Pour Pauwels et Bergier la parapsychologie n’a aucun rapport
avec l’occultisme et s’emploie au contraire à une démystification de ce
domaine. Pour eux, l’étude des facultés extrasensorielles est
susceptible de déboucher sur des applications pratiques d’une ampleur
considérable.

Vers la révolution psychologique.

Les
deux auteurs s’appuient sur Teillard de Chardin pour affirmer que la
mutation humaine est commencée. Ils pensent que la psychologie devrait
s’adapter pour se fonder non pas sur ce qu’est l’homme mais sur ce
qu’il peut devenir. Ils parient que les choses vont changer et même
qu’il y aura un contact avec des intelligences extra-terrestres. Force
est de constater qu’ils se sont trompés.

Une redécouverte de l’esprit magique.

Pauwels
et Bergier évoquent certains manuscrits trouvés sur les rivages de la
Mer Noire. Un ordinateur les décrypta pour en tirer cette phrase : « Et
dans ce désert nous tracerons une route vers votre Dieu ». Pour Pauwels
et Bergier le raisonnement binaire des ordinateurs peut se comparer à
celui du cerveau. Ils voudraient que l’homme raisonne aussi vite que
les machines. Ils rappellent le vieux mythe du cerveau qui
n’utiliserait que 9/10è de sa capacité ce que les neurologues nient
aujourd’hui. Ils pensent que si ces 9/10è étaient utilisés la « magie »
aurait raison. Pauwels évoque un souvenir d’enfance qui le rapproche de
sa mère. A sept ans, il avait pensé à une anecdote simultanément avec
sa mère. Il refuse d’y voir une coïncidence. Il est persuadé qu’il
existe des techniques pour obtenir du cerveau un rendement sans commune
mesure comme les rituels des religions qui serviraient à capter les
énergies subtiles. Le langage est un frein à l’éveil de la conscience
car il est le véhicule d’une intelligence qui s’applique à examiner des
structures sans jamais pouvoir les assimiler. Pauwels et Bergier
s’attachent à démontrer que les symboles sont des modèles conçus pour
les machines supérieurs de notre esprit en vue du fonctionnement de
notre intelligence en un autre état. Ainsi le svastika est le « modèle
» de la loi qui préside à toute destruction.

La notion d’état d’éveil.

Les
deux auteurs affirment que c’est l’extrême modernité qui peut amener
les hommes à méditer utilement sur l’existence possible d’un autre état
de conscience : un état de conscience éveillé. Pauwels rend hommage à
Gurdjieff en déclarant que son apport a été de montrer qu’il pourrait y
avoir une psychologie et une physiologie de l’état d’éveil. Pauwels et
Bergier évoquent le biologiste anglais Haldane qui étudiait ce qui est
réellement bizarre comme l’éveil mystique.Déçu par son pays, il partit
pour l’Inde et avait affirmé que notre univers était sans doute plus
étrange qu’on ne le pensait. Les deux auteurs veulent distinguer
spiritualistes (qui croient à la possibilité d’un état supérieur de
conscience) et matérialistes (qui n’y croient pas). Ils veulent
transcender cette distinction en affirmant que l’état supérieur de
conscience peut se prouver par des modifications de la physiologie. Ils
rappellent que cet état a été recherché de tout temps par les mystiques
alors qu’il pourrait pourtant s’agir d’un état naturel n’ayant rien à
voir avec la grâce divine. Pauwels et Bergier pensent que les
vicissitudes de la vie empêchent les hommes de trouver le temps qui
leur permettrait de rechercher les moyens techniques pour accéder à
l’éveil de la conscience. Ils appellent à une révolution psychologique
pour que l’accès à l’hyper-lucidité devienne un des droits de l’homme.

