe dira que sa mère est la femme de sa vie. Il retourne aux États-Unis pour ses études.

Il étudie l'ethnologie à l'université d'Ann Arbor, à Détroit.

Il rencontre des Français avec lesquels il chante du Brassens.

Faisant croire aux jeunes étudiants États-Uniens que c'est du folklore français. Il paye ses études qui dureront six ans en faisant des petits boulots. Il commence à écrire des nouvelles en espérant devenir écrivain ou journaliste.

Jamais il ne pensera devenir chanteur à cette époque. Il est réformé au service militaire à cause d'un souffle au coeur.

1962, Joe a 24 ans et il a terminé son doctorat d'ethnologie. Il retourne en Europe pour assister son père sur Topkapi.

Toutan continue de dénigrer Dassin en avouant n'avoir jamais été « séduit » par son physique. Il lui trouvait un côté « cow-boy intellectuel ». Toutan dénigre le physique de Dassin mais aussi son intelligence en affirmant qu'il était fort érudit mais pas forcément intelligent. Sinon, il aurait probablement évité bien des problèmes.

Maryse Massiera, la rencontre !

Berkley organise une soirée le 15 décembre 1963 pour fêter le film « Un monde de fou fou ». Cela se passe dans le restaurant le pavillon d'Armenonville au bois de Boulogne.

C'est une soirée costumée. Joe est déguisé en pirate, grimé par l'une des plus fameuses maquilleuses du cinéma états-unien. Maryse est déguisée en Jeanne-d'Arc.

Elle n'a qu'une envie : s'éclater. C'est une copine qui l'avait forcée à aller à cette soirée. Maryse est séduite par le Joe. Elle quitte aussitôt son compagnon de l'époque sans le moindre état d'âme pour Joe. Après une soirée dans un lieu élégant de la région parisienne choisi par Joe, ils décident de vivre ensemble. Il écrit des nouvelles pour le New Yorker. Il est assistant sur les films de son père et joue dans « What’s new Pussycat » de Clive Donner.

Joe et Maryse habitent pendant un an sous le toit de Béa.

Maryse est tout de suite acceptée par Béa qui comprend que cette jolie française apportera à son fils le même amour qu'elle lui consacre depuis sa naissance.

Joe et Maryse décident d'habiter à Saint-Germain-des-Prés au 218 boulevards Raspail.

Nous sommes en 1964. C'est alors que la fée du showbiz va bientôt se pencher sur lui, sous les apparences de la meilleure amie d'enfance de Maryse.

Premier cadeau de Maryse, un disque pour son futur époux !

L'amie de Maryse, c'est Catherine Régnier sera jusqu'à la fin des années 1980 une tête incontournable de ce métier. Elle avait une forte personnalité, à la fois sensible et redoutable quand elle le voulait.

En 1964, elle est secrétaire chez CBS. Les seuls disques de CBS qui la passionnèrent furent les premiers de Barbara Stresand et de Bob Dylan, aucune signature française n'était prévue par la nouvelle direction. Un jour, Maryse fait écouter à Catherine une bande sur laquelle est enregistré «Freight train » chanté par Joe. Pour convaincre Joe de tenter sa chance comme chanteur, Maryse utilise un moyen détourné. Elle demande à Catherine de transformer la bande en un disque qu'elle offrira à Joe pour ses 26 ans.

Catherine remue immédiatement la direction artistique de CBS pour faire écouter sa découverte.

Le fait que l'on s'intéresse à lui a beaucoup pesé pour que Joe accepte de rencontrer les dirigeants de sa future maison de disques.

Les premiers bides et les premiers mini-succès.

Deux mois après son anniversaire, Joe entrait pour la première fois de sa vie en studio. Il allait devenir la première signature française de CBS à qui il devait rapporter une véritable fortune.

Mais à ce moment-là, il eut peu de moyens pour son premier super 45 tours de quatre titres. Malgré le fait d'avoir été mis dans les mains d'un jeune auteur-compositeur talentueux, Jean-Michel Rivat, le résultat se concrétisa par le premier bide de sa vie.

Rivat adapta sous le titre de « je change un peu de vent », «Freight train » et aussi «Wanted man » qui devint « ce n'est pas une fille ».

C'était un disque fait trop rapidement et mal enregistré avec l'orchestre d'un certain Oswald d'Andréa. Le disque sera édité en février 1965. Joe dira de lui qu'il avait accouché d'un enfant qu'il n'aurait jamais voulu voir naître. Les radios boudèrent le disque. Cette indifférence laissa Joe honteux et furieux envers ceux qui l'avaient pris sous contrat sans qu'il ne le souhaite vraiment et qui, d'après lui, étaient tous des incapables. Seule Monique Le Marcis, de RTL avait cru en lui.

Monique Le Marcis entra à Radio Luxembourg en 1959 comme secrétaire. Elle devint assistante du directeur des variétés, Roger Kreicher. Elle était la meilleure fan de Joe. Elle n'avait qu’une parole et ne manquait jamais de tendre la main à qui avait besoin d'aide. De tous les artistes qu'elle aida et découvrit, Joe Dassin et Julio Iglesias furent et restèrent ses préférés.

Elle était toujours la première à écouter les nouveaux titres de Joe, à lui donner son avis, simplement comme une amie fidèle, sachant le persuader de mettre telle chanson en avant plutôt qu'une autre.

