10 mai 2007
Rousseau : l'homme qui croyait en l'homme (suite)
Chapitre IV : le philosophe
En juillet 1759, de nombreuses personnes veulent rencontrer Rousseau à Montmorency pendant qu’il écrit dans son « donjon », un cabinet d’écriture qui domine Paris. Le 15 novembre 1759, Malsherbes et Margency invitent Rousseau à écrire dans le Journal des savants deux articles par mois pour 800 livres d’honoraires. Il travaille sur ses Institutions politiques (dont il tirera Du contrat social) et répond aux questions d’éducation que lui posent Mmes d’Epinay, de Créqui et de Chenonceau. Il réfléchit donc aux conditions morales de préparation du citoyen à son entrée dans la société. Il pense à un projet global de révolution politique. Il commence L’Emile en 1758 et l’achève en 1762. Ce livre a pour projet de régler l’éducation de quelques uns capables de détruire l’espace aliéné de la société. Rousseau estime que les pouvoirs politiques et religieux sont viciés. L’éducateur doit révéler en l’enfant la juste loi qu’il porte en lui. L’éducateur est hors des institutions et offre à l’enfant l’expérience de la conscience et de la liberté. L’Emile devait avoir une suite, Emile et Sophie ou les Solitaires mais Rousseau ne l’achèvera jamais. Vient le Contrat social, dans lequel Rousseau propose une critique des fondements du corps politique. Jean-Jacques cherche à publier son dictionnaire de musique et un Essai sur l’origine des langues puis renonce attendant de meilleures occasions. La Nouvelle Héloïse est publiée en février 1761, les libraires se le disputent tant le succès est grand. Seul Voltaire se gausse du roman de Rousseau : « Toutes ses grandes aventures sont armées de magnifiques lieux communs sur la vertu ».
En mars 1761, des rumeurs se répandent dans les Salons parisiens. On reproche à Rousseau son oeuvre, Thérèse et ses enfants abandonnés. Il a laissé ses cinq enfants aux Enfants Trouvés mais en éprouve le plus vif remords et désire réparer. Il donne à Mme de Luxembourg quelques indications pour que certains soient reconnus et que Thérèse soit sous sa protection au cas où il viendrait à mourir. Jean-Jacques se croit mourant mais les médecins sont rassurants, son mal vient de la prostate, le col de la vessie ou dans le canal de l’urètre. Mme de Luxembourg, se démène pour retrouver les enfants de Rousseau et M. de Malherbes rassure l’écrivain à propos de la publication de ses livres mais Rousseau continue de croire à l’existence d’un complot contre lui. Il veut écrire ses mémoires, dire sa vérité comme il le proclame sur son cachet « Vitam impendere vero » (consacrer sa vie à la vérité). Il parlera de ses contradictions, la gloire et la solitude, la ville et la campagne, la misanthropie et l’amitié, la paresse et le travail, Français de corps et Genevois de coeur. Du Contrat social paraît fin avril 1762 et l’Emile le 22 mai. Il reçoit beaucoup de lettres (dont une de D’Alembert non signée). M. de Malsherbes veut récupérer sa correspondance avec Rousseau craignant de prêter caution à ses nouveaux ouvrages. LE Parlement, la Cour et les jésuites exigent de Rousseau qu’il rende des comptes. M. de Malsherbes est obligé d’interdire la vente de l’Emile. Le Prince de Conti annonce à Jean-Jacques son arrestation. Pour ne pas risquer la sécurité de ses amis, Rousseau prend la fuite. Il s’exile à Yverdon en Suisse alors qu’on lui avait proposé de séjourner à Paris ou chez Hume en Angleterre. Le Parlement condamne l’Emile à être lacéré et brûlé et Rousseau à être emprisonné. Les huissiers viennent le chercher à Montmorency mais Jean-Jacques a eu le temps de partir. Thérèse est restée sous la protection de M. et Mme de Luxembourg. Au cours de sa fuite, Tousseau écrit le Lévite d’Ephraïm. Il y narre la relation d’un lévite et de sa femme, fille de Judée, dans un Eden exempt des interdits qui régissent les tribus. Hélas la femme est violée et le lévite se venge. Bien sûr, le lévite incarne Rousseau et la femme violée la haine dont le philosophe est victime. Il arrive à Yverdon le 14 juin 1762 pour loger chez son ami Roguin.
Chapitre V : le réprouvé
Les livres de Rousseau sont brûlés à Rome, Paris et Amsterdam. Le 19 juin à Genève et le 2 juillet à Bern l’arrestation de Rousseau est décrétée sans que Voltaire prenne sa défense. Le contrat social et l’Emile sont brûlés. Rousseau quitte Yverdon le 9 juillet et se rend à Môtiers dans la principauté prussienne de Neufchâtel. Il est sous la protection de Frédéric II qu’il avait pourtant décrié. Il se lie d’amitié avec George lord Geith, maréchal d’Ecosse. Frédéric II lui offre de l’argent et veut lui construire une maison mais Rousseau refuse. Thérèse rejoint son aimé à Môtiers. Il retrouve le goût de la promenade et sympathise avec les dames de la région, leur offrant des lacets de sa confection. Les Eglises calvinistes et catholiques condamnent ou censurent Rousseau y compris y compris Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, qu’appréciait pourtant Rousseau. Le philosophe lui écrit : « Je crois ne pouvoir mieux justifier tout ce que j’ai osé dire, qu’en disant tout ce que j’ai pensé ». Genève éprouve le besoin d’argumenter son rejet des thèses rousseauistes. Les autorités publient une brochure intitulée : « Lettres écrites de la campagne ». Rousseau répond en octobre 173 par les « Lettres écrites de la montagne » et s’en prend à tous ceux qui ont attaqué l’Emile. Il prône un christianisme ouvert aux autres et à la raison. Il rêve d’une démocratie directe comme dans le Contrat Social sans rejeter les thèses de Montesquieu et de sa séparation des pouvoirs. En fait il rend hommage à la constitution de Genève et son originalité. Cette pureté n’existe plus pour lui à cause de l’indifférence de ses compatriotes. En septembre 1764, un révolutionnaire corse (Buttafoco) demande à Rousseau d’écrire un projet de constitution pour son pays après avoir su l’intérêt que le philosophe portait à l’île de beauté. Rousseau s’exécute et évoque bien sûr la démocratie mais également l’égalité, l’inutilité de la noblesse, la construction d’une économie agraire, le contrôle des dépenses par une assemblée populaire, la limitation du droit de propriété et un gouvernement fédéral aux pouvoirs limités. Cette constitution sera lettre morte pour des raisons politiques.
Voltaire publie Le sentiment des citoyens. Il traite Rousseau de fou, d’hypocrite et de débauché. Voltaire pourrait s’appliquer ses injures à lui-même puisque contrairement à Rousseau, il a l’hypocrisie de signer ses pamphlets sous pseudonyme. Le Sentiment des citoyens se termine par cette phrase assassine : « On punit capitalement un vil séducteur ».
Rousseau est encore voué aux gémonies puisque ses Lettres de la montagne sont brûlées à Paris et à La Haye et dénoncé à Genève, Berne et Neuchâtel. Le pasteur Montmollin suit les autorités religieuses et politiques et Rousseau comparaît devant le consistoire de Môtiers mais les juges ne parviennent à aucune conclusion. Frédéric II vient en aide à Rousseau en le plaçant sous la protection du conseil d’Etat de Neuchâtel. Rousseau pense à justifier sa vie en écrivant ses mémoires. Les Confessions serviront donc à répondre aux mensonges et accusations qu’il a subis. Dans ses mémoires, le philosophe revient à l’origine, son Moi qui seul fait autorité pour légitimer ses actes. Rousseau est victime d’une lapidation. A Môtiers, ses portes ont été forcées, ses vitres cassées et une pierre grosse comme la tête est venue frapper jusqu’à son lit. Montmollin oblige Rousseau à quitter Môtiers. Il s’exile sur l’île Saint-Pierre, sur le lac de Bienne. De 1762 à 1765, Rousseau se livre à la botanique avec passion. Ses promenades sur l’île lui permettent de rédiger la Flore de l’île de Saint-Pierre. Il s’inspire du système naturae de Linné. Malheureusement, les autorités de Berne l’expulsent. Rousseau fatigué de s’exiler demande l’incarcération aux autorités de Bienne qui la lui refusent. Fin 1765, Rousseau part pour Strasbourg. Il y est célébré. Le Devin du village est joué en sa présence. Puis le philosophe se rend à Paris où ses anciens amis s’empressent de le retrouver y compris Diderot. Mais Rousseau refuse de le voir estimant ne plus être de ses amis. Hélas, la police n’a pas oublié qu’il est considéré comme proscrit. Il part alors pour Londres en compagnie de Hume. Il est accueilli en héros. Thérèse le rejoint. La paranoïa supposée de Rousseau se manifeste par les soupçons qu’il a envers Hume et son refus de participer à un gala officiel. Il veut être accompagné par sa concubine dans les soirées ce qui choque la morale puritaine britannique. Cela n’empêche pas un riche propriétaire, M; Davenport, de lui offrir une maison à Wooton et Hume de lui faire obtenir une pension du roi d’Angleterre. Rousseau est malheureux à Londres. L’argent et le commerce, vanité et mondanité l’insupportent. Il préfère s’isoler dans les montagnes du Derbyshire à 200 kms de Londres. Hume est agacé par le comportement lunatique de Rousseau comme il le confie à ses amis parisiens. Certains lui recommandent la discrétion mais d’Holbach s’en amuse. Rousseau ne connaissant pas l’anglais n’est pas touché par les médisances de Wootton. Il poursuit la rédaction des Confessions, joue de l’épinette et pratique la botanique. Hume livre ses impressions sur Rousseau dans l’Exposé succinct, il ajoute certains documents dont certains de d’Alembert tendent à justifier l’hypothèse d’un complot ourdi contre Rousseau. La haine de Voltaire n’a pas faibli. Il continue d’insulter Rousseau dans une lettre à Hume publiée par le Mercure de France. Fin 1766, le sort s’acharne sur Rousseau. Thérèse est malade, d’Holbach enquête sur la situation financière du philosophe chez le banquier Rougemont tandis que voltaire cherche à prouver que Rousseau n’était qu’un valet à Venise. Les anciens amis de Rousseau redoutent le portrait qu’il va dresser d’eux dans les Confessions. Lassé de l’Angleterre, Rousseau quitte la maison de Davenport le 1er mai 1767. Le 21 mais, lui et sa concubine partent pour Calais. Il a livré à du Peyrou les trois premiers livres des Confessions. Rousseau risque toujours l’incarcération en France. Le Prince de Conti le cherche mais le philosophe est chez Mirabeau à Fleury sous Meudon. Le Prince de Conti le retrouve le 19 juin et le loge au château de Trye où Rousseau se fait appeler M. Renou. Mirabeau tient à collaborer avec lui pour ses théories économiques. Rousseau continue les Confessions,il en est au livre VI. Il publie le dictionnaire de musique en novembre 1767. Le 16 juin, il quitte Trye. En juillet 1768, il est à Grenoble et part à Chambéry se recueillir sur la tombe de Mme de Warend, décédée en 1762. Le 30 août, il se marie à Bourgoin où il a emménagé. Fin janvier 1769, il loge à Monquin dans les Alpes. Il poursuit la rédaction des Confessions, il achève les livres VII à XI. IL reprend son vrai nom et quitte Monquin le 10 avril 1770. Il ne veut plus y être « un enterré vivant ». Persuadé d’être victime d’un complot, Rousseau décide d’habiter à Paris pour mieux surveiller les conjurés. Il s’installe avec Thérèse dans leur ancienne demeure de la rue Plâtrière (aujourd’hui rue Rousseau). La police le sait à Paris mais le procureur le tolère tant qu’il ne publie rien. Au cours de l’automne 1770, Rousseau reçoit Wielhorski qui lui avait été présenté par des amis quelques années plus tôt. Rulhière, auteur d’une histoire de la Pologne l’a engagé à le rencontrer. Wielhorski est en mission, il représente la Pologne en lutte. Rousseau accepte de soutenir la Pologne. Il travaille pendant tout l’hiver 1770-1771 en s’inspirant du Contrat social. Il veut lier démocratie directe et parlement, roi et souverain, démocratie nobiliaire et démocratie populaire. Il défend l’idée de patrie polonaise et son unité renforcée par un parlement et un roi. Il engage les Polonais à se regrouper autour du roi Poniatowski quitte à le remplacer plus tard. Il livre son manuscrit à ses interlocuteurs en juin 1771. A Paris, il sort peu et reçoit son ami Bernardin de Saint-Pierre. Il devient copiste pour s’assurer un revenu. L’idée de complot le poursuit. De 1772 à 1776, il répond à ses détracteurs et cherche des preuves de la fourberie de ses ennemis. Le complot est réel : Diderot, d’Alembert, Mme d’Epinay, Voltaire, Grimm, de Choiseul s’unissent contre lui car ils craignent la publication des Confessions. Des Portraits trahissant ses idées sont publiés. Pour se justifier, Rousseau se dédouble dans un nouvel autoportrait, Rousseau juge de Jean-Jacques. Il veut présenter ce manuscrit sur le grand autel de Notre-Dame de Paris en février 1773 mais échoue. Il livre alors un message aux Français : A tour Français aimant encore la justice et la vérité puis des Lettres sur la botanique pour Mme Delesert. A la fin de sa vie, Rousseau n’a plus personne à qui parler alors il livre ses pensées dans un dernier ouvrage inachevé, Les Rêveries du promeneur solitaire. Il y parle du complot, des enfants, de la botanique et de Mme de Wrend. Rousseau passe les cinq dernières semaines de sa vie à Ermenonville chez le marquis de Girardin. C’est là qu’il apprend la mort de Voltaire le 30 mai 1778. Le 2 juillet 1778, en fin de matinée, seul avec Thérèse et pris de malaise, Jean-Jacques Rousseau s’effondre et meurt.