Trois histoires pour servir d’illustration

La
première histoire narrée par Pauwels et Bergier se déroule à Madras en
1887. Rananujan naît après que ses parents, stériles, ont prié la
déesse Namagir. Surdoué, il devient un génie des maths sans aucun
professeur. Son génie ne lui permet pas d’obtenir mieux qu’un médiocre
poste de comptable jusqu’à ce qu’il entre en contact avec G.H. Hady
professeur à Cambridge qui le fait venir en Angleterre. Il est élu
membre de la Société Royale des Sciences et nommé professeur à
Cambridge mais il meurt de la tuberculose à 32 ans. Pauwels et Bergier
affirment que Ramanujan s’était constitué une petite bibliothèque sur
toutes sortes de phénomènes déroutants pour la raison et que la déesse
lui apparaissait pour lui expliquer les maths. Ce récit, s’il est vrai,
ne peut être crédible que détaché du mystère religieux que lui collent
Pauwels et Bergier.

Le deuxième récit est consacré à Edgar
Cayce. Enfant, Cayce était dans le coma et indiqua pourtant aux
médecins comment l’en sortir. Ses dons ne se révélaient que sous l’état
d’hypnose. C’était un guérisseur. C’était un simple photographe qui
n’avait suivi aucune étude. Le Syndicat Général Américain reconnut les
facultés de Cayce et l’autorisa à donner des « consultations psychiques
». Pauwels et Bergier affirment que Cayce, atteint d’une maladie
incurable, avait prédit le jour et l’heure de sa mort. Son mystérieux
pouvoir s’expliquerait par la télépathie. Il affirmait pouvoir trouver
les remèdes pour ses patients en entrant en contact avec n’importe quel
cerveau humain.

Le troisième récit relate l’histoire de
Roger Boscovitch. Serbe né en 1711, inscrit comme étudiant libre au
Collège jésuite de Rome, il étudia les maths, l’astronomie et la
théologie. Il devint jésuite et publia, en 1736, une communication sur
les taches du soleil. En 1740, il enseigna les maths au Collegium
Romanum puis devint conseiller de la Société Royale d’Angleterre en
1760. Il entretint une correspondance avec Voltaire et devint français
en 1763. Il prit la direction du département des instruments d’optique
de la Marine Royale, à Paris où il vécut jusqu’en 1783. Il mourut à
Milan en 1787. Boscovitch était en avance sur la science de son temps.
On retrouve chez lui les quanta, la mécanique ondulatoire, l’atome
constitué de nucléons. Boscovitch attribuait une importance
considérable à l’alchimie.

Paradoxes et hypothèses sur l’homme éveillé.

Pauwels
et Bergier affirment que pour la plupart des hommes, la conscience
éveillée se manifeste par des miracles comme marcher sur l’eau ou
arrêter le soleil alors qu’en fait l’état d’éveil s’explique par
l’accélération de la psychologie.

Quelques documents sur l’état d’éveil.

I - Les propos de Gurdjieff.

Gurdjieff
estime que l’homme éveillé est presque dans le même état que lorsqu’il
dort. C’est même pire car quand il dort il est passif alors que dans
l’état de veille s’il peut agir tout le temps, il ne peut contrôler son
imagination ni arrêter le flot de ses pensées. Le monde réel lui est
caché par le mur de son imagination. De fait, même éveillé, il vit dans
le sommeil. Pour Gurdjieff, tout ce que les gens font et disent, il le
disent et le font dans le sommeil. Seul le réveil et ce qui y mène a
une valeur réelle. Les guerres pourraient être arrêtés si les hommes e
réveillaient. Il faut une longue période de chocs incessants pour
réveiller un homme. Il faut quelqu’un pour réveiller le dormeur et
quelqu’un pour surveiller le réveilleur, il faut des réveille-matin et
en inventer de nouveaux pour que les hommes ne s’habituent pas à la
sonnerie. Il faut être en groupe pour se réveiller, et il faut un chef
sans cela les efforts sont vains.
Le charabia de Gurdjieff est tiré
d’un ouvrage d’un de ses disciples Ouspensky « Fragments d’un
Enseignement inconnu ». On se demande comment Gurdjieff a pu subjuguer
des intellectuels alors que sa pensée est incohérente.