Elle le fera engager comme présentateur de RTL en 1966 pour une série intitulée « Western story ».

Elle l'avait fait pour lui remonter le moral car elle croyait en lui dur comme fer. Elle était sous son charme dès leur première rencontre. Joe ne cessera de répéter ce qu'il lui devait.

Joe ne voulait pas passer pour un perdant aux yeux de ses parents et de sa future femme alors il se battit pour prouver CBS que tout pour lui ne faisait que commencer.

Il sort un deuxième super 45 tours toujours écrit par Rivat mais c'est un nouveau bide. Joe pense que si rien ne va plus, c'est dû en grande partie à l'inconsistance de l'équipe de CBS.

M. le président Jacques Souplet…

Les patrons états-uniens de CBS voyaient d'un très mauvais oeil l'insignifiance des résultats obtenus par les dirigeants de Paris.

Ils engagèrent venant de chez Barclay un nouveau président. C'était Jacques Souplet. Avec lui, CBS deviendra la plus grande des sociétés discographiques françaises. Il était sec avec un sens de l'humour pas très développé.

C'est lui qui engagea Robert Toutan. Il croit en Joe et souhaite le rencontrer. Il va lui donner les moyens de réussir. Joe songeait à ne plus chanter mais accepta l'offre de Souplet.

Rivat et Thomas sont chargés d'écrire au moins deux tubes pour le troisième super 45 tours. Il y aura Guantanamera mais surtout Bip Bip son premier vrai succès.

Catherine Régnier, qui vient de partir chez Barclay et Maryse sont fières de lui. Avant la fin de l'année 1965 Joe doit accepter le projet de Souplet de lui faire rencontrer Jacques Plait et de se marier avec Maryse.

 1966, les deux mariages de Joe Dassin.

Le mariage de Joe et Maryse se déroule sans même sa famille car Joe n'apprécie guère la rupture de ses parents et ne souhaite pas avoir réunis près de sa mère, son père avec Mélina Mercouri. Il n'y aura pas grand monde à ce mariage. Même Catherine Régnier ne fera pas partie de la fête.

Seul Rivat sera des invités.

Le deuxième mariage de Joe sera son alliance avec Jacques Plait qui va devenir son producteur. Joe accepte un déjeuner avec lui. Plait lui explique qu'il aime le jazz, qu'il a dirigé pour la France la marque Capitol, la « maison-mère » de Dean Martin et Nat King Cole.

En France, il a travaillé avec Hallyday et Gainsbourg. Cela rassure Joe qui se sent très seul depuis ses débuts.

Jacques Plait ne lui passera jamais rien. Ils se respecteront, même quand ils ne seront pas du même avis.

Et Jacques Plait créa Joe Dassin !

Jacques Plait est un personnage avec une très forte personnalité, qui réfléchit beaucoup, nerveux, sec, imprévisible aussi dans ses réactions.

Toutan n'a jamais très bien cerné Dassin qu'il jugeait très introverti, et malgré toutes les années passées auprès de lui, il ne peut pas dire encore s’il l'a vraiment vu une seule fois se lâcher pleinement.

Jacques était tout le contraire et cela ne pouvait qu'arranger les contacts avec sa vedette. Dassin n'avait pas bon caractère et avec le succès cela ne fera qu'empirer au fil des années.

Toutan pense que sans Plait et Maryse, Dassin serait sans doute très vite retourné, malgré tout son talent, à ses premières études en ethnologie.

Joe a beaucoup de mal sur le plan vestimentaire à oublier le look BCBG fait pour aller au bureau traiter des affaires mais pas pour affronter les caméras de télévision, alors que Claude François y scintille de 1000 feux en satin rose ou bleu et paillettes. Sur ce plan-là ce sera Maryse qui se chargera de tout. CBS demande un nouveau super 45 tours. Jacques surveille tout ce qui vient des États-Unis. Il trouve deux titres qu'il fait adapter par Rivat. Ce sera « Ca m'avance à quoi » et « Comme la lune ». Les deux autres titres du super 45 tours tomberont dans l'oubli.

Plait remplace Oswald d'Andréa par Johnny Arthey. La promotion démarre à tout-va sur les radios mais curieusement ça ne bouge pas beaucoup en télévision. Seul Jean-Christophe Averty s'amuse à faire de véritables mises en scène en disséquant couplets et refrains des chansons de Joe. Jacques Souplet harcèle tous les départements de CBS qui sont mis sous pression pour faire absolument de Dassin la vedette maison. CBS demande un album qui est enregistré à New York à cause d'une grève des musiciens en France et en Angleterre.

Le premier album s'appelle donc Joe Dassin à New York.

1967 : Tagada Tagada voilà les Dalton…

Début 1967, Dassin remet les trophées du Midem à Cannes. Il présente le gala mais n'y chante pas. Il s'en tire à merveille et en deux langues. Charley Marouani est présent dans la salle. Il cherche un chanteur pour la première partie de la tournée d'Adamo.

Dassin accepte. C'est durant cette première tournée que Joe fera la connaissance de Georges Olivier qui par la suite deviendra l'organisateur fidèle de tous ses galas.

Charley Marouani devient son imprésario. Marouani engage Pierre Lumbroso comme régisseur attitré de l'artiste.