05 mai 2007
Rousseau : l'homme qui croyait en l'homme
Jean-Jacques Rousseau, l’homme qui croyait en l’homme. (Vincent Howlett)
Ce livre est une biographie de Rousseau tout public, très agréable à lire et néanmoins détaillée. Il peut servir d’introduction à l’oeuvre de Rousseau et peut donner envie d’aller plus loin en se tournant vers les publications universitaires.
Chapitre I : Les initiations
J. J. Rousseau née le 28 juin 1712. Son père Isaac était horloger, violoniste et maître de danse, sa mère Suzanne, femme volontaire, Jean-Jacques ne la connut pas car elle mourut en lui donnant la vie. Son père ne se consola jamais de la perte de Suzanne. Jean-Jacques, lui aussi, cherchera toujours la présence de sa mère que le destin lui ôta. Il fut élevé par une autre Suzanne, la soeur de son père. Il compensa l’absence de sa mère, par la lecture des romans qu’elle avait écrits. Il lut également Ovide, Bossuet, Urfé et Plutarque.
Le père de Rousseau est obligé de quitter Genève suite à une querelle avec un membre du Conseil. Il laisse la garde de Jean-Jacques et de son frère à son beau-frère Gabriel Bernard. Jean-Jacques est envoyé à Bossey, près de Genève, pour y parfaire son éducation. Une fessée administrée par le pasteur Lambercier, chargé de son éducation, pour une faute qu’il n’avait pas commise marque l’avènement d’une distance qu’il se pousse à creuser entre la vérité et le mensonge. En septembre 1724, Jean-Jacques quitte Bossey et retrouve Genève, il est placé chez M. Massereau, homme de loi. Il s’entiche des demoiselles Vulson et Goton et du magasin de m. La Tribu qui lui permet de dévorer des livres. En avril 1725, on l’envoie chez M. Ducommun que sa charge de lui apprendre le métier de graveur. Rousseau, humilié par son maître, fuit en décembre 1727. Jean-Jacques rencontre le curé de Pontverre à Confignan qui le convertit au catholicisme puis il est confié à Mme de Warens à Annecy en mars 1728. La même année, il habite à l’hospice des catéchumènes de Spirito Santon à Turin et se fait baptiser le 23 (il choisit Jean-Joseph comme nom de baptême). Il devient secrétaire de maîtresses de maison et cherche à séduire celles-ci mais sans succès. Les « riches et heureux du monde » le conduisent à une « orgueilleuse misanthropie ». Il quitte Turin pour partir à l’aventure avec Bâcle, inventeur de la fontaine de Héron puis entre dans un séminaire lazariste, une expérience infructueuse, hormis la découverte d’un recueil de cantates de Clérambault. Mme de Warens (que Rousseau appelle maman) pousse Jean-Jacques à chanter dans la maîtrise de la cathédrale d’Annecy. Mais là encore, il ne trouve pas sa place et fuit avec le maître de choeur en froid avec la cathédrale. La maîtrise lui a donné un ami, Venture de Villeneuve, musicien. Il parcourt encore les routes, cette fois avec Anne-Marie Merceret, servante de Mme de Warens. Ils vont à Fribourg, Genève et Nyon où Rousseau retrouve son père qui s’est remarié. Abandonnant Anne-Marie Merceret à Fribourg, Jean-Jacques part pour Lausanne et Neuchâtel où il passe l’hiver 1730-1731. Rousseau prend un pseudo, Vaussure de Villeneuve pour devenir musicien et fait jouer ses oeuvres qui ne rencontrent aucun succès. Déçu, il part pour Paris où il devient simple valet. Fin 1731, il regagne Chambéry où il découvre que Mme de Warens a un nouvel amant, Claude Anet mais cela ne le blesse pas. Il croit encore en son destin de musicien et joint l’abbé Blanchard, maître de musique de la cathédrale de Besançon, lequel doit, d’après les rumeurs, devenir « 1er maître de quartier de la musique de chambre du roi de France ».
En 1733, Rousseau devient l’amant de Mme de Warens qu’il appelle Maman et a l’impression d’avoir « commis l’inceste ». Il écrit des textes (dont une chronologie universelle) et découvre Rameau, Bernier et Clérambault. En 1733, Rousseau est majeur. Il devient aveugle et croyant mourir, rédige un testament. Heureusement, il recouvre la vue et perçoit l’héritage de sa mère. Mme de Warens le délaisse pour M. Wintzenried, ce qui le rend malade. Sous le pseudonyme de M. Dodding il va à Montpellier pour se faire soigner. A cours d’argent, il se plaint auprès de Mme de Warens qui lui laisse sa propriété de Chambéry. Il lit Platon, Montaigne, Descartes, Malebranche, Locke... Il commence à s’intéresser à la botanique. Le 1er mai 1740, Rousseau devient précepteur de deux enfants, MM de Condillac et de Sainte Marie à Lyon au service de M. de Mably. Il tombe amoureux de la femme de son patron. Rousseau se lance dans la pédagogie en écrivant un Mémoire sur l’éducation de Monsieur de Sainte Marie. Sa pédagogie repose alors sur trois principes : former le coeur, former le jugement, former l’esprit. Ce Mémoire préfigure L’Emile. Mais M. de Mably le renvoie et Rousseau retourne aux Charmettes de 1741 à 1742 puis il gagne Lyon où il compose L’Epître à Parisot et un opéra La Découverte d Nouveau monde. Il entreprend un nouveau système de notation musicale qu’il veut proposer à l’Académie de Paris. A Paris, il s’est installé à l’hôtel St Quentin. Il rencontre Diderot et fréquente les Salons. Son projet musical est lu par l’Académie le 22 août 1742 mais jugé « ni neuf, ni utile ». Rameau critique également le système musical de Rousseau et même si ses remarques sont négatives, le jeune homme est touché par l’attention prodiguée par le maître. Par la suite, il rencontre Marivaux et lui demande de corriger son Narcisse. En janvier 1743, il publie sa Dissertation sur la musique moderne. Il écrit également « Le Nouveau Dédale » un projet pour « planer dans les airs » mais ne le publie pas. Il entre chez M. Dupin, fermier et conseiller du roi qui vit entre Paris et le château de Chenonceau mais séduit par la belle Mme Dupin, il se voit obligé de partir. A trente ans, il tombe malade, victime d’une fluxion de poitrine. Cela ne l’empêche pas de projeter un nouvel opéra, Les Muses Galantes. Il devient secrétaire auprès de M. de Montaigu, ambassadeur de France à Venise où mille livres lui sont attribuées pour salaire, il sort de la pauvreté. Il se dépense sans compter pour décoder des courriers diplomatiques et rédiger les missives de l’ambassadeur. Il fréquente les Vénitiennes et se croit touché par la vérole. Il est tout de même séduit par le bel canto au point « de se croire en paradis ». Les tensions avec M. de Montaigu poussent Rousseau à quitter Venise le 22 août 1743. A Paris, Jean-Jacques loge à l’hôtel Saint Quantin et achève ses uses Galantes qui plaisent à M. de Richelieu. Ce dernier lui commande les arrangements d’une comédie-ballet de Rameau et Voltaire, La Princesse de Navarre. Rousseau correspond alors avec Voltaire. Son travail de musicien est finalement repris par Rameau et il ne sera même pas cité lors des représentations de la comédie ballet. Il jette son dévolu sur Thérèse Levasseur, une servante que chacun s’entend à mépriser. Il lui rend hommage dans les Confessions : « Je trouvais dans Thérèse le supplément dont j’avais besoin; par elle je vécu heureux autant que je pouvais l’être selon le cours des événements. »
Chapitre II : l’engagement
Rousseau est intimidé par les philosophes de son temps : Condillac, d’Alembert et Diderot mais ce dernier l’encourage à prendre la parole. Le 16 octobre 1747, la librairie Le Breton charge D’Alembert et Diderot de diriger une encyclopédie. Dès lors, Rousseau, Diderot et Condillac se réunissent une fois par semaine au Panier fleuri près du Palais Royal. Les trois philosophes développent leurs idées dans un journal, Le Persifleur. Il est proposé à Rousseau de discourir sur les ouvrages de son temps. Rousseau revient travailler chez Mme Dupin comme secrétaire et de son beau-fils Dupin de Francueil. Elle ne lui tient aucune rancune et le paye jusqu’à 900 livres. Avec elle, il veut rédiger une défense des femmes et s’adonne à la chimie avec le jeune Dupin de Francueil. Leurs travaux seront répertoriés dans un recueil inachevé Les Institutions chimiques. Il renoue avec la comédie lors de fêtes données à Chenonceaux en écrivant L’Allée de Sylvie. Thérèse lui donne son premier enfant mais Rousseau l’abandonne aux Enfants trouvés et n’en éprouve aucun remords car son esprit est obnubilé par l’Encyclopédie où il a pour tâche de rédiger tous les articles concernant la musique. Dupin de Francueil lui sa maîtresse, Mme d’Epinay, épouse de Denis Lalive d’Epinay mais son ressentiment croît devant les hauts personnages des Salons qui se moquent de lui et ne lui proposent que les besognes dont tout le monde se décharge.
Le 24 juillet 1749, Diderot est emprisonné à Vincennes à cause de son essai intitulé Lettres sur les aveugles. Rousseau vient le soutenir moralement. Au cours d’une visite à son ami, rousseau lit dans le Mercure de France une question proposée par l’académie de Dijon pour le prix de 1750 : « si le progrès des sciences et des arts a contribué à corrompre ou à épurer les moeurs ». Cette question pousse Rousseau à rédiger son discours sur les sciences et les arts. Il livre là un réquisitoire contre l’inégalité des hommes. Voltaire apparaît dans cet essai sous son vrai nom Arouet contre lequel Rousseau s’oppose. Il rappelle que le pseudonyme Monsieur de Voltaire n’est que le masque d’un nom bourgeois.
