Trois contes (Flaubert)
Trois contes
Flaubert a écrit les Trois contes entre 1875 et 1877 en se détournant provisoiremen t de l’interminable roman Bouvard et Pecuchet.
Un coeur simple
Félicité est la servante de Madame Aubain. Elle est corvéable à merci pour cent francs par an. Madame Aubain n’est pas agréable. Elle est veuve depuis 1809 et a deux enfants. Félicité loge au second étage de la maison de Madame Aubain. Elle doit se lever à l’aube pour ne pas manquer la messe. Elle travaille jusqu’au soir et s’endort devant l’âtre, son rosaire à la main. Elle est économe, ne marque plus aucun âge depuis la cinquantaine et silencieuse elle paraît fonctionner de manière automatique. A 18 ans, elle avait connu l’amoiur. Elle était fille de basse-cour et avait rencontré Théodore à l’assemblée de Coleville. Il la fit danser et boire. Après quoi, ils se rencontraient au fond des cours. Mais elle n’était pas innocente (les animaux l’avaient instruite) et elle résista. Mais Théodore avait peur de la conscription et épousa une vieille femme très riche pour échapper à l’armée. Alors Félicité gémit et partit pour Pont-l’Evêque. C’est là qu’elle rencontre Mme Aubain qui l’engage comme servante. Félicité doit s’occuper des enfants Paul, 7 ans, et Virginie 4 ans. Félicité est heureuse grâce à la douceur du milieu et sa tristesse a fondu. Les jeudis, Mme Aubain joue aux cartes avec ses mais, les lundis matin, le brocanteur passe. Mme Aubain reçoit parfois la visite du marquis de Gremonville, un de ses oncles, ruiné. Vient aussi, M. Bourrais, ancien avoué qui trouble Félicité. Il gère les propriétés de Mme Aubain. Quand le temps est clair, on s’en va de bonne heure à la ferme de Geffosses. C’est là qu’un jour un taureau en colère manque de tuer Mme Aubain, ses enfants et Félicité mais la servante empêche le drame grâce à sa présence d’esprit. Cet événement pendant bien des années est un sujet de conversation à Pont-l’Evêque. Virginie à la suite de son effroi a une affection nerveuse, il faut aller alors à Trouville sur les conseils du docteur. Dès les premiers jours la fillette se sent moins faible. On loge à l’Agneau d’or, chez la mère David. L4après-midi, on s’en va avec l’âme au-delà des Roches-Noires vers Hennequeville. Les jours qu’il fait trop chaud, ils ne sortent pas de leur chambre. Le principal divertissement est le retour des barques et les matelots qui ramènent du poisson et leurs femmes qui les attendent. C’est là que Félicité trouve une soeur, Nastasie Barette, femme Leroux et ses deux enfants. Félicité se prend d’affection pour eux mais elle se fait exploiter, évidemment. Mme Aubain n’aime pas les familiarités du neveu qui tutoie Paul alors on revient à Pont-l’Evêque. Paul est envoyé au collège de Caen et Félicité mène Virginie tous les jours au catéchisme. C’est de cette manière que Félicité apprend le catéchisme même si elle ne comprend rien aux dogmes. La servante s’identifie à Virginie quand la fillette vit sa première communion. Mme Aubain veut faire de sa fille une personne accomplie et l’envoie en pension chez les Ursulines d’Honfleur. Mme Aubain souffre de l’absence de sa fille et échange une correspondance avec elle. La fillette manque aussi à Félicité. Alors elle reçoit son neveu le dimanche après la messe. Elle se fait encore exploiter par les parents du neveu qui profitent de l’occasion pour tirer de Félicité de l’argent ou des denrées. Aux vacances, les enfants reviennent mais Paul est devenu capricieux et Virginie n’a plus l’âge d’être tutoyée ce qui met une barrière entre elle et Félicité. Le neveu Victor va à Morlaix, Dunkerque et Brighton et rapporte des cadeaux au retour. En 1819, Victor est engagé au long cours pour deux ans, Félicité en est désolée. Dès lors, elle pense exclusivement à son neveu et s’inquiète pour lui. Elle n’a plus de nouvelles pendant six mois et Mme Aubain s’en moque, elle qui n’a plus de nouvelles de Virginie depuis 4 jours ! Félicité reçoit une lettre mais ne sachant lire demande à sa maîtresse qui lui apprend que Victor est mort. Il a été trop mal soigné à l’hôpital pour la fièvre jaune. Les parents de Victor l’ont toujours traité avec barbarie alors Félicité préfère ne pas les revoir. Virginie s’affaiblit alors Mme Aubain la soigne. Félicité s’en inquiète et brûle un cierge pour la petite. Hélas Virginie meurt. Pendant deux nuits, Félicité ne quitte pas la morte, prie et découpe une mèche de cheveux de Virginie en souvenir. A l’enterrement Félicité pense à son neveu n’ayant pas pu lui rendre les honneurs. Le désespoir de Mme Aubain est illimité, elle veut rejoindre sa fille en rêve la nuit. Félicité sermonne sa maîtresse, lui disant de se conserver pour son fils. LE cimetière lui est interdit alors c’est Félicité qui s’y rend chaque jour. Les années passent. Les anciennes connaissances s’en vont. On annonce la Révolution de Juillet.
