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Pour Blumroch, c’est Van Vogt qui a le plus intensément rêvé du surhomme mental. Comme lui, il pense que la société est encombrée de gens hargneux qui ne sont pas à leur place parce qu’On lui veut du mal. Il appelle ça la « narapoïa ». Il pense que si les moins intelligents continuent à proliférer, tandis que les mieux doués s’abstiennent, le monde sera une élite minuscule s’exténuant à sauver du marasme 99% d’hébétés.

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Blumroch cite Heinlein. Un jeune homme qui vogue dans l’espace est attrapé par des gardiens du Cosmos. On le traîne devant le Tribunal des Trois galaxies. On le somme de raconter l’histoire de la Terre et de ses habitants. Les juges en concluent que l’humanité est une chose sinistre et méchante et qu’il faut l’exterminer. Le jeune homme ajoute alors des paroles de menaces ce qui pour Blumroch est une parole d’homme.

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Blumroch demande que le suicide de ceux qui désespèrent du monde soit remboursé par la sécurité sociale et il pense que ce ne serait pas ruineux car ces gens là se tuent rarement. Pour lui, la mode est au désespoir et au bon sauvage. Il appelle ça le « noircissisme ».

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Blumroch estime que Dieu s’appelle Big Bang et qu’il n’y a pas d’éternité. Il pense que Big Bang n’a fait que 1% de son boulot car l’univers ne contient que 1% de corps lourds.

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Blumroch ne méprise pas les problèmes sociaux mais pense qu’on fait trop de sociologie et pas assez du cosmologique. Il pense que des Intelligences en savent plus longs que nous sur le programme de Big Bang et doivent intervenir ici-bas de temps en temps. C’est pour cela qu’il pense que l’humanisme est une naïveté car il croit en l’existence de plusieurs espèces humaines. Blumroch fait mine de partir téléphoner à une femme mais Pauwels sait qu’il ment et cela l’attriste de le savoir seul.

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Pauwels parle de Dédale et ne pense pas que ce soit une légende mais des souvenirs réels. Pour lui son automate Talos était un robot ! Il décrit ensuite « la chute d’Icare » de Bruegel.

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Blumroch revient. Il déclare qu’il est dépourvu de sentiments et que personne ne compte pour lui. Pauwels se sent blessé.

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La pluie tombe sur le Quick Elysées. Blumroch veut poursuivre la conversation.

Deuxième partie : le café

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Blumroch, petit homme (« pas un gramme de muscle, rien que de la bonne graisse ! ») explique sa vision du surhomme. Jadis, c’était un mutant par hasard, demain, il sera un produit de la science. Pour lui, l’homme est un organisme dans un laboratoire dirigé par l’homme.

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Les universités de 2100 enseigneront que l’âge psychique a commencé dans les années 70. Le surhomme aura un système nerveux imprenable, beaucoup de maladies infectieuses seront vaincues, nous mourons du stress mais le surhomme possédera une organisation interne lui évitant toute angoisse. Le deuxième trait sera le libre gouvernement du cerveau que nous saurons utiliser davantage. Comme c’est l’intelligence qui fait le bonheur (théorie naïve de Bergier) l’homme sera plus heureux. Le troisième trait sera la volonté. Ce que peut la volonté sur le corps est extraordinaire. La science a été notre serviteur modeste, puis notre tyran, elle sera notre gourou (mélanger science et religion était l'origine obsurantiste du réalisme fantastique).

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Blumroch boit son café avec six sucres ! Il prétend que plus vite on lit et mieux on retient. Pour lui, la télépathie et la clairvoyance sont des faits établis. il prétend que les premiers hommes ont allumé le feu par la pensée !

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Blumroch a fait du spiritisme. Il trouve que les esprits sont bêtes. La psychocinèse existe et pour lui les phénomènes se produisent même si on porte une médaille de l’Union rationaliste. Des individus peuvent agir sur la période de désintégration d’un isotope radioactif par la pensée.