Joe est heureux de découvrir que le public de province connaît et chante avec lui quelques-unes de ses chansons. Il dira plus tard dans toutes ses interviews que c'est sur scène qu'il avait réellement conscience d'être un artiste complet.

Pour le nouveau 45 tours, Plait se souvient que Joe, pendant le Midem, lui a fait écouter une chanson qu'il a écrite avec Thomas et Rivat et qu'il destine à Henri Salvador car il la trouve trop comique et indigne pour figurer à son propre répertoire. Plait persuade Joe de l'enregistrer malgré le refus de Dassin.

C'est ainsi connaîtra son premier succès populaire : les Dalton.

Jacques Plait deviendra lui aussi, avec cette chanson, une figure légendaire pour le public, car il sera la voix du shérif et son image à la télévision et dans le premier scopiton de Joe.

Joe rencontre Claude Lemesle qui écrira pour le Joe jusqu'à la fin de sa vie de nombreux titres à succès.

Les Dalton est le succès de l'été à la radio mais les ventes ne sont pas encore à la hauteur car Joe passe peu à la télé. Joe menace de rompre son contrat avec CBS si rien ne s'améliore en ce sens.

Il invective le responsable du service de promotion, Christian Deffe et se le met à dos. Dassin écrit Bébé requin pour France Gall plus habituée à chanter du Gainsbourg.

Toutan a dû souvent temporiser car Jacques Plait avait la tension artérielle qui montait facilement pour un rien et devant le moindre problème et Dassin piquait des colères dignes de stars hollywoodiennes.

L'attaché de presse télé, Jean-Claude Pellerin, fut viré. Toutan le remplaça. Il chercha à comprendre pourquoi les producteurs de télé ne portaient que peu d'intérêt à Joe.

Les émissions de variétés à la télévision étaient presque toutes produites par des femmes ou programmées par elles.

Comme grands producteurs, et il n'y avait que Guy Lux et Raymond Marcillac parmi les hommes. Mais leurs programmations étaient faites par Jacqueline Du Forest et Nanou Taddei.

Les productrices et programmatrices avouèrent que Joe ne faisait pas rêver comme Sacha Distel ou Claude François.

Joe devrait donc changer de look et être plus souriant et plus détendu.

Toutan ne le répète pas à Joe pour ne pas le blesser mais le dit à Jacques et à Maryse.

Jacques Plait voulait étoffer le répertoire de Joe. Joe avait une folle passion pour le blues. Alors Rivat adapta Ode to Billy Joe créée par Bobby Gentry. Ce sera la Marie-Jeanne. Ce titre ouvre les portes de Joe à la télévision.

1968, la révolution Dassin !

À partir de 1968, Dassin va connaître quatre ans de succès avec « La bande à Bonot », « Siffler sur la colline », « Ma bonne étoile », « Le petit pain au chocolat », « Les Champs-Élysées », « Le chemin de papa », « Cécilia », « l'Amérique », « La fleur aux dents ».

Puis il y aura un creux de la vague de 1972 à 1975. Ce seront ses tournées et ses présences régulières à la télé qui lui permettront de passer ce cap périlleux. Dassin rencontre Pierre Delanoë en 1968. Il lui écrit « Le petit pain au chocolat » et « Ma bonne étoile ».

En 1969, Joe abandonne Rivat et Thomas.

1968, c'est aussi une tournée au Québec. Malgré les efforts de CBS France auprès de sa direction de New York et quelques essais d'enregistrement en anglais, Joe ne percera pas aux États-Unis.

1969, sur le chemin des Champs-Élysées et celui du chemin de papa.

Le troisième album de Joe sort à l'été 1969. Delanoë adapte « Waterloo road » qui devient « Les Champs-Élysées ». Il écrit « Le chemin de papa » en hommage au père de Joe.

Épuisé par des jours et des nuits sans dormir, fumant et buvant plus qu'à l'accoutumée, Joe, fragilisé, est atteint d'une péricardite virale. Les médecins lui prescrivent deux mois de repos.

L'émission « Télé dimanche » accueille Joe en vedette et Guy Lux le reçoit dans le « Palmarès des chansons ».

« Les Champs-Élysées » feront presque le tour du monde. Joe l'enregistrera en italien, anglais, allemand.

Bruno Coquatrix programme Joe à l'Olympia en octobre 1969.

Ce sera un triomphe. Joe a un numéro de lasso en plein milieu des Dalton. Ce lasso lui avait été remis en cadeau pour sa grande assiduité par un maître états-unien de cet art qui lui avait appris, en peu de temps, à le manier et à ne jamais rater une prise.

Malgré son succès, Joe reste pour ceux qui l'approchent au jour le jour quelqu'un de pudique et maladivement secret, donnant à tout le métier l'image d'un homme trop réservé et mal dans sa peau.

Toutan ne dit plus que Joe était odieux mais au contraire courtois, poli, bien élevé devant les producteurs de télévision. Tous diront à Toutan avoir ressenti de Dassin une certaine retenue. Le fait de d'être en pleine lumière et adulé du public ne change pas grand-chose à la vie personnelle de Joe.

1977 : il était une fois « L'Amérique ».