Un nouveau sous-préfet est nommé, le baron de Larsonnière qui vit avec sa femme, sa belle-soeur et trois « demoiselles » qui possèdent un nègre et un perroqquet. Mme Aubain les reçoit. Seules les lettres de Paul émeuvent encore Mme Aubain. Il est alcoolique, elle lui paye ses dettes. Un jour, Mme Aubain se résoud à retirer les affaires de Virginie du placard avec Félicité mais la douleur est trop forte et les deux femmes s’enlacent pour la première fois. La bonté de Mme Aubain se développe. Elle offre à boire aux soldats, elle les soigne les cholériques, elle protège les réfugiés polonais puis un vieillard passant pour avoir fait des horreurs en 1793. Larsonnière est promu préfet et offre son perroquet à Mme Aubain comme souvenir. L’oiseau s’appelle Loulou. Meme Aubain ne l’apprécie pas et l’offre à Félicité. LA servante l’instruit, lui apprend « Je vous salue Marie ! ». Un jour, elle le perd alors elle le cherche partout. Heureusement, Loulou revient tout seul. Par suite d’un refroidissement, Félicité devient sourde. Un matin du terrible hiver de 1837, Félicité trouve Loulou mort dans sa cage. Une congestion l’a tué. Elle pleure tellement que sa maîtresse lui conseille de le faire empailler. En revenant d’Honfleur à pied après avoir fait empailler Loulou, tous les souvenirs de Félicité remontent à la surface comme les flots d’une marée. Félicité doit attendre des mois avant que l’empailleur lui rende Loulou. Elle ne communique plus avec personne. A l’église elle contemple toujours le Saint-Esprit et observe qu’il a quelque chose du perroquet. Elle a acheté une image d’Epinal représentant le saint-esprit et l’a mise près du perroquet pour prier.
Paul se marie. Il a été clerc de notaire, dans le commerce, dans la douane, dans les contributions pour finir à 36 ans dans l’Enregistrement où un collègue lui a offert sa fille. Paul présente sa femme à Mme Aubain et Félicité mais elle fait la princesse et blesse la servante.
En mars 1853, Mme Aubain meurt, prise d’une douleur dans la poitrine. Peu d’amis la regrettent, ses façons étaient d’une hauteur qui éloigne. Félicité la pleure. Que sa maîtresse meure avant elle, cela lui semble contraire à l’ordre des choses. Dix jours après les héritiers arrivent pour prendre et vendre les biens de Mme Aubain. La maison est à vendre. Les années passent et Félicité reste dans la maison que personne n’a achetée. La tenture pourrit. Pendant tout un hiver le traversin de Félicité est mouillé. Après Pâques, Félicité crache du sang. Elle a une pneumonie. Elle fait appeler un prêtre qui lui administre l’extrême onction. Félicité finit aveugle. Elle baise le front de Loulou. Après son dernier souffle Félicité croit voir dans les cieux entr’ouverts un perroquet gigantesque planant au-dessus de sa tête.
