Qu'est-ce que le bonheur ?

Le bonheur est la réalisation de ses désirs. On peut être moral sans être heureux. Agir moralement peut être contraire à la réalisation de ses désirs.

Dans une autre vie, il faut espérer que Dieu existe, que s'il existe mon âme est immortel, il faut que j'espère que dans ma vie j'ai été libre. Si je n'ai pas agi librement, je ne suis pas responsable de mes actes. Si quelqu'un a accompli des actes conformes à la morale mais non librement il ne pourra rien espérer au moment éventuel où il y aurait un accord entre le bonheur et la vertu (dans une autre vie).

La liberté n'est pas une notion théorique. Selon Emmanuel Kant n'est responsable moralement que celui qui a agi librement.

Qu'est-ce que la liberté ?

La liberté c'est le pouvoir de faire ce que l'on veut en toute indépendance, sans contrainte. C'est la définition intuitive.

Version négative : la liberté c'est l'absence d'obstacles ou de contraintes.

« Liberté (liberty) ou franchise (freedom) signifie (proprement) l'absence d'opposition (par opposition, j'entends les obstacles extérieurs au mouvement) et le mot ne peut pas moins être appliqué aux créatures privées de raison et inanimées qu'aux créatures raisonnables. D'une chose, en effet, fixée dans un environnement tel qu'elle puisse se mouvoir, sauf dans un espace précis, l'espace déterminé par la résistance d'un corps extérieur, on dit qu'elle n'a pas la liberté d'avancer. Et il en va de même de toutes les créatures vivantes quand elles sont emprisonnées, ou retenues par des murs et des chaînes ; de l'eau quand elle est retenue par des rives ou contenue dans des vases, de sorte que sans cela elle se répandrait sur un espace plus étendu, on a l'habitude de dire qu'elles ne sont pas libres de se mouvoir de la façon dont elles le feraient s'il n'y avait pas ces obstacles extérieurs. Mais, si l'obstacle au mouvement est la constitution de la chose elle-même, on n'a pas l'habitude de dire qu'elle manque de liberté, mais de puissance se mouvoir, comme quand une pierre reste là ou que l'on est cloué au lit par la maladie.

Conformément à la signification propre et généralement admise du mot, un homme libre est celui qui, pour ces choses que selon sa force et son intelligence il est capable de faire, n'est pas empêché de faire ce qu'il a à la volonté de faire. Mais, quand les mots libre et liberté sont appliqués à autre chose qu'à des corps, c'est un abus de langage ; en effet, ce qui n'est pas susceptible de mouvement n'est pas sujet à des empêchements. Par conséquent, quand (par exemple), il est dit que la voie est libre, on ne veut pas dire que la liberté est celle de la voie, mais que ceux qui s'y déplacent le font sans obstacle. Et quand on dit qu'une donation est libre, cela ne veut pas dire que la liberté est dans la donation, mais dans la personne qui la fait, sans qu'elle y est été contrainte (bound) par une loi ou par une convention. De même, quand nous parlons librement, il ne s'agit pas de la liberté de la voix, ou de l'articulation, mais de celle de la personne qu'aucune loi la contrainte (obliged) à s'exprimer autrement qu'elle l'a fait. Enfin, on ne peut pas déduire de l'emploi des mots volonté libre(free will), une quelconque liberté de la volonté, du désir ou de l'inclination, mais la liberté de l'homme consiste en ceci qu'il ne rencontre pas d'obstacle pour faire ce qu'il a la volonté, le désir ou l'inclination de faire. ». Thomas Hobbes, Léviathan, 1651, livre I.

Ce texte de Hobbes confirme la version négative de la définition de la liberté.

N'est susceptibles de liberté que celui qui est susceptible de se mouvoir (les objets inanimés ne sont donc pas libres).

La capacité de vouloir est nécessaire à la liberté. L'empêchement est un obstacle à la volonté. La nature peut être une contrainte. La nature extérieure (gravité), la nature intérieure (la fatigue d'être soi). Les lois sont une contrainte ainsi que la présence d'autrui.

Version positive : être libre c'est faire ce qui me plaît, ce que je veux.

La liberté requiert la puissance de se mouvoir et l'exercice de la volonté.

Pour René Descartes, l'entendement donne les raisons de faire et distingue le vrai du faux. La volonté décide.  Notre entendement est limité et notre volonté est illimitée. La liberté expression d'un choix, elle implique la puissance de choisir. Est libre, celui qui a le choix.

Le choix se porte l'existence de possibles. Se libérer, c'est se donner des possibles.