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L’histoire des sciences montre que les faits bizarres tiennent à l’incompréhension des faits banals. Blumroch ne croit pas à l’inconscient. C’est une notion relative. Il n’y a pas d’univers irréel du songe. Il n’est que le produit de signaux extérieurs filtrés par nos cellules nerveuses. Ces signaux proviennent du passé ou du futur. Blumroch se moque du freudisme en une phrase : « Pourquoi ? Parce queue ».

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Pauwels raconte à Blumroch un rêve prémonitoire relatif à un accident qu’a eu son fils.

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Pauwels raconte la peur qu’éprouve Blumroch à l’égard des enfants.

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Blumroch donne des exemples de rêves prémonitoires et se réfère à Breton qui écrivait : «  ce rêve ne peut-il être appliqué, lui aussi, à la résolution des questions fondamentales de la vie ? »

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Le combat essentiel de l’homme est le combat contre le temps selon Blumroch. Dans l’avenir, le surhomme aura la maîtrise des probabilités. La plupart des hommes ont des incidents. Quelques uns ont un destin. Quand on a un destin, l’existence est une jubilation même dans les épreuves.

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A l’état de veille, certains d’entre nous reçoivent des informations en provenance du futur. Mais il faut un cerveau résistant. Blumroch cite des auteurs prophétiques comme Stiel qui, en 1898, décrit une société de criminels qui anéantit des familles dans des chambres à gaz pour la purification de la race. Il nomme ces criminels : les SS. Et d’autres exemples déjà cités dans le Matin des magiciens. Blumroch croit que l’esprit, à un haut degré d’imaginaire, ébranle et décroche des fragments de réalités situées dans le futur.

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Blumroch pense que le passé existe encore et que le futur est déjà là. il envisage deux portions de l’univers. Dans l’une le temps s’inverse, le flot du temps va vers sa source. Est-ce que des consciences supérieures ne voyagent pas dans l’histoire nous apparaissant comme des personnalités distinctes alors qu’il s’agirait du même esprit. Bacon serait Boscovitch puis Cavendish puis Fulcanelli bref le rose-croix éternel.

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Pour Blumroch, le péché originel c’est la notion du temps car notre esprit est infirme, il n’enregistre que du passé ver l’avenir. Y a-t-il de la connaissance hors du temps ?

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Blumroch évoque les esprits fous qui auraient des connaissances encyclopédiques comme Mme Blavatsky dont il a lu les six volumes de la Doctrine secrète. Elle estimait qu’elle ne serait comprise qu’en 1975 car elle prévoyait que l’avancée des sciences provoquerait un courant gnostique. Elle aurait prévu d’autres découvertes scientifiques avec exactitude selon Blumroch. La Doctrine secrète lui apparaît comme la communication la plus longue et la plus complexe reçue de l’infini.

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Blumroch pense qu’il existe une télépathie avec l’infini. Pour lui, Blavatsky, Steiner et leurs semblables reçoivent leur documentation du ciel. Des gens capteraient des émissions qui flottent dans l’espace diffusées par des Intelligences comme le mégalithe noir dans 2001 l’Odyssée de l’espace.

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Blumroch voudrait un trésor, celui qui lui permettrait de savoir ce qu’on ne peut pas apprendre. Pauwels lui demande pourquoi il vit et Blumroch répond : « Parce que j’ai commencé, et qu’il y a un phénomène d’inertie ! ».

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Le cerveau des hommes ne serait pas achevé selon Blumroch. Il continuerait de pousser. Notre second système génétique serait notre esprit car le cerveau porte l’hérédité de l’intelligence. Il transmet, de génération en génération, de nouveaux circuits établis dans nos milliards de neurones par l’activité culturelle. Bref, le génie perfectionne le gène.

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Blumroch affirme que s’il était sûr d’être un surhomme il se dissimulerait au lieu de quoi il se vante. Le surhomme se contente de vivre avec intensité sans intervenir parmi les hommes.

