Hollywood et Las Vegas

Le trio, au cours de l’été 1974, s’était retrouvé toujours au soleil, mais à Los Angeles cette fois, dans le but de travailler à un nouvel album. Le trio fréquente le show-bizz de Los A,geles, capitale de la mise en boîte de l’ »American dream » que ce soit sur pellicule ou sur disque. Et ils en profitent pour pousser leur chemin jusqu’à Las Vegas. Ils vont au Caesar’s Palace, ce temple où Presley et les plus grandes bêtes de scène de l’Amérique ont donné leurs spectacles. De leur sentiment d’appartenance à cette réalité américaine naîtra la fameuse « chanson pour Elvis ».

Un différend surgit entre Diane et Luc Plamondon, sous prétexte que ce dernier veut désormais écrire pour d’autres chanteuses. Revenue au Québec, Diane reprend ses spectacles. Elle présente encore « L’opéra cirque » à la Place des Nations. Elle se réconcilie avec Plamondon à Acapulco.

Sur la même longueur d’ondes

Le troisième album de Diane, « Sur la même longueur d’ondes » sort en juin 75. C’est une Diane tout en nuances qui se dévoile. Toutes les chansons sont dominées par le désir des voyages et de la communication. Quatre chansons deviendront des classique du répertoire de Diane. Il s’agit de ses deux chansons « chanson de voyages », « Partir pour Acapulco » et de la préférée de plusieurs, « les hauts et les bas d’une hôtesse de l’air ». Les deux autre sont « chanson pour Elvis » et « Actualités », histoire d’une femme qui préfère rester chez elle et voyager dans sa tête que de voir la réalité du monde en face. On trouve des rythmes latins et des musiques typiquement américaines. De meême, les paroles de Plamondon trahissent une influence de l’art pop états-unien. Le secret de ses nouvelles chansons, c’est le cliché. Ainsi, « Partir pour Acapulco », « Hôtesse de l’air », et « Actualités » sont des bijoux dont l’évidence semble aller de soi ».

Le lancement de « Sur la même longueur » est lancé à l’aéroport de Dorval. Les journalistes éberlués voient arriver une Diane vêtue de léopard synthétique, accompagnée de François Cousineau et de Luc Plamonodon, tous escortés par un gang de motards vrombissants. Pour faire le bilan de ses trente ans, Diane est partie seule deux mois. C’est là, à Los Angeles, qu’elle imagine son « Premier show ».

Chapitre six Mon premier show

La période de  cogitation et de confection de son album « Sur la même longueur d’ondes » avait marqué une étape importante à tous les niveaux pour Diane Dufresne. Au point de vue personnel, c’était la fin d’une crise d’identité et de revendication qu’elle avait portée jusque sur la scène et qui avait provoqué sa métamorphose rapide et spectaculaire. Au point de vue professionnel, elle avait atteint sa pleine envergure, réussi à jouer de ses multiples facettes et s’était même créé un public à son image, c’est-à-dire hors pair.

La leçon américaine

En Californie elle était à l’épicentre du show-business états-unien. A Los Angeles, à Las Vegas, elle avait vu les rouages de cette machine bien huilée qu’est l’ »entertainement ». L’album « Sur la même longueur d’ondes » montrait déjà le souci du professionnalisme.. Il visait à se rapprocher du public et à l’élargir. Ce que Diane comprenait, c’était l’évidence que le show-bizz se faisait avec quelqu’un et non pas contre. Ce quelqu’un c’était le public. Le spectacle devenait alors le prétexte d’une union avec le public-amant. Elle avait souvent eu tendance à provoquer cet amant. Elle avait suscité le questionnement du public : elle voulait maintenant atteindre un équilibre entre la demande et la réponse amoureuse.