Joe reçoit le « Grand prix du disque » de l'académie Charles Cros pour les Champs-Élysées. Il a traversé l'Europe avec cette chanson. Mais les États-Unis restent fermés à Joe. C'est peut-être pour ça que Delanoë adapte « Yellow river » qui devient « L'Amérique ».

Le père de Joe ne comprend pas pourquoi son fils veut glorifier les États-Unis qui l'ont meurtri. Joe lui explique vainement qu'il a voulu simplement faire un immense pied de nez à son pays d'origine qui ne souhaite pas le reconnaître en tant qu'artiste.

Joe réalise un doublé avec Cecilia, version française d'une chanson de Simon et Garfunkel. Claude Lemesle écrit son premier tube pour Joe en 1971. C'est « La fleur aux dents ». Si Jacques Plait avait le nez creux d'un bon découvreur de tubes, Joe par contre avait une fâcheuse tendance à se méfier de tout ce qui ne venait pas de lui ou par lui. Toutan pense que cela était dû sans doute un peu à son origine états-unienne.

De 1971 à 1975, Joe ne connaîtra plus le succès. Pour Toutan, Joe n'enregistre que des bluettes sans grande envergure hormis Salut les amoureux en 1973 et Si tu t'appelles mélancolie en 1974. Toutan pense que Sardou a fait de l'ombre à Joe. Joe continuera malgré tous les tournées et devient le favori des Carpentier à la télé.

Maryse Dassin ou Et si tu n'existais pas…

Maryse était surnommée « la grande Mme Dassin » par le métier. Elle avait un caractère bien trempé et avait résisté avec courage à toutes les épreuves. Mais elle a décidé de ne plus parler de Joe. Elle n'a rien à dire sur ses multiples déceptions, sur sa rupture, aucune opinion ni jugement non plus envers Christine, sa rivale, qui lui qui kidnappera son mari avec une habileté surprenante et fera tout pour essayer de lui ressembler.

Elle ne parle pas non plus des fils de Joe. Toutan pense que Joe Dassin n'aurait jamais été ce qu'il a été sans Maryse. Elle couvrait d'attention et de somptueux cadeaux tous ceux qui aidaient à faire connaître Joe. Joe avait besoin d'être rassuré alors Maryse l'accompagnait dans ses tournées et à la télé. Jacques Plait ne trouvait pas ça bon pour l'image de Joe qui était adulé par les femmes.

Alors Maryse dut rester la femme de l'ombre ne pas s'afficher avec son mari.

Elle s'occupait des costumes de Joe, lui faisait ses brushings, conduisait la Mercedes, servait de gardes du corps, de nounou et de secrétaire.

Maryse voulait un enfant mais Joe l'obligea à avorter plusieurs fois pour qu'elle puisse continuer à le suivre. Cela se fit d'un commun accord. Toutan pense que c'est cela qui causa la mort de leur enfant Joshua, né prématuré, en 1973.

Maryse, en couvant trop Joe, n'était plus une femme pour lui. C'est Christine qui poussa Joe à s'éclater enfin.

L'équipe à Jojo… Un mythe ou une réalité ?

Chanson écrite par Claude Lemesle en 1970, on pouvait croire que l'équipe à Jojo était faite sur mesure pour la petite troupe entourant le chanteur Joe Dassin. Toutan pense que c'est faux et qu'il ne faut pas croire Jeane Manson quand elle dit avoir été son amie et que Carlos n'était pas son copain des nuits agitées. Joe et Maryse avaient peu d'amis et invitaient rarement chez eux ou alors pour des rendez-vous de travail. Joe voyait surtout Jacques Plait et sa femme Colette. Il voyait aussi Claude Lemesle et Pierre Delanoë, son impresario, Charley Marouani, son tourneur Georges Olivier ou son régisseur Pierre Lumbroso.

Toutan voyait beaucoup Joe mais ne revendique pas le titre d'ami.

La période avec Christine a été pour Joe plus propice à des sorties nocturnes et à faire la fête. Il est devenu plus sympathique et s'est ouvert aux autres.

Toutan est persuadé que la bande de copains de Joe était avant toute une équipe de « très fidèles collaborateurs » soucieux et très attentifs de leurs intérêts personnels. Joe était pour eux la source à laquelle il était bon de venir s'abreuver. Ses relations ne voulaient en aucun cas déplaire à la poule aux oeufs d'or. Toutan n'a jamais voulu faire partie de « l'équipe ». Il n’y a pas été admis non plus. On le considérait comme un simple salarié de maison de disques. Toutan se donne le beau rôle en affirmant qu'il avait avant tout en lui l'amour des artistes et qu'il n'était pas un affairiste.

Dassin ou la bouffe, le vin et les cigares…

Joe connaissait les meilleurs restaurants français. Il fut l'ami des plus grands chefs. Si on voulait le faire parler, c'était bien en le branchant sur la bouffe et les vins.

Maryse recherchait les restaurants quatre-étoiles les plus proches de chaque concert de Joe. Joe était souvent invité par les autres. Il n'avait pas table ouverte pour ses amis quand c'était à lui de payer l'addition. Toutan n'a jamais été invité par Dassin. Toutan organisait les dîners d'affaires payés par CBS.