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Blumroch pense que la société dépense beaucoup pour les crétins et les fous (remarque que l'on peut  définir comme une forme d’eugénisme anti-humaniste) mais s’il est d’accord il voudrait qu’un millième des crédits aille pour l’étude des animaux supérieurs. Il voudrait un Institut de géniologie (ce qui fait penser à la géniocratie du gourou Raël et sa célèbre secte). Il reconnaît que le génie peut jaillir n’importe où et chez n’importe qui. Blumroch s’appuie sur un savant suisse de Morsier pour déclarer que la science moderne est née d’un nombre exceptionnel de mutations cérébrales évolutives, survenues presque simultanément dans un espace restreint de l’Europe centrale et occidentale. C’est évidemment faux (civilisations de Sumer, d’Egypte, etc...) et raciste.

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Blumroch prétend que le docteur Faust est présentement biologiste, chimiste, électronicien. Il s’intéresse à la manipulation génétique. Il prévoit qu’un Architecte en gènes pourra fabriquer des fonctionnels, des romantiques, des aventureux, etc... (on pense au Meilleur des mondes de Huxley, la pensée de Bergier fait froid dans le dos). Le modeleur sera l’esprit scientifique associé à un esprit religieux. Blumroch situe cela en 2100. La science aura donné naissance à l’hyperanthrope. A partir de l’homme, on obtiendra quantité de variétés : avec des branchies pour habiter l’océan, avec une petite taille, avec une vie plus longue, des mémoires totales, des télépathes. Devant la dangerosité du procédé, on décrétera le secret.

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Blumroch prévoit la fabrication de pilules permettant d’augmenter la durée de la pensée, d’effacer l’angoisse, la peur, la culpabilité. Il a prévu Internet en déclarant : « On dialoguera par téléphone et télévision avec les ordinateurs ». Il y aura des appareils pour gouverner les ondes cérébrales. Blumroch pense à l’âme immortelle. Il suffirait de libérer le cerveau de la chair, de le conserver sous vide et de le relier par radio à des organes artificiels Bergier a prévu le transhumanisme).

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Pauwels pense que Blumroch n’en finit pas, depuis trente ans de fuir la torture et les camps. C’est pourquoi Blumroch pense que ce qu’il a de plus profond dans l’humain, c’est l’inhumain. Et il ne se survit qu’en désirant une autre espèce.

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Blumroch pense que dans le futur, on parviendra à obtenir le duplicata d’une conscience sur le point de mourir. On l’enregistrera sous forme de bits inscrits sur des disques. On saura transférer l’ensemble d’informations dans un système d’ondes, et puis inscrire ce système dans la structure de l’espace. Alors, le premier des immortels sera né (encore le transhuanisme).

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Le surhomme préféré de Blumroch n’est qu’un homme qui pense. L’homme normal est toujours ponctuellement endormi. Quand il considère l’ensemble des choses, il choisit « une » explication ou bien de ne se poser aucun problème. L’homme nouveau est celui qui a tué la bêtise en lui, il ne décide rien sans réfléchir. Il raisonne tout le temps avec une mémoire infaillible et une vision entière des faits. Pauwels, franc-maçon de la Grande Loge de France, emploie la symbolique maçonnique dans sa narration : « Soudain, je m’avisai que le silence régnait sur les colonnes. J’examinai ce lieu sacré. Le temple franc-mangeons (le quick) était maintenant désert. Trois vénérables débarrassaient les autels ». Blumroch avoue que s’il avait voulu faire fortune, il aurait fondé une religion. C’est ce qui réussit le mieux avec le moins d’investissements. Il prétend que la vie émotionnelle du surhomme sera heureuse car celle de l’homme normal calomnie la volonté et la félicité à cause de la tradition chrétienne. La transformation en Homo novis n’est pas transmissible. Il faut la renouveler par traitement à chaque génération. La société des surhommes sera libre car le concoctage d’idéologies sera interdit. On supprimera la tentation de s’entre-tuer en punissant la propagation d’idées achevées. L’intelligence, c’est ce qui fait que l’on s’abstient de conclure. Pauwels et Blumroch se quittent après cette conversation qui a duré trois heures.