Le 9 juillet 1750, le Discours sur les sciences et les arts est primé. Il paraît chez Parisot et contesté par les correspondants de Rousseau dont le nombre s’est accru. Parmi les nouvelles connaissance du philosophe se trouve Frédéric-Melchior Grimm. Ils jouent de la musique ensemble. Le succès vient enfin couronner Rousseau et M. de Francueil lui propose un poste de caissier dans ses bureaux de receveur général des finances. Mais son corps le trahit de nouveau, Rousseau est victime d’une infection liée à une rétention urinaire et abandonne son poste de caissier et son travail chez Mme Dupin pour devenir copiste de musique. Dans les années 1750, deux musiques s’opposent. Les grands, le roi, les riches et les femmes défendent la musique française et les autres, la reine, les gens de talents, le hommes de génie selon Rousseau soutiennent la musique italienne. Pour fuir ces querelles, Jean-Jacques se réfugie à Passy chez son cousin Mussard. Il compose un nouvel opéra : Le devin du village, oeuvre pour laquelle il écrira : « C’est ce que j’aime le mieux avoir fait ». L’oeuvre est présentée à Louis XV et à Mme de Pompadour. Il se présente à eux avec les attributs de la plèbe (grande barbe et perruque mal peignée) pour marquer son originalité. Dans le Devin du village, Colette chante son amour pour son amant infidèle Colin. Pour conjurer son malheur elle consulte le devin qui la rassure en prédisant que Colin l’aime toujours. Les amants de nouveaux réunis célèbrent les pouvoirs du devin et les vertus de l’amour. Rousseau adulé méprise pourtant la gloire et la reconnaissance royale et retourne à son métier de copiste. Rousseau tient tout de même à faire représenter son Narcisse mais que son nom soit cité. L’oeuvre est jouée le 18 décembre 1752 à la comédie française et c’est un échec. Jean-Jacques est rassuré car cela confirme ce qu’il écrivait dans son discours sur les sciences et les arts. Rousseau prend part dans la querelle sur la musique et répond favorablement à ses amis partisans de la musique italienne en rédigeant en novembre 1753 la Lettre sur la musique française. Il affirme : « Les Français n’ont point de musique et n’en peuvent avoir, ou si jamais ils en ont une ce sera tant pis pour eux. »
En novembre 1753, l’Académie de Dijon met au concours la question suivante : « Quelle est l’origine de l’inégalité parmi les hommes et si elle est autorisé par la loi naturelle ? » Pour Rousseau cette inégalité présente dans la nature ne doit pas être présente dans la loi du devenir social. Selon lui, la différence naturelle des hommes ne doit pas jouer pour comprendre l’inégalité de leur condition sociale. Il répond donc ainsi à la question de l’Académie de Dijon en rédigeant son discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Il dédie cet essai à la République de Genève et confirme son titre de citoyen de Genève en revenant habiter près de cette ville à Eaux-Vives. Il renie le catholicisme et est réintégré dans l’Eglise de Genève. Au cours de l’été 1754, Rousseau planche sur un article concernant l’économie politique pour l’Encyclopédie. Il y évoque la souveraineté, le gouvernement et la notion de volonté générale, idées que l’on retrouvera dans Le contrat Social. Son modèle d’économie rejette l’industrie et le commerce pour se reposer sur l’agriculture. Il revient à Paris en octobre 1754. Rey, libraire à Amsterdam, publie son discours. Voltaire qui s’est installé ridiculise le Discours en écrivant à Rousseau : « On n’a jamais tant employé d’esprit à vouloir nous rendre bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. » Voltaire considère Rousseau comme quelqu’un de cynique et misanthrope. Les amis de Jean-Jacques s’impatientent à le voir quitter Thérèse et il le prend mal. Grimm s’éloigne de lui. Les idées développées dans le Discours sont jugées trop radicales, Rousseau est de plus en plus seul. Pour fuir les médisances, Rousseau vient habiter chez Mme d’Epinay à Montmorency.
Chapitre III : La distance
A Montmorency, Rousseau parcourt la campagne pour méditer, les après-midi. Il écrit sur Dieu. Il pense que tout est « l’ouvrage d’un être puissant, directeur de toutes choses ». En 1753, il répond à voltaire qui ne veut plus croire en la Providence suite au tremblement de terre meurtrier de Lisbonne en 1755. Pour Jean-Jacques, on doit accepter jusque dans le mal la responsabilité et la liberté de l’homme et préférer notre existence plutôt que le néant. Diderot lui rend visite mais pas autant que Jean-Jacques le voudrait et il se sent seul même si cette solitude lui permet de réfléchir et d’écrire. Il se veut le « champion de Dieu », il souhaite que la pensée opère un renversement vers une rationalité où la lumière de l’esprit affirme ses limites. Rousseau écrit un roman « La Nouvelle Héloïse ». Il s’agit d’une correspondance entre deux amants, Julie et Saint Preux qui fait référence à la passion amoureuse d’Héloïse et Abelard écrite au XIIè siècle. Rousseau veut toucher ceux qui n’écoutent que leur coeur et refuse d’évoquer la haine dans son roman même si elle fait partie des passions amoureuses. Le roman paraît en 1761. C’est un succès. La Condamine écrit : « Tout Paris pour Saint Preux a les yeux de Julie ». En 1757, Rousseau et Diderot sont brouillés. Diderot a moqué la solitude de l’ermite dans le Fils naturel et Jean-Jacques l’a pris pour lui. Pressé par Rousseau de se rétracter, Diderot répond : « Vous n’êtes pas de mon avis sur les ermites. Dites-en tant de bien qu’il vous plaira, vous serez le seul au monde dont j’en penserai, encore y aurait-il à dire là-dessus si l’on pouvait vous parler sans vous fâcher <...> Adieu, le citoyen !
Au printemps 1757, lassé de sa relation routinière avec Thérèse, Rousseau tombe amoureux de Mme d’Houdetot. Il lui rend visite à Eaubonne et lui avoue son amour. La logeuse de Rousseau, Mme d’Epinay est en même temps la belle-soeur de Mme D’Houdetot, elle en devient jalouse. Mme d’Houdetot délaisse Rousseau quand Saint Lambert, son amant, revient. Rousseau écrit à ce dernier sans lui avouer son amour pour la belle. L’amant s’avère compréhensif. Touché, Rousseau s’efface et souhaite bonheur au couple. Mme d’Epinay feint de ne rien voir et redouble d’attention envers Rousseau et en même temps elle accable sa belle-soeur de marques de dédain. Grimm veut se rapprocher de Jean-Jacques mais il le traite comme un importun. Diderot, lui, est agacé par les histoires de coeur de son ami et complote pour qu’un différend sépare Rousseau de sa logeuse. Le 15 décembre, Jean-Jacques et Thérèse quittent l’Hermitage pour habiter à Montlouis dans une maison délabrée qu’il loue à M. Mathas. Il écrit des Lettres morales à Sophie d’Houdetot qu’elle ne lira jamais puisqu’il n’a pas le courage de lui envoyer. A Paris, les attaques se multiplient contre L’Encyclopédie et d’Alembert répond en écrivant un article sur Genève dans lequel il critique la monarchie française. A Montmorency, Rousseau est meurtri par la trahison de ses amis, il ne lui reste que Thérèse. Malade, il écrit un testament où il lègue tout à son maîtresse. Il décide de répliquer à l’article de d’Alembert et stigmatise son analyse de la religion des pasteurs de Genève et s’oppose à son désir d’installer des théâtres dans cette ville. Il écrit donc la Lettre sur les spectacles. Pour lui, le théâtre est une activité mondaine et pourvoyeuse de vices. Sa lettre est un énorme succès qui lui apporte un courrier gigantesque. A Montmorency, il s’est fait de nouveaux amis. M. le maréchal duc de Luxembourg qui habite non loin de chez lui veut le voir. Jean-Jacques a peur d’être traité en « domestique » et ne se presse pas pour répondre à l’invitation alors M. de Luxembourg vient chez lui ce qui flatte Rousseau. M. de Luxembourg propose au philosophe de faire réparer la maison et de le loger au petit château de Montmorency. Fin 1758, la maison de Montlouis est rénovée, Rousseau jouit de son travail et de ses promenades.
12 mars 2007
Pourquoi je suis rousseauiste ?
Pourquoi je suis rousseauiste ?
Je considère que Rousseau est le philosophe qui a marqué et préfiguré les Droits de l’Homme. J’aime sa pensée car croit en l’homme. Rousseau est essentielle à la pensée actuelle car il offre une place importante au rôle politique des femmes. Comme il le dira dans la lettre dédicatoire à la République de Genève du Second Discours, les femmes sont des « citoyennes » elles aussi. Dans une note du Premier Discours, Rousseau écrit :
On ne sent point assez quels avantages naîtraient dans la société d’une meilleure éducation donnée à cette moitié du genre humain qui gouverne l’autre. Les hommes seront toujours ce qu’il plaira aux femmes : si vous voulez qu’ils deviennent grands et vertueux, apprenez aux femmes ce que c’est que grandeur d’âme et vertu (Discours sur les sciences et les arts)
Rousseau croit également qu’il faudrait plutôt apprendre aux hommes leurs devoirs, qu’il définit ainsi : n’avoir du « temps que pour la patrie, pour les malheureux et pour ses amis » (Discours sur les sciences et les arts.) Le sens de la patrie n’est plus le même aujourd’hui je pense que Rousseau emploierait aujourd’hui le mot « République ». Mais trop de Français réclament des droits sans se soucier de leurs devoirs comme le respect de la liberté, de la laïcité, le simple fait de voter ou de s’informer. La critique de Rousseau dans le Premier Discours est politique, la solution qu’il suggère l’est aussi : ranimer la vertu civique dans la population. L’abstention massive des électeurs est un désaveu et un reniement de la vertu civique. Ce que l’on appelle les incivilités le sont également. Etre rousseauiste ce signifie croire à l’Egalité qui est le premier élément du triptyque républicain. Dans la Préface au Narcisse Rousseau écrit à ce propos : « Dans un État bien constitué, chaque citoyen a ses devoirs à remplir, et ces soins importants lui sont trop chers pour lui laisser le loisir de vaquer à de frivoles spéculations. Dans un État bien constitué, tous les citoyens sont si égaux que nul ne peut être préféré aux autres comme le plus savant, ni même comme le plus habile, mais tout au plus comme le meilleur. Encore que cette dernière distinction est-elle souvent dangereuse, car elle fait des fourbes et des hypocrites ».
Enfin si je suis rousseauiste c’est parce que pour Rousseau l’homme est bon par nature et c’est la société qui le corrompt. Si l’ homme agit mal cela ne vient pas de son propre fond. L'homme n'est jamais absolument mauvais, diabolique. Pour Rousseau il faut distinguer l'être de l'homme du paraître de l'homme. L' homme paraît mauvais parce qu'il l'est devenu au cours de l'histoire mais il ne l'est pas dans son fond.
20 février 2007
Mes citations préférées de Rousseau
Mes citations préférées de Rousseau
Je connais trop les hommes pour ignorer que souvent l’offensé pardonne mais que l’offenseur ne pardonne jamais. (Correspondance, à M. Pictet).
J’aime mieux être homme à paradoxes qu’homme à préjugé.
Jamais on ne corrompt le peuple mais souvent on le trompe.
Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux au moins je suis autre.