De l’amour au glamour

C’est dans cet esprit qu’elle élaborera « Mon 1er show » qui était aussi pour elle « Le show d’une femme de 30 ans ». Le spectacle qui eut lieu du 4 au 15 novembre 1975 à la salle Maisonneuve de la Place-des-Arts porte bien son double titre. C’est le spectacle d’une femme mature et c’est le 1er show de Diane Dufresne à atteindre ce haut degré de professionnalisme. Aussi décante-t-elle de son corps le spectacle comme elle ferait un enfant. Aussi bien, c’était le 1er show de Diane Dufresne à être conçu dans une conscience de détachement, de générosité et de nécessité amoureuse sinon matérielle. Si le show-bizz en était le thème, le show-bizz c’était avant tout une histoire commune entre elle et le public. Son spectacle était une anthologie des chansons originales qu’elle avait faites depuis cinq ans. Le spectacle se terminait par « on fait tous du show-business », un pacte d’amour avec le public. C’est en longue robe blanche à la Rita Hayworth ouverte sur la jambe qu’elle avait fait son entrée... Chantant dans un immense lit, pour séduire son public dès l’ouverture des rideaux. Puis elle avait joué de tous les archétypes de la beauté féminine, pssant de Marlène Dietrich avec de longs gants de soie et une robe noire de satin découvrant ses épaules jusqu’à se déguiser même en « bonnie » de club Playboy.

A star is born

En décembre 1975, Diane Dufresne se retrouve à Paris. Il s’agit du spectacle du « Kebec à Paris » qui réunit André Gagnon, Jean Carigan, Louise Foretster et Diane Dufresne. Il se déroule au théâtre Chaillot. A la première se trouvaient les figures dominantes du show-bizz français, des gens comme Michel Fugain, Maxime Leforesteir, Miou-Miou. Le spectacle fut un succès.

Chapitre 7 Hollywood Freak ou les tressaillements du Mythe.

Les premiers téléphones arabes

De 1976 à 1978, Diane partagera de plus en plus sa vie entre le Québec et la France, jusqu’à ce qu’elle fasse de Paris sa principale base, entre deux jets aux destinations plus asiatiques. Diane n’était pas encore revenue de son premier succès parisien que commence une lognue ère de mésentente avec certains journalistes québécois. Un décollage va croître ente la star et les media. Le personnage polémique prend le dessus sur la personne. C’est en 1976 que s’amorce une série de disputes ayant pour prétexte la fête nationale et autres « événements officiels » qui s’envenimeront encore pendant quelques années. Alors que les plus grands artistes québécois avaient été invités à  prendre part à la série de spectacles qui avaient lieu sur le Mont-Royal pour la Saint Jean, Diane avait été exclue. Aussi, pour être de la fête, elle avait affrêté un avion avec une banderole qui disait « Diane Dufresne vous dit bonne fête et à bientôt » et qui tournoyait autour de la montagne.

Maman si tu me voyais

Diane travaille à un nouvel album avec Cousineau et Plamondon. En même temps, elle commence à imaginer un nouveau show. Son idée de base est d’abord de faire un spectacle d’une seule traite sans entracte. Elle décide d’en faire aussi un spectacle qui sera essentiellement féminin. Elle se rend à Hollywood et élabore son spectacle en compagnie

En mars 1977, sort le nouvel album « Maman, si tu m’voyais... tu s’srais fière de ta fille ». « Hollywood Freak » est la seule chanson qu’elle ait véritablement signée avec Plamonodon. C’est un hommage  à la mère, une continuation du corps maternel à travers celui, glamoureux, de la star. Le spectacle « San entracte » prend l’affiche le 29 mars à la salle Maisonneuve. Diane décide d’installer sa roulotte dans le garage de la Place de Arts et d’y habiter jusqu’à la fin de son engagement. Au moment de la conférence de presse, les journalistes furent invités à se rendre trois par trois et étaient reçus dans le hall par des clowns peinturlurés qui faisaient office de guides. Les journalistes ne savent plus quoi dire ni quoi penser. Tout en reconnaissant et admirant même cette audace, ils ne sont jamais loin de la confondre avec le tape-à-l’oeil, mésestimant la continuité de la réflexion et de l’interrogation derrière ses gestes publics.

L’expérience de « Sans entracte » ne sera pas comprise, si ce n’est par les « happy few ».