Il faut juger des critères de choix. Il faut juger des raisons de choix. C'est l'entendement qui le permet. Le choix est déterminé par une raison. La raison élimine tous les autres possibles. Choisir en s'appuyant sur une raison, c'est paradoxalement ne pas avoir le choix.

S’ il n'y a plus qu'un choix possible, est-ce encore la liberté ? Pour Leibnitz, la liberté de fait c'est la puissance de faire ce que l'on veut ou la puissance de vouloir correctement.

Vouloir comme il faut c'est en toute connaissance de cause, c'est la liberté rationnelle.

Vouloir comme il faut c'estvouloir de telle sorte que l'acte de volonté soit contingent. Les bonnes raisons d'opter pour un parti ne m'empêchent pas de vouloir et de choisir le parti opposé.

Vouloir librement c'est vouloir indifféremment des raisons. Un choix libre admet une alternative. La forme utile de la liberté, c'est la faculté qu'a la volonté de produire des choix indéterminés.

C'est la liberté d'indifférence.

La connaissance ne suffit pas pour agir.

Liberté et déterminisme.

Le déterminisme est distinct du fatalisme. Le fatalisme consiste à dire que les choses sont enchaînées dans un lien de cause à effet. Le déterminisme est conditionnel. La notion de cause et la notion de nécessité sont dans le déterminisme.

Si certaines conditions sont réunies associées à une loi il se produit certains effets. Si je suis déterminé ai-je encore le choix ?

Le déterminisme stipule que les événements futurs sont déterminés par les événements passés.

Le libre arbitre me laisse une alternative.

Compatibilisme et incompatibilisme.

Un agent agit librement s'il a le choix entre plusieurs actions et aurait pu agir autrement qu'il ne la fait. Or si le déterminisme est vrai personne ne peut agir autrement qu'il l'a fait. Par conséquent si le déterminisme est vrai, personne n'agit librement.

Compatibilisme.

Un agent agit librement s'il n'est pas physiquement ou psychologiquement forcé de faire ce qu'il fait.

Notre caractère, nos préférences peuvent être déterminés mais nous ne sommes pas responsables de cela par conséquent être libre c'est seulement être capable de choisir ou d'agir en accord avec ce que l'on préfère ou ce que l'on pense être le mieux étant donné ce que l'on est.

Objections au compatibilisme.

Le compatibilisme doit prouver que nous sommes la cause de nos choix.

L'incompatibilisme doit prouver que le déterminisme n'existe pas.

Que risque-t-on à chercher le bonheur ?

Blaise Pascal : « tous les hommes recherchent d'être heureux et cela sans exception, c'est le motif de toutes les actions de tous les hommes jusqu'à ceux qui vont se pendre ».

Le fait problématique serait plutôt que quelqu'un dise qu'il ne cherche pas le bonheur.

Aristote dit qu'on ne peut pas rechercher le bonheur en vue d'un corps supérieur. Le bien est souverain, on ne peut chercher un bien encore meilleur.

Alain dit : « il faut vouloir le bonheur et y mettre du sien » (propos sur le bonheur).

I le sens étymologique de bonheur.

Bonheur vient du latin bonum augurium c'est-à-dire la chance. D'où l'expression : « au petit bonheur la chance ».

Le terme ancien «heur » signifie événement, ce qui arrive.

Le bonheur dépend de l'occasion qui se présente, de la chance.

La chance n'est pas nécessitée par une cause connue.

II deuxième sens de bonheur.

Le sens usuel que nous utilisons tous. Le bonheur c'est la satisfaction de nos désirs.

Il a deux notions : la totalité (le bonheur est la satisfaction de tous nos désirs), la durabilité.

Emmanuel Kant (critique de la raison pratique) : « le bonheur c'est l'état d'un être raisonnable à qui tout arrive tout au long de son existence suivant ses penchants et ses volontés ».

Puisque ce n'est pas de la chance, le bonheur devient possible dans sa recherche.

Nos désirs le plus souvent sont divers et contradictoires. Cela provoque une contradiction dans la définition usuelle du bonheur.

III les paradoxes.

Paradoxes internes à la satisfaction complète.

Paradoxes entre le désir et la satisfaction (lorsque notre désir est satisfait, ce que nous récoltons n'est pas nécessairement la satisfaction).

Schopenhauer : le désir est d'abord manque donc une souffrance. Si je l'obtiens, je n'ai plus l'objet de désir. L'objet de satisfaction tue le désire.

Sans désir, on tombe dans le désoeuvrement que Schopenhauer appelle l'ennui : « toute la vie oscille  donc comme un pendule de gauche à droite entre la souffrance et l'ennui. Ce sont les deux éléments dont elle est faite en somme ».

