Nietzsche et Freud.

Freud dit n'avoir jamais lu Nietzsche pour ne pas être entravé dans l'élaboration des impressions fournies par la psychanalyse.

Freud évite de lire Nietzsche de façon consciente comme gage de son impartialité.

Freud reconnaît des coïncidences entre la pensée de Nietzsche et la psychanalyse.

La société psychanalytique de Vienne se réunissait tous les mercredis où les comptes-rendus de lecteurs étaient lus et on y parlait de Nietzsche. C'est par cet intermédiaire que Freud a connu les théories de Nietzsche.

La première coïncidence entre la pensée de Nietzsche et la psychanalyse c'est la théorie sur le rêve. Freud a reconnu que Nietzsche avait dit que le rêve perdure : « une époque primitive de l'humanité, que l'on ne peut plus guère atteindre par une voie directe ». Pour Nietzsche le rêve renvoie au passé de l'homme.

La deuxième coïncidence est le concept de « ça ».

De l'aveu même de Freud il aurait trouvé «ça » dans Nietzsche.

Par «ça » Nietzsche entend tout ce qu’ il y a d' impersonnel et de soumis nécessairement à la nature en quelque sorte dans notre être.

La troisième coïncidence concerne le concept de « surhomme ». Pour Nietzsche c'est celui qui a surmonté la morale. Pour Freud le surhomme c'est le père de la horde primitive.

Le père c'est le chef de la horde, il est le seul à n'avoir pas besoin de l'amour des autres. Son moi n'est limité par aucune attache. C'est par ce qu'il n'a aucune attache que Freud l'appelle le surhomme.

La quatrième coïncidence et le concept de culpabilité. Chez Nietzsche elle est liée à la morale. Freud évoque Nietzsche sur ce point : « sur quelques types de caractères à partir du travail psychanalytique ».

Pour Nietzsche il y a une correspondance directe entre le rêve et l'âme primitive. Chez Freud il y a dans le rêve une correspondance déformée. Il y a le contenu manifeste du rêve et des idées oniriques latentes. Il n'y a pas de correspondance directe entre le rêve et le désir refoulé. Le rêve travaille par condensation et déplacement. L'objet concerné se trouve déplacé. Le désir refoulé n'est plus reconnaissable.

Le « ça » de Nietzsche c'est l'impersonnel et les pulsions. Le couple de Nietzsche c'est le « moi » (la raison) et le soi (le corps). Pour Nietzsche un «ça » qui revient dans le « moi » c'est la décadence.

Chez Freud le couple c'est le moi et le ça qui représentent les pulsions. Ce qui est refoulé doit revenir dans la conscience.

Le surhomme de Nietzsche a surpassé la morale qui a vécu selon une vie d'accroissement, de volonté de puissance. Le surhomme ne domine pas les autres.

Le surhomme de Freud c'est le chef dominant.

La culpabilité chez Nietzsche.

Le « criminel blême » ressent de la culpabilité mais c'est un sentiment diffus, ce n'est pas fixé et pour le fixer qu'il va commettre un crime.

Freud laisse à la recherche future le soin de décider combien de criminels sont à compter parmi ces

« blêmes ».

Le primat de l'irrationnel sur le rationnel et une convergence entre Freud et Nietzsche.

La critique de la pensée classique est le deuxième point de convergence.

Chez Freud c'est la blessure de l'humanité, chez Nietzsche c'est la destruction des valeurs.

La blessure pour Freud c'est que le moi n'est pas maître.

Troisième convergence : la place donnée aux pulsions.

Chez Freud l'inconscient se comprend à partir du refoulement des pulsions.

Chez Nietzsche la pulsion c'est l'expression de la volonté de puissance.

Quatrième convergence. L'idée que ce qui est corporel peut devenir spirituel.

Chez Freud ce qui est refoulé ce n'est pas la pulsion elle-même mais sa représentation psychique. Chez Nietzsche, la morale est l'expression des pulsions. Pour qu'il y ait moral, il faut des pulsions qu'on cherche à dominer.

Cinquième convergence : la critique de la religion.

Chez Nietzsche c'est la critique du christianisme. Chez Freud c'est la définition de la religion comme illusion. Dieu est une projection de l'idée de père donc Dieu est créé par les hommes.

La première divergence : le devenir de la pulsion.

Chez Freud la pulsion doit passer du ça au moi. Chez Nietzsche la pulsion dégénère si elle passe du soi ou moi.

Deuxième divergence : la conception de la vie.

Chez Freud elle est auto conservation (pulsion du moi). Chez Nietzsche elle est accroissement.

Troisième divergence : le statut de la maladie. Chez Nietzsche, on surmonte la maladie avec l'auto-analyse. Chez Freud il faut un tiers pour guérir. Chez Freud le guéri c'est celui dont le moi a accepté les pulsions du ça.

Chez Nietzsche, le guéri c'est celui qui a compris qu'on ne surmonte pas la maladie.

Chez Freud ce qui a été refoulé doit revenir à la conscience.

Chez Nietzsche tout doit rester pulsionnel et rester inconscient.

Freud est le philosophe de la conscience et Nietzsche celui de l'inconscient.