Je vis partout le développement de son grand principe que la nature a fait l'homme heureux et bon, mais que la société le déprave et le rend misérable.
[ Rousseau juge de Jean-Jacques ou Dialogues (1772-1776, édition posthume 1789) ]
L'âme résiste bien plus aisément aux vives douleurs qu'à la tristesse prolongée.
[ Julie, ou la Nouvelle Héloïse (1761) ]
[ Les Confessions (édition posthume 1782-1789), I ]
L'espèce de bonheur qu'il me faut, ce n'est pas tant de faire ce que je veux que de ne pas faire ce que je ne veux pas.
[ Correspondance, à M. de Malesherbes ]
L'homme qui a le plus vécu n'est pas celui qui a compté le plus d'années, mais celui qui a le plus senti la vie.
[ Emile ou De l'éducation (1762) ]
17 février 2007
Du contrat social : Livre IV
Livre IV
Chapitre I : Que la volonté générale est indestructible
Tant
que plusieurs hommes réunis se considèrent comme un seul corps, ils
n’ont qu’une seule volonté qui se rapporte à la commune conservation et
au bien-être général. Alors tous les ressorts de l’Etat sont simples.
La Paix, l’union, l’égalité sont ennemie des subtilités politiques. Un
Etat ainsi gouverné a besoin de très peu de lois. Mais quand le noeud
social commence à se relâcher et l’Etat à s’affranchir quand les
intérêts particuliers commencent à se faire sentir, l’intérêt commun
s’altère et trouve des opposants et la volonté générale n’est plus la
volonté de tous. Mais la volonté générale est toujours constante,
inaltérable et pure car chacun détachant son intérêt de l’intérêt
commun, voit bien qu’il ne peut l’en séparer tout à fait.
Chapitre II : Des suffrages
Dans
les assemblées, plus les avis approchent de l’unanimité et plus la
volonté générale est dominante alors que les longs débats, les
dissensions, le tumulte, annoncent l’ascendant des intérêts
particuliers et le déclin de l’Etat. Dans les suffrages, on doit régler
la manière de compter les voix et de comparer les avis, selon que la
volonté générale est plus ou moins facile à connaître et l’Etat plus ou
moins déclinant. Le pacte social est la seule loi qui exige le
consentement unanime car l’association civile est l’acte du monde le
plus volontaire. S’il s’y trouve des opposants, leur opposition
n’invalide pas le contrat mais les opposants deviennent des étrangers
parmi les citoyens. Pour Rousseau, dans les suffrages, la voix du plus
grand nombre oblige toujours tous les autres ce qui est une suite
logique du contrat social. Dès lors, le citoyen consent à toutes les
lois, même à celles qu’on passe malgré lui. Quand on propose une loi
dans l’assemblée du peuple on lui demande si elle est conforme ou non à
la volonté générale qui est la sienne. L’opposant à la loi votée reste
pourtant libre puisque la volonté générale de tous les membres de
l’Etat est la volonté générale et c’est par elle que les citoyens sont
libres. Plus les délibérations sont importantes et graves et plus
l’avis qui l’emporte fait approcher de l’unanimité. Plus l’affaire
exige de célérité, plus on doit resserrer la différence prescrite dans
le partage des avis, l’excédent d’une seule voix doit suffire.
Chapitre III : Des élections
A
l’égard des élections du Prince et des Magistrats, il y a deux voies
pour y procéder : le choix et le sort. Pour Montesquieu, le suffrage
par le sort est de la nature de la démocratie car il est une façon
d’élire qui n’afflige personne, il laisse à chaque Citoyen une
espérance raisonnable de servir la patrie. Mais Rousseau estime que ce
ne sont pas là des raisons. L’élection des chefs est une fonction du
Gouvernement et non de la Souveraineté. Dans toute véritable Démocratie
la magistrature n’est pas un avantage mais une charge onéreuse (c’était
le cas dans la Démocratie de la Grèce antique) qu’on ne peut justement
imposer à un particulier plus qu’à un autre. La loi seule peut imposer
cette charge à celui qui sera désigné par le sort. Les élections par
sort auraient peu d’inconvénients dans une véritable Démocratie. Le
choix convient aux places qui demandent des talents propres comme les
emplois militaires. Le sort convient aux places où suffisent le bon
sens, la justice, l’intégrité : les charges de judicature.
Chapitre IV : Des comices romains.
Après
la fondation de Rome la République naissante, c’est-à-dire, l’armée du
fondateur dut divisée en trois classes qui prirent le nom de tribus.
Chacune de ces tribus dut subdivisée en dix curies et chaque curie en
Décuries donc les chefs étaient les Curions et Décurions. De chaque
tribu on tira un corps de cent Cavaliers appelé Centuries. De ce
partage résulte un inconvénient. La Tribu des Albains et celles des
Sabins restaient au même état alors que celles de Etrangers croissait
sans cesse. Servius changea la division, il abolit les races et proposa
la division tirée des lieux de la ville par chaque tribu. Au lieu de
trois tribus il en fit quatre, chacune d’elle occupait une colline de
Rome et en portait le nom. Afin que cette division ne fût pas seulement
de lieux mais d’hommes, Servius défendit aux habitants d’un quartier de
passer dans un autre. Il acheva de distinguer le corps des Chevaliers
de celui du peuple en doublant les trois anciennes Centuries de
cavalerie et y en ajouta douze autres. Aux quatre tribus urbaines,
Servius en ajouta quinze autres appelées Tibus rustiques parce qu’elles
étaient tirées des habitants de la campagne. Il y en eu de nouvelles et
le Peuple romain fut divisé en trente-cinq tribus. De cette distinction
des Tribus de la ville et celles de la campagne résultat un effet qui
permit à tome de conserver se moeurs et d’accroisser son empire. Les
soutiens de la République furent cherchés dans les tribus rustiques. La
vie simple et laborieuse des villageois fut préférée à la vie oisive
des Bourgeois de Rome. Mais cette situation engendra un abus. Les
censeurs s’arrogèrent le droit de transférer les citoyens d’une Tribu à
l’autre et permirent à la plupart de se faire inscrire dans celle qui
leur plaisait. Les puissants se faisaient inscrire dans les tribus de
la campagne et les affranchis devenus Citoyens restaient avec la
populace dans celles de la ville. Les tribus en général n’eurent plus
de territoire et elles se trouvèrent tellement mêlées qu’on ne pouvait
en discerner les membres que par les registres et le mot Tribu passa du
réel au personnel. Il arriva que les Tribus de la ville se trouvèrent
les plus fortes dans les comices et vendirent l’Etat à ceux qui
achetaient les suffrages. L’instituteur fit dix curies en chaque tribu.
Tout le peuple romain alors renfermé dans les murs de la ville se
trouva composé de trente curies. Ce nombre ne pouvant se répartir
également dans les quatre Tribus de Servius, il n’y toucha pas et les
curies indépendantes des tribus devinrent une autre division des
habitants de Rome. Mais il ne fut point question de Curies dans les
Tribus rustiques. Ainsi, quoique tout citoyen fût inscrit dans une
tribu, il s’en fallait beaucoup que chacun ne le fût dans une curie.
Servius fit une troisième division. Il distribua tout le peuple romain
en six classes sans distinctions de lieux ni d’hommes mais par les
biens. Les premières classes étaient les riches et les dernières les
pauvres. Les six classes étaient subdivisées en 193 autres corps
appelés centuries. La première classe en comprenait plus de la moitié
et la dernière classe n’en formait qu’une seule. Il se trouva que la
classe la moins nombreuse en hommes l’était le plus en centuries et que
la dernière classe n’était comptée que pour une subdivision alors
qu’elle contenait la moitié des habitants de Rome. Afin que le peuple
comprit moins les conséquences de cette dernière forme, Servius affecta
de lui donner un air militaire : il inséra dans la seconde classe deux
centuries d’armuriers et deux instruments de guerre dans la quatrième.
Dans chaque classe, sauf la dernière, il distingua les jeunes et les
vieux, ceux qui pouvaient porter les armes e ceux qui en étaient
exemptés. Dans la dernière classe, il n’y eut pas de distinction d’âge
parce qu’on n’accordait pas à la populace l’honneur de porter les
armes. On distingua pourtant dans la dernière classe les prolétaires
(ceux qui n’ont que leurs enfants pour richesse à faire valoir à
l’Etat) aux Capite Censi. A Rome, les assemblées légitimement
convoquées s’appelèrent comices. Elles se tenaient dans la place de
Rome ou au champ de Mars. Elles se distinguaient en comices par curies,
comices par centuries, et comices par Tribus. Les comices par Curies
étaient de l’institution de Romulus, ceux par Centuries de Servius,
ceux par Tribus des Tribuns du peuple. Aucun magistrat n’était élu que
dans les comices, comme tous les citoyens étaient inscrits dans une
Curie, une Centurie ou une Tribu aucun n’était exclu du suffrage et le
Peuple romain était vraiment Souverain de droit et de fait. Pour que
les comices fussent légitimement assemblés il fallait que le corps ou
le Magistrat fût revêtu pour cela de l’autorité nécessaire, que
l’assemblée se fît un des jours permis par la loi et que les augures
fussent favorables. Rousseau a tort sur le fonctionnement des Comices
car le peuple romain n’était pas souverain de droit et de fait. Le
peuple ne possédait aucun moyen d’imposer sa volonté de se réunir,
aucun droit d’initiative ni d’amendement au projet qu’on lui
soumettait. Pour les élections, rien ne pouvait contraindre le
président de présenter au peuple tous les noms des candidats et seuls
comptaient les suffrages exprimés en faveur de ceux retenus par le
président. De plus comme les votes s’exprimaient dans l’ordre
hiérarchique des classes, les centuries de la quatrième et de la
cinquième classe ne votaient presque jamais. Pour Rousseau, les lois et
l’élection des chefs n’étaient pas les seuls point soumis au jugement
des comices car le sort de l’Europe était réglé dans les assemblées.
Romulus en instituant les curies voulait contenir le Sénat par le
peuple et le peuple par le Sénat, en dominant également sur tous. Il
laissa plus d’avantages aux Patriciens par l’influence de leurs clients
sur la pluralité des suffrages. La division par centuries était
favorable à l’Aristocratie. Des 193 centuries qui formaient les six
classes de tout le peuple romain, la première classe en comprenait 98
et les voix ne comptant que par centuries, cette seule première classe
l’emportait en nombre de voix sur toutes les autres. On peut donc dire
que dans les comices par centuries les affaires se réglaient à la
pluralité des écus plus qu’à celle des voix. Mais cette extrême
autorité était tempérée par les Tribuns et les Plébéiens qui
balançaient le crédit des Patriciens. Parfois, au lieu de faire voter
les Centuries selon leur ordre, on en tirait une au sort et celle-là
procédait seule à l’élection. Les comices par tribus étaient proprement
le conseil du peuple romain. Ils ne se convoquaient que par les Tribuns
qui y étaient élus et y passaient leurs plébiscites. Le Sénat n’avait
pas le droit d’y assister et était forcé d’obéir à des lois qu’il
n’avait pas votées. Pour Rousseau, le moindre prolétaire pouvait autant
que le Prince du Sénat ce que l’histoire dément. En effet, à Rome, les
votes se comptaient par groupes et non par têtes. La répartition des
citoyens entre les groupes exerçait une influence décisive sur la
formation de la majorité officielle de l’assemblée. Cette majorité
officielle pouvait être très différente de la majorité réelle. La
vision de Rome de Rousseau est donc très idéalisée et contraire à la
réalité.
Chapitre V : Du Tribunat.