La philosophie à coups de marteau

Pourtant, il y avait quelque chose de radical à vouloir prendre la Place-des-Arts à la lettre et y imposer l’art et la liberté d’expression, en quelque sorte à coups de marteau, en accrochant des toiles aux murs du garage ! C’était le premier spectacle dont elle ait assumé entièrement la mise en scène. Autant « Mon premier show » était une expérience esthétique, autant « Sans entracte » était une expérience éthique. Diane s’y confrontait à tous les tabous, comme pour tester jusqu’où va la morale. Elle surgissait sur la scène, métamorphosée par le couturier Mario Di Nardo en Diane-chasseresse, la déesse Vierge, jalouse de son indépendance. Couverte de plumes comme un fétiche, elle utilisait son micro comme un arc, déployant son propre mythe à la limite de l’égotisme. Elle allait jusqu’à simuler l’orgasme, tout feu éteint sur la scène, en chantant « La Main de dieu ». Puis, un homme nu faisait son entrée et venait « poser » sur scène. Au moment de chanter « Hollywood Freak », descendait alors un gigantesque portrait de sa mère, totem protecteur qui dominait la scène jusqu’à la fin du spectacle. Elle se présentait enfin, habillée en clown, pour interpréter sa très grande chanson « Laissez passer les clowns ». Le spectacle fut un échec financier pour Diane qui y avait investi tout son argent. Le spectacle était sans doute en avance sur son temps.

La fin d’une histoire d’amour

Après la Place-des-Arts, Diane présente encore son spectacle « Sans entracte » au Grand théâtre de Québec et au Centre national des Arts d’Ottawa. Il coïncidait avec la fin d’une relation de plus de sept ans avec François Cousineau. Quand il faisait de la musique pour elle, ils ne visaient pas la même chose : elle essayait de rendre au maximum en son sens, mais sans trop déranger ce qu’il voulait. La rupture se consommera lors d’un dernier spectacle en août à la Fête des voisins de Laval . L’atmosphère est à la dispute dans les coulisses. C’est un moment pénible qui marque la fin d’une longue phase dans sa carrière. Diane opère une espèce de redémarrage. Laissant tomber ses apparats, elle fait en octobre le Café Campus et le Théâtre Outremont.

Chapitre 8 : L’Olympia

En janvier 1977, Diane Dufresne avait déjà remporté en France le premier prix de la « Jeune chanson » décerné par le Premier ministre Raymond Barre. Diane commençait à avoir une solide réputation en France. A Paris, elle avait chanté à l’Elysée-Matignon, un club très chic. Deux tubes l’ont rendue célèbre en France : « L’homme de ma vie » et « Chanson pour Elvis ». Quant aux gens du milieu, elle est pour eux une figure familière. Charles Aznavour, depuis ses débuts en 1965, Julien Clerc, depuis qu’elle a fait la première partie de son spectacle en 1973, ne sont que deux exemples de personnes qui suivent sa carrière de longue date. Bruno Coquatrix insistait auprès d’elle pour qu’elle accepte de faire un « musicorama » à l’Olympia ». Elle refusait de chanter un seul soir alors il lui proposa deux semaines sans première partie. C’est ainsi qu’elle fera son premier Olympia. C’est lors de ce spectacle qu’elle chantera pour la première fois « Les adieux d’un sex symbol » tiré de Starmania. Les critiques seront unanimes. L’Aurore parle d’une « Nouvelle Piaf », L’Express « de la plus douée des chanteuses francophones ». Pourtant, le soir de la première, diane n’est pas satisfaite. Elle dit avoir raté sa première partie. Habituée à la réponse viscérale de son public québécois, elle a de la peine devant les réactions plus mesurées de Français à sentir son triomphe. A son retour au Québec, Diane subit la paranoïa politique liée aux indépendantistes ajoutée à la petitesse du show-bizz québécois. Cela va rendre presque invivable ses séjours à Montréal. Aussi tout en chevauchant entre les deux villes, Paris deviendra-t-il bientôt son principal lieu d’habitat. A Montréal où elle n’ose guère sortir parce qu’on reconnaît tout de suite « la Dufresne », elle se terre plutôt chez son petit groupe de vieux amis composé de gens qui n’ont souvent rien à voir avec le monde du spectacle. A Paris, elle fréquente Gainsbourg, Nougaro et Jacques Higelin. Son personnage étonnant suscite l’interrogation et l’intérêt. On l’invite à être du jury de festival comme ceux du film fantastique et de l’humour.