Lorsqu'on obtient ce que l'on désire. On s'ennuie (le monde comme volonté et comme représentation).

Jean-Jacques Rousseau (Julie ou la nouvelle Héloïse). Julie dit : « le bonheur m'ennuie ». Rousseau dit : « malheur à celui qui n'a plus rien à désirer. Il perd pour ainsi dire ce qu'il possède. On jouit moins de ce que l'on obtient que de ce qu'on espère et en est heureux qu'avant d'être heureux ».

On jouit moins de ce qu'on a que de ce qu'on espère. La vraie jouissance est dans l'espérance (Paradoxe).

Il faut s'occuper pour oublier sa condition, son ennui c'est ce que Blaise Pascal appelle le divertissement.

L'obtention de l'objet du désir ennuie.

IV le bonheur consiste dans le plaisir.

Épicure : « le plaisir est le principe et la fin de la vie heureuse ».

C'est un plaisir conforme à la nature humaine qui est corporelle pour Épicure.

Les plaisirs corporels sont ceux de la chair. Épicure reconnaît l'existence des plaisirs de l'âme mais pour lui c'est la même chose que les plaisirs corporels. Si on a eu un plaisir corporel, on n'y pense plus tard et on se le souhaite à nouveau.

Il faut distinguer trois types de désir.

Les désirs naturels et nécessaires (boire, manger, dormir).

Les désirs/plaisirs naturels mais pas nécessaires (vouloir manger des mets sophistiqués, les plaisirs érotiques).

Les désirs/plaisirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires (chercher les honneurs).

Épicure recommande de satisfaire les besoins les plus simples et les plus faciles à obtenir.

Les désirs/plaisirs ne génèrent pas de la frustration ou de la souffrance.

Le plaisir c'est l'absence de souffrance selon Épicure.

Le plaisir de la tranquillité de l'âme, ataraxie est supérieure aux autres plaisirs et conditionne les autres désirs.

L'épicurisme s'oppose à l'hédonisme. L'hédonisme c'est la satisfaction de tous les désirs.

V bonheur et moralité.

1° le bonheur a  à voir avec la morale.

2° le bonheur n'a rien à voir avec la morale.

1° le bonheur va de pair avec la moralité.

Le bonheur consiste dans la maîtrise des désirs.

« Il ne faut désirer que ce qui ne dépend que de nous » (stoïciens). « Il vaut mieux changer ses désirs que l'ordre du monde » (René Descartes).

La bonne action.

Les utilitaristes pensent qu'une action est bonne si et seulement si elle produit le plus grand bonheur pour le plus grand nombre.

Le plaisir recherché ne l'est pas que pour soi.

Comment fait-on le bonheur des autres ?

L'État peut-il faire le bonheur du peuple ?

Le bonheur consiste dans la vertu.

La vertu s'est le plus haut niveau du service d'une fonction. C'est l'excellence.

Si on agit avec vertu, on reçoit de la satisfaction. Si la vertu est une habitude cela me contente aussi moi-même. Je m'épanouis dans le fait d'agir bien.

2° le bonheur extérieur à la morale.

Pour Emmanuel Kant, une bonne action est faite sans intérêt, par inclination naturelle (pitié).

Bien agir c'est agir par devoir. Son propre plaisir ne peut être le moteur de son action mais il peut venir de surcroît. Si j'agis moralement, je ne satisfais pas mes propres plaisirs.

Plus j'agis moralement plus la possibilité du bonheur s'éloigne donc il y a antinomie entre le bonheur et la morale.

Il faudrait qu'une instance puisse réunir vertu et bonheur mais on peut juste l'espérer.

Le bonheur est l'objet d'une espérance.

Le bonheur n'est pas au présent.

Comte-Sponville dit qu'on a accès au plaisir et à la joie. Il y a un intermédiaire entre le désir et l'ennui. Il se peut qu'on n’arrive pas à prendre du plaisir. On n'arrive pas à s'arrêter et à jouir de ce qu'on possède. Le plaisir nous affecte, nous éprouve et nous sommes passifs.

Le plaisir s'atteint dans l'abandon. Il faut laisser le plaisir s'emparer de nous.

Un vrai plaisir suppose quelque chose comme l'innocence, sans jugement, sans préjugés.

Le plaisir s'éprouve au présent.

Tout ce qui nous éloigne du présent nous éloigne aussi du plaisir. On ne peut jouir du plaisir si on le mêle à la vie qu'on a vécue ou à ce qu'on espère.

Montaigne dit que la vraie difficulté c'est de savoir vivre cette vie. Il faut savoir s'abandonner à ce qui se passe.