La légende de Saint Julien l’hospitalier
Le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline. On vivait en paix depuis longtemps. Le seigneur du château rendait la justice à ses vassaux et apaisait les querelles de ses voisins. Il avait pris pour femme une demoiselle de haut lignage. A force de prier dieu, il lui vint un fils. Un vieillard en froc de bure s’approche du chevet de la mère de Julien pour lui dire : « Réjouis-toi, ô mère ! Ton fils sera un saint ! » Le vieillard n’avait été vu par personne d’autre, songe ou réalité ? Cela devait être une communication du ciel. Un mendiant s’adresse au père de Julien pour lui dire que son fils connaitra, beaucoup de sang et beaucoup de gloire. Julien apprend à monter à cheval, à chanter, un vieux moine lui enseigne l’écriture sainte, la numérotation des Arabes, les lettres latines et la peinture. Un jour, Julien aperçoit une souris blanche pendant la messe et chaque dimanche elle apparaît. Julien est pris de haine contre elle et résout de s’en défaire. Un autre jour il tue un pigeon en l’étranglant et est empli d’une volupté sauvage. Il apprend la vénerie. Mais Julien préfère chasser loin du monde avec son cheval et son faucon. Il se délecte à la vue de ses chiens dévorant les proies. Il devient comme les bêtes sauvages, tue des ours à coups de couteau, des taureaux avec la hache, des sangliers avec l’épieu. Il part un matin d’hiver bien équipé et tue des bêtes avec plaisir. Il tue un faon et sa mère, il tire une flèche dans le front d’un cerf mais celui-ci continue d’avancer et lui dit : « Maudit, maudit ! Maudit ! - Un jour coeur féroce, tu assassineras ton père et ta mère ! » Alors une tristesse immense envahit Julien.
Durant trois mois, sa mère angoissées prie au chevet de son lit. Son père mande les maîtres les plus fameux pour le soigner. Les forces reviennent à Julien et il s’obstine à ne point chasser. Son père, pour le réjouir, lui offre une grande épée sarrasine. En voulant la saisir il la fait tomber et manque de tuer son père. Dès lors, Julien redoute les armes. Mais il reprend l’entraînement et excelle bien vite. Voyant deux ailes blanches, il lance son javelot croyant atteindre une cigogne mais c’est le bonnet à longues barbes de sa mère qui reste cloué contre le mur. Julien s’enfuit du château. Il s’engage dans une troupe d’aventuriers qui passent. Il obtient le commandement d’une compagnie. P lus de vingt fois on le croit mort mais il survit à tous les combats grâce à la faveur divine. Il protège les gens d’Eglise, les orphelins, les veuves et principalement les vieillards. Il se compose une armée faite d’esclaves en fuite et de manants révoltés. Il secourt le dauphin de France et le roi d’Angleterre, les templiers de Jérusalem, la sirène des Parthes, le négus d’Abyssinie et l’empereur de Calicut. Des républiques en embarras le consultent, il fait des remontrances aux monarques, il affranchit des peuples, il tue un dragon. Julien accourt à l’aide de l’Empereur d’Occitanie contre le calife de Cordoue. Il tue le calife et tire l’Empereur de sa prison. L’Empereur lui propose beaucoup d’argent mais Julien refuse comme il refuse de partager le royaume de l’Empereur. Alors Julien accepte la fille de l’Empereur dont il tombe amoureux. Ils se marient et reçoivent un château en cadeau. Julien ne fait plus la guerre et reçoit la foule qui lui rend hommage. On lui propose de chasser mais il refuse toujours car il lui semble que du meurtre des animaux dépend le sort de ses parents. Il veut les revoir. Il confie ses envies à sa femme qui lui conseille de reprendre la chasse. Il cède. Deux inconnus arrivent au château de Julien. Ce sont ses parents. Ils ont marché plusieurs années avant de retrouver la trace de leur fils. Ils ont dépensé tant d’argent pour le voyage qu’ils sont devenus mendiants. Les parents fatigués dorment dans le lit de leur fils. Pendant ce temps, Julien essaye de tuer des animaux mais ceux-ci arrivent à fuir. Alors il marche longtemps dans la forêt pour rentrer chez lui mais les animaux le suivent pour le narguer. En rentrant chez lui, il croit embrasser sa femme dans son lit mais c’est son père et à côté de lui, il sent les longs cheveux d’une femme. Il croit voir sa femme avec un amant et tue le couple sans savoir qu’il a assassiné ses parents. Alors il se présente à sa femme et lui ordonne de ne plus l’approcher ni même de le regarder. Il lui abandonne son palais, ses vassaux et tous ses biens. Julien s’en va mendiant sa vie par le monde. Il raconte son histoire; alors tous s’éloignent en faisant des signes de croix. Repoussé de partout, il évite les hommes. Même les animaux courent plus loin à son approche. Chaque nuit en rêve, son parricide recommence. Il se châtie avec un silice. Il se fait horreur et s’aventure dans des périls pour trouver la mort sains en vain. Il veut se jeter dans une fontaine mais aperçoit un vieillard à barbe blanche. C’est son père et Julien ne pense plus à se tuer. Il décide de se faire passeur d’un fleuve dangereux et les voyageurs se présentent. Il ne demande rien pour sa peine. Une nuit qu’il dort, une voix l’appelle trois fois. De l’autre côté du fleuve un homme l’attend. C’est un lépreux mais il a une majesté de roi. Ce lépreux arrive dans la cahute de Julien et déclare qu’il a faim. Julien lui donne à manger. Le lépreux réclame à boire et Julien lui offre sa cruche. Puis le lépreux réclame le lit de Julien qui obéit. Le vieillard réclame ensuite la chaleur du corps de Julien qui va se coucher près de lui. Alors le lépreux l’enlace et le mène jusqu’au ciel. C’était Jésus qui l’emportait.