Chapitre 9 : De Montréal à Montreux

Au début d’octobre 1978, Diane Dufresne présente à Montréal son premier spectacle d’envergure depuis son succès de l’Olympia. Intitulé « Comme un film de Fellini », il est prévu pour quatre soirs au Théâtre Saint-Denis. Il faut s’y rendre déguisé en s’imaginant qu’on est dans un film de Fellini. Dans le hall du théâtre, des étudiants engagés par Diane et costumés de façon impeccable attendent le public et créent l’atmosphère d’un carnaval de Venise. Dufresne, habillée en jeune mariée, chante l’angoisse d’une adolescente, c’est « J’ai douze ans, maman ». Métamorphosée en espèce de mante religieuse, elle chante la folie comme jamais elle n’avait chanté auparavant; c’est « Le Parc Belmont ». Une fois de plus Diane Dufresne avait réussi à se renouveler. Mais elle avait fait plus; c’était la conception même du spectacle qu’elle renouvelait en en faisant une fête, un carnaval. Malgré l’énergie déployée, elle ne remplit pas ses salles.

Starmania

En octobre 1978, l’album « Starmania » est lancé simultanément en France et au Québec. Cet opéra-rock, écrit par le Québecois Luc Plamondon et mis en musique par le Français Michel Berger, est la plus importante collaboration qui ait eu lieu entre les deux pays au niveau de la chanson. Le spectacle a lieu en avril 1979 au Palais des Congrès. « Starmania » se passe dans une ville du futur, parfaite et aseptisée. Un puissant businessman, assoiffé de pouvoir, tente de s’y faire élire à la tête du gouvernement mondial. Un groupe de zonards essaient de mettre ses plans en échec. Diane Dufresne y joue le rôle de « Stella Spotlight », une star vieillissante et paranoïaque que le businessman utilise pour mousser sa publicité. Le spectacle aura un succès fou. Le rôle de Diane lui vaudra le « prix de l’interprétation ».

La blessure nationale

En 1979, un super-spectacle avait été prévu pour inaugurer le nouvel aménagement du Vieux-Port de Montréal. Charlebois, Nanette Workman, Claude Dubois et Diane devaient tous y participer. A cause de la pluie, le spectacle dut être remis au lendemain, puis la pluie s’obstinant, il dut être décommandé. Ensuite la date dut fixée, par coïncidence au 1er juillet. Prenant ses précautions, Diane avait spécifié dans son contrat qu’elle ne voulait pas que son nom soit associé à celui du Canada, que le spectacle n’avait rien à voir avec les Fêtes du Canada. On s’empressa de crier à la trahison politique. On traita les artistes de vendus et on dévoila leurs cachets. Diane, blessée, part à Los Angeles. Puis elle se rend en France. Elle chante au festival de Vierzon et à celui de Montreux. L’expérience qu’elle vit en Suisse est extraodinaire. Elle en conservera un souvenir éternel, l’un des plus beaux de sa carrière.

Chapitre 10 Le Forum

Au début de 1980, Diane se rend à Rio et y passe quelques mois à s’imprégner de musique et célèbre le Carnaval. Elle passe la Saint Jean à Paris, où elle donne un spectacle québécois au Palace. Vêtue de plumes et de lys blancs, elle s’était présentée comme une « vraie québécoise » et avait fait swinger le haut-lieu du by night parisien en chantant même son « Rill pour rire ». Au Québec, en septembre, elle gagne un Felix pour « Strip tease ». LE spectacle au Forum a lieu le jour de l’Immaculée-Conception, le 8 décembre. Les mesquineries sont oubliées. Elle est enfin là et l’histoire d’amour peut repartir de plus belle avec un Forum plein à craquer de 17 000 personnes. Son ami, le couturier Di Nardo, a imaginé avec elle le costume d’entrée en scène : une gigantesque robe faite de ballons à hélium. Costume qui s’envole dans le temple au moment où s’abandonnant au public, elle fait son « Strip-tease ». Puis elle apparaît habillée en reine dans une immense robe de tulle rouge avec couronne à l’effigie de la fleur de lys. Après le Forum, Diane fit le tour du monde. Dans « Partir pour la gloire » paru sur l’album « Turbulences » en 1982, elle s’adresse à son public. La Saint Jean qui suivit, elle chanta dans le Vieux-Port devant 300 000 personnes.

Diane d’Hollywood et la Dufresne de l’halloween.

A l’halloween 82, elle refait le Forum. Le premier soir, c’est la nuit d’Hollywood. Elle chante « Over the rainbow ». Le lendemain, la Dufresne mène son public envoûté au bout de la magie noire, comme il se doit un soir d’halloween. Tournant à la fin la violence contre elle-même, c’est le « suicide « , avec la chanson de Gainsbourg. Elle réapparaîtra à son prochain show... Vénus éternelle, renaissant de la mer.