Le
Tribunat est le conservateur des lois et du pouvoir législatif. Il sert
quelquefois à protéger le Souverain contre le Gouvernement. Le Tribunat
ne doit avoir aucune portion de la puissance législative ni de
l’exécutive et c’est parce qu’il ne peut rien faire qu’il peut tout
empêcher. Il dégénère en tyrannie quand il usurpe la puissance
exécutive dont il n’est que le modérateur et qu’il veut dispenser les
lois qu’il ne doit que protéger. Le Tribunat d’affaiblir comme le
Gouvernement par la multiplication de ses membres. Le meilleur moyen de
prévenir les usurpations du Tribunat serait de ne pas rendre ce corps
permanent et de le supprimer par intervalles.
Chapitre VI : De la dictature.
L’inflexibilité
des lois, qui les empêche de se plier aux événement, peut en certains
cas les rendre pernicieuses, et causer par elles la perte de l’Etat
dans sa crise. Il ne faut donc pas vouloir affermir les institutions
politiques jusqu’à s’ôter le pouvoir d’en suspendre l’effet. Mais on ne
doit jamais arrêter le pouvoir des lois que quand il s’agit du salut de
la patrie. Dans ces cas rares on confie la charge de la sûreté publique
à celui qui s’en montre le plus digne. On peut concentrer le
gouvernement dans un ou deux de ses membres ce qui n’altère pas
l’autorité des lois mais seulement la forme de leur administration. Si
le péril est tel que les lois forment un obstacle pour s’en garantir,
alors on nomme un chef suprême qui suspend un moment l’autorité
souveraine. La volonté générale est alors que l’Etat ne périsse pas.
Mais la suspension de l’autorité législative ne l’abolit point car le
magistrat qui la domine ne peut faire des nouvelles lois. A Rome, un
des deux consuls nommait un dictateur, ce qui eut lieu souvent dans les
commencements de la République parce que l’Etat n’était pas encore
solide. Pour Rousseau, de quelque manière que cette importante
commission soit conférée, il importe de fixer la durée de la dictature
à un terme très court sinon passé le besoin pressant la dictature
deviendrait tyrannique ou vaine. A Rome, les Dictateurs ne l’étaient
que pour six mois. Ce cas de pleins pouvoirs pour force majeure existe
en France grâce à l’article 16 de la constitution de la Vè République
qui permet au Président d’avoir le même rôle que les Dictateurs de Rome.
Chapitre VII : De la censure
La
déclaration du jugement public se fait par la censure. L’opinion
publique est l’espèce de loi dont le censeur est le ministre et qu’il
ne fait qu’appliquer aux cas particuliers. Chez tous les peuples du
monde, ce n’est point la nature mais l’opinion qui décide du choix de
leurs plaisirs. Les opinions d’un peuple naissent de sa législation. La
censure sert à conserver les moeurs pas à les rétablir. L’opinion
publique n’étant point soumise à la contrainte, il n’en faut aucun
vestige dans le tribunal établi pour la représenter.
Chapitre VIII : De la religion civile
Les
hommes n’eurent point d’abord d’autres Rois que les Dieux ni d’autre
Gouvernement que le théocratique. Il y eut autant de dieux que de
peuples. Ainsi des divisions nationales résulta le polythéisme et
l’intolérance théologique. Chaque Religion était uniquement attachée
aux lois de l’Etat qui la prescrivait. Il n’y avait point d’autre
manière de convertir le peuple que de l’asservir. Rousseau estime
qu’avec le christianisme le système théologique a été séparé du système
et que l’Etat cessa d’être un. pour lui, le prétendu royaume chrétien
de l’autre monde est devenu sous un Chef visible, le Pape, le plus
violent despotisme dans celui-ci. Partout où le clergé fait un corps,
il est maître et législateur dans sa partie. Il y a donc deux
puissances, deux Souverains. Hobbes a osé proposer de réunir les deux
têtes de l’aigle et de tout ramener à l’unité politique mais il a dû
voir que l’esprit dominateur du christianisme était incompatible avec
son système. Pour Rousseau, la Religion peut se diviser en deux espèces
: la Religion de l’homme et celle du citoyen. La première sans temple
et sans rite, bornée au culte intérieur du Dieu et aux devoirs éternels
de la morale est la simple Religion, l’Evangile, le droit divin
naturel. La deuxième inscrite dans un seul pays lui donne ses Dieux et
ses Patrons. Elle a ses dogmes, ses rites, son culte extérieurs
prescrit par des lois. Hors la seule nation qui la suit tout est pour
elle infidèle, étranger, barbare. Telles furent les Religions des
premiers peuples qu’on peut appeler droit divin civil. Il y a une
troisième sorte de Religion qui donne aux hommes deux législations,
deux chefs, deux patries et les empêchent d’être à la fois dévots et
citoyens. Tel est le christianisme romain. C’est la religion du Prêtre
avec un droit mixte. Rousseau est précurseur quand il affirme à propos
des religions : « Toutes les institutions qui mettent l’homme en
contradiction avec lui-même ne valent rien ». Si on suit Rousseau qui
est bien séduisant on peut dire sans se tromper que le Christianisme
qui refuse le préservatif ne vaut rien, que l’Islam qui méprise les
femmes ne vaut rien et que toutes les sectes sont du même tonneau.
Reste
la Religion de l’homme, le christianisme de l’Evangile. Par cette
Religion, les hommes se reconnaissent tous pour frères et la société
qui les unit ne se dissout pas. Mais cette Religion détache les
citoyens de l’Etat ce qui est contraire à l’esprit social. Une société
de vrais chrétiens ne serait plus une société d’hommes. La patrie du
chrétien n’est pas de ce monde, il craint de s’enorgueillir de la
gloire de son pays et si l’Etat dépérit il bénit la main de Dieu qui
s’appesantit sur son peuple. Pour que la société soit paisible, il
faudrait que tous les citoyens soient également de bons chrétiens. S’il
s’y trouve un seul ambitieux, celui-là aura bon marché de ses
compatriotes car la charité chrétienne ne permet pas aisément de penser
mal de son prochain. Pour chasser l’usurpateur, il faudrait verser du
sang c qui s’accorde mal avec la douceur du chrétien. La promesse du
paradis les rend stoïques. Pour Rousseau République et christianisme
sont deux mots qui s’excluent. Le christianisme ne prêche que servitude
et dépendance ce qui est favorable à la tyrannie. Les vrais chrétiens
sont faits pour être esclaves (on pourrait compléter cette idée
rousseauiste en disant que les vrais musulmans, Témoins de Jéhovah,
scientologues sont également esclaves et donc seuls les athées sont
libres). Concernant le droit et le pacte social, il importe bien à
l’Etat que chaque citoyen ait une Religion qui lui fasse aimer ses
devoir mais les dogmes de cette Religion n’intéressent ni l’Etat ni ses
membres qu’autant qu’ils se rapportent aux devoirs des citoyens. Les
dogmes de la Religion civile doivent être simples. L’existence de la
Divinité puissante, bienfaisante, intelligente, prévoyante et
pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiment des
méchants, la sainteté du contrat Social et des lois : voilà les dogmes
positifs, l’intolérance étant le dogme négatif.
Chapitre IX : conclusion
Après
avoir posé les vrais principes du droit politique et tâcher de fonder
l’Etat sur sa base, il resterait à l’appuyer par ses relations externes
(droit des gens, commerce et droit public).
MERCI DE LAISSER DES COMMENTAIRES APRES AVOIR CONSULTE LES ARTICLES QUE
VOUS AVEZ APPRECIES OU S'ILS ONT SERVI POUR VOS RECHERCHES
16 février 2007
Du Contrat social : livre III
Livre III
Chapitre I : Du gouvernement en général
Dans
le corps politique on distingue la force et la volonté. La volonté est
la puissance législative et la force est la puissance exécutive. La
puissance législative appartient au peuple et la puissance exécutive au
gouvernement qui est le ministre du Souverain. Le gouvernement est un
corps intermédiaire établi entre les sujets et le Souverain pour leur
mutuelle correspondance, chargé de l’exécution des lois et du maintien
de la liberté tant civile que politique. Les membres de ce corps
s’appellent Magistrat ou rois, c’est-à-dire Gouverneurs et le corps
entier porte le nom de Prince. Le Gouvernement est l’exercice légitime
de la puissance exécutive et Prince est l’homme ou le corps chargé de
cette administration. Le Gouvernement reçoit du Souverain les ordres
qu’il donne au peuple. Si le Souverain veut gouverner ou le magistrat
veut donner des lois ou si les sujets refusent d’obéir alors règnent le
despotisme ou l’anarchie. Pour Rousseau, plus l’Etat s’agrandit, plus
la liberté diminue car le suffrage du sujet a moins d’influence dans la
rédaction des lois. Dans l’agrandissement d’un Etat plus le
gouvernement doit avoir de force pour contenir le peuple, plus le
Souverain doit en avoir pour contenir le gouvernement. L’Etat existe
par lui-même alors que le Gouvernement n’existe que par le Souverain.
La volonté dominante du Prince ne doit être que la volonté générale ou
la loi. Dès lors que le Prince use de la force publique pour exercer sa
volonté particulière, le corps politique se dissout. Pour que le
Gouvernement ait une existence il lui faut une volonté propre qui tende
à sa conservation. Cette existence particulière suppose des assemblées
et un pouvoir de délibérer. Le corps du gouvernement (les gouverneurs)
doit toujours être prêt à sacrifier le Gouvernement au peuple et non le
peuple au Gouvernement.
Chapitre II : Du principe qui constitue les diverses formes du gouvernement
Rousseau
distingue le Prince du Gouvernement. Ce rapport du Gouvernement aux
Magistrats est d’autant plus grand que ses membres sont plus nombreux.
Donc plus les Magistrats sont nombreux plus le Gouvernement est faible.
Dans la personne du Magistrat, Rousseau distingue trois volontés : la
volonté propre à l’individu, la volonté commune des Magistrats et la
volonté du peuple. Dans une législation parfaite, la volonté
particulière doit être nulle, la volonté commune très subordonnée et la
volonté générale (celle du peuple) toujours dominante. Selon l’ordre
naturel, chaque membre du Gouvernement est premièrement soi-même, puis
Magistrat, puis citoyen. Ce qui est contraire à l’ordre social. Que
tout le Gouvernement soit aux mains d’un seul et la volonté du corps
est parfaitement unie à la volonté particulière. Il s’ensuit que le
plus actif des Gouvernements est celui d’un seul. Au contraire si le
Gouvernement est uni à l’autorité législative et le citoyen sont les
Magistrats alors la volonté du corps est confondue avec la volonté
générale et le Gouvernement sera dans son minimum de force d’activité.
Pour Rousseau, plus le peuple est nombreux, plus la force réprimante
doit augmenter. Mais plus l’Etat s’agrandit et plus le gouvernement
doit se resserrer, tellement que le nombre des chefs diminue en raison
de l’augmentation du peuple.
Chapitre III : division des gouvernements
Rousseau
définit les différents types de gouvernements. Le Souverain peut
commettre le dépôt du Gouvernement à tout le peuple en sorte qu’il y
ait plus de citoyens magistrats que de citoyens simples particuliers,
c’est la Démocratie. Le Souverain peut resserrer le Gouvernement entre
les mains d’un petit nombre et il y a plus de simples citoyens que de
magistrats c’est l’Aristocratie. Le Souverain peut concentrer tout le
Gouvernement dans les mains d’un magistrat unique c’est la Monarchie.
Il estime que chaque forme de gouvernement est la meilleure en certains
cas et la pire en d’autres. Pour lui, la démocratie convient aux petits
Etats, l’aristocratie aux moyens et la monarchie aux grands.
Chapitre IV : De la démocratie
Selon
rousseau, on ne saurait avoir une meilleure constitution que celle où
le pouvoir exécutif est joint au législatif. Mais alors le Prince et le
souverain sont la même personne et forment un gouvernement sans
gouvernement. Il n’est pas bon que celui qui fait les lois les exécute.