Hérodias
L’histoire se déroule dans la citadelle de Machaerous. Le tétrarque Hérode Antipas regarde le paysage et aperçoit des soldats arabes. Hérode est inquiet car il a répudié la fille du roi des Arabes pour prendre Hérodias, mariée à l’un de ses frères, qui vivait en Italie. Antipas attend les secours des Romains et Vittelius, gouverneur de la Syrie, tarde à paraître. Il hésite entre deux projets, adoucir les Arabes ou conclure une alliance avec les Parthes et sous le prétexte de fêter son anniversaire, il a convié à un grand festin, les chefs de ses troupes, les régisseurs de ses compagnies et les principaux de la Galilée.
Antipas s’informe de Iaokanann alias Saint Jean-Baptiste. Il doit être surveillé dans son cachot. Herodias arrive et annonce à son mari que les Romains ont mis Agrippa en prison. Agrippa est l’un des frères de Herodias et il avait des ambitions. Herodias a participé à son arrestation pour satisfaire Antipas. Pour lui, Herodias a fait bien plus puisqu’elle a dû abandonner sa fille après son divorce. Un homme s’est introduit dans le palais et Herodias ordonne de le faire tuer mais le tétrarque l’épargne. L’homme s’appelle Phanuel et cherche à voir Iaokanann. Herodias déteste Iaokanann, elle veut sa mort mais Herode ne le croit pas dangereux. Elle a peur des pouvoirs de Iaokanann et a également peur que Herode l’a répudie cédant au peuple. Ses espoirs d’Empire seraient ruinés et elle aurait divorcé pour rien. Phanuel veut parler à Herode. Il lui annonce que Iaokanann est un envoyé de dieu. Si Herode l’opprime, il sera châtié. Herode, malgré lui, est fasciné par la puissance de Iaokanann. Vitellius,pro-consul de Rome, arrive chez Herode. Vitellius est surpris par l’arrivée inombrable d’hommes. Herode lui explique qu’il a organisé un banquet. Vitellius exige qu’on lui ouvre les chambres souterraines de la forteresse. Elle sont remplies d’armes. Vitellius pense qu’elles vont servir contre les Romains mais Herode le rassure. Une dernière chambre est remplie de beaux cheveaux qui fascine Vitellius. Un publicain cherche le trésor d’Herode pour la collecte des impôts et devine qu’il y a une pièce cachée. Herode avoue qu’elle cache un homme et le pro-consul veut le voir. Iaokanann maudit les Pharisiens, les Saduccéens, les Romains. Vitellius a peur que Iaokanann arrive à s’enfuir alors il place ses gardes devant la cellule. Phanuel a vu un mauvais présage, les étoiles prédisent la mort d’un homme considérable et Antipas redoute que ce soit lui. Alors il va voir Herodias qui le rassure. Le banquet commence et des dizaines de convives de toutes nationalités sont décrits par Flaubert. Il est question de Jésus et de ses miracles. Certains convives estiment qu’il emploie des démons. C’est alors que Herodias arrive accompagnée d’une jeune fille, Salomé, sa propre fille. Elle se met à danser. Herode qui ne l’a jamais vue est séduit et lui accorde un souhait qu’il respectera. Alors, en zézéyant, Salomé réclame la tête de Iaokanann sur un plat. Antipas est contraint par sa parole et obéit. Phanuel a compris que Iaokanann pouvait mourir pour laisser place à Jésus.