Un jour Dassin choisit les vins. La note s'éleva à 20 000 fr. pour six personnes. Toutan paya et se fit rembourser par Jacques Souplet qui trouvât Dassin mal élevé et dit à Toutan que certains artistes pensaient que la maison de disques n'était là que pour raquer. Toutan précise que Joe était comme tous les autres artistes. Toutan n'aimait pas la fumée et reprocha à Joe de trop fumer mais Dassin l'envoyait paître. Le vin, la nourriture, le tabac allaient ruiner la santé de Joe. À partir de 1973, il commença à prendre d'autres substances.

Joe le passionné. Lecture, musique classique, golf et pêche au gros…

Joe disait que le métier lui pompait l'air.

Il était très cultivé, plus par ses lectures que par ses études. Il ne lisait pratiquement qu'en anglais. Il aimait Faulkner, Hemingway, Tennessee Williams, Scott Fitzgerald, Kerouac, Capote, Ray Bradbury et Edgar Poe.

Il aimait Patricia Highsmith. Il aimait le jazz, Armstrong, Fats Waller, King Oliver et le blues. Il adorait la musique classique, Wagner, Brahms, Tchaïkovski, Mozart, Bach et Satie. Il aurait voulu devenir écrivain mais mais se comportait comme un artisan de la chanson. Il pratiquait le golf.

Il était très bon nageur et pratiquait la pêche au gros.

À partir de 1971, Joe croit que le public va l'oublier et cela l'angoisse.

Télé Dassin ou l'homme au smoking blanc.

Joe a participé à près de 300 émissions de télé dont certaines n'ont pas été archivées par l’INA. Passer à la télé faisait vendre beaucoup plus vite que des passages radio mêmes fréquents. Toutan regrette que les émissions en hommage à Joe ne contiennent pas les trésors de la période des années 1965 à 1970. On pourrait y sélectionner des interviews dans lesquelles il s'exprimait fort bien et sur des sujets parfois très intéressants et quelquefois n'ayant aucun rapport avec son métier.

Dans l'émission « Panorama » du 30 juillet 1965, une journaliste croit pouvoir le piéger avec une question pleine d'ambiguïté : « le fait d'avoir un nom connu, c'est un peu sans doute ? ».

Joe répond : « ça aide un peu, mais ça n’ouvre les portes qu'à moitié, il est évident que les programmateurs des radios en voyant le nom de Dassin sur la pochette l’écouteront plus vite et avec plus d'attention, mais ce n'est pas pour ça qu'ils auront envie de le programmer ! ».

Au début, Joe n'était invité à la télé que pour évoquer ses origines familiales, ce qui ne lui plaisait guère. Mais il parlait avec joie de la musique folk.

Il abordait d'une façon très intéressante l'anthologie musicale états-unienne. Dans l'émission « Permis de minuit », il chante « Katy cruel » de cinq ou six manières différentes. Denise Glaser le reçut en juin 1966 dans « Discorama ». Il y joue en l'air de « Je change un peu de vent » à la guitare mais ne chante pas. Denise Glaser l'invite une deuxième fois en décembre 1966.

Joe parle de ses études aux États-Unis. Il chante « Excuse me lady ». Ce même mois, il passe à « Télé dimanche » pour une interview. Il y rencontre Adamo qui lui demande de chanter dans la première partie de son Olympia

Joe retourne à « Télé dimanche » pour y fêter son anniversaire, le 5 novembre 1967.

Toutan savait qu'il détenait avec Joe une star de la télé. Mais il fallait convaincre les Carpentier de recevoir Dassin dans le « Sacha show ». Distel dédaignait Dassin. La femme d'Henri Salvador créa l'émission « Salves d'or ». Cette émission pulvérisa les records d'audience. Henri Salvador aimait rire avec Joe et Jacqueline Salvador lui trouvait un charme fou.

Elle lui fit chanter « Laisse les gondoles à Venise » avec Henri Salvador déguisé en Sheila.

Un soir Salvador mit un costume blanc et Joe l’imita. Tout le monde avait peur que Jacqueline pique une colère mais elle le trouva superbe et lui conseilla de toujours s'habiller en blanc.

Sacha Distel finit par inviter Joe dans son émission en décembre 1970. Il l'accompagne à la guitare pour l'Equipe à Jojo. Joe chante un inédit, « Le cadeau de papa ». Mais le deuxième « Sacha show » de Joe ne laisse pas un bon souvenir. Il chante « Siffler sur la colline » en 1972 et « La fleurs aux dents ».

Mais Maritie Carpentier coupe cette deuxième chanson au montage. C'est Distel qui le lui ordonne ne supportant pas que Joe lui fasse de l'ombre.

Joe était furieux et décida de ne plus revenir chez les Carpentier. Mais Toutan réussi à les réconcilier deux ans plus tard.

Joe Dassin participa à une émission de Gérard Sire. Joe pestait d'avoir dû se lever de bonne heure. Il décida de faire la gueule à tout le monde. Il prit son temps au maquillage alors Gérard Sire vint le chercher gentiment. Mais Joe toujours en colère brisa une porte vitrée en la claquant sur le plateau. Gérard Sire trouva en Dassin un homme « à la limite de la suffisance ».

Le chroniqueur radio, François Jouffa trouvait Joe dédaigneux. Il l'avait invité dans « L'oreille en coin » sur France Inter mais Dassin lut un livre tout en répondant aux questions sans regarder ses interlocuteurs. Il avait un caractère de cochon et il n'était pas toujours facile de l'aborder quand il n'en avait pas envie.