Rien n’est plus dangereux que l’influence des intérêts privés dans les
affaires publiques et l’abus des lois par le Gouvernement est un mal
moindre que la corruption du Législateur. Rousseau pense qu’il
n’existera jamais de véritable Démocratie car il est contre l’ordre
naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné.
Quand les fonctions du gouvernement sont partagées entre plusieurs
tribunaux, les moins nombreux acquièrent tôt ou tard la plus grande
autorité la plus grande autorité à cause de la facilité d’expédier les
affaires. Pour qu’il y ait stricte Démocratie, il faudrait un Etat
petit où le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen
connaisse tous les autres, une grande simplicité de moeurs qui
prévienne les discussions épineuses, beaucoup d’égalité dans les rangs
et les fortunes sinon il n’y aurait pas d’égalité dans les droits et
l’autorité. Enfin peu de luxe qui est l’effet des richesses et corrompt
le riche par possession et le pauvre par convoitise. Pour maintenir
toutes ces conditions la vertu devrait être le principe de la
Démocratie. Par ailleurs, la Démocratie est sujette aux guerres civiles
et aux agitations intestines car elle tend continuellement à changer de
forme de gouvernement. Rousseau estime qu’un gouvernement si parfait ne
convient pas aux hommes. La corruption et le fait que les élus soient
souvent au-dessus des lois lui a donné raison. Mais comme disait
Churchill : « La démocratie est le pire des systèmes à l’exception de
tous les autres ».
Chapitre V : De l’Aristocratie
Pour
Rousseau, il y a trois sortes d’Aristocratie : naturelle, élective,
héréditaire. La 1ère ne convient qu’à des peuples simples, la 2è est la
meilleure et la 3è est la pire. L’Aristocratie élective a l’avantage du
choix de ses membres. C’est l’ordre le meilleur et le plus naturel que
les plus sages gouvernent la multitude quand on est sûr qu’ils la
gouverneront pour son profit et non pour le leur. L’Aristocratie exige
moins de vertus que le Gouvernement populaire mais elle exige la
modération dans les riches et le contentement dans les pauvres car une
égalité rigoureuse serait déplacée. Rousseau estime que
l’administration des affaires publiques doit être confiée à ceux qui
peuvent le mieux y donner tout leur temps ce qu’on peut interpréter
comme ceux qui par leur fortune n’ont pas besoin de travailler même
s’il s’en défend en déclarant qu’il y a dans le mérite des hommes des
raisons de préférence plus importante que la richesse. Avec
l’Aristocratie, tout répond au même mobile mais il n’y a point de
Gouvernement où la volonté particulière ait plus d’empire et domine
plus aisément les autres et le but et le but n’est point celui de la
félicité publique. L’intérêt personnel des rois est que le peuple soit
faible, misérable et ne puisse jamais leur résister, c’est ce que
Machiavel a démontré dans « Le Prince » ce qui fait dire à Rousseau que
Machiavel en feignant de donner des leçons aux rois en a donné aux
peuples et que « Le Prince » est le livre des Républicains. Dans la
Monarchie, le gouvernement est dans les mains d’un seul et il se trouve
une trop grande distance entre le Prince et le peuple et l’Etat manque
de liaison. Il est très difficile pour un grand Etat d’être gouverné
par un seul homme. Rousseau estime que dans la Monarchie, la voix
publique parvient à des petits intrigants qui montrent au public leur
ineptie. pour qu’un Etat monarchique pût être bien gouverné, il
faudrait que sa grandeur fût mesurée aux facultés de celui qui gouverne
car il est plus aisé de conquérir que de régir. Les monarchies sont
devenues héréditaires pour éviter toutes disputes à la mort des rois.
On préféré risquer d’avoir pour chef des enfants, des monstres, des
imbéciles que d’avoir à disputer sur les choix des rois. Tout concourt
à priver de justice et de raison un homme élevé pour commander aux
autres. On devrait enseigner aux jeunes princes l’art d’obéir plus que
de régner car, selon Rousseau, on acquiert mieux en obéissant qu’en
commandant. Les monarchies sont inconstantes car elles règlent leurs
plans selon le caractère du roi. Si l’éducation royale corrompt ceux
qui la reçoivent c’est donc vouloir s’abuser que de confondre le
Gouvernement royal avec celui d’un bon roi. Rousseau estime que quand
le Gouvernement est trop lâche, on peut ériger des Tribunaux pour le
concentrer comme cela se pratique dans les Démocraties. On divise ainsi
le Gouvernement pour le renforcer. Rousseau semble donc rejoindre
Montesquieu concernant la séparation des pouvoirs ce qui contredit ce
qu’il disait plus haut sur sa préférence à propos de l’Aristocratie
élective.
Chapitre VIII : Que toute forme de Gouvernement n’est pas propre à tout pays.
Une
fois encore, Rousseau rejoint Montesquieu qui dans l’Esprit des lois
affirmait que la Liberté n’est pas un fruit de tous les climats et
n’est donc pas à la portée de tous les peuples. L’Etat civil ne peut
subsister qu’autant que le travail des hommes rend au-delà de leurs
besoins. Cet excédent dépend du climat, de la fertilité de la terre et
du travail de la terre. De plus, plus les contributions publiques
s’éloignent de leur source et plus elles sont onéreuses. Il suit de là
que plus la distance du Peuple au Gouvernement augmente et plus les
tributs deviennent onéreux. Dans la Démocratie le Peuple est moins
chargé, dans l’Aristocratie il l’est davantage, dans la Monarchie il
porte le plus grand poids. La Monarchie ne convient qu’aux nations
riches, l’Aristocratie aux moyennes et la Démocratie aux pauvres. Donc
les Etats libres tout s’emploie à l’utilité commune, dans les
monarchies, le Gouvernement s’enrichit en affaiblissant. Le despotisme
convient aux pays chauds, la barbarie aux pays froids et la bonne
politie aux régions intermédiaires. Dans les pays chauds les hommes
vivent de peu. Les vêtements aussi diffèrent. Dans les pays chauds on
s’habille pour la parure et l’éclat ailleurs les habits sont meilleurs
et plus simples, il en va de même pour les bâtiments. Pour Rousseau,
les pays chauds ont ont moins besoin d’habitants que les pays froids et
quand ils occupent une grande surface, les révoltes deviennent
difficiles parce qu’on ne peut se concerter vite et secrètement.
L’avantage d’un gouvernement tyrannique est donc d’agir à grands
distances.
Chapitre IX : Des signes d’un bon gouvernement
Rousseau
estime qu’on peut savoir si un peuple est bien ou mal gouverné aux
signes qu’il donne. Les sujets vantent la tranquillité publique, les
citoyens la liberté des particuliers; l’un préfère la sûreté des
possessions et l’autre celle des personnes. Pour Rousseau, la fin de
l’association politique c’est la conservation et la prospérité de ses
membres. Le Gouvernement sous lequel le peuple se multiplie
naturellement est donc le meilleur. Celui sous lequel un peuple diminue
et dépérit est le pire.
Chapitre X : De l’abus du gouvernement et de sa pente à dégénérer.
Le
Gouvernement agit sans cesse contre la souveraineté ce qui altère la
constitution. Quand le Prince (gouvernement) opprime le Souverain
(peuple) il rompt le traité social. Un gouvernement dégénère quand il
se resserre ou se dissout. Il se resserre quand il passe du grand
nombre au petit : de la démocratie à l’Aristocratie et de
l’Aristocratie à la Royauté. L’Etat se dissous quand le Prince ne
l’administre plus selon les lois et qu’il usurpe le pouvoir souverain
ou quand les membres du gouvernement usurpent séparément le pouvoir
alors on a autant de Princes que de Magistrats. Quand l’Etat se
dissout, l’abus du Gouvernement s’appelle Anarchie. La Démocratie
dégénère en Ochlocratie, l’Aristocratie en oligarchie et la Royauté en
Tyrannie. Pour Rousseau, le tyran est l’usurpateur de l’autorité alors
que le despote est celui qui se met au-dessus des lois. Ainsi, si on
suit la logique de Rousseau, de nombreux dirigeants de la Vè République
pourraient être considérés comme despotes, ce qui laisse réfléchir.
Chapitre XI : De la mort du corps politique
Le
corps politique, comme le corps de l’homme, commence à mourir dès sa
naissance et porte en lui-même les causes de sa destruction. La
constitution de l’homme est l’ouvrage de la nature, celle de l’Etat est
l’ouvrage de l’art. Il dépend des hommes de prolonger la vie de l’Etat.
Le principe de la vie politique est dans l’autorité souveraine. La
puissance législative est le coeur de l’Etat et la puissance exécutive
en est le cerveau qui donne le mouvement à toutes les parties. Le
cerveau peut tomber en paralysie mais pas le coeur. L’Etat ne subsiste
pas par les lois mais par le pouvoir législatif. On porte du respect
aux anciennes lois car loin de s’affaiblir elles acquièrent sans cesse
une force nouvelle dans tout Etat bien constitué. Là où les lois
s’affaiblissaient en vieillissant il n’y a plus de pouvoir législatif.
Chapitre XII : Comment se maintient l’autorité souveraine.
Le
Souverain n’ayant d’autre force que la puissance législative n’agit que
par des lois lesquelles sont issues de la volonté générale. Donc, le
Souverain ne peut agir que quand le peuple est assemblé.
Chapitre XIII : Suite.
Il
ne suffit pas que le peuple assemblé ait une fois fixé la constitution
de l’Etat en donnant la sanction à un corps de lois, il ne suffit pas
qu’il ait établi un Gouvernement perpétuel ou qu’il ait pourvu une fois
pour toutes à l’élection des magistrats. Il faut qu’il y ait des
assemblées fixes où le peuple serait légitiment convoqué par la loi.
Mais toute assemblée du peuple non convoquée par les magistrats est
illégitime et tout ce qu’il s’y fait doit être tenu pour nul.
L’autorité souveraine est simple et une on ne peut la diviser sans la
détruire. Rousseau est donc pour la centralisation du pouvoir de l’Etat
? Non, ce n’est pas si simple car il estime qu’il ne faut point
souffrir de capitale et qu’il vaut mieux faire siéger le Gouvernement
alternativement dans chaque ville ce qui ne s’est jamais fait dans
aucune démocratie actuelle.
Pour que l’Etat soit fort, il faut peupler également le territoire, y étendre les mêmes droits.
Chapitre XIV : Suite.
A
l’instant que le Peuple est légitimement assemblé en corps souverain,
toute juridiction du gouvernement cesse, la puissance exécutive est
suspendue, et la personne du dernier Citoyen est aussi sacrée que celle
du premier magistrat, parce qu’où se trouve le Représenté, il n’y a
plus de Représentant. C’est de cette phrase qu’on attribue à Rousseau
l’apologie de la Démocratie participative contre la Démocratie
représentative. Mais Rousseau a dit pourtant que le Peuple n’était
souverain que quand il était convoqué par les Magistrats. Pour
Rousseau, il ne s’agit que d’intervalles de suspension où le Prince
doit reconnaître les assemblées du peuple comme supérieures. Cette
démocratie participative n’est donc pas l’habitude pour Rousseau, il
est donc important de relativiser le parti pris du philosophe sur cette
question.
Chapitre XV : Des députés ou représentants.