II Mes débuts à l’école Gurdjieff

Pauwels
relate une expérience chez Gurdjieff. Il s’agissait de garder la
perception de soi-même en tenant le regard fixe sur la grande aiguille
d’une montre. Cela lui a permis d’en conclure que notre conscience
véritable peut être complètement absente de ce que nous faisons. Il lui
fallait donc travailler pour pouvoir acquérir la conscience de lui-même.

III Le récit de Raymond Abellio

Abellio
renforce les théories de Gurdjieff en se forçant à être hyper conscient
ce qu’il fait au point d’avoir l’impression d’être démiurge quand il
regarde un paysage.

IV l’admirable texte de Gustav Meyrinck

Meyrink
lui aussi pense que nous sommes en sommeil perpétuel et qu’il faut
veiller d’abord pour accéder au génie puis à d’autres degrés de
conscience. L’homme éveillé voit des apparitions mais il doit s’en
méfier car elles peuvent être dangereuses et attirer « l’éveillé » dans
les ténèbres.

Le point par-delà l’infini

Pauwels
et Bergier citent Breton qui, dans le second manifeste du surréalisme
parlait d’un point de l’esprit où la vie et la mort, le réel et
l’imaginaire cessaient d’être perçus contradictoirement. Ils veulent
développer ce concept surréaliste avec le réalisme fantastique. Pour
cela ils s’appuient sur Borgès et sa nouvelle intitulée « Aleph » et
sur les travaux de Georg Canter, mathématicien qui avait voulu
théoriser le Transfini. Ils évoquent également le paradoxe de Banach et
Tarski qui affirme la possibilité de prendre une sphère de dimensions
normales, de la découper en tranches de façon à avoir une sphère plus
petite qu’un atome ou plus grande que le soleil. Ce paradoxe se
retrouverait chez les siddhis yogiques qui prétendent pouvoir se rendre
plus petits qu’un atome ou aussi grand que le soleil. Un extrait
d’Aleph de Borgès permet de mieux cerner les théories de Pauwels et
Bergier. Il s’agit d’une sphère, l’Aleph, qui permet de voir des
milliers de choses sans bouger et de sentir l’inconcevable univers.

Rêverie sur les mutants

En
1956, le docteur J. Ford Thomson réalise après 18 mois de travaux qu’il
se produit en Angleterre une brusque poussée de fièvre de
l’intelligence. Cette fièvre serait due à un produit radio-actif.
Pauwels et Bergier veulent croire à l’arrivée d’une mutation des
humains plus forts physiquement et psychologiquement. Les effets
favorables des produits de la radio-activité n’ont pas provoqué de
mutations des êtres humains ou alors de façon négative comme à
Tchernobyl. Les deux auteurs se sont encore une fois trompés. Pauwels,
en fait, fantasmait sur la race supérieure qui aurait pu naître des
radiations. Il la voyait « à l’abri des choses psychiques de la vie
sociale et des complexes d’anxiété » (p 612). Bref il voulait des
robots humains.
Pauwels et Bergier croient en l’existence de
Supérieurs, des mutants assez intelligents pour se cacher. Ils
s’appuient sur Maupassant pour crédibiliser leur théorie. En effet,
Maupassant parlait d’un homme supérieur dans le Horla, être possédant
un pouvoir hypnotique. La paranoïa de Pauwels est évidente, il renoue
avec les élucubrations complotistes en écrivant : « S’il existe des
mutants répondant à notre description, tout porte à penser qu’ils
travaillent et communiquent entre eux au sein d’une société superposée
à la nôtre, et qui s’étend sur le monde entier » (p 623). Le mutant
serait l’homme changé en foyer d’intelligence rayonnante mais sa
personnalité serait en voie de disparition. Plus de Moi psychologique,
plus de passion, plus d’illusion, la froideur à l’état pur. C’est ce
que semble espérer Pauwels et Bergier.

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