Il eut un caprice de star chez Jacques Chancel qui ne l'invita plus. Même Pierre Delanoë déclara chez Michel Drucker, en décembre 1980 : « je ne comprenais pas toujours les expressions furieuses qu'il pouvait avoir et souvent sans aucune raison majeure ».

Toutan parle encore de Joe aux gens du métier parmi lesquels il y a les totalement pour et les irrémédiablement contre Dassin. Maritie adorait recevoir pour un thé très «chicos » ses « chers amis du métier » comme elle aimait le dire. C'était un lundi soir et Joe devait lancer le premier show en couleur des Carpentier avec Henri Salvador. Toutan lança une idée que Maritie s'appropria. Joe et Henri seraient en costume blanc devant un gros compteur électrique avec deux manettes. En abaissant les manettes, Joe et Henri feraient passer l'écran du noir et blanc à la couleur. Henri dirait à Joe : « ton costume est plus blanc que le mien » et Joe rétorquerait : « c'est normal, il est lavé avec Top ! » (Émission s'appelait « Top à »).

Un soir, Joe Dassin devait chanter avec Claude François en duo chez les Carpentier mais les Carpentier étaient fâchés à mort avec Claude François. Grand seigneur, Joe réussit à imposer froidement Claude François. Joe prenait plaisir à enregistrer des duos spécialement composés et écrits pour les émissions des Carpentier et à essayer des costumes. Joe aimait travailler avec Roger Pradines pour la joie de vivre qu'il savait créer autour de lui.

Toutan raconte le tournage du premier clip français. C'était L'été indien que Joe devait tourner sur la plage d'Agadir avec une jolie danseuse nommée Rima. Cela surprit beaucoup le douanier en chef qui refusa de laisser sortir l'équipe avec son matériel, persuadé qu'elle allait tourner un film porno.

Joe n'était pas ennuyé car il avait déjà commencé son « trip » vers un autre monde. Toutan dut lire les paroles de « L'été indien » et donner une solide rétribution aux douaniers pour qu'il accepte de les laisser partir.

Joe refusa l'idée de Toutan pour une série animée par Danièle Gilbert « 12 mois d'août ». Le thème était tout simple, faire tourner les chanteurs de CBS dans les plus beaux lieux de Paris pour faire rêver les États-Uniens en visite dans la principauté de Monaco. Mais Toutan réussit à convaincre Joe en l'invitant chez lui d'où l'on pouvait avoir le Sacré-Coeur. Toutan obtenait à l'arrachée des émissions de télé pour le Joe pendant les années 71  à 75. Sans lui, Joe aurait été oublié.

1971-1974 ou quand le tube se fait rare…

Malgré son absence de succès, Joe continue les télés et les tournées. Il sort treize 45 tours qui ne se vendent pas bien. En 1972, Joe et Maryse font une tournée dans les DOM-TOM. Ils tombent amoureux de Tahiti. Ils y achètent un terrain. Joe songe y construire une maison pour sa retraite car il songe déjà à ne pas finir en vieux chanteur. En 1973, les Dassin quittent leur appartement de la rue d'Assas pour louer une maison à Marly-Le-Roi.

Maryse est enceinte. Mais Joshua, né le 12 septembre, ne survit que quelques jours. Joe accepte très mal cette malchance apportée par le destin. Joe et Maryse retournent à Tahiti mais Joe devient volage. Jacques Plait cherchait toujours le succès pour le Joe. Il réunissait tous les collaborateurs de CBS, du président au chef cuisinier et leur demandait de noter les chansons de 1 à 10.

1975 ou le miraculeux soleil de « L'Eté indien ».

Fin 1974, Joe arrive au terme de son contrat avec CBS qui décide de revoir les exigences du chanteur. Joe avance des prétentions de super-diva alors que le succès n'est plus là.

Jacques Plait a créé une maison d'éditions musicales, « Music 18 » avec Joe. La bonne étoile de Joe lui apporte une chanson italienne, « Africa », écrite par Toto Cuttugno et chantée en anglais par celui-ci. Jacques Plait bloc la sortie du disque de Cuttugno au grand dam de CBS qui a promis aux Italiens d'en faire un tube international pour l'été. Lemesle et Delanoë s'enferment un week-end à Deauville pour écrire les paroles de « l'Eté indien ». Pourtant Jacques Plait était contre cette histoire d’ « été indien » que personne ne connaissait selon lui. Grâce au succès international de « l'Eté indien » Joe dira : « j'ai été sauvé par le gong… ».

Toto Cuttugno souhaitait que ce soit Claude François qui en chante la version française. Mais Claude François, fatigué par une longue nuit, n'avait pas voulu le recevoir. Ayant appris l'affaire bien plus tard, Cloclo piqua encore une crise de diva. La tournée 1975 de Joe sera la plus rentable de sa carrière.

Joe est en train de quitter Maryse pour Christine. Le contrat de Joe avec CBS signé en 1975 est d'un montant mirifique (peut-être 5 millions de francs pour cinq ans). « L'Eté indien » se vend à des millions d'exemplaires en français, anglais, allemand, italien, espagnol et finlandais.