Rousseau
estime que les Citoyens aiment mieux servir de leur bourse que de leur
personne. Ils préfèrent payer des soldats et rester chez eux ou nommer
des Députés et rester chez eux. Pour Rousseau, c’est la paresse des
citoyens qui les oblige à payer plutôt qu’à servir. Mais pour lui ce
mot de « finance » est un mot d’esclave. Dans un Etat vraiment libre
les Citoyens font tout avec leurs bras et rien avec de l’argent. Il
estime que les corvées sont moins contraires à la liberté que les
taxes. Mieux l’Etat est constitué, plus les affaires publiques
l’emportent sur les privées dans l’esprit des Citoyens. Mais Rousseau,
sans le savoir, a donné des idées aux partisans du totalitarisme en
estimant que la vie publique devait l’emporter sur l’individualisme car
c’est comme cela que l’Union Soviétique a fonctionné.
Pour rousseau,
dans une cité bien conduite chacun vole aux assemblées : sous un
mauvais Gouvernement nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre parce
que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait. La création des Députés ou
Représentants vient selon Rousseau de l’attiédissement de l’amour de la
patrie, de l’activité de l’intérêt privé et de l’abus du gouvernement.
Pour Rousseau, la Souveraineté ne peut donc être représentée parce
qu’elle ne peut être aliénée. Elle consiste essentiellement dans la
volonté générale et celle-ci ne se représente point. Les députés du
peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont
que ses commissaires. Toute la loi que le Peuple en personne n’a pas
ratifiée est nulle. Pour rousseau, on peut pense que toute loi devrait
passer par référendum. Par exemple, quand le peuple pense être libre,
il se trompe car il ne l’est que durant l’élection des membres du
Parlement. Sitôt qu’ils sont élus, le peuple est esclave. Rousseau
semble donc être effectivement radicalement opposé à la démocratie
représentative car elle rendrait le peuple esclave entre les élections
mais cela ne signifie pas pour autant qu’il est pour la convocation
permanente du peuple pour participer au pouvoir. Pour lui, la loi
n’étant que la déclaration de la volonté générale, il est clair que
dans la puissance législative le peuple ne peut être représenté.
Toutefois, il faut mettre un bémol au rejet par Rousseau de tout
représentant car s’il est contre une représentation législative il
affirme que le peuple peut et doit être représenté dans la puissance
exécutive qui n’est que la force appliquée à la Loi. Rousseau serait
donc aujourd’hui favorable à l’élection du Président de la République
mais pas à l’élection des députés et des sénateurs.
Chapitre XVI : Que l’institution du gouvernement n’est point un contrat.
Le
pouvoir exécutif n’opère que par des actes particuliers n’étant pas de
l’essence du pouvoir législatif. Quand le Souverain donne au Prince le
droit d’instituer le Gouvernement, il lui donne en même temps ce droit
indispensable pour faire vivre le corps politique : celui de
reconnaître que tous les citoyens sont égaux par le contrat social.
L’autorité suprême ne peut pas plus se modifier que ne peut se donner
un supérieur. L’acte d’établissement d’un gouvernement n’est pas un
contrat entre le Peuple et les chefs qu’il se donne car il serait un
acte particulier et non une loi et par conséquent il serait illégitime.
Pour Rousseau, il n’y a qu’un contrat dans l’Etat, c’est celui de
l’association qui en exclut tout autre.
Chapitre XVII : De l’institution du gouvernement
L’institution
du Gouvernement est un acte composé de deux autres, l’établissement de
la loi et l’exécution de la loi. L’établissement de la loi intervient
quand le Souverain statue qu’il y aura un corps de Gouvernement.
L’exécution de la loi consiste pour le Peuple à nommer les chefs qui
seront chargés du Gouvernement établi. au moment d’instituer le
Gouvernement, le Peuple qui n’était que Souverain devient Prince
exceptionnellement.
Chapitre XVIII : Moyen de prévenir les usurpations du gouvernement.
L’acte
qui institue le Gouvernement est une Loi et les dépositaires de la
puissance exécutive ne sont point les maîtres du peuple mais ses
officiers qu’il peut les établir et les destituer quand il leur plaît.
Les assemblées périodiques du Peuple sont propres à prévenir toute
usurpation du gouvernement surtout quand elles n’ont pas besoin de
convocation formelle car le Prince ne saurait les empêcher sans se
déclarer ennemi de l’Etat. L’ouverture de ces assemblées doit toujours
se faire par deux propositions : 1) « s’il plaît au Souverain de
conserver la présente forme du Gouvernement », 2) « S’il plaît au
Peuple d’en laisser l’administration à ceux qui en sont actuellement
chargés ».
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08 février 2007
Le Contrat social : Livre II
Livre II
Chapitre I : Que la souveraineté est inaliénable
La
société doit être gouvernée uniquement sur l’intérêt commun. La
souveraineté n’étant que l’exercice de la volonté générale ne peut
jamais s’aliéner. La volonté particulière tend par sa nature aux
préférences et la volonté générale à l’égalité. La volonté
particulière, elle ne peut donc se donner des chaînes pour l’avenir.
Chapitre II : que la souveraineté est indivisible
La
volonté générale est celle du corps du peuple et non seulement d’une
partie elle est un acte de souveraineté et fait loi. Rousseau évoque la
division des pouvoirs sans en appeler à la séparation (ce qui sera le
rôle de Montesquieu). Il affirme que nos politiques divisent la
souveraineté en force et en volonté : puissance exécutive, puissance
législative, justice, impôts. Selon lui, démembrer le corps social est
une erreur qui vient de ne s’être pas fait des notions exactes de
l’autorité souveraine et d’avoir pris pour des parties de cette
autorité ce qui n’en était que des émanations.
chapitre III : Si la volonté général peut errer
Rousseau
estime que la volonté de tous diffère de la volonté générale. La
volonté de tous regarde l’intérêt privé et n’est qu’une somme de
volontés particulières. Il suffit d’y ôter les plus et les moins qui
s’entre-détruisent afin que reste pour somme des différences la volonté
générale. Il importe pour avoir bien l’énoncé de la volonté générale
qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’Etat et que chaque
citoyen n’opine que d’après lui que s’il y a des sociétés partielles,
il en faut multiplier le nombre et en prévenir l’inégalité. Rousseau
revendique donc avant l’heure la République une et indivisible ce qui
donne à réfléchir en ce qui concerne le communautarisme d’aujourd’hui.
Chapitre IV : Des bornes du pouvoir souverain
Le
pacte social donne au corps politique un pouvoir absolu sur tous les
siens et c’est ce même pouvoir, qui, dirigé par la volonté générale
porte le nom de souveraineté. Tous les services qu’un citoyen peut
rendre à l’Etat, il les lui doit sitôt que le Souverain les demande
mais le Souverain de son côté ne peut charger les sujets d’aucune
chaîne inutile à la communauté. Les engagements qui nous lient au corps
social ne sont obligatoires que parce qu’ils sont mutuels et leur
nature est telle qu’en les remplissant on ne peut travailler pour
autrui sans travailler pour soi. Ce qui généralise la volonté est moins
le nombre des voix, que l’intérêt commun qui les unit : car dans cette
institution chacun se soumet nécessairement aux conditions qu’il impose
aux autres. Le pacte social établit entre les citoyens une telle
égalité qu’ils s’engagent tous sous les mêmes droits. Ainsi, tout acte
de souveraineté (tout acte de la volonté générale) oblige ou favorise
également tous les citoyens. Un acte de souveraineté est une convention
du corps avec chacun de ses membres. Ainsi, les sujets n’obéissent à
personne mais seulement à leur propre volonté. Le pouvoir souverain ne
peut passer les bornes des conventions générales. Tout homme peut donc
disposer pleinement de ce qui lui a été laissé de ses biens et de sa
liberté par ces conventions. Dans le contrat social, il n’y a aucune
renonciation véritable car la situation des particuliers se trouve
améliorer par l’effet de ce contrat.
Chapitre V : du droit de vie et de mort
Dans
ce chapitre, Rousseau réfléchit à la peine de mort. Il se demande
comment le Souverain pourrait disposer du droit de vie sur les
particuliers alors que ceux-ci ne l’ont pas pour eux-mêmes. Le traité
social a pour fin la conservation des contractants. La vie du citoyen
n’est plus seulement un bienfait de la nature mais un conditionnel à
l’Etat. Rousseau est favorable à la peine de mort ce qui peut
surprendre aujourd’hui. Il considère tout malfaiteur attaquant le droit
social comme rebelle et traître à la patrie. Celui-ci cesse d’en être
membre en violant ses lois alors la conservation de l’Etat est
incompatible avec la sienne, il faut qu’un des deux périsse. Quand on
fait mourir le coupable, c’est moins comme Citoyen que comme ennemi.
Rousseau tente de tempérer son parti pris pour la peine capitale en
affirmant qu’il n’y a point de méchant qu’on ne peut rendre bon à
quelque chose et qu’on a le droit de faire mourir que celui qu’on ne
peut conserver sans danger. Dans un Etat bien gouverné, il y a peu de
punitions parce qu’il y a peu de criminels.
Chapitre VI : De la loi
Il
faut des conventions et des lois pour unir les droits aux devoirs et
ramener la justice à son objet. Pour Rousseau, il y a loi quand la
matière sur laquelle on statue est générale comme la volonté qui
statue. La loi considère les sujets en corps et les actions comme
abstraites, jamais un homme comme individu ni une action particulière.
Donc toute fonction qui se rapporte à un objet individuel n’appartient
point à la puissance législative. Les lois sont des actes de la volonté
générale, le Prince ne peut donc être au-dessus d’elles puisqu’il est
membre de l’Etat. Rousseau appelle République tout Etat régi par des
lois sous quelque forme d’administration que cela puisse être. Le
Peuple soumis aux lois en doit être l’auteur.
Chapitre VII : Du législateur
Rousseau
estime qu’il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes, une
intelligence supérieure qui vît toutes les passions des hommes sans en
éprouver aucune. Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit
se sentir en état de changer la nature humaine pour substituer une
existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante.
La législation est au plus au point de perfections quand chaque citoyen
ne peut rien que par les autres et que la force acquise par le tout est
égale ou supérieure à la somme des forces naturelles de tous les
individus. Le législateur n’est pas le souverain car celui qui commande
aux hommes ne doit pas commander aux lois et inversement sans quoi ses
lois ne feraient que perpétuer des injustices. Celui qui rédige les
lois ne doit donc avoir aucun droit législatif car il appartient au
peuple. Pour que les hommes suivent les règles fondamentales de la
raison d’Etat, il faudrait que l’effet devienne la cause et que le
peuple soit avant les lois ce qu’il doit devenir par elles. Le
législateur ne pouvant employer ni la force ni le raisonnement devrait
recourir à une autorité d’un autre ordre comme l’autorité divine. Il ne
faut pas conclure que la politique et la religion aient parmi nous un
objet commun mais que dans l’origine des nations l’une sert
d’instrument à l’autre. Aujourd’hui, et depuis la loi de 1905, cette
fonction d’origine divine du Législateur est totalement dépassée en
France mais pas dans les pays anglo-saxons et les régimes théocratiques.
Chapitre VIII : du peuple
Le
sage instituteur ne commence pas par rédiger de bonnes lois n
elles-mêmes, mais il examine auparavant si le peuple auquel il les
destine est propre à les supporter. Les Peuples ainsi que les hommes ne
sont dociles que dans leur jeunesse, ils deviennent incorrigibles en
vieillissant. Il est dangereux et vain de vouloir réformer les coutume
quand elles sont établies. Parfois l’Etat, embrasé par les guerres
civiles renaît de ses cendres et reprend la vigueur de la jeunesse mais
cela est rare et ces événements n’ont lieu deux fois pour le même
peuple car il peut se rendre libre tant qu’il n’est que barbare. Alors
les troubles peuvent le détruire sans que les révolutions puissent le
rétablir, on peut acquérir la liberté, mais on ne la recouvre jamais.
Rousseau s’est trompé car le peuple français s’est toujours rétabli
après les révolutions de 1789, 1830 et 1848.
Chapitre IX : Suite
Dans
la constitution d’un Etat, il y a des bornes à l’étendue qu’il peut
avoir. Il y a dans tout corps politique un maximum de force qu’il ne
saurait dépasser. Plus le lien social s’étend, plus il se relâche.
L’administration devient plus pénible dans les grandes distances et
plus onéreux quand les degrés se multiplient. Le Gouvernement a moins
de vigueur pour faire observer les lois et le peuple a moins
d’affection pour ses chefs qu’il ne voit jamais. L’Etat doit se donner
une base pour avoir de la solidité, pour résister aux secousses. On
doit plus compter sur la vigueur qui naît d’un bon gouvernement que sur
les ressources que fournit un grand territoire.
Chapitre X : Suite
On
peut mesurer un corps politique par l’étendu du territoire et par le
nombre du peuple. Le rapport est que la terre suffise à nourrir les
habitants. C’est dans cette proportion que se trouve le maximum de
force d’un nombre donné de peuple. Tout peuple qui n’a par sa position
que l’alternative entre le commerce ou la guerre est faible en lui-même
car il dépend de ses voisins et des événements. Le législateur ne doit
pas fonder son jugement sur ce qu’il voit mais sur ce qu’il prévoit
pour donner un bon rapport entre l’étendue de terre et le nombre
d’hommes qui l’habitent (démographie, culture, plaines ou montagnes).
Pour instituer un peuple, il faut jouir de l’abondance et de la paix.
Les usurpateurs choisissent toujours les temps de troubles pour faire
passer, à la faveur de l’effroi public des lois destructives que le
peuple n’adopterait jamais de sang froid. Pour que le peuple soit
propre à la législation, il faut qu’il soit lié par une union
d’intérêt, n’ait pas de coutumes enracinées, ne craigne pas d’invasion
subite, puisse se suffire à lui-même, qu’il réunisse la consistance
d’un ancien peuple avec la docilité d’un peuple nouveau. La difficulté
du législateur est moins d’établir que de ce qu’il faut détruire. Peu
d’Etats sont bien constitués parce qu’ils ne réunissent pas toutes ces
conditions.
Chapitre XI : Des divers systèmes de législation
Le
plus grand bien de tous qui doit être la fin de tout système de
législation, se réduit à la liberté et l’égalité. La liberté, parce que
toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de
l’Etat et l’égalité, parce que la liberté ne peut subsister sans elle.
L’égalité selon Rousseau, ce n’est pas le communisme puisqu’il affirme
que la puissance doit s’exercer mais en vertu du rang et des lois et
que la richesse n’est pas à proscrire mais que nul citoyen ne soit
assez opulent pour pouvoir en acheter un autre et nul assez pauvre pour
être contraint de se vendre. L’abus est inévitable mais il doit être
réglé. La force de la législation doit toujours tendre à maintenir
l’égalité. Pour que la constitution d’un Etat soit solide et durable il
faut que les rapports naturels (ce qui naît de la nature des choses)
tombent toujours de concert avec les lois.
Chapitre XII : Division des lois
Il
existe des lois politiques ou lois fondamentales qui règlent le rapport
du souverain à l’Etat. Les lois civiles règlent la relation des membres
entre eux ou des membres avec le corps entier. Chaque citoyen doit être
dans une parfaite indépendante de tous les autres et dans une excessive
dépendance de la Cité. Il a les lois criminelles qui règlent la
relation entre l’homme et la loi en cas de désobéissance. Les moeurs et
l’opinion sont gravées dans le coeur des citoyens et font la véritable
constitution de l’Etat car elles conservent le peuple dans l’esprit de
son institution.
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Le contrat Social : Livre I
Livre I chapitre 1 Sujet de ce premier livre
Rousseau
commence par un constat propre à son époque : « l’homme est né libre,
et partout il est dans les fers ». L’ordre social est sacré et sert de
base à tous les autres mais il n’est pas naturel, il repose sur des
conventions.
Chapitre 2 : des premières sociétés
Rousseau
place la famille comme origine des sociétés politiques. Le chef est le
père et les enfants sont le peuple. Le lien qui unit la famille se
dissout sitôt que les enfants n’ont plus besoin du père, si le lien
perdure ce n’est plus naturellement mais par convention. Ce qui
différencie l’Etat de la famille c’est que dans la famille, l’amour du
père le paye des soins qu’il rend à ses enfants alors que dans l’Etat,
le plaisir de commander supplée à cet amour que le chef n’ pas pour le
peuple. Tout pouvoir humain ne serait pas établi en faveur des
gouvernés, de là l’esclavage. Rousseau critique ceux qui comme Hobbes
et Caligula estiment que les chefs sont d’une nature supérieure à celle
de leurs peuples. Aristote avant eux avait affirmé que les hommes ne
sont point naturellement égaux, que certains naissent pour l’esclavage
d’autres pour la domination. Rousseau lui donne raison mais pense que
c’est la lâcheté et la perte du désir de sortir des fers qui laissent
les hommes dans l’esclavage.
Chapitre III : Du droit du plus fort
Le
fort s’il veut rester maître doit transformer sa force en droit et
l’obéissance en devoir. S’il faut obéir par force, nul n’est besoin
d’obéir par devoir. Le mot droit n’ajoute donc rien à la force.
Chapitre IV : De l’esclavage
Toute
autorité légitime parmi les hommes repose sur des conventions. Aliéner,
c’est donner ou vendre. Le peuple se vend au roi, or renoncer à sa
liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité,
même à ses devoirs et sans dédommagement. La guerre relève également de
l’esclavage puisqu’elle n’est point une relation d’homme à homme mais
une relation d’Etat à Etat dans laquelle les particuliers ne sont
ennemis qu’accidentellement. La guerre ne donne pas au vainqueur le
droit de massacrer les peuples vaincus ni de les asservir. Pour
Rousseau, on n’a le droit de tuer l’ennemi que quand on ne peut le
faire esclave; le droit de le faire esclave ne vient donc pas du droit
de le tuer : c’est donc un échange inique de lui faire acheter au prix
de sa liberté sa vie, sur laquelle on n’a aucun droit. Rousseau est
souvent contradictoire dans le Contrat Social. Ici il affirme qu’on a
le droit de tuer l’ennemi mais qu’on a aucun droit sur la liberté de sa
vie. Ces contradictions ont amené des interprétations paradoxales sur
le Rousseauisme. Rousseau conclue ce chapitre en déclarant : « le droit
d’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais
parce qu’il est absurde et ne signifie rien.
Chapitre V : Qu’il faut toujours remonter à une première convention.
Pour
Rousseau, il existe toujours une grande différence entre soumettre une
multitude et régir une société. Des hommes épars soumis à un seul
représente une agrégation mais pas une association car il n’y a ni bien
public ni corps politique.
Chapitre VI : Du pacte social
Le
Contrat social donne la solution au problème suivant : « trouver une
forme d’association qui défende et protège de toute le force commune la
personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun,
s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi
libre qu’auparavant. » Les clauses de ce contrat sont déterminées par
la nature de l’acte et la moindre modification les rendrait vaines. Si
le pacte est violé chacun rentre dans ses premiers droits, il reprend
sa liberté naturelle mais perd sa liberté conventionnelle qui était
liée au contrat. La clause principale du pacte social est l’aliénation
totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté ce
qui rend chacun égal à tous. Le pacte social se résume donc ainsi :
chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la
suprême direction de la volonté générale et nous recevons en corps
chaque membre comme partie indivisible du tout. Cet acte d’association
produit un corps moral composé d’autant de membres que l’assemblée a de
voix. Cet acte d’association forme la République. Le corps politique
est représenté par le Souverain quand il est actif et par l’Etat quand
il est passif. Les associés prennent le nom de citoyens.
chapitre VII : Du souverain
L’acte
d’association provoque un engagement réciproque du public avec les
particuliers. Chaque individu est contractant avec lui-même et se
trouve engagé sous un double rapport : comme membre du Souverain envers
les particuliers et comme membre de l’Etat envers le Souverain. Il est
contre la nature du corps politique que le Souverain s’impose une loi
qu’il ne puisse enfreindre. Il ne peut donc y avoir nulle espèce de loi
fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas même le contrat
social. Toutefois le corps politique ou le Souverain tire son être de
la sainteté du contrat et ne peut jamais s’obliger à rien qui déroge à
cet acte primitif comme d’aliéner quelque portion de lui-même. Donc,
violer l’acte par lequel il existe serait s’anéantir et ce qui n’est
rien ne produit rien. Rousseau se contredit et le Contrat social est
donc parfois difficile à interpréter car d’une part il affirme qu’il ne
peut y avoir de loi fondamentale obligatoire mais que violer l’acte
donc le contrat serait s’anéantir. Quand la multitude est réunie en un
corps, on ne peut s’attaquer à un individu sans attaquer le corps
social. Donc le devoir et l’intérêt obligent le corps social et
l’individu à s’entraider mutuellement. Le Souverain étant formé des
particuliers qui le composent ne peut avoir d’intérêt contraire au
leurs ce qui explique qu’il n’a nul besoin de garant ce qui
expliquerait donc le paradoxe précédent : nulle n’est besoin de loi
obligatoire et fondamentale. Mais l’inverse n’est pas vrai car les
sujets ont besoin de moyens pour répondre de leurs engagements envers
le Souverain. Son intérêt particulier peut lui parler tout autrement
que l’intérêt commun. La cause commune peut être considérée comme une
contribution gratuite ce qui peut provoquer le fait de vouloir jouir
des droits du citoyen sans vouloir remplir les devoirs du sujet. Le
pacte social ne peut donc être un vain formulaire. Quiconque refusera
d’obéir à la volonté générale y sera contraint par le corps social ce
qui se définit par un paradoxe : on le forcera à être libre.
Chapitre VIII : de l’Etat civil
Ce
passage de l’état de nature à l’état civil transforme l’homme en
substituant dans sa conduite la justice à l’instinct. Ce devoir succède
à l’impulsion physique. L’homme se voit obligé de consulter sa raison
avant d’écouter ses penchants. Ce que l’homme perd par le contrat
social c’est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le
tente mais il gagne la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il
possède. La liberté naturelle n’a pour bornes que les forces de
l’individu alors que la liberté civile est limité par la volonté
générale.
chapitre IX : Du domaine réel
Sur
la propriété comme droit, Rousseau estime que l’Etat à l’égard de ses
membre est maître de tous leurs biens. Mais ce n’est pas que par le
contrat social que la possession change de nature en changeant de mains
c’est par le fait que la possession publique est plus forte sans être
plus légitime. Cette théorie est ambiguë car elle semble considérer que
la propriété privée n’existe pas pour Rousseau ce qui conforte les
aspects paradoxaux du Contrat social. Or Rousseau respecte la propriété
privée comme il l’affirme dans « Emile ou de l’éducation » : « Si c’est
sur le droit de propriété qu’est fondée l’autorité souveraine, ce droit
est celui qu’elle doit le plus respecter; il est inviolable et sacré
pour elle tant qu’il demeure un droit particulier et individuel
<...> ainsi le souverain n’a nul droit de toucher au bien d’un
particulier, ni de plusieurs; mais il peut légitimement s’emparer du
bien de tous ».
Pour Rousseau, la possession s’acquiert
par le travail et la culture. Il estime que les terres des particuliers
réunies et contiguës deviennent le territoire public. De quelque
manière que se fasse l’acquisition, le droit que chaque particulier a
sur son propre fonds est toujours subordonné au droit que la communauté
a sur tous. Rousseau termine le livre I en déclarant : « le pacte
fondamental substitue une égalité morale et légitime à ce que la nature
avait pu mettre d’inégalité physique entre les hommes, et que, pouvant
être inégaux en force ou en génie, ils deviennent tous égaux par
convention ou de droit. »
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