Pourtant les auteurs ne veulent pas avouer avoir fait fortune avec cette chanson. Delanoë est invité par la journaliste du JT de 20:00 d'Antenne 2 le 20 juillet 1976. La journaliste évoque les enveloppes ou cadeaux d'entreprise donnés par les maisons de disques et destinés à forcer gentiment la main de certains programmateurs influents des radios et de télé. Joe répondra à la journaliste : « Mademoiselle, est-ce que je vous demande combien vous gagnez à la fin du mois ? ».

Peu de temps après, CBS annoncera avoir vendu 20 millions de disques de Dassin depuis 1965.

Le début des années décadentes « anus horribilis ».

Joe Dassin tente de se renouveler avec le succès de « l'Eté indien » en pleine période disco. Mais « Il était une fois nous deux » se vend moins bien durant l'été 1976.

Le publique demande quelque chose de plus moderne. Joe, déjà, commençait à ne plus avoir la clientèle des jeunes, les acheteurs les plus importants. Toutan considère que Jacques Plait a commis l'irréparable en faisant enregistrer « Le jardin du Luxembourg » à Joe. Aucune radio ne voudra programmer cette chanson en raison de sa longueur. Maritie Carpentier considérait cette chanson comme un tunnel et ne voulut la programmer qu'à la fin du « Numéro un » de Noël 1976.

« Le Jardin du Luxembourg » a vraiment été le plus gros bide de la carrière de Joe qui, d'après cela, ne s'en est jamais vraiment remis. Même une version spéciale de six minutes n'a pas pu convaincre les programmateurs de radio qui se fichaient totalement des états d'âme et des pensées presque morbides de ce promeneur solitaire dans le jardin du Luxembourg.

Dassin se fera pardonner auprès des médias avec « A toi ».

Son Olympia 1977 provoque des critiques pas très tendres en raison de la prestation de Joe. Jacques Souplet a été viré de CBS par les États-Uniens. Toutan est promu « directeur des services de promotion ». Il doit superviser toutes les actions promotionnelles de Joe dont la carrière commence bizarrement à chanceler.

Le nouveau président de CBS, Alain Lévy est un homme de marketing. Il veut rentabiliser le contrat de Joe. On ne parle plus d'artistes mais de produits. Les apparitions télé de Joe devront uniquement être liées à des sorties de disques. Toutan désobéit à cette règle. Mais il redoute les réactions de Dassin qui commence à ne plus être le même et qui déjà ne sait plus se contrôler.

L'album "Les femmes de ma vie » connaît des ventes mauvaises. La séparation d'avec Maryse est froidement assumée.

Joe Dassin écrit «Big bisou » pour Carlos qui devient un tube.

En 1979, « La vie se chante la vie se pleure » sera le dernier refrain facile populaire qu'il nous laissera.

La chronique d'une mort annoncée… « Mon bébé, dans cinq ans tu seras mort ! ».

C'est ce qu'avait prédit Maryse à Joe. Joe n'a plus été le même homme à partir de 1975. Il y a eu deux Dassin, celui de la longue période de 13 ans avec Maryse et celui de sa courte vie avec Christine, sa seconde épouse.

La presse a raconté la rencontre de Joe avec Christine à Rouen. Joe serait entré chez un photographe pour y acheter des pellicules et la vendeuse était Christine. En réalité, Joe l'avait draguée dès 1972 dans un avion en partance pour Courchevel.

Pour Toutan, Christine Delvaux cachait derrière de petits pékinois le caractère d'une femme extrêmement habile. Elle décida de mettre le grappin sur le Joe, peu lui importait le temps que cela allait prendre. Elle lui fit découvrir la vie nocturne et le persuada de quitter Maryse. Il tenta de quitter Christine, à plusieurs reprises, mais ne pouvait se dégager de cette emprise passionnelle. Il s'en confia à Maryse qui gardait toute sa fierté et qui continuait à tout faire pour ramener le bébé égaré au foyer.

Maryse avait commencé à décorer leur maison de Feucherolles mais Joe partit y vivre avec Christine. Joe et Maryse divorcèrent le 5 mai 1977.

Joe épousa Christine le 14 janvier 1978 à Cotignac où la municipalité lui avait fait cadeau d'un terrain.

Il pleuvait ce jour-là. Il y avait peu d'amis. Serge lama anima la «party ». Il se dégageait de cette soirée une sorte d'immense mélancolie. Christine glissa à l'oreille de Toutan : « tu vois Robert, je l'ai eu et malgré lui, tu ne peux imaginer comme je suis heureuse et comme j'ai envie de lui faire son bonheur ».

Le lendemain, Joe présenta sa nouvelle femme chez Michel Drucker. Christine promit d'accompagner Joe partout et dit qu'elle était là pour l'aider. Toutan était sur le plateau et eut honte. Drucker semblait vouloir faire avaler que Joe n'avait jamais été marié. Leur premier fils, Jonathan naît le 14 septembre 1978 et Julien le 22 mars 1980. Après la mort de Joe, Christine éleva courageusement ses enfants. Toutan révèle qu'elle prenait des médicaments et fumait beaucoup. Elle mourut en décembre 1995.

1978-1980 : la vie se chante, mais elle se pleure aussi !

Toutan estime que les dernières années de Dassin ont été les moins belles de sa vie. À ce moment, il a découvert une liberté de vivre avec Christine, qui lui apporte maintenant la possibilité de s'éclater sur tous les plans, en le libérant des règles et des astreintes que Maryse lui imposait ; il croit avoir trouvé le bonheur. Cette période est devenue pour Toutan et les collaborateurs de Joe, le parcours du combattant. Toutan doit être diplomate pour convaincre Joe d'aller à la télé car il n'a plus envie de travailler. Joe a grossi, son visage est bouffi et avec d'énormes cernes sous les yeux. Il boit et fume beaucoup. Il dort l'après-midi et Christine oublie de lui transmettre les messages de Toutan.

Joe arrive en retard à la télé ou oublie de venir et les producteurs ne souhaitent plus l'inviter. Ses façons de s'exprimer sont également devenus différentes : il parle fort, éclate de rire pour un oui ou pour un non ou bien engueule tout le monde pour un tout petit rien. Le gentleman distingué a disparu. Le métier est fait circuler des rumeurs sur lui.

Joe paraît loin de tout. Il est amoureux fou est heureux d'être papa.

Blue country sera son dernier album. Il chante en anglais car ses paroliers n'ont plus d'inspiration. Pour son dernier « Numéro un » il est entouré d'une distribution médiocre.

Jacques Plait lui fait enregistrer une comédie musicale «Little Italy ».

Les Carpentier sont contactés pour la produire avec la RAI mais le projet ne verra jamais le jour. Le disque ne sortira qu'en 1982.

Fin 1979, un sursaut de réalité se présente à Joe. Il a tout d'un coup compris que son union est un échec et que sa survie ne dépend que de sa séparation d'avec sa nouvelle épouse.

Il demande le divorce il veut garder ses enfants. Les deux époux ont lutté l'un contre l'autre. Sur les conseils de son avocat, Joe fait la quête auprès de tout le métier d'attestations disant qu'il a toujours été un mari et un père au-dessus de tout soupçon et qu'il n'a jamais été sous l'emprise de la drogue. Son dernier direct à la télé date du 16 juin 1980 « l'Invité du jeudi » sur Antenne 2.

Cette interview demeure la plus complète et la plus intéressante qu'il est accordé durant toute sa carrière. Il parle de ses goûts littéraires et musicaux et adroitement sur les problèmes de sa vie privée.

Joe remercia Toutan car cette émission lui avait permis d'être enfin considéré comme un intellectuel.

Sa santé l'obsède. Il a une crise cardiaque en juillet 1980. Il est étonnant que les médecins le laissent sortir rapidement et le laissent prendre l'avion 13 jours plus tard. Toutan vit Joe une dernière fois à sa sortie de l'hôpital. Il le trouva épuisé et terrassé. Joe ne demandait qu'à revivre comme avant. Il chanta «The guitar don’t lie » à la télé et Toutan dut s'occuper de lui comme un bébé.

Après l'émission, Joe montra à Toutan les attestations qu'il avait reçues du métier. Joe demanda son aide à Toutan.

Il pleura. Alors Toutan écrivit lui aussi une attestation en faveur de Joe. C'est là que Toutan contredit tout ce qu'il av écrit de négatif dans son livre sur Dassin car il écrit : « Joe n'a pas eu à me forcer pour rédiger quelques lignes écrites en toute sincérité éprouvant qu'il avait toujours été à mes yeux un artiste et un homme plus que parfait ».

Joe l'embrassa en le tenant fortement contre lui. Toutan eut un triste pressentiment.

Joe partit à Tahiti avec ses enfants et sa mère. Peu de temps avant, il avait été interviewé par Françoise Hardy à la télé dans « Exclusif ». Elle lui avait prédit quelques problèmes.

Joe lui disait que, étant né sous le signe du scorpion et ascendant scorpion, il était stimulé par les hostilités et les obstacles et qu'il pouvait dans ce cas, littéralement exploser, et surtout sans pouvoir se retenir et sans aucune limite. Cela donnait à croire que Christine allait avoir du fil à retordre pour s'en sortir et sans trop de dégâts pour elle.

Son dernier beau voyage.

Toutan appris la mort de Joe alors qu'il était en voiture. Il écoutait RMC. Il n'eut plus la force de conduire et s'arrêta pour réfléchir. Il repensa à ce que Maryse avait dit à Joe : « dans cinq ans mon bébé, tu seras mort ! ».

Alain Lévy, le président de CBS, voulait le voir de toute urgence. Alors Toutan prit l'avion pour être dans son bureau le soir même.

Une réunion au sommet était prévue car la mort d'un artiste fait vendre. L'usine hollandaise de CBS dut presser beaucoup de LP pour assurer la demande.

Toutan a pitié des Christine que l'on a accablée de tous les noms d'oiseaux. Pour les journalistes et les médias de l'époque, c'est elle qui fut la cause de tous ses tourments et de sa mort. Elle l'aurait poursuivi jusqu'à son départ pour Tahiti en le menaçant de ne plus jamais revoir ses enfants. Toutan est certain que Joe n'aurait jamais voulu être un chanteur vieillissant. Il voulait écrire des chansons pour les autres, des nouvelles et des livres. Joe fut enterré à Hollywood en présence de ses parents et de ses soeurs mais sans Christine qui dut se battre pendant un an pour récupérer ses fils.

Maryse n'a jamais été se recueillir sur la tombe de son premier mari et n'en a jamais voulu donner la raison.